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UCC Dolores : La trace des nouveaux pionniers

BD de Didier Tarquin
Glénat (2019), 46p, 1/3 paru.

9782344017722-001-tComme souvent Glénat sort la grosse artillerie com’ pour le passage du dessinateur de Lanfeust… dont on se demandait quand il accepterait de changer d’air après vingt-cinq ans à dessiner les aventures du rouquin forgeron. Malgré ce confort Tarquin a toujours su faire évoluer son style de dessin, chose que j’apprécie chez un dessinateur même si parfois ce n’est pas pour le mieux. Tarquin travaille depuis le début de Lanfeust Odyssey avec son épouse Lyse sur les couleurs, qui s’en sort très bien en étant relativement sobre en effets spéciaux et autres halos numériques coutumiers chez les coloristes de SF/fantasy. Si UCC Dolores est son premier album « solo », il a déjà produit des scénarios de séries chez Soleil, notamment avec Tony Valente, l’auteur du génial Radiant. Et donc UCC Dolores ça donne quoi?

Je dois dire que le pitch ressemble énormément à une des très bonnes séries SF de ces dernières années, Warship Jolly Rogers. Et si la réalisation est impeccable et sent l’expérience, niveau scénario l’absence du vieux routier Arleston se ressent avec une certaine imprécision sur ce qu’est cette série, les pistes visées par Didier Tarquin. Le gros bras qui accompagne la rouquine sortie du couvent est efficace tout comme les méchants et surtout le mécano du navire, sorte de Wolverine mutique particulièrement réussi. L’héroïne en revanche subit le même syndrome que Lanfeust à ses débuts, à savoir être finalement le side-kick de ses acolytes… paradoxal. Le mystère principal repose sur le vaisseau lui-même qui sur ce premier tome est étonnamment normal. En conclusion je dirais que pour les fans de Tarquin la lecture se tente (surtout que  l’intrigue est prévue en trois tomes pour le premier cycle, ce qui est raisonnable), pour les autres, la comparaison avec la série de Montllo et Runberg est en défaveur de l’UCC Dolorès. C’est un peu lent à démarrer même si l’univers à la Starwars et le design général restent agréables. Essai pas vraiment transformé et on attend la suite pour se prononcer.

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Méta-Baron, cycle 3

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2016-2017), série terminée en 3 cycles.

Couverture de Méta-Baron -5- Rina la Méta-GardienneLe troisième cycle est la suite directe du second… avec un retour de Valentin Sécher au dessin… et l’annonce d’un quatrième cycle. Ce que je craignais dans ma chronique du cycle 2 est donc arrivé, avec une série qui risque de se prolonger plus que de raison… Non qu’il s’agisse d’une mauvaise BD, bien au contraire, les auteurs sont parvenue à transformer un projet assez bancal en un récit plutôt courageux qui parvient à respecter le matériau en le transmutant.

Le Méta-Baron a percé à jour le mystère de l’Epiphyte et s’est translaté sur un autre univers où la Méta-gardienne, son alter-égo, veille sur l’équilibre du Cosmos et de la substance primordiale, incarnée en une planète. Sur ce monde paradisiaque il croit un moment avoir trouvé le repos… jusqu’à ce que la menace Techno-Techno ne réapparaisse…

Ce qui m’a surpris sur ce diptyque c’est le décalage entre les sublimes et très inspirées couvertures du dessinateur et l’intérieur qui semble révéler ses quelques limites (il en faut bien) à transposer certains univers. Est-ce le scénario ou le dessin qui est en cause,? …toujours est-il que la description de cette planète-Nature où les peuples sont en osmose avec leur environnement (antithèse évidente avec le thème de l’empire technologique) paraît un peu brouillonne, étonnamment sombre et confinée, alors que c’étaient les larges espaces et trajectoires spatiales qui nous avaient singulièrement ravi dans le premier cycle. Valentin Sécher semble avoir un peu changé de technique, peut-être moins numérique, plus organique… cela convient effectivement au thème mais je trouve personnellement cela moins beau. De même lorsque survient l’infâme armada Techno l’ampleur du combat semble bien timide au regard de l’échelle cosmique des affrontements de la saga des Méta-Barons. Il en résulte un enthousiasme graphique moindre à la lecture de ces pages, dans une BD où la force principale reposait sur le talent du dessinateur d’origine. La folie de Jodo manquerait-elle pour un tel projet?

