**·BD·Nouveau !·Rapidos

La Geste des princes-démons#1: le prince des étoiles

La BD!
BD de JD. Morvan, Paolo Traisic et Fabio Marinacci (coul).
Glénat (2020), série en cours, 55p./album

D’après les romans de Jack Vance.

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Kirth Gersen a vu ses parents disparaître dans la fureur d’une attaque de l’armée du terrible Attel Malagate. Résolu à se venger, il a forgé son corps et son esprit dans l’unique but d’éliminer le pirate sanguinaire qui a ruiné sa vie. Pour cela il devra parcourir la galaxie sur la piste des plus terribles criminels, ceux qu’on appelle les princes-démons…

Le projet avait tout pour allécher l’amoureux de Science-fiction que je suis! L’adaptation d’un des maîtres de la littérature SF par Jean-David Morvan, le très éclectique scénariste et directeur de collection (Conan c’est lui) avec aux crayons un jeune italien aux visions proches du gothique Sloane , une couverture inspirée par Druillet autant que Matteo Scalera, tout semblait destiné à assouvir les envies de space-opéra coloré et épique. Une intrigue simple tournée vers l’action, un héros-assassin, bref, le feuilletage en librairie m’a immédiatement convaincu…

Las, cette lecture est clairement une des grosses déceptions de ces derniers mois! Les dessins n’y sont pour rien puisque Paolo Traisci réussit parfaitement une partition attendue tant dans la dynamique que dans le design général. Citons tout de même le rôle loin d’être mineur du coloriste Fabio Marinacci dont on se demande par moments si ce n’est pas lui la véritable star graphique de l’ouvrage tant en quelques panorama spatiaux il arrive à nous projeter dans cet « Au-delà » empli d’aventures et de mystères. La seule séquence introductive arrive à nous accrocher par sa simplicité, sa rage et la pertinence des designs technologiques.

Le soucis est donc clairement à rechercher du côté d’un scénario hautement laborieux. Ainsi une fois l’introduction passée on se retrouve avec une pseudo enquête pour retrouver le grand méchant, sans que le pourtant chevronné Morvan ne s’embête à nous installer une ambiance, un fil à dérouler. On nous balance au beau milieu d’une situation qu’on ne comprend pas et on poursuit un héros que l’on n’a pas pris le temps d’apprécier faute d’acte de bravoure. On reste ainsi tout à fait extérieur à une intrigue que le scénariste semble tracer en oubliant son lecteur. Et ce ne sont malheureusement pas ces quelques visions grandioses qui suffisent, non plus qu’un humour pas très percutant et des méchants qui débarquent comme un cheveu sur la soupe. Scénario de débutant par un des plus réputés scénaristes du grand éditeur Glénat, personnellement je passe difficilement l’éponge de ce gros raté. Il est toujours temps de rectifier le tir mais on termine ce lancement avec la très désagréable impression d’un projet commercial sur lequel l’auteur n’aura pas pris le temps de réviser ses gammes…

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH478/gpd5-fb1c6.jpg?1602321809

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****·BD·Nouveau !·Rapidos

Les vieux Fourneaux #6: l’oreille bouchée

La BD!
BD de Wilfried Lupano et Paul Cauuet
Dargaud (2020), série en cours, 54p./album.
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Ça sent le pâté pour l’association Ni yeux ni maître qui est sous la menace d’une expulsion après le décès de Fanfan. Alors que Pierrot rumine comme jamais, Antoine lui rappelle qu’ils embarquent prochainement pour la Guyane sur l’invitation mystérieuse de Mimile, jamais à court de surprises…

Les vieux fourneaux ce sont les papy adorés de tous les lecteurs de BD. Avec des hauts, des bas, et surtout un plaisir jamais perdu de les retrouver, leurs tronches sous les pinceaux très efficaces de Paul Cauuet et surtout la gouaille sans équivalent de Wilfried Lupano. Alors bien sur à l’approche de ce déjà sixième volume l’on sent poindre le risque de l’enlisement dans une routine commerciale… Ce serait mal connaître le scénariste, anticapitaliste affirmé et un des auteurs les plus politiques du circuit, qui ne loupe pas une occasion de nous parler de l’actualité sociale et écologique dans ses péripéties grabataires. Ici les aventures guyanaises des anciens nous rappellent le scandale (en cours!!) du projet de « Montagne d’or », énorme projet de mine à ciel ouvert au cœur de la forêt guyanaise et de luttes juridiques entre opposants écologistes, financiers et État français qui ne cesse de botter en touche pour ne pas froisser les investisseurs sans contredire ses engagements écologiques.

