*****·BD·Nouveau !

Don Vega

La BD!

Histoire complète en 87 pages, écrite et dessinée par Pierre Alary, d’après l’œuvre de Johnston McCulley. Parution aux éditions Dargaud le 02/10/2020.

Viva Las Vega

Si l’Histoire des États-Unis d’Amérique est mouvementée, celle de la Californie ne fait bien sûr pas exception. Théâtre de conflits de territoires entre le Mexique, l’Espagne et les américains, cet État a vu ses habitants spoliés de leurs biens par les différents seigneurs de guerre qui ont tour à tour revendiqué le pouvoir.

En 1849, alors que la Californie vient de quitter le girond mexicain et l’emprise espagnole, Gomez, un ancien général de la guerre du Mexique, espère tirer son épingle du jeu en spéculant sur les terres confisquées par les armes aux anciens propriétaires. Devenu un homme d’affaire puissant, il réunit autour de lui des nantis afin d’accroître son influence, alors que ses mercenaires sèment la terreur parmi les péons, qu’il réduit en esclavage dans ses mines d’or.

Parmi les victimes de ses machinations, la famille Vega, dont il a annexé toutes les propriétés après le décès des époux Vega. Seul demeure Don Vega, dernier héritier de la fortune, ignorant ce qui se trame réellement.

Zorro Begins

Parmi le peuple, cependant, gronde une colère juste, mais timorée. Certains, imbibés d’alcool, parviennent à rassembler suffisamment de courage pour se dresser, une arme à la main, contre la tyrannie de Gomez et de son armée, invoquant la légende d’un redresseur de torts local, El Zorro. Malheureusement, aucun des téméraires n’a survécu. Un seul homme peut-il suffire à déclencher une révolution ?

Gomez, du haut de sa tour d’ivoire, semble persuadé que non. Mais Don Vega, revenu secrètement en Californie, va s’échiner à lui donner tort. Fort de son entraînement à l’académie militaire de Madrid, le jeune orphelin déshérité va utiliser le folklore à son avantage pour inspirer le peuple et renverser le tyran.

Pierre Alary revient dans Don Vega aux fondamentaux du monument de la culture populaire qu’est Zorro. Décliné depuis des décennies dans tous les médias, le vengeur masqué a inspiré plusieurs super-héros (notamment Batman, et même le fameux Dahaka !), preuve de l’universalité de certaines de ses thématiques.

L’auteur s’empare donc des éléments-clés de Zorro pour les condenser en une origin story dense et rythmée. On assiste ici à une mise en abyme puisque l’on découvre, au fil du récit, que le personnage est une icône du folklore dans laquelle les péons oppressés placent leurs espoirs. La technique graphique de Pierre Alary laisse rêveur et offre à ce roman graphique toute sa qualité et sa noblesse. L’histoire se lit comme un one-shot, bien qu’elle soit en réalité un préquel, il ne serait donc pas étonnant de voir fleurir une suite à cet ouvrage impressionnant !

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Horseback 1861

La BD!

Album de 142 pages, écrit par Hasteda et dessiné par Nikho. Série en cours. Parution le 11/09/2020 au sein du Label 619 des éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Danse avec les Rouges

A première vue, Redford Randall pourrait être votre cowboy typique: cliquetis des santiags dans la poussière du désert, moustache badass et dégaine rugueuse de ceux ayant vécu la conquête de l’Ouest. Cependant, Randall n’a pas vécu dans le même monde que nous. Son Amérique a lui n’est pas parvenue à exterminer les amérindiens, qui se sont soulevés en masse contre les colons et ont fini par former la Nation Indienne, occupant ainsi farouchement une partie du territoire Nord-américain.

Les états américains, trop occupés par cette menace pour s’écharper au cours d’une Guerre de Sécession, ont formé les États Unifiés d’Amérique, avec à sa tête un Président Clarks bien déterminé à mettre à bas la Nation Indienne.

L’album débute donc assez rapidement sur ces bases uchroniques. Randall, épuisé et marqué par l’horreur des guerres indiennes, décide de prendre enfin sa retraite et de se retirer des combats et de la chasse à la prime. Souhaitant rester auprès de sa fille Jackie, Randall crée son entreprise de convoyage, s’imaginant sillonner paisiblement le Michigan pour livrer des marchandises diverses.

