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Monolith #2

BD de Roberto Recchioni, Mauro Uzzeo et LRNZ
Les éditions du long bec (2019) – Sergio Bonelli (2017), 86 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions du Long bec pour leur confiance!

couv_377200Le premier tome de Monolith m’avait franchement bluffé et laissait le lecteur en plein suspens avec une situation dramatique: le portable, seul moyen d’ouvrir la voiture-bunker perdu, le mère terrorisée et menacée en plein désert par une faune agressive… mais comment va-t-elle bien pouvoir récupérer son bébé et s’échapper de ce piège?

Si le dessin est tout aussi bon dans ce second volume, l’album gagne encore en qualité grâce aux séquences de panique et de délire (je vous laisse en découvrir la raison…) qui permettent aux auteurs une formidable expérimentation graphique dans des séquences répétitives, oniriques, qui sortent de la technique en couleurs numériques au couteau pour proposer du dessin très classique, très technique et très drôle. Ces passages centraux sont une vraie respiration et cassent les codes tout en s’inscrivant parfaitement dans le projet de retranscrire visuellement le stress et l’état d’esprit de la jeune femme. Si les dialogues sont assez crus ils sont en cohérence avec le personnage et ces échanges improbables entre la furie et le bloc de technologie muet font souvent sourire. Bien entendu on ne cherchera pas la vraisemblance dans cette intrigue de survie-panique qui est autant un projet sensoriel que le la maquette du film qui en est sorti.An actual double page spread from a dreamlike sequence.

Résultat de recherche d'images pour "sergio bonelli monolith"LRNZ appartient à une école graphique proche de l’Anime et du manga mais doté d’une solide culture européenne dans laquelle les producteurs de l’anthologie Love, Death+Robots ont pioché. Ces auteurs parmi lesquels Merwan Chabane et son formidable Mécanique céleste (dont je vous parle dès la semaine prochaine) ou Aseyn, chez qui on retrouve par moment la maestria foutraque d’un Jung-Gi Kim sont vraiment doués et apportent une incroyable vision très moderne empruntant autant aux jeux-vidéo qu’à la culture urbaine. Je vous invite vivement à aller faire un tour sur son blog (où il présente beaucoup de visuels). Pour ma part je vais essayer de me dégoter son album Golem et je rajoute le cinquième calvin synonyme de Top 2019 pour cette série qui m’a enthousiasmé.

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Sushi & Baggles #22

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Exceptionnellement pas de comics sous la main du coup une spéciale manga (une fois n’est pas coutume…):

  • The promised neverland #1 (Shirai/Demisu/Kazé) – 2018, 15 vol parus (10 vol en France)

9782820332233-475x500-1mediathequeThe promised Neverland est l’un des phénomènes manga de l’année 2018 et remporte des prix au Japon depuis sa sortie en 2016. Il y a donc deux ans de décalage avec l’édition française, au rythme de cinq albums par an, que l’éditeur Kazé suit. Une série animée a commencé à être diffusée et un film live est prévu l’an prochain (… comme pour à peu près tous les mangas qui marchent bien du reste). La couverture très réussie et le titre (faisant référence au Pays perdu de Peter Pan), sont un peu trompeurs puisque la série prends plutôt comme référence les histoires d’évasion et la série Prison Break à laquelle elle m’a immédiatement fait penser. Le lecteur est en effet très surpris de découvrir le pot aux roses dès le premier chapitre: le merveilleux orphelinat plein d’amour est en fait un élevage de bétail pour des démons vivant au dehors… Objectif évasion pour trois jeunes pensionnaires qui vont passer ce premier tome à réfléchir aux risques, pièges tendus par leur « maman », les raisons de ceci ou de cela. La structure du récit faisant une grande place à l’illustratif pendant les analyses des enfants ne permet pas un grand dynamisme, l’action proprement dite étant réduite à la portion congrue. Si l’on s’adresse à un public jeunesse la seule personnalité des enfants et les discussions en mode « club des cinq » peuvent soulever l’enthousiasme. Pour des ado ou des adultes ça fait un peu court. En outre sur ce premier tome les dessins (assez petits) n’ont rien d’extraordinaires. Bilan mitigé donc pour ce premier volume au regard d’autres séries contemporaines comme Docteur Stone on Dragon ball Super. Je continuerais probablement quelques tomes pour voir mais pour l’instant pas de grand enthousiasme.

