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Amazing Grace #1

BD d’Aurélien Ducoudray, Bruno Bessadi et Fabien AlquierGlénat (2019), 91p., série en cours, collection Grindouse.

Après l’Agent que nous a présenté Dahaka mardi, on continue dans la nouvelle collection pop de Glénat avec un récit post-apo à la fois tendre et courageux.

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La couverture reprend l’esthétique crado Grindhouse popularisée par les films de Tarantino et de laquelle de plus en plus d’éditeurs proposent une collection dédiée. Vernis sélectif sur le titre et bonus très fournis de pas moins de 44 pages incluant des interviews des deux auteurs, des croquis et une série de recherches très intéressantes pour la couverture. De jolis albums aussi léchés c’est toujours sympa et ça met dans de bonnes conditions pour découvrir l’album.

On ne sait pas ce qui a provoqué la fin du monde, mais la première incidence a été la naissance d’enfants différents, semblant appartenir à une autre espèce humaine… Grace est de ceux-la. Petite fille elle aime les histoires qui lui raconte son papa, tout en cachant une force et une rage démesurée, animale… Dans ce monde d’après où l’homme est un loup pour l’homme, ce papa et cette petite fille vont essayer de survivre en gardant leur humanité…

Amazing GraceJ’avais eu de très bons échos de ce gros album sorti l’été dernier et pour cause, avec ses faux airs de La route (le film traumatisant  avec Viggo Mortensen) il arrive à créer quelque chose d’original dans le genre très fourni du post-apo dévasté. Commençant sur un chantier du bâtiment alors que le père court assister à l’accouchement de sa femme, l’album nous propulse ensuite très vite dans les jours d’après. Le projet vise à transposer un amour filial et paternel inconditionnel dans un monde où les haines et les pulsions de rejet individualiste ont repris le dessus. Ce premier tome ne nous présente ainsi pas réellement d’intrigue mais plutôt des séquences nous permettant tantôt de découvrir la nature de la fillette, tantôt d’éprouver les relations humaines lorsque l’autre devient monstrueux, surtout quand c’est votre progéniture qui est concernée! Les décors sont surtout ne nature dévastée mais lorsque le duo arrive dans l’hacienda d’un cultivateur d’oranges on se prend, rendus paranoïaques, à attendre le loup dans cette bienveillance surprenante. Dans le monde de chaos apparu les humains peuvent-il rester humains ou se comportent-ils tous comme des bêtes… en rejetant ces enfants qui leur font miroir par leur apparence monstrueuse?  nous questionne sur laquelle de l’apparence ou du comportement est le plus monstrueux en même temps que sur les principes civilisationnels qui distinguent l’homme de l’animal: le père rappelle sans cesse la loi primordiale à sa fille, on ne tue pas! Manière de tirer l’identité duale de sa fille vers son côté humain… alors que les autres s’en exonèrent.

Graphiquement c’est très propre. Bruno Bessadi, dans un style très comic à la fois précis et caricatural a adopté (comme il l’explique dans l’interview) une technique non encrée dont les effets de crayons permettent de contrebalancer les couleurs très franches. Ce qui surprend le plus c’est la taille des cases, énormes, proposant un découpage de trois à cinq cases maximum par planche. On n’est pas habitué à une telle aération et cela nous permet de profiter du style très agréable du dessinateur.

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L’Agent #1: initiation

Cet article est le premier d’une série consacrée à la nouvelle collection « pulp » Grindhouse de l’éditeur Glénat. Il sera suivi d’Amazing Grace jeudi et Red Clay Chronicles samedi.


BD de Mathieu Gabella, Fernando Dagnino et Carlos Morote
Glénat (2019), 144 p., série en cours, collection Grindouse.

Le thème du monde caché est une source inépuisable d’histoires, et L’Agent en fait ici doublement la démonstration.

En effet, l’idée qu’il existe un univers superposé au notre, un monde dans le monde, obéissant à ses propres règles, s’en tenant à l’écart tout en l’influençant, se retrouve dans de nombreuses œuvres, et vient très certainement venir étancher notre soif naturelle d’occulte, dans un environnement moderne où tout ou presque vient à être expliqué et décortiqué.

