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Ultralazer #2

BD du mercredi
BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2020),  121 p. , série en cours, deux tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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Magnifique couverture que celle de ce second tome de mon coup de cœur jeunesse de l’an dernier. Comme pour le premier volume, l’ouvrage comporte une carte de la planète Rok en intérieur de couverture, une planche de cartes à découper indiquant les caractéristiques de certaines pierres de pouvoir et la dernière page annonce le dernier volume à paraître l’an prochain. L’ouvrage est en format compact avec un titre en papier brillant. On retrouve également les icônes de bas de page indiquant l’utilisation possible de l’appli de l’éditeur pour du contenu augmenté. Travail éditorial nickel.

Après une victoire inespérée sur Topoï nos héros se sont retrouvés propulsés dans l’espace en direction de la planète aride Rok. Là ils découvrent que la problématique environnementale et la menace des hommes-oiseaux est commune à trois planètes et que Horb, désormais détenteur du pouvoir suprême va devoir se trouver de nouveaux alliés pour restaurer l’équilibre du roi des animaux…

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"Allons droit au but: ce second volume de la saga écolo Ultralazer confirme en tout point la réussite du premier! En élargissant le champ (nouvelle planète, nouvel univers, nouveau contexte) les auteurs renouvellent les idées déjà excellentes de Horb et Bouko. L’immense réussite de cette série jeunesse c’est sa richesse dans un cadre simplifié pour pouvoir parler aux plus jeunes. Ainsi si les dessins sont à la fois simples, relativement plats, mais chatoyants de couleurs et de décors magnifiques et variés, la richesse des personnages, des design et des thématique se maintiennent à un très haut niveau.

Le trio ne se contente pas de reprendre les méchants du premier volume, ils conservent cette base rassurante pour les lecteurs et la complexifient avec une nouvelle interaction avec le seigneur de Rok (corrompu bien entendu). Dès les premières pages on nous explique que le roi des ultralazer_la_bd. 2 cases du tome 2 !  On avance doucement mais sûrement !  On se donne animaux n’est pas seul et que le peuple des hommes-oiseaux (reprenant la thématique SF classique du peuple destructeur d’un écosystème fragile) voyage de planète en planète pour les assécher à la recherche de pierres de pouvoir. La thématique écologiste de l’hyperexploitation de notre planète devrait ainsi parler très fort aux jeunes! Si l’arrivée dans la cité est un peu confuse scénaristiquement (l’histoire et le découpage avancent vite et l’on ne voit absolument pas passer les cent-ving pages!), on découvre bien vite que sous terre cohabitent avec la classe bourgeoise un Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"peuple d’exclu s’amusant dans des combats de gladiateurs. L’occasion de belles séquences d’action bien bourrines où l’on retrouve l’esprit manga déjà présent dans le tome un (comme cette séquence de repas très alléchant tout droit sortie de DragonBall..). Très équilibré, l’album introduit sur un premier tiers la problématique du roi des animaux fossilisé qu’il faut libérer, puis se prépare la révolte des opprimés dans un second tiers et la grande bataille finale sur le dernier tiers très ambitieux dans sa dramaturgie. Jamais l’on ne sent de manichéisme malgré l’approche jeunesse et c’est véritablement un plaisir de voir que l’on peut parler aux enfants sans les prendre pour des idiots. Si certains adultes pourront bloquer sur le type de dessins, le développement scénaristique n’a rien à envier aux grandes séries fantasy Soleil-Delcourt.

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La générosité émotionnelle, graphique et thématique est totale sur cet album d’auteurs qui semblent mettre tout leur amour de l’aventure et de la BD sans aucune retenue. Déjà marquante l’an dernier, la série Ultralazer se confirme comme La série BD jeunesse majeure depuis bien longtemps! Vivement l’an prochain.