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron rina"La thématique de l’amour se prolonge dans ce cycle avec un Méta-Baron qui a pris le dessus sur ses penchants nihilistes, en quittant un univers détestable pour un paradis où la Méta-Gardienne semble d’une naïveté touchante. On passera sur le fait qu’elle tombe en pâmoison aussi facilement et sur sa faiblesse guerrière… L’idée de confronter le Méta-Baron à son alter-Ego après l’avoir fait affronter son clone raté était bonne et aurait pu donner lieu à un affrontement dantesque. Méta-Baron est une BD de garçon, c’est ainsi! On constate ici un petit manque d’ambition graphique comme thématique, Jerry Frissen revenant en fin de compte à un méchant tout à fait abominable qui questionne sur l’avenir de l’humanité en tant que corps physique. Les ficelles sont malheureusement un peu grosses et l’on tombe dans le syndrome « méchant invincible/méchant vaincu » un peu trop rapidement. Comme si le rythme était difficilement géré. L’on a assez vite l’impression de voir une transposition d’Avatar avec ses gentils indigènes bleus confrontés à une Image associéeinvasion technologique. Le principe des cowboys et des indiens, très archétypal mais pas assez original ici pour booster l’intérêt. L’auteur oublie ainsi l’un des personnages principaux du cycle précédent (pourtant très intéressant) sans que son absence vienne alimenter l’intrigue.

Au final si le double album reste très lisible et propose quelques pages très chouettes (notamment le passage à l’action du Méta-Baron), on sent un certain flottement tout au long de ce qui aurait dû clôturer cette saga. Un manque d’inspiration probablement dû à la difficulté de gérer un autre univers avec d’autres lois… Cela ressemble fortement à une fausse bonne idée qui fait de ce cycle le plus faible des trois. Le potentiel était pourtant là et la réduction de la perversité des personnages pouvait rendre cette saga grand public. On attendra la conclusion sur ce que j’espère (encore) comme le dernier cycle (j’ai souvent parlé du format idéal de 6 tomes).

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Méta-Baron, cycle 2

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2016-2017), série terminée en 3 cycles.

Couverture de Méta-Baron -3- Orne-8 le Techno-CardinalDu premier cycle de cette nouvelle saga ressortait l’incroyable dessin de Valentin Sécher et une intrigue sympa qui laissait le grand héros galactique un peu de côté. Je craignais beaucoup le changement de dessinateur, l’écart entre Henrichon et Sécher étant assez rude.

L’univers est en fin de course, les galaxies entrent en collision, montrant à l’humanité son destin. Le nouvel empire Techno-Techno refuse de voir arriver la fin, aveuglé par sa quête de l’Epiphyte, substance primordiale qui daterait d’avant la Création… Alors que le Méta-Baron accepte avec son nihilisme habituel le sort de l’univers, un étrange néo-cardinal est envoyé en mission secrète pour éliminer l’adversaire du Techno-Pape. Mais la rencontre entre les deux personnages ne va pas se dérouler comme prévu…

Couverture de Méta-Baron -4- Simak le TranshumainJe dois dire qu’encore une fois je suis agréablement surpris par le traitement du scénariste Jerry Frissen qui parvient à développer l’intrigue générale en se raccrochant à la genèse de la Caste des Méta-Barons (jusqu’à reprendre des scènes entières redessinées par Henrichon) pour développer l’intrigue dans un univers connu mais vers un horizon à la fois logique et intéressant. Il est toujours risqué de faire évoluer un personnage aussi iconique et monolithique que le Méta-Baron et je dois dire que Frissen a le grand mérite de ne pas ressentir l’ombre du créateur et d’agir avec une grande liberté en même temps qu’une bonne connaissance de ce monde. Si le scénario se trouve débarrassé des tics de Jodorowsky (cela apporte un soupçon de subtilité), il reste très cohérent avec les personnages de cet univers immonde. Ainsi lorsque le Méta-Baron décide de renoncer à sa semi-immortalité et succombe aux plaisirs de la chaire le fait est accepté simplement par le lecteur comme une thématique crédible. La violence du premier cycle s’estompe pour plus de sensualité, bien que les dessins d’Henrichon ne s’y prêtent guère.

