***·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #2

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2021 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

Pour la présentation du projet vous pouvez consulter le billet traitant du premier tome.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

irin1Changement de braquet pour ce second opus de La fin des Irin puisque à mesure que l’on avance l’histoire se simplifie à l’aune d’un trait bien plus BD et moins bluffant avec le changement de dessinatrice, Laura R. Peinado. Les planches restent très agréables, notamment la mise en couleurs numériques et le découpage est très dynamique (ça tombe bien puisque ce volume est bien plus axé action que le précédent). Simplement face à la technique impressionnante de Wouter Gort on revient à quelque chose de plus habituel… mais moins froid aussi. Disons que les visages et anatomies peuvent parfois laisser à désirer, mais c’est contrebalancé par d’autres grandes qualités de l’artiste espagnole. En outre la quantité de pages à dessiner peut justifier une baisse d’exigence compréhensible.

Si graphiquement le changement de style passe très bien et si l’intrigue est moins nébuleuse, la difficulté de  scénario reste en revanche bien présente, rendant la lecture compliquée. L’intrigue elle-même étant plus linéaire (en bref, un braquage suivi de course-poursuite) cela permet de rester accroché, mais il est fort dommage que ce montage cryptique, notamment dans l’enchaînement des dialogues qui manquent parfois de suivi, empêchent de se plonger totalement dans cette belle aventure SF. irin3Car après avoir posé un background touffu l’auteur nous propose via l’héroïne bad-ass Anahita de découvrir la collaboration entre les puissances humaines et les propriétaires de la Terre, autour de la protection d’un coffre antédiluvien. Tout cela permet d’introduire les canons des récits conspirationnistes avec agence paramilitaire secrète et secte financière d’Illuminati. On passe donc de la SF intello exigeante à du blockbuster grand public, pour notre plus grand plaisir. Je précise que l’ouvrage a été lu en fichier pdf, sans le support des très nombreux et explicatifs à-côtés du site web. C’est  (pour rappel) une des spécificités de ce webcomic que de reposer énormément sur le hors champ qui se révèle presque indispensable pour apprécier les subtilités de l’univers et de l’histoire. Ce qui questionne un futur format album qui nécessitera impérativement l’insertion du glossaire dans le bouquin…

L’une des forces de la série est sa radicalité, qui n’hésite pas encore une fois à virer gore et sexy, et en introduisant cette fois l’humour via un personnage de militant altermondialiste débarquant dans une chasse occulte. La présence de séquences historiques (à l’époque d’Alexandre et des papes Borgia) n’apporte pas grand chose à l’intrigue et ont même plutôt tendance à obscurcir le récit, qui prends son élan dès que l’on rentre dans le feu de l’action après le premier tiers. Plus compacte, plus linéaire, plus action, l’histoire devient alors fort sympathique, bardée de ses artefacts technologiques, avant de se diriger vers l’Espace…irin2

Projet très ambitieux à la réalisation imparfaite, La fin des Irin fera fantasmer tous ceux qui ont vu, subjugués, le chef d’œuvre des Wachowski Jupiter Ascending, et interroge sur une fin qui ressemble à une conclusion finale en précipitant la résolution longtemps laissée cryptique. C’est un style mais aussi un manque d’expérience assurément, l’auteur n’ayant a priori jamais publié de BD auparavant. Il reste quoi qu’il en soit un des plus important projet de webcomic qui ait vu le jour.

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****·BD·Nouveau !

Le Convoyeur #2: La cité des mille flèches

La BD!

Deuxième tome de 54 pages, de la série écrite par Tristan Roulot et dessinée par Dimitri Armand. Parution chez Le Lombard le 21/05/21.

Rouillera bien qui rouillera le dernier.

Le monde a été ravagé par une bactérie dont la particularité est de se nourrir de métaux. Bien vite, ce sont les fondations même de notre civilisation moderne qui furent grignotées, et avec elles les espoirs chancelants d’une humanité en déclin. Car les structures métalliques et les infrastructures ne furent pas les seules à être affectées par la Rouille. Les personnes infectées se sont mises à muter, à subir des transformations corporelles dignes d’un Cronenberg

La France n’a pas été épargnée par ce cataclysme. Sur ces nouvelles terres désolées et dangereuses, un homme crapahute sur son inquiétant destrier. On le nomme le Convoyeur, et son sacerdoce est d’amener à bon port tout ce qui lui est confié, que ce soit marchandise ou personne. A la fois redouté et sollicité, il va, de ville fortifiée en protectorat, là où ses missions le mènent, et son prix reste inchangé: son client doit avaler un œuf,  translucide, en guise de paiement. 

Jusqu’ici, nul n’était à même de percer les insondables motivations de ce Mad Max version Fedex. Toutefois, une femme est à ses trousses, avec une vengeance à accomplir. Tout aussi dangereuse et déterminée que le Convoyeur lui-même, elle semble en savoir plus que quiconque sur notre taciturne aventurier. 

