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Sushi & Baggles #33

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Excellente fournée Manga et Comics qui montre qu’il ne faut jamais désespérer de séries parfois mal embarquées et que les projets les plus improbables mènent parfois à de grandes choses…


  • Ex-Arm #11 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2020 série achevée en 14 volumes (Japon)

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badge numeriqueOn approche de la fin avec ce onzième tome où continue une action effrénée et un enchaînement de révélations. Je le répète, si cette série excellemment dessinée depuis le premier volume a un gros retard à l’allumage, dès le commencement de l’intrigue principale au tome 6 on se rapproche très fort du statut de digne successeur de Ghost in the ShellLa bataille finale a déjà commencé avec la disparition de la plupart des familles engagées dans le combat pour la possession de la dernière ex-arm. Confrontée à Alma, Minami se voit dans l’obligation d’assumer son rôle de flic, même si cela doit passer par l’élimination de son amie… Alors que l’arrivée de l’Ogre, ce cyborg à la puissance phénoménale est annoncée, la récupération d’Alma devient impérative pour éviter la destruction de tout le site. Seul Akira et sa puissance de Hacking peut pirater ce monstre via l’IA d’Alma. Alors que les Octopod déversent un déluge de feu qui menace de faire s’effondrer le stade, le propre frère de Minami s’apprête à révéler sa véritable puissance…

Quel plaisir de retrouver ce manga aux scènes d’action parfaites, d’une lisibilité, d’une élégance parfaites et aux thématiques enfin au niveau! Plus que trois tomes avant la conclusion… qui sera prolongée par une suite annoncée et un anime prévu pour cette année. Avec une durée très raisonnable il est vraiment temps de découvrir cette excellente série trop méconnue.

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  • Centaures #4 (Sumiyoshi/Glénat) – 2019, série finie en 4 volumes.

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Ce quatrième volume achève (déjà!!) une série qui se classe nettement dans le très haut panier des mangas publiés depuis pas mal d’années. Pour une première publication, ce double diptyque s’avère d’une maturité impressionnante tant par des dessins qui visent à rappeler l’estampe que par l’ambition du découpage et des thématiques utilisées. Pour rappel les deux premiers volumes narrent la résistance du colosse Matsukaze dans un monde qui persécute et mets en esclavage les centaures. L’auteur avait prévu d’achever son récit sur une note sombre au bout de deux volumes mais devant la qualité du récit un second cycle a été lancé qui s’achève avec cet opus. Après avoir découvert que la guerre était finie et qu’humains et centaures apprenaient désormais à vivre ensemble, le fils de Matsukaze dont le père a fait promettre de se battre jusqu’à la fin des persécutions, se retrouve démuni face à ce nouveau monde et la nécessité du pardon. Le dernier tome nous montre Gonta employé pour transporter des bois sur un chantier commun aux deux Centaures tome 4 - BDfugue.comespèces. Là il trouve un amour qu’il ne sait assumer… Elevé en guerrier, aux habitudes très éloignées de la civilisation humaine, de très nombreux questionnements se bousculent dans sa tête, l’empêchant d’envisager une vie paisible et amoureuse qui lui tend pourtant les bras. Le pardon pour les souffrances infligées par les humains, le renoncement au mode de vie ancien (faut-il porter le kimono, présenté comme civilisé par la nouvelle société ou continuer à se promener la croupe à l’air comme toujours?), l’oubli du père en abandonnant son combat, la liberté individuelle de Tanikaze contre la prédestination, sont autant de thématiques très riches abordées dans ce seul et dernier tome d’une série construite comme deux faces, un premier cycle très dur posant la résistance contre une espèce humaine impitoyable et un second beaucoup plus posé, renvoyant les personnages au passé. Imprévue et subtile, cette construction prends tout son sens dans une conclusion potentiellement ouverte et aussi réussie que l’ensemble de la série. Une série majeure assurément!

Et Glénat annonce déjà la parution du dernier manga (Ashidaka) de cet autrice très talentueuse!

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 1, 2° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015

badge numeriquecouv_236040Je m’étais pris une grosse claque inattendue en janvier avec ma lecture de la première partie de l’année 1 de cette série. Fort heureusement à partir de l’année 2 de vraies couvertures de comics avec des dessinateurs plus classiques apparaissent et c’est tant mieux… Doté de dessins un peu moins réussis que précédemment, le scénario monte encore d’un cran dans cette fuite annoncée vers le totalitarisme d’un Superman qui a brisé ses chaînes morales. Si la première partie se structurait autour de la constitution de deux camps, la rupture est désormais rompue avec l’équipe du Chevalier noir quand l’Homme d’Acier commet son premier meurtre sur un super-héro… et pas le dernier! Tom Taylor réalise ici ce que personnellement je n’ai vu que dans Watchmen, une déconstruction totale des personnages iconiques, en supprimant tout le vernis éditorial d’autocensure posé jusqu’ici par la horde d’auteurs qui se sont succédé sans jamais oser passer à l’acte. Dans Red Son Superman abordait le rôle de méchant mais avec le soutien de son gouvernement, la dystopie créant une simple bascule d’Ouest en Est. Beaucoup plus ambitieuse la série dirigée par Taylor dit toutes les facettes psychanalytiques sombres des héros, Superman comme Batman, Wonder Woman comme Green Arrow. Tout cet habillage bien pensant auquel on n’a jamais cru, ces bourres-pifs menant les méchants en prison, bref, toute la règle posée par le Comic Code Authority et jamais vraiment démentie jusqu’ici est mise par terre pour nous proposer l’un des premiers récits adultes de super-héros chez DC.

