East & West·Guide de lecture·Nouveau !

Bloodshot – intégrale

Comic collectif,
Bliss (2018) / Valiant, 904 pages.
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La très grosse intégrale (50€ les 900 pages, on peut dire que c’est rentable!) de Bliss comics comprend les séries Bloodshot, Harbringer wars, Bloodshot & H.A.R.D corps et un épisode d’Archer et Armstrong. L’agencement des séries permet de suivre au mieux l’intrigue croisée entre différentes publications. Personnellement je ne suis pas fan de celle choisie quand on connaît la qualité de ce qu’ont produit des illustrateurs de renom (genre Esad Ribic…), mais bon, c’est une histoire de goûts. Très chouette travail d’éditeur qui fait oublier les quelques coquilles de relecture. A noter que l’album contient le crossover Harbringer wars que j’avais critiqué ici, mais la version de cette intégrale est plus complète. Enfin, pas moins de 70 pages de planches n&b, de couvertures alternatives, croquis etc et comme d’habitude en fin d’ouvrage un guide de lecture ordonné pour progresser dans les publi Valiant. Du tout bon.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot"Cette intégrale est sans doute ce que j’attendais, ce qui me manquait depuis ma première lecture d’un album Valiant. Ce qu’il y a de frustrant dans les comics c’est l’impression d’avoir toujours loupé un épisode tant les fils sont éparpillés en une multitude de publication. C’est le cas chez Valiant donc, mais avec le gros avantage d’un univers plus restreint, d’un nombre de héros moindre et par conséquent d’une possibilité de proposer un fil conducteur. Et bien ce fil conducteur c’est cette intégrale, qui réussit le pari de nous faire rencontrer progressivement, étape par étape les différents protagonistes de l’univers Valiant: le Projet Rising Spirit (une black op américaine qui a mis en place notamment le supersoldat Bloodshot), la fondation Harbringer du psiotique (mutant) Toyo Harada, le H.A.R.D. corp (des soldats modifiés pour recevoir des capacités spéciales et envoyés contrer les mutants de Harbringer). Ne sachant pas jusqu’ici par où commencer mes lectures Valiant, je peux vous l’annoncer: c’est par Bloodshot qu’il faut démarrer.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot"Outre cette démarche pédagogique appréciable, le personnage de Bloodshot est vraiment chouette à suivre. Sorte de mélange de Wolverine (pour le côté bourrin increvable) et XIII (pour l’amnésie et la manipulation de l’armée), on apprend finalement assez vite que sa véritable identité n’est pas le sujet de la série: le projet PRS et le supersoldat Bloodshot sont anciens ; la problématique est finalement plus celle de la part d’humanité restant (on se rapproche de Ghost in the shell) et de la capacité vengeresse de ce monstre envers ceux qui l’ont exploité. On a bien sur le côté fun et assez crado du bonhomme qui se fait démanteler et prends des balles en pleine poire sans jamais mourir. Mais ce sont les motivations et la psychologie relationnelle de Bloodshot qui le rendent original et intéressant à suivre, dans une intrigue somme toutes assez bourrin et simple (une chasse à l’homme et assaut des forteresses des grands antagonistes de Valiant). Le personnage est devenu un électron libre, un tueur au passé sans âme découvrant l’humanité dans un monde où il n’y a ni cause juste ni héros. Du tout puissant Harada au PRS en passant par le H.A.R.D corps (équipe d’humains optimisés grâce à des capacités empruntées aux psiotiques, centrale dans l’intrigue de Bloodshot), tout le monde justifie ses exactions et ses morts et personne n’est sympathique.

Résultat de recherche d'images pour "harbinger wars"L’intrigue suit des sauts temporels (en avant/en arrière) mais retombe toujours sur ses pattes et l’on sent juste un besoin de se plonger dans la foulée dans l’intégrale Harbringer pour combler la seule petite lacune de l’intrigue.

