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Gun Crazy #1

La BD!
BD de Steve D et Jef
Glénat (2021), 117p., 1 tome sur 2paru.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Comme pour son grand frère Il faut flinguer Ramirez, la maquette générale de Gun Crazy, conçue comme une véritable VHS pourrave, fait partie intégrante du projet et revêt une importance égale aux dessins! Pas de contenu additionnel à proprement parler mais tout l’habillage comportant fausses pub, effets visuels vidéo et design de logos qui nous plongent résolument dans cette atmosphère que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…. A noter une étrangeté: un copyright indiqué sur la page de titre en chiffres romains en… 1997! Mystère et boule de gomme…

Il y a d’abord Lanoya et Dolly, belles comme le plomb, semant la mort dans les boui-boui crasseux de l’Amérique trumpiste. John Saint-Pierre verse lui dans la punition des méchants prêtres. Le truc de Superwhiteman c’est la purge des races inférieures.  Le Sheriff Nolti enfin, se débat avec la notion de justice… Tout ce beau monde se dirige vers Vegas, cité du péché, pour une réunion… explosive!

Gun Crazy T1, bd chez Glénat de Steve D, JefDécidément, Glénat se spécialise dans le Grindhouse! A côté de la très qualitative collection éponyme (qui tirerait plutôt sur le fantastique), l’éditeur collectionne ainsi les gros albums d’auteurs désireux de se défouler dans des projets complets travaillant autant le fond que la forme. Les réjouissances avaient été lancées en 2018 par le génial Il faut flinguer Ramirez (et sa suite). Cette année on passe la quatrième avec un album plus classique mais encore plus déjanté avec le Valhala Hotel de Perna et Bedouel chez Comixburo (distribué par Glénat) qui nous amène à ce Gun crazy. A noter que les deux derniers ont été conçus en one-shot et voient leurs deux volumes sortir à quelques mois d’écart. Et pour le coup on  ne reprochera pas un coup commercial à l’éditeur puisque le découpage correspond totalement au concept cinoche.

Si vous avez déjà lu l’un ou l’autre de ces albums (sinon il faut vous dépêcher sous peine d’être blacklisté de ce blog!) vous connaissez la formule: des filles (lesbiennes si possible), des flingues (des gros et en grand nombre), des chicanos/nazis/rednecks au choix, une grosse dose d’humour troisième degré matinée de gore et d’explosions thermonucléaires (dans ces univers issu du ciné B la moindre balle provoque une déflagration de 15 pétajoules minimum) et une grosse louche de mauvais goût tendant vers l’immoral… Ramirez est plutôt l’option luxueuse. Valhalla se rapproche de ce Gun Crazy en plus graphique (Bedouel est quad-même un sacré morceau niveau dessin!) dans un esprit débile/tordu. L’album qui nous intéresse va également chercher son inspiration dans le monument du Z: le mythique Shaolin Cowboy. Bon, maintenant que je vous ai assommé sous les références, est-ce que c’est bien?

Gun Crazy (tome 1) - (Jef / Steve D) - Policier-Thriller [LEGEND BD, une  librairie du réseau Canal BD]Oui et sacrément! Si le scénariste est inconnu, le dessinateur Jef, autodidacte, est de l’école artisanale lorgnant vers les années quatre-vingt. Il a faut ses classes en compagnie de Matz sur des adaptations de polars de Walter Hill (déjà du cinéma…). S’il ne coure pas dans la même catégorie que ses comparses Pétrimaux, Darrow et Bedouel, il s’en sort sacrément bien notamment en matière de mise en scène sur une colo tradi un peu old school. Pas forcément ma tasse de thé au départ mais l’ambiance générale colle parfaitement avec le style recherché, vieillot, usé comme une vieille VHS pleine de grain. Si Petrimaux usait déjà allègrement de fausses pub et background divers pour renforcer l’immersion, Jef va plus loin en « montant » son album avec intermède débilissimes de speakerine alanguie et générique où l’on entend presque le vieux rock redneck. L’histoire? Pas franchement importante puisqu’elle est plutôt un prétexte pour faire se rencontrer une galerie de personnages qui font tout le sel de l’album. Si on reste un poil sur notre faim en matière de pétarades, les protagonistes sont eux diablement foutraques avec une pointe d’actualité puisque si les auteurs clament en introduction leur amour pour le Nouvel Hollywood, ils parlent aussi de l’Amérique trumpiste (là on tire vers le Shaolin Cowboy) avec sa bigoterie, sa sous-culture sudiste et ce superwhiteman et au chapeau de KKK et sa moustache adolfienne… terrible!

Bien sur c’est un genre vaguement déviant qu’on a le droit de ne pas aimer. Mais l’emballage général respire tellement l’amour du projet qu’on savoure tout le long ce triple-album cinémascope qui n’a jamais été si proche du vrai cinéma. Ce n’est pas (plus) original, mais il n’y a pas tromperie sur la marchandise et perso, moi j’adore!

