***·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Bone Parish #2

Second tome de 112 pages de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf. Publication en France chez Delcourt le 07/10/20.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Enfers artificiels

Le premier tome de Bone Parish nous présentait le business tout particulier de la famille Winters, dont le décès récent du patriarche avait forcé Grace, la mère, à prendre les rennes et à faire face aux redoutables concurrents qui souhaitent mettre la main sur la Cendre, drogue fabriquée à partir de dépouilles permettant de revivre les instants de vie d’un défunt.

Frappés par le décès d’un des leurs, les Winters n’auront pas le temps de s’appesantir sur leur deuil, car déjà, les requins se massent autour d’eux. Grace, qui jusqu’ici comptait sur la Cendre pour diriger la famille grâce aux conseils de son défunt mari, va devoir faire des choix radicaux pour protéger son clan, tandis que Brae, le fils aîné, aspire toujours à plus et commence à prendre des risques pour prouver sa valeur. Brigitte, quant à elle, est sursollicitée pour fabriquer toujours plus de Cendre. Les cartels adverses, de leur côté, tentent de reproduire la Cendre, avec des résultats pour le moins préoccupants.

From ashes to ashes

Après un premier tome mettant l’accent sur une ambiance glauque et morbide, Cullen Bunn nous fait plonger plus profondément encore dans l’horreur, n’hésitant pas à y apporter une touche graphique pour appuyer son propos. Le rythme est sans doute moins porté vers l’action, l’intrigue avance néanmoins, l’auteur positionnant ses différents antagonistes en prévision du troisième tome qui doit conclure la série.

Les Winters maîtriseront ils la Cendre suffisamment pour prendre le pas sur leurs rivaux ? Quels secret cette maudite substance recèle-t-elle encore ? réponse dans le dernier tome !

***·Manga

Gannibal #1

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Manga de Masaaki Ninomiya
Meian (2020)- Nihon Bugeisha (2018), série en cours, 2 vol parus (7 vol parus au Japon)

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Lorsqu’un policier débarque avec sa famille dans le village japonais de Kuge pour remplacer le précédent fonctionnaire qui a disparu, il se heurte à l’hostilité de la famille Goto. Clan historique du village, ils sont chez eux et leur comportement violent inquiète l’agent. Avec cette intégration difficile s’ajoute le message laissé par le policier disparu: ce village serait occupé par des cannibales… Sans vouloir verser dans la paranoïa, Daigo commence l’enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé…

Meian propose régulièrement de nouvelles petites séries, plutôt dans un registre violent voir gore (comme les 7 Ninja d’Efu) pour enrichir un catalogue dominé par le best-seller Kingdom. Gannibal est une série récente d’un auteur dont c’est (a priori) la première création… et je dois dire que c’est sacrément bien Amazon.fr - Gannibal - Tome 1 - Ninomiya, Masaki - Livresmaîtrisé pour une entrée en matière! Commençant par une couverture très réussie, à la fois intrigante, inspirée par le sang et dynamique dans le cadrage, le manga démarre sans mise en place en nous expliquant dès la première page le pitch de départ. Au bout de dix pages le premier cadavre est trouvé et le policier menacé un fusil sur la tête par un membre du clan Goto. On peut dire que ça ne traîne pas et les dessins appuient bien cette tension par des cadrages très serrés et des visages aux yeux exorbités tout à fait parlant. Ninomiya connaît parfaitement ses gammes du cinéma d’horreur et enchaîne les séquences où le héros se trouve isolé, menacé et fourni de tout ce qu’il faut d’indices poussant vers la thèse proposée par le manga dès la première page: celle des cannibales. Tout l’intérêt de l’ouvrage est donc le doute entre ce qu’on nous annonce comme évident et l’aspect « trop gros ». On a pour le moment peu de doutes sur les mœurs de la famille Goto mais toujours un élément de doute vient nous titiller, surtout après une mise en place aussi rapide. Le déroulement implique deux possibilités: soit une confirmation qui va faire évoluer la série vers un survival terrifiant, soit une remise en question qui permettra de développer l’enquête. Le seul petit bémol est l’acceptation un peu grosse du policier face à toutes ces remises en cause violentes de son autorité, sans qu’il n’envisage de montrer les muscles, jusqu’à la séquence finale bien stressante. A la conclusion de ce premier volume on ressort plutôt conquis par un album parfaitement maîtrisé, sans défauts apparents ni addiction franche mais un ouvrage qui fait sacrément bien le job dans un genre pas si représenté en manga.

