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Manga en vrac #19: Shangri-la frontier #1 – Eden #4 – 008:Apprenti espion #3

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  • Shangri-la  (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021 série en cours, 1/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_432073Sunraku est un hardcore gamer un peu particulier: il ne joue qu’à des « bouses », ces jeux buggés ou trop lourds qui font planter les serveurs des jeux en réseau. Lorsqu’on lui propose de s’essayer à Shangri-la, blockbuster des jeux massivement multi-joueurs, il est d’abord sceptique, avant de redécouvrir les plaisirs simples de la découverte d’un jeu fonctionnel et très bien conçu…

Digne représentant du sous-genre phare des Shonen, les Isekai, Shangri-la frontier est aussi un crossmedia puisque la scénariste est également autrice d’un roman participatif du même nom publié en ligne depuis 2018 et dont ce manga est l’adaptation. Assez peu friand de ce genre ciblé sur un public très particulier j’étais un peu inquiet et surpris du plan com’ important déployé par Glénat pour accompagner une de ses grosses sorties de septembre. A la lecture je reconnais que j’ai passé un très bon moment sur des dessins dans la moyenne haute qui mettent bien sur l’accent sur le chara-design et la fluidité des séquences d’action. Le gros avantage de ce manga c’est le fait de s’inscrire dans un jeu vidéo (où chacun trouvera ou pas des références selon sa culture propre de gamer) et donc de justifier tous les manichéismes et archétypes inhérents au média. Étonnamment on se prend au jeu de regarder le héros découvrir ce système de jeu, sur le même mode que la série française Bolchoi Arena, et s’il serait abusif de dire que l’intrigue nous happe, même totalement extérieur au monde des jeux vidéo on pourra apprécier cette série (au moins au démarrage) par un calibrage grand public qu’oublient trop souvent les Isekai…

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  • Eden, it’s an endless world #4 (Endo/Panini) – 1998/2021, 4/9 tomes parus (edition Perfect).

eden-perfect-4-paniniVous pouvez trouver mon billet de découverte.. et coup de cœur ici.

Après une entrée en matière aussi dantesque que les deux premiers volumes, le troisième entamait ensuite l’arc de la prostitution et des narcotrafiquants. Ce quatrième volume continue donc sur le même ton, à la fois très réaliste, cru parfois, mais assez éloigné des préoccupations SF avancées jusqu’ici. Une sorte d’intermède alors que la mère d’Elijah et l’escouade de Nazarbaïev sont convalescents. C’est donc l’occasion pour l’auteur d’approfondir son regard sur une société violente où ceux qui ne veulent pas être des agneaux sacrifiés décident d’intégrer des meutes, de mafieux, de prostituées, de miliciens,… L’intrigue tourne donc autour d’Helena après son agression par le mafieux Perdo. Confirmant son refus obstiné du manichéisme, Hiroki Endo va ainsi nous raconter comment cet affreux salopard en est arrivé là, comment la drogue pousse des mères à vendre leurs enfants, comment certains ne veulent tout simplement pas être sauvés. Et s’il faut le reconnaître, ce volume est beaucoup plus posé et moins prenant que les précédents, la série n’en perd pas sa force qui réside dans une complexité de tous les instants interdisant le lecteur à pouvoir anticiper quoi que ce soit tant les pulsions humaines poussent tous ces protagonistes dans leurs actions. On ne peux pas parler de pessimisme mais plutôt d’un réalisme froid tant dans la représentation des copulations en maison close que dans les assassinats qui sont légion… Alors qu’on découvre enfin Enoia Ballard, on profite de cette relative accalmie comme un reportage sombre sur les bas-fonds de l’âme humaine et des bas-fonds des grandes villes. En retenant notre respiration pour le prochain tome qui sera sans aucun doute un nouveau choc!

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  • 008: Apprenti espion #3 (Matsuena/Kurokawa) – (2018) 2021 série en cours, 3/14 volumes parus.

Manga - Manhwa - 008 Apprenti Espion Vol.3En revenant dans le lycée on s’attend à découvrir les différents professeurs découverts au volume précédent, tous plus délirants les uns que les autres. Le volume remplit partiellement cet office puisque après un cours avec la prof de guerre psychologique (comprendre: utilisation des charmes féminins pour déstabiliser l’adversaire) on va trouver Eight et ses amis affronter quelques épreuves et partir en mission sur le terrain avec l’un des prof. Si le tome ne tombe pas dans la douleur du second volume, on comprend pourtant que la gestion du second degré reste difficile (puisqu’il faut tenir une série au long cours) et l’articulation entre fan-service, humour et intrigue-action reste laborieuse. Quelques séquences rigolotes, quelques personnages sexy ou bad-ass… et c’est à peu près tout. On a décidément du mal à s’intéresser à cet anti-héros et si précédemment les actions d’éclat de la ninja à forte poitrine permettait de rester dans la course, on finit par se lasser d’attendre quelque chose qui nous décroche un peu la mâchoire. Pour ma part je pense m’arrêter là. Les adolescents pré-pubères (japonais si possibles…) pourront trouver quelque intérêt mais au regard de la concurrence pléthorique, cet agent 008 reste tout de même très faible…

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Manga en vrac #18: Toilet Bound Hanako-Kun #3 – Elio le fugitif #2 et 3 – La guerre des mondes #2

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  • Toilet-Bound Hanako-Kun #3 (Aidalro/Pika) – 2021 série en cours, 3/15 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

toilet-bound-hana-kun-3-pikaLa chronique des deux premiers volumes se trouve ici.

