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Conquêtes: islandia

BD du mercredi
BD Jean-Luc Istin et Zivorad Radivojevic
Soleil (2018), 78 p.

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Je ne suis pas grand fan des séries commerciales de chez Soleil dans lesquelles officie Jean-Luc Istin, du coup je ne connais pas le travail de ce scénariste. Pourtant le concept de cette série annoncée en 5 tomes me paraît alléchante: une planète à coloniser par album, un contexte différent, des personnages différents. Avec une très percutante couverture et un petit truc dans le dessin, cela m’a suffit pour entrer dans l’histoire.

La flotte arrive enfin en orbite d’Islandia après des milliards de kilomètres et trente années de cryosommeil. Une flotte de colonisation. Une planète habitée par des indigènes pacifiques. Mais très vite pour l’oberleutnant Konig quelque chose semble clocher dans cette arrivée. Commence une enquête pour découvrir une conspiration qui va remettre en cause ce voyage sans retour…

Islandia, le premier tome d’une nouvelle série de SF militaire est une très agréable surprise dont je n’attendais pas tant, ayant commencé la lecture surtout pour les dessins de Zivorad Radivojevic. Je découvre cet illustrateur qui a, malgré quelques failles techniques de perspectives, une patte très intéressante qu’il faudrait voir en noir et blanc pour apprécier plus précisément son dessin (la couleur n’est pas honteuse mais très informatique, elle donne cet aspect interchangeable qu’ont beaucoup de comics et de BD de chez Soleil).

Le premier aspect novateur est dans le choix d’une culture germanique à cette flotte de colons avec un design très réussi vaguement inspiré de l’armée du troisième Reich. Istin évite la fausse bonne idée de calquer des idéaux nazis sur cette armée, qui a simplement le comportement classique de toute armée de conquête envoyée là après ce qu’on comprend avoir été un Armageddon sur terre… Aucune information directe de contexte, du pourquoi de la présence de cette flotte mais le scénariste distille quelques miettes qui laissent penser que le contexte général prendra forme à mesure de la lecture des cinq one-shot de la série. J’aime bien l’idée d’un univers cohérent dans lequel nous assistons à des histoires séparées (un peu ce que fait Fred Duval sur ses séries SF). Istin a construit cela avec ses séries fantasy depuis pas mal d’années et a donc de la bouteille.

L’histoire de cet album, après le réveil des militaires et le premier contact du lecteur avec l’héroïne, nous plonge rapidement dans une sorte d’enquête policière entre l’Oberleutnant Konig, son compagnon et l’IA de la flotte. Pas mal de concepts intéressants sont proposés (comme cette IA qui est tout sauf la voix de son maître!) et l’ensemble des personnages secondaires sont étonnamment développés quand on aurait pu s’attendre à des archétypes de jeu vidéo. Istin accorde un vrai rôle à chacun (l’héroïne est très réussie en mère acariâtre et Badass) et malgré l’intrigue nécessairement assez simple du fait du format one-shot, on apprécie les dialogues. La relation avec les autochtones ne propose guère plus de choses que depuis Aquablue (à savoir une vision écologiste face à une société technologique d’invasion) mais pas de faute de gout non plus. Le fin mot de l’intrigue m’a semblé un peu tiré par les cheveux et surtout en décalage avec une ambiance techno-réaliste sur la plus grande partie de l’album. Rien de risible mais l’effet Slasher vu dans une majorité de films de SF se retrouve malheureusement ici.

On reste avec un album très grand public de très bonne facture et dans la moyenne haute pour un produit aussi formaté. De quoi donner envie de lire les autres volumes de la série, pour peu que le niveau graphique soit aussi bon que sur Islandia.

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Comics·East & West·Nouveau !

Seven to Eternity #2

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2018), Ed US Image comics (2016), 2 vol parus

seven-to-eternity-tome-2Je vais aller droit au but sur les deux points négatifs de cet album: l’intervention d’un nouvel illustrateur sur les deux chapitres centraux de l’album (de qualité très moyenne) et la maigreur des bonus proposés au regard des superbes couvertures originales (qu’Urban a choisi de détourer alors que la version US était mise en page au format affiche de cinéma) et des interviews et croquis du t1. Les couvertures alternatives en fin d’album ne compensent pas vraiment ce manque.

