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Empyre volume 2/4

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Second volume de la série Marvel Empyre, écrite par Dan Slott et Al Ewing, dessinée par Pepe Larraz. Contient les chapitres 2 et 3 de la série, ainsi que les tie-ins consacrés aux Avengers, à Captain America, aux Savage Avengers et au Messie Céleste. Parution le 07/04/2021 chez Panini Comics.

Les racines de la guerre

Dans le premier volume d’Empyre, nous explorions les origines du légendaire conflit entre les Krees et les Skrulls, deux puissantes et belliqueuses civilisations extraterrestres de l’univers Marvel. Il s’avère que ces deux espèces ont en commun une troisième engeance, les Cotatis, êtres végétaux et supposés pacifiques, dont sont issus plusieurs personnages amis des Avengers. Initialement, les Skrulls, dans une logique colonisatrice et conquérante, avaient proposé aux deux autres espèces, qui étaient alors primitives et cohabitaient sur la même planète, une sorte de challenge destiné à déterminer qui des deux tirerait le meilleur parti de la technologie avancée des Skrulls.

Ce challenge a très mal tourné puisqu’il a conduit au massacre des Cotatis, initiant la fameuse guerre Kree-Skrulls. Aujourd’hui, les deux belligérants ont enterré la hache de guerre, pour se rassembler sous la bannière d’un hybride, le super-héros Hulkling, passerelle entre les deux mondes.

Malheureusement, la paix a toujours un prix, si bien que le nouvel empire, transfuge des Krees et des Skrulls s’est mis en route vers la Terre pour exterminer les Cotatis, qu’ils ont érigés en bouc émissaire. Les Avengers se sont donc courageusement dressés pour défendre les opprimés. Cependant, il s’avère que la coalition avait raison de craindre les Cotatis, qui attendaient leur heure pour se venger de millénaires d’oppression et de massacres, et qui ont dans l’idée d’exterminer toute vie non-végétale dans l’Univers.

Les fleurs du mâle

Il se pourrait bien d’ailleurs que les moyens des Cotatis soient en adéquation avec leurs ambitions. C’est donc aux Avengers et aux Quatre Fantastiques (dont la plupart a déjà été un Avengers à un moment donné) qu’il revient d’organiser la contre-attaque avant qu’il ne soit trop tard.

Le space-opéra du premier volume laisse la place à des batailles épiques sur Terre cette-fois, où les héros répartis en factions doivent repousser les hordes d’hommes-brocolis qui surgissent de partout. L’action est donc au rendez-vous ici également, superbement mise en image par M. Larraz. Son dessin me semble un peu formaté depuis quelques temps mais retient tout de même l’attention, notamment grâce au soutient de l’encrage et de la couleur.

La formule en elle-même reste ultra-classique, avec les sous-groupes de héros ayant chacun une sous-mission essentielle au salut de tous. C’est ce que l’on retrouvait déjà dans les gros events de l’époque, les derniers qui reviennent en tête étant Secret Invasion (retrouver Reed Richards, retrouver Stark, reprendre New York lors d’une immense bataille), Fear Itself (défendre les grandes villes attaquées par les Dignes à travers le monde, forger des armes asgardiennes pour les héros, se rassembler pour les affronter lors d’une immense bataille), ou plus récemment War of the Realms.

Pour le reste, l’intrigue tient encore la route, il n’y a plus qu’à espérer qu’elle parvienne à surprendre tout du long. Je vous rassure néanmoins, un certain nombre de rebondissement permet de maintenir l’intérêt sur ce second volume.

Le casting demeure attractif, même si l’on ne peut s’empêcher de relever quelques incongruités, comme par exemple l’absence de Spider-man, qui est un membre historique des Avengers ET des FF. Puisque le label de la mini-série met ces deux équipes en avant, il aurait aussi été intéressant de les mettre en opposition, par exemple sur des méthodes ou des choix à faire durant le conflit. Cela viendra peut-être sur les prochains chapitres, mais pour l’heure, c’est la coopération totale, ce qui n’est guère surprenant.

Les tie-ins, chapitres annexes à l’intrigue principale, sont souvent dénués d’intérêt mais ici, la magie opère et l’on prend tout de même plaisir à lire les à-cotés, qui contextualisent suffisamment les évènements pour permettre de raccrocher les wagons.

Ce volume 2 fait donc entrer la série dans une phase de plateau, tout en conservant un rythme soutenu.

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Empyre volume 1/4

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Premier volume de 168 pages de la mini-série écrite par Dan Slott et Al Ewing, dessinée par Pepe Larraz. Contient le premier numéro de la série ainsi que les prologues consacrées aux Avengers et aux Quatre Fantastiques.

Peur bleue et enfer vert

Dans notre réalité, il existe des conflits ancestraux, interminables, entre deux ennemis héréditaires, et dont peu de gens se souviennent des événements déclencheurs, comme par exemple le conflit israélo-palestinien. L’univers 616 de Marvel (la continuité classique, donc) reflète bien cet état de fait, au travers de la fameuse guerre Krees-Skrulls.

Les Krees sont une civilisation intergalactique fondée sur des valeurs guerrières, des sortes de spartiates de l’espace, à l’esprit conquérant et impitoyable. Les Krees ont déjà, par le passé, interféré avec l’Humanité, notamment par le biais d’expérimentations ayant engendré le peuple Inhumain. L’un des grands héros de l’écurie (et l’un des rares à ne pas avoir été ressuscité) Captain Marvel, premier du nom, est un guerrier Kree qui, par amour pour l’Humanité, a tourné le dos à son peuple pour devenir protecteur de la Terre. Après sa mort tragique, son titre revint à son faire-valoir de l’époque, le Colonel Carol Danvers, qui après des années passées sous les alias de Miss Marvel, Warbird ou Binaire, assuma enfin son héritage pour s’émanciper et devenir la nouvelle Captain Marvel.

