Comics·Nouveau !·East & West·**

3Keys #1

Premier tome de 144 pages, écrit et dessiné par David Messina. Parution en France aux éditions Shockdom le 14/01/2022.

Les Grands Anciens, c’est plus ce que c’était

Randolph Carter, le voyageur du Multivers, est parvenu, au cours de ses aventures, à entrer en possession des trois Clés d’Argent, trois armes capables de vaincre les Grands Anciens et leurs innommables rejetons. Après s’être volatilisé, ces armes semblaient perdues, mais elles ont été retrouvées par les trois derniers guerriers d’Ulthar. Ces armes ne pouvant être utilisées que par la lignée des Carter, les trois guerriers se sont séparés, pour retrouver les trois dernières descendantes de Randolph, et ainsi les seconder dans la tâche ardue qu’est la défense du Multivers.

Sacrés arguments de vente

En effet, les Grands Anciens sont de retour, et la Contrée du Rêve, dont sont issus les trois guerriers, a été ravagée. Peu à peu, les monstres s’insinuent dans notre réalité, en passant pas les rêves et les cauchemars des humains, qui sombrent peu à peu dans la folie. Il est donc urgent pour les cousines Carter d’intervenir ! Mais Noah, accompagnée de son mentor Theon, n’a pas toujours la tête à combattre des monstres…

Le dessinateur italien David Messina s’est fait connaître dans l’industrie du comics, chez Marvel, DC, IDW Publishing, avant de se lancer en tant qu’auteur complet avec 3Keys. En guise de worldbuilding, il reprend le mythe de Cthullu, en y ajoutant des guerrières sexy et des hommes-tigres, pour créer un univers décalé.

Néanmoins, si l’aspect graphique est indéniablement sublime, avec une maitrise évidente du trait et des postures, des créatures bien travaillées et des scènes d’action, il paraît clair que l’écriture ne suit pas. La mise en scène, passable par moments, ne sert en rien l’intrigue ni l’évolution des personnages, qui est ici quasi inexistante. Ce point ne serait pourtant pas rédhibitoire si le second degré et l’aspect cartoon étaient plus assumés, voire outranciers. Ici, on se retrouve avec un duo certes improbable, mais dont la dynamique tombe un peu à plat. L’héroïne badass et (trop) sûre d’elle peut être un atout, voire une base solide pour un arc narratif intéressant, mais ici, l’auteur ne semble pas saisir la pleine mesure des enjeux de son récit et passe vite d’une scène à l’autre, éparpillant d’autant plus l’intérêt du lecteur.

Cela donne donc des scènes d’action parfois brouillon, quelques tentatives d’humour qui ne font pas toujours mouche, et bien entendu, des retournements de situation pour lesquels on peine à trouver du sens.

Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur ce 3Keys, si ce n’est qu’il contenait tous les éléments d’une recette efficace, mais que l’auteur n’a pas eu les moyens entiers de sa politique. On peut donc proposer l’octroi de deux Calvin, éventuellement un troisième pour les fans de Lovecraft et pour la qualité des dessins.

***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Hercule

La trouvaille+joaquim

BD de JD Morvan et Looky
Panini (2012-2014), 46p./tome, série finie en trois tomes.

Après une lecture fort enjouée sur la série Shaolin  (que je vous conseille!) j’ai comme toujours parcouru la biblio du très bon dessinateur (Looky) pour tomber sur cette adaptation Space-opéra du mythe d’Hercule dont les planches semblaient impressionnantes. JD Morvan proposant tout à la fois certaines folies créatives dont il a le secret et des projets trop rapidement construits du fait du nombre incalculable d’albums qu’il scénarise j’ai abordé cette lecture en terra incognita.