Sa première livraison, commanditée par le Département de l’Agriculture, consistera en quelques caisses d’un engrais spécial, destiné aux propriétaires terriens de Californie dont les terres ont été mises à rude épreuves par les dernières saisons. Qu’à cela ne tienne, Randall mobilise sa flamboyante équipe de bras cassés pour cette livraison, mais la Randall Delivery risque de regretter d’avoir accepté cette mission…

Du sang et de l’engrais

Horseback 1861 a pour lui l’habileté avec laquelle l’auteur Hasteda manie l’uchronie, le genre fictionnel consistant à construire un univers en partant sur une modification chronologique et en tirant les conséquences logiques. Ici, c’est l’assassinat d’Abraham Lincoln, qui a lieu des années plus tôt que dans notre réalité, ce qui évite la fameuse Civil War américaine.

Le reste se construit sur le modèle du road trip, avec les péripéties que l’on peut s’attendre à trouver dans un western de ce genre. L’auteur ne boude pas son plaisir, et insère çà et là des références à d’autres œuvres western, parfois transmédia (Red Dead Redemption, par exemple), le tout mis en exergue par une violence graphique assez brute mais loin d’être outrancière.

Le casting est varié et de bonne composition, toutefois, si les héros ne s’en sortent pas trop mal en termes de caractérisation et de développement, les antagonistes, eux, souffrent d’une écriture bancale et peut-être un peu grossière. Certains sont difficilement distinguables de par leur design, d’autres sont d’un manichéisme exacerbé, d’autres encore jouent la carte complotiste sans vraiment convaincre.

Les séquences d’action manquent parfois de clarté, car elles demandent un effort supplémentaire pour distinguer tel ou tel protagoniste, même si l’ensemble du casting a droit à ses moments de bravoure. Il n’en demeure pas moins que l’ensemble manque de fluidité, rendant la lecture parfois laborieuse.

En résumé, Horseback 1861 offre un univers intéressant mêlant western et uchronie, toutefois son exécution contient quelques faiblesses pouvant entraver le plaisir de lecture.

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Ghost Kid

La BD!
bsic journalism

Histoire complète en 78 pages, écrite et dessinée par Tiburce Oger, parue le 19/08/2020 chez Grand Angle.

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

True Grit of the Taken

La fin du 19e siècle nord-américain a marqué la fin d’une ère, celle des grandes conquêtes et du règne hégémonique du Colt. Ambrosius Morgan est une relique de ces temps reculés, qui assiste de loin à l’avènement de la civilisation, exilé au fin fond d’un ranch perdu dans le Dakota du Nord.

Old Spur, comme on le surnommait, n’est plus dans sa prime jeunesse mais n’a pas lâché la rampe pour autant. Trainant péniblement sa carcasse, il ressasse le bon vieux temps avec ses compères d’antan tout en s’occupant du bétail de Miss Fitzpatrick.

Un jour d’hiver, Morgan reçoit une lettre. Lui qui n’a personne et vit seul depuis des lustres, est bien surpris par cette missive. Le vieux cow-boy le sera encore plus lorsqu’il découvrira que cette lettre émane d’une certaine Ana Saint James, une femme qu’il aima jadis et qui lui apprend qu’il est père d’une fille, nommée Liza Jane.

Ana est désespérée car Liza Jane a disparu depuis plusieurs mois, lorsqu’elle et son époux sont partis sur la route de San Diego afin de s’y établir. En dernier recours, la mère éplorée, désormais veuve, se tourne vers cet amour de jeunesse à qui elle a caché la vérité, pour retrouver la jeune femme.

Le choc est double pour Old Spur, qui décide sans tarder de reprendre la route pour retrouver la trace de cette fille qu’il n’a jamais vue. Mais cette impromptue remontée en selle ne sera pas de tout repos pour notre héros, qui va au passage régler quelques comptes et traverser bien des péripéties.

On the road again

Avec ce Ghost Kid, le talentueux Tiburce Oger revient à ses premières amours et il nous le fait savoir. L’auteur de Gorn et des Chevaliers d’Émeraude concocte un western sage et contemplatif, avec au centre un vieux briscard attachant dont on peut aisément saisir les motivations.

La traversée est lente, et composée de magnifiques tableaux, des plaines enneigées du Dakota aux déserts brulants du Mexique. Malgré cette temporalité, le sentiment d’urgence est là, présent, et l’incertitude quant au sort de Liza Jane investit progressivement le lecteur dans la quête de Morgan, qui mêle la détermination d’un Bryan Mills à la rugosité pleine d’amertume et de rhumatismes d’un Rooster Cogburn.

Il aurait été peut-être plus haletant de maintenir un flou plus important et un doute plus ambigu vis à vis du Ghost Kid éponyme, dont on ne doute finalement pas longtemps de l’existence réelle. Cela n’enlève rien à la qualité de la relation que met en place Tiburce Oger tout au long de l’album.

