***·Comics·East & West

October Faction #1

Comic de Steve Niles et Damien Worm
Delcourt (2019) – IDW (2014-…), épisodes 1-6, série en cours, 18 issues parues aux USA et deux séries dérivées.

Portrait de famille

couv_378763Bien souvent, les relations que l’individu entretient au sein de sa famille constituent plus tard le ciment de sa personnalité, et peuvent, également, conditionner certains de ses choix. Les familles fictionnelles ne font bien évidemment pas exception, y compris les familles badass qui chassent des monstres.

Autrefois, Fredrick Allan était un redoutable chasseur de monstres. Rompu à la traque des créatures surnaturelles et exceptionnellement érudit en sciences occultes, il a finalement décidé de se ranger pour mener une vie plus ou moins normale, au grand désarroi de son épouse Deloris, à qui le frisson de la chasse manque terriblement, et de ses enfants Geoff et Vivian, qui ne rêvent que de reprendre l’activité familiale. Fredrick va bien entendu être ramené dans le feu de l’action par des affaires qu’il pensait (littéralement) enterrées.

Les monstres sont parmi nous

Steve Niles, l’auteur de l’incontournable 30 jours de nuit, s’amuse dans October Faction à faire état des liens dysfonctionnels qui unissent les membres d’une famille hors du commun, comme on peut aussi s’en délecter dans Les Indestructibles ou La Famille Adams.

Pas de doute, le scénariste maîtrise bien les codes du genre, et n’hésite pas à employer vampires et loups-garous lors des flash-backs nous donnant un aperçu du glorieux passé du couple Allan. Côté horrifique, je trouve cependant dommage que l’on reste cantonnés à ces créatures, déjà croisées à l’envie dans ce type d’histoire, plutôt que d’explorer des folklores un peu moins exploités, comme dans les univers de Mignola, par exemple.

L’intrigue reste toutefois prenante, car il est difficile de ne pas s’attacher aux membres de cette famille étrange malgré leurs activités morbides. Les liens se renouent au cœur du danger, l’amour refleurit par-dessus les tâches de sang, c’est tout ce que l’on s’attend à lire en voyant la couverture d’October Faction, qui emprunte autant à la Famille Adams qu’aux Winchester de la série Supernatural.

Côté graphique, le travail de l’espagnol Damien Worm fait penser à la fois aux ambiances de Ben Templesmith, qui officiait déjà avec Niles sur 30 jours de nuit, mais aussi à Clayton Crain, qui s’est déjà surpassé sur des ambiances glauques et horrifiques auparavant.

Amateurs de monstres, de frissons, d’épouvante et de cohésion familiale retrouvée, il ne vous reste plus qu’à vous plonger dans cette BD sombre avant d’éprouver vos nerfs sur l’adaptation qu’en a fait Netflix© !

***·BD·Nouveau !

Vampire State Building #1

 
Scénario de Ange et Renault, Dessin de Charlie Adlard, couleurs de Sebastien Gerard
Editions Soleil (2019), 2 vol. parus, 56p. /vol.

Un monstre, un lieu clos, et un secret, il n’en faut généralement pas davantage pour mettre sur pied une bonne histoire d’horreur ou d’épouvante. Ange et Patrick Renault ne s’en sont pas privés, et, secondés par l’immense Charlie Adlard, nous livrent ainsi l’étonnant diptyque Vampire State Building, aux éditions Soleil.

 

La Tour Infernale

Comme nous le disions, Vampire State Building réunit les ingrédients quintessentiels de l’épouvante. Tout d’abord, un lieu clos, et non des moindres: le célèbre Empire State Building, qui fut longtemps le gratte-ciel le plus haut de la Grosse Pomme, le même qui vit tomber le titanesque King Kong, image désormais inscrite dans l’imaginaire collectif. Ensuite, un monstre: et là, les scénaristes, connus respectivement pour La Geste des Chevaliers Dragons et Indicible, sont allés chercher un incontournable du genre, le Vampire. Et enfin, un secret, dont le dévoilement lance l’intrigue: le dieu des Vampires a passé des décennies emmuré au sein de la tour, plongé dans un sommeil réparateur par ses « enfants ». Propulsez dans tout ceci un groupe de jeunes gens innocents et vous obtenez un Die Hard croisé avec 30 jours de nuit , une bd qui va vous maintenir accroché à sa reliure page après page !