Hercule (Looky) (tome 3) - (Looky / Olivier Thill / Jean-David Morvan) -  Science-fiction [CANAL-BD]Tout d’abord il semble que la série ait bien été prévue en douze tomes (comme les Travaux) puisque ces trois albums suivent les thèmes du Lion de Némée, l’Hydre de Lerne et le sanglier d’Erimanthe. On a donc très vraisemblablement affaire à un arrêt précoce qui n’est guère surprenant à la lecture puisque outre des dessins tout à fait réussis mais à l’aspect fortement numérique qui rebutent généralement le grand public, l’intrigue peine à accrocher un lecteur qui suit plutôt les actions bourrines de cet avatar du demi-dieu sans vraiment de fil conducteur. Le premier tome suit pourtant la narration originelle avec une Hera cybernétique qui fait commettre l’irréparable à Hercule, ultime guerrier-esclave qui assassine femme et enfants dans un état second. Contraint de remplir des missions punitives pour une puissance mystérieuse il part donc de planète en station spatiale pour éliminer une menace, après des enquêtes parfois en mode polar, aidé de side-kick plutôt sympathiques…

Hercule (Morvan/Looky) - BD, informations, cotesLa construction de l’univers est absolument flamboyante avec un gros travail d’adaptation à la fois référencé et très libre pour faire coller la mythologie grecque à ce space-opéra proche de la Dark-fantasy, très sexy et très gore où les textures informatiques posées par Olivier Thill sur les superbes dessins de Looky nous plongent dans un univers techno proche de celui des Meta-Barons. On ressent à la lecture une interinfluence artistique puisque l’univers graphique très sombre et violent rappelle le premier album de Valentin Sécher, Khaal. La création des design est vraiment inspirée et on aurait aimé embarquer dans ce monde cohérent où les dieux sont remplacés par une caste dominante et la magie par une ultra-technologie permettant toute distorsion spatiale et temporelle. On savoure les jeux de termes, les noms mythologiques techno-ifiés et certaines idées pas brillantes mais très savoureuses (les cornes du sanglier).

Bref, tout était en place pour proposer une grande série SF. Mais EXCLUSIVE: First look at interior art from Hercules: Wrath of the Heavensle scénariste est victime comme souvent d’un frein lié à l’adaptation, qui empêche par soucis de fidélité de se libérer complètement. Très porté sur les adaptations, Morvan subit les mêmes affres récemment sur ses Princes-démons. En oubliant d’héroïciser son Heraklès il le transforme en pantin du scénario, sorte de biker bad-ass en diable mais qui perd l’attrait de la toute puissance herculéenne. On suit alors ses aventures comme un beau décors et l’on oublie en fin d’album ce qu’on vient de lire. Manque d’ambition sans doute également car en segmentant par trop ses travaux et en partant sur un tome par épreuve on sérialise tout cela sans donner de l’empathie pour le personnage et l’on saute littéralement d’une aventure à une autre. Objet étrange, à la fois superbe, créatif, mais un peu hermétique, comme si la froideur des planches transpirait sur le texte, cette fausse trilogie Hercule mérite surtout pour la découverte d’un dessinateur et sur le potentiel qu’elle pouvait produire. Comme nombre d’autres ouvrages de dessinateurs du reste les amoureux d’univers et de dessins se régaleront, ceux qui attendent une vrais BD passeront sans doute leur chemin.

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***·Manga·Rapidos

Manga en vrac #29: FMA 10 – Shagahime 2&3 – Appare Ranman 2

  • Fullmetal Alchemist (Perfect edition) #10 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 248 p./volume. 10/17 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

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Étonnante et perturbante entrée en matière pour ce dixième tome (on se rapproche de la fin!) puisqu’on se trouve dans un flashback lors de la « rencontre » entre Lin et Greed qui ont fusionné à la fin du précédent volume. Après un intermède assez creux qui retombe dans les quelques séquences longuettes du début on part pour la guerre d’Ishval où on se rappelle que tant sur les thèmes abordés que sur le traitement assez cru des évènements FMA n’est pas vraiment un Shonen… Cette seconde moitié est donc passionnante avec beaucoup de commentaires sur la guerre et la communication nationaliste. L’intrigue elle-même progresse également puisque nous allons brutalement découvrir l’origine des liens entre le colonel Mustang, Maes Hughes et Hawkeye mais également l’Alchimie très particulière des orientaux de Xing. Petit coup de mou qui manque un peu d’action donc mais qui rebondit pourtant bien vite et maintient la tension très haut sans jamais savoir où tout cela va nous mener.

