****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos

Voro #5: l’Armée de la Pierre de Feu, deuxième partie

Second tome du second cycle de la série écrite et dessinée par Janne Kukonnen. 102 pages, parution le 19/08/2020 aux éditions Casterman.

Voler encore, voler toujours

Dans le précédent tome, nous assistions au nouveau départ de Lilya jeune aspirante voleuse, et de son mentor Seamus, dans une nouvelle cité du royaume. Souhaitant repartir sur des bases plus saines auprès d’une nouvelle Guilde des Voleurs, les deux comparses ont accepté une mission encore plus périlleuse que celle qui les avait menés au secret des Trois Rois.

Alors que l’intrépide vaurienne s’échine à gagner ses galons de voleuse, sur les terres de la Tribu du Feu, la grande nouvelle s’est répandue: le Père Feu, Ithiel, a été tiré de son sommeil millénaire, par nulle autre que Lilya, et il est prêt à reprendre son cortège de conquête.

La guerre du Feu

Après nous avoir attaché à sa jeune voleuse, Janne Kukonnen augmente les enjeux en déployant le spectre d’une guerre dévastatrice, dans un univers désormais fort de 4 tomes de développement. Son trait est toujours aussi simple et efficace, mais il n’éclipse pas la qualité de l’intrigue, qui ne manque ici pas de rebondissements !

Nouveaux enjeux, nouveau Macguffin, anciens adversaires en quête de revanche, sont ici rassemblés pour nous montrer que Voro a encore de la ressource dans ce cinquième tome ! Mais, parbleu… le tome 6 est déjà sorti !

****·Comics·East & West·Nouveau !

Mind MGMT #2: Espionnage mental et son incidence collective

Second volume de la série écrite et dessinée par Matt Kindt, parue chez Dark Horse aux US entre 2012 et 2013. On doit la publication française aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, parution le 03/09/2020.

Jeux d’esprit

A moins que votre mémoire ait fait l’objet d’un recalibrage, vous vous souviendrez certainement du premier rapport d’opération du Mind Management, cette organisation nébuleuse et opaque composée d’agents dotés de facultés psychiques hors-normes.

Dans le premier tome, Meru Marlow, jeune journaliste en mal d’inspiration, se jetait corps-et-âme dans une nouvelle enquête impliquant un certain Henri Lyme, un homme ayant mystérieusement disparu au cours d’un vol durant lequel tous les passagers perdirent la mémoire. Bien vite, Méru mit le doigt sur une conspiration vieille de plusieurs décennies, le Mind MGMT.

Après avoir échappé à ses agents les plus redoutables, surnommés les Immortels, Meru fit la rencontre de Lyme, l’agent le plus talentueux, et donc le plus dangereux, que le Management ait connu. Dangereux car ses pouvoirs psychiques sont si puissants qu’ils ont occasionnellement échappé à son contrôle, provoquant des catastrophes d’ampleur comme la destruction de Zanzibar, et la mort de son épouse et de sa fille. Parti en exil, Lyme a œuvré dans l’ombre pour démanteler l’organisation, tout en s’assurant que sa jeune protégée, Meru, survivante du carnage de Zanzibar, soit en sécurité. Meurtri par ses crimes involontaires, Lyme est allé jusqu’à effacer la mémoire de Meru, à chaque fois que la jeune investigatrice est remontée jusqu’à lui.

La cuillère n’existe…pas ?

Ayant recouvré sa mémoire, Meru s’embarque dans une nouvelle mission pour mettre un terme définitif aux agissement du Mind MGMT, dont la résurgence promet la déstabilisation à grande échelle. Pour cela, Lyme, Meru et d’autres anciens agents recrutés sur le volet vont devoir s’associer et contrer l’Effaceur, un agent implacable et calculateur qui est décidé à avoir leurs peaux.

Après avoir fissuré le vernis de la réalité dans le premier volume, Matt Kindt fait entrer ses personnages en guerre dans le second avec une histoire à construction moins complexe, car moins basée sur le mystère et davantage sur l’action. Le chassé-croisé des premiers chapitres fait monter progressivement la tension, nous faisant anticiper un affrontement aussi inévitable que sanglant.