Les Skrulls, quant à eux, sont des êtres métamorphes organisés eux aussi en civilisation intergalactique. Expansionnistes et belliqueux, ils utilisent leurs dons pour infiltrer les mondes cibles et utilisent ensuite leur technologie supérieure pour en prendre le contrôle. Depuis la destruction de leur planète par Galactus, les Skrulls ont des vues sur la Terre, qu’ils convoitent pour eux-mêmes. Motivés par une ferveur religieuse, sous la forme d’une prophétie qui leur promettait le salut sur Terre, ils ont tenté, en 2008, de conquérir la Terre après avoir remplacé de nombreux héros par leurs propres agents (Secret Invasion). Lors de cette attaque de grande ampleur, on s’apercevait que Hank Pym, Spider-Woman, Elektra, Flèche Noire et d’autres avaient été remplacés par des Skrulls, causant la confusion et semant la paranoïa parmi les héros.

Pris séparément, ces deux factions représentent déjà une menace pour l’Humanité. Mais si l’on prend en compte le conflit millénaire qui les oppose, le risque augmente alors de façon exponentielle. En effet, Krees et Skrulls se mènent une guerre sans merci à travers les galaxies, sans que les uns ou les autres ne prévalent jamais. Ce conflit s’est délocalisé sur Terre à plusieurs occasions, mais la plus connue reste la Guerre Krees Skrulls, racontée dans la saga éponyme dans les années 70.

Au milieu de tout ça, il existe un personnage, Teddy Altman alias Hulkling, qui, dans la série Young Avengers, découvrait son double héritage. Fils de Captain Marvel, héros Kree, et d’une princesse Skrull, il était le pont improbable entre les deux espèces, hybride porteur d’un message d’espoir et de paix. Malheureusement, qui veut la paix doit proverbialement se préparer à faire la guerre. Ainsi, Teddy, hissé à la hâte et bien malgré lui sur le trône des deux empires, subit le lobby des deux parties afin de les unifier contre un ennemi commun, la Terre…

Skrulls et autres Kree-minels

Comme à l’accoutumée, les Avengers, les plus puissants héros de la Terre, sont en première ligne pour accueillir la flotte combinée des Skrulls et des Krees. Mais ils ne sont pas seuls, car cette fois les Fantastiques, habitués aux contacts avec ces civilisations belliqueuses (Reed Richards, lors d’une des premières aventures des FF, avait hypnotisé des espions Skrulls pour les transformer en…vaches, qui furent plus tard mangées par des humains, entrainant des conséquences inattendues…mais c’est une autre histoire), sont aussi de la partie.

Les héros découvrent, via un appel de détresse, que Sequoia, le Messie Céleste, fils de deux anciens Avengers, est toujours en vie, et que son peuple, les Cotatis, sont la cible réelle de la coalition Kree-Skrull. Entre un jeune empereur réticent et dépassé par les événements, et deux races aliens prêtes à pulvériser la planète pour régler leurs différends, les Avengers et FF auront fort à faire tout au long des quatre volumes de la série.

Pour les lecteurs aguerris, les schémas de Marvel finissent par apparaître clairement, au bout de quelques années. Qui dit schéma dit redondance, et c’est ainsi que les cycles marveliens ont tendance à se répéter, pas forcément sur la forme, mais au moins sur le fond. En même temps, il faut bien avouer que les grandes sagas, tradition de l’éditeur, n’ont qu’un nombre limité de thèmes à aborder, si bien qu’il faut souvent recycler.

Ainsi, l’on passe de House of M (2005) à House X (2020) , de Civil War (2006) à Civil War 2 (2016), de Fear Itself(2011) à War of the Realms (2020), de la Guerre Kree-Skrull (1971) à Secret Invasion (2008) puis à Empyre. Il s’agit donc, pour le fan, de lutter contre l’éventuelle lassitude en prenant ces events pour ce qu’ils sont, un divertissement proposé à échéance régulière, et mettant en scène nos héros favoris.

Le minimum syndical que nous sommes en droit d’exiger, c’est donc, outre la partie graphique, des personnages bien campés, de l’action, si possible spectaculaire, et une intrigue un tant soit peu rythmée et cohérente.

Ce premier numéro d’Empyre (prononcer Aime-Paille-Heure), si l’on fait preuve d’indulgence quant à ses inévitables prologues, offre donc une entrée en matière tout à fait satisfaisante et promet une saga divertissante, à défaut d’être complètement révolutionnaire. Action ? check. Nos héros favoris ? check. Rebondissements ? check.

Vous l’aurez compris, rien de transcendant à ce stade, mais l’on peut faire confiance à Dan Slott et Al Ewing pour nous faire voyager, en faisant écho à l’héritage riche de Marvel et de sa longue continuité.

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War of The Realms, la Guerre des Royaumes

Intégrale de la mini-série en six chapitres, écrite par Jason Aaron et dessinée par Russell Dauterman. Parution le 09/06/2021 chez Panini Comics.

War (huh!) what is it good for ?

Après le catastrophique Infinity Wars, intéressons-nous maintenant à War of the Realms, dont l’intégrale est sortie peu avant l’été. Le pitch est, ma foi, relativement simple: l’elfe noir Malekith mène une offensive globale contre les dix royaumes, ce qui inclue bien évidemment Midgard, la Terre. Il revient donc à Thor et à ses alliés de sauver l’ensemble des mondes.

