****·Comics·East & West·Nouveau !

Zombie World-Le champion des vers

Histoire complète en 96 pages, écrite par Mike Mignola et dessinée par Pat McEown. Parution aux US en 1997, publication anniversaire en France chez 404 Comics, le 03/11/2022.

En Vers, et contre tout

Dans un musée de Whistler, Massachussets, le directeur M. Zorsky jubile. Son établissement, jusqu’ici de piètre envergure, va bientôt accueillir une toute nouvelle aile dédiée aux reliques hyperboréenne, une civilisation si ancienne et si avancée qu’elle a été reléguée au rang de mythe.

Toutefois, M. Zorsky doit composer avec Miss Dean, la fille de son généreux mécène, qui souhaite dicter sa conduite au directeur de musée. En effet, Miss Dean souhaite ouvrir la nouvelle aile le plus vite possible, et se passerait bien de l’avis des soit-disant experts de l’occulte venus enquêter sur les phénomènes étranges qui perturbent le musée depuis qu’un certain sarcophage hyperboréen a été ajouté à la collection.

L’équipe spécialisée dans l’occulte, dirigée par le Major Damson, est composée de Roman, escogriffe taciturne, Eustace SaintJohn, médium aveugle, et Malka Ravenstein, impétueuse femme d’action. Bien vite, l’équipe se rend compte que le sarcophage renfermait un mal antédiluvien qui s’est échappé, un nécromancien nommé Azzul Gotha. Son but est d’offrir le monde en pâture à d’obscures divinités maléfiques, qui prennent la forme de vers colossaux, qui lui ont donné le pouvoir de réveiller les morts.

Partout dans le musée, les momies et autres dépouilles fossilisées reprennent vie, piégeant les agents et les deux civils dans un cauchemar de non-vie. Comment empêcheront-ils Azzul Gotha de détruire le monde ?

Il faut bien l’avouer, cette sortie chez 404 Comics est surprenante à plus d’un titre. Tout d’abord, il s’agit d’une réédition d’une mini-série écrite assez tôt dans la carrière de Mike Mignola, devenu entre temps célèbre pour sa création Hellboy. Le second point de surprise est du au fait qu’elle n’est pas dessinée par l’auteur, mais par Pat McEown, dessinateur canadien ami de Mignola. Donc, si vous êtes du genre à juger un livre par le biais de sa couverture, vous vous payez en quelque sorte un billet pour Surprise Land.

Dans ce Zombie World, on retrouve bien sûr de multiples influences, parmis lesquelles les favorites de Mignola. Il y a donc une ambiance fortement lovecraftienne, mais également un parfum de Robert Howard et une touche résoluement européenne. Car on aura beau aborder cet album de la façon la plus neutre possible, les lecteurs avertis ne pourront s’empêcher de déceler des idées embryonnaires qui ont plus tard germé dans Hellboy et dans BPRD.

En premier lieu, l’utilisation de la mythique Hyperborée, qui joue un rôle central dans la mythologie d’Hellboy. Ensuite, bien entendu, les enqueteurs du paranormal rappelant justement les agents du BPRD, avec un Major Damson qui serait un prototype de Trévor Brutenholm, Eustace qui serait une sorte de condensé entre Abe Sapiens et Johan Krauss, et enfin Malka, qui est aussi badass que Liz Shermann. Lors du final, il est même question d’un pouvoir contenu dans une main droite, ce qui finit d’enfoncer le clou. On peut également extrapoler, en faisant un parallèle entre les fameux vers géants et les Ogdru Hem contre lesquels les agents du BPRD luttent si désespérément.

Pour autant, Zombie World n’est pas entièrement calquée sur la série phare de Mignola. On peut en effet distinguer les deux séries par leur ton, Hellboy étant résolument plus sombre tandis que ZW est parcourue par des petites touches d’humour potache et baigne dans le second degré. Petite ombre au tableau, cependant, l’histoire se termine de façon très ouverte en ne clôturant pas l’intrigue. La série a bien engendré une suite à l’époque, mais les douze numéros qui se sont succédés, réalisés par d’autres auteurs, s’éloignaient trop du concept original et ne sont à ma connaissance pas publiés en France.