Je pense ici à des œuvres issues de genres hétéroclites, telles que Bleach (manga), A Certain Magical Index (manga), mais également Wanted (comics), ou Fables (comics), et enfin, et de façon plus évidente encore, Harry Potter ou Men In Black.

L’Agent prend donc le parti, comme les œuvres citées plus haut, de propulser sans ménagement sa protagoniste, Rhym, au cœur d’un monde obscur où la magie règne en maître, et où elle va devoir repenser sa conception du monde si elle veut espérer y survivre. La jeune policière va donc se retrouver, ironiquement, derrière un miroir sans teint dont il n’était pas prévu qu’elle conçoive l’existence.

Comme je l’ai dit, on trouve ça et là des histoires dans lesquelles le héros est jeté hors de sa zone de confort, dans un monde nouveau où il aura un rôle spécifique à jouer et dont il découvrira les règles progressivement, souvent en même temps que le lecteur. Là où L’Agent apporte son originalité, c’est dans le croisement de deux univers différents dont on ne soupçonnerait pas, au premier abords, les similitudes: la magie et les services secrets.

Mathieu Gabella s’amuse ici à fondre ces deux univers, imaginant un monde dans lequel la magie est une ressource incontournable dans les différents conflits géopolitiques, comme le seraient l’armement ou le contre-espionnage.

Ainsi, Rhym va-t-elle découvrir qu’elle est issue de la caste disparue des Sourciers, ce qui lui confère des capacités hors du commun et surtout, une immunité à certaines pratiques magiques. C’est ce qui lui vaudra d’être recrutée par une cellule occulte des services de renseignements français, débutant ainsi la traque d’un dangereux criminel utilisant la magie à des fins néfastes.

L’intrigue de L’Agent s’avère palpitante, comprenant son lot d’exposition, bien sûr, mais également de rebondissements, permettant de tenir le lecteur en haleine tout au long de l’album. A titre personnel, j’aurais souhaité un traitement de la magie un peu plus systémique, intégrant des règles et des cadres plus stricts, ce qui aurait accru davantage encore la plausibilité du scénario.

Côté graphique, Fernando Dagnino, rompu à l’exercice du comics, livre des planches dynamiques avec un encrage lourd qui accentue les aspects sombres de l’intrigue.

En résumé, L’Agent est un très bon album, qui ravira les amateurs de récits d’espionnages autant que les sorciers en herbe !

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BD en vrac #14

  • UCC Dolores #2 (Tarquin/Lyse/Glénat) – 2019, 2 vol parus.

couv_376763Cette série a provoqué beaucoup d’attentes avec un dessinateur avec qui a grandi toute une génération de bdvores, de superbes couvertures et la promesse d’une grande saga SF. Le premier album nous laissait un peu sur notre faim avec une mise en place prometteuse et quelques séquences d’action péchues… Prenant la suite directe du premier, ce second tome peine à décoller. On nous raconte le passé de gladiateur de Kash et l’album propose quelques séquences très inattendues dans l’interaction des trois personnages principaux, mais l’intrigue piétine un peu et je crains que la série souffre du syndrome des albums de dessinateurs: très beaux, proposant des choses graphiquement intéressantes, mais qui oublient d’accrocher le lecteur par un mystère de fonds. Ainsi on s’aperçoit en refermant l’album que toutes les séquences qui nous ont accroché ou donné des informations reposaient sur un seul design, mouvement, action. Heureusement, cette série dans laquelle le couple Tarquin a mis beaucoup de cœur prévoit un premier cycle de trois volumes, ce qui évitera dans le pire des cas d’éterniser une histoire faible et au mieux permettra de rebondir dès le prochain tome.

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  • Angel wings #6: Atomic (Yann/Hugault/Paquet) – 2019

couv_378949bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur confiance.

