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Locke & Key Hors Série: Ciel et Terre

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Recueil de trois histoires courtes reliées à la série Locke & Key, écrite par Joe Hill et dessinée par Gabriel Rodriguez. Parution le 16/06/21 aux éditions HiComics

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Merci aux éditions Hi-comics pour leur confiance.

Une clef pour chaque serrure

Après le décès brutal de leur père, les trois orphelins Locke emménagent dans la vieille demeure familiale, située sur l’île de Lovecraft, Massachussetts, et vont y découvrir d’étranges pouvoirs contenus dans des clefs, disséminées à travers la maison. Ces clefs vont bien évidemment attirer la convoitise de personnes mal intentionnées, et il reviendra alors à la fratrie Locke d’assumer son rôle de gardiens des clefs.

La série Locke & Key, publiée en France par HiComics, est un des succès retentissants ces dernières années en terme de comics indépendants. Abouti et fascinant par son ambiance, Locke & Key réussit le savant mélange entre horreur et teen drama, démontrant ainsi que le talent, chez les King en tous cas, peut passer d’une génération à l’autre. 

Après la conclusion de la série au sixième tome, les auteurs décident de prolonger l’aventure avec une série d’histoires courtes faisant office de préquels et mettant le focus sur les aïeux de la famille Locke ou bien sur leur célèbre manoir du comté de Lovecraft, le bien nommé Keyhouse. La première partie, poétique, nous fait remonter d’un siècle pour rencontrer des ascendants de la famille Locke, dont le fils aîné est malade. Son père va alors réaliser l’impossible pour l’embarquer dans le voyage le plus mémorable qui soit tout en tentant de le préserver.

La seconde partie, plus tendue et anxiogène, montre comment des Locke ont du se défendre contre des home invaders braqueurs de banque et redoutablement retors. Bien évidemment, les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit. La troisième partie, enfin, nous met en présence de Tyler, Kinsey et Bode, les héros de la série principale, qui vont encore se confronter brièvement au pouvoir des clefs. 

Une serrure pour chaque clef

Autant le dire tout de suite, ce hors-série Locke & Key vous laissera sur votre faim. Après une intrigue aussi dense, ingénieuse et aboutie, il est normal de nourrir un niveau élevé d’attente, même pour des one-shots de ce calibre. Toutefois, à part quelques rappels des clefs incontournables de la série et quelques ajouts, rien de significatif ne vient renforcer l’attrait de ce recueil. 


Bien que les trois histoires bénéficient de la qualité d’écriture de Joe Hill, elles se révèlent finalement anecdotiques. Décrocher la Lune, n’en demeure pas moins émouvante et poétique, tandis que Grindhouse sa tout du huis-clos tendu à souhait, mais Petit coin, qui conclue l’album et met en scène les héros de la série, n’apporte paradoxalement rien en terme de contenu. 
Ce HS ne constitue donc pas un point d’entrée idéal pour les nouveaux lecteurs, mais sera à réserver aux fans hardcore ET complétistes de la série principale. 

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The Plot #1

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Premier tome comprenant les 4 premiers chapitres (sur 8) de la mini-série écrite par Tim Daniel, Michael Moreci, et dessinée par Josh Hixson. Parution en France chez HiComics le 19/05/2021.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

La hantise du Bayou

Après la mort brutale de son frère et sa belle-soeur, Chase Blaine se voit confier la garde de sa nièce Mackenzie et de son neveu Zach. En plus de devoir gérer le deuil de ce frère qu’il ne voyait plus depuis des années, Chase va donc devoir faire de la place à cette nouvelle famille, qu’il ne connait pas davantage. Ces événements vont le ramener sur la parcelle familiale, où se situe la maison des Blaine. Très vite, des secrets enfouis dans les marécages environnants, et les fondations même de la demeure, vont tenter de refaire surface. Des secrets liés de près à la mort de son frère et au destin de sa famille…

Le récit d’horreur est un exercice périlleux, surtout si l’on prend en compte les contraintes du médium utilisé. Le thème du retour à la maison est un lieu commun presque inévitable du genre, qui est presque indissociable de celui des secrets de famille, qui sert de colonne vertébrale à The Plot, sans que l’auteur ne donne, pour le moment, d’indice prégnant quant à la nature du pêché à l’origine du récit. Le deuil, bien sûr, est toujours un terrain propice à l’horreur et au surnaturel, tout comme l’exploration des dynamiques familiales (l’oncle éloigné qui récupère la garde de ses jeunes neveux orphelins rappelle le film Mama).