Concernant la partie graphique, surprise là encore, car le trait de Pat McEown emprunte au style ligne claire, ce qui donne l’impression d’un croisement entre Tintin et Lovecraft. L’objet en lui-même est très réussi, ce qui n’est en soit pas étonnant car les éditions 404 se sont jusqu’ici illustrés par le soin apporté à la facture de leurs livres.

Oeuvre pouvant être considérée comme un proto-Hellboy, mais pas tout à fait, Zombie World trouvera une place de choix dans la bédéthèque des amateurs du genre lovecraftien. Avec en prime un bel objet à prix plus que raisonnable.

Actualité·BD·Guide de lecture

Sélection Journée mondiale pour le climat

Actu

Salut les lecteurs! aujourd’hui c’est la journée mondiale pour le climat. Alors que notre planète crame les auteurs se sont inspirés depuis longtemps de cette catastrophe, essentiellement en SF, pour aborder le sujet sous différents angles. Entre BD documentaire et blockbusters, profitez de l’occasion pour découvrir ces bonnes BD et réfléchir sur la portée de notre activité de consommateurs.

En en cause en commentaires quand vous voulez…

 

****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Refrigerator Full of Heads

Suite en 160 pages, avec Rio Youers au scénario et Tom Fowler au dessin. Parution en France chez Urban Comics Black Label le 14/10/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Pas la Tête à ça

L’an dernier, nous perdions presque la tête avec Basketful of heads, création de Joe Hill, que vous connaissez certainement déjà. Dans cette histoire macabre, la jeune June Branch devait, pour échapper à une bande de criminels sadiques évadés de prisons et à une floppée de notables corrompus, s’armer d’une hache viking maudite, dont le pouvoir est de transformer ses victimes, ou plutôt leurs têtes, en morts-vivants.

S’en suivait une nuit diablement sanglante, au cours de laquelle quelques têtes sont tombées. Finalement, June, après son massacre à la hache, jetait son arme maudite au fond de l’eau et partait sans se retourner. Un an plus tard, la vie à semble-t-il retrouvé son cours normal sur Brody Island. Les meurtres ont été collés sur le dos des fugitifs et June s’est faite oublier dans le New Jersey.

Pendant ce temps, un couple débarque sur l’île pour y passer quelques jours de vacances. Averti du danger que représentent le gang de motards qui écument les routes de Brody et le grand requin blanc qui sillonne ses côtes, Cal et Arlène sont étrangement détendus et s’apprêtent à faire du tourisme à la cool. Bien évidemment, leur route croisera bien vite celle des motards, qui sont à la recherche d’une certaine relique scandinave. Nous voilà donc repartis pour un petit jeu de massacre, et soyez prévenus, il va y avoir du swing !

Il est toujours délicat d’envisager une suite, et on peut même dire que la difficulté à la mettre sur pied est proportionnelle à la qualité du premier opus. Voyons donc ce qui caractérise une bonne suite, et si ces éléments se retrouvent dans notre réfrigérateur…