  • Shigahime #2 et 3 (Hirohisa/Mangetsu) – 2022, 208p./volume, 3/5 volumes parus (série achevée en 5 volumes).

bsic journalismMerci aux éditions Mangetsu pour leur confiance.

shigahime_3_mangetsuAprès une amorce redoutable de violence et de crudité, on continue avec deux nouveaux tomes de cette courte série vampirique centrée sur les familiers des immortels. Atmosphère toujours aussi vénéneuse qui suit donc ce « héros » incapable d’utiliser ses nouveaux pouvoirs de chasseur et se refusant à perdre totalement son humanité pour servir sa patronne, une « originelle ». Les liens entre cette Miwako (plus sage que dans le premier volume) et son protégé sont très ambigus, abordent les thèmes classiques de la sexualité des jeunes dans les manga avec cette femme présentée comme une prédatrice sexuelle corrompant la pureté juvénile de deux lycéens. Si les thématiques sociales sont importantes dans Shigahime, on regrettera un peu des combats assez mineurs par rapport à ce qui nous était promis. La tension dramatique n’en est pas moins très bonne et l’univers graphique et thématique de ces créatures de la nuit suffisamment original pour nous maintenir en éveil pour la suite.

  • Appare Ranman #2/3 (Ahndongshik-Apperacing/Doki-Doki) – (2020) 2022, 208p., série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

appare_ranman_2_dokiLe premier tome de cette courte série m’avait bien séduit et après une rapide introduction des personnages et la préparation de la course nous voilà parti sur les chapeaux de roue pour cette transaméricaine sauvage. Avec des dessins toujours aussi réussis dans un esprit Lupin III, ce qui surprend dans ce second opus c’est la part relativement réduite des séquences automobiles! Avec une importante galerie de personnages les auteurs préfèrent en effet se concentrer sur les interactions et manigances pour modifier l’ordre de la course. C’est un peu dommage même si l’optimisation de l’étonnant véhicule à vapeur d’Appare reste un fil rouge et que les séquences secondaires enchaînent très vite. Bref, on ne s’ennuie pas une seconde dans cette adaptation d’un anime de 2020 qui malgré une ambition modeste (seulement trois tomes) profite de sa brièveté pour ne pas perdre de temps en intermèdes et nous propose tout ce qui est attendu: des trognes bigger than life, des gunfight, des rebondissements en veux tu en voilà,… La conclusion arrive très vite chez nous puisqu’on connaîtra le dénouement début juillet chez Doki-Doki.

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Crusaders #4: Spin

La BD!
BD de Christophe Bec, Leno Carvalho et Simon Champlovier (coul.)
Delcourt (2022), 64p., série en cours.

Attention, ce billet contient des spoilers!

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Victime d’une « graine de Largan » la Terre a été détruite… Terrassée, la commandante de la délégation humaine Natalia Tarkowski va entrer en rébellion et obtenir des informations confidentielles sur les Emanants qui remettent en doute l’objectif de cette race supérieure…

Chose rare, on arrive à l’avant-dernier tome de cette monumentale saga spatio-quantique de Christophe Bec, qui aura su condenser son propos sur un format tout à fait digeste (contrairement à ce que je lis de-ci-de là sur cette série). Je suis pourtant un déçu des magnifiques concepts de l’auteur qui m’ont dégoûté (notamment sur Prométhée) à devoir attendre dix tomes avant de passer la seconde. Le vocabulaire scientifique qui lui est reproché est pourtant essentiel à l’approche hard-science de Crusaders tome 4 - BDfugue.comla série et finalement pas bien différent de l’autre grande série SF du moment, le Renaissance de Duval, auquel on ne reproche pas tant. Moins fluide que la série dessinée par Emem, Crusaders arrive pourtant à nous emporter dans ces paysages si lointains, ces dimensions si énormes que l’on en oublie (grâce aux très talentueux dessins de Carvalho) l’ambition du projet et l’aspect vertigineux des idées physiques abordées. Alors oui bien sur on se perd par moment dans certains dialogues (c’est recherché) mais je reprocherais plutôt une certaine insistance à pointer l’insignifiance des humains dans la pyramide de l’évolution galactique. Ce n’est donc pas tant la construction scientifique de l’album que la simple progression de l’intrigue qui peuvent indiquer que le moment est venu de conclure. On ne sait du reste pas grand chose de plus qu’au début et une fois passée la sidération devant les voyages subatomiques, les univers-bulles et la maestria destructrice à laquelle nous convient les auteurs, on aimerait bien savoir où tout cela finit étant donnée l’impuissance chronique des humains là-dedans.