Ceci étant dit, parlons de l’album et de la suite du périple des Mosak après leur enlèvement du Roi Fange (la critique du premier tome est ici). Comme je l’avais expliqué, l’univers est touffu, le nombre de concepts très important, mais puisqu’on est dans le second volume ce contexte nous est désormais un peu plus familier. Nous reprenons le voyage alors que des morts ont eu lieu dans la communauté et qu’Adam Osidis est suspecté de vouloir se soumettre au Maître des murmures pour sauver sa vie (il est très malade). Très vite ils sont attaqués et seront contraints de se séparer et c’est bien l’objet de ce volume pour le scénariste (qui semble construire son intrigue un peu comme dans LOW, avec séparation en plusieurs récits parallèles): les trahisons ou suspicions de trahisons au sein de cette « famille » comme Gobelin aimerait la voir.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity trahison"Le design général est toujours aussi puissant et si le scénario prends plus de temps et propose moins de pages démentielles que l’introduction, la relation avec Garils, le maître des murmures, est centrale et absolument fascinante. Ce colosse sème le doute avec une telle subtilité que le lecteur n’a absolument aucun moyen de savoir s’il est sincère ou manipule les autres. Sans doute un peu des deux et c’est ce qui en fait un méchant incroyable. Avec Seven to eternity Remender est en train d’inventer un nouveau concept: l’anti-méchant, pendant du anti-héros et auquel on tendrait à s’attacher!

Nouveau concept de ce volume, le marais, sorte de monde parallèle omniprésent qui peut corrompre l’âme de ceux qui s’y sont physiquement noyés. Via ce « personnage » les auteurs développent le background sans non plus en dévoiler beaucoup. La lecture reste exigeante et demande de la concentration tant on ne nous fais pas beaucoup de cadeaux explicatifs. Mais les réponses viennent plus loin.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity harren"Par certains éléments on revient vers une fantasy plus classique (le village des elfes ailés, proches de la nature) et des thèmes récurrents chez Remender (l’écologie), qui font un peu perdre de l’originalité. Ces passages correspondent aux deux sections centrales dessinées par James Harren et c’est là que le bas blesse. Malheureusement situées en plein cœur du récit, qui plus est avec plusieurs scènes d’action importantes, ce graphisme vraiment pas terrible brise la lecture à la fois thématiquement et quand à l’immersion dans cet univers fantastique. La section finale dessinée par Opena et mettant en face Osidis et ses choix est très puissante et permet de revenir dans l’histoire mais cette rupture de milieu d’album est dommageable sur le plaisir global. J’espère vraiment que cette incursion n’est que passagère et que Opena réalisera l’entièreté du prochain album (à paraître cet été aux Etats-Unis). Du coup je retire un « calvin » à la note du premier tome, sur une série qui reste néanmoins majeure.

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BD·Documentaire·Rétro

Rural!

Le Docu du Week-End
BD d’Etienne Davodeau
couv_6184Delcourt (2001), 133p.

Pour ma première BD de Davodeau (on parle beaucoup de lui dans la « bonne presse » et j’ai souvent des réflexes de recul quand tout le monde aime un bouquin…), j’ai opté pour Rural, sous-titré Chronique d’une collision politique… Alors il ne sera pas question de politique dans cet excellent (et très drôle) documentaire sur les transformations du monde rural et périphérique. Ou pas dans le sens journalistique. Mais de politique sociétale assurément car lorsque l’on fait des choix (généralement minoritaires), on fait bien sur de la politique! Et c’est ce que font les protagonistes de l’album.

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Les personnages de ce reportage en trois axes sont d’une part les associés d’un GAEC (groupement de producteurs) de vaches laitières Bio, d’autre part un couple chassé de sa maison par le passage d’une nouvelle autoroute, enfin les incidences et contextes de tracé de cette nouvelle voie aux incidences majeures sur des populations et des paysages. Un excellent résumé de notre époque où l’équilibre entre ruralité et urbanisation semble de plus en plus difficile à maintenir.