 

Sang pour Sang

Au milieu de ce tumulte, on retrouve le protagoniste Terry, jeune homme taciturne qui vient de s’engager dans l’armée, dont le départ pour l’Irak est imminent. En guise de fête d’adieu, ses amis lui organisent une visite au sommet du célèbre building, au moment même où une horde de fanatiques morts-vivants fait irruption pour libérer son impie divinité.

On comprend bien vite que l’engagement de Terry n’est qu’un exil auto-imposé, une façon pour lui de fuir ses problèmes et le deuil de son père. Sauf que là, la fuite sera résolument plus compliquée et deviendra littéralement une question de vie ou de mort.

 

Le Dernier des Morts-vivants

Si la mythologie des vampires conserve ici ses codes principaux, elle est néanmoins revisitée d’une façon fort intéressante, sous l’angle des croyances amérindiennes.

Le décor est utilisé à bon escient, les couloirs de la tour deviennent autant de pièges que les héros auront bien du mal à éviter. Le dessin de Charlie Adlard, qui n’a plus à faire ses preuves depuis The Walking Dead, est sublimé par les couleurs de Sébastien Gérard. Son design des vampires se révèle simple et efficace, et on note un effort particulier quant à l’aspect d’U’tlun’ta, le Manitou Noir.

L’intrigue reste fidèle à l’aspect survival, et la confrontation finale ne manque pas de punch !

En conclusion, Vampire State Building est une série qui tient ses promesses et offrira son lot de frissons aux amateurs du genre !

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****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Dans l’abîme du temps

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour cette découverte.

couv_374328Les éditions Ki-oon continuent leur adaptation des manga de Gou Tanabe sur Lovecraft avec une qualité éditoriale toujours aux petits oignons: couverture simili-cuir (… que j’aurais préféré couleur cuir comme pour les Montagnes Hallucinées), cahier couleur en début d’ouvrage, titres de chapitres en anglais et français. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage. Seule remarque, qui était difficilement corrigeable par l’éditeur français (comme pour le précédent ouvrage) les bulles n’ont pas de queue, aussi il est parfois malaisé de savoir qui parle lorsque plusieurs personnages se côtoient dans une case.

Alors qu’il donne un cours d’économie à l’université, le professeur Peaslee est victime d’un malaise. Il reprends connaissance… cinq ans plus tard et découvre qu’il a été victime d’une amnésie aussi longue, pendant laquelle son esprit a eu accès à des visions monstrueuses. A l’orée de la folie, soutenu par son seul fils aîné, il entreprend de comprendre ce qui lui est arrivé et d’où lui viennent ces visions dantesques…

Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Étonnante série que ces adaptations de Lovecraft par un mangaka que je n’aurais sans doute pas lu sur un autre sujet… Au premier abord j’avais tiqué sur les visages lors de ma lecture de la précédente adaptation. C’est le style du dessinateur et il ne changera probablement pas, aussi soit on s’y fait soit il s’avérera compliqué de continuer. Assez statiques hormis lors des séquences de sidérations (fréquentes dans le fantastique), ces personnages étaient difficiles à identifier dans le décors antarctique. Ici c’est moins problématique car nous sommes pour l’essentiel dans des décors de la Nouvelle Angleterre, des maisons et de l’université. Surtout les personnages sont réduits à Peaslee, son fils Wingate, quelques médecins et, surprise, le professeur Dyer. Cette présence (je ne sais pas s’il est cité dans la nouvelle originale) indique donc très rapidement que nous nous situons dans la suite chronologique et le même espace-temps que les Montagnes hallucinées. C’est une très bonne idée puisque cela permet de structurer les ouvrages de Tanabe comme une série à suivre, avec la révélation progressive du Mythe de Ctulhu.