L’auteur se repose sur des personnages très bien construits et caractérisés, possédant pour chacun leur histoire et leurs motivations propres. Le Mind Management apparaît comme une organisation toujours plus floue, dont les motivations sont sciemment opacifiées et les dirigeants occultés, ce qui tend à renforcer le sentiment de paranoïa et de complotisme. La galerie de personnages s’étoffe néanmoins, Kindt introduisant un casting assez bigarré qui tranche avec le panel d’agents déjà présents.

Malgré la tension bien présente, on pourrait néanmoins déplorer le déroulement de certains affrontements, qui à mon sens n’exploitaient pas intégralement les facultés particulières de ses personnages. Avec autant de pouvoirs psychiques, il est en effet étonnant de constater que les combats sont avant tout physiques (ce qui demeure toutefois logique avec un enjeu de vie ou de mort).

Au premier abord, la construction éclatée du récit pourrait rebuter certains lecteurs. Néanmoins, il faut avouer que l’intrigue et la mise en scène restent claires, aidées en cela par le dessin à la volée de Kindt, lui-même sublimé par ses belles aquarelles.

Mind MGMT est une série atypique, fruit du travail complet d’un excellent auteur. Ce second volume confirme l’intérêt et la qualité de la série, à lire absolument !

****·Manga·Nouveau !

Asadora! #2-3

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Manga de Naoki Urasawa
Kana (2020-)/ Shogakukan (2018-), série en cours, 3 tomes parus (4 au Japon).

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Asa Asada manque de reconnaissance! Dernière d’une famille nombreuse dans le Japon de 1959, personne ne se rappelle de son nom… Pourtant elle ne manque pas de tempérament et de détermination. Lorsqu’un Typhon ravage sa ville natale elle mets tout en œuvre pour aider les rescapés, avant même l’arrivée des secours. La voilà embarquée dans des aventures qui feront d’elle une as de l’aviation, avant que quelques années plus tard un mystérieux agent du gouvernement lui demande de venir en aide à son pays…

Asadora tome 3 - BDfugue.comJ’ai découvert cette série à l’occasion du jury BDGEST’arts et suis immédiatement tombé fan de cet auteur et de son héroïne. Je n’ai pu parler que très rapidement du premier volume, alors vue la qualité de la série je voulais vous parler plus en détail d’Asa…

Après un démarrage sur les chapeaux de roue, on continue à suivre Asa enfant dans le second tome qui nous montre comment elle en est venue à apprendre le pilotage, avant de basculer des années plus tard dans le troisième volume où, adolescente, elle se retrouve tiraillée entre ses envies de jeune fille des années soixante (et le projet de girls band de ses copines) et son esprit responsable qui la pousse à devenir… agent secret!

Jouant sur les temporalités (j’avoue que je regrette un peu de quitter si vite la pétillante gamine des deux premiers volumes…), Urasawa déroule son récit avec une maîtrise technique impressionnante, que ce soit dans le découpage, l’expressivité des personnages et les ficelles classiques mais efficaces du feuilleton. Avec une galerie de personnages et de tronches tous plus réussis les uns que les autres on ne s’ennuie pas une seconde dans une histoire dense qui égrène lentement ses indices reliant les premières images d’apocalypse Kaiju du premier volume avec la jeunesse de l’héroïne. Entre la tradition et la modernité naissante du Japon des sixties, la série est totalement accessible à un lectorat occidental, comme rarement un auteur japonais aura su le faire. Je suis assez peu intéressé par la psycho-sociologie japonaise qui est souvent décrite dans les manga, pas plus que par les détails sur le japon historiques et j’ai été ici tout à fait pris dans ce vernis qui fait par moment penser à la langueur d’un In the mood for love.

Asadora ! #3 • Naoki Urasawa – La pomme qui rougitL’aspect fantastique reste pour le moment totalement … fantastique (dans son sens littéraire) soit en sous-texte et permet de créer une tension légère en poussant Asa vers une double vie lorsqu’un ancien officier de son désormais partenaire d’aviation Kasuga lui propose d’entrer au service du gouvernement pour combattre la menace réel du monstre qu’elle a vu lorsqu’elle était enfant. Cette idée de double vie (avec peut-être une identité secrète?) nous plonge dans le feuilleton d’aventure malgré l’habillage très historique avec cette ambiance lycéenne et la course de son ami Shota vers les jeux Olympiques. Le propos général est toujours décalé dans Asadora!, créant une légèreté qui aide à aborder des sujets difficiles comme la pauvreté, le statut d’orphelin et les catastrophes coutumières du Japon. Que ce soit donc ce Shota que personne n’imagine arriver au niveau pour participer aux JO, cette gamine avec un manche à balais dans les mains distribuant des gâteaux par ballons-parachutes ou ce barbouze qui veut préserver les JO du Kaiju, rien n’est bien crédible et pourtant on marche à cent pourcent car le rythme est effréné et le plaisir graphique permanent.