Les seuls bémols que je mettrais sont l’irruption totalement WTF (et franchement mauvais goût) de Lobo, quelques dessins assez médiocres et quelques passages qui semblent rattachés à d’autres volumes et qui paraissent ici un peu perdus dans la trame scénaristique. Pour le reste Injustice est au bout de cette première « année » la meilleure chose que j’ai lu chez le Big Two depuis bien longtemps!

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique

L’autoroute sauvage

BD du mercredi
BD de Mathieu Masmondet et Zhang Xiaoyu
Humanos (2019),  intégrale de 176 p.

couv_314577badge numeriqueNouvelle transposition d’un ouvrage de l’auteure SF Julia Verlanger chez les Humanos (après L’ange aux ailes de lumière, chroniqué sur le blog par Dahaka), l’Autoroute sauvage est un projet multimédia puisque écrit par le scénariste chevronné Mathieu Masmondet et en cours de production pour une version cinéma. Excellente nouvelle tant cette histoire faite de paysages naturels et de relations entre personnages peut donner un excellent métrage sans nécessiter un budget faramineux. L’intégrale (lue en numérique, je ne peux donc donner d’informations sur d’éventuels bonus) comprend les trois volumes de l’adaptation dessinée par l’excellent chinois Xiaoyu Zhang (dont on peut trouver des ouvrages chez Mosquito et dont le trait rappel l’un de ses compatriotes Dongzi Liu). Une édition fourreau est parue précédemment. Étrangement l’illustration de couverture, très jolie, tranche pas mal avec le dessin intérieur que reflétait mieux les couvertures originales.

Longtemps après la catastrophe, nous dit l’incipit… Après une attaque sur sa communauté privilégiée de l’ile de Porquerolles, Hélène voit sa sœur enlevée par une horde de sauvage. Lancée sur les routes de France vers Paris où est séquestrée sa frangine, elle affronte la violence sauvage de ce monde dévasté et réalise vite qu’elle doit trouver des alliés pour surmonter l’insurmontable. Lorsqu’elle rencontre le colosse Mo, presque muet, elle voit en lui le protecteur qui pourra l’aider à assouvir sa vengeance. Mais les  kilomètres de l’autoroute sauvage vont aussi les rapprocher…

L'Autoroute sauvage #1 | BoDoï, explorateur de bandes dessinées ...Le premier mérite de l’Autoroute sauvage est de se passer en France… Cette assertion peut paraître chauvine mais dans un monde archi-dominé par la culture anglo-saxonne au point de généraliser des titres d’ouvrages en anglais (stratégie d’exportation?) et où la quasi-totalité des invasions extra-terrestres se déroulent étrangement sur le continent américain, le déplacement d’une histoire type du genre post-apocalyptique en Europe et dans des lieux bien connus sonne presque comme une originalité! Un peu comme pour le très réussi Soleil froid le fait de poser un contexte connu participe au réalisme de cette histoire posée dans un futur mad-maxien où la sauvagerie (et le cannibalisme) ont pris le dessus sur toute idée de civilisation. On ne sait pas grand chose du cataclysme qui a détruit les sociétés mais la vision régulière de la lune détruite laisse imaginer l’ampleur du cataclysme. Autre idée intéressante (que l’on retrouvait également dans Amazing Grace) que de nous placer une génération après la chute, ce qui permet à certains personnages d’expliquer comment était le monde avant en renforçant l’aspect inconcevable de la situation.

L'Autoroute sauvage, T2 : Kilomètre sang - Par Masmondet ...Le scénario de cette série n’a rien d’original et tout l’intérêt repose sur l’interaction entre les personnages. Sur ce plan, aidé par les très jolis dessins de l’illustrateur chinois qui rappelle par moment les dessinateurs Valiant Tomas Giorello ou Trevor Hairsine, le scénariste axe son propos sur le couple formé par Hélène et Mo, sorte de Belle et Bête où tout le long on comprend que l’amour entre les deux est très relatif, l’homme traumatisé par son enfance ayant besoin d’assouvir ses « besoins sexuels » et la jeune femme que l’on comprend avoir été un jouet sexuel a elle besoin de la protection de ce colosse. Avec cet intérêt minime un véritable amour va néanmoins naître. Cela peut paraître naïf mais la dureté du récit, des séquences justifie un recentrement sur des thèmes fondamentaux, mythiques.

L'Autoroute sauvage - BD, avis, informations, images, albums ...L’essentiel des trois albums (à la progression très solide) décrit des séquences d’action lorsque le duo, bientôt rejoint par un troisième larron, se confronte à différents clans « sauvages » mais des éléments nous expliquent néanmoins la constitution de nouvelles communautés… jusqu’au dernier tome où l’arrivée à Paris va permettre de grandes révélations sur le passé. La plupart des récits Post-apo font le choix du minimalisme avec une quasi absence de background (comme Walking Dead). Cela m’a toujours dérangé, persuadé que ce qui fait la force d’un récit c’est son hors champ, son univers, son passé (ce que réussit très bien Runberg sur son récent Dominants). L’autoroute sauvage arrive donc à allier le récit intimiste (les vies dramatiques d’Hélène et Mo), les thèmes primordiaux et un vrai récit SF où l’Apocalypse a une raison expliquée et montrée. Sur un format triptyque cela peut faire un peu court mais on sent la solidité du matériau d’origine et le professionnalisme du scénariste pour proposer une excellente histoire SF à la fois belle, violente, radicale. Si le post-apo fascine, il brille rarement par son originalité. On connaît les constantes, elles sont ici réunies avec un vrai plaisir de lecture.

