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Et ou tuera tous les affreux…

La BD!
BD de JD Morvan et Ignacio Noé,
Glénat (2021),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Cette adaptation avec toujours Morvan au clavier et cette fois l’argentin Ignacio Noé aux crayons est le dernier des quatre albums prévus pour une sortie rapprochée pour les vingt ans de la mort de Vian. Lire le préambule de mon premier billet sur cette série pour les détails éditoriaux. Du fait du Covid la parution des quatre tomes prévus en 2020 a été décalée.

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Rock est beau comme un dieu. Toutes les femmes veulent son corps. Mais cet esprit décidé s’est promis de ne pas perdre sa virginité avant ses vingt ans. Lorsqu’il est enlevé et forcé à donner sa semence, commence une enquête autour de disparitions, qui les mènera lui et ses amis dans le sillage d’une bien étrange clinique…

Et on tuera tous les affreux - cartonné - Jean-David Morvan, Ignacio Noé, Ignacio  Noé - Achat Livre ou ebook | fnacFort surprenant albums que celui-ci, qui navigue entre enquête de détective, série Z érotique et science-fiction impliquée… Comme je l’avais signalé sur le premier opus il est difficile de savoir dans quelle mesure la matière première contraint le scénariste de cette histoire totalement absurde, rocambolesque et pour finir assez ridicule… On comprend assez rapidement l’aspect parodique de la chose, avec ces très beaux – et très numériques – dessins de Noé (qui a déjà travaillé avec JD Morvan sur les Chroniques de sillage et les trois tomes d’Helldorado). L’argentin a été recrutée pour sa science anatomique et on peut dire que ces Ken et Barbies sont plantureux, beaux, parfaits, comme cette Amérique d’Epinal qui nous est présentée, les personnages arborant soit un sourire « émail-diamant » (pour les gentils) soit des trognes patibulaires et grognant (pour les méchants). Si les écrits de Vian sont souvent marqués par leur aspect érotique, Ignacio Noé est en terrain connu, lui qui excelle dans l’exercice avec sa carrière commencée dans les histoires d’humour très chaudes.

Si les planches sont globalement assez agréables (on passera sur des arrière-plans ébauchés avec des techniques numériques un peu faciles…), l’histoire se perd progressivement du fait d’une pagination obèse pour un tel projet. La première moitié (soit l’équivalent d’un album) se laisse lire avec plaisir pour peu qu’on entre dans la parodie appuyée. Mais une fois l’enquête en mode club des cinq aboutie, on se perd dans des longueurs qui insistent sur des traits des personnages déjà bien compris, des invraisemblances assez dommageables à la linéarité de l’intrigue et des successions de planches de nu et de sexe qui deviennent franchement lassantes avec des personnages exclusivement nus sur plus de trente pages. J’avais trouvé cela lourdingue sur le Conan de Gess, il en est de même ici. On pourra arguer le plaisir des yeux et que dans le deux cas on a affaire à des adaptations d’écrits pas très subtiles. Il reste qu’en tant qu’album de BD une pagination classique aurait permis de condenser ces scories (tiens, comme sur le premier!).Docteur Boris et Mister Sulli…Vian : la java des bombes graphiques –  Branchés Culture

La parodie est un art compliqué. Sur le récent Valhalla hotel ou sur Lastman ça passe assez bien. Ici on finit par douter du second degré. J’aime pourtant les histoires de savants fous et de SF déglinguée, pour peu quelles soient vues comme des loisirs à la lecture facile. Et on tuera tous les affreux adopte une structure trop longue et compliquée (avec ses césures en mode feuilleton) pour nous maintenir à flot. Dommage car en plus condensé l’ouvrage aurait beaucoup gagné.

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**·BD·Nouveau !·Rapidos

La Geste des princes-démons#1: le prince des étoiles

La BD!
BD de JD. Morvan, Paolo Traisic et Fabio Marinacci (coul).
Glénat (2020), série en cours, 55p./album

D’après les romans de Jack Vance.