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  • Zetman #3 (Katsura/Tonkam) – 2005, série finie en 20 vol. 12 chapitres par volume.

badge numeriquezetman03Bon, je vous rassure (un peu), ce troisième volume reprends les qualités du premier en gardant ses défauts: l’histoire avance à petits pas, avec beaucoup de mystères, de gros éclats fantastiques marquants qui montrent la qualité du dessin de Katsura mais on alterne souvent entre plusieurs personnages, plusieurs moments et plusieurs intrigues que l’on devine devoir se rejoindre progressivement. Ça peut lasser à la longue si ça reste trop séparé entre les histoires du frère et de la sœur de la riche famille d’industriel et l’intrigue principale de Zet et se ses mystérieux pouvoirs. La dureté visuelle et thématique sont étonnantes et bienvenues. Bref, on sent à la lecture que la structure de l’histoire se construit progressivement et ça peut donner quelque chose d’assez bon. A noter le côté rigolo d’une époque pas si lointaine où les téléphones portables n’étaient pas des ordinateurs miniatures et les mails avaient la forme de SMS…

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  • Ex-Arm #1 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2016.

Série finie en 14 volumes (10 vol. parus en France)

couv_281534badge numeriqueEx-Arm est une série SF, voir Cyberpunk que l’on peut classer dans le registre Ecchi soft. L’inspiration évidente est Ghost in the Shell du grand Masamune Shirow, dont le concept même est repris à l’envers: ici un jeune adolescent dont le cerveau est sauvé et qui se réveille quinze ans plus tard dans cette coquille (shell)… On laisse ici de côté toutes les réflexions philosophiques voir ésotériques de Shirow pour donner un grand spectacle SF sexy, action et techno avec une fliquette mignonne, une copine androïde super forte et peu pudique et un cerveau expert en hacking de tout type. De ce que j’en ai vu on retrouve un peu du Origine de Boichi, avec un dessin plus classique mais franchement dans le haut du panier. Le dessinateur abuse bien entendu de contre-Résultat de recherche d'images pour "ex-arm tome 1 komi"plongées, de vues sur les culottes et de prétextes à dénuder les poitrines des demoiselles… ça s’adresse à un public ado japonais et c’est un peu le passage obligé. Mais ici rien de vulgaire, pas beaucoup plus coquin que pas mal de BD franco-belges, c’est bien dessiné, très rythmé et on ne s’embarrasse pas (pour une fois!) d’intrigues et de tirades interminables. Pour ce premier tome Ex-Arm est très efficace et perturbe un peu par sa construction avec des sauts temporels brefs qui créent une complexité totalement artificielle. On sent que la lecture de la préquelle one-shot Ex-Vita serait un plus permettant de connaître les deux héroïnes mais rien d’indispensable non plus. Personnellement cela fait longtemps que j’attends quelque chose de la trempe des mangas de Shirow et cette introduction à tout de l’héritière décomplexée, jolie à regarder, bourrée d’action et de thématiques typiques du Cyberpunk. Série à suivre.

