***·Comics·East & West·Nouveau !

Death or glory #2

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Comic de Rick Remender et Bengal
Urban (2021) – Image (2020), 165 p., série finie en 2 tomes.

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Ca sent le sang sur la route du Mexique et l’espoir d’une transplantation pour Red. Le bordel mis par Glory dans le business des trafiquants d’organe a fâché en haut lieu et c’est désormais toute une horde de tout ce que le monde compte de plus belles ordures qui se lance à ses trousses. Sa détermination et la « famille » suffiront-elles pour garder l’espoir de liberté?…

DEATH OR GLORY #1-11 (Rick Remender / Bengal) - #9 par KabFC - Image Comics  - SanctuaryDans la foulée du précédent tome, cette conclusion sent la poussière, l’asphalte et l’azote liquide… Si l’ouverture prenait (un peu) le temps de développer le passé et le background de l’héroïne, ce second opus envoie du pâté aux hormones transgéniques radioactives dans une envie évidente de reproduire la furie du film Mad Max Fury Road, sans se soucier le moins du monde de la vraisemblance de quoi que ce soit. Rarement on aura vu autant de Deus Ex-machina, qui parfois semblent littéralement débarquer de nulle part. La physique de Death or Glory est issue des Looney Toons et l’héroïne semble vouée à être bringuebalée de sauts en explosions a priori tous mortels… mais pas ici. Remender a sorti l’artillerie lourde de toute l’iconographie mafieuse cracra à base de gangs mexicains et de méchants sans foi ni loi. A force de foncer sur le bidon de nitro, le scénariste (qu’on a connu plus subtile) ne prends pas le temps de développer des personnages pourtant inquiétants/intéressants comme ce caïd mexicain ou le big boss « Frankenstein l’eunuque ». Idem pour le trio albinos fort alléchant qui intervient bien ici mais disparaît aussi simplement sans profiter de l’outrance pour une mort jouissive ni exploiter ce pourtant génial pistolet à azote liquide.

Niveau action on est bien sur comblé avec un sens de la dynamique indéniable Death Or Glory #9 - Comics by comiXologychez Bengal et une colorisation vraiment chouette. Mais comme son modèle – les blockbusters CGI improbable – DoG finit presque par lasser devant tant d’invraisemblance et feignantise scénaristique. Comme le genre semble particulièrement fourni ces derniers temps, le comic ne brille pas forcément face à ses concurrents européens, pas plus intelligents mais bien plus équilibrés. Et à force de jouer au jeu de massacre et de balancer Glory dans la tourmente sans qu’elle ne semble jamais à l’origine des victoires, on devient un peu passif, abasourdi et un peu fatigué par ce maëlstrom.

Malgré la sagesse de reconnaître la simplicité du projet sur un format adapté de deux volumes, Rick Remender oublie un peu ses bases en troquant sur Death or Glory son talent narratif pour un vernis explosif irréel. Si le fonds familial est par moment touchant et le nihilisme de l’auteur surprenant, la linéarité de l’intrigue de ce second tome déséquilibre un tout où le plaisir est certain mais très vite oublié. A prendre pour ce qu’il est donc, un énorme blockbuster routier décérébré entre Tarantino et Fast and Furious.

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****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #20: Valhalla Hotel #2 – Crusaders #3 – Les 5 terres #6

La BD!

Salut les bdvores! Pour finir la semaine belle brochette d’excellentes séries blockbusters avec le second bâton de dynamite de Perna et Bedouel, le troisième épisode de la saga galactique de Bec et la conclusion du premier cycle du Game of Thrones de la BD. Faites vous plaiz’!

  • Valhalla Hotel #2 (Perna-Bedouel/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_423737Le petit Patrick et son pote Fabien aimaient jouer aux voitures et aux pitou. Du coup ils en mettaient plein dans leurs histoires de vieux militaires et de savants-fous nazis. Comme ils avaient toujours rêvé de monter dans un hélico ils mettaient le Huey popularisé par la guerre du Vietnam dans les pattes de leur héros et comme les bases secrètes c’est cool ils en inventaient une pour les méchants et une pour les gentils, remplie de plein d’armes rigolotes! La bataille c’est marrant mais en grandissant on se met à parler de choses plus sérieuses alors ils disaient que leur sheriff débile était un doux intégriste et comme le racisme c’est mal ils donnaient une copine noire bad-ass à leur héroïne policière. Tout ça donnait des histoires drôlement animées avec plein de gros mots qu’on dit quand les parents sont pas là et des méchants qu’on avait le droit de taper parce qu’ils étaient très très cons ou très très méchants (ou les deux). Et c’était tellement rigolo qu’on n’avait plus envie de lâcher le guidon de la moto et la gâchette de la M-60 et qu’on se demandait aussitôt quand allait sortir le prochain épisode…

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  • Crusaders #3 (Bec-Carvalho/Soleil) – 2021, 46., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

couv_423739Alors que la contre-attaque des Lagran se prépare, des doutes commencent à apparaître dans l’apparente harmonie de la Grande Assemblée des Emanants, dont le passé n’est pas si pacifique qu’ils le montrent…

