East & West·Manga·Rapidos

Manga en vrac #2

East and west

Petit marathon Ajin et Radiant en ce lundi matin puisque je n’ai pas pu m’empêcher de passer tous les albums sortis en tête de lecture… C’est trop bon et je crois que je vais être obligé de préparer un petit billet synthèse sur Ajin en comparatif avec Akira auquel cette série me fait vraiment beaucoup penser!

Manga - Manhwa - Ajin Vol.7Ajin #7: Le septième tome se structure sur le début d’une nouvelle attaque pour assassiner le PDG de la société de sécurité Forge, ce dernier convaincu qu’il empêchera le plan des Ajin rebelles. Alors que l’opération commence et que le groupe de Kei Nagaï (qui se révèle le véritable cerveau de l’équipe montée par Tosaki) prépare son piège, des flashback reviennent sur le passé militaire de Sato ainsi que sur son enfance, nous permettant de mieux cerner la psychologie de ce très charismatique méchant. Gamon Sakuraï parvient à alterner dans sa série (en seulement 11 tomes parus, c’est dire le rythme) des moments de respiration et des séquences d’action endiablées. Ici l’assaut par l’équipe de Sato démontre s’il le fallait l’intelligence scénaristique rare de l’auteur: le principe de l’immortalité permet des astuces vraiment originales dans le déroulement des combats (pour faire clair: l’un des Ajin est chargé pendant l’attaque de « réinitialiser » les autres en les tuant s’ils venaient à se prendre une fléchette tranquillisante… mais ce n’est pas tout!). Tout ceci garde un étrange aspect de banalisation de la mort dans un univers totalement bouleversé par la découverte de ces « créatures ». Le nombre de sujets abordés dans chaque volume, subrepticement, par une séquence, par une case, est vraiment énorme et donne une richesse de background gigantesque. Sakuraï est en train de construire un monument du manga!

Manga - Manhwa - Ajin Vol.8Ajin #8: L’édition Glénat comprend en début de volume un « who is who » et un salutaire résumé en image, bien plus efficace qu’un texte et c’est donc une très bonne idée. L’assaut touche à sa fin et pour la première fois l’équipe de Sato se voit contrecarrer par le plan de Nagaï, obligeant Sato à se déplacer pour finir le travail. Alors que depuis le début de la série, Sato, véritable croque-mitaine invincible ayant toujours trois coups d’avance sur ses adversaires, créait un sentiment d’inéluctabilité, le lecteur découvre que l’affrontement de l’intelligence risque de durer. Le rôle des différents protagonistes se mets en place, chacun doté de caractéristiques qui, alliés, leur permettront peut-être de contrer le génie du mal qu’ils ont face à eux. Dans un assaut toujours dynamique où Nagaï (dont le père a été absent) se lie avec Hirasawa, le vieux chef des humains de l’équipe Tosaki, le lecteur découvre une nouvelle capacité des Ajin via leur mode de régénération. La cohérence de la science des Ajin est remarquable depuis le début dans cette série et c’est un grand plaisir que de lire un manga d’une telle intelligence dans chaque séquence, chaque idée. Graphiquement le trait évolue vers un plus grand réalisme, des visages en gros plans assez absents au début de la série permettent de voir l’influence Otomo de plus en plus grande, et c’est tant mieux.

Manga - Manhwa - Ajin Vol.9Ajin #9: Sato parvient inéluctablement à ses fins, quel que soit le moyen. Pourtant, dans ce combat où Nagaï est entré en action directement alors qu’il se contentait jusqu’ici de planifier, des ruptures apparaissent, avec Tanaka notamment qui n’est pas aussi impitoyable que son chef et ressent de la compassion pour certains humains, ce qui l’amène à contester la décision de Sato. Son affrontement avec Izumi par fantômes interposés permet également de voir les capacités de combat de l’aide de camp de Tosaki. Enfin, la relation entre Nagaï et le jeune Nakano évolue alors qu’ils se retrouvent liés dans les combats et doivent se faire confiance mutuellement. Entre le héros et son jeune protégé, la relation à la mort et à l’empathie n’est pas la même, Nakano raccrochant Nagaï à sa part humaine quand il voudrait devenir insensible comme Sato. Alors que les assassinats vont se poursuivre comme prévu, le gouvernement reconnaît son échec et change sa position vis à vis des Ajin. Les cartes sont en train de bouger.

