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Le caravage

BD du mercredi

BD de Milo Manara
Glénat (2015-), 52 p., 2 vol parus, série finie.

Couv_351631Couv_241292A l’occasion de la parution du tome 2 de conclusion de cette histoire dessinée par le maître Manara j’ai entrepris la lecture du double album dans son intégralité. Si j’admire le talent de l’artiste italien, comme beaucoup sa bibliographie m’a déçu et je ne parle que des albums non érotiques. La saga ultra violente de Jodorowsky sur les Borgia dépeignait les mêmes lieux (Rome et l’Italie) un siècle avant où Manara reprenait déjà ses thématiques graphiques à la fois fascinantes et redondantes: la plèbe, les ruines de la Cité, les paysages de l’Italie, la violence et la crudité de la vie. Peu attiré par le sujet je profite de l’occasion pour découvrir un double album apaisé où l’on découvre les mœurs de l’époque mais aussi beaucoup le quotidien artistique, le travail des peintres de la Renaissance que l’on n’a jamais aussi bien vu en action.

Michelangelo Merisi arrive à Rome en provenance de Milan après une formation dans l’atelier d’un disciple du Titien. Jeune homme fougueux, ambitieux, son talent est rapidement repéré par un cardinal humaniste qui tente de le protéger de son envie de vérité qui le mets en danger face à deux ennemis: l’intégrisme de la foi et les souteneurs des prostituées qu’il utilise comme modèles…

Les BD sur le Moyen-Age ont ceci de fascinant qu’elles ont souvent un côté naturaliste qui dénote totalement avec les images d’Épinal ou de la Fantasy anglo-saxone. Elles permettent en outre de mettre en lien une vie quotidienne crue et simple avec des œuvres ou événements mis sur des piédestal dans les musées ou narrés par la Geste historique officielle. A ce titre l’album de Milo Manara sur le Caravage ressemble à la magnifique trilogie de Luigi Critone sur François Villon, où l’on retrouvait en outre un style graphique italien de paysages vaporeux (visuels qui inspirent aussi Marini sur sa série Scorpion). Il y a beaucoup de similitudes dans le traitement de ces deux personnages, grands artistes inspirés et hommes simples, soumis à des pulsions violentes qui les entraînent dans des déboires judiciaires. Seule l’admiration de puissants seigneurs humanistes les sauve de leurs démons. La violence des époques, la sexualité et la corruption de sociétés basées sur la force  et la religion sont dépeintes dans ces deux séries.

Dans Caravage les deux albums sont relativement distincts, et c’est ce qui rend la série intéressante. Si les décors romains occupés par des foules besogneuses ont déjà été illustrés par Manara dans d’autres BD, le second album intitulé « Grâce » (dans l’attente de la grâce judiciaire du Caravage suite à son combat du premier album), se déroule dans le sud, entre les territoires lumineux du château de Malte et les villages de Sicile. Quand le premier volume se situait au cœur du pouvoir et des arts, la suite nous dépeint une société d’ordre militaire, celle des chevaliers de Malte, et montre combien ce monde de la Renaissance tout juste échappé du Moyen-Age est morcelé, éloigné et illustre l’absence de Nation italienne à l’époque. Le découpage est un peu abrupte avec une continuité assez décousue et des deus ex machina qui indiquent que Manara reste un grand dessinateur avant d’être un grand scénariste. Mais l’histoire est intéressante et prends par moment la forme de récits d’aventure et de cape et d’épée de par la propension violente du grand peintre. L’auteur a la bonne idée de ne pas faire de sa série  un précis d’histoire de l’art qui aurait étouffé la vision épique. Avec un premier tome plus porté sur l’acte de création et un second plus aventureux, la lecture s’enchaîne très légèrement.