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Nicnevin et la reine de sang

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Comic de Helen Mullane, Dom Reardon  et Lee Loughridge
Les humanos (2020), 128 p. format comic, one-shot

bsic journalismMerci aux Humanos pour cette découverte.

nicnevin_50525_zoomedVoyant régulièrement passer des « évènements » de nouveaux comics indé poussés par une communauté de lecteurs de comics toujours enthousiaste je n’avais pas fait attention à l’évènement que constitue le lancement du label H1. Explication: il s’agit ni plus ni moins qu’une nouvelle collection de comics originaux par des auteurs anglo-saxons lancée par les Humanoïdes associés et leur branche américaine. Avec un certain Mark Waid (auteur du culte Kingdom come) en chef éditorial,  l’enjeu est rien de moins que de proposer à une génération d’auteurs traumatisés par le conservatisme moral et capitalistique du Big Two une alternative européenne sans compromission avec les canons des comics, y compris super-héroïques. Je vous renvoie à la revue de la conférence de presse dont le lien est sur le billet de Dahaka  (Omni) en début de semaine. Les ouvrages sont publiés au format chapitré classique aux Humanos USA avant d’être traduits par la même maison en format album.

Lorsque la mère de Nicnevin, ado métisse très attachée à la connexion de son smartphone, annonce qu’ils partent en vacances dans la vieille maison de famille au fin fond de l’Angleterre, elle sait que les jours qui s’annoncent vont être atroces… Collée à sa musique et à ses échanges avec son ami elle est très loin des traditions locales empreintes de mysticisme et de sorcellerie. Lorsque survient un atroce meurtre rituel, ce petit univers s’anime et l’oblige à faire face à son héritage familial…

Pour Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"ma première lecture de la très qualitative collection H1 des Humanos j’ai été assez conquis par une narration très sophistiquée et réussie en alternance entre quotidien immédiat de l’héroïne et visions fantastiques subtilement agencées de manière à ce que l’on ne sache jamais si elles sont issues de l’esprit de Nicnevin ou totalement découplées. L’histoire ne réinvente rien et rappelle par moments le récent et très réussi Black Magick pour l’idée d’une sorcellerie très féminine et familiale. Le thème n’est pas nouveau mais lorsque c’est réussi cela propose une vision spécifique permettant autant de variations que d’héroïnes. Si la Rowan de Rucka et Scott est une inspectrice dans la force de l’âge et très sensible, l’apprenti-sorcière de Mullane est une ado typique très crédible dans sa contestation de l’autorité, son conflit avec sa mère et sa recherche d’un piment à sa vie… qui coïncide souvent avec la recherche romantique de l’amour.

Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"Ce qui permet de rester attaché au personnage de Nicnevin c’est l’alternance de mystérieuses séquences semi-fantastiques où la Nature semble perturbée par les forces souterraines que cherche à convoquer le meurtrier. Dans un style graphique qui me rappelle le dessin anguleux de Phil Hester sur Shipwreck, Nicnevin reste dans une ambiance sombre aux couleurs rappelant le gris du ciel anglais et une nature hivernale vaguement inquiétante. Avec un thème intéressant mais déjà très utilisé par ailleurs et un dessin efficace mais qui ne suffit pas à justifier par lui-même la lecture de l’album, c’est clairement le découpage qui fait ressortir la création d’Helen Mullane de la moyenne des comics de genre. Jouant sur une grande variété de structuration de ses pages, du gauffrier aux cases pleine largeur ou verticales, le dessinateur instille un rythme incertain qui met le lecteur dans la recherche d’indices auxquels se raccrocher en vain. Dans une ambiance lente, où le temps semble arrêté, on saisit des instants peut-être liés, peut-être lointains, qui aident à l’insertion des images d’animaux aux comportements anormaux ou d’une nature que l’on imaginerait volontiers mue par des puissances telluriques.  Comme toujours dans les récits fantastiques c’est l’économie de surnaturel et le maintien d’un mystère narratif qui fait l’ombre dans laquelle le lecteur va se plonger avec envie. Sur ces points Nicnevin est très réussi, respectant parfaitement son canva.

Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"Sur un format one-shot avec une trame classique il est compliqué de proposer quelque chose de très novateur. Ce n’est pas ce que recherchent les auteurs dont la focale porte bien sur cette adolescente au tempérament bien trempé. La couleur de sa peau (elle, sa mère et son frère sont métis) étonne dans une histoire de sorcellerie de l’Angleterre profonde qui nous a plus habitué aux vierges rouquines. Ce petit détail permet de donner une modernité à cette variation dont la principale qualité est la grande précision des textes comme du récit graphique. On peut raconter mille fois la même histoire pour peu que les auteurs aient une sensibilité originale à proposer. C’est le cas ici et cela suffit à nous attirer dans les filets de la reine de sang. Si vous aimez les polars humides et terreux de campagne, si le thème de la féminité naissante au travers du prisme des sorcières vous interpelle, profitez de cette nouvelle réussite du label H1 qui se lit avec grand plaisir.

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Detox #1: le déni

BD de Jim et Antonin Gallo
Grand Angle (2019), 70 p. 1 volume paru sur 2.

couv_362474mediathequeOuvrage grand format avec une très jolie illustration un peu trompeuse mais accrocheuse. L’album se conclut par des notes d’intention de Jim.

Le bien nommé Mathias d’Ogremont bouffe la vie à 1000 à l’heure. Patron débordé, il est connecté en permanence et profite sans états d’âme de ce que lui apporte cette société speed et consumériste. Jusqu’à ce qu’un décès le ramène à sa condition d’être humain, le fasse douter. Il se rend alors à un mystérieux stage de « détox » conseillé par une amie. Là il découvre un enfer fait de purge au romarin, de nature, de castration de 4G… Et le pire c’est qu’il est volontaire!

Je découvre avec cet album l’univers graphique et thématique de Jim, auteur à succès depuis quelques séries comme Une nuit à Rome ou l’Érection. Pas du tout mon univers mais les sujets liés à notre société en transition me parlent et les dessins (mais surtout la colorisation en quasi-bichromie) sont plutôt agréables. L’auteur, qu’il dessine ou non, parvient à s’associer à des dessinateurs au style toujours proches, si bien qu’il est difficile de savoir qui dessine…

Résultat de recherche d'images pour "detox jim"J’avoue avoir été surpris par ce premier tome puisque l’image de couverture peut laisser penser à un homme apaisé recherchant à se ressourcer… alors que nous avons un album proche de la comédie et qui semblerait presque calibré pour une future adaptation cinoche pour laquelle on passe sa lecture à imaginer un acteur pour le personnage principal. Il faut dire que l’enchaînement de la vie de yuppie assumée, de la crise puis de l’immersion brutale dans un milieu d’allumés mystico-écolo est familier des comédies à la françaises. Le style graphique réaliste très classique renforce cette atmosphère et il faut attendre les échanges avec les trois chevelus organisateurs du stage pour trouver des cases aux effets BD gagesques à base de rencontre avec une chèvre, de dos coincé et autre resquille clandestine… Passée la surprise on rit, même si la critique sociétale s’en trouve très fortement atténuée. On ne sait si l’élément sérieux est gardé pour le second tome mais l’aspect caricatural du stage fait basculer la BD dans une farce plus proche d’un Duhamel que des Vieux fourneaux. L’histoire avec la femme voilée commençant à peine en fin de volume peut laisser penser une plus grande profondeur et on attend un peu plus d’acide sur cet anti-héros finalement pas si con comparé à ses « adversaires » baba-cool.

En attendant la suite Detox reste une très bonne lecture détente pas très méchante mais suffisamment drôle et jolie pour justifier votre intérêt.

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Gung-Ho – Intégrale #1

BD de Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant
Paquet (2013-). série en cours, 4 albums parus et 1 intégrale.
La présente intégrale comprend les trois premiers volumes. Le billet est la mise à jour du billet paru sur la version album.

bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur confiance.

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L’intégrale comprend les trois premiers volumes de la série en format compact (proche des comics), même maquette, pagination continue sur 248 p., couvertures de chaque tome intercalée et intérieur de couverture qui montre le plan du camp de base de la communauté. On aurait aimé quelques bonus mais à 35€ contre 51 pour l’équivalent en album cela vaut le coup, surtout que contrairement à certains éditeurs Paquet annonce la couleur et permet un très large choix (album classique, grand format, intégrale) ce que je trouve extrêmement appréciable. J’apporterais juste un bémole sur le HS d’une trentaine de pages qui aurait parfaitement pu intégrer cette intégrale pour en faire un volume vraiment intéressant hormis le prix et la facilité à le ranger dans la bibliothèque. A noter que la série en est actuellement au tome 4, ce qui laisse entendre soit que la série se cloturera au sixième, soit que l’éditeur prévoit d’intégrer ce HS dans la seconde intégrale…wait and see!

