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PUNCH! saison#1: dans la Nature

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BD collective.
Kinaye (2022), 144p., anthologie de 4 histoires.

Le très dynamique éditeur Kinaye, outre le fait d’avoir réussi à se maintenir malgré la difficulté de lancer de nouvelles maisons d’édition, malgré le COVID, croit lentement mais sûrement puisque après des sorties régulières de traductions de comics indé jeunesse depuis 2019, l’éditeur lançait en début d’année dernière une collection de créations originales franco-belges. Restant dans le champ jeunesse mais avec des formats courts souples rappelant les comics, l’éditeur propose à une jeune génération travaillant déjà dans le graphisme mais n’ayant pas ou peu publié de BD de se lancer sur des histoires courtes, avec une thématique par année. Le galop d’essai avait été proposé à Valentin Seiche sur The world qui avait soulevé un intérêt des chroniqueurs lors de sa sortie. En mars dernier est donc sortie l’intégrale de la première saison, qui permet de découvrir ces jolies créations dans un format BD broché plus classique, sur le thème de la Nature.

Merci aux éditions Kinaye pour leur confiance

Punch – Saison 1 – Tome 1 – Minimage – Yohan Sacré | 22h05 rue des DamesUnivers le plus construit du recueil, cette histoire prend un aspect très original pour un propos connu: deux peuples (les légumineuses et les puissants Mages) se détestent depuis la nuit des temps sans plus savoir pourquoi. Lorsqu’un bébé Mage est découvert par une bande de légumineuses, s’ensuit un périple plein d’aventure et de danger entre les racines de la forêt et les crocs du méchant loup Sport, jusques paye des Mages où ils vont braver le danger ennemi pour restituer un enfant à son peuple. Le ton est enfantin, le dessin simple mais très agréable sur des tons pastelle et l’idée des graines et racines crée une esthétique résolument originale. L’auteur maîtrise très bien son scénario pour une histoire qui ravira les plus jeunes.

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  • Moineau (Elsa Bordier/Sourya)

Punch! Saison 1 - Moineau - Editions KinayeLe duo a déjà travaillé ensemble chez Ankama sur l’anthologie Midnight tales. Abordant le thème de l’exclusion et de la différence, on suit une jeune fille à l’apparence différence des autres enfants, qui aime communier avec la nature et les animaux et se fait harceler pour cela. Plus proche des adultes que des enfants de son age, elle va apprendre à assumer sa différence en comprenant que la majorité de ceux qui la moquent sont craintifs de l’avenir et se contentent de suivre les rails tracés pour eux. Assumer ses choix différents est difficile et exige d’accepter de déranger le conformisme social, la différence menaçant la faiblesse des majorités en leur renvoyant un miroir de leurs propres lâchetés… Un très beau message

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  • Cratère (Mélanie Allag), 40p.

Cratère (par Mélanie Allag) Tome 3 de la série Punch ! présenteAventure post-apo la plus construite du recueil. Si le dessin enfantin ne m’attire guère, l’intrigue et la galerie de personnages permettent un récit complet qui ne laisse pas sur sa faim: sur une planète envahie par des insectes géants les humains se sont réfugiés dans des cratères protégés par des dômes géants. Là, entre deux expéditions guerrières à l’extérieur, des savants se livrent à des expériences sur des enfants afin de matérialiser leurs rêves, sorte de dimension parallèle. Jusqu’à ce que l’une d’eux décide de s’enfuir à l’extérieur et de révéler a réalité sur ces nuisibles. Les schémas sont classiques, l’interaction entre la bande de gamins fonctionne bien et les adultes sont archétypaux comme nécessaire. Pas révolutionnaire mais très solide histoire. Je salue toujours les tentatives de genre dans la BD jeunesse.

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Ma séquence préférée! Manifestement inspirée par l’esprit de l’Atelier des sorciers, l’autrice nous propose la très tendre insertion d’une jeune fée atypique (et un peu rebelle) au sein d’une équipe d’apprenties dirigées par l’impressionnante mais humaine Baba Yaga. Le graphisme est très maîtrisé, la colo superbe et on s’intéresse immédiatement à cette jeune magicienne qui refuse de dessiner les pentacles exigés par la corporation. L’histoire est très simple mais, portant sur les choix individuels, propose un joli message aux jeunes lecteurs et nous touche. Une autrice à surveiller sur un format plus long!

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***·BD

Féroce #1: Taïga de sang

Premier tome de 54 pages, écrit par Gregorio Harriet et dessiné par Alex Macho. Parution chez Glénat le 01/09/21.