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Antiheros

Rufus Stewart
Comic de Kate Karyus Quinn, Demetria Lunetta et Maca Gill,
Urban (2021), 154p., one-shot
La collection Urban Kids vise à introduire les plus jeunes dans l’univers pas si évident des super-héros et des comics en général. Sous des licences plus larges que le seul catalogue DC, Urban propose ainsi essentiellement des on-shot très graphiques mais aussi quelques séries courtes issues des séries d’animations mythiques de Paul Dini. Les  autrices de cet album travaillent habituellement dans la littérature adulte et pour les trois c’est leur premier album de comics.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!
  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball, FMA ou Flying Witch…

Tout oppose Piper et Sloane, deux collégiennes de Gotham East… hormis le fait que la nuit elles enfilent leur costume de super-héroïnes! Jusqu’au jour où un mystérieux artefact les envoie chacune dans le corps de l’autre! Elles vont être obligées de s’ouvrir l’une à l’autre pour résoudre ce mystère et espérer retrouver leur entièreté…

Salut Talia! Aujourd’hui on découvre deux nouvelles super-héroïnes. Avant toute chose peux-tu nous dire ce que tu connais de l’univers DC et de ses héros? Colors - Sarah SternJ’ai lu Harleen, le Batman de Marini, Wonder Woman année 1, j’ai vu les films du DCEU… Peux-tu maintenant nous présenter Piper et Sloane, le jour et dans leur identité secrète? Piper est une super-héroïne qui essaye d’empêcher les méchants mais avec sa super-force elle casse tout sur son passage  du coup les policiers l’appellent la « Chips au fromage » (par-ce qu’elle aime grignoter) ou le « boulet de démolition ». Elle n’aime pas du tout ces surnoms! A l’école elle a du mal mais le vit plutôt bien mais sa grand-mère trouve qu’elle devrait travailler plus. Son tonton est policier et a affaire à elle le soir sans savoir que c’est Piper. Ses parents sont partis depuis longtemps pour travailler et elle aimerait les revoir, ce qui provoque des sujets de dispute avec sa grand-mère. Sloane est une super-vilaine qui cambriole. Elle a un super-cerveau qui la rend super-intelligente. Elle a une IA qui l’aide, des drones qui obéissent à sa voix. Elle travaille pour son grand-père qui est un truand et par-ce que sa mère ne peut pas travailler mais la maman ne le sait pas. Le jour elle est très forte à l’école mais elle n’a pas d’amis notamment par-ce que sa famille a mauvaise réputation. Est-ce que Batman et les autres héros sont impliqués? Anti/Hero Asks You to Walk a Mile in Someone Else's Secret Identity | DCBatman apparaît rapidement mais il n’intervient pas dans le combat contre l’Ours. Le changement de personnalité est un peu compliqué à suivre, non? Oui! On a tendance à s’y perdre car on ne sait plus qui est qui: elles gardent la même apparence mais le texte change de personnalité. Mais c’est plutôt drôle à lire… Au début on nous présente Piper comme une justicière et Sloane plutôt comme une vilaine. Est-ce que ça se confirme? Après s’être rencontré Piper convainc Sloane que ce n’est pas bien de cambrioler et sa mère essaye de la dissuader de travailler pour l’Ours. Piper de son côté réalise qu’elle doit faire attention à ne pas détruire les biens des autres quand elle intervient  comme le Colibri. Elles réalisent toutes les deux les incidences de leurs actions. Après avoir changé plusieurs fois leurs corps elles réalisent qu’elles peuvent y arriver même là où elles ne sont pas très douées. Merci pour ton avis et à bientôt pour un prochain Avis des kids! Voilà pour Talia… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit? Il y a quelques années je cherchais des comics destinés aux jeunes en permettant d’ouvrir cet univers des Batman, Superman et Wonder Woman (mais plus largement des super-héros) à des enfants, sans la complexité inhérente au genre… et j’avais été très surpris en discutant avec des libraires de découvrir que rien n’était réellement prévu pour ce lectorat. Sans doute conscients que toute une génération geek était maintenant parent les éditeurs ont commencé à développer ce genre d’ouvrages en ouvrant comme ici (sur une même stratégie payante que Drakoo en franco-belge) leurs pages à des auteurs qui ne viennent pas de l’univers des comics. Chez DC c’est partiellement rangé dans la très qualitative collection Urban Kids mais cela déborde sur le créneau adolescent ou young adult comme sur la nouvelle héroïne Naomi par exemple.Review: Anti/Hero | LaptrinhX / News Le schéma de ce one-shot prenant place à Gotham dans l’ombre de Bruce Wayne (dont il est fait référence et qui apparaît brièvement) est celui de l’inversion des rôles entre deux personnalités très différentes. Outre le très amusant jeu du qui est qui (pendant toute une partie les deux héroïnes alternent puis ré-alternent, brouillant les pistes pour le lecteur), j’ai été surpris par une autre inversion: l’héroïne « lumineuse » est brise-fer, bordélique et un peu bouboule (pas franchement des marqueurs positifs) quand Sloane est une brillante jeune fille marquée par une vie familiale difficile. Comme sur le Garçon-sorcière on creuse bien plus profondément dans la psychologie des personnages principaux que dans les comics habituels et je pense que ça parlera aux jeunes lecteurs (les personnages sont collégiennes). Surtout la situation sociale et familiale est Anti/Hero — Demitria Lunettadéterminante pour faire comprendre au lecteur pourquoi l’une est du mauvais côté de la loi (un peu comme Batman tiens!) et l’autre est une justicière. Le contexte est très américain avec un aspect ethnique marqué tout comme des familles compliquées (parents absents pour l’une, mère au chômage pour l’autre). Les valeurs mises en avant sont classiques et attendues: la découverte de l’autre, l’amitié, la collaboration. C’est classique mais pas trop appuyé pour éviter la bien-pensance. Graphiquement c’est franchement sympathique avec des dessins simples plutôt colorés qui évitent un aspect dessin-animé plat que l’on trouve dans beaucoup de BD jeunesse. Les personnages des deux héroïnes (et leurs trombines) sont agréables et expressifs, notamment dans les séquences inversées. Au final on passe un très agréable moment qui a la bonne idée de ne pas prolonger au-delà du format one-shot et permettra sans s’engager ni besoin de connaître le background DC, d’entrer dans le monde des héros. note-calvin1note-calvin1note-calvin1 A partir de 7 ans
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Bitter root #2: la rage et la rédemption