****·Manga·Nouveau !·Service Presse

L’appel de Cthulhu

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2020) -Enterbrain (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique!

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En héritant de son grand-oncle, Francis Thurston est loin de se douter du récit dans lequel il va plonger en rangeant les affaires du décédé. L’archéologue avait en effet pendant des années suivi la piste d’un mystérieux culte monstrueux aux ramifications mondiales. Un culte relié à une entité fantastique: Cthulhu…

Les éditions Ki-oon continuent avec la régularité d’un métronome à nous proposer plusieurs fois par an une nouvelle adaptation de Lovecraft par le mangaka Gou Tanabe. Après les très réussies Montagnes hallucinées, Dans l’abîme des tempset La couleur tombée du ciel, on attaque l’ouvrage fondateur, déjà proposé avec les incroyables illustrations de François Baranger l’an dernier. La comparaison entre ce dernier, doté de très puissantes images couleur en grand format et le manga aux dessins très particuliers de Tanabe est très intéressante puisque l’on passe d’une simple illustration à une véritable adaptation. Et sur ce plan le manga marque des points en profitant de la force du récit construit en poupées gigognes avec des récits dans les récits. L’auteur se plait ainsi, comme sur l’Abîme des temps, à nous promener dans des ellipses temporelles brutales que les faciès très proches des personnages n’aident pas à distinguer. Comme remarqué sur les précédents albums, les limites de l’auteur deviennent des forces en créant un malaise dans cet univers où l’on sent la folie proche et où les lois de la physique et de l’espace-temps n’ont plus lieu. Assez compacte cette histoire centrée sur le cœur du Mythe, le grand Cthulhu dormant dans les profondeurs de la cité engloutie de Rlyeh, nous fera voyager au cœur de l’action car pour une fois les faibles scientifique ne sont que spectateurs de récits où les policiers et marins affrontent directement des sectes d’adorateurs démoniaques du Grand Ancien. Les visions cauchemardesques sont toujours aussi fortes, moins organiques que précédemment, mais l’illustration de l’univers années trente est fort réussie.L'Appel de Cthulhu - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Sans temps morts, sautant entre plusieurs récits rappelant les architectures des Montagnes hallucinées (la fin dans la cité de Rlyeh), les changements de personnalité de l’Abîme ou la chasse de la secte dans le bayou de Louisiane, l’intrigue est d’une grande richesse en nous révélant progressivement la nature de ce culte essaimé à travers la planète. En forme de porte d’entrée dans le Mythe, vous pourrez ensuite aller découvrir la nature de ces entités en lisant les autres ouvrages qui développent d’autres races très anciennes. L’appel de Cthulhu est pour moi le plus accessible, le plus riche et le plus central des ouvrages de la collection et si vous ne devez en lire qu’un c’est sans doute celui-là.

Publiée dans le désordre par l’éditeur français, la collection de ces magnifiques adaptations doit encore voir paraître Celui qui hantait les ténèbres et le Cauchemar d’Insmouth (dernier paru). On ne sait si l’auteur compte passer le reste de sa carrière sur l’intégralité de l’œuvre de Lovecraft, mais il y a du choix pour de futurs albums…

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****·Manga·Nouveau !·Service Presse

La couleur tombée du ciel

Histoire complète en 184 planches, écrite et dessinée par Gou Tanabe, d’après le roman du même nom de H.P. Lovecraft. Parution le 05/03/2020 aux éditions Ki-oon dans la collection Les Chefs-d’œuvre de Lovecraft.Blondin avait critiqué les Montagnes hallucinées et Dans l’Abime du temps.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