 

Comme à son habitude Romain Hugault a prévu pas moins de quatre couvertures pour quatre éditions différentes. Les éditions Paquet sont toujours aussi généreuses en éditions variées… qu’il serait bien de sortir en simultané afin de laisser le lecteur avec le choix…

Atomic conclut le deuxième cycle de la série Angel Wings et de l’enquête d’Angela afin de découvrir le responsable de la mort de sa sœur. Je précise que si j’ai bien lu le premier cycle et le précédent album (critiqués sur le blog), il me manque le premier volume de ce cycle, ce qui peut expliquer ma gêne devant cet ultime album: très peu d’avions pour une fois et une narration un peu décousue avec des séquences intercalées illustratives de l’époque Résultat de recherche d'images pour "angel wings atomic"mais qui perdent la linéarité même si elles développent le background, ce qu’aime comme jamais le dessinateur. Si les précédents albums montraient parfois une Angela un peu passive, ce n’est pas le cas ici puisqu’elle tient son enquête. En revanche on ne comprend pas bien les interventions de ses connaissances et certaines séquences qui semblent n’être rattachées à rien. L’alternance de récit passé, actuel et de récit dans le récit ne facilitent pas la compréhension. En outre le contexte du projet Manhattan semble totalement anecdotique et on aurait aimé voir Angela liée via l’OSS à une bonne histoire d’espionnage que nous laissaient deviner les autres albums. Ainsi, comme l’image de couverture trompeuse (mais très jolie comme l’intérieur), la fin de l’album nous laisse un peu dans l’expectative, avec une image finale en forme d’énigme de résolution… très original mais cette page montre la difficulté qu’a eu le scénariste à lier trois lignes de sa série: proposer une illustration de l’époque en faisant plaisir à son dessinateur, parler du projet Manhattan, parler des WASPS et construire une histoire cohérente avec cela… Un peu inabouti.

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Sushi & Baggles #25

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  • Ex-Arm #3 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2016

couv_293965badge numeriqueL’équipe anti ex-arm enquête sur des assassinats en maison close particulièrement sanglants: l’assassin semble utiliser un laser de découpe qui rappelle des pratiques utilisées il y a quelques années dans une dictature d’Asie…

Pour ce début de seconde mission, les auteurs confirment la référence majeure Appleseed/Ghost in the Shell et corrigent un peu les quelques problèmes scénaristiques liés à des coupures temporelles trop brutales qui complexifiaient pour rien l’histoire. On se recentre se quelques protagonistes dont un méchant très charismatique et des technologies visuellement très réussies. Autres confirmations, Ex-arm est l’un des plus beaux mangas de ces dernières années et cet arc accentue (ponctuellement je pense) le côté Ecchi avec une première partie en total fan-service où Akira prends le contrôle de l’androïde Alma pour entrer sous couverture dans la maison close où les emmène leur enquête. S’ensuivent des scènes très explicites où le jeune homme découvre le plaisir féminin. C’est visuellement très beau, sans trop d’insistance et on repasse rapidement à l’action. Le lecteur sait dans quel manga il se trouve et personnellement j’ai trouvé que si ces quelques séquences ne servent en rien l’intrigue elles sont toujours moins aberrantes que dans un autre Ecchi, Sun-ken rock. Manga sans prétention, Ex-arm continue de remplir son cahier des charges avec brio avec une histoire plutôt supérieure à la première. J’espère que la suite développera les intrigues sur plus de volumes afin de laisser le temps à une narration de s’installer entre les séquences de combat super classes…

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  • Ex-Arm #4 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2017

couv_297350badge numeriqueExcellente nouvelle, ce quatrième volume montre que la série, après un démarrage gentil, monte en puissance et choisir de complexifier les intrigues dans la thématique cyberpunk (l’humain, la machine, le corps). Ces thématiques sont passionnantes et si pour l’heure cette seconde moitié d’enquête qui clôt (toujours un peu brutalement) l’affaire des têtes disparues reste principalement orientée action, la fin nous lance sur une piste qui peut s’avérer géniale pour la suite. Dans ce tome qui enchaîne directement l’action du précédent on voit Akira « occuper » un prototype d’androïde militaire pour combattre son puissant adversaire, alors que l’armée américaine s’apprête à envoyer une bombe « thermobarique » (oui, Ex-Arm joue aussi le côté technique avec des notes sur les organisations et équipements militaires utilisés) qui détruira toute la zone où se trouvent les héros… Le personnage d’Akira prends clairement le dessus sur les autres protagonistes de l’équipe anti ex-arm avec de superbes séquences de baston et un scénario qui propose de belles énigmes. Si la suite reste à ce niveau, Ex-arm pourrait bien entrer dans le petit cercle de mes manga préférés!