On enchaîne directement après la conclusion du tome deux, sans résumé (discipline qui aurait été pertinente sur une série aussi touffue) mais avec une introduction très pédagogique qui nous résume la problématique de ce peuple maléfique qui cherche la destruction. Peut-être conscient de ses démons, Christophe Bec simplifie donc résolument son intrigue dans un cadre que tout bon space-op pourrait développer et apporte la complexité qu’il recherche dans les termes et concepts physique autant qu’astronomiques tout à fait pointus. A ce titre on est entre le métaphysico-épique des Meta-Barons ou de Druillet et la hard-science d’un Adam l’ultime robot. Et c’est sacrément réussi et digeste en alliant le texte au graphisme puisque de la même manière on alterne entre grandioses paysages cosmiques en doubles-pages, titanesques artefacts technologiques sur planches quasi muettes et séquences de conciliabules stratégico-politiques verbeux. Cette structure est tout à fait agréable et permet à l’intrigue d’avancer tranquillement, avec quelques scories qui semblent oublier des cases intercalaires dans cette volonté d’aller vite. Si on peut tiquer par moment, l’effort du scénariste est réellement louable pour proposer une SF accessible. Bien entendu ceux qui n’ont aucune bases de culture scientifique partiront peut-être de loin mais l’effort est utile pour croire à l’histoire de Christophe Bec. L’avantage de partir si loin dans les concepts théoriques c’est que l’on garde l’apparence du crédible avec la liberté de la fantasy! Et les auteurs nous régalent toujours d’idées dantesques comme cette planète vivante de la taille d’un système… Jusqu’ici s’il manipule la matière et l’espace à l’envie le scénariste n’ose pas entrer dans la tout à fait casse-gueule idée de manipuler le temps. La logique voudrait pourtant qu’une série aussi conceptuelle s’aventure dans ce genre d’idées, au risque de retomber dans le banal. En attendant on se régale en endossant le rôle de spectateurs que les personnages humains de Crusaders assument depuis le début, un peu comme dans un films catastrophe où les personnages ne sont là que pour créer un transfert émotionnel du spectateur vers le (très) grand spectacle.

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  • Les 5 Terres (Lewelyn – Lereculey/Delcourt) – 2021, 52p., premier cycle achevé.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

couv_423609Après deux albums par an on boucle ainsi le premier cycle de cette série TRES inspirée par Game of Thrones. Il faut dire que ce rythme est absolument parfait pour maintenir un esprit de série avec juste ce qu’il faut d’addiction et de repos pour savourer le scénario parfaitement huilé. Si le principal problème reste cette très grande proximité avec le roman/série de George Martin, le fait que les itinéraires convergent sur ce dernier tome et que nous savons déjà que nous allons partir pour une autre Terre suffit à maintenir un intérêt très haut! Bien sur certaines résolutions sont attendues. Mais les auteurs savent toujours instiller le choc après le calme, sans faute de goût et sans redondances, c’est déjà pas mal. Le discours du roi laisse présager de sacrés changements politiques après qu’il ait étouffé la révolte étudiante, aussi tout semble imaginable. L’Histoire romaine ou médiévale regorgent de matériau pour imaginer d’incessants retournements et la principale interrogation qui perdure depuis le tout début de la série et ces quelques apparitions des ours est de savoir comment cette saga jusqu’ici totalement centrée sur le peuple félin va bien pouvoir garder des liens entre les cycles sans redondance. Soit en changeant le modèle soit en tissant une méta-intrigue dont on n’a pas encore perçu les prémices… mystères… qui couvrent d’autres ficèles, parfois grosses… mais tout l’art narratif n’est-il pas un peu comme la magie, une illusion?

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**·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Invisible Kingdom #2: La Bordure

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Second tome de 110 pages de la série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 19/05/21 aux éditions HiComics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Le prix de la rébellion

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune Rooliane qui quittait le confort relatif de son foyer pour s’engager auprès de l’église de la Renonciation, un culte intergalactique aux milliards de fidèles. Ce faisant, Vess savait qu’elle faisait défaut aux attentes placées en elle par son peuple, dont les traditions exigeaient d’elle qu’elle se reproduise pour perpétuer l’engeance Rooliane.

Alors qu’elle découvrait les arcanes secrètes de la Renonciation, qui prône le détachement matériel et la frugalité, Vess fit la rencontre de Grix et de son équipage, qui travaillent pour comme livreurs galactiques pour la méga-corporation Lux.

Lux est une métaphore à peine dissimulée de géants commerciaux bien réels comme Amazon, qui s’oppose depuis toujours aux idéaux prônés par la Renonciation. Toutefois, Vess découvre bien malgré elle un lien secret entre les deux entités, rendant caduc tout ce en quoi elle croyait. Depuis le début, Lux et l’église conspirent ensemble pour manipuler les foules planétaires, et maintenir un équilibre dont eux seuls semblent bénéficiaires. Consommez par-ci, mais renoncez par-là, les habitants de la galaxie semblent piégés dans cette seule alternative.

Témoins gênantes et alliées bien malgré elles, Vess et Grix sont poursuivies par la corporation à travers la Bordure, et échouent dans une région inhospitalière, où le vaisseau de Grix, véritable épave spatiale, tombe en rade. Était-ce là le prix de leur révolte ?