Graphiquement comme d’habitude chez Valiant une ligne cohérente est tenue avec maximum trois styles graphiques et aucun mauvais dessinateur dans le tas. C’est plutôt joli, toujours précis avec quelques planches vraiment fortes visuellement. Les encrages sont très réussis notamment et les (nombreuses) séquences d’action sont très efficaces. Étant donné le sujet, les scènes sanglantes voir gore sont assez fréquentes, âmes sensibles s’abstenir.Présenter un Bloodshot en lambeaux n’est pourtant pas l’objectif des scénaristes qui visent plutôt à développer ses relations tantôt avec des psiotiques (Harbringer wars), tantôt avec des humains (HARD corps).

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot HARD corp"A la fin de la lecture on pourra avoir un petit sentiment d’inachevé (un peu comme pour la série XIII) car peu de révélations sur le passé de Bloodshot sont venues. C’est me semble-t’il plu l’objet de la suite Bloodshot Reborn et Bloodshot Salvation, dessinée par l’excellent illustrateur de X-O Manowar , que Bliss vient de sortir.

Si vous voulez tous les détails de l’univers Valiant je vous invite à aller jeter un œil à l’antre des psiotiques, blog dédié à ces comics.

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Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Secret Weapons

esat-westComic de Eric Heisserer, Raul Allen, Patricia Martin et Adam Pollina
Bliss (2018)/ Valiant (2017), 144 p., cahier graphique.

couv_332550Secret Weapons est (de ce que j’ai lu) le plus fourni en documents de fin de volume: outre des couvertures alternatives (alors que le design général du livre est partie intégrante du projet), de nombreuses et longues interview des auteurs de la BD, ainsi que les désormais habituelles planches noir-et blanc. Le texte introductif est en revanche un peu évasif sur le contexte général de l’histoire et on en apprend finalement plus pendant la lecture que par cet éditorial. Mais sincèrement on peut difficilement de mander plus comme bonus.

Autrefois jeunes talents convoités par la Fondation Harbringer de Toyo Harada, trois jeunes psiotiques ont été abandonnés et désormais pourchassés par un mystérieux tueur. Livewire, l’une des plus puissantes psiotiques en rupture de ban avec le chez de Harbringer se mets sur la trace de ces jeunes gens dans le but de les protéger et d’en faire une véritable équipe…

Secret Weapons #0, Nikki's Story, Valiant Entertainment Writer: Eric Heisserer Artist: Adam Pollina Cover Artist: Raul Allen, Veronica Fish, Sibylline Meynet, Sija Hong, Adam PollinaLorsque l’on commence un one-shot de Valiant se pose la question du public ciblé. J’ai commencé il y a peu mon immersion dans cet univers (très sympathique au demeurant) et commence à repérer certains personnages clés, mais suis loin de maîtriser toutes les interactions. Je suis donc encore un lecteur novice et je peux dire qu’à ce titre j’ai bien apprécié Secret Weapons. Cela signifie que le scénario permet à lui seul d’apprécier l’album comme un vrai one-shot en donnant suffisamment d’infos (notamment dans les deux prologues dédiés à Nikki et Owen) pour apprécier le contexte général. Plus que cela, ces séquences donnant un aperçu de mêmes scènes de différents points de vue intrigue et donne envie de lire les albums consacrés à Harbringer et les psiotiques. A noter que le scénariste est celui du film Premier contact de Denis Villeneuve, dont l’intelligence m’avait marqué.

Ce qui donne un intérêt réel à ce comic c’est son humour et son aspect décalé: le choix de raconter l’histoire de mutants recalés dotés de pouvoirs tout à fait pourris, est gonflé et permet de se concentrer sur autre chose que des affrontements apocalyptiques auxquels l’industrie du comics nous a malheureusement trop habitués. Nikki communique avec les pigeons, Owen fait apparaître des objets tout à fait inutiles (genre parapluie ou aspirateur…), Avi se transforme en statue et le quatrième comparse fait briller les objets… on a vu plus impressionnant comme héros! On assiste donc à des combats totalement second degré mais aussi à des personnages qui assument leurs capacités et se débrouillent pour contrer les menaces, qu’elles viennent de Harada ou du tueur, une sorte de cyborg végétal, croisement entre Groot et Robocop. https://i.kinja-img.com/gawker-media/image/upload/t_original/upv9zmpgyb3dh85a9qvt.pngCe méchant est à mon sens la seule faute de goût des auteurs, son design n’étant pas particulièrement heureux.

