BD·Littérature·Numérique·Service Presse

20.000 lieues sous les mers

BD de Gary Gianni
Mosquito (2018) – Flesk publications (2009), 61 p.

couv_343981L’ouvrage édité par Mosquito reprends l’édition américaine de 2009 en supprimant la préface de Ray Bradburry et en ajoutant une nouvelle  de H.G. Wells illustrée par Gianni. La très belle couverture originale est reprise avec la maquette habituelle de l’éditeur grenoblois.

Je passerais sur l’intrigue que tout le monde connaît pour m’attarder sur le travail d’adaptation de Gianni et la proximité avec le matériau d’origine. Je vous confesse que je n’ai pas poussé le zèle jusqu’à relire l’ouvrage de Jules Verne à l’occasion de cette critique, néanmoins il me semble que l’auteur de l’album a recherché plus une reprise graphique des éditions originales de l’éditeur Hetzel qu’une fidélité totale au roman. A ce titre, le style de Gianni et ses aspirations graphiques correspondent parfaitement aux illustrations des ouvrages originaux et il est assez fascinant d’imaginer que si la BD avait existé à l’époque, nulle doute qu’elle aurait ressemblé à l’adaptation aujourd’hui proposée par Mosquito. Le travail de hachures, les positions héroïques et théâtrales ainsi qu’un design résolument rétro, tout concours à faire de cette BD une adaptation plus qu’une oeuvre originale. Les visions proposées pour l’Atlantide, les forêts sous-marines, l’Antarctique ou  les calamars sont saisissantes et nous replongent dans nos jeunes années.

Résultat de recherche d'images pour "20000 lieues gianni"Gary Gianni était semble-til conscient des lacunes du récit de Verne, terriblement naturaliste et linéaire, au risque de rendre la BD ennuyeuse. L’auteur américain s’est ainsi efforcé de concentrer son ouvrage sur les moments clés et les séquences d’action, plus que sur des personnages plutôt survolés. Il y a ainsi un paradoxe entre une oeuvre passée dans l’imaginaire collectif et dont on attend souvent une nouvelle version redigérée par des auteurs qui y introduiraient leurs propres visions (comme ce projet avorté de film porté par Mathieu Lauffray) et des adaptations fidèles, trop respectueuses, qu’on retrouve le plus souvent. C’est partiellement le cas ici même s’il me semble que certains éléments sont rajoutés, précisée au-delà du texte original. Résultat de recherche d'images pour "20000 leagues gianni"Nos cerveaux ont absorbés tellement d’images de films, d’illustrations, d’adaptations qu’il est difficile aujourd’hui (à moins de faire un comparatif texte en main) de distinguer ce qui vient de Verne et ce qui vient d’autres, jusque dans la personnalité de Némo.

J’ai trouvé cette version résolument agréable à lire et proposant une très bonne synthèse, au point que je la conseillerais volontiers aux CDI afin de pouvoir faire travailler les collégiens dessus. Entendons nous bien, l’intérêt n’est pas que pédagogique, à commencer par le trait classique d’un des meilleurs dessinateurs américains actuels, mais aussi une vraie fluidité de lecture de cette BD d’aventure autour du monde. Cet album respire la passion de Gianni pour cet univers, moins baroque que ce qu’il produit habituellement mais résolument élégant.

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BD·Mercredi BD·Service Presse

Castan #3: la forteresse du roi Xiang

BD du mercrediBD d’Alexandre et Raphaël Morellon
Des bulles dans l’Océan (2018), 56p. tome 3/4.

Couverture de Castan -3- La forteresse du roi XiangLe petit éditeur réunionnais Des bulles dans l’Océan a été découvert par hasard au détour d’une pérégrination sur Facebook. Souvent les petits éditeurs tentent de se faire une place avec des auteurs semi-pro qui ont des capacité mais pas nécessairement de technique et d’expérience. Au détour d’un catalogue on peut dénicher un auteur qui sort du lot, comme ce fut le cas avec Ronan Toulhoat en 2010 chez Akiléos, jeune auteur débutant, avec beaucoup de lacunes à l’époque mais que le travail quotidien a amené à être aujourd’hui l’un des meilleurs dessinateur BD français du circuit. Pour d’autres comme Mathieu Thonon, le potentiel est là mais l’on ne voit pas de suite… Les quelques planches de Castan présentées par l’éditeur m’ont pas mal bluffé et s’en sont suivi d’un très aimable envoi SP du tome 3 sorti en début d’année.