Another One Bites the Rust

Après une première entrée de qualité bien que classique dans sa construction, Le Convoyeur revient et passe la seconde quant au développement de son intrigue. Les bases de l’univers ayant été adéquatement posées dans le précédent tome (la Rouille, le retour de la civilisation dans un âge sombre, les mutants, etc), l’auteur peut donc se permettre quelques révélations choc (avertissement spécial aux trypophobes parmi vous !) entre deux scènes d’action. Ceux qui ont apprécié le premier tome, notamment, seront certainement accrochés par le cliffhanger de fin qui promet des pistes intéressantes pour la suite. C’est d’ailleurs une des réussites de cette série que de laisser le lecteur dans une incertitude permanente entre un schéma très simple (le « héros » accomplit ses missions en échange d’un mystérieux œuf) et une direction impossible à prévoir. Non content d’utiliser des techniques connues (le flashback, le récit superposé à l’action,…), Tristan Roulot crée des scènes inattendues qui permettent chaque fois de densifier le contexte. On va ainsi découvrir, après une redoutables séquence d’assaut introductive, comment les puissants ont construit leur pouvoir avec un esprit steampunk fort élégant et un soupçon de fantasy dans le design de cette Eglise qui s’avère revêtir une place plus importante que prévue. La faiblesse du genre post-apo est souvent de réduire la focale sur le seul personnage principal. Ce n’est absolument pas le cas ici où l’on sent un travail préparatoire très conséquent qui donne envie d’en savoir plus et une thématique messianique inhérente au genre mais fort bien amenée.

Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, l’amalgame des différents genres que sont le western, le fantastique et le post-apo fonctionne plutôt bien, sans que l’un prenne nécessairement le pas sur les autres. Les auteurs ont évité le cliché américain en établissant leur récit en France (il y a bien un centre de détention à Muret !), ce qui donne une saveur particulière à l’ensemble. Les dialogues sont ciselés et bien écrits, mais ne sonnent parfois pas toujours juste dans un monde post-apo dans lequel la civilisation a régressé. Du reste quelques grosses facilités scénaristiques laissent dubitatif (à moins que l’on opte pour un nouveau « pouvoir » caché du Convoyeur…). C’est fort dommage tant l’ensemble respire la maîtrise et la confiance dans le projet, avec un personnage éponyme redoutablement charismatique et qui nous laisse (là encore) dans l’incertitude quand on statut de héros ou de véritable méchant. Ses motivations commencent à se révéler ici…

Le plaisir de lecture est donc toujours là, et on en doit une part non négligeable au graphisme d’Armand, qui offre un découpage dynamique et un trait qui l’est tout autant. Ses encrages sont parmi ce qui se fait de mieux dans la BD moderne et sa maîtrise technique énorme alliée à une colorisation parfaitement adaptée montre qu’il est aussi à l’aise dans ce genre compliqué que dans le western.

En résumé, ce second tome vient amener une direction intéressante à la série, ce que le premier tome ne laissait pas nécessairement présumer, malgré sa qualité.

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin.

***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro·Service Presse

Spoon & White #1 et #9

BD de Yann, Jean et Simon Léturgie
Bamboo (1999-2021), 44p./album., série en cours

La série Spoon & White fait partie des grands ancêtres très réputés, avec une histoire éditoriale un peu compliquée puisque débutée fort logiquement chez Dupuis, la série est ensuite passée chez Vent d’Ouest (plus étrange) avant d’atterrir pour ce neuvième album chez Bamboo qui réédite pour l’occasion l’intégralité de la série. Commencée avec Yann au scénario, le duo Léturgie se retrouve seul à compter du septième volume et voit passer dix ans entre le dernier paru et ce nouvel épisode. Les deux volumes ressortis comportent un cahier graphique de dix pages avec croquis préparatoires, jeux et strip humoristiques dans l’univers de la série.

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Parodie assumée des films d’action policiers des années 90, Spoon & White arrive juste après le double chef d’œuvre de monsieur Maester qui lançait le genre sur Meurtres fatals, déclaration d’amour à Michael Douglas et au FBI qui donne des envies de VHS à tous ceux qui ont découvert L’arme fatale, Seven ou Basic Instinct en salles…

Spoon & white tome 1 requiem pour dingos - BDfugue.comDans un style graphique résolument BD jeunesse, la série s’ouvre sur le tome 1 par un surprenant et très graphique plan cinématographique qui fait monter l’envie assez haut… avant de revenir à des planches plus classique. Cette première page est très étonnante car elle semble montrer une hésitation originelle des auteurs entre de la BD d’action exigeante et de la farce parodique assumée. Le contexte des BD de l’époque est important: Yann est sur la très populaire série Les Innomables issus du Journal de Spirou avec un aspect très cinématographique et plutôt sombre bien que mettant en scène des « gros nez ». Les premières couvertures de Spoon & White sont d’ailleurs tout à fait dans le ton de l’époque (assez minimaliste)  et s’inscrivent dans cet entre-deux BD spirou jeunesse/Bd d’action référencée pour adultes.