Les Vieux Fourneaux tome 6, vacances militantesContrairement aux commentaires trouvés sur les sites et réseaux j’ai retrouvé le même plaisir que précédemment sur ce tome, qui est dans la ligne du précédent et donc plutôt mieux que les premiers, du fait de l’abandon des affaires familiales. On peut depuis quelques volumes avancer en one-shot sans soucis de narration longue et le talent des deux auteurs est toujours présents sans que l’on ressente des ficelles éculées. Les histoires des trois gus permettent facilement de sortir de nouveaux lapins du chapeau, de nouveaux personnages et de nouveaux secrets qui densifient une histoire construite pour aborder le sujet écologique majeur. La série n’a jamais été conçue comme un James Bond et la dénonciation des abus de notre monde a toujours été l’objectif claire de Lupano. Personnellement j’adore ces BD impliquées qui assument de mettre du fonds dans le loisir et les Vieux fourneaux sont en cela toujours une excellente série, avec un humour qui fait encore mouche! Au suivant…

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Avengers #2: Tour du monde

Deuxième tome de la série écrite par Jason Aaron, et dessinée par David Marquez et Ed McGuiness, dont un épisode dessiné par Sara Pichelli. L’album comprend les épisodes 7 à 12, parution le 21/10/2020 aux éditions Panini

Lames de fond

Après leur combat cataclysmique contre les Célestes, les Avengers reprennent leur souffle alors que retombent les poussières cosmiques de leur affrontement. 
Suite à cette crise sans précédent, un nouveau groupe d’Avengers s’est formé: le trio de tête composé de Captain America, Iron Man et Thor, suivi de près par des piliers du groupe tels que Black Panther, Doctor Strange, Captain Marvel et Miss Hulk, et un petit nouveau en la personne du tout récent Ghost Rider, Robbie Reyes. 

A peine installés dans leur nouveau QG, qui n’est rien de moins que la carcasse éternelle du tout premier Céleste ayant foulé le sol terrestre, les Avengers s’organisent pour mieux protéger le monde en évitant si possible de reproduire les erreurs du passé. Mais sauver le monde est une tâche ingrate, et les Avengers ne tarderont pas à le découvrir lorsqu’un ancien allié va faire surface, littéralement. 


Namor, souverain du royaume d’Atlantis et ancien avenger, refait parler de lui avec grand fracas. Connu pour son caractère ombrageux peu prompt aux concessions, le Sub-Mariner ne supporte plus les dégâts causés aux océans par les hommes de la surface, et entend bien leur en interdire l’accès, quitte à faire quelques victimes au passage. Pour cela, il a réuni son propre groupe de surhumains aquatiques, s’opposant directement aux Avengers. 

Namor est un personnage ambigu aux allégeances changeantes. D’abord vu comme un antagoniste, il finira par rejoindre les héros qu’il aura tenté de détruire, avant qu’il ne soit révélé qu’il combattait déjà les nazis aux cotés de Captain America au sein des Envahisseurs. Plus récemment, Namor avait cédé à l’influence du Phoenix lors de son arrivé sur Terre (Avengers vs X-men) et utilisé son pouvoir pour noyer le Wakanda sous un tsunami, ce qui lui a valu la haine inextinguible de Black Panther, qu’il retrouve dans cet album en sa qualité de président du groupe. 

L’affrontement écologique prend donc ici une tournure toute personnelle, sachant que les héros ne seront pas dans leur élément, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Avengers, passés et présents

Après un démarrage aux enjeux dantesques, Jason Aaron poursuit sa saga vengeresse en revoyant l’échelle cosmique à la baisse pour un arc plus terre à terre. Il n’en oublie toutefois pas de glisser des petits implants çà et là, pour bien rappeler au lecteur que quelque chose de grand se prépare. 