Castan est une série d’aventure semi-historique réalisée par les frères Morellon. Elle suit le héros éponyme et ses compagnons entrés au service de l’armée du Machawari et de son généralissime Kien Long. N’ayant pas lu les deux premiers tomes je ne vais décrire que le dernier publié: Castan et ses compagnons ont été pris sous l’aile protectrice de la belle et redoutable Kien Long qui impose ses conditions au roi du Machawari, le jeune Rajanh Orcha, soumis à l’influence corruptrice de Jefta. L’heure de la bataille finale contre le roi Xiang et ses redoutables guerriers Uzunu a sonné….

Dès le premier feuilletage de l’album j’ai été soufflé par le style du dessinateur, par la maîtrise de l’outil numérique et la mise en couleur. Ce qui distingue ce jeune autodidacte c’est la maturité de son trait, bien plus élégant et précis que celui de Toulhoat à ses débuts pour reprendre l’exemple ci-dessus. Le trait des personnages est une des forces du dessin d’Alexandre Morellon ainsi que le design général des décors, des costumes, sorte de syncrétisme total de 5000 ans d’histoire de l’humanité mélangeant Inde, Extrême-orient et Arabie avec des influences de l’imaginaire collectif des mille et une nuits. Ces planches sont vraiment magnifiques et dotées d’une colorisation parfois brute de numérique, mais qui donne un éclairage superbe aux dessins. Comme pour Gung-Ho, les allergiques au dessin numérique pourront passer à côté, mais personnellement, pour peu que l’on ne regarde pas trop les détails et les plans larges j’ai pris un grand plaisir graphique à la lecture de cet album en me disant que pour un troisième ouvrage, le dessinateur a un potentiel encore assez énorme! La principale faille du dessin repose sur les fonds de plans, les personnages en pied étant parfois dessinés maladroitement et certaines cases d’action où l’outil numérique montre ses limites, dans la gestion du mouvement et la lisibilité de la page. Mais sincèrement, si l’on replace l’album dans le grand four de la BD d’héroïc-fantasy grand public, on est loin au-dessus de pas mal de productions Soleil.

Niveau scénario, c’est compliqué puisque j’ai pris la série en cours de route et que je n’ai pu que supputer les aventures précédentes. Mais le gros point est la description des personnages et leurs dialogues, très efficaces, percutants. Le personnage du général Kien Long, femme de tempérament à l’autorité indéniable est le plus réussi. Alors que ce genre de série nous à habitué au vieux général sage et ferme, qui a mené mille campagne à la tête d’hommes qui donneraient leur vie pour lui, la transposition de cet archétype dans la peau d’une magnifique jeune femme athlétique et redoutable stratège est très gonflé… et cela fonctionne!Castan 3 p12 Elle vole la vedette au héros Castan qui s’appuie sur des amis peut-être un peu effacés (sans doute la constitution du groupe est-elle narrée dans les deux premiers volumes).

L’intrigue est structurée autour de la stratégie secrète menée pour vaincre le roi Xiang qui donne son titre à l’album et de la conquête de cette forteresse sous le voile des manigances du conseiller du roi, le très perfide et (encore une fois) très bien dessiné Jafta. Cet album parvient à noue faire voyager en une contrée exotique aux tentures d’azure et aux arcades dentelées, parmi les soldats d’armées épiques aux armures étincelantes… la vraie grande aventure en cinémascope!

Je vous invite donc vivement à découvrir cet éditeur et ces deux jeunes auteurs pour une série créative qui fait vraiment plaisir et dont on attend la suite avec impatience.

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BD·Edition·Mercredi BD·Nouveau !

