BD·Nouveau !·Rapidos·Rétro

BD en vrac #9

  • Obeyron – Les Maîtres inquisiteurs #1 (Peru/Gioux/Soleil) – 2015

L’album a été lu dans le cadre de l’opération annuelle 48h BD proposant une sélection d’albums à 2€. L’occasion de découvrir cette série incluse dans la collection créé par Jean-Luc Istin (les séries Elfes, Orcs, Nains, etc.). Je dois dire que si ma première tentative sur Elfes n’a pas été très concluante, j’ai essayé cette série notamment pour sa très jolie couverture qui respire la ride et l’âpreté… Les Inquisiteurs sont un ordre d’enquêteurs, à la fois juge et bourreau, envoyés en compagnie d’un sage elfe par le haut conseil des Juges pour résoudre les crimes commis sur le monde d’Oscitan, divisé en deux empires, au nord et au sud. Le concept de la série, par cycles de cinq tomes autonomes conclus par un album commun, propose donc des enquêtes avec un personnage différent chaque fois. Ici Obeyron qui assouvit sa vengeance après avoir été envoyé dans un piège mortel il y a des années et dont il est revenu doté d’une rage et de pouvoirs imprévisibles… Graphiquement on est dans du très correcte, notamment pour les personnages (moins sur les arrières-plans). L’univers de fantasy n’est pas très original mais intéressant néanmoins avec cette ancienne guerre globale dont le monde panse encore les plaies. Résultat de recherche d'images pour "maitres inquisiteurs obeyron"Si le thème de l’enquête dans un monde de fantasy est sympa, on n’avance pas beaucoup, du fait sans doute d’une intrigue à étaler sur cinq albums. Du coup on lit surtout une succession d’actions violentes de cet ex-inquisiteur qui a un peu oublié qu’il ne devait pas se faire justice lui-même. L’originalité de l’album réside surtout dans ce fantôme d’elfe qui parle à l’oreille du anti-héros sans que l’on sache tout le long si le personnage est fou ou doté de facultés spéciales. Une demi-réussite, comme très souvent malheureusement dans ces séries concept dont est friand l’éditeur Soleil, dotées de belles couvertures, de dessins correctes et de scénarios qui se tiennent… mais peinent à justifier leur existence hors de l’intérêt commercial.

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  • Une histoire corse (Dodo/Chapron/Glénat) – 2018

Album lu dans le cadre du

couv_327046Années 80, Corse. Catherine rencontre par hasard un demi-frère dont elle ignorait l’existence. Il comble un manque inconscient, cette part corse que la parisienne, étudiante venant se ressourcer chez sa cousine ne connaît pas bien. Il révèle les mensonges de sa famille, de sa mère, obligée d’abandonner cet enfant d’un mariage turbulent. C’est l’histoire de la France, de la Corse, d’une famille qu’elle découvre en spectateur. Mais les secrets ne sont jamais terminés…

J’ai lu cet album car il figurait dans la sélection du prix des médiathèques du territoire où j’habite. Il s’agit d’une jolie découverte, dans un style graphique et une sensibilité générale proche du Paroles d’honneur de Leila Slimani et Laetitia Coryn. L’histoire  corse en question est remarquablement construite, avec plusieurs étapes qui suivent une évolution surprenante et permettent de découvrir tout en souplesse des sujets assez différents: la mafia, les colonies et la France des années 50, les secrets de Résultat de recherche d'images pour "chapron une histoire corse"famille, la question corse et le terrorisme,… On pense lire une histoire de famille et le curseur s’ouvre rapidement sur quelque chose de plus vaste, sur le principe de la petite histoire qui intègre la grande Histoire. Le personnage principal est assez touchant, jeune fille simple découvrant la complexité des secrets de famille. Cette histoire aurait pu se passer ailleurs et aurait été tout aussi intéressante. Mais elle se passe en Corse et les spécificités de l’île (peut-être un peu caricaturale puisqu’elle ramène inévitablement la question mafieuse: la French Connection… ) rajoute un peu plus de drame. Pourtant le traitement se fait tout en douceur, sans pathos car c’est le point de vue de Catherine qui prévaut, aimant son demi-frère sans jugement malgré les ombres de sa vie. Les aller-retour temporels sont très bien balisés visuellement et se suivent sans difficulté, hormis peut-être l’évolution physique des personnages qui peut parfois être un peu compliquée.