Manga - Manhwa - Ajin Vol.10

Ajin #10: Dans ce volume l’on découvre la maman de Nagaï, qui comme la plupart des personnages de la série rompt avec des habitudes manga d’archétypes genre « femmes au foyer traditionnelle soumise »… Ajin est une série résolument moderne, à la fois dans son traitement de l’actualité et des thèmes comme le terrorisme ou le racisme, mais également avec tout un pan de la société japonaise que Gamon Sakuraï dynamite avec grand plaisir. Alors que les séquences d’assaut sont dans une sorte de phase d’armistice, l’auteur nous emmène aux Etats-Unis découvrir ce qu’est allé y faire le professeur Ogura: nouvelle révélation (dans un manga qui n’en manque pas!) sur un mode de gestion du problème Ajin résolument différent entre le Japon et les Etats-Unis. Chez Sakuraï on sent la même volonté que Katsuhiro Otomo d’internationaliser (élargir la perspective) l’intrigue de son récit et d’introduire un conflit entre deux visions de ce que permet le pouvoir. Si le parallèle avec Akira fonctionne pour la critique du complexe politico-militaire, l’œuvre de Sakuraï est beaucoup plus acerbe ne serait-ce que par-ce qu’elle ne date pas son récit, apportant une proximité immédiate avec le Japon d’aujourd’hui.

Manga - Manhwa - Ajin Vol.11Ajin #11: Pour le dernier volume paru en France (en ce mois d’avril!), on sent la fin approcher, alors que le nombre de sujets effleurés est énorme. Sato joue double ou triple jeu et son esprit machiavélique semble impossible à anticiper, même pour Nagaï. Le gouvernement a fait un premier pas en acceptant une négociation, mais peut-on faire confiance à ce génie du crime qu’est Sato? Gamon Sakuraï, comme depuis le début de sa série, sait manœuvrer des temps de pause qui nous font admirer ses magnifiques dessins entre des séquences d’action ou de suspens à la tension digne des meilleurs films d’espionnage! La diffusion de films et d’une série sur Netflix devrait inciter l’auteur et l’éditeur à prolonger le plaisir, tant l’univers développé est gigantesque et l’équilibre entre l’avancée d’une intrigue principale à grand spectacle et l’insertion de multiples éléments intime, socio-politiques (la démocratie, les médias,…) ou purement géopolitiques simplement parfaite.

Manga - Manhwa - Innocent Vol.8Innocent #8: Le conflit entre Charles-Henri et son excentrique sœur Marie-Joseph atteint son point culminant alors que la série s’approche de sa fin. L’affrontement aura bien lieu. Pendant ce temps l’auteur nous raconte l’arrivée de Marie-Antoinette en France et la crudité des règles de cour faisant de la femme une simple génitrice. Sakamoto a toujours entretenu une ambiguïté sexuelle sur ses personnages présentant de nombreux androgynes et homosexuels et transpose à la cour les perversions ou blocages sexuels. Malgré des thèmes toujours intéressants et un traitement graphique très poétique, la série ne parvient pas à retrouver la tension des premiers volumes et son discours sur la peine de mort.

Manga - Manhwa - Radiant Vol.4Radiant #4: Les thaumaturges de Torque débarquent sur Rumble Town alors que le combat contre Hameline touche à sa fin. De nombreux et très puissants personnages apparaissent et la série prends une tournure nouvelle. Durant ces affrontements très joliment mis en image l’on perd un peu de la fraîcheur et de l’humour ravageur qui faisait le charme de Radiant. Dès le prochain volume on repart pour un ton plus léger, tant mieux.

 

 

Radiant #5: Tony Valente arrive à se renouveler en élargissant fortement le périmètre du monde de son manga avec un voyage de Seth dans le monde des chevaliers-sorciers et des princes-marchands. Cela permet de découvrir de nouveaux personnages soit très drôles soit terriblement réussis niveau design. On retrouve également avec plaisir Alma et le Bravery Quartet qui me fait bien rigoler. Très joli rebonds pour la série que ce tome 5 qui retrouve l’équilibre action/aventure/humour.

 

Résultat de recherche d'images pour "radiant 6 valente"Radiant #6: L’arc s’oriente vers une forêt hors du temps (inspirée de Broceliande?) où Seth se retrouve entraîné par le lutin Myr, en nous rappelant fortement l’entraînement de Sangoku dans Dragonball… On quitte le monde des mages et chevaliers pour celui des esprits de la Nature avec quelques révélations sur ce qu’est le Fantasia. Dans le même temps les alliés de Seth se retrouvent confrontés l’un au Thaumaturge Dragunov, l’autre à la reine Boadicé. Épisode de transition où Seth en prend encore plein la poire.