La mille et unième nuit

BD du mercrediBD d’Etienne Le Roux et Vincent Froissard,
Soleil-Metamorphose (2017), 80 p., one-shot.

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Attention chef d’œuvre! Je croyais que la claque du printemps Il faut flinguer Ramirez était un objet rare, pourtant quelques mois plus tôt Étienne Le Roux et Vincent Froissard avaient sorti un album dont la couverture et le thème (les mille et une nuits) m’avait attiré… mais comme on ne peut pas tout lire j’ai laissé passer le temps! Le sujet donne lieu à des essais réguliers, pas toujours réussis. La sortie de l’album dans la très prestigieuse collection Métamorphose était un bon signe… totalement confirmé en devenant l’une des pièces maîtresses de la très graphique collection de Soleil. Cette collection me plait par-ce qu’elle est l’une des rares à mettre autant d’importance à l’aspect matériel de ses albums et à ses finitions. Cela a son revers, l’absence systématique d’infos sur les auteurs et de bonus.

Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La série Nils d’Antoine Carion s’était faite remarquer par son esthétique générale mais également par ses couvertures et maquette absolument sublimes. Sur La mille et unième nuit on est dans le même standard, qui vous fait pleurer les yeux avant d’ouvrir l’album avec une couverture et une tranche gaufrées et dorées, ceci étant harmonieusement accompagné par des cadres ouvragés revenant sur un certain nombre de pages de l’album. Le dernier album dont le travail de fabrication m’avait autant marqué c’était Les Ogres-Dieux.

Mais contrairement à ce dernier l’album de Le Roux nous propose une histoire impressionnante de simplicité, de fluidité et qui nous transporte littéralement au pays des Djinn. Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La bonne idée est d’imaginer une fin aux mille et une nuits mais de ne prendre finalement que le cadre (les personnages du Sultan Shéhérazade et sa sœur Dinarzad) pour partir sur une histoire libre mais totalement influencée par les contes orientaux. Ainsi il sera question de marchand voyant sa caravane prise dans une tempête pas si naturelle que cela, du roi des Djinn et du roi des lions, de fléaux naturels, de duplicité et de transformations…

Ces bonnes idées scénaristiques sont accompagnées par une voulez de détails rigolos et diablement esthétiques comme ces tapis volants aussi courants que des dromadaires. L’illustrateur a adopté une technique que je n’arrive pas à définir et qui semble utiliser un papier non lissé qui donne un relief incroyable aux planches. On a un mélange de crayon et de craie je pense mais je me demande s’il n’y a pas une retouche numérique (comme Chloé Cruchaudet sur Groenland-Manhattan) pour donner cet effet flou qui donne une folle classe a chaque case. J’ai passé un temps déraisonnable a lire cet album tant il n’y a pas une seule case banale!Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"

Les joyaux sont souvent simples et se laissent contempler a l’envi. C’est le cas avec ce magnifique album qui habille une histoire qui aurait pu faire partie du recueil des Mille et une nuit. De quoi hésiter à le ranger banalement au milieu de sa bdtheque…

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BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

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BD·Edition·Nouveau !

Festival des gazettes: Le Château des étoiles/La Gazette du Château/Le Sang des cerises

J’avais fait une déclaration d’amour au format gazette (même si je trouve les éditeurs gonflés de pratiquer un tel prix pour un tirage véry économique…) et à l’occasion de l’arrivée d’une nouvelle série sous ce format je vais faire un triplé…

  • Le château des étoiles #10: Les prisonniers de Mars.
Saison 2, les chevaliers de mars, épisode 4/6 (mai 2018)

Après une saison des chevaliers de l’Ether (2 volumes reliés, 6 gazettes), Seraphin et ses amis ont embarqué malgré eux pour un extraordinaire voyage vers Mars à la recherche du père du héros, enlevé par les hommes de Bismarck.

