BD·Mercredi BD·Nouveau !

Le retour

BD du mercredi
BD de Bruno Duhamel
Grand Angle (2017), 92 p., One-shot.
Couverture de Le retour (Duhamel) - Le retour

Fabrication de qualité à couverture épaisse et jolie illustration intrigante. Préface de l’auteur expliquant l’inspiration à l’origine de la BD. Rien de particulier à souligner. Cet album fait partie de la sélection du prix des lycéens de la région Auvergne-Rhône-Alpes au même titre qu’Essence de Benjamin Flao, récemment critiqué.

Après une carrière éclatante d’artiste plasticien à la mode aux Etats-Unis, Cristobal revient s’installer sur son île natale de Lanzarotte, petite pastille volcanique noire et aride perdue en atlantique, où l’appât du gain pousse promoteurs et élus à bétonner au risque de défigurer le paysage primaire. En faisant venir des amis artistes il va transformer l’île en conservatoire du paysage. Des années pendant lesquelles son égo, son passé familial et ses ambitions se confronteront à ce volcan indomptable…

Résultat de recherche d'images pour "le retour duhamel"Passionnante biographie fictive que cet album d’un auteur que je ne connaissais pas et dont le style de dessins ne sont généralement pas ma tasse de thé. Mais souvent en BD le projet investi transmute un trait pour en faire un ensemble cohérent et intéressant. Ici le travail graphique porte surtout sur les couleurs et l’esthétique design qui répond aux paysages impressionnants de l’île. Le projet paysagiste du personnage donne lieu à de très belles planches qui donnent envie d’aller faire un tour sur Lanzarotte, île réelle où l’aridité volcanique a donné lieu à une véritable réserve de plantes désertiques dans des décors lunaires où l’implantation humaine reste improbable.

Résultat de recherche d'images pour "le retour duhamel"L’autre intérêt de l’album repose sur ce personnage éminemment complexe d’artiste dans toute son ambiguïté: à la fois visionnaire, utilisant sa notoriété et son argent pour protéger son île, mégalomane s’appropriant un territoire par son seul choix supérieur, vampire familial, attirant tout autour de son conflit œdipien avec son père et devenant destructeur de tout bonheur. Les dessins de Duhamel parviennent à exprimer à la fois cette puissance physique, ce volcan humain qui répond à celui de l’île et à celui du père défunt auquel il ne pourra plus se confronter et résoudre son conflit. L’ouvrage apporte ainsi un côté symbolique subtile et réaliste à une aventure artistique et familiale. Traversant toute la vie de l’artiste la BD s’écoule de son arrivée, jeune et fier conquérant idéaliste combattant la corruption, au crépuscule où l’artiste à conquis la population mais reste sidéré par ce volcan qui incarne le père. Le lecteur ressent à la fois une immense sympathie pour cet esprit déterminé et génial torturé par son passé d’enfant insoluble, et la conscience de sa mégalomanie cannibale incapable d’accepter l’amour de sa compagne. Le volcan a trop de lave, trop de sève pour entrer dans une vie d’homme et l’amour simple d’un mari et d’un père.Résultat de recherche d'images pour "le retour duhamel"

Le retour est un très beau voyage, une aventure humaine dont l’auteur doit être fier tant il réussit son objectif. L’auteur parvient à se dépasser pour produire un chant universel qui allie l’intelligence et l’esthétique. Une chaude recommandation qui mérite toute votre attention.

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Comics·Nouveau !·Numérique·Service Presse

War Mother

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 Comic de Fred Van Lente, Stephen Segovia et Tomas Giorello
Bliss (2018) /Valiant (2017), 144 p.

couv_warmother_rvb-1-600x922War Mother s’annonçait puissant, avec notamment de superbes couvertures de David Mack et un Tomas Giorello au dessin très texturé qui était pour beaucoup dans la qualité du nouveau X-O Manowar. Après avoir bouclé la lecture je dois dire que je suis assez déçu, du manque d’ambition et de contexte d’une histoire qui se présente finalement essentiellement comme une succession de scènes d’action avec une fâcheuse tendance à être redondant avec X-O: même action non-stop qui prend le dessus sur l’histoire et le « drama », même, relation compliquée entre le porteur et l’arme (ici Warmother et le fusil intelligent, là-bas entre Aric et l’armure)…

