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Vei

La BD!

Recueil de 344 pages de la série (inédite en France) écrite par Sara Elfgren Bergmark et dessinée par Karl Johnsson. Parution aux éditions Ankama le 14/05/2021. 

bsic journalism

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Sur les épaules des géants

Sur le drakkar affrété par le prince Eidyr, la tension a cédé au désespoir. Affamé, assoiffé, l’équipage a perdu de vue l’objectif de sa traversée, à savoir trouver et conquérir Jotunheim, la terre légendaire des géants des glaces. Alors que les marins ont presque cédé à la folie, ils trouvent flottant au milieu des eaux, le corps d’une jeune femme, qu’ils ramènent à bord et qui se révèle, contre toute attente, encore vivante. 

Vei, la miraculée, va cependant faire rapidement face à la convoitise des hommes, qui voient dans cette pêche providentielle une source de nourriture que leur situation a rendue alléchante. Qu’à cela ne tienne, Vei se défend férocement avant d’être finalement maîtrisée. Aidée par Dal, l’esclave de l’ambitieux prince Eidyr, Vei passe un marché avec l’équipage: elle les guidera jusqu’à Jotunheim, sa terre natale, afin de se soustraire aux estomacs vikings. 

Arrivés sur Jotunheim, les conquérants sont rapidement capturés par un gigantesque Jotnar, à l’exception de Dal, qui devient cette fois, assez ironiquement, dépendant de Vei pour sa survie. Dal, qui vénère Odin, le chef du panthéon nordique, doit donc compter sur une hybride d’humain et de Jotnar pour survivre sur la terre des ennemis des ses dieux. 

Le guerrier viking va néanmoins découvrir, que, comme dans bon nombre de conflits, le tout est une question de point de vue, car les Jotnar, dépeints comme des monstres sanguinaires, règnent de façon relativement bienveillante sur les humains de leur terre, qui les vénèrent comme des dieux. Chaque géant à son « troupeau » d’humain, parmi lesquels un élu, le Ran, est désigné à chaque génération. 

Il se trouve que Vei est le Ran de son troupeau, celui du géant Veidar. Les Ran sont entraînés pour Mistarileikir, un combat légendaire et putatif entre les Ases, dieux d’Asgard, et les Jotnar. Les vainqueurs de ce tournoi millénaire gagnent le droit de régner sur Midgard, la Terre, que convoitent les deux parties. 

Ultimate Showdown of Ultimate Destiny

Manque de bol, le Mistarileikir est pour cette année, obligeant Vei à participer aux joutes, qui depuis des millénaires, tournent invariablement en faveur des dieux asgardiens. La jeune femme va donc devoir lutter pour sa vie ainsi que pour le devenir de son peuple, alors qu’autour d’elle se jouent des complots et duperies dont seules  les divinités ont le secret. 

Afin de vaincre ses adversaires, Valkyries sanguinaires et monstres en tous genres, Vei va devoir rivaliser d’adresse et d’ingéniosité. Alors que ses camarades Rans tombent les uns après les autres, la jeune guerrière, soutenue par Dal, va également bénéficier des conseils avisés d’un dieu d’asgard, qui favorise son propre agenda. 

Vei fait une entrée fracassante en France par le biais des éditions Ankama. Revisitant habilement les mythes nordiques, Sara Bergmark offre une geste épique, en prenant le parti d’une introduction mystérieuse et cryptique. Dans le premier chapitre, Dal nous sert de substitut, car nous découvrons en même temps que lui le monde de Jotunheim, ses dangers et sa beauté intrinsèque, ce qui a pour effet de nous plonger dans le récit avant même que les enjeux ne soient clairement établis.

Lorsque la perspective d’un tournoi à la Dragon Ball se présente, on est tenté d’anticiper la redondance et la succession des combats, ce qui, vue la pagination, peut décourager. Or, il n’en est rien, l’histoire trouve le parfait équilibre entre combats, intrigue et relations des personnages. Le rythme est donc très bien dosé, ce qui rend les 344 pages hautement digestes, d’autant que leur graphisme maintient un niveau élevé du début à la fin. D’ailleurs, on note que les différences d’échelle entre humains, Jotnars et asgardiens est très justement mise en scène, jusqu’au final épiques dignes des plus grandes sagas nordiques.

En conclusion, Vei est un must pour les amateurs de Fantasy, de mythologie nordique (et de géants !).

