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Cannibal

esat-westComic de Jennifer Young, Brian Buccellato et Matias Bergara
Glénat (2018) – Image (2016), 94 p., épisodes 1-4.

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L’album a été lu en numérique, donc hormis la maquette reprenant l’habillage d’une bouteille de Whiskey, aucun bonus hormis les couvertures des épisodes, ce qui est rare dans les comics.

Cannibal vous transporte dans l’Amérique profonde, celle que les scénaristes américains illustrent de plus en plus dans leurs récits de genre, en cette période de Trumpisme où une Nation s’interroge sur son sort et sur la viabilité à faire encore cohabiter des populations si différentes et notamment un Sud réactionnaire, violent, anti-autorité. Car sous un habillage d’histoire d’horreur se cache surtout la chronique d’une fratrie de la Louisiane, un endroit où le centre est le bar, où tout le monde se connaît et où on chasse les étrangers (entendre « étranger au comté »…) à coups de barres de fer. Surtout, un endroit où comme jadis dans l’Amérique pré-Union, les habitants se font justice eux-même en vague forme de milice et où le Shériff bien loin de sa tutelle ferme les yeux. Un univers où la petite amie est gogo-danseuse et où le héros défonce un concurrent juste au cas où…

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L’esprit des scénaristes n’est donc pas à dresser des proximités entre lecteur et personnages. Je ne sais si c’est le dessin ou la construction mais on a du reste un petit peu de mal à suivre qui est qui entre tous ces grands gaillards redneck. La seule once de fantastique reste cette rumeur lancinante qui revient discrètement qui nous fait comprendre que certains deviennent cannibals et l’album s’ouvre et se termine sur une telle scène. C’est tout. Pour une série titrée Cannibal on peut considérer qu’il y a tromperie sur la marchandise. Je ne dirais pas cela mais simplement que l’action tarde un peu à venir comme l’enquête de ce shériff noir très zen qui sait gérer sa population de sang chaud. Le cœur de l’histoire, très bien dessinée (un peu à la manière de Sean Murphy) est intéressant à suivre et l’on a envie de connaître la suite. Ce premier volume de Cannibal est à consommer tranquillement, au calme, sans s’énerver. Il ne vous retournera pas mais vous fera voyager dans un lieu où l’on a pas très envie de vivre et cette immersion convaincante justifie sa lecture.
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BD·Rapidos

Poet anderson

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Comic de Tom De Longe, Ben Kull et Djet
Glénat (2018)  – Lion forge comics (2015), 96 p. format souple.

601 POET ANDERSON[BD].inddLe format comics léger et peu cher est inséré dans une jaquette couleur. La couverture est très attirante avec un dessin type manga. Une interview assez vide conclut le volume, où le principal intérêt (pour qui n’est pas un fanatique de l’auteur Tom De Longe) réside dans les illu de concept très sympa, De Longe ne disant que des platitudes qui ne nous apprennent rien sur la BD et sa réalisation. Étonnant…

Le monde des rêves existe! Deux frères sont des Poets, dotés de la capacité de circuler entre les deux mondes et de « rêver éveillés ». Ils vont se retrouver au cœur d’une terrible machination du maître des cauchemars qui aspire rien de moins que semer le chaos sur le monde réel…

Poet Anderson – the dream walker est un coup marketing réussi comme les américains en ont la science. L’interview de Tom De Longe reflète un projet multi-médias qui semble avoir été montée pour développer et vendre une création pensée comme un clip et non comme une BD. Attention, je ne dis pas qu’il s’agit d’une mauvaise BD, loin de là! Simplement la communication faite autour d’un objet très graphique est à l’échelle d’un gros projet ambitieux… ce que n’est résolument pas Poet Anderson, que je vois plus comme un sympathique one-shot. Image associéeC’est dommage car le travail sur l’univers visuel est vraiment sympa, les design très réussis et l’idée d’un passage entre le monde réel et celui des rêves, si elle n’est pas franchement révolutionnaire, reste toujours sympathique avec beaucoup de possibilités (on se souvient de Matrix pour ne citer qu’un exemple). Le délai entre la première publication du tome 1 et un second volume qui ne pointe toujours pas le bout de son nez me laisse très pessimiste sur une suite à cette histoire. Personnellement je n’aime pas les histoires qui n’ont pas de fin et les auteurs (surtout réputés) qui ne respectent pas leurs lecteurs. Du coup je reconnais que j’ai un sentiment ambigu après la lecture de cet album…