Bien malin celui qui dira où nous emmène Naoki Urasawa mais avec un auteur maîtrisant autant son art on lue suivrait jusque sur la Lune!

BD·Numérique·Nouveau !·*****

L’Âge d’Or

La BD!

Série en deux volumes de 224 et 183 planches, écrite par Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa, dessinée par Cyril Pedrosa, qui est assisté par Claire Courrier et Joran Treguier aux couleurs. Parution le 07/09/2018 et le 06/11/2020 aux éditions Dupuis.

Suis-je le gardien de mon frère ?

Perçue comme obscurantiste, l’époque féodale aura néanmoins permis aux hommes de faire face à un monde âpre et inhospitalier, où régnaient jusque-là la violence et la loi du plus fort. Sous la protection d’un seigneur, les paysans, en échange de lourds impôts, pouvaient se protéger des attaques derrière ses remparts. Cependant, féodalité rimait également avec asservissement, déterminant les individus dans une hiérarchie inflexible qui leur était imposée dès la naissance.

Bien que Tilda connaisse et partage les souffrances de son peuple, son rang va exiger d’elle qu’elle prenne la tête du royaume suite au décès de son père le Roi. Osera-t-elle le renouveau, portée par les idéaux égalitaires qui galvanisent les insurgés chaque jour plus nombreux, ou perpétuera-t-elle sans le vouloir un système inique qui oppresse et exploite les plus vulnérables ?

L'âge d'or», rêves de gauche - Culture / Next

La Princesse ne trouvera pas tout de suite la réponse à cette question. Son père à peine mis en terre, son jeune frère est placé sur le trône par un cercle de conspirateurs, dirigé par sa propre mère, la Reine. Tilda se verra contrainte à l’exil, épaulée par le chevalier Tankred et son second Bertil, soutiens indéfectibles grâce auxquels elle parviendra à échapper au sort funeste que lui réservait sa mère.

Voici nos trois fuyards à dos de cheval à travers les terres désolées du royaume, en proie à la famine et aux prémisses d’une guerre civile. Tilda, dont la sagacité lui avait fait pressentir ces troubles sociétaux, va devoir se résoudre à reprendre le trône si elle veut empêcher la ruine de son peuple, et instaurer le nouvel âge d’or que décrivent les légendes d’antan.

Le retour de la Reine

Alors que le premier volume était construit comme une quête initiatique censée mener l’héroïne à l’éveil spirituel, le second volume nous impose une ellipse temporelle pour nous plonger dans une ambiance bien plus noire et amère. Etonnamment le caractère épique et la fluidité de lecture (avec l’utilisation notamment de cheminements narratifs sans cases dans ces superbes doubles pages) rendent ce diptyque plutôt grand public.

La fable sociale est toujours présente, mais le contexte est bien moins optimiste. Tilda et son armée sont désormais enlisés dans un conflit meurtrier et perdu d’avance pour la reconquête du trône, tandis que le pouvoir tant convoité de l’Âge d’Or, moteur de la révolte contre les seigneurs, reste hors de portée de la souveraine légitime.

Sur une vue d’ensemble des deux volumes, le point fort de l’intrigue se révèle être sa cohérence thématique. Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa illustrent fort adroitement le paradigme du pouvoir corrupteur et des vertus d’un système tendant vers l’équité et prônant un retour aux valeurs humanistes. Tilda elle-même n’est pas épargnée par le poids de la couronne qu’elle s’échine à reprendre à son frère usurpateur, ce qui renforce la cohérence souhaitée par les deux auteurs qui vont au bout de leur propos par le biais de leur protagoniste.

La philosophie mise en avant par l’Âge d’Or assume ses élans utopistes, sans pour autant verser dans la mièvrerie, ce qui participe d’autant plus à sa qualité.