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Comic de David Walker, Chuck Brown, Sanford Green et Rico Renzi
Hi comics (2021) – Image (2020), 160 p.

Lauréa du Eisner award 2020 pour la meilleure série.

bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur confiance.

Après un premier album très porté par l’éditeur qui en fait sa tête de gondole (à raison vu l’Eisner raflé apparemment unanimement par la profession), ce second est construit de la même manière avec un très gros cahier final empli d’analyses de chercheurs et spécialistes de la culture et de l’histoire des noirs américains et de la littérature imaginaire. A l’heure du #blacklivesmatter et des controverses lunaires en France sur les réunions des minorités voir la puissance militante des noirs américains fait du bien. L’éditeur a ajouté également les toujours intéressantes étapes de conception de pages avec storyboard et travail sur la couleur. Niveau édition c’est royal et mérite bien entendu 1 Calvin.

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Le jeune Cullen a été aspiré dans l’autre monde et y découvre une armée de combattants en première ligne face aux hordes infernales… Pendant ce temps la famille entame un périple dans le Sud profond à la rencontre de Walter Sylvester, à l’origine de la venue du Mal, qui prends conscience que sa souffrance provoque la dévastation du monde…

Bitter Root Tome 2. La rage et la rédemption de David F. Walker - Album -  Livre - DecitreAprès un sacré coup de maître réalisé sur le premier Bitter Root, les auteurs passent la seconde en changeant assez radicalement la construction narrative en prenant le risque de la complexification. Et je dois dire qu’il faut s’accrocher pour suivre ces séquences qui alternent très souvent les lieux, les époques, les personnages à différents âges, voir les dimensions… La première séquence, la plus linéaire, introduit plusieurs artistes (plutôt pas mal) pour nous narrer plusieurs flashbacks sur des membres de la famille et surtout introduire l’élément moteur de l’intrigue, le massacre de Tulsa, déjà vu récemment dans la série Watchmen qui en faisait également un axe central. Ce moment majeur dans le racisme violent du KuKuxKlan devient fondateur dans la genèse du mal qui ronge le docteur Sylvester, grand méchant du premier tome et dont ce volume suit l’itinéraire rédempteur dans le Sud profond. Densifiant le background historique de la famille Sangerye (la première page présente d’ailleurs un arbre généalogique totalement vital pour rester accroché), ce second tome progresse peu dans l’intrigue au risque de la redondance.

Bitter Root (2018-) Chapter 10 - Page 10Etrangement il y a très peu de révélations dans ce volume justement titré « Rage et rédemption » et surtout la personnification du mal dans le racisme des blancs transformés en monstres disparaît presque pour quelque chose de plus classique: le démon Adro qui incarne bien sur cette haine mais qui perd l’originalité précédente. Du coup si les relations entre les membres de la famille sont toujours aussi réussies et complexes on reste sur une sorte d’intermède narratif jusqu’à un dénouement qui semble boucler avec la fin du premier volume. C’est donc bien l’opus du méchant, une forme de renaissance qui nous est contée en brouillant pas mal la structure mise en place.

Comme souvent le passage de la seconde est compliqué narrativement parlant et je dirais qu’en brouillant un schéma plutôt linéaire sur le premier acte les auteurs atténuent la portée de la parabole. S’ils oublient de créer le moment d’action qui devait élever la tension dramatique ils justifient les chapitres précédents et transforment un méchant en probable allié tout puissant, en attendant de voir d’où va renaître le danger dans l’acte trois…

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Once and future #2

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2021) – BOOM Studios (2020), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comprend les chapitres 7 à 12 et commence par un bref résumé du pitch de la série. Il se conclut par les habituelles couvertures des issues originales, une bio des auteurs et un lexique des références légendaires dans lesquelles la série prends sa source. Etrangeté: le titre de volume « vieil angloys » est inséré sur la page de titre qui ouvre l’épilogue… A noter la ligne des trois couvertures des éditions reliées, très élégantes et avec une belle thématique. couv_418078

Le portail a été refermé et la menace semble s’éloigner… mais ce n’est que partie remise lorsque Merlin et ses alliés convoquent une nouvelle légende pour mettre le monde des humains à feu et à sang…

