***·BD

Lastman #4-6

La BD!
BD de Balak, Vivès, Sanlaville
Casterman (2013-2019), env. 200p./vol., série finie en 12 volumes.
Un album préquelle Lastman Stories est paru en 2018.

Adrian et sa mère débarquent à Paxtown, cité du vice et de la Mafia. Le maître des lieux, Milo Zotis, y organise la Fight Fist Funeral Cup, le plus grand tournoi de combat libre… dont Richard Aldana était le grand champion! Aucunement impressionnée la jeune maman décide de s’inscrire avec Adrian…

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mediathequeCes trois albums marquent la fin du premier cycle des aventures de Mariane, Adrian et Richard… et l’on peut dire que les auteurs nous baladent brutalement d’un environnement à un autre avec le plaisir assumé de la série Z et des nanar de vidéoclubs des années quatre-vingt! Depuis les mésaventures des exilés de la vallée des rois à Nillipoli on sait que Lastman Lastman tome 5 - BDfugue.comva aller vers des aventures urbaines. Si ce monde ressemble au nôtre (ou plutôt à sa version viciée qui rappelle fortement une certaine Sin City…) rapidement les pouvoirs des arts martiaux de la Vallée interviennent et des êtres aux pouvoirs phénoménaux semblent décidés à venir à bout d’Aldana. Fantastique et polar mafieux se côtoient sans que les auteurs ne cherchent à donner une quelconque cohérence à l’ensemble. Ce qui fait le sel de Lastman c’est la liberté créative absolue, l’envie de se faire plaisir (Sanlaville a montré dans toute sa bibliographie combien il était amoureux des nanar). A Paxtown les filles sont des bimbo aux seins ENORMES, les gars des truands vicieux au look vaguement homo ou des golgoth sortis de Ken le survivant. Une nouvelle drogue fait des ravages et Adrian n’en finit plus d’assumer son statut d’anti-héros. Ce personnage présenté comme le cœur de la série s’avère d’ailleurs au final un peu décevant de passivité. A force de se faire défoncer par tous ses adversaires et bien peu doté en stratégie, il surnage surtout par ses répliques pas fines mais hautement sympathique (pour peu que l’on ait accroché avec l’esprit de l’œuvre). Du coup avec la quasi disparition de la mère et de son fils sur les volumes cinq et six on est un peu en manque de focus, les auteurs ne semblant soit pas se préoccuper de cela, soit trop hésiter devant leur galerie de joujoux, entre un super-flic mystérieux, le tout aussi cryptique Cristo Canyon vu au début de la série ou la gonflée Tomie Katana au nom d’actrice porno et destinée à courir partout comme toute bonne bimbo de film d’horreur qui se respecte…Lastman on Twitter: "Cristo Canyon - Lastman, tome 6 https://t.co ...Puisqu’il ne faut pas en demander trop à un scénario assumé comme de série Z, la puissance de cette série réside donc bien dans ses planches qui ne finissent pas de surprendre de simplicité et d’efficacité cinématographique. Le découpage est magistral, le mouvement est dans chaque case et l’on a clairement le sentiment d’avoir affaire à la mise en album d’un long métrage d’animation (tiens donc, les trois auteurs ne viendraient-ils pas de ce secteur créatif?…). Faute d’avoir la BO comprise dans les albums, je ne saurais Lastman : déjà plus de 800 pages d'aventure ! - ActuaBDque vous conseiller de lire Lastman avec une musique pas fine en fonds sonore. Une petite suggestion des auteurs? Bien entendu ce style n’est pas pour tous les goûts et même si vous vous faites à ces dessins à la très grande technique redoutablement camouflée il est impératif de goûter aux films de Schwarzenegger, à MadMax et à Dirty Harry pour bien apprécier la série. Attention, si les auteurs se font un plaisir coupable, dès que les planches reviennent à la Vallée des rois l’intrigue prends une épaisseur soudaine qui nous emmènera vers un second arc/saison introduit par un des Cliffhanger les plus gonflés que j’ai pu lire. Empli d’une générosité foutraque, débordant par moment de n’importe quoi à force d’aimer les films débiles, Lastman est une BD de garçons qui ne s’excusent pas d’aimer les nichons, les muscles et les explosions. Avec une attaque de la base étonnamment feignante et vaguement ennuyeuse, on se dit qu’on s’arrêtera là… avant d’être repris par l’addiction sur la dernière partie du tome six. Et la très grosse envie d’aller regarder l’animé sur Netflix en attendant de lire la suite…

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Apocalypse selon Lola

Semaine très humour avec la ressortie d’une BD qui, après celle de mercredi, coche toutes les cases de l’humour Fluide

La BD!