Montrant qu’il n’y a finalement pas trente-six façons de faire la guerre, Malekith commence par envahir New York avec ce qui ressemble fortement à une blitzkrieg. Le roi des elfes noirs la joue fine et retire du jeu son principal adversaire, Thor, qu’il exile sur Jotunheim, le royaume des géants de glace, afin de le garder au frais en attentant de terminer son invasion. Odin, quant à lui, s’est exilé dans les ruines d’Asgard où il rumine ses nombreux échecs. Mais Malekith ne l’a pas oublié pour autant.

A la tête d’une armée invraisemblable de géants, de trolls, d’elfes, de démons du feu et autres créatures issues des neuf, pardon, des dix royaumes, Malekith va représenter un défi de taille pour les Avengers, ainsi que pour tous les autres héros prêts à se dresser contre la tyrannie. On ne doit pas ignorer la proverbiale force octroyée par l’union, néanmoins, si les héros espèrent s’en sortir, ils vont devoir se séparer en plusieurs factions et couvrir ainsi plusieurs fronts.

Une première équipe, constituée de Captain America, Spider-Man, les inséparables Luke Cage et Iron Fist, et le nouvellement ressuscité Wolverine, sont parachutés sur Jotunheim pour porter secours à Thor. Une seconde escouade, menée par Freyya, emmène Miss Hulk, le Punisher, Blade et le Ghost Rider à Svartalfheim afin de détruire le Bifrost Noir, atout majeur des envahisseurs. Et enfin, les War Avengers de Captain Marvel, supposés tenir la ligne de front. Le tout est supervisé par Daredevil, qui se substitue à Heimdall et devient le dieu Sans Peur, nouveau gardien du Bifrost.

This is a Thor’s world

Durant son run, Jason Aaron a laissé une empreinte non négligeable sur le marvelverse, notamment sur la frange asgardienne, qu’il a revisité et transformé de bien des façons. Cela commença par la saga du Massacreur de dieux (bientôt adaptée au cinéma), qui sema la graine de la dévastation chez Thor, une dévastation qui durera plusieurs années et qui laissera le héros irrémédiablement transformé. Le tournant majeur du parcours de l’auteur sur son personnage fétiche sera Original Sin, crossover quelque peu inégal mais qui marquera les esprits par ses conséquences et ses ramifications.

La principale, c’est la déchéance de Thor, qui perd le bénéfice de son mythique marteau, et devient Thor l’Indigne. La nature (et Marvel!) ayant horreur du vide, un nouveau Thor brandit le marteau. Jane Foster, ancienne amante de Thor, devient donc une déesse du tonnerre peu commune, mais abandonnera son rôle lorsque Mjolnir sera détruit.

War of the Realms fait donc office de baroud d’honneur pour le scénariste, qui profite de l’occasion pour boucler toutes les pistes narratives initiées depuis 2012. Il y va donc de ses références et rappels aux évènements qui ont précédé le crossover, ce qui peut nécessiter d’avoir suivi les séries Thor et les événements susmentionnés.

On ne peut pas nier l’aspect épique d’un tel event, même si, encore une fois, les antagonistes, si forts soient-ils, laissent quelque peu à désirer côté charisme et motivations. Enfin, on ne va pas se plaindre pour autant, la bataille dantesque qui résulte de ce conflit manichéen fait plaisir à voir et ne laisse pas de sentiment d’incohérence, ni de confusion, que l’on pouvait voir dans Infinity Wars, par exemple.

Revoir certains team-ups était tout à fait satisfaisant, comme celui de l’équipe de secours de Jotunheim, qui rappelait la belle époque des New Avengers de Bendis. Le retour de certains personnages lors du climax apporte également son lot de satisfaction, ne serait-ce que par le sentiment de boucle bouclée que l’on y perçoit à première lecture.

Pour les lecteurs un peu plus anciens, War of the Realms rappellera forcément un autre event sorti en 2011, Fear Itself, qui impliquait lui aussi une incursion de la mythologie nordique dans le reste du marvelverse. Dans Fear Itself, Tony Stark utilisait déjà la forge des nains afin de créer un arsenal magique pour les héros de la Terre. Ici, il fait la même chose, mais le résultat est…beaucoup plus cool.

Bien sûr, à l’issue de WOTR, le statu quo de Thor et compagnie évoluent encore, les lectures à venir nous confirmerons, ou pas, l’intérêt de ces changements.

War of The Realms relève donc le niveau des crossovers chez Marvel, en offrant à la fois action épique, casting élargi, et références nombreuses au long run d’un auteur talentueux.

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

La petite voleuse de la Tour Eiffel

La BD!

Histoire complète en 62 pages, écrite par Jack Manini et Hervé Richez, et dessinée par David Ratte. Parution aux éditions Grand Angle le 01/09/2021.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Volera bien qui volera le dernier

En 1904, le parvis de la Tour Eiffel attirait déjà les badauds, qui par milliers venaient admirer la grande dame de fer parisienne. Une aubaine pour un voleur habile, qui, chaque midi, profite du coup de canon tiré chaque jour pour détrousser les passants. Portefeuilles, sacoches, bijoux, tout y passe ! Rien n’échappe à la pickpocket, tandis qu’elle échappe sans cesse aux policiers lancés à ses trousses depuis plusieurs semaines.