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  • Dragon ball Super #9 (Toyotaro/Toriyama/Glénat) – 2019

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Comme le titre ce volume, le combat des univers s’achève de façon tout à fait inattendue en nous réveillant un peu après des multiples combats. On se retrouve donc en conclusion totale en milieu de tome, avec un intermède nous expliquant (comme quelques épisodes avant) les suites qui ont lieu dans les films et animé, notamment l’histoire de Broly. Cela nous rappelle le caractère hybride de ce manga qui n’est ni une transposition des dessins-animés ni tout à fait original mais très lié à eux comme une sorte de hors-champ. Personnellement cela ne me dérange pas car Toriyama continue à œuvrer de façon très pro avec son apprenti. J’avoue que je suis content de voir débuter un nouvel arc avec le retour de la Patrouille galactique qui va enrôler Goku et Vegeta (désormais inséparables) dans de nouvelles aventures, sur le ton d’humour décalé que l’on aime tant. DB parvient donc toujours à allier ses deux axes, l’aventure parodique et le combat titanesque. Comme le second atteint ses limites on apprécie les délires galactiques à l’humour si particulier. Un bon tome de transition.

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  • L’enfant et le maudit #1 (Nagabe/Komiku) – 2017, série en cours, 6 vol. parus.

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mediathequeÉtonnante fable découverte en médiathèque, cet Enfant et le maudit nous présente dans ce premier tome une petite fille dont s’occupe un monstre, dans une masure isolée en forêt. Assez contemplatif et très réussi visuellement avec un dessin tout en délicatesse malgré le travail de contraste entre les ombres et les lumières, ce volume d’entrée en matière se lit agréablement, sans se presser, avec l’introduction progressive de la thématique de l’exclusion et de la xénophobie, celle des soldats de l’Intérieur partis en chasse de tout ce qui est suspecté d’être de l’Extérieur et donc Maudit. Car quiconque est touché par un maudit le devient à son tour… L’on apprend donc très peu de choses, mais l’essentiel, à savoir l’atmosphère teintée d’enfance et de mystère vaguement inquiétant, celui du noir dans la chambre. C’est la vision de l’enfant à qui on cache la réalité du monde pour la protéger qui est présentée, en naïveté et en beauté de celle qui ne sachant pas encore la différence, trouve tout naturel de côtoyer ce monstre à l’apparence bestiale. Alliant une poésie raffinée et des thématiques très actuelles et hautement politiques, ce surprenant manga donne très envie de connaître la suite. Pas encore manga fleuve mais avec déjà six volumes parus, j’espère simplement que l’auteur saura donner la brièveté nécessaire à cette histoire simple très bien réalisée.