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Big Girls

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Récit complet en 144 pages, écrit et dessiné par Jason Howard. Parution le 01/04/2021 chez 404 Comics

You are beautiful

Le monde tel qu’on le connaît s’en est allé (encore!). Un virus protéiforme nommé « le Mega Organisme » s’est attaqué aux enfants, notamment aux mâles, pour en faire des monstres dont la difformité n’a d’égale que la taille. Ces créatures, que l’on surnomme les « Jack« , ont ravagé la planète, obligeant les survivants à se retrancher au sein de zones sécurisées, dont la plus grande est la Réserve

Toutefois, aucun rempart, aucune muraille ne saurait retenir ces colosses destructeurs. La seule arme viable, ce sont les Big Girls, des femmes touchées par le Mega Organisme, ce qui leur confère une taille gigantesque, préservées des horribles mutations grâce à leurs gènes XX. Emberline, jeune fille de la campagne, est découverte enfant par l’officier Tannik, qui en la recrutant l’emmène à la Réserve, loin des siens. Là bas, elle est entraînée et conditionnée à repousser toutes les attaques de Jacks, aidée dans sa tâche par deux autres guerrières géantes, qui forment le seul rempart entre les humains et l’anéantissement. 

Malgré les ravages causés par ces monstres, Ember ne peut s’empêcher de ressentir la tragédie des Jacks. Enfants innocents, leur seule alternative est d’être supprimé par Tannik et ses hommes ou de se transformer en géant sans âme. Sans-âme ? Ember se pose souvent la question, car, en observant de plus près leurs comportements violents et destructeurs, il semble à la jeune femme que quelque chose cloche, comme s’il y avait encore quelqu’un sous la carapace mutante… 

Attack of the Fifty Foot Woman

Jason Howard, que l’on connaissait jusque-là pour The Astounding Wolf Man et Trees, construit un récit au pitch délirant mais basé sur des thèmes sérieux et d’actualité. En effet, depuis quelques années maintenant, il est devenu nécessaire de mettre en lumière les écarts de l’engeance masculine, et les tourments qu’ils causent à la Femme. Pour cela, Howard met en place une métaphore, certes pas très subtile, mais qui a le mérite de la clarté: les Hommes sont des monstres dont la violence a ravagé les sociétés, et seules les femmes peuvent se dresser face à eux pour espérer les endiguer. Et, vous ne l’ignorez pas, ajouter des géants est un facteur instantané de coolitude pour n’importe quelle histoire (je vous invite d’ailleurs à vérifier, allez-y ! Imaginez du géant dans n’importe quelle histoire, et vous verrez !)

En lisant le pitch, j’ai immédiatement pensé au hashtag #éduquetonporcelet, qui avait suivi le fameux (et nécessaire) #balancetonporc. Ce hashtag laissait entendre, malheureusement, que les dérives dénoncées par BTP étaient la résultante de traits intrinsèques au genre masculin, et que, si certains hommes sont bel et bien des porcs, alors les garçons, qui ne sont finalement que des hommes miniatures, ne peuvent être considérés que comme des futurs porcs en puissance. L’ajout de la notion d’éducation vient instaurer la célèbre dichotomie de l’inné contre l’acquis, ce qui présuppose qu’un garçon nait avec des caractéristiques violentes et sexistes, et que seule une éducation adéquate permettra de le sauver des affres du sexisme. Si on poursuit le raisonnement, il apparaît que le #éduquetonporcelet vient planter l’idée que la bonté et la décence ne peuvent être que les fruits d’une éducation propice et en aucun cas de qualités intrinsèques à l’individu. 

Howard, pour en revenir à notre sujet, ne fait pas l’écueil de la généralité dans son Big Girls. Tous les jeunes mâles ne se transforment pas en monstres, mais ceux qui le font sont soit éliminés, soit ostracisés pour ne vivre qu’en marge de la société. Il faudra alors à Ember toute la bonne volonté du monde pour faire éclater la dérangeante vérité autour des Jacks et du Mega Organisme, et instaurer un nouveau paradigme qui inclut ces êtres, certes dangereux, mais toujours humains. Outre la place de la Femme et les dangers induits par les comportements masculins, l’intrigue de Howard nous met en garde contre les dérives belliqueuses (tient, encore une résonnance avec l’actualité…) et les modes de pensée sectaires qui les accompagnent souvent.

Chaque personnage a de bonnes raisons pour agir comme il le fait, et le tout s’imbrique toujours adéquatement dans les thématiques de l’auteur (Tannik qui chasse les Jack pour des raisons personnelles en mode Achab tout en prétendant servir l’intérêt général, Ember qui doute de plus en plus de son crédo, Gulliver qui se sert des Jack, etc).

Big Girls est donc plus qu’un prosaïque divertissement, il nous interroge sur les fondements de notre société et nous pousse à les remettre en question. Le tout avec des GÉANTS. 

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Porchery

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Histoire complète en 144 pages, écrite par Tyrone Finch et dessinée par Mauricet. Parution chez les Humanos le 19/05/2021.

Cochon qui s’en dédit

Ellis Rafferty est un homme brisé. Brisé par des années de prison, durant lesquelles il a ruminé ses échecs et ses fautes, parmi lesquelles la mort de son épouse, Becky, pour laquelle il a été condamné. Néanmoins, Ellis connaît la vérité et l’identité réelle du tueur, et il compte bien profiter de sa liberté conditionnelle pour se faire justice. Ce que toutes les tragédies à travers les siècles nous ont appris, c’est qu’un homme qui n’a rien à perdre est toujours plus déterminé, et donc beaucoup plus dangereux.

