Graphismes·La trouvaille du vendredi

Frank Cho art book

La trouvaille+joaquimArt-book de Frank Cho
Delcourt (2018) – Flesh (2017), 128 p.

9a7fe96b65cec7d5f0dd2d21a287dd75Dans la foulée de la publication du récent (et excellent!) Skybourne, les éditions Delcourt sortent un « Art-book »… qui n’en est pas vraiment un puisque nous avons ici une traduction de « Drawing beautiful women: the Frank Cho method » publié en 2014 et qui consiste plus en une méthode de dessin et de représentation anatomique que d’un art-book proprement dit, contrairement aux deux volumes du « Women » publié chez Image en 2006. Cela n’en est pas moins passionnant pour qui aime l’art de Cho.

Nous avons donc droit a 128 pages de dessin et croquis du maître, chapitrés entre anatomie, encrage, peinture, mise en scène et hachures (dessin au stylo bille), pour moins de 20€. De quoi de faire briller les mirettes pour pas très cher et j’espère vivement que Delcourt va continuer sur sa lancée en sortant les autres véritables art-book de Frank Cho.

Résultat de recherche d'images pour "frank cho drawing"L’auteur explique au fil de ces pages sa technique agrémentée de quelques conseils simples mais qui reviennent dans la bouche de tous les grands illustrateurs: dessiner tous les jours! Que vous soyez illustrateur en herbe, professionnel ou simple amateur de dessins, l’ouvrage vous passionnera tant il est fascinant de voir un très grand illustrateur montrer ses étapes de création avec la plus grande simplicité du monde, finissant par nous faire croire que dessiner comme lui n’est qu’une histoire de travail… L’ouvrage est également la confirmation que beaucoup est une question de technique (anatomique et perspectives) en dessin et que lorsque comme lui ou autre Kim Jung Gi on excelle dans la reproduction technique des corps et mouvements, tout paraît tellement facile, naturel et agréable à l’œil. Ou encore quand on est comme Varanda formé en dessin d’architecture… Loin de moi l’idée de dire que seuls les techniciens savent dessiner, mais même pour des styles plus déglingues on sent souvent une certaine maîtrise qui rend les Résultat de recherche d'images pour "frank cho drawing beautiful"dessins « propres ».

Cho agrémente ses « cours » par plein de petits messages rigolos, se référent à son penchant coquin pour les belles femmes dénudées ou au côté décalé de certaines illustrations. Ce making-of n’a rien d’austère, d’abord car les croquis dessinés par un tel talent sont toujours agréables mais aussi car une partie du livre présente également la mise en scène (construction) des illustrations, avec différentes techniques. On a donc droit à quelques images finies, moins que dans un art-book proprement dit mais ça reste très agréable et impressionnant. Pour ma part la technique du stylo bille me laisse pantois devant un tel réalisme réalisé avec une arme si peu « noble »…

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Que vous ayez découvert ce très grand illustrateur sur Skybourne ou sur vous connaissiez déjà son travail, un livre illustré par lui est toujours un très grand plaisir graphique et je vous invite vivement à vous procurer ce bouquin et à le contempler souvent!

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Renato jones: Freelancer

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Comic de Kaare Kyle Andrews,
Akileos (2018) – Image (2018) , 137 p. « saison 2 ».
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Renato Jones est de retour ou plutôt son avatar vengeur: Freelancer (incarnant la liberté d’assassiner dans un monde où les 1% considèrent normal de tout contrôler). La première saison avait présenté les origines de Renato et son dilemme insoluble en la personne de son amie Bliss, membre des 1%…

L’album reprends là où le précédent s’était achevé, sur un affrontement au dénouement inattendu avec Super Méchant (l’auteur explique dans les bonus que ce nom était au départ une blague mais a finalement été retenue… et je confirme que cela ajoute beaucoup au côté déraisonnable et très attachant du projet!). Le risque avec les auteurs de comics est toujours celui de se laisser porter par un design réussi comme une fin en soi (genre Poet Anderson). C’était un peu le cas sur le premier volume, même si le travail graphique de textes mélangé aux cases et la structure générale de l’objet pouvait le justifier.