Les dents de la neige et Faits d’Hiver

Janvier 2019. Au cœur des terres gelées de la taïga russe, un commerce tout particulier a cours, un commerce qui se fait au détriment de la nature et de la faune locale: celui du bois, qui engendre une déforestation aux proportions plus alarmantes encore que celle de la région amazonienne.

Victor et Nikolay sont deux gardes forestiers dépassés par ces événements. Impuissants à arrêter la coupe et l’exportation de bois, ils doivent se contenter d’observer sans pouvoir en référer à leur hiérarchie, qui se plie elle aussi aux exigences des multinationales sans pitié qui pillent le territoire. Kostya, le fils de Nikolay, est quant à lui contraint de travailler à la découpe faute de mieux. Pendant ce temps, Sabine Koditz, Kristin et Mark sont venus afin de tourner un documentaire sur les Tigres de Sibérie, dont l’habitat et la vie sont menacés par l’exploitation du bois. Sabine est bien connue dans le milieu de l’activisme écologique, puisque ses précédents documentaires ont mis à jour l’enrichissement illégal de certaines corporation, ce qui lui vaut bien sûr l’inimitié de gens toujours très puissants, et rancuniers.

Alors qu’elle s’installe pour débuter le tournage, Sabine ignore qu’elle est la cible de représailles, de la part d’un trafiquant russe et d’une PDG chinoise. Malheureusement, les choses vont tourner au bain de sang, lorsque le chasseur chargé d’abattre Sabine se laisse tenter par l’appât du gain et tire sur un tigre de Sibérie. Le fauve, blessé, n’aura alors plus qu’une idée en tête: se venger et reprendre le contrôle de son territoire dévasté par les humains.

Dans la taïga, personne ne vous entendra saigner

Comme il est coutume de le rappeler, toutes les bonnes histoires d’épouvante comportent trois composantes essentielles, qui font monter la tension et forment les bases d’un bon récit de genre.

Premièrement, un monstre. Il peut s’agir d’un requin (Dents de la Mer) ou un xénomorphe (Alien), ou toute autre entité maléfique, hostile, surnaturelle ou non.

Ensuite, la faute, ou le pêché, qui fait surgir ce monstre. Pour les Dents de la Mer, il s’agira du refus par le Maire de faire évacuer la station balnéaire, craignant les retombées économiques pour sa ville. Pour Alien, ce sera la naïveté de répondre à un signal de détresse qui n’en est pas un, puis la volonté d’étudier un organisme trop dangereux.

Et enfin, un lieu clos: une plage, un vaisseau spatial, une maison hantée, ou tout autre lieu dont on ne peut pas s’échapper facilement. Généralement, pour surmonter le Monstre, le protagoniste devra en premier lieu se confronter au pêché qui l’a fait surgir.

Pour ce premier tome de Féroce, on retrouve bien ces trois éléments fondamentaux: un tigre (monstre), attaque des gens prisonniers de la taïga gelée (lieu clos), pour se venger d’un contrebandier cupide (pêché). Cela promet donc un récit à sensations fortes, d’autant plus que l’histoire semble adaptée, selon l’éditeur, d’un fait divers similaire.

Le scénariste prend le temps de poser son cadre au cours de ce premier album. D’emblée, le contexte géopolitique est posé (mention spéciale et point bonus à l’auteur, qui évoque avec une étonnante clairvoyance le conflit russo-ukrainien) et avec, les enjeux écologiques et environnementaux. On pourrait reprocher des antagonistes trop caricaturaux, mais après tout, est-ce si éloigné de la réalité (encore une fois, l’actualité ne ménage pas ses efforts pour nous le prouver) ?

Grâce à l’écriture de Harriet, on a le loisir de s’attacher aux personnages, notamment le duo père/fils (ce qui tend à démontrer que les autres sont sacrifiables…les paris sont ouverts!), on se laisse happer par l’ambiance polaire et la tension croissante, à mesure que les pages défilent et que le tigre se fait désirer.

Graphiquement, Macho bombe le torse et produit des planches impeccables, tant sur les décors glacés, que pour les personnages, qui sont tous très bien caractérisés au travers du dessin, montrant ainsi la complémentarité de la narration.

Féroce est donc férocement à conseiller, car il parvient à mettre en avant une thématique écologique majeure tout en nous faisant craindre pour ses personnages.