Cependant, Zoey, la sœur de Becky, persuadée qu’Ellis est le coupable, attend sa sortie depuis longtemps pour lui régler son compte. La jeune femme vindicative va vite s’apercevoir que sa sœur fut victime d’une terrible conspiration, dont les ramifications insoupçonnées pourraient bien causer la destruction du monde.

Après sa tentative de vengeance, Zoey s’aperçoit bien malgré elle, qu’Ellis était bien sur la piste du tueur-ou plutôt des tueurs-depuis sa sortie. L’ex-détenu s’en prend violemment à une troupe de cochons…qui parlent !

De la confiture pour les cochons

Ellis explique bien vite à sa belle-sœur, que Becky a été tuée par des cochons démoniaques dont elle avait percé à jour la mascarade. Désireux de couvrir leurs traces, les perfides porcins l’ont taillée en pièce et fait porter le chapeau au mari. Depuis des millénaires, ces démons chassés de la voûte céleste sont piégés dans ces corps animaux, et une catastrophe après l’autre, préparent leur revanche sans rien ni personne pour les en empêcher. Après tout, qui soupçonnerait des cochons d’être en réalité des rejetons de l’Enfer ?

Ce qui suit va être un jeu de massacre (jusque dans un abattoir !) au cours duquel les deux protagonistes vont devoir pondérer leur désir de vengeance tout en se confrontant à une menace totalement improbable.

Violence animalière et humour noir sont les ingrédients principaux de ce cocktail détonant. Les cochons peuvent paraître incongrus en tant qu’antagonistes, mais il s’avère que d’autres esprits tordus les ont déjà utilisés auparavant (Razorback en 1984, ou plus récemment La Traque en 2010). Cependant, ces précédentes itérations se faisaient sous le sceau de l’épouvante et de l’horreur, tandis que Porchery adopte l’angle du second degré tout en assumant son côté série B.

Malgré quelques maladresses mineures (comme des méchants qui capturent nos héros, les suspendent par les pieds façon barbaque mais sans les désarmer au préalable), le tout reste bien écrit et inventif sur le long du récit. Chaque chapitre à l’élégance de terminer sur un joli cliffhanger qui, mine de rien, donne envie de connaître la suite.

Porchery est donc une lecture à conseiller pour qui souhaite voir des khaloufs démoniaques comploter pour prendre le contrôle du monde!

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Peaux-épaisses

La BD!

Histoire complète en 96 pages, adaptée du roman de Roman Genefort. Au scénario, Serge Le Tendre, Pasquale Frisenda au dessin. La parution est le fruit de la collaboration entre les éditions Critic et les Humanoïdes Associés, le 12/05/2021.

Tanneurs des étoiles

Depuis des décennies, Lark est un redoutable mercenaire, qui écume tous les théâtres de guerre de l’univers connu. Cependant, depuis quelques temps, Lark se ramollit, sa conscience le ronge et il culpabilise d’avoir participé à tous ces massacres. Le mercenaire éhonté repense aux siens, le clan Nomaral, qu’il a quitté il y a bien longtemps pour mener cette vie solitaire et sanguinaire.

Malgré son apparence normale, bien que burinée par la guerre, il se trouve que les origines de Lark sont bien particulières. Il fait partie des Peaux-épaisses, une engeance génétiquement modifiée dont les propriétés physiques, principalement la peau, leur permettent de survivre au vide spatial et aux conditions extrêmes qu’il induit.

Utilisés pour les travaux périlleux durant la conquête spatiale, les Peaux-épaisses ont fini par tomber en désuétude et sont devenus des sortes de trophées de collection pour riches désabusés, qui les ont traqués et massacrés pour se faire ensuite des combinaisons spatiales de leurs peaux.

Lark, quant à lui, s’est fait retirer son épiderme spécial et a quitté son clan, qui a ensuite disparu dans les limbes intergalactiques. Mais un message crypté lui parvient, bien des années plus tard, laissant penser que les Nomaral ont besoin de lui. Lark va donc rompre les rangs et se mettre à la recherche des siens, sans savoir que la mega-corporation Colexo est également sur leurs traces. Le reste de l’aventure sera donc une course-poursuite spatiale entre Lark et l’un des anciens camarades, le cruel Roko Greach, qui souhaite faire d’une pierre deux coups en se vengeant des Nomaral puis en revendant leurs peaux…

Quelle est la mesure d’un transhumain ?

Nous sommes ici en présence d’un space-opéra bâti sur des concepts familiers de la SF. En effet, la science-fiction, grâce aux avancées technologiques qu’elle propose dans ses œuvres, est le terrain idéal pour projeter des notions philosophiques et éthiques d’aujourd’hui. Ici, le transhumanisme et l’édition génétique servent de prétexte pour explorer le racisme et la cupidité humaine.