Ca tombe bien puisque le sixième sera le dernier, en espérant que la tentation de conclure pour recommencer un nouveau cycle ne prenne pas monsieur Bec.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Capitain Vaudou #1: Baron mort lente

La BD!
BD de Jean-Pierre Pécau, Darko Perovic et Nuria Sayago (coul).
Delcourt (2022), 64p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Les pirates ce n’est pas ce qui manque sur les étales des librairies BD. Alors quand Jean-Pierre Pecau propose une série dans l’univers de son jeu de rôle récemment ressorti en financement participatif on tient un motif d’intérêt. L’adaptation d’un jeu de rôle a un avantage et un inconvénient. Le fait de s’appuyer sur un univers nécessairement très fourni, gavé de pléthore de personnages et de possibilités d’intrigues est un indéniable avantage, que l’on retrouve dans ce premier tome, en ce que l’on sent mille et une informations esquissées entre Capitaine Vaudou (tome 1) - (Darko Perovic / Jean-Pierre Pécau) -  Historique [CANAL-BD]les cases et les dialogues. Je dis toujours que la richesse d’une BD d’aventure repose sur son hors-champ et celui-ci est forcément touffu pour un jeu de rôle. La contrepartie de cela est le risque justement d’être un peu perdu avec des personnages dotés d’une histoire pas forcément connue des non joueurs et le syndrome des BD Marvel DC qui pointe: la perte des lecteurs qui n’auraient pas suivi la continuité.

Rassurez-vous, pas de trop de dégât de ce côté, pour ce jeune irlandais envoyé au bagne en Amérique après un passage à Gorée pour ravitailler les navires marchands en « bois d’ébène« . Très rapidement le fantastique survient, ainsi que les pirates, avant de découvrir la très étrange société caraïbéenne où sages juif côtoient capitaines magiciens et maquerelle dominatrice. Dans ce monde le fantastique est omniprésent et l’on pourrait presque parler de « pirate fantasy » tant les actions surnaturelles fleurissent. Le tout reste correctement exploité en évitant le grandiloquant grâce à la mise en scène assez efficace de Darko Perovic. Et l’on finit cette agréable lecture (sans doute un peu trop rapide dans sa volonté d’avancer) avec l’envie d’en savoir plus sur ce puissant Loa qui a jeté son dévolu sur notre héros et les mystères du vaudou encore à peine effleurés.

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*****·East & West·Manga·Rapidos

Eden, It’s an endless world (perfect) #6-7

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, 7 volumes parus sur 9 (1,5 tomes/volume).

Il vaut mieux être à jour sur la série pour lire cet article!

La recherche de l’assassin d’Helena va envoyer Elijah en Australie où  le Propater détient sa sœur Mana. Alors que le professeur Mishima va faire une découverte majeure sur l’origine et les buts du Disclosure virus, une nouvelle IA fait son entrée pour aider Elijah mais également poursuivre ses propres buts…

Coup de coeur! (1)

Chaque nouvel album d’Eden est un bonheur rare et une souffrance, celle de voir avancer irrémédiablement la conclusion alors que l’on a le sentiment de n’avoir approché qu’un dixième de l’univers et des possibilités de l’œuvre. Cela ne retire en rien la confiance absolu que l’on a dans cet auteur qui semble immunisé contre les fautes de goût et les digressions inutiles. Entamant le volume six par une nouvelle séquence d’action magistrale qui nous rappelle encore le poids d’Appelseed sur ce manga, on saute toujours d’une séquence à l’autre avec un sens du rythme et des coupures machiavélique. Dans Eden il ne suffit pas d’être un super-guerrier, d’apparaître depuis quatre volumes ou de Eden: It's an Endless World Volume 14 TPB :: Profile :: Dark Horse Comicsdétenir des informations cruciales pour survivre. Renouvelant sans cesse son personnel, Endo maintient une tension permanente pour le lecteur, seulement soulagée par les quelques séquences wtf qui instaurent un jeu savoureux entre un Elijah dévergondé et une Miriam Arona  que l’on adore voir en garçonne effarouchée.