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Emile ou de l’Education

Le Docu BD

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Manga de Isa Yoshitake (adapté de JJ. Rousseau).
Kurokawa (2021), 192p., one-shot, collection Kurosavoirs.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

On continue notre chevauchée dans le monde des manga documentaires avec cette fois un retour au format plus classique des ouvrages Kodansha (que l’on peut retrouver sur le récent Descartes ou Malthus). Après le très bon Cléopâtre, le format de celui-ci s’avère moins travaillé graphiquement et c’est surtout sur le traitement scénaristique que l’on trouve son intérêt. Alors que Rousseau imaginait l’éducation idéale d’un personnage fictif, récit graphique oblige on a ici l’histoire du propre fils de Rousseau, abandonné par le philosophe et devenu lui-même précepteur pour fils de puissants. Se retrouvant en charge d’un enfant, ce dernier décide d’appliquer les théories de son père pour mener l’éducation idéale d’Emile en l’emmenant grandir à la campagne. Après plusieurs âges éducatifs, Emile reviendra en société où il sera confronté à l’amour et à la rivalité, alors que le pédagogue se confrontera à son géniteur, Rousseau lui-même…

Serie Émile ou de l'Éducation [ESPRIT BD, une librairie du réseau Canal BD]On le voit, si la trame manga est celle assez classique d’un apprentissage et d’une confrontation entre personnages archétypaux, le traitement du cœur de la théorie de Rousseau est avantageusement mis en image avec de sympathiques séquences naturalistes qui éclairent les premiers âges de la vie de l’enfant. Suivant les chapitres du livre, le manga étonne à la fois par la longueur de la vie pédagogique, qui s’étire jusqu’à vingt ans, à une époque où l’homme du XXI° siècle imagine les enfants mariés à quinze. On comprend également la persistance de cette référence qu’est ce livre tant les concepts de liberté infantile restent très modernes encore aujourd’hui. L’idée principale voulant que l’enfant a besoin de se confronter en grande liberté à la Nature et sa découverte par la maïeutique avant d’être réellement pris en main, est exploitée dans le film Captain fantastic notamment, comme une forme de version moderne.

Le mérite principal de ce manga (comme de la plupart de la collection Kurosavoirs) reste donc de faciliter la découverte de ce monument de la culture humaniste dans une version abrégée, condensée et graphique. C’est également accessible assez jeune et c’est bien suffisant pour y trouver un intérêt!

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Eli & Gaston #2 La Forêt des souvenirs

Second tome de la série écrite par Ludovic Villain et dessinée par Céline Dérégnaucourt. Parution le 17/09/2021 aux éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Voir sans oublier

Eli et son chat Gaston sont inséparables. La jeune fille espiègle est revenue passer les vacances d’automne chez sa grand-mère Jo, qui vit à l’orée d’une immense forêt. Un soir, alors qu’Eli confesse son ennui à son félin ami, Mia, une chatte sauvage qui ne laisse pas Gaston insensible, débarque pour prévenir ses amis qu’un voleur est entré dans la maison.

Le sang d’Eli ne fait qu’un tour et la voilà descendue dans la cave, où une silhouette masquée est effectivement en train de fouiller les affaires de Jo. Malgré leur ardeur, ni Eli, ni Gaston, ni Mia ne parviendront à stopper le voleur, qui prend la poudre d’escampette avec une mystérieuse carte. Après quelques investigations, Eli découvre l’identité du coupable: Hermine, une jeune fille au caractère revêche, qui vit en plein cœur de la forêt avec son grand-père Edmond, qui est l’un de ses derniers gardiens.

Hermine et Edmond sont à la recherche de la Fleur de Lune, qui ne pousse qu’une fois tous les 100 ans, et qui permet à celui qui la cueille de retrouver tous ses souvenirs. Et le vieil homme, gagné par la sénescence, en a bien besoin afin de transmettre son vaste (et nébuleux) savoir à sa petite-fille qui doit lui succéder. Eli & Gaston s’engagent donc dans une quête sylvestre pour trouver la Fleur de Lune. Quels dangers devront-ils braver pour atteindre leur but ?

Le premier tome d’Eli & Gaston faisait mouche grâce à un univers à la fois naïf et profond, des personnages attachants et de belles thématiques, mises en valeurs par le trait accueillant et enfantin de Cécile Dergnaucourt. La recette est ici la même, avec quelques ingrédients supplémentaires qui satisferont les lecteurs séduits par le premier tome.

Le ton est léger, mais les enjeux sont clairement établis et le danger, s’il ne fait jamais réellement craindre pour la vie de notre duo, reste quand même suffisamment sérieux pour conserver notre intérêt jusqu’à la fin de l’album. L’album, qui peut se lire indépendamment du premier, traite avec poésie de sujets intéressants, comme celui de la transmission du savoir et des traditions, la discipline et la volonté d’apprendre, ou encore le lien qu’un individu conserve avec son propre passé et qui constitue une part même de son identité.

