***·Comics·East & West·Nouveau !

Black Badge

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Roman graphique de 290 pages, réunissant les 12 épisodes de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Tyler Jenkins, parue initialement aux US chez BOOM! Studios, publié en France depuis le 04/03/2020 aux éditions Futuropolis.

Charlie et ses drôles de drames

Les organisations occultes et les agents secrets foisonnent dans les œuvres de fiction, que l’on parle du SHIELD, du BPRD, de Mission: Impossible ou du Kingsman. Elles sauvent invariablement le monde de catastrophes diverses au prix de nombreux sacrifices, la rédemption du monde étant leur seule récompense.

Et si une de ces organisations se dissimulait sous des atours simples, voire improbables ? Et si une confrérie inoffensive aux yeux de tous façonnait notre monde en secret ? Et si…les Scouts étaient de redoutables espions ?

C’est la prémisse choisie par Matt Kindt pour Black Badge, où il raconte le parcours de Kenny, Cliff, Mintz et Willy, jeunes membres de la division secrète éponyme, dont le rôle consiste à mener à bien des missions de sabotage, d’exfiltration ou d’assassinats sous couverture. Leur jeunesse est leur meilleur atout: en effet, qui se soucierait d’une bande d’adolescents, et a fortiori, qui les penserait capables de telles actions ?

Cependant, Black Badge doit faire face à des menaces bien plus insidieuses et subversives que les terroristes lambdas qu’ils affrontent ordinairement. Au cours de leurs missions, les jeunes scouts vont croiser le chemin d’autres cellules occultes, aux ambitions perfides. Mais, en matière d’espionnage, la réalité n’est bien souvent qu’un voile qui dissimule d’autres vérités, ce qui va forcer nos héros à remettre en question leur crédo.

Les Quatre Scout-tastiques

Matt Kindt nous plonge dans un monde dangereux et opaque, reprenant avec habileté la triste thématique des enfants-soldats. Comme c’était le cas dans la réalité, les protagonistes sont des orphelins ou des jeunes que l’on a soustraits à leur foyer, pour les conditionner et les envoyer prendre des risques au nom des adultes.

Nos audacieux Black Badges, tels les X-Men du Professeur Xavier, sont donc de dévoués soldats, conditionnés qu’ils sont à de pas questionner les ordres. C’est pourtant là le propre de la jeunesse, aussi nos héros vont-ils progressivement dévoiler le mystère qui entoure leur unité de Scouts, au fil des missions et des épreuves rythmées par les douze chapitres. La lecture qu’a Kindt du jeune soldat que l’on sous-estime m’a fait penser à celle qu’avait Ed Brubaker concernant Bucky, l’acolyte de Captain America lors des flash-backs de la saga du Winter Soldier.

Graphiquement, on doit reconnaître à Tyler Jenkins une constance certaine sur presque 300 pages. Les couleurs qu’il emploie, posent un filtre rétro sur cette aventure aux tons et aux circonvolutions parfois désuètes, fleurant bon les récits d’espionnages de la grande époque.

Si vous aimez les récits à tiroirs, les faux-semblants et le camping derrière les lignes ennemies, alors Black Badge est fait pour vous !

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Buyan, l’île des morts

La BD!

Histoire complète en 196 pages, écrite par Xabier Etxeberria et Martin Etxeberria, dessinée par Martin Etxeberria. Parution le 06/11/2019 aux éditions Akileos.

Nul homme n’est une île

Maansi vient de la lointaine Nénétsie, une province inhospitalière située par-delà la toundra. A cette époque, le continent eurasien est en proie à de violentes guerres de conquêtes, initiées par l’empereur mongol Genghis Khan et perpétuées par son petit-fils, Batu Khan.