Ces thèmes font également écho dans des classiques tels que Blade Runner et ses Réplicants, I,Robot et ses androïdes, La Planète des Singes, X-men, Underworld, et bien d’autres exemples encore. Ici, les Peaux-épaisses finissent par s’émanciper du joug des humains qui les exploitaient, mais doivent ensuite se cacher afin de se soustraire à leur cruauté. Ils ont formé une culture singulière, qui n’est qu’effleurée dans l’album, et adopté un mode de vie reclus en adéquation avec leurs particularités.

Au fil de l’album, on trouve en parallèle du racisme le thème de l’acceptation de soi, puisque Lark est allé jusqu’à se mutiler dans le but de passer pour un humain, et en devenant mercenaire, il a troqué une servitude contre une autre, plus avilissante encore. Malheureusement, ces débats sont quelque peu sacrifiés au profit de l’action, l’intrigue étant davantage centrée sur la course-poursuite que sur le besoin interne de Lark de se reconnecter avec ce qu’il est.

En parlant d’intrigue, il est possible qu’elle ait souffert du travail d’adaptation, puisque, sans toutefois spoiler, les motivations véritables de la Colexo, qui sont révélées en fin d’album, entrent quelque peu en contradiction avec ce que l’on sait des Nomaral, notamment le fait qu’ils vivent reclus.

La partie graphique assurée par Pasquale Frisenda reste dans une veine classique de la BD SF, avec un fort gout de métal hurlant. Le tout est un album aux thématiques fascinantes, qui ne sont abordées que de façon superficielle au profit de l’action.

***·BD

VilleVermine

La BD!

Diptyque de Julien Lambert, paru en 2018 et 2019 aux éditions Sarbacane

Pas de pitié dans la Cité

VilleVermine est un endroit anonyme, crasseux et tentaculaire, comme seule peuvent l’être les mégapoles modernes. Dans cet étouffant marasme, Jacques Peuplier vivote grâce à un commerce bien particulier qui met à profit un don qui ne l’est pas moins. En effet, Jacques a l’étrange faculté de parler aux objets, qui lui répondent et peuvent ainsi lui livrer de précieuses informations, dont il se sert pour retrouver d’autres objets perdus par leurs propriétaires. 

Solitaire et taciturne, Jacques ne noue de relation qu’avec les objets qu’il a secourus, se tenant bien à l’écart des autres humains qui l’entourent. Un jour, il est recruté pour retrouver la fille Christina Monk, fille innocente d’un clan de mafieux régnant sur les bas fonds de VilleVermine. Durant ses investigations, Jacques va croiser la route d’hommes-mouches, d’une troupe de gamins des rues et d’un scientifique fou nourrissant de terribles desseins, ce qui va mettre à l’épreuve ce qu’il a de plus précieux au monde.

Objets perdus et âme retrouvée

Dans son VilleVermine, Julien Lambert développe un univers sombre et poétique à la fois, en nous entraînant dans les affres de l’urbanisme galopant et de la déshumanisation qui en découle. En effet, dans la ville géante et moribonde de l’auteur, les gens se font rares, les rues sales et oppressantes n’étant occupées que par des détritus avec lesquels le héros converse. Les seules silhouettes humaines que l’on rencontre sont soit marginales (les enfants, façon Sa Majesté des Mouches) soit monstrueusement dévoyées (les hommes volants),  ce qui fait de Jacques Peuplier l’un des derniers bastions d’humanité dans cette cité monstrueuse. Paradoxalement, Jacques s’est retranché et coupé de sa propre humanité, s’isolant avec ses objets pour ne pas avoir à s’exposer à l’authenticité d’une relation humaine. 

La métaphore est filée également au travers de l’antagoniste, dont le but final est de refaçonner l’humanité dans son ensemble. Cependant, cette partie-là du récit est traitée de façon plus mécanique et ne se connecte pas totalement au développement émotionnel du héros. Sur le même point, il aurait été intéressant que l’auteur développe davantage la caractérisation de son héros, afin que l’on comprenne quelle blessure l’a amené à se replier ainsi sur lui-même, ce qui aurait ajouté du poids à son évolution personnelle. Présenté de cette manière, le climax, bien que spectaculaire, ne nous implique pas comme il le devrait.

Quoi qu’il en soit, on constate bien ici la maturation du trait de Julien Lambert depuis Edwin le voyage aux origines. L’artiste impose un style pulp, avec un héros grognon faisant penser à The Goon (le béret en moins) et des décors urbains tout à fait maîtrisés. Un diptyque fort agréable à lire et contenant son lot de poésie et de monstres. 

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Les Avengers des Terres Perdues

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Recueil de 112 pages comprenant les cinq épisodes de la mini-série Avengers of the Wastelands, écrite par Ed Brisson et dessinée par Jonas Scharf . Parution le 17/02/2021 aux éditions Panini Comics.