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Monolith

BD du mercredi
BD de Roberto Recchioni, Mauro Uzzeo et LRNZ
Les éditions du long bec (2019) – Sergio Bonelli (2017), 86 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions du Long bec pour leur confiance!

couv_374921Doucement mais sûrement cet éditeur construit un catalogue de traductions (principalement venues d’Italie et d’Espagne) d’excellent niveau. Que ce soit dans le très classique comme dans l’expérimentation, je suis assez bluffé par les albums d’outre Alpes ou Pyrénées qu’il nous permet de lire. Pour cette nouvelle parution en deux tomes très rapprochés, nous avons en revanche droit au minimum syndical. Il n’y a pas toujours matière à donner du bonus mais la bio des auteurs, une biblio ou pour ce cas là une explication du projet BD/cinéma aurait été sympa…

C’est décidé, Sandra se tire! Son mec est un connard et elle ne peut pas sentir sa grosse bagnole, la Monolith. Pour lui montrer sa bonne foi il lui demande néanmoins de prendre sa voiture, un bijou de technologie dernier cri. Mais lorsqu’elle se retrouve bloquée dans le désert avec son fils dans le véhicule et les portières verrouillées, elle commence à paniquer…

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"J’adore découvrir de jeunes auteurs. Les éditions du long bec m’avaient déjà bluffé en début d’année avec le premier album de Ricardo Colosimo, une sorte de polar seventies en mode cubiste. Si je bave régulièrement devant la technique encrée de l’école espagnole, je commence à apprendre à reconnaître un style italien, très loin des patriarches Manara, Pratt ou Serpieri, un style nourri autant au comic qu’à la franco-belge. L’artiste italien Lorenzo Ceccoti (LRNZ) propose sur cet album un travail numérique proche de ce que peut faire un Gerald Parel, avec un design inspiré du manga et un travail esthétique très novateur, tant dans la recherche d’effacement des lignes que dans les idées visuelles pour exprimer le ressenti de l’héroïne au sein d’une intrigue minimaliste. Dès la couverture on sent la maîtrise de l’idée visuelle. je parle souvent du rôle majeur des couvertures et de certains (grands) dessinateurs qui ne savent pas l’utiliser… Ici, tant dans le titre que l’on retient que dans l’esthétique propre et la référence évidente au mythique film Christine, la couverture de Monolith accroche notre regard au sein de la multitude des rayonnages de BD.

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"L’idée donc est très simple et déjà vue. Mais le fantastique et le thriller ont souvent pour qualité leur traitement original plus que leur sujet. C’est le cas ici avec la prise de contact d’abord avec cette voiture qui est évidemment un personnage en tant que tel, puis avec cette jeune et (très) jolie fille, totalement immature, qui claque la porte en emmenant son gamin. Déterminée à ne pas laisser son oppresseur de mari, maniaque du contrôle, elle désactive toutes les fonctions du véhicule qui pourrait lui permettre de la suivre. Très rapidement l’on capte la référence à notre monde hyper-connecté où de simples outils mis à notre disposition nous posent la question d’où l’on est prêts à aller dans l’abandon de notre libre-arbitre, de notre anonymat, de notre indépendance. Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"Car Sandra recherche plus que tout son indépendance sans être capable de se gérer et de gérer son enfant. Très vite on se demande si la voiture n’est finalement pas un bienfait, pour sa protection évidemment. Loin d’être une menace, la voiture est vue comme un idéal de sécurité et de confort… qui ne semble pas pouvoir coller avec l’esprit destructeur et libertaire de la jeune femme. Elle a le choix d’utiliser ou non le véhicule. D’activer ou non ses fonctions. Elle doit simplement déterminer ce qu’elle recherche en priorité. La sécurité de son enfant ou sa liberté? Pour une série B minimaliste j’ai trouvé que la prise de réflexion sur notre société était sacrément poussée.

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"Et puis vient le graphisme, qui vous claque au visage par sa classe, sa maîtrise technique, sa liberté artistique. Jouant de saturation, de grain, de surexposition, LRNZ se régale avec sa palette graphique en nous proposant un panel de graphismes impressionnant. Utilisant différents styles au service de la narration (comme la séquence de l’alarme qui joue de saturation jaune et de typographie énorme qui rendent visuel le hurlement de la voiture ou les cauchemars), il adopte un cadrage hautement cinématographique… Et pour cause, la réalisation de l’ouvrage s’est croisée avec la production du film dont il est tiré et qui un peu comme le Xerxès de Miller s’est fait doubler. A ceci près que le dessinateur a bossé sur le film et que l’album apparaît presque comme un storyboard de luxe, en donnant très envie de regarder ce long-métrage italien.