Maansi, qui vivait une existence paisible au sein de sa tribu et auprès de son épouse Sudam, s’est retrouvé pris dans la tourmente de la guerre, entre les conquérants mongols et les seigneurs slaves qui défendaient leurs terres gelées. Désormais veuf, Maansi entame un périple à travers la toundra afin d’atteindre la mythique Buyan, l’île par laquelle transitent les morts, dans l’espoir d’y retrouver sa femme. Il sera accompagné par son fidèle ami Noho, un chien-loup aussi futé qu’attachant.

Durant son périple, Maansi devra éviter les embûches et les dangers mortels qui arpentent les plaines glaciales: les soldats mongols d’une part, et les bogatyrs (chevaliers slaves) d’autre part. Il fera la rencontre d’autres âmes errantes comme lui, et fera face à des échos surgis de son douloureux passé.

Le Royaume des loups et des cygnes

Comme vous l’aurez compris, Buyan nous promet une épopée faite de grands espaces blancs, propices aussi bien à l’introspection qu’à de grandes scènes de bataille entre slaves et mongols. De ce côté là, nous ne pouvons être déçus, notamment grâce à l’écriture des frères Etxeberria, couplée à un dessin un aéré et reprenant parfaitement les codes de l’animation.

Dès le premier acte, les auteurs posent les jalons d’une intrigue politique, où les jeux d’influence et de conquête sont à même de déterminer le sort du continent tout entier. Cependant, ce contexte historico-politique, passionnant au demeurant, ne sera pas davantage exploité et servira simplement de toile de fond à l’odyssée de Maansi, qui n’a finalement que faire des hommes de pouvoir et de leurs ambitions.

Le thème du deuil est ici central, mais traité de façon à éviter le pathos qui y est généralement associé. En fiction, la vengeance est souvent corollaire du deuil, et Buyan arrive à nous surprendre assez habilement de ce côté-là.

L’irruption du fantastique se fait assez tardivement dans l’album, car, durant les deux premiers tiers, le lecteur est encore en droit de considérer que Buyan n’est qu’un mythe, et que le voyage de Maansi relève davantage du pèlerinage symbolique que d’une véritable quête pour retrouver son amour perdu.

Buyan, l’île des morts va vous emmener dans les steppes glacées de ce qui deviendra plus tard la Russie, dans une quête mêlant mythologie et Histoire. Une belle découverte chez Akiléos !

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La Promesse de la Tortue #1

BD du mercredi

Premier tome de 64 pages, d’une série écrite par Stéphane Spiatzszek et dessinée par Tieko, parution le 27 mai 2020 chez Grand Angle.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour cette découverte.

 

Indomptées car indomptables

Si l’Histoire de France regorge de hauts faits d’armes et de conquêtes audacieuses, elle a aussi ses traits plus obscurs, faits de complots ourdis en secret et de manœuvres pernicieuses.

En 1642, le gouverneur Levasseur a bien du mal à maintenir un semblant d’ordre sur l’île de la Tortue, dont la population interlope est constituée principalement de flibustiers, peu enclins à une vie ordonnée. Ce fin stratège conçoit donc le projet d’amener sur l’île des femmes, bien souvent contre leur volonté, afin qu’elles servent d’épouse à ces hommes sans foi ni loi, pariant sur le fait que le mariage aidera à canaliser sa population masculine.

Embarquées de force pour une éprouvante traversée, Quitterie, Louise et Apolline vont se lier d’amitié dans les cales nauséabondes du bateau, et conclure un pacte tripartite, se promettant une entraide inconditionnelle dans ce nouveau monde sauvage et dangereux.

Dès leur arrivée, les femmes seront réifiées et vendues, chacune à l’insulaire le plus offrant. Le gouverneur Levasseur tombera immédiatement sous le charme vénéneux de Quitterie, tandis que Louise convolera avec Toussaint, le pirate taiseux craint de tous. Apolline quant à elle, est promise à l’amputation suite à une escarmouche durant la traversée. Elle sera sauvée par l’indien Yuma, au caractère ombrageux et sauvage.

Toutes les trois vont devoir apprendre les règles de ce nouveau monde pour pouvoir y évoluer, chacune d’elle ayant ses intérêts et des objectifs qui lui sont propres.

