Manga·Numérique

Sun-ken Rock 3# – 7#

Un premier article sur la série a été publié sur le blog.

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La poursuite de la série (et le plaisir de lecteur) m’a donnée envie de prolonger le billet au cours de l’avancée, sorte de billet d’étape.

Si les deux premiers volumes n’ont rien d’exceptionnel tant au niveau du scénario que du dessin (mais donnent le ton sur le côté pas sérieux, très sexy et tente-sixième degré de l’humour), le manga commence à devenir véritablement intéressant à partir du volume 3 où Ken et sa bande suivent un entraînement hardcore auprès de moines-soldats du mont Ji-ri. Dans le volume 4 ils mettent à profit leurs nouvelles capacités physiques et de combattants en éliminant un gang de Séoul et en devenant les protecteurs du quartier.

Résultat de recherche d'images pour "sun-ken rock"Le volume 5 marque un tournant tant graphique que scénaristique dans la série: Yumin explique qu’elle est la fille du premier chef Yakuza du Japon et l’on comprend aussitôt que cela sera le fil conducteur du reste du manga. C’est aussi l’occasion pour Boichi de s’envoler visuellement: des combats nocturnes, gunfights et katana, des gros plans et des pleines pages chorégraphiées… l’artiste se fait plaisir et nous fait plaisir! Résultat de recherche d'images pour "boichi sun-ken rock"La bascule est étonnante entre l’avant et l’après volume 5. A partir de là l’action ne s’arrête plus et on prend un vrai plaisir sur certaines cases ou pages. La maîtrise anatomique du coréen est impeccable et si ses visages empruntent légèrement à la tradition manga (des gros yeux) on sent une attraction sensible vers le réalisme avec une utilisation de traits hachurés qui cassent le côté industriel de l’impression manga et permettent un incroyable dynamisme sur les scènes d’action. La fureur marque beaucoup de dessins et cela pourra paraître trop à certains. Pourtant comme je l’avais dit dans le premier billet (mes premières impressions) on reste dans un genre codifié: le manga de baston mafieux, organisé sur le modèle du jeu vidéo avec niveaux (les chapitres du manga sont des « level ») et boss de fin. Tout est exagéré dans Sun-ken rock, des mafieux bourrins et graveleux aux filles se vautrant de tous leurs charmes aux pieds du héros.

Résultat de recherche d'images pour "boichi sun-ken rock"Ce que j’apprécie notamment dans ce manga c’est sa radicalité et son absence de censure. Si beaucoup de manga et (tous) les comics de super-héros montrent les personnages (et les filles) dans des tenues hyper moulantes et suggestives mais « techniquement habillées », Boichi ne s’ennuie pas avec des cache-sexe: ses personnages sont hypertrophiés (hyper musculeux pour les garçons, hyper sexués pour les filles), beaucoup de scènes sont des excuses non voilées pour illustrer des scènes de cuisines ou des filles nues (étrange juxtaposition des deux mais c’est la réalité de ce manga). L’auteur semble un brin obsédé par la chose et très macho (attention, certaines scènes virent presque au Hentai… mais finalement pas plus que Manara), mais après tout c’est son manga et si l’image de la femme y est très chosifiée, celle de l’homme n’est pas franchement tendre: totalement poseurs, clichés mafioso et attitudes puériles systématiques, je ne suis pas sur que la gente masculine soit mieux traitée. L’envie graphique de Boichi est évidente et je crois qu’il ne faut pas se poser plus de questions que cela.

Résultat de recherche d'images pour "sun-ken rock"La série permet du reste de découvrir une partie de la vie quotidienne coréenne, beaucoup de recettes de cuisines (parfois insérées dans des situations improbables comme lors du combat de l’Imperial Hotel) et une réelle dénonciation de l’histoire politique et du système institutionnel coréen réputé pour sa forte corruption et qui fait justifier l’axe central de Sun-Ken Rock: dans un état corrompu, une organisation criminelle structurée est-elle plus nocive pour la société que l’État officiel?

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BD·La trouvaille du vendredi

Le Gipsy

BD de Smolderen et Marini,
Dargaud (1993-2002). série en 6 volumes parus.

couv_66228La série du Gipsy a été publiée à l’origine par Alpen publishers puis très rapidement reprise par les Humanoïdes associés. A partir du tome 4 c’est Dargaud qui reprend directement la publication. Les trois premiers volumes forment un cycle, puis la série paraît en one-shot. Deux intégrales sont sorties.