Mais concrètement qu’avons-nous? Comme dit en résumé, Anderson est le sauveur attendu pour équilibrer les deux mondes face à la menace apocalyptique d’une perversion du monde réel par l’entité maléfique issue des cauchemars. Les concepts et personnages lancés par ce tome sont nombreux et relativement riches, les thèmes archétypaux et mythologiques (le Mal, la fée,…) sont également toujours de bons points pour une histoire fantastique. Le drama est à la hauteur (bien que l’histoire avance très vite) avec dès la fin de ce premier volume, un danger bien palpable qui donne du corps à cet univers. Il y a bien quelques facilités de construction avec ces aller-retour des deux frères entre les deux mondes et la temporisation dans l’apparition des pouvoirs du héros, mais globalement on a un comic-manga très sympathique et visuellement assez réussi (très coloré).

Je suis assez gêné car peut-être que dans cinq ans après la clôture de l’histoire en 3-4 volumes je serais dithyrambique sur un monde fantastique puissant et onirique, mais le risque d’un album mort-né me laisse sur mes gardes… L’impression que la BD n’est qu’un gadget autour d’un court ou long métrage d’animation fait craindre le simple objet promotionnel pour le groupe de rock de De Longe… Je vous laisse juges…

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BD·Mercredi BD·Nouveau !

La Mort Vivante

BD du mercrediBD d’Olivier Vatine et Alberto Varanda
Comix Buro/Glénat (2018), 72 p., one shot.

couv_340011Deux éditions de l’album sont sorties en simultané, l’édition normale colorisée (très légèrement) par Vatine avec l’assistance de la grande Isabelle Rabarot et une édition grand format n&b avec un cahier graphique de 16 p. Après lecture je ne saurais dire si le n&b est à préférer, je n’en suis pas certain tant la colorisation écrase sans doute un peu les encrages mais reste très légère et rehausse en revanche certaines cases peu dessinées. Le principal argument de l’édition spéciale restera sans doute le cahier graphique et le grand format (mais n’ayant eu sous la main que la première je ne saurais confirmer). L’album a un vernis sélectif sur le titre et des sections de la quatrième de couverture.

La Terre après une contamination ayant poussé l’humanité à fuir vers Mars et les astéroïdes du système solaire. Tout ce qui a trait à l’ancienne Terre est prohibé, laissant la place à un juteux marché d’antiquités, au premier chef desquels les livres. Martha voit sa fille mourir accidentellement lors d’une fouille et fait appel à un grand scientifique pour l’aider dans un projet très personnel et terrifiant…

Si un album a été attendu c’est bien celui ci! Cinq ans après le troisième tome d’Elixirs, la série fantasy qu’il dessine dans le monde d’Arleston, le virtuose Alberto Varanda dont on a pris l’habitude à imaginer le nombre d’heures passées devant chaque case d’une minutie délirante revient avec une nouvelle adaptation d’un roman de Stefan Wul, le dada d’Olivier Vatine depuis quelques années et son assez réussi triptyque Niourk. Pour le coup l’éditeur Comix Buro (en co-édition avec Glénat) a abandonné la ligne graphique de la collection pour offrir un ouvrage qui se veut une pièce de choix dans votre bibliothèque. L’évènement éditorial est donc reconnu (seule chose étonnante, la date de sortie…) et pour cause, les 68 planches sont, sans aucune exception, à tomber. C’est donc la première réussite de l’album, qui n’était pourtant pas évidente du fait de la nouvelle technique utilisée par l’auteur pour cet album. Varanda expérimente beaucoup depuis de nombreuses années, la sculpture, la peinture, et ici une simili gravure qui vise à rappeler Gustave Doré ou à Gary Gianni par moments. Son trait hachuré pourra vous sembler forcé, inadapté. Résultat de recherche d'images pour "mort vivante varanda"Pourtant c’est bien le regard global de la case et de la planche qu’il faut privilégier. L’œil incrédule découvre alors des textures, des atmosphères uniques qui ne s’expliquent pas. Pourtant Varanda est un maître des contrastes et personnellement je craignais de perdre ces encrages très forts qui font la qualité de ses dessins. Alors oui, le style connu depuis Bloodlines ou Paradis Perdu a changé, plus doux, plus fort aussi. L’ambiance gothique de château isolé dans la montagne enneigée est absolument magnifique. L’ouvrage est tout simplement une œuvre d’art.