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Wika et la gloire de Pan

BD du mercredi
BD de Thomas Day et Olivier Ledroit
Glénat (2019), 92 p., série terminée en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_376133Olivier Ledroit est l’un de mes dessinateurs préférés. Non qu’il soit le plus fort en matière de dessin (bien d’autres le dépassent techniquement) mais il a installé depuis des années, avec constance, un univers d’une maestria visuelle, d’une finesse, d’une minutie que seul un Varanda atteinte peut-être dans la folie du détail. Son univers gothique et noir l’empêche malheureusement d’atteindre le très large public qu’il mérite et sa difficulté à tenir des séries en entier (un peu comme Olivier Vatine). Wika est ainsi la troisième série seulement à se conclure, après Xoco(deux tomes) et Sha (trois tomes). Originellement prévue en quatre opus, la série se clôture finalement en un gros dernier tome qui compte un tiers de pages de plus que les deux précédents. On ne peut que le remercier d’avoir pris le temps de clôturer une saga qui aurait tout à fait pu tomber dans la fuite sans fin qu’ont connu les Chroniques de la Lune noire et Requiem. Hormis donc la tomaison indiquée en quatrième de couverture qui change des deux précédents volumes (… ce qui fera à n’en pas douter gonfler la cote des éditions originales) l’album suit la maquette de la série, avec une couverture toujours aussi belle et dorée. Comme pour les autres volumes, une édition (très) grand format sort juste après avec seize pages supplémentaires et une couverture différente… pour quatre-vingt balles!!! Si certains ont tiqué sur le prix des Indes fourbes, les éditions spéciales à ce prix commencent à devenir un peu n’importe quoi…

Wika a été tuée par les loups d’Obéron, le tyran d’Avalon. Alors que le sacrilège ultime est commis, l’incendie d’Ygdrasil, l’arbre monde et siège du dieu Pan, l’ensemble des peuples des royaumes elfiques se mets en mouvement vers la dernière guerre de ce monde…

Wika est une série hors norme, aboutissement de la démesure d’un auteur d’une générosité sans borne qui compense allègrement les lacunes techniques qu’il traîne depuis ses premiers fanzines dans le jeu de rôle avec Froideval par une inventivité, une minutie et une liberté absolue de ses planches vis à vis des canons de l’édition, des codes de la BD. Sa marque de fabrique, dans Wika plus que jamais est sa propension à dépasser le cadre de mille manières possibles. Sa destruction des cases a commencé dès les Chroniques, adoptant des formes originales pour recomposer totalement la progression graphique de sa narration sur l’ensemble de la page ou de la double page. De mémoire il avait déjà également retourné ses planches pour adopter ponctuellement un format paysage qui bouleverse là encore la lecture en permettant des tableaux monumentaux. Ici l’intégralité de la première partie (soit seize pages), dans le Sidh, royaume immatériel de Pan, adopte ce format. Outre l’avantage graphique, c’est pertinent scénaristiquement en changeant la lecture comme on change d’univers, avec ses propres codes. L’acmé du processus est atteint lors de la bataille finale, sur les déjà célèbres pages 63 à 66 qui ne sont pas moins de quatre pages liées avec rabat, permettant sans doute la plus grande double page jamais publiée en BD… Certains seront lassés de la profusion de détails de cette furie visuelle où l’on n’ose imaginer le temps passé par Ledroit sur leur réalisation. Mais chacun reconnaîtra la passion de l’artiste et le détail de ses planches.Résultat de recherche d'images pour "wika la gloire de pan"L’autre apport de Wika est outre l’utilisation systématique d’habillages graphiques, non seulement sur les bandeaux de narration de type parchemin, mais sur l’entièreté des bordures de pages. Oubliez le gaufrier et les découpages sur fonds blanc, chez Ledroit il n’y a pas de fonds. Comme Georges Bess sur son Dracula l’auteur a dessiné jusqu’au dernier centimètre carré de papier disponible, ce qui donne parfois le sentiment de lire un art-book plus qu’une BD. Il a en outre ajouté sur cette série une nouvelle technique d’insertion d’éléments d’engrenages, de coins et de dentelles sur ses pages avant photographie. Le rendu est fabuleux en ajoutant une matière impossible à rendre par le seul dessin et rehaussant ses habillages graphiques. Dernière manifestation de l’imagination créatrice d’un auteur qui ne fait finalement plus vraiment de la BD, ou de la post-BD. On parle beaucoup de certains expérimentateurs comme Marc-Antoine Mathieu, Ledroit apporte pour moi autant (et pas que depuis Wika, son fabuleux Xoco proposait déjà des trouvailles phénoménales dans le découpage) à l’innovation en BD.