Le Gypsy c’est Marini à l’état brut. C’est le Scorpion en plus bourrin, plus sexuel, plus macho, plus lourdingue. C’est la géopolitique d’anticipation à la Smolderen (comme sur le formidable Ghost Money), en phase avec notre époque mais avec le plaisir de l’action king size façon blockbuster! Série qui a fait connaître l’artiste italien, avant l’Etoile du désert (excellent western dont la suite est sortie l’an dernier par un autre dessinateur), Gypsy a un peu perdu de sa notoriété derrière la grande série historique Le Scorpion et les ouvrages plus récents de Marini (dont le Batman chroniqué sur l’Etagère). A la fois pour son scénario et pour ses dessins, la série mérite pourtant d’être lue et redécouverte, en espérant que les auteurs gardent des projets one-shot pour Tsagoï…

Le premier cycle de trois albums présente l’univers: dans un futur proche, alors qu’un nouvel âge glaciaire fige l’hémisphère Nord, le consortium C3C dirigé d’une main de fer par Burma Selmer gère la plus grande autoroute du monde, reliant tous les continents et parcourue par de gigantesques camions. Tsagoï, un musculeux gitan freelance gagne sa vie au volant de son engin, l’Étoile du gitan. Mais des tensions géopolitique ainsi que des bouleversements dans la gouvernance de la compagnie vont le projeter au sein d’une guerre entre factions…

Résultat de recherche d'images pour "gipsy marini"Dans ces trois volumes tous les protagonistes entrent en scène: le Gypsy, son camion, sa sœur qui sera la plupart du temps à l’origine de ses mésaventures, les multinationales, l’Aile blanche et sa Sorcière, confrérie d’assassins aux motivations troubles. Gypsy est fondatrice de toute la production ultérieure de Marini, ne serait-ce que parce que l’illustrateur a toujours repris les mêmes archétypes: La Sorcière se transforme en Mejaï dans le Scorpion, le Gypsy s’affinera pour devenir à la fois le Scorpion et le Hussard,… les filles très sexy et le héros porté sur la chose, les dialogues grivois et paillards, le mélange de politique et d’action débridée. Les bases sont là.

Résultat de recherche d'images pour "gipsy marini"L’exotisme également, avec un voyage en terres sibériennes barbares où des hordes mongoles menacent des forteresses occidentales. On est dans une sorte de Eastern SF rassemblant le film Jack Burton de John Carpenter avec un bon Scharzy et du Segio Leone pour les dialogues et les scènes improbables. C’est série B, rutilant, pas très fin mais quel plaisir visuel et ludique! Bien sur les premiers albums sont légèrement moins fouillés (on constate d’ailleurs que son style de personnages était assez proche d’Otomo aux débuts) mais la technique de Marini s’installe très rapidement et franchement dès le tome 3 on est sur le même niveau que ses albums récents. Les auteurs s’en sont donné à cœur joie avec un cocktail « grosses pétoires, gros camion, gros muscles, gros nichons »… C’est de la BD de garçon probablement, comme un peu toutes les séries de Marini du reste, mais personnellement j’adore la BD populaire assumée. C’est pas moins subtile que Dragon ball ou un Batman et la BD est aussi un art populaire.

Marini pl 30 du Gipsy tome 5 L'aile Blanche par Enrico Marini - Planche originaleA partir du tome 4 on passe en format one-shot, avec d’abord une escapade à Berlin pendant la coupe du monde de football (« Les yeux noirs« , le moins bon de la série pour moi), puis « L’aile blanche » qui voit revenir la Sorcière (méchante récurrente et incorruptible) et sa confrérie dans un petit pays arabique et enfin « Le Rire aztèque » où au Mexique un étrange virus décime les camionneurs en les transformant en sortes de zombies à la mode Joker (une première idée de son futur Batman?). Smolderen aime les scénarios d’anticipation alliant les thèmes habituels, de l’hypertechnologie au pouvoir des multinationales en passant par les questions ethniques et environnementales. On est proche des albums de Fred Duval (les séries B Delcourt comme Travis, Carmen MacCallum, etc) mais traité à la mode blockbuster. Le scénariste fait plaisir à son dessinateur en lui proposant des paysages grandioses, plein de filles dénudées et de bastons défiant les lois de la gravité. Le format du one-shot assume d’ailleurs cette ambition ludique et il est dommage que les séries à rallonge (par ailleurs globalement très bonnes) de Marini ne lui aient pas permis de faire une pause de temps en temps pour nous proposer un nouvel épisode du Gypsy. La série n’étant à ma connaissance pas officiellement clôturée et les auteurs ayant pris grand plaisir sur tous les albums, il n’y a plus qu’à attendre à pour ceux qui ne connaissent pas encore à se dévorer les 6 volumes existant.