Il en ressort un joli album dont la couverture reflète particulièrement bien cette narration douce et ombrageuse à la fois. Une belle BD que je n’attendais pas et qui, si elle nous surprend peu, est très cohérente et maîtrisée.

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  • Bug #2 (Bilal/Casterman) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette lecture. Cet album a été lu sur une épreuve tirage papier.

9782203163614J’avais chroniqué la très bonne surprise que représentait le premier tome de la nouvelle série SF de Bilal, qui m’avait réconcilié avec le grand illustrateur qui est cette année membre du jury du festival de Cannes… Le tome 1 nous laissait en compagnie de Junia Perth et Obb, à bord d’un aéronef à destination du rendez-vous pour récupérer la fille de ce dernier. Maintenant que le monde entier sait que le spationaute possède dans son crâne, une foule de services secrets, mafias et factions est à ses trousses. Son odyssée ne sera pas de tout repos malgré les pouvoirs gigantesques qu’il a acquis grâce à la cohabitation avec le parasite qui a élu domicile dans son corps…

Bug a le mérite de reprendre les thèmes chers à Bilal (et qui finiraient par devenir obsessionnels tant on les retrouve dans la quasi-totalité de son œuvre BD…) dans une trame scénaristique très classique bien que là-aussi très Bilalienne. J’avais laissé tomber ses BD après la grande déception qu’a été pour moi la quadrilogie du Monstre et je dois dire que nous retrouvons ici comme dans la trilogie Nikopol le même schéma de fuite chaotique d’un héros habité par un trésor improbable. Les héros de Bilal, portant toujours les mêmes visages, sont à la fois dépressifs (le mal de crâne de Nikopol ou de Nike Hatzfeld) et imprévisibles, avec une forte propension à être enlevés par des sectes et autres groupuscules. Résultat de recherche d'images pour "bug bilal"Ses récits sont emprunts d’une sorte de passivité qui transforme les voyages en succession d’enlèvement-fuite. On peut s’en lasser mais constater également que nombre d’auteurs reprennent leurs thèmes de façon plus ou moins originale, à commencer par le patriarche Jodorowsky. Personnellement je trouve que l’on perd un peu en originalité mais si Bug est plus classique, plus sage que le Monstre (notamment graphiquement) il est aussi beaucoup plus accessible et pourrait presque être vu comme une version grand public de sa dernière grande saga. Cela sans-doute car moins personnel, moins intime et plus en phase avec notre actualité. Bug est un pur récit d’anticipation et en cela la vision de Bilal, avec son humour décalé et sa vision toujours fraîche (j’adore ses versions du néo-marxisme, des mafieux corses et des supporters-terroristes de l’OM!) touche juste. Son personnage connecté donne une vision sérieuse et franco-belge  de l’héroïne Valiant Livewire et il est amusant de comparer ce traitement très différent, comme quand on mets en miroir les films MCU et l’Incassable de Night Shyamalan! Ce second volume poursuit donc sur les mêmes bases que le premier, avance un peu mais sans que l’on s’attende à un coup de génie scénaristique. C’est bien sa vision du futur et l’ambiance graphique unique qui plaît chez Bilal. On ne peut pas contester l’élitisme/hermétisme de précédents albums et la simplicité du nouveau. Moi je préfère comprendre ce que je lis en rêvant, qui sait, à un retour à une collaboration plus sage avec un certain Pierre Christin