Les Avengers sont morts, vivent les Avengers

Il y a des décennies, les pires criminels de l’univers Marvel ont pris la meilleure décision de leurs vies: s’organiser à grande échelle, et mettre en commun leurs ressources afin de mettre à bas leurs ennemis jurés. Ainsi, en une nuit, les plus grands héros de la Terre sont tombés, quasiment sans coup férir, laissant l’Amérique aux mains de mégalomanes nazis tels que Crâne Rouge. 

Puis, les vilains se sont partagés les territoires, donnant naissance à un nouvel ordre mondial basé sur les rivalités entre seigneurs de guerre, conduisant le monde à sa ruine. Plus aucun Avenger, plus aucun X-Men ni Fantastique pour les arrêter. Le rêve des super-vilains s’était enfin réalisé, mais le rêve de quelques uns peut vite se révéler le cauchemar de tous. 

Plus qu’aucun autre, Logan a fait les frais de cette catastrophe. Piégé par Mysterio, il a lui-même massacré ses frères d’armes mutants lors de la grande purge des super-vilains. Dès lors, Logan s’est retiré du monde des super-héros, et a pris sa retraite. Bien des années plus tard, alors qu’il a fondé une famille et qu’il fait de son mieux pour survivre, Logan est rattrapé par son passé. Sa famille est menacée par les rejetons dégénérés de Hulk, si bien qu’il doit s’embarquer dans un périlleux road trip avec le vieil Hawkeye afin de la sauver. Après moult péripéties, qui le conduiront à éliminer le Président Crâne Rouge, Logan rentre chez lui pour trouver sa famille massacrée. Ce traumatisme épouvantable va le conduire à faire ce qu’il se refusait jusqu’alors, et sort ses griffes d’adamantium pour massacrer le clan Banner, Bruce compris. 

Old Man Logan, initié par Mark Millar, nous montrait un monde désolé et impitoyable, qui est ici repris, après les mini-séries Old Man Quill et Dead Man Logan. La majorité des héros s’en est sans doute allée, mais elle a vocation à être remplacée par de nouveaux héros, entre nostalgie des temps passés et foi en un avenir meilleur. 

Après la chute de Crâne Rouge, c’est Fatalis qui s’est installé sur le trône, régnant avec la poigne de fer qu’on lui connait. Bien décidé à assurer sa suprématie, il entreprend de retirer de l’échiquier tous ses anciens conjurés, et écrase cruellement tous ceux qui pourraient lui causer du tort. Qui pourra détrôner le tyran sanguinaire ?

Teenage Wasteland

Ed Brisson met au centre de son récit Danielle Cage, fille du super-héros Luke Cage et de la super-détective Jessica Jones. Cette dernière est à la tête d’une communauté paisible de survivants, épaulée par Bruce Banner Jr, seul survivant du massacre causé par le regretté Logan. Non contente d’être la fille de ses prestigieux parents, Danielle est également la dernière détentrice de Mjolnir, le mythique marteau de Thor, ce qui lui permet d’irriguer efficacement les cultures destinées à nourrir le groupe. 

Ce quotidien relativement serein est perturbé par l’irruption de Dwight, successeur d’Ant-Man, dont la communauté a fait les frais de la cruauté de Fatalis. Ensemble, Dwight, Danielle et Bruce Junior vont se dresser contre la tyrannie, forts de l’héritage glorieux des Avengers. Ils seront bien vite rejoints par Grant, un ancien soldat de Fatalis ayant survécu à l’injection du Sérum du Super-soldat, puis par Viv, fille du regretté Vision. Captain, Thor, Hulk et Ant-Man, on peut dire sans se tromper que c’est une bonne base pour une équipe d’Avengers. 

L’idée d’une équipe de jeunes héros succédant aux Avengers n’est pas nouvelle, loin s’en faut. Il n’y a qu’à regarder du côté des Young Avengers, qui réunit de la même façon des personnages jeunes et tous liés aux héros adultes. S’agissant de la trame narrative futuriste, on trouve également A-Next, version adolescente et future des Avengers apparue dans la série Spider-Girl au début des années 2000, ou encore la version que l’on découvre dans Avengers volume 4 n°1. Et il est ici inutile d’évoquer Avengers Forever et son casting méta-temporel. 

Danielle Cage, quant à elle, était apparue en 2006 sous la plume de Brian Bendis. Encore enfant dans l’univers classique, elle a néanmoins bénéficié d’une autre version future dans laquelle elle reprend le rôle de Captain America (Avengers: Ultron Forever). Quelle que soit le futur, il semblerait donc que la jeune Danielle soit appelée à un destin héroïque. Dans ces Avengers des Terres Perdues, il est donc question d’héritage, mais aussi d’espoir et des symboles qui le portent. Les jeunes héros ont donc le choix entre la simple survie où le poids supplémentaire des responsabilités que leur donnent leurs pouvoirs. 