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron henrichon"Le dessinateur canadien (qui avait produit l’excellent Pride of Bagdad) rends une partition très correcte, plutôt réussie pour ce qui concerne les décors, vaisseaux et environnements spatiaux (qui sont une part importante de cet univers visuel), moins pour les personnages. Là où Sécher excellait justement dans ces visages très expressifs où chaque personnage était très caractérisé, son successeur est moins à l’aise et doit « habiller » ces derniers pour les distinguer. Il n’y a pas grand chose à reprocher au dessinateur qui rends deux albums très sérieux… simplement son style est relativement banal et ne permet pas de hisser ce Space-Opera là où il pourrait être.

Ce que j’ai apprécié dans ce cycle c’est une réelle ouverture par rapport à un premier diptyque qui se contentait de proposer simplement un nouvel adversaire au Méta-guerrier. Le thème de l’amour parcourt tout le cycle de la Caste et nécessitait de revenir habiter l’univers du Méta-Baron. Résultat de recherche d'images pour "meta-baron henrichon orne 8"Le thème de l’Epiphyte également est développé, renforçant le lien déjà très fort entre le monde du Méta-Baron et Dune (et son Epice). Si le premier tome est un peu poussif, le second est très réussi en révélant de nouveaux personnages et en rendant intelligemment le héros de nouveau vulnérable, permettant de développer un « drama ». Un changement dans la linéarité, un adversaire efficace, un héros vulnérable, une perspective énorme à l’échelle galactique, tout est réuni pour relancer la machine du Méta-Baron. Le format en trois cycles de deux tomes est parfait pour conclure cet univers, en espérant que l’éditeur sache refermer définitivement la saga du personnage en résistant aux sirènes des lecteurs et de l’argent.

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Méta-Baron, cycle 1

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2015), premier cycle terminé, série en cours.

couv_257296La série Méta-Baron (titre tout de même très feignant… et qui a du en perdre plus d’un, dont moi) est la suite directe de la Caste des Meta-Barons, série mythique aux superbes dessins de Juan Gimenez et qui a permis à Jodorowskyni plus ni moins de donner vie aux concepts développés pour son projet mort-né d’adaptation de Dune au cinéma (et dont l’excellent documentaire Jodorowsky’s Dune donne une vision à faire baver tous les amateurs de SF…). Ce film et son univers hantent l’auteur chilien depuis plusieurs décennies et ce qui a été développé pour la saga du Méta-Baron (personnage apparu dans l’Incal avec Moebius) a ceci de fascinant qu’il est à la fois totalement issu de l’imaginaire de Frank Herbert mais en constitue une réinterprétation qui en projette l’essence dans des dimensions à la fois cosmiques et ésotériques. Couverture de Méta-Baron -2- Khonrad l'Anti-BaronUne digestion positive en somme.

A ce titre la saga de la Caste, constituant le socle visuel de cet univers, portait les folies visuelles et parfois WTF typiques de Jodo, au risque de lasser le lecteur. Les planches de Jimenez permettaient de donner une saveur organique à ces planètes, créatures et personnages, qui convenait totalement à l’imaginaire malsain du scénariste, mais l’on finissait par se perdre dans les méandres œdipiens, psychanalytiques, primaux et sadiques de l’auteur de l’Incal. Jodorowsky possède là du matériau pour des dizaines de séries, ce dont il ne se prive pas puisque l’univers a donné naissance à Castaka (avant la Caste), les diverses séries issues de l’Incal, et les Technopères.

La série Méta-Baron propose au travers de trois diptyques (qui devaient originellement être dessinés par un dessinateur différent) les aventures du Méta-Baron, le guerrier ultime, sans adversité possible, chargé par son Totem de sauver l’univers de la destruction. Bon, dit comme ça, ceux qui ont lu la Caste se diront que l’univers est un multivers et qu’il a déjà failli être détruit plein de fois…

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"Le Méta-Baron a vaincu l’empire et détruit Planète d’or. Dégoûté par sa destinée et la violence de l’univers, il a décidé qu’il ne tuerait plus. Or bien vite l’empire renaît de ses cendres et les péripéties de ses puissants amènes les attentions à se porter sur Sans-nom, le dernier Méta-Baron dont la disparition devient un objectif…