Graphiquement très travaillé, cet album jeunesse doux et philosophe ravira sans doute les jeunes lecteurs et lectrices.

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Les Géants #3: Bora et Leap

Troisième tome de 48 pages de la série écrite par Lylian, dessinée par Luisa Russo. Parution le 16/06/21 aux éditions Glénat. Encore trois autres tomes à paraître.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Si les pierres pouvaient parler

Depuis quelques temps, la planète donne à ses habitants des signaux de détresse, qui laissent nous prouvent chaque jour un peu plus l’impact négatif de l’Homme sur la nature. Alors que la crise se fait de plus en plus pressante, d’étranges créatures ont fait leur apparition, semble-t-il réveillées par des enfants aux dons extraordinaires.

Ainsi, Erin a-t-elle découvert son lien symbiotique avec Yrso, un géant élémentaire pouvant commander au règne végétal. Peu de temps après, ce sont les dons de Siegfried qui se sont éveillés, et ont fait sortir Adryel, géant des eaux, de sa torpeur. Pendant ce temps, la méga corporation Crossland a fait une découverte sensationnelle dans les glaces polaires: Alyphar, un autre géant énigmatique dont les réelles capacités sont encore inconnues.

Difficile à contrôler, et sans doute attiré irrésistiblement vers ses ennemis naturels, Alyphar s’est échappé et a été stoppé de justesse par l’intervention d’Yrso, Erin, Adryel et Siegfried. Toutefois, Alyphar n’a pas encore atteint son plein potentiel, et lorsqu’il le fera, deux géants et leurs jeunes compagnons ne suffiront pas à l’arrêter.

Alors que le reste du monde s’émerveille ou s’inquiète de ces nouveaux protecteurs, Bora et Leap, deux jumeaux cambodgiens, survivent tant bien que mal dans les rues de Siam Reap. Obligés de mendier pour vivre, ils subissent au quotidien les brimades des passants sans oublier le courroux alcoolisé de leur père.

Leap, douce et sage de nature, évoque régulièrement ses conversations avec les pierres du vieux temple, au grand désespoir de son frère Bora, qui, plus pragmatique, pense que sa sœur affabule afin de fuir leur dure réalité. La dure réalité, c’est plutôt Bora qui devra la digérer, lorsqu’il se retrouvera face à Kyma, une géante de pierre de 8 mètres de haut et pesant 45 tonnes.

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

La série jeunesse initiée par Lylian, à qui l’on doit Titouan, Méto, la Famille Fantastique ou encore La Quête d’Ewilan, poursuit son bonhomme de chemin et parvient ainsi à la moitié de son cycle, avec cette fois un changement de dessinateur. La formule reste globalement inchangée, à savoir de jeunes protagonistes au quotidien étouffé par une problématique (Erin était orpheline et isolée, Siegfried était paraplégique et isolé, Bora et Leap vivent dans la misère et la violence) vont s’émanciper grâce à leur ami géant, tout en devant faire face à la convoitise d’une méga corporation qui agit dans l’ombre en ignorant les lois et en manipulant l’opinion publique.

Le thème de la « Mega Corp » est assez répandu dans les récits de genre (on peut citer de mémoire la Weyland-Wutani, OCP, la Tyrell Corp, la Zorg Corporation, Cyberdine, la Fédération du Commerce, etc), et sert souvent à critiquer le monde moderne et ses dérives en offrant une vision dystopique, et souvent à peine exagérée, dans lesquelles ces puissantes entités régissent l’ensemble du monde grâce à leur pouvoir économique, guidées le plus souvent par l’avidité.

Rien de bien neuf ici, donc, cependant il faut constater que c’est un bon moyen de mettre en lumière la thématique écologique sous-tendue par la série. Pour le moment, en revanche, le discours reste assez manichéen dans son ensemble, d’une part par le biais d’un méchant Crossland aux motivations floues, qui se fiche du devenir du monde et tente de contrôler l’incontrôlable personnification du chaos, et d’autre part à travers l’optimisme et la sagesse de ces enfants, à qui tout arrive mais qui arrivent à tout par la force de leur conviction et grâce à leur symbiose avec leurs amis géants.

Point positif, cet album, à défaut de joutes dantesques entre géants, nous éclaire tout de même sur les origines et motivations de ces formidables créatures, approfondissant ainsi la richesse de l’univers mis en place par Lylian.

Un série jeunesse agréable à poursuivre, dont les attraits principaux sont son discours écologique et ses protagonistes attachants.

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Poussière #3

La BD!