La chose au fond du puits

Un jeune technicien venu de la ville enquête sur la Lande Foudroyée, lopin de terre que les habitants de la région redoutent et décrivent comme maudit. Pour glaner encore quelques informations en vue de la construction prochaine d’un barrage destiné à engloutir la région, le technicien va se rendre auprès d’Ammi, un vieil homme esseulé et à la raison vacillante. Toutefois, Ammi, loin d’être totalement fou, va révéler à notre protagoniste une singulière histoire défiant la logique…

Ainsi, il y a cinquante ans, un mystérieux corps céleste s’est écrasé dans la propriété des Gardner, au grand étonnement de Nahum, le chef de famille. D’abord enthousiasmé par la gloriole qu’il peut retirer de ce phénomène, Nahum accueille avec une gouaille innocente les scientifiques venus étudier le phénomène. Mais bientôt, les choses vont dégénérer pour les Gardner: Alors que le météore se désagrège, la nature tout autour commence à changer, lentement, horriblement, pour ne finalement plus être qu’un reflet corrompu de ce qu’elle fut. La nuit, il se dégage de la végétation une lueur inconnue, une couleur impossible que nul n’a jamais contemplé.

L’horreur cosmique au pas de la porte

Lovecraft est un des auteurs dont l’influence a traversé les décennies et s’est exportée à travers différents médium, si bien qu’on lui attribue aujourd’hui la paternité d’un genre (rien que ça), celui de l’Horreur Cosmique. En effet, toute l’œuvre de H.P. Lovecraft est centrée autour de créatures extraterrestres à l’apparence indescriptible, aux motivations malsaines et hostiles, et dont la simple vue peut plonger un homme dans la folie, cette thématique ayant été reprise ensuite par de nombreux artistes.

Le souci qui pouvait se poser à l’adaptation d’un récit de Lovecraft est celui de la fidélité. Comment retranscrire à l’image une telle horreur ? Comment donner forme à l’indicible ? Certains auteurs comme John Carpenter s’y sont risqués avec un certain succès dans leurs propres travaux (The Thing, principalement), cependant, la gageure demeure pour ce qui est des adaptations littérales.

Concernant La Couleur tombée du ciel, la difficulté résidait justement dans cette couleur inconnue, et impossible à décrire. Gou Tanabe, fort de ses précédentes adaptations de Lovecraft, a géré cette problématique en conservant le noir et blanc propre au manga, rendant ainsi caduque la question chromatique.

Son graphisme reste sage mais joue habilement sur les ombres et lumières pour suggérer l’horreur. A plusieurs reprises, l’auteur semble mettre l’accent sur les réactions des personnages, employant le gros plan pour nous permettre de calquer nos impressions sur celles des protagonistes.

Signalons enfin la beauté du livre en tant que tel, avec sa couverture en imitation de cuir de toute beauté. Une lecture indispensable pour les fans du genre !

****·Comics·Nouveau !

Bone Parish #1

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Premier tome de 112 pages, d’une série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf, parue aux US chez Boom! Studios et publiée en France chez Delcourt le 19/02/2020.

Narcotiques nécrotiques

La Nouvelle-Orléans, ses rues bigarrées, son Mardi-Gras, sa cuisine cajun…et ses drogues vaudoues. La Cendre est une nouvelle substance en vogue dans la ville, qui s’arrache à prix d’or à cause des effets étranges qu’elle produit. En effet, toute personne absorbant cette drogue, fabriquée à partir d’ossements humains, ressentira et vivra des instants de la vie du défunt qui a servi à la fabriquer. Ainsi, chaque échantillon produira des effets différents, au-delà de tout ce que peut produire la chimie ordinaire.

On doit l’initiative de ce business à la famille Winters, notamment grâce aux efforts conjoints de Grace, la mère, de Bae, le fils aîné, et surtout de Brigitte, qui détient la recette secrète de cette singulière drogue.