 

 

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BD·BD de la semaine·Nouveau !

Le Troisième Testament – Julius #5

BD de Alex Alice et Thimothée Montaigne
Glénat (2018), 80p. Série finie.

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La maquette de la série du Troisième Testament est toujours aussi travaillée, avec des pages de gardes et une ligne générale maîtrisée. Une série dont l’harmonie fait plaisir dans la bibliothèque. Pour rappel, « Julius » est la série préquelle du Troisième Testament d’Alice et Dorison, l’une des séries les plus acclamées et qui a lancé le genre de la BD historico-ésothérique (avec le Triangle secret , Le Décalogue, le Scorpion et toute la ribambelle de séries sur l’histoire occulte de l’Eglise).

Julius est une série compliquée qui demande à son lecteur de la pugnacité. Pour expliquer cela je vais faire un petit rappel… Il y a vingt ans paraissait le premier tome d’une série qui allait révéler deux des auteurs parmi les plus réputés et influents aujourd’hui: Alex Alice (Le château des étoiles, Siegfried,…) et Xavier Dorison (Undertaker, Long John silver, Red Skin,…), deux autodidactes qui révolutionnaient le genre et permettaient à Glénat, éditeur connu pour ses BD historiques (Bourgeon par exemple) de moderniser son catalogue. Des dizaines de séries ont vu le jour suite à cette BD qui étale sa publication sur six ans en proposant un incroyable équilibre entre BD d’action, policière et BD historique, le tout inséré dans un scénario enchevêtré qui exige du lecteur de rester concentré. Tout cela directement inspiré bien entendu par le chef d’œuvre Le Nom de la Rose et surtout son adaptation au cinéma.

Résultat de recherche d'images pour "troisieme testament julius 5"Sept ans après la fin de la première série qui se clôturait sur un dénouement impossible à anticiper et complexe quand à ses ramifications, les auteurs faisait sortir une série devant relater l’histoire de Julius de Samarie dont la légende est le point de départ du Troisième Testament. La subtilité des indices semés rendaient la série originelle exigeante mais celle-ci était très rythmée par l’action et les visuels épiques.

Le fait de changer complètement de décors (un général romain au visage de Marlon Brando…) est d’abord troublant pour un lecteur qui aurait lu la première série (je préconise d’ailleurs vivement de lire la totalité dans l’ordre de parution chronologique). Outre le changement de dessinateur au second tome (on gagne en qualité de dessin, Montaigne étant vraiment talentueux), ce choix va diriger une progression scénaristique laborieuse que je ne m’explique que par le départ de Dorison après la mise en route du premier tome. Le talent de scénariste n’est pas donné à tout le monde et malgré la grande qualité de ses ouvrages solo, Alice n’est pas du niveau du scénariste d’Undertaker… Ainsi, si la progression du personnage principal de général romain avide et incroyant à celui de prophète est bien amenée, l’intrigue générale est cahoteuse: après un premier tome très construit et qui amène notamment les fameux guerriers corbeaux qui pimentent la série, l’on part dans un étonnant périple en deux volume (subdivision interne de Julius… pourquoi ?), ce qui coupe l’intrigue. Dans les deux derniers volumes, et notamment le volume 5 l’on a d’incessants va et viens à la fois géographiques et dans la relation et les choix de Julius et du Sar Ha Sarim. L’on a bien compris que la série était structurée autour de cette dualité par ailleurs très intéressante (sorte de trinité avec Julius âgé, sa fille son gendre: Père-Fille-Saint-esprit?). Mais soit par mauvais choix scénaristiques soit par hésitations, on sent des flottements qui rendent l’évolution d’autant plus laborieuse que toute l’histoire tourne autour de ces personnages. Et à la différence de la première série, assez peu d’action vient finalement dynamiser cela et surtout la dimension fantastique est pratiquement absente jusqu’au dernier tome alors que les interventions du sénateur Modius, versé dans les arts noirs, était un des points forts du premier album… Le questionnement autour de l’identité du Sar ha Sarim, du rôle divin de Julius, sont complexes, et jamais aucun élément ne viendra expliquer l’origine des guerrier-corbeaux, ce qui sera une des rares fautes du scénario, laissant une des grandes questions de la série totalement inexpliquée…