Être à la hauteur de ses aînés est un défi conséquent, surtout quand il s’agit de remettre le monde sur les rails. Le récit est bien construit autour de cette thématique et contient suffisamment de rebondissements pour conserver l’intérêt du lecteur. En revanche, les scènes d’actions peuvent se montrer un tantinet répétitives, mêmes si elles bénéficient d’un dessin de qualité. On aurait aimé voir une progression plus nette dans la coopération des héros, qui auraient pu commencer leur mission de façon dysharmonique pour former peu à peu, au fil du récit, une équipe fonctionnelle. Ce n’est pas vraiment le cas ici, et il est dommage de noter que les combats se ressemblent un peu tous. 

Ces Avengers des Terres Perdues restent une lecture agréable qui prolonge le concept d’Old Man Logan en y apportant une touche d’espoir bienvenue. 

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The Seven Deadly Sins

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Histoire complète en 152 pages, écrite par Tze Chun et dessinée par Artyom Trakhanov. Parution en France chez Panini le 03/02/2021.

S’y prendre comme un Comanche

La Guerre de Sécession a laissé des marques indélébiles en Amérique. A peine terminée, elle hante encore les esprits et pousse certains à commettre de nouvelles atrocités au nom de leur grande cause.

Certains profitent du chaos pour poursuivre leurs propres idéaux, tels le père Threadgill. Ce missionnaire fanatique s’est mis en tête de purger le Grand Ouest de la présence des Comanches, qui résistent à la mission salvatrice du Livre depuis trop longtemps. Convaincu de son bienfondé, Threadgill a commis plusieurs attaques, qui ont entraîné en retour des exactions sanglantes du plus terrible des Comanches, Nuage Noir.

Le Père Antonio, qui souhaite arranger les choses et éviter de nouveaux bains de sang, se lance dans une mission des plus périlleuses à l’insu de son mentor Threadgill. Muni d’une forte somme en billets verts, il fait évader une tripotée de bandits tous promis à la potence, pour les persuader de se lancer dans une mission risquée ,qui consiste à l’escorter, ainsi que sa fille Grace, en territoire Comanche. Entre la pendaison et les flèches indiennes, le choix n’a pas l’air bien difficile. Et pourtant, Jericho Marsh et les autres, contre toute attente, vont s’assembler pour mener à bien cette mission. Ce groupe hétéroclite, dont chaque membre est censé s’adonner à l’un des pêchés mortels, va dont parcourir les terres indiennes au péril de leur vie.

Priez, pauvres pêcheurs.

Encore une fois, nous sommes ici face à une prémisse alléchante, porteuse d’aventure, de vengeance et surtout, d’une bonne dose de plomb et d’hémoglobine. Sur ce dernier point, il n’y a pas de quoi être déçu. En revanche, Seven Deadly Sins déçoit sur tout le reste, notamment à cause d’une construction narrative laissant à désirer.

Le thème, vous l’aurez deviné, repose sur les éponymes Sept Pêchés Capitaux, ce qui a déjà été évoqué en fiction, avec brio (en cinéma et en manga), si bien que l’on ne peut s’empêcher de faire la comparaison. Bien employé, un thème est une force qui parcourt le scénario et lui donne une direction claire et satisfaisante. Ici, ce n’est malheureusement pas le cas, et cela se traduit par un sentiment de cacophonie et d’incomplétude.

Les Sept Pêchés capitaux sont-ils bien illustrés chez les personnages ? Passablement, si bien que l’on a du mal, hormis la gourmandise (facile), à les distinguer. Par exemple, on comprend que Jericho Marsh est censé incarner la Colère, mais rien dans son comportement ne vient l’illustrer: pas d’emportement, pas d’attitude tempétueuse qui mettrait la mission en danger. Pareil pour l’Envie, l’Avarice, la Luxure, et compagnie, l’auteur ne vient pas puiser dans le riche vivier des pêchés afin d’en tirer des obstacles pour les protagonistes. Le seul à mettre la mission en danger est le type à qui l’on attribue la Luxure, qui retourne sa veste non pas pour assouvir son fameux pêché, mais pour avoir la vie sauve (comme dans un banal western, donc).

Ceci révèle bien qu’à aucun moment, ce qui est censé caractériser les personnages ne vient nourrir le récit. Donc, en somme, cette histoire aurait pu avoir un autre nom, et ne parler aucunement des Sept Pêchés Capitaux, le résultat aurait été le même.

Le gore et la violence qui émaillent le récit ne viennent pas rattraper l’absence d’intérêt thématique de l’ensemble. Graphiquement, même principe, le trait de Trakhanov semble attrayant au premier abord, c’est notamment grâce à l’agréable mise en couleur de Giulia Brusco, cependant, une lecture prolongée fait apparaître des approximations qui desservent le tout.

The Seven Deadly Sins possède tous les ingrédients d’un bon récit d’action, mais une écriture paresseuse et une mise en scène bancale ont fait office d’excellents saboteurs.