Dans un futur proche, ce qu’il reste de l’humanité s’est réfugié dans des villes fortifiées et des colonies qui tentent de recoloniser le territoire en se protégeant du fléau blanc, les Rippers. Lorsque arrivent dans la communauté très réglementée de Fort Apache deux orphelins, Archer et Zack, ils se retrouvent confrontés à l’acceptation de ces règles, à leur transgression par leurs pulsions d’adolescents et au défi de se construire dans ce monde hostile.

gung_ho_page02_blogGung-Ho est une BD post-apocalyptique dans la veine de Walking Dead… sauf qu’ici pas de zombies. Le contexte préalable n’est que faiblement évoqué et si l’on apprend tardivement ce que sont les Rippers, l’on ne sait même pas s’ils sont à l’origine de la réduction de la population. Ce qui intéresse les deux auteurs ce sont les relations entre les personnages et notamment entre groupe des adolescents et des adultes. Cette mini société est absolument passionnante par ce qu’elle transpose en concentré les impératifs de toute société entre justice, liberté et ordre. Derrière ces concepts, les adultes et les adolescents n’ont pas les mêmes visions et vont souvent tester la réactivité de cette société expérimentale et communautaire. Les personnages 9641ee1d5a597fd6db0382413ba5e9f8-gung-ho-manga-comicssont vraiment nombreux et caractérisés à la fois graphiquement et par le scénario. Hormis quelques exceptions (le méchant corrompu), tous sont subtiles et crédibles, le lecteur comprenant leurs motivations qui ne sont jamais simples à condamner. Cela car le travail de contexte est important et la pagination permet de prendre le temps de soigner chaque figure. L’élément déclencheur de l’intrigue est l’arrivée des deux jeunes frères et notamment d’Archer, le joli rocker tête-brûlée (en préambule à chaque album les auteurs nous rappellent que Gung-Ho signifie « tête brulée »), qui ne respecte aucun code et va par ce fait mettre l’équilibre de la communauté et de ses lois en danger. Certaines personnalités sont plus alléchantes, comme la jeune asiatique experte en maniement du sabre ou le chef militaire du groupe. Mais tous semblent vivre leur vie entre les cases.

Ce qui a marché dans Walking dead (la transposition de la société dans une situation de crise extrême) fonctionne aussi ici avec l’accent mis sur l’adolescence et les thèmes qui lui sont liés (la transgression, la musique, le flirt, l’alcool, le passage au stade adulte,…). En revanche, si la série de Robert Kirkman est dotée de dessins loin d’être virtuoses, ici Thomas Van Kummant (passé par le design et l’infographie) fait des miracles avec sa palette graphique. maxresdefaultSi vous êtes allergiques au dessin numérique vous pouvez passer votre chemin… pourtant vous aurez tort! Comme Miki Montllo sur la formidable série Warship Jolly Rogers (leur technique est proche, entre des formes plates et des textures et contrastes très sophistiqués) il parvient à donner une grande expressivité aux visages et une harmonie improbable quand on regarde les dessins à la loupe. Élément par élément on peut même trouver cela moche, mais l’ensemble est très léché, entre le photoréalisme des arrière-plans et les éclats de couleur des personnages. Comme Bastien Vivès, Van Kummant parvient à donner un réalisme à ses dessins en faisant appel à notre mémoire visuelle, transformant quelques traits ou touches de peinture en une anatomie et mouvement très parlant. Mais surtout les auteurs nous donnent un vrai plaisir à suivre tous ces personnages, pas seulement les héros. L’esprit est celui d’une bonne série TV que l’on veut voir durer des années. Ainsi sur un canevas simple ils parviennent à nous attraper, nous faire craindre pour untel, souhaiter un avenir à un autre, etc.

ckizmgtwsaa2j5oGung-Ho est une vraie réussite et une très bonne surprise sur tous les plans, tant graphique que thématique. Deux auteurs inconnus arrivent à confirmer l’essai d’un projet montrant que l’on peut raconter mille fois la même histoire en intéressant toujours différemment. Par l’intelligence et la spécificité de chaque auteur tout simplement.