Alternant intelligemment les séquences (politiques) sur Terre, auprès des héros et d’autres concentrés sur le corps expéditionnaire germanique sur la planète rouge, cet épisode soulève de nombreux mystères, en découvrant certaines propriétés physiques de la planète et de ses possibles habitants: êtres intelligents? Leviathans? Les brumes de Mars cachent beaucoup de secrets et de dangers très sérieux. Comment les enfants pourront-ils gérer l’arrivée sur la planète avec le Chambellan à bord?…

Les textes additionnels qui font tout le charme et l’intérêt de ces éditions gazettes dévoilent sans détours ce qui constituera la troisième saison: la France est la première nation à avoir mis ne pied sur Vénus !… Année après année ce Château des étoiles renoue avec ce qui a inventé les histoires d’aventure: les feuilletons de Dumas et Jules Verne au XIX° siècle et les magazines fantastiques. Alors que Glénat célèbre Conan et que Ankama publie depuis quelques temps des adaptations de Stephan Wul, je trouve formidable que les éditeurs retrouvent ainsi l’esprit libre et imaginatif de l’aventure qui ne se prend pas au sérieux et vaguement kitsch. En plus la BD d’Alex Alice a le grand mérite de plaire de 7 à 177 ans…

  • La gazette du château #1 (juin-aout 2018):

Résultat de recherche d'images pour "gazette chateau dorison"Très bonne découverte que ce nouveau scénario de Dorison avec un petit nouveau extrêmement talentueux aux dessins. Je m’attendais à une transposition de la Ferme des animaux adaptée aux enfants… et je me retrouve avec un pamphlet très violent et sans détours sur l’exploitation et le totalitarisme que n’aurait pas renié un Lupano… Les dessins, donc sont assez impressionnants même si dans le registre animalier beaucoup de dessinateurs savent rendre des planches très sympa. Je vous laisse aller faire un tour sur le blog de l’illustrateur pour voir de quoi il est capable… On a donc un château occupé par des animaux abandonnés par les hommes et où un Taureau assisté d’une bande chiens féroces à instauré une dictature sanglante où le culte du chef est érigé en obligation et où toute rébellion est punie d’une mort atroce. Pas de mise en place ici, on entre dès la première séquence dans le vif du sujet avec une vieille oie révoltée qui tente de faire se réveiller une chatte blanche qui encaisse les coups pour subvenir aux besoins de ses chatons.

Les deux pages de rédactionnel alternent horoscope, météo et tractes dignes des meilleures plumes de Staline ou d’Hitler, de quoi vous mettre dans l’ambiance. Sinon, je préviens, c’est sanglant, du coup si vous voulez le lire avec vos pitchou je conseille pas avant 10 ans.

  • Le sang des cerises (journal) #2/4:
Série Les passagers du vent T.8 (Livre 1 « Rue de l’abreuvoir).

La césure entre le premier et le second épisode n’est pas idéale puisque l’on reprend la fin de la séquence de retrouvailles entre Clara/Zabo et Klervi (qui reforment le duo féminin blonde/brune présent dans toutes les séries de Bourgeon hormis Les compagnons du Crépuscule)… Pendant la découverte de l’histoire de la bretonne (en français cette fois-ci…) l’auteur se fait plaisir en illustrant en plans large un quartier et un pâté de maisons de Montmartre, justifiant le long entretien passionné sur la maquette qu’il a réalisé pour la création de l’album. L’épisode est posé, espacé avec de nouveaux sauts chronologiques et articulant narration de la vieille Klervi et dialogue enjoué entre les deux filles au XIX° siècle. Clara est l’un des personnages les plus forts de Bourgeon (ne serait-ce que par son expressivité incroyable) et l’on sent son envie de la dessiner et de la faire parler. Les deux filles retrouveront ensuite le personnage au visage de Gabriel Byrne lors de l’Exposition Universelle.

Avec, donc une explication de la méthode de travail de Bourgeon qui a toujours travaillé sur maquettes (ce qui explique aussi sa productivité lente) et des rappels historiques sur l’Exposition  de 1889 et le contexte politique, ce second épisode nous fait vraiment rentrer dans une très belle BD aux dessins plus beaux que jamais chez le dessinateur breton. Je sens une série qui fera date…

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BD·Mercredi BD

Angel wings – cycle Burma Banshees

BD de Yann et Romain Hugault
Paquet (2014-2017), 1° cycle de 3 volume (46 planches/album) paru. Une intégrale et les albums grand format disponibles.