Toutefois, cette irrésistible ascension attire la convoitise de cartels plus ambitieux, mieux organisés, et bien plus agressifs. Que les Winters se préparent, car l’offensive de leurs cupides rivaux risque de faire des dégâts.

Breaking Dead

Cullen Bunn nous plonge d’emblée dans une ambiance glauque, en mettant au centre de l’action une famille criminelle, qui, de par la nature de son activité, doit traiter avec les dealers crasseux de la Nouvelle-Orléans, les clans rivaux et les flics véreux. Mais ce qui fait de Bone Parish un comic singulier, c’est sans doute son pitch de départ, assez osé et redoutablement bien exploité par l’auteur, qui a à sa disposition une infinité de combinaisons possibles et de possibilités à exploiter, si tant est qu’il ose exhumer le bon cadavre.

La dynamique de la famille Winters est également très intéressante et pose des enjeux que le lecteur aura à cœur de suivre dans les prochains tomes. En effet, Grace, la matriarche, est dépendante à la Cendre qui lui permet d’invoquer l’esprit de son défunt mari, ce qui entrave son processus de deuil et l’empêche d’avancer personnellement et diriger le clan à sa manière. Bae, le fils aîné, déplore d’être sous-estimé par sa mère et aimerait avoir plus de poids lors des prises de décisions. Brigitte quant à elle, garde jalousement ses secrets, considérant qu’ils sont sa seule garantie. Tout cet aréopage disparate doit pourtant œuvrer de concert pour poursuivre l’activité familiale et faire face à tous ses antagonistes. Y arriveront-ils ?

Coté graphique, Jonas Scharf offre un trait réaliste avec un grain particulier, à la manière d’un Doug Mahnke, d’un Trevor Hairsine ou d’un Brian Hitch. Notons que la colorisation signée Alex Guimaraes y est pour beaucoup dans la construction de l’ambiance graphique.

Ce premier tome de Bone Parish vous accrochera très certainement, et promet de grandes choses pour la suite !

***·BD·Nouveau !

Le Cimetière des Âmes

BD du mercredi

Album de 88 pages, premier tome d’une série écrite par Éric Corbeyran et dessinée par Francisco Manna. Parution le 18/09/2019 aux éditions Glénat dans la collection Grindhouse.

Contre la fin de tout

Bill Night, Olivia et Ashley, des agents de l’Académie Parallèle, mènent frénétiquement des recherches d’une importance capitale. En effet, si l’on se réfère à une prophétie découverte peu de temps auparavant, la fin du monde tel que nous le connaissons pourrait survenir très bientôt, livrant la Terre au règne du Linceul, une entité antédiluvienne et abstraite qui n’aspire qu’à répandre partout ses cendres mortifères.

Le seul qui semble capable de contrer l’avènement du Linceul est un énigmatique occultiste surnommé Red De Ath, qui serait sûrement très efficace s’il n’était pas mort, il y a 200 ans. Nos aventuriers de l’occulte se lancent donc à la recherche de sa dépouille, espérant y trouver des indices ou un moyen d’éviter l’Apocalypse. Ce qu’ils trouveront sera tout de même bien plus intéressant, puisque par un concours de circonstances, ils parviendront à ressusciter Red De Ath, alias Archibald Donehue.

Le vieil homme avait anticipé sa mort et sa résurrection, dans un plan fomenté durant l’une de ses bitures, afin de vaincre le Linceul lors de sa résurgence. Toutefois, la traversée a fait d’Archibald un être instable. Sera-t-il l’allié précieux que nos héros espèrent ?

La Grande Faucheuse arrive

L’incontournable Corbeyran, auteur à l’impressionnante bibliographie, établit dès les premières pages de cette série une ambiance singulière, entre horreur et aventure. Edgar Allan Poe, cité en référence par Achibald, et H.P. Lovecraft ne sont jamais très loin, entre goules voraces et entités malveillantes à la forme insaisissable.