BD d’Arthur Qwak
Akiléos (2020), 66p. + cahier graphique de 37 pages, couleur. One-shot.
Réedition de l’album « Lola Cordova », paru en 2005 chez Casterman.

bsic journalismMerci aux éditions Akiléos pour cette découverte.

Bel album relié au vernis sélectif, avec illustration d’intérieur de couverture, préface et introduction à cette réedition par le fondateur d’Akiléos et très imposant cahier graphique. Des couvertures d’un faux magazine ont été introduites au sein de l’album. Jolie édition avec nouveau titre (… je n’aime jamais trop cette méthode qui brouille le statut d’ancien album) et pitch redoutablement drôle et parlant… Très bonne édition globalement.

Lire la suite « Apocalypse selon Lola »

****·Manga

Origin #4-5

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Origin - BD, informations, cotesPour preuve de l’implication de Boichi dans cette série qui lui tient particulièrement à cœur, les petites préfaces inclues sur la jaquette apportent des informations très intéressantes sur la démarche et éclairent d’un jour nouveau les planches du récit. Ainsi sur le volume quatre il nous décrit l’évolution récente du Cyberpunk dans les littératures de l’imaginaire et le plaisir à introduire le « personnage » de Y, l’IA surpuissante qui nous rappelle fortement l’IA de l’excellent manga Ex-Arm. Dans le cinquième tome il nous décrit dans un texte essentiel pour la compréhension de l’œuvre, de son envie de parler non seulement des robots mais surtout d' »êtres doués de pensée ». Par des rajouts réguliers de références à Asimov et ici à Arthur Clark il rattache sa série aux pères fondateurs du genre tout en citant Fritz Lang ou Terminator.

Ces deux volumes montent d’un cran en terme d’action puisque après l’introduction d’Origin à l’IA secrète développée par l’AEE les tomes quatre et cinq décrivent le déroulement de l’attaque des « frères » contre le centre. Moyen pour Boichi de faire parler la poudre avec des séquences d’action très puissantes et toujours aussi virtuoses. Le seul reproche que je ferais repose sur un rythme un peu haché du fait de la nécessité d’avancer rapidement dans cette série au format court (dix tomes en tout) et d’inutiles résumés des épisodes précédents, un peu comme dans certaines Scan Origin 44 VF - Lecture En Ligne Mangasséries américaines, ce qui fait perdre des pages de développement… Hormis cela, on est au cœur de l’action, avec toujours les réflexions d’Origin sur le meilleur moyen d’empêcher ses adversaires de tuer des humains (pour « vivre convenablement ») et les descriptifs techniques toujours passionnants sur les développements du corps des robots et les manœuvres pour parvenir à ses fins en utilisant le maximum des capacités de la « machine ». La baston est finalement un peu facile pour le héros mais on peut gager que cela va monter d’un cran avec l’arrivée des autres « frères ». Notons que le tome cinq profite étonnamment d’une séquence de résumé pour nous raconter l’origine des autres robots, ce qui n’avait pas été fait aussi clairement jusqu’ici et fait un peu retomber le mystère.

Sur ces volumes Boichi est particulièrement sage concernant ses tics puisqu’il y a très peu d’humour et aucun élément Ecchi, ce qui permet clairement de densifier le récit. Attention, la violence reste importante et l’auteur montre ce qu’il y a à montrer sans détours. Les bonnes idées foisonnent dans cette séquence, qui se rapproche donc beaucoup des idées dEx-Arm, manga récemment découvert, sublime graphiquement également et comme Origin descendant directe de l’œuvre de Masamune Shirow (Appleseed et Ghost in the shell… dont il faudra que je parle dans un billet dédié vu le nombre Origin: Chapter 42 - Page 18d’articles où je réfère au maître!). Je regrette simplement la première faute de gout avec le tank dont l’apparence semi-organique rappelle l’attrait de pas mal de manga pour les monstres à parties humaines (dents proéminentes, bouches multiples,…) et qui fait totalement tache ici dans une œuvre hyper-technologique (aspect graphique qu’assume mieux Ex-Arm). Dommage et j’espère que les combats contre les homologues androïdes reprendront rapidement. Je regrette également les bonus qui abandonnent (temporairement?) les fichiers techniques si passionnants des précédents volumes pour un journal de Boichi à l’humour tout à fait douteux…