J’avais été comme mes camarades de blog assez enjoué par ma découverte des deux premiers volumes sortis cet été. En entamant ce troisième tome je découvre que contrairement aux précédents le mystère des archives de 16h s’étale sur plusieurs chapitres qui forment l’intégralité de ce volume, ce qui change pas mal la donne en matière de rythme. Ce qui était présenté comme des histoires courtes avec rotation rapide de l’action et des personnages s’installe plus dans la durée, avec approfondissement notamment dans la recherches qu’entreprend Nene sur son maître-allié Hanako. Ce jeune esprit qui nous est décrit ici comme ni plus ni moins que le chef des Mystères de l’école est depuis le début fort mystérieux et on va ainsi se retrouver dans son passé pour comprendre comment il est devenu un esprit. Les pages du volumes sont toujours très agréables dans leur mise en scène destructurée et fourmillant de détails. L’humour et l’action sont en revanche un peu en retrait et j’ai découvert cette intrigue un peu moins enthousiaste, je dois le reconnaître. La difficulté de ce format était dès le début de parvenir à s’inscrire dans la longueur car autant on a regretté le format très court d’un Tetsu & Doberman autant pour Toilet Bound une tomaison sur les doigts de la main aurais sans doute suffi. Je dis cela alors qu’aucune intrigue au long court n’a eu le temps de se mettre en place, aussi il faudra voir (je rappelle que la série compte déjà quinze volumes au japon, ce qui laisse à Pika le temps de développer sa licence)

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  • Elio le fugitif #2-3 (Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-fugitif-2-glenatImpression mitigée et assez tranchée sur les deux volumes, qui recoupent au final le sentiment du premier volume. Le second tome est très faible (du niveau d’un calvin) même s’il met enfin en place une véritable intrigue liée à des vengeances dynastiques. Ce qui était attendu jusqu’ici s’étoffe donc un peu avec un descriptif politique de l’époque qui habille un peu une fuite tout à fait linéaire et que les quelques combats très hachés et coins d’humour shonen ne suffisent pas à rythmer. On attendait soit un récit historique à la Vinland Saga soit un prétexte en mode baston avec des personnages de jeux vidéo… on est au final entre deux et ce n’est guère satisfaisant, d’autant que les dessins juste correctes ne relèvent pas vraiment l’intérêt. Le personnage d’Elio dont le second degré touchait plutôt juste (un jeune gamin hyper-fort qui semble à peine réaliser dans quelles situations il est et s’en sort toujours haut la main) est ici plutôt effacé.

Sur le troisième volume on reprend de l’intérêt avec une histoire qui devient beaucoup plus structurée, simple mais cohérente avec une progression, des flashback sur les personnages et un final qui prépare un affrontement d’arène que l’on imagine aboutir la série sur les deux prochaine volumes. Si du coup le manga se laisse lire plus agréablement, les combats tout à fait rageurs, exagérés (les personnages sont presque aussi forts que dans Dragon ball!) souffrent d’un montage très haché et peu lisible, le lecteur devant fréquemment revenir en arrière avec l’impression d’avoir manqué des cases. Il ressort de tout cela l’impression d’une série de grande consommation destinée à ravir les boulimiques en attendant un prochain tome de Vinland Saga mais sans aucune ambition particulière.

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  • La guerre des Mondes (Ihara-Yokoshima/Ki_oon) – 2021, 170p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

guerre_des_mondes_2_ki-oonLa chronique du premier volume (détallant notamment la très jolie édition) est ici.

Ce second tome continue sur la même tonalité que le premier à savoir une course du personnage principal (témoin-photographe) parmi les populations fuyant devant l’avancée meurtrière des martiens. L’intrigue est donc tout à fait linéaire et construite autour des destructions terrifiantes et des quelques lueurs d’espoir qui surgissent avant d’être étouffées. Quelques morceaux de bravoure humaines (un peu désespérées) viennent donc pimenter ce qui pourrait devenir redondant et on enchaîne ces cent-soixante-dix pages à grande vitesse et un plaisir non feint. Les dessins, pas virtuoses mais très correctes et portés par des cardages  qui appuient le désespoir et le drame absolu portent ainsi bien ce récit qui confirme sa qualité et intrigue (pour qui ne se souviendrait pas par cœur du récit original) quand à son dénouement…

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Les brumes écarlates #1

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Manhua de Wu Quigsong
Glénat (2021), 192 p., série en cours.

La maquette de ce premier tome a été particulièrement soignée et il est indéniable que cette couverture à la fois mystérieuse, rageuse et dotée de l’esthétique toujours fort agréable des calligraphies chinoises dorées, marque la rétine sur un étalage. Dans un format comics on a un résumé très parlant qui met l’accent sur la grande force du volume, le design incroyable créé par l’auteur et un aperçu du style graphique qui évite de se reposer sur la seule couverture (qui reste très proche des planches intérieures). L’intérieur de couverture présente une carte géographique des royaumes et des lieux… qui si elle est fort utile pour appréhender la complexe géopolitique du lieu, reste un peu confuse car elle n’indique pas tous les sites nommés dans l’histoire. Du coup on se perd un peu à rechercher des zones qui restent introuvables. Après une citation de l’inévitable Lao Tseu, nous aurons ensuite droit à un prologue et cinq chapitres, avant de refermer le volume sur un cahier graphique de quatre illustrations. Même si on aurait aimé un cahier final plus étoffé, l’ensemble mérite un Calvin pour la qualité générale de l’habillage très soigné.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Depuis l’apparition des mystérieuses et mortelles Brumes écarlates il y a trois siècle le monde des hommes (ou ce qu’il en reste…) s’est réorganisé en états perché sur les hauteurs, protégés du danger. Pourtant les jalousies et rivalités restent omniprésente… Alors qu’une alliance matrimoniale semble marquer un apaisement dans les relations diplomatiques des royaumes, la réapparition des Brumes sème le chaos, dont profite une troupe de maraudeurs pour enlever la princesse…

Brumes écarlates T1 : Les rebelles (0), bd chez Glénat de Qingsong,  Haiyang, XinjiangLes auteurs chinois ont décidément le vent en poupe dans notre pays car après le sublime ouvrage de Golo Zhao, Glénat nous propose la première création solo de Wu Qingsong. Cet auteur formé aux Beaux-arts a déjà publié plusieurs séries en France. Les Brumes écarlates est la traduction du projet The rebels paru en 2019… ce qui laisse penser qu’il ne faudra pas être pressé pour en lire la suite (non encore sortie en VO donc), d’autant que Qingsong a été embarqué dans la frénésie d’adaptations de l’auteur majeur de la SF chinoise, Liu Cixin (avec notamment la version graphique de l’ouvrage qui l’a propulsé au firmament, Le problème à trois corps, lauréat du prix Hugo en 2015).