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J’ai eu sous la main les albums au format normal, mais d’expérience l’éditeur Paquet fait du bon travail sur les grands formats. En outre les larges cases utilisées par Hugault pour ses magistrales séquences d’aviation méritent le détour en grand format. L’édition normale comporte une petite bio d’un vrai aviateur des Burma Banshees et toujours de très sympa plans d’avions et des pin-up dans les intérieurs de couverture. Cette chronique porte sur le premier cycle de la série, clôturé. Un second cycle se déroulant dans le Pacifique a commencé en 2017.

En 1944 sur le front asiatique, l’empire japonais menace la Chine et l’Inde. Une aviatrice chevronnée, civile membre des Women Airforce Service Pilot (Wasp) assure des navettes entre des bases isolées et occupées par de rudes pilotes de chasse. Dans ce monde d’hommes, dans une armée qui cantonne les femmes au rôle de secrétaires en talons, c’est toute une époque que nous découvrons au travers des aventures d’Angela…

Résultat de recherche d'images pour "angel wings hugault"Avec les aventures de cette forte femme, Yann et Hugault nous plongent dans les soubresauts de cette guerre, entre sabotages, missions de sauvetage de pilotes éjectés et attaques ennemies. Pour ceux qui ne connaissent pas, Romain Hugault est un superbe dessinateur passionné d’aviation et pilote hors de la planche à dessin. Il est ainsi le chef de file d’une école de BD d’aviation et à moins que vous ne soyez allergiques à ce qui à des ailes et des hélices, il faut dire que l’ensemble de ses albums regorge d’illustrations de voltige et de batailles aériennes absolument magistrales de virtuosité et de précision documentaire. Il faut voir le dessin de chaque vis et rivet pour imaginer le travail de documentation et la passion du détail qui anime l’illustrateur.

Image associéeJ’ai découvert Hugault sur son premier album et premier succès, le Dernier envol, recueil de quatre histoires, de quatre vies liées aux avions, pendant la seconde guerre mondiale. Si cette période occupe la quasi-totalité de son œuvre (hormis une escapade sur la première guerre mondiale dans Le pilote à l’Edelweiss) ce n’est pas uniquement par-ce qu’elle lui permet de dessiner des avions de guerre mais bien par-ce que les années 1940 le fascinent. Dans Angel wings plus que dans ses autres séries, le scénario de Yann insiste particulièrement sur le sort réservé aux femmes dans une Amérique machiste, qui plus est lorsqu’elle est en guerre. Cette BD que l’on pourrait presque qualifier de féministe a l’intelligence de ne pas être anachronique comme le sont souvent les histories contestant une situation historique. Angela est révoltée bien sur, mais femme de son époque, elle accepte en partie sa condition qui ne changera que dans le regard que lui portent les hommes de la base en constatant son courage. Image associéeL’on en sait très peu sur cette étrange aviatrice sachant se battre, manier un fusil et survivre dans la jungle birmane,  qui est étonnamment assez peu présente dans les cases hormis dans la trame générale du scénario qui semble tourner autour du décès de sa sœur, aviatrice comme elle. Et pour cause, il faut le reconnaître, l’histoire est assez anecdotique et plus un prétexte à illustrer des séquences d’aviation via le personnage du pilote de chasse Rob, des paysages et des séquences de bataille. C’est la recette de tous les albums de ce dessinateur (ses autres séries sont peut-être un peu plus consistantes), mais cela n’en fait pas moins de magnifiques BD bien au-dessus de la moyenne des albums grand-public historiques.