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**·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Berserk #1

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Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Kentaro Miura
Glénat (1996-2019), série en cours (40 volumes)

badge numeriqueBerserk est considéré comme un monument par une bonne partie des lecteurs assidus de manga, un peu comme l’est Elric pour la fantasy en occident… Je vais sans doute me faire conspuer à cette comparaison entre deux univers que je maîtrise et connais très mal mais le parallèle m’est venu assez vite après avoir terminé ce premier tome (et ma lecture de l’adaptation en cours du plus célèbre albinos de la littérature). L’atmosphère glauquissime, les démons visqueux omniprésents et le antihéros violent et désintéressé du sort de ses semblables se retrouvent dans les deux œuvres.

Ce premier tome nous présente donc le héros, dont la caractéristique est d’être doté d’un bras métallique portant une arbalète à répétition et surtout, icône absolue du manga, une épée, que dis-je, un arbre de métal de deux mètres de long sur cinquante centimètres de large qu’il utilise pour découper allègrement tout ce qui se place en travers de sa route… Parti en quête de vengeance (on ne sait pas encore laquelle), il semble invulnérable aux attaques des démons qui parcourent le pays et refuse l’aide d’une petite fée qu’il a délivré des griffes de méchants. On ne s’ennuie pas lors de la lecture de cette introduction, du reste fort mal dessinée (le manga date du milieu des années 90) et très fournie en combats violents et démembrements. L’aura sulfureuse qui entoure ce manga n’y est sans doute pas pour rien dans sa notoriété et je dois dire que cela m’a laissé de marbre, assez peu friand que je suis de la fameuse culture « monstrueuse » qui parsème nombre de mangas et anime. Les dialogues, pas franchement subtiles, sont parsemés d’humour noir et d’un esprit sadique qui fait l’ADN du manga. Par tous ces aspects cette lecture ne m’a pas convaincu (mais il paraît que les dessins s’améliorent grandement par la suite…).

L’apprenti Otaku vient justement de publier un guide de lecture de la série, que je vous conseille vivement si vous souhaitez vous lancer dans cette aventure. Pour ma part, suivant ses conseils, j’irais sans doute jusqu’à la fin des trois tomes d’introduction pour voir si le virus m’aura attrapé…

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Lecture COVID: Origin

esat-westLes sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Boichi,
Pika (2018-), 190 p. série terminée en 10 volumes (8 parus en France).

badge numeriqueJ’ai découvert Boichi il y a deux ans en tombant sur des planches sidérantes. J’ai entrepris de découvrir depuis la biblio de cet auteur en lisant Sun-ken Rock (sa série la plus connue, dont j’ai chroniqué tous les tomes), le récent Dr. Stone (plus axé jeunesse) et j’ai profité de la promo Covid de Pika pour entamer sa dernière série SF, Origin, dont l’apprenti Otaku dit le plus grand bien! Et je dois dire que si mes autres lectures de l’auteur virtuose me laissent une impression mitigée, cette entrée en matière est totalement validée, tant graphiquement que (pour une fois) scénaristiquement! Non que Boichi (Dr. Stone) met fin à son manga Originl’on ait une intrigue particulièrement complexe (on en est loin), mais le sérieux de développement du background et la focale posée avec insistance sur la problématique d’un robot vivant dans le monde des humains m’ont énormément intéressé. Ce premier tome alterne entre deux très gros combats qui vous feront découvrir (si vous ne connaissez déjà) tout ce qui fait le paradoxe de Boichi: une maîtrise technique (notamment anatomique) et artistique monstrueuse, une ambition dans le cadrage en même temps que d’agaçants tics ecchi pas plus dérangeants que cela mais bien lourdingues. Le reste du manga pose ce qui fera sans doute le thème de ce héros, un androide hyper sophistiqué, parti à la chasse d’autres androïdes humanoïdes. Conscient de sa différence, il n’a de cesse d’anticiper ce qui pourrait le faire repérer de spécialistes en robotique, ou comment bricoler son corps pour compenser un dégat lors des affrontements rageurs qui surviennent… très souvent! Clairement cette série un un gros potentiel, que la courte tomaison me laisse imaginer réduite à cette seule intrigue de chasse entre robots. Boichi aura toujours la possibilité de prolonger sur d’autres arcs pour peu qu’il ambitionne autre chose que de montrer sa virtuosité graphique. Je vais en tout cas rattraper assez vite mon retard sur ce qui est pas loin du coup de cœur.

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****·BD·Nouveau !

Shi #4: Victoria

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2020), 56 p., premier cycle de 4 volumes fini.

couv_383083Simple remarque en préambule: la fameuse citation affichée en page de garde de tous les albums de la série trouve ici son explication…

Alors que les crocs du redoutable limier de l’impératrice se referment sur Jay et Kita, l’heure de gloire des Glorieux Eriés semble venue quand Victoria adoube leur projet de flotte ultra-moderne de reconquête des colonies d’Amérique. C’est sans compter sur les sans-grade, ces enfants des rues invisibles à l’Empire mais qui ont bien décidé de prendre leur destin en main, sans crainte d’affronter la force des adultes…

Ça y est, le premier cycle de cette magnifique série victorienne un peu dérangeante se termine, dans les temps et en maintenant une qualité moyenne assez élevée. Ça semble enfoncer des portes ouvertes mais tenir à la fois une ligne graphique homogène (les dessinateurs évoluent souvent entre les albums) et un scénario équilibré entre les tomes est très loin d’être évident, même pour les grosses séries grand-public d’auteurs chevronnés. Il est donc l’heure de faire un premier bilan.