Son dessin est saisissant tant sur les plans larges, aux cadrages impeccables, que sur les cases plus intimistes, magnifiées par l’aquarelle. Les amateurs de western trouveront assurément dans Ghost Kid tous les ingrédients d’une bonne histoire !

***·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Renjoh desperado #1

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Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Ahndongshik
Kurokawa (2018-), 200 p./volume série terminée en 6 volumes.

badge numeriqueCette première série de l’auteur aurait fort pu trouver sa place dans la collection WTF de l’éditeur Akata tant l’idée semble totalement délirante: Renjoh Desperado propose de suivre une jeune ronin-desperado dotée d’un bras robot pouvant servir ce canon-propulseur (on pense à Berserk entre autres) et lancée dans une recherche de l’amour parfait… tout cela dans un croisement parfait entre l’Ouest des Renjoh Desperado tome 1 : à la recherche du parfait amour - Esprit ...cow-boys et le japon des samouraï… Clairement l’auteur a voulu se faire plaisir en un bon gros délire (fort bien dessiné du reste) où une succession de courtes histoires solo mettent l’héroïne dans des situations souvent similaires mais dont le ressort principal ressort sur l’improbable. Et je dois dire que cela fonctionne très bien, à la fois par un graphisme très clair, un design et une atmosphère originaux et un humour mêlé d’action très efficaces. Au sortir de ce premier volume on ne sait encore pas grand chose de ce cœur d’artichaut ni de ce qu’il est arrivé à son bras, seul élément steampunk du manga pour l’instant mais petit détail bien sympathique. Côté action ça défouraille fort, ça chevauche au grand air dans la rocaille rocailleuse et ça braque volontiers les trains quand un lézard des sables géant ne vous découpe pas la troupe en un tour de griffe. J’ai pris plaisir à cette lecture avec la seule réserve que des histoires courtes sur plusieurs volumes risquent de lasser le lecteur. J’espère qu’une intrigue générale sera construite par la suite mais en attendant, pour de la lecture rapide et délire ce manga fait clairement le job!

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***·BD·Graphismes·Un auteur...

Wild West

Un auteur...
BD de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
Financement participatif sur Kisskissbankbank (2020), 166p. n&b., one-shot(?).

couv_386333L’ouvrage est en format à l’italienne avec tranche toilée, titre à vernis sélectif. La BD proprement dite comprend trois « rocambolesques aventures du Juge Laudermilk » intercalée par des illustrations réalisées par Ronan Toulhoat lors d’un Ikntober. Outre les illustrations intérieures, un carnet de croquis de vingt-deux pages est inséré à la fin, ainsi qu’une page de remerciement suivant les « gains » choisis par les enchérisseurs.

Le financement original prévoyait 8500€ et a été financé à 200%. Le palier raté prévoyait une histoire supplémentaire.

Cela fait quelques temps que je regarde passer des projets de financement participatif, souvent pour des artbook, parfois pour des BD. Très attaché à l’idée de création collaborative, de Libre et de circuits courts et alternatifs, ces financements autonomes de projets créatifs me donnent envie d’aider. Malheureusement beaucoup de ces projets ne sont pas vraiment professionnels et parfois un peu chers (comme ce  gros artbook de Frank Cho que j’ai laissé passer en raison de son coût, prouvant que même les plus grands passent par ces circuits). Ces financements permettent en outre à de petits éditeurs de préfinancer des suites de séries souvent excellentes.

Je me suis donc laissé tenter par celui-ci car (vous ne serez pas surpris si vous suivez ce blog depuis quelques temps), Ronan Toulhoat est un de mes dessinateurs favoris. J’ai découvert son duo à l’époque du semi-professionnel, j’ai suivi toutes ses séries depuis, toujours excellentes, et suis toujours sidéré par les progrès et la quantité de dessins/travail qu’il produit et qu’il montre en ligne. Je ne m’aventurerais pas à juger l’activité de certains auteurs mais il est très satisfaisant de voir qu’un dessinateur autodidacte parvienne à publier aussi régulièrement, parfois plusieurs albums dans l’année et qu’il rencontre un succès mérité. Certains ont un talent évident, certains sont des bûcheurs. Au final les lecteurs que nous sommes comparent ce qu’ils voient. Et Ronan Toulhoat en montre de sacrées quantités. J’ai parfois été déçu par ses partis pris graphiques, notamment en matière de colorisation. Mais la qualité de ses encrages, son sens du mouvement, du cadrage et du ressenti en font pour moi un des meilleurs dessinateurs actuels, même si d’autres peuvent paraître plus techniques.Ronan Toulhoat - Graceful par Ronan Toulhoat - Illustration