Il est indéniable que sur le plan graphique l’école chinoise alliant technique BD  et graphisme classique inspiré par les estampes et les paysages contemplatifs liés à la culture chinoise propose une qualité impressionnante. Bien plus proche de la culture franco-belge que du manga, le Manhua se lit de gauche à droite et adopte un découpage occidental influencé par la culture hong-kongaise et Taïwannaise. Ainsi l’approche pour le public français est très simple et ne souffre pas des écarts culturels que peut apporter le manga. On trouve en revanche dans Les Brumes écarlates l’attrait de nombre de récits chinois pour les grandes manigances de palais et intrigues géostratégiques issues de l’histoire féodale fort compliquée de l’Empire du Milieu.

Capture d’écran du 2021-09-18 18-43-03L’album commence comme un rêve de lecteur de BD, avec des planches à tomber tant par leur esthétique que par leur cadrage très intéressant. Très vite on constate que cet univers fantasy adopte un design là encore très inspiré et teinté de steampunk via des armures dont on ne comprend pas encore les facultés. Car si l’auteur aime à détailler de complexes dialogues stratégiques il reste un peu chiche dans les explications d’univers, ce qui est frustrant car si les visuels sont somptueux de bout en bout on reste un peu sur sa faim dans la compréhension de ce qui se déroule sous nos yeux. Le syndrome des illustrateurs-scénaristes en somme…

Les brumes écarlates a ainsi beaucoup d’atours d’un très classique récit médiéval chinois où l’on retrouve des dialogues pas forcément très inspirés et très manichéens (avec le gros général très brut et l’androgyne chevalier adepte de la finesse, l’éternel Ying et Yang). En tant que lecteurs occidentaux on aura un peu de mal avec cet aspect. Heureusement que les dessins emprunts d’estampe comme de l’univers des premiers Miyazaki (grosse influence du manga Nausicaa) rehaussent fortement l’intérêt comme le design des combats posant les chorégraphies dans le graphisme.

Ce premier volume apparaît comme une introduction où hormis l’apparition du héros et de sa troupe de soldats « ronin » intervenant dans les interstices entre les gigantesques armées des royaumes on ne saura pas grand chose de ces Brumes écarlates et l’on s’accrochera à saisir les subtilités de la politique locale. Une séquence de présentation des personnages où l’on comprend que la politique est sale et sans morale et que certains guerriers adoptent leur propre stratégie. Guère plus…Capture d’écran du 2021-09-18 20-08-14

Restent ces grandioses panoramas fantastiques, ces couleurs parfaites et une partition graphique sans faute qui hisse cet album parmi les top 2021 dans la catégorie dessins. Il sont nombreux les albums de très grande dessinateurs restés lettre morte (je pense au Dernier loup d’Oz de Lidwin) après un premier tome flamboyant. L’artiste semble conscient de la nécessité de ne pas travailler seul puisqu’il s’est adjoint l’aide d’un collaborateur au scénario. Cet univers doté d’armures steampunk étranges, de poupées animées et de rhinocéros de guerre mérite la plus grande attention tant il flatte nos imaginaires avec un potentiel absolument énorme. Ce ne seront pas les quelques difficultés de mise en place et des dialogues manquant de percussion qui effaceront cette impression qu’il faudra donc confirmer assez rapidement pour éviter de devenir un énième joli one-shot sans lendemains.

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Manga en vrac #17: Ex-arm #13 – Tetsu et Doberman #3 – Centaures #5

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  • Ex-arm #13 (Collectif/Delcourt – 2021 13/14 tomes parus.

couv_430307

badge numeriqueAlors que nous entamons l’avant-dernier tome de cette série qui aura su proposer le meilleur comme le plus commercial, je vous mentirais en vous disant que le meilleur reste à venir. La quasi-totalité des protagonistes ayant été révélés il ne reste plus que cette terrible IA bien décidée à anéantir Tokyo, voir l’humanité toute entière! Cette vraie-fausse fin se résume donc à cette simple question: comment oblitérer le cœur de ce golem d’acier qui commence à dévorer toute l’île olympique sans avoir recours aux bombardiers nucléaires déjà en route? Malgré la puissance de l’Ogre Akira semble bien peu de choses, à moins qu’une aide inattendue vienne lui procurer la puissance infinie des ex-arm…

Le scénario tente de recouper la boucle de l’origine d’Akira et de son frère en apportant une intrigue plus importante que sur la plupart de la série, avec par conséquent moins d’action dantesque. On sent le souffle retomber (il faut bien!) même si le volume continue de nous enchanter par des panorama grand luxe avec force pleines pages voir doubles pages. Comme dit précédemment on n’est pas dans une folle originalité (le monstre gargantua on a déjà vu cela mille fois!), pourtant cette série a ce charme des blockbusters hollywoodiens qui copient la formule de leurs aînés avec les moyens de nous en jeter plein la vue. L’histoire aurait pu s’achever là mais un ultime cliffhanger vient nous redonner une décharge, sans doute histoire de donner à Alma un dernier baroude d’honneur…

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  • Tetsu et Doberman #3 (Ohno/Doki-Doki) – 2021 série finie en 3 volumes..

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

tetsu_doberman_3_dokiTrès grosse déception que ce tome de conclusion d’une série que l’on regrettait courte surtout au vu des grandes qualités tant graphiques que de potentiel, vus sur les deux premiers tomes. Il est totalement incompréhensible de comprendre l’objectif de l’auteur et de l’éditeur que une trilogie qui a pris soin de développer un univers, de nombreux personnages (à peine entrevus) et de créer une frustration très efficace en lançant des mystères autour du grand héros Big One Kurogan, les liens familiaux avec le héros, le clan ninja vu dans le #2 ou encore l’histoire de l’orphelinat… Tout cela permettait sans forcer de partir pour une série d’au moins dix volumes, appuyés sur une technique graphique vraiment élégante et des séquences d’actions très fun… Eh bien non content de s’arrêter au bout de trois volumes, l’auteur se contente de clôturer rapidement l’histoire du navire fantôme du volume précédent puis nous balance une histoire solo sans même les héros dont on se demande ce qu’elle vient faire là… En clair il aurait été préférable de se contenter d’historiettes avec des personnages différents sans prendre soin de bâtir un héros… On a quand-même une histoire bonus très réussie et drôle bien que totalement découplée de Tetsu & Doberman, illustrant là encore la difficulté à finir un projet bizarrement monté.