Si l’aspect techno-sf reste majeur et d’un niveau rarement vu en BD, l’intrigue avance fortement sur le sixième volume qui voit le personnage du scientifique confrontée à la personnalité du Disclosure virus en nous faisant comprendre  l’idée d’une évolution de Gaïa vers une forme de conscience maîtrisant les propriétés quantiques de l’univers… Oui car chez Endo la précision scientifique ne cesse jamais et le jargon n’est jamais étouffant mais plutôt pédagogique, jouant à la fois le rôle d’habillage sérieux et de réflexion SF. Laissant malgré tout toujours le contexte général en retrait, l’auteur avance ses intrigues secondaires avant de nous envoyer le Propater brutalement sur des séquences inattendues. Je dirais qu’on continue à avancer à dose homéopathique dans les objectifs de ce gouvernement mondial, sans savoir quand le mangaka se décidera à nous balancer ses révélations. Tic-tac-tic-tac il reste deux tomes seulement et on commence à craindre un effet Ajin très frustrant…

Abordant ici le sujet des violences ethniques en Afrique et l’impuissance de l’ONU, l’auteur rendre comme à l’accoutumée dans une analyse tout sauf manichéenne qui rejoint son propos SF de gouvernement mondial visant à abolir les conflits. Réintroduisant sa dream team qui nous manquait avec Nazarbaïev, Kenji, Sophia et une nouvelle venue, le septième tome s’oriente plus sur l’action avec l’opération d’exfiltration de Mana, alors que le Propater semble décidé à envoyer ses plus redoutables assassins pour récupérer la fille d’Enoa Ballard. Et nous laisse, le souffle court, en plein milieu d’une (nouvelle) séquence d’action dantesque…

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****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Shigahime #1

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Manga de Sato Hirohisa
Mangetsu (2022) – Tokuma Shoten (2016), 208 p., série en cours, 1/5 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Mangetsu pour leur confiance.

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Lorsqu’un jeune lycéen suit un camarade de classe à la sortie des cours sa vie bascule: il devient le familier d’une vampire aussi envoûtante que redoutable. Transformé en créature de la nuit, il devra faire le deuil de son amour naissant pour une camarade…

shiga hime - photo #12652604 - MangagoMangetsu est le nouveau label manga des éditions Bragelonne, grosse maison littéraire spécialisée en fantasy dont l’incursion dans le comics nous a proposé depuis quelques années de sacrées pépites indé comme le primé Bitter Root (dont le dernier tome est chroniqué demain), le vampirique indien These savage shores, le féministe Coyotes et bien sur la très populaire série au long court des Tortues ninja. Derrière cette belle sélection c’est l’éditeur Sullivan Rouaud, dont j’étais bien intrigué de voir ce qu’il allait pouvoir dénicher dans un secteur déjà saturé.

Sur une série courte en cinq volumes, Hirohisa Sato ne perd pas de temps puisqu’il justifie l’avertissement « public averti » du manga dès les toutes premières pages où l’arrivée de la vampire, érotique à souhait va donner le LA du manga: radical, trash, gorissime et sans chichi côté sexe (en évitant néanmoins les plans fanservice à la Boichi). Vous êtes prévenu, ce n’est pas pour les fillettes! Pourtant comme toute bonne histoire d’horreur, l’aspect cru et parfois cliché ne cache pas une sincérité dans l’histoire d’un pauvre type tombé dans un enfer dont on ne peut qu’espérer qu’il tire une solution pour rejoindre sa belle. Malgré une très rapide ouverture où la brutalité des évènements nous laisse coi, on prend fait et cause pour ce jeune garçon qui ne mérite pas ce qui lui arrive. La toute puissance de la méchante vampire, l’inéluctabilité de sa condition nous placent ainsi à la fin du premier volume dans une sidération tout à fait efficace: que peut-il lui arriver de pire et comment poursuivre cette histoire si mal embarquée? C’est toute la réussite de ce manga que de se dispenser tout à la fois de temporisation et de vernis, tout en se permettant une parabole sur la sexualité des jeunes gens au Japon.

