****·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #1

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2020 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

La série est prévue en trois volumes. Le premier est achevé, le second vient de commencer sa publication sur le site. Trois dessinateurs différents sont prévus. Chaque volume comprend environ 90 doubles-pages soit environ 180 p. en équivalent album papier. L’interface de lecture est un site web dynamique professionnel permettant de naviguer dans des menus menant à un très touffu background. Sous les planches se trouvent des extraits du « Codex » détaillant à la fois l’univers de l’album et les très nombreuses références bibliques de la BD dans le contexte des pages. En lecture pleine page ces références disparaissent. A noter que la lecture sur tablette n’est pas forcément des plus simples puisque les planches étant présentées en double page il faut zoomer pour avoir une pleine page A4. Cela étant, la réactivité du site est très performante et hormis un petit ralentissement de la lecture cela n’est pas très dommageable. Un forum (pour l’instant a peu près vide) permet de discuter sur l’univers et il est possible de s’abonner pour recevoir des alertes sur les nouvelles mises en ligne.).

Sur le plan technique ce projet est le plus sophistiqué que j’ai pu lire depuis l’impressionnant Phallaina.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

Les voies de l’éditions sont parfois impénétrables! A l’heure du numérique et du crowdfunding les vecteurs de publications pour de nouveaux projets semblent infinis, entre l’autoédition, le webcomic, la petite maison, le participatif,… et ce qui est le plus surprenant c’est que s’il y a quelques années c’étaient surtout les nouveaux venus qui utilisaient les vecteurs alternatifs, aujourd’hui il n’est pas rare de voir un Frank Cho ou un Sean Murphy passer directement par la case autofinancement… La fin des Irin est ainsi un projet tout à fait professionnel mis en place semble-t-il avec l’appui d’une société de web-développement, d’abord en langue anglaise et décliné en français.

CaptureLe dessinateur du premier volume, Wouter Gort, est un concept designer hollandais, ce qui apporte énormément à l’aspect technologique, principale réussite de cet album. L’entrée en matière impressionne, avec ce prologue hargneux, radical, dressant dès les premières planches l’interaction entre antiquité flamboyante et païenne faite de sang, d’or et de sexe avec de la haute technologie au design excitant! La qualité générale (très numérique) est digne des plus grandes productions et je serais bien surpris de voir quel éditeur sera chargé de porter l’édition papier de ce qui est au moins une réussite graphique indéniable. Dans un style utilisant une technique de colorisation très contrastée issue de l’Animation, Gort propose un monde d’un réalisme saisissant, que ce soit sur Terre, aujourd’hui, avant ou ailleurs. L’intrigue utilise le concept des anciens aliens qui a déjà été vue sur des films tels que Jupiter ascending des sœurs Wachowski mais aussi Prometheus de Ridley Scott ou Stargate. L’idée de donner une origine extra-terrestre à nos dieux n’est donc pas nouvelle (le mythe de Cthulhu n’utilise t’il pas aussi cette formule?) mais c’est la première fois que je vois un background aussi costaud développé pour lier de façon la plus réaliste possible les sources anciennes (textes juridiques réels, évènements historiques, extrapolations scientifiques,…) et nos fondements mythologiques. Par mythologie il faut comprendre les fondements du monothéisme puisque, remontant très logiquement à la source liant les plus anciennes connaissances historiques en matière de cosmogonie en Mésopotamie et la construction du dieu Yahweh, les auteurs visent à brouiller les pistes à la manière d’un Christophe Bec. A ce titre je conseille vivement de consulter au fur et à mesure les « aides de lecture » du Codex du site qui approfondissent fortement une intrigue à la construction parfois obscure du fait de sauts temporels avec des personnages vivant plusieurs siècles.

CaptureLes idées techno-scientifiques expliquant les capacités « divines » de ces êtres sont très bien vues et alléchantes bien qu’à la fin du premier tome on reste encore un peu dans le brouillard. Comme souvent l’illusion de la place disponible pour développer le récit faut tomber dans des à-côtés qui brouillent un peu la lecture déjà complexe avec des intrigues secondaires qui paraissent à ce stade un peu inutiles (mais vue l’ampleur du projet on ne demande qu’à être détrompé). La narration à plusieurs personnages, avec voix-off et sans précisions lors de changement d’époque ou d’endroit demande une certaine concentration, heureusement allégée par une très grande lisibilité des planches, très lumineuses et aux panorama grandioses. On comprend ainsi à la fin du premier volume que l’on va suivre la descendante de Yahweh de nos jours après ce long prologue, avec une revanche prévisible contre la domination du tout puissant Baal. La bonne idée des auteurs est de laisser un certain mystère sur la forme démoniaque de Baal et son fils Marduk (dont la mort déclenche tout) alors que tous les autres personnages sont anthropomorphes. On imagine que la technologie génétique et médicale de cette civilisation est capable de prouesses mais cela permet surtout de maintenir une certaine appétence pour le fantastique, pourtant absent de ces premières deux-cent pages.