Le dessin du duo espagnol adopte une sorte de ligne claire transposée dans l’univers SF de Valiant et surtout rehaussée de tonalités chromatiques calées sur chacun des personnages. On va donc passer de séquences à dominante rose pour Nikki à d’autres vertes ou bleu-gris. Cette esthétique est vraiment réussie et donnent à l’objet global un véritable intérêt graphique (les traits en eux-même sont très sympa également mais comme toute ligne claire, assez sobres). A cela s’ajoute un découpage très réussi utilisant beaucoup de successions de cases verticales provoquant des effets de ralentis ou de comique de situation. Mention spéciale enfin aux deux épisodes « #0 » sur les deux personnages principaux et notamment celui sur Nikki qui enchaîne des cases pleine largeur en mode « plan fixe » sur Nikki qui nous relatent l’année passée, du lycée à la fondation Harbringer et l’apparition de ses pouvoirs. Outre le découpage, on plonge donc directement dans la naissance d’un psiotique et c’est très intéressant.

Résultat de recherche d'images pour "secret weapon valiant"D’un album qui semblait d’une assez modeste ambition, on aboutit ainsi à un projet qui aide le nouveau venu à pénétrer en douceur dans l’univers Valiant, crée une familiarité avec des personnages et un dessin soft qui pourra même intéresser les non férus de fantastique. Un joli bouquin assez tendre, loin du bruit et de la fureur d’un Bloodshot et autres Harbringer wars. Cela donne une autre vision de ces histoires et parfois cela fait du bien.

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Comics·East & West·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Nick Fury

East and westComic de James Robinson et ACO
Panini (2017)/Marvel (2017), one shot 121p.
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Le site Comics blog est un peu l’entonnoir de l’univers du comics, tout y passe et cela permet de dénicher des pépites dont personne ne parle. Ainsi je suis tombé sur cet objet improbable, sorte de croisement entre James-Bond époque Casino Royal, Avengers (non, l’autre, celui avec un chapeau melon et des bottes de cuir…), et le Batman avec Adam West…

Nick Fury jr. est le meilleur agent du SHIELD. Au cours de 6 missions il va œuvrer, toujours avec classe,  à faire échouer les plans machiavélique de Hydra…

Attention, cet album titille la rétine et si vous êtes gothique dans l’âme, foncez lire (l’excellent) Black Monday Murders à la place… Cette petite récréation n’a d’autre ambition que de nous plonger dans un univers cool, manichéen, flashy et pop, un retour dans les histoires d’espionnage très Pop des années soixante sur fond de vert pomme et de rose fuchsia. Résultat de recherche d'images pour "nick fury aco"Nick Fury est un super espion imbattable, jamais surpris, qui a toujours un coup d’avance sur les terroristes d’Hydra et ses assassins mortels. Les histoires n’ont aucune espèce d’importance et tiennent sur un timbre poste avec une linéarité qui laisse un sourire aux lèvres devant tant d’improbable. Dans cet univers là on va en mission scaphandre combattre des exosquelettes sur la Lune ou on utilise une technologie du SHIELD pour respirer dans les abysses d’Atlantide… Fury a des gadgets super cool, un costume trois pièces d’une élégance folle et prends le temps de flirter en buvant un martini dans un train rempli d’assassins.