Le premier volume qui ressort chez Bamboo avec une nouvelle couverture fonctionne très bien en nous introduisant sans préambule avec ces deux débiles mentaux: Spoon le minus très laid et fana de Dirty Harry tire sur tout ce qui bouge ; le grand White et ses costards élégants se croit plus malin mais est tout aussi crétin. Les deux de bagarrent pour le cœur blindé de la plantureuse journaliste Courney Balcony.  Voilà, vous avez l’histoire qui va servir de prétexte à l’ensemble de la série! Le premier album est assez drôle et l’action plutôt réussie avec cette prise d’otage d’une secte suicidaire. L’ambition visuelle est évidente et plutôt inspirée avec des dessins très lisibles et parfois assez jolis dans leur style cartoon. On n’est pas au niveau de Maëster mais ça fonctionne très bien et je comprend que la série ait bien marché à partir de ce coup d’essai. A noter que l’on n’a aucune information sur qui est qui, les blagues devant caractériser les personnages immédiatement.

Vingt ans après qu’en est-il de la sortie exclusive chez le nouvel éditeur? D’abord la couverture, fort réussie qui cite évidemment un des grands films d’action de ces dernières années, Mad Max Fury Road. Cet épisode nous transporte au fin-fond de l’Amérique, dans la ville natale de Spoon (Mudtown) au sein d’une exploitation de « gaz de Shit » (dans une citation fort drôle d’un ancien premier ministre français…) qui cache bien entendu un plan machiavélique d’un milliardaire que Balcony va aller interviewer. L’aventure nous permet de découvrir les tout aussi débiles sœur et père de Spoon qui est (après mes deux lectures) le véritable héros de cette série. Si l’action enfiévrée de ce dernier épisode est toujours aussi efficace, on note une certaine facilité dans exubérance et les explosions XXL. Les auteurs veulent du gros, du lourd, du sale, au risque de tomber dans le déjà vu et attendu.

Après mes lectures de ce premier et dernier tome je note une étonnante continuité et très peu de changements graphiques notamment. Ma principale interrogation repose sur le cœur de cible de cette série. Graphiquement on est sur de la jeunesse (c’est d’ailleurs édité chez Bamboo) alors que le côté gore (surtout sur le premier tome) et les références à des films plutôt adultes orientent vers une cible adulte. Du coup si l’humour facile fera mouche chez les jeunes ils risquent de passer à côté des références, à l’inverse les plus grands risquent de ricaner sur les blagues et de prendre plus de plaisir sur les parodies. On peut voir ça comme un coup double autorisant une lecture à tout âge ou un risque de perdre son public faute de le repérer. Souhaitons en tout cas à Bamboo et aux auteurs une nouvelle jeunesse à cette série qui jouit sur le plan éditorial d’une très jolie fabrication.

A partir de 12 ans.

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****·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #1

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2020 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

La série est prévue en trois volumes. Le premier est achevé, le second vient de commencer sa publication sur le site. Trois dessinateurs différents sont prévus. Chaque volume comprend environ 90 doubles-pages soit environ 180 p. en équivalent album papier. L’interface de lecture est un site web dynamique professionnel permettant de naviguer dans des menus menant à un très touffu background. Sous les planches se trouvent des extraits du « Codex » détaillant à la fois l’univers de l’album et les très nombreuses références bibliques de la BD dans le contexte des pages. En lecture pleine page ces références disparaissent. A noter que la lecture sur tablette n’est pas forcément des plus simples puisque les planches étant présentées en double page il faut zoomer pour avoir une pleine page A4. Cela étant, la réactivité du site est très performante et hormis un petit ralentissement de la lecture cela n’est pas très dommageable. Un forum (pour l’instant a peu près vide) permet de discuter sur l’univers et il est possible de s’abonner pour recevoir des alertes sur les nouvelles mises en ligne.).

Sur le plan technique ce projet est le plus sophistiqué que j’ai pu lire depuis l’impressionnant Phallaina.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

Les voies de l’éditions sont parfois impénétrables! A l’heure du numérique et du crowdfunding les vecteurs de publications pour de nouveaux projets semblent infinis, entre l’autoédition, le webcomic, la petite maison, le participatif,… et ce qui est le plus surprenant c’est que s’il y a quelques années c’étaient surtout les nouveaux venus qui utilisaient les vecteurs alternatifs, aujourd’hui il n’est pas rare de voir un Frank Cho ou un Sean Murphy passer directement par la case autofinancement… La fin des Irin est ainsi un projet tout à fait professionnel mis en place semble-t-il avec l’appui d’une société de web-développement, d’abord en langue anglaise et décliné en français.