Aucune description de photo disponible.On ressort de la lecture de cette longue introduction à la fois fortement attiré par un graphisme clairement bluffant, des thématiques très inspirées, et troublé par une narration parfois un peu laborieuse en oubliant de nous aider à suivre les fils compliqués tracés dans le temps et l’espace. Mais ce n’est pas pire que du Bec (pour reprendre la référence) et au moins aussi intéressant. Reste que le changement de dessinateur, s’il maintient un niveau de qualité très élevé, peut troubler. On attend donc de passer la seconde avec une héroïne née à la toute fin du premier opus, dans un univers et une histoire à la fois simple et à très haut potentiel. L’ambition est clairement là et les moyens semblent avoir été trouvés pour proposer une grande saga de space-opera aussi technique qu’intellectuelle.

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****·Manga

Origin #9-10

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

L’album se conclut par une courte histoire assez débile (et pas franchement drôle) sur le quotidien d’un dessinateur de manga, à l’image de ce que l’on a pu voir sur les précédents tomes. Je souligne que l’éditeur s’est très étrangement dispensé d’insérer le chapitre 87.5 se déroulant sur Vénus dans une mission de sauvetage et faisant le pont avec les futurs projets de l’auteur. L’épilogue de l’album 10 français paraît assez étrange en regard…

[Attention Spoilers]

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Mai est morte, tuée par un des frères d’Origin. L’un des objectif du robot avec le fait de « vivre une vie convenable » a disparu. Il a échoué. Mais avec cette disparition un évènement se passe dans les neurones quantiques de cette machine, une évolution qui va faire évoluer cette Intelligence artificielle vers quelque chose d’autre…

Origin 80 | MangaSakiQuelle fin en apothéose! A l’image de la série et de cet auteur cette conclusion en deux tomes, trop courte pour tout ce que l’auteur avait à dire, pour refermer les très nombreuses pistes et personnages ouverts, nous laisse un peu piteux et choqué dans ce grand huit dont est capable le prodige coréen. Comme on le pressentait depuis le début, Boichi s’inscrit totalement dans la ligne du modèle Ghost in the Shell pour nous proposer une incroyable vision tout ce qu’il y a de plus techno-philosophique, l’acmé de ce que peut proposer la science-fiction lorsqu’elle assume son statut en poussant très loin les concepts scientifiques qui finissent par converger vers des sujets existentiels voir théologiques. L’auteur avait déjà abordé le Divin dans sa série Sanctum et on trouve ça et là des questionnements de ce type dans Dr. Stone. Ici le décès de sa protégée humaine déclenche en Origin une évolution des capacités cognitives en le faisant accéder à l’amour (posthume) avant de progresser bien plus loin en bouclant la boucle avec le thème de Y l’IA ultime que nous avons déjà rencontré plus tôt. On est au cœur de l’Anticipation avec la fascinante réflexion non seulement sur ce qu’est l’identité et l’être (la capacité de calcule suffit-elle à penser?) mais Boichi y ajoute des visions sur l’interaction entre la vitesse de traitement de l’information et l’influence quantique avec le monde physique. Ces raisonnements aboutissent souvent à des idées new age sur la transcendance. Boichi n’en est pas loin mais son technicisme affirmé lui permet de rester chevillé à l’idée scientifique et de nous proposer des idées assez vertigineuses! Dans le combat final (plutôt réussi) l’auteur se veut moins pédagogique que sur les précédents volumes, sans doute pressé par le temps et le peu de pages lui restant pour achever son récit et nous plonge dans des concepts quantiques très complexes que la simple visite de Wikipedia ne suffira sans doute pas à éclairer.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 10 - Mangakakalot.comLe soucis, déjà rencontré, ce sont ces ellipses pas toujours expliquées et qui nous laissent avec l’impression de pages perdues. C’est assez dommage car une ou deux cases suffisent souvent à faire le lien avec une progression rapide. La gestion du temps a toujours été capricieuse chez cet auteur qui semble parfois se perdre dans de grandioses combats ou pleines pages contemplatives avant de sauter du coq à l’âne sans coup férir. De même, ce boulimique a envie de développer un grand nombre de sujets avant de se rendre compte que dix tomes de manga avec une grande place laissée aux combats est bien peu pour développer et aboutir une thématique si complexe. J’avais fait le parallèle avec le Carbone et Silicium de Bablet qui, lui, prenait le temps et parvenait en cela mieux que son collègue mangaka à nous faire toucher l’Idée. Dans ces derniers volumes, assez linéaires, on réalise bien tardivement que les sujets de l’AEE, de l’équipe de la Team cerveau, de la mort du père, de l’histoire du robot Masamune… sont laissés presque en plan, sans suite. Pas le temps, Boichi coupe pour se concentrer sur l’achèvement inattendu de l’évolution d’Origin.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 15 -  Mangakakalot.com in 2020 | The originals, Good manga, ChapterLe sujet était casse-gueule comme tout thème SF très ambitieux. Et sur ce point l’auteur réussit excellement, sans faute de goût (juste un léger manque de lisibilité des séquences finales) en se permettant une fin ouverte et de mettre en quelques images cette série au point de jonction de pratiquement toute son œuvre. La fin de Wallman avait déjà rejoint Sun-ken Rock, Origin fait de même en créant un univers partagé potentiellement passionnant pour peu que ce grand gourmand ait le temps de planifier un projet structuré. Fortement poussé par ses envies, extrêmement talentueux, Boichi arrive avec Origin à accomplir, malgré ses nombreux défauts, une des œuvres SF les plus ambitieuses et réussies de la BD mondiale. Comme beaucoup de dessinateurs il lui manque encore l’autocontrôle scénaristique qui permettrait à ses créations de passer le stade de la claque visuelle, une fluidité narrative. Mais comment bouder son plaisir devant une telle maestria graphique, cette furie des corps, cette imagerie technique et ces dernières visions SF magistrales. Origin est à ce jour la meilleure BD du coréen. En attendant la suivante…