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Ultralazer #1

Rufus Stewart

Cette rubrique vous présente un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2019),  121 p. , série en cours.

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Sur la planète Topoï le jeune chevalier Horb protège l’équilibre en veillant sur le dieu des bêtes. Lorsque débarque une armée d’hommes-oiseaux décidés à dévaster ce paradis écologique. Horb entreprend alors la quête de l’Ultralazer, seule arme capable d’éliminer la menace…


Salut Talia, peux-tu nous présenter en une phrase ce nouvel album?

C’est un album plutôt destiné aux petits, assez comique, avec pas mal d’action. Ça raconte la fuite des héros face aux méchants et découvrent plein d’endroits qu’ils ne connaissent pas…

Il y a beaucoup de références dans cette BD, est-ce que tu en as reconnu certaines?

Ça m’a fait penser à Princesse Mononoke, avec le grand cerf.

Qu’est-ce qui est original dans cet album?

C’est un monde totalement imaginaire. Dès que le roi des animaux marche il crée des plantes. La végétation est très originale avec des formes rigolotes, avec des dimensions inhabituelles. Les méchants sont des hommes-poules ! … tout est complètement inventé. J’ai bien aimé cette inventivité. J’ai l’habitude de lire des BD plus réalistes.

Parle nous des dessins. Tu as peut-être l’habitude de pages plus réalistes dans ce que tu lis…?

Je lis des albums moins jeunesse. Les décors sont bien travaillés même si les dessins sont simples. Parfois on dirait des maquettes.


Résultat de recherche d'images pour "ultralazer"Le papa: Avec cette rubrique je me remets à chercher des albums jeunesse et constate régulièrement combien il est compliqué de trouver des albums lisibles par des adultes, s’adressant réellement à des jeunes sans être gnangnan. La BD jeunesse a longtemps été cantonnée aux « gros nez » genre petit Spirou, Ducobu ou les Sisters. Non que ces séries soient mauvaises, mais dès qu’on part dans un registre SF ou aventure on tire assez vite sur un public pré-ado ou ado. Et bien cette pépite montre que l’on peut s’adresser à un public jeune, avec un langage graphique et textuel adapté tout en gardant la créativité, la beauté et l’intérêt de l’aventure. Cela grâce à une bande d’auteurs qui ont auto-édité l’album Katarakt avant de signer cet Ultralazer chez Delcourt. On ne peut donc pas réellement parler de premier album et les auteurs ont tous suivi une formation d’arts graphiques… mais la qualité général de leur travail, que ce soit sur leur premier projet ou sur Ultralazer (qui semble en reprendre l’essence) est bluffante, suffisamment pour taper dans l’œil du jury BDGESTARTS auquel j’ai participé et qui m’a permis de découvrir ce bouquin passé sous mes radars… et atterri directement dans mon top jeunesse 2019!

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer"On ressent dès la couverture et l’intérieur de couverture (qui comprend une sorte de planisphère du monde… renvoyant à la troisième de couverture que vous lirez à la fin de l’album!) l’influence du jeu vidéo et du design informatique. Sous un aspect assez plat et simple qui plaira aux enfants (un peu le même esprit jouet que Volcano Trash), les auteurs proposent un superbe monde cohérent, avec ses lois physiques, simples mais bien décrites et ludiques. Cela fourmille de détails architecturaux, végétaux, avec des jeux sur le rôle des minéraux et leurs propriétés associées créant des sortes de pouvoirs magiques. On peut parler d’écosystème pour enfant qui donne furieusement envie de manipuler des cartes et des objets sortis de cet univers. Avec la force de frappe de l’éditeur les auteurs ont d’ailleurs proposé une appli de réalité augmentée. Pas moins de vingt-neuf pages possèdent du contenu (cartes de cristaux, storyboard, peintures originales, pop-up 3D), c’est un des ouvrages avec appli le plus sympa que j’ai vu, bien plus intéressant que Bolchoi arena par exemple. Les auteurs ont d’ailleurs créé des compositions en papier issues de l’univers d’Ultralazer

