C'est lundi...

C’est lundi, que lisez-vous? #6

Fin d’année très frustrante car énormément de BD (anniversaire en novembre gavé de papier) et absolument pas eu le temps avec la famille et tout. Donc je vais essayer de reprendre en équilibre entre séries à avancer (manga), BD et rubriques imposées par le blog…

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

Couverture de Yin et le dragon -1- Créatures célestes

Rythme imposé par le blog et les BD empruntées à la bib et qu’il faut rendre…

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

couv_261754nils-tome-2-vfCouverture de Les tuniques Bleues -61- L'étrange soldat Franklin

Couverture de Sun-Ken Rock -4- Tome 4Le Joueur d'échecs

Ce coup-ci je m’y mets à Nils en contexte confortable. J’ai trop aimé le tome 1 et le 2 semble encore plus beau… Le tunique bleu pour Iznéo et la suite de Sun-ken Rock. Enfin, le joueur d’échec qui me faisait très envie mais finalement bof. Faut que je me mette dedans sans doute.

3. Que vais-je lire ensuite ?

Horde du contrevent 01.  Le cosmos est mon campementFées et Amazones

Couverture de Wallman -1- Volume 1

Le triomphe de Zorglub (je sais pas ce que c’est mais on verra bien…) et la Horde du contrevent, adapté de ma dernière grande claque littéraire SF. Il faut que je me mettre sur les artbook que j’ai reçu à mon annive et que j’ai pour ambition de chroniquer ici sous une forme à définir. Côté Manga, Wallman de Boichi, découvert sur Sun-Ken Rock et dont le graphisme et les séquences d’action semblent prodigieuses (de quoi me faire oublier mon deuil de Masamune Shirow). Enfin, la prépub du nouveau cycle des passagers du vent.

Et vous? Déjà du retard? Décoré quoi pendant les vacances?

Donnez vos lectures du moment en commentaires, ça m’intéresse!

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BD·BD de la semaine·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Retour à Belzagor

BD de Philippe Thirault et Laura Zuccheri,
adapté du roman « Les profondeurs de la terre » de Robert Silverberg
Les Humanoïdes associés (2017), 2 tomes parus.
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Les deux volumes ont été lus en version numérique, aucune information sur le travail d’édition/fabrication.

Sur Belzagor, après la décolonisation des exoplanètes survenue une vingtaine d’années plus tôt, la cohabitation se passe paisiblement entre humains et peuples autochtones intelligents, les Nildoror, sortes de pachydermes vaguement anthropomorphes et les Sulidoror, géants simiesques mutiques. L’ancien responsable colonial Gundersen reviens de son « exil » sur Terre et semble désireux de régler des comptes avec des évènements survenus dans sa jeunesse sur ce qu’on appelait alors Terre de Holman. Embauché par des ethnologues il va diriger une expédition secrète vers le sanctuaire sacré de la « Renaissance » qui va dévoiler des secrets enfouis sur cette planète très particulière.

album-page-large-32222Ce que l’on peut dire de ce double album c’est que le choix de communication de l’éditeur est celui du moindre risque. Qu’il s’agisse du titre, du type de dessins et jusqu’à la typo de couverture, tout semble pensé pour attirer les nombreux lecteurs de la série iconique de SF planétaire, Aldébaran et ses suites (de l’auteur Léo). L’on peut comprendre ce parti pris puisque de vraies similitudes existent entre ces deux univers et que les ouvrages de Léo ont plutôt bonne réputation. Personnellement je n’ai jamais accroché… et pourtant, je dois dire que Belzegor m’a pleinement happé et est pour moi l’une des meilleures séries BD de SF depuis quelques années!

Il faut dire que le matériau d’origine est riche et a inspiré pas mal d’auteurs depuis les années 70 (et notamment le Piège sur Zarkass de Yann et Cassegrain, là aussi adaptation, de l’auteur français de SF Stephan Wul cette fois et antérieur à l’ouvrage de Silverberg – j’avais moyennement aimé). Les thèmes de la décolonisation, de la découverte ethnologique des peuplades autochtones, du respect de l’autre, des03.jpg expériences mystiques ou encore de la communion avec la Nature, sont des thèmes classiques du Planet Opera (déjà dans le chef d’œuvre Dune). Ici les auteurs ont fait un remarquable travail préparatoire de développement crédible (visuellement et fonctionnellement) des créatures, flore et matériels du futur. Le design de Zuccheri parvient à éviter le ridicule que l’esthétique de la SF 70’s a pu parfois développer. La planète qui se dévoile à nos yeux est fascinante et réaliste, imaginative sans que l’on se contente de simples extrapolations de créatures terriennes. C’est un véritable plaisir que de découvrir une planète fonctionnelle et originale, comme l’avait été la visite sur Pandora à la sortie d’Avatar. Je constate années après années combien l’existence d’un univers hors-champ complexe et développé fait énormément à la réussite d’une BD. C’est le principal intérêt et la grande force de cette série de « SF ethnologique ».

