BD·Numérique

L’ombre d’Hippocrate

BD de Xavier Dorison et Ralph Meyer
Dargaud (2017), 56p. Série « Undertaker » t4/4.

couv-tome4-undertakerÉgalement une édition grand format de chaque tome de la série qui paraît généralement en juin. Autant la qualité du trait de Meyer est indéniable, autant les couvertures de la série Undertaker ne sont pas ce qu’on voit de plus attrayant. Pas grave vu le contenu.

Jeronimus Quint, l’ogre de Sutter camp, médecin génial et fou continue sa fuite en compagnie de Rose devant un Undertaker abimé physiquement et moralement. Quint a pris un véritable ascendant psychologique sur Jonas Crow en se faisant des alliés de tous ceux qu’il a soigné ou blesse en prévision de les sauver, dont Rose. Dans cette course poursuite sanglante, le héros doute: finalement n’a-t’il pas plus de morts sur la conscience que ce médecin qui marche allègrement sur le serment d’Hippocrate?

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"Lorsque la série Undertaker est sortie il y a de cela maintenant 4 ans avec grand renfort de com’ de Dargaud j’avais passé mon tour. Non que je n’aime les auteurs (je considère Dorison comme un des tous meilleurs scénaristes et avait adoré le Berceuse assassine de Meyer) mais je n’ai jamais vraiment accroché avec les western en BD (hormis les deux albums 500 fusils et Adios Palomita du début du label Série B de Vatine) et le battage qui donne l’impression qu’on est obligé d’acheter la nouvelle pépite m’agace profondément. Je suis plus Spaghetti que classique et n’ai jamais accroché à Blueberry, présenté comme la référence d’Undertaker. Il est vrai que le dessin de Meyer est clairement de l’école Giraud et par moment plus poussé même (les fidèles de l’auteur de Blueberry me pardonneront cet affront). J’ai entre-temps découvert la série Asgard du même duo et qui m’a vraiment plu, tant graphiquement que dans la relation artistique entre les auteurs qui transparaît dans l’album. Du coup j’ai entrepris de découvrir l’Undertaker.

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"L’ombre d’Hippocrate est la clôture du diptyque entamé avec L’ogre de Sutter Camp (format de double album que je trouve idéal dans la BD et qui semble être adopté systématiquement sur Undertaker).  Clairement cette histoire fait monter le niveau de la série par rapport au premier double album introductif, et cela pour une simple raison: Jeronimus Quint est pour moi le méchant le plus charismatique, le mieux « joué » et le plus intéressant depuis pas mal d’années dans la BD franco-belge. Si l’attelage improbable des personnages mis en place sur les deux premiers albums est très efficace (Dorison est un très bon technicien, tel Van Hamme, qui sait parfaitement ce qui fonctionne en matière de scénario), c’est bien les questionnements et problématiques posés par Quint qui passionnent. Il ne se déclare pas fou mais génial. Des morts il y en a tous les jours, ses expériences sur sujets vivants doivent-elles être continuées si elles permettent de sauver à l’avenir des milliers de gens? Quint torture, tue mais sauve, beaucoup. C’est le syndrome du savant fou reniant le serment d’Hippocrate. Jonas Crow, lui, est mis sur le grill par Lin avec ses méthodes expéditives. Dans le monde d’Undertaker personne n’est bon. Alors quand la morale devient le sujet central permettant de déterminer ce qui doit être fait, comment faire? Quint est utile, Crow est moral. Qui a raison? Le sujet est passionnant et si le lecteur humaniste a la réponse, l’album dérange et c’est formidable! Le tout est relevé par des situations et des dialogues souvent drôles dans le tragique. Les estocades verbales de la chinoise et de l’anti-héros sont très savoureuses.