Résultat de recherche d'images pour "troisieme testament julius 5"Malgré toutes ces réserves, qui me faisaient craindre l’album de clôture, Julius reste une série unique, ambitieuse et assez fondamentale pour finir de comprendre la série mère. Le tome cinq nous amène à ce titre une conclusion très digne (toujours bringuebalant dans sa construction mais ramenant enfin ce fantastique et ce côté épique tant aimés). Construit autour du siège de Jérusalem par les armées romaines puis par les armées d’hommes corbeaux, il resserre l’intrigue comme un drame de théâtre en un lieu unique où tous les personnages vont converger. Tout se dénoue et à ce titre la série garde une grande cohérence générale. Les scènes de bataille apocalyptiques sont belles et bien faites, on aRésultat de recherche d'images pour "troisieme testament julius 5" de l’héroïsme, bref, c’est chouette. Graphiquement c’est majestueux, encré, et très lisible ; la série aura permis de révéler un artiste très talentueux qui devrait compter à l’avenir. La maîtrise des plans impressionnants, de la zone grise entre le magique divin et l’historique cartésien sont vraiment bien gérés. De même les personnages sont subtiles et tous intéressants, même s’il aura été compliqué tout au long de la série de savoir quels personnages étaient importants: paradoxalement le plus visible, le colosse Shem n’est finalement qu’un acolyte mineur… Les failles principales sont les grosses ficelles (Julius rentre dans Jérusalem assiégée comme dans un moulin et en ressort aussi tranquillement) et le découpage des albums et de la série (le voyage en orient, pour intéressant qu’il soit nécessitait-il deux tomes?). Je dirais que chaque volume individuellement est remarquable, que la série rejoint et explique la série mère, mais qu’en tant que série elle reste assez bancale dans sa construction. Je pense que ceux qui auront aimé le Troisième Testament devraient lire Julius d’une traite et y trouveront grand plaisir, mais les cinq tomes de Julius pris isolements restent dispensables.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

Et en bonus une interview du dessinateur à l’occasion de la sortie de l’album:

BD·BD de la semaine

Horacio d’Alba

 

BD de Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat (2011-2016), 3 volumes de 54 pages, série finie.

501 HORACIO D_ALBA T01[BD].inddLa série a commencé à paraître chez 12bis avant sa disparition et a ensuite été reprise par Glénat en même temps que la sortie du tome 3. La maquette de couverture de l’édition Glénat est franchement moins élégante que l’originale, de même que l’illustration.

Dans une Renaissance italienne uchronique, les cités du Nord de l’Italie se sont unies en une République transposant tout conflit dans des duels réglementés. Depuis cent ans l’art du duel est enseigné dans deux puissantes académies sous la coupe d’un Sénat empruntant aux traditions de la Rome antique. Le plus doué des duellistes est Horacio d’Alba. Pris entre son respect des traditions, l’obéissance au chef et les bouleversements politiques qui se trament dans l’ombre, il devra faire des choix… qui impacteront jusqu’à ses plus proches.

Résultat de recherche d'images pour "horacio d'alba siner"Horacio d’Alba est une très belle série historique politique au format court et à l’ambition importante, pour deux jeunes auteurs (c’est la première BD du dessinateur, la seconde du scénariste). Les trois tomes semblent écrits par un chevronné tant ils sont équilibrés dans leur exposition et la montée en régime. Le côté dramatique, shakespearien est assumé et porté par des tableaux d’intérieur relevés par le dessin très encré de Siner, par des dialogues nombreux et des personnages tragiques (dès la scène d’introduction où Horacio tue sa femme en duel). J’ai trouvé le dessin très classe extrêmement proche de ce que faisait Alex Alice à ses débuts (regardez le premier volume du Troisième testament et celui d’Horacio d’Alba, Siner n’a pas à rougir), avec la même puissance mais aussi les mêmes défauts. L’illustrateur est en progression et propose tantôt des plans magnifiques de contrastes, d’encrages, de superbes visages, quand sur un certain nombre d’autres cases sa gestion des regards est un peu flottante. Il y a une grande proximité avec le travail de Dimitri Armand, tous deux ayant un vrai talent mais quelques défauts à corriger. Le second volume est l’un des plus réussis que j’ai lu en BD historique depuis quelques temps, avec notamment une scène d’affrontement à grande échelle entre les deux académies extrêmement puissante.

