**·***·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #19: Shangri-la frontier #1 – Eden #4 – 008:Apprenti espion #3

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  • Shangri-la  (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021 série en cours, 1/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_432073Sunraku est un hardcore gamer un peu particulier: il ne joue qu’à des « bouses », ces jeux buggés ou trop lourds qui font planter les serveurs des jeux en réseau. Lorsqu’on lui propose de s’essayer à Shangri-la, blockbuster des jeux massivement multi-joueurs, il est d’abord sceptique, avant de redécouvrir les plaisirs simples de la découverte d’un jeu fonctionnel et très bien conçu…

Digne représentant du sous-genre phare des Shonen, les Isekai, Shangri-la frontier est aussi un crossmedia puisque la scénariste est également autrice d’un roman participatif du même nom publié en ligne depuis 2018 et dont ce manga est l’adaptation. Assez peu friand de ce genre ciblé sur un public très particulier j’étais un peu inquiet et surpris du plan com’ important déployé par Glénat pour accompagner une de ses grosses sorties de septembre. A la lecture je reconnais que j’ai passé un très bon moment sur des dessins dans la moyenne haute qui mettent bien sur l’accent sur le chara-design et la fluidité des séquences d’action. Le gros avantage de ce manga c’est le fait de s’inscrire dans un jeu vidéo (où chacun trouvera ou pas des références selon sa culture propre de gamer) et donc de justifier tous les manichéismes et archétypes inhérents au média. Étonnamment on se prend au jeu de regarder le héros découvrir ce système de jeu, sur le même mode que la série française Bolchoi Arena, et s’il serait abusif de dire que l’intrigue nous happe, même totalement extérieur au monde des jeux vidéo on pourra apprécier cette série (au moins au démarrage) par un calibrage grand public qu’oublient trop souvent les Isekai…

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  • Eden, it’s an endless world #4 (Endo/Panini) – 1998/2021, 4/9 tomes parus (edition Perfect).

eden-perfect-4-paniniVous pouvez trouver mon billet de découverte.. et coup de cœur ici.

Après une entrée en matière aussi dantesque que les deux premiers volumes, le troisième entamait ensuite l’arc de la prostitution et des narcotrafiquants. Ce quatrième volume continue donc sur le même ton, à la fois très réaliste, cru parfois, mais assez éloigné des préoccupations SF avancées jusqu’ici. Une sorte d’intermède alors que la mère d’Elijah et l’escouade de Nazarbaïev sont convalescents. C’est donc l’occasion pour l’auteur d’approfondir son regard sur une société violente où ceux qui ne veulent pas être des agneaux sacrifiés décident d’intégrer des meutes, de mafieux, de prostituées, de miliciens,… L’intrigue tourne donc autour d’Helena après son agression par le mafieux Perdo. Confirmant son refus obstiné du manichéisme, Hiroki Endo va ainsi nous raconter comment cet affreux salopard en est arrivé là, comment la drogue pousse des mères à vendre leurs enfants, comment certains ne veulent tout simplement pas être sauvés. Et s’il faut le reconnaître, ce volume est beaucoup plus posé et moins prenant que les précédents, la série n’en perd pas sa force qui réside dans une complexité de tous les instants interdisant le lecteur à pouvoir anticiper quoi que ce soit tant les pulsions humaines poussent tous ces protagonistes dans leurs actions. On ne peux pas parler de pessimisme mais plutôt d’un réalisme froid tant dans la représentation des copulations en maison close que dans les assassinats qui sont légion… Alors qu’on découvre enfin Enoia Ballard, on profite de cette relative accalmie comme un reportage sombre sur les bas-fonds de l’âme humaine et des bas-fonds des grandes villes. En retenant notre respiration pour le prochain tome qui sera sans aucun doute un nouveau choc!

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  • 008: Apprenti espion #3 (Matsuena/Kurokawa) – (2018) 2021 série en cours, 3/14 volumes parus.

Manga - Manhwa - 008 Apprenti Espion Vol.3En revenant dans le lycée on s’attend à découvrir les différents professeurs découverts au volume précédent, tous plus délirants les uns que les autres. Le volume remplit partiellement cet office puisque après un cours avec la prof de guerre psychologique (comprendre: utilisation des charmes féminins pour déstabiliser l’adversaire) on va trouver Eight et ses amis affronter quelques épreuves et partir en mission sur le terrain avec l’un des prof. Si le tome ne tombe pas dans la douleur du second volume, on comprend pourtant que la gestion du second degré reste difficile (puisqu’il faut tenir une série au long cours) et l’articulation entre fan-service, humour et intrigue-action reste laborieuse. Quelques séquences rigolotes, quelques personnages sexy ou bad-ass… et c’est à peu près tout. On a décidément du mal à s’intéresser à cet anti-héros et si précédemment les actions d’éclat de la ninja à forte poitrine permettait de rester dans la course, on finit par se lasser d’attendre quelque chose qui nous décroche un peu la mâchoire. Pour ma part je pense m’arrêter là. Les adolescents pré-pubères (japonais si possibles…) pourront trouver quelque intérêt mais au regard de la concurrence pléthorique, cet agent 008 reste tout de même très faible…

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Khaal, chroniques d’un empereur galactique

BD Louis et Valentin Sécher.
Soleil (2011-2013), 90p., intégrale des deux volumes (2019).