On retrouve donc dans ce tome 2 nos protagonistes en fâcheuse posture, perdues au milieu d’un champ de débris, promise à une lente agonie, et surtout, la proie des pirates qui écument la région. Désormais prisonnières, les deux rebelles vont devoir lutter pour leur survie, en mettant de côté leurs différends, alors même quelque chose de nouveau semble poindre entre elles…

Après un premier tome qui offrait une métaphore acerbe sur notre société de consommation et sur la assujettissement des masses, Invisible Kingdom met la contestation et le débat philosophique en pause pour se consacrer au développement de la relation entre ses deux héroïnes. Tout en augmentant les enjeux de leur survie, la scénariste se consacre à semer les graines de leur romance, une romance quelque peu attendue et qui n’offre pas de grande surprise en soi.

Ce tome 2 donne donc la sensation de n’être qu’un interlude, puisque l’équipage de Grix se retrouve durant un bon moment dans une situation passive, eux qui avaient pris dans le premier tome une décision courageuse. Lux et La Renonciation sont bien évidemment citées, mais de telle façon qu’on ne peut qu’avoir l’impression de s’éloigner de l’intrigue principale.

Si une histoire est traditionnellement découpée en trois actes, le second est classiquement considéré comme celui où l’auteur tient ses promesses, celles faites dans le premier acte. Or, ici, force est de constater que ce n’est pas le cas. Espérons que le troisième tome se recentrera sur l’intrigue principale, celle qui fait tout l’intérêt d’Invisible Kingdom.

****·Comics·Nouveau !·Numérique·Rétro

Injustice – les dieux sont parmi nous, année 4

Comic de Tom Taylor, Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 4/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban. En fin de volume un carnet de croquis des personnages et des couvertures d’épisodes.

Attention spoilers!

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badge numeriqueAprès l’année zéro hier, on enchaîne avec le même plaisir sur cette quatrième année de la dictature de Superman… La couverture ne l’annonce pas mais l’avant-dernière année de cet improbable miracle (voir les billets précédents pour un rappel du projet) fait intervenir rien de moins que le panthéon olympien dans le conflit entre Batman et Superman… Je ne sais pas si les irruptions de Zeus, Hera et autres Atlas sont fréquentes dans l’univers DC mais il est certain que si leur intervention était apparue plus tôt on aurait risqué le grand n’importe quoi. Or après trois volumes pleins on est devenus habitués aux petites pilules vertes qui vous transforment n’importe qui en super-héro et aux affrontements WTF de dimension galactique. Taylor a d’ailleurs la grande intelligence de laisser tout le monde mortel dans les limbes, ne nous faisant apparaître les gouvernements sidérés que très rarement. On reste donc entre nous, confortablement, pour assister à des bourre-pif entre superman et Heraklès ou entre Aquaman et Neptune. On passera sur le syncrétisme tout américain qui ne s’embête pas à mélanger les noms latins et grecs des personnages et sur l’échelle de puissance qui nous laisse par moment circonspects à voir les dieux « mineurs » se faire botter le train par Robin ou Huntress..

The Gods Of Olympus (Injustice Gods Among Us) – ComicnewbiesOn sentait monter le rôle de Wonder Woman, prise entre deux feux avec sa fidélité envers son peuple et son père (Zeus pour rappel) et sa place dans l’équipe de Superman. Moralement toujours à peu près lucide, elle reste la seule voix capable de faire entendre raison à Kal-El et on reste tout à fait satisfait quand au traitement réaliste des choix de chacun des personnages dans cette bataille. Batman se trouve en retrait alors que son camp se voit très fortement diminué et soumis aux manigances d’un Luthor dont on ne sait jamais (en « homme le plus intelligent du monde » qu’il est) ce qu’il va manigancer. Les histoires de Superman regorgent de tellement d’attendus qu’on passe les quelques facilités de cette quatrième année pour profiter d’un palier où pour la première fois l’homme de Krypton semble relativement démuni quand à sa capacité à reprendre la main. Le cœur de l’intrigue se passant sur Themyscira (l’île de WW), on peut profiter des très jolis For Those Who Really Want Wonder Woman And Superman To Split Up, Read  Injustice Gods Among Usdessins de l’équipe artistique dans un style antique. Je regretterais juste l’intervention finale de l’inévitable Darkseid et son pendant divin dont je ne cesse constater l’aspect décalé. Un peu moins puissant que l’épisode Green Lantern, cet arc grec a le mérite de préparer un affrontement entre Diana et Clark qui semble inévitable et dantesque de puissance.

On notera que pour la première fois Tom Taylor passe la main à un autre scénariste sur l’essentielle de cette année qui voit (chose remarquable!) grandir Robin qui, devenu quasi-adulte depuis le début du règne de Superman, semble plus déterminé que jamais à écraser Bruce Wayne. Nouvelle illustration de la spécificité de cette saga d’une maîtrise incroyable en parvenant à chaque année à évoquer un aspect de l’immense univers DC sans perdre en cohérence. A l’approche de la conclusion on ne peut qu’être inquiet quand à la conclusion choisie par les auteurs et en même temps confiant quand on voit la solidité de l’entreprise depuis le début. On enchaîne…

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Gun Crazy #2 – Elric #4

La BD!