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"Sur le plan graphique, quel plaisir de voir un artisan manuel (la référence à Giraud est vraiment pertinente) travailler ses noirs. Meyer est parfois un peu rapide sur les arrière-plans et les personnages de fonds (il fait partie de ces dessinateurs qui se dispensent de mettre un visage sur la foule, je trouve ça gênant), mais quelle facilité dans les visages et expressions! Je retrouve un peu le Guerineau des premières années du Chant des Stryges (il a d’ailleurs produit un très bon western pour ceux que cela intéresse). On est dans le vrai plaisir du dessin à l’ancienne que l’on savoure case par case. Les paysages sauvages de l’ouest  sont épurés, dessinés en suggestions et en crêtes. L’ensemble rend très bien par-ce que la force de Meyer est sur ses premiers plans.

Undertaker est une série qui monte en puissance et les auteurs semblent avoir saisi la perle qu’ils avaient avec leur méchant qui devrait très certainement revenir dans d’autres albums voir de façon récurrente comme âme damnée du héros.

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BD·C'est lundi...·Comics

C’est lundi, que lisez-vous? #3

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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Petit panier de ma bibliothèque, des BD aperçues à leur sortie mais pas encore lues.

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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Suite de la gentille série western de Lupano et découverte d’un album du dessinateur de Tokyo Ghost.

3. Que vais-je lire ensuite ?

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Suite de la série Descender chroniquée ici et comme superlecteur Iznéo, rafraichissement sur le Roy des Ribauds avant la lecture du Tome3. Enfin, halleluja, j’ai dégoté deux trois albums du fabuleux Esad Ribic, ce qui donnera certainement lieu à un article sur l’Etagère. Du coup je réalise que je fais essentiellement du Comics depuis quelques mois. Est-ce un attrait de fond ou par-ce que je fais du rétro?… ça mériterait peut-être une psychanalyse…

En vous que lisez-vous? Quels achats pour la rentrée BD?

 

BD

Sykes

51bpk8xfjol-_sx377_bo1204203200_Pierre Dubois & Dimitri Armand 
Signé/Lombard (2016)

L’on savait depuis longtemps que la collection « Signé » (au Lombard) était gage de qualité, avec au catalogue des pièces maîtresses telles que le diptyque Histoire sans héros, A la recherche de Peter Pan, ou le Western de Rosinski. Généralement les albums Signé offrent un One-shot d’auteurs déjà reconnus, aussi il est surprenant d’y découvrir un jeune auteur, Sylvain Armand, qui sera sans doute l’un des artistes majeurs des prochaines années. Prenant la forme très classique de la chasse vengeresse d’un marshall redoutable à la poursuite d’une bande de malfrats sanguinaires, Sykes réussit le cahier des charges d’un western réussi, avec ses gueules de l’ouest sauvage qu’Armand prend manifestement plaisir à croquer dans un style très encré à la noirceur magnifique. Dans une technique à la fois classique (on est parfois assez proches de l’Undertaker de Ralph Meyer et Xavier Dorisson) et moderne (les encrages et jeux de contrastes peuvent faire penser à l’école Lauffray), l’on prend un grand plaisir à savourer les moments intimistes aux dialogues ciselés comme les paysages dans un format généreux choisi par l’éditeur. Si le style d’Armand doit encore s’affirmer (l’on sent parfois des hésitations entre la finesse et le gros plan), c’est bien dans les clairs-obscure que son art prend toute sa qualité, laissant à penser que cet album mériterait une version n/b grand format. La qualité du scénario (comme dans tout bon western) repose dans la simplicité de son intrigue associée à des personnages auxquels O’Malley apporte l’humour nécessaire et l’enfant une tendresse contrastant avec la violence de l’histoire. Car il s’agit d’une histoire de sang et de morts à laquelle le scénariste a le bon goût d’apporter une pincée de fantastique et la crudité des combats. Les western sont rarement réussis, que ce soit au cinéma ou dans la BD. Ici le classicisme est réussi et aboutit à une fin logique qui boucle une histoire que l’on prend très grand plaisir à savourer à la fois graphiquement et intellectuellement. Les BD que l’on a envie de reprendre aussitôt la dernière page tournée sont peu nombreuses. Sykes en fait partie.

Fiche BDphile

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