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Sur les ruine d’un empire galactique déchu flotte E.T.H.E.R, une gigantesque prison perdue. Là, les descendants de générations de prisonniers ont bâti une société archaïque, primale, où les races cohabitent bon gré mal gré. A sa tête, Khaal, le guerrier ultime, le mâle Alpha, sommet de la chaîne alimentaire. Pourtant sa puissance est fragile, dépendante de deux êtres qu’il maintient dans l’ombre et qui pourraient lui procurer gloire comme déchéance. Face aux velléités de contestations de son autorité il va montrer à tous qu’il est le dernier des titans et fonder un empire absolu, sans limites…

The Art of Valentin Secher | Comic books illustration, Sci fi concept art,  Concept artDepuis sa première bande-dessinée professionnelle Valentin Sécher impressionne par une technique inspirée autant de l’école hyper-réaliste (les Alex Ross ou Charest) que par l’école Lauffray. Comme beaucoup de grands techniciens avant lui, l’artiste peine pourtant à atteindre une reconnaissance grand public de par un rythme forcément lent (les fans de Travis Charest en savent quelque chose…) et des choix d’albums reprenant un univers qui lui est familier mais qui ne l’obligent pas à sortir de ses habitudes: après Khaal, variation spatiale de Conan, il enchaînera sur la suite des aventures du Méta-Baron dans la plutôt sympathique série de Jerry Frissen, avant de préparer le très attendu album de la collection Conan (tiens-tiens) pour cette fin d’année. Quand on apprécie son style on ne se plaindra pas de ces superbes albums pleins de rage et de fureur. Pourtant on sent livre après livre que ce confort mériterait d’être bousculé à commencer par un scénariste qui saurait trouver une histoire innovante…

Cette introduction en mode regrets ne doit pas vous donner une mauvaise image de ce Khaal! Album typique des débuts de carrière où le dessinateur semble mettre tout son imaginaire sans filet, les deux volumes qui composent cette intégrale (agrémentée d’un magnifique cahier graphique de neuf pages) sont une tonitruante claque graphique, un sans-faute visuel débordant d’un génie du design et d’une maîtrise du découpage des plus grands. Tant dans la palette de couleurs chaudes que dans l’ambition des plans, que ce Violence Takes To The Stars In 'Khaal' #1 [Preview]soient les visages d’aliens en mode serré ou les vastes batailles, que l’on parcoure des vestiges en ruines ou des Léviathans spatiaux, rien ne dépasse, tout est élégant, cohérent, d’un world-building qui donne envie de grands espaces, du space-opéra flamboyant comme on en voit rarement…

Mais alors pourquoi ce sentiment de manque? Tout simplement parce que Khaal ressemble plus à un art-book des capacités impressionnantes de son dessinateur, un album plaisir pour un scénariste (Stéphane Louis, issu de l’écurie Soleil) amoureux des univers galactiques et qui peut donner une concrétisation visuelle à ses images mentales grâce à ce grand talent. Car le problème de cette série c’est son intrigue à sens unique qui oublie certaines bases, l’antagoniste, le danger qui donne envie de s’intéresser à cet anti-héros ultime. Si Conan est un barbare, violent, primaire, il est parfois manipulé, parfois touché, parfois humain. Ce n’est jamais le cas de Khaal dont le principal intérêt scénaristique est sa noirceur absolue et son monolithisme d’ordure finie. On a plus d’Elric que du barbare ou plutôt le plus sombre des deux… Rejeton d’un Méta-baron invincible dans un univers spatial démesuré, des pulsions déviantes du melnibonéen et de la rage du barbare, Khaal est magnifique dans ses combats mais… ennuyeux dans ses victoires inévitables.

Khaal Issue #4 - Read Khaal Issue 4 Online - Page 12Ainsi la première moitié de la série est une sorte de huis-clos dans ce monde fermé qu’est E.T.H.E.R. Si l’on voit bien deux peuples aliens dotés de capacités phénoménales (les uns sont télépathes, les autres passe-muraille) et si quelques discussions menaçantes du tyran avec ses deux acolytes prolongent quelque peu l’intrigue, on comprend vite que le méchant ne sera pas vaincu. La seconde moitié déroule alors de splendides plans de destructions planétaires à mesure que le vaisseau-monde ronge les galaxies, mais la linéarité et l’absence de tension dramatique se font pesantes, jusqu’à un final dont on comprend l’envie choc mais qui fait pschitt avec un sentiment de ne pas comprendre le propos.

C’est donc avec quelques regrets que l’on savoure ce plaisir graphique qui aurait pu être tellement plus sous la coupe d’un Jodorowsky, d’autant que les idées visuelles, les pouvoirs, la démesure du projet promettaient une superbe saga. Comme un rappel que sans bonne histoire les plus grands dessins restent un peu dérisoires…

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*****·East & West·Manga

Eden, It’s an endless world (perfect) #1-3

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BD de Hiroki Endo
Panini (2021) – 1998, 484 p./volume, 4 volumes parus sur 9 (doubles tomes).

Cette édition d’un classique de la SF me permet une petite remarque sur la culture des éditions spéciales entre manga et franco-belge. Pour ne pas tirer sur une ambulance je ne pointerais pas Panini en particulier mais remarque simplement que si cette habitude de ressortir les meilleurs mangas (et plus grosses ventes passées…) en Perfect édition est une très bonne chose pour vulgariser auprès d’un public jeune assez marqué par l’immédiateté des sorties du moment, elle reste très peu ambitieuse en se restreignant la plupart du temps à simplement éditer les manga dans une impression et un format correcte. Le format manga est à la base peu qualitatif, de fait puisque les œuvres sont publiées dans des journaux. Adapter les volumes à un format plus proche de nos habitudes européennes (comme la démarche d’Urban de sortir certains titres de comics indé en format franco-belge) est cohérente et permet à un marché assez saturé de continuer à croître sur des titres anciens. De bonne guerre dirais-je. Pourtant accompagner les volumes de dessins couleur, croquis, interviews, analyses et autres ajouts ne coûterait pas bien plus cher et justifierait l’appellation d’édition spéciale. Au regard des collectors de la franco-belge, le surcoût est moyennement justifié. Bref…

Concernant Eden on a donc une jaquette avec vernis sélectif, résumé avec quelques personnages du volume en main, table des matière des chapitres et deux intéressants mais anecdotiques textes de réflexions de l’auteur sans aucune mise en perspective. Sur un matériaux aussi riche on aurait voulu des commentaires sur l’univers ou les thèmes abordés. Edition juste correcte donc.