Le premier arc se concentre sur ce qui ressemble le plus au mal personnifié: Wilhelm-100 est un généralissime de l’armée impériale Techno-Techno, qui n’a jamais connu la défaite et n’aime rien de plus que faire souffrir et tuer. Pour le malsain à la jodo on part donc sur de bonnes bases. Heureusement les auteurs savent garder le plus violent hors champ et Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"contrairement à nombre de scénarii de Jodorowsky, ne se complaisent pas dans le sadisme (même si la série reste très violente). Le dessin absolument sublime (que ce soit en crayonné, en encrages ou en colorisation) de Valentin Sécher donne une matière à cet univers spatial et réussi le tour de force de dépasser ses pères en faisant de son intervention sur le Méta-Baron (probablement avec celle de Travis Charest)  les plus belles planches réalisées pour la saga. J’avais très fortement hésité à prendre son Khaal, première BD publiée du dessinateur, tant les dessins m’avaient impressionné. Ici il confirme qu’il sait tout dessiner, le mouvement, les expression (le visage de Wilhelm respire une telle folie qu’il n’est pas besoin des textes pour comprendre qui il est), les vaisseaux bien sur. Sécher est en train de travailler sur un tome de la série Conan chez Glénat et j’ai très hâte de voir ce que cela donne dans un univers fantasy!

Dans ces deux tomes on voit donc très peu le Meta-Baron et le personnage principal est clairement le méchant et sa créature, le nain génial Tétanus. Les auteurs sont su recréer l’univers de Jodorowsky et l’absence du maître est finalement une bonne chance car cela permet de « normaliser » un peu ces histoires qui, sans être devenues grand public, deviennent plus classiques je trouve. Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"Du reste les ambiances space-opera nous placent dans ce qui se fait de mieux avec Star-Wars et l’on prendrait goût à toute une série de one-shot sur des personnages dérivés de cette création. Le format en double album est enfin une très bonne chose (je l’ai déjà dit souvent sur ce blog, c’est a mon sens le format idéal, permettant la construction d’arcs successifs dans une série plus large).

Je ne m’attendais clairement pas à un album de cette qualité et craignais le réchauffé. Bien sur le dessin de Sécher y est pour beaucoup, mais comme on dit, le dessin fait lire l’album, le scénario donne envie de continuer. Et c’est le cas ici!

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X-O Manowar #2: D’empereur à Wisigoth

esat-westComic de Matt Kindt, Clayton Crain, Renato Guedes, Ryan Bodenheim, Ariel Olivetti
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 2 (épisodes 7-14), 224 p.

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Le volume comprend un résumé des épisodes précédents, un sommaire (que j’apprécie beaucoup car il indique très clairement quels auteurs officient sur quelles sections), les couvertures de chaque fascicule original et en fin de tome des croquis et explications d’intentions passionnantes. Tout cela est habituel chez Bliss mais pas toujours aussi intéressant.

Après avoir gravis les échelons de l’armée Azur au cour d’une guerre permanente semée de trahisons, le voilà empereur de la planète Gorin. Mais lorsqu’un adversaire d’outre-espace survient, la difficulté de maintenir une cohésion entre tous ces peuples antagonistes se fait jour. Aric de la Térre est-il capable d’autre chose que de faire la guerre? Se coupant de tous ses proches, trahis, pourchassé par une bande de mercenaires, loin de la Terre, qu’espère t’il encore de la vie?

Résultat de recherche d'images pour "renato guedes manowar"Lorsque j’avais ouvert le très joli premier tome du reboot de X-O Manowar, j’avais cru avoir loupé un épisode expliquant ce que le héros faisait sur la planète Gorin. Il n’en est rien et dans les bonus de ce second tome les auteurs expliquent justement que l’objectif était de sortir Aric de son confort et le lecteur avec, de le placer dans un environnement totalement nouveau (mais guerrier…) afin d’explorer la psychologie du personnage. Sur ce plan la série est une vraie réussite et après les relations avec l’armure dont il est dépendant mais qu’il ne souhaite pas utiliser, sorte de voix intérieur de sa conscience, il doit affronter ses choix et le vide de sa vie. Rarement un héros aura été aussi malmené émotionnellement, jusqu’au bout du volume. Si je maintiens mes quelques regrets sur une série qui reste essentiellement axée sur la guerre rageuse (ce qui finit par devenir un peu redondant), le travail sur le personnage et la réflexion politique sur l’impossibilité d’imposer la paix par la guerre (ce qu’ont argumenté nombre de conquérants à travers l’Histoire) sont vraiment intéressants.