The Science Ninja TurtleC’est souvent le tome deux qui déçoit après des entames tonitruantes… c’est l’inverse ici après un premier volume dont l’intrigue m’avait laissé mitigé. Car les reproches faits disparaissent ici dans un album qui assume enfin le côté totalement gore et action débridée… qui est quand-même ce pourquoi on est là! La coloration arthurienne reste donc dans l’Outremonde avec un Arthur toujours aussi benêt ; si l’on attendait peut-être Merlin (au design tout aussi réussi que ses comparses de la Geste de Camelot) un peu plus présent et central, le prix du méchant le plus charismatique revient à Beowulf, le légendaire guerrier conté dans un poème épique du premier millénaire de notre ère et dont le combat contre le démon Grendel donne le prétexte au scénario de ce tome. Car maintenant que la problématique (qu’on oublie assez vite) et les personnages sont posés, place à la baston avec une mamy Bridgette toujours aussi bavarde et maîtresse dans le lattage de cul d’entité maléfique. Accrochez-vous, les cente-trente pages passent à deux-mille à l’heure! C’est rock’n’roll, ça tranche et les auteurs vont jusqu’à convier des références du cinéma populaire britannique dans un caméo tordant! L’équilibre entre histoire et déconne est toujours compliqué dans des séries de ce type avec l’envie tout de même de faire partager un pan Once And Future #11 — You Don't Read Comicsde la culture mythologique anglo-saxone. C’était un peu trop le cas dans les précédents chapitres et Kieron Gillen peut désormais lâcher la bride à son dessinateur qui se fait plaisir (avec toujours autant de clase et de lisibilité) dans ce qui peut rappeler le cinéma d’horreur foutraque à la Peter Jackson. On enchaîne donc entre les sévices subits par le bellâtre Galaad, le très trapu et pas finaud Beowulf qui aime beaucoup crier très fort qu’il est MECHAAAANT! et la famille Grendel qui a faim et saigne beaucoup (enfin, je veux dire BEAUCOUP!!). Les armes utilisées par mamie MacGuire vont du filament au fusil de sniper en passant par l’inévitable tronçonneuse et la poêle à frire, le tout entrecoupé de bons mots décalés. On se marre bien tout le long et le jeu des acteurs fonctionne à merveille pour donner la réplique à cette héroïne du troisième âge dont on n’a qu’une envie: connaître dans les prochaines années les aventures de jeunesse… Désormais sur d’excellents rails de VHS rayon horreur bis, Once & Future fait un excellent job tant graphique que dialogué. Comme précédemment on regrettera simplement un vide de décors et une colo flashy un peu spéciale que l’envie de B peut justifier de la part des auteurs. Et comme précédemment, le cliffhanger royal étend un univers jusqu’ici un peu restreint en laissant présager un joyeux feu d’artifice sur l’ancestrale terre de Brittany… note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1
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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 3

Comic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 3/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban

Attention spoilers!

injustice-integrale-annee-trois

badge numeriqueAprès deux années dont une seconde qui introduisait le Green Lantern Corp dans une surenchère jouissive on comprend désormais la structure de la série dans une ambition sidérale qui vise à balayer l’intégralité du corpus DC en parvenant à rendre presque crédibles les agencement théoriquement totalement WTF de personnages. Ainsi cette troisième année laisse un GL corp dévasté, un superman équipé de l’anneau jaune du corps de Sinestro et se concentre sur l’univers magique de DC (esquissé au travers de Zatana) avec un personnage central: le magnifique anti-héro John Constantine!

Injustice - Year 3 #02 | John constantine, Injustice, Comics onlineJe le répète souvent, je ne suis pas un fana de l’univers DC que j’ai toujours trouvé soit kitsch soit trop complexe et foutraque, tout cela trouvant son acmé dans l’archi-bancale Batman Metal. Certains aiment cela mais le principal problème est de ne jamais ouvrir la porte à des lecteurs occasionnels… Et justement, sous un aspect fun en mode What if? Tom Taylor est parvenu avec cet Injustice à l’improbable de rassembler tout le canon DC en le rendant absolument accessible, ce que je ne pensais tout simplement pas impossible jusqu’ici! De la même manière que le très qualitatif Black label en proposant des one-shot déconnectés ouvre une porte vers les lecteurs de franco-belge, cet Injustice a les mêmes vertus que les dynamitages Millardiens de Marvel (je pense à Red son ou Old man Logan) en évacuant le certificat de dcologie du lecteur avant de pouvoir lire l’album. C’est d’autant plus remarquable que le nombre de personnages du DCverse convoqué est très important. Mais leur intégration et surtout la fluidité du récit font que ce qui était bloquant sur Batman Metal passe Nikol crême ici.

Cette année est moins engageante que la précédente en laissant un peu de côté le côté gigantesque du combat entre Superman et les Green Lantern mais n’en oublie pas le canon de Georges RR Martin que Taylor a fait sien: exécuter sommairement les personnages à rythme régulier. C’est désormais une technique classique pour maintenir le lecteur en état de sidération permanent et c’est redoutablement efficace! Un poil plus complexe donc avec l’apparition de mondes parallèles, d’enfer, de mondes entre les mondes et autres états non mort/non vivant… tout ceci est lié par le personnage absolument craquant de Constantine qui joue le rôle d’un Deadpool de chez Marvel à force de vannes et de remarques en décalage (j’aime beaucoup le lattage de burnes de batman…). Le comic code authority est fort loin et nous assistons sans censure à des éviscérations, morts diverses (généralement bien brutales et inattendues), langage fleuri, j’en passe et des meilleures. L’humour très présent et très efficace participe également à ce déminage des aspects les plus grossiers de l’opération.