Aujourd’hui deux sorties récentes de chez Glénat, deux séries qui se clôturent, rapidement pour la première, après neuf ans pour la seconde! Et comme vous le savez elles ne sont pas si nombreuses les séries qui parviennent à maintenir une cohérence et une qualité de bout en bout. C’est le cas pour Gun Crazy et Elric. Allez on part entre Vegas et Melniboné pour deux virée saglantes…

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

  • Gun crazy #2 (Steve D-jef – Glénat) – 2021, 117p., diptyque achevé.

couv_422214Le premier volume sonnait comme une superbe déclaration d’amour aux VHS pirates des années 80. Si Ramirez est la version Tony Scott luxueuse du concept, Gun Crazy est plus proche de l’univers défoncé de Michael Sanlaville et son Lastman. Maintenant que tous nos protagonistes sont à Vegas, il n’y a plus qu’à… Et en bon scénario tarantinesque ça ne se passe pas totalement comme prévu avec d’improbables incidents qui perturbent les plans biens huilés de ces anti-héros, à commencer par ce chien (le chien indiens-phobe de Chuck Norris pour rappel) redoutable et imprévisible. Jef se fait toujours autant plaisir à travailler ses planches par des couleurs baveuses délavées et autres effets eyefish qui laissent intrigués sur les optiques utilisés pour la réalisation du bidule… Après une mise en place si bien construite les personnages secondaires se retrouvent un peu relégués face à l’affrontement attendu entre Superwhite-man et les deux lesbiennes. Dans la continuité du premier tome on a de nouveau droit à un intermède publicitaire toujours aussi délirant et le tout se termine bien entendu dans des morts bien gores. Le cahier des charges était posé et on en a pour son argent pour peu que l’on accroche à ce délire graphique totalement maîtrisé bien qu’esthétiquement douteux. Une fois qu’on sait à quoi s’attendre il n’y a plus qu’à savourer cette série Z avec une bonne bière en regrettant peut-être que le « montage » ait pris le pas sur un scénario qu’on aurait pu attendre plus surprenant. Mais ne boudons pas le plaisir devant un boulot si rondement mené, maintenant qu’il est compliqué de pouvoir lire ce qu’il reste de vos vieilles K7…

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  • Elric #4: la cité qui rêve (Blondel – Cano – Telo/Glénat) – 2021, 55p., premier cycle de 4/4 achevé

Pour l’avis sur les trois premiers tomes c’est ici.

Après les révélations du tome précédent sur le passé des Melnibonéens, Elric, plus décidé que jamais à détruire la civilisation qui l’a faite empereur et à émanciper sa belle de l’idéologie du chaos monte une expédition pour aller aux sources de son peuple, là où tout commence, là où Arioch corrompit les hommes… Le premier cycle qui se termine ici a mis huit ans à se réaliser, faisant rouler les dessinateurs de Recht à Telo, en solo sur cet opus, tout en parvenant à maintenir une relative homogénéité graphique sur les quatre volumes. Car comme tout gros projet tenu par un maître d’œuvre (je pense aux 5 terres) le travail de storyboard et de préparation graphique crée un liant important. J’avais un peu décroché sur les deux précédents tomes et je dois dire que j’ai apprécié le retour à Melniboné dont la démesure est un élément indéniable dans l’intérêt de cette adaptation par rapport à la ribambelle de BD de fantasy. La relation entre Elric, son épée et le dieu Arioch est particulièrement retorse et pathétique (littéralement) et crée un vrai intérêt bien que l’on reste toujours un peu sceptique devant cet empereur déchu d’un peuple ultra-violent devenu presque pacifique dans son adversité envers les dieux. En seulement cinquante pages l’histoire avance vite dans une construction dotée d’un prologue enchevêtré très originalement mis en scène par Blondel et Cano, où les morts seront bien sur nombreux, avant d’aborder une énième confrontation (sanglante) entre le dieu et l’albinos. Le thème du temps est abordé ici (sujet toujours passionnant) avant une attaque de l’île aux dragons un peu rapide bien que graphiquement flamboyante… Bref, on pourra principalement reprocher à cet album de ne faire que la taille d’un album normal au vu de la quantité de lieux et d’actions à entreprendre. On imagine qu’une pagination doublée aurait encore prolongé la production qui reste d’une très grande tenue en parvenant à vulgariser une œuvre classique dotée de sa personnalité propre.

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Spécial Drakoo: Dragon & poisons #2 – Les Artilleuses #2

La BD!

Le jeune label/éditeur lancé par Arleston chez Bamboo avait plutôt bien commencé en s’appuyant sur des auteurs de romans fantasy pour lancer de nouvelles séries fantasy/SF. Tous les titres sortis depuis 2019 n’ont pas été retentissants et quelques interrogations se posent sur la ligne éditoriale tiraillée entre l’ombre insistante d’Arleston et de quelques projets pas toujours bien ficelés d’auteurs réputés, et quelques titres vraiment originaux. Parmi ceux-ci, deux des premiers titres sortis voient leur conclusion ou quasi sur des formats courts (deux tomes pour Dragon et poisons, trois pour les Artilleuses) et confirment leurs qualités…

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

  • Dragon & poisons #2 (Bauthian-Morse-Kaori/Drakoo) – 46p., série finie en 2 volumes.

couv_422387Le premier tome avait été une plutôt bonne surprise, rafraichissant les certitudes des plus blasés des lecteurs de BD grâce à un trio de personnages particulièrement réussi. Et si j’attendais un changement de rythme sur cette conclusion je dois dire que je me suis trompé car les autrices restent sur les mêmes bases déstabilisantes (en bien). Le retour dans le passé était attendu comme un jeu classique entre les différentes incarnations des personnages alors que le scénario continue ses contre-pieds qui nous maintiennent sur la brèche avec plaisir. Détaillant un peu le personnage de Natch et les raisons de sa mort, l’album n’a pas vraiment le temps de développer plus avant un enchevêtrement temporel et bifurque chaque fois que l’on pense avoir capté l’intrigue. Malin!