Résultat de recherche d'images pour "the shadow of time tanabe"Construit en incessants aller-retour entre le voyage psychique de Peaslee dans un futur indicible (le fameux Abîme du temps) et le présent, à mesure qu’il se remémore des passages de son amnésie, l’album alterne pages classiques de l’homme ravagé par le doute, la recherche de ce qui lui est arrivé et de longues itinérances sur fonds noir dans le monde de la Grande race de Yith, laissant libre cours à la force du dessin de l’auteur sur les décors et architectures. Sur ce plan Tanabe a une vraie qualité appuyée sur la bizarrerie des formes pas toujours compréhensibles, ce qui correspond totalement à l’idée des mondes de Lovecraft où la conscience humaine ne peut interpréter ce qu’elle voit. Notamment du fait de trames dont la finesse et la précision sont pour moi du jamais vu. Cette « colorisation » par dégradés tout à fait spécifique au genre du manga Résultat de recherche d'images pour "gou tanabe shadow of time"reste particulière mais dans le domaine on atteint du très haut niveau et cela joue grandement de l’étrange en créant des reflets, des arrondis qui perturbent le regard.

Bien plus que dans les Montagnes Hallucinées racontées sur une ligne très cartésienne, nous sommes conviés à partager l’esprit d’un homme au bord de la folie, ne sachant jamais où ni quand il se situe. Le concept de créatures voyageant psychiquement sur l’espace-temps est assez fascinant et me rappelle l’un des meilleurs films de SF de ces dernières années, le Premier Contact de Denis Villeneuve qui proposait l’idée que le langage pouvait modifier la perception du temps et donc provoquer de fait une sorte de voyage temporel en distordant la réalité par la seule perception. Dès lors Gou Tanabe nous raconte l’histoire de cette race sur le même mode que le précédent ouvrage nous relatait l’histoire de la planète et des Anciens. Il n’est pratiquement pas fait référence aux divinités maudites du Mythe ici. On a une petite impression de redite par rapport à l’histoire précédente mais ce n’est pas très gênant tant l’univers est riche et le récit fluide. Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Rassemblée en un seul volume j’ai trouvé cette histoire plus concentrée et de ce fait à la fois plus facile à lire, sans temps morts et dont plutôt meilleure. Les visions ne rivalisent pas avec les incroyables cités noires de l’Antarctique mais les personnages et le récit, moins linéaire, plus intellectuel, sont supérieurs. Juste de quoi nous donner envie de replonger dans le monde de Lovecraft en espérant visiter bientôt la cité de R’lyeh…

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****·East & West·Manga·Nouveau !

Les montagnes hallucinées #2

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), 2 volumes/2 parus, n&b.

J’avais critiqué le tome 1 que vous pouvez trouver ici avec notamment le descriptif éditorial. Entrecoupés de pages noires, les chapitres de l’album sont titrés en français et en anglais. Un court cahier couleur démarre l’un des chapitres centraux qui portent sur l’histoire des Anciens. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage.

Après le massacre du camp de Lake le professeur Dyer part à la recherche du seul survivant. Après avoir franchi la crête des immenses montagnes noires, par plus de 7000 mètres, ils découvrent une cité cyclopéenne datant de millénaires avant l’apparition de l’homme sur Terre. Une cité qui les mènera aux portes de la folie…

J’avais été légèrement déçu par le premier volume, notamment sur des dessins par trop imprécis et j’ai été très surpris par la différence avec ce second volume, qui s’explique sans doute par la construction du texte original (très progressif) mais pas uniquement. On sent en effet l’auteur bien plus à l’aide dans le graphisme architectural de la cité(les premiers mirages aperçus dans le premier volumes laissaient présager cela). Mais surtout, cette exploration laisse moins de place aux personnages humains (réduits à deux protagonistes) pour entrer pleinement dans une découverte absolument fascinante et remarquablement bien découpée. Pas un seul temps mort dans cet album que l’on peut découper en trois parties: la découverte de la cité, en plans larges, paysagers, montrant les dimensions incroyables des constructions, un gros passage central très réussi relatant l’histoire des Anciens et des Shoggoth qui nous fait entrer pleinement dans le Mythe de Ctulhu, enfin la fuite des explorateurs (je m’arrête là pour ne pas spoiler l’ »indicible » :).Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