Vous l’aurez donc compris, The Plot s’inscrit dans le genre horrifique sans le révolutionner nécessairement. La tension est pourtant bien présente, au moyen de jump scares séquentiels bien utilisés, et d’une ambiance graphique immersive due à l’encrage lourd de Hixson et aux couleurs de Jordan Boyd.

Néanmoins, il apparaît évident que ces quatre premiers chapitres présentés tels quels font office de premier acte, les quatre derniers ayant certainement davantage de révélations et autres coups de théâtres en réserve (on soupçonne un pacte avec une entité engendrant une dette des Blaine). Il n’aurait donc pas été incongru de proposer les huit chapitres d’emblée en intégrale, au lieu de se contenter d’un premier tome d’exposition en espérant avoir accroché le public pour le second tome.

Étant donné sa nature essentiellement introductive, il n’y a donc pas énormément de choses à souligner sur ce premier tome de The Plot, si ce n’est sa correcte exécution et un mystère qui donne envie d’être découvert.

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Plunge

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Comic de Joe Hill et Stuart Immonen et Dave Stewart (coul.).
Urban (2021) 168p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

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Lorsque les frères MacReady reçoivent la visite d’un ponte de la multinationale Rococo corp. ils ne se doutent pas vers quel enfer ils partent… Embauchés pour récupérer le chargement d’une épave coulée il y a quarante ans, ils embarquent avec la biologique Moriah Lamb vers une île du détroit de Béring. Un voyage vers le froid et l’horreur dans ce coin reculé…

Joe Hill est l’auteur de la réputée série de comics Locke & Key (dont l’adaptation Netflix est diffusée en 2020)… et accessoirement fils de Stephen King. S’il a tenu à débuter sa carrière sous pseudo pour ne pas profiter de la notoriété de son père, il n’en subit pas moins (et c’est bien normal) l’influence en se rangeant dans le domaine de l’horreur matinée d’Amérique profonde. La post-face étonnante de modestie indique sans détour la volonté de se rattacher au cinéma fantastique des années quatre-vingt et au chef d’œuvre intemporel, The Thing de John Carpenter. Ainsi Plunge est bien un hommage croisé à John Carpenter (pour la forme) et à HP Lovecraft (pour le fonds)… le premier ayant par ailleurs construit son œuvre dans l’univers du maître de Providence.

Plunge de Joe Hill & Stuart Immonen en VF chez UrbanToujours méfiant lorsqu’un héritier débarque avec un attelage impérial (Stuart Immonen de retour dans le comics c’est un sacré évènement même si son embauche par Mark Millar n’avait pas fait que des étincelles…), j’ai été totalement happé par cet album dès les toutes premières pages. Par les dessins bien sur, le duo d’Immonen avec son coloriste Dave Stewart étant parmi ce qui se fait de mieux (le coloriste a par exemple bossé sur le Magic Order de Coipel ou avec Tim Sale sur Catwoman a Rome). Pour une première immersion dans le genre, le canadien nous explose les rétines par ses encrages profonds bien connus, par l’expressivité de ses visages et par son style tout simplement. Quand beaucoup d’illustrateurs réalistes abusent un peu trop de visages d’acteurs de cinéma pour créer leurs personnages, Immonen s’inspire mais reste évocateur, original, et renforce en cela la spécificité de sa création. A la fois dynamique, graphique et incroyablement efficace dans les plans devant faire peur, le dessinateur a bien entendu un rôle central dans l’efficacité de ce one-shot fantastique comme le reconnaît Joe Hill lui-même.