Il est à mon avis inutile d’aborder la qualité graphique de ce diptyque, tant elle saute aux yeux. Les planches donnent à voir une parfaite harmonie entre le trait léger de Pedrosa et la mise en couleur. Les couleurs mettent en valeurs tant les décors, sublimes quelle que soit l’échelle, que les personnages ultra expressifs designés par l’artiste. La variété des techniques utilisées et la gourmandise du format très spacieux (tout de même cinq-cent planches sur les deux volumes!) procurent à la fois un sentiment d’expérimentation artistique tout à fait propice au vu du sujet (l’imagination, le Nouveau monde) et d’artisanat. Pedrosa se cale en effet sur un aspect proche de la tapisserie médiévale ou de gravures et donne ainsi un vrai grain, une texture qui nous fait toucher ce monde médiéval. le style ne plaira pas à tout le monde mais la qualité esthétique est indéniable.

Une réussite en tous points, une BD qui vaut… de l’Or !

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin.

***·BD·Guide de lecture

Lastman cycle 2 (#7 – #12)

La BD!
BD de Balak, Vivès, Sanlaville
Casterman (2013-2019), env. 200p./vol., série finie en 12 volumes.
Un album préquelle Lastman Stories est paru en 2018. Une série animée Netflix est également disponible (1 saison)

[Atention Spoilers!]

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Cela fait dix ans que Richard Aldana croupit dans les cachots de la vallée des rois. Dix ans que Marianne a été tuée et qu’Adrian a disparu. Dans ce nouveau monde Paxtown est devenue une ville respectable dirigée d’une main de fer par le maire Tomie Katana et la vallée des rois est devenue une tyrannie où la justice est devenue expéditive après la réactivation de la Garde royale. Aldana a l’art de se trouver au mauvais moment au mauvais endroit. Lorsqu’on le fait évader ce nouvel équilibre va rapidement voir surgir le feu et le sang…

mediathequeCe second cycle est un sacré pari tant il est dissocié du premier par une ellipse temporelle assez vertigineuse de dix ans, qui rebat tout ce que nous avons pu découvrir précédemment. Comme en forme de reboot, on démarre très fort avec un premier volume situé essentiellement dans la Vallée et l’on retrouve le constat fait sur les tomes passés: c’est ce contexte qui développe l’intrigue la plus dramatique, la plus solide, la plus intéressante.

LastMan -9- Tome 9Après un sérieux passage à vide sur le tome huit franchement inintéressant en forme de soap basé sur les retrouvailles des personnages, on repart de plus belle en mode feu d’artifice et surtout avec les réparties terribles d’Aldana! Car ce personnage est décidément une belle réussite d’anti-héros qui parvient à apporter à un genre qui a transformé ces personnages en archétypes assez banals. Résolus à surprendre à chaque instant en prenant le lecteur à contre-pied, les auteurs accentuent le côté looser du héros qui ne cesse de s’attirer les foudres de tout le monde avec sa propension à se trouver au pire endroit au pire moment, victime d’injustices à répétition. Mais le barbu à la couenne solide même si l’on prend pitié pour ce pauvre gars bien sympa et bien moins égoïste qu’il ne veut bien le faire croire…

Le problème de ce cycle c’est qu’à force de ruptures on en vient à casser un rythme pourtant redoutablement efficace. Ainsi tous les deux volumes un changement de narration rompt l’itinéraire inéluctable vers un grand n’importe quoi apocalyptique. Ce que j’avais apprécié sur le débilissime Fléau vert de Sanlaville (tout seul) se confirme ici avec du shoot de zombie, du fight de prisonniers évadés, des dragons, des vaisseaux volants, des hommes en jarretelles ou en slip, des barbus, encore des barbus, un peu de cyborg… et toujours cette dynamique folle dans l’action grâce à une technique de dessin d’une immense maîtrise. Le tome dix se consacre à un gros flashback, pas inintéressant hormis le fait d’être narré d’une seule traite, mais adoptant un effet estompé qui n’est pas moche en soi mais qui sur cent-cinquante pages est un peu lassant visuellement. Le double album final (avec cette sympathique couverture séparée en deux parties) reprend dans une Vallée des rois infernale où tout le monde est mort ou presque et une nouvelle réalité est apparue. En ayant laissé la bande d’Aldana presque deux volumes avant on se retrouve un peu perdu. Le grand méchant caché est apparu et le combat final survient, tenant toutes ses promesses bien que l’on ait par moment l’impression d’une improvisation scénaristique avec des deus-ex machina qui passent parce qu’on est dans une série B-Z et parce que le talent brut est là mais qui donnent un peu un sentiment de facilité.Lastman T12 par LABANDEDU9 - La bande du 9 : la communauté du 9ème art