L’album s’ouvre avec un flash-back explorant le concept-phare du scénariste, à savoir les Avengers Préhistoriques. Peu utile pour la compréhension de l’ensemble, ce flash-back aura au moins le mérite d’éclaircir un tant soit peu les origines de ces héros précurseurs. Aussi fun soit ce concept d’Avengers préhistoriques, le seul bémol qui demeure après lecture est le côté parfois trop invraisemblable qui s’en dégage. Certes, tout fan de comics est plus que largement habitué à suspendre son incrédulité, il n’en reste pas moins que certains éléments auraient pu être mieux amenés (je pense à certains détails de temporalité, ou au langage qui est vu comme un don qui aurait émergé soudainement chez une certaine catégorie d’individus, sans plus de détails). 

Le cœur de l’album, à savoir la bataille contre Namor, remet immédiatement les choses à leur pas de course et nous amène une myriade de nouveaux personnages, dont la Winter Guard, héros russes souvent rivaux des Avengers, et se paye même le luxe d’introduire (de nouveau) l’Escadron Suprême, ce qui promet son lot de batailles épiques. 

Jason Aaron n’en a toutefois pas que pour l’action et prend du temps pour développer certaines intrigues interpersonnelles, comme le duo Miss Hulk/Odinson, Stark/Danvers, et nous surprend même avec un duo Ghost Rider/Odin ! 

L’introduction de Blade en guise de cliffhanger nous laisse entrevoir un troisième volume axé sur le surnaturel. La suite bientôt !

*****·BD·Rapidos

Renaissance #3: permafrost

La BD!
BD de Fred Duval, Emem et Fred Blanchard (design)
Dargaud (2018-2020), 54p./album, premier cycle terminé en 3 volumes.

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badge numeriqueIl y a trois ans le dessinateur Emem, formé sur les séries de Fred Duval publiait une illustration de couverture sur fonds de langage alien, qui marquait les esprit par un design et une composition parfaitement fascinants. S’en suivent deux autres albums aux couvertures structurées de la même façon, tout aussi magnifiques, et un premier cycle se termine déjà. Quand nombre de séries s’étirent indéfiniment sur plusieurs décennies, la science de Duval lui dicte de concentrer à l’essentiel pour donner de la force, de l’ambition à son projet.

Renaissance tome 3 - BDfugue.comCertaines BD respirent l’alchimie parfaite entre scénariste et dessinateur(s). C’est le cas de Renaissance qui dans cette conclusion parvient à nous captiver en résolvant tranquillement les quelques intrigues ouvertes précédemment, en n’oubliant pas de réfléchir à chaque case sur le devenir de notre planète, les comportements sociaux humains ou la prospective du fonctionnement d’une société parfaite. Avec cette série Duval invente la dystopie utopique, en bon humaniste il ne se contente pas de nous proposer une vision cataclysmique et totalement crédible de notre futur mais par l’existence même de cette force extra-terrestre nous montre l’espoir. Sans mièvrerie, sans mauvais goût, il montre qu’on peut dénoncer une situation en indiquant qu’elle n’est pas inéluctable. La SF est souvent très nihiliste. Pas ici.

L’intelligence est omniprésente dans cette BD, que ce soit dans des dessins très détaillés et extrêmement lisibles, tant des les scènes d’actions convaincantes que dans les débats diplomatiques subtiles entre grands pontes de l’Agora alien qui devisent dans un mémorial des guerres passées. Nous parlions récemment d’une certaine lourdeur appuyée sur le second tome des Dominants. C’est l’inverse ici où les auteurs savent jouer de l’apparence, parfois étrange, parfois repoussantes des aliens, qui ne reflétera pas forcément leur caractère. La richesse de cette série est à l’aune de toute la bibliographie d’un scénariste qui arrive à traiter simplement un grand nombre de sujets dans cent cinquante pages de BD, sur des thèmes aussi larges que l’intelligence artificielle, le libre arbitre, la dualité nature/culture, sans oublier de s’amuser avec l’Histoire de notre planète. Sans déflorer une intrigue riche qui sait se conclure de façon satisfaisante en ouvrant la porte à de futurs cycles, on arrive naturellement à la résolution du drame familiale d’une des deux humaines et à l’arrestation des fautifs. La perfection de la société-Renaissance n’est pas si évidente et pousse les aliens à l’humilité dans un échange civilisé, alors que ce qu’il reste des Nations du monde finissent par réagir à cette irruption sidérante. En se permettant, cerise sur le gâteau, de l’humour linguistique, Duval montre une nouvelle fois qu’il est l’empereur de l’Anticipation. Et on l’espère pour longtemps!