En lisant les péripéties de l’Académie Parallèle, dotée d’un agent non-humain aux capacités particulières (Bill le Gorille génétiquement modifié), on ne peut s’empêcher de penser au célèbre Hellboy, qui s’est depuis longtemps imposé en parangon du genre. L’auteur offre d’ailleurs un background intéressant à Bill Night, qui donne des allures de dystopie à cet univers encore en expansion.

La seconde partie de l’album impulse des nouveaux enjeux et des nouveaux antagonistes de façon assez bienvenue, ce qui éveille notre curiosité et nous donne envie de découvrir la suite. Sortie l’année dernière, Le Cimetière des Âmes est un élément solide de la collection Grindhouse !

***·Comics·East & West·Graphismes·Rétro

Hate, chroniques de la haine

La trouvaille+joaquim
Comic d’Adrian Smith,
Glénat (2017) -Top Cow, 249 p. n&b, one-shot.

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Adrian Smith est l’un des designers de l’univers Warhammer. Il y a trois ans il proposait aux amateurs de BD de découvrir une odyssée barbare dans la quintessence de la Dark Fantasy que les joueurs de wargames Game Workshop connaissent bien. Libre de toute contrainte il nous narrait l’itinéraire de Ver, insignifiante créature humanoïde, difforme, pourvue de trois jambes, que le destin a placé en possession d’un parchemin capable de libérer la Déesse Nature, emprisonnée par des rois-barbares sanglants… A noter que l’album comprend un cahier final de portraits de guerriers, très poussés… souvent plus que les pages de l’album lui-même…

Il serait abusif de parler de Bande-Dessinée à Hate, l'heroic fantasy sombre et violente d'Adrian Smithpropos de Hate. D’une par car il faut bien l’avouer, le scénario est totalement insignifiant et simple prétexte à dessiner les pérégrinations du très sympathique personnage au sein de landes terrifiantes, de batailles sanglantes et de cavernes putrides. Étonnamment c’est ce petit personnage muet et insignifiant qui est la première réussite du livre! On peut se demander pour quelle raison l’auteur a tout de même voulu placer de-ci de-là quelques bulles agrémentées de borborygmes ou de phrases le plus souvent réduites à un mot. Des récits graphiques totalement dépourvus de texte existent déjà  (genre Saccage ou Tremen) et la page préliminaire résumant l’intrigue se suffit à elle-même, d’un texte bien écrit pour nous mettre dans l’atmosphère sombre et désespérée de ce monde. Pour résumer, le héros doit récupérer plusieurs clés destinées à libérer Gaïa et reconquérir le monde naturel de la pourriture des empires guerriers humains. Frêle et seulement capable de fuir, il affronte des hordes démoniaques et des guerriers chaotiques féroces… bien.HATE - LES CHRONIQUES DE LA HAINE (Adrian Smith) - Glénat Comics ...

Ce que recherche l’auteur c’est nous livrer les visions de son monde noir, dégénéré, fait de perversions corporelles. L’ouvrage aurait pu s’appeler Hell tout aussi bien tant on a rarement été aussi près d’une vision infernale en BD (hormis sans doute le Requiem de Ledroit). Aux férus de Warhammer qui attendent des légions guerrières rangées et leurs champions chevauchant des dragons, on est plus près de l’univers de Brom fait de racines vivantes, de vomissures et de créatures difficilement reconnaissables comme humaines. Cela notamment car Smith adopte une technique toute numérique, travaillant principalement sur les ombres et reflets, qui parfois est difficilement lisible. Adoptant une brosse en peigne, il crée un effet de flou très perturbant lorsqu’on ouvre le livre pour la première fois, en se demandant si l’on n’a pas attrapé une impression ratée. Il faut donc lire le livre en pleine lumière, pas trop près (ça tombe bien, le magnifique tirage de Glénat est grand format et très confortable). Le bénéfice ressort sur certaines planches par l’impression d’une quasi photo, de reflets métalliques qui nous rapprochent… des figurines Warhammer!