Shi - Victoria, BD et tomes sur ZOOComme d’habitude je vais commencer par les deux seuls points qui peuvent faire discussion, à savoir l’aspect fantastique et le croisement entre les mésaventures de Jay et Kita et l’époque contemporaine. Ce n’est pas un détail car ces deux aspects sont selon moi deux des trois éléments scénaristiques qui rendent cette série si intéressante. L’aspect fantastique donc est a mon avis le plus discutable en ce que pour l’heure il n’apporte à peu près rien et fait porter le risque d’atténuer la touche « dikensienne » de la série. Ce qui m’a marqué sur ces quatre albums c’est cette vision ultra-réaliste, très britannique, d’une société victorienne déconstruite par Zidrou en montrant la réalité la plus sordide de cette domination du mâle blanc de la haute société, si droits, si dignes dans leurs costumes et si pitoyables une fois en robe de chambre dans le cocon opaque du foyer. Une coloration assez proche de ce que faisait Loisel il y a vingt ans, mais finalement moins sordide. Histoire de sensibilité et de graphisme sans doute. Sur cet album plus encore que sur les deux précédents le scénariste abuse de ces démons issus des tatouages sur le dos des filles et du vieux mentor en en faisant l’outil majeur de la vengeance contre le projet des glorieux Eriés. En cela il permet à Homs de nous faire plaisir avec de vastes pages très graphiques mais cela atténue la tension avec ce Deus Ex Machina pour lequel on ne nous a toujours rien dit et qui semble une grosse facilité scénaristique. C’est d’autant plus dommage que la montée en puissance des enfants des rue, comme une foule de rats inarrêtables, ainsi que le couple vengeur formé par les deux femmes suffisait à passionner avec cette idée de faibles victimes renversant l’empire britannique… Gageons que les auteurs savent où ils vont et le pourquoi de cette régulière mais brève irruption fantastique dans la série.

Sans titreÉtrangement après deux albums construits en croisement temporel avec une enquête de nos jours les deux suivants se déroulent intégralement au XIX° siècle. C’est étonnant et l’on se demande si Zidrou ne s’est pas aperçu en cours de route de la difficulté à maintenir ce croisement entre plusieurs cycles et l’attente instillée chez le lecteur. Une inversion temporelle est à prévoir pour le prochain cycle étant donnée la conclusion de ce Victoria qui sonne comme une vraie conclusion permettant une prolongation généalogique. On imagine donc un second cycle au XXI° siècle avec quelques insertions des descendants des héroïnes. Les quelques narration épistolaires vues dans les quatre albums deviennent plus systématiques à mesure qu’on approche du dénouement et structurent ce volume. C’est esthétique et intéressant même si la chute m’a parue assez brutale. Globalement, si l’intrigue de vengeance est aboutie, beaucoup de pistes lancées (comme ces scènes familiales et intimes de l’impératrice…) n’ont guère progressé, ce qui peut produire une certaine frustration… de celles qui naissent de BD talentueuses.

Sans titreGraphiquement Josep Homs continue de nous ravir, malgré des pages bien plus sombres que d’habitude mais qui lui permettent de montrer son travail de textures et de hachures. L’espagnol n’est pas seulement un très grand coloriste, ses dessins se suffisent à eux-même. Les personnages qu’il crée sont terriblement marquants et justes, entre la caricature et le réalisme. Le dessinateur est à l’aise dans tout ce qu’il dessine, de près, de loin, architecture comme corps, tissus comme nature… la véritable révélation de Shi c’est lui et sur le plan graphique c’est un sans faute total!

Le dernier tome de ce premier cycle est à la fois efficace comme conclusion d’un arc cohérent et marqué par les quelques hésitations scénaristiques d’un auteur qui semble avoir parfois du mal à ne pas mettre tout ce qu’il voudrait dans ses histoires. Je me garderais bien de critiquer, tant la richesse de ses intrigues, des personnages, du découpage ou surtout de la peinture sociale sont les marques d’un grand scénariste. Shi apparaît ainsi comme la version BD de ces grands films hollywoodiens qui parviennent à propose des histoires visuellement impressionnantes et grand-public tout en assumant une radicalité sociale et historique qui dépassent très largement le seul entertainment. Une série majeure assurément.

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***·BD·Rétro

Le fléau vert

La BD!
BD de Michael Sanlaville
Casterman (2012), 150 p. format comic relié. One-shot.

couv_161657On commence une semaine « animation » avec un OBNI sous amphet’ signé Michael Sanlaville. L’idée remonte à ma lecture du Mécanique Celeste de Merwan et des liens graphiques très forts entre une troupe d’auteurs passés par l’animation et dont le dessin respire une énergie de mouvement très intéressante. Il n’est pas surprenant que certains lecteurs crachent sur des planches qu’ils considèrent comme pas finies. L’envie de ces auteurs est de créer une dynamique permanente en s’éloignant souvent des canons techniques d’anatomie ou de perspective. Déformant leurs formes, créant des effets de caméra improbables ils cherchent à rendre l’effet des métrages d’animation sur papier. Ce n’est pas toujours heureux car si un dessin d’intervale peut justifier ses libertés par son association avec l’animation globale, sur un dessin fixe cela peut paraître exagéré. Un peu punk sur les bords, la troupe assume sa culture et se jette dans des projets pas franchement grand-public et qui parviennent parfois à le devenir. Je commence donc cette semaine spéciale par ce Fléau vert, nanarissime histoire tout droit sortie d’une mauvaise VHS section SF des années 70…