All photos about Shiga Hime page 5 - MangagoSi vous suivez le blog vous savez que j’apprécie les propositions radicales, que ce soit dans le propos ou dans le graphisme. Ici les dessins classiques mais plutôt réalistes sont remarquables de technique (vues les déformations faciales et anatomiques il vaut mieux). Avec un découpage haché très efficace et 100% manga on a une mécanique graphique qui s’équilibre entre les moments de paix normale, le sexe cru de la vampire et l’explosion sanglante des corps qui lorgne parfois vers une fascination cronenbergienne. Une alchimie qui fonctionne parfaitement en nous hérissant, en nous attirant et en nous faisant souhaiter le bien pour le héros et son amoureuse innocente.

Alors que l’on pénètre à peine cet univers de la Nuit où l’on devine un Grand Jeu caché entre puissances démoniaques, on n’a qu’une envie, prolonger rapidement l’aventure pour découvrir comment Hirota va pouvoir utiliser ses nouveaux talents pour se défaire de la mainmise maléfique de sa maîtresse et recouvrer son identité humaine. Et ça tombe bien puisque l’éditeur prévoit une parution tous les deux mois, et donc une série complète dans l’année. Un excellent démarrage en tout cas pour cette série et pour Mangetsu.

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Funerailles #7: I got many names

La BD!
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Freak’s Squeele : Funerailles #7
BD de Florent Maudoux
Rue de Sèvres (2022), 82 p. 7 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur fidélité.

Le temps se rallonge pour la saga Funérailles, avec deux ans d’attente depuis le précédent volume qui semblait marquer la fin d’un arc. On ne reprochera rien à Florent Maudoux qui comme nombre de « jeunes » auteurs a encore une grosse envie de BD et plein de choses à nous donner. A commencer par des planches et une couverture toujours aussi somptueuses, gavées de détail et proposant toujours cette alchimie parfaite entre technique tradi basée sur un encrage sophistiqué et effets numériques assez doux et proches de la bichromie. Avec cet aspect si particulier dû au papier noir, l’album est un régal pour les yeux de la première à la dernière page, comme tous ses prédécesseurs.

Freaks' Squeele - Funérailles -7- I Got Many NamesJe parlais d’envie et il est satisfaisant de voir qu’après toutes ces années, après un changement d’éditeur (oui oui, regardez bien, le logo Ankama a disparu pour laisser la place à celui de Rue de Sèvres), la bande du Label 619 a toujours une telle faim, une passion qui part quelques fois tous azimut avec des trop pleins qui sont le défaut de leurs qualités. Ce qui rassemble la bande à Bablet, Maudoux et Run, c’est cette profusion de détails, d’idées pas toujours liées, cette réflexion permanente sur nos préconçus, sur les normes sociales, ces concepts intellos sur des visuels urbains et hyper-modernes. Celui qui nous a proposé il y a quelques temps l’étonnant et très réussi Vestigiales qui questionnait le genre et les relations amoureuses à l’époque d’un brouillage des anciens schémas continue ici et insiste sur des sujets que la profusion d’action des précédents volumes ne permettait pas d’approfondir. Plus que jamais l’origine des mythes, le corps et ses déviances, la sexualité homme, femme, neutre, sont mis à nu en laissant du coup un peu de côté les bastons. C’est là le seul point gris de ce volume toujours fort bien et élégamment écrit qui semble suivre un schéma issu de parties de jeux de rôle avec ses très longues digressions explicatives.

Déjà dans la série mère Freak’s Squeele Maudoux proposait un récit erratique qui semblait évoluer au gré de ses envies. Non que le tout n’ait une grande cohérence et construction mais l’auteur marque des ruptures de récit en passant de l’intrigue principale à des intrigues secondaires et des récits dans les récits. Le jeu de rôle est sorti en 2017. Pour qui connaît ce média, l’immense liberté d’imagination se conjugue avec un worldbuilding qui donne envie de préciser sans fin ses personnages et le monde dans lequel ils vivent. C’est ce qu’on ressent à la lecture de l’album, notamment au travers des textes intermédiaires (que l’on voyait déjà dans le précédent volume et qui de par leur longueur hachaient un peu la lecture). Le tout est passionnant, fort bien narré, original… mais peut parfois manquer de liant.