C’est dommage car, outre les dessins, nombre de concepts sont vraiment intéressants dans cette vision très écolo du Post-apo (inscrit dans la chronologie du comic Rai, qu’il est probablement préférable de lire avant pour apprécier Warmother) où la Terre a repris ses droits en faisant évoluer la vie dotée d’une forme d’intelligence et de technologie géno-organique en opposition au monde techno de l’orbite. Dans ce monde Gaïa se protège de toute manifestation technologique, cette dernière étant capable via des matériaux synthétiques extrêmement évolués, de reproduire à peu près n’importe quoi. Ce premier thème de l’opposition entre nature et technique, en sorte de miroir, est un thème classique mais toujours passionnant pour voir comment se comportent les humains (et qui est humain?) dans cet environnement clivé.

Ensuite le personnage de Warmother, sorte de guerrier ultime badass et à peu près invincible (comme Aric…) notamment grâce au fusil intelligent qui lui est attribué en début d’album sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Malgré un niveau graphique globalement bon (sans être exceptionnel), certains choix de design laissent perplexes, comme ces coiffures iroquois généralisées ou les androïdes en mode « XVIII° siècle un peu WTF…).

Surtout, l’intrigue est sommes toutes très maigre. Bien que la pagination soit relativement réduite, la centaine de pages devrait permettre de complexifier un peu l’intrigue de ce qui est présenté comme un one-shot. On ne sait pas vraiment comment ça commence ni où ça finit et cette quête d’un nouveau Nid paraît finalement assez dérisoire puisque l’on sait assez rapidement ce qu’il va advenir. L’auteur peine à poser des scènes dramatiques et différentes séquences individuellement intéressantes (la relation des deux gamins, celle de warmother avec son chéri,…) se trouvent assez dissociées pour empêcher une montée dramatique. Surtout, le personnage principal (on en revient toujours là!), étant invincible, nous laisse dubitatif devant le danger.

Cet album nous laisse finalement l’impression d’avoir raté un épisode (d’où le conseil de lire Rai au préalable… album que je n’ai malheureusement pas encore lu) et de voir un amoncellement de bonnes idées graphiques ou thématiques juxtaposées sans objectif clair de la part du scénariste. Tout ceci nous laisse extérieur à un album pas mauvais au demeurant mais qui se lira vite et sera vite oublié. Dommage.

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Graphismes·La trouvaille du vendredi·Rétro

La BD animalière: Love/Pride of Bagdad/Gon

La trouvaille+joaquim

J’étais parti sur une numérotation des billets de la rubrique « Trouvaille du vendredi » mais je me demande si, avec les logos de rubrique, ce ne serait pas plus parlant de mettre le titre des albums comme pour les autres rubriques… Qu’en pensez-vous?

Du coup pour cette 18° édition (pfiouuu, je pensais pas tenir ce rythme!) je vous ai déniché trois magnifiques BD qui parlent des animaux mais surtout de la dure Loi de la Nature! Et en plus (c’est pas fait exprès) on a une illustration des visions européenne, japonaise et américaine du sujet… En bonus (pas fait exprès non plus mais ça signifie surement que mon Moi est très organisé à l’intérieur…) le billet de mercredi parle aussi des animaux, avec la nouvelle BD de Dorison.

 

  • Pride of Bagdad
Comic de Brian Vaughan et Niko Henrichon – Panini/Vertigo (2006), 130 p.