La prophétie de la Grande plante s’est réalisée: surgie des profondeurs de la terre, une racine cannibale a dévoré la totalité du genre masculin, laissant la Terre  gouvernée par un régime matriarcal autoritaire dirigé par Hildegarde. Les deux derniers survivants, le macho Murphy et le gamin Abdou, vont devoir faire équipe avec un transexuel et une bonne sœur pécheresse pour mettre à bas le régime de Hildegarde et la menace du Fléau vert…

Résultat de recherche d'images pour "fléau vert sanlaville"J’avais découvert Michael Sanlaville sur le très bon premier tome du Rocher rouge où j’avais pu apprécier son identité nanaresque et son approche graphique exagérée. Rencontré à l’occasion d’un salon de BD j’ai tenté l’aventure du Fléau vert en attendant de démarrer Lastman. Je savais à peu près le style de BD que j’avais sous la main mais j’avoue avoir été passablement surpris par la liberté totale et l’énergie de cet album que l’on imagine réalisé rapidement tant le dynamisme transpire chaque page que l’on imagine mal ciselée laborieusement. A l’inverse de Gatignol sur les Ogres-dieux et ses décors flamboyants, Sanlaville prépare ici ce qu’il fera sur la série à succès LastMan en tirant vers la simplification du trait dans la suite de Bastien Vivès.

La séquence d’introduction mets KO comme savent le faire les séquences rapides des films d’animation. Ne s’embêtant pas de superflu, l’auteur rend pourtant chaque case parfaitement lisible (ce ne sera pas toujours le cas sur l’album) avec une maîtrise technique qui permet de suggérer un décors ou une mécanique par quelques traits. L’utilisation de floutés en premiers plans illustre la culture ciné et une profondeur de champ Résultat de recherche d'images pour "fléau vert sanlaville"que la BD classique permet rarement. Si le Manga a apporté le mouvement à la BD, ce type d’albums montre que l’on peut briser l’image fixe par la suggestion. Le principe du cinéma.

Passé ce choc on découvre une histoire totalement déglingue avec tous les poncifs du nanar: le savant-fou moustachu à l’esthétique issue de la culture homo et maniant la tronçonneuse, un héros blond, très Blond, roulant en 4X4, une chaste bonne-soeur très sexy ou un hélicoptère de combat soviétique…  Dès les premières scènes l’irruption parfaitement gore de la plante cannibale qui bouffe les parties génitales des hommes en les coupant en deux pose le décors. L’auteur se fait plaisir en mettant tous ce qu’il a envie de dessiner sans soucis de cohérence particulier. On nous raconte une histoire dont on n’a que faire et vole de bulle en bulle dans des dialogues tantôt marrants de dixième degré tantôt jouant de typographie pour produire des textes-onomatopées. Bref, un gros lâchage bien sympathique. Attention, c’est une BD de garçon, rempli de hordes de filles nues, de bite, de sperme, de bave et de sang. La modération, Michael Sanlaville ne connait pas et c’est tant mieux. Je remarque souvent dans mes chroniques que le plaisir éprouvé par les auteurs à réaliser leurs albums se ressent à la lecture, quelle que soit la qualité de l’histoire ou des dessins. C’était le cas du Ramirez de Petrimaux ou du Streamliner de ‘Fane (en beaucoup plus travaillé). C’est le cas ici, dans toute la démesure et l’efficacité du dessin. Si quelques passages semblent néanmoins mal raccrochés avec la fuite de Murphy et ses copains, l’auteur parvient même à proposer une fin étonnamment pertinente, réfléchie, cohérente après ce grand n’importe quoi. La preuve qu’un auteur inspiré peut partir en vrille tout en restant parfaitement lisible.

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Les 7 ninja d’Efu #1-3

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Manga de Takayuki Yamaguchi,
Meian (2019-), 190 p./tome, 4 tomes parus en VF (8 en VO).

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour cette découverte.

L’édition est magnifique avec de superbes couvertures sur chaque tome, qui attirent vraiment l’œil et donnent envie de plonger dans cet univers barbare et sensuel. La jaquette comporte un effet brillant sur le titre. Le résumé de l’album est compris en quatrième de couverture et un résumé des épisodes précédents sur le rabat. Certains termes japonais (nombreux dans la série) sont expliqués en notes de bas de page. Les volumes se terminent par des pub pour les autres publications de Meian. Rien à redire, du travail éditorial très propre.

L’histoire commence avec le shogunat Tokugawa dont le fondateur décrète l’extermination de tous les samuraï rattachés à l’ancien régime. Des milices sanguinaires sont envoyées dans les campagnes pour dénicher toute personne, homme, femme, enfant relié de près ou de loin aux Toyotomi. A travers le Japon, différents guerriers tués par ces chasseurs se voient réincarnés en démons-guerriers dotés de terribles pouvoirs…