Hate - Les chroniques de la haine de Adrian Smith - BDfugue.comLa taille du projet, la pagination énorme, entraîne malheureusement Smith à privilégier certaines pages en laissant d’autres pratiquement à l’état de rough. Cela peut s’entendre par moment mais ici on aurait aimé que l’ouvrage soit plus resserré (le scénario le permettait clairement) pour permettre à Adrian Smith de se concentrer sur plus de beaux tableaux poussés à fond. On débouche ainsi sur les défauts classiques de nombre d’ouvrages de dessinateurs un peu trop gourmands et qui oublient qu’un récit nécessite une narration, qu’elle soit graphique ou textuelle. L’insertion d’une galerie de guerriers à la fin est tout à fait éclairante sur, peut-être, la conscience de l’auteur qu’il n’est pas totalement parvenu à ses fins et qu’il n’est jamais meilleur que sur de l’illustration libre. Il n’en demeure pas moins que le projet est phénoménal et propose une intrusion dans le monde noir de l’auteur et de toute une facette de l’imaginaire collectif. Personnellement je reste plus féru d’artistes qui concluent tels Brom ou Frazetta mais si vous aimez la Dark Fantasy, la lecture de ce pavé vaut le coup.

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Hate, l'heroic fantasy sombre et violente d'Adrian Smith

Lush & Bloody War In CHRONICLES OF HATE, BOOK 2 Preview - MATURE ...

***·Comics·East & West

October Faction #1

Comic de Steve Niles et Damien Worm
Delcourt (2019) – IDW (2014-…), épisodes 1-6, série en cours, 18 issues parues aux USA et deux séries dérivées.

Portrait de famille

couv_378763Bien souvent, les relations que l’individu entretient au sein de sa famille constituent plus tard le ciment de sa personnalité, et peuvent, également, conditionner certains de ses choix. Les familles fictionnelles ne font bien évidemment pas exception, y compris les familles badass qui chassent des monstres.

Autrefois, Fredrick Allan était un redoutable chasseur de monstres. Rompu à la traque des créatures surnaturelles et exceptionnellement érudit en sciences occultes, il a finalement décidé de se ranger pour mener une vie plus ou moins normale, au grand désarroi de son épouse Deloris, à qui le frisson de la chasse manque terriblement, et de ses enfants Geoff et Vivian, qui ne rêvent que de reprendre l’activité familiale. Fredrick va bien entendu être ramené dans le feu de l’action par des affaires qu’il pensait (littéralement) enterrées.

Les monstres sont parmi nous

Steve Niles, l’auteur de l’incontournable 30 jours de nuit, s’amuse dans October Faction à faire état des liens dysfonctionnels qui unissent les membres d’une famille hors du commun, comme on peut aussi s’en délecter dans Les Indestructibles ou La Famille Adams.

Pas de doute, le scénariste maîtrise bien les codes du genre, et n’hésite pas à employer vampires et loups-garous lors des flash-backs nous donnant un aperçu du glorieux passé du couple Allan. Côté horrifique, je trouve cependant dommage que l’on reste cantonnés à ces créatures, déjà croisées à l’envie dans ce type d’histoire, plutôt que d’explorer des folklores un peu moins exploités, comme dans les univers de Mignola, par exemple.

L’intrigue reste toutefois prenante, car il est difficile de ne pas s’attacher aux membres de cette famille étrange malgré leurs activités morbides. Les liens se renouent au cœur du danger, l’amour refleurit par-dessus les tâches de sang, c’est tout ce que l’on s’attend à lire en voyant la couverture d’October Faction, qui emprunte autant à la Famille Adams qu’aux Winchester de la série Supernatural.

Côté graphique, le travail de l’espagnol Damien Worm fait penser à la fois aux ambiances de Ben Templesmith, qui officiait déjà avec Niles sur 30 jours de nuit, mais aussi à Clayton Crain, qui s’est déjà surpassé sur des ambiances glauques et horrifiques auparavant.