Hormis le réel regret de ne pas avoir d’infos sur le projet d’ensemble (on loupe de très peu le 5 Calvin pour le coup), ce Monolith est une bonne grosse claque, un plaisir de lecture d’un artiste en pleine possession de son art qui flatte notre imaginaire geek de cinéphile et notre réflexion sur notre environnement numérique et technologique. Du tout bon!

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Jazz Maynard #7: Live in Barcelona

BD de Raul et Roger
Dargaud (2019), 46 p. couleur. Série finie en 7 tomes.

couv_372120Il est vraiment dommage que Roger produise à chacun des albums des couvertures très peu engageantes pour qui n’aurait pas encore fait connaissance avec Jazz Maynard. Sa colorisation tout à fait dispensable écrase la puissance de ses dessins et la spécificité de l’exercice « couverture » lui échappe. Il se fait plaisir mais le rôle d’accroche de la couverture n’est pas rempli. Vraiment dommage et quand on voit la place du dernier tome de cette série d’exception dans les ventes d’albums cela confirme que la communication autour du cambrioleur trompettiste est bien en-deça de ce qu’elle devrait être…

Retour à El Raval pour Jazz et Téo après leur périple islandais. Là, dans la chaleur des nuits barcelonaises Jazz s’apprête à sortir son premier album… si son passé lui en laisse le temps. Car lorsque l’on est aussi de la rue il est difficile de s’en couper définitivement…

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"Ce Live in Barcelona est un Requiem. Un étonnant objet qui sonne comme le chant du cygne d’une série que ses auteurs n’ont pas vu évoluer et qu’ils n’ont pas su comment clôturer. Fermant en un one-shot trop court deux trilogies très différentes mais ô combien ébouriffantes il commence sur une note optimiste, sorte de tombé de rideau revenant au titre de la série et au nom d’un personnage que l’on n’a que trop peu vu jouer de l’instrument… avant de se précipiter en une poursuite mortifère. On y revoit des têtes familières, le commissaire, la clocharde, les grands-parents, mais trop vite, fugacement et sans lendemain. La question se pose alors dès l’étonnante dernière page: fallait-il ce dernier album? Ou plutôt ne fallait-il pas rester sur un rythme ternaire?

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"La puissance visuelle de ce dernier tome est au niveau de ses prédécesseurs, soit ce qui se fait de mieux en dessin actuellement. Personnellement je considère les albums de Jazz Maynard comme des Art-book dont je savoure chaque case. On ne peut guère critiquer un scénario cohérent, sombre et violent, comme la série. Cette histoire en deux temps (le repos du guerrier et l’appel de la vengeance) est logique au regard de la série. Il n’y a guère d’optimisme à El Raval, quartier gangréné par la corruption et la criminalité dont seul Jazz semblait s’être sorti. La fin également, si elle est extrêmement frustrante, ne peut être qualifiée de bâclée comme on le lira de-ci de-là. Non, je dirais plutôt que, comme le laissait entendre Raul dans l’intégrale NB les personnages et la série ont échappé aux auteurs, qui ont couru derrière ce lièvre sans trop savoir comment construire son histoire, un peu comme la rupture de cet album, imprévue, brutale donnant presque l’impression que l’on a raté plusieurs pages. Si la trilogie barcelonaise se tient, la suivante était étrange, avec une moitié flashback où l’on avait très envie de savoir comment Jazz avait acquis ses compétences incroyables et une enquête très noire mais un peu décalée. Avec ce Live in Barclona les auteurs avaient la possibilités de revenir à l’essence de leur envie et de laisser se reposer leur héros. Ils ont fait le choix du noir, de la nuit. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir…

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Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"

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Rapaces

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD Jeau Dufaux et Enrico Marini
Dargaud (1998-2003), série terminée en quatre volumes, 294 p.

couv_99105La série a été relue sur les albums originaux. Une intégrale augmentée existe ainsi qu’une intégrale en deux volumes. Un Hors-série très dispensable propose de développer l’univers sur des croquis de Marini. Une réedition avec de nouvelles couvertures, plus élégantes, est parue en 2015.