Et cet album alors? Le dessinateur présente régulièrement des illustrations dans des univers balisés que ne lui permettent pas d’explorer ses séries en cours. C’est le cas du Western donc, mais aussi du Napoléonien, Victorien, bref, partout où son univers noir et rageur se trouve bien. Je regrette que le duo travaille depuis si longtemps sur l’époque médiévale (spécialité de Vincent Brugeas) et j’ai trouvé cette occasion d’aller voir du côté de l’Ouest à point nommé. Le premier point positif est l’excellent personnage Ronan Toulhoat (@RonanToulhoat_) | Twitterimprobable de juge itinérant que nous découvrons au travers de courtes BD humoristiques inégales. Le Juge Laudermilk troisième du nom parcourt les contrées sauvages et villes nouvelles dans sa diligence servant de bureau comme de tribunal, accompagné de Chochanna, pilote de l’attelage et fine tireuse avec sa carabine à lunette, ainsi que son aide de camp chicanos Igor, pas bien malin, à peu près muet et toujours utile pour profiter des situations et engranger des dollars dans la mise en place de belles arnaques… Si la première histoire est très chouette, la seconde m’a laissé sur ma faim avec une impression de redite. Chacune de ces trois histoires annonçant la fin de l’épisode, on peut imaginer une future série en bonne et due forme pour peu qu’un éditeur suive. L’équipe fictive du juge a du potentiel pour une courte série de one-shots ou en format histoires courtes.

Juicy par Ronan Toulhoat - IllustrationLes illustrations « Inktober » qui s’intercalent entre les BD sont très réussies et inspirées. Les textes qui les accompagnent en regard sont en revanche très dispensables et apparaissent vraiment forcés. C’est dommage car Vincent Brugeas sait écrire et pouvait produire quelques courtes nouvelles d’ambiance… qui auraient entraîné une plus grosse pagination mais enrichi le projet. Je suis surpris par ce choix qui utilise très peu la page de regard donc.

Toulhoat, Ronan - Para-BDEnfin, la partie « illustrations libres » est très diverse, entre des crayonnés à peine posés, de superbes encrages et quelques couleurs. C’est vraiment du carnet de croquis encore chaud. Cela permet de voir une authenticité qui conviendra aux vrais fans que sont certainement les participants à ce projet.ronan.toulhoat

Il ressort de ceci le plaisir du graphisme « direct from the pen » et le rappel que les éditeurs servent parfois aussi à modeler un projet. Par les temps qui courent où l’on voit sur les rayonnages des librairies des albums pas finis et qui semblent avoir loupé l’étape éditoriale, on pourra difficilement reprocher ces quelques manques à un travail très pro et fidèle à ce qui était annoncé. A coup sur si les deux inséparables poursuivent cette initiative sur d’autres thèmes Inktober, ça peut devenir aussi indispensable qu’un Sketchbook Comixburo

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***·BD·Nouveau !

L’indien blanc

Série Undertaker tome 5
BD de Xavier Dorison et Ralph Meyer, couleurs de Caroline Delaby
Dargaud (2019), 58 p. premier tome du troisième diptyque.couv_374864

L’intérieur de couverture est illustré comme depuis le premier volume et l’album comporte un cahier graphique de six pages fort élégant qui permet de profiter de la maestria de Ralph Meyer, tantôt sur des crayonnés tantôt sur des dessins encrés du croque mort. Une page de résumé comportant une belle illustration nb ouvre l’ouvrage. La couverture n’est pas la plus impressionnante qui soit mais joue un rôle important dans le scénario, chose assez rare pour être notée. Tous les albums de la série sont disponible en édition classique et GF (pour le double du prix) et en GF noir et blanc pour l’intégrale de chaque cycle (bien qu’un peu cher…).

L’undertaker est à nouveau seul avec son vautour, son cheval et sa carriole. Dans l’Ouest il ne manque pas de travail. Lorsqu’un ancien camarade de larcins le contacte pour récupérer le corps d’un riche héritier tombé sous les coups des indiens, il se retrouve pris au piège de son réalisme professionnel. En plein territoire Chiricahua il va devoir affronter les hommes du redoutable Indien blanc. Mais bien entendu rien de ce qu’on lui dit n’est vrai. Comme d’habitude…

Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"Avec cet album je me lance dans la série Undertaker, tête de gondole propulsée comme l’héritière de Blueberry sans que l’on sache trop si c’était une vraie volonté des auteurs ou une opportunité de l’éditeur. Il est certain que l’excellent dessin de Ralph Meyer a une vraie filiation avec celui de Giraud. J’avais découvert ce dessinateur sur son premier grand coup, le réputé Berceuse assassine avec le regretté Tome (scénariste de la meilleure période Spirou!), après quoi il a rencontré Dorison sur le lancement de la série XIII mystery, lesquels ont enchaîné sur le très bon Asgard. Je reviens un instant sur cette chronologie car cette genèse de Undertaker lui donne un statut un peu particulier. Excellent scénariste, Dorison a donc œuvré sur un lancement de très grosse série de one-shot spin-off puis devait faire avec Meyer un spin-off sur pied d’arbre, le personnage de Thorgal… qui s’est transformé en Asgard avec son personnage unijambiste dans un univers mythologique scandinave… avant que Dorison ne devienne l’éphémère successeur de Sente sur la série mère, sur un unique album. Cet itinéraire compliqué des deux auteurs avec les grandes licences peut expliquer en partie pourquoi Undertaker est Blueberry sans l’être. La série proposant des histoires en diptyques (le format idéal pour les séries longues selon moi), j’avais moyennement apprécié le premier cycle que j’avais trouvé trop classique (je précise que je n’ai jamais franchement aimé Blueberry) mais adoré le second, notamment grâce à ce Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"fabuleux méchant de chirurgien génial et monstrueux. Ce qui m’a incité à commencer à acheter la série (j’ai lu les autres en médiathèque) sur ce nouvel « indien blanc ». Ce long explicatif passé, que vaut l’album?

Graphiquement c’est toujours aussi maîtrisé, Meyer est l’un des meilleurs dessinateurs en exercice notamment par des encrages puissants que l’on savoure dès la majestueuse double page d’ouverture qui nous coupe le souffle instantanément. Dorison est exigeant et demande des arrières-plans très détaillés dans des décors essentiellement naturels de toute beauté. Heureusement, la nature enneigée est économe en graphisme et permet au dessinateur de proposer de superbes planches. Facile mais toujours élégant. Le problème avec Meyer c’est qu’on ne Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"sait jamais si ses albums doivent se lire sans couleur tant ils semblent conçus ainsi. Vous aurez comme d’habitude le choix entre l’album version classique et grand format couleur, Dargaud ayant malheureusement laissé à l’éditeur d’éditions limitées Bruno Graff le soin de sortir des intégrales par cycle NB à pas moins de deux-cent balles. On pourra dire ce qu’on veut de la politique de multiformat de Glénat sur sa série Conan par exemple mais cela permet de ne pas réserver ces beaux albums aux seuls collectionneurs fortunés ou casseurs de tirelire.

Le scénario est lui très surprenant, déstabilisant le lecteur à plusieurs reprises par des bifurcations auxquelles il ne s’attend absolument pas. On considère généralement que c’est gage d’une intrigue maline et efficace. On pourrait aussi trouver que cela nuit à la lisibilité… Reste que Undertaker reste portée par son très charismatique anti-héros et par des personnages qui ont la très grande wp-1579197539614.jpgqualité de ne pas être manichéens. Si l’on est comme dans tout bon western dans une histoire de vengeance et d’ambition, on suspecte les auteurs de préparer une transition après la disparition des deux personnages féminins des deux premiers cycles… qui mine de rien laissent un grand vide dans la structure du récit et les mécanismes d’interaction. Pour qui suit Dorison depuis longtemps je ne vous étonnerais pas en disant que les dialogues sont toujours acérés et claquant comme un Smith&Wesson.

Comme toute moitié de diptyque on reste en suspens à la clôture sans bien savoir si nous avons lu un très bon album ou juste un album de deux professionnels que sont Meyer et Dorison. Il faudra attendre la fin du troisième cycle pour le savoir. En attendant Undertaker reste une valeur sure, à la fois intéressante, exigent et d’une réalisation inattaquable. Une tête de gondole justifiée donc qui n’a pas à rougir devant la comparaison avec son glorieux ancêtre.

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The Red Clay Chronicles #1

BD de Jérémie Guez et Roland Boschi
Glénat (2019), série en cours.

Une tagline accrocheuse, des lignes lumineuses à la Tron sur un héros badass aux allures messianiques, il n’en fallait pas davantage pour attirer mon attention. The Red Clay Chronicles vaut-il le détour ? Parlons-en !