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BD·Numérique

L’ombre d’Hippocrate

BD de Xavier Dorison et Ralph Meyer
Dargaud (2017), 56p. Série « Undertaker » t4/4.

couv-tome4-undertakerÉgalement une édition grand format de chaque tome de la série qui paraît généralement en juin. Autant la qualité du trait de Meyer est indéniable, autant les couvertures de la série Undertaker ne sont pas ce qu’on voit de plus attrayant. Pas grave vu le contenu.

Jeronimus Quint, l’ogre de Sutter camp, médecin génial et fou continue sa fuite en compagnie de Rose devant un Undertaker abimé physiquement et moralement. Quint a pris un véritable ascendant psychologique sur Jonas Crow en se faisant des alliés de tous ceux qu’il a soigné ou blesse en prévision de les sauver, dont Rose. Dans cette course poursuite sanglante, le héros doute: finalement n’a-t’il pas plus de morts sur la conscience que ce médecin qui marche allègrement sur le serment d’Hippocrate?

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"Lorsque la série Undertaker est sortie il y a de cela maintenant 4 ans avec grand renfort de com’ de Dargaud j’avais passé mon tour. Non que je n’aime les auteurs (je considère Dorison comme un des tous meilleurs scénaristes et avait adoré le Berceuse assassine de Meyer) mais je n’ai jamais vraiment accroché avec les western en BD (hormis les deux albums 500 fusils et Adios Palomita du début du label Série B de Vatine) et le battage qui donne l’impression qu’on est obligé d’acheter la nouvelle pépite m’agace profondément. Je suis plus Spaghetti que classique et n’ai jamais accroché à Blueberry, présenté comme la référence d’Undertaker. Il est vrai que le dessin de Meyer est clairement de l’école Giraud et par moment plus poussé même (les fidèles de l’auteur de Blueberry me pardonneront cet affront). J’ai entre-temps découvert la série Asgard du même duo et qui m’a vraiment plu, tant graphiquement que dans la relation artistique entre les auteurs qui transparaît dans l’album. Du coup j’ai entrepris de découvrir l’Undertaker.

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"L’ombre d’Hippocrate est la clôture du diptyque entamé avec L’ogre de Sutter Camp (format de double album que je trouve idéal dans la BD et qui semble être adopté systématiquement sur Undertaker).  Clairement cette histoire fait monter le niveau de la série par rapport au premier double album introductif, et cela pour une simple raison: Jeronimus Quint est pour moi le méchant le plus charismatique, le mieux « joué » et le plus intéressant depuis pas mal d’années dans la BD franco-belge. Si l’attelage improbable des personnages mis en place sur les deux premiers albums est très efficace (Dorison est un très bon technicien, tel Van Hamme, qui sait parfaitement ce qui fonctionne en matière de scénario), c’est bien les questionnements et problématiques posés par Quint qui passionnent. Il ne se déclare pas fou mais génial. Des morts il y en a tous les jours, ses expériences sur sujets vivants doivent-elles être continuées si elles permettent de sauver à l’avenir des milliers de gens? Quint torture, tue mais sauve, beaucoup. C’est le syndrome du savant fou reniant le serment d’Hippocrate. Jonas Crow, lui, est mis sur le grill par Lin avec ses méthodes expéditives. Dans le monde d’Undertaker personne n’est bon. Alors quand la morale devient le sujet central permettant de déterminer ce qui doit être fait, comment faire? Quint est utile, Crow est moral. Qui a raison? Le sujet est passionnant et si le lecteur humaniste a la réponse, l’album dérange et c’est formidable! Le tout est relevé par des situations et des dialogues souvent drôles dans le tragique. Les estocades verbales de la chinoise et de l’anti-héros sont très savoureuses.

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"Sur le plan graphique, quel plaisir de voir un artisan manuel (la référence à Giraud est vraiment pertinente) travailler ses noirs. Meyer est parfois un peu rapide sur les arrière-plans et les personnages de fonds (il fait partie de ces dessinateurs qui se dispensent de mettre un visage sur la foule, je trouve ça gênant), mais quelle facilité dans les visages et expressions! Je retrouve un peu le Guerineau des premières années du Chant des Stryges (il a d’ailleurs produit un très bon western pour ceux que cela intéresse). On est dans le vrai plaisir du dessin à l’ancienne que l’on savoure case par case. Les paysages sauvages de l’ouest  sont épurés, dessinés en suggestions et en crêtes. L’ensemble rend très bien par-ce que la force de Meyer est sur ses premiers plans.