On peut regretter le petit manque d’imagination de Tanabe quand au type de constructions, parfois aux proportions démesurées qui illustrent bien le caractère « non-euclidien » de cette cité, parfois on tombe dans le basique mur en pierres avec voûte en berceau… Ca reste un détail mais toute la force des écrits de Lovecraft reposant sur l’impossibilité de ses visions (par exemple le principe même de la mégalopole par 7000 mètres d’altitude), des architectures que des humains auraient pu bâtir brisent un peu la magie. Néanmoins l’auteur sait semer des liens comme cette tour qui rappelle discrètement les peintures de la Tour de Babel (illustrant la descendance humaine des Anciens!) et ces bas-reliefs qui permettent aux explorateurs de découvrir l’histoire des créatures étoilées.Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

Si le premier tome traînait à démarrer, ici on est dans l’action du début à la fin avec un rythme parfait. On découvre l’incroyable avec nos deux témoins, on apprends ce qu’il est advenu du survivant du camp Lake, tout est résolu jusqu’à la conclusion parfaite et logique. Avec ses références bien placées à nombre d’éléments de la mythologie ctulhienne (du plateau de Leng au Necronomicon en passant par la Ville sans nom des déserts d’Arabie,…), le manga de Gou Tanabe sait titiller notre envie de fantastique et pousse à aller lire les ouvrages de Lovecraft et sans doute ceux à venir du mangaka dans la collection éditée en France par Ki-oon. Très fidèle au texte original, il cite également l’ouvrage mythique Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe, qui a en partie inspiré le mythe de Ctulhu. Un ouvrage sans faute qu’il aurait sans doute mieux valu publier en un unique tome et qui mériterait cinq Calvin avec des dessins un peu plus expressifs.

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Okko: le cycle de l’eau

La trouvaille+joaquim

BD de Hub
Delcourt (2005-2006), série terminée en 10 volumes (5 cycles de 2 tomes).

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La réputation de cette série publiée dans la prestigieuse collection Terres de légendes de chez Delcourt était venue jusqu’à moi mais je n’avais pas eu l’occasion de la lire, notamment car je suis assez réticent sur les nombreuses séries situées dans le Japon médiéval, qui n’intéressent souvent que les fans de cette culture (le contexte ne justifiant pas toujours des albums pour moi). Et donc ma lecture de ce premier cycle (celui de l’eau suivi de celui de la terre, de l’air ,du feu et du vide) me fait découvrir une série d’enquêtes fantastiques dans un japon de Fantasy, ce qui est beaucoup plus intéressant.

Le Ronin Okko parcourt l’empire du Pajan avec sa troupe de chasseurs de démons: Noburo le guerrier géant, Noshin le moine invocateur de Kami (esprits élémentaires) et Tikku le jeune page. A la recherche de la sœur de ce dernier ils vont arriver sur les terres d’un étrange seigneur qui semble adepte de pratiques inavouables…

Résultat de recherche d'images pour "okko  cycle de l'eau"Cette chronique est à suivre car ce premier cycle ne me permet pas de parler de l’intégralité de la série mais m’a donné vraiment envie de prolonger l’aventure de ces chasseurs bien intriguant. Car outre cet orient fantastique que l’auteur semble avoir bien en main, l’aura de mystère qui entoure à la fois le monde, sa technologie et les personnages principaux donne diablement envie d’aller creuser en espérant plus de révélations. La gestion du scénario se fait par touches, avec quelques ellipses temporelles et beaucoup de sous-entendus passant par les regards et des dialogues sans bulles. Sur ce point le principal défaut que je relèverais porte sur les visages assez peu expressifs, et notamment celui d’Okko lui-même totalement impassible. Est-ce volontaire ou les limites d’un dessinateur sur ses premiers albums? Toujours est-il qu’hormis cela, les dessins aux encrages très propres proposent un design et un dessin très agréables. Les combats sont envoyés un peu rapidement avec parfois un aspect brouillon dû en partie à des encrages très touffus (je ne m’en plains pas!) et un petit manque de combats au sabre pour une BD de Samouraï, au contraire des meilleurs scènes, celles d’exploration, très lisibles où le dessinateur se fait visiblement plaisir à montrer des détails de décors qui enrichissent vraiment ce monde étrange.