Résultat de recherche d'images pour "manowar clayton crain"Ce second volume démarre sur le même mode que le précédent, jusqu’à l’irruption des mercenaires, qui provoquent une vraie bouffée d’air. A la fois graphiquement par une bonne grosse claque de Renato Guedes, mais surtout car la section permet l’arrivée de personnages tout neufs, d’un univers très excitant loin de Gorin et de mettre enfin le héros en danger. L’intérêt est pleinement relancé et se poursuit jusqu’à la prise de conscience d’Aric que son destin n’est plus ici. On quitte donc l’action ininterrompue pour du fonds et un chemin qui nous donne soudait très envie de savoir comment va rebondir cette gueule cassée  au bord de la répression (on retrouve l’intérêt pour Bloodshot sur ce plan), avec notamment une conclusion très réussie et forme d’ouverture qui boucle cependant le cycle de Gorin. L’éditeur précise dans une fiche de lecture dont il est coutumier que la suite sera à lire dans le crossover Harbringer Wars 2 à paraître bientôt, avant un troisième volume de X-O Manowar. J’étais resté un peu sur ma faim dans le premier volume y compris sur un personnage que je trouvais un peu monolithique. Ce second tome relance vraiment la machine.

Le petit bémol que je mettrais est dans le graphisme. Paradoxalement, Clayton Crain, qui est capable du superbe sur Harbringer Wars, Dininity et sur pas mal de couvertures Valiant, peine ici clairement dans les scènes de bataille, fouillis et assez sombres, où sa technique numérique peine un peu en précision. A côté, Renato Guedes, dans une technique de peinture à l’eau peu évidente (proche du travail de Dustin Nguyen sur Descender) produit des planches magnifiques. Est-ce un manque d’intérêt ou une vraie limite de la technique de Crain, toujours est-il que ses planches sont les moins intéressantes. Contrairement au premier tome découpé entre deux illustrateurs au style très proche (et créant une vraie harmonie graphique), ici c’est plus divers, mais cela ne m’a pas dérangé. Tous sont très bons et si Guedes m’a énormément plu, Ariel Olivetti qui conclut l’histoire est une nouvelle énorme claque, une vraie révélation que je vais m’empresser de suivre! Résultat de recherche d'images pour "manowar olivetti"Dans une technique alliant dessin très précis et textures numériques discrètes proches du boulot de Reno sur Aquablue, l’argentin (tiens, est-ce que le secret de Valiant ne serait pas de faire appel à des dessinateurs non états-uniens?) fait exploser les rétines avec des séquences spatiales qui laissent pantois. J’espère vivement qu’il continuera son travail sur Manowar car sur ces planches on atteint clairement le top de ce qu’a produit Valiant jusqu’ici. Et comme je constate une montée graphique à chaque volume depuis l’an dernier, jusqu’où irons nous? J’ai beaucoup hésité à ajouter un quatrième Calvin à ma note en raison des planches de début d’album et d’un démarrage poussif, mais la clôture et la double révélation graphique justifient un 4 qui confirme que ce second album Manowar est meilleur que le premier.

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Warship Jolly Roger #4

BD de Sylvain Runberg et Miki Montllo
Dargaud (2018), série finie en 4 tomes.

couv_325028Warship Jolly Roger fait partie de ces belles découvertes de librairie, dont vous n’aviez pas entendu parler mais dont quelque chose vous a fait comprendre qu’il s’agit d’une série majeure à venir. Scénariste du réputé Orbital (que je n’ai pas lu), Runberg emmène son comparse l’espagnol Montllo dans une odyssée SF d’un héros de guerre parti se venger du président corrompu de la confédération humaine qui en seulement quatre tomes s’impose comme l’une des séries Space-opéra majeure de la BD.