CaptureLe dessinateur du premier volume, Wouter Gort, est un concept designer hollandais, ce qui apporte énormément à l’aspect technologique, principale réussite de cet album. L’entrée en matière impressionne, avec ce prologue hargneux, radical, dressant dès les premières planches l’interaction entre antiquité flamboyante et païenne faite de sang, d’or et de sexe avec de la haute technologie au design excitant! La qualité générale (très numérique) est digne des plus grandes productions et je serais bien surpris de voir quel éditeur sera chargé de porter l’édition papier de ce qui est au moins une réussite graphique indéniable. Dans un style utilisant une technique de colorisation très contrastée issue de l’Animation, Gort propose un monde d’un réalisme saisissant, que ce soit sur Terre, aujourd’hui, avant ou ailleurs. L’intrigue utilise le concept des anciens aliens qui a déjà été vue sur des films tels que Jupiter ascending des sœurs Wachowski mais aussi Prometheus de Ridley Scott ou Stargate. L’idée de donner une origine extra-terrestre à nos dieux n’est donc pas nouvelle (le mythe de Cthulhu n’utilise t’il pas aussi cette formule?) mais c’est la première fois que je vois un background aussi costaud développé pour lier de façon la plus réaliste possible les sources anciennes (textes juridiques réels, évènements historiques, extrapolations scientifiques,…) et nos fondements mythologiques. Par mythologie il faut comprendre les fondements du monothéisme puisque, remontant très logiquement à la source liant les plus anciennes connaissances historiques en matière de cosmogonie en Mésopotamie et la construction du dieu Yahweh, les auteurs visent à brouiller les pistes à la manière d’un Christophe Bec. A ce titre je conseille vivement de consulter au fur et à mesure les « aides de lecture » du Codex du site qui approfondissent fortement une intrigue à la construction parfois obscure du fait de sauts temporels avec des personnages vivant plusieurs siècles.

CaptureLes idées techno-scientifiques expliquant les capacités « divines » de ces êtres sont très bien vues et alléchantes bien qu’à la fin du premier tome on reste encore un peu dans le brouillard. Comme souvent l’illusion de la place disponible pour développer le récit faut tomber dans des à-côtés qui brouillent un peu la lecture déjà complexe avec des intrigues secondaires qui paraissent à ce stade un peu inutiles (mais vue l’ampleur du projet on ne demande qu’à être détrompé). La narration à plusieurs personnages, avec voix-off et sans précisions lors de changement d’époque ou d’endroit demande une certaine concentration, heureusement allégée par une très grande lisibilité des planches, très lumineuses et aux panorama grandioses. On comprend ainsi à la fin du premier volume que l’on va suivre la descendante de Yahweh de nos jours après ce long prologue, avec une revanche prévisible contre la domination du tout puissant Baal. La bonne idée des auteurs est de laisser un certain mystère sur la forme démoniaque de Baal et son fils Marduk (dont la mort déclenche tout) alors que tous les autres personnages sont anthropomorphes. On imagine que la technologie génétique et médicale de cette civilisation est capable de prouesses mais cela permet surtout de maintenir une certaine appétence pour le fantastique, pourtant absent de ces premières deux-cent pages.

Aucune description de photo disponible.On ressort de la lecture de cette longue introduction à la fois fortement attiré par un graphisme clairement bluffant, des thématiques très inspirées, et troublé par une narration parfois un peu laborieuse en oubliant de nous aider à suivre les fils compliqués tracés dans le temps et l’espace. Mais ce n’est pas pire que du Bec (pour reprendre la référence) et au moins aussi intéressant. Reste que le changement de dessinateur, s’il maintient un niveau de qualité très élevé, peut troubler. On attend donc de passer la seconde avec une héroïne née à la toute fin du premier opus, dans un univers et une histoire à la fois simple et à très haut potentiel. L’ambition est clairement là et les moyens semblent avoir été trouvés pour proposer une grande saga de space-opera aussi technique qu’intellectuelle.

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****·Manga

Origin #9-10

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

L’album se conclut par une courte histoire assez débile (et pas franchement drôle) sur le quotidien d’un dessinateur de manga, à l’image de ce que l’on a pu voir sur les précédents tomes. Je souligne que l’éditeur s’est très étrangement dispensé d’insérer le chapitre 87.5 se déroulant sur Vénus dans une mission de sauvetage et faisant le pont avec les futurs projets de l’auteur. L’épilogue de l’album 10 français paraît assez étrange en regard…

[Attention Spoilers]

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Mai est morte, tuée par un des frères d’Origin. L’un des objectif du robot avec le fait de « vivre une vie convenable » a disparu. Il a échoué. Mais avec cette disparition un évènement se passe dans les neurones quantiques de cette machine, une évolution qui va faire évoluer cette Intelligence artificielle vers quelque chose d’autre…