Bien embêté par cette affaire, Jules Dormoy, inspecteur parisien introverti mais compétent, va se retrouver malgré lui aux prises avec un complot menaçant les fondations mêmes de la République, lorsque la mauvaise sacoche sera dérobée à la mauvaise personne…

Gente dame cambrioleuse

Plus tôt cette année, nous avions croisé Jack Manini pour Total Combat, qui se voulait être une immersion dans la discipline favorite de l’auteur, le MMA. On peut dire ici que le changement d’ambiance est radical, puisqu’on change de lieu, d’époque est de de genre. Assez étonnamment, les auteurs basent leur histoire sur un scandale connu de la IIIe République (que je ne connaissais pas), romancé pour la cause, et bâtissent autour un récit choral reprenant certains personnages du Canonnier de la Tour Eiffel. Le ton est léger et vaudevillesque, mêlant récit policier et comédie romantique. Cela aboutit, grâce à des personnages bien campés et attachants, à un scénario ingénieux, émouvant mais non dénué d’humour.

L’aspect politique et les remous de l’affaire en elle-même sont peut-être délicats à saisir réellement, mais il faut bien avouer que ce qui fait le sel de l’album, ce sont bien les quiproquos et les situations romanesques, que l’on prend un plaisir croissant à suivre.

David Ratte, au dessin, nous donne l’impression d’être très à l’aise dans l’exercice. Son Paris de la belle époque fait plaisir à voir et participe en grande partie à l’immersion proposée par le duo de scénariste.

Un album léger, à la fois drôle et émouvant, plongée agréable dans le Paris du siècle dernier !

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Basketful of heads

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Histoire complète en sept chapitres, écrits par Joe Hill et dessinés par Léomacs. Parution chez DC Comics au sein du Black Label, publication en France chez Urban Comics depuis le 02/04/2021.

Une histoire à en perdre la tête

L’été 1983 commençait très bien sur Brody Island, dans le Maine. June Branch, jeune étudiante en psychologie, sort depuis quelques temps avec Liam Ellsworth, qui a passé son été en tant qu’adjoint au sheriff Clausen. Le jeune homme en a vu de dures, mais son service est enfin fini et il va pouvoir roucouler avec l’élue de son cœur. Cependant, la loi de Murphy s’en mêle et va peut-être même donner à cette idylle estivale une tournure bien plus dramatique…

En effet, alors qu’une tempête frappe l’île comme jamais auparavant, quatre détenus s’évadent après avoir faussé compagnie à leur convoi pénitentiaire. Animé par de mauvaises intentions, le quatuor criminel va débarquer sans crier gare et enlever Liam avant que l’un d’entre eux ne s’en prenne à June. Littéralement au pied du mur, June choisit comme arme pour se défendre, une hache viking trônant dans la collection du sheriff. Sans le savoir, June vient de s’armer d’un objet maudit, qui maintient en vie les têtes coupées de ses victimes. Autant dire que ce soir, à Brody Island, des têtes vont tomber !

Le reste de cette nuit tempétueuse va voir June aux prises avec la vermine qui arpente l’île, et qui n’est pas forcément celle que l’on attendait. La jeune survivante fera néanmoins tout pour secourir son boyfriend en détresse, quitte à faire tomber, littéralement, quelques têtes parlantes au passage.

La tête sans les épaules

Joe Hill n’a désormais rien à prouver quant à la qualité de son travail d’auteur. Le rejeton de Stephen King a su se démarquer de la notoriété paternelle tout en assumant son héritage, et s’est fait un nom dans l’industrie du comics, en commençant pas l’incontournable Locke & Key. Hill s’est ensuite vu confier par DC la création de son propre label, Hill House au sein duquel l’auteur dispose d’une liberté totale quant à ses créations. Durant l’été, nous avions chroniqué Plunge, sorti concomitamment à cet album. Hill y montrait déjà la maîtrise de son écriture ainsi que des codes du genre, par le biais de références bien senties et pertinentes à des œuvres incontournables.

Joli swing !

King junior procède ici de la même façon, en nous plongeant immédiatement dans un récit fleurant bon le slasher cher aux années 80. L’auteur ne se repose pas pour autant sur l’aspect fantastique, qui ne sert pas de colonne vertébrale à l’intrigue, cette dernière demeurant centrée autour de personnages intéressants car dotés de profondeur. La hache maudite et les têtes qui parlent ne sont finalement qu’un accessoire, un assaisonnement qui achève la qualité de l’ensemble.

Le ton semble parfaitement équilibré grâce à certaines touches d’humour. Il ne faut cependant pas avoir peur du grotesque dans certaines situations, car il faut bien avouer que l’auteur s’en donne à cœur joie, que ce soit au travers des dialogues ou des péripéties proprement dites. Le tout parvient donc à maintenir un rythme soutenu, haletant, grâce à de judicieux cliffhangers, tout en conservant un esprit irrévérencieux (mais pas outrancier).

L’émancipation de June, accélérée par la cruauté de l’intrigue, reste engageante pour le lecteur, même si, à titre personnel, j’ai moins adhéré à une certaine décision finale de la protagoniste, qui m’a parue un brin disproportionnée.

Basketful of head reste un grand plaisir de lecture, à réserver aux lecteurs avertis, bien sûr, à moins de vouloir…perdre la tête.

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Pinard de Guerre

La BD!

Premier tome d’un diptyque écrit par Philippe Pelaez et dessiné par Francis Porcel. Parution le 01/09/2021 aux éditions Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

C’était pas sa guerre !

Ferdinand Tirancourt est ce que l’on peut appeler un opportuniste. Alors que la Grande Guerre fait rage, et que les Poilus donnent leur vie par millions dans d’immondes tranchées, Ferdinand, lui, reste bien à l’abri derrière les lignes de front. En revanche, on ne peut pas lui reprocher de ne pas contribuer à l’effort de guerre. Son activité principale, à Ferdinand, c’est le commerce de vin, le fameux « Pinard », qu’il achemine jusque dans les tranchées afin d’étancher la soif des soldats condamnés.