Résultat de recherche d'images pour "horacio d'alba siner"On sent néanmoins le plaisir de dépeindre une époque faite d’art et d’artisanat. Ainsi le compagnon de route d’Horacio est un imprimeur et les auteurs présentent maintes digressions sur les avancées scientifiques ou médicales de la Renaissance, ce qui habille le contexte et donne un fonds très intéressant à la série. Une petite connaissance des périodes historiques aidera à s’immerger dans Horacio d’Alba mais n’est pas indispensable, le lecteur pouvant aussi se laisser porter par le récit comme il le ferait dans de la Fantasy. Car la série est à cheval entre les deux: un peu comme Servitude, elle revête un traitement résolument historique dans un contexte fictif et fantasmé (ce qui permet selon moi d’allier le meilleur des deux genres!). La dimension politique est centrale, avec une République soumise aux assauts d’un cardinal en passe d’être élu au pontificat, un roi de France observateur mais interventionniste et  des conflits internes entre les Anciens et les Modernes de la Républiques du point d’honneur. Résultat de recherche d'images pour "horacio d'alba siner"Les dessins insistent sur les détail des objets, des costumes et des paysages (ces derniers ne sont cependant pas le point fort de la série) pour retranscrire une époque fascinante dont Horacio d’Alba propose d’être un moment caché, comme la chute du scénario l’amène très intelligemment. J’aime toujours quand la première case réponds à la dernière en bouclant la boucle, procurant une grande satisfaction de lecture.

Avec ses quelques petits défauts graphiques, Horacio d’Alba donne pourtant envie que l’histoire continue tant les personnages et cette histoire sont originaux, dans la même idée que celle du Troisième Testament ou du Château des étoiles: une passion de l’Histoire et des histoires, en proposant de la BD d’aventures politiques et d’action à la fois grand publie et intelligente. On souhaite en tout cas de beaux projets pour ce couple d’auteurs qui confirme leur talent sur leur première série.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

Comics·East & West·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Wild Blue Yonder

Comic de Mike Raicht, Austin Harrison et Zach Howard
Glénat comics (2017) – publi US par IDW publishings (2016), 192 p.

9782344022986-l

On commence une semaine « aviation » avec une découverte comics indépendant dénichée par Glénat, avant une chronique mercredi en BD de la semaine sur la série en cours du dessinateur-aviateur Romain Hugault. Je découvre le travail de Glénat sur les comics hors sentiers battus et suis ravi de voir qu’il n’y a pas qu’Urban pour proposer des albums américains innovants.

Je suis vraiment très content d’avoir lu et apprécié ce one-shot! Je l’ai déjà exprimé sur ce blog, les comics c’est compliqué… J’y trouve beaucoup de médiocrité graphique et une routine industrielle autour des deux franchises de super-héros Marvel et DC qui outre d’exclure le public qui ne souhaite pas passer sa vie à ne lire que ça, tourne un peu en circuit fermé. En même temps, d’incroyables illustrateurs, une culture du design graphique, des couvertures et de la mise en scène puissantes, appuyées sur des personnages très forts pour l’imaginaire. En somme, je flirte souvent avec les comics, mais toujours un peu de loin et en privilégiant les séries courtes et les duos d’auteurs (je suis allergique aux équipes graphiques hétérogènes). Du coup je suis quelques auteurs en particulier (en ce moment Esad Ribic, sorte de Midas du crayon, ou Sean Murphy…) et essentiellement de l’Urban qui édite des BD hors Marvel/DC. Wild Blue Yonder est édité aux USA par un éditeur visiblement spécialisé dans les adaptations BD de séries télé et en partenariat étroit avec Glénat.Résultat de recherche d'images pour "wild blue yonder howard"

Dans le futur l’écosystème a été quasiment détruit par la pollution radioactive. Ce qu’il reste des hommes s’est réfugié sur les hauteurs et dans des navires volants. L’Aurore est un mythe, vaisseau fonctionnant au solaire dans un monde dépendant du pétrole  et pourchassé par la flotte du terrible Juge. A son bord, un équipage idéaliste, fonctionnant comme une famille, incarnant un monde où la solidarité remplacerait la survie de tous contre tous… 

Résultat de recherche d'images pour "wild blue yonder howard"Le première surprise de ce très bon comic vient des dessins. Zach Howard a commencé à publier dans les années 2000 et n’a pas une biblio très fournie, hormis The cape sorti en France et doté d’une bonne réputation. Son style me fait penser à un mélange de Vatine et de Travis Charest (excusez du peu!). Avec sa propre originalité (notamment une étonnante utilisation des trames pour ombrer ses dessins, un peu comme dans les Manga), il propose un dessin très encré, parfois sales, au découpage serré et toujours très propre techniquement. J’adore! Son design des engins est de style post-apocalyptique type Mad-Max. Image associéeOn a vu plus inspiré concernant les engins, mais l’atmosphère générale de la BD est réussie et décrit un univers classique du genre, crasseux, à la fois technologique et bricolo. Les films de George Miller sont clairement la première inspiration de cet ouvrage qui met en opposition un groupe idéaliste (incarné par le formidable personnage de Cola, super-pilote éternelle optimiste dont la foi en l’homme est indestructible) et un autre, militarisé, hyper-hierarchisé derrière le Juge, chef nihiliste qui tente de réunir une élite devant recréer l’humanité avant l’élimination du reste de l’humanité… J’ai aimé outre la maîtrise graphique et la vraie personnalité de ce dessinateur, une cohérence et une implication dans un projet personnel, non issu d’une grosse machinerie.