Résultat de recherche d'images pour "angel wings hugault"A la documentation visuelle de l’illustrateur répond une précision historique concernant une foule de détails sur les bases militaires en Asie, le quotidien d’un soldat sur le Front oriental ou la politique de déstabilisation radio du Japon (méthode certainement coutumière de tous les régimes en période de guerre mais saisissante ici: insidieusement on insinue que les médicaments donnés par l’armée US rendent impuissants, que les femmes restées au pays trompent les soldats, etc)… Je disais que l’histoire était un décors. Cela n’est pas une critique: la force de ces albums est documentaire et sur ce point c’est une grande réussite. Personnellement j’ai moins apprécié ce décors birman que les précédents albums du tandem Yann-Hugault en Europe, mais cela reste passionnant de réalisme, que ce soit les dialogues, les poses, les coiffures, on sent l’envie de cartes postales les plus précises et on apprend plein de choses. Bien sur on reste du côté hollywoodien, c’est clair, coloré, plein de bons mots. Cela n’empêche pas des drames, mais la dureté de la guerre reste au loin, comme dans l’esprit d’un aviateur perché sur son aigle d’acier au-dessus des combats.

Pour résumer, si vous aimez les avions, les belles images colorisées au numérique, la précision historique, les femmes (côté émancipation et côté rondeurs…), les années 40… foncez, au risque de découvrir un auteur que vous ne pourrez plus lâcher.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques .

BD·Manga·Nouveau !·Rapidos

L’emprise

BD de Serge Letendre, Régis Loisel et David Etien
Dargaud (2017), 60 p., Série Avant la Quête tome 5 (en cours).

quete-de-l-oiseau-du-temps-la-avant-la-quete-tome-5-emprise-lJe n’ai jamais été un super-fana de Régis Loisel et de la Quête (série avec laquelle est née à l’héroïque-fantasy toute une génération des années 70) mais j’ai appris à apprécier le monde d’Akbar et le style cracra-réaliste insufflé par Loisel. J’avais pourtant pris le train en marche d’Avant la quête et apprécié la série malgré un étirement de publication qui mine de rien joue en défaveur d’une implication du lecteur. Il faudra probablement attendre le dénouement (au prochain tome on l’espère) pour vraiment apprécier la valeur de ce projet dans une lecture intégrale et chronologique des aventures de Bragon.

Ici Etien remplace un Mallié qui avait suscité l’espoir d’être le dernier dessinateur de la série. Ce dernier avait su trouver un style à la fois respectueux du graphisme de Loisel et possédant son caractère et rehaussant un niveau fragilisé par l’album moyen (graphiquement) d’Aouamri. Comme beaucoup l’ont dit, l’un des intérêt de cet album est donc plutôt graphique, le nouveau venu s’en tirant vraiment bien et Loisel assurant (comme Yslaire sur Sambre) une direction artistique redoutable mais vraiment justifiée lorsque l’on voit l’homogénéité que recouvre cette saga.

Pour le reste, on se demande tous le pourquoi de cet album… La Quête formait une quadrilogie, l’Avant aurait pu se clôturer au bout de cinq. D’autant que l’essentiel de la genèse du chevalier Bragon a déjà été racontée à ce stade et les pistes vers l’évolution de Mara déjà posées. Les principaux piliers ont été abordés: si l’ami Javin pouvait être une introduction originale, le grimoire, le Rige et la formation du chevalier ont été traités chacun dans un album. Quel est le thème de L’emprise? Outre un piétinement sur l’intrigue générale, la ficelle scénaristique (l’amnésie de Bragon et l’emprise) de l’album est vraiment faible. Alors ce tome se lit bien, est visuellement très agréable, mais l’on a un désagréable sentiment d’un tome 5.1. Surtout que le ton utilisé est étonnamment grand public (venant d’un Loisel dont l’érotisme et la violence marque le style…) et perd un peu le côté « sérieux » de la saga. Ce qui m’inquiète c’est que la seule justification à cela serait la volonté de prolonger commercialement la série sur un long court. Si le prochain est le dernier je fais confiance à la troupe pour clôturer cela de façon classieuse et ce tome 6 n’aura été qu’un semi-loupé. Sinon je risque fortement d’arrêter les frais avant d’être allé trop loin.