Mister Mxyzptlk And Trigon's Effect On Reality – ComicnewbiesDerrière toute cette action (magique donc) on devine une éventuelle explication à cet énorme craquage de l’homme d’acier qui une fois le Rubicon du meurtre du joker franchi ne semble plus avoir aucune limite morale hormis quand les personnes de Wonder Woman (la femme) et de Shazam (l’enfant) se rappellent à lui. Si la déconstruction des codes DC est jouissive on tique par moment sur ce qu’est devenu le l’éducation de papa et maman Kent malgré le traumatisme vécu par Kal-el et on espère que l’auteur a prévu sa chute. Comme toujours, plus on aime moins on tolère un atterrissage raté. Pour le moment, à mi-série, on reste dans un bon gros kiff que vous invite sincèrement à rejoindre à l’occasion de la ressortie de ces intégrales.

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Ajin, semi-humain #15-16

East and west

Manga de Gamon Sakurai
Glénat (2015-2021) – ed. japonaise Kodansha (2012). 228 p., 16 volumes parus (série finie en 17 vol.).

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

couv_414624La base d’Iruma dévastée, Sato dans son Jet, son bras a été récupéré et inséré dans le piège qui doit mettre un point final à l’odyssée de ce génie du crime… Mais alors que Kei Nagaï et son équipe ne voient toujours pas le retour de Sato, le doute étreint le jeune homme: est-il seulement possible de vaincre Sato? Son esprit n’est-il pas tout simplement supérieur au leur?

Attention Spoilers! Il vaut mieux être à jour avant de lire cette chronique…

Scan Ajin 78 VF scan • one piece scanEn miroir des héros d’Ajin, le lecteur qui entame les trois derniers volumes (de ce qui est pour moi la meilleure série manga depuis Akira!) doute en se demandant comment l’auteur va pouvoir boucler son intrigue avec un dix-septième tome paru au Japon… Quand on aime se faire manipuler par des scénarii minutieux on ne peut bouder son plaisir devant cette série qui a donné le jour à rien de moins que le plus charismatique méchant jamais vu en BD… Cela permet de maintenir le lecteur sur la brèche, ne sachant jamais où va tourner le vent.

Après une nouvelle bataille épique dans une base exsangue l’intervention de l’équipe anti-Ajin semble boucler le plan infaillible de Kei Nagaï. Personne ne voit comment Sato peut s’en sortir… et pourtant! Avec toujours un coup d’avance ce dernier décide de quitter le Japon pour poursuivre son oeuvre révolutionnaire aux Etats-Unis… Le fil est tout trouvé pour réintroduire le professeur Ogura, le très désinvolte spécialiste des Ajin qui révéler des sa vision de l’origine des Ajin. A ce moment, surpris de ces révélations tardives alors même que l’intrigue semble loin d’être finie, on assiste à l’apparition d’un Flood, cette génération spontanée évoquée plus tôt dans la série par le professeur et qui crée une situation proche d’un apocalypse zombie…

AJIN: Demi-Human No.74.5 - Comics de comiXology: WebA ce stade, toujours sidéré par la précision des dessins et une action effrénée dans la maîtrise des corps et du mouvement on imagine que la conclusion de la série ne peut être que le commencement d’un autre cycle, plus vaste? J’ai eu le sentiment que les dessins des derniers volumes avaient évolué, notamment le visage de Nagaï, adolescent au début du manga et qui semble avoir acquis une physionomie adulte arrivé au seizième tome. Est-ce juste une progression technique de l’auteur ou une volonté d’exprimer dans les corps les effets de toutes ces morts et mutilations? Toujours est-il que rien à ce stade ne laisse penser dans le déroulement des opérations comme dans la structure du récit (qui propose un nouveau flash-back et des concepts sur les Ajin) que l’on arrive à la fin. Du coup la tension est à un niveau insoutenable avant d’entamer un dernier tome que l’on imagine probablement très frustrant… conclusion dans quelques mois!

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Valhalla hotel #1: bite the bullet

La BD!
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Comixburo – Glénat (2021), 54 p., série prévue en trois tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Flatstone est une charmante bourgade américaine, perdue au milieu du désert et résidence d’adoption d’une étonnante communauté germanique. Des allemands blonds, très blonds… Malencontreusement victimes d’un pépin mécanique en route pour une qualification de Tennis de table, Lemmy et son très bavard coach Malone vont découvrir les joies de l’Amérique profonde et que finalement… on trouve toujours plus con que soi!

Ma découverte de Fabien Bedouel remonte à l’intégrale de Forçats, magnifique histoire sur le combat d’Albert Londres pour en finir avec le système du Bagne. Ce projet était réalisé par le duo désormais inséparable composé d’un dessinateur formé à l’ENSAD (Bedouel) et un journaliste (Perna). Les deux ont continué dans le sérieux avec la trilogie Darnand, toujours aussi dynamique bien qu’un peu compliquée dans sa structure… avant d’aller en récré avec ce bon gros délire et classique immédiat! La technique de Bedouel est donc connue, attendue et au rendez-vous. Sur ce plan ça claque comme une balle ou un coup de pelle. On imagine les envies du duo (sur une idée de Bedouel) qui nous plonge en plein vidéoclub pourri dans la droite ligne de Il faut flinguer Ramirez, du film U-turn ou Lastman. On parle de bagnoles tunées, de grosses pétoires, de flics moustachus, de sexe (un peu) et de yodles . Vous ne voyez pas le rapport? C’est normal, il n’y en a pas! Les auteurs ont juste voulu s’éclater avec une histoire totalement WTF sur une base de film d’horreur: deux débiles se retrouvent bloqués au fin fond du trou du cul des Etats-Unis avec des gens aux mœurs pas très normales. Appuyez sur « ON » et c’est parti pour un festival de dialogues à la con diablement drôles, de pneus qui crissent sans qu’on sache trop pourquoi et de lance-roquette débarqué de nulle part. C’est un poil moins n’imp que du Sanlaville mais surtout c’est foutrement bien maîtrisé! Un peu comme quand on compare le pitch de Pulp fiction et votre cerveau à la fin du film. Tout est dans la mise en scène et sur ce plan on à juste un des meilleurs albums du genre qui ait été produit!