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Coup de coeur! (1)

Le virus Closure a éradiqué 15% de la population mondiale, provoquant un effondrement des états tels que nous les connaissions et l’émergence de narco-états. Face à eux l’organisation du Propater entre en chasse d’un adolescent héritier de données informatiques que tous semblent convoiter. Alors que seule la force militaire et numérique semblent pouvoir régenter ce monde de chaos, des combattants et victimes se retrouvent associés dans un Grand jeu qui les dépasse…

Mon grand âge fait que j’ai eu le privilège de découvrir les premiers manga en France avec l’arrivée d’Akira en kiosque dans les années quatre-vingt-dix, un choc adolescent que j’ai prolongé sur les œuvres de Masamune Shirow et notamment Appleseed. Akira est largement cité pour présenter Eden et l’influence de son auteur. Shirow également mais en citant de manière erronée Ghost in the shell… que je trouve loin thématiquement même si certains aspects cyberpunk peuvent y faire penser. Je confirme après lecture des trois premiers numéros que l’oeuvre de Hiroki Endo est un parfait mélange entre Akira et Appleseed, une vraie création de fan qui a mis tout ce qu’il a adoré dans ses glorieux ancêtres. Il est marquant de voir comme certains styles graphiques sont datés en Manga, comme en franco-belge. C’est le cas avec Eden dont la technique semi-réaliste se précise avec les volumes et propose par moment des planches vraiment impressionnantes et d’une précision chirurgicale y compris dans les décors (point de repère pour évaluer la profondeur du travail sur tous les ouvrages que je lis).

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 2) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Il y a plusieurs types d’auteurs de manga. Les otaku (Boichi), les techniciens sur des productions industrielles, les artisans (Urasawa) et les intello. Endo fait partie de cette dernière catégorie, avec une ambition et réflexion globale sur son projet rarement vus. Ainsi la construction des premiers tomes est surprenante et déstabilisante. Un très gros prologue d’une centaine de pages nous plonge dans cet univers en nous présentant Enoa Ballard après la Chute, avant de nous projeter vingt ans plus tard avec seulement quelques épisodes de flashback sur pages noires qui développeront épisodiquement certains personnages dans le passé. Nous avons donc l’histoire d’une famille, du père Chris impliqué dans l’apparition du virus, à son fils devenu devenu patron d’un des plus gros narco-cartels de la planète et que l’on ne voit pas adulte au cours des trois premiers tomes de l’édition Perfect (équivalent à six tomes donc) et suivons le dernier descendant, Elijah, jeune homme faible ballotté dans des conflits qui le dépassent et gérant difficilement son héritage familial. Le nom du héros n’est pas anodin, la série est parsemée de références bibliques et de réflexions philosophiques plus accessibles que chez Shirow. A ce titre l’équilibre entre les thématiques scientifiques et cyberpunk pointues (l’auteur s’est remarquablement documenté et est très précis), les commentaires sur la civilisation, l’homme et Dieu, les équilibres géopolitiques et sujets sociétaux comme la pauvreté ou la prostitution… est incroyablement solide! C’est le cœur et l’intérêt des œuvres de SF me direz-vous. Oui bien sur, mais c’est très rarement maîtrisé à ce point.

Alt236 Twitterissä: "Ensuite : "Eden Its an Endless World" de Hiroki Endo.  Ca parle Pandémie et trucs pas net, mercenaire et post-infection, si j'ai  bien compris. A voir mais les images interpellent !…Eden est radical sur tout les plans et c’est une de ses très grandes qualités. Endo montre et dit ce qu’il souhaite sans se censurer. Il en découle des séquences gores et violentes qui participent à créer un univers sombre et réaliste, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le fan-service. Si l’on voit des nus ce n’est jamais montré de façon sexy, de même que la violence militaire illustre simplement (comme dans Akira) la rudesse de ce monde. Ambitionnant de montrer les effets du nouveau contexte entre deux scènes d’action, Endo tisse une trame qui va se densifier en un tout.

Je parlais de construction déstabilisante. Ainsi après le prologue on entre dans une phase militaire avec une équipe de mercenaires chargés de récupérer des données informatiques et qui entrent en contact avec Elijah. S’ensuit une longue séquence de conflit techno-militaire d’une réalisation magistrale. La galerie de personnages d’Eden est impressionnante et leur disparition (par la mort ou le changement de contexte du récit) est très efficace pour nous maintenir en haleine. De la même manière que le personnage d’Enoa Ballard est présent en filigranes tout le long sans jamais se montrer, l’auteur joue de son lecteur qui ne sait jamais quels personnages vont durer ou non. Si la séquence mafieuse du troisième tome est un peu en retrait au niveau de l’intérêt, chaque chapitre reste intéressant en tant que tel et nous implique émotionnellement sans jamais pouvoir anticiper l’intrigue ou le destin d’un personnage.

Eden Volume 1: It's an Endless World! TPB :: Profile :: Dark Horse ComicsContrairement à Shirow qui pouvait devenir un peu soporifique dans ses digressions philosophiques Hiroki Endo ne laisse jamais l’action bien loin. De façon crue et très létale,  il montre des adversaires redoutables, jusqu’au troufion de base. Chez Endo la force des héros ne repose pas sur la faiblesse de leurs adversaires. Il en ressort des affrontements magistraux où même les crac ne ressortent pas indemne.

L’aspect cyberpunk commence à peine avec l’irruption d’une IA extrêmement puissante. Avant cela nous sommes confrontés à des cyborgs chargés de la guerre électronique en support aux troupes et de terrifiants humanoïdes guerriers issus de manipulations génétiques. Si l’on nous parle de l’organisation religieuse Propater depuis les premières pages on ne sait toujours pas quel est son but hormis qu’il se confronte à plusieurs organisations, dont une confédération musulmane et une zone « agnostique » structurée par les organisations mafieuses.

Oeuvre impliquante, s’intéressant autant à des sujets de garçons (les super-soldats, la technologie militaire, les robots) qu’aux drames humains (on parle des indiens, mais aussi de filles-mères, des relations familiales et des problématiques du tiers-monde…), Eden est comme toutes les grandes œuvres de science-fiction un projet global impressionnant de solidité tant graphique que dans son écriture. Aucune faute de goût n’est à relever et on dévore les centaines de pages avec le plaisir de savoir que Panini a prévu une publication serrée des neuf tomes. Maintenant il ne vous reste plus qu’à foncer en librairie pour vous plonger dans ce must-read pour tout lecteur de manga!