Vengeance au pays des tomahawks

couv_376175The Red Clay Chronicles nous plonge au cœur de son histoire en nous confrontant à un sanglant règlement de comptes entre bandits, au fin fond du Kansas en 1844. Seul le petit John en réchappera, à la façon d’une Shosanna Dreyfus lors du prologue d’Inglorious Basterds. Cette scène d’ouverture nous donne immédiatement le ton de l’album, dépeignant un monde cruel, beau et barbare à la fois, avant de nous envoyer vers la suite grâce à une ellipse de dix ans. Le petit John a grandi, et est devenu Nacoma, un féroce comanche qui s’apprête à défendre sa tribu d’adoption dans le tumulte des guerres indiennes. Cependant, avant de se dresser sur le champs de bataille, Nacoma va devoir clore la destinée de John en vengeant sa famille. Commencera donc une chevauchée vindicative où la pitié n’aura pas sa place.

 

Odyssée guerrière

Outre le thème de la vengeance, The Red Clay Chronicles emprunte aux codes du road trip. Le talentueux romancier Jérémie Guez met sur la route de son héros amis et ennemis, en n’hésitant pas à brouiller les lignes pour mieux nous plonger dans son intrigue. L’écriture semble irréprochable pour ce premier tome, j’émettrais néanmoins quelques réserves sur les scènes de sexe, qui peuvent paraître gratuites.

Le dessin de Rol est quant à lui en parfaite adéquation avec l’univers développé par le récit, tant par le trait que par les couleurs au lavis. Certaines postures et les proportions des personnages dessinés par Rol rappellent le légendaire Lee Weeks.

Première incursion de Jérémie Guez dans la BD, The Red Clay Chronicles offre une narration maîtrisée et un graphisme immersif. Un bel ajout à la collection Grindhouse chez Glénat !

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Jusqu’au dernier

BD du mercredi

BD de Jérôme Felix et Paul Gastine
Grand Angle (2019), 72 pages, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

couv_374030L’édition de cet album est minimaliste (pour l’édition classique), avec pour unique bonus la couverture de l’édition luxe en dernière page. Le dossier presse très intéressant donne des infos très sympathique sur la création et la relation entre les deux auteurs ainsi que sur le boulot sur la couverture qui n’a pas été une mince affaire. La grosse pagination peut expliquer la réticence de l’éditeur à augmenter encore les frais mais c’est toujours dommage de ne pas proposer quelques prolongements sur les éditions classiques. Concernant la couverture je trouve qu’étrangement c’est loin d’être la plus intéressante et percutante qui a été retenue, tant sur une question de couleur que d’ambiance graphique. Outre la version classique ce sont donc trois versions qui sortiront: la collector grand-format avec un cahier graphique de huit pages environ et deux éditions de libraires (Slumberland et Bulle du mans). A noter enfin que les auteurs prolongeront l’aventure western avec un album intitulé A l’ombre des géants et semblant se dérouler dans la neige…

L’ère des cowboys touche à sa fin avec l’arrivée du train qui va rendre inutiles les longues transhumances à travers le continent. Russel le sait et il a préparé sa retraite. Mais lorsque le hasard met un gamin dans ses pattes il se retrouve pris dans un engrenage où la réalité cupide de son époque le rattrape et où la vengeance va le sommer de faire des choix violents…

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Je trouvais jusqu’ici l’année BD un peu faiblarde après la sortie du magnifique Nympheas noirs dès janvier… puis plus grand chose de très remarquable. La fin d’année étant propice aux grosses sorties, je n’attendais pourtant pas ce joyau de western classique qui montre que les grande genres (western, SF, fantastique) accouchent souvent des plus grands albums et que la différence entre un très bon album et un grand album tient à peu de choses. Jérôme Felix est un scénariste d’expérience avec quelques vingt ans de carrière derrière lui. On sent ainsi dans la solidité d’une intrigue mince comme un western ce savoir faire dans l’agencement des cases et de la narration. Tous les grands films du genre au cinéma l’ont montré, ce sont les atmosphères, les regards, les interactions qui distinguent ces mille et unes histoires similaires de vengeances. Ses personnages sont très solides dans Jusqu’au dernier et l’on ne sait jamais si la caractérisation tient au travail graphique phénoménal de son comparse, au sien ou aux deux… Le rôle du scénariste est toujours ingrat lorsque l’on a devant les yeux de telles planches qui nous incitent à oublier le travail amont pour ne voir que le jeu des acteurs.