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The Old Guard #2: Retour en force

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Second tome de 150 pages de la série The Old Guard (Image Comics), écrite par Greg Rucka et dessinée par Leandro Fernandez. Parution en France chez Glénat le 21/04/2021.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Il ne doit pas en rester qu’un.

Depuis des millénaires, presque plus de siècles qu’elle ne saurait se rappeler, Andy parcourt la Terre, exemptée du poids des années. Celle que l’on appelait Andromaque est devenue, au fil du temps, une redoutable guerrière à l’inégalable expérience. Autour d’elle, Andy a réuni d’autres immortels, qui mènent avec elle les combats qu’elle juge justes.

Avec l’ère moderne, Andy, Joe, Nikki et Booker ont du s’adapter pour se soustraire à tous les réseaux de surveillance actuels. Mais la technologie est implacable, si bien que les quatre éternels ont fini par laisser des traces, qui ont attiré l’attention de personnes plus ou moins bien intentionnées, qui en avaient après leurs talents particuliers.

En parallèle, Andy et les autres ont du gérer l’éveil de Nile Freeman, nouvelle immortelle qu’il leur a fallu recruter et initier. Plus en phase que les vieux baroudeurs désabusés, Nile s’est révélée être un atout de choix face aux détracteurs cherchant à les débusquer. Le tome 1 se concluait par l’exil de Booker, qui avait trahi le groupe contre la promesse illusoire du repos éternel et définitif.

Who wants to live forever ?

Après le succès du film sur la plateforme Netflix, Glénat passe la seconde et nous propose la suite des aventures d’Andromaque et de sa clique. Greg Rucka travaille ici avec le thème de l’immortalité. L’auteur en fait un fardeau lourd à porter pour ses protagonistes, qui voient les siècles défiler sans pouvoir mener une vie normale ni s’attacher à qui que de soit.

Cette vision amère et pessimiste de l’immortalité a certes déjà été abordée, mais Greg Rucka utilise ici son expérience pour créer des personnages en relief, et donc attachants, pour illustrer son thème. Grace à Andy et son escouade, on découvre ce que traverserait une personne incapable de mourir, avec tout ce que cela implique en terme d’impact psychologique, mais aussi sur le plan pratique. Éviter d’attirer l’attention, éviter les interactions sociales et voir certains proches mourir, sont autant de vicissitudes qui donnent leur saveur aux personnages.

L’album contient son lot de flash-back sur la vie d’Andromaque, nous donnant un aperçu de ses origines et de ce qu’elle a du affronter à l’aube des civilisations. L’une des intrigues secondaires tente d’explorer (comme dans le film), le rôle véritable des immortels en ce monde, approfondissant ainsi davantage l’univers crée par l’auteur. En revanche, hormis le retour d’un personnage important pour Andy, il faut avouer qu’il ne se passe pas énormément de choses au regard de l’intrigue en elle-même. Malgré ça, le plaisir de lecture reste le même que pour le premier tome, autant pour l’écriture de Rucka que pour le dessin de Leandro Fernandez, qui s’en sort mieux pour les plans rapprochés de ses personnages que pour les décors.

*****·Manga·Nouveau !

L’Attaque des Titans #33

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Comprend les chapitres 131 à 134 de la série écrite par Hajime Isayama.

Tabula Rasa

Eren l’avait promis, il l’a fait. Après s’être emparé in extremis du pouvoir incommensurable du Titan Originel, le jeune orphelin revanchard l’a utilisé pour déclencher le redouté Grand Terrassement, qui consiste à libérer simultanément tous les titans colossaux qui sommeillaient dans les murs d’enceinte de l’Île du Paradis. Le monde doit faire face une nouvelle fois à la colère des eldiens, sous la forme d’une implacable horde de titans qui piétinent tout sur leur passage. 

Après avoir jugé ce monde qui lui a tout pris, Eren l’a condamné à la ruine et se fait désormais le bourreau de sa propre sentence. Transformé en une créature lovecraftienne comme on en avait rarement aperçu dans le manga, il préside à son armée de titans, rasant l’empire Mahr sans broncher. Les seuls qui semblent être en mesure de le stopper sont un petit groupe constitué d’amis et d’anciens adversaires, parmi lesquels Armin et Mikasa, ses amis d’enfance, Hansi, Livaï et Conny, compagnons d’armes, puis Reiner, Peak et Annie, trois guerriers Mahr d’origine eldienne, eux aussi détenteurs de titans primordiaux. 

Cet escadron hétéroclite et autrefois ennemi s’est décidé à collaborer, non sans quelques grincements de dents. Ils ont du affronter, dans le tome précédent, les forces eldiennes partisanes d’Eren et de sa croisade. Ensemble, ils sont parvenus à quitter l’île, dans le sillage du Grand Terrassement, et espèrent aborder leur ami par la voie des airs afin de le faire changer d’avis, ou le cas échéant, l’abattre. Mais est-il seulement possible de vaincre un être aussi puissant et résolu qu’Eren avec un hydravion et quelques bombes ?