Au final j’ai trouvé le volume quatre vraiment incroyable et le cinq un peu moins bon, dans une série qui reste particulièrement prenante autant intellectuellement que graphiquement et reste ce que Boichi à fait de mieux pour le moment dans ce que j’ai lu.

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****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Dragon ball super #10-11

esat-westManga de Akira Toriyama et Toyotaro
Glénat (2017-2020) – Ed. Japonaise Shueisha (2015), 11 vol parus en France (12 au Japon).

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Les fins de volumes de cette série comprenaient jusqu’ici essentiellement des back-office de la réalisation des pages avec les dessins de Toyotaro corrigés par Toriyama. A partir du nouvel arc de la Patrouille galactique ce sont des histoires bonus très intéressantes en ce qu’elles tissent des liens avec la très volumineuse production animée de l’univers Dragon Ball (un peu comme l’Univers étendu de Star Wars). On a par exemple des éléments sur le personnage de Broly que les lecteurs du seul manga n’ont jamais vu même si ils ont pu en entendre parler. Sinon comme depuis le début un sommaire, résumé des épisodes précédents et des personnages principaux aident la mémoire. Et je viens de réaliser (vieux motard que jamais…) que la quatrième de couverture (sous la jaquette) comprenait depuis le début de la série une variation sur l’image de couverture!

L’affrontement contre Moro est finalement bien plus compliqué que prévu pour les deux Sayan Goku et Vegeta qui doivent empêcher que le sorcier ne réunisse les Dragon Ball sur la planète Namek. Pendant que le mystérieux chef de la Patrouille, Mérus, peaufine sa stratégie, un ancien adversaire bien connu est convoqué pour éliminer Moro…

Dragon Ball Super 044 - Page 46 - Manga Stream | Dragon ball super ...Le nouvel arc de la Patrouille galactique a débuté dans le précédent tome alors que Goku et Vegeta sont enrôlés pour arrêter le redoutable sorcier Moro. Un peu hautains quand au rapport de force après avoir participé au plus grand tournoi de l’histoire, ils vont déchanter devant les capacités magiques de Moro… qui ne sont pas sans rappeler les pouvoirs si particuliers de leurs anciens adversaires de la Terre. Si le précédent arc était sympa question combats et créatures, il commençait à devenir redondant et c’est un très grand plaisir que l’on a de retrouver les aventures spatiales des héros, de découvrir de nouvelles planètes, pouvoirs magiques et un humour mis un peu sous le couvert précédemment. La capacité de Toriyama à développer son univers est tout bonnement prodigieuse et si l’on trouve forcément un peu de familiarités voir de redites (les entraînements entre deux combats), la richesse des personnages et des intrigues ne cesse de me fasciner. On est sans cesse ballotté (assez rapidement d’ailleurs!) entre facilité et désespoir total  et ça fonctionne pour nous tenir en haleine. Si l’auteur a beaucoup joué sur les niveaux et couleurs de cheveux des personnages, il revient ici à un esprit plus proche des débuts de Dragon ball Z pour mon grand plaisir. J’espère sincèrement que les aventures de patrouilleurs se poursuivront sur de nombreux tomes tant les possibilités sont grandes et les univers planétaires infinis. Ajoutons à cela un Jaco toujours aussi drôle (lisez vite son aventure solo si ce n’est déjà fait, c’est tordant!) et du des coups de théâtre efficaces et vous obtenez une série qui est presque aussi fraîche qu’à ses premières années!

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****·Comics·Nouveau !·Un auteur...

The shaolin cowboy #1-2

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Comic de Geoff Darrow
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 2/3 albums parus.