Cette histoire de fuite devant un grand méchant à tête de poule ne manque pas d’action, qui défile à cent à l’heure en nous donnant envie de découvrir chacun des lieux avec une ambiance très inspirée des univers de Miyazaki, très écologique. Les personnages sont tous bien caractérisés avec un pouvoir et se balancent de grosses mandales et autres rayons de la mort. Ça reste une BD de garçon mais quelle générosité! Je ne suis rarement autant régalé sur une BD jeunesse (qui pourra être lus dès 7 ans), avec un peu d’aide étant donnée la pagination.

Le tome deux de cette série sort dès le 26 février, juste à temps pour rattraper votre retard!

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Monolith #2

BD de Roberto Recchioni, Mauro Uzzeo et LRNZ
Les éditions du long bec (2019) – Sergio Bonelli (2017), 86 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions du Long bec pour leur confiance!

couv_377200Le premier tome de Monolith m’avait franchement bluffé et laissait le lecteur en plein suspens avec une situation dramatique: le portable, seul moyen d’ouvrir la voiture-bunker perdu, le mère terrorisée et menacée en plein désert par une faune agressive… mais comment va-t-elle bien pouvoir récupérer son bébé et s’échapper de ce piège?

Si le dessin est tout aussi bon dans ce second volume, l’album gagne encore en qualité grâce aux séquences de panique et de délire (je vous laisse en découvrir la raison…) qui permettent aux auteurs une formidable expérimentation graphique dans des séquences répétitives, oniriques, qui sortent de la technique en couleurs numériques au couteau pour proposer du dessin très classique, très technique et très drôle. Ces passages centraux sont une vraie respiration et cassent les codes tout en s’inscrivant parfaitement dans le projet de retranscrire visuellement le stress et l’état d’esprit de la jeune femme. Si les dialogues sont assez crus ils sont en cohérence avec le personnage et ces échanges improbables entre la furie et le bloc de technologie muet font souvent sourire. Bien entendu on ne cherchera pas la vraisemblance dans cette intrigue de survie-panique qui est autant un projet sensoriel que le la maquette du film qui en est sorti.An actual double page spread from a dreamlike sequence.

Résultat de recherche d'images pour "sergio bonelli monolith"LRNZ appartient à une école graphique proche de l’Anime et du manga mais doté d’une solide culture européenne dans laquelle les producteurs de l’anthologie Love, Death+Robots ont pioché. Ces auteurs parmi lesquels Merwan Chabane et son formidable Mécanique céleste (dont je vous parle dès la semaine prochaine) ou Aseyn, chez qui on retrouve par moment la maestria foutraque d’un Jung-Gi Kim sont vraiment doués et apportent une incroyable vision très moderne empruntant autant aux jeux-vidéo qu’à la culture urbaine. Je vous invite vivement à aller faire un tour sur son blog (où il présente beaucoup de visuels). Pour ma part je vais essayer de me dégoter son album Golem et je rajoute le cinquième calvin synonyme de Top 2019 pour cette série qui m’a enthousiasmé.

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The storyteller: Sorcières

Rufus Stewart

Cette rubrique vous présente un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Anthologie de légendes
Kinaye (2019) – Boom Studio (2016), 126 p. couleur.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

couv_376333Comme pour le précédent de la collection, l’ouvrage comporte quatre histoires avec pour chacune une bio et une page d’intentions des auteurs et la couverture originale. En matière de bonus, comme très souvent dans les comics, on est bien plus maigre que sur le premier tome, avec seulement quelques planches noir et blanc. Ici ce n’est pas trop gênant du fait de l’explication systématique des auteurs en début d’histoire.

C’est la semaine Halloween Talia et on va donc parler de sorcières! Peux-tu me dire en deux mots ce que tu as retenu de ce nouveau Storyteller par rapport à celui dédié aux dragons?

Dans les deux albums on a quatre histoires de différentes régions du monde et d’époques différentes. Sur cet album il y a deux histoires avec des formats particuliers, avec des textes dans les images et une où les pages sont inclinées par rapport à la lecture habituelle.