Vous me sentez un peu trop enthousiaste pour être honnête, avec en plus ce méchant macaron « service presse » qui habille l’article? C’est comme vous voulez mais de toute façon si comme moi vous aimez les BD d’action à l’humour débile et à la mise en scène digne d’Akira (bon, Akira c’est pas WTF mais la technique de Bedouel rappelle clairement celle d’Otomo sans fausse modestie) vous ne pouvez pas être complètement intello (sinon effectivement il vaut peut-être mieux passer votre chemin…)! 

Le Comixburo publie peu, pas toujours des chefs d’œuvres, mais on sent la présence d’un certain Olivier Vatine derrière l’épaule des auteurs, avec cette patte du producteur invisible qui huile la mécanique. La série (qui a le grand mérite d’annoncer la tomaison en trois volumes, au-delà cela aurait été déraisonnable!) sera inévitablement comparée à Ramirez du tout aussi fou Nicolas Petrimaux. Plus précis techniquement que ce dernier, Bedouel se raccroche surtout à toute une sous-culture US fantasmée par des européens, qui n’a pas attendu Ramirez pour exister. Beaucoup l’ont tenté, des très bons, peu ont aussi bien réussi. Il y a Petrimaux donc, ‘Fane,… et c’est à peu près tout. Bedouel et Perna entrent donc immédiatement dans ce cercle très fermé avec une pétarade et un riff de Mötorhead. D’un gout douteux, mais qu’est-ce que c’est bien!

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****·Manga

Origin #9-10

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

L’album se conclut par une courte histoire assez débile (et pas franchement drôle) sur le quotidien d’un dessinateur de manga, à l’image de ce que l’on a pu voir sur les précédents tomes. Je souligne que l’éditeur s’est très étrangement dispensé d’insérer le chapitre 87.5 se déroulant sur Vénus dans une mission de sauvetage et faisant le pont avec les futurs projets de l’auteur. L’épilogue de l’album 10 français paraît assez étrange en regard…

[Attention Spoilers]

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Mai est morte, tuée par un des frères d’Origin. L’un des objectif du robot avec le fait de « vivre une vie convenable » a disparu. Il a échoué. Mais avec cette disparition un évènement se passe dans les neurones quantiques de cette machine, une évolution qui va faire évoluer cette Intelligence artificielle vers quelque chose d’autre…

Origin 80 | MangaSakiQuelle fin en apothéose! A l’image de la série et de cet auteur cette conclusion en deux tomes, trop courte pour tout ce que l’auteur avait à dire, pour refermer les très nombreuses pistes et personnages ouverts, nous laisse un peu piteux et choqué dans ce grand huit dont est capable le prodige coréen. Comme on le pressentait depuis le début, Boichi s’inscrit totalement dans la ligne du modèle Ghost in the Shell pour nous proposer une incroyable vision tout ce qu’il y a de plus techno-philosophique, l’acmé de ce que peut proposer la science-fiction lorsqu’elle assume son statut en poussant très loin les concepts scientifiques qui finissent par converger vers des sujets existentiels voir théologiques. L’auteur avait déjà abordé le Divin dans sa série Sanctum et on trouve ça et là des questionnements de ce type dans Dr. Stone. Ici le décès de sa protégée humaine déclenche en Origin une évolution des capacités cognitives en le faisant accéder à l’amour (posthume) avant de progresser bien plus loin en bouclant la boucle avec le thème de Y l’IA ultime que nous avons déjà rencontré plus tôt. On est au cœur de l’Anticipation avec la fascinante réflexion non seulement sur ce qu’est l’identité et l’être (la capacité de calcule suffit-elle à penser?) mais Boichi y ajoute des visions sur l’interaction entre la vitesse de traitement de l’information et l’influence quantique avec le monde physique. Ces raisonnements aboutissent souvent à des idées new age sur la transcendance. Boichi n’en est pas loin mais son technicisme affirmé lui permet de rester chevillé à l’idée scientifique et de nous proposer des idées assez vertigineuses! Dans le combat final (plutôt réussi) l’auteur se veut moins pédagogique que sur les précédents volumes, sans doute pressé par le temps et le peu de pages lui restant pour achever son récit et nous plonge dans des concepts quantiques très complexes que la simple visite de Wikipedia ne suffira sans doute pas à éclairer.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 10 - Mangakakalot.comLe soucis, déjà rencontré, ce sont ces ellipses pas toujours expliquées et qui nous laissent avec l’impression de pages perdues. C’est assez dommage car une ou deux cases suffisent souvent à faire le lien avec une progression rapide. La gestion du temps a toujours été capricieuse chez cet auteur qui semble parfois se perdre dans de grandioses combats ou pleines pages contemplatives avant de sauter du coq à l’âne sans coup férir. De même, ce boulimique a envie de développer un grand nombre de sujets avant de se rendre compte que dix tomes de manga avec une grande place laissée aux combats est bien peu pour développer et aboutir une thématique si complexe. J’avais fait le parallèle avec le Carbone et Silicium de Bablet qui, lui, prenait le temps et parvenait en cela mieux que son collègue mangaka à nous faire toucher l’Idée. Dans ces derniers volumes, assez linéaires, on réalise bien tardivement que les sujets de l’AEE, de l’équipe de la Team cerveau, de la mort du père, de l’histoire du robot Masamune… sont laissés presque en plan, sans suite. Pas le temps, Boichi coupe pour se concentrer sur l’achèvement inattendu de l’évolution d’Origin.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 15 -  Mangakakalot.com in 2020 | The originals, Good manga, ChapterLe sujet était casse-gueule comme tout thème SF très ambitieux. Et sur ce point l’auteur réussit excellement, sans faute de goût (juste un léger manque de lisibilité des séquences finales) en se permettant une fin ouverte et de mettre en quelques images cette série au point de jonction de pratiquement toute son œuvre. La fin de Wallman avait déjà rejoint Sun-ken Rock, Origin fait de même en créant un univers partagé potentiellement passionnant pour peu que ce grand gourmand ait le temps de planifier un projet structuré. Fortement poussé par ses envies, extrêmement talentueux, Boichi arrive avec Origin à accomplir, malgré ses nombreux défauts, une des œuvres SF les plus ambitieuses et réussies de la BD mondiale. Comme beaucoup de dessinateurs il lui manque encore l’autocontrôle scénaristique qui permettrait à ses créations de passer le stade de la claque visuelle, une fluidité narrative. Mais comment bouder son plaisir devant une telle maestria graphique, cette furie des corps, cette imagerie technique et ces dernières visions SF magistrales. Origin est à ce jour la meilleure BD du coréen. En attendant la suivante…