  • Une ellipse ! Les meilleures suites laissent généralement le temps s’écouler depuis la fin du premier opus. En effet, reprendre tout de suite l’intrigue là où on l’a laissée laisse sous-entendre aux lecteurs/spectateurs que l’on a soit bâclé le premier opus en ne résolvant pas correctement toutes les intrigues, soit omis d’exploiter le sujet précédent au maximum. Une bonne suite n’a donc pas exactement pour but de rectifier des omissions, sinon elle gâche l’impact de l’original, d’où la nécessité d’une ellipse, pour signifier au lecteur qu’il s’agit d’une nouvelle histoire. Dans notre Refrigerator, nous avons une ellipse d’un an, ce qui est un délai plus que satisfaisant.
  • Le changement, c’est maintenant ! Il est nécessaire, dans le cas d’une suite, d’offrir au lecteur quelque chose de nouveau dans l’intrigue, et de ne pas céder à la tentation de cloner l’original en espérant en reproduire le succès. Prenez le cas de Aliens, qui est la suite de Alien, le huitième passager. Là où l’original proposait un huis-clos angoissant et claustrophobe qui a défini les contours du film d’horreur, sa suite renversait la vapeur en proposant non plus un film d’horreur mais un film d’action, non plus un montre unique mais des dizaines, etc. On a aussi le cas de Terminator 2 (tiens, encore James Cameron), qui non content de proposer une ellipse de plusieurs années, change complètement la donne en faisant de l’antagoniste le nouveau héros de la saga. Dans notre cas, Refrigerator sort du cadre du simple slasher pour proposer davantage d’action, et propose même d’approfondir l’univers en dévoilant de nouvelles armes maudites.
  • Plus d’enjeux ! Ce point est assez délicat, car augmenter les enjeux peut être mal interprété, et l’auteur peut aisément céder à la tentation du « toujours plus ». Reprenons l’exemple de Terminator 2, si ça ne vous fait rien. Dans le premier, il s’agit de survie, Sarah Connor doit échapper au cyborg éponyme afin de garantir un avenir à sa progéniture messianique. Dans le 2, en revanche, il ne s’agit pas simplement de survie, mais bel et bien d’empêcher l’apocalypse, ce qui fait monter la barre d’un cran en terme d’échelle. On peut dire que les enjeux sont augmentés dans Refrigerator, car il ne s’agit pas seulement de la survie de June, mais aussi de la nécessité de ne pas laisser les armes maudites tomber entre de mauvaises mains.
  • Du neuf ! Introduire des nouveaux personnages, voire remplacer le protagoniste, peut être un parti pris salvateur dans le cas d’une suite. D’une part, cela permet d’apporter de nouvelles tensions dramatiques, tout en marquant une césure avec l’original, puis cela à l’avantage d’éviter la redondance, si jamais tout a déjà été dit avec le premier protagoniste. Bingo, dans notre cas, June est mise en arrière-plan pour céder la place à deux nouveaux héros, Cal et Arlene.

Vous l’aurez saisi, Refrigerator est une suite pertinente à Basketful. En revanche, la partie graphique ne démérite pas mais j’ai personnellement préféré la prestation de Leomacs sur le premier volume. Les dessins de Tom Folwer, déjà aperçu sur Hulk Saison Un, Venom, ou encore Quantum & Woody (chez Bliss Comics), sont plus baroques et parfois moins lisibles, rappelant parfois le style de Neal Adams, ce qui pourrait ne pas plaire à tous les amateurs de styles épurés.

En conclusion, si vous aimez les comédies horrifiques déjantées et les hommages aux classiques des années 80, et si vous aviez apprécié Basketful of heads, alors vous pouvez vous en servir une dans le Réfrigérateur.

Actualité·BD·Nouveau !

Sélection Halloween 2022

Actu

Bouuuuu quelles belles BD bien cracra on va bien pouvoir lire pour cet Halloween 2022? Blondin et Dahaka veillent au grain et vous proposent comme chaque année une fournée de BD d’horreur et d’épouvante: 

celui-que-tu-aimes-dans-les-tenebresAlbum idéal pour cette sélection puisqu’il parle d’une maison hantée par un fantôme quelque peu possessif envers l’artiste qui y réside… L’atmosphère est ombreuse à souhait avec sa dose de fantastique et les violons qu’on entend presque crisser. Brrrr!


couv_453273

Impossible de faire l’impasse comme chaque année sur LA série manga d’horreur dans la luxueuse collection Ki-oon des Chefs d’œuvres de Lovecraft. Si cet opus reste mineur par rapport aux autres de la collection il n’en renferme pas moins tout ce qu’il faut pour faire frissonner, plus que le diptyque du Cauchemar d’Innsmouth, plus construit mais moins « Halloween ».


couv_447917

Incursion orientale dans le panthéon hindou, ce très élégant one-shot vous manipulera à souhait dans les turpitudes des dieux et démons dans l’Inde coloniale britannique. Une des belles découvertes de l’année.


shigahime_1_mangetsu

Gore à souhait, malsaine au possible, la courte série de Mangetsu dépoussière le mythe vampirique autour d’un très piteux trio amoureux adolescent. Ames sensibles s’abstenir… ça tombe bien c’est Halloween!


couv_440807

Quand un dessinateur de la qualité d’Eric Powell relance ses enquêteurs de l’étrange en les lançant à la chasse aux nazi on ne peut pas bouder son plaisir pulp…


Plus horreur que halloween, ce magistral hommage à John Carpenter est un parfait manuel de frisson dans le froid de l’espace…


couv_435547

Nous l’avions chroniqué juste après Halloween 2021, donc séance de rattrapage évidente pour la seconde adaptation d’un classique de la littérature gothique par l’immense Georges Bess (alors que son sublime Dracula ressort en édition « ultime »).