Comme tous les post-apo la différence joue à peu de choses et ici à un relationnel original entre les personnages: le cœur de l’équipage de l’Aurore repose sur une famille (la mère commandante, le père ancien pilote et la fille, héroïne de l’histoire) confrontée aux nécessités militaires de la survie face aux attaques du Juge. Peut-on être mère quand tout un équipage compte sur vous? La fille pilote peut-elle vivre avec une mère qui refuse de se comporter comme telle? Peut-on encore avoir confiance en un étranger et croire en l’amour dans ce monde sans espoir? Wild Blue Yonder est un peu la BD que Vatine aurait dû faire depuis longtemps (au vu de ses nombreuses illustrations de ce style) et donc une surprise inespérée.

Résultat de recherche d'images pour "wild blue yonder howard"Les séquences d’action aériennes sont nombreuses et très bien menées, assez crasseuses et souvent barbares avec le génial personnage de Scram, sorte de furie indestructible équipée d’un Jetpack, sautant d’avion en navire volant, échappant aux balles et emmenant les têtes de ses adversaires avec sa hache… Le format one-shot en quelques 200 pages ne permet malheureusement pas de développer beaucoup plus les personnages, l’univers ou de prendre plus de temps dans les séquences aériennes. Mais les auteurs proposent néanmoins un remarquable équilibre entre les scènes de dialogues, les intérieurs métalliques des navires et les plans larges aériens. Avec comme petite cerise qui semble anodine mais apporte une touche d’humanité, un cœur à cet album: le chien aviateur (que le dessinateur explique être inspiré de son propre chien disparu). Un toutou craquant qui fait de ce comic indépendant une œuvre  efficace et touchante, une belle respiration dans la BD américaine.

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Manga·Rapidos

Manga en vrac #1

East and west

Un peu en retard (normalement les manga c’est le lundi), quelques avis rapides sur mes séries manga en cours (j’essaye de ne pas en lire trop vu que ce sont des séries et qu’il y a tout le reste (BD, comics, …) en plus 🙂

couv_254770Ajin #2: On continue dans la foulée du premier volume sur un rythme effréné. L’introduction passée, nous découvrons les motivations des deux Ajin japonais, pas forcément toujours honnêtes: dans cette guerre occulte, personne n’est propre et les objectifs restent cachés. Lorsque le héros est capturé et soumis aux traitements inhumains réservés aux Ajin, l’on comprend que nous aurons affaire à un manga sombre où seule l’amitié présentée dans le volume 1 sera un fil auquel se raccrocher. Le tome 2 montre néanmoins que certaines personnes se préoccupent du sort des Ajin, ce qui permet d’introduire des sujets très actuels des liens entre gouvernements prêt à suspendre les libertés publiques et une société civile qui cherche sa responsabilité collective (Wikipedia apparaît et ce n’est pas anodin de la part de l’auteur). Nous apprenons également de nouvelles choses sur les deux espèces d’Ajin cohabitant et sur les effets des morts successives…
Le manga est toujours aussi bon, l’univers se développe, les séquences d’action sont redoutables d’efficacité, de nouveaux mystères apparaissent et certains se révèlent. On n’a qu’une envie: continuer.

Ajin - Tome 3Ajin #3: Suite de l’évasion de Nagai. L’arrivée d’un chercheur excentrique travaillant pour les américains nous permet d’en apprendre plus sur les visées des différents protagonistes gouvernementaux et notamment le patron de la chasse aux Ajin. Nagai constate qu’il est manipulé et ne peut faire confiance qu’à ses amis. Pendant l’évasion il apprend à maîtriser son fantôme. À mesure que les enjeux et protagonistes sont révélés une ambiance à la Akira se met en place (sacrée référence!) et je dois dire qu’Ajin tient la comparaison haut la main. L’humour apparaît également avec le professeur Ikuya et les dessins sont toujours aussi acérés et efficaces.