On ne soulignera jamais assez l’importance d’avoir des personnages solides pour construire une bonne histoire et c’est donc le cas ici… alors que comme dans le premier tome le background nous laisse un peu sur notre faim avec une fantasy qui peine à justifier sa spécificité (les poisons) hormis par quelques facéties graphiques. Les planches sont toujours aussi fouillées, parfois un peu trop avec un sentiment de surcharge entre les traits fouillés de Rebecca Morse et la colo très chatoyante d’Aurélie Kaori. On sent que ce second tome porte sa focale sur Grayson qui fait clairement de l’ombre à son comparse Nevo (celui-ci avait plus de marge dans le premier volume). Au final ce Dragon & poisons reste une étonnante chronique amoureuse, bien mal vendue, et qui sait clairement marquer sa différence avec le tout venant fantasy. Les équipes artistiques féminines ont souvent cette qualité en BD et c’est tant mieux si cela apporte de la variété à un genre ultra-balisé! Un troisième tome aurait sans doute permis de détailler un peu tout cela mais il faut aussi parfois rester raisonnable et ne pas étirer un concept…

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  • Les artilleuses #2 (Pevel-Willem/Drakoo) – 46p., 2 tomes parus sur 3.

couv_418002Après avoir récupéré la sigillaire les Artilleuses cherchent à savoir pourquoi on cherche leur mort. Alors que la section B des services secrets entre dans la danse, les renseignements allemands maintiennent la pression en décidant de passer à l’attaque, résolus coûte que coûte à récupérer la bague…

Remarquablement fidèle au premier tome, ce second volume confirme la maîtrise scénaristique du romancier Pierre Pevel et sa gestion aux petits oignons des informations, (ni trop ni trop peu) sur son univers foisonnant. Déterminé à permettre une lecture fluide et sans contraintes, il insère beaucoup de phylactères narratifs qui nous rappellent ce qu’il y a besoin de savoir. Non que l’intrigue soit complexe (on reste sur un complot attendu) mais ces inserts permettent de se dispenser la révision des tomes précédents pour se souvenir de qui est qui et huilent les transitions avec les nombreuses séquences d’action fort réussies. Côté graphique, si le décors est vraiment sympathique et semble plaire au dessinateur dans ses multiples détails, certains personnages semblent moins l’inspirer. Vu qu’on parle de BD jeunesse ce n’est pas trop grave, ces derniers sont caractérisés avant tout par leur arme et leur costume. Avec des assassins en chapeau-melon sortis tout droit d’Adèle Blanc-Sec, de l’espionnage 1910, de méchants allemands et une once de steampunk, ce second tome des Artilleuses se savoure toujours avec plaisir. Si l’habillage reste tout à fait attirant, on aimerait avoir plus d’empathie pour les trois héroïnes qui semblent bien passives hors des séquences de baston. Gageons que le scénariste muscle un peu ses personnages sur la conclusion du triptyque et surtout, prévoie un nouveau cycle qui nous permettra de faire plus connaissance avec son monde merveilleux.

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Gun Crazy #1

La BD!
BD de Steve D et Jef
Glénat (2021), 117p., 1 tome sur 2paru.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Comme pour son grand frère Il faut flinguer Ramirez, la maquette générale de Gun Crazy, conçue comme une véritable VHS pourrave, fait partie intégrante du projet et revêt une importance égale aux dessins! Pas de contenu additionnel à proprement parler mais tout l’habillage comportant fausses pub, effets visuels vidéo et design de logos qui nous plongent résolument dans cette atmosphère que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…. A noter une étrangeté: un copyright indiqué sur la page de titre en chiffres romains en… 1997! Mystère et boule de gomme…

Il y a d’abord Lanoya et Dolly, belles comme le plomb, semant la mort dans les boui-boui crasseux de l’Amérique trumpiste. John Saint-Pierre verse lui dans la punition des méchants prêtres. Le truc de Superwhiteman c’est la purge des races inférieures.  Le Sheriff Nolti enfin, se débat avec la notion de justice… Tout ce beau monde se dirige vers Vegas, cité du péché, pour une réunion… explosive!

Gun Crazy T1, bd chez Glénat de Steve D, JefDécidément, Glénat se spécialise dans le Grindhouse! A côté de la très qualitative collection éponyme (qui tirerait plutôt sur le fantastique), l’éditeur collectionne ainsi les gros albums d’auteurs désireux de se défouler dans des projets complets travaillant autant le fond que la forme. Les réjouissances avaient été lancées en 2018 par le génial Il faut flinguer Ramirez (et sa suite). Cette année on passe la quatrième avec un album plus classique mais encore plus déjanté avec le Valhala Hotel de Perna et Bedouel chez Comixburo (distribué par Glénat) qui nous amène à ce Gun crazy. A noter que les deux derniers ont été conçus en one-shot et voient leurs deux volumes sortir à quelques mois d’écart. Et pour le coup on  ne reprochera pas un coup commercial à l’éditeur puisque le découpage correspond totalement au concept cinoche.