Résultat de recherche d'images pour "wika tome 3 ledroit"Et l’histoire me direz-vous? Et bien elle est dans la lignée de ses précédents ouvrages, au service du dessin, un peu punk, vaguement lourdingue par moments, totalement manichéenne comme le conte pour adultes qu’est Wika… On ne saura jamais quel découpage auraient eu les deux derniers tomes sur la tomaison originale de quatre mais le fait est que cette Gloire de Pan est une marche à la guerre sur soixante-dix pages où le dessinateur se fait plaisir en créant comme le gamin qu’il a toujours été les plus grands panorama guerriers dont rêvent tous les amateurs du monde de Warhammer. Comme aux batailles de Légo ou de Playmobile on ajoute mille canons à son robot et un combat n’a jamais trop d’explosions et de vaisseaux. Là encore les grandes personnes tiqueront sans doute sur la faiblesse de l’intrigue quand les lecteurs aux yeux d’enfants accepteront le cadre. Un cadre de conte assumé de la première page de la série à la dernière, construites en miroir total, permettant de refermer une bien belle aventure dépaysante, chatoyante comme jamais (ce qui manquait cruellement à son pourtant aussi flamboyante série de sales gosses Requiem, chevalier vampire) et que l’on imagine dans un bel écrin relié pour une intégrale mise en forme par monsieur Ledroit.

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Si vous ne connaissiez pas cet auteur, son univers, Wika est sa série la plus accessible (et complète, ce qui n’est pas un détail!). Que vous aimiez ou pas les combats titanesques vous ne pourrez que faire plaisir à vos yeux devant ces planches qui seront probablement celles de votre collection où vous passerez le plus de temps à observer chaque détail. En se demandant quel challenge Olivier Ledroit va désormais pouvoir se trouver…

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Horrifikland

BD de Lewis Trondheim et Alexis Nesme
Glénat (2019), 44 p., one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_356538L’ouvrage respecte la charte de la collection Mickey Mouse de Glénat, collection commencée en 2016 par l’album de Cosey, suivi par onze autres dont le très bel Océan perdu et ce neuvième album. Comme pour la collection Conan, la ligne semble très libre pour des auteurs invités à créer un hommage one-shot respectant les codes du personnage et dans une certaine mesure la ligne Disney, avec lequel l’éditeur grenoblois est partenaire. L’ouvrage a une tranche toilée, vernis sélectif sur la couverture et le dos, ainsi que de superbes croquis des personnages de Disney par Nesme en intérieur de couverture.

L’agence de détectives de Mickey, Donald  Dingo va mal. Prêts à tout pour renflouer leur activité, les amis se précipitent à la recherche du chat Blacky qui aurait disparu dans le parc d’attraction Horrifikland. Là-bas entre les manèges horrifiques, de vrais fantômes et un Pat Hibulaire décidé à un nouveau mauvais coup, les aventures ne font que commencer…

Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"Un peu dubitatif sur l’intérêt de cette collection dont on parle à chaque nouvel album avec l’impression qu’il s’agissait plus pour des auteurs reconnus de se faire plaisir sur des souvenirs d’enfance (sans doute suis-je un peu jeune pour fantasmer sur Mickey…) je ne l’ai suivie que de loin, avec l’ouvrage de Trondheim et Keramidas, sympathique mais un peu bancal dans son concept de vraie-fausse trouvaille et donc l’album très beau et improbable de Camboni qui plaçait Mickey et ses amis dans un futur steampunk avec des thématiques tout à fait SF. Le présent ouvrage m’a attiré de par son dessinateur, Alexis Nesme qui produit depuis quelques années de magnifiques peintures et m’avais enchanté avec ses Enfants du capitaine Grant. L’atmosphère à la Tim Burton a achevé de m’entraîner dans ces pages…

Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"… et j’ai été totalement conquis! Le duo a réussi en une subtile alchimie à proposer un véritable album jeunesse qui puisse parler autant aux très jeunes avec son esprit naïf, ses personnages connus aux comportements manichéens (Donald le peureux, Mickey l’intelligent et Dingo le benêt) qu’aux plus grands et aux adultes avec un second degré de tous les instants et des situations très drôles grâce aux personnages. Le thème graphique en lui-même est un gros second degré avec ce parc d’épouvante en forme de train fantôme qui regorge de détails de mécanismes et autres boutons qui déflorent le trucage et que les petits auront plaisir à dénicher.