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Kirth Gersen a vu ses parents disparaître dans la fureur d’une attaque de l’armée du terrible Attel Malagate. Résolu à se venger, il a forgé son corps et son esprit dans l’unique but d’éliminer le pirate sanguinaire qui a ruiné sa vie. Pour cela il devra parcourir la galaxie sur la piste des plus terribles criminels, ceux qu’on appelle les princes-démons…

Le projet avait tout pour allécher l’amoureux de Science-fiction que je suis! L’adaptation d’un des maîtres de la littérature SF par Jean-David Morvan, le très éclectique scénariste et directeur de collection (Conan c’est lui) avec aux crayons un jeune italien aux visions proches du gothique Sloane , une couverture inspirée par Druillet autant que Matteo Scalera, tout semblait destiné à assouvir les envies de space-opéra coloré et épique. Une intrigue simple tournée vers l’action, un héros-assassin, bref, le feuilletage en librairie m’a immédiatement convaincu…

Las, cette lecture est clairement une des grosses déceptions de ces derniers mois! Les dessins n’y sont pour rien puisque Paolo Traisci réussit parfaitement une partition attendue tant dans la dynamique que dans le design général. Citons tout de même le rôle loin d’être mineur du coloriste Fabio Marinacci dont on se demande par moments si ce n’est pas lui la véritable star graphique de l’ouvrage tant en quelques panorama spatiaux il arrive à nous projeter dans cet « Au-delà » empli d’aventures et de mystères. La seule séquence introductive arrive à nous accrocher par sa simplicité, sa rage et la pertinence des designs technologiques.

Le soucis est donc clairement à rechercher du côté d’un scénario hautement laborieux. Ainsi une fois l’introduction passée on se retrouve avec une pseudo enquête pour retrouver le grand méchant, sans que le pourtant chevronné Morvan ne s’embête à nous installer une ambiance, un fil à dérouler. On nous balance au beau milieu d’une situation qu’on ne comprend pas et on poursuit un héros que l’on n’a pas pris le temps d’apprécier faute d’acte de bravoure. On reste ainsi tout à fait extérieur à une intrigue que le scénariste semble tracer en oubliant son lecteur. Et ce ne sont malheureusement pas ces quelques visions grandioses qui suffisent, non plus qu’un humour pas très percutant et des méchants qui débarquent comme un cheveu sur la soupe. Scénario de débutant par un des plus réputés scénaristes du grand éditeur Glénat, personnellement je passe difficilement l’éponge de ce gros raté. Il est toujours temps de rectifier le tir mais on termine ce lancement avec la très désagréable impression d’un projet commercial sur lequel l’auteur n’aura pas pris le temps de réviser ses gammes…

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****·BD·Nouveau !

Sa majesté des ours #1: les colonnes de Garuda

La BD!

 

BD de Vatine, Dobbs et Cassegrain
Comixburo (2020). 56 p., série en cours.

Très belle couverture et maquette élégante comme toujours chez Comixburo. Album simple avec vernis sélectif. Une édition canalBD avec couverture originale a été tirée à 1400 exemplaires, avec cahier graphique. Vu le travail graphique de Cassegrain cette édition doit être tout à fait sympathique…

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Lorsqu’un corps humain est repêché sur les rivages du royaume de Valencyre, le roi ours décide d’envoyer une délégation diplomatique auprès du seigneur des Oiseaux: le réveil d’une menace ancienne semble confirmé et il faudra l’alliance bien incertaine des peuples de la mer de sang pour affronter ce danger qui guette…

Sa majesté des ours #1, la critique | une Case en plusDepuis le diptyque Tao Bang, achevé dans la douleur, le duo Vatine/Cassegrain rêvait de se reformer pour repartir sur des aventures fantasy dans des décors et des paysages grandioses. L’expérience de Didier Cassegrain sur un Conan nous a montré une nouvelle fois son attrait et son amour des grands espaces et des armures rouillées. Entre-temps un certain Game of Thrones est passé par là, colorant tout projet de fantasy d’une touche de politique complexe.

Annoncé depuis quelques temps et ne jouissant pas de la vitesse du process industriel de la grande saga Delcourt, Sa majesté des ours risque de pâtir de la concurrence avec Les 5 Terres. A la lecture de ce premier tome introductif on sent pourtant de vraies qualités narratives ne serait-ce que dans la volonté d’aller vite. En quelques pages on apprend beaucoup de choses sur le background, la géopolitique de ce monde et des secrets familiaux qui auront à coup sur des incidences sur la marche de l’histoire. Le jeune prince est envoyé en mission avec son maître d’armes et son amie d’enfance et partenaire d’entraînement suite à une révélation fantastique faite au roi des ours. Dès la première séquence on découvre le frère chef de guerre très méfiant envers une reine versée dans les arts noirs, un amour d’enfance d’un prince confronté à ses devoirs diplomatiques, et maints autres agents de l’Etat partis donc à la grande aventure. Une fois quittés les palais froids des Ours on vogue sur des mers dangereuses et découvre des panorama grandioses dignes de toutes belle aventure de fantasy.