L’histoire éditoriale de cet OBNI est aussi complexe que le dessin de son auteur… Le premier volume de cette édition a été publié chez Burlyman avec une traduction chez Panini en 2008-2009). Le second volume correspond à la suite directe publiée chez Dark Horse (2015). Le troisième volume (à paraître) intitulé « qui arrêtera leur règne? » est également paru chez Dark Horse en 2017. Les éditions reliées des trois volumes sont parues chez Dark Horse (le premier après les deux autres…) et correspondent à cette édition Fututopolis. Le premier volume a été nominé aux Eisner Awards pour la meilleure nouvelle série, meilleur dessinateur, meilleure couleur. Darrow a obtenu un de ses trois Eisner sur ce tome comme meilleur auteur réaliste.

L’édition proposée par Futuro est franchement royale avec de magnifiques volumes au papier épais et du contenu additionnel. Cela aurait été parfait su l’éditeur avait eu la bonne idée d’un texte explicatif au premier volume aidant le suivi sur les trois tomes. On est un peu abandonné dans le cerveau fou de Darrow

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Le Shaolin cowboy parcourt les terres désertes d’une Amérique réactionnaire, déchue et parsemée de créatures improbables. Sur son mulet à casquette bavard et équipé d’un arsenal improbable, il affronte tout ce que le monde fait de timbrés et de démons… pour sauver sa vie. Et la philosophie on y pensera plus tard…

SNEAK PEEK: Darrow's Original SHAOLIN COWBOY Back in Print | 13th ...Geoff Darrows appartient à une mouvance d’illustrateurs nés au mauvais endroit! Avec les Richard Corben (Grand prix d’Angoulême 2018), Simon Bisley et ses peintures barbares dantesques qui ont influencé notamment Olivier Ledroit, l’italien Liberatore , la mouvance ultra-réaliste trash japonaise, et plus récemment les albums d’Eric Powell il fait partie des auteurs en liberté totale dont l’amitié avec Moebius n’est pas anodine tant son travail semble tout droit sorti du magazine Métal Hurlant. Son nom est sorti du cercle des initié en 1999 lorsque les sœurs Wachowski l’embauchent avec les yeux de Chimène pour mettre en place l’univers visuel et le storyboard des films Matrix. Quand on voit la finesse de son travail on les comprend…

Ce double album (j’y reviens) est un trip sous acide, un mélange entre le artbook déchaîné d’un auteur maniaque, le storyboard détaillé d’un film d’animation qui n’existe pas et une grosse farce sacrément gonflée. Ne cherchez pas de message, de sous-texte ou je ne sais quelle vision! Geoff Darrow utilise son Shaolin Cowboy pour latter du gang dégénéré, du zombie, du requin géant et du cadavre possédé… Vaguement frustrant du fait de la structure totalement apocalyptique du « récit », l’ouvrage est d’une générosité graphique folle car l’auteur ne connaît pas la contrainte. Ainsi le second volume, outre un texte de trois pages relatant des évènements potentiellement précédents et une nouvelle de soixante pages en fin d’ouvrage, reprend le récit au travers d’une sidérante séquence de démontage de zombie sur… cent pages! Cent pages muettes de baston virtuose, le plus long plan séquence de l’histoire du cinéma qui n’en est pas un, bref, quelque chose de jamais vu et qui ne sera certainement jamais refait. Gonflé, d’une précision diabolique, un peu lassant au bout de cinquante pages, mais quelle expérience!

Shaolin Cowboy #01 by Geof Darrow | Fumetti

Si le second volume est donc dispensable hormis pour les fana de Darrow et les collectionneurs, le premier est un délire totalement foutraque qui enchaîne les dialogues absurdes avec des personnages débiles à l’aspect surréaliste avant d’entamer des hostilités où le Shaolin cowboy fait parler sa technicité au combat en découpant des tranches de cou au katana, expulsant un cœur d’un coup de paume ou donc entamant une danse mortelle armé de son bâton à double tronçonneuse… Tout au long de la lecture on est sidéré autant par le grand n’importe quoi permanent que par le détail des Le Shaolin Cowboy T3 : Dans les entrailles de la ville (0), comics ...immenses planches qui nous donnent parfois le sentiment d’être dans un album « Où est Charlie » pour adulte. Car Shaolin Cowboy est pour les âmes solides et les adeptes du mauvais goût (il est étonnant que Fluide Glacial n’ait pas cherché à éditer ces ouvrages tant ils correspondent à l’esprit sale gosse de l’éditeur).