Vient alors le scénario, élément qui n’est pas forcément le point fort de la biblio d’Alberto Varanda. Vatine avait montré sur Niourk sa qualité de narration (personnellement j’ai été assez réservé sur son Angela). Il propose ici une histoire de docteur Frankenstein, teintée d’une mélancolie qui colle bien à cette ambiance. On apprécie autant l’effort important de contextualisation  de cet univers SF qu’on regrettera d’en savoir finalement si peu. Cette histoire aurait en effet pu se dérouler sur au moins deux tomes… en se heurtant à une impossibilité: il aurait fallu attendre cinq ans de plus pour que le maître réalise un autre album et il aurait été totalement invendable de refiler un autre volume à un illustrateur différent. Bref, il est vrai que la chute de l’histoire peut sembler brutale, trop rapide. Pourtant avec une telle pagination, on ne peut attendre à la fois des planches contemplatives, un rythme captivant et une histoire qui s’étire. J’ai trouvé la conclusion, si ce n’est extrêmement originale, très convaincante et cohérente. En outre, je ne connais pas l’ouvrage de Wul et ne sait dans quelle mesure les auteurs s’en sont éloigné. Le problème des adaptations…

Je finirais cette chronique en disant que pour moi l’attente a été totalement récompensée, associée à une réelle surprise, aussi grande qu’une inquiétude réelle d’être déçu. Courez dévorer ces dessins sublimes, plongez dans cette ambiance sombre et mélodieuse et surtout, si vous ne connaissiez par Albeto Varanda, dépêchez-vous de rattraper votre retard!

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Eternel Hiver

BD de Rafael Vargas et David Munoz,
Glénat comics (2018), 128 p., N&B.

couv_328660Glénat propose avec sa collection « comics » Flesh and bones, des récits one-shot de série B axés horreur et dotés de couvertures très alléchantes. Le format est celui des comics mais pour le reste on est bien dans la tradition BD européenne. Christophe Bec, désormais plus scénariste que dessinateur et participant à un nombre impressionnant de projets (… pas toujours avec la qualité malheureusement) est une des chevilles ouvrières de la collection.

Pour Eternel Hiver ce sont deux auteurs espagnols qui officient et c’est une de leurs premières publications grand public. Cela a une incidence sur le niveau d’exigence qui est celui d’un premier album d’auteurs débutants. Le scénario, très classique comporte ainsi quelques maladresses en matière d’enchaînement et de rythme; Résultat de recherche d'images pour "eternel hiver munoz"le dessin est lui loin d’être honteux et comporte quelques très belles visions, plutôt encrées. Mais la technique reste hésitante sur des détails techniques, des visages, des anatomies, qui rendent l’ensemble sympathique mais loin des canons professionnels. Personnellement je suis toujours plus tolérant sur des dessins moyens de débutants (un certain Ronan Toulhoat était dans cette catégorie il y a pas si longtemps) que sur ceux d’un auteur confirmé. Ce qui est surprenant c’est la longueur de l’album pour une histoire plutôt simple. Le format imposé par la collection entraîne ainsi une dilution de l’intrigue avec nombre de redondances. Les bonnes idées existent pourtant, a commencer par le retournement de l’origine des vampires qui sont vus comme des créatures divines… C’est original et entraîne quelques réflexions en sortant le lecteur de ses habitudes sur le genre vampirique. Malheureusement cela ne va pas beaucoup plus loin que cela et hormis le plaisir manifeste des auteurs (le scénariste a officié essentiellement sur des histoires de vampires) de se placer dans un Moyen-Age obscure et neigeux, l’album fait du surplace.

Un album courageux mais à réserver aux fanatiques d’histoires de vampires médiévaux et à ceux qui veulent donner un coup de pouce à des auteurs en début de carrière.

 

East & West·Manga·Nouveau !

Dragon ball super #4

esat-westManga de Akira Toriyama et Toyotaro
Glénat (2017-2018) – Ed. Japonaise Shueisha (2015), 4 vol parus en France (6 au Japon).

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Toujours autant de plaisir à lire un nouveau dragon Ball! Ce volume est l’avant dernier de l’arc de Goku black (qui se terminera donc au tome 5 à paraître le 7 novembre).