Très grosse frustration donc, quand à un potentiel gâché et sur un auteur de talent qui semble avoir du mal à produire régulièrement… Au prix où sont les manga il n’est pas superflu de faire l’investissement des trois tomes, ne serait-ce que pour l’histoire bonus.

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  • Centaures #5 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021 série finie, 5/6 tomes parus.

centaures-5-glenatNous avions laissé cette très belle série sur une conclusion en 2020. Le second cycle n’était pas prévu à l’origine, le troisième pas plus. Si le précédent apportait une autre tonalité à la dureté des débuts, les tomes cinq et six sont un « cycle du passé », nous renvoyant dans la jeunesse de Matsukaze. Si l’apprentissage de la vie naturelle dans les montagnes avec son père et son frère sont très intéressantes bien qu’assez classiques, il en est tout autre du graphisme. La maîtrise de Ryo Sumiyoshi nous avait impressionné dès les premières planches du premier volume, de même que ses expérimentations dans les styles. L’autrice sait toujours manier ses crayons… mais semble avoir du composer avec un emploi du temps très serré ou un impératif éditorial qui aboutit à beaucoup de dessins que l’on n’ose considérer comme bâclés mais qui sont clairement peu finis. L’usage original des trames ne cache pas la misère et si les problèmes de lisibilité constatés sur l’autre série Ashidaka ne sont pas présents ici, on reste frustrés devant un potentiel immense, un thème qui donnait envie de retourner dans cet univers primordial et un style de l’autrice qui enchante autant que sa collègue de l’Atelier des sorciers. On poursuivra sur un sixième opus qui sera très certainement le dernier, avec quelques regrets tout de même…

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BD en vrac #21: Teleportation inc. #2 – Undertaker #6 – Les 4 de Baker Street #1

La BD!

 

  • Teleportation inc. #2 (Latil-Sordet/Drakoo) – 2021, 46p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

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On continue les montagnes russes chez Drakoo puisque après le très bon premier tome des Gardiennes d’Aether, le second et dernier Teleportation inc. confirme les craintes du précédent… Si les séquences d’action restent correctement montées et quelques touches d’humour font mouche, l’intrigue générale nous laisse totalement sur le carreau avec une complexité superflue et un projet qui manifestement a eu un gros problème de calibrage entre la simplicité destinée au public jeune (avec des couleurs flashy et des dialogues assez basiques) et une ambition de grand Space-opera que l’on sent poindre jusque dans une dernière planche qui laisse entendre un prolongement possible malgré l’annonce d’une série en deux volumes. Du coup la conspiration reste totalement vaporeuse, les échanges entre personnages sont artificiels et on survole ça avec un désintérêt à peu près complet. Les dessins de Sordet font à peu près le job malgré quelques problèmes de lisibilité de certaines scènes, mais c’est surtout le texte qui pèche avec une grosse faiblesse d’écriture, une absence de relecture et des sous-entendus qui passent complètement à côté. Un gros ratage en définitive.

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  • Undertaker #6: Salvaje (Dorison-Meyer/Dargaud) – 2021, 57p., série en cours, 3 cycles de 2 tomes parus.

couv_430404Quand je lis les commentaires récurrents sur les albums Undertaker je constate une attente un peu schizophrène de nostalgiques de Blueberry qui tout à la fois refusent d’imaginer une qualité égale tout se précipitant pour lire les aventures du croque-mort Comme si la série de Dorison et Meyer n’était que la suite de la série mythique. Il faut dire que Dargaud cherche les noises en ne cessant de s’inscrire dans la filiation du personnage de Giraud. Personnellement ça m’agace pas mal car j’essaie de profiter de cette série pour ce qu’elle est. Et en la matière on est avec cette conclusion du troisième cycle toujours dans du très haut niveau, de grands professionnels de la BD. Mon principal regret sur cet album est une légère évolution du dessin de Meyer, moins net, utilisant beaucoup plus de brosses « sales » et effets estompés, ce qui atténue la force de son encrage. Cela ne change pas fondamentalement les planches, toujours aussi bien découpées et lisibles. Dans cette histoire on apprécie le refus du manichéisme, chaque personnage étant gris, avec ses propres motivations, et en cela crédibles, à commencer par l’ami de Jonas Crow tout à fait sincère dans ses ambitions comme dans sa fidélité envers notre héros. En cela Dorison évite soigneusement de tomber dans le piège des déjà-vus des mille et un personnages de salauds de western. On attend longtemps de retrouver la trahison de Silverado… que nenni! Xavier Dorison est seul aux commandes et ne veut pas être taxé de copieur. Tant mieux! Seul le comportement de l’Undertaker fait un peu tiquer, totalement engagé dans la lutte pour la défense des opprimés en laissant ce qui faisait son sel, ce cynisme désabusé permanent. Hormis cette petite facilité, on reste dans de superbes moments d’aventure, de belles bagarres, de superbes salauds et des auteurs qui allient l’unité des diptyques et la continuité générale en nous projetant déjà vers le prochain tome où Jonas cherchera à rejoindre Rose…

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  • Les 4 de Baker Street #1 (Djian Legrand – Etien/Vent d’Ouest) – 2009, 52p., série en cours, 9 tomes parus.

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Edition parue pour les 48h BD 2020, incluant les premières pages du tome deux.