Le père de Bliss est porté à la présidence des Etats-Unis et avec lui l’accès des 1% à la toute puissance. Renato a échoué, la charge est trop forte. Pourtant ces adversaires de l’humanité ont identité leur ennemi, le Freelancer, dont ils vont essayer de trouver l’identité…

Résultat de recherche d'images pour "renato jones freelancer andrews"Sur Freelancer on monte d’un cran en qualité en évacuant notamment les complexités d’aller-retour temporels qui ne facilitaient pas une lecture déjà) surchargée par l’habillage et le dessin d’Andrews. Là-dessus je suis vraiment content par-ce que dans les comics j’ai plus souvent l’expérience de l’inverse… Débarrassé du problème de l' »origin story », l’auteur se lâche en appliquant la rupture radicale nécessaire à la bonne tenue d’une histoire: très vite les méchants gagnent et Renato tombe dans la dépression! Arrivé à ce stade Andrews évite le Deus Ex machina facile en déroulant une continuité cohérente avec des éléments mis en place dans le premier tome. On est surpris, perdu, ravis, bref, du très bon scénario! Fondamentalement Renato est un Batman sans slip dans le monde réel et l’auteur joue sur les mêmes registres de la famille et du père adoptif ainsi que sur l’identité du justicier. La post-face est très intéressante pour comprendre la construction de cette seconde saison, avec l’arrivée au pouvoir aux Etats-Unis de ces 1% en la personne de Donald Trump! Le risque de voir le côté subversif de l’ouvrage était alors grand en rejoignant la réalité. L’auteur a ainsi fait le choix de la surenchère cataclysmique, qui aurait pu paraître too much si l’on ne connaissant pas le contexte de notre monde. En cela Renato Jones est sans doute le comic le plus lié à l’actualité qui ait été publié! Même pas de l’anticipation, une simple illustration…

Résultat de recherche d'images pour "renato jones freelancer andrews"Graphiquement également les pages s’apurent. On a plus de blanc et noir contrasté assumé, ce qui facilite la lisibilité et permet d’apprécier mieux la qualité du dessin. Je trouve que l’artiste dessine plus qu’il ne design et cela améliore le rendu général. Si « les 1% » piochaient graphiquement dans le Dark Knight de Miller, ce volume penche plus vers du Sin City et c’est tant mieux! Les séquences d’action sont toujours aussi foutraque et les grosses ellipses sont parfois surprenantes. Mais rappelons nous que nous restons malgré tout dans le registre super-héroïque, genre où le combat 1 contre 1000 achevé par une apothéose est entré dans les codes familiers.

Si j’avais beaucoup apprécié le projet général et l’implication de l’auteur sur le premier tome, j’avais constaté quelques lacunes qui me semblent quasiment disparaître ici, pour proposer un ouvrage politique de première envergure et à la maturité vraiment intéressante. L’enchaînement des deux intrigues rendra compliqué de ne lire que le second tome mais gageons qu’Akileos publiera prochainement une édition intégrale rehaussée de mille et un bonus! En attendant vous pouvez lire l’interview de l’auteur (en anglais) sur le site de l’éditeur Image comics et vous entraîner aux fléchettes sur le président à la houppette blonde en criant:

Bouffe moi ça!

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Un autre avis chez Freneticart.

BD·Documentaire·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Guarani, les enfants soldats du Paraguay.

Le Docu du Week-End
BD de Diego Agrimbeau et Gabriel Ippoliti
Steinkis (2018), 128 p., one-shot.

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Je fais avec cet album une première entorse au cadre de la BD Docu puisque nous avons bien ici une pure fiction… inspirée de faits historiques. Comme beaucoup de BD donc. Mais sans revenir sur mes débats personnels sur le statut d’un documentaire (voir mes précédentes chroniques), le fait de découvrir via cet album des événements totalement inconnus de la plupart des visiteurs qui liront ces lignes, la gravité majeure de ces massacres et de cette guerre nationaliste, justifie que je publie ma chronique dans cette rubrique lue par des gens qui pensent que la BD est là aussi pour nous apprendre des choses… L’ouvrage Steinkis commence par un résumé des origine de la guerre de la Triple alliance (Brésil/Uruguay/Argentine) au XIX° siècle, contre le jeune Paraguay, qui permet de situer le contexte. J’aurais aimé quelques documents en fin d’album pour coller encore plus la fiction au réel…