Origin 80 | MangaSakiQuelle fin en apothéose! A l’image de la série et de cet auteur cette conclusion en deux tomes, trop courte pour tout ce que l’auteur avait à dire, pour refermer les très nombreuses pistes et personnages ouverts, nous laisse un peu piteux et choqué dans ce grand huit dont est capable le prodige coréen. Comme on le pressentait depuis le début, Boichi s’inscrit totalement dans la ligne du modèle Ghost in the Shell pour nous proposer une incroyable vision tout ce qu’il y a de plus techno-philosophique, l’acmé de ce que peut proposer la science-fiction lorsqu’elle assume son statut en poussant très loin les concepts scientifiques qui finissent par converger vers des sujets existentiels voir théologiques. L’auteur avait déjà abordé le Divin dans sa série Sanctum et on trouve ça et là des questionnements de ce type dans Dr. Stone. Ici le décès de sa protégée humaine déclenche en Origin une évolution des capacités cognitives en le faisant accéder à l’amour (posthume) avant de progresser bien plus loin en bouclant la boucle avec le thème de Y l’IA ultime que nous avons déjà rencontré plus tôt. On est au cœur de l’Anticipation avec la fascinante réflexion non seulement sur ce qu’est l’identité et l’être (la capacité de calcule suffit-elle à penser?) mais Boichi y ajoute des visions sur l’interaction entre la vitesse de traitement de l’information et l’influence quantique avec le monde physique. Ces raisonnements aboutissent souvent à des idées new age sur la transcendance. Boichi n’en est pas loin mais son technicisme affirmé lui permet de rester chevillé à l’idée scientifique et de nous proposer des idées assez vertigineuses! Dans le combat final (plutôt réussi) l’auteur se veut moins pédagogique que sur les précédents volumes, sans doute pressé par le temps et le peu de pages lui restant pour achever son récit et nous plonge dans des concepts quantiques très complexes que la simple visite de Wikipedia ne suffira sans doute pas à éclairer.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 10 - Mangakakalot.comLe soucis, déjà rencontré, ce sont ces ellipses pas toujours expliquées et qui nous laissent avec l’impression de pages perdues. C’est assez dommage car une ou deux cases suffisent souvent à faire le lien avec une progression rapide. La gestion du temps a toujours été capricieuse chez cet auteur qui semble parfois se perdre dans de grandioses combats ou pleines pages contemplatives avant de sauter du coq à l’âne sans coup férir. De même, ce boulimique a envie de développer un grand nombre de sujets avant de se rendre compte que dix tomes de manga avec une grande place laissée aux combats est bien peu pour développer et aboutir une thématique si complexe. J’avais fait le parallèle avec le Carbone et Silicium de Bablet qui, lui, prenait le temps et parvenait en cela mieux que son collègue mangaka à nous faire toucher l’Idée. Dans ces derniers volumes, assez linéaires, on réalise bien tardivement que les sujets de l’AEE, de l’équipe de la Team cerveau, de la mort du père, de l’histoire du robot Masamune… sont laissés presque en plan, sans suite. Pas le temps, Boichi coupe pour se concentrer sur l’achèvement inattendu de l’évolution d’Origin.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 15 -  Mangakakalot.com in 2020 | The originals, Good manga, ChapterLe sujet était casse-gueule comme tout thème SF très ambitieux. Et sur ce point l’auteur réussit excellement, sans faute de goût (juste un léger manque de lisibilité des séquences finales) en se permettant une fin ouverte et de mettre en quelques images cette série au point de jonction de pratiquement toute son œuvre. La fin de Wallman avait déjà rejoint Sun-ken Rock, Origin fait de même en créant un univers partagé potentiellement passionnant pour peu que ce grand gourmand ait le temps de planifier un projet structuré. Fortement poussé par ses envies, extrêmement talentueux, Boichi arrive avec Origin à accomplir, malgré ses nombreux défauts, une des œuvres SF les plus ambitieuses et réussies de la BD mondiale. Comme beaucoup de dessinateurs il lui manque encore l’autocontrôle scénaristique qui permettrait à ses créations de passer le stade de la claque visuelle, une fluidité narrative. Mais comment bouder son plaisir devant une telle maestria graphique, cette furie des corps, cette imagerie technique et ces dernières visions SF magistrales. Origin est à ce jour la meilleure BD du coréen. En attendant la suivante…