Un bon bouche à oreille a permis à cette série de se poursuivre jusqu’à aujourd’hui avec tout de même 9 tomes parus. Inspirée des irréguliers de Baker Street apparaissant dans les romans de Conan Doyle, la série a la bonne idée (dans ce premier tome tout au moins) de rester dans le hors champ du détective qui n’apparaît que discrètement au début et à la fin de l’album. Ce qui pourrait apparaître comme une variante jeunesse de Sherlock trouve pourtant une pertinence qui densifie tout au long de ce premier volume les caractères de ces trois moussaillons des rues, tous trois dotés d’un caractère bien trempé et lancés à la rescousse de la jeune chérie de l’un d’eux, enlevée par un réseau de proxénétisme. Si l’intrigue est sommes toutes classique, c’est la percussion du rythme et des cadrages qui impressionne, appuyés sur les dessins magnifiquement colorisés par Etien (bien avant sa participation à Avant la Quête) mais pas que… Utilisant leurs talents d’acrobates et l’innocence de la jeunesse dans les yeux des badauds du XIX° siècle, les quatre (… on imagine que dernier larron est le chat!) lancent leur enquête à un rythme effréné, n’hésitant pas à aller affronter le roi des mendiants et autres coupe-jarret, permettant de belles acrobaties et contre-plongées vertigineuses. Cette originalité de cadrage et le chatoiement colorimétrique permet une grosse immersion dans ce décors que l’on aime tant, le Londres victorien, sale, foisonnant de pègre, prostituées et d’une population de la plèbe aux grands bourgeois, les auteurs aimant à habiller les décors de mille et un détails. Au final on sort tout à fait enjoué de cette introduction avec un format qui promet des stand-alone qui autorisent une découverte au choix. 

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La Tour #1

La BD!

Premier tome de 62 pages, d’une série en trois parties écrite par Jan Kounen et Omar Ladgham, et dessiné par Mr Fab. Parution chez Comix Buro le 09/06/2021.

La Tour de la question

Dans un futur relativement proche, la civilisation humaine s’est (encore!) effondrée, anéantie par une bactérie ravageuse à laquelle seuls 2746 humains sont parvenus à échapper. Ces miraculés doivent leur survie à quelques milliers de tonnes de béton, d’acier et de verre, qui prennent la forme d’une immense tour.

Conçue pour être autonome, cet édifice, géré par l’ordinateur Newton, abrite donc les derniers survivants de l’Humanité depuis une trentaine d’années, dernier rempart se dressant entre l’Humanité et l’anéantissement. Certaines excursions sont organisées et menées par les chasseurs, dont la mission est de ramener du gibier tout en évaluant l’hostilité de l’environnement. Malgré tout, le temps passe et accomplit son œuvre sur la Tour, qui, de fleuron technologie européen, est passé lentement à cloaque vétuste menaçant de s’effondrer.

Si le matériel a subi les outrages du temps, les habitants ne sont pas en reste non plus. Confinée depuis trois décennies, la population vieillissante ne promet pas un avenir des plus radieux pour le genre humain. Seulement, voilà, il existe désormais toute une frange de la population qui n’a connu que le confort reclus de la Tour, et qui n’a jamais mis les pieds à l’extérieur. Ces « intras » comme on les surnomme, ont en eux une fougue et un ressentiment qui pourrait semer le chaos dans l’équilibre toujours plus précaire de la Tour.

Nul ne peut se prévaloir de sa propre Tour-pitude

Dans un bref préambule, Jan Kounen et Omar Ladgham, issus tous deux du monde audiovisuel, précisent que La Tour était initialement un projet de série TV, qui a plus tard été adapté en BD. On a tendance à les croire, tant ce premier tome fait ressurgir des images et des lieux communs (plus ou moins) emblématiques issus de longs métrages du même genre.

La séquence d’ouverture, par exemple, nous évoque immédiatement des films comme Je suis une légende, grâce au décor urbain envahi par la nature. La tour éponyme, son design et les tensions qui croissent entre les habitants semblent émaner du film High-Rise, tandis que le thème du dernier refuge de l’Humanité, de la survie confinée et de la lutte des classes nous rappelle le célèbre univers du Snowpiercer. Les auteurs opèrent donc un mélange de plusieurs concepts sans qu’il s’en dégage nécessairement une impression de déjà vu.

Néanmoins, là où Snowpiercer établissait clairement et dès le premier acte les enjeux humains et politiques à bord du train, La Tour se permet de rester plus évasive sur les réalités du pouvoir au sein de de son édifice. Qui détient le pouvoir ? Est-ce un régime autocratique ? Peu d’éléments permettent de répondre à cette question, si bien que la révolte des intras ne parvient pas à se hisser au niveau de la révolution des sans-classe du Transperceneige, étant donné que les jeunes révoltés n’ont pas vraiment d’adversaire politique ni d’oppresseur désigné.

Certes, les conditions de vie dans la Tour sont de plus en plus difficiles, mais on ne ressent pas à la lecture d’injustice ni de différences de traitement. Lorsqu’un étage devient inhabitable, on sent l’urgence et le manque de moyens, mais à aucun moment on ne nous présente d’éléments venant justifier la rébellion des intras.

Il aurait donc fallu autre chose que le « teen spirit » pour faire adhérer le lecteur à la cause intra. D’autant plus que, et c’est pourtant un des points positifs de l’album, une partie de l’exposition est consacrée à démontrer la dangerosité du monde extérieur et le risque mortel encouru par tous les survivants. Avec cette information en tête, on a donc d’autant plus de mal à adhérer à cette révolte, qui fait jette effectivement une lumière défavorable sur les jeunes confinés.

Côté graphique, le style réaliste de Mr Fab est tout à fait opportun, même s’il surprend parfois sur quelques cases, étrangement dépouillées. Sur d’autres plans, notamment les plans de foule, les visages, pourtant bien dessinés et détaillés, on a tout de même une impression d’interchangeabilité. En revanche, le design de la tour et les décors urbains décrépits permettent à l’artiste d’exprimer son talent.

Espérons que la suite de la série approfondira davantage et de façon plus cohérente l’univers riche promis par son concept.