Le Caravage - Tome 2 de Milo ManaraLes dessins ne sont pas les plus précis qu’ait réalisés Manara mais son style est toujours aussi clair, esthétique et ses colorisations rendent parfaitement des ambiances toutes particulières, celle des paysages méditerranéens ou des intérieurs du XVII° siècle, avec nombre de citations graphiques de Piranese et d’autres peintres de la Renaissance. La plèbe permet au dessinateur de montrer les belles formes habituelles de ses demoiselles, mais sans excès, restant sur son sujet. Les expressions faciales en revanche sont réellement très percutantes.

Manara s’est toujours intéressé à la création et l’histoire de l’art (le Giuseppe Bergman critiqué sur ce blog portait déjà sur le sujet). Sa description de l’homme Caravage plus que du peintre permet un récit populaire d’une époque fascinante. Très équilibrée, sa série est probablement l’une des plus intéressantes et accessible de la bibliographie du maître de l’érotisme, associant intérêt graphique, historique et artistique. Il est bien dommage que Glénat n’ait pas anticipé la publication d’une intégrale augmentée pour les fêtes de Noël tant Caravage ferait un très beau cadeau.

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Sambre VIII: celle que mes yeux ne voient pas…

BD du mercredi

BD d’Yslaire
Glénat (2018), 70 p., série Sambre 8 volumes parus sur 9.
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Le premier Sambre est paru au milieu des années 80. Le trait était encore hésitant mais l’identité graphique déjà la, faite de rouges sang et de cendre, de trognes terribles semblant illustrer un monde où rien n’est beau dans l’âme humaine, univers romantique misanthrope dépeignant une famille maudite et consanguine malgré elle dans les creux de l’Histoire. Ce que mes yeux ne voient pas est le huitième tome et devait être le dernier du second cycle, et donc de la série. Yslaire fait cependant bouger sa saga à mesure qu’elle avance, n’hésitant pas à revenir sur des plans parfois sérieusement annoncés (notamment l’ultime cycle de la Guerre des yeux qui devait se passer aux temps antédiluviens). On se retrouve donc avec un neuvième tome annoncé qui, j’espère saura clôturer définitivement une des séries majeure de la BD franco-belge. Vous trouverez un guide de lecture sur l’ensemble des chroniques des yeux rouges ici.

Judith, la fleur de pavé, jumelle abandonnée de Bernard-Marie, a suivi le fil de sa destinée en devenant prostituée à Paris. Son jumeau, élevé dans l’ombre de sa tante aveugle et l’isolement du domaine familial de Roquevaire, se passionne pour les papillons. D’aucuns voient déjà dans sa passion une proximité avec celle de son grand-père Hugo. L’ambition de l’un et de l’autre avancent en parallèle, comme les deux côtés d’un miroir qui les relie à distance. Comme deux incarnations de Hugo et Iris, les amants maudits à l’origine de la déchéance…

Il est toujours compliqué de lire une série s’étirant autant dans le temps. Les dernières années ont beaucoup été centrées sur la Guerre des yeux, désormais achevée, il était normal que l’auteur se remette à la série principale, énormément enrichie par les vies des ancêtres, et notamment par le premier cycle Hugo et Iris, pour moi la meilleure portion de l’ensemble de la saga. Le retour du tome 5 était marqué par une étonnante et salutaire bienveillance, la fille aux yeux rouges était probablement le seul personnage avec Guizot qui s’attire une tendresse d’Yslaire. Naviguant dans le monde des Misérables, elle finit par s’en sortir grâce à l’amour qu’elle est capable de porter à son prochain, contrairement à toute la famille de Sambre contaminée par la malfaisance que l’on connaît désormais du patriarche Augustin et du père d’Hugo, Maxime-Augustin.