 

Le spin-off de Something is killing the children par le « eisnerisé James Tynion.

Parce qu’il faut aussi des histoires de fantômes pour les jeunes, la série Spirite est une très bon représentant du genre.

Relaunch de la mythique saga de Neil Gaiman, portée par la surdouée brésilienne Bilquis Evely qui sidère dans sa fantasmagorie des rêves… et des cauchemars!

Une fraternité étudiante, de jeunes gens plein de sève, un rituel satanique, c’est tout ce qu’il faut pour un bon gros slasher!

Virée sociale pour ce cauchemar Body-horror bien cracra que ne renierait pas le cinéma bis…

****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Celui que tu aimes dans les ténèbres

esat-west

Comic de Scottie Young, Jorge Corona et Jean-François Beaulieu.
Urban (2022), 128 p., one-shot.

celui-que-tu-aimes-dans-les-tenebres

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Rowena Meadows est une talentueuse artiste-peintre qui ravit les galeristes. Lorsqu’elle ressent le besoin de changement, elle part s’isoler dans une vieille bâtisse dont elle tombe sous le charme. Malgré ou à cause d’une consommation conséquente de vin l’inspiration tarde néanmoins à venir. Jusqu’à ce que d’étranges manifestations surviennent, faisant douter Rowena de sa propre santé mentale…

Splitter Verlag - Comics und Graphic Novels - The Me You Love in the Dark –  Eine finstere RomanzeIl y a quelques couples artistiques dont l’alchimie crée des univers uniques qui doivent autant aux dessins qu’au scénario. Skottie Young et Jorge Corona font partie de ceux-là depuis le magnifique Middlewest. Sans doute parce que le scénariste, naviguant entre les grosses séries Marvel auxquelles il prêts son style enfantin est à l’origine dessinateur. On imagine ainsi la compréhension graphique qui permet un album aussi sensuel que Celui sur tu aimes dans les ténèbres. Beaucoup plus adulte que leurs précédentes productions, ce très réussi bien que trop court one-shot propose ainsi une étonnante histoire d’amour entre cette artiste en recherche et un fantôme qui habite la maison. Pitch simple pour dessins épurés.

La force du duo est d’associer la simplicité, tendance Halloween, avec des problématiques très complexes, hier l’oppression parentale (dans Middlewest), ici la domination dans le couple. On sent une continuité thématique très intéressante chez Young. Comme tout histoire d’horreur l’album entame sur une trame linéaire et progressive passant de la découverte agréable du lieu isolé à la rencontre avec l’Autre, avant la bascule vers la terreur. Comme récemment avec le génial Shadow Planet, on connait l’intrigue mais c’est sa réalisation qui en fera le sel. Et si l’évolution dans les différentes étapes de l’horreur ne surprennent guère, la maîtrise du cadrage et des moments de tension, mais surtout l’histoire d’amour assumée avec l’être surnaturel nous surprennent juste ce THE ME YOU LOVE IN THE DARK #1-4 (Skottie Young / Jorge Corona) - #4 par  OldRoots - Image Comics - Sanctuaryqu’il faut pour nous accrocher. Dans le fantastique tout est affaire de dosage et de décalage. Pour le dosage on a fait plus subtile. Pour le décalage on marche en plein avec l’envie du « pourquoi-pas »?

Bien sur l’ambiance graphique est sombre, avec la magnifique gestion des ombres du dessinateur vénézuélien dont les encres soufflées donnent une matière particulière à ses dessins aux lignes épurées. On connait le design jeunesse de cet auteur et l’association avec le coloriste Jean-François Beaulieu, si elle est moins colorée que sur leur précédente collaboration, n’en est pas moins très réussie.

On ressort de cette magnifique lecture une légère frustration sur la rapidité de lecture et sur une fin assez cryptique. Pas de quoi obérer le très grand plaisir passé en compagnie de Rowena, de sa bouteille et de son amant d’outre-réalité…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·East & West·Nouveau !

The Shadow Planet

Récit complet en 80 pages, écrit par Giovanni Barbieri et dessiné par Gianluca Pagliarani. Parution le 06/05/22 aux éditions Komics Initiative.

Je suis pas venu ici pour survivre !