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Manga en vrac #16: Dragonball Super #15 – Fullmetal Alchemist #7 (perfect) – Dr. Stone #16-17

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  • Dragonball Super #14 (Toriyama-Toyotaro – Glénat) – 2021, série en cours, 14/16 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Bon, ce billet va être court: le quatorzième tome de DB Super est intégralement consacré à l’affrontement entre Végéta, Goku et Moro… Comme expliqué précédemment je ne tenterais pas de vous convaincre d’une révolution scénaristique, on a un copier-coller des multiples combats ultimes de la saga et si les jeunes lecteurs seront comblés et pourquoi pas un peu étonnés, les anciens se contenteront du plaisir graphique de ces baston épiques de mieux en mieux dessinées. C’est d’ailleurs l’élément que je retiendrais de ces chapitres: Toyotaro atteint un niveau technique vraiment chouette et s’il est depuis le début difficile de faire la différence avec les pages dessinées autrefois par le maître, je me demande même si ce dernier n’a pas été dépassé. La finesse des traits habille les cases et flatte les rétines. A part ça le combat est rageur, avec son lot de morts et de pseudo-retournements, mais un peu feignant en épique à base de Kaméha. L’humour est absent, l’exotisme aussi, du coup à part de se demander qui de Végéta ou Goku va terrasser le méchant on est moyennement enjoué et si une irruption (prévisible?) redonne un peu de piment aux deux-tiers de l’album, on se dit qu’il est temps de penser à conclure, surtout qu’au stade atteint on voit mal comment continuer hormis à sortir un dieu du néant à opposer à maître Zen-o. Ayant renoncé à embarquer les Sayan dans des aventures galactiques de moindre envergure, Toriyama se retrouve pris à son propre piège de la course en avant impossible à renouveler. Bref, toutes les bonnes choses ont une fin, même DB et je gage que tout finira d’ici au vingtième tome…

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  • Fullmetal Alchemist #7 (Arakawa/Kurokawa) – (2002) 2021 série en cours, 7/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

fma-perfect-7-kurokawaAprès trois tomes au top niveau, ce septième volume marque un peu le pas avec quelques difficultés à assurer la transition. On commence par une belle grosse baston très réussie contre les Homonculus et son lot de morts et de blessés (dans FMA les très nombreux personnages secondaires prennent cher!)… puis l’intrigue cahote un peu malgré des informations tout à fait savoureuses qui font avancer notre connaissance de la conspiration, en se rapprochant des frères Elric. Le choix de suivre une construction tortueuse dans les arcanes de l’armée fait que l’on a par moment du mal à suivre l’ensemble des trames qui s’enchevêtrent. L’autrice profite de prétextes (un peu forcés) pour nous faire comprendre un peu plus les horreurs faites par l’armée pendant la guerre Ishval en reprenant la trame autour de la mort de Hughes (qui remonte au troisième volume). Par contre on n’a pratiquement pas d’interaction alchimiques (de celles qui permettent les magnifiques planches de Arakawa!) et les digressions autour des bobos des potes de Mustang prennent décidément beaucoup de places et délayent l’intrigue. Pour l’aspect shonen ça reste très bien et l’humour est omniprésent via quelques personnages comme Barry le Boucher. Une série ne peut maintenir le top niveau tout le long aussi on va prendre ça comme une transition avec le retour attendu du super alchimiste Ishval que l’on a perdu de vue depuis plusieurs tomes et qui orne la jaquette du huitième tome à paraître en septembre…

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  • Dr. Stone #16 -17 (Inagaki-Boichi– Glénat) – 2021, 16/22 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

ATTENTION SPOILER!dr-stone-16-glenat

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Le seizième volume marquent la fin de la guerre contre le royaume pétrificateur, après que l’ensemble de l’équipage ait été figé par un dernier coup tordu de Ibara. Comme tous les volumes de transition, après la résolution de haute volée de l’intrigue et la récupération de l’artefact Medusa, Senku prépare sans pause la suite du voyage vers la source du message de Why-man, avec une nouvelle surprise à la clé! On baisse donc d’un ton avec le rythme connu de cette série qui saute sans hésiter d’une séquence à l’autre dans une volonté de vitesse permanente. Le dix-septième tome marque ainsi l’arrivée en Amérique après une séquence de traversée que les auteurs ont voulu dédier à une partie de poker… et qui tombe franchement à plat malgré l’apprentissage de techniques de bluff, de magie et de manipulation de cartes. Pas grave, dès qu’on arrive à San-Francisco l’aventure reprend sous ce nouvel air qui fait franchement d bien tant il ouvre des perspectives tant dans l’intrigue générale que dans les découvertes naturelles et scientifiques que les petits périmètres explorés jusqu’ici rendaient un peu étriqués. Après nous avoir expliqué que l’émission du message se trouvait finalement sur la Lune (… façon de boucler avec les informations découvertes dans Byakuya?), on retrouve très rapidement l’action en montant d’un cran avec un adversaire contre lequel il ne faudra pas moins que toute l’équipe de super-guerriers du royaume des sciences. Et on attend avec impatience le dix-huitième tome le 17 novembre…

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*****·BD·East & West·Service Presse

La plus belle couleur du monde

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Manhua de Golo Zhao
Glénat (2019) 2021, 584 p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)

Rucheng est au collège dans une classe d’arts. Peu à l’aise dans les relations humaines, il aime en secret la talentueuse Yun. Autour de lui la vie du collège se passe, faite d’amourettes, de rivalités et de normes sociales imposées par le régime communiste. Tiraillé entre ses idéaux, sa lâcheté et ses émotions, il s’efforce d’être celui qu’il veut être, un simple adolescent dans la Chine des années quatre-vingt-dix…

Plus belle couleur du monde (La) (par Golo Zhao)Je suis très content de pénétrer l’univers coloré du chinois Golo Zhao à l’occasion de ce monumental pavé de plus de cinq cent pages! J’avais découvert l’auteur à l’occasion de mon unique séjour au festival d’Angoulême alors que sa première série La Ballade de Yaya était en cours de publication dans un petit format à l’italienne chez l’éditeur associatif Fei. J’avais immédiatement été scotché par la puissance des couleurs et le professionnalisme de cet auteur présenté sur les stand amateurs du festival. Entre temps l’artiste a beaucoup publié en variant les genres graphiques et les formats, que ce soit sur des séries jeunesses, adultes ou des one-shot, en couleur comme en noir et blanc. Si La meilleur couleur du monde et ses séries les plus populaires sont remarquables par leur aspect Anime (Zhao est diplômé des beaux-arts mais aussi en cinéma) et leur colorisation très agréable, il a montré l’étendue de sa technique dans des découpages et des traitements qui le rapprochent bien plus de la BD franco-belge que du manga.