Pourtant le scénariste n’est pas un manche, proposant un découpage et un cadrage qui reprend les codes du cinéma tellement bien qu’on sent le mouvement, la musique et la tension monter. Rarement j’ai autant frémi à la lecture d’une BD, avec le petit sourire en coin de la peur confortable du canapé… Surtout, je découvre un sacré dialoguiste qui donne vie à des personnages que l’on capte par ce qu’ils disent et non seulement par leur coupe de cheveux. On rit aux punchlines pourries et beauf de ces sauveteurs ricains et aux situations décalées destinées à renforcer la montée dans l’horreur. On connaît les mécanismes, Hill aussi et c’est pourtant toujours aussi efficace! Etonnant que l’écrivain n’ait pas encore percé au cinéma tant nous sommes tous terriblement orphelins du cinéma de John Carpenter…

Plunge_3_4Album quasi-parfait jusqu’à la moitié du récit et l’irruption du fantastique pur, Plunge souffre alors malheureusement de la malédiction quasi-inévitable du genre. S’il évite la grandiloquence qui fait souvent sombrer les meilleurs pitch dans le n’importe quoi, Hill ne sait pourtant pas bien comment se dépatouiller de son histoire dès lors que les Grands anciens débarquent dans son intrigue. Signe d’une certaine fébrilité, son récit jusqu’ici construit avec une progressivité remarquable souffre alors de sauts de découpage qui laissent circonspect, avec le sentiment d’avoir loupé une scène. Manque de communication entre le scénariste et son dessinateur? On ne le sait, mais certaines images à l’approche de la fin restent sans explications. Normal dans un récit fantastique direz-vous… Sauf que ces problèmes marquent la compréhension de l’action et non la seule conclusion naturellement ouverte. Quel est ce soudain bandage de Gage? Quelle est cette gigantesque écoutille? Où l’indien a-t’il subi cette blessure?… Petit caillou dans une chaussure pourtant extrêmement confortable, cette fin saccadée rompt un peu le charme (… de l’horreur) d’une aventure en compagnie de personnages qu’on aurait aimé côtoyer plus longtemps et que l’on espère très vivement retrouver sans tarder au cinoche (avec, j’espère, plus de réussite que sur les adaptations du papa)…

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Celui qui hantait les ténèbres

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2021) -Enterbrain (2016), 164p., one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique! Le volume comprend deux histoires: Dagon (33 pages) et Celui qui hantait les ténèbres. Dagon adapte une des premières nouvelles de Lovecraft (1917) et la seconde histoire est l’avant-dernière a avoir été écrite par Lovecraft (1936).

L’écrivain et artiste Robert Blake emménage dans une maison de Providence où sa créativité se trouve à son comble. Progressivement il s’interroge sur le clocher sombre qu’il aperçoit de sa fenêtre et entreprend de se renseigner sur l’église qui semble attachée à un culte dont les habitants refusent d’évoquer même le nom…

Lentement mais surement Gou Tanabe et son éditeur français Ki_oon avancent dans l’exploitation exhaustive de l’œuvre du génie Howard Philip Lovecraft avec ce cinquième volume (les Montagnes hallucinées ayant été publiées en deux volumes). Pour le plus bref des albums de cette collection on plonge au cœur de ce qui fait les écrits fantastiques de Lovecraft: la folie qui s’installe progressivement dans un esprit à l’origine sain. Contrairement aux précédentes adaptations, d’une part l’artiste est quasiment l’unique protagoniste de l’histoire (comme sur le court Dagon) et d’autre part il ne s’agit pas d’un profile type de cartésianisme utilisé dans le schéma classique du fantastique pour illustrer la confrontation entre le rationalisme et l’aberration des manifestations des Anciens.

Si les adaptations littéraires ont le vent en poupe depuis plusieurs années, je suis généralement assez réservé sur la qualité des versions BD, souvent du fait de matériaux originaux pas toujours folichons (je pense à certains Conan ou aux Vernon Sullivan). Si Lovecraft est publié dans Weird Tales, la puissance imaginaire de ses écrits en fait l’icône indépassable des auteurs fantastiques jusqu’à aujourd’hui et la mise en image de ces schémas très codifiés par le mangaka reste un plaisir sans faille ni redondance.Celui qui hantait les ténèbres par Gou TANABE. - Actualités - Éditions  Ki-oon

Bien plus simple et synthétique que les autres volumes de Ki_oon, Celui qui hantait les ténèbres reprend presque les trois unités du théâtre avec juste ce qu’il faut de ruptures dans le découpage pour créer un malaise quand à la temporalité/réalité de ce à quoi nous assistons. Dans toute la collection Gou Tanabe rompt avec l’esprit du fantastique voulant que l’horreur reste tapie dans l’obscurité. Ici comme avant surgit soudain une forme indéfinissable dans les textures sombre de son dessin. On ne sait pas si elle est une imagination de l’esprit enfiévré de l’artiste soumis à l’influence néfaste du Nécronomicon ou si la scène a bien existé. De fait, beaucoup plus narré, ce volume s’installe dans l’esprit littéraire de Lovecraft avec grande fidélité et l’on peut dire que si l’on n’atteint pas les folies architecturales des Montagnes ou de L’Abime des temps, la densité de l’histoire en fait sans doute l’album le plus facile d’accès et le moins exigeant pour entrer dans cette collection.