Résultat de recherche d'images pour "yamaguchi 7 ninja d'efu"Comme la plupart des mangas de Bushido il faut s’intéresser à la culture et l’histoire japonaise pour bien apprécier cette nouvelle série fantastique. Non que l’objet de l’auteur soit une véracité historique stricte, les 7 ninja d’Efu est avant tout une série fantastique parlant de démons, de pouvoirs et de combats impressionnants de créatures s’éloignant souvent d’un réalisme humain. L’approche est donc historico-mythologique et si le point de départ prends son origine dans un événement majeur de l’histoire de l’archipel (l’ère Edo qui mène du XVI° au XIX° siècle et l’isolement total), l’univers est résolument magique, ne serait-ce que dans le comportement des corps que le mangaka se plait à torturer et à soumettre à des traitements extrêmes (dépeçage vivant, découpages en règle et explosions,…). Que les héros soient des Ninja Onshin (guerriers-démons vengeurs) ne limite pas ces traitements atroces aux créatures fantastiques. Dans ce monde les guerriers du Bakufu (gouvernement militaire du Shogun) sont dotés d’armures pas très éloignées de celles des Chevaliers du Zodiaque et certains simples humains sont dotés d’une force ou d’une résistance permettant de briser une lame de katana avec son crane nu…

Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"Le graphisme est étonnant, un peu daté années quatre-vingt mais très fouillé avec une très faible utilisation de trames, remplacées par des hachures très sophistiquées et une attention portée sur les objets, armes et armures. L’auteur est perfectionniste et on peut dire qu’il y a un sacré boulot graphique. On aime ou pas ce style extrême mais ça reste très plaisant visuellement. Les couvertures sont magnifiques et font regretter que tout le manga ne soit pas en couleur pour nous aider à distinguer la multitude d’éléments des dessins. C’est très fouillé avec une attention particulière de l’auteur aux tissus très décorés de motifs élégants, ce qui permet une vraie originalité. Le point faible est les personnages dont l’expressivité est assez limitée et la physionomie plus que caricaturale. C’est volontaire et fait référence au théâtre populaire traditionnel japonais fait d’outrances. Pour qui a l’habitude de lire des mangas vous ne serez pas surpris.

Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"La complexité des termes, noms et organisations politique et géographique nous perdent un peu, comme souvent dans les mangas de genre Bushido. Il faut rester accroché, d’autant que l’aventure avance assez vite. L’auteur semble très intéressé également par l’utilisation du folklore et contes légendaires du Japon, ce qui permet de découvrir un peu plus cette culture si étrange. La structure des premiers tomes consiste à présenter la mort très gore des fameux ninja d’Efu et leur renaissance, en même temps que l’apparition des plus gros méchants (Au terme des trois premiers volumes cinq ninja d’Efu sont apparus).  Je dis « plus gros » car en seulement trois volumes on a un nombre de morts des deux côtés de l’affrontement assez phénoménal, et bien malin est celui qui peut dire qui sera un personnage récurent ou juste un méchant de passage. Tous semblent dotés d’une puissance phénoménale… avant de mourir en une case. Vous l’aurez compris, les 7 ninja d’Efu tranche sévère et fait partie des mangas très violents où l’auteur s’arrête longuement sur les supplices perpétrés par les abominables suppôts du Shogun. Dans la foulée, les scènes de nu virant parfois au Ecchi absurde (comme ce démon androgyne qui découpe ses victimes… avec son membre!). C’est un tout et si l’exagération vous dérange il vaut mieux passer votre chemin. Ce serait pourtant dommage car ce démarrage attire l’attention par bien des aspects et il faut reconnaître à l’auteur la sincérité de son projet.Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"

Réservé à un public de garçons un peu initiés à un pan violent de la culture manga, les 7 ninja d’Efu donne envie de poursuivre, ne serait-ce que par-ce qu’à ce stade l’histoire a à peine commencé. On devine des combats dantesque à venir entre créatures increvables. En se concentrant un peu sur une histoire qui devrait se structurer vous prendrez un plaisir un peu burlesque a suivre les trouvailles anatomiques et guerrières de Takayuki Yamaguchi.

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****·*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Streamliner

BD du mercredi
Bd de ‘Fane (+ Isabelle Rabator à la couleur)
Rue de sèvres-comix buro (2020)- intégrale couleur, 291 p. +XXI p. de dossier graphique final. Album broché couverture à rabat.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

streamliner_integraleCette intégrale reprend en un très gros pavé format comics les deux volumes parus en 2017 en grand format cartonné. Si la maquette et design général sont superbes (suivi par Vatine et le Comix Buro oblige), j’avais trouvé les couvertures des éditions originales comme de cette intégrale vraiment mal mises en valeur, avec par exemple ce titre qui pourrait sortir des années 60… Sans doute une envie de rétro de l’auteur mais commercialement je suis surpris que l’éditeur n’ait pas insisté sur quelque chose de plus accrocheur. Pour dix euros de moins que les deux albums on perd en taille et en qualité de reliure même si on gagne un (faux) cahier documentaire et graphique. J’imagine que la très grosse pagination a obligé Rue de sèvres à maintenir un prix de vente raisonnable mais étant donnée la qualité de cette œuvre il est vraiment dommage d’avoir une édition aussi réduite. Pour le reste cette intégrale est juste un énorme ride plein de bruit et de fureur, de testostérone, d’odeur d’essence et de graisses, des moteurs surchauffés et de pépées enragées…

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Désert continental, 1963. La paisible station service Lisa Dora située sur la route 666 est soudain envahie par une horde de pilotes et de bikers attirés par ce qui s’annonce comme la course sauvage du siècle. Cristal O’Neil, fille du légendaire pilote Evel O’Neil se retrouve au cœur d’un maelstrom qui bouleverse son quotidien: entre G-men, criminels en fuite, journalistes voraces et gangsters prêts à tout pur remporter la mythique winchester de chef des Red Noses elle devra sortir de son rôle de gentille hôtesse s’engager dans la rage de la course et de l’esprit Sex-drugs & Rock’n’roll pour préserver sa station…

‘Fane a roulé sa bosse dix ans sur la reprise de Joe Bar Team et partage un héritage graphique entre le cartoon et l’Ecole Vatine. Tout au long de ce monumental album on sent cette influence tiraillée entre des habitudes esthétiques et un besoin d’aller vers plus de réalisme (sa dernière création, Hope One confirme cette évolution). Si ce tiraillement contre nature peut faire réagir sur les premières planches, on se retrouve bien vite emporté par l’envie communicative et le talent brut du récit de ce long métrage sur papier, envie de cinéma que les bonus nous expliquent en fin d’ouvrage.