Couverture de Pride of BaghdadPride of Bagdad proposait en 2006 soit juste après la seconde guerre d’Irak une parabole sur la guerre, le conditionnement, la sauvagerie… au travers de l’escapade (inspirée de faits réels) des lions du zoo de Bagdad libérés lors de l’attaque de la Ville par les forces américaines. J’aime la BD américaine (je préfère parler de BD en ce qui concerne les « graphic novels » comme ils disent… par-ce que « comics » est tout de même très très connoté super-héros) quand elle balance ainsi des paraboles puissantes, radicales, violentes, sans compromissions. Comme souvent les animaux permettent de parler des hommes en se centrant, par cet artifice du changement de prisme, sur le sujet brut. Ici le cheminement des animaux tiraillés entre leurs instincts dégradés par des années (voir une vie) de captivité et l’incompréhension des effets de la guerre qu’ils constatent, nous focalise sur ces visions d’apocalypse d’une cité plurimillénaire déserte. Résultat de recherche d'images pour "henrichon pride of baghdad"Outre les éléments sur le sort des animaux de cage, c’est bien le contexte politico-militaire de cet événement majeur des vingt dernières années qui donne toute la force au propos. Prédateur ultime, le lion ne comprend pas ce qui se passe, ce que sont ces animaux de fer lancés en furie, détruisant arbres et maisons, ce qu’est ce palais magnifique (celui de Saddam Hussein) doté de piscines et de peintures gigantesques. Créatures puissantes mais ingénues, ils sont observateurs de panoramas que peu d’œuvres ont permis de voir. A ce moment la BD se fait documentaire, prenant le recule de dépasser l’orgie d’images TV de l’époque. Les auteurs profitent des lumières du désert, de l’orient, de la finesse des félins. Dans le monde des animaux tout n’est que violence. Mais si petite au regarde de la violence des hommes, qui n’interviennent qu’à la toute fin, si cruelle, si terrible. Si bête.

  • Gon
Manga de Masashi Tanaka – Casterman/Kodansha (1995-2003), 7 volumes, 156 p. par volume, n&b.

Couverture de Gon - Tome 1Gon est l’une de mes premières lectures Manga, à une époque reculée où l’éditeur Glénat tenta d’introduire ces étranges BD petit format en noir et blanc, à l’époque des Akira, Appelseed, Dragonball,… Gon doit être l’un des tous premiers manga publiés par Casterman à cette époque et je dois dire que c’était assez gonflé tant cet ovni est particulier. Gon est un dinosaure… mais en format « SD« ! Dans une époque reculée ressemblant à l’Amérique du Nord, ce tyran absolu doté d’une force démentielle parcourt la nature en cherchant de la nourriture, mais aussi à exploiter les animaux qu’il rencontre. Et quand on dit exploiter, cela signifie les violenter férocement pour les mettre à sa merci. Il faut voir des grizzly et autres lions rendus à l’état de chatons pour éviter de subir les foudres de Gon. Ce dernier est également capable de bons que ne renierait pas un Résultat de recherche d'images pour "gon tanaka"certain Hulk et de raser une foret en quelques coups de dents. Bref, la terreur de l’ancien temps, le caïd du règle animal, j’ai nommé Gon! Le dessin très réaliste et les décors magnifiques participent de la qualité de ce manga muet (de fait) qui n’a jamais été copié et illustre la sensibilité toujours très particulière de nos amis nippons. Totalement burlesque, un (gros) brin sadique, Gon procure un sourire un peu gêné et demande à ne pas être allergique à l’humour noir.

  • Love
BD de Brrémaud et Bertolucci – Ankama (2011), 79 p.

Couverture de Love (Bertolucci) -1- Le tigreLa plus récente des BD de cette sélection (… ou plutôt série, quatre volumes étant parus: Tigre, Renard, Lion, Dinosaures) propose au travers de graphismes absolument magnifiques et colorés, un reportage animalier en suivant à chaque album un animal sauvage dans ses activités quotidiennes. Ici nous suivons un tigre qui cherche à manger. Le dessin est réaliste et particulièrement réussi, on adore voir les têtes de peluches des félins, singes et autres animaux de la jungle. Album sans dialogues, Love nous illustre la dure loi de la Nature: manger ou être mangé, et où être le plus fort n’indique pas nécessairement que vous mangerez à votre faim… Maintes techniques de filoutage permettent à des animaux d’attraper une proie et généralement les plus malins, ceux qui attendent dans l’ombre de profiter du travail des autres sont récompensés. C’est aussi passionnant qu’un reportage animalier de France 5, très drôle et doté d’une morale succulente. Ça se dévore trop vite mais l’on n’a qu’une envie, d’aligner les autres albums de la série!

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Bluebell woods

BD de Guillaume Sorel
Glénat (2018), 96 p.