A la fois moins ambitieuse mais abordant le cœur du mythe Cthulien, Celui qui hantait les ténèbres propose une magnifique introduction à Lovecraft, courte, facile de lecture et terriblement prenante. Et comme chaque fois l’on a envie juste derrière d’aller piocher à la bibliothèque l’intégrale des écrits du maître de Providence…

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Bone Parish #2

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Second tome de 112 pages de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf. Publication en France chez Delcourt le 07/10/20.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Enfers artificiels

Le premier tome de Bone Parish nous présentait le business tout particulier de la famille Winters, dont le décès récent du patriarche avait forcé Grace, la mère, à prendre les rennes et à faire face aux redoutables concurrents qui souhaitent mettre la main sur la Cendre, drogue fabriquée à partir de dépouilles permettant de revivre les instants de vie d’un défunt.

Frappés par le décès d’un des leurs, les Winters n’auront pas le temps de s’appesantir sur leur deuil, car déjà, les requins se massent autour d’eux. Grace, qui jusqu’ici comptait sur la Cendre pour diriger la famille grâce aux conseils de son défunt mari, va devoir faire des choix radicaux pour protéger son clan, tandis que Brae, le fils aîné, aspire toujours à plus et commence à prendre des risques pour prouver sa valeur. Brigitte, quant à elle, est sursollicitée pour fabriquer toujours plus de Cendre. Les cartels adverses, de leur côté, tentent de reproduire la Cendre, avec des résultats pour le moins préoccupants.

From ashes to ashes

Après un premier tome mettant l’accent sur une ambiance glauque et morbide, Cullen Bunn nous fait plonger plus profondément encore dans l’horreur, n’hésitant pas à y apporter une touche graphique pour appuyer son propos. Le rythme est sans doute moins porté vers l’action, l’intrigue avance néanmoins, l’auteur positionnant ses différents antagonistes en prévision du troisième tome qui doit conclure la série.

Les Winters maîtriseront ils la Cendre suffisamment pour prendre le pas sur leurs rivaux ? Quels secret cette maudite substance recèle-t-elle encore ? réponse dans le dernier tome !

***·Manga

Gannibal #1

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Manga de Masaaki Ninomiya
Meian (2020)- Nihon Bugeisha (2018), série en cours, 2 vol parus (7 vol parus au Japon)

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Lorsqu’un policier débarque avec sa famille dans le village japonais de Kuge pour remplacer le précédent fonctionnaire qui a disparu, il se heurte à l’hostilité de la famille Goto. Clan historique du village, ils sont chez eux et leur comportement violent inquiète l’agent. Avec cette intégration difficile s’ajoute le message laissé par le policier disparu: ce village serait occupé par des cannibales… Sans vouloir verser dans la paranoïa, Daigo commence l’enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé…

Meian propose régulièrement de nouvelles petites séries, plutôt dans un registre violent voir gore (comme les 7 Ninja d’Efu) pour enrichir un catalogue dominé par le best-seller Kingdom. Gannibal est une série récente d’un auteur dont c’est (a priori) la première création… et je dois dire que c’est sacrément bien Amazon.fr - Gannibal - Tome 1 - Ninomiya, Masaki - Livresmaîtrisé pour une entrée en matière! Commençant par une couverture très réussie, à la fois intrigante, inspirée par le sang et dynamique dans le cadrage, le manga démarre sans mise en place en nous expliquant dès la première page le pitch de départ. Au bout de dix pages le premier cadavre est trouvé et le policier menacé un fusil sur la tête par un membre du clan Goto. On peut dire que ça ne traîne pas et les dessins appuient bien cette tension par des cadrages très serrés et des visages aux yeux exorbités tout à fait parlant. Ninomiya connaît parfaitement ses gammes du cinéma d’horreur et enchaîne les séquences où le héros se trouve isolé, menacé et fourni de tout ce qu’il faut d’indices poussant vers la thèse proposée par le manga dès la première page: celle des cannibales. Tout l’intérêt de l’ouvrage est donc le doute entre ce qu’on nous annonce comme évident et l’aspect « trop gros ». On a pour le moment peu de doutes sur les mœurs de la famille Goto mais toujours un élément de doute vient nous titiller, surtout après une mise en place aussi rapide. Le déroulement implique deux possibilités: soit une confirmation qui va faire évoluer la série vers un survival terrifiant, soit une remise en question qui permettra de développer l’enquête. Le seul petit bémol est l’acceptation un peu grosse du policier face à toutes ces remises en cause violentes de son autorité, sans qu’il n’envisage de montrer les muscles, jusqu’à la séquence finale bien stressante. A la conclusion de ce premier volume on ressort plutôt conquis par un album parfaitement maîtrisé, sans défauts apparents ni addiction franche mais un ouvrage qui fait sacrément bien le job dans un genre pas si représenté en manga.