****·Manga

Origin #6-8

esat-west

Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Le sixième tome conclut la séquence de l’attaque contre le centre de l’AEE. Très plaisante offensive qui permet notamment à l’auteur d’imaginer comment une militaire de l’élite  peut rivaliser avec ces androïdes ultraperfectionnés. Comme je l’ai déjà dit, la série avance vite car il reste moins de la moitié pour développer une intrigue qui était restée assez obscure jusqu’ici. Et cela tombe bien car dès la fin de ce volume l’intelligence artificielle Origin T7, manga chez Pika de Boichiultime Y va révéler à Origin leur rôle respectif ainsi que l’existence d’une adversité inconcevable… et diablement intéressante intellectuellement parlant! Alors qu’un ouvrage majeur sur le sujet vient de sortir, il est étonnant de voir comme les auteurs correspondent par œuvres interposées sur un sujet, l’Intelligence Artificielle, qui semble n’avoir jamais autant passionné. Il faut dire que la collapsologie  nous pousse à nous interroger plus que jamais sur ce qui fait l’existence et ce qui pourrait succéder à l’homme en poussant Asimov un peu plus loin encore…

Le septième volume marque un petit ventre mou en faisant une grosse pause dans l’action et le retour sur les relations entre membres de l’AEE et l’humour à la Boichi. Origin cherche des moyens de se reconstruire, il est fauché et se lance dans la production de mangas (!!). L’auteur en profite pour creuser le thème de l’amour possible entre une humaine (Mai Hirose) et une IA (Origin)… Comme toujours les réflexions sont assez passionnantes bien que le temps manque pour les creuser. A ce titre on est donc bien à l’opposé du Carbone et Silicium de Bablet qui prends beaucoup de temps pour détailler sa pensée complexe. Chez Boichi, manga grand public oblige, on part à peu près du même point mais en effleurant juste certains concepts. Le sujet de cet épisode est l’enquête de l’AEE sur les restes des androïdes de l’attaque après que la multinationale ait étouffé l’affaire sur le plan médiatique. Du coup si le scénario reste intéressant, les personnages principaux sont tout à fait mis de côté ce qui crée un petit essoufflement. Le plus intéressant, hormis les combats donc, c’est bien les idées d’objets et du quotidien dans un futur proche (on nous parlera plus tard de Fukushima), dans une démarche proche de celle de Spielberg sur Minority Report. L’autre concept que j’aime bien c’est la transposition des codes du super-héro (couverture civile et action superpower clandestine) dans un environnement Hard-SF. Ce principe est une ligne force de la série et trouvera sa conclusion au tome huit.Manga «Origin» by Boichi shared by M I S T M O R N

Plus que deux volumes avant la fin et ce huitième tome marque le retour des combats brutaux, fulgurants, entre robots. Repartant sur les mêmes bases que les tous premiers épisodes avec du combat de rue imprévu, cette fois cela ne va pas bien se passer pour Origin… Si les dessins atteignent de nouveau des sommets tant dans la virtuosité des cadrages et anatomies (avec donc un retour du fan-service mais aussi, avouons le, une passion de l’auteur pour le dessin des corps, qu’ils soient féminins ou masculins), Boichi reprend aussi ses tics de narration coupée brutalement Origin T8, manga chez Pika de Boichiavec de vraies hachures entre les cases d’action, et parfois l’impression que l’on a raté une page. C’est un effet de style pour gérer l’immédiateté des raisonnements des IA et la rapidité subluminique des actions, mais j’avoue que c’est un peu perturbant et coupe la dynamique des combats. Hormis cette gestion du temps, l’auteur sait nous surprendre, souvent et lance son dernier arc dans une fuite pour Origin et Mai devant les robots et les humains, qui pour des raisons différentes ont tout intérêt à leur mettre la main dessus. Faisant face à l’ennemi le plus redoutable qui lui ait été donné d’affronter, Origin se retrouve face au mur d’atteindre un statut de perfection s’il veut sauver la jeune femme. Le principal risque de cette série est que l’auteur ne sache pas où forcer le trait tant les thèmes sont nombreux et passionnants. Du coup cela accentue la surprise quand il vire de bord et bien malin celui qui sait comment toute cela va se terminer… A ce stade, Origin est un manga qui frôle la perfection mais reste freiné par quelques tics, un format assez court et une indécision entre les multiples envies du mangaka. Mais cela reste un très grand plaisir à chaque tome.