Comment ne pas aimer le cinéma de genre ? A la fois bon et mauvais, foisonnant et ultra codifié, il aura connu des périodes fastes, des échecs critiques suivis de véritables cultes, dans plusieurs domaines et jusqu’à aujourd’hui. Cependant, on ne va pas se mentir, l’âge d’or du cinéma de genre se situe bel et bien dans les années 80. Les auteurs de Shadow Planet le savent bien, et annoncent tout de suite la couleur avec ce titre accrocheur dont les connaisseurs saisiront immédiatement les références.

L’histoire débute à un moment crucial pour les personnages: après cinq ans de mission spatiale, ils ont enfin obtenu une permission pour rentrer sur Terre. Pour cela, ils ont 36 heures pour quitter le quadrant et rejoindre le point d’extraction de la flotte. Mais, bien évidemment, l’équipage reçoit un signal de détresse émanant d’une petite planète perdue, qui se trouve être dans leur secteur. L’équipage n’est pas très enthousiaste, car le signal provient d’un vaisseau qui s’est crashé il y a trente ans, mais le règlement de la fédération spatiale est très clair, ignorer un appel de détresse est passible de la cour martiale.

Qu’à cela ne tienne, un petit détachement est envoyé pour cette dernière mission avant des vacances bien méritées. Mais en fiction, qui dit « dernière X« , ou « Y de routine« , doit forcément s’attendre à une catastrophe…

Une fois arrivés, la commandante et son équipage vont rapidement se rendre compte que quelqu’un a survécu à la catastrophique mission qui a eu lieu il y a trente ans. La survivante qu’ils trouvent dans un caisson cryogénique va les mettre au parfum: son père est possédé par une entité extraterrestre depuis qu’il est entré en contact avec une inquiétante brume. Va s’en suivre un jeu de massacre qui n’épargnera rien ni personne, avec au milieu une ou deux paires de fesses, parce que pourquoi pas ?

Vous l’aurez compris, Shadow Planet est un agglomérat de tout ce qui a fait le sel du cinéma de genre durant ces dernières années, et qui a inspiré une part non négligeable des auteurs d’aujourd’hui. Un équipage de vaisseau spatial qui va investiguer à ses dépens un signal de détresse ? Adressez-vous à Alien. Une brume menaçante ? The Fog, voire encore Le Prince des Ténèbres, de Carpenter. Un monstre qui assimile et copie l’apparence de ses victimes ? The Thing sans hésitation. Ajoutons la série familiale Lost in space et une secte lovecraftienne en diable… D’autres références sauteront certainement aux yeux des plus avertis, mais l’essentiel est là: l’album fonctionne autant comme un hommage pur et dur que comme une histoire à part entière et ne souffre pas un instant de cette abondance de références.

Si l’on peut reprocher une chose, c’est que les auteurs, sans doute trop focalisés sur les aspects fun de leur histoire, négligent un tant soit peu la construction des personnages, ce qui en fait davantage des accessoires de l’intrigue et moins des figures centrales. Si l’on compare à Alien, par exemple, on s’aperçoit que Ridley Scott s’attarde d’abord sur son groupe de personnage avant de lancer les hostilités. La longue scène du réveil, suivie de celle du repas, sont autant d’occasions pour a)identifier clairement les personnages: sexe, fonction, caractère, et b)s’attacher à eux, ce qui renforce l’implication dans le récit, ou au moins pronostiquer qui mourra en premier.

Ici, l’introduction est vite expédiée, ce qui fait que l’on a quand même un peu de mal à se rappeler clairement qui est qui (effet combi spatiale en sus). Le reste de l’intrigue est néanmoins fluide, avec un mystère suffisamment bien dosé pour maintenir l’intérêt de lecture et une mécanique du « thriller » parfaitement maîtrisée (manquent plus que les petits coups d’archer!).

Graphiquement, on a droit à un trait réaliste et maîtrisé, avec un accent mis sur le pulp, notamment vis à vis des vaisseaux et des combinaisons spatiales. Le design des créatures, que Rob Bottin ne renierait pas, est la cerise gore sur le gâteau SF de cet album. A noter que l’ensemble des éléments techniques (décors, vaisseaux, robot,…) ont été modélisés en 3D, ce qui procure aux planches une solidité technique redoutable, comme on peut le voir dans le superbe cahier graphique composé d’hommages, de croquis préparatoires et donc de modèles 3D des objets.