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Sushi & Baggles #14

esat-west

  • Iron man, Season one (Parel/Chaykin) – 2019

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Mauvaise pioche… J’ai découvert le talentueux Gerald Parel sur twitter où il publie régulièrement des fan-art de toute beauté. Du coup j’ai voulu tenter un des rares comics qu’il a dessiné… et comme pour nombre d’autres illustrateurs Parel est clairement plus attiré par les dessins de couvertures et autres concepts que par des albums complets. Celui qui doit publier une nouvelle version d’Astroboy très prochainement (on espère que Morvan saura cadrer) propose ici ce que je qualifierais de brouillon… Si l’histoire n’est pas inintéressante (bien que fortement reprise du scénario du film, avec un focus sur l’alcoolisme de Stark), si Parel excelle dans un style proche du rough tout numérique pour ce qui est des visages et premiers plans, les séquences action, arrière-plans et décors sont totalement brouillons, à peine esquissés et franchement pas chouettes à voir! Je suis dur mais quand on connait le talent du bonhomme on peu être assez choqué que l’éditeur ait accepté de publier cela. Je n’ai rien contre le dessin numérique esquissé, bien au contraire, et il est toujours impressionnant de voir combien en trois traits une silhouette lointaine prends vie. Mais tout de même… Est-ce le problème du calendrier imposé ou Parel qui n’a pas pris le boulot au sérieux, je n’en sais rien mais cela aboutit à un album que je déconseille clairement, même aux amoureux d’Iron-Man et du dessinateur.

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  • Dr Stone #5 (Boichi) – 2019

Couverture de Dr. Stone -5- Histoires du temps jadisDans cet épisode le tournoi pour déterminer le futur chef du village qui épousera la sœur de Kohaku bat son plein. L’arc du village touche à sa fin avec l’invention de la chimie et du médicament qui devra sauver la prêtresse. Je trouve que la série commence à s’essouffler en réduisant le côté world-building avec un combat où l’on retrouve les grimaces chères à Boichi mais pas très intéressant ni graphiquement ni thématiquement. Heureusement les auteurs savent rebondir régulièrement avec un cliffhanger assez costaud qui nous relate ce qui s’est passé juste après la pétrification… Je pense que je vais m’arrêter là pour ma part mais cette série reste de très bonne qualité pour les jeunes et peut aussi servir à introduire un lecteur (disons à partir de 10 ans?) au manga avec son aspect vulgarisation scientifique accélérée.

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  • Ajin #13 (Sakurai/ Glénat) – 2019

Couverture de Ajin : Semi-Humain -13- Tome 13Sa sent la fin! La vague finale de Sato est lancée pour détruire les institutions du pays après avoir pris le contrôle de la base d’Iruma dans une bataille dantesque! Ce volume comporte un peu moins d’action mais garde un rythme endiablé de révélations sur le fonctionnement des Ajin, de leurs fantômes et de leur « physique ». Gamon Sakuraï est un redoutable marionnettiste qui joue de ses personnages en recherchant toujours l’inattendu. Si quelques ficelles du plan de Sato s’avèrent un peu faciles, laissant les forces de défense et le gouvernement dans une sidération totale, on apprécie toujours autant ce diable se jouer de tout le monde avec une facilité déconcertante et une gestion de son corps totalement machiavélique. Au risque, depuis le début de la série, de vampiriser quelque peu l’attention du lecteur en laissant les personnages secondaires en retrait. On ne sait pas trop comment fait le héros Kei Nagaï pour parvenir à comprendre le raisonnement de Sato  mais c’est finalement un détail tant cette série continue tome après tome à nous aspirer dans ce tourbillon d’action géopolitique qui n’oublie pas de questionner la société japonaise sur son élitisme et son rapport à l’autre. Résolument un indispensable si vous appréciez les manga!