Le sourire aux lèvres et émerveillé à la fin du premier tome on est franchement frustré à la fin du second. Le troisième tome à paraître semble beaucoup plus narratif, proche du pamphlet contre l’Amérique de Trump et fidèle au premier. L’éditeur a choisi une étrange stratégie de publication  en deux fournées (les tomes 1 et 2 puis le trois) avec bien peu de communication qui ne facilitera pas la transmission au public d’une œuvre qui nécessite d’être accompagnée. J’espère avoir un petit peu contribué à cet accompagnement tant l’œuvre de Darrow mérite que l’amateur de BD s’y intéresse et tant on a rarement vu un album aussi généreux. Si vous aimez l’esprit Fluide, si vous aimez les zombies, si vous aimez Tarantino, si vous aimez les Monthy Python… foncez!

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***·Comics·Nouveau !

Sharkey, le chasseur de primes

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Comic de Mark Millar et Simone Bianchi
Panini-Netflix (2020), 146p., one-shot.

L’album relié au format comics assure le service minimum avec les classiques texte d’intro, galerie de couvertures alternatives et bio des auteurs en conclusion.

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Sharkey est un looser. C’est aussi un chasseur de primes. Côtoyant les redoutables guerriers de la profession, l’état de ses finances l’incitent à répondre au mandat posé sur la plus redoutable terroriste de l’univers…  Déjà mal barré avant qu’un gamin ne lui demande de le ramener chez lui…

Mark Millar sait attirer dans ses filets les dessinateurs les plus en vue du circuit. Rarement pour le meilleur tant les Scalera, Immonen ou Bianchi ont produit bien mieux que sur leur collaboration avec le golden boy du comic. Ma lecture du récent Space bandits m’avait plutôt déçu la semaine dernière… et ce n’est heureusement pas le cas de ce nouveau Millar!

Sharkey le chasseur de primes - BD, informations, cotesDans un scénario aussi léger que les autres réalisations de l’écossais, ce volume attire pourtant une grande sympathie grâce à l’improbable réussite du personnage de Sharkey et son duo avec le gamin. Le scénariste a chargé la barque pour cet anti-héros chauve, naviguant dans un camion à glace reconverti et sauvé chaque fois par des amis ou ennemis quand ce n’est pas par la providence. Toutes les séquences d’action se vautrent dans la facilité mais ce qui intéresse les auteurs ce sont les dialogues et les situations très drôles basées sur les idées farfelues et vaguement naïves de Sharkey mais surtout sur l’innocence désarmante du gosse avec ses yeux de cocker qui voient en ce gros naze de chasseur de prime le plus grand héros de la galaxie. Sharkey le chasseur de prime est donc bien une comédie d’action fleurant bon les comédies improbables du cinéma mettant en association des gros costauds et des êtres chétifs…

Sur le plan graphique Simone Bianchi est très inégal, proposant certaines cases et couvertures de parties vraiment magnifiques quand d’autres sont des rough colorisés. De même l’utilisation du numérique fait cohabiter des dessins aux traits très grossiers avec d’autres réduits et aux détails très fins. Le design général est très original, avec une technique plutôt réussie même si elle peut par moment manquer de lisibilité, elle procure une vraie originalité qui permet de sortir l’album des standards graphiques du comic. La création de l’univers, si elle sent là encore le rapidement posé, propose de Sharkey The Bounty Hunter #4 - READING WITH A FLIGHT RINGbelles trouvailles comme cette fille post-humaines qui se prépare à se transformer en androïde de combat après une nuit d’amour avec Sharkey ou les armes des boss comme ce vaisseau furtif et le concept de l’entité astéroïde en quête de son double reproductif…

Il est indéniable que Mark Millar fourmille de trouvailles. Il est tout aussi agaçant de voir la feignantise dont il fait oeuvre dans ses projets qui pourraient être vraiment géniaux avec un tout petit peu de boulot. Sharkey parvient à sortir du lot plutôt par l’humour très réussi et un petit quelque chose que n’avaient pas ses précédentes productions. A voir si le succès permettra des suites comme ce crossover annoncé avec Space bandits. Je le placerais au même niveau qu’Empress, une aventure sympathique même si elle le casse pas les rétine ni le révolutionne un genre très balisé.