His majesty of the bears - volume 1 - the columns of Garuda - ATTAKUS  CollectionLe seul point négatif de cet album repose sur des planches étrangement sombres et ternes. On avait déjà constaté un effet estompé dû à la technique utilisée par Didier Cassegrain. Cela ne pose pas forcément problème dans les intérieurs des palais et discussions nocturnes mais les scènes de jour ne sont pas plus lumineuses. C’est fort dommage car le dessinateur sait jouer des clairs-obscures comme le montre la superbe couverture aux designs d’entrelacs médiévaux. Le design général est superbe et nous emporte dans un monde fantastique aux créatures animalières anthropomorphes permettant pas mal de possibilités scénaristiques dans les scènes d’actions. Les auteurs ont vu grand et nous emportent dans leur souffle avec des dialogues et galeries de personnages tout à fait intéressants.

On ne sais au final pas grand chose à la conclusion de cet album techniquement irréprochable qui connaît ses codes et oublie de nous ennuyer en soulevant suffisamment de portes pour nous donner envie de continuer sur de nombreux albums. Le risque avec Vatine et Cassegrain est justement de voir trop court. Cette aventure mérite de la place. Espérons qu’ils donneront à Kodiak et son équipée cet espace et la lumière nécessaires pour rendre Sa majesté des Ours incontournable dans les années à venir.

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***·****·BD·Bilan·Comics·Manga·Nouveau !

Marathon lectures

Copie de Le Bilan 2019

Salut les bdvores!

A l’occasion du jury BDGEST’arts (dont j’ai déjà parlé), j’ai entamé un marathon lectures depuis début novembre, souvent hors de mes cibles habituelles et ça m’a permis de découvrir quelques pépites qui ne m’avaient pas fait envie ou que j’avais loupé. Je vous propose un avis bref sur une série d’albums cités par mes camarades de Jury comme candidats potentiels aux meilleurs albums de l’année…

  • Asadora (Urasawa – Kana – 2020), 3 tomes parus, série en cours.

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Urasawaest un des gros trous dans mes lectures manga. Cité par beaucoup de monde comme un des mangaka majeurs de ces dernières années, il était temps que je découvre son univers et son style… qui m’ont tout à fait conquis sur cette dernière série (en cours de publication depuis 2018 au Japon). Comme la couverture de Kana l’indique il s’agit d’un feuilleton mêlant fantastique et vie quotidienne autour de la jeune Asa dont le tempérament explosif m’a conquis dès les premières pages. L’intrigue de ce premier volume suit la jeune fille, dernière d’une famille nombreuse, dans des pérégrinations autour d’un typhon qui ravage Nagoya. Résolue à aider les gens du haut de ses douze ans, la fillette va mobiliser les énergies autour d’elle… On retrouve un peu de l’esprit positif d’Amélie Poulain dans cette ambiance qui permet de plonger au cœur du japon quotidien des années soixante et un dessin BD d’une redoutable efficacité. Du coup je vais enchaîner les tomes disponibles à la médiathèque avant de m’attaquer au grand œuvre 20th century boys

  • Après le monde (Leman – Sarbacane- 2020), one-shot.

couv_400409Sur le seul pitch je n’aurais pas donné un kopeck à cet album qui reprend un thème éculé: des enfants se retrouvent seuls après la disparition de toute la population et l’apparition de grandes tours au loin. Et pourtant ce premier album de Timothée Leman est très maîtrisé tant techniquement, avec une teinte gris-sépia fort élégante et cauchemardesque, que narrativement avec une histoire simple, linéaire, qui sait poser du mystère, de demi-explications et une progression vers un final impressionnant bien que laissant un goût d’inachevé. Je ne critiquerais pas, ce type d’histoire est a peu près impossible à terminer, attaquée soit par son côté cryptique soit par un happy ou bad end souvent vu comme trop facile. Cela reste un très bel exercice de style assez poétique, très beau, sur l’itinéraire de deux enfants livrés à eux-mêmes, et bien sur ces paysages urbains désolés, toujours fascinants.

  • GoSt111 (Easersall/Mousse – Glénat- 2020), one-shot.

Couverture de GoSt 111Cette fois-ci c’est graphiquement que je n’aurais pas osé cet album qui propose une adaptation très originale en BD des histoires back-office des systèmes de sécurité français comme le Bureau des légendes. Venu du scénario TV et associé à un ancien commissaire, Mark Eacersall nous plonge dans l’univers des indics de la police. Univers sale, légalement incertain, entre deux univers, on se passionne pour le destin de cet immigré serbe pas très malin qui se retrouve contraint d’endosser le rôle d’indic pour un flic pas vraiment ripoux mais pas bien réglo non plus. Ce thème, plutôt nouveau et passionnant montre que sur un sujet classique (le polar) on peut toujours trouver le biais qui ouvrira notre attention. Si les dessins font le job ce sont bien le scénario et les dialogues qui font le sel de ce one-shot à lire comme une très bonne série policière. Il ne serait d’ailleurs pas du tout surprenant que l’on en voit une adaptation sur petit écran dans les années à venir.