Vers la fin de l’album, lorsque, logiquement l’auteur devrait aller voir les responsables de l’Autoroute ASF en bon documentariste qu’il est, afin d’avoir tous les sons de cloches, il explique sur une pleine page qu’il fait le choix de ne pas le faire: il ne souhaite pas diffuser la communication formatée et très efficace de l’entreprise sur les bienfaits de l’autoroute et sa démarche « écologique » et il assume la proximité humaine qu’il a tissé avec ces victimes du serpent d’asphalte pendant une année. En début d’album outre une préface de José Bové, Davodeau donne un point de vue très intéressant sur la subjectivité du documentariste et du réel. Il assume le fait que le bouquin sera un point de vue, son point de vue et que même avec une démarche d’objectivité, la réalité n’est pas la même pour tout le monde ; même des images filmées sont montées et scénarisées. Il nous invite alors à prendre son livre comme sa vision d’une réalité. Je trouve passionnante cette cohérence qui permet à la fois de lire le bouquin comme un reflet d’événements réels et de fait une « fiction » avec ses effets de style et la subjectivité (la sensibilité) de l’auteur. Néanmoins nombre de scènes et de dialogues sonnent tellement vrais que l’on ne peut s’empêcher de les sentir profondément sincères.

Ainsi l’on apprend plein de choses dans ces aller-retours de Davodeau en R5 (l’affaire se déroule en 1997) entre la ferme du Kozon où les associés nous expliquent avec force pédagogie mille détails de la vie à la ferme, et la maison de Catherine et Philippe, passages les plus sombres de la BD tant est palpable la tension liée à ce sacrifice obligé d’années de travaux pour un rêve détruit. Les agriculteurs sont bavards et adorent expliquer leur travail, parfois technique, parfois trivial comme lorsqu’il faut naviguer entre les lâchers de bouses des vaches dans l’enclos de traite…

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La structure de l’album est clairement liée aux discussions entre le reporter et ses sujets, ce qui permet une souplesse et de lier incidemment chaque sujet les uns aux autres, nous permettant de ressentir les problématiques générales entre le collectif et l’individuel, entre les nécessités d’équipement nationales, les envies de passer au bio, les contraintes réglementaires,… Il n’y a pas a proprement parler de méchants dans l’histoire, même pas l’autoroute dont personne ne conteste l’éventuelle pertinence autrement qu’en rappelant qu’un élargissement de la nationale coûterait au contribuable alors qu’une autoroute est financée par le prestataire. Une question de choix…

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Le sujet de Davodeau n’est pas de parler de corruption (connue dans ces dossiers), de grands projets polluants, etc. Il cite simplement le président de l’association de sauvegarde du territoire qui pointe des questions liées au tracé. Il donne son point de vue personnel sur la destruction du paysage par les ponts et le goudron. Il montre l’effet du passage de la voie sur la maison des Soresi ou le fait qu’un élu local voulait un échangeur vers sa commune… Pas de polémiques donc mais simplement des illustrations documentaires des incidences d’une vision productiviste et industrielle d’une vie rapide et performante en regard de choix (collision politique nous disions…) d’individus d’une vie saine, tranquille et de la difficulté à pouvoir conserver son libre arbitre dans une société qui ne laisse plus beaucoup de place à des choix différents. Etienne Davodeau (dont je n’apprécie pas plus que cela le dessin, je précise) nous offre un très bel album où l’on sent l’investissement personnel et qui reste absolument pertinent même 18 ans après. Et si vous voulez prolonger en mode rigolade, les Vieux Fourneaux du grand Lupano traitent aussi de ces questions.Résultat de recherche d'images pour Résultat de recherche d'images pour Résultat de recherche d'images pour Résultat de recherche d'images pour

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The Valiant

East and west

Comic de Jeff Lemire, Matt Kindt et Paolo Rivera
Bliss comics (2016) -Ed US Valiant Comics 2014-2015), 122p.
Lu en numérique grâce à Iznéo

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Je voyais passer des infos sur les comics Valiant (que je ne connaissais pas) et c’est les critiques de Xander et Allandryll qui m’ont incité à aller regarder concrètement de quoi il s’agissait. J’ai donc récupéré des exemplaires auprès de l’éditeur et de mon partenariat Iznéo et voici donc ma première incursion chez Valiant.