***·BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale d’une des dernières séries de Jodoroswky, magnifiquement mise en image par Liu Dongzi, je vous propose de relire ma chronique de la série:

BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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****·Manga

Origin #4-5

esat-west

Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Origin - BD, informations, cotesPour preuve de l’implication de Boichi dans cette série qui lui tient particulièrement à cœur, les petites préfaces inclues sur la jaquette apportent des informations très intéressantes sur la démarche et éclairent d’un jour nouveau les planches du récit. Ainsi sur le volume quatre il nous décrit l’évolution récente du Cyberpunk dans les littératures de l’imaginaire et le plaisir à introduire le « personnage » de Y, l’IA surpuissante qui nous rappelle fortement l’IA de l’excellent manga Ex-Arm. Dans le cinquième tome il nous décrit dans un texte essentiel pour la compréhension de l’œuvre, de son envie de parler non seulement des robots mais surtout d' »êtres doués de pensée ». Par des rajouts réguliers de références à Asimov et ici à Arthur Clark il rattache sa série aux pères fondateurs du genre tout en citant Fritz Lang ou Terminator.

Ces deux volumes montent d’un cran en terme d’action puisque après l’introduction d’Origin à l’IA secrète développée par l’AEE les tomes quatre et cinq décrivent le déroulement de l’attaque des « frères » contre le centre. Moyen pour Boichi de faire parler la poudre avec des séquences d’action très puissantes et toujours aussi virtuoses. Le seul reproche que je ferais repose sur un rythme un peu haché du fait de la nécessité d’avancer rapidement dans cette série au format court (dix tomes en tout) et d’inutiles résumés des épisodes précédents, un peu comme dans certaines Scan Origin 44 VF - Lecture En Ligne Mangasséries américaines, ce qui fait perdre des pages de développement… Hormis cela, on est au cœur de l’action, avec toujours les réflexions d’Origin sur le meilleur moyen d’empêcher ses adversaires de tuer des humains (pour « vivre convenablement ») et les descriptifs techniques toujours passionnants sur les développements du corps des robots et les manœuvres pour parvenir à ses fins en utilisant le maximum des capacités de la « machine ». La baston est finalement un peu facile pour le héros mais on peut gager que cela va monter d’un cran avec l’arrivée des autres « frères ». Notons que le tome cinq profite étonnamment d’une séquence de résumé pour nous raconter l’origine des autres robots, ce qui n’avait pas été fait aussi clairement jusqu’ici et fait un peu retomber le mystère.

Sur ces volumes Boichi est particulièrement sage concernant ses tics puisqu’il y a très peu d’humour et aucun élément Ecchi, ce qui permet clairement de densifier le récit. Attention, la violence reste importante et l’auteur montre ce qu’il y a à montrer sans détours. Les bonnes idées foisonnent dans cette séquence, qui se rapproche donc beaucoup des idées dEx-Arm, manga récemment découvert, sublime graphiquement également et comme Origin descendant directe de l’œuvre de Masamune Shirow (Appleseed et Ghost in the shell… dont il faudra que je parle dans un billet dédié vu le nombre Origin: Chapter 42 - Page 18d’articles où je réfère au maître!). Je regrette simplement la première faute de gout avec le tank dont l’apparence semi-organique rappelle l’attrait de pas mal de manga pour les monstres à parties humaines (dents proéminentes, bouches multiples,…) et qui fait totalement tache ici dans une œuvre hyper-technologique (aspect graphique qu’assume mieux Ex-Arm). Dommage et j’espère que les combats contre les homologues androïdes reprendront rapidement. Je regrette également les bonus qui abandonnent (temporairement?) les fichiers techniques si passionnants des précédents volumes pour un journal de Boichi à l’humour tout à fait douteux…

Au final j’ai trouvé le volume quatre vraiment incroyable et le cinq un peu moins bon, dans une série qui reste particulièrement prenante autant intellectuellement que graphiquement et reste ce que Boichi à fait de mieux pour le moment dans ce que j’ai lu.

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***·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Les 7 ninja d’Efu #4-5

Salut, à tous! Exceptionnellement pas de C’est lundi cette semaine. En remplacement, une fournée de manga et comics très récents (et franchement WTF!) grâce à nos partenaires,  avec les derniers Teenage Mutant Ninja Turtles et Rick &Morty de chez Hicomics, le dingue Shaolin Cowboy et on terminera la semaine avec un nouveau guide de lecture sur le cycle de Shaïgan de Thorgal et le dernier Dr. Stone!