Le dernier acte approche. Réunis à bord du vaisseau de guerre Jolly Roger, les comparses de Munro ainsi que le couple de roboticiens enlevés précédemment préparent l’assaut final sur le président Vexon qui doit se marier avec une star de cinéma en pleine campagne présidentielle qui l’oppose à son ancien aide de camp…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger 4"La trame principale de Warship Jolly Roger (WJR) est simple: une histoire de vengeance, d’un militaire discipliné contre un politicien pourri prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Dès le premier tome il emmène avec lui un équipage d’anti-héros absolus: un psychopathe, la fille de la cheffe de la résistance militaire à la confédération, un adolescent mutique semblant communiquer avec les machines… On a vu cela mille fois. Mais ce qui fait (sur le plan du scénario) la grande force de WJR c’est le traitement, l’itinéraire surprenant que prennent les personnages mais aussi cette trame. Par une infinités de décrochements par rapport à ce qu’on pourrait attendre, Runberg maintient notre intérêt au sein d’une atmosphère calée sur la psychologie de ce formidable héros qu’est Munroe: décidé, sombre, revanchard, l’on sait dès les premières planches que cette victime des plus terribles machinations, rouage abandonné à la cause du grand méchant, ne capitulera pas, quel que soit le prix. La cohérence des personnages est leur force et leur donne de l’épaisseur et aucun des trois acolytes n’est un faire-valoir. Le scénario évite ainsi subtilement tout cliché alors que l’enrobage y tendrait. Comme souvent ce sont donc bien les personnages et leur « vraie vie » (aucun ne glisse sur l’histoire sans heurts) qui constituent la force de cette histoire: un méchant abominable qui semble contre toute attente se laisser griser à l’amour malgré les abominations qu’il a commises, un anti-héros que le scénariste n’a pas fini d’assassiner psychologiquement, une jeune fille subissant les affres physiques de la guerre et décidée à combattre sa mère qui l’a remplacée pour une cause politique, un mutant autour duquel l’intrigue tourne étrangement, comme hésitant à en faire le véritable héros,… La galerie est réussie par-ce qu’ils vont jusqu’au bout de leurs décisions et que les auteurs aiment à leur donner du corps. Les soubresauts que vivent chacun des personnages rompt l’inéluctabilité de l’intrigue principale en nous faisant craindre réellement que le méchant puisse gagner à la fin…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Mine de rien les thématiques de WJR sont nombreuses: avant tout la politique et sa corruption, mais aussi la colonisation, le rôle de l’armée entre garante de l’ordre et la responsabilité en cas de morts, les manipulations scientifiques, la pollution des planètes, la rébellion (thème déjà vue dans Shangri-la avec une même optique), le rôle des médias,… Les thèmes sont familiers aux lecteurs de SF et répartis de façon très équilibrée dans les quatre albums dont les scènes d’action ne sont pas forcément les moments les plus réussis (hormis les batailles spatiales), au contraire des dialogues percutants. La découverte de ce régime pourri et le côté vicieux avec lequel le scénariste malmène ses héros sont passionnants et donnent envie de s’y immerger.

Le graphisme de Montllo produit exactement le même effet: avec une technique issue de l’animation, avec des textures très plates, le dessin pourrait passer pour simpliste, mais par sa maîtrise du mouvement, des visages (très travaillés, notamment dans leurs expressions), Montllo fait de WJR une série graphiquement très réussie et qui peut faire penser à Gung Ho. Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Petit bémol sur ce dernier album où l’auteur commence à utiliser une habitude des illustrateurs numériques: l’insertion d’images internet retouchées… dont la finesse laisse à désirer, ce qui est dommage. Mais ce sont des éléments mineurs dans ces planches aux cases larges, aux couleurs appuyées mais très réussies, toujours en clair-obscure (l’essentiel des scènes se passent dans l’espace, de nuit ou en intérieur). Si les décors et vaisseaux ont un effet « cartoon 2D », les gros plans de visages, les plans latéraux et même les anatomies (malgré le style simplifié) montrent la grande maîtrise technique de Miki Montllo, qui présente régulièrement sur les réseaux sociaux des vidéos de work in progres de ses planches.