Freaks' Squeele : Funérailles (tome 7) - (Florent Maudoux) - Heroic  Fantasy-Magie [BÉDÉRAMA, une librairie du réseau Canal BD]L’ouvrage entame alors que Pretorius est enchaîné avec son nouveau statut divin. On pense avoir raté un épisode pendant de longues pages avant que l’on nous raconte comment l’on est passé du tome six au tome sept. Technique gonflée mais toujours risquée! Le choix de raconter les évènements au passé frustre un peu même s’il permet d’approfondir grandement l’univers et de détailler la réflexion sur l’origine des civilisations, sur l’eugénisme et de préciser un peu le contexte de ces Etats dont on ne sait toujours pas quel est le lien avec le monde de Freak’s Squeele et le notre.

Menant son monde à sa façon, sans se préoccuper du qu’en dira-t’on et des modes, Florent Maudoux confirme l’entièreté de l’identité artistique des auteurs Label 619. Avec ses immenses qualités et ses choix étranges, Funerailles reste une saga unique, complexe et qui mérite amplement de sortir du créneau young adult dans lequel il est né.

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***·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #3

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2021-2022 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

Pour la présentation du projet vous pouvez consulter le billet traitant du premier tome. Le second tome est ici. Le troisième Livre est en cours de publication.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

badge numeriqueLe projet de la Fin des Irin a un déroulé perturbant pour le lecteur. Le premier bon point c’est la variété des styles graphiques des trois illustrateurs choisis qui ont tous trois de grandes qualités esthétiques mais aussi quelques difficultés de lisibilité dans l’action. Sur le volume III qui vient de commencer Arsenyi Popov propose des planches dans un style speed-painting que personnellement j’aime beaucoup, notamment dans cet aspect texturé qui donne l’impression de regarder des toiles proches de ce que proposait Rosinski sur le Comte Skarbek. Capable d’adapter son dessin il navigue ainsi entre des pages très léchées dans un style BD plus classique et ces rough fort élégants. Les trois illustrateurs semblent avoir été choisie pour leur profile de « concept-designer », approchant cette œuvre d’un film sur papier, avec la puissance d’imaginaire nécessaire portée sur les costumes, vaisseaux et autres artefacts technologiques SF.LAST OF THE IRIN | Volume Three - The end of the trilogy is near

Lors du premier volume nous avions découvert cette longue introduction dynastique destinée à intégrer l’histoire biblique dans une hypothèse d’intervention extra-terrestre sur la destinée des humains. Après une virée très action et « x-files » sur le volume II, nous voici à revenir sur Terre en découvrant l’exploitation industrielle des hommes par les Sirusiens et la tentative de cette nouvelle noble qu’est l’héroïne Anahita de sauver son peuple descendants de Yahweh et sa planète d’origine des visées punitives de Desala d’une menace originale: le remplacement pur et simple de l’espèce humaine par des « mules », ouvriers humanoïdes génétiquement créés et rêve de tout capitaliste du XXXI° siècle…

Capture d’écran du 2022-02-16 09-51-27Si le thème d’une Terre comme simple fief commercial de puissances galactiques (thème central de Jupiter Ascending des Wachowski) est toujours aussi chouette à suivre, on retrouve dans cet ultime volume les mêmes difficultés d’enchaînement entre les séquences, qui créent une lecture heurtée. Les causes en sont multiples: gigantesque « bible » de background qui confirme la nécessité d’une lecture en ligne avec ce corpus sous la main, amour du cryptique de l’auteur, problèmes techniques dans la fluidité de l’enchaînement des séquences… C’est vraiment dommage car les séquences longues nous replongent régulièrement dans le rythme, ensuite cassé par des ruptures frustrantes.

On retrouve également les grandes qualités des précédents volumes, notamment une figure héroïque féminine tout à la fois sexy, bad-ass et révolutionnaire qui revêt désormais le double habit de noble sirusienne et de jeune mère. L’attelage des personnages secondaires qui l’accompagnent fonctionne également très bien et Capture d’écran du 2022-02-16 09-57-45ajoute un humour qui allège la densité gigantesque du projet. La jeune femme devra donc affronter les tenants humains de l’ancien système et les rebelles fidèles à sa branche dynastique. Le tout offrira ses morceaux de bravoure avec comme toujours des références à notre actualité de manifestations et cet esprit conspirationniste plus pertinent que jamais.