Allez, on commence tout de suite avec la suite de l’étonnant 7 Ninja d’Efu proposé par Meian.

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Manga de Takayuki Yamaguchi,
Meian (2019-), 190 p./tome, 5 tomes parus en VF (9 en VO).

Les volumes comprennent en introduction un résumé et un sommaire des chapitres et des cycles, qui aide bien à s’y retrouver dans cette histoire aux coupures sèches entre les parties. Je vous renvoie au billet sur le début de la série pour la description physique des volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur fidélité.

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  • Tome 4:

Efu no Shichinin - Raw chap 25, Read Efu no Shichinin - Raw chap ...On termine l’intrigue commencée sur les îles Ryukyu situées à l’extrême sud de l’archipel japonais avec la trahison du seigneur fou Hideyori Toyotomi qu’une armée est venue sauver. Soumettant son ancien allié (et désormais considéré comme un « chien » à d’atroces sévices, il provoque la naissance d’un nouvel (et dernier) Onshin. Comme depuis le début, la description physique de certains personnages, le nombre de ceux-ci et le rythme très rapide de l’histoire fait que l’on peut avoir du mal à distinguer certains protagonistes et s’y perdre un peu. Il faut donc rester vigilants malgré des planches tournées vers l’action et à la lecture rapide.

Le volume démarre ensuite le « cycle des guerriers légendaires et des démons » où l’apparition d’un ronin légendaire va simplifier l’histoire, plus linéaire et plus facile à suivre. Son affrontement contre un démon rattaché à une chrétienne va occuper le reste du tome. Comme depuis le début, âmes sensibles s’abstenir, l’auteur fait œuvre de grande cruauté et de manipulations corporelles que ne renierait pas David Cronenberg…

  • Tome 5:

Efu no Shichinin - Raw chap 25, Read Efu no Shichinin - Raw chap ...Ce volume comprend la fin du récit du guerrier Musashi (l’histoire la plus simple et la meilleure jusqu’ici) et continue sur deux chapitres traitant de l’armure géante Burokken. L’aspect « mecha » par les différentes armures et carapaces d’Onshin prend de l’importance et accentue l’originalité de cette étonnante série dont la complexité narrative ne doit pas cacher une vraie création artistique, parfois sensiblement influencée par Berserk. L’aspect organique des dessins, très en phase avec un pan de l’imagerie manga et les magnifiques couvertures couleurs donnent une vraie particularité à une série qui demande un peu de patience, le temps que l’intrigue se mette véritablement en route.

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****·Manga

Origin #2-3

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

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Origin vit au milieu des humains en cherchant à éviter de se faire repérer, lorsqu’il réalise qu’il n’est pas seul dans ce cas. Lourdement endommagé par un combat contre deux androïdes il va devoir trouver les moyens de reconstruire un corps encore plus solide et puissant, alors que ses adversaires cherchent à l’éliminer…

L’entrée en matière de cette (courte) série du virtuose coréen m’avait pas mal scotché… et dès le second tome on gagne encore en ampleur et en ambition avec (chose étonnante) une écriture qui domine le dessin. L’ambition de l’auteur, qui fait fréquemment référence à l’œuvre d’Isaac Asimov (et à Masamune Shirow, créateur du mythique Ghost in the shell dont le méchant d’Origin reprend le prénom), est de proposer une Origin -2- Volume 2réflexion sur la pensée robotique et, thème classique de la SF, sur la jonction entre humanité immorale et IA tendant cherchant la morale. Proposant de temps en temps de courtes séquences nous montrant Origin dans sa première forme d’un petit robot mignon, Boichi nous explique que si sophistiqué que soit le corps (et il l’est!) c’est bien la puissance de l’IA qui détermine si l’humain aura atteint le statut de créateur en donnant vie à une pensée originale. Pour preuve, ce débat interne aux autres androïdes entre l’optimisation de leur capacité d’IA et celle de leur corps cybernétique. On est donc bien dans une revisitation cyber de Pincocchio et c’est captivant!

Il y a finalement assez peu de combats dans cette série car ces derniers se passent à une vitesse surhumaine qui permet de développer un récit en pause, nous posant lentement les réflexions, analyses stratégiques de combat du héros et ses choix de sacrifices d’éléments de son corps afin d’obtenir son objectif. On a donc une sorte d’avancée image Scan Origin 18 VF - Lecture En Ligne Mangaspar image d’un combat qui se déroule en quelques secondes. Comme si Boichi était conscient de ses penchants (vers le fan service ou d’action démesurée) il se contraint et n’en est que meilleur! Les efforts mis pour nous faire entrer dans un « raisonnement » de robot sont impressionnants et subtiles.