Amateurs de monstres, de frissons, d’épouvante et de cohésion familiale retrouvée, il ne vous reste plus qu’à vous plonger dans cette BD sombre avant d’éprouver vos nerfs sur l’adaptation qu’en a fait Netflix© !

***·BD·Nouveau !

Vampire State Building #1

 
Scénario de Ange et Renault, Dessin de Charlie Adlard, couleurs de Sebastien Gerard
Editions Soleil (2019), 2 vol. parus, 56p. /vol.

Un monstre, un lieu clos, et un secret, il n’en faut généralement pas davantage pour mettre sur pied une bonne histoire d’horreur ou d’épouvante. Ange et Patrick Renault ne s’en sont pas privés, et, secondés par l’immense Charlie Adlard, nous livrent ainsi l’étonnant diptyque Vampire State Building, aux éditions Soleil.

 

La Tour Infernale

Comme nous le disions, Vampire State Building réunit les ingrédients quintessentiels de l’épouvante. Tout d’abord, un lieu clos, et non des moindres: le célèbre Empire State Building, qui fut longtemps le gratte-ciel le plus haut de la Grosse Pomme, le même qui vit tomber le titanesque King Kong, image désormais inscrite dans l’imaginaire collectif. Ensuite, un monstre: et là, les scénaristes, connus respectivement pour La Geste des Chevaliers Dragons et Indicible, sont allés chercher un incontournable du genre, le Vampire. Et enfin, un secret, dont le dévoilement lance l’intrigue: le dieu des Vampires a passé des décennies emmuré au sein de la tour, plongé dans un sommeil réparateur par ses « enfants ». Propulsez dans tout ceci un groupe de jeunes gens innocents et vous obtenez un Die Hard croisé avec 30 jours de nuit , une bd qui va vous maintenir accroché à sa reliure page après page !

 

Sang pour Sang

Au milieu de ce tumulte, on retrouve le protagoniste Terry, jeune homme taciturne qui vient de s’engager dans l’armée, dont le départ pour l’Irak est imminent. En guise de fête d’adieu, ses amis lui organisent une visite au sommet du célèbre building, au moment même où une horde de fanatiques morts-vivants fait irruption pour libérer son impie divinité.

On comprend bien vite que l’engagement de Terry n’est qu’un exil auto-imposé, une façon pour lui de fuir ses problèmes et le deuil de son père. Sauf que là, la fuite sera résolument plus compliquée et deviendra littéralement une question de vie ou de mort.

 

Le Dernier des Morts-vivants

Si la mythologie des vampires conserve ici ses codes principaux, elle est néanmoins revisitée d’une façon fort intéressante, sous l’angle des croyances amérindiennes.

Le décor est utilisé à bon escient, les couloirs de la tour deviennent autant de pièges que les héros auront bien du mal à éviter. Le dessin de Charlie Adlard, qui n’a plus à faire ses preuves depuis The Walking Dead, est sublimé par les couleurs de Sébastien Gérard. Son design des vampires se révèle simple et efficace, et on note un effort particulier quant à l’aspect d’U’tlun’ta, le Manitou Noir.

L’intrigue reste fidèle à l’aspect survival, et la confrontation finale ne manque pas de punch !

En conclusion, Vampire State Building est une série qui tient ses promesses et offrira son lot de frissons aux amateurs du genre !

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****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Dans l’abîme du temps

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour cette découverte.

couv_374328Les éditions Ki-oon continuent leur adaptation des manga de Gou Tanabe sur Lovecraft avec une qualité éditoriale toujours aux petits oignons: couverture simili-cuir (… que j’aurais préféré couleur cuir comme pour les Montagnes Hallucinées), cahier couleur en début d’ouvrage, titres de chapitres en anglais et français. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage. Seule remarque, qui était difficilement corrigeable par l’éditeur français (comme pour le précédent ouvrage) les bulles n’ont pas de queue, aussi il est parfois malaisé de savoir qui parle lorsque plusieurs personnages se côtoient dans une case.