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*****·Comics·East & West·Service Presse

Lucky boy: coquin de sort

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BD de Bill Presing
Ankama (2021) 2021, 72 p., one-shot…?

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bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Mille ans après l’effondrement l’humanité a quasiment disparu. Seul un groupe de jolies jeunes femmes brillantes travaille pour maintenir la civilisation. Le dernier représentant du genre masculin semble être ce petit vieillard lubrique qui les pourchasse. jusqu’au jour où un jeune naufragé apparaît sur les rivages…

Lucky Boy : Coquin de Sort - (Bill Presing) - Comédie [BDNET.COM]Quelle poilade les amis et quelle découverte! Après le chinois Golo Zhao et sa sensibilité découverts hier on passe aujourd’hui de l’autre côté du Pacifique avec un autre jeune talent qu’il faudra suivre. L’américain Bill Presing vient de l’animation et notamment chez Pixar où il est storyboarder… et ça se voit sur son album tant les cadrages et l’esprit général des merveilles du studio à la lampe transpire de Lucky boy! Dès la couverture on est émerveillé par ces couleurs et une composition qui sont la très grande force de cet album inattendu. Sous un pitch simplissime et résolument coquin (c’est dans le titre!), il enchaîne une succession se séquences très bien huilées et qui évitent le risque de ce genre d’album à savoir la juxtaposition. Glissant du mystère d’explorateur dans ce « monde d’après » sur le début on passe ensuite à des thématiques de savant fou avant de virer en survival post-apo. Bon, tout ça ce sont les thèmes support, le principal intérêt ce sont bien entendu les rencontres hilarantes entre ce pauvre petit vieux obsédé (et on le comprend!) par cet aréopage de déesses aussi belles qu’intelligentes. Ressentant une injustice terrible lorsque survient l’élément dérangeant (une sorte de jeune néandertalien qui n’a que la jeunesse pour lui) le vieillard finit par se résigner à une ambition de simple otaku: faire pouet-pouet et voler des clichés des poules sur son appareil photo…

Presing tient plus son humour des manga que du cartoon américain même si son ouvrage reste à la croisée. Il remplit ses pages de citations évidentes, des saignements de nez d’un Tortue génial à la quête de la culotte qui rappelle les noisettes de Scrat le paléo-écureuil de l’Age de glace. Sur le plan formel on est très proche d’un manga Ecchi à cela près que tout étant du second degré et regardé à hauteur du personnage, on n’est jamais dans le vulgaire. Comme un Frank Cho, Presing aime les jolies filles idéalisées et se fait plaisir au travers de formes presque géométriques qu’il donne à ses donzelles et et New Arrivals :: Lucky Boy: Tempting Fate - Pre-Orderd’une gestion des éclairages et brillances remarquables via une technique toute traditionnelle qui apporte une douceur difficile à obtenir en numérique. Entre les yeux kawaï, les poses langoureuses à l’envie et des dialogues très drôles, on enchaîne les pages avec un grand plaisir.

Pour son second album (il a publié une histoire pulp de chasseur de nazi chez Akiléos) et quelques sketchbooks (un chez comixburo) Bill Presing montre une technique et une maturité dans le récit qui impressionnent par leur fluidité. Comme souvent l’animation propose les meilleures formations et les passages à la BD sont généralement réussis. Ayant digéré le meilleur du sketch US et de l’humour japonais, il nous régale avec son Coquin de sort en proposant une vraie histoire pulp qui lui permet de dérouler son humour et ses poupées. Avec une fin étonnamment tragique et une galerie de personnages fort réussies, cet album ressemble plus au prologue d’une longue série qu’à un simple one-shot. Si l’auteur en a envie  et que le public est au rendez-vous il y a de la matière pour de nombreux albums pour développer cet univers désormais en place. 

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La cité des chiens

BD de Yohan Radomski et Jakub Rebelka
Akileos (2018), 120p., one-shot, NB.

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Le seigneur Volas a entrepris la conquête des cités voisines. Impitoyable, il soumet à la mort ou à l’esclavage les peuples vaincus. Les quelques personnes fuyant son joug se sont réfugiées dans les marais. Parmi elles sa belle fille qui a compris que son destin passait inévitablement par la mort du tyran…

La Cité des Chiens : Intégrale N&B - Par Jakub Rebelka et Yohan (...) -  ActuaBDJ’avais remarqué à sa sortie ce diptyque sorti chez le très intéressant petit éditeur Akileos, dont les dernières années ont été marquées notamment par l’excellent et réputé Heraklès et surtout l’émergence d’un duo majeur de la BD: Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas. Comme souvent le talent et la force graphique d’auteurs méconnus ne suffisent pas à trouver leur place sur les étales inondés par les gros éditeurs et Akiléos avait été contraint de clôturer le diptyque non par un tome deux mais par la sortie courageuse d’une intégrale GF n&b, pour un prix très raisonnable. Sorti à l’origine en version colorisée (par Rebelka), la présente version permet de profiter de son trait si particulier, à la fois extrêmement lisible et maitrisé tout en présentant un univers sombre, enchevêtré qui correspond particulièrement bien à l’environnement des marécages où se place une partie de l’intrigue. Inscrit dans une filiation graphique avec le maître Mike Mignola, le polonais dépasse à mon avis son aîné par une maîtrise étonnante des différents plans malgré l’aspect plat de la technique.