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****·Manga·Nouveau !·Service Presse

Alpi, the soul sender #1

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Manga de Rona
Ki-oon (2020), 1n&b, 160 p. environ, 2/4 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Petite surprise à la prise en main de ce premier volume à la jaquette magnifique dont l’élégance se prolonge dans les planches intérieures: elle est une simple impression numérique sur papier épais… On pourra voir dans cette idée une démarche écologique pour éviter une jaquette plastifiée comme sur la quasi-totalité des mangas… mais cela implique une fragilité certaine de l’objet. Évitez impérativement de vous promener avec cet album dans le métro! Hormis cette remarque, l’album ne comprend pas de bonus hormis la (magnifique) description des quatre créatures divines (imprimée sur la couverture du bouquin) que nous allons rencontrer dans ce premier opus. couv_401482 Lorsque Dieu envoya ses créatures saintes propager leurs bienfaits sur terre, les communautés humaines ne se doutaient pas que cette bénédiction recouvrerait une malédiction: lorsque ces animaux magiques arrivent en fin de vie ils propagent autour d’eux des miasmes détruisant la vie qu’ils ont contribué à créer. Les soul senders sont alors formés pour purifier ces carcasses en en libérant l’âme. Alpi est une soul sender… et c’est une enfant.

Après avoir découvert avec délectation le phénomène L’atelier des sorciers je peux vous annoncer que cette nouvelle série publiée originalement en webcomic au japon n’a pas à rougir devant le manga de Kamome Alpi the Soul Sender tome 1 : un devoir de la plus haute importance -  Esprit OtakuShimahara. Si l’univers des Shojo ne m’intéresse guère, comme dans la BD franco-belge les manga d’autrices proposent une sensibilité vraiment intéressante qui semble compenser certains marqueurs comme le sadisme ou les créatures organiques dont sont friands nombre de mangaka hommes. Comme pour l’Atelier ou Centaures, Alpi intègre dans son projet une esthétique particulièrement poussée sur des costumes et des décores notamment, appuyée sur une technique graphique franchement impressionnante. La précision des détails laisse ébahi en constatant qu’aucune case n’est laissée dans une économie d’arrières-plans. L’esthétique est partout dans cette itinérance d’une jeune fille déterminée à assumer sa fonction purificatrice malgré les souffrances que cela implique. La recherche des parents, l’acolyte bien plus âgé qu’elle, rappellent des thématiques classiques des liens entre génération et l’omniprésence du thème de la nature et de ses Esprits nous plonge dans ce que Miyazaki a popularisé en Occident.

Un peu comme pour le début de Fullmetal Alchemist, on a droit sur ce démarrage à une histoire par chapitre (soit quatre) avec des pages d’interludes permettant de développer un peu les a-côtés des rituels proprement dit. L’histoire avance donc peu puisque l’essentiel du propos est de nous montrer le déroulement des purifications, leurs conséquences et les risques que prend Alpi. Les groupes humains ont tendance à abuser du pouvoir de ces soul senders pour leur confort personnel et le vieil homme qui l’accompagne essaye de la préserver de ses obligations. Ce premier volume est donc principalement axé sur la découverte du monde, des superbes décors et le design absolument superbe des créatures comme des artefacts. Assez modeste, ce tome est néanmoins une très belle entrée en matière qui peut tout autant se prolonger vers une quête que sur d’autres successions d’historiettes. Laissons le temps à la série de s’installer et d’introduire du drama et profitons de ces incroyables dessins et d’un monde que l’on ne demande qu’à découvrir avec Alpi. A noter que si ce titre est indiqué Seinen, il est pour moi tout à fait adapté aux jeunes lecteurs et plus proche de l’esprit Shonen. note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1
***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Les Géants #1: Erin

bsic journalism

Premier tome de 45 pages d’une série en 6 tomes, écrite par Lylian et dessinée par Paul Drouin. Parution le 26/08/2020 aux éditions Glénat.