Le contrebandier de l’extrême le sait bien, il faut bien une dose supplémentaire de courage, voire de folie, induite par l’ivresse afin de se lancer de son plein gré sous le feu ennemi. Alors qu’il se remplit les fouilles, Ferdinand, goguenard et cynique tout plein, voit la guerre se dérouler sans plus d’états-d’ âme. Mais le mensonge de Ferdinand quant à sa supposée infirmité va bientôt lui causer bien des ennuis, propulsant notre anti-héros au coeur des tranchées qu’il s’échinait à éviter. Désormais témoin direct des atrocités de la guerre et du lien de ses compatriotes soldats avec le vin dont il les abreuve, Ferdinand changera-t-il d’opinion, ou son cynisme sera-t-il ancré trop profondément ?

De l’effet revigorant du vin

Vin mal acquis ne profite jamais

La guerre est un thème malheureusement universel, que l’auteur Philippe Pelaez a déjà abordé lors de ses précédentes œuvres. La déshumanisation, le cynisme et la barbarie prennent leur essor dans les périodes les plus sombres, ce qu’illustre parfaitement le personnage de Ferdinand Tirancourt. Détestable et puant, l’auteur parvient, en quelques cases, à nous le rendre tout à fait antipathique, tant il représente certains des traits les plus vils de l’homme moderne.

Cupide, sournois, menteur et égoïste, il n’en est que plus satisfaisant de le voir, quelques pages plus loin, patauger dans la gadoue avec ceux-là mêmes dont il exploite les turpitudes. Cependant, et c’est là tout le talent de l’auteur, Ferdinand n’est pas unidimensionnel, et la superficialité qu’il affiche lors du premier acte va progressivement s’estomper pour laisser la place à des failles et des doutes qui l’humaniseront. C’est donc un tour de force de la part du scénariste, que de parvenir à changer ainsi la perception qu’a le lecteur d’un personnage, de façon cohérente et au sein du même album. La rédemption est encore loin pour Ferdinand, mais son parcours narratif a tout de même de quoi servir d’exemple à ceux ou celles qui souhaiteraient écrire un personnage d’anti-héros.

La partie graphique est assurée par Francis Porcel, qui avait déjà collaboré l’an dernier avec le scénariste sur l’album Dans mon village, on mangeait des chats. L’alchimie entre les deux auteurs a donc déjà fait des étincelles, et cela se reproduit ici de façon très efficace. Couleurs ternes et décors boueux, tout est fait par l’artiste pour nous plonger dans l’ambiance glauque des tranchées.

En conclusion, on retrouve dans Pinard de Guerre une réalité historique assez méconnue, romancée de telle sorte qu’elle offre un voyage inattendu dans les tréfonds de l’abjection humaine.

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Infinity Wars

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Intégrale Deluxe de la mini-série en six chapitres écrites par Gerry Duggan et dessinée par Mike Deodato Jr. 233 pages, parution chez Panini le 30/12/2020.

Vers l’infini, et en-deçà

L’univers Marvel a subi, à la fin de Secret Wars, une déflagration purificatrice suivie d’une renaissance. Ce renouveau a permis l’émergence d’un nouveau batch de pierres d’infini, ces joyaux primordiaux qui contrôlent l’Espace, le Temps, le Pouvoir, l’Esprit, la Réalité et l’Âme. Bien évidemment, un tel pouvoir ne passe pas inaperçu et attire bien vite la convoitise de quelques initiés.

Déjà rompu à l’exercice grâce à ses nombreuses années d’Illuminati, le Docteur Strange convoque les nouveaux détenteurs des pierres afin de parer à toute menace éventuelle. Et par menace éventuelle, le Sorcier Supreme entend bien sûr Thanos, le titan fou, qui a déjà usé des pierres avec grand fracas par le passé (Infinty Gauntlet), et qui cherche bien sûr à retrouver sa gloire d’antan.

Évidemment, ni Strange, ni Thanos n’ont prévu ce qui va vraiment se produire. Le Titan fou est attaqué et occis dans sa propre forteresse, alors qu’il n’avait même pas achevé son premier « Mouahahahaha » diabolique. L’assaillant, qui œuvre masqué mais dont on sait très bien que c’est Gamora, la fille de Thanos, qui après l’avoir décapité se met en quête des pierres pour son propre compte.

De l’autre côté de l’univers, Loki, le prince de la discorde, le roi des mensonges et détenteur du copyright de la fourberie, traverse une crise existentielle. Il s’interroge en effet les raisons de ses échecs chroniques, et, biais d’autocomplaisance oblige, les impute à une force extérieure malveillante (quoique, tout bien réfléchi, une force qui vous empêche de faire le mal devrait logiquement être bienveillante).

Ce qu’il trouve lors de ses recherches le pousse à partir lui aussi en quête des pierres. La fille de Thanos qui s’est auto-orphelinisée ou le Roi des mauvais tour, qui prévaudra ? Et surtout, qui paiera les pots cassés ?

Pierre qui roule n’amasse Thanos

C’est avec un brin d’appréhension que nous avons abordé cet énième event, ces fameuses sagas qui promettent beaucoup pour ne livrer pas grand chose au final. Dès les premières pages, voir Thanos délivrer un monologue dégoulinant de cliché sur son grand retour n’est pas de nature à rassurer le lecteur. Effectivement, Thanos et les pierres d’infini sont étroitement liées, presque indissociables, mais le personnage a connu par la suite d’autres interprétations et des évolutions qui sont ici complètement ignorées.