L’inspecteur de New-York Vicky Lenor est une incorruptible. Avec son collègue Spiaggi, elle enquête pourtant sur une série de meurtres rituels qui semblent inexplicables rationnellement. Lorsqu’elle découvre une conspiration impliquant les plus puissants dirigeants de la ville et jusque dans la police, elle se retrouve contrainte d’entrer en clandestinité pour mettre au jour une lutte ancienne qui va faire basculer son monde…

Image associéeSi vous lisez régulièrement ce blog vous savez que Marini fait partie des auteurs que j’admire et suis depuis ses premières séries. D’ailleurs c’est le premier auteur pour lequel j’ai fait plus d’une TrouvailleRapaces est l’incursion de l’auteur italien dans l’univers sombre et sexuel de Jean Dufaux, un auteur que j’apprécie assez moyennement, mais qui a permis durant quatre volumes à Enrico Marini de dépeindre les paysages urbains et gothiques qui lui donneront plus tard envie de réaliser son diptyque sur le Chevalier noir ou encore son projet actuel sur le polar noir. Car Marini c’est tout autant l’histoire (le Scorpion, L’étoile du désert, Les aigles de Rome) que le polar d’action urbain, même si ses longues et très rentables séries feraient presque oublier le second.

Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"Rapaces est une variation sur le thème des Vampires, de la domination clandestine d’une caste surnaturelle qui prévaut à la destinée du monde des hommes. Le conspirationnisme mêlé au fantastique le plus classique auquel le scénariste apporte ses visions sexualisées SM qui font à mon sens beaucoup de mal à cette série. Car l’atmosphère gothique qui parcoure ces pages est très riche et Marini y a déjà atteint un niveau graphique élevé et minutieux (on est avant le Scorpion et après une Étoile du désert déjà très beau). Le scénario, simple, relativement court et bien structuré avec une progression difficile à anticiper procure du plaisir en nous plongeant dans les tanières de cette caste qui rappelle énormément les familles de la série de Thierry Smolderen. Le choix d’insérer dans chaque album des scènes de sexe assez ridicules et surtout la tenue des deux Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"rapaces qui ornent fièrement chacune des couvertures de la série fait terriblement penser à un cupide argument commercial. Marini est sans doute sensible aux tenues de cuir si l’on regarde sa biblio et a toujours eu un dessin sexy, mais comparé au toujours élégant Scorpion on frise souvent le vulgaire. C’est vraiment dommage car cela empêche cette série d’être le chef d’œuvre qu’il aurait pu être.

Les thèmes et la richesse graphique de la série sont en effet impressionnants en permettant d’aller de l’Espagne de la Reconquista aux bidonvilles indiens en passant par les grattes-ciel art déco new-yorkais ou les bas-fonds des clubs échangistes. La maestria visuelle du dessinateur et les formidables plans proposés par son scénaristes font de chacun des tomes de Rapaces de vrais bijoux. Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"La vraisemblance n’est pas de mise et l’on sent l’envie de fantasmer sur chaque bâtiment, chaque personnage, chaque costume, chaque plan pensé comme une séquence de cinéma. L’intrigue, si elle ne révolutionne pas un genre auquel il est courageux de s’attaquer, propose néanmoins de vraies innovations. On se plaît à découvrir l’histoire de ces immortels chassés par deux des leurs, à souffrir avec un inspecteur Lenore dépassée et ballottée entre puissances, à découvrir à chaque tome qui est ce mystérieux nouveau personnage… Jean Dufaux est un scénariste chevronné qui sait se montrer efficace et fait plaisir à son dessinateur avide de monde nocturne. Ne serait-ce ces fautes de goût citées plus haut donc, ils proposent avec Rapace une série majeure des années quatre-vingt-dix, au dessin très maîtrisé et qui change beaucoup des univers auxquels nous habituera ensuite le grand Marini. Si vous aimez cet auteur, si les décors de son Batman vous ont subjugués, dépêchez-vous de lire cette courte série vampirique avant l’arrivée de son œuvre au Noir