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Car Paul Gastine est un sacré bosseur. Contrairement à d’autres virtuoses du dessin il n’est pas passé par les prestigieuses écoles Emile Cohl, les Gobelins ou les Arts décoratifs. Comme Ronan Toulhoat il part d’un dessin amateur pour devenir après quelques albums l’un des tout meilleurs dessinateurs en activité dans la BD franco-belge. Il suffit de voir l’évolution de son dessin entre le premier tome de sa précédente série l’Héritage du diable et ce western pour voir le chemin parcouru. Cela fait longtemps que je n’ai vu une telle qualité technique et artistique. Pourtant l’excellent Dimitri Armand nous a comblé avec son Texas Jack l’an dernier. Mais le travail de Gastine sur les visages, les regards (le cœur des westerns), la physionomie de chaque personnage qui semble vivre à chaque déformation du visage, à chaque geste sont sidérants de justesse. Certains dessinateurs Résultat de recherche d'images pour "paul gastine"travaillent à partir de véritables romans-photos redessinés. Ce n’est probablement pas le cas ici au vu de la technique (très classique) utilisée et pourtant l’on a l’impression à chaque case de voir une séquence de film. Ce trait réaliste est en outre rehaussé par un choix de couleurs extrêmement élégantes et adaptées au moment. Que ce soit sur ses décors (les mille et un petits détails comme cet effet de plongeon lors de la chute du pont) ou les « acteurs », le dessinateur a pris un plaisir perfectionniste manifeste.

Felix et Gastine ont produit avec Jusqu’au dernier leur chef d’œuvre classique, digne d’un Howard Hawkes, et il n’est pas dit qu’ils puissent rééditer cet exploit tant on approche de la perfection en BD. Ils le savent certainement. A partir de ce niveau il est dangereux de poursuivre sur la même piste au risque de se répéter (c’est le cas de Brugeas et Toulhoat dernièrement). Personnellement je partirais très volontiers sur un prochain western avec eux en attendant d’autres univers et vous invite très vivement à monter sur votre cheval direction Sundance…

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Et un aperçu de l’évolution du dessinateur entre le premier et le dernier tome de l’Héritage du diable

 

****·BD·Mercredi BD·Rétro

L’odeur des garçons affamés

BD du mercredi
BD de Loo Hui Phang et Frederik Peeters
Casterman (2016), 104p. couleur, one-shot.

couv_275111J’entends parler de Frederik Peeters depuis quelques années mais n’avais jamais ouvert un de ses albums pour plusieurs raisons: d’abord l’homonymie avec l’autre Peeters (oui, j’en suis désolé mais il m’arrive de confondre des auteurs), ensuite des couvertures moyennement attirantes (L‘homme gribouillé pas du tout, celle-ci moyennement mais assez basiquement western). Mal m’en a pris puisque en découvrant son rêve métaphysique Saccage j’ai été éberlué par son très grand talent technique allié à un univers très personnel…

Oscar Forrest est photographe et participe à une expédition dans le grand Ouest, en compagnie d’un géologue fort en gueule et un garçon de ferme chargé de l’entretien du matériel. Le trio cohabite dans d’étranges relations entre méfiance et attirance. Autour d’eux les éléments à la puissance incommensurable, une nature belle et redoutable, mais aussi d’étranges rôdeurs. A mesure que chacun voit révéler les raisons de leur participation à ce voyage initiatique, les faux-semblants tombent…

Alors que le monde de la BD (re)découvrait le talentueux Meyer et son Undertaker érigé en héritier directe du Blueberry de maître Giraud, on en oubliait (moi le premier) combien ces garçons affamés se rapprochaient bien plus de l’univers ésotérique et un peu New Age prôné par l’auteur d’Arzach et son comparse Jodorowsky. Il y a clairement ces deux filiations dans cet album à l’atmosphère unique, faite de silences, de regards et de rêves. Ce dandy urbain transposé dans l’Ouest sauvage dénote et l’on sait rapidement qu’il fuit quelque chose. L’attitude des trois hommes est étrange dès les premières pages, comme des incarnations des trois ages de la vie, trois ages où l’appétit sexuel varie. Il est question d’homosexualité bien sur dans cette histoire, toute en pudeur, mais plus globalement des conventions et des normes. Je remarque souvent l’écriture des scénaristes femmes, assez différente de celle des hommes de par leurs thèmes et leur traitement. C’est le cas ici où Loo Hui Phang installe ses trois personnages comme se courant après, dans une hiérarchie rappelée par le chef Stingley qui a pourtant la curieuse manie de se promener fesses à l’air… Ses deux acolytes rejettent ces normes pourtant, celles qui font de Milton une sorte d’esclave et celles qui empêchent Oscar d’expérimenter librement son art photographique. Il est question de l’image aussi, celle de la BD, des grands espaces, des cadrages improvisés et renvoyant sans cesse à l’objectif du photographe, aux images mentales enfin, lorsque le monde intérieur, des rêves, des pensées, pénètre celui des vivants.