La cité des Chiens - BD, informations, cotesAidé par un scénariste qui n’était pas novice, il propose une légende barbare qui a le mérite de suivre les canons de la simplicité (un méchant tyran confronté à des rebelles liés à une vengeance familiale et une malédiction). Malgré ce terrain connu, l’environnement très particulier des marécages donne une matière organique et inquiétante à ce monde où l’histoire et les personnages prolongent l’incertitude du trait. Comme ces zones aqueuses où tout semble mélangé, une créature maléfique change les visages, les agents-doubles de Volas tuent dans le dos et personne ne sait dire qui cherche quoi. L’ouvrage s’ouvre sur une lettre de l’héroïne à son amant qu’elle implore de la rejoindre et se conclut par une réponse de ce dernier après l’aventure, comme pour s’inscrire plus encore dans le récit légendaire et chevaleresque. On pourra regretter le nombre de pages de texte (pourtant fort bien écrites et qui nous plongent encore un peu plus dans cette saga) qu’on aurait aimé prendre vie sous d’autres planches. L’album est en effet relativement court et aurait pu mériter un tiers de plus. Vous connaissez les difficultés de vente de cette BD…

Conquis à la fois par cette découverte graphique, par une histoire fort bien menée et épique et par une belle édition qui rend grâce au travail des auteurs (jusque dans la jolis police des lettres), j’attends désormais avec impatience la traduction du nouveau travail de Rebelka chez Boom! studios et vous invite vivement à vous procurer cette histoire d’amour et de mort…

 

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***·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #2

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2021 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

Pour la présentation du projet vous pouvez consulter le billet traitant du premier tome.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

irin1Changement de braquet pour ce second opus de La fin des Irin puisque à mesure que l’on avance l’histoire se simplifie à l’aune d’un trait bien plus BD et moins bluffant avec le changement de dessinatrice, Laura R. Peinado. Les planches restent très agréables, notamment la mise en couleurs numériques et le découpage est très dynamique (ça tombe bien puisque ce volume est bien plus axé action que le précédent). Simplement face à la technique impressionnante de Wouter Gort on revient à quelque chose de plus habituel… mais moins froid aussi. Disons que les visages et anatomies peuvent parfois laisser à désirer, mais c’est contrebalancé par d’autres grandes qualités de l’artiste espagnole. En outre la quantité de pages à dessiner peut justifier une baisse d’exigence compréhensible.

Si graphiquement le changement de style passe très bien et si l’intrigue est moins nébuleuse, la difficulté de  scénario reste en revanche bien présente, rendant la lecture compliquée. L’intrigue elle-même étant plus linéaire (en bref, un braquage suivi de course-poursuite) cela permet de rester accroché, mais il est fort dommage que ce montage cryptique, notamment dans l’enchaînement des dialogues qui manquent parfois de suivi, empêchent de se plonger totalement dans cette belle aventure SF. irin3Car après avoir posé un background touffu l’auteur nous propose via l’héroïne bad-ass Anahita de découvrir la collaboration entre les puissances humaines et les propriétaires de la Terre, autour de la protection d’un coffre antédiluvien. Tout cela permet d’introduire les canons des récits conspirationnistes avec agence paramilitaire secrète et secte financière d’Illuminati. On passe donc de la SF intello exigeante à du blockbuster grand public, pour notre plus grand plaisir. Je précise que l’ouvrage a été lu en fichier pdf, sans le support des très nombreux et explicatifs à-côtés du site web. C’est  (pour rappel) une des spécificités de ce webcomic que de reposer énormément sur le hors champ qui se révèle presque indispensable pour apprécier les subtilités de l’univers et de l’histoire. Ce qui questionne un futur format album qui nécessitera impérativement l’insertion du glossaire dans le bouquin…

L’une des forces de la série est sa radicalité, qui n’hésite pas encore une fois à virer gore et sexy, et en introduisant cette fois l’humour via un personnage de militant altermondialiste débarquant dans une chasse occulte. La présence de séquences historiques (à l’époque d’Alexandre et des papes Borgia) n’apporte pas grand chose à l’intrigue et ont même plutôt tendance à obscurcir le récit, qui prends son élan dès que l’on rentre dans le feu de l’action après le premier tiers. Plus compacte, plus linéaire, plus action, l’histoire devient alors fort sympathique, bardée de ses artefacts technologiques, avant de se diriger vers l’Espace…irin2

Projet très ambitieux à la réalisation imparfaite, La fin des Irin fera fantasmer tous ceux qui ont vu, subjugués, le chef d’œuvre des Wachowski Jupiter Ascending, et interroge sur une fin qui ressemble à une conclusion finale en précipitant la résolution longtemps laissée cryptique. C’est un style mais aussi un manque d’expérience assurément, l’auteur n’ayant a priori jamais publié de BD auparavant. Il reste quoi qu’il en soit un des plus important projet de webcomic qui ait vu le jour.

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****·BD·Nouveau !

Le Convoyeur #2: La cité des mille flèches

La BD!

Deuxième tome de 54 pages, de la série écrite par Tristan Roulot et dessinée par Dimitri Armand. Parution chez Le Lombard le 21/05/21.

Rouillera bien qui rouillera le dernier.

Le monde a été ravagé par une bactérie dont la particularité est de se nourrir de métaux. Bien vite, ce sont les fondations même de notre civilisation moderne qui furent grignotées, et avec elles les espoirs chancelants d’une humanité en déclin. Car les structures métalliques et les infrastructures ne furent pas les seules à être affectées par la Rouille. Les personnes infectées se sont mises à muter, à subir des transformations corporelles dignes d’un Cronenberg

La France n’a pas été épargnée par ce cataclysme. Sur ces nouvelles terres désolées et dangereuses, un homme crapahute sur son inquiétant destrier. On le nomme le Convoyeur, et son sacerdoce est d’amener à bon port tout ce qui lui est confié, que ce soit marchandise ou personne. A la fois redouté et sollicité, il va, de ville fortifiée en protectorat, là où ses missions le mènent, et son prix reste inchangé: son client doit avaler un œuf,  translucide, en guise de paiement. 

Jusqu’ici, nul n’était à même de percer les insondables motivations de ce Mad Max version Fedex. Toutefois, une femme est à ses trousses, avec une vengeance à accomplir. Tout aussi dangereuse et déterminée que le Convoyeur lui-même, elle semble en savoir plus que quiconque sur notre taciturne aventurier. 