Loin de moi l’envie de laisser une mauvaise impression sur ce second et dernier cycle d’une série inclassable, iconoclaste, qui si elle est bourrée de défauts a pour elle une sympathie et une entièreté d’artistes qui font joujou en pariant que leur amusement sera communicatif. Lastman a les qualités de ses défauts, à savoir l’aspect foutraque, le grand magasin rempli de tout ce qui plait à ces garçons. La perte de Marianne est un vrai gros point noir dans ce cycle et clairement les meilleurs passages sont autour du héros quand le retour d’Adrian est assez transparent et décevant. Si l’émotion du début de cycle fonctionne, elle s’estompe à mesure qu’on perd de vue Aldana et Adrian.  Non que les histoires de magiciens noirs ne soient pas intéressantes mais disons que cela devient plus banal que ce que nous ont proposé les auteurs jusque là. Si vous avez adoré le premier cycle vous pouvez sans soucis continuer, le plaisir (et les personnages!) reste là. Si l’aspect déstructuré du premier cycle vous a chagriné il n’est pas forcément nécessaire de continuer, l’histoire pouvant absolument se passer de sa prolongation.

***·Actualité·BD·Nouveau !·Service Presse

Danthrakon # 3: le marmiton bienheureux

La BD!

Troisième tome de 48 pages de la trilogie écrite par Christophe Arleston, et dessinée par Olivier Boiscommun. Parution chez Drakoo le 04/11/2020. 

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Cuisine-moi un mage

Nous avions découvert dans les précédents volumes le personnage de Nuwan, qui par de bien tristes circonstances, s’était vu investi-littéralement-par le pouvoir d’un grimoire magique ancien, le Danthrakon. Le jeune marmiton, apprenti dans les cuisines d’un mage respecté, avait donc du briser sa routine pour partir à l’aventure et trouver une solution à son épineux problème. 

En cela, il était épaulé par Lerëh, apprentie du mage susmentionné, et dont il se trouve être amoureux. Au fil de leurs péripéties, Nuwan et Lereh avait atterri entre les griffes de Lyreleï, la mère de Lereh, qui avait égoïstement pris possession du corps de sa fille. 

Nuwan se retrouve donc seul pour faire face à ses ennemis, parmi lesquels l’Inquisiteur Amutu, qui conspire toujours pour le pouvoir absolu. Le jeune cuisinier aventureux va remonter aux origines du grimoire et s’apercevoir que la solution n’a jamais été très loin, en fin de compte…

Magie réchauffée

Comme évoquée dans les précédentes chroniques, Danthrakon fleure bon la nostalgie liée aux aventures d’un certain apprenti forgeron. En effet, on y retrouve les mêmes éléments de décorum, si bien qu’au fil de la lecture, la cité de Kompiam finit par revêtir des allures de facsimilé de la glorieuse Eckmül. Ce sentiment est renforcé encore davantage par le style très reconnaissable de l’auteur, donnant ainsi aux aventures de Nuwan le marmiton un goût de…réchauffé

Cependant, il ne s’agit pas non plus de se complaire dans la comparaison pour le principe. L’aventure Danthrakon reste prenante et son protagoniste attachant, la lecture reste donc agréable. Certes, certains running gags finissent pas tomber à plat (les bottes de sept lieux), le climax a un caractère un peu décousu, il n’en demeure pas moins que la trilogie prise dans son ensemble représente une entrée plus que correcte dans le genre de la fantasy. On appréciera en outre le début de réflexion engagé sur la thématique de la connaissance et du poids qu’elle peut représenter une fois portée à son apogée. L’ignorance ne serait-elle finalement pas le plus beau des dons ?

Les lecteurs qui n’ont pas été biberonnés aux Lanfeust (il doit y en avoir !) apprécieront sûrement cette aventure pour ce qu’elle est, les autres seront sans doute apaisés d’y retrouver le gout nostalgique d’un succès d’autrefois.  