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Comme beaucoup de séries jeunesses, Glénat propose un joli habillage pour cet album avec titre gauffré, vernis sélectif en première et quatrième de couverture et une annonce des couvertures des six volumes dès le verso. L’intérieur de couverture présente les six géants avec mise en lumière de celui de l’album qui nous intéresse, un prologue très efficace avec une arrivée de la page de titre en cinémascope avant d’enchaîner sur l’intrigue. Entrée en matière efficace qui se conclut par six parques-page cartonnés très jolis et une page d’annonce du prochain tome. Édition très travaillés et très réussie. Pour une publication jeunesse je suis sur qu’une fiche de personnages en plus aurait été grandement appréciée par les jeunes lecteurs!

L’algarade des Titans

La jeune Erin traverse une période difficile. Seule survivante de l’accident qui coûta la vie à ses parents, elle a été recueillie par des membres de sa famille qui tentent, en vain bien sûr, d’apaiser ses tourments. Seule face à son chagrin, Erin se réfugie dans sa passion pour son jardin, et le lien particulier qu’elle entretient avec les plantes dont elle prend soin quotidiennement.

Alors qu’elle subit une fois de plus les brimades d’un groupe de brutes, la jeune écossaise se rend compte que son attachement pour la nature semble réciproque. En effet, lorsqu’elle s’enfuit dans la forêt, les arbres eux-mêmes s’interposent pour la protéger ! Ce n’est que peu de temps après qu’Erin fait la rencontre de Yrso, un géant élémentaire personnifiant la Nature, avec lequel elle nouera un étonnant lien de symbiose.

Pendant ce temps, au Groenland, les équipes du milliardaire Calvin Crossland mettent la main sur un autre Géant endormi sous la glace, dont la haute stature cache de biens noirs desseins.

Une fille et son Géant

Ce premier tome des Géants nous plonge sans préavis dans un univers fantastique construit sur un ton résolument balisé « jeunesse » mais possédant par ailleurs ses cotés sombres. La première lecture m’a évoqué

Erin - (Paul Drouin / Lylian) - Aventure-Action [LIBRAIRIE M'ENFIN, une  librairie du réseau Canal BD]

quelques références assez surprenantes: la scène des arbres protecteurs m’a rappelé une certaine scène du film La Nurse, tandis que l’introduction avec le monstre prisonnier de la glace fait penser au préquel de The Thing (l’horreur en moins). L’intervention d’une corporation anonyme et malveillante déterminée à séparer la protagoniste de son nouvel ami extraordinaire avec lequel elle a un lien unique, ce serait plutôt à E.T qu’on le doit. Quant au Géants eux-mêmes, ont pourrait les rapprocher des fameux Titans de la mythologie, mais également ceux de l’Attaque des Titans, par la façon qu’ils ont d’être « pilotés » par un humain enchâssé dans leur monumentale carcasse.

L’histoire de Lylian nous présente d’emblée une protagoniste sympathique et attachante. Cette sympathie est causée autant par le deuil qu’elle traverse que par la résilience dont elle tâche de faire preuve. Le reste de l’aventure révèle suffisamment d’informations pour accrocher le lecteur tout en conservant suffisamment de billes pour la suite. On aime quand les scénaristes ne prennent pas les jeunes lecteurs pour des idiots et construisent des histoires avec de vrais méchants et des ramifications inspirées des séries TV. La mise en scène fonctionne très bien en alternant les séquences intimistes avec la famille ou dans l’esprit du géant et les grosses actions déjà vues dans tous les gros blockbusters hollywoodiens. Avec une histoire qui avance vite, beaucoup de révélations, les auteurs sont généreux et l’on se demande comment cet album va se raccrocher aux enfants et aux géants des autres volumes sans nous perdre. Le package semble pourtant très solide (avec une parution rapprochée), une colorisation jeunesse efficace et des schémas bien rodés pour une série sur de bons rails pour devenir un succès de librairie.

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin.

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****·Jeunesse·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Pandora

Jeunesse

Album jeunesse de Victoria Turnbull
Les Arènes (2020) – Lincoln Children’s books

bsic journalismMerci aux éditions Les Arènes pour leur fidélité

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L’ouvrage au format carré comprend trente-deux pages d’illustrations. La couverture est en tissu brillant très agréable. Pandora est le troisième ouvrage de Victoria Turnbull, illustratrice britannique multiprimée.