Guerre Fratricide

Fidèle à sa formule, Hajime Isayama nous offre un dosage parfait entre suspense et réflexion, grâce à un jeu d’alliance et une situation complexe dont les rouages ont été savamment mis en place dans les tomes précédents. L’auteur confronte encore une fois les points de vue autour de sa thématique de la liberté, et du cycle de violence inhérent à l’histoire humaine. Eren aura été de bout en bout un protagoniste fascinant, dont l’évolution est à la fois tragique et parfaitement cohérente.

Dans ce 33e tome, malgré les mesures extrêmes qu’il vient de prendre, il nous est encore donné de voir les doutes qu’il a pu avoir, et les éléments qui ont influencé son choix final. La cohérence thématique est encore de mise, puisqu’en chantre de la liberté, il laisse à ses amis celle de venir l’arrêter, alors qu’il aurait le pouvoir de faire taire, grâce à l’Originel, toute opposition parmi les eldiens. 

Coté intrigue, la tension atteint son paroxysme grâce à cet assaut désespéré et aux mille façons qu’il aurait d’échouer. Obstacles, sabotages, sacrifices, tout est mis en place pour maintenir le lecteur scotché en attendant le dénouement. L’affrontement fratricide n’en est donc que plus déchirant, surtout quand on regarde du côté des intrigues secondaires (Annie, Falco et Gaby) qui vont forcément converger pour le grand final. 

Comme vous vous en doutez, attendre le dernier tome confine à la torture, et il n’est pas question d’aller se spoiler !

****·Comics·Littérature·Nouveau !·Service Presse

L’Évadé de C.I.D. Island

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Récit complet en 125 pages écrit et dessiné par Ibrahim Moustafa. Parution française chez les Humanoïdes Associés le 07/04/2021.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Monte-Cristo à Alcatraz

Le jeune Redxan Samud n’avait pas tout pour réussir, mais la chance semble tout de même lui sourire. De basse extraction, il a du redoubler d’efforts pour faire ses preuves sur le navire marchand où il trime depuis des années.

Après un énième exploit qui attire sur lui l’attention de l’armateur, Redxan est désigné capitaine de son navire. Cette promotion inespérée, qui récompense des années d’efforts, va lui permettre de demander l’élue de son cœur, Meris, en mariage.

Ulcéré par cette ascension, Onaxis, un homme fourbe et cupide issu de la noblesse, fomente un complot contre Redxan afin de provoquer sa chute. Accusé de trahison envers le régime, Redxan est condamné lors d’une glaçante parodie de justice, puis jeté dans les geôles de C.I.D. Island, une prison impénétrable dans laquelle il rejoint nombre de prisonniers politiques. Clamer son innocence ne fait que précipiter sa disgrâce et durcir son châtiment, si bien que Redxan perd tout, son honneur, son avenir et la femme qu’il aimait.

Forcé de lutter pour sa survie lors de combats à mort, Redxan perd peu à peu espoir et sombre presque dans la folie. Un jour, il fait la rencontre d’Aseyr, un vieil homme enfermé depuis des décennies, avec lequel il va se lier d’amitié. A partir de là, Redxan va retrouver la volonté de vivre, puis préparer sa vengeance, contre ceux qui lui ont tout pris…

Un homme trahi en vaut deux

Nous sommes ici face à une adaptation du célèbre Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas. Un homme est trahi et perd tout, puis revient des années plus tard sous un nom d’emprunt pour accomplir sa vengeance.

L’auteur s’approprie bien sûr l’histoire à sa manière, notamment en utilisant un décorum SF, qui n’impacte toutefois pas l’intrigue de façon significative. Si la première partie reste fidèle au modèle, la suite prend néanmoins une tournure plus personnelle à l’auteur. En effet, sur fond de lutte des classes, le scénario va passer du cadre intimiste de la vengeance personnelle à celui plus large de la révolution.

Cette direction élude donc tout un pan des manœuvres originelles d’Edmond Dantes, qui dans l’œuvre de Dumas, éliminait un à un ses anciens persécuteurs avec patience et froideur. Dans C.I.D. Island, la duplicité du héros ne dure qu’un temps, puisque le tout bascule bien vite dans l’action pure et les affrontements frontaux, ce qui est finalement dommageable, bien qu’entendable dans le cadre d’une adaptation.

Le tout est traversé par un souffle épique, en grande partie grâce aux fabuleux graphismes d’Ibrahim Moustafa, qui fait mouche tant sur les personnages que sur les décors. Vaisseaux volants, robots de guerre et îles flottantes, duels au sabre, tous les ingrédients sont réunis pour constituer ce récit prenant et divertissant.

En bref, L’Évadé de C.I.D. Island est un récit d’action et de vengeance fort bien réalisé, ambitieux et cohérent dans son ensemble, même si l’on aurait aimé que la partie mascarade, qui fait tout le sel de l’œuvre originale, soit davantage mise à l’honneur.