L’intrigue est linéaire au possible mais se suit sans ennui avec un jeu de piste pour nos détectives Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"préférés où Pat Hibulaire intervient finalement surtout pour tomber dans des pièges. Si le chat en question est très vite retrouvé tout le monde semble surtout chercher à explorer le plus longtemps possible ce décors sublimé par un Nesms qui s’éclate entre couleurs chatoyantes et ombres mystérieuses. Les deux auteurs nous promènent dans leur parc d’attraction et l’on n’aurait qu’une envie c’est d’aller y faire nous aussi des glissades. Pendant un long moment de mystérieux fantômes verts que personne ne veut prendre au sérieux nous tiennent en haleine en se demandant si on aura droit à une once de fantastique… ou pas.

Au final l’opération est totalement réussie dans un équilibre loin d’être évident et qui permettra de lire l’album en famille comme aux vieux briscard de la lecture BD de passer un moment sympathique, régressif et un brin nostalgique des Mickey parade et Picsou géant en se rappelant que Mickey n’est finalement pas moins un aventurier que Tintin…

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Dracula

BD du mercredi
BD de George Bess
Glénat (2019), 200 p., One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_375261Très monumental album de deux-cent pages illustrées en noir et blanc sur papier glacé, le tout découpé en seize chapitres avec pages de titres illustrées (superbes de finesse!) et quelques illustrations d’ambiance à la fin. C’est ce qu’on appelle un album très généreux où l’auteur semble avoir épuisé jusqu’au dernier centimètre de papier pour y dessiner son univers gothique. Le format est néanmoins assez compact, proche d’un comic… justifiant la sortie d’une édition grand format pour quatorze euros de plus. Ce n’est pas choquant au regard des pratiques des éditeurs mais le format original suffit amplement pour apprécier les superbes planches.

Le roman épistolaire de Bram Stoker sort en 1897 en pleine veine littéraire gothique et va inspirer tout ce qui suit d’inventeurs de l’imaginaire, au travers du cinéma, de la BD et de l’imaginaire collectif. Le réputé film de Francis Coppola va lui aussi poser sa marque comme une tentative d’adaptation très proche du roman visant à s’éloigner de l’iconographie posée par les figures de Bela Lugosi et Christopher Lee. A noter qu’en BD les versions de Pascal Croci et de Mike Mignola (adaptée du film de Coppola) semblent les plus notables.

Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"Jonathan Harker est clerc de notaire et envoyé pour un étrange voyage en Transylvanie pour les affaires d’un mystérieux comte reculé dans son château. Sur place il va découvrir que les forces du Mal occupent la bâtisse et que son hôte n’est autre qu’un mort-vivant se repaissant du sang de ses victimes… un vampyre!

Il est peu évident d’entreprends une adaptation « fidèle » d’un tel roman dont on ne sait plus ce que le texte ou les adaptations suivantes ont provoqué comme images dans la tête de George Bess. Le magnifique auteur du Lama Blanc semble tout à la fois inspiré par l’atmosphère gothique victorienne qui se dégage du roman mais aussi beaucoup par les images de Coppola dans plusieurs scènes ou encore par le Nosferatu de Murnau dont il reprend la forme physique dans certaines séquences. Le fait est que le projet a été de produire une somme graphique, à la lisière de l’art-book et de la bande-dessinée où la générosité de l’auteur est stupéfiante. Hormis l’insertion de textures de fond de page d’intérêt très douteux et de qualité graphique assez moyenne qui mettent un bémol, l’ouvrage fera néanmoins date en matière de qualité de dessin où tout fait honneur aux encrages, noirs et formes fantastiques les plus communes au fantastique et les plus fascinantes. Je ne m’explique pas ce souhait de l’auteur (peut-être pour gagner du temps sur les fonds de page?) alors qu’un tel objet aurait amplement toléré des fonds noirs ou blancs en faisant ressortir encore plus les sublimes dessins. Si les éditeurs sortent des TT noir et blanc pourquoi ajouter des textures numériques sur un album conçu en N&B… mystère?Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"