  • Glouton (B-gnet/Milan – 2020), 2 tomes, série en cours.

Glouton -2- La boule des neigesAttention, cela fait longtemps que je n’ai pas autant ri sur une BD, depuis le Grand méchant Renard sans doute (avec quand-même les Viocs en passant…)! Glouton est le plus dangereux prédateur du Grand Nord, mais devenu feignant il a grossi et va devoir regagner son statut… Des BD d’humour animalier il y en a autant que de types d’humour. C’est souvent drôle… Glouton se lit la larme à l’œil de la première à la dernière page en dressant des situations improbables, des dialogues décalés, le tout d’une finesse juste géniale. Pas sur que cet humour parle aux plus jeunes mais vous, lecteur adultes, foncez sur ce nouveau personnage qui vous fera vous poiler comme rarement!

  • Square Eyes (Jones/Mill – Delcourt- 2020), One-shot

Couverture de Square EyesNouvel OBNI au royaume de la BD avec ce très gros album carré tout à fait conceptuel qui propose une variation sur la réalité augmentée, les réseaux sociaux et un futur dystopique comme jamais vu en BD. Des films SF visuellement innovants sur ces sujets il y en a régulièrement. Des tentatives scénarisées d’aborder ces sujets en BD également, mais une telle proposition graphique je n’en avais jamais vu. Disons le tout de suite, Square Eyes n’est pas grand public. C’est long, très compliqué à lire du fait d’un découpage et d’une mise en scène volontairement embrumés comme l’est l’héroïne. En essayant de nous faire voir le monde tantôt de l’extérieur tantôt par les yeux de ces personnes connectées à un réseau global où une réalité augmentée se superpose au monde physique, les auteurs brouillent notre regard et nous fascinent. En sort un questionnement philosophique sur la réalité même du monde dès lors que la réalité physique devient secondaire. Il en est de même sur la temporalité et l’identité de l’être qui peut se voir pirater sa vision et regarder par des yeux d’un autre ou via un enregistrement passé… La transposition graphique de ce concept est variée, fascinante, créant des planches « ilinéaires ». On est perdu la plupart du temps mais convaincu d’avoir assisté à une sacrée expérience artistique en BD…

  • Killer smile (Lemire/Sorrentino – Urban – 2020), One-shot

Couverture de Joker : Killer SmileNouvelle sortie du décidément très qualitatif Black Label de DC, Killer smile nous propose la vision de deux auteurs , chevronnés et réputés, d’une idée très proche de la tentative avortée de Snyder et Capullo sur Last Knight on earth. La réalité Batman n’en finit décidément plus d’être attaquée par des auteurs qui cherchent non plus à remettre en question les constantes du Batverse mais à tout simplement en finir! Après la révolution White Knight (la critique du second volume arrive avant Noël, promis!), nous voilà à nouveau confronté à ce redoutable Joker, véritable manipulateur des esprits et du monde qui l’entoure. Partant du même pitch que Harleen, un jeune psy tente d’achever son protocole de soin psy sur l’homme aux cheveux verts sans se perdre et sa famille avec. Je n’en dis pas plus, les références citées suffisent, mais ce one-shot propose un vortex psychologique diablement réussi malgré des dessins que je crains un peu dans leur aspect crado-hyper réalistes. Si vous passez cette spécificité graphique, vous entrerez dans une narration manipulatoire qui cite bien évidemment le mythique Killing Joke et vous laissera groggy sans trop savoir si le Chevalier Noir va survivre à cette année pandémique…

  • Seules à Berlin (Juncker – Casterman – 2020), One-shot.