Shadow Planet est donc un pur concentré d’adrénaline et d’hémoglobine, un petit bijou de références SF et horreur qui ravira les fans du genre avec l’éternel regret pour ce genre d’histoire que de n’avoir qu’un unique volume.

Billet rédigé à 4 mains par Dahaka et Blondin.

***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

The Cape: Fallen

Dernier volume tiré de la nouvelle éponyme de Joe Hill et dessiné par Zach Howard, parution chez Hicomics le 24/08/22.

Trois jours à tuer

Si vous connaissez Eric Chase, alors vous connaissez son sordide destin, influencé par la cape magique qui lui octroie le pouvoir de voler. Après une jeunesse marquée par un grave accident, Eric mène une vie morne marquée par l’immobilisme et l’alcool. Comme de nombreux autres avant lui, Eric va trouver les causes de sa médiocrité dans des causes externes, à savoir son accident, bien sûr, mais aussi son frère, à qui il se compare sans cesse, ou encore Angie, sa petite amie, et enfin sa mère.

Lorsque Angie met fin à leur relation, Eric retourne chez sa mère et retrouve par hasard sa cape fétiche, celle avec laquelle il fit la chute qui bouleversa sa vie. En enfilant le bout de tissu rabougri par les années, Eric découvre son véritable pouvoir: la cape donne à celui qui la porte le pouvoir de voler !

Mû par ces nouvelles opportunités, Eric en profite non pas pour devenir une meilleure version de lui-même, mais au contraire, pour laisser s’exprimer ses impulsions les plus noires. Impossible d’en dire davantage sans spoiler, mais on peut d’ores et déjà faire confiance ) Joe Hill pour nous faire frissonner.

Après le premier tome de The Cape, est sorti The Cape 1969, qui comptait les mésaventures du père d’Eric au Viêt Nam. Cette partie donnait un début d’explication au pouvoir de la cape éponyme, mais demeurait dispensable dans l’ensemble. En revanche, l’histoire principale comportait une zone d’ombre, un laps de temps durant la descente aux enfers d’Eric qui demeurait secret. Et bien, Fallen se charge de nous narrer le déroulement de ces trois jours inconnus.

Après un premier évènement tragique causé par l’homme volant, ce dernier prend la fuite pour se réfugier dans un endroit familier, une cabane où son père l’emmenait passer du temps lorsqu’il était petit. Mais à sa grande surprise, l’endroit est occupé par un groupe de rôlistes, amateurs de jeux de rôle grandeur nature. Ces derniers, excités à l’idée d’accueillir un nouveau joueur, ne se doutent pas qu’ils viennent d’inviter dans leur partie la personnification du mot problèmes.

Hill poursuit l’exploration des recoins sombres de la figure anti-héroïque avec Fallen, en nous montrant comment Eric, alors qu’il se voit présenter une chance de se racheter et de réfléchir à l’horreur de ses actes, franchit une nouvelle fois le Rubicon en cédant à ses tendances homicidaires. Car ne vous y trompez pas, si The Cape était une déconstruction de l’origin story des super-héros, alors Fallen est immanquablement un slasher. Le groupe d’innocents, avec le geek, le sportif, l’empotée, l’ingénue et la final girl, la cabane isolée et les meurtres au compte-gouttes, le cadre est rapidement posé et bien exécuté.

L’intrigue ne s’éternise pas et se parcourt rapidement pour un final gore flirtant avec le grotesque, afin de ne pas disperser l’intérêt du lecteur pour ensuite le choquer avec des mises à morts cruelles et inhabituelles comme on les aime. Bien évidemment, la lecture de Fallen n’aura d’intérêt que pour ceux qui ont lu et apprécié The Cape, à bon entendeur.

**·Comics·East & West·Nouveau !

3Keys #1

Premier tome de 144 pages, écrit et dessiné par David Messina. Parution en France aux éditions Shockdom le 14/01/2022.