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BD en vrac #5

  • 2617_couvJakob Kayne #1: la Isabella

La jolie couverture à l’ancienne est efficace et semble proposer de la grande aventure maritime. La focale mise sur le héros avec son masque (qui n’est dans la BD pas aussi important que cette couverture le laisse penser) laisse de côté le cœur de l’intrigue du premier tome: le siège de la cité des Inquisiteurs par les forces du Sultan. Et c’est le principal problème de ce très joli album, on ne sait pas bien vers quoi on va. En effet, si l’univers est plutôt original avec cet affrontement féodo-religieux entre les Omeykhim (inspirés des ottomans du XVIII° siècle) et une Inquisition dirigée par Torquemada qui remplace tout à la fois le Vatican et l’ensemble des puissances catholiques, l’intrigue de ce premier volume se contente de nous montrer les capacités extraordinaires de Jakob Kayne, dernier descendant d’un peuple disparu, les « mange-mémoire » qui outre la possession d’artefacts magiques, ne peut jamais être reconnu… Quelques éléments fantastiques et mystérieux (comme ces hommes-poissons dont on ne sait absolument rien), l’infiltration de Jakob pendant le siège de la cité inquisitrice et c’est tout. On a l’impression d’un album en milieu de cycle ou d’un one-shot en raison de l’absence d’éléments introductifs. Ce n’est pas dramatique mais il faudra attendre la suite pour une série plutôt prometteuse (prévue en trois tomes indépendants) qui sait nous allécher par divers éléments assez sympathiques (même si un peu patchwork) en plus d’un dessin et d’un design donc très sympa.

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  • Conan: La fille du géant de gel

Après la fabuleuse version du toujours bon duo Toulhoat/Brugeas, Robin Recht nous propose un volume assez personnel, extrêmement graphique, dont le scénario est plus un concept qu’une histoire. C’est la concrétisation graphique de grands schélas mythologiques qui intéresse l’auteur, donnant une liberté absolue dans la personnification de la féminité, de la relation homme/femme, de la virilité rageuse des guerriers du Nord et jusqu’au divin.

Ayant opté pour la version grand format noir et blanc cet aspect est encore renforcé puisque l’on se retrouve dans un travail artistique très poussé, uniquement de contrastes et d’expérimentation de textures, proche de ce qu’à pu proposer un Frank Miller sur 300 par exemple. Résultat de recherche d'images pour "la fille du géant de gel recht"Sur un champ de bataille il ne reste plus qu’un homme debout, un colosse brun, un cimmerien. Comme à chaque fois la fille du géant de gel vient chercher ce héros pour le sacrifier à son père. Elle est nue, belle, Conan la pourchasse mais elle semble inatteignable, à travers la neige et la montagne. Ce jeu du chat et de la souris est celui d’une déesse face à un humain. Mais la fin de cette histoire est-elle vraiment inéluctable?… Après ma lecture je ne regrette pas cette version superbe, un magnifique boulot de Glénat et de l’auteur. Pourtant les couleurs que je trouvais un peu passées donnent une lisibilité à ces planches et je dirais malheureusement que les deux versions ne sont pas superflues pour ceux qui aiment suffisamment ce dessinateur. D’une lecture très rapide puisque le récit est essentiellement graphique, la fille du géant de gel vaut le coup. Notamment pour le travail sur le texte graphique, ce qu’on appelle onomatopées mais qui prend ici une véritable dimension visuelle, partie prenante du dessin, presque organique. L’album de Robin Recht n’est pas un récit épique mais plutôt un concept mythologique, comme un artbook expérimental, le lâcher prise d’un auteur qui a mis beaucoup d’envie dans son travail.

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UCC Dolores : La trace des nouveaux pionniers

BD de Didier Tarquin
Glénat (2019), 46p, 1/3 paru.