Pandora est un petit renard qui vit seule sur une terre dévastée et polluée par les détritus. Très habile de ses pattes, elle récupère tout ce qu’elle trouve pour fabriquer des objets et réparer. Très seule, elle ne peut malheureusement pas partager ses trouvailles avec un ami. Jusqu’au jour où un oiseau bleu tombe du ciel. Cassé. Victoria ne sait pas comment réparer un être vivant. Pourtant grâce à son amour et sa patience l’oiseau se remit et prit son envol. Pandora se retrouve de nouveau seule… Mais l’oiseau revient un jour avec une étonnante plante… qui va pousser jusqu’à recouvrir la maison puis la terre entière d’un magnifique manteau de verdure…Victoria Turnbull and her book Pandora - Кристина Радкевич

Je chronique peu d’ouvrages d’illustrations et encore moins d’ouvrages de littérature jeunesse. Le graphisme et la poésie de Pandora m’ont pourtant attiré et la lecture de ce livre est un enchantement! J’ai beaucoup parcouru les ouvrages pour enfants quand mes pitchou étaient à l’école primaire et j’ai retrouvé avec grand plaisir la magie de ces univers d’histoires courtes où l’illustration a un rôle si important pour transmettre des sentiments, des idées, des sensations que la Bande-dessinée, plus technique, oublie souvent de passer.Pandora – Victoria Turnbull – Crescere Leggendo

La sensibilité artistique de l’autrice est palpable avec une étonnante technique qui donne un aspect vaguement flouté aux images. Alternant pleines pages, doubles pages et séquences, Turnbull nous raconte une histoire très moderne, parlant de nature dégradée, de réparation et de solitude. Autant de thèmes hyper-contemporains dont elle parle avec tendresse aux enfants. Fourmillant de détails, ses décors peuvent faire penser par moments au travail de Claude Ponti.

Pandora by Victoria Turnbull | 9781847807502 | Booktopia

Je suis toujours fasciné par la quantité d’informations que peuvent véhiculer ces ouvrages pour la jeunesse avec poésie. Avec cette courte histoire à la beauté onirique Victoria Turnbull nous propose un classique immédiat pour parler avec ses enfants d’écologie et d’amitié.

 

***·BD·Rapidos

Renaissance #2: interzone

La BD!
BD de Fred Duval et Emem
Delcourt (2018-2020…), 2 volumes parus/3.

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badge numeriqueL’an dernier Duval, Blanchard et Emem frappaient un coup avec une nouvelle réussite dans un genre SF surchargé où il est toujours compliqué de trouver une ouverture originale. Si Bec a opté pour la complexité sur son Crusaders, Duval, en vieux briscard du scénario d’anticipation joue la linéarité et l’épure de l’intrigue pour développer ce qu’il fait si bien: les retournements de rôles et la réaction des humains à des situations de crise. Le premier tome avait un peu brisé son récit avec un gros flashback qui n’est ici plus nécessaire et les auteurs peuvent se concentrer sur la découverte du contexte planétaire en suivant les deux femmes associées chacune à un membre du couple alien qui structure l’histoire. Une fois l' »invasion » passée, on peut enfin découvrir la véritable menace que constituent les désaccords entre les peuples composant une organisation Renaissance que l’on croyait si unifiée.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Outre le design juste génial, la grande originalité repose dans l’attitude des aliens dont la quasi absence d’expressivité faciale vise à illustrer une civilisation maîtrisant totalement à la fois la psyché et la matière… bien sur tout ne sera pas si simple et les réactions des humains comme les imprévus montreront que quelque soit l’avancée d’une civilisation, l’humilité est toujours une nécessité pour éviter les drames. Emem propose à la fois des technologies d’anticipation très crédibles (basées sur ce que nous connaissons) et des artefacts aliens totalement futuristes et brillants de bon goût. En seulement trois tomes il n’est bien entendu pas prévu de développer une conspiration complexe et ce Renaissance apparaît plus comme une illustration de notre futur proche instillant de nombreuses piques sur la supériorité occidentale et américaine que comme une saga SF policière comme peut l’être Sillage par exemple.