Troisième tome de 86 pages d’une série écrite et dessinée par Geoffroy Monde. Parution le 27/01/2021 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Attack of the Fifty-Foot Whatever

Mettez-y une femme revancharde, des titans anthropophages, des kaijus ou des cyclopes, dès qu’il s’agit de gigantisme, mon œil de lecteur est immédiatement attiré. 

Poussière nous raconte l’histoire d’une jeune guerrière éponyme, qui affronte depuis quelques années d’énigmatiques cyclopes, qui ravagent inlassablement sa planète, Alta, dont l’écosystème est régi par ce que l’on nomme l’Essence. Jusqu’ici pacifiques, les cyclopes sont devenus comme fous et se sont mis à piétiner tout ce qui se trouvait sur leur passage, provoquant une hécatombe et une série de cataclysmes écologiques dont Obel, le royaume dominant sur Alta, peine à se remettre. 

Pourtant, il est possible pour les guerriers d’Obel de lutter contre ces créatures, au prix de lourds sacrifices, qui paraissent vains tant la marche des géants est inexorable. En effet, les cyclopes font partie intégrante de l’écosystème et sont renvoyés à l’Essence après chaque défaite, pour mieux revenir ensuite, plus forts que jamais. 

D’après les rumeurs, cette lutte perpétuelle a commencé lorsque est apparu un certain Homme Noir dans les rues de la capitale d’Alta. Silhouette indéchiffrable, l’Homme Noir est apparu plusieurs fois de façon apparemment aléatoire, entraînant dans son sillage les terrifiants cyclopes. C’est donc à lui que l’on impute la catastrophe, sans savoir d’où vient cet homme ni pourquoi il agit ainsi. 

Entre deux attaques de cyclopes, Poussière veille sur son frère Pan et sa sœur Ayame, qui disposent de capacité les mettant en lien direct avec l’Essence. Et si tous ces événements étaient liés ? Quels secrets dissimule le gouvernement d’Obel à ses sujets terrifiés ? 

Gaïa’s Revenge

Les deux premiers tomes, sortis respectivement en 2018 et 2019, livrent les premières clefs du mystère grâce à quelques révélations choc: Suite à un accident de laboratoire, Alta a subi un échange de matière avec une planète nommée la Terre, qui est une jumelle d’Alta située dans une autre dimension. Ces transferts ont perturbé l’Essence, si bien que les conséquences des outrages des humains envers la nature ne se répercutent plus sur Terre mais bel et bien sur Alta. L’Homme Noir n’est lui aussi qu’un accident, un dommage collatéral qui a obtenu la faculté de passer furtivement d’un monde à l’autre. 

A l’issue du tome 2, des enfants d’Alta, incluant Ayame, capables de contrôler les cyclopes, furent envoyés sur Terre pour mener une expédition punitive et détruire l’Humanité, tandis que Poussière se retrouvait elle aussi piégée sur Terre. 

Nous voici donc à la conclusion de l’odyssée dimensionnelle de Geoffroy Monde, qui avait apporté un point de vue innovant et atypique pour une série  de SF. Les thématiques abordées, à savoir la revanche de la nature et le voyages dimensionnels, ne sont pas inédites mais traitées avec révérence et habileté, grâce à une alternance des points de vue entre Terre et Alta. Le discours écologique est donc tout à fait de mise, l’auteur s’amusant ici à la mettre en abîme puisque l’Humanité est ici jugée par sa jumelle Altienne qui subit injustement les conséquences de nos actions. 

Poussière tome 3 - BDfugue.com

Il convient également d’imputer à l’auteur un travail sérieux sur la construction de son monde fictif, exercice périlleux s’il en est qui est ici réussit haut-la-main. Les concepts philosophiques et religieux qui sous-tendent le monde d’Alta sont riches mais aussi complexes, ce qui pourrait perdre en route le lecteur tant il est parfois nécessaire de raccrocher les wagons avec les tomes précédents. 

Pour sa conclusion, on peut dire que Geoffroy Monde ouvre les vannes et va au bout de sa thématique, même si cela peut paraître abrupt. 

Poussière est donc une trilogie SF qui vaut le détour, tant sur le plan graphique que scénaristique, ce grâce à des influences évidentes mais qui n’en sont pas moins maîtrisées. 

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Kanopé

Récit en deux tomes écrit et dessiné par Louise Joor, parution en 2014 et 2019 aux éditions Delcourt.

Jungle sauvage ouvre tes bras*

Les temps futurs n’ont pas été cléments envers l’Humanité. Survivant à peine dans un environnement devenu hostile et radioactif, les humains ont été forcés de se couper de ce qu’il restait de Nature sur Terre.