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Bientôt…

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Conan: Chimères de fer dans la clarté lunaire

BD du mercredi
BD de Virginie Augustin
Glénat (2019), 57 p. couleur, one shot.

couv_365856A chacun des albums de la (plutôt très intéressante) collection Conan le cimmerien j’hésite longuement entre les deux versions proposées. Je possède la NB grand format de La fille du géant de gel qui est vraiment superbe, tant par le format, papier utilisé que par le rendu graphique des planches non colorisées… mais n’a que peu de bonus (quelques illustrations additionnelles et aucun rédactionnel). La version couleur de Toulhoat et Brugeas et celle-ci de la très douée Virginie Augustin (dessinatrice d’une des meilleurs séries de ces dernières années, Alim le Tanneur avec Lupano) comporte un très intéressant texte explicatif sur la nouvelle qui sert de matériau de base à l’album et permet d’apprendre pas mal de choses sur l’auteur Robert E. Howard. Quelques illustrations d’autres dessinateurs complètent le cahier bonus. Tip-top donc question édition, juste étonnant que Glénat ne propose pas le même contenu sur la version de luxe. Enfin, malheureusement, la couverture ne rend vraiment pas hommage à la qualité graphique d’Augustin sur cet album. C’est étonnant et vraiment dommage…

La princesse Olivia, en fuite, est sauvée par Conan le cimmerien, lui-même rescapé d’une récente bataille. Les deux fuyards, parias, prennent la mer et trouvent refuge sur une île inhabitée. Apprenant à se connaître, ils constatent bientôt qu’une créature invisible les suit et découvrent un temple ancien aux statues de fer menaçantes…

Cet album est celui que j’attendais le plus depuis le lancement de la série. J’ai gardé un excellent souvenir d’Alim le tanneur, non que le style d‘Augustin soit absolument original, mais il se dégage de ses dessins un mouvement, une ambiance vraiment particulière. Il me semble qu’il s’agit en outre du premier album en solo de l’autrice et je dois dire qu’elle s’en sort remarquablement bien. L’adaptation des nouvelles Conan ne vise pas à révolutionner le scénario de BD. Il s’agit surtout d’une vision graphique d’auteurs confirmés et sur ce plan Augustin parvient à insuffler un esprit féministe très intéressant dans ce monde barbare où le Conan classique avec son slip de peau est conservé, pour mon plus grand plaisir (je suis un enfant de Conan le barbare, le film de John Milius!).