Intéressants dans tout ce qu’ils nous proposent, le trio confirme donc que (comme tout ce que touche Duval?) cette trilogie est une lecture à conseiller vivement. Seule l’ambition limitée du projet dispense d’en faire une série majeure, mais si vous aimez la SF intelligente et les beaux dessins n’hésitez pas une seconde!

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Planeta Extra

BD du mercredi
BD de Diego Agrimbau et Gabriel Ippoliti
Sarbacane (2020) – Planeta deAgostini (2009), 78 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Sarbacane pour cette découverte.

couv_384966L’album est grand format avec vernis sélectif sur le titre et la tranche. Il est indiqué que l’album, sorti en 2009, a remporté le premier prix de la BD du grand groupe d’édition espagnol Planeta deAgostini. L’éditeur Sarbacane indique que l’ouvrage a parcouru seulement 410 km entre son lieu de fabrication (impression Pollina en France) avant livraison au distributeur. C’est la première fois que je vois cela et c’est tout à fait louable! En revanche le résumé en dos d’album comporte une erreur puisque la base Luna Europa est indiquée à 640 millions de km et non à « plusieurs années-lumières de la Terre »… A noter que l’image finale est placée dans l’intérieur de quatrième de couverture.

La Terre est une poubelle. Tous ceux qui en ont les moyens et la chance se sont réfugiés dans l’espace, sur la Lune ou sur Luna-Europa, une station luxueuse et utopique située à plusieurs années de voyage. Kiké a une entreprise de déménagement et magouille ce qu’il peut pour faire vivre sa famille. Lorsque sa fille aînée débarque avec un gendre dont il se passerait bien, il se retrouve embarqué dans un très mauvais plan. La jalousie est un vilain défaut…

Résultat de recherche d'images pour "planeta extra"Gabriel Ippoliti (ainsi que son comparse Agrimbau avec qui il travaille depuis leur premier album) est un auteur majeur de la sphère histanique. Étonnamment méconnu, il réalise le tour de force de voir presque tous ses huit ouvrages publiés en France chez un éditeur différent… Planeta Extra est le troisième album du duo (même s’il s’agit bien d’une première parution en France grâce à Sarbacane) et si l’on y trouve encore quelques tâtonnements expérimentaux dans la mise en couleur, le trait y est déjà affirmé, entre  très grande maîtrise technique et jeu avec les corps et les formes aboutissant à un design futuriste résolument réussi. L’album Guarani sorti il y a deux ans chez Steinkis et qui avait été un vrai coup de cœur reste donc pour l’heure la dernière œuvre du dessinateur argentin.

Résultat de recherche d'images pour "planeta extra"Le thème de l’album est un grand classique vu mille fois et permettant d’aborder l’humanité et le futur dans une vision hautement pessimiste. L’originalité de cette vision est justement son origine argentine, qui change résolument la coloration et la focale des auteurs. On ressent ainsi l’atmosphère langoureuse des cités argentines, entre chaleur et rythme calme. Kikké le colosse et son énorme bedaine promène son camion de petits arrangements en repas de famille. Bon macho il n’accepte pas la modernité d’une fille résolue à quitter le berceau de l’humanité avec un compagnon bien plus âgé qu’elle. Celui-la appartient à la haute société argentine faite de réceptions grand luxe dans des villa occupée par des majordomes et des maîtresses de maison retendues et décolorées directement issues des telenovela. Comme souvent en SF c’est donc bien la société argentine contemporaine qui semble croquée par les compères avec force caricature, choisie comme style par Ippoliti. On est dans de la BD loisir semi-réaliste où on prend un grand plaisir à voir cette galerie de trognes déformées, du menton Scwarzyesque de Kikké à la face de singe de son beauf en passant par les moultes moustaches et calvities des fonctionnaires Résultat de recherche d'images pour "planeta extra ippoliti"divers croisés dans l’aventure…

En un seul album l’intrigue avance vite et n’a pas vraiment le temps de se poser une fois l’action démarrée. Pourtant on ne s’ennuie jamais, basculé d’une poursuite à une arnaque, le tout sous couvert d’un sous-texte de contestation terroriste et de chronique sociale avec ses fonctionnaires véreux et ses huissiers impitoyables. On saute d’un lieu à un autre rapidement et l’on n’a pas trop le temps de chercher d’éventuelles incohérences tant la structure semble simple à l’épure et d’une grande efficacité. Pour une œuvre de « jeunesse » les qualités de l’album, tant graphiques que scénaristiques, sont très nombreuses et l’on s’amuse beaucoup en compagnie de ces bras cassés de la truande dont le héros a parfois du Stan de Slots. Avec la maturité graphique atteinte désormais par le dessinateur argentin cet album serait à coup sur en tête de gondoles et dans les meilleures ventes de BD. C’est ce qu’on lui souhaite et je vous invite vivement à découvrir cet auteur et sa biblio déjà riche.