Another One Bites the Rust

Après une première entrée de qualité bien que classique dans sa construction, Le Convoyeur revient et passe la seconde quant au développement de son intrigue. Les bases de l’univers ayant été adéquatement posées dans le précédent tome (la Rouille, le retour de la civilisation dans un âge sombre, les mutants, etc), l’auteur peut donc se permettre quelques révélations choc (avertissement spécial aux trypophobes parmi vous !) entre deux scènes d’action. Ceux qui ont apprécié le premier tome, notamment, seront certainement accrochés par le cliffhanger de fin qui promet des pistes intéressantes pour la suite. C’est d’ailleurs une des réussites de cette série que de laisser le lecteur dans une incertitude permanente entre un schéma très simple (le « héros » accomplit ses missions en échange d’un mystérieux œuf) et une direction impossible à prévoir. Non content d’utiliser des techniques connues (le flashback, le récit superposé à l’action,…), Tristan Roulot crée des scènes inattendues qui permettent chaque fois de densifier le contexte. On va ainsi découvrir, après une redoutables séquence d’assaut introductive, comment les puissants ont construit leur pouvoir avec un esprit steampunk fort élégant et un soupçon de fantasy dans le design de cette Eglise qui s’avère revêtir une place plus importante que prévue. La faiblesse du genre post-apo est souvent de réduire la focale sur le seul personnage principal. Ce n’est absolument pas le cas ici où l’on sent un travail préparatoire très conséquent qui donne envie d’en savoir plus et une thématique messianique inhérente au genre mais fort bien amenée.

Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, l’amalgame des différents genres que sont le western, le fantastique et le post-apo fonctionne plutôt bien, sans que l’un prenne nécessairement le pas sur les autres. Les auteurs ont évité le cliché américain en établissant leur récit en France (il y a bien un centre de détention à Muret !), ce qui donne une saveur particulière à l’ensemble. Les dialogues sont ciselés et bien écrits, mais ne sonnent parfois pas toujours juste dans un monde post-apo dans lequel la civilisation a régressé. Du reste quelques grosses facilités scénaristiques laissent dubitatif (à moins que l’on opte pour un nouveau « pouvoir » caché du Convoyeur…). C’est fort dommage tant l’ensemble respire la maîtrise et la confiance dans le projet, avec un personnage éponyme redoutablement charismatique et qui nous laisse (là encore) dans l’incertitude quand on statut de héros ou de véritable méchant. Ses motivations commencent à se révéler ici…

Le plaisir de lecture est donc toujours là, et on en doit une part non négligeable au graphisme d’Armand, qui offre un découpage dynamique et un trait qui l’est tout autant. Ses encrages sont parmi ce qui se fait de mieux dans la BD moderne et sa maîtrise technique énorme alliée à une colorisation parfaitement adaptée montre qu’il est aussi à l’aise dans ce genre compliqué que dans le western.

En résumé, ce second tome vient amener une direction intéressante à la série, ce que le premier tome ne laissait pas nécessairement présumer, malgré sa qualité.

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin.

***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro·Service Presse

Spoon & White #1 et #9

BD de Yann, Jean et Simon Léturgie
Bamboo (1999-2021), 44p./album., série en cours

La série Spoon & White fait partie des grands ancêtres très réputés, avec une histoire éditoriale un peu compliquée puisque débutée fort logiquement chez Dupuis, la série est ensuite passée chez Vent d’Ouest (plus étrange) avant d’atterrir pour ce neuvième album chez Bamboo qui réédite pour l’occasion l’intégralité de la série. Commencée avec Yann au scénario, le duo Léturgie se retrouve seul à compter du septième volume et voit passer dix ans entre le dernier paru et ce nouvel épisode. Les deux volumes ressortis comportent un cahier graphique de dix pages avec croquis préparatoires, jeux et strip humoristiques dans l’univers de la série.

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Parodie assumée des films d’action policiers des années 90, Spoon & White arrive juste après le double chef d’œuvre de monsieur Maester qui lançait le genre sur Meurtres fatals, déclaration d’amour à Michael Douglas et au FBI qui donne des envies de VHS à tous ceux qui ont découvert L’arme fatale, Seven ou Basic Instinct en salles…

Spoon & white tome 1 requiem pour dingos - BDfugue.comDans un style graphique résolument BD jeunesse, la série s’ouvre sur le tome 1 par un surprenant et très graphique plan cinématographique qui fait monter l’envie assez haut… avant de revenir à des planches plus classique. Cette première page est très étonnante car elle semble montrer une hésitation originelle des auteurs entre de la BD d’action exigeante et de la farce parodique assumée. Le contexte des BD de l’époque est important: Yann est sur la très populaire série Les Innomables issus du Journal de Spirou avec un aspect très cinématographique et plutôt sombre bien que mettant en scène des « gros nez ». Les premières couvertures de Spoon & White sont d’ailleurs tout à fait dans le ton de l’époque (assez minimaliste)  et s’inscrivent dans cet entre-deux BD spirou jeunesse/Bd d’action référencée pour adultes.

Le premier volume qui ressort chez Bamboo avec une nouvelle couverture fonctionne très bien en nous introduisant sans préambule avec ces deux débiles mentaux: Spoon le minus très laid et fana de Dirty Harry tire sur tout ce qui bouge ; le grand White et ses costards élégants se croit plus malin mais est tout aussi crétin. Les deux de bagarrent pour le cœur blindé de la plantureuse journaliste Courney Balcony.  Voilà, vous avez l’histoire qui va servir de prétexte à l’ensemble de la série! Le premier album est assez drôle et l’action plutôt réussie avec cette prise d’otage d’une secte suicidaire. L’ambition visuelle est évidente et plutôt inspirée avec des dessins très lisibles et parfois assez jolis dans leur style cartoon. On n’est pas au niveau de Maëster mais ça fonctionne très bien et je comprend que la série ait bien marché à partir de ce coup d’essai. A noter que l’on n’a aucune information sur qui est qui, les blagues devant caractériser les personnages immédiatement.

Vingt ans après qu’en est-il de la sortie exclusive chez le nouvel éditeur? D’abord la couverture, fort réussie qui cite évidemment un des grands films d’action de ces dernières années, Mad Max Fury Road. Cet épisode nous transporte au fin-fond de l’Amérique, dans la ville natale de Spoon (Mudtown) au sein d’une exploitation de « gaz de Shit » (dans une citation fort drôle d’un ancien premier ministre français…) qui cache bien entendu un plan machiavélique d’un milliardaire que Balcony va aller interviewer. L’aventure nous permet de découvrir les tout aussi débiles sœur et père de Spoon qui est (après mes deux lectures) le véritable héros de cette série. Si l’action enfiévrée de ce dernier épisode est toujours aussi efficace, on note une certaine facilité dans exubérance et les explosions XXL. Les auteurs veulent du gros, du lourd, du sale, au risque de tomber dans le déjà vu et attendu.