La plus belle couleur du monde est sans doute le projet le plus ambitieux, le plus personnel aussi, de son auteur. Véritable chronique d’une Chine post-guerre froide, on ressent au fil des pages un certain vécu de Golo Zhao bien que l’époque du récit soit antérieure à ses propres études (Zhao est né en 1984 et trop jeune pour avoir été collégien lors de la sortie de la gameboy pocket). S’inscrivant dans une mode de la nostalgie 1980-90 (notamment au cinéma), le découpage est parsemé de moments, d’objets qui marquèrent cette époque. Si nous français connaissons mal l’histoire récente de la Chine, on ressent les frustrations communes d’une jeunesse désargentée confrontée à des gosses de riches paradant en Nike Air Jordan, prenant d’énormes La plus belle couleur du mondeplateaux à MacDonalds et exhibant leurs discman sony et leurs gameboy. Le principe communiste renforce ce sentiment d’injustice pour le héros en nous montrant les effets de l’ouverture économique où des happy few s’engouffrent pour s’enrichir malgré l’égalitarisme initial du pays. On découvre pourtant une certaine modernité, loin des images misérables que l’occident se plait souvent pour montrer l’URSS et la Chine communiste. En cela l’album est une très belle tranche d’histoire à hauteur d’homme (ou d’adolescent) et pourrait presque se réclamer du documentaire.

L’aspect psychologique est le plus travaillé et le plus intéressant. Monté presque comme un thriller, La plus belle couleur du monde progresse à mesure que Rucheng constate, hésite, lance des hypothèses sur ce qu’il pense avoir vu. Vu à la première personne, le récit est parsemé de réflexions intérieures joliment illustrées par des séquences très drôles destinées à matérialiser les émotions du personnage. L’auteur ne donne jamais de réponses, laissant le collégien à ses conjectures. Nous, lecteur, prospectons également, pris dans un jeu où nous voulons des réponses et impliqués en cela dans un procédé très immersif. Si l’aspect artistique, non négligeable, fait penser à Blue Period (antérieur à cet ouvrage), les côtés réflexifs pourront évoquer le très beau My broken Mariko. Très dur par moment, sur les questions de harcèlement notamment, l’histoire garde pourtant un ton léger parsemé de visions urbaines et végétales avec un aspect contemplatif qui sied parfaitement aux pensées du personnage.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH971/z-012-3d1d0.jpg?1625573153Graphiquement c’est bien évidemment un régal continu. D’abord par ses couleurs très douces et magnifiquement pertinentes, Zhao parvient avec un immense talent à poser des atmosphères que seul le cinéma parvient habituellement à capter. Le caractère cinématographique saute aux yeux avec un sens du découpage, en cadrages très serrés et très grandes cases (entre 2 et 4 en moyenne par page) qui permettent de nous jeter dans ces journées ensoleillées de collège. On ressent le temps passer, le cerveau de Rucheng mouliner sans cesse et les émotions passer sans dialogues, par des regards, des cadrages, des mouvements. Sous un trait qui paraît simple, l’auteur montre une maîtrise technique incroyable, jouant sur les éclairages et les nuances pour donner une véracité étonnante à ses personnages.

Tout cela fait logiquement de La plus belle couleur du monde un franc coup de cœur à la lecture très facile qui ne voit pas passer les presque six-cent pages. Un très beau moment d’émotions, de vérité humaine autant qu’une chronique historique, et l’œuvre de maturité d’un grand auteur.

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**·BD·Nouveau !

Terra Prohibita #2: Patient Zéro

La BD!

Second tome de 48 pages de la série écrite par Denis-Pierre Filippi est dessinée par Patrick Laumond. Parution le  14/04/2021 aux éditions Glénat

Zone de Quarante-Haine

Au début du XXe siècle, l’Angleterre a été ravagée par l’expansion incontrôlée d’une faune et d’une flore mutantes, ce qui a conduit à l’évacuation de l’île et sa mise en quarantaine.  Dans ce laps de temps, l’étude de ces mutations et des nouveaux matériaux qu’elles engendrent à permis des avancées techniques impressionnantes, parmi lesquelles des cités flottantes et des véhicules au look résolument steampunk.

Le tome 1 nous introduisait le personnage de Dorian Singer, un biologiste slash tueur à gages lancé dans une quête obscure visant à explorer les origines de la mutation, quitte à sacrifier des innocents avec un brin de sadisme froid. Dans le sillage morbide de Singer, on trouve l’inspecteur Melville, de la sureté parisienne, déterminé à stopper le tueur, quitte à lui-même sacrifier quelques règles au passage.

En parallèle, la détective Valérie Kerveillan se lance dans une périlleuse enquête, mandatée par une veuve éplorée souhaitant retracer le parcours de son époux disparu en zone de contamination. Lors d’une exploration impromptue, Singer, Melville, Kerveillan et compagnie se retrouvent et se voient forcés de collaborer, afin d’échapper aux forces gouvernementales qui souhaitent maintenir une chape de plomb sur les événements liés à la contamination.

Patience Zéro

Comme vue dans la chronique du premier tome, Terra Prohibita souffre de problèmes d’écriture qui peuvent rendre la lecture laborieuse, mais disposait tout de même du matériau nécessaire à une bonne aventure. L’univers riche mêlant des thèmes SF et horreur au souffle steampunk des œuvres de Jules Verne, n’est malheureusement pas adroitement exploité, la faute à des objectifs peu clairs et des personnages-fonctions qui parcourent l’intrigue sans l’impacter de façon significative.