***·Comics·Nouveau !

The shaolin cowboy #3

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Comic de Geof Darrow et Dave Steward (coul.)
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 3/3 albums parus.

Pour l’historique de publication je vous renvoie au billet des deux premiers tomes. Ce dernier ouvrage confirme le magnifique travail éditorial de Futuropolis. Contrairement aux deux précédents, celui-ci se concentre exclusivement sur de la BD et n’ajoute qu’une grosse galerie d’illustration originales en fin d’ouvrage (avec notamment un dessin de maître Moebius!).

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Laissé pour mort après son combat contre la horde de zombies, le Shaolin Cowboy doit pourtant se resaisir  car le Roi Crabe le recherche activement et la vie du Shaolin cowboy dissolue dans les affres de la matérialité lui a créé beaucoup d’ennemie. Beaucoup…

Comme il va être compliqué de constituer une collection pas trop chaotique avec cette série TOTALEMENT chaotique de Geof Darrow… Si le premier volume est ce qui s rapproche le plus d’une BD (et donc très clairement si vous ne devez investir que dans un tome c’est celui-là), si le second est un exercice de style, comme un carnet d’exercices anatomiques (… mais avec des zombies!), ce troisième et dernier volume, relativement proche de la parution originale, est un pahmplet contre une Amérique abhorrée, l’Amérique des rednecks, du smartphone, de la vulgarité… l’Amérique de Trump. Et comme d’habitude, avec son influence Métal Hurlant, sans aucune retenue et un mauvais goût affirmé, Darrow se met au niveau de sa cible et envoie du pâté. L’histoire est simple: le Shaolin Cowboy est en très mauvais état et va devoir se tapder deux derniers adversaires pour en finir: un cochon géant ninja dont le Cowboy a tué la mère et le Big Boss, le crabe shaolin, décité à se venger… Comme l’histoire on s’en fout, elle pourrait bien continuer éternellement comme nous l’indique la fin. Bref.

Si cet album se suit plus facilement que le second, il est un poil décevant niveau combat arès un meurtre de vautour digne du héros. Car Darrow a surtout envie de se défouler sur une Amérique dépeinte comme un immnse tas d’immondices parcouru par des enseignes de magasins de cul et habité par des beaufs tatoués et bardés d’armes. Tout est dégueulasse sur ces planches toujours monstrueuses de détails… Le grand n’importe quoi se poursuit donc mais en un poil moins classe que sur le premier où les chorégraphies avaient sommes toutes de la gueule! Ici l’amusement vient de la critique omniprésente pour un pays qu’il rejette en masse et à la grosse Bertha. Du coup les Comic The Shaolin Cowboy: Who'll Stop the Reign? issue 2derniers combats semblent un peu futiles par rapport à ce qu’on a pris dans les dents jusqu’ici. Alors ok le cochon est énorme et lance des pets toxiques (oui, oui!) et S.C. joue du nunchak’ avec deux clébards aux pattes en couteaux (hum…), mais question action Darrow a fait mieux.