9782344017722-001-tComme souvent Glénat sort la grosse artillerie com’ pour le passage du dessinateur de Lanfeust… dont on se demandait quand il accepterait de changer d’air après vingt-cinq ans à dessiner les aventures du rouquin forgeron. Malgré ce confort Tarquin a toujours su faire évoluer son style de dessin, chose que j’apprécie chez un dessinateur même si parfois ce n’est pas pour le mieux. Tarquin travaille depuis le début de Lanfeust Odyssey avec son épouse Lyse sur les couleurs, qui s’en sort très bien en étant relativement sobre en effets spéciaux et autres halos numériques coutumiers chez les coloristes de SF/fantasy. Si UCC Dolores est son premier album « solo », il a déjà produit des scénarios de séries chez Soleil, notamment avec Tony Valente, l’auteur du génial Radiant. Et donc UCC Dolores ça donne quoi?

Je dois dire que le pitch ressemble énormément à une des très bonnes séries SF de ces dernières années, Warship Jolly Rogers. Et si la réalisation est impeccable et sent l’expérience, niveau scénario l’absence du vieux routier Arleston se ressent avec une certaine imprécision sur ce qu’est cette série, les pistes visées par Didier Tarquin. Le gros bras qui accompagne la rouquine sortie du couvent est efficace tout comme les méchants et surtout le mécano du navire, sorte de Wolverine mutique particulièrement réussi. L’héroïne en revanche subit le même syndrome que Lanfeust à ses débuts, à savoir être finalement le side-kick de ses acolytes… paradoxal. Le mystère principal repose sur le vaisseau lui-même qui sur ce premier tome est étonnamment normal. En conclusion je dirais que pour les fans de Tarquin la lecture se tente (surtout que  l’intrigue est prévue en trois tomes pour le premier cycle, ce qui est raisonnable), pour les autres, la comparaison avec la série de Montllo et Runberg est en défaveur de l’UCC Dolorès. C’est un peu lent à démarrer même si l’univers à la Starwars et le design général restent agréables. Essai pas vraiment transformé et on attend la suite pour se prononcer.

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Mickey et l’océan perdu

BD du mercredi
BD de Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni
Glénat (2018), 56p. , collection Mickey vol.5 sur 8 parus.

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Depuis 2016 Glénat a commencé la parution (avec l’accord de Disney bien entendu) d’albums Mickey one-shot par différents auteurs souvent réputés. Je n’ai lu jusqu’ici que le volume 2 de Trondheim et Keramidas et avais moyennement accroché au concept de vrai-faux original qui impliquait que l’histoire était discontinue. L’esprit d’aventure qui va avec certains albums de Mickey originaux m’avait cependant bien rattrapé, comme c’est le cas sur cet album. L’ouvrage est grand format, avec tranche toilée, superbe illustration de couverture avec effets irisés sur le cadre steampunk, l’intérieur a un papier épais mat. Très belle édition et bon point pour Glénat.

Mickey et ses amis sont des chasseurs de trésor et notamment le  coralite, principale forme d’énergie utilisée pour faire fonctionner la technologie. Ils sont embauchés par le plus grand scientifique de leur temps pour récupérer un mystérieux objet au fond de l’Océan, mission pour laquelle ils disposent du seul équipement capable de résister à la pression…