****·Manga

Origin #6-8

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Le sixième tome conclut la séquence de l’attaque contre le centre de l’AEE. Très plaisante offensive qui permet notamment à l’auteur d’imaginer comment une militaire de l’élite  peut rivaliser avec ces androïdes ultraperfectionnés. Comme je l’ai déjà dit, la série avance vite car il reste moins de la moitié pour développer une intrigue qui était restée assez obscure jusqu’ici. Et cela tombe bien car dès la fin de ce volume l’intelligence artificielle Origin T7, manga chez Pika de Boichiultime Y va révéler à Origin leur rôle respectif ainsi que l’existence d’une adversité inconcevable… et diablement intéressante intellectuellement parlant! Alors qu’un ouvrage majeur sur le sujet vient de sortir, il est étonnant de voir comme les auteurs correspondent par œuvres interposées sur un sujet, l’Intelligence Artificielle, qui semble n’avoir jamais autant passionné. Il faut dire que la collapsologie  nous pousse à nous interroger plus que jamais sur ce qui fait l’existence et ce qui pourrait succéder à l’homme en poussant Asimov un peu plus loin encore…

Le septième volume marque un petit ventre mou en faisant une grosse pause dans l’action et le retour sur les relations entre membres de l’AEE et l’humour à la Boichi. Origin cherche des moyens de se reconstruire, il est fauché et se lance dans la production de mangas (!!). L’auteur en profite pour creuser le thème de l’amour possible entre une humaine (Mai Hirose) et une IA (Origin)… Comme toujours les réflexions sont assez passionnantes bien que le temps manque pour les creuser. A ce titre on est donc bien à l’opposé du Carbone et Silicium de Bablet qui prends beaucoup de temps pour détailler sa pensée complexe. Chez Boichi, manga grand public oblige, on part à peu près du même point mais en effleurant juste certains concepts. Le sujet de cet épisode est l’enquête de l’AEE sur les restes des androïdes de l’attaque après que la multinationale ait étouffé l’affaire sur le plan médiatique. Du coup si le scénario reste intéressant, les personnages principaux sont tout à fait mis de côté ce qui crée un petit essoufflement. Le plus intéressant, hormis les combats donc, c’est bien les idées d’objets et du quotidien dans un futur proche (on nous parlera plus tard de Fukushima), dans une démarche proche de celle de Spielberg sur Minority Report. L’autre concept que j’aime bien c’est la transposition des codes du super-héro (couverture civile et action superpower clandestine) dans un environnement Hard-SF. Ce principe est une ligne force de la série et trouvera sa conclusion au tome huit.Manga «Origin» by Boichi shared by M I S T M O R N

Plus que deux volumes avant la fin et ce huitième tome marque le retour des combats brutaux, fulgurants, entre robots. Repartant sur les mêmes bases que les tous premiers épisodes avec du combat de rue imprévu, cette fois cela ne va pas bien se passer pour Origin… Si les dessins atteignent de nouveau des sommets tant dans la virtuosité des cadrages et anatomies (avec donc un retour du fan-service mais aussi, avouons le, une passion de l’auteur pour le dessin des corps, qu’ils soient féminins ou masculins), Boichi reprend aussi ses tics de narration coupée brutalement Origin T8, manga chez Pika de Boichiavec de vraies hachures entre les cases d’action, et parfois l’impression que l’on a raté une page. C’est un effet de style pour gérer l’immédiateté des raisonnements des IA et la rapidité subluminique des actions, mais j’avoue que c’est un peu perturbant et coupe la dynamique des combats. Hormis cette gestion du temps, l’auteur sait nous surprendre, souvent et lance son dernier arc dans une fuite pour Origin et Mai devant les robots et les humains, qui pour des raisons différentes ont tout intérêt à leur mettre la main dessus. Faisant face à l’ennemi le plus redoutable qui lui ait été donné d’affronter, Origin se retrouve face au mur d’atteindre un statut de perfection s’il veut sauver la jeune femme. Le principal risque de cette série est que l’auteur ne sache pas où forcer le trait tant les thèmes sont nombreux et passionnants. Du coup cela accentue la surprise quand il vire de bord et bien malin celui qui sait comment toute cela va se terminer… A ce stade, Origin est un manga qui frôle la perfection mais reste freiné par quelques tics, un format assez court et une indécision entre les multiples envies du mangaka. Mais cela reste un très grand plaisir à chaque tome.

***·BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale d’une des dernières séries de Jodoroswky, magnifiquement mise en image par Liu Dongzi, je vous propose de relire ma chronique de la série:

BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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****·Manga

Origin #4-5

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Origin - BD, informations, cotesPour preuve de l’implication de Boichi dans cette série qui lui tient particulièrement à cœur, les petites préfaces inclues sur la jaquette apportent des informations très intéressantes sur la démarche et éclairent d’un jour nouveau les planches du récit. Ainsi sur le volume quatre il nous décrit l’évolution récente du Cyberpunk dans les littératures de l’imaginaire et le plaisir à introduire le « personnage » de Y, l’IA surpuissante qui nous rappelle fortement l’IA de l’excellent manga Ex-Arm. Dans le cinquième tome il nous décrit dans un texte essentiel pour la compréhension de l’œuvre, de son envie de parler non seulement des robots mais surtout d' »êtres doués de pensée ». Par des rajouts réguliers de références à Asimov et ici à Arthur Clark il rattache sa série aux pères fondateurs du genre tout en citant Fritz Lang ou Terminator.