Mais depuis le tome VII c’est un retour sur les jumeaux abandonnés par leur mère qu’il nous est donné de suivre et la fin de la lumière… Dans la France du second Empire Judith n’a d’autre espoir que de vivre de sa chaire quand Bernard-Marie semble tout comme elle condamné par sa lignée maudite. Si la description de la société bourgeoise et celle des bas-fonds (l’un jamais loin de l’autre) sont toujours aussi cliniques, la principale faiblesse de ce tome est une impression de sur-place sans perspective positive pour l’un comme pour l’autre. Si chaque personnage principal des albums de Sambre a toujours œuvré à s’extraire de sa destinée, on ne ressent pas cela ici. Le fragile équilibre de Sambre repose sur cette étincelle d’espoir porté par une brochette de personnages glissant sur le borde de l’abîme de leur époque. Le Tome VII conservait cela, ce n’est pas le cas du huitième qui paraît simplement prolonger le précédent. Pas de trace de Julie, à peine une apparition de Guizot, l’un des fils conducteurs de la saga de par sa position dedans-dehors, sorte d’observateur intemporel des malheurs des Sambre… L’album tourne autour du thème du miroir, avec l’apprentissage de la photographie par Bernard-Marie et du reflet renvoyé aux courtisanes qu’aspire à devenir Judith sur les traces de sa grand-mère. L’Histoire disparaît également comme les références (les bagnardes du V, images très puissantes rappelant Jean Valjean). Résultat de recherche d'images pour "sambre tome 8"L’album est cependant la première réelle liaison entre la série mère et la Guerre des yeux avec de nombreuses références à Hugo & Iris, ce qui était attendu.

La saga des Sambre est un travail de titan et très certainement d’une précision chirurgicale dans les notes d’Yslaire. La complexité des thèmes, des liens entre albums et des rappels incessants entre époques, personnages et Histoire est phénoménale. Qu’il s’agisse d’une certaine lassitude ou d’un vrai raté de rythme, cet avant-dernier volume semble moins maîtrisé, patiner quelque peu dans la progression narrative. Les dessins, toujours aussi percutants marquent également une baisse de concentration dans les arrières-plans un peu vides, signe qu’Yslaire se lasse? Il n’est rien de plus difficile que d’achever une création. Bernard Yslaire arrive au bout de l’œuvre de sa vie. Sait-il comment l’achever? Veut-il l’achever? Nous l’espérons et lui laissons volontiers le temps qu’il faudra pour trouver la note finale à cette oraison sombre et magnifique.

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Sushi et Baggles #6

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Dragonball Super #5

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Ce que j’aime avec Dragonball c’est que par rapport à tant de Manga qui s’étendent sur des dizaines et des dizaines de volumes, ici on est déjà au cinquième tome et le second arc (Zamasu) se termine! Toriyama a toujours aimé jouer sur les espaces-temps (jusqu’à nous présenter par un schéma les différents chevauchements de temporalité) sans se formaliser avec les invraisemblances et Deus Ex Machina tous plus gros les uns que les autres. Cela fait trente qu’il balade ses lecteurs dans des combats toujours impossibles, où les héros n’ont de cesse de monter en niveau devant un adversaire invincible, à affronter des dieux, des rois de dieux, etc… et le pire c’est qu’on marche encore et qu’on en redemande!

Ce volume est donc à cheval entre la fin de l’épisode Zamasu et le début du tournoi des univers qui rassemblera à la demande de Maître Zen-o (le seigneur de tous les univers) les champions des douze univers. Avec un retour attendu du désormais mythique Monaka (!!). C’est donc moins baston, un peu plus d’humour à la sauce n’importe quoi et on revoit des personnages étrangement disparus de la circulation (la Goku family). Bref, business as usual mais j’adore et je continue jusqu’à la fin des temps…

 