Le paysage social n’est pas en reste dans Origin avec de superbes idées sur une société de demain avec une différence notable avec les anticipations d’un Fred Duval puisque le cadre japonais, déjà très technologique aujourd’hui nous pose dans une quasi actualité. L’auteur utilise également les schémas de domination et de respect de code moral de l’entreprise et des robots pour reprendre certaines thématiques des histoires de Samouraï avec leur code de l’honneur, leur recherche de « vie convenable » et leurs sacrifices. Avec le difficile apprentissage des relations humaines de son robot, Boichi parvient ainsi à une étonnante alchimie réutilisant les sujets classiques du manga liés aux difficultés de la société japonaise via son Candide.

Dans le tome 3 la tension retombe un peu malgré un affrontement étonnant contre un robot militaire géant qui permet à l’auteur de proposer des éléments technologiques et de l’anticipation militaire très originaux. Une partie du volume revient sur les relations interpersonnelles et les quelques tics de Boichi un peu lourds. Ça reste cohérent avec la proposition d’étude sociale du japon futuriste mais ce n’est pas forcément ce qui me passionne le plus dans Origin.

La richesse thématique, graphique et la maîtrise de l’ensemble cependant sont tout à fait remarquables et font  dès ce début de série d’Origin un des meilleures création traitant de la robotique et de l’Intelligence artificielle.

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****·East & West·Manga·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Sushi & Baggles #33

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Excellente fournée Manga et Comics qui montre qu’il ne faut jamais désespérer de séries parfois mal embarquées et que les projets les plus improbables mènent parfois à de grandes choses…


  • Ex-Arm #11 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2020 série achevée en 14 volumes (Japon)

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badge numeriqueOn approche de la fin avec ce onzième tome où continue une action effrénée et un enchaînement de révélations. Je le répète, si cette série excellemment dessinée depuis le premier volume a un gros retard à l’allumage, dès le commencement de l’intrigue principale au tome 6 on se rapproche très fort du statut de digne successeur de Ghost in the ShellLa bataille finale a déjà commencé avec la disparition de la plupart des familles engagées dans le combat pour la possession de la dernière ex-arm. Confrontée à Alma, Minami se voit dans l’obligation d’assumer son rôle de flic, même si cela doit passer par l’élimination de son amie… Alors que l’arrivée de l’Ogre, ce cyborg à la puissance phénoménale est annoncée, la récupération d’Alma devient impérative pour éviter la destruction de tout le site. Seul Akira et sa puissance de Hacking peut pirater ce monstre via l’IA d’Alma. Alors que les Octopod déversent un déluge de feu qui menace de faire s’effondrer le stade, le propre frère de Minami s’apprête à révéler sa véritable puissance…

Quel plaisir de retrouver ce manga aux scènes d’action parfaites, d’une lisibilité, d’une élégance parfaites et aux thématiques enfin au niveau! Plus que trois tomes avant la conclusion… qui sera prolongée par une suite annoncée et un anime prévu pour cette année. Avec une durée très raisonnable il est vraiment temps de découvrir cette excellente série trop méconnue.

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  • Centaures #4 (Sumiyoshi/Glénat) – 2019, série finie en 4 volumes.

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Ce quatrième volume achève (déjà!!) une série qui se classe nettement dans le très haut panier des mangas publiés depuis pas mal d’années. Pour une première publication, ce double diptyque s’avère d’une maturité impressionnante tant par des dessins qui visent à rappeler l’estampe que par l’ambition du découpage et des thématiques utilisées. Pour rappel les deux premiers volumes narrent la résistance du colosse Matsukaze dans un monde qui persécute et mets en esclavage les centaures. L’auteur avait prévu d’achever son récit sur une note sombre au bout de deux volumes mais devant la qualité du récit un second cycle a été lancé qui s’achève avec cet opus. Après avoir découvert que la guerre était finie et qu’humains et centaures apprenaient désormais à vivre ensemble, le fils de Matsukaze dont le père a fait promettre de se battre jusqu’à la fin des persécutions, se retrouve démuni face à ce nouveau monde et la nécessité du pardon. Le dernier tome nous montre Gonta employé pour transporter des bois sur un chantier commun aux deux Centaures tome 4 - BDfugue.comespèces. Là il trouve un amour qu’il ne sait assumer… Elevé en guerrier, aux habitudes très éloignées de la civilisation humaine, de très nombreux questionnements se bousculent dans sa tête, l’empêchant d’envisager une vie paisible et amoureuse qui lui tend pourtant les bras. Le pardon pour les souffrances infligées par les humains, le renoncement au mode de vie ancien (faut-il porter le kimono, présenté comme civilisé par la nouvelle société ou continuer à se promener la croupe à l’air comme toujours?), l’oubli du père en abandonnant son combat, la liberté individuelle de Tanikaze contre la prédestination, sont autant de thématiques très riches abordées dans ce seul et dernier tome d’une série construite comme deux faces, un premier cycle très dur posant la résistance contre une espèce humaine impitoyable et un second beaucoup plus posé, renvoyant les personnages au passé. Imprévue et subtile, cette construction prends tout son sens dans une conclusion potentiellement ouverte et aussi réussie que l’ensemble de la série. Une série majeure assurément!