Couverture de Seules à BerlinLes histoires sur la défaite allemande et l’état de Berlin à la Libération sont à la mode. Est-ce une forme de revanche culturelle française? Toujours est-il que le sujet ne me passionne pas et que j’ai à nouveau pu découvrir un excellent album ma foi bien sombre (voir glauquissime par moments) sur un sujet bien funky: une allemande qui a perdu son nazi de mari sert de fille de joie à des officiers de l’armée « de libération » soviétique alors qu’une traductrice du NKVD, idéaliste, découvre la réalité des femmes dans ce pays détruit… Dit comme ça ça donne envie de se tirer une balle et les dessins en lavis gris sur des décors d’apocalypse ne font rien pour enjouer tout ça. Pourtant ce gros volume de 200 pages arrive à construire sur des dessins très simples une atmosphère via un découpage sec très rythmé et nous passionne sur ce microcosme humain extrême que seules les histoires de guerre ou Post-apo peuvent transcrire. Alternant entre l’ubuesque quête du squelette du Führer par l’administration soviétique et la relation entre les deux femmes (mais aussi avec les officiers, les vieux allemands rescapés,…), Nicolas Juncker nous happe dans cet enfer où les bornes morales ont depuis longtemps volé en éclat pour laisser les cœurs à nu dans la plus grande simplicité humaine ou inhumaine. Très bel album malgré sa dureté, d’un auteur que je découvre et que je vais suivre de plus près…

****·Comics·East & West·Nouveau !

Coda Omnibus

Intégrale de 336 pages comprenant les 12 chapitres de la série Coda, écrite par Simon Spurrier et dessinée par Matias Bergara aux US chez Boom! Studios. Parution en France chez Glénat le 28/10/20.

Once upon a time…

Toutes les bonnes histoires ont une fin, dit-on. Surtout lorsqu’il s’agit d’un compte de fée. Et si, dans cette histoire-là, le Mal finissait par triompher ? Que se passerait-il ensuite ?

C’est ce que est arrivé au monde Hum, barde taciturne et solitaire. Le royaume magique dans lequel il vivait s’est finalement brisé sous les fracas d’une énième guerre, mettant fin à la Magie qui sous-tendait le tout. Ne restèrent alors plus que des ruines et des âmes en perdition, tentant de survivre en donnant un sens nouveau à leurs existences après le désastre.

Toutefois, ce monde englouti par les gravats de sa gloire passée n’est pas le seul problème de Hum. Le barde vagabond est à la recherche de sa bien-aimée, Serka, et d’un moyen de la sauver d’une terrible malédiction. Mais dans un monde où la magie n’existe plus, Hum trouvera-t-il le moyen de préserver son épouse ?

Conte de fous

Brillante idée qu’a eue Simon Spurrier de passer le genre heroic fantasy à la moulinette du post-apocalyptique. En effet, de mémoire de lecteur, il n’y avait pas eu jusqu’ici de croisement entre Mad Max et le Seigneur des Anneaux, alors voir un monde autrefois féérique tomber en déliquescence, au point de transformer ses habitants en pilleurs et en sauvages, est un plaisir tout au long des 336 pages que compte cet omnibus.

Hum, héros solitaire à la jambe de bois, est un parallèle assez évident avec le fameux Max Rockatansky (qui a lui aussi, un handicap à la jambe), et la comparaison ne s’arrête pas là: dans le monde du Guerrier de la Route, la ressource précieuse pour laquelle les survivants s’entretuent est le carburant ou l’eau, selon les opus; Dans Coda, ce sont plutôt les derniers vestiges d’une magie agonisante qui attirent les convoitises. Là où Max et son V8 Interceptor vont souvent devoir défendre à contrecœur une communauté recluse et assiégée, Hum et sa Licorne vont devoir aider Ridegtown, cité fortifiée possédant de quoi produire encore de la magie.

Cependant, comme dans toutes les bonnes histoires, il ne s’agit pas simplement que d’aventures et de baston. Coda, c’est aussi et avant tout, une histoire sur l’amour, et le sens véritable qu’il revêt dans un monde qui a perdu le sien.

Malgré l’aspect monolithique de l’album, le tout demeure très bien écrit, aucun élément ne s’avérant gratuit ni mal employé. Dialogues riches et intuitifs, scènes d’action très fun servis pas les dessins impeccables de l’excellent Matias Bergara, tout est là pour faire de Coda la découverte de cette fin d’année. Amateur de comics, vous auriez tort de passer à côté !

**·Manga·Rapidos

Ashidaka – the iron hero #1

Manga de Ryo Sumiyoshi
Meian (2020 ), 194p., 2 volumes parus (5 vol. au Japon).