Vous l’aurez compris, l’histoire et les scènes donnent un côté très sympathique au projet… mais c’est bien le graphisme et la mise en scène qui dépotent et sont d’une originalité folle. Résultat de recherche d'images pour "nick fury aco"Contre toute attente l’amoncellement de couleurs criardes est terriblement classe et l’artiste ACO joue sans aucune retenue à découper ses cases en jouant sur des formes psychédéliques. L’essentiel de l’album se présente en successions de doubles pages, qui permettent un grand format et des insertions de cases en forme de rond, d’étoiles ou que sais-je. Il y en a de partout, ça fait « sheba, paw, plop, wizzz » et tout cela est fort agréable, comme un générique de James Bond en grand format. Alors bien sur certaines missions sont un peu trop artificielles et on aurait pu attendre un semblant d’ambition scénaristique en introduisant une continuité sur le personnage, mais finalement ne préfère t’on pas toujours une série B assumée à quelque chose qui tente de paraître crédible?

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BD·Rétro

Comment faire fortune en juin 40

BD de Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier
Casterman (2015), 120 p.
Comment faire fortune en Juin 40

Gros volume a couverture et papier épais. Pas très qualitatif mais vu le prix et la pagination il n’y a pas arnaque. La couverture est très efficace et donne bien le ton. Je note que Nury est assez fort pour inspirer des couvertures très percutantes dans ses albums. La BD est inspirée d’un roman (comme indiqué en couverture) et surtout est la transposition d’un scénario de film non réalisé intitulé « Omaha Beach » (… vous verrez pourquoi en toute fin d’album!).

C’est la déroute! L’armée française a été défaite et les allemands s’apprêtent à débarquer à Paris. Très précautionneuses, les autorités ont fait évacuer l’or de la Banque de France. Tout? Non… Deux tonnes ont été oubliées… ce qui mets une bande d’escrocs et de criminels sur le casse du siècle: dans une France sans État, sans armée ni police, attaquer le fourgon chargé de rapatrier ces derniers lingots  à l’autre bout de la France sera une partie de plaisir! Mais c’est sans compter sur la morale très peu patriote d’un certain nombre de fonctionnaires français…

Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"Comment faire fortune en juin 40 est un album 100% Nury et Dorison n’apparaît que par-ce qu’il bosse avec son comparse depuis longtemps et que sa maîtrise des ficelles scénaristiques sont reconnues, une sorte de Script doctor en somme, comme il aime à se définir dans ses activités de cinéma. Attention, le fait de titrer en gros avec le nom d’Astier est a mon avis un peu malhonnête de la part de l’éditeur car l’illustrateur n’est pas franchement connu du grand public et l’homonymie avec le célèbre Alexandre Astier entraînera sans doute des ventes trompeuses…

Ceci étant dit, l’album a donc tout de la pâte de Fabien Nury, formule reconnaissable et efficace depuis pas mal d’années: les années 40, une bande de pieds nickelés sans morale, un sous-texte politique, une zone grise de l’histoire entre méchants et gentils. Tout cela rappellera Il était une fois en France et Katanga par exemple. La comparaison est évidente et sa formule marche chaque fois sans vraiment lasser, le principal défaut de cette BD étant qu’elle n’est pas d’une folle originalité, mais ceci est compensé par une très bonne maîtrise scénaristique et surtout sur le point fort des scénarios de Nury: les personnages. Ils sont archétypaux, vilains, bêtes, mais vraiment bien pensés comme attelage de pieds nickelés dans une France en déroute. Car l’historien Nury n’oublie dans aucun de ses albums de titiller là où ça fait mal, dans les bassesses et les heures les moins glorieuses de l’histoire nationale. Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"C’est à mon sens ce qui fait le plus de ses albums. Cela a aussi un verso plus compliqué (comme sur Katanga): au-delà de la dénonciation, le scénariste ne va pas très loin dans l’analyse et cela peut devenir un problème lorsqu’il mets en scène des ordures qu’il se garde de dénoncer. Ce n’est pas dérangeant ici car nous avons affaire à une farce, mais cela reste une tendance lourde de sa bibliographie…

Sur le plan du dessin Astier fait le job croquant des tronches compréhensibles par le très grand public. Le style est tout de même proche de l’ancienne école Spirou, ce qui dénote selon moi avec l’histoire assez adulte. L’illustrateur n’est pas toujours très précis et le papier épais n’aide pas à affiner son trait, mais sa maîtrise reste très correcte.