Si l’histoire est une classique enquête de chasseurs de démons, ce qui fascine ce sont les compagnons d’Okko, laissant ce dernier au second plan, avec une mention pour le personnage de Noburo, génial colosse musculeux portant un masque de démon hérissé d’une crinière blanche, guerrier invincible qui officie un peu comme le Hébus de Lanfeust, éclipsant par son style, ses réparties et ses actions un héros qui attend de se révéler. Ne parlant que très peu de ses héros (à la vie déjà installée), l’auteur instille chez son lecteur une grosse envie d’en savoir plus. Résultat de recherche d'images pour "okko cycle de l'eau"Ainsi quand dès les premières pages il introduit une sorte de Mech de combat en bois et cordages, il envoie un message de fantastique sans expliquer d’où il sort. De même avec le château flottant du méchant dont nous ne saurons pas la raison. Le principe du fantastique rejoint celui d’un bon scénario: avancer des pistes sans expliquer trop en détail. Laisser le lecteur fantasmer. En cela Hub est un maître assurément.

Le format choisi me plait beaucoup et démontre une bonne anticipation des possibilités de la série. Comme pour Largo Winch par exemple, proposer des histoires en deux tomes insérées dans une trame plus large qui relie l’ensemble en instillant des révélations au fil des cycles est pour moi très clairement le principe idéal pour une série longue (Okko se termine en 10 tomes). Pour un auteur débutant en BD on a clairement du potentiel et du talent qui devraient permettre à la série de monter en puissance (ce qui semble être le cas). Pour ma part j’ai bien envie de poursuivre une série que je n’attendais pas.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Dessous #1 et #2

BD du mercredi
BD de Bones
Sandawe (2016-2019), 86 p./album. Série en cours 2/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Sandawe pour cette belle découverte!


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Sandawe est un éditeur participatif qui fonctionne sur le crowdfunding: un projet est présenté par l’auteur, le budget détaillé et le montant nécessaire affiché. Les édinautes financent sur différents montants correspondant à des paliers permettant d’avoir l’ouvrage seul ou plus ou moins de bonus.

J’essaye toujours de parler du travail (ou du non travail…) d’édition sur les bouquins que je critique et je dois dire que lorsque j’ai reçu ces deux volumes j’ai été plus qu’agréablement surpris par la qualité de la finition. L’aspect couverture abîmée (avec des textures très propres et différentes sur les deux volumes), la précision et l’élégance de la maquette, la force évocatrice des couvertures, tout est aux petits oignons niveau édition et ça mérite amplement un Calvin pour cela (chose assez rare sur ce blog), surtout venant d’un petit éditeur participatif. Je précise que la couverture est format comics mais reliée (donc en dur pour les non initiés à la terminologie bibliophilique…). Dernier point, l’imprimeur a changé entre les deux tomes, le premier volume proposant un papier épais mat, le second un papier glacé plus fin. Je préfère le premier que je trouve plus adapté au dessin fort noir de l’auteur.

En 1916, sur le Front, les allemands ont disparu… Explorant le Tötendom, la montagne des morts, les poilus découvrent des scènes indicibles, des humains modifiés et autres abominations. L’armée fait appel à un spécialiste du Muséum d’Histoire Naturelles pour aller éclaircir ce mystère. Là-bas, s’enfonçant dans les entrailles de la terre il mettra à jour des révélations qui bouleverseront la réalité telle que nous la connaissons…

Vous l’aurez compris en lisant ce court résumé, on a affaire ici à une histoire inspirée du Mythe de Ctulhu. J’adore le fantastique, j’adore le monde de Lovecraft et je trouve que l’on n’a pas si souvent l’occasion de lire une bonne histoire s’inscrivant dans ce genre. Bones, l’auteur de ce triptyque (le troisième est en préparation) est en outre dans la ligne graphique de l’école Mignola (… et ô sacrilège, je préfère le dessin de Bones à celui de l’américain, le trouvant plus clair).