Résultat de recherche d'images pour "mickey océan perdu"Le premier élément qui saute aux yeux de ce nouveau Mickey c’est le visuel. Pas que les dessins, très jolis, les couleurs, magnifiques, mais le design général de l’album porté par une ambiance SF steampunk que l’on n’attendait pas, avec rouages et rivets en veux-tu en voilà. C’est à la fois fidèle à l’esprit d’aventure du héros Disney que l’on a déjà vu en semi-Indiana Jones par le passé et étonnamment moderne. Ce n’est finalement pas l’aspect SF qui modernise et surprend le plus mais bien le parti pris double de rendre Mickey relativement passif au travers de l’ellipse que vous découvrirez en lisant l’album et de bouleverser les rôles avec Pat Hibulaire. Dans cette chasse aux trésors écolo les auteurs ont en effet choisi de mettre l’ensemble des éléments de l’univers Mickey dans un Shaker et de les ressortir modifiés. Est-on toujours dans un Mickey? La question se pose, vraiment. Est-ce gênant? Absolument pas car Filipi et Camboni parviennent à utiliser l’aura et la familiarité de ces personnages iconiques pour en faire tout autre chose, avec le respect du contrat: offrir un grand récit d’aventure aux lecteurs de 7 à 77 ans. Sur la pertinence de la rupture de mi-album je suis plus réservé même si elle agit comme un véritable aiguillon d’intérêt dans la lecture, par cette surprise alimentée visuellement par une des magnifiques doubles pages parmi les nombreuses que comporte l’album.Résultat de recherche d'images pour "mickey océan perdu"Que dire du travail de Silvio Camboni (ou bien de la colorisation d’Yvan Gaspard?) tant les planches explosent toutes à la figure? Certains pourront critiquer le côté numérique, lissé, brillant, mais il est indéniable que cet univers visuel correspond parfaitement à l’esprit Mickey. L’équipe scénariste-dessinateur-coloriste travaille ensemble depuis plusieurs séries maintenant l’on peut dire que l’alchimie fonctionne parfaitement. Je ne suis donc pas loin de penser que l’album doit plus à la mise en couleur vraiment impressionnante qu’aux dessins, si ce n’était le design général et la mise en cases qui sont tout de même marquantes, de part la sensation d’espace, de panoramas et que la thématique de l’Océan aérien permet de magnifier.Résultat de recherche d'images pour "mickey océan perdu"A vouloir décortiquer les mérites de chaque intervenant on finit par perdre l’essence de l’art et de la BD, à savoir le plaisir, plaisir du récit, de l’imaginaire et plaisir graphique. Mickey et l’océan perdu procure les trois en cinémascope et sincèrement, si l’on ne peut pas parler d’album d’auteur (le peut-on sur un Mickey?), cet album respire le plaisir de la production et du partage d’un imaginaire d’enfant où la noirceur n’existe pas. J’appelle ça un bonbon sucré.

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BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Le caravage

BD du mercredi

BD de Milo Manara
Glénat (2015-), 52 p., 2 vol parus, série finie.

Couv_351631Couv_241292A l’occasion de la parution du tome 2 de conclusion de cette histoire dessinée par le maître Manara j’ai entrepris la lecture du double album dans son intégralité. Si j’admire le talent de l’artiste italien, comme beaucoup sa bibliographie m’a déçu et je ne parle que des albums non érotiques. La saga ultra violente de Jodorowsky sur les Borgia dépeignait les mêmes lieux (Rome et l’Italie) un siècle avant où Manara reprenait déjà ses thématiques graphiques à la fois fascinantes et redondantes: la plèbe, les ruines de la Cité, les paysages de l’Italie, la violence et la crudité de la vie. Peu attiré par le sujet je profite de l’occasion pour découvrir un double album apaisé où l’on découvre les mœurs de l’époque mais aussi beaucoup le quotidien artistique, le travail des peintres de la Renaissance que l’on n’a jamais aussi bien vu en action.

Michelangelo Merisi arrive à Rome en provenance de Milan après une formation dans l’atelier d’un disciple du Titien. Jeune homme fougueux, ambitieux, son talent est rapidement repéré par un cardinal humaniste qui tente de le protéger de son envie de vérité qui le mets en danger face à deux ennemis: l’intégrisme de la foi et les souteneurs des prostituées qu’il utilise comme modèles…

Les BD sur le Moyen-Age ont ceci de fascinant qu’elles ont souvent un côté naturaliste qui dénote totalement avec les images d’Épinal ou de la Fantasy anglo-saxone. Elles permettent en outre de mettre en lien une vie quotidienne crue et simple avec des œuvres ou événements mis sur des piédestal dans les musées ou narrés par la Geste historique officielle. A ce titre l’album de Milo Manara sur le Caravage ressemble à la magnifique trilogie de Luigi Critone sur François Villon, où l’on retrouvait en outre un style graphique italien de paysages vaporeux (visuels qui inspirent aussi Marini sur sa série Scorpion). Il y a beaucoup de similitudes dans le traitement de ces deux personnages, grands artistes inspirés et hommes simples, soumis à des pulsions violentes qui les entraînent dans des déboires judiciaires. Seule l’admiration de puissants seigneurs humanistes les sauve de leurs démons. La violence des époques, la sexualité et la corruption de sociétés basées sur la force  et la religion sont dépeintes dans ces deux séries.