Au final on a un album calibré pour marcher dès la couverture mais qui n’a pas vocation à être tête de gondole non plus. Un cinoche grand public plutôt rigolo où l’on aime repérer le prochain traître avec une vague inspiration chez Lautner. Dans un esprit assez proche Il faut flinguer Ramirez est cinq catégories au-dessus. Mais vous passerez un bon moment tout de même.

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War Mother

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 Comic de Fred Van Lente, Stephen Segovia et Tomas Giorello
Bliss (2018) /Valiant (2017), 144 p.

couv_warmother_rvb-1-600x922War Mother s’annonçait puissant, avec notamment de superbes couvertures de David Mack et un Tomas Giorello au dessin très texturé qui était pour beaucoup dans la qualité du nouveau X-O Manowar. Après avoir bouclé la lecture je dois dire que je suis assez déçu, du manque d’ambition et de contexte d’une histoire qui se présente finalement essentiellement comme une succession de scènes d’action avec une fâcheuse tendance à être redondant avec X-O: même action non-stop qui prend le dessus sur l’histoire et le « drama », même, relation compliquée entre le porteur et l’arme (ici Warmother et le fusil intelligent, là-bas entre Aric et l’armure)…

C’est dommage car, outre les dessins, nombre de concepts sont vraiment intéressants dans cette vision très écolo du Post-apo (inscrit dans la chronologie du comic Rai, qu’il est probablement préférable de lire avant pour apprécier Warmother) où la Terre a repris ses droits en faisant évoluer la vie dotée d’une forme d’intelligence et de technologie géno-organique en opposition au monde techno de l’orbite. Dans ce monde Gaïa se protège de toute manifestation technologique, cette dernière étant capable via des matériaux synthétiques extrêmement évolués, de reproduire à peu près n’importe quoi. Ce premier thème de l’opposition entre nature et technique, en sorte de miroir, est un thème classique mais toujours passionnant pour voir comment se comportent les humains (et qui est humain?) dans cet environnement clivé.

Ensuite le personnage de Warmother, sorte de guerrier ultime badass et à peu près invincible (comme Aric…) notamment grâce au fusil intelligent qui lui est attribué en début d’album sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Malgré un niveau graphique globalement bon (sans être exceptionnel), certains choix de design laissent perplexes, comme ces coiffures iroquois généralisées ou les androïdes en mode « XVIII° siècle un peu WTF…).

Surtout, l’intrigue est sommes toutes très maigre. Bien que la pagination soit relativement réduite, la centaine de pages devrait permettre de complexifier un peu l’intrigue de ce qui est présenté comme un one-shot. On ne sait pas vraiment comment ça commence ni où ça finit et cette quête d’un nouveau Nid paraît finalement assez dérisoire puisque l’on sait assez rapidement ce qu’il va advenir. L’auteur peine à poser des scènes dramatiques et différentes séquences individuellement intéressantes (la relation des deux gamins, celle de warmother avec son chéri,…) se trouvent assez dissociées pour empêcher une montée dramatique. Surtout, le personnage principal (on en revient toujours là!), étant invincible, nous laisse dubitatif devant le danger.

Cet album nous laisse finalement l’impression d’avoir raté un épisode (d’où le conseil de lire Rai au préalable… album que je n’ai malheureusement pas encore lu) et de voir un amoncellement de bonnes idées graphiques ou thématiques juxtaposées sans objectif clair de la part du scénariste. Tout ceci nous laisse extérieur à un album pas mauvais au demeurant mais qui se lira vite et sera vite oublié. Dommage.

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Rapture

Comic de Matt Kindt, Cafu et Roberto de la Torre
Bliss (2018)/Valiant (2017), 152 p.