C’est sans doute un choix audacieux de la part du scénariste, qui choisit de se détacher (sans mauvais jeu de mot) du célèbre Titan pour construire une antagoniste inattendue. Bien que les motivations de Gamora soient initialement entendables (retrouver une partie d’elle restée prisonnière de la gemme de l’Âme), ses actions, elles, le sont beaucoup moins. C’est sans doute la faute à une prémisse trop lourdingue et des enjeux qui ne sont pas clairement établis. Tuer Thanos ? pourquoi pas, s’il s’agit pour Gamora de s’assurer que les pierres ne tombent pas entre de mauvaises mains. S’emparer brutalement des pierres ? C’est là que le bât blesse, puisqu’on n’imagine pas Docteur Strange ni Adam Warlock refuser de l’aide à Gamora si elle leur demandait pacifiquement. Je veux dire, Strange était prêt il y a quelques années à ressusciter Tante May, bon sang, pourquoi il refuserait d’aider Gamora à retrouver son morceau d’âme ?

Partant de cette défaillance, il n’est pas étonnant que le reste de l’intrigue ne tienne pas debout. Faire fusionner la moitié des âmes de l’univers avec l’autre moitié, pourquoi pas (cela peut donner des fusions intéressantes, comme dans la série Amalgam back in the day), mais le tout est forcé et finalement, sans grand intérêt. C’est d’autant plus ennuyeux que Gamora, autour duquel cet event est centré, ne montre aucun signe d’évolution. Ce qu’elle fait durant IW ne lui apprend donc rien, ni sur elle-même, ni sur les autres, elle ne semble tirer aucune leçon de ce qu’elle vient de faire (elle a tout de même bousillé la réalité !).

D’ailleurs, les autres non plus, puisqu’à la fin, lorsque tout est rentré dans l’ordre, les autres personnages ne semblent pas lui en tenir rigueur plus que ça. Il suffit que Star-Lord mette son véto (alors qu’elle l’a techniquement tué deux fois) pour que chacun renonce à une quelconque forme de châtiment. De là où il est, un personnage comme Hank Pym doit se râcler amèrement la gorge, lui qui a été flandérisé pour ne plus être que le type qui a crée Ultron puis frappé son épouse il y a 40 ans.

Les six chapitres d’Infinity Wars se révèlent donc longs, bruyants, et inconsistants, la palme revenant au dernier numéro, qui nous fait nous demander à quoi tout ceci a bien pu servir. Du simple divertissement ? Bien trop confus. Une réflexion ? On se demande bien sur quel sujet. Une morale ? Allons bon.

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La Tour #1

La BD!

Premier tome de 62 pages, d’une série en trois parties écrite par Jan Kounen et Omar Ladgham, et dessiné par Mr Fab. Parution chez Comix Buro le 09/06/2021.

La Tour de la question

Dans un futur relativement proche, la civilisation humaine s’est (encore!) effondrée, anéantie par une bactérie ravageuse à laquelle seuls 2746 humains sont parvenus à échapper. Ces miraculés doivent leur survie à quelques milliers de tonnes de béton, d’acier et de verre, qui prennent la forme d’une immense tour.

Conçue pour être autonome, cet édifice, géré par l’ordinateur Newton, abrite donc les derniers survivants de l’Humanité depuis une trentaine d’années, dernier rempart se dressant entre l’Humanité et l’anéantissement. Certaines excursions sont organisées et menées par les chasseurs, dont la mission est de ramener du gibier tout en évaluant l’hostilité de l’environnement. Malgré tout, le temps passe et accomplit son œuvre sur la Tour, qui, de fleuron technologie européen, est passé lentement à cloaque vétuste menaçant de s’effondrer.

Si le matériel a subi les outrages du temps, les habitants ne sont pas en reste non plus. Confinée depuis trois décennies, la population vieillissante ne promet pas un avenir des plus radieux pour le genre humain. Seulement, voilà, il existe désormais toute une frange de la population qui n’a connu que le confort reclus de la Tour, et qui n’a jamais mis les pieds à l’extérieur. Ces « intras » comme on les surnomme, ont en eux une fougue et un ressentiment qui pourrait semer le chaos dans l’équilibre toujours plus précaire de la Tour.

Nul ne peut se prévaloir de sa propre Tour-pitude

Dans un bref préambule, Jan Kounen et Omar Ladgham, issus tous deux du monde audiovisuel, précisent que La Tour était initialement un projet de série TV, qui a plus tard été adapté en BD. On a tendance à les croire, tant ce premier tome fait ressurgir des images et des lieux communs (plus ou moins) emblématiques issus de longs métrages du même genre.

La séquence d’ouverture, par exemple, nous évoque immédiatement des films comme Je suis une légende, grâce au décor urbain envahi par la nature. La tour éponyme, son design et les tensions qui croissent entre les habitants semblent émaner du film High-Rise, tandis que le thème du dernier refuge de l’Humanité, de la survie confinée et de la lutte des classes nous rappelle le célèbre univers du Snowpiercer. Les auteurs opèrent donc un mélange de plusieurs concepts sans qu’il s’en dégage nécessairement une impression de déjà vu.

Néanmoins, là où Snowpiercer établissait clairement et dès le premier acte les enjeux humains et politiques à bord du train, La Tour se permet de rester plus évasive sur les réalités du pouvoir au sein de de son édifice. Qui détient le pouvoir ? Est-ce un régime autocratique ? Peu d’éléments permettent de répondre à cette question, si bien que la révolte des intras ne parvient pas à se hisser au niveau de la révolution des sans-classe du Transperceneige, étant donné que les jeunes révoltés n’ont pas vraiment d’adversaire politique ni d’oppresseur désigné.