Pour finir ce préambule je m’attarderais sur une couverture symptomatique de la qualité du travail de l’illustrateur argentin Gabriel Ippoliti, extraordinaire dessinateur (comme tous les illustrateurs argentins?) que je découvre et dont je suivrais les prochaines publications sans aucun doute! Cette illustration attire sur le regard magnifique de l’enfant en rouge, puis sur les costumes démesurés des autres petits soldats pour enfin tomber en haut sur le regard du photographe, témoin de cette horreur. Tout l’album est résumé dans cette image et j’avoue que j’ai rarement vu une « affiche » à la fois si belle, si accrocheuse et si fidèle au contenu. Cet artiste a une maîtrise au scalpel de son art et de la composition, comme je vais l’expliquer plus bas.

Entre 1865 et 1870 a lieu une terrible guerre en Amérique latine, une guerre folle aux motifs oubliés et dont les protagonistes, des héritiers dynastiques perdus comme des nobles européens déchus, utilisèrent leurs peuples comme revenche. Un peuple qui ne voulait pas d’histoire, comme ces pacifiques indiens Guarani dont les fous de guerre finirent par prendre même les enfants. Un photographe français en reportage sera témoin de cette folie, de cette barbarie inouïe…

guarani1Cet album est un choc tant visuel que thématique. Il parvient à frôler la perfection dans la simplicité du récit comme dans la justesse du dessin et du cadrage. Ce duo argentin nous propose avec Guarani une plongée d’une beauté et d’une humanité folle dans des événements dont personne ou presque n’a entendu parler. Les guerres coloniales ou nationalistes furent très nombreuses au XIX° siècle mais européanocentrés comme nous le sommes ce qui s’est passé de l’autre côté de l’Atlantique ne nous est pas connus. Nous découvrons donc un continent en proie à une guerre sans doute instrumentalisée par les puissances anglaise et américaine et dont la pertinence n’égala pas celle de nos guerres européennes. Le scénariste Diego Agrimbeau place finement le lecteur dans les pas d’un témoin naïf en la personne d’un colosse terriblement charismatique et archétype bien connu de la technique du récit: le photographe. Pierre Duprat veut voir les indiens Guarani, situés en plein front et enrôlés de force dans une guerre qui n’est pas la leur. Le français entame un voyage initiatique, spectateur d’une Amérique étrange, naturelle où comme dans Apocalypse Now, la remontée du fleuve fait se rapprocher du Mal. Entendons nous bien, l’album est traité avec beaucoup de douceur et seules quelques cases et le contexte général nous font comprendre les affres de la guerre. guarani3Doux géants frappé par la brutalité de ces hommes sur un continent qu’il ne connaît pas, il rencontre avec les Guarani (dépeints par Emmanuel Lepage dans son magnifique Terre sans mal il y a quelques années) des esprits purs, sans violence et à la beauté paradisiaque. Le scénariste donne une grande subtilité aux planches de son acolyte en passant beaucoup de choses par le regard, notamment cette relation platonique où l’on devine de l’amour, un amour courtois impossible mais où les auteurs n’interviendront pas…

Dès les premières planches nous sommes saisis par la qualité et la maîtrise graphique d‘Ippoliti qui, dans un style BD aux effets crayonnés trouve une justesse de ton, des regards, des cadrages proprement sidérante. Le dessin BD n’est pas que technique, c’est surtout une intelligence qui fait réaliser que tel dessin finalement assez simple, acquiert une pureté, un réalisme grâce à d’infimes détails de tracé ou de mise en scène. guarani2Toutes les scènes, qu’elles soient urbaines, guerrières ou itinérantes, ont un dynamisme qui fait croire à un dessin animé et nous immerge totalement dans le récit et ses personnages très attachants par-ce que pertinents, justifiés, entre le photographe nationaliste paraguayen, l’indien exilé en ville ou ces Guarani muets mais à la beauté si parfaite.

On a coutume de dire que le bel art est simplicité. Il y a de cela dans Guarani, une histoire simple mais aux répercutions fondamentales (l’utilisation aberrante d’enfants pour « jouer » à la guerre, la corruption de la pureté, la quête de sens d’un témoin extérieur mais si touché). Dans l’esprit on est pas loin de l’ambiance de la Ligne rouge, le chef d’oeuvre de Terrence Malick au cinéma. Des images et des chants qui restent en mémoire. Un grand coup de cœur et un coup de chapeau!