Hit girl en Colombie

Je reconnais à Mark Millar une radicalité toute européenne et des concepts qui s’ils ne sont pas toujours révolutionnaires ont pour eux un traitement toujours fun. J’avais découvert Kick-ass au cinéma et le personnage de Hit-girl m’avait bien plu avec son côté bad-ass psychopathe. Je découvre donc le personnage en comics et je dois dire que si l’aspect déjanté et ultra-gore change un peu des BD de super-héros aseptisés, il y a un relent un peu malsain qui s’en dégage. Sous couvert de buter du narco on plonge en plein sadisme sans aucune autre justification ou prise de recul que le fun. C’est un peu court. Le dessin de Ricardo Lopez Ortiz rappelle par certains côtés celui de Kaare Andrews sur Renato Jones (notamment l’utilisation de trames) mais est moins travaillé dans son découpage. La thématique aussi rappelle le 1% killer mais justement, si Renato avait pour lui la morale, Hit-girl dézingue pour le sport uniquement. Millar aurait pu travailler le côté psychopathe en livrant un message sur cette anti-héroïne. On termine un peu épuisé par autant de violence vide de sens, moyennement graphique et l’on oublie cet album vite lu pour se replonger dans le Jupiter’s Legacy du magnat Millar, oeuvre autrement plus ambitieuse.

 

Tales of suspens: Hawkeye et le Soldat de l’Hiver

Excellente surprise que cet album post Secret Wars (Panini comme à son habitude nous relate les dernières évolutions du monde Marvel dans une introduction), qui a la même fraîcheur que le récent Esprits de la vengeance, des albums courts et libérés du carcan de la trame infinie du Marvelverse… Des auteurs qui ne sont pas des cadores de l’industrie peuvent alors se livrer à une enquête simple mais réjouissante, notamment grace à un Hawkeye au tempérament constamment décalé par rapport à la gravité de la situation. C’est très drôle et très bien dessiné par Travel Foreman dans un style assez technique mais à l’encrage un peu léger à mon goût. Sorte de Buddy-story avec deux personnages aux antipodes, Hawkeye l’ado attardé et Bucky Barnes le super-tueur ultra sérieux recherchent une Veuve Noire… officiellement tuée par le Captain lors des événements Secret Wars. On plonge donc en pleine guerre secrète des organismes d’espionnage: c’est dynamique, les séquences d’action très réussies, les dialogues donc sont délirants, bref, on a du bon comics d’espions, sans aucun super-machin (ou presque) et on espère que Marvel sortira d’autres épisodes stand-alone de cet acabit.

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BD en vrac

Soucoupes

Joli objet aux couleurs douces et au regard tendre des auteurs sur un personnage, français moyen qui réagit le plus simplement du monde à l’arrivée des extra-terrestres. Il y a un peu du Tim Burton de Mars Attacks dans cette vision d’E.T. faits de scaphandres métalliques directement issus des visions kitsch de la SF des années 50. Sauf qu’ici les psychopathes criard laissent la place à de gentils observateurs ethnologues qui renvoient à ceux de Duval dans son Renaissance. Disquaire dépressif, le personnage principal est d’abord soupçonneux de ces gens étrangers puis entreprends de montrer la vie moyenne d’un humain moyen: les crises de couple, le sexe, la musique, l’art… On sent un esprit de court métrage animé dans ce petit album très vite lu et qui manque sans doute un peu de substance. Mais la lecture reste agréable, on sourit et profite de la jolie palette d’Obion qui maîtrise ses planches malgré un style désuet qui fait par moment penser à Colas Gutman, l’auteur de Chien pourri.

 

XIII , l’enquête : 2° partie

Cela fait 20 ans que la première partie de l’album spécial sous forme d’enquête journalistique autour des aventures de XIII est sorti. Vingt ans que les auteurs ont échoué à clôturer magistralement en 13 tomes une des saga les plus mythiques de la BD franco-belge. Je ne reviens pas sur les raisons commerciales qui ont poussé trop loin Jean Van Hamme. Pour beaucoup les aventures de XIII se sont arrêtées avec Rouge total, voir une poignée d’albums plus loin. Après un double album en forme de chant du cygne pour le prolifique scénariste belge (avec Jean Giraud en guest) l’Enquête restait en suspens. Entre temps un nouveau cycle avec nouveau scénariste et nouveau dessinateur a été adopté par une nouvelle génération de lecteurs. La question de la parution de cette seconde partie se pose donc. D’autant plus lorsque l’on lit ce qui ressemble plus à un recueil de notes perso du scénariste originel sur ses personnages pour ne pas s’y perdre. Les quelques planches de BD semblent hors sol, sans but. Les rappels biographiques des personnages de la série sont relativement mal écrits et inintéressants. Soit on a lu la saga et c’est inutile, soit on ne l’a pas lue et on  peut éventuellement avoir envie de la lire après cet album. On a ainsi la furieuse impression d’avoir droit à un dossier de presse payant, avec bien peu de matériau original, très peu d’illustrations nouvelles (surtout des vignettes prises dans les albums de la série) et aucun travail de mise en cohérence. Ce qui aurait pu être pensé comme un ultime cadeau un peu luxueux et nostalgique de maître Van Hamme à ses lecteurs échoue un peu piteusement, en ne parvenant même pas à lancer une éventuelle intrigue autour du journaliste. Au final je déconseille cet album à la plupart des lecteurs, hormis peut-être les fans hard-core qui voudront absolument rassembler les deux parties de l’Enquête…