Le travail du jeune éditeur Bliss est tout à fait remarquable. J’ai l’habitude des comics indé d’Urban, assez propres, mais ici on fait un saut qualitatif avec un descriptif minutieux de chaque épisode, une galerie de couvertures, les couvertures originales des épisodes et un making-off passionnant à la fin. Tout cela constitue un véritable guide de lecture bien salutaire et qui prouve le sérieux du boulot d’édition. bravo, ça fait plaisir et renvoie un certain Panini à l’âge de pierre…

Depuis des millénaires l’Ennemi éternel affronte le Guerrier éternel Gilad Anni-Padda, protecteur des Géomanciens et le vainc chaque fois, rompant l’équilibre entre le bien et le mal, entre la Terre et l’obscurité. Mais les choses ont changé: alors que la confrontation se profile à nouveau, les alliés du projet Rising Spirit entrent en action pour protéger la Géomancienne de l’adversaire…

Résultat de recherche d'images pour "valiant rivera"La première chose qui marque dans ce comics ce sont ses dessins, assez old-school mais très précis, proches de la ligne claire par moments… ce dont on n’a plus trop l’habitude de voir dans les comics. On a une certaine statique du style mais cela reste assez élégant.  L’album reste néanmoins bien encré et très efficace. Le design de l’Ennemi notamment m’a marqué: il est très compliqué de représenter le démon absolu, invincible, et les auteurs sont parvenus à créer une représentation intemporelle, effrayante à la fois psychologiquement et physiquement. Tirant ses pouvoirs autant de l’esprit de ses adversaires que du monde matériel, ce méchant est l’un des plus marquant qu’il m’ait été donné de voir dans une BD, tant par son côté invincible, inéluctable, que par la diversité des inspirations qu’il reprend. Et quand le méchant est réussi on a déjà fait plus de la moitié du chemin vers une bonne, voir une très bonne BD…

Résultat de recherche d'images pour "valiant rivera"Ensuite les personnages, dont Bloodshot (qui se révèle être central dans l’intrigue et les suites envisagées) qui sous des airs de faux Wolverine (le guerrier immortel, sauvage, puissant, contaminé par la technologie) arrive lui aussi à nous intéresser par des bribes d’informations sur sa vie passée et des dialogues savoureux dans ses échanges avec la Géomancienne. Car la grande force de cet album (relativement court) c’est de distiller une grande quantité d’informations, suffisamment légèrement pour titiller la curiosité mais sans nous assommer comme dans beaucoup de comics Marvel ou DC. Ici le lecteur novice est le bienvenu et traité avec égards pour son intelligence et ses capacités à déchiffrer et anticiper les informations.

Résultat de recherche d'images pour "valiant rivera"L’univers proposé est complet et complexe, donnant envie de lire les séries indépendantes de chacun des héros et donc il est certain que la mission de porte d’entrée que revêt cet album est totalement réussie. En moins de cent pages, sans se précipiter, on nous présente Bloodshot, Ninjak, le Guerrier Éternel, Casseur, Aric et bien d’autres. On comprend qu’une organisation internationale emploie des héros pour lutter contre les menaces, tout cela en suivant la trame très claire de la lutte millénaire autour des Géomanciens. Beaucoup de choses parfaitement équilibrées. En outre le côté écologique, les héros torturés, le voyage dans le temps et surtout la dimension mythique du combat avec les grandes figures du Mage-Princesse, du Démon et du Protecteur permettent un véritable supplément d’âme à ce comic qui crée un vent de fraicheur sur l’univers des super-héros hautement blasant depuis bien longtemps.

Résultat de recherche d'images pour "valiant rivera"Si vous n’êtes pas familier avec l’univers Marvel /DC et craignez de vous y perdre, Valiant est fait pour vous. Cet album au ton étonnamment mélancolique et à la fin surprenante est l’un des meilleurs que j’ai lu depuis longtemps et fait découvrir un nouvel imaginaire que j’ai hâte de découvrir.

 

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Wild Blue Yonder

Comic de Mike Raicht, Austin Harrison et Zach Howard
Glénat comics (2017) – publi US par IDW publishings (2016), 192 p.

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On commence une semaine « aviation » avec une découverte comics indépendant dénichée par Glénat, avant une chronique mercredi en BD de la semaine sur la série en cours du dessinateur-aviateur Romain Hugault. Je découvre le travail de Glénat sur les comics hors sentiers battus et suis ravi de voir qu’il n’y a pas qu’Urban pour proposer des albums américains innovants.