Alors laissez-vous entraîner dans l’équipage de Jon T Munro et apprécier ces moments comme dans toute bonne série télé où l’intrigue devient secondaire face à l’atmosphère et la proximité que l’on acquiert envers des personnages attachants et un méchant à qui on a très très envie de botter les fesses. La fin de Warship Jolly Roger, très réussie, permet en outre d’envisager une suite, que je suivrais très volontiers!

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

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X-O Manowar #1: De soldat à général

esat-westComic de Matt Kindt, Thomas Giorello et Doug Braithwaite
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 1 (épisodes 1-6), 232 p.

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De soldat à général est une suite/reboot de la saga X-O Manowar de Valiant. A mesure que je découvre les comics Bliss je suis impressionné par la qualité du travail éditorial (hormis l’horrible bandeau jaune de la couverture reprise de l’édition US… qui aurait mérité une infidélité au matériau d’origine, d’autant que l’illustration en elle-même est magnifique!).

Ayant découvert l‘ancienne série je peux comparer et constater le saut du niveau graphique avec cette nouvelle série, avec une subdivision néanmoins: les trois premier épisodes (Soldat) dessinés par Tomas Giorello sont très impressionnants avec notamment une colorisation vraiment agréable. J’aime beaucoup le trait à l’effet crayonné de l’illustrateur argentin (tous les bons dessinateurs de comics seraient-ils non américains?…). Sur la seconde partie (Général) Doug Braithwaite (pourtant assez bon sur les autres séries Valiant) fait un travail un peu rapide qui baisse le niveau graphique de l’album. Néanmoins on reste plutôt dans le très bon au regard de la moyenne des productions US et je dirais que les exigences graphiques de Valiant sont assez élevées (du fait d’une petite équipe d’illustrateurs habitués sans doute), avec notamment – mais ça c’est plus coutumier de l’industrie du comics – des couvertures vraiment attirantes.

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En outre j’ai beaucoup aimé le design général de cette planète en guerre, à la fois tribal et technologique et qui aurait mérité d’être développé (mais j’y reviens sur la partie scénario). Au regard des extra-terrestres insectoïdes de l’ancienne série on a un sacré saut esthétique et c’est tant mieux. L’ambiance générale me rappelle un peu l’univers de Seven to eternity.

Le problème de X-O Manwar est le « syndrome Superman »: l’armure Shanhara dote Aric de pouvoirs a peu près infinis, ce qui rend compliqué d’installer une intrigue dramatique et de nous faire nous intéresser au personnage qui ne craint aucun antagonisme… Le début de l’album est pourtant sur ce point très réussi: avec un corps ravagé, un visage sombre et un refus d’utiliser l’armure, le personnage nous accroche! Impliqué malgré lui dans une guerre étrangère il utilise sa rage et ses capacités pour faire remporter une victoire impossible à son camp. Au-delà des scènes de bataille épiques qui occupent l’essentiel de l’album (un peu trop à mon goût), plusieurs séquences de dialogue entre Aric (le porteur) et l’armure, sorte de Stormbringer, posent la question de savoir si c’est Aric, redoutable combattant, qui va malgré lui dans des combats interminables ou si c’est l’armure qui lui amène la mort…

Résultat de recherche d'images pour L’intrigue très linéaire et progressive relate l’ascension d’un homme du statut de chair a canon à empereur, à la (quasi) seule force de sa hargne. Le premier volume raconte son itinéraire jusqu’au statut de général et sa mise au jour de la dualité perverse de tous les peuples guerriers de cette planète. Pourquoi combat-il? Pour l’armure comme le prédit sa compagne? Comme une fin en soi? Il y a une ambiguïté scénaristique en voulant nous montrer un guerrier qui se dispense de la force ultime de l’armure… alors que sans elle on comprend qu’il ne survivrait pas a cette guerre impitoyable. Le prochain volume a paraître en fin d’année racontera comment il remplacera l’empereur de ce monde.

Résultat de recherche d'images pour "x-o manowar 2017"Partant sur un très bon rythme et niveau graphique, ce volume est un peu décevant. C’est un bon moment de lecture mais qui manque un peu d’originalité et n’atteint pas la richesse de The Valiant. Je lirais la suite de X-O Manowar mais j’attends de lire d’autres saga Valiant pour voir ce que cet éditeur a dans le ventre.

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Un autre avis chez Xapur.

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