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Sheïd tome 1: le piège de Mafate

La BD!

Premier tome de 46 pages d’une série écrite et dessinée par Philippe Pellet, parution le 04/11/20 aux éditions Drakoo.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Mafate, nid d’espions

Après des mois de navigation, Sheïd, mercenaire rugueux mais combinard, rentre à Mafate, la capitale de l’Empire, pour y régler ses affaires courantes avec Mhaus, son commanditaire. En effet, depuis qu’il a quitté les légions impériales, Sheïd vit de chasse à la prime et autres missions que la morale réprouverait sans doute, dépensant ses soldes en substances psychoactives et en compagnie féminine tarifée.

Ce Sheïd ignore, c’est qu’à Mafate se jouent des affaires politiques liées à la résurgence d’un culte ancien maniant une puissance destructrice normalement réservée à une élite. A peine débarqué de son bâtiment volant, Sheid se voir confier une mission relativement simple: enlever un vieil archéologue objecteur de conscience, en opposition avec le pouvoir central.

Seul contre tous

Bien évidemment, les choses ne seront pas aussi simples que Sheïd ne l’aurait souhaité. A cause d’une rivalité mesquine, la mission tourne mal et le vieil archéologue ne survivra pas à la tentative de rapt. Sa petite-fille en revanche, en réchappera et finira sous la protection du mercenaire réticent.

Désormais pourchassé par les soldats de l’Empire et par les sbires de Mhaus, Sheid est donc aussi affublée de la petite Nyl, qui, de surcroît, détient des informations capitales pour les dirigeants de Mafate. Le baroudeur et la jeune fille risquent de ne pas survivre si facilement cette traque impitoyable.

Les duos badass/enfant sont assez répandus en fiction. Le badass est très souvent un homme, viril et combatif, tandis que l’enfant est plus souvent une fille. Si ce duo est si populaire, c’est sans doute à cause des archétypes et stéréotypes qu’il convoque, le masculin y étant représenté comme une force protectrice et tourmentée tandis que le féminin y est mis en avant comme pur mais ayant besoin de protection. La complémentarité du duo fonctionne donc pleinement (malgré les stéréotypes de genre), ce qui explique donc qu’on le retrouve dans plusieurs médias: Lone Wolf and Cub, Piccolo et Gohan dans Dragon Ball Z, Léon et Mathilda,ou encore True Grit, Terminator 2, Code Mercury, Les Mondes de Ralph, Logan…

Les exemples ne manquent pas, Sheïd reprend donc la formule à la lettre pour ce premier tome. L’action est néanmoins au rendez-vous, l’auteur profitant ainsi de sa grande expérience pour créer un univers cohérent grâce à des enjeux clairement établis. Les décors sont dessinés avec brio et ornent quelques pages véritablement somptueuses. Les personnages ne sont pas en reste, notamment grâce à des visages réalistes et très expressifs.

Philippe Pellet maîtrise donc son trait et son scénario, ce qui augure une suite de qualité sur le reste de la série.

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Robilar, ou le maistre chat #1: Maou!!

La BD!
BD de David Chauvel, Sylvain Guinebaud et Lou (coul.)
Delcourt  (2020), 64p.., série en cours 1 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

La couverture jouit d’un luxueux logo-titre doré, ouvragé et gaufré (traitement identique pour la tranche). La série annonce un second tome pour le début 2021 alors que celui-ci est bien un one-shot conclu par une FIN.

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L’histoyre du chat botté vous la connoissiez! Mais l’histoyre de Robilar, le gros minou devenu Machiavel qui se vengea des malheurs qu’on lui fit subir, vous alloi la découvrir ceans…

Très alléché par une fort jolie couverture et de forts bons échos je me suis plongé dans cette variation sur le Chat botté assez enthousiaste. Avant toute chose je tiens à préciser qu’il s’agit d’un album 100% Delcourt qui s’inscrit dans une ligne fort bien connue avec des auteurs qui ont fait toute leur carrière dans ces collections aux jolies couleurs et aux dessins « BD ». Je suis Sylvain Guinebaud sur les réseaux sociaux et apprécie beaucoup ses dessins animaliers humoristiques. Si ses planches sur Robilar sont agréables avec un trait à la fois rapide et détaillé je relève un encrage qui passe moyennement à l’impression avec un résultat parfois imprécis, estompé. Très attaché aux encrages j’ai trouvé que cela affaiblissait la technique costaude du dessinateur. Il reste que son rôle n’est pas des moindre dans cette équipée à trois puisque dans cette farce qui tient plus de Rabelais que de Perrault son art de la grimace est tout à fait efficace.