Je suis vraiment très content d’avoir lu et apprécié ce one-shot! Je l’ai déjà exprimé sur ce blog, les comics c’est compliqué… J’y trouve beaucoup de médiocrité graphique et une routine industrielle autour des deux franchises de super-héros Marvel et DC qui outre d’exclure le public qui ne souhaite pas passer sa vie à ne lire que ça, tourne un peu en circuit fermé. En même temps, d’incroyables illustrateurs, une culture du design graphique, des couvertures et de la mise en scène puissantes, appuyées sur des personnages très forts pour l’imaginaire. En somme, je flirte souvent avec les comics, mais toujours un peu de loin et en privilégiant les séries courtes et les duos d’auteurs (je suis allergique aux équipes graphiques hétérogènes). Du coup je suis quelques auteurs en particulier (en ce moment Esad Ribic, sorte de Midas du crayon, ou Sean Murphy…) et essentiellement de l’Urban qui édite des BD hors Marvel/DC. Wild Blue Yonder est édité aux USA par un éditeur visiblement spécialisé dans les adaptations BD de séries télé et en partenariat étroit avec Glénat.Résultat de recherche d'images pour "wild blue yonder howard"

Dans le futur l’écosystème a été quasiment détruit par la pollution radioactive. Ce qu’il reste des hommes s’est réfugié sur les hauteurs et dans des navires volants. L’Aurore est un mythe, vaisseau fonctionnant au solaire dans un monde dépendant du pétrole  et pourchassé par la flotte du terrible Juge. A son bord, un équipage idéaliste, fonctionnant comme une famille, incarnant un monde où la solidarité remplacerait la survie de tous contre tous… 

Résultat de recherche d'images pour "wild blue yonder howard"Le première surprise de ce très bon comic vient des dessins. Zach Howard a commencé à publier dans les années 2000 et n’a pas une biblio très fournie, hormis The cape sorti en France et doté d’une bonne réputation. Son style me fait penser à un mélange de Vatine et de Travis Charest (excusez du peu!). Avec sa propre originalité (notamment une étonnante utilisation des trames pour ombrer ses dessins, un peu comme dans les Manga), il propose un dessin très encré, parfois sales, au découpage serré et toujours très propre techniquement. J’adore! Son design des engins est de style post-apocalyptique type Mad-Max. Image associéeOn a vu plus inspiré concernant les engins, mais l’atmosphère générale de la BD est réussie et décrit un univers classique du genre, crasseux, à la fois technologique et bricolo. Les films de George Miller sont clairement la première inspiration de cet ouvrage qui met en opposition un groupe idéaliste (incarné par le formidable personnage de Cola, super-pilote éternelle optimiste dont la foi en l’homme est indestructible) et un autre, militarisé, hyper-hierarchisé derrière le Juge, chef nihiliste qui tente de réunir une élite devant recréer l’humanité avant l’élimination du reste de l’humanité… J’ai aimé outre la maîtrise graphique et la vraie personnalité de ce dessinateur, une cohérence et une implication dans un projet personnel, non issu d’une grosse machinerie.

Comme tous les post-apo la différence joue à peu de choses et ici à un relationnel original entre les personnages: le cœur de l’équipage de l’Aurore repose sur une famille (la mère commandante, le père ancien pilote et la fille, héroïne de l’histoire) confrontée aux nécessités militaires de la survie face aux attaques du Juge. Peut-on être mère quand tout un équipage compte sur vous? La fille pilote peut-elle vivre avec une mère qui refuse de se comporter comme telle? Peut-on encore avoir confiance en un étranger et croire en l’amour dans ce monde sans espoir? Wild Blue Yonder est un peu la BD que Vatine aurait dû faire depuis longtemps (au vu de ses nombreuses illustrations de ce style) et donc une surprise inespérée.

Résultat de recherche d'images pour "wild blue yonder howard"Les séquences d’action aériennes sont nombreuses et très bien menées, assez crasseuses et souvent barbares avec le génial personnage de Scram, sorte de furie indestructible équipée d’un Jetpack, sautant d’avion en navire volant, échappant aux balles et emmenant les têtes de ses adversaires avec sa hache… Le format one-shot en quelques 200 pages ne permet malheureusement pas de développer beaucoup plus les personnages, l’univers ou de prendre plus de temps dans les séquences aériennes. Mais les auteurs proposent néanmoins un remarquable équilibre entre les scènes de dialogues, les intérieurs métalliques des navires et les plans larges aériens. Avec comme petite cerise qui semble anodine mais apporte une touche d’humanité, un cœur à cet album: le chien aviateur (que le dessinateur explique être inspiré de son propre chien disparu). Un toutou craquant qui fait de ce comic indépendant une œuvre  efficace et touchante, une belle respiration dans la BD américaine.

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Cyan

BD de Jérôme Hamon en Antoine Carrion
Soleil-Métamorphose (2017), 52p. Série Nils, 2 tomes parus /3.