****·Manga·Nouveau !·Service Presse

L’appel de Cthulhu

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2020) -Enterbrain (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique!

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En héritant de son grand-oncle, Francis Thurston est loin de se douter du récit dans lequel il va plonger en rangeant les affaires du décédé. L’archéologue avait en effet pendant des années suivi la piste d’un mystérieux culte monstrueux aux ramifications mondiales. Un culte relié à une entité fantastique: Cthulhu…

Les éditions Ki-oon continuent avec la régularité d’un métronome à nous proposer plusieurs fois par an une nouvelle adaptation de Lovecraft par le mangaka Gou Tanabe. Après les très réussies Montagnes hallucinées, Dans l’abîme des tempset La couleur tombée du ciel, on attaque l’ouvrage fondateur, déjà proposé avec les incroyables illustrations de François Baranger l’an dernier. La comparaison entre ce dernier, doté de très puissantes images couleur en grand format et le manga aux dessins très particuliers de Tanabe est très intéressante puisque l’on passe d’une simple illustration à une véritable adaptation. Et sur ce plan le manga marque des points en profitant de la force du récit construit en poupées gigognes avec des récits dans les récits. L’auteur se plait ainsi, comme sur l’Abîme des temps, à nous promener dans des ellipses temporelles brutales que les faciès très proches des personnages n’aident pas à distinguer. Comme remarqué sur les précédents albums, les limites de l’auteur deviennent des forces en créant un malaise dans cet univers où l’on sent la folie proche et où les lois de la physique et de l’espace-temps n’ont plus lieu. Assez compacte cette histoire centrée sur le cœur du Mythe, le grand Cthulhu dormant dans les profondeurs de la cité engloutie de Rlyeh, nous fera voyager au cœur de l’action car pour une fois les faibles scientifique ne sont que spectateurs de récits où les policiers et marins affrontent directement des sectes d’adorateurs démoniaques du Grand Ancien. Les visions cauchemardesques sont toujours aussi fortes, moins organiques que précédemment, mais l’illustration de l’univers années trente est fort réussie.L'Appel de Cthulhu - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Sans temps morts, sautant entre plusieurs récits rappelant les architectures des Montagnes hallucinées (la fin dans la cité de Rlyeh), les changements de personnalité de l’Abîme ou la chasse de la secte dans le bayou de Louisiane, l’intrigue est d’une grande richesse en nous révélant progressivement la nature de ce culte essaimé à travers la planète. En forme de porte d’entrée dans le Mythe, vous pourrez ensuite aller découvrir la nature de ces entités en lisant les autres ouvrages qui développent d’autres races très anciennes. L’appel de Cthulhu est pour moi le plus accessible, le plus riche et le plus central des ouvrages de la collection et si vous ne devez en lire qu’un c’est sans doute celui-là.