Si vous avez déjà lu l’un ou l’autre de ces albums (sinon il faut vous dépêcher sous peine d’être blacklisté de ce blog!) vous connaissez la formule: des filles (lesbiennes si possible), des flingues (des gros et en grand nombre), des chicanos/nazis/rednecks au choix, une grosse dose d’humour troisième degré matinée de gore et d’explosions thermonucléaires (dans ces univers issu du ciné B la moindre balle provoque une déflagration de 15 pétajoules minimum) et une grosse louche de mauvais goût tendant vers l’immoral… Ramirez est plutôt l’option luxueuse. Valhalla se rapproche de ce Gun Crazy en plus graphique (Bedouel est quad-même un sacré morceau niveau dessin!) dans un esprit débile/tordu. L’album qui nous intéresse va également chercher son inspiration dans le monument du Z: le mythique Shaolin Cowboy. Bon, maintenant que je vous ai assommé sous les références, est-ce que c’est bien?

Gun Crazy (tome 1) - (Jef / Steve D) - Policier-Thriller [LEGEND BD, une  librairie du réseau Canal BD]Oui et sacrément! Si le scénariste est inconnu, le dessinateur Jef, autodidacte, est de l’école artisanale lorgnant vers les années quatre-vingt. Il a faut ses classes en compagnie de Matz sur des adaptations de polars de Walter Hill (déjà du cinéma…). S’il ne coure pas dans la même catégorie que ses comparses Pétrimaux, Darrow et Bedouel, il s’en sort sacrément bien notamment en matière de mise en scène sur une colo tradi un peu old school. Pas forcément ma tasse de thé au départ mais l’ambiance générale colle parfaitement avec le style recherché, vieillot, usé comme une vieille VHS pleine de grain. Si Petrimaux usait déjà allègrement de fausses pub et background divers pour renforcer l’immersion, Jef va plus loin en « montant » son album avec intermède débilissimes de speakerine alanguie et générique où l’on entend presque le vieux rock redneck. L’histoire? Pas franchement importante puisqu’elle est plutôt un prétexte pour faire se rencontrer une galerie de personnages qui font tout le sel de l’album. Si on reste un poil sur notre faim en matière de pétarades, les protagonistes sont eux diablement foutraques avec une pointe d’actualité puisque si les auteurs clament en introduction leur amour pour le Nouvel Hollywood, ils parlent aussi de l’Amérique trumpiste (là on tire vers le Shaolin Cowboy) avec sa bigoterie, sa sous-culture sudiste et ce superwhiteman et au chapeau de KKK et sa moustache adolfienne… terrible!

Bien sur c’est un genre vaguement déviant qu’on a le droit de ne pas aimer. Mais l’emballage général respire tellement l’amour du projet qu’on savoure tout le long ce triple-album cinémascope qui n’a jamais été si proche du vrai cinéma. Ce n’est pas (plus) original, mais il n’y a pas tromperie sur la marchandise et perso, moi j’adore!

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****·Comics·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Antiheros

Rufus Stewart
Comic de Kate Karyus Quinn, Demetria Lunetta et Maca Gill,
Urban (2021), 154p., one-shot
La collection Urban Kids vise à introduire les plus jeunes dans l’univers pas si évident des super-héros et des comics en général. Sous des licences plus larges que le seul catalogue DC, Urban propose ainsi essentiellement des on-shot très graphiques mais aussi quelques séries courtes issues des séries d’animations mythiques de Paul Dini. Les  autrices de cet album travaillent habituellement dans la littérature adulte et pour les trois c’est leur premier album de comics.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!
  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball, FMA ou Flying Witch…

Tout oppose Piper et Sloane, deux collégiennes de Gotham East… hormis le fait que la nuit elles enfilent leur costume de super-héroïnes! Jusqu’au jour où un mystérieux artefact les envoie chacune dans le corps de l’autre! Elles vont être obligées de s’ouvrir l’une à l’autre pour résoudre ce mystère et espérer retrouver leur entièreté…