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L’édition de Rapture est un classique Bliss: couvertures originales, court résumé du contexte, table des matière complète des épisodes, couvertures alternatives en fin de volume et galerie de planches n&b très intéressantes pour comprendre le travail de colorisation. A noter une interview du scénariste Matt Kindt sur le site de l’éditeur.

Tama la géomancienne doit monter une équipe de toute urgence: le mage noir Babel, celui-là même qui était parvenu à percer les cieux avec sa tour dans l’Antiquité, a décidé de reproduire son « miracle » depuis le monde des morts. Seule l’aide du Shadowman peut empêcher la catastrophe. Mais ce dernier n’est plus que l’ombre de lui-même en subissant l’influence du Mal… La Géomancienne va devoir faire appel à Ninjak, Punk Mambo et un vieux guerrier de l’au-delà…

Mon odyssée dans l’univers des héros Valiant est un peu méfiante car il y a parfois un écart entre une envie plutôt solide, les échos presse et blogs (comme sur la reprise de X-O Manowar) et mon ressenti. Ainsi on varie entre hauts en bas (les hauts sur The Valiant, Shadowman ou Harbringer Wars, les bas sur xo ou warmother…). Rapture fait clairement partie des hauts. Notamment, ne nous le cachons pas, grâce à des graphismes qui sont pour moi l’album les plus aboutis et constants de la gamme Valiant. Seuls deux artistes interviennent sur cette histoire, notamment Roberto de la Torre dont j’avais beaucoup apprécié les planches du monde des morts sur Shadowman. On a donc une vraie implication et un travail vraiment propre de Cafu sur la partie principale et De la Torre sur les parties de récit sur l’histoire de Babel. La lecture de comics nécessite tellement souvent une adaptation à des changements de dessinateurs de niveau inégal que je ne cache pas mon plaisir devant cet ouvrage sans faute graphique du début à la fin, malgré un décors nécessairement pauvre puisqu’il s’agit de l’au-delà. Résultat de recherche d'images pour "rapture de la torre"Les artistes parviennent néanmoins à développer des concepts intéressants, sur les démons, les costumes ou les quelques décors naturels.

Côté scénario ensuite, si l’histoire est un peu court – c’est bon signe niveau plaisir de lecture! – et aurait mérité un autre volume pour permettre une entrée en matière et une clôture moins sèches, le thème simple mais évocateur est très bien choisi: une revisitation du mythe de Babel, quoi de plus pertinent pour une aventure entre mythologie (la Géomancienne) et monde des esprits (Shadowman). En outre la très bonne surprise est que ce volume peut faire office de suite directe de The Valiant (je suis loin d’avoir tout lu des comics Valiant et j’ai parfaitement raccroché les wagons entre ce Rapture et l’album introductif au guerrier éternel et la géomancienne). La narration de Matt Kindt est très fluide et relevée par des dialogues et des situations plutôt drôles avec un jeu sur le quatrième mur puisque Tama a potentiellement connaissance de toute l’histoire grâce à son livre qui décrit les événements à venir. Résultat de recherche d'images pour "rapture de la torre"Là aussi c’est un vrai plaisir tant on à l’habitude des scénarios artificiellement compliqués du côté des USA. Je conseille néanmoins d’avoir lu au moins The Valiant auparavant pour être un peu familiarisé et si possible Shadowman, mais la lecture en one-shot est également tout à fait possible et compréhensible, les auteurs faisant en sorte que l’on sache qui est qui.

Rapture est une vraie réussite en ce qu’il parvient à allier dans la simplicité un plaisir de lecture d’une histoire d’action qui prolonge et éclaircit le récit global de l’univers Valiant, avec l’ambition de thèmes imaginaires puissants en ce qu’ils se raccrochent à un mythe fondateur de la culture judéo-chrétienne. Lorsque la BD parvient à être jolie, agréable et intéressante, on peut considérer que la mission est remplie, non?

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BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

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