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Glénat a servi un très bel objet à un auteur que l’éditeur affectionne: grand format style broché (les pages sont bien collées mais comportent un liseré tissu décoratif à l’intérieur de la couverture). Le papier est épais, mettant en valeur les planches. L’album comporte une préface du scénariste Pierre Dubois (auteur de Sykes et grand connaisseur du Petit peuple), une post-face de l’auteur expliquant la genèse de cet ouvrage et rien de moins qu’un cahier graphique de 21 pages. Le grand luxe pour seulement 19€. Comme quoi il n’y a pas toujours besoin multiplier les formats « commerciaux » quand un éditeur tient à mettre en valeur une œuvre…

Un artiste peintre vit retiré sur une crique en contrebas du Bluebells Wood, le bois des jacinthes baignant dans une étrange atmosphère mystique. Vivant difficilement un deuil il ne parvient pas à créer, malgré le soutien de son ami qui vient régulièrement lui rendre visite. Cette vie entre harmonie avec la nature et regrets de son amour passé bascule le jour où il découvre la présence de sirènes…

Bluebells WoodComme je l’avais expliqué sur le très beau Horla, j’ai une petite faiblesse pour Sorel, extraordinaire coloriste et artiste inspiré et intéressant, malgré quelques défauts techniques récurrents dans ses albums. Dès le début de cet ouvrage le préfacier nous rappelle que lorsqu’on ouvre un album de Sorel on ne quitte jamais vraiment Lovecraft et le fantastique. Or, comme la post-face nous le confirmera, Bluebells Wood n’est pas véritablement un album fantastique, ou plutôt un album romantique dans une ambiance fantastique. En effet l’auteur explique que c’est un véritable lieu qui l’a lancé dans cet album, une crique de Guernesey très proche de ce qu’il a dessiné et qui lui a inspiré une rencontre entre un homme et des sirènes, dont les planches du cahier graphique témoignent. Bluebells WoodLe problème de cette genèse c’est qu’il a dû greffer une histoire sur des visions et que comme souvent chez les illustrateurs, la greffe entre images et histoire est un peu compliquée. Alors oui, Bluebells Wood est imprégné d’une ambiance comme seul Sorel sait les poser, une inquiétude permanente inhérente au genre fantastique qui reste l’essence du travail de cet illustrateur. Mais la narration reste compliquée, notamment du fait d’une gestion du temps très floue (la sirène est là, puis plus là, combien de temps s’est-il passé?), peut-être recherchée si l’on regarde la chute de l’album, mais qui ne facilite pas l’immersion. De même, certaines scènes sont difficiles à expliquer (la séquence d’introduction) et à raccrocher au reste de l’intrigue et l’histoire se clôture de façon un peu obscure. J’ai eu l’impression que plusieurs envies graphiques (les sirènes, le Mythe de Cthulhu, les jacinthes, la mer) et thématiques (l’artiste, le deuil, la folie, l’isolement) pas forcément cohérentes avaient abouti à un album dont la colonne vertébrale est compliquée à définir.

Alors bien sur il y a l’histoire d’amour avec la sirène qui occupe deux tiers de l’album en juxtaposition avec les problèmes créatifs du narrateur. Cette histoire permet à Guillaume Sorel de nombreuses cases de nu qui sont parfois très belles mais qui souvent buttent sur les problèmes anatomiques récurrents de cet auteur (disons le clairement, ce n’est pas le meilleur dessinateur de corps féminin du monde de la BD) et qui deviennent donc plutôt secondaires sur le côté visuel. Sorel sait très bien dessiner des expressions, des angoisses et des ambiances, moins les corps. Les séquences pleinement fantastiques sont puissantes et auraient peut-être nécessité de trancher dans ce sens. Ou alors les séquences naturalistes, contemplatives (les plus belles car permettant cette confrontation de couleurs vives, le bleu des jacinthes, le vert de l’herbe, le rouge des renards et écureuils) qui auraient orienté l’album sur l’inspiration artistique…

Le cahier graphique illustre donc ces hésitations qui empêchent Bluebells Wood d’être un grand album en confirmant une faute originelle: une illustration de sirènes n’est pas un album de BD. Sorel a peut-être confondu les deux. C’est dommage car il ne fait pas de doute de son investissement sur ce projet qui reste un magnifique objet et par sa fabrication et par ses dessins. Une petite déception qui confirme l’importance d’un scénario et la difficulté des dessinateurs à traduire en intrigue leurs visions et envies artistiques.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

Un autre avis chez Ligne claire.