Undertaker est une série qui monte en puissance et les auteurs semblent avoir saisi la perle qu’ils avaient avec leur méchant qui devrait très certainement revenir dans d’autres albums voir de façon récurrente comme âme damnée du héros.

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BD·Nouveau !·Rapidos

Le roi démon

BD de Zidrou et Homs
Dargaud (2017), 56 p., 2 volumes parus.

91jjyid4talLe premier volume nous avait laissé sous le choc: un énorme tatouage, les deux héroïnes soumises à une domination masculine atroce… Le second commence dans la même veine noire, mais contre toute attente les jeunes femmes ont pris les rennes de leur situation (qui n’en est pas rose pour autant). L’irruption de l’impératrice Victoria dans cet album fait entrer la politique et quelques fils liant les deux époques  dans la narration. On est dans la directe continuité du fabuleux premier volume: aucune résolution mais des précisions sur les nombreux (et mystérieux) éléments qui nous ont été donnés jusqu’ici. Surtout, un grand méchant (juste entrevu en prologue du tome 1) apparaît et remplit parfaitement son rôle. Les personnages importants se précisent mais l’on se demande comment les auteurs vont pouvoir boucler en quelques volumes (il me semble que la série est prévue en 5) une intrigue qui ne fait que débuter. Enfin, le surnaturel que l’on subodorait intervient enfin…

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Shi a véritablement pris de court toute la sphère BD: si Zidrou avait une solide réputation mais Homs était relativement méconnu et pourtant avec une histoire obscure, divisée en deux époques, touchant au marché de l’armement, d’un ton presque nihiliste… ils ont réussi avec deux albums la même année à hisser la série à un seuil que seul Blacksad ou plus récemment Undertaker sont parvenu à atteindre: le classique instantané. Les graphismes sont toujours aussi somptueux, le découpage hargneux et inventif, les personnages très bien caractérisés… Les mêmes qualités que le premier volume se retrouvent dans le second. Un immense plaisir de lecture avec la satisfaction de savoir que l’histoire est ficelée par les auteurs dès l’origine. On applaudit des deux mains et on se dit qu’avec le plaisir que prends Homs à croquer les aventures de Jennifer et Kita avec un peu de chances on aura droit à un troisième tome avant l’été(???).

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BD·Nouveau !·Rapidos

L’étoile du matin

BD d’Eric Giacometti et Philippe Franck
Dupuis (2017)

51cj62bgxujl-_sx380_bo1204203200_Largo est la dernière grande série de Van Hamme à voir le maître quitter les commandes. C’est aussi sa série qui a le mieux traversé les années (par-ce que la plus récente? ou du fait du format très pertinent de cycles en deux albums?), le milliardaire en blue jeans ayant bien mieux vieilli que ses comparses Thorgal et Jason MacLane. Le risque était grand, surtout que Van Hamme a quitté le bateau sur un excellent diptyque et le premier véritable amour de son héros… Deux ans après (je crois que c’est la première « rallonge » de l’éditeur sur une  série habituellement annuelle), que donne Eric Giacometti aux textes?

Bonne nouvelle, l’humour très percutant de la série est toujours présent, très proche de ce que faisait l’auteur originel. Les dessins sont toujours aussi acérés (mais là dessus je n’était pas inquiet) même si Frank devrait penser à diversifier ses blondes, que l’on a décidément bien du mal à distinguer…

L’histoire commence directement à la suite du précédent cycle, ce qui est nouveau il me semble et je pense un peu dangereux: la force des Largo est de prendre le temps de 92 planches pour nous raconter une histoire unique vaguement liée aux autres, ce qui nous fait échapper aux effets collatéraux des séries à rallonge et permet un véritable renouvellement à chaque cycle. Ici on voyage du Mexique altermondialiste à la Suisse en passant par le siège de Chicago et la Russie. Les sidekicks Simon et Freddy sont toujours fidèles au poste, les méchants très sanglants. On ne sais pas grand chose de l’intrigue après la dernière page mais on a l’habitude que tout se dénoue au deuxième volume. Business à usual en somme et la transition se passe remarquablement bien, c’est bien l’essentiel. Le petit bémol: je trouve que les élucubrations financières sont un peu moins légères et pédagogiques qu’avant, au risque de désintéresser le lecteur grand public habituel. Giacometti devra faire un petit effort d’assouplissement. Mais je dois dire qu’après la lecture de ce 21° tome, franchement rien n’incite le lecteur habituel à abandonner la série.