Dès les toutes premières pages la sauvagerie du cimmérien s’illustre, taillant en morceau le poursuivant de la donzelle. Si l’on ne voit que très subrepticement les palais des Hyrkaniens on en regretterait presque que l’autrice ne s’attarde pas plus sur cet univers des mille et une nuits où son dessin prends toute sa force en des matières subtiles. Mais le sujet est autre, fait d’île tropicale devant servir de piège pour les deux fuyards, en migrant vers l’univers de la piraterie que nous laisse deviner la conclusion très alléchante… mais que l’on ne verra jamais. Car on touche là une des limites de cette série, son format, variable selon les auteurs mais relativement proche d’un format classique de 46 planches… ce qui est trop peu pour pouvoir donner toute l’ampleur d’une histoire sauvage en one-shot. Il nous faut donc prendre ce que l’on nous offre avec ce petit regret.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Si la physionomie du barbare semble au début hésiter avec une étonnante gueule carrée presque néandertalienne (les croquis finaux nous montre les différentes versions), la subtilité du personnage surprend, lorsque la fille, incarnation de la faiblesse, craint de se faire viol(ent)er par lui. L’homme armé de son épée est sans peur dans l’espace ouvert de la forêt et y protège la fille. Dès qu’ils pénètrent dans l’étrange temple aux statues de fer le caractère féminin, perméable aux esprits, se connecte avec l’histoire du lieu pour avertir l’homme du danger. On aurait encore une fois aimé que soit poussée cette relation et l’histoire du personnage lumineux, mais il n’y avait pas la place. Cela permet cependant de garder cette part inquiétante que produit le genre fantastique, le lecteur ne sachant jamais le pourquoi du comment. L’équilibre est du reste parfait entre combats hargneux, début d’intrigue et pauses contemplatives sur les paysages luxuriants magnifiquement colorisés par Virginie Augustin. Tout est juste dans cet album, des dessins au découpage qui se permet quelques superbes pleines pages, dont cette séquence de massacre rouge remarquablement construite.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Un peu de frustration donc, avec une histoire qui se rapproche un peu du Colosse Noir, avec sa magie et sa relation homme/femme, les deux auteurs de celui-ci ayant pris quelques pages de plus pour finaliser une histoire qui s’avère ainsi plus confortable. Mais Virginie Augustin nous propose ce que l’on attend, une vraie histoire de Conan que l’on aurait très sérieusement envie de voir continuer ses aventures sur la mer intérieure. Pour ma part j’ai commencé à lister les albums d’Augustin que je n’ai pas encore lus avec une grande envie de rattraper mon retard! Et cet automne la version de Vatine et Cassegrain arrive alors que 2020 prépare du très lourd avec rien de moins que Valentin Sécher, Timothée Montaigne et Stepan Sejic

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Reconquêtes

La trouvaille+joaquim
BD Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes
Le Lombard (2011-2016), intégrale, 232 p.
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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard,2019

Je profite de la sortie du nouvel album du duo, la suite du film La chasse du comte Zaroff, pour chroniquer l’intégrale de la série Reconquêtes, que je n’avais pas vu passer lors de la sortie de ses quatre tomes et dont l’atmosphère et le dessin m’ont littéralement envoûté en librairie! La très belle édition du Lombard sépare les tomes avec d’immenses doubles-pages reprenant les illustrations originales des volumes, un régal. Elle inclut un cahier graphique de recherches préparatoires de huit pages, très intéressant car il permet de voir l’évolution des premiers jets des personnages, beaucoup plus typés sémites avant leur évolution vers un type européen (j’y reviens). Enfin, une bibliographie des deux auteurs clôt l’ouvrage. Du très beau travail qui vaut un Calvin.

Dans une Antiquité reconstruite, l’avancée des puissants Hittites en Asie Mineure pousse la Horde des vivants à se reformer: cette alliance de trois peuples nomades, redoutables guerriers, va entamer une reconquête de leurs territoires, entre trahisons, suspicions et courage guerrier. Leur chronique sera suivie par une scribe, la très belle envoyée du roi de Babylone Hammurabi…