This is a man’s world

Stéphane Spiatzszek utilise savamment ce premier tome pour nous faire découvrir les caractères de ses trois héroïnes, qu’elles soient calculatrice (Quitterie), bravache (Louise), ou déterminée (Apolline). Le contexte historique ancre le scénario dans une réalité âpre et grandiose à la fois, nous plongeant à une époque où certains hommes avaient la lourde tâche de contribuer à la gloire de leur nation, souvent en versant le sang d’autres hommes sur les épaules desquels pesait la même charge.

Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que les femmes, achetées comme du bétail par des rustres voire tout simplement enlevées, n’auraient pas leur place sur cette île, on s’aperçoit au contraire qu’elles ont une influence sur les hommes qui les ont choisies, instillant des idées dans leurs esprits et amenant à changer progressivement leurs attitudes.

Graphiquement, Tieko montre son savoir-faire en livrant des planches au dessin net, empreint de classicisme mais porté par une verve cinématographique qui n’est pas sans nous rappeler les grands films de piraterie. Le dessinateur sait comment attirer l’œil sur ses personnages, en leur donnant un design qui viendra refléter ou appuyer leur caractère. Bien évidemment, en ouvrant cet album consacré à l’âge d’or de la piraterie, on était en droit d’attendre Tieko au tournant quant aux décors, et ces derniers ne sont pas en reste, grâce aux nombreux plans larges dans lesquels l’île est représentée dans toute sa beauté. La mise en couleurs signée Fabien Blanchot aide à sublimer le tout.

Entrée en matière efficace, personnages attachants et très bons dessins, difficile de demander mieux pour cette Promesse de la Tortue !

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Bots #3

Troisième et dernier tome de la série, 75 planches dessinées par Steve Baker et écrites pas Aurélien Ducoudray. Parution le 31/01/2020 aux éditions Ankama.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

La Planète des Bots

couv_381512Rip-R, jeune robot mécanicien, fait la connaissance de son binôme, l’imposant War-Hol, sur l’un des champs de bataille perpétuels qui essaiment la planète depuis des temps immémoriaux. Ce duo improbable va se découvrir un destin hors du commun lorsqu’une étrange créature va émerger des entrailles de War-Hol: une toute petite unité d’un genre que personne n’a jamais vu, qui ne contient ni métal, ni batterie, ni boulon quelconque, et qui fait des drôles de bruits…

Car voyez-vous, les robots accomplissent leur programme et se sont reproduits depuis si longtemps que plus aucun d’entre eux n’a conscience de leur histoire, de leurs origines, ni de ce qui les a précédé. L’existence de l’Humanité relève dans le meilleur des cas du mythe, lorsqu’elle n’a pas été tout simplement effacée des bases de données.

Rip-R et War-Hol vont donc devoir percer à jour ce mystère, en découvrant ce que cette créature, ce « beh-beh », faisait à l’intérieur du robot de combat, et qui sont ceux que l’on appelle les « ohms ».

Après leur passage en prison et leur évasion spectaculaire dans le tome 2, le trio se retrouve aux prises avec des androïdes vouant un culte au bébé, qu’ils voient comme leur élu, la clef du renouveau du genre humain. Mais pour que l’élu puisse accomplir cette destinée, il va falloir le conduire à un endroit très dangereux…

Messie 2.0

Aurélien Ducoudray et Steve Baker concluent leur brillante trilogie en poursuivant dans la lignée des deux premiers tomes: des situations cocasses servies par des dialogues savamment écrits, des références graphiques et thématiques bien maîtrisées et des personnages attachants, désarmants d’humanité.

Sur le plan thématique, Bots explore la propension de l’Homme à s’autodétruire, ainsi que la trace qu’il laisse de son passage sur Terre, sous la forme de créatures à son image. Ici, point de haine de la créature envers son créateur ingrat, mais plutôt une bienveillance teintée d’émerveillement, qui rend l’artificiel plus humain que l’humain.