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Dans un monde d’aspect post-apocalyptique, les humains sont dotés de bras mécaniques dans le dos (des « arms »), qui font partie intégrante de leur corps. Depuis le combat mythique d’un Dieu contre un démon qui a abouti à cet état de fait, une xénophobie généralisée est installée contre les détenteurs de plusieurs paires d' »arms ». Ashidaka est un orphelin, abandonné en raison de ses quatre arms, qui parcourt les décharges en compagnie de son compagnon Geji. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent face à un gigantesque ver de métal…

Grace à une mise en lumière sur Iznéo j’ai découvert récemment la très talentueuse mangaka Ryo Sumiyoshi, autrice de la quadrilogie Centaure. Son trait particulier, utilisant un style calligraphique et son univers surprenant, très cru, installant un biais fantastique dans un monde réaliste historique m’avaient conquis , et adorant le steampunk j’étais très enthousiaste à l’idée de découvrir sa nouvelle série, que Glénat sort très rapidement puisque la série est parue au japon cette année et prépubliée en épisodes numériques par l’éditeur grenoblois.Coup de cœur : Ashidaka – The Iron Hero

Ma lecture a été assez déçue sur ce premier tome puisque outre une couverture assez terne et bien moins graphique que ce à quoi l’autrice nous a habitué, on constate très rapidement la légèreté du trait et le minimalisme des détails des planches intérieures. Les splendides paysages forestiers de Centaures laissent place à un blanc immaculé parcouru de quelques traits représentant des structures métalliques ou des enchevêtrements peu précis dans les décors de décharges. La technique de Sumiyoshi n’est pas en cause puisque comme je l’ai dit, dès son premier manga elle démontre une magnifique maîtrise graphique très variée. Simplement nous assistons avec Ashidaka à un véritable changement d’environnement pour cette autrice habituée jusqu’ici aux démons et créatures de formes organiques au trait élancé. La rigidité des designs (plutôt réussis) semble lui poser problème et le choix de privilégier l’action continue renforce un aspect compliqué des pages, parfois difficiles à « lire ».

ASHIDAKA -The Iron Hero- #2 - Comics by comiXologyLe contexte est mis en place dès les premières pages qui nous expliquent en mode express le combat divin originel et la persécution dont sont victimes les multi-bras. S’ensuivent une multitude de combats contre des insectes métalliques sans grande tension et je dois dire un cheminement assez ennuyeux sur trois des quatre chapitres du volume faute de prendre le temps de poser les personnages et les enjeux. Puis survient ce dernier chapitre où le rythme change justement pour laisser place à des discussions avec un clan de multibras qui permet d’introduire (enfin) une galerie de personnages intéressants. Surtout les premiers mystères surviennent en même temps qu’un dessin plus précis, en plus gros plans… Tout ceci donne le sentiment que Ryo Sumiyoshi ne savait pas bien comment introduire son histoire (je me souviens que l’exposition de Centaures était assez rapide et brutale) et nous imposait un brouillon de cent-cinquante pages avant de démarrer son histoire. Dans un concept proche de part l’interface corps-mécanique et les défauts cités j’avais trouvé que Samurai 8 nous en donnait plus. La chute titille la curiosité par bien des points et donne envie de laisser sa chance à cette série iconoclaste ne serait-ce que par ce concept improbable de personnages organiques pour lesquels l’explication des bras métalliques laisse dubitatif, ouvrant bien des portes pour la suite…

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**·BD

Oliver Page & les Tueurs de Temps

La BD!

Série en deux tomes de 54 planches, écrite par Stephen Desberg et dessinée par Griffo. Parution le 02/01/20 et le 05/02/20 aux éditions Glénat.

Time will tell

Oliver Page est un jeune londonien, aventurier auto-proclamé, qui coordonne, avec l’élue de son cœur Beatriz, des fouilles archéologique en plein désert, au XIXe siècle. La fouille ne donne pas les fruits espérés, mais Oliver et Beatriz découvrent une momie non identifiée, un trône de pierre assez peu conventionnel, quelques bas-reliefs aux allures d’avertissements, et trois étranges anneaux.

Dans un futur lointain, Wynn, soldat aguerrie, perd son compagnon d’arme alors qu’elle traque une créature malfaisante capable de prendre le contrôle de toute créature vivante qu’elle parvient à investir. A son époque, Oliver découvre avec stupéfaction que le trône de pierre est en réalité une machine à voyager dans le Temps, et que le sarcophage dans lequel il l’a trouvé n’aurait jamais du être ouvert.

Va s’en suivre un chassé-croisé dans les méandres conjugués du passé et du futur, entre Oliver, Wynn et le parasite, avec rien de moins en jeu que le sort du monde.

Course contre le Temps

Ce diptyque aux aspects prometteurs est intriguant par bien des aspects, mais assez décevant au final. Friand d’histoires de voyages temporels, j’ai abordé Oliver Page avec empressement, curieux de connaître les différents rebondissements que connaitrait inévitablement le protagoniste au cours de son aventure.