Les Grands Anciens, c’est plus ce que c’était

Randolph Carter, le voyageur du Multivers, est parvenu, au cours de ses aventures, à entrer en possession des trois Clés d’Argent, trois armes capables de vaincre les Grands Anciens et leurs innommables rejetons. Après s’être volatilisé, ces armes semblaient perdues, mais elles ont été retrouvées par les trois derniers guerriers d’Ulthar. Ces armes ne pouvant être utilisées que par la lignée des Carter, les trois guerriers se sont séparés, pour retrouver les trois dernières descendantes de Randolph, et ainsi les seconder dans la tâche ardue qu’est la défense du Multivers.

Sacrés arguments de vente

En effet, les Grands Anciens sont de retour, et la Contrée du Rêve, dont sont issus les trois guerriers, a été ravagée. Peu à peu, les monstres s’insinuent dans notre réalité, en passant pas les rêves et les cauchemars des humains, qui sombrent peu à peu dans la folie. Il est donc urgent pour les cousines Carter d’intervenir ! Mais Noah, accompagnée de son mentor Theon, n’a pas toujours la tête à combattre des monstres…

Le dessinateur italien David Messina s’est fait connaître dans l’industrie du comics, chez Marvel, DC, IDW Publishing, avant de se lancer en tant qu’auteur complet avec 3Keys. En guise de worldbuilding, il reprend le mythe de Cthullu, en y ajoutant des guerrières sexy et des hommes-tigres, pour créer un univers décalé.

Néanmoins, si l’aspect graphique est indéniablement sublime, avec une maitrise évidente du trait et des postures, des créatures bien travaillées et des scènes d’action, il paraît clair que l’écriture ne suit pas. La mise en scène, passable par moments, ne sert en rien l’intrigue ni l’évolution des personnages, qui est ici quasi inexistante. Ce point ne serait pourtant pas rédhibitoire si le second degré et l’aspect cartoon étaient plus assumés, voire outranciers. Ici, on se retrouve avec un duo certes improbable, mais dont la dynamique tombe un peu à plat. L’héroïne badass et (trop) sûre d’elle peut être un atout, voire une base solide pour un arc narratif intéressant, mais ici, l’auteur ne semble pas saisir la pleine mesure des enjeux de son récit et passe vite d’une scène à l’autre, éparpillant d’autant plus l’intérêt du lecteur.

Cela donne donc des scènes d’action parfois brouillon, quelques tentatives d’humour qui ne font pas toujours mouche, et bien entendu, des retournements de situation pour lesquels on peine à trouver du sens.

Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur ce 3Keys, si ce n’est qu’il contenait tous les éléments d’une recette efficace, mais que l’auteur n’a pas eu les moyens entiers de sa politique. On peut donc proposer l’octroi de deux Calvin, éventuellement un troisième pour les fans de Lovecraft et pour la qualité des dessins.

***·East & West·Manga·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

Sweet Home #1

Webtoon de Kim Carny et Hwang Youngchang
Ki-oon (2022), webtoon (2020), série en cours, 1/12 volumes parus.

sweet_home_1_ki-oon

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur fidélité.

Adolescent renfermé sur ses jeux vidéo, Hyeon-Su se retrouve soudain seul au monde lorsque sa famille disparaît dans un accident de voiture. Propulsé dans une gestion d’adulte il emménage dans une résidence qui doit lui permettre de subvenir à ses besoins. Lorsqu’une catastrophe inexplicable survient à l’extérieur il se retrouve confronté aux voisins et à une menace invisible et terrifiante…

Sweet Home (Kim) -1- Tome 1Les toujours excellentes éditions Ki-oon poursuivent dans dynamique des webtoon puisque après le best-viewer Bâtard ils nous proposent la nouvelle série du dessinateur Hwang Youngchang. De quoi continuer la semaine dans le numérique puisque dimanche Dahaka vous parlait d’une adaptation américaine cette fois d’un webcomic.

Ce qui surprend au premier abord c’est très logiquement la mise en page et le découpage puisqu’il sont pensés pour un défilement sur écran et non sur un enchaînement de pages. Cela a certainement une incidence sur le rythme de lecture mais cela ne se ressent pas négativement. Avec un dessin assez simple et une colorisation minimaliste, c’est donc bien le scénario qui importe dans cette entame qui flatte les maîtres du suspens à commencer par Hitchcock ou Carpenter. En effet, la tension est maintenue très longtemps puisque après une mise en place de contexte qui aide à entrer tranquillement dans le bain, on se retrouve dans un huis-clos glacial à la première personne où les interactions étranges avec les voisins feront avancer le récit, dans une montée de la tension sur une menace impalpable. Le cadre est connu: un immeuble très impersonnel en forme de labyrinthe de béton , une poignée de survivants enfermés en lutte pour leur survie, une menace terrifiante et indicible, tout est bon pour une tension sur les onze prochaine tomes de la série.Sweet Home (Webtoon de Youngchan HWANG, CARNBY Kim) - Sanctuary