 

Ceux qui restent

Couverture de Ceux qui restentCeux qui restent part du principe du « et si… », ce que les américains appellent l’elseworld ou encore l’envers du décors (que l’on trouvait dans le plutôt réussi Fairy Quest d’Umberto Ramos): que se passe-t’il pendant que les enfants aventuriers partent en volant, la nuit, vers les pays imaginaires, emportés par des créatures magiques? Pendant qu’ils vivent des aventures qui leur font oublier leurs parents, leur quotidien? Je dois dire que l’idée est assez géniale en ce qu’elle retourne totalement le concept de Peter Pan (et son interprétation psychanalytique) et s’intéressant aux parents et en faisant des enfants à la fois des monstres d’égoïsme et des victimes de leur crédulité. Car pendant leur absence les parents se morfondent, la police enquête sur la disparition et le temps s’écoule. La vie est infernale, l’attente d’autant plus dure que le regard des autres empli est de suspicion pour expliquer l’inexplicable. Et le retour, ponctuel mais régulier, de l’enfant en joie de raconter ses passionnantes aventures contraste avec la déprime qui gagne ceux qui restent…

Cet album est techniquement très réussi, son propos essentiellement en narration fait ressentir durement l’absence et l’épreuve de l’inconnu pour les parents. Le dessin à la fois simpliste et très maîtrisé, notamment dans les cadrages en plans larges et le découpage très aéré et horizontal, fait ressentir le temps qui passe, la pesanteur. C’est pourtant toute cette pesanteur qui m’a fait décrocher. Cet album est une dépression de 120 pages, pourtant joliment coloré mais vraiment pesant et sans espoir. Il semble que les auteurs ont voulu prendre le revers des contes, atteindre une noirceur à l’échelle du merveilleux des pays des rêves. Et franchement on ne comprend pas pourquoi proposer une histoire si nihiliste. C’est la même raison qui m’a dépité sur le pourtant acclamé Ces jours qui disparaissent. J’aime les ambiances sombres, les histoires barbares, éventuellement les bad-ending. Mais une intrigue totalement tournée vers le noir, je passe mon chemin.

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Sushi et Baggles #5

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Lazarus #5:

Couverture de Lazarus -5- Génocide programméL’intervention de Forever dans la guerre a été décisive mais a entraîné son incapacité à être déployée sur d’autres opérations et surtout a provoqué une rupture psychologique suite à l’arrêt des prises des drogues qui la conditionnaient. Alors que Johanna dirige les opérations d’une main de fer, l’équilibre entre les familles est bouleversé par la destruction de certaines et l’utilisation des lazares des alliés de Carlyle dans la guerre.