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Reconquête est un étrange objet, un scénario composite mis en image par l’impressionnant François Miville-Deschênes, que je ne connaissais pas et qui compte indubitablement parmi les plus grands dessinateurs en activité. Ce qui saute aux yeux dès les premières planches c’est la technique parfaite du dessinateur québécois. Que ce soient les animaux, les hommes ou les femmes, tout est précis, détaillé, différencié. Alors qu’un certain nombre de dessinateurs réutilisent le même visage avec de simples changements de coiffures et de costume pour leurs personnages (Bilal par exemple), ce qui peut être gênant pour la compréhension, ici l’hyper-réalisme est extrêmement agréable et donne véritablement l’impression de lire un péplum sur grand écran. Le travail documentaire très conséquent sur les costumes, les décors, mobilier et l’imagination pour rendre cette Antiquité semi-historique crédible sont vraiment remarquables et montrent une passion de tous les instants mise dans ce travail.  Il a toujours été compliqué de représenter l’Antiquité sans tomber dans le kitsch. Le style de Miville-Deschênes accentuait ce risque, en se souvenant des grands dessinateurs réalistes tels Chéret (Rahan) qui ont produit nombre de BD historiques un peu désuettes depuis les années soixante. Or, que ce soit par la colorisation très élégante ou l’esthétique générale, tout est de bon goût, crédible, travaillé. Certains albums font ressentir le travail préparatoire, le développement de l’univers et des personnages. C’est le cas ici, un peu comme dans la grande série Servitude, où les combats ne sont qu’un moment (grandiose!) dans la description ethno-historique de peuples qui combattent pour leur mode de vie.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Sylvain Runberg nous propose avec Reconquêtes une Antiquité fantasmée, reconstituée par agencement d’éléments distants. Ainsi la scribe qui fait office de narrateur est envoyée par le roi de Babylone Hammourabi (XVII° siècle avant notre ère) pour suivre l’alliance des peuples Sarmate (env. V° siècle av. J.C.), Cimmériens (VII° siècle…) et Callipides (peuple cité par Hérodote) face aux conquérants Hittites (entre XVI° et XI° siècle avant notre ère)… L’ajout de références à l’Atlantide et de quelques créatures mythologiques permettent d’éviter toute  confusion quand au projet de réalisme historique et nous laisse profiter de la reconstitution de ce qu’aurait pu être cette

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

antiquité oubliée. Si la pâleur des peaux surprennent au début, habitués que nous sommes à des typologies sémites pour les peuples antiques, elles illustrent le sérieux documentaire des auteurs puisque nous savons que les peuples Scythes étaient de type « caucasien », blonds et à la peau claire… Ce qui fascine c’est la cohérence de l’ensemble, avec des styles vestimentaires reconnaissables (et la propension des guerrières Sarmates, sortes de proto-amazones, à vivre torse nu…), la rudesse des combats et des mœurs, l’originalité de ces palais mobiles dans lesquels ces rois nomades se déplacent. Les auteurs ne nous épargnent rien de la violence de l’époque, avec des soldats souvent balafrés, des sacrifices humains bien gores et quelques séquences de sexe sans insistance. Si François Miville-Deschênes se fait plaisir en matière d’anatomie féminines aux plastiques parfaites, les planches restent très élégantes et cela ne tombe jamais dans le grivois. Qu’il s’agisse d’éléphants de guerre, de vieux magiciens ou de cavalières sarmates tout est élégance du début à la fin dans cet album.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

L’intrigue est dramatique, dans le sens théâtral. Si les combats en cinémascope sont nombreux et parfaitement lisibles, le cœur de l’histoire repose sur les relations entre les trois souverains qui jouent entre respect, concurrence et méfiance. Un élément perturbateur est venu perturber l’équilibre de la Horde et une conspiration va semer la discorde en imposant aux trois dirigeants un choix: risquer la disparition de tous pour l’honneur de leurs peuples ou respecter l’alliance au risque de trahir leurs traditions propres. Ce dilemme qui les taraude du début à la fin est passionnant et permet de connaître les spécificités de trois peuples que seul le nomadisme et l’esprit guerrier tient ensemble. Reconquêtes pose sa focale sur le peuple des femmes et se rapproche en cela du récent Cœur des amazones mais en bien plus réussi car il n’oublie pas le spectacle.

Reconquêtes est la série que je n’attendais plus, un peu lassé de la Fantasy et peu intéressé par des BD historiques qui restent souvent figées dans leur aspect documentaire. Runberg aime tordre l’histoire tout en gardant ses bases comme sur sa récente série Jakob Kayne. Il propose avec son comparse un modèle de BD grand public à la fois héroïque, belle et bien écrite. Un régal.

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