Autres critiques:

sur Blog brother

BD·BD de la semaine

Gung-Ho

BD de Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant
Paquet (2013-2017). 80p/album
3 albums parus /5.

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Le petit éditeur Paquet nous a habitué à proposer de très beaux ouvrages, souvent en grand format, doté de couvertures attrayantes et au travail éditorial qualitatif. Essentiellement connu pour les (très bonnes) séries d’aviation de Huguault ou pour le manga best-seller Usagi Yojimbo, Paquet propose avec Gung-Ho de découvrir deux auteurs allemands pleins de talent, déjà créateurs de la série Chroniques immortelles. Les albums ont été publiés en deux sorties de 40 pages par tome puis en album de 80 pages grand format et enfin en édition deluxe (encore plus grand format). A 17€ l’album ce n’est pas une arnaque. Un court cahier graphique accompagne le premier tome.  La maquette est fidèle à l’univers, prenant comme couverture un des personnages principaux à chaque tome. L’intérieur de couverture représente le cadre géographique de la colonie qui accueille l’intrigue. Du beau travail qui rehausse cette excellente BD.

Dans un futur proche, ce qu’il reste de l’humanité s’est réfugié dans des villes fortifiées et des colonies qui tentent de recoloniser le territoire en se protégeant du fléau blanc, les Rippers. Lorsque arrivent dans la communauté très règlementée de Fort Apache deux orphelins, Archer et Zack, ils se retrouvent confrontés à l’acceptation de ces règles, à leur transgression par leurs pulsions d’adolescents et au défi de se construire dans ce monde hostile.

gung_ho_page02_blogGung-Ho est une BD post-apocalyptique dans la veine de Walking Dead… sauf qu’ici pas de zombies. Le contexte préalable n’est que faiblement évoqué et si l’on apprend tardivement ce que sont les Rippers, l’on ne sait même pas s’ils sont à l’origine de la réduction de la population. Ce qui intéresse les deux auteurs ce sont les relations entre les personnages et notamment entre groupe des adolescents et des adultes. Cette mini société est absolument passionnante par ce qu’elle transpose en concentré les impératifs de toute société entre justice, liberté et ordre. Derrière ces concepts, les adultes et les adolescents n’ont pas les mêmes visions et vont souvent tester la réactivité de cette société expérimentale et communautaire. Les personnages 9641ee1d5a597fd6db0382413ba5e9f8-gung-ho-manga-comicssont vraiment nombreux et caractérisés à la fois graphiquement et par le scénario. Hormis quelques exceptions (le méchant corrompu), tous sont subtiles et crédibles, le lecteur comprenant leurs motivations qui ne sont jamais simples à condamner. Cela car le travail de contexte est important et la pagination permet de prendre le temps de soigner chaque figure. L’élément déclencheur de l’intrigue est l’arrivée des deux jeunes frères et notamment d’Archer, le joli rocker tête-brûlée (en préambule à chaque album les auteurs nous rappellent que Gung-Ho signifie « tête brulée »), qui ne respecte aucun code et va par ce fait mettre l’équilibre de la communauté et de ses lois en danger. Certaines personnalités sont plus alléchantes, comme la jeune asiatique experte en maniement du sabre ou le chef militaire du groupe. Mais tous semblent vivre leur vie entre les cases.

Ce qui a marché dans Walking dead (la transposition de la société dans une situation de crise extrême) fonctionne aussi ici avec l’accent mis sur l’adolescence et les thèmes qui lui sont liés (la transgression, la musique, le flirt, l’alcool, le passage au stade adulte,…). En revanche, si la série de Robert Kirkman est dotée de dessins loin d’être virtuoses, ici Thomas Van Kummant (passé par le design et l’infographie) fait des miracles avec sa palette graphique. maxresdefaultSi vous êtes allergiques au dessin numérique vous pouvez passer votre chemin… pourtant vous aurez tort! Comme Miki Montllo sur la formidable série Warship Jolly Rogers (leur technique est proche, entre des formes plates et des textures et contrastes très sophistiqués) il parvient à donner une grande expressivité aux visages et une harmonie improbable quand on regarde les dessins à la loupe. Élément par élément on peut même trouver cela moche, mais l’ensemble est très léché, entre le photoréalisme des arrière-plans et les éclats de couleur des personnages. Comme Bastien Vivès, Van Kummant parvient à donner un réalisme à ses dessins en faisant appel à notre mémoire visuelle, transformant quelques traits ou touches de peinture en une anatomie et mouvement très parlant. Mais surtout les auteurs nous donnent un vrai plaisir à suivre tous ces personnages, pas seulement les héros. L’esprit est celui d’une bonne série TV que l’on veut voir durer des années. Ainsi sur un canevas simple ils parviennent à nous attraper, nous faire craindre pour untel, souhaiter un avenir à un autre, etc.