Alors qu’il donne un cours d’économie à l’université, le professeur Peaslee est victime d’un malaise. Il reprends connaissance… cinq ans plus tard et découvre qu’il a été victime d’une amnésie aussi longue, pendant laquelle son esprit a eu accès à des visions monstrueuses. A l’orée de la folie, soutenu par son seul fils aîné, il entreprend de comprendre ce qui lui est arrivé et d’où lui viennent ces visions dantesques…

Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Étonnante série que ces adaptations de Lovecraft par un mangaka que je n’aurais sans doute pas lu sur un autre sujet… Au premier abord j’avais tiqué sur les visages lors de ma lecture de la précédente adaptation. C’est le style du dessinateur et il ne changera probablement pas, aussi soit on s’y fait soit il s’avérera compliqué de continuer. Assez statiques hormis lors des séquences de sidérations (fréquentes dans le fantastique), ces personnages étaient difficiles à identifier dans le décors antarctique. Ici c’est moins problématique car nous sommes pour l’essentiel dans des décors de la Nouvelle Angleterre, des maisons et de l’université. Surtout les personnages sont réduits à Peaslee, son fils Wingate, quelques médecins et, surprise, le professeur Dyer. Cette présence (je ne sais pas s’il est cité dans la nouvelle originale) indique donc très rapidement que nous nous situons dans la suite chronologique et le même espace-temps que les Montagnes hallucinées. C’est une très bonne idée puisque cela permet de structurer les ouvrages de Tanabe comme une série à suivre, avec la révélation progressive du Mythe de Ctulhu.

Résultat de recherche d'images pour "the shadow of time tanabe"Construit en incessants aller-retour entre le voyage psychique de Peaslee dans un futur indicible (le fameux Abîme du temps) et le présent, à mesure qu’il se remémore des passages de son amnésie, l’album alterne pages classiques de l’homme ravagé par le doute, la recherche de ce qui lui est arrivé et de longues itinérances sur fonds noir dans le monde de la Grande race de Yith, laissant libre cours à la force du dessin de l’auteur sur les décors et architectures. Sur ce plan Tanabe a une vraie qualité appuyée sur la bizarrerie des formes pas toujours compréhensibles, ce qui correspond totalement à l’idée des mondes de Lovecraft où la conscience humaine ne peut interpréter ce qu’elle voit. Notamment du fait de trames dont la finesse et la précision sont pour moi du jamais vu. Cette « colorisation » par dégradés tout à fait spécifique au genre du manga Résultat de recherche d'images pour "gou tanabe shadow of time"reste particulière mais dans le domaine on atteint du très haut niveau et cela joue grandement de l’étrange en créant des reflets, des arrondis qui perturbent le regard.

Bien plus que dans les Montagnes Hallucinées racontées sur une ligne très cartésienne, nous sommes conviés à partager l’esprit d’un homme au bord de la folie, ne sachant jamais où ni quand il se situe. Le concept de créatures voyageant psychiquement sur l’espace-temps est assez fascinant et me rappelle l’un des meilleurs films de SF de ces dernières années, le Premier Contact de Denis Villeneuve qui proposait l’idée que le langage pouvait modifier la perception du temps et donc provoquer de fait une sorte de voyage temporel en distordant la réalité par la seule perception. Dès lors Gou Tanabe nous raconte l’histoire de cette race sur le même mode que le précédent ouvrage nous relatait l’histoire de la planète et des Anciens. Il n’est pratiquement pas fait référence aux divinités maudites du Mythe ici. On a une petite impression de redite par rapport à l’histoire précédente mais ce n’est pas très gênant tant l’univers est riche et le récit fluide. Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Rassemblée en un seul volume j’ai trouvé cette histoire plus concentrée et de ce fait à la fois plus facile à lire, sans temps morts et dont plutôt meilleure. Les visions ne rivalisent pas avec les incroyables cités noires de l’Antarctique mais les personnages et le récit, moins linéaire, plus intellectuel, sont supérieurs. Juste de quoi nous donner envie de replonger dans le monde de Lovecraft en espérant visiter bientôt la cité de R’lyeh…

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