Comme Néo doit se rendre à la Source pour assurer le salut de l’Humanité, le « beh-beh » doit lui aussi se rendre là où tout doit recommencer, et dans les deux cas, le prix à payer prendra nos attentes à rebours.

Ce tome 3 de Bots confirme la virtuosité de l’écriture de Ducoudray et l’aisance graphique de Baker, une série à ne pas manquer !

***·BD·East & West·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Misfit City

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Premier tome de 112 pages de la série Misfit City, écrite par Kirsten « Kiwi » Smith, Kurt Lustgarten, dessiné par Naomi Franquiz et mis en couleur par Brittany Peer, paru le 14/02/2020 aux éditions Kinaye. Série finie en 2 deux volumes.

bsic journalism merci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

Il arrive que certaines œuvres cultes, celles ayant marqué des générations, doivent leurs succès à leur format, leur prémisse de départ, ou encore aux archétypes qu’elles utilisent. Les films et séries cultes des années 80 ne font évidemment pas exception, et en y regardant de plus près, on peut discerner certains archétypes récurrents, notamment dans les œuvres mettant en scène des groupes.

Par exemple, il y a dans chaque groupe un leader, (Luke Skywalker, Hannibal Smith, Captain America, Venkman…) parfois volontaire, parfois réticent, un rebelle (Han Solo, Futé, Iron Man, Spengler…) qui contrebalance souvent les caractéristiques du leader, un génie (le duo C3PO-R2D2, Looping, Bruce Banner…) frêle mais intelligent, et un costaud (Chewbaca, Barracuda, Thor, Zeddemore…). On peut également trouver parfois un archétype dont le trait principal et la Féminité (Princesse Leïa, Black Widow…). Même un film comme les Goonies ne semble pas échapper à la règle: Mickey le leader, Bagou le rebelle, Data le génie et Choco le costaud.

Misfit City se veut une série à la fois nostalgique et moderne, reprenant ces archétypes de façon à les dépoussiérer façon 21e siècle par une astucieuse mise en abîme.

Cannon Cove est une petite bourgade portuaire quelque peu morose, où la vie ne semble pas trépidante. Le seul intérêt qui semble pouvoir être porté à la ville est du au fait qu’elle fut le lieu de tournage d’un célèbre film des années 80, The Gloomies, raison pour laquelle quelques touristes viennent encore souiller les côtes lors de leurs pèlerinages geeks.

Au milieu de ce marasme, Wilder (leader), Macy (rebelle), Dot (génie), Edwina (costaud), et Karma (féminin), tentent de survivre à l’ennui tout en esquivant les ennuis inhérents à la vie de lycéennes. C’est alors que disparaît le Capitaine Denby, figure locale quasi folklorique, qui lègue au musée de Cannon Cove un mystérieux et imposant coffre, dans lequel les adolescentes vont découvrir rien de moins qu’une carte au trésor. La réalité est-elle sur le point de dépasser la fiction ?

Toute ressemblance…

La scénariste Kirsten Smith, dont la masterpiece n’est autre que La revanche d’une blonde, nous sert ici ce qui faisait déjà le sel des Goonies il y a 30 ans: un groupe de jeunes se languissant dans une bourgade américaine, une chasse au trésor balisée par des indices, des codes à décrypter, la mélancolie à l’approche des séparations, et des bad guys qu’il faut distancer.

Le tout est rehaussé par les inévitables références au film culte que l’auteur s’est amusée à pasticher. Le groupe d’héroïnes, bien qu’archétypal, n’en demeure pas moins tout à fait complémentaire, crédible, et donc attachant, ce qui montre que les archétypes, lorsqu’ils sont bien utilisés, ne se transforment pas nécessairement en clichés.

Naomi Franquiz est une excellente dessinatrice, dont le style cartoon sied parfaitement à l’ambiance de l’histoire.