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****·Manga

Origin #2-3

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

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Origin vit au milieu des humains en cherchant à éviter de se faire repérer, lorsqu’il réalise qu’il n’est pas seul dans ce cas. Lourdement endommagé par un combat contre deux androïdes il va devoir trouver les moyens de reconstruire un corps encore plus solide et puissant, alors que ses adversaires cherchent à l’éliminer…

L’entrée en matière de cette (courte) série du virtuose coréen m’avait pas mal scotché… et dès le second tome on gagne encore en ampleur et en ambition avec (chose étonnante) une écriture qui domine le dessin. L’ambition de l’auteur, qui fait fréquemment référence à l’œuvre d’Isaac Asimov (et à Masamune Shirow, créateur du mythique Ghost in the shell dont le méchant d’Origin reprend le prénom), est de proposer une Origin -2- Volume 2réflexion sur la pensée robotique et, thème classique de la SF, sur la jonction entre humanité immorale et IA tendant cherchant la morale. Proposant de temps en temps de courtes séquences nous montrant Origin dans sa première forme d’un petit robot mignon, Boichi nous explique que si sophistiqué que soit le corps (et il l’est!) c’est bien la puissance de l’IA qui détermine si l’humain aura atteint le statut de créateur en donnant vie à une pensée originale. Pour preuve, ce débat interne aux autres androïdes entre l’optimisation de leur capacité d’IA et celle de leur corps cybernétique. On est donc bien dans une revisitation cyber de Pincocchio et c’est captivant!

Il y a finalement assez peu de combats dans cette série car ces derniers se passent à une vitesse surhumaine qui permet de développer un récit en pause, nous posant lentement les réflexions, analyses stratégiques de combat du héros et ses choix de sacrifices d’éléments de son corps afin d’obtenir son objectif. On a donc une sorte d’avancée image Scan Origin 18 VF - Lecture En Ligne Mangaspar image d’un combat qui se déroule en quelques secondes. Comme si Boichi était conscient de ses penchants (vers le fan service ou d’action démesurée) il se contraint et n’en est que meilleur! Les efforts mis pour nous faire entrer dans un « raisonnement » de robot sont impressionnants et subtiles.

Le paysage social n’est pas en reste dans Origin avec de superbes idées sur une société de demain avec une différence notable avec les anticipations d’un Fred Duval puisque le cadre japonais, déjà très technologique aujourd’hui nous pose dans une quasi actualité. L’auteur utilise également les schémas de domination et de respect de code moral de l’entreprise et des robots pour reprendre certaines thématiques des histoires de Samouraï avec leur code de l’honneur, leur recherche de « vie convenable » et leurs sacrifices. Avec le difficile apprentissage des relations humaines de son robot, Boichi parvient ainsi à une étonnante alchimie réutilisant les sujets classiques du manga liés aux difficultés de la société japonaise via son Candide.

Dans le tome 3 la tension retombe un peu malgré un affrontement étonnant contre un robot militaire géant qui permet à l’auteur de proposer des éléments technologiques et de l’anticipation militaire très originaux. Une partie du volume revient sur les relations interpersonnelles et les quelques tics de Boichi un peu lourds. Ça reste cohérent avec la proposition d’étude sociale du japon futuriste mais ce n’est pas forcément ce qui me passionne le plus dans Origin.

La richesse thématique, graphique et la maîtrise de l’ensemble cependant sont tout à fait remarquables et font  dès ce début de série d’Origin un des meilleures création traitant de la robotique et de l’Intelligence artificielle.

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***·Comics·Nouveau !·Rapidos

Space bandits

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Comic de Mark Millar et Matteo Scalera
Panini-Netflix (2020), 160 p. one-shot.

Les ouvrages de Mark Millar sont édités par Netflix (qui possède tous ses droits depuis la vente du Millarworld en 2017) et publiés en France par Panini. L’album s’ouvre sur un édito glorifiant les années 80 puis enchaîne sur les cinq parties rehaussées des couvertures originales et se termine par une galerie de couvertures alternatives et une double page très alléchante laissant supposer une adaptation en animation sur la plateforme vidéo avec des développements graphiques des personnages par le département artistique de Netflix. En conclusion une bio des deux auteurs. Édition correcte pour un album si formaté et dont on aurait aimé avoir plus d’info sur la genèse et les débouchés.