Si cette série est une très grande réussite c’est d’abord par-ce qu’elle remplit son cahier des charges de genre en transposant l’intrigue dans le contexte de la Grande Guerre (le premier tome pendant, le second juste après). Les histoires fantastiques à base de tentacules ne sont jamais fondamentalement originales de la même manière qu’une histoire de chevaliers et de dragons ne l’est pas. L’auteur et le lecteur cherchent avant tout à donner des images titillant notre imaginaire collectif. Ainsi ce sont les éléments clés d’une telle histoire et leur articulation, le montage, qui plaisent ici: le savant fou, les allemands, la civilisation pré-civilisation, l’indicible et le traitement visuel de l’horreur, avec ses gros-plans et ses bruits en onomatopées omniprésentes. Le contexte est ainsi idéal et le scénario, particulièrement équilibré, arrive en 86 planches à nous présenter l’intrigue principale, du flashback, l’arrière-plan (Paris, les généraux, le Muséum) et à présenter un début, un milieu et une fin, sans que la chute ne soit expédiée comme c’est souvent le cas quand on est en présence de ce genre d’intrigue. L’histoire a été construite en format one-shot avec la possibilité d’une prolongation après le tome 1, Bones ayant sans doute envisagé dès le début une trilogie. La fin du premier album est ainsi un peu vague si vous en restez là alors que l’articulation entre les deux tomes peut sembler avoir quelques difficultés par moment (manque d’explication sur l’ellipse de trois ans entre les deux volumes). Cela est sans doute dû aux incertitudes éditoriales et je gage que le troisième tome sera bien mieux articulé.

De la même manière les personnages sont archétypaux mais je les ai trouvé très réussis, notamment le capitaine-courage et Bär, le volumineux allemand équipé d’une mitrailleuse et furieusement bad-ass! Si les méchants sont essentiellement à base de monstres sur le premier volume, ils montent d’un cran dans Un océan de souffrance en cultivant un mystère bien orchestré en restant tapis dans l’ombre. Les trois thèmes Terre/Eau/Espace rattachés aux trois volumes peuvent sembler artificiels mais personnellement j’aime bien quand une série développe des thématiques, des colorations rattachées aux albums. Ils permettent en outre d’éviter la redite, ne serai-ce que graphiquement, si La montagne des morts est une histoire de tranchées et de monde souterrain, le second introduit la thématique vernienne qui nous sort un peu du seul Ctulhu (même si on en reste très proche) avec des constructions sous-marines et navires de guerre. Globalement la progression dramatique, la divulgation des infos, coups de théâtre et l’approche scénaristique générale sont remarquables.

Visuellement les planches sont vraiment belles et l’on sent à la fois la quantité de travail et la maîtrise technique dans cette grande lisibilité et propreté des architectures et arrière-plans. Le style est particulier et certains n’aimeront pas. Mais force est de reconnaître qu’il colle parfaitement à l’atmosphère et montre un dessinateur qui a largement passé le stade de l’amateur. Nombre de dessinateurs œuvrant dans des styles ombre et lumière (dernièrement Eduardo Risso sur Moonshine) rendent des planches parfois confuses. Je n’ai jamais ressenti cela à la lecture de Dessous. Bones propose surtout nombre de visions fantastiques qui font frémir notre imaginaire.

Comme il faut aussi pointer les manques, je parlerais (mais cela a été relevé et corrigé sur le tome 2) des dialogues en allemand non traduits sur le T1 (comme sur Black Magick, tiens, est-ce que les scénaristes germanophones oublient que tout le monde ne parle pas la langue de Goethe?) et des halo lumineux ajoutés par l’auteur dans le T2 et qui me semblent trop artificiels au regard d’un projet qui respire l’artisanat et l’encre.

Hormis cela Dessous est une vraie bonne BD de genre, un vrai bon dessin d’un auteur qui a clairement de l’avenir. J’ai retrouvé dans cette lecture beaucoup du plaisir des illustrations de Lauffray et un peu de ce qu’il pourrait produire s’il sortait enfin sa grande BD d’exploration lovecraftienne. Si vous avez peur des poulpes et imaginez des temples ensevelis dans votre jardin, si vous aimez les encrages profonds, les savants fous et les machines steampunk, rattrapez vite votre retard avant Un regard vers les étoiles, que vous pouvez aussi pré-financer sur le site de l’éditeur.

Une interview de l’auteur est disponible ici.

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***·East & West·Manga·Nouveau !