On suit donc avec délectation les péripéties de Wilder et compagnie jusqu’à un cliffhanger plutôt prévisible mais bien amené. Une œuvre tout public divertissante, à lire !

***·****·BD·Edition·Nouveau !·Rapidos

Festival des gazettes#2: Le Château des étoiles/La Gazette du Château

La BD!

Je suis un grand fan des éditions au format Gazette (vous pouvez retrouver sur le blog la quasi intégralité des épisodes du Château des étoiles, du Château des animaux et du Sang des Cerises de Bourgeon). Cette année marque un changement important pour deux d’entre elles. La périodicité, pour la série star de Delep et Dorison (qui a raflé plusieurs prix cette fin/début d’année), avec un retour à la normale après une parution chaotique des épisodes du premier volume. Et l’arrivée d’une série parallèle pour le Château des étoiles, scénarisée par un Alain Ayroles qu’on a adoré sur le scénario des Indes Fourbes. Si vous ne connaissiez pas ces éditions il est toujours temps d’embarquer sur ces très grands formats agrémentés de rédactionnels immersifs très réussis

  • Le château des étoiles #13: Terres interdites, suivi de Les chimères de vénus 1/5. Parution mensuelle.

Edition « interplanétaire » regroupant Le château des étoiles et Les chimères de vénus.

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Je ne tarie pas d’éloges sur les éditions Rue de sèvres qui font un formidable boulot depuis quelques années. Une fois n’est pas coutume l’augmentation ni vu ni connu des gazettes de cinquante centimes ne fait pas plaisir. On me dira que la pagination augmente avec l’arrivée de deux histoires dans chaque fournée mais bon…

La guerre contre les martiaux bat désormais son plein avec un corps expéditionnaire prussien qui fait des ravages sur une population dotée de pouvoirs psychiques mais pacifiste. Les propriétés physiques de la planète et de l’Ether contrecarrent cependant les plans des allemands dont certains commencent à douter de l’honnêteté des objectifs du régime. La migration vers le pôle continue et l’on nous reparle du Château des étoiles du roi… Pendant ce temps sur Terre les capitalistes français préparent la colonisation de Vénus, où la Nature reste relativement indomptable… Si la BD d’Alice continue son bonhomme de chemin, la nouvelle venue change assez franchement et le ton et le graphisme pour se tourner vers un style très proche du design des films d’animation Disney. Pas forcément ce que je préfère mais ça reste agréable à lire et très bien écrit en permettant une respiration par le changement de camp (partie de France, la série est depuis restée très centrée sur le monde germanique) et de thématiques. Plutot un bon point pour cette série dérivée et le format gazette permet de limiter e risque d’une série parallèle, toujours dangereuse à lancer.

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  • La gazette du château #4 (3° année, janvier 2020) – Parution trimestrielle:

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A l’inverse du précédent, celui des animaux baisse de cinquante centimes avec une baisse de pagination… Les voies de l’édition sont décidément impénétrables. Le seuil de 3€ pour 1/3 d’album non relié me semble un ratio à ne pas dépasser. Cette nouvelle année Casterman ne s’engage pas sur une périodicité de sa gazette, échaudé par un très gros retard sur les précédentes. Vu le rendu final de Delep on serait malhonnêtes de râler et je pense que cette solution est plus sage et plus rassurante pour tout le monde. Le prochain épisode est néanmoins annoncé pour mai.

On retrouve donc Misse B et ses amis lapin et rat à la tête d’une révolte qui a bien ébranlé l’assurance du pouvoir dictatorial du président Silvio. L’hiver arrive et passé l’effet de surprise, il devient nécessaire de convaincre les animaux du pouvoir de la non-violence et d’actions des plus intelligentes…. Si les rédactionnels de la première saison étaient très agréables à lire, je trouve que l’esprit « propagande années trente » perd l’effet nouveauté et tourne un peu en rond avec une simple reprise textuelle de ce qui se passe dans l’album. IL serait bien que les auteurs développent le background, le hors-champ afin que cette édition enrichisse vraiment la série. En attendant c’est toujours aussi (plus?) magnifique, notamment dans la gestion des couleurs et textures. Delep est un véritable virtuose, les textes de Dorison font mouche et on est toujours happés par cette série qui se révèle ici une suite quasi officielle de la Ferme des animaux. On se demandait, c’est confirmé!