Innocent 06Innocent #6: Après l’épisode assez insoutenable du supplice du régicide la série revient aux habitudes du mangaka, avec visuels fantasmagoriques, sexualité ambiguë et mœurs violentes des puissants. Le manga s’articule rapidement autour de la relation (que l’on anticipe comme conflictuelle) entre Charles et sa jeune sœur torturée par une grand-mère sadique. Dans ce volume 6 le père et la grand-mère se sont retirés et l’on assiste en parallèle à la maturité de Charles et à l’émancipation de sa furie de sœur. Les liens avec l’histoire et les personnages importants de la Révolution à venir sont toujours soignés et la série avance très rapidement, d’une lecture agréable (plus légère donc) et l’on souhaiterais presque qu’elle se prolonge au-delà des 9 tomes tant sa richesse est grande. Ça tombe bien, la suite s’appelle « Innocent-rouge« .

Résultat de recherche d'images pour "radiant manga"Radiant #1: Excellente surprise (comme tout ce que publie Ankama…?) que ce manga français dont je n’avais pas entendu parler et trouvé par hasard à la bibliothèque. C’est le premier manga français publié au Japon (mais quand-même la sixième série de l’auteur, passé par l’école ArlestonSoleil et ça se sent!) et pour cause, les codes manga sont là et c’est vraiment très drôle et très maîtrisé (plus que City Hall). Ce très bon volume d’introduction présente un monde où ceux qui ont survécu au contacte d’un Némésis (monstres mystérieux) deviennent des sorciers. Seth part à la recherche de la source des monstres, le mythique Radiant…

Les lignes de ce manga sont l’humour à base de baffes, de personnages ridicules et de dialogues absurdes. Assez classiques du code manga mais vraiment efficace et soutenu par un dessin sans faute. J’adore l’idée d’un Harry Potter un peu grunge. Les personnages sont tous typés et sympa et les dialogues m’ont beaucoup fait rire. Du coup je vais continuer la série et probablement faire un billet ultérieur pour la rubrique East & West.

 

 

BD·Comics·Rapidos

Red skin

BD de Xavier Dorison et Terry Dodson
Glénat (2014-…), 2 vol. parus.

Couverture de Red Skin -1- Welcome to AmericaComme beaucoup la couverture tape à l’œil du tome 1 m’a fait de l’œil justement, avant de voir les noms des auteurs de ce comics publié en France (je ne sais pas comment il faut l’appeler du coup vu que le scénariste est français et les codes franco-belges mais le dessinateur américain avec un style comics…) et quels noms: l’un des tout meilleurs scénaristes depuis pas mal d’années maintenant et un auteur chevronné (que je ne connaissais pas) au style très proche du grand maître Frank Cho et sa Liberty Meadows, excusez du peu.

Il s’agit donc bien d’une BD de super-héros (moderne= sans pouvoirs): dans les années 80 Red Skin est une espionne envoyée en Amérique pour décrédibiliser une candidate à la Maison-Blanche qui risque de faire de ce pays une théocratie de fondamentalistes chrétiens. Outre ses capacités de combat hors norme, elle va surtout aider la production d’un remake porno du film de chevet des bigots de l’Amérique de la Bible-belt…

Alors certains ont trouvé une malhonnêteté dans des couvertures (Dodson se fait plaisir en mode Pin-Up) et un pitch qui pouvaient laisser imaginer une BD sexy. En réalité on reste très comics-compatible dans cette BD (la série est publiée aux Etats-Unis) et c’est surtout l’environnement (le porno californien) et les courbes divines de l’espionne qui pimentent cette BD au demeurant pas plus chaude qu’un Largo Winch. En revanche l’esprit très frais, les réparties drôles entre la donzelle et son hébergeur-réalisateur porno ronchon et les scènes d’action en font une BD plaisir vraiment sympatoche. Outre une histoire qui parvient à nous accrocher malgré un côté dérisoire (la maîtrise de Dorison se ressent), la grande force de Red Skin c’est le personnage principal, absolument craquante à chacune de ses apparitions. Le talent de Dodson y est pour beaucoup, si bien qu’on a envie de passer plein de temps avec cette drôle de nana à la fois désarmante de naïveté et forte comme le roc. Surement une incarnation du fantasme masculin auquel les auteurs répondent intelligemment sans verser dans le nu inutile (le reproche que je faisais à Boichi sur Sun-ken Rock justement).

Une bonne BD rafraîchissante qui se poursuivra sur un troisième volume.

Un autre avis sur Blog Brother

BD·BD de la semaine·Nouveau !