Ces deux volumes montent d’un cran en terme d’action puisque après l’introduction d’Origin à l’IA secrète développée par l’AEE les tomes quatre et cinq décrivent le déroulement de l’attaque des « frères » contre le centre. Moyen pour Boichi de faire parler la poudre avec des séquences d’action très puissantes et toujours aussi virtuoses. Le seul reproche que je ferais repose sur un rythme un peu haché du fait de la nécessité d’avancer rapidement dans cette série au format court (dix tomes en tout) et d’inutiles résumés des épisodes précédents, un peu comme dans certaines Scan Origin 44 VF - Lecture En Ligne Mangasséries américaines, ce qui fait perdre des pages de développement… Hormis cela, on est au cœur de l’action, avec toujours les réflexions d’Origin sur le meilleur moyen d’empêcher ses adversaires de tuer des humains (pour « vivre convenablement ») et les descriptifs techniques toujours passionnants sur les développements du corps des robots et les manœuvres pour parvenir à ses fins en utilisant le maximum des capacités de la « machine ». La baston est finalement un peu facile pour le héros mais on peut gager que cela va monter d’un cran avec l’arrivée des autres « frères ». Notons que le tome cinq profite étonnamment d’une séquence de résumé pour nous raconter l’origine des autres robots, ce qui n’avait pas été fait aussi clairement jusqu’ici et fait un peu retomber le mystère.

Sur ces volumes Boichi est particulièrement sage concernant ses tics puisqu’il y a très peu d’humour et aucun élément Ecchi, ce qui permet clairement de densifier le récit. Attention, la violence reste importante et l’auteur montre ce qu’il y a à montrer sans détours. Les bonnes idées foisonnent dans cette séquence, qui se rapproche donc beaucoup des idées dEx-Arm, manga récemment découvert, sublime graphiquement également et comme Origin descendant directe de l’œuvre de Masamune Shirow (Appleseed et Ghost in the shell… dont il faudra que je parle dans un billet dédié vu le nombre Origin: Chapter 42 - Page 18d’articles où je réfère au maître!). Je regrette simplement la première faute de gout avec le tank dont l’apparence semi-organique rappelle l’attrait de pas mal de manga pour les monstres à parties humaines (dents proéminentes, bouches multiples,…) et qui fait totalement tache ici dans une œuvre hyper-technologique (aspect graphique qu’assume mieux Ex-Arm). Dommage et j’espère que les combats contre les homologues androïdes reprendront rapidement. Je regrette également les bonus qui abandonnent (temporairement?) les fichiers techniques si passionnants des précédents volumes pour un journal de Boichi à l’humour tout à fait douteux…

Au final j’ai trouvé le volume quatre vraiment incroyable et le cinq un peu moins bon, dans une série qui reste particulièrement prenante autant intellectuellement que graphiquement et reste ce que Boichi à fait de mieux pour le moment dans ce que j’ai lu.

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***·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Les 7 ninja d’Efu #4-5

Salut, à tous! Exceptionnellement pas de C’est lundi cette semaine. En remplacement, une fournée de manga et comics très récents (et franchement WTF!) grâce à nos partenaires,  avec les derniers Teenage Mutant Ninja Turtles et Rick &Morty de chez Hicomics, le dingue Shaolin Cowboy et on terminera la semaine avec un nouveau guide de lecture sur le cycle de Shaïgan de Thorgal et le dernier Dr. Stone!

Allez, on commence tout de suite avec la suite de l’étonnant 7 Ninja d’Efu proposé par Meian.

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Manga de Takayuki Yamaguchi,
Meian (2019-), 190 p./tome, 5 tomes parus en VF (9 en VO).

Les volumes comprennent en introduction un résumé et un sommaire des chapitres et des cycles, qui aide bien à s’y retrouver dans cette histoire aux coupures sèches entre les parties. Je vous renvoie au billet sur le début de la série pour la description physique des volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur fidélité.

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  • Tome 4:

Efu no Shichinin - Raw chap 25, Read Efu no Shichinin - Raw chap ...On termine l’intrigue commencée sur les îles Ryukyu situées à l’extrême sud de l’archipel japonais avec la trahison du seigneur fou Hideyori Toyotomi qu’une armée est venue sauver. Soumettant son ancien allié (et désormais considéré comme un « chien » à d’atroces sévices, il provoque la naissance d’un nouvel (et dernier) Onshin. Comme depuis le début, la description physique de certains personnages, le nombre de ceux-ci et le rythme très rapide de l’histoire fait que l’on peut avoir du mal à distinguer certains protagonistes et s’y perdre un peu. Il faut donc rester vigilants malgré des planches tournées vers l’action et à la lecture rapide.