Dans Caravage les deux albums sont relativement distincts, et c’est ce qui rend la série intéressante. Si les décors romains occupés par des foules besogneuses ont déjà été illustrés par Manara dans d’autres BD, le second album intitulé « Grâce » (dans l’attente de la grâce judiciaire du Caravage suite à son combat du premier album), se déroule dans le sud, entre les territoires lumineux du château de Malte et les villages de Sicile. Quand le premier volume se situait au cœur du pouvoir et des arts, la suite nous dépeint une société d’ordre militaire, celle des chevaliers de Malte, et montre combien ce monde de la Renaissance tout juste échappé du Moyen-Age est morcelé, éloigné et illustre l’absence de Nation italienne à l’époque. Le découpage est un peu abrupte avec une continuité assez décousue et des deus ex machina qui indiquent que Manara reste un grand dessinateur avant d’être un grand scénariste. Mais l’histoire est intéressante et prends par moment la forme de récits d’aventure et de cape et d’épée de par la propension violente du grand peintre. L’auteur a la bonne idée de ne pas faire de sa série  un précis d’histoire de l’art qui aurait étouffé la vision épique. Avec un premier tome plus porté sur l’acte de création et un second plus aventureux, la lecture s’enchaîne très légèrement.

Le Caravage - Tome 2 de Milo ManaraLes dessins ne sont pas les plus précis qu’ait réalisés Manara mais son style est toujours aussi clair, esthétique et ses colorisations rendent parfaitement des ambiances toutes particulières, celle des paysages méditerranéens ou des intérieurs du XVII° siècle, avec nombre de citations graphiques de Piranese et d’autres peintres de la Renaissance. La plèbe permet au dessinateur de montrer les belles formes habituelles de ses demoiselles, mais sans excès, restant sur son sujet. Les expressions faciales en revanche sont réellement très percutantes.

Manara s’est toujours intéressé à la création et l’histoire de l’art (le Giuseppe Bergman critiqué sur ce blog portait déjà sur le sujet). Sa description de l’homme Caravage plus que du peintre permet un récit populaire d’une époque fascinante. Très équilibrée, sa série est probablement l’une des plus intéressantes et accessible de la bibliographie du maître de l’érotisme, associant intérêt graphique, historique et artistique. Il est bien dommage que Glénat n’ait pas anticipé la publication d’une intégrale augmentée pour les fêtes de Noël tant Caravage ferait un très beau cadeau.

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Sambre VIII: celle que mes yeux ne voient pas…

BD du mercredi

BD d’Yslaire
Glénat (2018), 70 p., série Sambre 8 volumes parus sur 9.
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Le premier Sambre est paru au milieu des années 80. Le trait était encore hésitant mais l’identité graphique déjà la, faite de rouges sang et de cendre, de trognes terribles semblant illustrer un monde où rien n’est beau dans l’âme humaine, univers romantique misanthrope dépeignant une famille maudite et consanguine malgré elle dans les creux de l’Histoire. Ce que mes yeux ne voient pas est le huitième tome et devait être le dernier du second cycle, et donc de la série. Yslaire fait cependant bouger sa saga à mesure qu’elle avance, n’hésitant pas à revenir sur des plans parfois sérieusement annoncés (notamment l’ultime cycle de la Guerre des yeux qui devait se passer aux temps antédiluviens). On se retrouve donc avec un neuvième tome annoncé qui, j’espère saura clôturer définitivement une des séries majeure de la BD franco-belge. Vous trouverez un guide de lecture sur l’ensemble des chroniques des yeux rouges ici.