Le regard de la veuve

BD de Yslaire et Boidin
Glénat (2018), 87 p., série La guerre des Sambre – Maxime et Constance #3 (terminé)

105767Un billet en forme de guide de lecture de la saga a été publié récemment. Si vous n’êtes pas familiers avec la saga Sambre vous pouvez vous y reporter.

J’y indiquais que les trois cycles de la saga de la « Guerre des Sambre » (ou Guerre des yeux comme on peut le lire dans certains volumes de la série) étaient inégaux et notamment ceux du dernier arc, Maxime et Constance. L’enjeu de cet arc est très grand puisqu’il reboucle avec Hugo et Iris (premier arc qui avait extraordinairement prolongé la série mère) et présente les deux personnages des parents d’Hugo que l’on voyait largement dans le premier cycle. Il devait également expliquer enfin le destin des premiers enfants de Maxime et le passé « révolutionnaire » de cet ogre de noirceur. Je dois dire que j’avais trouvé assez laborieux les deux premiers volumes de Maxime et Constance et craignais un syndrome d’épuisement (comme je l’ai ressenti sur le dernier Avant la Quête).

Pour rassurer tout le monde, cet ultime (et épais) volume est probablement l’un des meilleurs de la Guerre des Sambre. Non qu’il soit parfait, les graphismes très inégaux sur l’ensemble des 80 pages (un double album…) n’étant pas toujours à la hauteur de la qualité de Sambre. Il semble que les deux auteurs aient eu du mal à organiser cette histoire entre les trois albums et aient été contraints de grossir le dernier tome après un retard à l’allumage, les deux premiers volumes s’étant un peu trop étendus sur la jeunesse tourmentée de Maxime. Boidin qui avait remarquablement collé à l’esprit général de la saga sur le deuxième Cycle, donne une partition mi figue mi raisin, certains visages étant vraiment grossiers avec des effets de crayonné dont il a coutume mais qu’il avait abandonné sur Werner & Charlotte et qui ne collent pas avec la « ligne » Sambre. D’autres cases sont remarquables de composition, d’expression. Certains décors sont vraiment vides et plats quand d’autres sont très puissants d’évocation de la Terreur révolutionnaire… Personnellement j’ai le sentiment que Boidin a eu du mal à produire la quantité astronomique de cases demandées par un scénario extrêmement verbeux et découpé en petites images…

SambreSi la partition graphique reste donc loin de ce qui a été fait sur les autres cycles, la conclusion dramatique de la série atteinte en revanche une maîtrise à la fois littéraire, thématique et passionnelle de très grande qualité. Ce qui m’avait lassé sur les deux premiers tomes c’était l’insistance un peu lourde sur le traitement fait à Maxime, le sadisme permanent, l’absence totale de lumière et de personnage positif auquel se raccrocher. Au commencement de ce troisième volume la situation est installée et l’on peut entrer dans le cœur du sujet (qui nous intéresse): la période révolutionnaire et comment dans cette tourmente historique un orphelin issu d’une noblesse tardive va épouser la grande vague de l’Histoire et fabriquer la génération bourgeoise que nous connaissons dans la série mère. C’est donc bien le moment qui est passionnant et Yslaire fait le choix un peu perturbant d’utiliser la femme de haute lignée de Maxime comme narratrice, nous laissant tout au long du volume lire une description toute orientée (version noblesse revancharde) de la Révolution. L’auteur adopte t-il ce pointe de vue? Rien ne permet de le savoir mais si les abus de la Terreur peuvent être condamnés par tous, le point de vue pro-noblesse est sommes toutes assez perturbant. Sans titre.jpgIl permet néanmoins de comprendre l’attitude d’anguille de Maxime, dont l’unique raison d’être est son ambition et sa propre survie. Nous l’avions déjà vu dans Hugo & Iris, ce personnage est très certainement le plus détestable de l’ensemble de la série! Yslaire ne permet absolument aucune compassion pour ce personnage, ce qui rend là encore la lecture à la fois complexe et éreintante. Et si Constance est la harpie manipulatrice présente dans chacun des albums Sambre, Etienne, le jeune et innocent fils de Maxime  et Josepha, sa sœur, donnent une lueur de naïveté et d’idéalisme qui corrigent la noirceur du scénario.

L’œuvre de l’auteur belge atteint avec cet ouvrage, (je pense le plus ambigu) une ambition rarement vue en BD, comme pyramidion un peu bancal mais qui structure l’ensemble de la saga. En raccrochant Sambre au basculement révolutionnaire, il brise un peu la structure familiale qui organise ses récits mais s’appuie sur un bouleversement absolu, ressenti par chaque être au quotidien, pour hisser plus haut que jamais la saga des Sambre.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.