Si la relation entre les deux ethnologues peut paraître un peu cliché (le couple en crise renouant les liens en expédition), l’ensemble retour_sur_belzagor_t1_id37221_3_45415_bigdes personnages est intéressant et le mystère du fonctionnement des indigènes dure tout au long des albums de façon très efficace. L’on progresse dans l’intrigue, lentement comme un voyage à dos d’éléphant, mais résolument, ce qui donne une vraie satisfaction de lecteur. Des bribes d’informations, parfois brutales, sont disséminées entre les aller-retours de l’histoire, ce qui maintient la tension. Dans une histoire linéaire (l’aboutissement connu est la cérémonie de la Renaissance) le dénouement est plus important que jamais. Ici les auteurs retombent sur leurs pieds… peut-être un peu rapidement, mais cela reste cohérent, intéressant, bien mené. L’éditeur mène une campagne de communication importante car il sait que cette série est de grande qualité. Elle aurait pu disposer d’un public encore plus large. Personnellement je suivrais ces deux auteurs qui sont une vraie découverte et notamment le cycle des épées de verre dont les quelques visuels que j’ai vu laissent entrevoir du très bon.

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mille et une frasques!

 

BD de la semaine·Comics

Les rivages de l’espérance

Comic de Rick Remender et Greg Tocchini
Urban comics (2016-2017)/ Edition US Image (2015-2017)
Série LOW, 3 volumes parus. Volume 4 à paraître début 2018.

Ayant tenté la dernière série de Rick Remender sur le tard mais résolument conquis, je fais une séance de rattrapage à l’occasion de la sortie du volume 3 début  2017.

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Les éditions Urban produisent un travail remarquable en proposant l’intégralité des couvertures US, un résumé des épisodes précédents salutaire, des interviews et biographies des auteurs ainsi que quelques illustrations préparatoires. C’est très très complet, d’une maquette élégante et adaptée à chaque série. Le bouquin est au format américain en couverture mat avec la désormais traditionnelle tranche noire commune à tous les livres Urban (qui mériterait peut-être d’évoluer au moins dans les collections Indies…). Très classe.

Sur une terre à l’agonie, brûlée par son soleil devenu une géante rouge, l’humanité s’est réfugiée voici des millénaires au fond des océans, créant de nouvelles civilisations alors que des créatures mutantes apparaissaient.

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L’héroïne est une scientifique d’un optimisme débordant (l’exacte opposé du Grant MacKay de Black Science, l’autre série de Rick Remender) qui a repéré le retour possible d’une des sondes envoyées il y a longtemps dans l’espace à la recherche d’une planète habitable. Dans son odyssée vers la surface elle va se retrouver confrontée au destin tragique de sa propre famille. Dans les deux premiers volumes (très différents), Stel naviguait entre espoir et désespoir, voyant sa famille éclatée puis réunie mais subissant les années et l’éloignement. Dans le volume trois elle aboutit enfin à la surface et y découvre une terre encore plus hostile que les océans.

 

ob_e0496b_1819-low03-colorsLow est sans doute l’une des séries Urban dotée des couvertures les plus attrayantes. Coloriste incroyable utilisant des nuances très puissantes Greg Tocchini propose (comme souvent chez les illustrateurs américains) des mises en scènes qui ne donnent qu’une envie, celle de « plonger ». A l’intérieur le choc peut être rude et son style mérite de le digérer avec attention.

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L’illustrateur utilise des effets de loupe pouvant distordre les traits et ses dessins peuvent par moment paraître non finis (peut-être une mode, que l’on pourra trouver par exemple chez Bastien Vivès). Pourtant l’on ne peut pas dire qu’il abandonne ses arrière-plans tant ses cases fourmillent de détails (ce qui peut poser problème sur un format américain, asses compact). Sa maîtrise technique est pourtant impeccable et tant le design général qui a demandé un énorme travail de cohérence (inventer les civilisations qui existeront dans plusieurs millénaires!) que les corps des personnages, tout est in fine magnifique. C’est une histoire de goût et certains n’accrocheront pas, mais je vous assure que cela vaut la peine d’insister et de se plonger dans l’histoire shakespearienne de la famille Caine magnifiquement écrite par Rick Remender, l’un des scénaristes les plus intéressants du moment aux USA.

sjq0pqqk6qnugg1epnz6p2bluevzefnm-page15-1200Ce drame joue au yoyo entre situations totalement désespérée et immense espoir porté par une héroïne très attachante en mère protectrice. Les auteurs présentent une panoplie de vaisseaux sous-marins, d’armements empruntant vaguement à l’Asie (le scaphandre aux allures d’Ange est une grande réussite et presque un personnage à lui seul). Les sociétés isolées sous des dômes ont chacune suivi un chemin différent, de l’hédonisme antique à une organisation collective stalinienne ou des clans pirates décadents… Les humains ont développé une technologie de l’eau mais ne sont que de frêles créatures face aux léviathans qui peuplent les fonds des mers. L’art de la rupture est consommé chez le scénariste et chaque album a une unité spécifique, ne serait-ce que par le temps qui sépare l’intrigue de chaque volume. Les séquences d’action sont en outre très bien menées, avec une mention spéciale à l’évasion du tome 2, séquence d’action parmi les plus impressionnantes qu’il m’ait été donné de voir en BD (que l’on peut même rapprocher de l’acmé du genre à savoir Appleseed de Shirow).

low-splashpage-cropCette série (que l’on espère en durée courte pour ne pas diluer cette densité) est une équipée d’auteurs pas vraiment grand-public mais d’une grande intelligence. Une BD qui se mérite mais qui vous le rend bien, comme pour Tokyo Ghost que j’ai chroniqué il y a quelques temps.