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Cody blue et Thena Khole les deux bandits de l’espace, chacune dans son style, ont un point commun: elles ont été trahies par leurs associés! Envoyées sur la plus grande prison de la galaxie elles décident de s’associer pour traquer les salauds qui les y ont envoyé et les éliminer… la vengeance est un plat qui se mange… sanglant!

Read online Space Bandits comic - Issue #1Avec des noms d’actrices porno, des look cent pour cent eighties et un vaisseau nommé Lionel Ritchie, Mark Millar pose son nouveau produit sa nouvelle création sous le signe du western pulp vaguement vulgaire. Le titre lui-même, franchement feignant, appelle le second degré qui préviens: si vous n’êtes pas adeptes des séries B kitsch des années quatre-vingt il vaut mieux passer votre chemin. Petite déception donc pour moi qui attendais plutôt du western tarantinesque. Les comics voient fleurir depuis pas mal d’années les histoires de losers dans une atmosphère de poussière et de sueur typiques de la Route 66 et de Las Vegas… et généralement le scénario est tout à fait optionnel.

C’est clairement le cas ici avec une histoire limitée à un timbre poste et une course à semi-rebondissements pas franchement surprenants qui montrent que Millar réutilise des schémas déjà éprouvés, pas forcément au mieux sur Empress par exemple. Avec une des deux filles douée pour la stratégie et l’autre pour les bourre-pifs on ne dépasse pas le point de départ et heureusement que l’intelligence créative de l’auteur procure quelques The Blackest of Suns — “What The Hell Happened There?” Space ...séquences amusantes que ce soit dans les réparties ou dans l’action, grâce à une mise en scène très maîtrisée par Matteo Scalera. Dans le même style WTF un Ramirez montre qu’avec de l’implication et de l’ambition on peut faire beaucoup mieux.

Si tout ou presque est attendu dans le scénario, le petit côté sale gosse de Millar (les exécutions gores et le passage dans le vaisseau-bordel montrent qu’on n’est pas chez Disney) donne un léger piment. Le design général et la maîtrise graphique du compère Scalera donnent à la partie graphique un niveau au-dessus de la moyenne qui justifiera une lecture décérébrée mais on ne peut s’empêcher de regretter l’immense manque d’ambition du projet où les auteurs font le service minimum sans oser par exemple assumer un vrai couple à la Thelma et Louise.

A réserver aux fans de Matteo Scalerra ou à ceux de Millar (il y en a toujours?)… qui pourront aussi attendre la semaine prochaine ma critique de l’autrement plus réussi Sharkey, situé dans le même univers et dont il faut attendre de prochains crossovers.

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**·BD·Nouveau !·Service Presse

Terence Trolley #1

La BD!

BD de Serge Le Tendre, Patrick Boutin-Gagné et Aurélie Frémineur (coul.)

Drakoo (2020), 48p., un volume paru sur deux.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

L’ouvrage comporte une illustration d’intérieure de couverture et un « avertissement »… qui introduit en fait l’univers en expliquant le contexte. Étrange formule, qui aurait pu être poussée avec de faux journaux comme sur Les Dominants ou On mars. La série est prévue en deux volumes (format court comme toutes les séries Drakoo, ce qui est une excellente politique!).

couv_390477Terence Trolley est un recouvreur, travaillant pour de grandes sociétés pour récupérer leur bien auprès d’associés ou de clients indélicats. Actuellement il œuvre pour la Panaklay, multinationale spécialisée dans les biotechnologies. Lorsque son oncle fait appel à lui pour protéger des enfants il se retrouve confronte à son employeur dans un combat qui le dépasse…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/05/Terence-Trolley-1.jpgAnnoncé en grande pompe, la venue du vétéran Serge Le Tendre (La Quête de l’Oiseau du Temps) est (avec Arleston lui-même) une exception dans la politique éditoriale de l’éditeur Drakoo, qui vise plutôt à faire travailler des auteurs de littérature et globalement des équipes de « jeunes » auteurs. Cela a plutôt bien fonctionné jusqu’ici avec des ouvrages qui parviennent à proposer de l’originalité dans des cadres très balisés (la SF, la fantasy).