ckizmgtwsaa2j5oGung-Ho est une vraie réussite et une très bonne surprise sur tous les plans, tant graphique que thématique. Deux auteurs inconnus arrivent à confirmer l’essai d’un projet montrant que l’on peut raconter mille fois la même histoire en intéressant toujours différemment. Par l’intelligence et la spécificité de chaque auteur tout simplement.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

Manga·Rétro

Sun-ken Rock #1

Manga de Boichi
Doki-Doki (2008)
A partir de 15 ans

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Ken est un jeune japonais parti en Corée pour suivre la fille qu’il aime, engagée dans la police de Séoul. Se retrouvant à la tête d’un gang local, il va gravir les échelons entre ses idéaux de justice et le pragmatisme de la vie de criminel…

Boichi est l’un des prodiges du manga asiatique. Contrairement à son personnage, il est coréen et vit au Japon. Sun-Ken Rock est l’un de ses premiers manga; sur le plan graphique le premier volume ne sort pas de l’ordinaire de la masse des BD japonaises… ce qui changera rapidement dès les tomes suivants, jusqu’à fournir certaines planches absolument sublimes et un niveau moyen très au-dessus des standards. Boichi est précis, ses personnages sont caractérisés et son dessin impulse une énergie propre au média Manga mais qui sort ici vraiment du lot. La maîtrise des anatomies (hum…), des plans et cadrages délirants, font de cette série un must du manga d’action.

9_largeSur le plan de l’histoire, dans ce volume de démarrage on est vite dans le n’importe quoi, les scènes d’humour débile étant plus nombreuses que des scènes de combat improbables, assez rapidement menées et dotées d’un découpage parfois abrupte… Ce qui anime Boichi et ce manga ce sont la baston, les gags et les filles dénudées. Sun-Ken Rock n’est d’ailleurs pas à mettre entre toutes les mains car c’est assez cru et violent par moments. Les jeunes hommes sont des machines de combat et les filles de la chair fraîche à abuser ou à défendre: on est dans la psychologie et l’univers des mafia. On est néanmoins surpris de lire certains échanges assez intelligents (le débat sur le statut de l’Etat et celui du gang, la responsabilité de la Corée dans san participation à la guerre du Vietnam) et qui entraîne des réflexions que l’on ne s’attend pas à trouver au milieu de ces planches délirantes.

gallery_474_10_220429Je ne m’étendrais pas sur un scénario assez dérisoire sur le premier volume et qui va se poursuivre dans une ascension du héros au sein des guerres de gang, scénario linéaire, simple, permettant les successions d’affrontements verbaux ou aux poings. On reste dans l’esprit de beaucoup de Mangas: humour décalé et combats.

Je découvre juste cet auteur et en parcourant les planches de ses différentes œuvres (qui commencent à être nombreuses) je retrouve une maestria que je n’ai jamais retrouvé depuis le chef d’œuvre de Masamune Shirow: Appleseed 4, notamment dans les scènes de combat. C’est brut, c’est cru, c’est violent, c’est précis. C’est le Manga comme je l’aime! sun-ken-rock-2346447Boichi a en outre le mérite de réaliser des séries assez courtes, ce qui permet de garder l’intensité nécessaire à ces histoires de rage et de fureur. Je lis peu de manga car j’ai du mal à trouver (un peu comme dans le comics) autre chose que de la grande consommation reproductible. Parfois pourtant je déniche des auteurs, comme Shin’ichi Sakamoto sur Ascension et en général c’est la baffe. Boichi et le manga c’est un peu comme quand on compare un comics de Jerôme Opena ou de Travis Charest au commun des BD US… on voit la différence! Dans la foulée je vais me lire sa dernière publi en France: Wallman, série sur un assassin en 3 volumes qui s’annonce dantesque.

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