Salut Talia! Aujourd’hui on découvre deux nouvelles super-héroïnes. Avant toute chose peux-tu nous dire ce que tu connais de l’univers DC et de ses héros? Colors - Sarah SternJ’ai lu Harleen, le Batman de Marini, Wonder Woman année 1, j’ai vu les films du DCEU… Peux-tu maintenant nous présenter Piper et Sloane, le jour et dans leur identité secrète? Piper est une super-héroïne qui essaye d’empêcher les méchants mais avec sa super-force elle casse tout sur son passage  du coup les policiers l’appellent la « Chips au fromage » (par-ce qu’elle aime grignoter) ou le « boulet de démolition ». Elle n’aime pas du tout ces surnoms! A l’école elle a du mal mais le vit plutôt bien mais sa grand-mère trouve qu’elle devrait travailler plus. Son tonton est policier et a affaire à elle le soir sans savoir que c’est Piper. Ses parents sont partis depuis longtemps pour travailler et elle aimerait les revoir, ce qui provoque des sujets de dispute avec sa grand-mère. Sloane est une super-vilaine qui cambriole. Elle a un super-cerveau qui la rend super-intelligente. Elle a une IA qui l’aide, des drones qui obéissent à sa voix. Elle travaille pour son grand-père qui est un truand et par-ce que sa mère ne peut pas travailler mais la maman ne le sait pas. Le jour elle est très forte à l’école mais elle n’a pas d’amis notamment par-ce que sa famille a mauvaise réputation. Est-ce que Batman et les autres héros sont impliqués? Anti/Hero Asks You to Walk a Mile in Someone Else's Secret Identity | DCBatman apparaît rapidement mais il n’intervient pas dans le combat contre l’Ours. Le changement de personnalité est un peu compliqué à suivre, non? Oui! On a tendance à s’y perdre car on ne sait plus qui est qui: elles gardent la même apparence mais le texte change de personnalité. Mais c’est plutôt drôle à lire… Au début on nous présente Piper comme une justicière et Sloane plutôt comme une vilaine. Est-ce que ça se confirme? Après s’être rencontré Piper convainc Sloane que ce n’est pas bien de cambrioler et sa mère essaye de la dissuader de travailler pour l’Ours. Piper de son côté réalise qu’elle doit faire attention à ne pas détruire les biens des autres quand elle intervient  comme le Colibri. Elles réalisent toutes les deux les incidences de leurs actions. Après avoir changé plusieurs fois leurs corps elles réalisent qu’elles peuvent y arriver même là où elles ne sont pas très douées. Merci pour ton avis et à bientôt pour un prochain Avis des kids! Voilà pour Talia… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit? Il y a quelques années je cherchais des comics destinés aux jeunes en permettant d’ouvrir cet univers des Batman, Superman et Wonder Woman (mais plus largement des super-héros) à des enfants, sans la complexité inhérente au genre… et j’avais été très surpris en discutant avec des libraires de découvrir que rien n’était réellement prévu pour ce lectorat. Sans doute conscients que toute une génération geek était maintenant parent les éditeurs ont commencé à développer ce genre d’ouvrages en ouvrant comme ici (sur une même stratégie payante que Drakoo en franco-belge) leurs pages à des auteurs qui ne viennent pas de l’univers des comics. Chez DC c’est partiellement rangé dans la très qualitative collection Urban Kids mais cela déborde sur le créneau adolescent ou young adult comme sur la nouvelle héroïne Naomi par exemple.Review: Anti/Hero | LaptrinhX / News Le schéma de ce one-shot prenant place à Gotham dans l’ombre de Bruce Wayne (dont il est fait référence et qui apparaît brièvement) est celui de l’inversion des rôles entre deux personnalités très différentes. Outre le très amusant jeu du qui est qui (pendant toute une partie les deux héroïnes alternent puis ré-alternent, brouillant les pistes pour le lecteur), j’ai été surpris par une autre inversion: l’héroïne « lumineuse » est brise-fer, bordélique et un peu bouboule (pas franchement des marqueurs positifs) quand Sloane est une brillante jeune fille marquée par une vie familiale difficile. Comme sur le Garçon-sorcière on creuse bien plus profondément dans la psychologie des personnages principaux que dans les comics habituels et je pense que ça parlera aux jeunes lecteurs (les personnages sont collégiennes). Surtout la situation sociale et familiale est Anti/Hero — Demitria Lunettadéterminante pour faire comprendre au lecteur pourquoi l’une est du mauvais côté de la loi (un peu comme Batman tiens!) et l’autre est une justicière. Le contexte est très américain avec un aspect ethnique marqué tout comme des familles compliquées (parents absents pour l’une, mère au chômage pour l’autre). Les valeurs mises en avant sont classiques et attendues: la découverte de l’autre, l’amitié, la collaboration. C’est classique mais pas trop appuyé pour éviter la bien-pensance. Graphiquement c’est franchement sympathique avec des dessins simples plutôt colorés qui évitent un aspect dessin-animé plat que l’on trouve dans beaucoup de BD jeunesse. Les personnages des deux héroïnes (et leurs trombines) sont agréables et expressifs, notamment dans les séquences inversées. Au final on passe un très agréable moment qui a la bonne idée de ne pas prolonger au-delà du format one-shot et permettra sans s’engager ni besoin de connaître le background DC, d’entrer dans le monde des héros. note-calvin1note-calvin1note-calvin1 A partir de 7 ans
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Bitter root #2: la rage et la rédemption

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Comic de David Walker, Chuck Brown, Sanford Green et Rico Renzi
Hi comics (2021) – Image (2020), 160 p.

Lauréa du Eisner award 2020 pour la meilleure série.

bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur confiance.

Après un premier album très porté par l’éditeur qui en fait sa tête de gondole (à raison vu l’Eisner raflé apparemment unanimement par la profession), ce second est construit de la même manière avec un très gros cahier final empli d’analyses de chercheurs et spécialistes de la culture et de l’histoire des noirs américains et de la littérature imaginaire. A l’heure du #blacklivesmatter et des controverses lunaires en France sur les réunions des minorités voir la puissance militante des noirs américains fait du bien. L’éditeur a ajouté également les toujours intéressantes étapes de conception de pages avec storyboard et travail sur la couleur. Niveau édition c’est royal et mérite bien entendu 1 Calvin.