Si l’aspect graphique n’est pas à proprement parler joli, il fait le job en permettant de se concentrer sur l’enchaînement des séquences, jouant sur les silences et la confrontation des tempéraments des survivants. Et sur le plan de l’intrigue les auteurs connaissent leurs gammes puisqu’on est happé de la première à la dernière page avec juste ce qu’il faut d’informations pour ne pas s’ennuyer au long de cette avancée lente vers l’horreur. n’en gardant pas trop sous le coude, on achève donc cette entame bien accroché, avec le déclencheur horrifique qui ne se sera pas trop fait attendre, des personnages installés et une chasse qui peut commencer. Y’a plus qu’à enchaîner pour cette très bonne surprise qui confirme que les jeunes auteurs ont souvent la fraicheur qui manque aux grosses cylindrées!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·Comics·East & West·Nouveau !

Redfork

Histoire complète en 160 pages, écrite par Alex Paknadel et dessinée par Nil Vendrell. Parution aux US chez TKO Studios, publication en France chez Panini Comics le 23/03/2022.

Boule(s) de suif meurtrière(s)

Après une longue peine de prison, Noah revient dans sa ville natale de Redfork, retrouver ses proches et tenter de s’amender pour ses erreurs passées. Ce que peu savent, c’est que Noah est tombé à la place de son frère Cody, qu’il a couvert pour le meurtre accidentel d’un docteur durant un cambriolage.

Noah et Cody à l’époque, cherchaient chez le bon docteur quelque chose de suffisamment fort pour se défoncer, comme une majorité de jeunes à Redfork. Huit ans plus tard, la situation n’a pas véritablement changé, les aiguilles passant de bras en bras pour distribuer du bonheur artificielle, directement dans la veine.

Désormais clean, Noah espère renouer avec sa famille, notamment son ex Unity et leur fille Harper, dont Cody a pris soin du mieux qu’il pouvait en allant travailler dans les mines de charbon exploitées par Amcore. Alors qu’il vient juste de revenir, Noah assiste à un accident dans la mine, un coup de grisou qui provoque l’effondrement de plusieurs galeries et la mort de tous les mineurs, à l’exception de Cody, qui est remonté avec l’aide d’un mystérieux inconnu. Alors que Redfork est déjà ravagée par les luttes de classes et le fléau de la drogue, un mal qui aurait du rester enfoui va resurgir et transformer la ville à jamais…

Ville tentaculaire (littéralement)

Une bourgade isolée, une jeunesse désabusée, un secret industriel et des monstres enfouis, vous connaissez la chanson. La partition était exactement la même sur Immonde ! le mois dernier, pour un résultat plaisant mais qui aurait pu aller plus loin dans son bestiaire et dans ses effets horrifiques.

Ici, l’angle abordé concerne également des problématiques sociétales et humaines, en l’occurrence la lutte ouvrière et l’addiction. Cela permet à l’auteur de creuser son propos et ses personnages, en faisant de l’élément surnaturel un catalyseur de leurs problématiques internes.

Sur la forme, on retrouve une structure similaire à celle des Sermons de Minuit (Midnight Mass), en cela qu’un personnage de prêcheur va « convertir » les habitants d’une ville à sa foi monstrueuse dans une créature d’outre-monde, avec une première phase de miracles, puis une seconde phase de body horror.

D’ailleurs, les amateurs de gore seront servis, avec ce qu’il faut de barbaque humaine malmenée dans ses fondements. Les effets gores sont tout à fait palpables, grâce au style réaliste de Nil Vendrell et aux couleurs bien choisies de Giulia Brusco. Sorti de façon presque confidentielle chez Panini, qui avait pourtant mis le paquet pour la promotion des autres titres de TKO Studios, Redfork est un récit horrifique de bonne facture, qui aurait sans doute mérité un fin un peu plus vicieuse, mais qui opte pour une conclusion douce-amère.