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Renato jones: les un %

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Comic de Kaare Kyle Andrews,
Akileos (2018) , 137 p.
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Lors de la sortie de l’album l’éditeur Akileos, plutôt doué pour dénicher des perles souvent assez graphiques, avait mis le paquet en com’ et le relais blogs et réseaux sociaux avait été excellent. L’ouvrage étant lu en numérique grâce à ma collaboration avec l’éditeur, je ne peux pas faire de commentaire sur la fabrication. Le travail de maquette et de mise en page (de l’auteur) en revanche est particulièrement recherché et vire même presque au concept (on retrouve un peu la démarche de Nicolas Petrimaux sur Il faut flinguer Ramirez), avec de fausses publicités et des doubles pages très design qui débordent très largement les pages de titres de parties.

Renato Jones est l’héritier d’une grande fortune… sale. Vivant dans le monde des 1%, un monde de cynisme, de violence et de plaisirs orgiaques, il assume également le costume de justicier parti en croisade pour éliminer ces abus. Et pour éliminer il faut tuer!

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Graphiquement Kaare Kyle Andrews est dans une filiation assez directe du Frank Miller de Dark Knight et Dark Knight returns… ce qui implique un trait assez années 80. La filiation ne s’arrête pas là et je qualifierais directement l’auteur de fils spirituel du dessinateur de Sin City, aussi paradoxalement que cela puisse paraître: si Miller est connu pour ses positions réactionnaires qui avaient fusionné avec les options expéditives du Batman dans les années 80, Andrews se cale dans le sillage d’Occupy Wall Street en proposant avec Renato Jones une des BD les plus politiques qui soient! C’est d’ailleurs la principale qualité de cet album que sa radicalité totalement punk à une époque d’ultralibéralisme triomphant.

Pour l’habillage, Renato Jones est un Batman politique et politiquement incorrecte, totalement émancipé du comic code authority, un Batman que même un Alan Moore n’aurait pas fait. Milliardaire incarnant ce qu’il traque, il est formé par le majordome pour venger les pauvres et assassiner les plus démoniaques des 1%.

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Andrews est énervé et entre des fausses publicités pour objets de luxe en mode photo (très drôles) il propose des scènes de massacres au découpage apocalyptique, pas toujours évident à lire avec son trait parfois grossier, mais terriblement imaginatif et recherché! L’album (et son justicier) est très poseur (on reste dans le style super-héros) et le jeu sur les plans, les contrastes et les textures est vraiment remarquable. Je ne dirais pas que Kaare Kyle Andrews est un grand dessinateur (son trait reste assez grossier, comme celui de Miller) mais il est un remarquable maquettiste et designer. Par exemple l’ensemble des séquences présentant l’enfance de Renato sont habillées de trames et fausses pliures qui donnent un aspect de vieille BD et qui ajoute de la classe à la lecture.

Honte d’être riche? C’est lui qui vous jugera… Renato Jones, justicier de luxe »

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Le discours en mode Punisher pourra choquer certains même si les personnages éliminés sont tout abominables. Mais l’auteur assume son propos: nous avons affaire à des vampires assoiffés de sang, de sexe et de pouvoir que rien ne peut arrêter. Face au mal il ne faut pas tergiverser. Dans un scénario sommes toutes assez linéaire la subtilité arrive avec l’amie d’enfance du justicier, fille d’ultra-riche et totalement aliénée par son univers fortuné. Renato se retrouve à aimer une personne incarnant ce qu’il abhorre… La fin de l’album, très maîtrisée, donne envie de lire la suite et posant un rebondissement un peu tardif selon moi.

Ce premier volume très rafraîchissant montre (comme un Lupano en rogne) que la BD peut être un loisir tout en prenant position dans le monde cynique qui nous entoure. Graphiquement original bien qu’imprécis, Renato Jones apporte la même nouveauté de ton et de traitement que le Dark Knight de Frank Miller jadis. D’une lecture un peu complexe du fait d’un découpage haché mais diablement intelligent, il me fait penser, dans un genre moins intello, au récent Black Monday Murders, pour sa puissance évocatrice et sa capacité à proposer un album sorti de tout compromis. Une belle découverte.

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BD·Mercredi BD·Rétro

Pain in black

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #2
BD de Florent Maudoux
Ankama (2014), 86 p. 4 volumes parus.