Et Glénat annonce déjà la parution du dernier manga (Ashidaka) de cet autrice très talentueuse!

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 1, 2° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015

badge numeriquecouv_236040Je m’étais pris une grosse claque inattendue en janvier avec ma lecture de la première partie de l’année 1 de cette série. Fort heureusement à partir de l’année 2 de vraies couvertures de comics avec des dessinateurs plus classiques apparaissent et c’est tant mieux… Doté de dessins un peu moins réussis que précédemment, le scénario monte encore d’un cran dans cette fuite annoncée vers le totalitarisme d’un Superman qui a brisé ses chaînes morales. Si la première partie se structurait autour de la constitution de deux camps, la rupture est désormais rompue avec l’équipe du Chevalier noir quand l’Homme d’Acier commet son premier meurtre sur un super-héro… et pas le dernier! Tom Taylor réalise ici ce que personnellement je n’ai vu que dans Watchmen, une déconstruction totale des personnages iconiques, en supprimant tout le vernis éditorial d’autocensure posé jusqu’ici par la horde d’auteurs qui se sont succédé sans jamais oser passer à l’acte. Dans Red Son Superman abordait le rôle de méchant mais avec le soutien de son gouvernement, la dystopie créant une simple bascule d’Ouest en Est. Beaucoup plus ambitieuse la série dirigée par Taylor dit toutes les facettes psychanalytiques sombres des héros, Superman comme Batman, Wonder Woman comme Green Arrow. Tout cet habillage bien pensant auquel on n’a jamais cru, ces bourres-pifs menant les méchants en prison, bref, toute la règle posée par le Comic Code Authority et jamais vraiment démentie jusqu’ici est mise par terre pour nous proposer l’un des premiers récits adultes de super-héros chez DC.

Les seuls bémols que je mettrais sont l’irruption totalement WTF (et franchement mauvais goût) de Lobo, quelques dessins assez médiocres et quelques passages qui semblent rattachés à d’autres volumes et qui paraissent ici un peu perdus dans la trame scénaristique. Pour le reste Injustice est au bout de cette première « année » la meilleure chose que j’ai lu chez le Big Two depuis bien longtemps!

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique

L’autoroute sauvage

BD du mercredi
BD de Mathieu Masmondet et Zhang Xiaoyu
Humanos (2019),  intégrale de 176 p.

couv_314577badge numeriqueNouvelle transposition d’un ouvrage de l’auteure SF Julia Verlanger chez les Humanos (après L’ange aux ailes de lumière, chroniqué sur le blog par Dahaka), l’Autoroute sauvage est un projet multimédia puisque écrit par le scénariste chevronné Mathieu Masmondet et en cours de production pour une version cinéma. Excellente nouvelle tant cette histoire faite de paysages naturels et de relations entre personnages peut donner un excellent métrage sans nécessiter un budget faramineux. L’intégrale (lue en numérique, je ne peux donc donner d’informations sur d’éventuels bonus) comprend les trois volumes de l’adaptation dessinée par l’excellent chinois Xiaoyu Zhang (dont on peut trouver des ouvrages chez Mosquito et dont le trait rappel l’un de ses compatriotes Dongzi Liu). Une édition fourreau est parue précédemment. Étrangement l’illustration de couverture, très jolie, tranche pas mal avec le dessin intérieur que reflétait mieux les couvertures originales.

Longtemps après la catastrophe, nous dit l’incipit… Après une attaque sur sa communauté privilégiée de l’ile de Porquerolles, Hélène voit sa sœur enlevée par une horde de sauvage. Lancée sur les routes de France vers Paris où est séquestrée sa frangine, elle affronte la violence sauvage de ce monde dévasté et réalise vite qu’elle doit trouver des alliés pour surmonter l’insurmontable. Lorsqu’elle rencontre le colosse Mo, presque muet, elle voit en lui le protecteur qui pourra l’aider à assouvir sa vengeance. Mais les  kilomètres de l’autoroute sauvage vont aussi les rapprocher…

L'Autoroute sauvage #1 | BoDoï, explorateur de bandes dessinées ...Le premier mérite de l’Autoroute sauvage est de se passer en France… Cette assertion peut paraître chauvine mais dans un monde archi-dominé par la culture anglo-saxonne au point de généraliser des titres d’ouvrages en anglais (stratégie d’exportation?) et où la quasi-totalité des invasions extra-terrestres se déroulent étrangement sur le continent américain, le déplacement d’une histoire type du genre post-apocalyptique en Europe et dans des lieux bien connus sonne presque comme une originalité! Un peu comme pour le très réussi Soleil froid le fait de poser un contexte connu participe au réalisme de cette histoire posée dans un futur mad-maxien où la sauvagerie (et le cannibalisme) ont pris le dessus sur toute idée de civilisation. On ne sait pas grand chose du cataclysme qui a détruit les sociétés mais la vision régulière de la lune détruite laisse imaginer l’ampleur du cataclysme. Autre idée intéressante (que l’on retrouvait également dans Amazing Grace) que de nous placer une génération après la chute, ce qui permet à certains personnages d’expliquer comment était le monde avant en renforçant l’aspect inconcevable de la situation.