Très vite un petit mystère est présenté au travers de ces deux chasseurs, le pistolero défiguré et l’indien shaman. Que veulent-ils? L’un incarne sans doute la civilisation qui rechigne à laisser partir les deux jeunes gens, l’autre la liberté émancipée des corps… Comme dans tout récit initiatique, ésotérique, L’odeur des garçons affamés laisse son lecteur errer sur des images et des sons sans toujours véritablement comprendre ce qu’il voit. Et c’est agréable aussi de ne pas toujours chercher de sens lorsque le dessinateur laisse divaguer son imagination, comme Peeters l’explique dans ses motivations sur Saccage.

Résultat de recherche d'images pour "l'odeur des garçons affamés"Visuellement on a les couleurs de l’ouest, assez tranchées, dans les orangés et les verts tendres. Le trait du dessinateur est très élégant, très maîtrisé, à la fois encré et hachuré, permettant des lignes fines remplies d’ombres colorisées. Essentiellement constitué de plans rapprochés, des visages de ses personnages, l’album se savoure avec gourmandise. Un auteur que l’on sent capable de tout dessiner avec facilité…

L’odeur des garçons affamés est un magnifique one-shot sans autre lacune que l’aspect inexpliqué inhérent à ce type d’histoire. Mais l’on aime voir l’amour naître entre ces deux insolents et la magie shamanique prendre corps dans ce monde où la Nature semble permettre un retour à l’essentiel. Une belle histoire faite de beaux dessins répondant à une belle écriture. Une odyssée à lire assurément pour s’évader en compagnie de deux amants libres.

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Nevada #1: l’étoile solitaire

BD de Fred Duval, Jean-Pierre Pecau, Colin Wilson et JP Fernandez
Delcourt (2019), 1 volume paru. Existe en édition collector N&B grand format.

Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo"

couv_366393L’équipe de la très sympathique série Wonderball revient chez son éditeur de toujours pour une nouvelle série éponyme qui sent bon l’Ouest et le soleil. Avec la qualité des trois auteurs on pouvait s’attendre à un nouveau succès parti pour de longues années de têtes de gondoles.

Nevada est un arrangeur: il est envoyé récupérer les acteurs d’Hollywood partis en vadrouille et qui mettent en péril l’équilibre financier des films en cours de tournage. Nous sommes aux Etats-Unis quelques années après la Grande guerre. Entre enquêteur et gâchette, il sait déjouer tous les traquenards. Lorsque son employeur l’envoie aux trousses de l’Etoile solitaire il se retrouve aux prises avec la mafia mexicaine…

Dans ce genre de BD je pars en confiance aveugle entre les mains de bons conteurs chevronnés. Car finalement dans la BD d’action et d’aventure le contexte est souvent secondaire face à l’efficacité des dessins, du découpage et des dialogues. On a de ça bien sur dans ce premier tome de Nevada. Des séquences amusantes lorsque dès l’introduction le héros trouve une actrice dans une situation fort scabreuse, un art de la réplique, des séquences d’action efficaces… Colin Wilson sait mettre en image bien que son style très années 90 n’évolue guère et conserve des lacunes notamment sur les visages étrangement plats de ses personnages. Résultat de recherche d'images pour "wilson duval nevada"C’est vraiment surprenant car nombre de cases sont particulièrement léchées avec leur aspect western à la Giraud (Wilson a commencé sur Blueberry) quand beaucoup de gros plans semblent mettre l’artiste en difficulté. Les couleurs aussi (on a  l’habitude chez Delcourt) sont remarquables et si les encrages de Wilson restent superbes (je conseille la version n&b) le travail de Jean-Pierre Fernandez donne une autre dimension à ces planches.

Tout devrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… sauf qu’une fois clôturé cet album on a un vague sentiment de consommation d’une énième BD dont la justification est discutable. Il semble évident que l’envie des auteurs de travailler dans une ambiance western avec ce profile inhabituel (encore que…) explique l’existence de cette série. Pourtant on cherche l’originalité. Le héros est abordé de trop loin pour être charismatique, le background est vraiment léger et seules les péripéties du personnage permettent de faire avancer une histoire dont on se préoccupe guère. C’est assez gênant car on finit ce joli album bien construit avec une impression de vacuité. Peut-être la mauvaise idée qu’un éditeur avisé aurait dû demander à retravailler… Devant la profusion de publications, L’étoile solitaire est aussitôt lue aussitôt oubliée.

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