On sent qu’un cycle s’achève et que la nouvelles situation mise en place au cours de ces cinq volumes permettra de développer la suite avec des personnages plus stables. Ce que je reprochais en début de série est donc partiellement résolu et ce monde en guerre est plus passionnant que jamais avec des interactions inter et intra familiales, le chaos psychologique du personnage principal et cette SF d’anticipation tout à fait géniale. Le parallèle avec Game of Thrones est plus pertinent que jamais, ces séries incarnant notre époque au pessimiste très ancré. La suite mettra-t’elle un peu de légèreté dans l’intrigue? Rien n’est moins sur vue la conclusion barbare de ce tome…

 

Ajin #12:

Ajin - Tome 12Ajin est définitivement l’héritier de la série mythique Akira (et publié chez le même éditeur au japon comme en France). Les influences sont nombreuses tant dans le dessin de Gamon Sakuraï, d’une précision et d’une nervosité directement issues du dessin d’Otomo que dans les thématiques et la vision très moderne d’un conflit géopolitique faisant du Japon le centre d’une crise majeure. Ce qui fait la puissance d’Ajin c’est sa radicalité, son ambition: Sakuraï dépeint rien de moins que la plus grosse attaque terroriste de l’histoire, une véritable guerre intérieure menée par l’un des méchants les plus réussis de l’histoire de la BD en la personne de Sato qui vise à bouleverser les relations entre humains et Ajin (thème des X-men…). Ce machiavélique bonhomme semble inarrêtable et l’auteur rivalise d’ingéniosité en exploitant la rupture scientifique apportée par l’apparition des Ajin pour livrer des séquences d’action et de suspens rarement vues en BD! Chaque tome s’enchaîne à une vitesse frustrante en étant autant un plaisir visuel que cérébral. Ce douzième volume (la publication française suit de très près la publication japonaise) poursuit la sidérante attaque de la base militaire par Sato et l’on jubile à chaque action de ce génie du crime. L’intrigue avance peu mais quel plaisir! Ajin est une série obligatoire pour tout amateur de Manga, tout simplement.

 

Eternity:

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La trilogie Divinity était un objet scénaristique fascinant, plaçant dans un cadre classique de superhéros et de création d’une mythologie des thématiques passionnantes que sont la création (du scénariste, du Divinity), le livre, le temps. Eternity, qui est la suite directe, propose une prolongation et une ouverture: aux confins de l’univers, l’Observateur gardien de l’équilibre du temps a été assassiné. L’univers court à sa perte. Dans le même temps l’enfant de Divinity et Myshka a été enlevé, obligeant le couple divin à se lancer à sa poursuite, découvrant des mondes colorés aux lois nouvelles, aux gardiens les questionnant sur leur rôle et leurs pouvoirs infinis. Si Divinity abordait la question du temps et des réalités, dans Eternity les auteurs se font plaisir à développer des mondes fantasmagoriques permettant une liberté créative totale (avec quelques idées un peu old school tout de même…), tout en restant au service d’une idée maîtresse exigeante. Il achève la réflexion lancée précédemment, sur la création (l’enfant, déjà), sur la liberté de l’individu dans un univers codifié et réglementé (l’observateur) et sur le rôle de la lecture dans l’imaginaire d’Abram, le héros divin, sage, que seul sa conscience et son imagination (son enfance passée dans les livres de science fiction comme écho au scénariste Matt Kindt) permettent d’orienter sur un chemin vertueux ou mortel.

Eternity est un magnifique album one-shot, introduit par un superbe prologue de Renato Guedes (vu sur X-O  Manowar #2) permettant de se dispenser de la lecture de Divinity, puis dessiné par l’excellent et très organique Trevor Hairsine. Un ouvrage à part, intelligent qui fait s’interroger sur l’idée de création artistique.