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Comme le carton de Petrimaux, Streamliner a comme projet principal de faire revivre une nostalgie de USA des années 60, celles de la route 66, des voitures tunées, des gangs de bikers et de pilotes autant hors-la loi que libres penseurs. L’Amérique des expérimentations mécaniques, des barbouzeries du FBI et des chevauchées sanglantes de tueurs motorisés… Cette Amérique est ici fictive, en une sorte de réalité alternative qui perturbe un peu lors du récit sur Evel O’Neill où l’on suit le B52 de retour d’une mission à la Guerre et qui atterrit directement dans le grand désert, semblant compresser les distances! Je vous préviens donc, Streamliner ne se passe pas en Amérique pas plus que dans les années soixante. Il se passe dans un univers fantasmé, reconstruit, permettant d’aligner les archétypes, clichés et images d’Épinal.

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Dès les premières pages au cadrage absolument cinématographique, on est happé par une ahurissante galerie de personnages, par un agencement d’intrigue qui se superposent pour nous diriger vers un unique but: la course! A force de nous dire qu’elle sera sauvage l’attente monte et je dois dire qu’on n’est pas déçus! Disposant d’une luxueuse pagination, ‘Fane prends le temps de poser les séquences dont il a envie et prends l’espace d’imager ce ride motorisé en grand format. Le nuage de poussière du départ nous rappelle ainsi le Fury road de Miller, dans une envie graphique absolue. La légère approximation du trait de l’auteur est bien vite oublié dans l’envie de BD qu’il nous propose. Étonnamment les couleurs d’Isabelle Rabarot sont très estompées, un peu lavées, parfois proches du sépia. Là encore on imagine le souhait de vintage mais quand on sait ce que la dame a produit par le passé, le vif de ses rouges, on se dit qu’un peu plus d’éclatant n’aurait pas fait de mal…

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Streamliner est un magnifique album qui donne autant de plaisir qu’un Ramirez ou un Indes fourbes et qui loupe de très peu les cinq Calvin en raison d’une édition qu’on aurait aimé plus classieuse. Des BD comme ça font aimer la BD et rendent beaucoup plus difficile la lecture du tout venant. Un grand merci à l’auteur pour ce Rock!

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Les Artilleuses #1: le vol de la sigillaire.

La BD!
BD de Pierre Pevel, Etienne Willem et Tanja Wenisch
Drakoo (2020), 46 p.  volume 1/3.
Disponible en édition classique et collector.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

couv_386154La série s’insère dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, publié chez la maison mère de Drakoo, Braguelonne. La maquette de couverture est très élégante en jouant a fond le style art-déco avec ces arabesques en vernis sélectif qui présentent les trois personnages et l’ambiance g »générale. Couverture très efficace avec un design de titre portant la mention du Paris des Merveilles lui aussi rehaussé d’un vernis, comme sur la tranche et la quatrième. L’éditeur indique dès la couverture la tomaison de la série, ce que j’apprécie toujours. Enfin, pour cette édition l’intérieur de couverture (identiques) propose une carte postale de Paris. Une édition augmentée est sortie en même temps (là aussi j’aime quand le lecteur a le choix entre les différentes éditions au moment de la sortie sans l’impression d’être touché dans son impatience avec des sorties d’éditions étalées et poussant à tout acheter. Du tout bon pour l’édition et sans doute que la version collector (qui comporte un dos toilé, un ex-libris et un cahier graphique de huit pages pour quatre euros de plus) aurait obtenu un Calvin pour l’édition.

Les Artilleuses, de retour d’une escapade au Nouveau Monde, entrent en action par un retentissant braquage à la Banque de Paris et de Broceliande. Depuis que l’Outremonde a été découvert, les humains côtoient fées, ogres et dragons dans le Paris de la Belle époque… mais si la magie nappe ce nouveau contexte, les grosses pétoires et explosifs tout ce qu’il y a de plus classiques restent ce qu’on a trouvé de mieux pour faire sauter un coffre. Et n’en déplaise aux Brigades du Tigre, les Artilleuses sont très douées pour cela!

Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"Mon entrée dans les créations du nouvel éditeur Drakoo porté par le célèbre Arleston (le scénariste de Lanfeust de Troy) avait mal commencé avec un premier tome de Danthrakon que j’avais trouvé particulièrement faible… Fort heureusement cette nouvelle série relève très bien le niveau en proposant une nouvelle série (courte, probablement prévue en cycles si le succès suit) qui comporte tout ce que j’aime dans les mondes imaginaires: de l’historique teinté d’uchronie et de steampunk.