Après mes lectures de ce premier et dernier tome je note une étonnante continuité et très peu de changements graphiques notamment. Ma principale interrogation repose sur le cœur de cible de cette série. Graphiquement on est sur de la jeunesse (c’est d’ailleurs édité chez Bamboo) alors que le côté gore (surtout sur le premier tome) et les références à des films plutôt adultes orientent vers une cible adulte. Du coup si l’humour facile fera mouche chez les jeunes ils risquent de passer à côté des références, à l’inverse les plus grands risquent de ricaner sur les blagues et de prendre plus de plaisir sur les parodies. On peut voir ça comme un coup double autorisant une lecture à tout âge ou un risque de perdre son public faute de le repérer. Souhaitons en tout cas à Bamboo et aux auteurs une nouvelle jeunesse à cette série qui jouit sur le plan éditorial d’une très jolie fabrication.

A partir de 12 ans.

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****·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #1

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2020 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

La série est prévue en trois volumes. Le premier est achevé, le second vient de commencer sa publication sur le site. Trois dessinateurs différents sont prévus. Chaque volume comprend environ 90 doubles-pages soit environ 180 p. en équivalent album papier. L’interface de lecture est un site web dynamique professionnel permettant de naviguer dans des menus menant à un très touffu background. Sous les planches se trouvent des extraits du « Codex » détaillant à la fois l’univers de l’album et les très nombreuses références bibliques de la BD dans le contexte des pages. En lecture pleine page ces références disparaissent. A noter que la lecture sur tablette n’est pas forcément des plus simples puisque les planches étant présentées en double page il faut zoomer pour avoir une pleine page A4. Cela étant, la réactivité du site est très performante et hormis un petit ralentissement de la lecture cela n’est pas très dommageable. Un forum (pour l’instant a peu près vide) permet de discuter sur l’univers et il est possible de s’abonner pour recevoir des alertes sur les nouvelles mises en ligne.).

Sur le plan technique ce projet est le plus sophistiqué que j’ai pu lire depuis l’impressionnant Phallaina.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

Les voies de l’éditions sont parfois impénétrables! A l’heure du numérique et du crowdfunding les vecteurs de publications pour de nouveaux projets semblent infinis, entre l’autoédition, le webcomic, la petite maison, le participatif,… et ce qui est le plus surprenant c’est que s’il y a quelques années c’étaient surtout les nouveaux venus qui utilisaient les vecteurs alternatifs, aujourd’hui il n’est pas rare de voir un Frank Cho ou un Sean Murphy passer directement par la case autofinancement… La fin des Irin est ainsi un projet tout à fait professionnel mis en place semble-t-il avec l’appui d’une société de web-développement, d’abord en langue anglaise et décliné en français.

CaptureLe dessinateur du premier volume, Wouter Gort, est un concept designer hollandais, ce qui apporte énormément à l’aspect technologique, principale réussite de cet album. L’entrée en matière impressionne, avec ce prologue hargneux, radical, dressant dès les premières planches l’interaction entre antiquité flamboyante et païenne faite de sang, d’or et de sexe avec de la haute technologie au design excitant! La qualité générale (très numérique) est digne des plus grandes productions et je serais bien surpris de voir quel éditeur sera chargé de porter l’édition papier de ce qui est au moins une réussite graphique indéniable. Dans un style utilisant une technique de colorisation très contrastée issue de l’Animation, Gort propose un monde d’un réalisme saisissant, que ce soit sur Terre, aujourd’hui, avant ou ailleurs. L’intrigue utilise le concept des anciens aliens qui a déjà été vue sur des films tels que Jupiter ascending des sœurs Wachowski mais aussi Prometheus de Ridley Scott ou Stargate. L’idée de donner une origine extra-terrestre à nos dieux n’est donc pas nouvelle (le mythe de Cthulhu n’utilise t’il pas aussi cette formule?) mais c’est la première fois que je vois un background aussi costaud développé pour lier de façon la plus réaliste possible les sources anciennes (textes juridiques réels, évènements historiques, extrapolations scientifiques,…) et nos fondements mythologiques. Par mythologie il faut comprendre les fondements du monothéisme puisque, remontant très logiquement à la source liant les plus anciennes connaissances historiques en matière de cosmogonie en Mésopotamie et la construction du dieu Yahweh, les auteurs visent à brouiller les pistes à la manière d’un Christophe Bec. A ce titre je conseille vivement de consulter au fur et à mesure les « aides de lecture » du Codex du site qui approfondissent fortement une intrigue à la construction parfois obscure du fait de sauts temporels avec des personnages vivant plusieurs siècles.

CaptureLes idées techno-scientifiques expliquant les capacités « divines » de ces êtres sont très bien vues et alléchantes bien qu’à la fin du premier tome on reste encore un peu dans le brouillard. Comme souvent l’illusion de la place disponible pour développer le récit faut tomber dans des à-côtés qui brouillent un peu la lecture déjà complexe avec des intrigues secondaires qui paraissent à ce stade un peu inutiles (mais vue l’ampleur du projet on ne demande qu’à être détrompé). La narration à plusieurs personnages, avec voix-off et sans précisions lors de changement d’époque ou d’endroit demande une certaine concentration, heureusement allégée par une très grande lisibilité des planches, très lumineuses et aux panorama grandioses. On comprend ainsi à la fin du premier volume que l’on va suivre la descendante de Yahweh de nos jours après ce long prologue, avec une revanche prévisible contre la domination du tout puissant Baal. La bonne idée des auteurs est de laisser un certain mystère sur la forme démoniaque de Baal et son fils Marduk (dont la mort déclenche tout) alors que tous les autres personnages sont anthropomorphes. On imagine que la technologie génétique et médicale de cette civilisation est capable de prouesses mais cela permet surtout de maintenir une certaine appétence pour le fantastique, pourtant absent de ces premières deux-cent pages.