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Déjà portée par une des plus belles couvertures de 2016, la série Nils fait encore plus fort avec cette illustration de couverture du T2 tout simplement à tomber! Pour le reste c’est la même qualité que le tome 1 avec vernis sélectif et 4° de couverture très soignée. Dommage que la tranche ne soit pas de la même couleur sur chaque album (on suppose un choix de dégradés de bleus). Six illustrations  pleine page voir double page sont également présentes en fin d’album en plus de la double page de titre (comme pour le premier tome).

 

Le clan d’Alba est parti en guerre contre le royaume de Cyan et ses machines tandis que Nils est à la recherche de l’Yggdrasil, l’Arbre des 9 mondes situé loin dans le nord. Pendant ce temps les déesses continuent leurs observations et décident d’intervenir dans la destinée des hommes…

Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Le tome 1 de cette série était doté de beaucoup d’atouts: le dessin très élégant d’Antoine Carrion, des références à Myazaki assumées et passionnantes, un background esquissé très intriguant, des dieux, un lien entre science et magie chamanique… Beaucoup d’attentes étaient portées sur ce second volume qui devait développer tout cela. Et bien je dois dire que j’ai été assez, voir très déçu de constater que les petits défauts de l’ouverture se confirmaient et se renforçaient, avec pour problème central, justement, l’absence de fonds. Les arrières plans de Carrion, beaux mais relativement vides, étaient finalement symptomatiques d’un scénario qui recouvre le même problème. Le monde proposé est pourtant passionnant, mais les auteurs n’abordent presque rien, restent au premier plan de leur histoire. C’est frustrant et rend la compréhension de l’intrigue difficile, d’autant que Hamon utilise très étrangement des ellipses brutales en début d’album. L’articulation entre la fin du tome 1 et le début du 2 est totalement absente et le lecteur doit deviner seul ce qui est à peine suggéré dans l’album précédent. Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Les personnages ont été déplacés sans explication, des relations sont nouées hors champ, on passe d’une scène à l’autre sans transition et les combats sont là encore étonnamment écourtés. Je ne m’explique pas ces choix perturbants et qui enlèvent des atouts à cette, par ailleurs, excellente BD. Pourtant le scénariste sait amener des séquences très oniriques avec notamment cette articulation entre les déesses dissertant sur les actions des hommes et les incidences de leurs choix dans le monde physique. La cité de Cyan donne envie d’être découverte, de même que sa technologie. Mais l’on passe d’un personnage à un autre sans développement, avec trop d’induit pour avoir une lecture fluide.

Malgré ces difficultés, Nils reste une BD dans le haut du panier. D’abord grâce au dessin qui bien que très sombre (plus que dans le tome 1) et relativement monochrome (Cyan malgré son nom est très grise) reste totalement inspiré et globalement magnifique! J’ai d’ailleurs rarement vu autant de doubles pages contemplatives dans une série grand public (c’est assumé par les auteurs comme expliqué dans l’interview du scénariste), ce qui montre l’importance du graphisme pour les auteurs, au risque parfois de tomber dans la BD d’illustrations… Mais ne boudons pas notre plaisir visuel, qui permet de passer outre les problématiques citées plus haut.

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D’ailleurs la seconde partie de l’album, plus posée, centrée sur les explications scientifiques de l’Ethernum et de la disparition de la vie, en un double débat des déesses et du conseil de Cyan, retrouve l’intérêt des interrogations scientifico-écologiques du premier album. On découvre alors que la technologie de Cyan est bien plus développée qu’on le pensait, jusqu’à rendre centrale dans la série l’éternelle problématique des pulsions démiurgiques des scientifiques: la science peut-elle contrôler la vie et la mort? Face à cela le pouvoir des êtres surnaturels peut-il lui-même être bloqué, voir contrôlé ? La fin de l’album, tout de bruit et de fureur nous laisse en haleine.

Nils est pour l’instant une série bancale mais jouissant d’une formidable aura, que je qualifierait d’hypnotique, qui permet (si vous êtes sensibles aux dessins et aux fortes thématiques de cette BD) de dépasser ces désagréments. Rares sont les séries aussi sombres et pessimistes (voir dépressives). Attention, ce n’est pas un défaut: cela change du mainstream et l’on n’a strictement aucune idée de comment peut bien s’achever la série, notamment à la lecture de la dernière page apocalyptique… Ressemblant à une œuvre de jeunesse, Nils vaut néanmoins le coup d’être découverte en espérant que le troisième volume comblera ces quelques lacunes.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

D’autres critiques de blog chez: Mo‘,

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Retour à Belzagor

BD de Philippe Thirault et Laura Zuccheri,
adapté du roman « Les profondeurs de la terre » de Robert Silverberg
Les Humanoïdes associés (2017), 2 tomes parus.
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Les deux volumes ont été lus en version numérique, aucune information sur le travail d’édition/fabrication.