 

Cinéma

Visionnage: Annihilation

La grosse com’ faite par Netflix autour de ses films originaux, la filmo très intéressante (et très SF!!) d’Alex Garland et surtout les premiers retours très positifs sur le film m’ont donné envie de voir Annihilation.

Ma réaction varie entre intérêt graphique et conceptuel et déception… alors que je n’en attendais pas grand chose. En effet il est sommes toutes assez rare que des films de SF parviennent à se sortir d’une étrange manie des scénaristes et réalisateurs de virer soit au Slasher soit au n’importe quoi… Comme si le poids du genre SF (probablement le plus ambitieux de tous les genres littéraires) écrasait les auteurs en les ramenant à des idées très plan-plan. J’avais adoré la première partie de Sunshine (réalisé par Danny Boyl mais scénarisé par Garland), très technique… jusqu’au virage slasher complètement débile. J’ai été enthousiasmé par le premier Planète des singes et son développement de concepts et très déçu par ses suites qui restaient très basiques sur des opérations militaires. Dernièrement, si l’Ex-Machina de Garland m’a beaucoup plu, notamment par sa fin assumée, j’ai été déçu par l’inévitable pétage de plomb de la créature. La SF a souvent du mal à surprendre…

Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Et bien malheureusement on a un peu de tout ça dans Annihilation. Un mélange de vraie ambition artistique et de talent écrasé par des codes du genre désormais redondants (cela avait d’ailleurs tué le très moyen Interstellar de Nolan). L’esthétique générale avec une mutation de la faune et de la flore (trop peu montrés, sans doute pour des raisons de budget) est vraiment emballante et un certain nombre de tableaux (à mesure qu’on s’approche de la fin) sont magnifiques. La séquence finale dans le phare, très inspirée de la danse contemporaine (Portman est danseuse) apporte une vraie originalité avec ce duo improbable et mimétique. Quelques fulgurances également, comme cet ourse dont émane un cri impossible… A côté de cela de grosses maladresses (les mêmes que dans Ex-Machina) appuyées, comme ce regard final inutile. La SF et les films ambitieux en général nécessitent une part d’interprétation, une sollicitation du spectateur à qui le réalisateur doit confier une part des rennes de son oeuvre. La bascule est ténue alors entre le truc incompréhensible (reproche fait à Terrence Malick notamment) et le cliché fluoté. A ce titre j’ai trouvé le dernier Cloverfiel (également sur Netflix) ou Life très bien terminés.

Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Annihilation se montre comme un étrange projet qui ne semble pas avoir emballé grand monde parmi des acteurs semblant ne pas trop savoir ce qu’ils font là. Oscar Isaac, capable du très bon comme du pitoyable est ici assez informe, tout comme Jennifer Jason Leight (pourtant terrible en affreuse salope dans le dernier Tarantino). Portman, à qui on demande de porter tout le film ne sais pas si elle est une frêle scientifique en deuil ou une Action-girl à la Ripley. Le déroulement du film, assez lent et linéaire, n’apporte pas assez de progression, tout devant se dérouler au bout du chemin, on finit par se foutre un peu du sort de ces nénettes que l’on n’a même pas pris le temps de nous présenter/caractériser. Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Du coup on s’émerveille devant quelques idées belles ou inquiétantes (le principe du found-footage, très intéressant, est juste esquissé), on se fout du mari comme de l’an 40 et on sait que la belle s’en sortira (elle témoigne dès le début, ce qui enlève toute tension sur son destin). La fin est honnête et cohérente mais on a déjà vu ça. Annihilation est donc un correcte film SF dans la moyenne haute, assez intéressant visuellement mais qui n’a pourtant pas la fraîcheur des séries B que JJ Abrams a le talent de dénicher ou que des festivals comme Gerardmer nous proposent de temps en temps.

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Dans le genre, ces dernières années je vous conseille: Cloverfield, Pandora, Pitch Black, Planète Hurlante, Looper ou Donnie Darko…

Graphismes·La trouvaille du vendredi

La trouvaille du vendredi #6

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


Rio grande

BD d’Eugenio Sicomoro
Dargaud (1989), NB, 68p.

sicomoro_riogrande_01Album grand format, couverture classique tout a fait dans l’ambiance western. Édition des années 80, sans qualité ni défaut particulier.