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Noukette!

 

BD

Les élémentaires

Jérôme Hamon, Antoine Carion83430

Soleil – Métamorphose (2016-…). Série Nils t1.

Si l’on sait l’importance d’une couverture pour attirer l’attention, Nils en est une parfaite illustration. Et la promesse de ce magnifique tableau bleuté est en totale cohérence avec le reste de l’album. Le tout est rehaussé d’une typographie en vernis sélectif discret et élégant. Le format est large pour profiter des superbes planches de Carion. Rien à redire sur la fabrication, la collection Métamorphose de Soleil nous a habitué à de la grande classe.

Nils propose de suivre le héros éponyme dans ce qui ressemble à un affrontement entre une société en phase avec les esprits et la Nature et un royaume technologique responsable de la dégradation de cet environnement. Une fable écolo comme l’indique l’éditeur qui pointe très justement l’influence Myazaki. Ceci jusque dans le design rétro de la technologie. La technique d’Antoine Carion, (qui a déjà remporté un franc succès avec son Temujin) démontre s’il le fallait aux sceptique que le numérique peut s’allier excellemment avec un trait brut, voir « tribal ». Nils est un vrai régal pour les yeux. S’il fallait chercher un détail l’on pourrait cependant regretter des arrière-plan un peu vides, ce qui est dommage pour l’immersion dans le monde développé.

Ce premier tome est plein de promesses et si l’histoire et l’univers sont passionnants, l’on reste principalement happés par le trait de l’illustrateur en espérant que cette introduction ne soit qu’un amuse-bouche pour ce qui peut être une des grandes séries des prochaines années.

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Fiche BDphile

Comics

Tokyo Ghost

Rick Remender, Sean Murphy, Matt Hollingsworth91984

Urban comics – Indies (2016)

(version US Image comics 2015)

Ouvrage au format proche du comics, compact, élégant reprenant les cinq premiers volumes des fascicules américains. On notera avec plaisir le délai très court de l’adaptation française par Urban, avec une traduction très correcte. La couverture de l’édition française reprend celle du cinquième volumes américain. L’ouvrage est imprimé en Roumanie. Un cahier de 18 pages de bonus est inclus à la fin, reprenant l’ensemble des couvertures américaines, des croquis sur la création du logo, celle des personnages, sur la mise en couleur (toujours fascinant!) et des biographies des auteurs. La quatrième de couverture indique une histoire en deux volumes, information toujours précieuse. C’est (comme souvent chez Urban) un très bon boulot d’édition.

Rick Remender est l’étoile du comics indépendant du moment, avec des séries comme Fear Agent, Low ou Black science. Les choix d’association graphique de l’auteur ont la particularité d’être particulièrement homogènes et de se rapprocher d’un style européen. Il en est de même des thèmes et traitements que l’on pourra qualifier de « crus »… Il ne s’agit absolument pas d’une BD pour enfants tant les auteurs n’assument aucune contraintes dans leurs souhaits scénaristiques. C’est trash, gore, directe, sans compromis… et très loin du puritanisme codifié des grands éditeurs américains. Un esprit européen à 100% Et on aime!

Les thèmes de Remender ne sont pas nihilistes comme on peut le lire. S’ils sont clairement très noirs, il ressort toujours une forte note d’optimisme. Une clarté forte dans un univers très noir en somme. Dans Tokyo Ghost, nous suivons le chemin sanglant de Led Dent, une sorte de super-tueur à moitié cybernisé et sa dulcinée »tech-free ». Ce duo improbable parcourt un univers cauchemardesque où TF1 a gagné et zombifié l’ensemble de la population devant des programmes télé omniprésents, hyperviolents et pornographiques. Toute ? Pas tout à fait. Au japon survivrait un havre vierge de toute technologie que la multinationale Flak ne tolère plus… L’ensemble de la BD tourne autour de cette dualité technologie/nature. L’idée rappelle le film Wall-E avec ses humains obèses vissés devant leurs écrans, mais dans un esprit plus qu’adulte cette fois. Si un Black science patinait un peu dans ses premiers volumes, le cheminement de ce premier volume de Tokyo Ghost est particulièrement bien équilibré (bien que très tourné vers les carnages) et laisse peu de regrets une fois la dernière page tournée. On attend la suite avec impatience.

Addendum juin 2017: Le second et dernier volume est sorti et confirme largement les espoirs mis dans cette série, la meilleure de Remender à ce jour selon moi. Il est rare d’avoir des séries US aussi courtes et maîtrisées. C’est radical jusqu’au bout et intelligent en diable. Du coup on est pas loin des 5 « Calvin » de notation…

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Fiche BDphile