Sur l’histoire je passerais rapidement puisque hormis une introduction assez étrange nous narrant les origines « nobles » du chat avant de tomber chez le « Marquis » sans que l’on comprenne bien son utilité, on suit l’intrigue connue de tous… jusqu’à une fin ouverte qui permettra sans doute dès le tome deux de s’extraire du carcan littéraire. La principale qualité de ce Robilar est ainsi dans son texte. David Chauvel est connu, outre son rôle de directeur de collection, pour Wollodrin, variante de Fantasy s’inscrivant dans l’univers des méchants orcs. On va retrouver ici cette envie de dépasser le conte en mode farce mais surtout en jouant sur le langage des gueux et des seigneurs, passages les plus truculents de l’album. Allant à la rencontre de différents groupes de personnages (des chats de gouttière complètement stones aux paysans au langage de cul-terreux), le chat va donc fomenter son plan de gloire d’abord, de vengeance ensuite comme on l’imagine sur la suite.

L’effet découverte est donc amoindri sur ce premier tome peut-être un peu trop sage et respectueux du matériau en ne pouvant jouer que sur la mise en scène et quelques facéties pour nous surprendre. La lecture en est agréable (et pourra convenir aux jeunes lecteurs qui laisserons leurs parents glousser aux allusions grivoises dissimulées) mais ne se démarque pas de la qualité moyenne Delcourt. On attend avec impatience la suite avec l’espoir d’un grand délire pas trop sage…

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***·Actualité·BD·Nouveau !·Service Presse

Carthago Adventures tome 6: La Source

La BD!

Sixième tome de 54 planches de la série spin-off Carthago Adventures, avec Christophe Bec et Jean-David Morvan au scénario, Bernard Khattou au dessin. Parution le 07/10/2020 aux éditions des Humanoïdes Associés.

Merci aux Humanos pour leur fidélité.

Les aventuriers de la frangine perdue

Le milliardaire Wolfgang Fiersinger, l’un des protagonistes de la série Carthago, est un homme drapé de secrets. Tant et si bien qu’il nous avait caché l’existence de sa sœur, Yara. Lorsque cette dernière disparait, Fiersinger mandate son jeune frère, l’insouciant Harry, pour la retrouver.

Peu rompu aux affres de l’aventure, Harry se voit rapidement adjoindre London Donovan, limier et homme à tout faire du milliardaire. Ensemble, ils vont se mettre sur la piste de la jeune femme, qui a semble-t-il décidé de mener une petite excursion au cœur de la jungle brésilienne.

Bien vite, nos deux compères mal assortis vont se rendre compte que la chasse aux monstres coule manifestement dans le sang des Fiersinger. En effet, il s’avère que si Yara s’est enfoncée dans une jungle impénétrable dans laquelle même les locaux ont peur de se rendre, c’est pour y rechercher une créature mythique, qui pourrait bien être liée à la singulière destinée de la famille.

L’enfer vert

Pour ce sixième chapitre du spin-off de la série cryptozoologique phare de ces dernières années, et après les forêts canadiennes, les marais africains, les côtes d’Alaska et les steppes sibériennes, Christophe Bec choisit de nous amener cette-fois sur un nouveau terrain, la jungle brésilienne. Comme le veut la prémisse de la série, il déterre une légende locale que nos héros vont trouver sur leur route, enrichissant ainsi un univers déjà foisonnant.

L’introduction en flash-back est dynamique, et nos héros ne se perdent pas en conjecture avant d’entrer dans le feu de l’action. Cependant, une fois dans la jungle, le lecteur pourra ressentir une certaine longueur. Le voyage demeure périlleux, mais il est aussi laborieux, les différentes péripéties censées entraver le parcours de nos héros présentant assez rapidement un caractère redondant. L’autre problème qui se pose ensuite, c’est que la conclusion hérite d’une place étriquée en fin d’album, forçant l’auteur à noircir ses phylactères de textes destinés à nous transmettre à la hâte les révélations qu’il avait prévues pour cet album.