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Supergroom, Justicier malgré lui

Premier tome de 82 pages, écrit par Fabien Vehlmann, dessiné par Yoann et mis en couleur par Fabien Alquier, paru le 07/02/2020 aux éditions Dupuis.

Ne vous êtes-vous jamais posé la question: pourquoi les mégapoles américaines auraient-elle le monopole des super-héros ? Pourquoi, après tout, ne verrions nous pas fleurir ces héros endimanchés dans les rues des capitales du Vieux Monde ?

C’est une prémisse certes déjà traitée, grâce à des séries comme Les Brigades Chimériques, mais qui conserve encore à ce jour tout son potentiel, surtout si on embrigade le célèbre Spirou !

Justicier pour exister

Spirou, l’iconique aventurier de la BD franco-belge, a connu la gloire à travers les épreuves, mais il ne peut aujourd’hui se départir de l’idée qu’il n’est plus dans le coup. En effet, il lui est difficile de continuer à briller dans un monde où tout va toujours plus vite, où les exploits sont oubliés avec un empressement sans cesse croissant, et où les jeunes, l’avenir de nos sociétés, ne jurent plus que par les nouvelles technologies et par les monolithiques super-héros, preuve supplémentaire de l’hégémonie culturelle de l’Amérique.

De surcroît, le jeune groom commence à réaliser que le mode de vie d’un aventurier, parcourant la planète à grands renforts de kérosène et de vols longs courrier, laisse une empreinte négative sur l’environnement, ce qui le conduit à repenser sérieusement ses habitudes afin qu’elles soient en adéquation avec ses convictions.

L’émergence de tous ces éléments fait douter Spirou, ce qui va faire converger son esprit vers une (pas si) brillante idée: devenir un super-héros, et profiter de l’effet d’émulation généré par ses efforts pour revenir dans les bonnes grâces du public, tout en adoptant un mode de vie plus sain.

Ce qui sonnait comme un plan parfaitement pensé va bien évidemment dérailler, car, comme nous l’a souvent appris la fiction, on est toujours puni pour une bonne action, et il n’y a aucune raison pour que Spirou soit exempté de cette maxime.

 

Tout va rapidement déraper pour notre groom favori. Après avoir revêtu un équipement spécial acquis pour la cause auprès de son ami le Comte de Champignac, Spirou va compléter sa métamorphose en Supergroom et se lancer dans le feu de l’action.

Malheureusement pour lui, on a beau être rompu à l’action et aux aventures en tous genres, on ne s’improvise pas pour autant bienfaiteur public. Ainsi, ses premières interventions en tant que Supergroom vont vite dégénérer en catastrophes publiques, occasionnant des dégâts que le jeune homme n’est pas forcément prêt à assumer…

Résultat de recherche d'images pour "supergroom"C’est donc une retraite forcée qui l’attend assez vite, même si Spirou est finalement assez soulagé de laisser cette sombre période derrière lui.

Toutefois, malgré les maladresses dont il a pu faire preuve, le courage manifesté par Supergroom va l’amener à être plébiscité de nouveau par le public. Son identité sera même usurpée par un imitateur, initiant une nouvelle vague de super-héroïsme amateur dans Bruxelles. Spirou va donc rendosser son costume pour faire éclater la vérité et tenter d’endiguer les conséquences de ses actes.

Fabien Velhmann et Yoann continue de s’approprier l’univers et le personnage de Spirou en utilisant cette fois le prisme super-héroïque, détournant les codes pour nous faire sourire tout en tissant une intrigue accrocheuse contenant son lot de mystères et de rebondissements.