Certes, les conditions de vie dans la Tour sont de plus en plus difficiles, mais on ne ressent pas à la lecture d’injustice ni de différences de traitement. Lorsqu’un étage devient inhabitable, on sent l’urgence et le manque de moyens, mais à aucun moment on ne nous présente d’éléments venant justifier la rébellion des intras.

Il aurait donc fallu autre chose que le « teen spirit » pour faire adhérer le lecteur à la cause intra. D’autant plus que, et c’est pourtant un des points positifs de l’album, une partie de l’exposition est consacrée à démontrer la dangerosité du monde extérieur et le risque mortel encouru par tous les survivants. Avec cette information en tête, on a donc d’autant plus de mal à adhérer à cette révolte, qui fait jette effectivement une lumière défavorable sur les jeunes confinés.

Côté graphique, le style réaliste de Mr Fab est tout à fait opportun, même s’il surprend parfois sur quelques cases, étrangement dépouillées. Sur d’autres plans, notamment les plans de foule, les visages, pourtant bien dessinés et détaillés, on a tout de même une impression d’interchangeabilité. En revanche, le design de la tour et les décors urbains décrépits permettent à l’artiste d’exprimer son talent.

Espérons que la suite de la série approfondira davantage et de façon plus cohérente l’univers riche promis par son concept.

***·Comics·East & West

Furtif

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Histoire complète en six chapitres, écrite par Mike Costa et dessinée par Nate Bellegarde. Parution initiale chez Skybound, publication en France par Delcourt depuis le 02/06/2021.

La Gloire de mon père

Autrefois au cœur de l’industrie automobile américaine, la ville de Détroit n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. Délabrée, laissée à l’abandon par une municipalité dépassée, elle s’est mue en un cloaque déprimant qui broie chaque jour davantage les rêves et les aspirations de ses habitants.

Crime et pauvreté sont toujours étroitement liés, il n’est donc pas étonnant que Détroit soit devenue au fil des ans, le repère de nombreux gangs qui rendent plus difficile encore la vie dans les quartiers. Mais tout le monde n’a pas abandonné Détroit. Depuis plusieurs décennies, un homme se dresse, seul, face au crime et à la corruption. Vêtu d’une armure high tech, Furtif patrouille les rues et mène une guerre sans merci contre tous les gangs. Malgré sa détermination, toutefois, le poids des années commence à se faire sentir, si bien que Furtif ne semble plus en pleine possession de ses moyens. Ces doutes sont dissipés lorsque le héros blindé s’en prend à des policiers, qu’il a confondus avec des gangsters.

Tony Barber est un jeune journaliste amer, frustré par la déchéance de sa ville natale. Vivant seul avec son père Daniel, il lutte contre l’apathie de sa rédactrice en chef qui préfère mettre les problèmes sous le tapis pour ne parler que de sujets superficiels, comme si penser à autre chose qu’aux crimes et à la violence qui gangrène la ville allaient suffire à la sauver.

Un soir, alors qu’il rentre chez lui, Tony fait une terrifiante découverte: celui que tout le monde nomme Furtif, ce héros discret et altruiste, n’est autre que son père, Daniel. Souffrant d’une dégénérescence d’ordre neurologique, ce dernier perd peu à peu ses souvenirs et ses capacités, ce qui, en plus d’être tragique, le rend tout à fait dangereux.

Sans doute pas l’homme le plus dangereux de la ville, puisque ce titre revient sans doute à Dead Hand, un gangster albanais doté d’un terrifiant pouvoir résidant dans sa main droite. Ce dernier, ennemi de longue date de Furtif, comprend que le justicier n’est plus au top et prévoit ainsi d’accélérer sa chute.

Tony, lui, digère mal la nouvelle puisqu’il en fait immédiatement les frais, passé à tabac par son père, qui perd la tête. Bien décidé à investiguer pour trouver des réponses sur l’armure de son père, Tony espère trouver un moyen de le sauver, avant que l’irréparable ne soit commis.

La Chute du Faucon Noir

N’ayant plus grand chose à prouver depuis le succès de The Walking Dead et Invincible, Robert Kirkman navigue désormais dans des eaux plus ambitieuses, puisqu’il dirige désormais son propre label, Skybound, ce qui lui donne une plus grand liberté créative et ouvre ses horizons vers d’autres médias.

A la manière d’un Mark Millar, Kirkman lance donc des projets promis dès leur génèse à une adaptation ciné ou télé. C’est le cas avec Furtif (Stealth en VO), dont la vectorisation sur grand écran a déjà été annoncée. Tout comme Invincible explorait la relation père-fils dans un univers violent et déjanté, Furtif vient mettre en lumière les dynamiques filiales et paternelles dans un monde de gangsters et d’armures cybernétiques.

Ce thème est même ici plus central que dans les autres œuvres de Kirkman, qui a cette fois délégué l’écriture à Mike Costa. L’auteur livre une partition classique dans sa construction, avec son lot de rebondissements et de scènes intimistes entre le père et le fils, alternant avec des séquences d’action explosives (assez facilement transposable sur écran). Seul le final pêche et fait office de fausse note, son côté quelque peu absurde-ou du moins incohérent-faisant sortir l’intrigue des rails.

Le scénariste tente également, avec un certain succès, d’évoquer des problématiques sociales-paupérisation, violence et criminalité, gestion des crises sociales et économiques-mais y apporte sur le dernier chapitre (le fameux final) une touche d’optimisme un peu gauche sortant de nulle part.