Publiée dans le désordre par l’éditeur français, la collection de ces magnifiques adaptations doit encore voir paraître Celui qui hantait les ténèbres et le Cauchemar d’Insmouth (dernier paru). On ne sait si l’auteur compte passer le reste de sa carrière sur l’intégralité de l’œuvre de Lovecraft, mais il y a du choix pour de futurs albums…

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La couleur tombée du ciel

Histoire complète en 184 planches, écrite et dessinée par Gou Tanabe, d’après le roman du même nom de H.P. Lovecraft. Parution le 05/03/2020 aux éditions Ki-oon dans la collection Les Chefs-d’œuvre de Lovecraft.Blondin avait critiqué les Montagnes hallucinées et Dans l’Abime du temps.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

La chose au fond du puits

Un jeune technicien venu de la ville enquête sur la Lande Foudroyée, lopin de terre que les habitants de la région redoutent et décrivent comme maudit. Pour glaner encore quelques informations en vue de la construction prochaine d’un barrage destiné à engloutir la région, le technicien va se rendre auprès d’Ammi, un vieil homme esseulé et à la raison vacillante. Toutefois, Ammi, loin d’être totalement fou, va révéler à notre protagoniste une singulière histoire défiant la logique…

Ainsi, il y a cinquante ans, un mystérieux corps céleste s’est écrasé dans la propriété des Gardner, au grand étonnement de Nahum, le chef de famille. D’abord enthousiasmé par la gloriole qu’il peut retirer de ce phénomène, Nahum accueille avec une gouaille innocente les scientifiques venus étudier le phénomène. Mais bientôt, les choses vont dégénérer pour les Gardner: Alors que le météore se désagrège, la nature tout autour commence à changer, lentement, horriblement, pour ne finalement plus être qu’un reflet corrompu de ce qu’elle fut. La nuit, il se dégage de la végétation une lueur inconnue, une couleur impossible que nul n’a jamais contemplé.

L’horreur cosmique au pas de la porte

Lovecraft est un des auteurs dont l’influence a traversé les décennies et s’est exportée à travers différents médium, si bien qu’on lui attribue aujourd’hui la paternité d’un genre (rien que ça), celui de l’Horreur Cosmique. En effet, toute l’œuvre de H.P. Lovecraft est centrée autour de créatures extraterrestres à l’apparence indescriptible, aux motivations malsaines et hostiles, et dont la simple vue peut plonger un homme dans la folie, cette thématique ayant été reprise ensuite par de nombreux artistes.

Le souci qui pouvait se poser à l’adaptation d’un récit de Lovecraft est celui de la fidélité. Comment retranscrire à l’image une telle horreur ? Comment donner forme à l’indicible ? Certains auteurs comme John Carpenter s’y sont risqués avec un certain succès dans leurs propres travaux (The Thing, principalement), cependant, la gageure demeure pour ce qui est des adaptations littérales.

Concernant La Couleur tombée du ciel, la difficulté résidait justement dans cette couleur inconnue, et impossible à décrire. Gou Tanabe, fort de ses précédentes adaptations de Lovecraft, a géré cette problématique en conservant le noir et blanc propre au manga, rendant ainsi caduque la question chromatique.

Son graphisme reste sage mais joue habilement sur les ombres et lumières pour suggérer l’horreur. A plusieurs reprises, l’auteur semble mettre l’accent sur les réactions des personnages, employant le gros plan pour nous permettre de calquer nos impressions sur celles des protagonistes.

Signalons enfin la beauté du livre en tant que tel, avec sa couverture en imitation de cuir de toute beauté. Une lecture indispensable pour les fans du genre !

****·Comics·Nouveau !

Bone Parish #1

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Premier tome de 112 pages, d’une série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf, parue aux US chez Boom! Studios et publiée en France chez Delcourt le 19/02/2020.

Narcotiques nécrotiques

La Nouvelle-Orléans, ses rues bigarrées, son Mardi-Gras, sa cuisine cajun…et ses drogues vaudoues. La Cendre est une nouvelle substance en vogue dans la ville, qui s’arrache à prix d’or à cause des effets étranges qu’elle produit. En effet, toute personne absorbant cette drogue, fabriquée à partir d’ossements humains, ressentira et vivra des instants de la vie du défunt qui a servi à la fabriquer. Ainsi, chaque échantillon produira des effets différents, au-delà de tout ce que peut produire la chimie ordinaire.

On doit l’initiative de ce business à la famille Winters, notamment grâce aux efforts conjoints de Grace, la mère, de Bae, le fils aîné, et surtout de Brigitte, qui détient la recette secrète de cette singulière drogue.

Toutefois, cette irrésistible ascension attire la convoitise de cartels plus ambitieux, mieux organisés, et bien plus agressifs. Que les Winters se préparent, car l’offensive de leurs cupides rivaux risque de faire des dégâts.