Il faut noter néanmoins que le scénariste a ici bien choisit son duo, qui fonctionne plutôt de façon remarquable sur la longueur du récit, avec des pointes d’humour que l’on ne connaissait pas à la série. Cet album sonne un peu comme la rédemption d’un personnage qui nous était jusque là montré comme inepte, mais qui donne enfin à voir un peu de cran et de courage.

En revanche, sauf erreur de ma part, il n’est jamais fait mention du personnage de Yara en amont de ce tome, aussi il est permis de se demander pourquoi il sort maintenant du chapeau. Reconnaissons tout de même la faculté de Christophe Bec à mettre en lumière des mythes méconnus pour les adapter, souvent littéralement, à son univers syncrétique.

BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·***

Un putain de salopard #2: O Maneta

La BD!
BD de Régis Loisel, Olivier Pont et François Lapierre (coul.)
Rue de sèvres (2020), 88p., série en cours 2 vol. paru sur 3.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

couv_405163Après le chaos dans lequel ont été laissés les protagonistes il est temps de faire le ménage. Alors que Max et Baïa atteignent la mystérieuse épave d’un avion, radeau salutaire dans la jungle impénétrable, les rabatteurs du camp effacent les traces de leur passage et cherchent à éliminer les témoins. C’est à un chassé-croisé que se livrent le policier du bled, les assassins et les filles, alors que la trace du Putain de salopard se rapproche…

Il est toujours compliqué de passer le second tome d’une série. Sur cette fin d’année trois tomes de séries magnifiquement démarrées se voient prolongées avec plus ou moins de bonheur. Si le Ramirez de Pétrimaux passe assez bien le cap, le Luminary de Brunschwig m’a franchement laissé sur ma faim en assumant difficilement la pagination de triple album. Il en est un peu de même sur ce second Putain de salopard où la découverte et la fraîcheur des quatre zozo s’estompent pour la nécessaire mise en place d’une intrigue dramatique. Le problème c’est que les auteurs semblent perdre leur scénario comme leurs personnages dans la forêt… Un tome de transition peut toujours justifier un emballement moindre en attendant un rebond et un s’inscrivant dans un tout. C’est plus difficile avec une pagination de double album qui exige une certaine progression, surtout quand le décors, certes magnifique, est celui de l’omniprésente jungle.

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/11/Un-Putain-de-salopard-2.jpgOn suit ainsi dans ce volume l’équipe séparée: l’indienne muette Baïa et le benêt Max, malade, au cœur de l’enfer vert ; les 3C de l’autre, bien moins enjointes à la déconne avec les deux sbires à leurs trousses. Un peu comme dans un western, on navigue ainsi entre ces trois lieux (le campement des mineurs, le village, la forêt) au rythme de l’enquête du nouveau personnage de policier. Le soucis c’est que l’histoire on la connaît puisqu’on y a assisté au premier tome et que ces allers-retours sonnent un peu creux, jusqu’à la flambée de violence, sèche comme une branche cassée. Les personnages restent solides et les dialogues percutants, mais jusqu’au dernier tiers on a un peu un sentiment de sur-place. Un sur-place de cinquante pages tout de même…

Heureusement le dessin d’Olivier Pont en fusion parfaite avec la sublime mise en couleur de François Lapierre nous fait voyager dans ce tropique humide et crasseux que la technique traditionnelle des auteurs fait ressentir. Comme sur le précédent volume la minutie des détails, l’expression de la nature vierge, ses mouvements et ses recoins, s’apprécient à chaque page en faisant briller les rétines.

Ellipse volontaire ou non, le second tome s’achève presque sur le même plan que le premier… façon de nous montrer que dans la vie comme dans la jungle on tourne forcément en rond? On achève ainsi la lecture avec une intrigue qui a effectivement avancé avec une possible conclusion dès le prochain opus pour peu que Loisel ne souhaite pas étirer son intrigue (sommes toutes assez courte) déraisonnablement. Mais la sympathie des personnages, la qualité des graphismes ne suffisent pas à faire vraiment décoller une saga pourtant bien démarrée et qui a un peu oublié son féminisme et son humour en route. On tablera sur un second souffle car les qualités sont là, en musclant un peu le script.

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