Judith, la fleur de pavé, jumelle abandonnée de Bernard-Marie, a suivi le fil de sa destinée en devenant prostituée à Paris. Son jumeau, élevé dans l’ombre de sa tante aveugle et l’isolement du domaine familial de Roquevaire, se passionne pour les papillons. D’aucuns voient déjà dans sa passion une proximité avec celle de son grand-père Hugo. L’ambition de l’un et de l’autre avancent en parallèle, comme les deux côtés d’un miroir qui les relie à distance. Comme deux incarnations de Hugo et Iris, les amants maudits à l’origine de la déchéance…

Il est toujours compliqué de lire une série s’étirant autant dans le temps. Les dernières années ont beaucoup été centrées sur la Guerre des yeux, désormais achevée, il était normal que l’auteur se remette à la série principale, énormément enrichie par les vies des ancêtres, et notamment par le premier cycle Hugo et Iris, pour moi la meilleure portion de l’ensemble de la saga. Le retour du tome 5 était marqué par une étonnante et salutaire bienveillance, la fille aux yeux rouges était probablement le seul personnage avec Guizot qui s’attire une tendresse d’Yslaire. Naviguant dans le monde des Misérables, elle finit par s’en sortir grâce à l’amour qu’elle est capable de porter à son prochain, contrairement à toute la famille de Sambre contaminée par la malfaisance que l’on connaît désormais du patriarche Augustin et du père d’Hugo, Maxime-Augustin.

Mais depuis le tome VII c’est un retour sur les jumeaux abandonnés par leur mère qu’il nous est donné de suivre et la fin de la lumière… Dans la France du second Empire Judith n’a d’autre espoir que de vivre de sa chaire quand Bernard-Marie semble tout comme elle condamné par sa lignée maudite. Si la description de la société bourgeoise et celle des bas-fonds (l’un jamais loin de l’autre) sont toujours aussi cliniques, la principale faiblesse de ce tome est une impression de sur-place sans perspective positive pour l’un comme pour l’autre. Si chaque personnage principal des albums de Sambre a toujours œuvré à s’extraire de sa destinée, on ne ressent pas cela ici. Le fragile équilibre de Sambre repose sur cette étincelle d’espoir porté par une brochette de personnages glissant sur le borde de l’abîme de leur époque. Le Tome VII conservait cela, ce n’est pas le cas du huitième qui paraît simplement prolonger le précédent. Pas de trace de Julie, à peine une apparition de Guizot, l’un des fils conducteurs de la saga de par sa position dedans-dehors, sorte d’observateur intemporel des malheurs des Sambre… L’album tourne autour du thème du miroir, avec l’apprentissage de la photographie par Bernard-Marie et du reflet renvoyé aux courtisanes qu’aspire à devenir Judith sur les traces de sa grand-mère. L’Histoire disparaît également comme les références (les bagnardes du V, images très puissantes rappelant Jean Valjean). Résultat de recherche d'images pour "sambre tome 8"L’album est cependant la première réelle liaison entre la série mère et la Guerre des yeux avec de nombreuses références à Hugo & Iris, ce qui était attendu.

La saga des Sambre est un travail de titan et très certainement d’une précision chirurgicale dans les notes d’Yslaire. La complexité des thèmes, des liens entre albums et des rappels incessants entre époques, personnages et Histoire est phénoménale. Qu’il s’agisse d’une certaine lassitude ou d’un vrai raté de rythme, cet avant-dernier volume semble moins maîtrisé, patiner quelque peu dans la progression narrative. Les dessins, toujours aussi percutants marquent également une baisse de concentration dans les arrières-plans un peu vides, signe qu’Yslaire se lasse? Il n’est rien de plus difficile que d’achever une création. Bernard Yslaire arrive au bout de l’œuvre de sa vie. Sait-il comment l’achever? Veut-il l’achever? Nous l’espérons et lui laissons volontiers le temps qu’il faudra pour trouver la note finale à cette oraison sombre et magnifique.

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