Justement les formats des quatre histoires sont très originaux. Peux-tu m’en parler?

Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"La première histoire n’est pas vraiment une BD, c’est plus un conte. Le texte est très différent, il suit la trace du dessin, nous oblige parfois à tourner le livre. La police est aussi très différente, elle est dessinée et peut changer à chaque mots. J’ai bien aimé ces pages…

Visuellement laquelle des histoires as-tu préféré? Et par rapport aux dessins du Storyteller: Dragons?

La première et la quatrième pour les dessins et la manière de raconter l’histoire. La dernière aussi est bien dessinée même si certains personnages le sont moins, peut-être volontairement pour les rendre méchants. La dernière m’a fait penser à l’histoire matriochka et aux contes russes.

Et les sorcières, finalement sont-elles méchantes ou gentilles? Quelle relation ont-elles avec les humains?

Dans la plupart on croit qu’elles sont méchantes et en fait ont des raisons. Seule Baba-Yaga est totalement méchante et ne pense qu’à elle. Elles sont souvent amoureuses d’un humain.

Il y a pas mal de références à des mythes, des films et personnages des contes. En as-tu reconnu certains?

La Baba-Yaga et Cendrillon dans la quatrième histoire. Il y a le Maître des brumes de Tomi Ungerer aussi sur l’histoire de l’Ile et la légende de Tir Na Nog.

Pour finir je me demande si finalement dans cet album les sorcières ne sont pas plus des représentantes de la Nature que des êtres maléfiques?

Oui c’est vrai. La sorcière des neiges fait venir le froid et les tempêtes et les humains n’y sont pas adaptés. Le seigneur de la forêt veut protéger la foret des humains. A l’inverse dans l’histoire de l’île fantôme elles ont besoin de l’humain et ses histoires pour reconstruire leurs cités.


Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

  • L’oie magique et le maître de la forêt:

Cette première histoire est un peu particulière puisqu’elle adopte plus la forme du conte jeunesse illustré que de la BD. S’il y a bien quelques bulles, l’essentiel du travail de l’auteur porte sur une mise en page et en texte impressionnants. J’aime toujours quand le texte prends une dimension graphique dans les BD et c’est absolument le cas ici (…on pense d’ailleurs au boulot qu’a dû représenter la traduction d’un tel album!). Si les dessins sont superbes, l’histoire de cette princesse protégeant son frère d’une sorcière avec en fonds le conflit entre civilisation humaine destructrice de la Nature et peuple magique des forêts est un peu alambiquée avec une continuité logique parfois difficile à suivre. C’est dommage car cela risque d’être un peu compliqué pour de jeunes lecteurs. L’univers enfantin et du conte sont en revanche parfaitement rendus, avec une mention spéciale pour le design du roi de la forêt!

  • La sorcière des neiges:

Format très original à nouveau avec une histoire en format à l’italienne avec un aspect estampes puisque cela se passe au japon. J’ai bien aimé le dessin et le thème de l’amour impossible entre humain et être surnaturel. L’histoire la plus solide et intéressante.

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  • L’Ile fantôme:

Je crains pas mal ce genre de dessins aux traits épais… Hormis cela l’histoire de cet Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"homme arrivé sur l’île d’Avalon, hors du temps, et du pouvoir de l’imaginaire humain pour construire la réalité de cet endroit (thème qui rejoint le concept global du Petit peuple vivant de l’imaginaire) est plutôt intéressante et parlera sans difficulté aux enfants. Probablement l’histoire la plus exotique du recueil, qui peut ouvrir les jeunes sur les mythes celtiques.

  • Vassilia la belle:

Une variation sur le mythe de la sorcière Baba-Yaga, ici une affreuse exploiteuse un peu bête, dans une histoire mélangée avec la jeune fille maltraitée par sa belle-mère et ses filles. Des concepts connus des enfants et faciles à lire donc. On perd un peu le côté Nature et Sorcière mais les dessins sont très sympa et le personnage de Baba-Yaga est toujours sympa à voir.


Globalement j’ai préféré ce recueil à celui des dragons. Peut-être plus simple d’approche pour les jeunes et graphiquement un ton au-dessus.

A partir de 8 ans

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