Quelque part en Amazonie, une zone encore vierge existe encore et abrite la vie, et même, la vie humaine. En effet, une petite communauté est parvenue à s’adapter à ces conditions impossibles, non sans quelques sacrifices et efforts. Leurs descendants ont continué à occuper la jungle, en accord avec les principes écologiques de leurs ancêtres.

Kanopé vient de la jungle. Elle y a passé sa vie, survivant comme les autres grâce aux bienfaits de la Nature. Néanmoins, la jeune femme, malgré son caractère trempé, fait figure d’exception dans la jungle, car elle vit seule, ostracisée par le Peuple de la Jungle qui avait aussi excommunié sa mère.

Tout change pour Kanopé lorsqu’elle fait la rencontre d’un transfuge de la ville, Jean, qui fuit un système totalitaire après avoir révélé des informations compromettantes sur les radiations qui empoisonnent la Terre. Au départ, Jean a le comportement typique d’un homme qui se pense supérieur à la Nature. Mais, privé de technologie, il lui sera bien vite nécessaire de s’adapter et de redescendre de son piédestal civilisationnel.

Ce sera, comme tout le monde s’en doute, le début d’une belle histoire d’amour contrarié, comme on les aime !

Radioactive Pocahontas

Kanopé -1

Sur une thématique qui peut paraître galvaudée, celle du « syndrome du noble sauvage » (Lawrence d’Arabie, Blueberry, Danse avec les Loups, le Dernier Samouraï, Avatar, Pocahontas, John Carter…) dans laquelle le protagoniste rencontre une peuplade et s’y assimile, Louise Joor construit une fable écologique rafraîchissante. Elle n’oublie pas non plus d’être pertinente car elle interroge le lecteur sur l’avenir de la planète, en utilisant des problématiques actuelles.

L’histoire d’amour entre Jean et Kanopé, bien que d’une facture classique, nous emporte dans cette aventure où se mêlent émotion et conscience écologique. Les décors qu’elle dépeint, cette jungle qui accuse le coup des radiations, sont très immersifs et permettent de fantasmer cette jungle future/imaginaire.

Le bémol qui s’impose toutefois est sur la cohérence dans le traitement de Kanopé, dont la continuité dans le langage, les dialogues, les attitudes n’est pas toujours présente. On garde malgré tout plaisir à lire ce diptyque de Louise Joor, qui poursuit sa croisade écologique avec la série Résilience.

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Tarzan #1

La BD!
BD de Christophe Bec et Stevan Subic
Soleil (2021), 80p., série prévue en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

La très belle couverture, très classique dans le genre, est d’Eric Bourgier. L’album adapte le premier des 26 romans Tarzan de Edgard Rice Burroughs. Un second one-shot adaptera deux autres romans. Les Sculpteurs de bulles sortiront un Tirage de tête NB à priori en 2022.

3173_couvAdopté bébé par une tribu de singes inconnue des hommes, Johnny Greystoke est élevé dans une Jungle où la vie sauvage l’endurcit dans la violence des affrontements sanglants contre les autres grands prédateurs et les tribus de cannibales. Adulte, devenu le seigneur des singes, il rencontre des explorateurs britanniques et une femme, Jane Porter, dont il tombe amoureux…

TARZAN t.1 (Christophe Bec / Stevan Subic) - Soleil - SanctuaryAlors que tout le monde attend avec impatience la version Conan du duo Bec/Subic, cette adaptation littéraire des deux mêmes auteurs est plutôt une bonne surprise! Si vous lisez régulièrement ce blog vous savez combien je suis réservé sur la propension de Christophe Bec à diluer les intrigues de ses séries à succès autant que j’apprécie son exigence et la qualité de son écriture. Il n’est donc pas surprenant que l’adaptation basée sur un matériau contraint, à l’intrigue simple, sur un format court (un gros one-shot de quatre-vingt pages), lui permette d’exprimer la sècheresse de cette histoire dont la sauvagerie colle parfaitement avec le style primal du serbe Stevan Subic (à l’œuvre sur la saga steampunk de Fred Duval, M.O.R.I.A.R.T.Y).