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Sushi et Baggles #4

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Dr Stone #3

Dr. Stone - Tome 3Déjà le troisième tome de cette série très joliment dessinée par un Boichi en mode kawai qui semble se retenir pour ne pas dépoiler ses personnages féminins… On sent de plus en plus l’influence du jeu vidéo et ce tome plus qu’un autre reprend le fonctionnement des jeux de gestion avec l’acquisition de compétences et de niveaux progressifs pour la civilisation scientifique: d’abord l’age de pierre, puis du fer, puis du feu et enfin de l’électricité… Ce volume est centré sur la découverte par le héros du village de la jeune fille rencontrée au tome 2 et peuplé de natifs de l’après pétrification. L’humour et l’intérêt pédagogique retombent un peu par manque de révélations. On se rend compte que si le concept des découvertes scientifiques expliquées comme dans un Sciences et vie est sympa, il ne suffira pas à tenir en éveil le lecteur pendant des dizaines de volumes. A la vitesse à laquelle Senku avance dans l’histoire des sciences on commence à saisir que l’objet du manga n’est finalement pas la survie dans la nature mais plutôt la confrontation de deux civilisations surgies ex-nihilo, du world-building en manga. Il faudrait que ça rebondisse assez vite derrière sinon je risque de me lasser.

 

Couverture de Ninjak -1A- L'ArmurerieNinjak #1&#2:

Première relative déception depuis que j’ai commencé à lire des comics Valiant! Alors que Ninjak est un personnage central de l’univers partagé, très charismatique (une sorte de Batman moins perturbé et beaucoup plus fort physiquement), cette série est assez mineure pour son début, avec cette histoire d’infiltration d’une multinationale du crime dirigée par des super-assassins freaks. Les séquences d’infiltration sont très chouettes et l’univers des super-espions fun. On aurait pourtant aimé une origin story et l’on doit se contenter d’une avancée très progressive et décousue de la formation du héros entrecoupée de combats enCouverture de Ninjak -2- La Guerre des ombres mode boss de fin de niveau et parfois un peu WTF. Le dessin est inégal, entre les très bons Segovia et Man et les dessins médiocres de Juan José Ryp qui tranchent avec une certains classe à la James Bond qui sied au personnage. Les deux autres volumes permettront peut-être de rehausser l’intérêt, mais pour un début, sans être mauvaise, cette BD est assez dispensable. Dommage, j’espère que le reboot que Bliss sort en avril prochain sera plus ambitieux.

 

Lazarus #3: Conclave

Le terrible chef de famille Hock a mis la main sur Jonah, le frère de Forever et traître à la famille Carlyle. Un Conclave, réunion judiciaire de toutes les familles, est réuni pour trouver une solution au problème de cette détention. Enfermés sur une luxueuse plateforme en mer, Carlyle et Hock manigancent pour éliminer l’autre en usant de toutes les manipulations techniques ou d’allégeance des autres clans. Alors que Forever retrouve dans les autres Lazares des proches, la question de son appartenance réelle à la famille Carlyle revient sur la scène…

Cette série perturbe un peu par ses changements brutaux d’environnement, tantôt les déchets, ici le gratin des familles, Forever restant le seul fil conducteur. Ce personnage impitoyable, fort et dans le doute est touchant et très bien construit, comme tous les personnages du reste. Ce volume est le plus intéressant depuis le début de ma lecture, à la fois graphiquement et thématiquement. Encore une fois on s’accroche devant les dessins en essayent de trouver de la précision dans les visages… Encore plus frustrant quand on voit les très jolies couvertures originales. Bref… Quand je découvre qu’une série TV est en préparation chez Amazon mon sang ne fait qu’un tour et j’imagine déjà dans cette future série le successeur à Game of Thrones!

Lazarus #4:

Même constat que précédemment avec la mauvaise idée de casser à chaque début volume les très bons cliffhangers du précédent avec une rupture chronologique ou géographique complète. Du coup on mets quelques dizaines de pages à se raccrocher, le trait particulier n’aidant pas à repérer les personnages. Après un prologue intriguant on découvre un monde où la guerre déclarée entre Hock et Carlyle fait rage. Ce tome est un concentré d’action puisque Forever est plongée en pleine zone de guerre et va pouvoir faire parler ses incroyables talents guerriers. Je découvre que la série (ou plutôt le premier cycle) s’arrête dès le tome 5 alors que l’on commence juste à entrer dans le feu de l’action… Ce tome est néanmoins l’un des plus réussi depuis le démarrage.