Après la fuite de Goku et ses compagnons dans le temps Trucks est sauvé in extrémistes. Alors qu’interviennent les Kaïo Shin de plusieurs univers, le détournement des règles par Zamasu oblige Goku et Vegeta à dépasser leurs limites pour empêcher qu’il n’achève son « plan zéro humains » et menace la marche même des univers…

Cet album est clairement axé action après quelques va et viens scénaristiques sur le voyage temporel et les rôles et pouvoirs des Kaïo Shin. Comme je l’avais expliqué dans le précédent volume, Akira Toriyama a tellement développé son univers fictionnel qu’il a parfois du mal à conserver une cohérence… mais en a-t’il l’envie? Personnellement je ne crois pas et ce qui anime cet auteur est bien l’action et le dynamisme au sein de personnages hauts en couleur et désormais très familiers. Il a un vrai talent pour créer des personnages, à la fois visuellement et sur le plan du caractère. A ce titre, si les héros ne changent guère de ce à quoi on est habitués, Toriyama introduit une étonnante subtilité en la figure (double) de Zamasu, en proposant pour la première fois dans cet univers (… depuis Végéta?) un soupçon de psychologie expliquant les raisons des agissements du méchant. On quitte un peu le manichéisme de la série pour proposer une réflexion sur les motivations profondes: Zamasu se serait-il trompé? Peut-il revenir en arrière? A-t’il peur de la puissance de Goku? C’est inattendu et bienvenu car cela relance un certain suspens dans un volume dont la plus grande partie est constituée du combat de Goku et Vegeta contre Black et Zamasu.

Du coup on perd un peu l’humour de situations qui avait prévalu dans les premiers volumes de la série mais on retrouve avec toujours autant de plaisir les débats sur les différents niveaux de pouvoirs des Sayans, les entraînements en urgence, les morts pas vraiment morts etc; bref, tout ce qui a fait le succès de Dragon Ball depuis tant d’années. Dans le combat les auteurs parviennent même à nous surprendre avec quelques trouvailles vraiment sympa (comme ces « portails »…) et nous laissent en plein suspens alors que le combat n’est pas prêt d’être fini.  DBS reste donc une série familière, qui se consomme et s’attend avec toujours autant de plaisir, sans nécessité de suivre la série animée (que je n’ai personnellement pas vue).

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Fairy Quest

La trouvaille+joaquimComic de Paul Jenkins et Humberto Ramos
Glénat (2012-2015), série en 2 vol/4 prévus.

161751_cAvec Humberto Ramos il y a un truc en plus. A l’époque de son grand comic Crimson je me souviens qu’un pote me l’avait montré, en pâmoison… Moi le côté « sauce tomate » m’avait paru un peu ridicule. Par la suite j’ai regardé de loin ses productions avec une grande attirance pour son design, pourtant assez simpliste et très cartoon. Le bonhomme a une relation un peu particulière avec l’industrie en ce qu’il a commencé chez Wildstorme, un label d’auteur indépendants fâchés avec le système des majors de la BD américaine que sont Marvel et DC et qui ont donné des trucs très novateurs dans les années 90 comme Witchblade, DV8 ou Battle Chasers. Tous ces auteurs sont depuis rentrés dans le rang mais ils gardent un caractère particulier, et surtout j’ai vraiment commencé les comics avec ces séries… Il y a quelques années Ramos a commencé à bosser en Europe, sur la série mystique Revelations puis un spin off de Kookaburra chez Soleil et enfin, Fairy Quest chez Glénat, que je vais vous présenter aujourd’hui. La série doit comporter quatre tomes, dont deux sont sortis en 2012 et 2015.

A Bois-des-contes règne le pouvoir implacable de Grimm: les personnages de contes Variants qui ne suivent pas le script de leur histoire sont pourchassés et condamnés au vide-tête! Mais le Chaperon rouge et son ami le Loup ne comptent pas se laisser faire et s’échappent avec pour objectif de rejoindre Vrai-monde…

https://www.fant-asie.com/wp-content/uploads/2012/07/Planches-Fairy-Quest-2.jpgRamos n’est donc pas le meilleur dessinateur de comics qui soit. Son dessin aux gros pieds et trognes mignonnes n’est pas très technique… mais a diablement du style, de la consistance, une personnalité! Sur le récent Extraordinary X-men il apportait déjà un je ne sais quoi de spécial à une histoire relativement banale. Ici son trait et les couleurs de son comparse Leonardo Olea (magnifiques) donnent une texture entre le manga et le graphisme de jeux vidéo à cet univers des contes. Il parvient notamment à donner un vrai caractère au couple Rouge/Lou’ qui entraîne le lecteur sur leurs traces avec une vraie tendresse. Le méchant Grimm est également très réussi. Mais ce sont finalement les planches en plan serré qui sont les plus réussies, l’artiste mexicain délaissant (comme souvent dans les comics) ses arrières-plans.