Aucune description de photo disponible.On ressort de la lecture de cette longue introduction à la fois fortement attiré par un graphisme clairement bluffant, des thématiques très inspirées, et troublé par une narration parfois un peu laborieuse en oubliant de nous aider à suivre les fils compliqués tracés dans le temps et l’espace. Mais ce n’est pas pire que du Bec (pour reprendre la référence) et au moins aussi intéressant. Reste que le changement de dessinateur, s’il maintient un niveau de qualité très élevé, peut troubler. On attend donc de passer la seconde avec une héroïne née à la toute fin du premier opus, dans un univers et une histoire à la fois simple et à très haut potentiel. L’ambition est clairement là et les moyens semblent avoir été trouvés pour proposer une grande saga de space-opera aussi technique qu’intellectuelle.

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****·Manga

Origin #9-10

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

L’album se conclut par une courte histoire assez débile (et pas franchement drôle) sur le quotidien d’un dessinateur de manga, à l’image de ce que l’on a pu voir sur les précédents tomes. Je souligne que l’éditeur s’est très étrangement dispensé d’insérer le chapitre 87.5 se déroulant sur Vénus dans une mission de sauvetage et faisant le pont avec les futurs projets de l’auteur. L’épilogue de l’album 10 français paraît assez étrange en regard…

[Attention Spoilers]

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Mai est morte, tuée par un des frères d’Origin. L’un des objectif du robot avec le fait de « vivre une vie convenable » a disparu. Il a échoué. Mais avec cette disparition un évènement se passe dans les neurones quantiques de cette machine, une évolution qui va faire évoluer cette Intelligence artificielle vers quelque chose d’autre…

Origin 80 | MangaSakiQuelle fin en apothéose! A l’image de la série et de cet auteur cette conclusion en deux tomes, trop courte pour tout ce que l’auteur avait à dire, pour refermer les très nombreuses pistes et personnages ouverts, nous laisse un peu piteux et choqué dans ce grand huit dont est capable le prodige coréen. Comme on le pressentait depuis le début, Boichi s’inscrit totalement dans la ligne du modèle Ghost in the Shell pour nous proposer une incroyable vision tout ce qu’il y a de plus techno-philosophique, l’acmé de ce que peut proposer la science-fiction lorsqu’elle assume son statut en poussant très loin les concepts scientifiques qui finissent par converger vers des sujets existentiels voir théologiques. L’auteur avait déjà abordé le Divin dans sa série Sanctum et on trouve ça et là des questionnements de ce type dans Dr. Stone. Ici le décès de sa protégée humaine déclenche en Origin une évolution des capacités cognitives en le faisant accéder à l’amour (posthume) avant de progresser bien plus loin en bouclant la boucle avec le thème de Y l’IA ultime que nous avons déjà rencontré plus tôt. On est au cœur de l’Anticipation avec la fascinante réflexion non seulement sur ce qu’est l’identité et l’être (la capacité de calcule suffit-elle à penser?) mais Boichi y ajoute des visions sur l’interaction entre la vitesse de traitement de l’information et l’influence quantique avec le monde physique. Ces raisonnements aboutissent souvent à des idées new age sur la transcendance. Boichi n’en est pas loin mais son technicisme affirmé lui permet de rester chevillé à l’idée scientifique et de nous proposer des idées assez vertigineuses! Dans le combat final (plutôt réussi) l’auteur se veut moins pédagogique que sur les précédents volumes, sans doute pressé par le temps et le peu de pages lui restant pour achever son récit et nous plonge dans des concepts quantiques très complexes que la simple visite de Wikipedia ne suffira sans doute pas à éclairer.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 10 - Mangakakalot.comLe soucis, déjà rencontré, ce sont ces ellipses pas toujours expliquées et qui nous laissent avec l’impression de pages perdues. C’est assez dommage car une ou deux cases suffisent souvent à faire le lien avec une progression rapide. La gestion du temps a toujours été capricieuse chez cet auteur qui semble parfois se perdre dans de grandioses combats ou pleines pages contemplatives avant de sauter du coq à l’âne sans coup férir. De même, ce boulimique a envie de développer un grand nombre de sujets avant de se rendre compte que dix tomes de manga avec une grande place laissée aux combats est bien peu pour développer et aboutir une thématique si complexe. J’avais fait le parallèle avec le Carbone et Silicium de Bablet qui, lui, prenait le temps et parvenait en cela mieux que son collègue mangaka à nous faire toucher l’Idée. Dans ces derniers volumes, assez linéaires, on réalise bien tardivement que les sujets de l’AEE, de l’équipe de la Team cerveau, de la mort du père, de l’histoire du robot Masamune… sont laissés presque en plan, sans suite. Pas le temps, Boichi coupe pour se concentrer sur l’achèvement inattendu de l’évolution d’Origin.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 15 -  Mangakakalot.com in 2020 | The originals, Good manga, ChapterLe sujet était casse-gueule comme tout thème SF très ambitieux. Et sur ce point l’auteur réussit excellement, sans faute de goût (juste un léger manque de lisibilité des séquences finales) en se permettant une fin ouverte et de mettre en quelques images cette série au point de jonction de pratiquement toute son œuvre. La fin de Wallman avait déjà rejoint Sun-ken Rock, Origin fait de même en créant un univers partagé potentiellement passionnant pour peu que ce grand gourmand ait le temps de planifier un projet structuré. Fortement poussé par ses envies, extrêmement talentueux, Boichi arrive avec Origin à accomplir, malgré ses nombreux défauts, une des œuvres SF les plus ambitieuses et réussies de la BD mondiale. Comme beaucoup de dessinateurs il lui manque encore l’autocontrôle scénaristique qui permettrait à ses créations de passer le stade de la claque visuelle, une fluidité narrative. Mais comment bouder son plaisir devant une telle maestria graphique, cette furie des corps, cette imagerie technique et ces dernières visions SF magistrales. Origin est à ce jour la meilleure BD du coréen. En attendant la suivante…