Les auteurs prennent leur temps, sur une construction progressive remarquablement maîtrisée. Alors que l’album s’ouvre directement sur l’enlèvement de l’enfant, les vingt premières pages sont muettes et nous narrent la croissance sauvage de cet enfant soumis quotidiennement à la violence de la nature, que ce soit les affrontements entre singes, contre les félins ou les soubresauts volcaniques de la région. Le reste se limite à une narration dès lors que l’homme-singe découvre le campement de ses parents et les livres qui lui feront toucher la civilisation. Il est ainsi louable d’avoir publié le double album en simultané, une parution en deux tomes aurait été un peu étrange avec cette quasi absence de textes. La seconde moitié, à l’arrivée de Jane et de l’expédition, est plus classique, avec une fuite des hommes blancs dans la jungle et l’irruption de Tarzan pour les sauver. Etrangement le côté désuet du mythe passe fort bien du fait de cette introduction rageuse qui justifie le caractère assez monolithique du colosse. On acceptera la relative tenue du bonhomme en société, lui dont la vie violente aurait probablement provoqué nombre de traumatismes affectifs hors de ce récit d’aventure…

Je le disais, le graphisme de Stevan Subic est brut, claque sèchement avec un encrage épais et massif qui suggère les décors et les formes. Le dynamisme de ses personnages, toujours en mouvement, permet de voir prendre vie cet univers un peu comme dans un folioscope. Le visage de Tarzan, toujours en clair-obscur, n’est qu’une excroissance de son corps musculeux, ses deux billes noires enfoncées dans le trou de leurs orbites nous rappelant sa nature presque animale. La transposition des schémas classiques du récit d’aventure des années 1920 avec ses noirs anthropophages (ici dessinés plus comme des monstres que comme des humains, sans doute pour atténuer l’aspect raciste du récit) colore cette histoire en nous laissant imaginer de futures cités oubliées que les auteurs raconteront probablement dans la suite des aventures de Greystoke. Il est toujours compliqué d’éditer des albums en noir et blanc. Du fait d’une véritable exigence des lecteurs ou d’une vue de l’esprit des éditeurs pensant élargir ainsi leur public? Toujours est-il que l’on aurait vraiment aimé une sortie simultanée en deux formats chez Soleil pour profiter des planches brutes du serbe. Non que la couleur soit mauvaise, mais l’effet numérique et les reflets écrasent un dessin créé en contraste qui perd en sauvagerie.

Ce long récit se laisse très bien lire et apprécier dans tout son classicisme, sa radicalité bestiale et ses encrages en atténuant les aspects les plus datés du matériau originel. On se plait à (re)découvrir l’histoire originale qui a depuis tellement été adaptée, en se disant, comme pour Lovecraft et d’autres auteurs de l’époque, que les clichés qui leur sont attachés sont souvent plus issus des réinventions que des sources étonnamment adultes et évocatrices.

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BD de Yohan Sacré
Kinaye (2021), 40 p.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

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Toujours très dynamiques, les éditions Kinaye lancent un nouveau format dans leur catalogue toujours ciblé jeunesse. Après avoir démarré sur des comics jeunesse l’éditeur élargit progressivement sa production vers des œuvres originales françaises. Après l’expérimentation sur le World de Valentin Seiche en 2019, voici une collection de courtes histoires au rythme de quatre parutions par an formant une première saison sur le thème de la nature. Kinaye est allé proposer à de jeunes auteurs pas tout à fait débutants et ayant une cohérence graphique commune de donner libre court à leur imaginaire dans des style très épurés. On imagine très bien les auteurs d’Ultralazer rejoindre rapidement cette équipe…

Résultat de recherche d'images pour "minimage sacré"Les parutions sont proposées dans des fascicules format A4 à moins de six euros avec une histoire one-shot d’une trentaine de pages accompagnée d’un cahier graphique d’une petite dizaine de pages. Chaque saison sera republiée en intégrale en début d’année suivante. Le premier numéro propose ainsi un développement des personnages présentés en fiches de façon à parler aux plus jeunes et une explication sur la réalisation d’une BD. J’aime toujours beaucoup quand un album (surtout pour les jeunes!) décrit le processus de fabrication et l’envers du décors… Comme d’habitude chez Kinaye la quatrième de couverture présente le format et un aperçu du prochain volume. Un Calvin pour l’édition, comme quoi il n’est pas besoin de fabrications très sophistiquées avec dorures et gaufrages pour souligner une qualité d’édition!

Dans un monde où le haut-peuple des Mages méprise depuis la nuit des temps la tribu des légumineuses, trois graines tombent par hasard sur un bébé mage… Que doivent-elles faire? Le ramener auprès de son peuple au risque de se faire punir… mais abandonner ainsi un bébé en pleine forêt à la merci du maléfique Loup n’est pas concevable! Les trois amis vont prendre leur courage à deux pattes dans une aventure à travers chemins et tunnels…

Résultat de recherche d'images pour "minimage sacré"Dans une histoire destinée aux plus jeunes l’histoire est nécessairement simple. Contrairement à beaucoup de BD jeunesse qui sont dotées de paginations importantes, j’ai aimé ce format court qui permet à de jeunes lecteurs d’appréhender cette histoire sans trop d’efforts et éventuellement en autonomie. L’univers de Yohan sacré est fort joli avec des décors plutôt fondus et des personnages aux formes simples mais bien détourées et donc très lisibles. Le travail de design évoque un côté austère de la nature avec ses racines et couleurs parfois inquiétantes de la forêt profonde. Les récits jeunesse ne doivent pas (selon moi) supprimer toute violence ou éléments sombres mais les rendre adaptés aux jeunes. C’est le cas ici avec des évènements assez durs qui arrivent aux amis. On parcourt différents paysages naturels, des galeries des insectes aux arbres majestueux en passant par les chemins sombres, proposant beaucoup de variété.