On m’avait offert cet album il y a fort longtemps et il a toujours été pour moi une étrangeté: depuis que je m’intéresse à la BD je n’ai jamais entendu parler de Sicomoro alors qu’à l’époque et encore aujourd’hui le graphisme de ces quatre histoires est totalement unique! Un peu comme les films maudits et uniques de leur auteurs qui sont entrés au panthéon comme des singularités.

Sicomoro (il s’agit d’un pseudo) est de l’école italienne et a participé à la formation de beaucoup d’auteurs de la péninsule. Très vite on reconnaît le trait comparable à celui de Manara, Serpieri, Liberatore,… Giraud avait également ce style sur certains Blueberry. C’est un style des années 70-80 qui sied parfaitement au noir et blanc. Un style entre l’hyperréalisme d’un Résultat de recherche d'images pour "sicomoro rio grande"Alex Ross et les contrastes d’un Hugo Pratt. D’ailleurs, récemment, seuls certains illustrateurs américains se rapprochent ce ce type de dessin. Un style totalement western, faisant ressentir l’épaisseur du cuir des vêtements, la texture de la poussière, la densité des chevelures en bataille et des moustaches touffues. Ça me rappelle les magnifiques illustrations de l’édition Folio junior du Seigneur des Anneaux des années 80 par Philippe Munch (pour ceux qui sont passé par là…).

Cet album totalement unique, comme si Sergio Leone avait été adapté en BD par Sicomoro, propose quatre histoires de l’Ouest:

  • Celle d’un vieux trappeur retiré des hommes et qui tombe sur une petite frappe qui l’obligera à renouer avec la morale, pour le pire…
  • Celle d’un tireur professionnel s’entraînant en prévision d’un duel qu’il attend de longue date pour venger son honneur,
  • Celle d’un desperados décidé à quitter sa vie de pillages et qui tombe sur une caravane de Mormons, pas si pacifiques lorsque surviennent les indiens…
  • Celle de la guerre d’indépendance américaine, histoire un peu particulière par sa construction et par le fait qu’elle ne se situe pas dans le thème du western.

20180118_1944351.jpgToutes ces histoires sont marquées par un pessimisme féroce, cette destinée noire qui ramène toute volonté humaine à la réalité de la violence de ses contemporains. Il n’y a pas d’espoir véritable dans l’Ouest. Seulement des personnages qui croient qu’ils vont surmonter leur destin. Sicomoro fait corps avec ces thématiques classiques du western. Les regards sont puissants dans ses dessins, ceux de la femme, de l’enfant, du père. Ces regards presque angéliques tombent sur une crasse, des peaux burinées par le soleil. Rarement un dessin aura autant incarné un style, une époque. Le Western est un thème on ne peut plus graphique. Ici, entre des séquences de vie quotidienne, de chevauchée et de quelques paysages, quelques fulgurances percutent le lecteur comme cette page de fusillade au dynamisme incroyable. Ce dessin est étonnant tant en quelques coups de hachures il donne à la fois un réalisme et un dessin totalement BD à la fois. La maîtrise de l’italien est impressionnante. Que ce soient les décors, les vêtements, les expressions, les séquences dynamiques, les cadrages, tout est maîtrisé à la perfection chez Sicomoro, ce qui fait revenir la question: comment un tel dessinateur peut-il être si peu connu dans notre pays alors que ceux cités plus haut sont reconnus comme des maîtres? Sans doute par l’absence de BD populaire dans sa biblio et par une atténuation de son style lorsqu’il est colorisé. Sicomoro n’aurait dû faire que du noir et blanc (comme un certain Alberto Varanda). En attendant cet album est un must-have à découvrir de toute urgence si vous aimez le western.

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Cyan

BD de Jérôme Hamon en Antoine Carrion
Soleil-Métamorphose (2017), 52p. Série Nils, 2 tomes parus /3.

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Déjà portée par une des plus belles couvertures de 2016, la série Nils fait encore plus fort avec cette illustration de couverture du T2 tout simplement à tomber! Pour le reste c’est la même qualité que le tome 1 avec vernis sélectif et 4° de couverture très soignée. Dommage que la tranche ne soit pas de la même couleur sur chaque album (on suppose un choix de dégradés de bleus). Six illustrations  pleine page voir double page sont également présentes en fin d’album en plus de la double page de titre (comme pour le premier tome).