Effectivement, on retrouve bien les éléments clefs du genre (certains parleront de poncifs), comme le décalage socio-culturel du au voyage temporel, les tentations diverses et variées de changer le cours du temps (Effet Papillon, Retour vers le Futur) et de faire fortune (Retour vers le Futur 2, Timelapse), la confrontation avec ses doubles temporels (Timecrimes)…

Il n’en demeure pas moins que le tout manque de liant, peut-être à cause d’une narration externe qui n’est pas toujours utilisée à-propos ou de façon optimale. Certains fils conducteurs restent sans réponse, ce qui est assez malvenu pour un diptyque duquel le lecteur en exigera forcément. En revanche, le protagoniste reste sympathique et attachant, ce qui est un réel plus pour continuer la lecture.

Le côté SF reste relativement bien géré, avec cette évocation d’un futur hostile et d’une Terre ravagée. L’antagoniste parasite m’a rappelé le film Hidden, et on doit avouer qu’il est bien utilisé, même s’il manque, par nature, de profondeur.

S’agissant du graphisme, la série semble payer assez cher ses délais contraints (deux albums parus à deux mois d’écart). On se doute que la majorité des planches a du être bouclée en amont de la parution du premier tome, force est de constater qu’il se dégage de l’ensemble un sentiment de rush (je n’ose pas dire bâclé) à certains endroits. Les plans rapprochés de Griffo sont souvent justes, mais les plans larges quant à eux, souffrent par leurs décors et les proportions de certains personnages.

Oliver Page & les Tueurs de Temps partait d’une idée ingénieuse et promettait une série d’aventure et de SF rafraichissante, toutefois, son exécution reste en deçà des attentes.

***·Comics·East & West

Hadrian’s Wall

Série en deux tomes, parus respectivement en 2016 et 2018, regroupant les 8 numéros de la série écrite par Kyle Higgins et Alec Siegel, dessinée par Rod Reis. Disponible sur le site des éditions Glénat.

Mur des fragmentations

En 2085, l’Humanité sera parvenue à dépasser les dissensions belliqueuses qui culminèrent, cent ans plus tôt, à une catastrophe nucléaire. Ces efforts conjoints de renouveau permettront un bond significatif dans le domaine de la conquête spatiale, ce qui conduira à la création d’une colonie sur la planète Thêta.

Malheureusement, beaucoup d’exemples dans l’Histoire nous ont démontré que les liens entre une colonie et son chaperon finissent toujours par devenir délétères, et Thêta ne fait pas exception. Le conflit entre les rebelles indépendantistes et la Terre fait donc rage, mais notre héros Simon Moore a d’autres problèmes à gérer.

Ancien policier reconverti en enquêteur privé, Simon affronte ses propres démons, lorsqu’il est contacté par un vieil ami travaillant pour la corporation Antares, responsable des missions spatiales. On propose au détective d’enquêter à bord du vaisseau Hadrian’s Wall, suite à la mort d‘Edward Madigan. La mission est en apparence des plus simples: constater l’accident de décompression, signer quelques papiers, empocher la prime et rentrer sur Terre… Sauf qu’un lien particulier unit Simon et Edward: Annabelle, l’ex-femme de Simon, qui est partie avec Edward il y a huit ans, et qui se trouve sur le vaisseau. Où est le problème ?

Dans l’espace, personne ne vous entendra enquêter sur le crime de l’Hadrian Express

Par opportunisme autant que par esprit de revanche, Simon accepte la mission. Une fois à bord du vaisseau, il découvre un microcosme sous pression, au comportement tantôt évasif, tantôt hostile. Les premiers indices découverts par Simon laissent penser qu’on a voulu maquiller le meurtre d’Edward en accident. Les alibis se font et se défont, mais Simon sait que parmi les passagers se trouve forcément le tueur.

C’est bien connu, les lieux clos donnent souvent les meilleures histoires, ce qui vaut tout particulièrement pour les histoires policières. Rien de plus clos, par définition, qu’un vaisseau spatial, dont l’étanchéité est la condition sine qua none à la survie de ses occupants. Là où Alien utilisait le vaisseau comme contenant de l’horreur, Hadrian’s Wall rejoue la carte de l’Orient Express pour en faire le théâtre d’une enquête aux multiples ramifications.

Tous les ingrédients y sont: la mégacorporation opaque, (Weiland-Yutani chez Alien, OCP chez Robocop), l’enquêteur désabusé à la Decard (Blade Runner), les rebelles extra-planétaires (Total Recall). Hadrian’s Wall parvient tout de même à surprendre par les relations tendues que les auteurs instaurent entre les personnages, qui présentent des fêlures bien humaines.