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Planeta ExtraRésultat de recherche d'images pour "planeta extra ippoliti"

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Omni

Recueil de 96 pages réunissant les épisodes 1 à 5 de la série Omni, écrite par Devin Grayson, dessinée par Alitha E. Martinez. Parution le 12/02/2020 aux Humanoïdes Associés.

couv_385571Le nouveau label H1 Comics, dont la diffusion en France est assurée par les Humanoïdes Associés, nous propose un univers partagé dans lequel évoluent des super-héros d’un nouveau genre. Les premières publications de cette écurie naissante, Ignited, Meyer, Strangelands et Big Country, ont posé les premiers jalons, et sont suivies par Omni. Blondin vous proposera samedi son avis sur Nicnevin.

Éveil Cognitif et ubiquité mentale

Cecelia Cobbina est une brillante chirurgienne qui n’a pas peur de se mettre en danger pour honorer son serment d’Hippocrate. Alors qu’elle opère en zone de guerre, en Afrique, son don s’active sous l’effet du stress. Dès lors, Cecelia sera capable de penser à une vitesse époustouflante, mobilisant neuf types d’intelligences qui lui permettront d’optimiser le traitement des informations par son cerveau.

Transformée en génie par cette expérience, Cecelia va, dans un premier temps, chercher à retrouver et aider des individus qui ont eux-aussi été « activés » de par le monde afin de lever le voile sur le mystère de leurs origines, avant d’envisager de mettre ses capacités au service de tous.

3, 2, 1, 0… Ignited !

Omni réussit le pari de traiter un personnage exceptionnellement intelligent de façon crédible, ce qui n’est jamais chose aisée. En effet, j’ai toujours trouvé périlleux de vouloir retranscrire plausiblement le fil d’une pensée surdouée lorsque l’on n’est soi-même pas un génie (ou en tous cas pas dans les proportions décrites dans l’œuvre), et ce, sans dissimuler ses inévitables lacunes dans un blala technique artificiel et souvent inadéquat.

C’est ce qui arrive malheureusement assez souvent, notamment dans les œuvres utilisant la science: l’auteur ne sait pas vraiment comment fonctionne tel ou tel concept, finit par en livrer une version fantasmée en croisant les doigts pour que le lecteur/spectateur ne relève pas davantage.

Ici, le personnage de Cecelia n’affiche pas une science décalée, noyée dans un propos volontairement obscur ou faussement complexifié. Ses déductions restent logiques et bien argumentées, basées de façon adéquate sur les différentes ressources intellectuelles qu’elle mobilise. Sur le plan de la narration, il faut souligner la trouvaille assez ingénieuse des auteurs, qui ont justement adopté un code couleur pour chaque type d’intelligence afin que le lecteur puisse s’y retrouver.

Parmi ces éléments de mise en scène, Omni évoque habilement des thématiques d’actualité, comme les enjeux écologiques, la place de la femme dans la société et le traitement des minorités.

S’agissant de l’univers partagé en lui-même, il demeure attractif pour le moment, même si le nombre de titres et leur publication très récente ne permet pas encore de juger sur le long terme.

Ce n’est pas un défaut en soi, mais on ne peut que relever des similitudes avec certaines autres œuvres , notamment celles qui utilisent le concept d’un évènement global qui provoque une génération spontanée de super-pouvoirs: le célèbre Rising Stars de J. Michael Straczynski, The New Universe avec son « Instant Blanc« , The End League de Rick Remender, sans oublier l’incontournable Earth X chez Marvel.

Omni offre des personnages attachants, évoluant dans un univers neuf et en pleine expansion. Espérons que la suite de la série saura transformer l’essai !

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