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Le jeune Cullen a été aspiré dans l’autre monde et y découvre une armée de combattants en première ligne face aux hordes infernales… Pendant ce temps la famille entame un périple dans le Sud profond à la rencontre de Walter Sylvester, à l’origine de la venue du Mal, qui prends conscience que sa souffrance provoque la dévastation du monde…

Bitter Root Tome 2. La rage et la rédemption de David F. Walker - Album -  Livre - DecitreAprès un sacré coup de maître réalisé sur le premier Bitter Root, les auteurs passent la seconde en changeant assez radicalement la construction narrative en prenant le risque de la complexification. Et je dois dire qu’il faut s’accrocher pour suivre ces séquences qui alternent très souvent les lieux, les époques, les personnages à différents âges, voir les dimensions… La première séquence, la plus linéaire, introduit plusieurs artistes (plutôt pas mal) pour nous narrer plusieurs flashbacks sur des membres de la famille et surtout introduire l’élément moteur de l’intrigue, le massacre de Tulsa, déjà vu récemment dans la série Watchmen qui en faisait également un axe central. Ce moment majeur dans le racisme violent du KuKuxKlan devient fondateur dans la genèse du mal qui ronge le docteur Sylvester, grand méchant du premier tome et dont ce volume suit l’itinéraire rédempteur dans le Sud profond. Densifiant le background historique de la famille Sangerye (la première page présente d’ailleurs un arbre généalogique totalement vital pour rester accroché), ce second tome progresse peu dans l’intrigue au risque de la redondance.

Bitter Root (2018-) Chapter 10 - Page 10Etrangement il y a très peu de révélations dans ce volume justement titré « Rage et rédemption » et surtout la personnification du mal dans le racisme des blancs transformés en monstres disparaît presque pour quelque chose de plus classique: le démon Adro qui incarne bien sur cette haine mais qui perd l’originalité précédente. Du coup si les relations entre les membres de la famille sont toujours aussi réussies et complexes on reste sur une sorte d’intermède narratif jusqu’à un dénouement qui semble boucler avec la fin du premier volume. C’est donc bien l’opus du méchant, une forme de renaissance qui nous est contée en brouillant pas mal la structure mise en place.

Comme souvent le passage de la seconde est compliqué narrativement parlant et je dirais qu’en brouillant un schéma plutôt linéaire sur le premier acte les auteurs atténuent la portée de la parabole. S’ils oublient de créer le moment d’action qui devait élever la tension dramatique ils justifient les chapitres précédents et transforment un méchant en probable allié tout puissant, en attendant de voir d’où va renaître le danger dans l’acte trois…

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Once and future #2

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2021) – BOOM Studios (2020), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comprend les chapitres 7 à 12 et commence par un bref résumé du pitch de la série. Il se conclut par les habituelles couvertures des issues originales, une bio des auteurs et un lexique des références légendaires dans lesquelles la série prends sa source. Etrangeté: le titre de volume « vieil angloys » est inséré sur la page de titre qui ouvre l’épilogue… A noter la ligne des trois couvertures des éditions reliées, très élégantes et avec une belle thématique. couv_418078

Le portail a été refermé et la menace semble s’éloigner… mais ce n’est que partie remise lorsque Merlin et ses alliés convoquent une nouvelle légende pour mettre le monde des humains à feu et à sang…

The Science Ninja TurtleC’est souvent le tome deux qui déçoit après des entames tonitruantes… c’est l’inverse ici après un premier volume dont l’intrigue m’avait laissé mitigé. Car les reproches faits disparaissent ici dans un album qui assume enfin le côté totalement gore et action débridée… qui est quand-même ce pourquoi on est là! La coloration arthurienne reste donc dans l’Outremonde avec un Arthur toujours aussi benêt ; si l’on attendait peut-être Merlin (au design tout aussi réussi que ses comparses de la Geste de Camelot) un peu plus présent et central, le prix du méchant le plus charismatique revient à Beowulf, le légendaire guerrier conté dans un poème épique du premier millénaire de notre ère et dont le combat contre le démon Grendel donne le prétexte au scénario de ce tome. Car maintenant que la problématique (qu’on oublie assez vite) et les personnages sont posés, place à la baston avec une mamy Bridgette toujours aussi bavarde et maîtresse dans le lattage de cul d’entité maléfique. Accrochez-vous, les cente-trente pages passent à deux-mille à l’heure! C’est rock’n’roll, ça tranche et les auteurs vont jusqu’à convier des références du cinéma populaire britannique dans un caméo tordant! L’équilibre entre histoire et déconne est toujours compliqué dans des séries de ce type avec l’envie tout de même de faire partager un pan Once And Future #11 — You Don't Read Comicsde la culture mythologique anglo-saxone. C’était un peu trop le cas dans les précédents chapitres et Kieron Gillen peut désormais lâcher la bride à son dessinateur qui se fait plaisir (avec toujours autant de clase et de lisibilité) dans ce qui peut rappeler le cinéma d’horreur foutraque à la Peter Jackson. On enchaîne donc entre les sévices subits par le bellâtre Galaad, le très trapu et pas finaud Beowulf qui aime beaucoup crier très fort qu’il est MECHAAAANT! et la famille Grendel qui a faim et saigne beaucoup (enfin, je veux dire BEAUCOUP!!). Les armes utilisées par mamie MacGuire vont du filament au fusil de sniper en passant par l’inévitable tronçonneuse et la poêle à frire, le tout entrecoupé de bons mots décalés. On se marre bien tout le long et le jeu des acteurs fonctionne à merveille pour donner la réplique à cette héroïne du troisième âge dont on n’a qu’une envie: connaître dans les prochaines années les aventures de jeunesse… Désormais sur d’excellents rails de VHS rayon horreur bis, Once & Future fait un excellent job tant graphique que dialogué. Comme précédemment on regrettera simplement un vide de décors et une colo flashy un peu spéciale que l’envie de B peut justifier de la part des auteurs. Et comme précédemment, le cliffhanger royal étend un univers jusqu’ici un peu restreint en laissant présager un joyeux feu d’artifice sur l’ancestrale terre de Brittany… note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1