Sur Belzagor, après la décolonisation des exoplanètes survenue une vingtaine d’années plus tôt, la cohabitation se passe paisiblement entre humains et peuples autochtones intelligents, les Nildoror, sortes de pachydermes vaguement anthropomorphes et les Sulidoror, géants simiesques mutiques. L’ancien responsable colonial Gundersen reviens de son « exil » sur Terre et semble désireux de régler des comptes avec des évènements survenus dans sa jeunesse sur ce qu’on appelait alors Terre de Holman. Embauché par des ethnologues il va diriger une expédition secrète vers le sanctuaire sacré de la « Renaissance » qui va dévoiler des secrets enfouis sur cette planète très particulière.

album-page-large-32222Ce que l’on peut dire de ce double album c’est que le choix de communication de l’éditeur est celui du moindre risque. Qu’il s’agisse du titre, du type de dessins et jusqu’à la typo de couverture, tout semble pensé pour attirer les nombreux lecteurs de la série iconique de SF planétaire, Aldébaran et ses suites (de l’auteur Léo). L’on peut comprendre ce parti pris puisque de vraies similitudes existent entre ces deux univers et que les ouvrages de Léo ont plutôt bonne réputation. Personnellement je n’ai jamais accroché… et pourtant, je dois dire que Belzegor m’a pleinement happé et est pour moi l’une des meilleures séries BD de SF depuis quelques années!

Il faut dire que le matériau d’origine est riche et a inspiré pas mal d’auteurs depuis les années 70 (et notamment le Piège sur Zarkass de Yann et Cassegrain, là aussi adaptation, de l’auteur français de SF Stephan Wul cette fois et antérieur à l’ouvrage de Silverberg – j’avais moyennement aimé). Les thèmes de la décolonisation, de la découverte ethnologique des peuplades autochtones, du respect de l’autre, des03.jpg expériences mystiques ou encore de la communion avec la Nature, sont des thèmes classiques du Planet Opera (déjà dans le chef d’œuvre Dune). Ici les auteurs ont fait un remarquable travail préparatoire de développement crédible (visuellement et fonctionnellement) des créatures, flore et matériels du futur. Le design de Zuccheri parvient à éviter le ridicule que l’esthétique de la SF 70’s a pu parfois développer. La planète qui se dévoile à nos yeux est fascinante et réaliste, imaginative sans que l’on se contente de simples extrapolations de créatures terriennes. C’est un véritable plaisir que de découvrir une planète fonctionnelle et originale, comme l’avait été la visite sur Pandora à la sortie d’Avatar. Je constate années après années combien l’existence d’un univers hors-champ complexe et développé fait énormément à la réussite d’une BD. C’est le principal intérêt et la grande force de cette série de « SF ethnologique ».

Si la relation entre les deux ethnologues peut paraître un peu cliché (le couple en crise renouant les liens en expédition), l’ensemble retour_sur_belzagor_t1_id37221_3_45415_bigdes personnages est intéressant et le mystère du fonctionnement des indigènes dure tout au long des albums de façon très efficace. L’on progresse dans l’intrigue, lentement comme un voyage à dos d’éléphant, mais résolument, ce qui donne une vraie satisfaction de lecteur. Des bribes d’informations, parfois brutales, sont disséminées entre les aller-retours de l’histoire, ce qui maintient la tension. Dans une histoire linéaire (l’aboutissement connu est la cérémonie de la Renaissance) le dénouement est plus important que jamais. Ici les auteurs retombent sur leurs pieds… peut-être un peu rapidement, mais cela reste cohérent, intéressant, bien mené. L’éditeur mène une campagne de communication importante car il sait que cette série est de grande qualité. Elle aurait pu disposer d’un public encore plus large. Personnellement je suivrais ces deux auteurs qui sont une vraie découverte et notamment le cycle des épées de verre dont les quelques visuels que j’ai vu laissent entrevoir du très bon.

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mille et une frasques!