Résultat de recherche d'images pour "fairy quest ramos"Je ne connaissais le travail de Paul Jenkins que sur son diptyque avec Humberto Ramos Revelations, enquête policière occulte dans les églises du Vatican, dont l’ambiance et la construction m’avaient marqué à l’époque. Ici il montre également son talent: il n’est jamais facile de tenter une variation sur l’univers des contes. Beaucoup s’y sont essayé, souvent de façon compliquée (comme sur City Hall). Dans Fairy Quest, si l’intrigue est très linéaire (une course-poursuite), le traitement des personnages connus est très intéressante. D’abord par-ce qu’il ne commet pas l’erreur d’en faire le point central de son histoire. Les deux héros sont Rouge et Loup, les autres personnages ne sont qu’une coloration donnant de la texture à l’univers et l’on ne peut qu’apprécier leur caractère original lors de leur apparition rapide. L’idée de la dictature et du libre-arbitre est également intéressante et permet d’aborder la psychologie des monstres et de prendre les lecteurs à contre-pied (en mode « psychanalyse des monstres de contes de fée… »).

On prend plaisir à trouver des lieux connus et des personnages à contre-emploi et l’affrontement parallèle entre Grimm et Andersen (là aussi l’on retrouve l’idée forte de City Hall) crée un background qui donne envie de connaître la suite et le hors-champ (pourquoi on en est arrivé là?). Les dialogues entre Rouge l’éternelle optimiste et le grognon Loup qui voit des problèmes partout sont très drôles et assurent la « prise » avec le lecteur. Cette série à la parution lente est une vraie bonne surprise que je n’avais pas vue sortir il y a cinq ans et j’espère vraiment que les auteurs assureront sa clôture en quatre tomes comme prévu car le deuxième volume nous laisse en suspens avec une grosse envie de retourner en compagnie du gros poilu et de la petite fille encapuchonnée!

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Sanctum

esat-westMagna de Boichi et Masao Yajima
Glénat (2012), série finie (5 volumes).

Lu en numérique grâce à Iznéo.

150597_cJ’ai découvert Boichi avec Sun-Ken Rock puis Wallman, et chacune des traduction de ses publications (tout récemment Dr. Stone) donne lieu à un gros engouement. Il faut dire que le coréen possède un style graphique très alléchant et puissant.

Sanctum, série courte, propose une immersion dans le monde de l’ésotérisme eschatologique chrétien et toute l’iconographie fantastique que cette mythologie recouvre: conspiration de sectes occultes dans un contexte d’arrivée de la Fin des Temps… Le cadre est classique chez Boichi: une jeune japonaise voit sa famille mourir devant ses yeux et se retrouve liée avec un démon (aux courbes loin d’être démoniaques…) par un pacte. Ce premier volume à la progression complexe (plusieurs sauts dans le temps entre le récit directe et des récits secondaires de certains personnages) est plus dans la comédie familiale naïve typique de Boichi que dans le fantastique. Pourtant l’on a déjà quelques fulgurances visuelles de l’auteur et l’environnement général est en place en attendant de comprendre quel va être le rôle de l’héroïne: un trio d’amis (le blond voué au célibat, le brun marrant, la fille orpheline), une société multinationale impliquée dans l’armement, un démon qui fait commettre des crimes à des hommes faibles, une organisation secrète liée au Vatican et une secte organisant des orgies mystiques…

Ce volume est donc une mise en place mais suffisamment accrocheuse visuellement et thématiquement pour donner envie de lire la suite, surtout que l’on ne part pas pour une série fleuve. Pour ceux qui ne connaissent pas Boichi ça peut être une bonne porte d’entrée: des personnages caricaturaux, un humour visuel appuyé en même temps que des séquences très réalistes et belles, un peu de baston et quelques courbes féminines. L’album est en outre agrémenté de quelques pages finales expliquant quelques termes « techniques » autour de l’Ancien Testament et les éléments mystiques autour des prophéties millénaristes.