Avec des défauts affirmés qui empêchent La fin des Irin de revendiquer le statut de classique SF, le projet de Robert MacMillan jouit comme il souffre de sa démesure. D’une érudition folle, d’une exigence artistique indéniable, ce webcomic est un fantasme géant qui aurait mérité un auteur chevronné pour mettre de l’huile dans cette superbe mécanique. Demandant de l’investissement et un temps de lecture confortable (on parle de plus de cent pages par volume), il mérite amplement votre intérêt

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*****·BD·Nouveau !

Conan le Cimmérien #13: Xuthal la crepusculaire

La BD!
BD de Christophe Bec et Stevan Subic
Glénat (2022), 60 p. one-shot.

Pour ma seconde version collector sur cette collection (après le Recht) rien de révolutionnaire, ce même format énorme avec une couverture au vernis collant qui est certes élégant mais risque de très mal vieillir… Du reste on vient essentiellement pour le format et le n&b, le carnet de recherches de dix pages n’apportant pas grand chose aux planches déjà incroyables. Enfin l’absence de l’explicatif habituel de Patrice Louinet sur la nouvelle originale, présent sur les éditions classiques, est ici assez inexplicable. Vu le prix de ces éditions on peut attendre mieux.

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Coup de coeur! (1)

Rescapé d’une guerre contre une armée stygienne, Conan se retrouve isolé au cœur d’un désert implacable, accompagné d’une jeune esclave. Lorsqu’ils croient leur mort arrivée ils tombent sur une étrange cité antédiluvienne dont les habitants semblent dotés d’étranges pouvoirs. Très vite il va réaliser qu’une menace monstrueuse est tapie dans les entrailles de ce labyrinthe…

Conan chez Glénat - Page 8 - Conan en général - The OverlordDepuis le début de la collection (n’étant pas expert dans la mythologie Conan) je suis surpris par la variété des apparences du héros et de la physionomie de ses aventures dans les mains des différentes équipes artistiques. Je suis un enfant du Conan de Milius et les illustrations de Frazetta restent pour moi l’essence de cet univers, fait de monstres tentaculaires, de filles dénudées et de barbares aux muscles saillants et à l’esprit primaire. Peu d’albums reprennent cette ambiance (hormis peut-être les Chimères de fer) et il est évident que l’esprit Frazetta était l’objectif de Christophe Bec et Stevan Subic, deux auteurs dont les visions sont fortement inspirées par Howard et Lovecraft.

Ainsi cette Xuthal est immédiatement pour moi la meilleure version de la collection en atteignant (dans cette version n&b sublime) la substantifique moelle de ce qu’est Conan! La noirceur des encrages du serbe et la massivité de son barbare créent une atmosphère sauvage (que l’on ressentait fort sur le réussi Tarzan sorti l’an dernier) propice à cette confrontation sanglante avec la créature indicible tout droit sortie du panthéon Cthulhien. L’introduction relativement sobre dans la luminosité du désert que renforce le blanc immaculé de cette version plonge progressivement dans un enchevêtrement des dédales de la cité avant de s’inverser par des pages où de rares touches de blanc subsistent lorsque le héros affronte la créature dans les tréfonds de Xuthal. Dans les quelques scènes de batailles on trouve du Frank Miller de 300 dans la profusion de détails puis les auteurs jouent des perspectives et clair-obscure tranchés pour créer une perte de repères fort esthétique.

Conan-Xuthal-la-Crépusculaire-Christophe-Bec-Stevan-Subic-attaque –  Branchés CultureSi l’aspect graphique est évidemment impressionnant, Bec parvient mieux que ses comparses à narrer une légende assez intéressante dans un carcan littéraire toujours assez manichéen. Avec ce peuple perdu dans le désert, adepte d’une drogue qui altère la réalité on densifie un background qui aurait été un peu court sur la seule exploration de vestiges. Cela permet de laisser libre court à toute l’imagerie de nombreuses scènes de filles dénudées, de banquets orgiaques mais aussi de tortures rituelles. Avec la bête (Conan) en chasse pour sauver la belle (l’esclave) nous avons les marqueurs classiques d’une trame que l’on aime voir simple et sans compromis.

Avec ce treizième album Bec et Subic semblent être allés au bout de ce qu’il était possible d’offrir à Conan en passionnant les yeux des amateurs de ce monde créé par Robert Howard et sublimé par Frank Frazetta… et maintenant par Stevan Subic. Un classique immédiat.

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