Le résultat est un diptyque qui aurait pu être complexe mais qui n’est finalement que confus, des lignes narratives qui auraient pu être iconiques mais qui demeurent anecdotiques. Même le retournement de situation du dernier acte ne suffit pas à rehausser le tout, puisqu’il ne change pas la lecture ni la perspective de l’histoire.

S’agissant du mystère qui est au cœur de la série, et qui était sensé être révélé à l’issue de ce second album, il est délayé et remis à un troisième album, l’éditeur ayant apparemment décidé de poursuivre. Cette manœuvre est un tant soit peu malhonnête, puisqu’elle aliène aux lecteurs qui pensaient s’être engagés dans un diptyque la résolution de l’intrigue (si bancale soit-elle).

Les dessins de Patrick Laumond sont toujours aussi beaux, et peuvent à eux seuls constituer un prétexte d’achat, toutefois, ils ne suffisent pas à rattraper les failles du scénario.

***·BD

Terra Prohibita #1

La BD!

Premier tome de 48 planches, d’un diptyque écrit par Denis-Pierre Filippi et dessiné par Patrick Laumond. Parution le 13/01/2021 aux éditions Glénat.

La Fine Fleur (du Mal)

Au début du XXe siècle, les progrès de la science ont permis de révolutionner le quotidien des européens tout en garantissant une vie meilleure et plus sûre. Enfin, pas dans l’uchronie de Terra Prohibita. Suite à un mystérieux cataclysme, une flore mutante incontrôlable a surgi et envahi des territoires entiers, dont l’Angleterre, (apparemment) et tout un pan de Paris, entraînant une mise en quarantaine des zones concernées et des vagues de migration, de la Perfide Albion vers la côte bretonne.  

L’inspecteur Melville, de la Sûreté parisienne, traque depuis longtemps maintenant l’auteur de nombreux meurtres, qu’il soupçonne d’être le biologiste Dorian Singer. En effet, ce dernier, froid et manipulateur, expérimente sadiquement sur ses victimes une sorte d’arme biologique issue d’une mutation végétale ou fongique. A l’autre bout de l’intrigue, pendant ce temps, la lanceuse d’alerte slash détective privée Valérie Kerveillan est recrutée pour retrouver un certain Dupré, employé par le Ministère de la Contamination, étrangement disparu. 

Alors que tous ces gens vont pénétrer la zone de quarantaine parisienne, le saint-scénario va les réunir et les confronter à la fois à l’enfer vert qui a pris racine au cœur de la capitale et aux machinations qui entourent le secret de la Terra Prohibita. 

Steampunk, crime et botanique

Steampunk et uchronie sont deux sous-genres du récit fantastique qui ne s’excluent pas mutuellement. Le premier présente une version fantasmée, des points de vue technologique, architectural et vestimentaire, du XXe siècle, directement initiée par les œuvres de Jules Verne, tandis que l’uchronie concrétise une version conditionnelle d’évènements sociaux et historiques. 

Avec Terra Prohibita, nous voilà directement plongés au cœur des turpitudes causées par la proverbiale science sans conscience, qui fait qu’une découverte scientifique mal appréhendée finit immanquablement par échapper à tout contrôle, ce qui tend souvent à engendrer des catastrophes, mais produit des merveilles au niveau scénaristique. En effet, on ne compte plus les inventions/découvertes/créations qui échappent à leur créateur, si bien qu’on se rassure de constater que la science in real life n’est pas le bidouillage inconscient que les auteurs nous proposent en fiction. 

Ce premier tome, censé présenter un univers riche, avec des enjeux politiques, scientifiques et sanitaires importants, se perd malheureusement en cours de route, pour obtenir un premier acte plus cacophonique et déroutant qu’instructif. Malgré des dialogues rythmés et percutants (selon les personnages), les enjeux de l’intrigue restent longtemps nébuleux et impersonnels, prouvant encore une fois qu’entre le mystère bien dosé et le flou, il n’y a qu’un pas. 

Premier exemple assez criant, celui de Dorian Singer. Personnage retors et ambigu, on le voit tuer sans manifester de remords, ce qui n’est pas, avouons-le, un trait de caractère très positif. Pour autant, il n’est pas mis en scène de façon à être perçu comme un antagoniste, au contraire. On sent que l’auteur travaille dur à le rendre charismatique, sûr de lui, intelligent et badass, de sorte que Singer relèverait davantage du anti-héros que de l’antagoniste. Or, ce dont a besoin un anti-héros, c’est avant tout d’une bonne motivation. En clair, ce genre de personnage est typiquement celui qui est amené à faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons. Or, l’auteur n’explore pas vraiment cet aspect là du personnage, ce qui sonne assez faux en l’espèce. 

Second exemple, celui de Melville, qui est censé à première vue, être un inspecteur roublard et déterminé de la sûreté parisienne, une sorte de Dirty Harry qui n’hésite pas à enfreindre quelques règles (et blesser des gens) pour atteindre son objectif (arrêter un tueur). Voilà un bon début d’anti-héros ! Seulement, après le premier tiers de l’album, le personnage devient quasi inexistant. Pourtant, il est bien là, il participe à la mission en zone de quarantaine, contraint qu’il est par un ressort de scénario qu’il ne nous appartient pas de divulgacher. Cependant, il ne sert plus à rien, et ne dit pas plus d’un mot sur le reste de l’album. En général, on concède que les personnages qui n’ont pas de profondeur, pas d’âme, ont au moins une utilité, une fonction à remplir dans le scénario. Ici, ce n’est pas le cas. 

Concernant les planches en elles-mêmes, il faut saluer le travail énorme de Patrick Laumond, qui donne vie brillamment à cet univers steampunk, avec force détails, tant sur l’architecture que sur les reste des décors intérieurs. Sa jungle mutante fait bien évidemment penser à l’excellent film Annihilation, avec créatures méconnaissables et plantes mutantes. On relève quelques erreurs lors de certaines cases panoramiques, mais rien qui ne vienne gâcher le plaisir graphique dans son ensemble. 

Terra Prohibita est donc un album à l’univers fascinant, qui souffre cependant de quelques défauts d’écriture. Gageons que le tir sera rattrapé dans la seconde moitié du diptyque.