Le Supergroom quant à lui, fleure bon les héros pulp et nous rappelle sans mal le fameux Rocketeer filant dans les airs à l’aide de son jet-pack. On peut regretter une fin un peu trop abrupte malgré un épilogue ouvrant sur un univers nouveau aux multiples possibilités.

Supergroom est donc une variation intéressante et amusante sur notre héros franco-belge, mâtinée de culture comics, à lire !

*****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos

Telemaque#3: la cité des hommes

La BD!

BD de Kid Toussaint et Kenny Ruiz
Dupuis (2018-2020), 62 p./album, 3 volumes parus.
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mediathequeA chaque album de cette série mon plaisir grandit et mon appréciation sur la qualité générale avec. Passées la surprise (du tome 1) et la confirmation (tome 2), si intrinsèquement ce troisième tome des aventures délurées de Mac’ et ses potes n’est pas meilleure que les autres, la vision d’ensemble me pousse vers les 5 Calvin! Cet opus est un peu moins complexe que le précédent avec un scénario plus porté sur l’action en abordant les opérations militaires de l’Égée uniquement en Itaque. Du coup cela recentre sur moins de lieux et de personnages et on peut se focaliser sur les aventures pêchues et poilantes des héros. Les auteurs se font plaisir et les dialogues répondent aux gags visuels, avec quelques subtiles jeux sur le nom de Personne, personnage vraiment réussi de cyclope. Les tronches semi-animales d’humains transformés par Circé et les running-gags (comme ce compagnon qui hurle dès que survient une surprise) font le job, avec une bonne grosse larme de rire sur les Lestrygon, sorte de gnomes bleus totalement débiles et adeptes des nœuds… On ne force pas son plaisir entre scènes d’action très efficaces, découpage, couleurs hyper dynamiques et un humour permanent qui justifient totalement la  énième réutilisation de la thématique de l’Odyssée. Avec le luxe d’un super cliffhanger final qui ajoute un atout à un scénario pas que prétexte. Franche réussite tant jeunesse qu’adulte pour cette série dont j’attends avec impatience une intégrale future.

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A partir de 12 ans.

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Nouveau Monde

BD de David Jesus Vignolli
Akiléos (16/10/2019), 160p., one-shot.

L’inévitable choc des civilisations a laissé sa marque mortifère dans de nombreux pays, parmi lesquels le continent américain, qui se pose bien évidemment en exemple. L’auteur brésilien David Jesus Vignolli, connu précédemment pour son œuvre Vijaya, une petite fille dans l’Himalaya (paru en France chez Akiléos), revisite ainsi l’histoire du continent sud-américain et de sa conquête par les européens, à travers les yeux de son héroïne Iracema.

La jeune indienne, aventureuse et indomptable, vit au sein de sa tribu dans une sorte de chassé-croisé avec les « Géants Pâles« , qui sont venus il y a des générations accaparer leurs terres ancestrales pour les asservir parfois, ou les massacrer, souvent. Acculés toujours plus profondément dans la jungle, les membres de la tribu sont néanmoins rassérénés par la sagesse des paroles de Paje, leur patriarche. Mais Iracema, elle, ne s’en laisse pas compter et n’a qu’un désir, chasser les monstres hors de son pays. Ce qu’elle découvrira, c’est que certains Blancs sont littéralement monstrueux…

I believe I can fly…

Pocahontas vs Apocalypto au pays des monstres

On peut d’emblée être surpris par le tournant fantastique pris par l’intrigue de Nouveau Monde, surtout si l’on s’attend à une lecture historique de la conquête de l’Amérique du Sud et que l’on se fie au prologue de l’album. Toutefois, les différentes représentations artistiques de ces événements se font toujours par le prisme de leur auteur, et ici, David Jesus Vignolli livre une odyssée certes manichéenne, mais bien construite car reposant sur des thématiques universelles telles que la Liberté ou l’Avidité.