Pour ce premier volume de Punch!, Minimage propose une jolie histoire intéressante pour les plus jeunes évoquant des thématiques telles que l’amitié, le pardon mais aussi l’équilibre entre Nature et culture. Un beau projet qui rejoint toutes les expériences de formats légers (gazettes et pré-publications).

A partir de 6 ans.

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****·Manga·Nouveau !·Service Presse

Alpi, the soul sender #1

esat-west
Manga de Rona
Ki-oon (2020), 1n&b, 160 p. environ, 2/4 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Petite surprise à la prise en main de ce premier volume à la jaquette magnifique dont l’élégance se prolonge dans les planches intérieures: elle est une simple impression numérique sur papier épais… On pourra voir dans cette idée une démarche écologique pour éviter une jaquette plastifiée comme sur la quasi-totalité des mangas… mais cela implique une fragilité certaine de l’objet. Évitez impérativement de vous promener avec cet album dans le métro! Hormis cette remarque, l’album ne comprend pas de bonus hormis la (magnifique) description des quatre créatures divines (imprimée sur la couverture du bouquin) que nous allons rencontrer dans ce premier opus. couv_401482 Lorsque Dieu envoya ses créatures saintes propager leurs bienfaits sur terre, les communautés humaines ne se doutaient pas que cette bénédiction recouvrerait une malédiction: lorsque ces animaux magiques arrivent en fin de vie ils propagent autour d’eux des miasmes détruisant la vie qu’ils ont contribué à créer. Les soul senders sont alors formés pour purifier ces carcasses en en libérant l’âme. Alpi est une soul sender… et c’est une enfant.

Après avoir découvert avec délectation le phénomène L’atelier des sorciers je peux vous annoncer que cette nouvelle série publiée originalement en webcomic au japon n’a pas à rougir devant le manga de Kamome Alpi the Soul Sender tome 1 : un devoir de la plus haute importance -  Esprit OtakuShimahara. Si l’univers des Shojo ne m’intéresse guère, comme dans la BD franco-belge les manga d’autrices proposent une sensibilité vraiment intéressante qui semble compenser certains marqueurs comme le sadisme ou les créatures organiques dont sont friands nombre de mangaka hommes. Comme pour l’Atelier ou Centaures, Alpi intègre dans son projet une esthétique particulièrement poussée sur des costumes et des décores notamment, appuyée sur une technique graphique franchement impressionnante. La précision des détails laisse ébahi en constatant qu’aucune case n’est laissée dans une économie d’arrières-plans. L’esthétique est partout dans cette itinérance d’une jeune fille déterminée à assumer sa fonction purificatrice malgré les souffrances que cela implique. La recherche des parents, l’acolyte bien plus âgé qu’elle, rappellent des thématiques classiques des liens entre génération et l’omniprésence du thème de la nature et de ses Esprits nous plonge dans ce que Miyazaki a popularisé en Occident.

Un peu comme pour le début de Fullmetal Alchemist, on a droit sur ce démarrage à une histoire par chapitre (soit quatre) avec des pages d’interludes permettant de développer un peu les a-côtés des rituels proprement dit. L’histoire avance donc peu puisque l’essentiel du propos est de nous montrer le déroulement des purifications, leurs conséquences et les risques que prend Alpi. Les groupes humains ont tendance à abuser du pouvoir de ces soul senders pour leur confort personnel et le vieil homme qui l’accompagne essaye de la préserver de ses obligations. Ce premier volume est donc principalement axé sur la découverte du monde, des superbes décors et le design absolument superbe des créatures comme des artefacts. Assez modeste, ce tome est néanmoins une très belle entrée en matière qui peut tout autant se prolonger vers une quête que sur d’autres successions d’historiettes. Laissons le temps à la série de s’installer et d’introduire du drama et profitons de ces incroyables dessins et d’un monde que l’on ne demande qu’à découvrir avec Alpi. A noter que si ce titre est indiqué Seinen, il est pour moi tout à fait adapté aux jeunes lecteurs et plus proche de l’esprit Shonen. note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1