L'Autoroute sauvage, T2 : Kilomètre sang - Par Masmondet ...Le scénario de cette série n’a rien d’original et tout l’intérêt repose sur l’interaction entre les personnages. Sur ce plan, aidé par les très jolis dessins de l’illustrateur chinois qui rappelle par moment les dessinateurs Valiant Tomas Giorello ou Trevor Hairsine, le scénariste axe son propos sur le couple formé par Hélène et Mo, sorte de Belle et Bête où tout le long on comprend que l’amour entre les deux est très relatif, l’homme traumatisé par son enfance ayant besoin d’assouvir ses « besoins sexuels » et la jeune femme que l’on comprend avoir été un jouet sexuel a elle besoin de la protection de ce colosse. Avec cet intérêt minime un véritable amour va néanmoins naître. Cela peut paraître naïf mais la dureté du récit, des séquences justifie un recentrement sur des thèmes fondamentaux, mythiques.

L'Autoroute sauvage - BD, avis, informations, images, albums ...L’essentiel des trois albums (à la progression très solide) décrit des séquences d’action lorsque le duo, bientôt rejoint par un troisième larron, se confronte à différents clans « sauvages » mais des éléments nous expliquent néanmoins la constitution de nouvelles communautés… jusqu’au dernier tome où l’arrivée à Paris va permettre de grandes révélations sur le passé. La plupart des récits Post-apo font le choix du minimalisme avec une quasi absence de background (comme Walking Dead). Cela m’a toujours dérangé, persuadé que ce qui fait la force d’un récit c’est son hors champ, son univers, son passé (ce que réussit très bien Runberg sur son récent Dominants). L’autoroute sauvage arrive donc à allier le récit intimiste (les vies dramatiques d’Hélène et Mo), les thèmes primordiaux et un vrai récit SF où l’Apocalypse a une raison expliquée et montrée. Sur un format triptyque cela peut faire un peu court mais on sent la solidité du matériau d’origine et le professionnalisme du scénariste pour proposer une excellente histoire SF à la fois belle, violente, radicale. Si le post-apo fascine, il brille rarement par son originalité. On connaît les constantes, elles sont ici réunies avec un vrai plaisir de lecture.

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**·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Berserk #1

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Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Kentaro Miura
Glénat (1996-2019), série en cours (40 volumes)

badge numeriqueBerserk est considéré comme un monument par une bonne partie des lecteurs assidus de manga, un peu comme l’est Elric pour la fantasy en occident… Je vais sans doute me faire conspuer à cette comparaison entre deux univers que je maîtrise et connais très mal mais le parallèle m’est venu assez vite après avoir terminé ce premier tome (et ma lecture de l’adaptation en cours du plus célèbre albinos de la littérature). L’atmosphère glauquissime, les démons visqueux omniprésents et le antihéros violent et désintéressé du sort de ses semblables se retrouvent dans les deux œuvres.

Ce premier tome nous présente donc le héros, dont la caractéristique est d’être doté d’un bras métallique portant une arbalète à répétition et surtout, icône absolue du manga, une épée, que dis-je, un arbre de métal de deux mètres de long sur cinquante centimètres de large qu’il utilise pour découper allègrement tout ce qui se place en travers de sa route… Parti en quête de vengeance (on ne sait pas encore laquelle), il semble invulnérable aux attaques des démons qui parcourent le pays et refuse l’aide d’une petite fée qu’il a délivré des griffes de méchants. On ne s’ennuie pas lors de la lecture de cette introduction, du reste fort mal dessinée (le manga date du milieu des années 90) et très fournie en combats violents et démembrements. L’aura sulfureuse qui entoure ce manga n’y est sans doute pas pour rien dans sa notoriété et je dois dire que cela m’a laissé de marbre, assez peu friand que je suis de la fameuse culture « monstrueuse » qui parsème nombre de mangas et anime. Les dialogues, pas franchement subtiles, sont parsemés d’humour noir et d’un esprit sadique qui fait l’ADN du manga. Par tous ces aspects cette lecture ne m’a pas convaincu (mais il paraît que les dessins s’améliorent grandement par la suite…).

L’apprenti Otaku vient justement de publier un guide de lecture de la série, que je vous conseille vivement si vous souhaitez vous lancer dans cette aventure. Pour ma part, suivant ses conseils, j’irais sans doute jusqu’à la fin des trois tomes d’introduction pour voir si le virus m’aura attrapé…

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