Breaking Dead

Cullen Bunn nous plonge d’emblée dans une ambiance glauque, en mettant au centre de l’action une famille criminelle, qui, de par la nature de son activité, doit traiter avec les dealers crasseux de la Nouvelle-Orléans, les clans rivaux et les flics véreux. Mais ce qui fait de Bone Parish un comic singulier, c’est sans doute son pitch de départ, assez osé et redoutablement bien exploité par l’auteur, qui a à sa disposition une infinité de combinaisons possibles et de possibilités à exploiter, si tant est qu’il ose exhumer le bon cadavre.

La dynamique de la famille Winters est également très intéressante et pose des enjeux que le lecteur aura à cœur de suivre dans les prochains tomes. En effet, Grace, la matriarche, est dépendante à la Cendre qui lui permet d’invoquer l’esprit de son défunt mari, ce qui entrave son processus de deuil et l’empêche d’avancer personnellement et diriger le clan à sa manière. Bae, le fils aîné, déplore d’être sous-estimé par sa mère et aimerait avoir plus de poids lors des prises de décisions. Brigitte quant à elle, garde jalousement ses secrets, considérant qu’ils sont sa seule garantie. Tout cet aréopage disparate doit pourtant œuvrer de concert pour poursuivre l’activité familiale et faire face à tous ses antagonistes. Y arriveront-ils ?

Coté graphique, Jonas Scharf offre un trait réaliste avec un grain particulier, à la manière d’un Doug Mahnke, d’un Trevor Hairsine ou d’un Brian Hitch. Notons que la colorisation signée Alex Guimaraes y est pour beaucoup dans la construction de l’ambiance graphique.

Ce premier tome de Bone Parish vous accrochera très certainement, et promet de grandes choses pour la suite !

***·BD·Nouveau !

Le Cimetière des Âmes

BD du mercredi

Album de 88 pages, premier tome d’une série écrite par Éric Corbeyran et dessinée par Francisco Manna. Parution le 18/09/2019 aux éditions Glénat dans la collection Grindhouse.

Contre la fin de tout

Bill Night, Olivia et Ashley, des agents de l’Académie Parallèle, mènent frénétiquement des recherches d’une importance capitale. En effet, si l’on se réfère à une prophétie découverte peu de temps auparavant, la fin du monde tel que nous le connaissons pourrait survenir très bientôt, livrant la Terre au règne du Linceul, une entité antédiluvienne et abstraite qui n’aspire qu’à répandre partout ses cendres mortifères.

Le seul qui semble capable de contrer l’avènement du Linceul est un énigmatique occultiste surnommé Red De Ath, qui serait sûrement très efficace s’il n’était pas mort, il y a 200 ans. Nos aventuriers de l’occulte se lancent donc à la recherche de sa dépouille, espérant y trouver des indices ou un moyen d’éviter l’Apocalypse. Ce qu’ils trouveront sera tout de même bien plus intéressant, puisque par un concours de circonstances, ils parviendront à ressusciter Red De Ath, alias Archibald Donehue.

Le vieil homme avait anticipé sa mort et sa résurrection, dans un plan fomenté durant l’une de ses bitures, afin de vaincre le Linceul lors de sa résurgence. Toutefois, la traversée a fait d’Archibald un être instable. Sera-t-il l’allié précieux que nos héros espèrent ?

La Grande Faucheuse arrive

L’incontournable Corbeyran, auteur à l’impressionnante bibliographie, établit dès les premières pages de cette série une ambiance singulière, entre horreur et aventure. Edgar Allan Poe, cité en référence par Achibald, et H.P. Lovecraft ne sont jamais très loin, entre goules voraces et entités malveillantes à la forme insaisissable.

En lisant les péripéties de l’Académie Parallèle, dotée d’un agent non-humain aux capacités particulières (Bill le Gorille génétiquement modifié), on ne peut s’empêcher de penser au célèbre Hellboy, qui s’est depuis longtemps imposé en parangon du genre. L’auteur offre d’ailleurs un background intéressant à Bill Night, qui donne des allures de dystopie à cet univers encore en expansion.

La seconde partie de l’album impulse des nouveaux enjeux et des nouveaux antagonistes de façon assez bienvenue, ce qui éveille notre curiosité et nous donne envie de découvrir la suite. Sortie l’année dernière, Le Cimetière des Âmes est un élément solide de la collection Grindhouse !