L’album a une structure variable selon les chapitres, commençant par d’énormes claques visuelles en doubles-pages où l’envie d’entrer en matière rapidement se ressent avec ce décors de cimetière, d’abbaye en ruine et d’oiseaux sombres pour rapidement basculer dans la section la plus proche de l’adaptation littérale lors du voyage de Jonathan sous Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"une forme quasi totalement épistolaire. C’est très agréable, juste, mais les lecteurs familiers avec le livre et le films de Coppola pourront ressentir un manque d’intérêt et se focaliseront sur les dessins. Dès le retour à Londres l’album reprends une forme plus typique de la BD avec beaucoup de dialogues et des interactions de personnages qui permettent à l’album de se démarquer du film. La liberté de l’auteur est totale et fascine par la variété de cadrages, de découpages, de techniques utilisées, tantôt par de simples encrages légers sur fonds blancs, tantôt jouant de pages noires, parfois sortant un pinceau pour des lavis allégeant les ombres… On joue ainsi sur des cases rectilignes, sur des doubles pages mangées par une forme maléfique ou sur des portraits proches d’illustrations de recherche poussés. Tout ceci se mets en place en menant fluidement le lecteur au fil des textes malgré ce maelstrom de dessins.

Clipboard01.jpgCertains auteurs ont du mal à transposer leur liberté créatrice et technique de superbes dessins qui donnent parfois de moyens albums, Georges Bess n’a pas ce problème et semble avoir trouvé (grâce au support de l’adaptation cependant…) l’alchimie entre contraintes d’un album et liberté formelle totale. La qualité globale de l’album sidère avec un nombre de cases de qualité moyenne extrêmement faible au regard de la pagination imposante. De fait il est recommandé de lire l’ouvrage en plusieurs fois tant la taille pourrait faire perdre la concentration. Non que l’intrigue soit complexe (elle consiste en une chasse au vampire sur les deux-tiers de l’album) mais car la richesse visuelle demande de pouvoir passer du temps à contempler chaque page, comme en visite sur une exposition.

Si vous vous souvenez le film de Coppola vous retrouverez des scènes très proches, ce qui n’est guère étonnant car le film était lui-même fidèle au livre. Manquent l’introduction du film sur Vlad Teppes et surtout, le plus marquant, l’aspect romantique Résultat de recherche d'images pour "dracula bess"du comte qu’avait apporté le réalisateur et qui redevient ici une bête sauvage immonde prenant divers aspects, pas très originaux mais en phase totale avec l’esprit du mythe: tantôt vieux dandy dans les Carpates, puis chauve-souris affreuse proches du film ou le nosfératu aux longues incisives quand il ne redevient pas poussière ou cadavre ambulant. Le dessinateur dessine ce qu’il sait si bien faire, des personnages typés, burinés, de belles demoiselles blafardes et sexy en diable dans leur corset, des créatures de la nuit, ourses, loups, rats et bien sur, dans la dernière partie, les vastes étendues sauvages, enneigées et montagneuses des Carpates dans la chasse finale, qui sentent bon le western et permettent de superbes panoramas.

Dracula est un superbe cadeau que Georges Bess fait à ses lecteurs (ou qu’il se fait à lui-même, on ne sait pas vraiment…) et qui montre s’il en était besoin qu’il est un auteur majeur de la BD franco-belge. L’absence de couleur sur ce projet confirme que ses précédents albums dotés d’une colorisation un peu datée mériteraient peut-être des versions noir et blanc pour apprécier à sa juste valeur son travail. Malgré une histoire connue de beaucoup cet album se lit avec facilité et arrive par moments à enthousiasmer dans sa narration, ce qui n’était pas évident dans une adaptation littéraire, épistolaire, très classique et aux liaisons parfois brutales. Grace à cela il devient une excellente BD et la le seul ouvrage graphique qu’il aurait pu être.

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