Les montagnes hallucinées #1

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2018), volume 1, n&b.
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Ce manga montre combien un bon travail d’édition met le lecteur dans d’excellentes conditions avant même d’entamer la lecture. Un peu comme une belle illustration de couverture… Ki-oon a sorti la grosse artillerie avec une superbe couverture simili-cuir en effet gravure. Une court bio de l’auteur et de Lovecraft, une introduction au roman original At the mountains of madness, un sommaire et quelques citations en anglais de nouvelles d’Edgar Poe (dont Arthur Pym) pour mettre dans l’ambiance. L’édition respire le respect et mérite un Calvin. Qu’en est-il du manga lui-même?

En 1930 une très importante expédition de l’Université Miskatonic part pour l’Antarctique, équipée d’avions et du matériel dernier cri. Ils vont étudier la géologie et la biologie d’un continent découvert mais pas encore exploré. Très vite les découvertes apportent des révélations improbables au niveau des datations et l’ambition de l’une des têtes de l’expédition pousse à séparer les équipes. Lorsque l’équipe Lake ne donne plus signe de vie après le passage d’une redoutable tempête le reste des hommes part à leur secours et vont découvrir l’indicible…

Résultat de recherche d'images pour "tanabe montagnes hallucinées"Gou Tanabe n’a pas une grosse bibliographie mais a commencé à se spécialiser depuis quelques temps dans les adaptations de classiques, dont Lovecraft.  Il n’est pas le plus technique ni le plus impressionnant des dessinateurs japonais. Pourtant son style réaliste colle avec l’atmosphère résolument classique qui sied aux histoires d’aventures fantastiques de l’époque. La première approche est décevante tant le dessin semble avoir été vu mille fois et le récit d’expédition antarctique nécessite un plus graphique ou scénaristique pour se démarquer. Le rythme des histoires fantastiques est progressif. Celui des Montagnes hallucinées également: après une longue mise en place à la lecture difficile du fait de l’utilisation de trames grossières et du manque de précision du dessin, les premières accélérations de l’intrigue ouvertes par la découverte de strates géologiques à la datation impossible font monter la tension et le rythme cardiaque du lecteur… qui ne décroche plus jusqu’à la fin. Le prologue avait annoncé l’horreur. L’intérêt du manga repose sur l’accumulation de découvertes toutes plus improbables les unes que les autres. Le principe du hors champ et du jeu sur l’anticipation du lecteur fonctionne très bien: l’auteur déroule cliniquement les découvertes des scientifiques et le lecteur s’attend à chaque page à voir surgir un monstre…

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Le mythe de Cthulhu est toujours aussi fascinant dans son jeu des impossibilités scientifiques entraînant à la folie. Dans ce premier tome il n’est pourtant pas question de déviances mentales puisque jusqu’à la découverte macabre du campement (totalement gore et horrible) nous ne faisons face qu’à des constatations rationnelles. L’équipe reste au pied des Montagnes de la folie, que l’on abordera dans un second volume.

Étrangement les limites du dessin de Tanabe, qui posent problème sur les premiers chapitres, apportent un plus dès l’arrivée des Anciens. L’impossibilité physique à représenter ces êtres indicibles (j’adore le vocabulaire hypertrophié de Lovecraft!) est très bien reprise par des dessins sombres, présentant des enchevêtrements impossibles à comprendre visuellement. C’est perturbant mais sert totalement le propos; on imagine dès les pages montrant par mirage la cité cyclopéenne ce que sera le tome deux.

Très respectueux de l’oeuvre originale (sans doute trop), Gou Tanabe sait faire tenir la tension de son scénario en montant progressivement vers l’horreur brutale. Avec un dessin plus précis et moins sombre l’on aurait gagné en qualité mais l’ouvrage réussit à être une très bonne illustration du texte de Lovecraft et fascine lorsqu’il s’agit de représenter ces Anciens.Résultat de recherche d'images pour "tanabe montagnes hallucinées"

Sur le thème de l’expédition polaire vous pouvez retrouver mes chroniques de la BD-photo d’Emmanuel Lepage La lune est blanche et la BD de Boidin Endurance sur l’expédition Shackleton.

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