Bien entendu, les enjeux réels de l’histoire dépassent de loin le triangle amoureux Simon-Annabelle-Edward, mais tournent toujours autour de la confiance perdue, et du cycle revanchard entre deux personnes/planètes qui en viennent à se détester sans plus trop savoir pourquoi.

Une lecture qui remonte un peu mais qui vaut le détour !

***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Mickey et la terre des anciens

Jeunesse

BD de Denis-Pierre Filipi, Silvio Camboni et Samuel Spano.
Glénat (2020), 65p.,, one-shot.

Comme tous les albums de la collection l’édition est superbe, avec dos toilé, vernis sélectif et superbe maquette. Une double page en fin d’album présente des essais de couverture et l’intérieur de couverture reprend une galerie de personnages de l’album, à la sauce Tintin. Bien entendu avec un tel graphisme on aurait aimé un cahier final plus fourni mais en l’état on en a franchement pour son argent avec ce très bel ouvrage dans sa bibliothèque.

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Depuis la disparition de Dingo dans le grand vortex Mickey est hanté par des cauchemars. Dans l’archipel flottant les sbires du seigneur fantôme harcèlent de plus en plus les amis du maître cordier dont le talent sert à rattacher les lopins les uns aux autres. Lorsque la Guilde de Pat Hibulaire lui demande de les aider à renverser le tyran, Mickey doit faire un choix…

Mickey & la terre des anciens: tremblement de terre et d'air dans un monde  de Disney marié au Seigneur des Anneaux – Branchés CultureIl y a des collections très inégales comme celle de Conan le cimmerien, où le talent des auteurs ne suffit pas toujours à sublimer un texte d’origine parfois pauvre. Et puis il y a Mickey dont la collection originale Glénat en est déjà à son douzième tome (plus quatre hors-série) et qui, avec un cahier des charges finalement assez bref laisse libre court à l’imagination des auteurs, aussi diverse que peut l’être l’univers de Mickey. Déjà à l’origine d’un Océan perdu steampunk à la narration ambitieuse et surprenante, Filipi et Camboni remettent le couvert avec ce superbe nouvel album où l’on retrouve les codes déjà installés précédemment: un récit non linéaire qui perturbera cette fois moins les plus jeunes lecteurs, une disparition et surtout la création d’un monde neuf. La première qualité de l’album (outre donc les dessins et surtout les sublimes couleurs!) est donc ce monde aérien, cet archipel de terres éclatées parcourues par des courants qui parfois propulsent avec danger des blocs « dérivants » pouvant percuter d’autres blocs ou des voyageurs à dos d’oiseaux. Le découpage fait la part belle à ces paysages fantastiques à force de doubles pages magiques agrémentées de cases insérées, proposant une aération qui fait ressentir cet espace panoramique.

Si l’intrigue suit le schéma Disney avec un retors Pat Hibulaire, une menace manichéenne comme il faut et des amis à sauver, il faut noter l’importance, une fois n’est pas coutume, de Minnie, dont l’omniprésent courage à aller récolter des indices archéologiques sur les dérivants laisse le héros assez apathique et passif. Un peu comme chez Valérian, ce sont les amis qui dénouent l’intrigue et Mickey fait office d’avatar pour lecteur propulsé dans cette aventure. Le worldbuilding est ainsi parfaitement attendu et réussi et l’on peut se demander comme souvent pourquoi l’on a encore cherché à se caler sur un cadre contraint alors que n’importes quels personnages auraient tout à fait pu animer cette histoire…Mickey & la terre des anciens: tremblement de terre et d'air dans un monde  de Disney marié au Seigneur des Anneaux – Branchés Culture

On ressent ainsi par moment l’envie de plus, de développer un peu plus ce gros album avec cette idée de guide de résistants à l’oppresseur que l’on voit finalement assez peu si ce n’est dans leur cité-pirate au design là aussi magnifique à défaut d’être tout à fait originale. Il y avait de quoi, avec ces hiéroglyphes dont on nous dit assez peu et cette conclusion très brève sur la fameuse Terre des anciens. On termine ainsi ce magnifique objet un peu frustré en tant que lecteur adulte (mais l’album nous est-il destiné?…) mais conquis par le voyage promis au pays des terres flottantes, les yeux plein d’étoiles… comme un enfant devant un Disney.

***·BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale d’une des dernières séries de Jodoroswky, magnifiquement mise en image par Liu Dongzi, je vous propose de relire ma chronique de la série:

BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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