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J’ai beaucoup aimé le premier tome, du coup j’enchaîne (toujours plus confortable de lire une série dans la foulée). Pour le descriptif matériel se reporter à la critique du tome 1. La tranche du premier volume arborait un profile de Spartacus, ici celui de l’Araignée et l’ensemble proposera une frise continue du plus bel effet. J’aime toujours quand l’éditeur porte attention au rangement des séries dans l’étagère.

Une idée en passant, vu que l’on est sur un format comics et que la série principale regorge d’annexes texte et images originaux, ce serait très agréable d’avoir des bonus, sur Funérailles…

Les deux frères ont été séparés, l’un envoyé à l’académie formant l’élite dirigeante  de Rem, l’autre au camp militaire où l’on prépare la chair à canon des légions de la République. Ne perdant pas de vue leur serment de faire tomber cette République, ils poursuivent leur apprentissage tout en tisant des liens avec de futurs alliés. Pendant ce temps, leur mère, ravagée par le désespoir de l’exécution de Spartacus, retourne dans le château familial où des révélations l’attendent auprès de la matriarche du clan…

https://i.pinimg.com/originals/75/f9/85/75f985837ed0773a3611e29498adafb3.jpgLa structure du récit de se second tome est assez simple, répartie entre Scipio d’un côté, Pretorius de l’autre, la veuve noire enfin. Les deux héros vont parfaire leurs capacités et démontrer qu’ils sont des leaders. L’album s’attarde plus sur Pretorius dont la conviction en fait une menace pour l’institution militaire qui ne considère les gueules cassées que comme de la piétaille bonne à aller mourir sur le champ de bataille. L’inspiration de cette partie est clairement celle des films sur le Vietnam, comme l’illustre le titre inspiré de la chanson des Stones (et rattachée à la guerre asiatique) et les jeux de mots (toujours!) sur le Nam’, qui est ici la République de Namor, éternel rivale de Rem. On a ici une ambiance de caserne qui colle bien à l’humour de l’auteur et correspond plus à la série mère que les séquences dans la haute société. La grande force de la série reste les personnages, divers, attachants et bien caractérisés. On est ici en terrain connu mais les différentes séquences de constitution d’un groupe de fidèles à Pretorius sont parfaitement menées et intéressantes.

https://i0.wp.com/chrysopee.dd1.free.fr/Img_PAO/Matos_BD/FreaksSqueeleFun%E9arailles_T2_pl1.jpgLa partie sur Scipio nous révèle de nouvelles informations concernant le fonctionnement de la République et voit l’arrivée d’un alter-égo, Aelius le héros parfait que le caractère rebelle de Scipio mets en danger malgré leur amitié. Cette partie nous propose surtout une magnifique séquence d’action magique sur des planches noir et blanc tramées (style manga) qui donnent un effet très original et permettent d’apprécier les encrages toujours aussi magnifiques de Maudoux. Les manigances autour de l’Araignée permettent enfin de comprendre la conspiration politique qui a lieu pour la prise de pouvoir sur la religion d’État et nous en apprennent plus sur les règles génétiques très particulières de cette société: il semblerait que les femmes n’accouchent pas toujours de jumeaux et que ceux-ci fusionnent parfois en un seul être tel Janus…

daed46f13a632f7d2087c202f8506ff6.jpgFlorent Maudoux élargit sa palette sur cet album en proposant une variété très riche (qui prépare son futur Vestigiales): une couverture peinte de toute beauté, des intérieurs tantôt colorisés, tantôt noir et blanc, des planches en effet crayonné, d’autres très encrées… tout cela est très riche et varié avec une qualité moyenne très élevée. Je remarque également l’utilisation d’effets de flous et d’une économie sur certains arrière-plans quand d’autres (architecturaux notamment) sont très fouillés. Ce n’est pas du tout problématique et l’aspect général est vraiment très beau, avec quelques séquences sexy pour agrémenter le tout.

Cette série est décidément remarquable d’équilibre, chaque tome étant très bien défini et abordant un genre spécifique tout en faisant progresser l’intrigue générale et la découverte de l’univers. Si j’avais quelques réticences sur Freak’s Squeele, Funerailles montre que Florent Maudoux est un remarquable scénariste et j’ai hâte de continuer ma découverte de la geste de Scipio et Pretorius!