Très clairement la grande force de cet album est la richesse de son background qui se ressent dès la première page. Ce n’était pas gagné tant le travail de romancier et de scénariste BD n’est pas le même et la tentation de vouloir mettre tout son monde dans quelques planches pouvait mener Pierre Pevel à la surcharge. Ce n’est pas le cas et le scénariste sait n’utiliser que le nécessaire en laissant dans le hors-champ et les allusions tout ce qui n’a pas lieu d’être représenté. Il en ressort une grande consistance et cohérence de ce monde dont on ne saura sans doute encore pas grand chose au terme des trois albums prévus mais dont les personnages, la chronologie et le Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"design général sont particulièrement alléchants. Comme souvent dans les albums réussis, l’autre point fort porte sur les personnages, ces artilleuses très sympathiques, notamment la fée au style gavroche empruntant vaguement à Loisel dans ses formes et son style parigot. Leur interaction fonctionne à merveille même si l’action tonitruante nous permet peu de les connaître.

L’intrigue suit un simple braquage réalisé pour un commanditaire puissant et visant un artefact encore mystérieux. Comme pour les personnages secondaires, on est dans le très classique, connu mais très efficace. L’insertion de la fantasy dans le Paris Années folles permet de décaler les archétypes en calquant le même modèle que le font les séries Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"anthropomorphiques: donner un aspect physique aux caractères des personnages. Etienne Willem a d’ailleurs réalisé précédemment beaucoup de séries de ce type (notamment le réputé Epée ardenoise) et son passage au semi-réaliste se fait très bien grâce à ces créatures fantastiques. Très porté sur l’action, ce volume introduit un soupçon de steampunk et de connaissances historiques comme la référence aux Brigades du tigre. Le tout est rehaussé de couleurs fort agréables sous les pinceaux de Tanja Wenish.

Ce premier tome des Artilleuses est une vraie bonne surprise dans un registre jeunesse qu’il faudrait tempérer tant les dialogues parfois coquins et certaines séquences assez violentes le destine plutôt à un public pré-ado. Assumant un côté bourrin (bad-ass diraient certains) et porté par un univers que l’on a envie de découvrir plus avant (et qui donne envie de lire les romans), le vol de la sigillaire est une vraie réussite qui confirme totalement l’intuition d’Arleston de confier à des romanciers les scénarios de ses albums. Une série que l’on a envie de suivre avec grand plaisir.

A partir de 12 ans.

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Funerailles #6: Bad moon on the rise

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #6
BD de Florent Maudoux
Ankama (2020), 87 p. 6 volumes parus.

bsic journalismMerci à Ankama pour leur fidélité.

couv_384511Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas aimé l’illustration de couverture de cet album, pourtant bizarre comme l’univers qu’elle couve mais loin du classicisme épique et de la thématique trinitaire qu’utilisaient les autres volumes. La rupture esthétique est nette, c’est dommage tant cette série avait jusqu’ici peut-être les plus belles couvertures de BD jamais réalisées…

Après la grande bataille contre les guerriers d’Isis et le sacrifice de Mammouth, la XIII° Légion vogue vers la victoire finale à Rem à bord d’une flotte de ballons. Alors que les généraux devisent sur la stratégie pour faire tomber le pouvoir de la Mante Religieuse, Funerailles étudie le processus d’immortalité en recueillant les histoires des soldats de la Légion…

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bad moon on the rise"Ce sixième album de la série dérivée de Freak’s Squeele marque la fin du premier arc… mais la série va se prolonger! Depuis le début de la saga Florent Maudoux n’avance qu’au gré de ses envies, de ce dont il a envie de parler, de ce qu’il a envie de dessiner. C’est là toute l’originalité de ses créations (comme de toute la production du label 619) de proposer des albums extrêmement personnels, sans aucun compromis. Cela peut parfois déstabiliser, comme ces récits textuels sur cinq pages qui coupent la narration BD. Les nouvelles sont bien écrites et intéressantes, en nous plongeant dans le passé des personnages comme une sorte de Requiem d’un auteur qui sait que leur histoire va s’arrêter. Si la démarche (qui s’inscrit logiquement dans le scénario de cet album) est louable, son insertion rompt à mon sens la dynamique de la BD qui aurait mérité de voir ces textes compilés en fin d’ouvrage au lieu d’un texte final assez étonnant où l’auteur nous parle des Chevaliers du Zodiaque (Saint Seya en VO) en forme de résumé de la saga…

Hormis cela l’histoire est dans la ligne des précédents, bien construite, centrée sur des personnages et des créations visuelles toujours originales et réussies avec un design général où le plaisir du dessinateur se ressent. Il n’est jamais simple de conclure une histoire et si celle de la XIII° légion l’est très bien, il demeure pas mal de questions sur l’articulation avec la série d’origine. Funerailles aura été plus centrée sur Scipio et Mammouth que sur Pretorius dont on attend toujours de savoir comment il devient le redoutable guerrier de Freak’s Squeele. Gageons que Florent Maudoux sait où il va et a Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bad moon on the rise"prévu dès l’origine la liaison entre les deux séries qui restent à l’heure actuelle assez éloignées (univers contemporain pour FS, plus épique et Fantasy pour Funerailles).

La furie du précédent tome provoquera en comparaison une impression de calme qui atténue la force du combat final pourtant très réussi contre Psamathée de la Mantis. La gestion du rythme a toujours été très étonnante, inhabituelle, chez Maudoux, auteur qui a énormément de choses à dire, choses qu’il insère dans des dialogues toujours fournis et rehaussés de bons mots et de vannes de caserne (et pour cause!). Cette construction novatrice nous donne une petite impression d’être au milieu du gué achevant une révolution sans bien savoir sur quoi elle débouchera. A l’image de ces dernières pages de conclusion toutes en couleur et aux visions apocalyptiques, proches des films Hellboy, aussi belles qu’hermétique. Étonnant.

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