 

Le clan d’Alba est parti en guerre contre le royaume de Cyan et ses machines tandis que Nils est à la recherche de l’Yggdrasil, l’Arbre des 9 mondes situé loin dans le nord. Pendant ce temps les déesses continuent leurs observations et décident d’intervenir dans la destinée des hommes…

Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Le tome 1 de cette série était doté de beaucoup d’atouts: le dessin très élégant d’Antoine Carrion, des références à Myazaki assumées et passionnantes, un background esquissé très intriguant, des dieux, un lien entre science et magie chamanique… Beaucoup d’attentes étaient portées sur ce second volume qui devait développer tout cela. Et bien je dois dire que j’ai été assez, voir très déçu de constater que les petits défauts de l’ouverture se confirmaient et se renforçaient, avec pour problème central, justement, l’absence de fonds. Les arrières plans de Carrion, beaux mais relativement vides, étaient finalement symptomatiques d’un scénario qui recouvre le même problème. Le monde proposé est pourtant passionnant, mais les auteurs n’abordent presque rien, restent au premier plan de leur histoire. C’est frustrant et rend la compréhension de l’intrigue difficile, d’autant que Hamon utilise très étrangement des ellipses brutales en début d’album. L’articulation entre la fin du tome 1 et le début du 2 est totalement absente et le lecteur doit deviner seul ce qui est à peine suggéré dans l’album précédent. Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Les personnages ont été déplacés sans explication, des relations sont nouées hors champ, on passe d’une scène à l’autre sans transition et les combats sont là encore étonnamment écourtés. Je ne m’explique pas ces choix perturbants et qui enlèvent des atouts à cette, par ailleurs, excellente BD. Pourtant le scénariste sait amener des séquences très oniriques avec notamment cette articulation entre les déesses dissertant sur les actions des hommes et les incidences de leurs choix dans le monde physique. La cité de Cyan donne envie d’être découverte, de même que sa technologie. Mais l’on passe d’un personnage à un autre sans développement, avec trop d’induit pour avoir une lecture fluide.

Malgré ces difficultés, Nils reste une BD dans le haut du panier. D’abord grâce au dessin qui bien que très sombre (plus que dans le tome 1) et relativement monochrome (Cyan malgré son nom est très grise) reste totalement inspiré et globalement magnifique! J’ai d’ailleurs rarement vu autant de doubles pages contemplatives dans une série grand public (c’est assumé par les auteurs comme expliqué dans l’interview du scénariste), ce qui montre l’importance du graphisme pour les auteurs, au risque parfois de tomber dans la BD d’illustrations… Mais ne boudons pas notre plaisir visuel, qui permet de passer outre les problématiques citées plus haut.

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D’ailleurs la seconde partie de l’album, plus posée, centrée sur les explications scientifiques de l’Ethernum et de la disparition de la vie, en un double débat des déesses et du conseil de Cyan, retrouve l’intérêt des interrogations scientifico-écologiques du premier album. On découvre alors que la technologie de Cyan est bien plus développée qu’on le pensait, jusqu’à rendre centrale dans la série l’éternelle problématique des pulsions démiurgiques des scientifiques: la science peut-elle contrôler la vie et la mort? Face à cela le pouvoir des êtres surnaturels peut-il lui-même être bloqué, voir contrôlé ? La fin de l’album, tout de bruit et de fureur nous laisse en haleine.

Nils est pour l’instant une série bancale mais jouissant d’une formidable aura, que je qualifierait d’hypnotique, qui permet (si vous êtes sensibles aux dessins et aux fortes thématiques de cette BD) de dépasser ces désagréments. Rares sont les séries aussi sombres et pessimistes (voir dépressives). Attention, ce n’est pas un défaut: cela change du mainstream et l’on n’a strictement aucune idée de comment peut bien s’achever la série, notamment à la lecture de la dernière page apocalyptique… Ressemblant à une œuvre de jeunesse, Nils vaut néanmoins le coup d’être découverte en espérant que le troisième volume comblera ces quelques lacunes.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

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