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Vestigiales

BD du mercrediBD de Florent Maudoux
Ankama (2018), 80 p.

881632_w450Le livre comprend une préface et une poste-face en forme de descriptif des passions humaines… L’album est un one-shot dérivé de la série mère Freak’s Squeele, dans le même univers que Rouge  et Funerailles (ce dernier est sur ma PAL). Vestigiales fait référence à une fonction ancienne de certains organes qui n’a plus lieu d’être et renvoie à l’état primitif de l’homme. L’album propose donc d’aborder l’intime mystique des deux personnages de sa série phare, Ombre et Xiong Mao.

Vestigiales a été annoncé assez mystérieusement par son auteur au printemps dernier, comme un Spin-off érotique… Après lecture je ne pense pas qu’érotique soit le terme le plus approprié et je qualifierais plutôt l’album comme un essai mystico-baston sur l’identité sexuelle de ses personnages… Le projet est (comme la série mère d’ailleurs) assez personnel et le texte post-face est bienvenu pour détailler l’objet et l’appréhender pour autre chose qu’une simple digression baston sexy.

vestigiales1.jpgD’un premier abord, outre une couverture assez chaude, dans la ligne de l’évolution des couvertures de Maudoux (de plus en plus belles et de plus en plus « nues »!), cet album nous propose assez vite des combats dans le monde des rêves, via un voyage initiatique d’Ombre et Xiong Mao. L’auteur peut se faire plaisir et nous faire plaisir en dénudant franchement ses protagonistes lors des combats par ailleurs très bien menés. Dans la série principale l’on sentait une envie frustrée sans doute par le public assez large de la BD. La qualité du trait de Florent Maudoux et la sensualité graphique du personnage de Xiong Mao étaient ainsi couverts par l’histoire déglingos de Freak’s Squeele malgré quelque scènes de nu. La parution de la série Funérailles a vu une évolution des couvertures, très sexy, qui amènent très directement cet album.

Le principal intérêt de Vestigiales est donc son graphisme sublime, notamment du fait d’une colorisation très agréable et naturelle. Les entrelacs de corps féminins plus ou moins transformés en créatures imaginaires proposent de superbes planches au sein d’un univers noir et blanc qui permet pour la première fois de découvrir le talent brut, sans trame ni couleur, de Florent Maudoux qui est l’un des tout meilleurs illustrateurs de sa génération et que je m’impatiente de voir sortir de l’univers qu’il a créé pour voir ce qu’il peut proposer d’autre. L’encrage est très beau et les décors très élégants, le contraste entre arrières-plans et personnages étant ainsi renforcé. Vestigiales est un plaisir des yeux, un bonbon graphique!

jjp.jpgHeureusement, sa raison d’être n’est pas qu’une envie graphique (…ce qui aboutit généralement à quelque chose de joli mais a ranger rapidement au fond de l’étagère). Le projet est finalement assez ambitieux car s’il vise (selon son auteur) à combler un trou de son histoire, c’est surtout une réflexion sur le couple et sur l’identité intime de chacun qui est proposée. Présenté comme un rêve initiatique dans le passé des personnages, l’album les voit combattre des membres de leur famille ou des incarnations d’archétypes (féminin/masculin, Destruction/fertilité,…) jusqu’à envisager la vieillesse dans une sorte de nid primordial où est convoquée la vénus de Willendorf. les références sont nombreuses et subtiles et l’on sent que l’auteur pense ses histoires pour leur donner une symbolique qui dépasse la simple BD d’action.

Sans titre.jpgLe propos de Maudoux sur l’identité masculine notamment est vraiment intéressant et poussé, surprenant dans un spin-off de série grand-public à l’inspiration manga/comics. La prolongation de la réflexion dans le texte final détaille l’idée d’une révolution identitaire du mâle occidental dans un monde où les rites initiatiques ont disparu et laissent l’homme sans cadre pour se construire une identité sexuée…

La création de cet auteur est décidément inclassable (sans doute pour cela que j’ai eu un peu de mal à m’y immerger dans Freak’s Squeele), bancale par moments, mais visuellement superbe et permet de découvrir un bonhomme qui réfléchit son art. Ça donne indubitablement envie de se plonger plus loin dans sa biblio. Pour moi ça commence très bientôt avec Funerailles!

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BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

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