On ne peut pourtant pas dissocier cette trilogue superbement éditée par Futuropolis et mise en couleur par Dave Stewart tant chaque volume reflète à la fois une envie de l’auteur et revêt un aspect très différent. Les amoureux du graphisme et de la radicalité de l’auteur prendront un immense plaisir à parcourir cette odyssée (Darrow parle de ballade sur la longue interview qu’il a donné au site 9° art et que je vous invite vivement à lire pour comprendre le personnage). Les moins fans pourront donc en rester au premier tome déjà bien foutraque et, donc, le meilleur.

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****·BD·Nouveau !

Il faut flinguer Ramirez, Acte II

La BD!
BD de Nicolas Petrimeaux
Glénat (2020), 144 p.

Bon, si vous avez lu le premier Acte vous savez qu’il n’est pas besoin de détailler l’édition, c’est gavé de trucs et de machins, Petrimaux utilise jusqu’au dernier millimètre disponible de page (sans parler des fausses pub et publications) et est allé jusqu’à créer une bande originale (chanson country très sympa!) accessible comme le résumé et I et la bande annonce du II sur le site web bien fourni. Dans le genre généreux difficile de faire mieux. A noter une superbe édition Canal BD dont il ne doit plus rester d’exemplaires à l’heure qu’il est…

[Attention spoilers du Tome 1]

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Ramon est énervé. Très énervé. Ramirez lui a filé sous le nez en faisant exploser la moitié de Falcon city. Alors que le vendeur d’aspirateur se demande encore dans quelle galère il est embarqué, les deux plus sexy braqueuses d’Arizona reprennent la route avec leur butin, le Vacumizer2000 et son protecteur avec dans son sillage un assassin bien résolu à laisser une trace de sang jusqu’au Mexique…

Il faut flinguer Ramirez, acte II, c'est de la dynamique ! - Le blog de  Bulles de MantesJ’ai déjà parlé du syndrome des tomes deux. Ils n’ont plus l’effet de surprise pour eux et la qualité de leur prédécesseurs les oblige à aller plus loin, plus fort. Après Luminary et Curse of the White knight, suites de deux des meilleurs albums de l’an dernier, arrive enfin le chouchou des lecteurs, la suite de l’album qui a dynamité les ventes BD 2018…

La première réussite de Petrimaux est d’avoir réussi à maintenir un suspens malgré la révélation  de la chute précédente. L’ouvrage s’ouvre sur un prologue qui confirme ce que l’on avait cru comprendre il y a deux ans avec le père de Jacques, ce fameux Sicario que tous les cartels craignent. Le truc éventé on risquait de revenir à une classique chasse à l’homme. Or l’auteur, grâce au mutisme de son héros notamment, maintient un certain mystère autour du fameux aspirateur (on est en plein dans « l’effet mallette » de Pulp Fiction) mais surtout relance le juke-box avec une nouvelle intrigue très bien sentie et levée par l’enquête policière autour de l’explosion du siège de Robotop. Dans toute intrigue c’est le mystère qui tient en haleine et Nicolas Petrimaux joue les équilibristes en faisant (beaucoup) parler la poudre au risque de banaliser son intrigue. Sur ce point il s’en sort pas trop mal. Jamais on ne s’ennuie au long des cent-quarante pages, hormis peut-être sur quelques rédactionnels où il s’éclate mais qui sont un peu appuyés maintenant qu’on a l’habitude. Les fausses pub sont bien plus efficaces pour insérer des éléments du background et à moins que comme l’auteur vous soyez des maniaques du détail il n’est pas forcément utile de lire tous ces à-côtés.Il Faut Flinguer Ramirez (Édition Collector CANAL BD) - (Nicolas Petrimaux)  - Policier-Thriller [CANAL-BD]

Cet Acte II est beaucoup plus tonique, action, explosif que le précédent, au risque de masquer un petit sur-place de l’intrigue. Il vaut sans doute mieux freiner un peu pour arriver à la bonne vitesse à l’Acte III (surtout que Petrimaux indique dans les interviews être arrivé carbonisé au bouclage de ce gros volume). Du coup ce sont la mise en scène, toujours impériale, et les relations entre les personnages qui compensent (sans difficulté). Le rythme des dialogues est toujours aussi jouissif et les scènes d’action (qui finissent à peu près toutes dans une explosion de napalm…) nous transportent dans un Hong-Kong movie sans compromis. L’habillage reste génial comme attendu et participe grandement à la qualité générale du projet. Je dirais que les dialogues à la con marquent un peu le pas en s’éloignant du Tarantino pour aller flirter avec du Robert Rodriguez.  Si tout cela reste proche du n’importe quoi qu’on aime tant l’auteur oublie un peu l’humour qui se concentre sur les pub parfois assez lourdingues et revient au sérieux de l’action débridée…

Comme dit en préambule, le tome deux est le plus dur et on est plus durs avec le tome deux… Mais l’essentiel est là: on s’éclate comme des petits fous devant ce blockbuster et la passion de Nicolas Petrimaux reste absolument communicative! Les goodies compensent avantageusement cette normalisation et comme le lecteur normal se pose rarement la question tordue des chroniqueurs BD de savoir si ce tome-ci est mieux ou moins bien que celui-là, on attend toujours impatiemment la conclusion (forcément explosive) de cette trilogie comme nulle autre pareille qui aura réussi le pari de réhabiliter les moustaches et de montrer qu’un muet peut être le héros d’un polar bavard. Sur ce, moi je vais aller me jeter un p’tit M.B.U 860…

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