Au milieu de tout ça, on trouve quand même la thématique du vieillissement, de la sénescence, traitée sous un angle tragique et émouvant. Daniel lutte en effet pour poursuivre sa croisade contre le crime, mais possède tout de même suffisamment de moments de lucidité pour se voir sombrer, ce qui en ajoute encore à la tragédie. Si on doit parler de l’antagoniste, ce sera pour dire qu’il effleure constamment la limite menant à la caricature, sans pour autant la franchir.

Cynique, parfois lâche, il ajoute une petite touche acide à l’ensemble, malgré un aspect légèrement pompé sur Harvey Dent, alias Double-Face. Justement, tant qu’on évoque les inspirations, le design de Furtif nous fait immédiatement penser à un savant mélange de Falcon, Darkhawk, chez Marvel, avec un soupçon de Guyver. Graphiquement, Nate Bellegarde fait un très bon travail, élevé encore d’un cran par la mise en couleur signée Tamra Bonvillain.

Furtif ne révolutionne donc pas le genre mais offre une vision intéressante et peu usitée du héros et de la relation père-fils. La fin pose clairement question mais ne gâche pas la lecture pour autant.

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Les gardiennes d’Aether

La BD!

Premier tome de 46 pages d’une série écrite par Olivier Gay, dessinée par Jonathan Aucomte. Parution aux éditions Drakoo le 01/09/2021. 

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

The Unchosen One

Le Royaume de Valania jouit d’une paix qui va de pair avec la prospérité de ses habitants. Cette paix ne va bien entendu pas durer, puisqu’elle sera fortement perturbée par le déferlement de monstres insectoïdes insensibles à toutes les armes conventionnelles de Valania, qu’elles soient magiques ou technologiques. 

Aether, un gentil nicodème, qui officie en tant que serviteur pour la famille royale, passe innocemment sa serpillère quotidienne tout en se faisant houspiller par la princesse Tatianna Louisdottir, lorsque surgissent les monstres dans le palais. Meeri, amie d’enfance d’Aether et garde royale de son état, ne tarde pas à débouler pour sauver celui qu’elle aime, et accessoirement, la capricieuse princesse aux pouvoirs magiques. 

Lorsque le trio se retrouve encerclé et que ni les talents de bretteuse se Meeri ni la magie de Tatianna ne parviennent à les sortir de ce mauvais pas, Aether, dans le feu de l’action, saisit une épée qui prenait la poussière dans un couloir du palais, pour se défendre. Et il fait bien plus que se défendre. En effet, l’épée se révèle être le seul moyen de tuer les créatures. Seul problème, l’épée ne s’active plus que pour Aether, lui qui n’a jamais été un combattant et semble pas prêt de le devenir… 

Le trio parvient néanmoins à fuir le palais, ravagé par les cafards géants et se retrouve aux mains d’Opale, une pirate roublarde habituée à tirer parti de toute situation, aussi inattendue soit-elle. Ce quatuor improbable est donc le seul espoir de sauver ce qu’il reste de Valania. 

Olivier Gay, connu pour ses travaux littéraires, s’est récemment mis à la BD sous la houlette d’Arleston et de son label Drakoo. Comme vu précédemment dans Démonistes, l’ombre du créateur de Lanfeust planait encore au-dessus des créations prétenduement originales de Drakoo, menaçant d’annihiler son concept-même. On constate ici avec un certain soulagement que l’empreinte se fait moins forte, on sent que l’auteur prend ses marques et parvient à imposer son style. Un style qui n’est cependant pas complètement étranger à celui d’Arleston, certes, mais qui a le mérite d’exister par lui-même sans s’échiner à singer « le maître ». 

C’est toutefois dans les thématiques que se devine le plus l’influence arlestonienne. Un héros naïf, presque inepte, entouré de femmes fortes se disputant plus ou moins son affection, cela nous ramène immédiatement à ce bon vieux Lanfeust de Troy. Le fait qu’il possède un pouvoir/Macguffin le rendant unique n’arrange rien, et pourtant, le tout demeure digeste sans verser dans le déjà-vu. L’auteur évite cet écueil grâce à une finesse d’écriture qui transparaît autant dans les dialogues qu’au travers des récitatifs, à l’humour bien senti et jamais lourdingue. 

De façon générale, sur le plan narratif, il est toujours opportun de mettre au centre de l’intrigue le personnage qui est le moins bien placé pour la résoudre, ou, s’il est tout de même compétent, de lui ajouter des handicaps importants. On pense par exemple à Frodon, le paisible hobbit qui n’a jamais quitté sa Comté natale, qui doit amener l’Anneau Unique, soit l’objet le plus dangereux de l’univers de Tolkien, à la Montagne du Destin se trouvant sur les terres les plus dangereuses. On peut aussi se rappeler de John McLane, policier astucieux, qui doit arrêter des terroristes et sauver sa femme…pieds nus dans une tour de verre. 

Il est par conséquent très astucieux de la part d’Olivier Gay de confier la seule arme en mesure de juguler la menace à Aether, qui ne sait pas se battre, l’ironie s’en trouvant décuplée lorsqu’on compend que son amie Meeri est la plus fine lame du pays.  Le quatuor fonctionne très bien malgré la brièveté du format, l’auteur parvenant à mettre en scène des personnalités fortes et distinctes. Pour les amateurs de pop-culture, attendez vous à de nombreuses références, diverses mais bien choisies.

Côté graphique, on est très agréablement surpris par le talent de Jonathan Aucomte, dont c’est ici le premier album. Décors soignés, expressions travaillées, tout y est pour mettre en images l’univers du scénariste et son humour.  

Pour cette nouvelle série, Olivier Gay monte d’un cran et expose son talent de façon plus affirmée, ce que l’on doit sans doute à une prise de distance de l’éditeur, ou à une émancipation du romancier.