Le volume démarre ensuite le « cycle des guerriers légendaires et des démons » où l’apparition d’un ronin légendaire va simplifier l’histoire, plus linéaire et plus facile à suivre. Son affrontement contre un démon rattaché à une chrétienne va occuper le reste du tome. Comme depuis le début, âmes sensibles s’abstenir, l’auteur fait œuvre de grande cruauté et de manipulations corporelles que ne renierait pas David Cronenberg…

  • Tome 5:

Efu no Shichinin - Raw chap 25, Read Efu no Shichinin - Raw chap ...Ce volume comprend la fin du récit du guerrier Musashi (l’histoire la plus simple et la meilleure jusqu’ici) et continue sur deux chapitres traitant de l’armure géante Burokken. L’aspect « mecha » par les différentes armures et carapaces d’Onshin prend de l’importance et accentue l’originalité de cette étonnante série dont la complexité narrative ne doit pas cacher une vraie création artistique, parfois sensiblement influencée par Berserk. L’aspect organique des dessins, très en phase avec un pan de l’imagerie manga et les magnifiques couvertures couleurs donnent une vraie particularité à une série qui demande un peu de patience, le temps que l’intrigue se mette véritablement en route.

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****·Manga

Origin #2-3

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

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Origin vit au milieu des humains en cherchant à éviter de se faire repérer, lorsqu’il réalise qu’il n’est pas seul dans ce cas. Lourdement endommagé par un combat contre deux androïdes il va devoir trouver les moyens de reconstruire un corps encore plus solide et puissant, alors que ses adversaires cherchent à l’éliminer…

L’entrée en matière de cette (courte) série du virtuose coréen m’avait pas mal scotché… et dès le second tome on gagne encore en ampleur et en ambition avec (chose étonnante) une écriture qui domine le dessin. L’ambition de l’auteur, qui fait fréquemment référence à l’œuvre d’Isaac Asimov (et à Masamune Shirow, créateur du mythique Ghost in the shell dont le méchant d’Origin reprend le prénom), est de proposer une Origin -2- Volume 2réflexion sur la pensée robotique et, thème classique de la SF, sur la jonction entre humanité immorale et IA tendant cherchant la morale. Proposant de temps en temps de courtes séquences nous montrant Origin dans sa première forme d’un petit robot mignon, Boichi nous explique que si sophistiqué que soit le corps (et il l’est!) c’est bien la puissance de l’IA qui détermine si l’humain aura atteint le statut de créateur en donnant vie à une pensée originale. Pour preuve, ce débat interne aux autres androïdes entre l’optimisation de leur capacité d’IA et celle de leur corps cybernétique. On est donc bien dans une revisitation cyber de Pincocchio et c’est captivant!

Il y a finalement assez peu de combats dans cette série car ces derniers se passent à une vitesse surhumaine qui permet de développer un récit en pause, nous posant lentement les réflexions, analyses stratégiques de combat du héros et ses choix de sacrifices d’éléments de son corps afin d’obtenir son objectif. On a donc une sorte d’avancée image Scan Origin 18 VF - Lecture En Ligne Mangaspar image d’un combat qui se déroule en quelques secondes. Comme si Boichi était conscient de ses penchants (vers le fan service ou d’action démesurée) il se contraint et n’en est que meilleur! Les efforts mis pour nous faire entrer dans un « raisonnement » de robot sont impressionnants et subtiles.

Le paysage social n’est pas en reste dans Origin avec de superbes idées sur une société de demain avec une différence notable avec les anticipations d’un Fred Duval puisque le cadre japonais, déjà très technologique aujourd’hui nous pose dans une quasi actualité. L’auteur utilise également les schémas de domination et de respect de code moral de l’entreprise et des robots pour reprendre certaines thématiques des histoires de Samouraï avec leur code de l’honneur, leur recherche de « vie convenable » et leurs sacrifices. Avec le difficile apprentissage des relations humaines de son robot, Boichi parvient ainsi à une étonnante alchimie réutilisant les sujets classiques du manga liés aux difficultés de la société japonaise via son Candide.

Dans le tome 3 la tension retombe un peu malgré un affrontement étonnant contre un robot militaire géant qui permet à l’auteur de proposer des éléments technologiques et de l’anticipation militaire très originaux. Une partie du volume revient sur les relations interpersonnelles et les quelques tics de Boichi un peu lourds. Ça reste cohérent avec la proposition d’étude sociale du japon futuriste mais ce n’est pas forcément ce qui me passionne le plus dans Origin.

La richesse thématique, graphique et la maîtrise de l’ensemble cependant sont tout à fait remarquables et font  dès ce début de série d’Origin un des meilleures création traitant de la robotique et de l’Intelligence artificielle.

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