En effet, chaque personnage semble mû et animé par l’une ou l’autre de ces valeurs, rendant le tout cohérent sur le plan dramatique. Cette impression est renforcée par les relations entretenues par les protagonistes, l’une indigène, l’autre esclave venu d’Afrique, qui doivent unir leurs forces pour vaincre le Mal venu ronger leur pays. Cette vision fantasmée de l’Histoire du Brésil est donc en fin de compte une habile métaphore, au dénouement de laquelle on ne peut nier une certaine poésie.

S’agissant du graphisme, le trait de David Jesus Vignolli est simple, et j’ai apprécié ses lignes non fermées, donnant un caractère onirique à l’ensemble. Soulignons également que le livre en lui-même constitue un très bel objet.

En conclusion, Nouveau Monde est un album joliment mis en scène, traitant l’Histoire d’un pays par le prisme du fantastique et de l’aventure. Une lecture vivement recommandée !

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Le Serpent et la Lance #1

BD de Hub, couleurs de Li.
Delcourt (2019), 178p., série en cours prévue en 3 tomes.

couv_376690Chaque civilisation connaît une genèse, puis une apogée suivie d’un inévitable déclin. Entre ces trois grands pivots, prennent place des événements qui reflètent parfois les dysfonctionnements de leurs époques respectives. Les Aztèques n’ont pas fait exception et Hub s’attelle à nous le prouver avec son album Le Serpent et la Lance.

Le crime n’a pas de frontière

Ce premier tome, intitulé Ombre-Montagne, fait surgir le crime dans un empire déjà ébranlé par la famine et les luttes de pouvoir. Des momies de jeunes filles sont retrouvées aux quatre coins de l’Empire, énuclées et portant les stigmates d’une mort violente. Pour éviter le risque de panique, les autorités mandatent Serpent, sorte de représentant de l’ordre/magistrat, qui compense les difformités dont il est affublé, par une vision draconienne de la justice. Le souci, c’est que ce ne sont pas seulement les ordres que le fonctionnaire zélé va exécuter: cruel et sanguinaire, il va faire en sorte d’étouffer, ou plutôt d’étrangler avec une corde, cette sordide affaire et ses témoins.

Pas de bras, pas de chocolat !

Home Sweet Home

Devant ce désastre annoncé, Cozatl, un dignitaire dirigeant le culte de Tlaloc, missionne son ami d’enfance, Œil-Lance, afin de mener sa propre enquête, espérant devancer le tortionnaire. Réticent, Oeil-Lance va devoir regagner sa ville natale et ainsi se confronter à de douloureux souvenirs, qui sont peut-être la clé des meurtres en question… Le Serpent et la Lance mêle donc le récit historique à l’enquête policière. A l’instar d’un Mystic River, le héros va revenir chez lui et retrouver de vieilles connaissances tout en élucidant des crimes faisant écho à son passé.

Résultat de recherche d'images pour "le serpent et la lance hub"L’intrigue de ce premier acte est très bien ficelée et respecte les étapes habituelles de l’enquête policière, avec la découverte des premiers indices et les premières pistes qui s’en dégagent. Les liens entre les personnages paraissent tangibles et profonds, et les informations distillées par les flash-back permettent de s’investir dans ces destins croisés et d’en comprendre les enjeux.

Graphiquement parlant, j’ai été très impressionné par les larges plans mis en scène par Hub, ainsi que par le niveau de détail qu’il y emploie. L’abondante pagination ne peut que laisser admiratif, car elle a très certainement demandé un travail titanesque à l’auteur.

Le travail de recherche et de documentation a du être également intense, car Hub nous en fait la démonstration case après case, par les décors et les nombreux noms et éléments de décorum. Attention cependant, les noms propres sont à chaque coin de phylactère et peuvent à certains moment opacifier le récit.

En conclusion, Le Serpent et la Lance constitue un très bel album, le premier d’une trilogie à suivre assurément !

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