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Sushi et Baggles #3

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Radiant #10

Ce dixième volume clôture l’arc des chevaliers-sorciers qui a un peu déporté l’intrigue des Nemesis vers l’affrontement Nature/sciences entre le royaume de Cyfandir des chevaliers-sorciers et les barons-marchands alliés à l’Inquisition. On a donc droit à un épisode séparé entre la fin de la guerre par l’intervention de Merlin et le début d’un nouvel arc qui voit l’équipe du héros retourner à l’Académie Artémis. L’arc des chevaliers-sorciers avait un peu perdu l’humour de la série pour de l’action grand format et des manigances politiques. On retrouve Seth et ses remarques à la con une fois retourné sur la cité des sorciers. On sent que l’univers est vaste et que l’on vient tout juste de le découvrir. L’Anime juste diffusé aidant on imagine que l’on en a encore pour des dizaines de tomes à rechercher le Radiant et c(‘est tant mieux tant Tony Valente parvient à associer rythme, action, humour et une certaine réflexion écologique et sur l’altérite dans ce manga référence.

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Ether #1

Boone Dias est le Sherlock Holmes de l’Ether, le seul humain ayant réussi à pénétrer longuement dans ce monde parallèle où les lois scientifiques semblent remplacées par la magie. Esprit profondément cartésien, ce scientifique de renom considère que même dans l’Ether tout trouve une explication rationnelle! Lorsqu’on le convoque pour découvrir le coupable de l’assassinat de la Flamme d’or, la mythique héroïne défenseuse de la loi et de l’ordre de ce monde, il commence une enquête qui impliquera sa vie privée et questionnera les sacrifices auxquels il a consenti pour pouvoir devenir un cartographe de l’Ether.

Excellente variation sur Sherlock Holmes que cette nouvelle série dont le premier attrait est l’imagination débridée et délirante des auteurs pour créer ce monde magique. Malheureusement le dessin (qui fait penser à celui de Benjamin Blackstone) n’est pas au rendez-vous et ne facilite pas l’immersion du lecteur. La construction est également assez sophistiquée, nous immergeant dès la première page dans une intrigue déjà en place avec plusieurs flash-back qui nous racontent la rencontre entre Boone Dias et ce nouveau monde. Si vous accrochez aux dessins vous passerez un excellent moment qui vous donnera envie de prolonger l’aventure de cette enquête ésotérique. Si ce n’est pas le cas vous risquez de vous contenter de ce moment rafraîchissant à la croisée entre Hellblazer et Black Science.

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Sheriff of Babylon

Attention, one-shot touffu! Tant par un dessin au couteau qui joue énormément (trop?) sur la saleté et la surimpression de textures que par une intrigue que le scénariste fait tout pour faire avancer trèèèès lentement, cette intrigue ethno-géopolitique se mérite. Un peu à la manière d’un Black Monday Murders il faut faire ses preuves pour mériter cette lecture! La connaissance du terrain par l’auteur (ex agent de la CIA) se ressent, trop sans doute, en l’empêchant de décoller sur un scénario simple, accaparé qu’il est à faire ressentir la complexité locale, la chaleur, et à sortir des clichés américains. Sur ce plan l’album est une réussite – qui n’est plus si rare dans le milieu du comics Indé. L’organisation autour des trois personnages typés aurait dû aider le lecteur à suivre le récit mais la déconstruction et le côté tardif du sens de tout cela retarde d’autant l’immersion dans un album que l’on lit un peu trop extérieur pour vraiment l’apprécier. C’est dommage car ces personnages sont réellement intéressant et le héros, que l’on voit trop peu, est très réussi en faux candide au pays de Saddam. Une seconde lecture aidera sans doute à reprendre les bases pour peu que le dessin (très différent de la magnifique couverture malheureusement…) vous en donne envie. Dommage, la réalité d’une occupation de cowboys violents dans un pays dévasté par les tensions entre groupes est très intéressante. Dans le genre le Green Zone de Peter Greengrass, plus politique mais plus lisible, arrive à transcrire cette ambiance sans perdre le spectateur. Un album bien surévalué à mon goût.