Cet album est plutôt bien conçu, avec un scénariste et un dessinateur qui maîtrisent une certaine efficacité du découpage et de l’action. Les personnages sont sympathiques avec ces ancien militaire badass circulant dans un camping-car avec deux demoiselles mal assorties, déterminé et torturé par un traumatisme. Ajoutez à cela une méchante multinationale, un professeur en fuite et des enfants aux capacités inexplicables et vous avez de quoi proposer une bonne série d’anticipation comme les sérieB Delcourt et Fred Duval en proposent des pelletées. Et c’est là que le bas blesse…

Au premier titre j’ai été très surpris que Serge Le Tendre réutilise exactement le même concept qu’une de ses grandes séries, récemment achevée, L’histoire de Siloé. Je vous renvoie à ma critique qui explique l’ambition originale de cette série et les difficultés à la terminer. Les histoires d’enfants aux pouvoirs incroyables pourchassés par une multinationale sont légions au moins depuis LA référence, Akira et personnellement j’aime beaucoup ces schémas. Mais qu’un scénariste se copie lui-même à ce niveau (on a vraiment beaucoup de points communs entre les deux séries) et que l’éditeur trouve cela original je surprend beaucoup.

Graphiquement le québecois Patrick Boutin-Gagne fait un boulot très correcte et venant plutôt de la BD historique il parvient à se glisser sans difficulté dans le genre SF avec des design plutôt réussis. Son style très particulier qui donne un peu des têtes de robots à ses personnages ne plaira pas à tout le monde. Personnellement je m’y suis fait et ai apprécié l’aspect général des planches, notamment du fait d’un encrage assez réussi. Ce qui pose problème en revanche c’est une colorisation vraiment difficile qui rappelle les mauvaises heures des colorisation numériques des années quatre-vingt-dix lorsque Schell et Rosa expérimentaient les dégradés pas très subtiles des logiciels dédiés. C’est peut-être un aspect recherché mais j’ai franchement bloqué en ayant l’impression de dénicher une vieille BD dans un bac Gibert… C’est d’autant plus problématique que le dessin plutôt léger sur les arrières plans exigeait une colorisation poussée avec ajout de détails, ce que ne fait pas Aurélie Frémineur, laissant des arrières-plans terriblement vides. Elle utilise en outre une trame assez grossière et mal adaptée pour ses ciels en donnant l’impression que l’action se situe sur une base lunaire ou un vaisseau avec ciel artificiel, ce qui impacte la lecture du scénario. Cela me désole de critiquer ainsi le travaille d’une jeune coloriste mais cet apport impacte suffisamment la lecture pour justifier ces commentaires. En espérant que les lecteurs passeront outre et seront moins tatillons que moi…

Il ressort de cette lecture une petite colère contre un éditeur qui faisait jusqu’ici du très bon travail et qui publie avec Terrence Trolley une fausse bonne idée. On peut donner sa chance à des jeunes et passer outre des lacunes graphiques. Mais oublier de façon aussi patente qu’avec autant de BD publiées l’originalité est tout de même la base  pour trouver un public a de quoi surprendre. Terence Trolley reste un album plutôt efficace  (qui peut corriger ses failles sur le second opus) et pourra convenir à des lecteurs occasionnels, à des débutants dans le genre SF ou a de jeunes lecteurs. Des BDvores exigeants  risquent fort de bailler devant une histoire vue et lue mille fois.

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Red sonja: l’autre monde #2

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  • Red Sonja #2 (Chu, Gomez, Mohan – Graph Zeppelin)  – 2020

couv_377313badge numeriqueSuite des aventures temporelles de l’alter-ego de Conan, la rouquine hyboréenne crée par Robert Howard, qui se poursuivront dans un troisième volume annoncé en fin d’album. L’ouvrage comporte donc cette seconde partie et se termine par un épisode préquel (non dessiné par Carlos Gomez) et comme pour le premier tome par une importante galerie de couvertures alternatives. Suite aux événements précédents Max se retrouve en Hyborée, ce qui permet les mêmes décalages humoristiques que ceux créés par la guerrière transportée au XXI° siècle. Si la rousse poursuit donc sa quête du « mage » qui lui permettra de rentrer chez elle (en lattant au passage méchamment une bande de bikers), le policier se retrouve lui accompagné de charmantes guerrières très impressionnées par ses talents. Le dessin de cette partie est toujours aussi bon, mais le scénario (qui n’ambitionne pourtant pas de révolutionner la fantasy) cale un peu faute du méchant renvoyé chez lui et de tension dramatique un tant soi peu travaillée. Du coup on a un peu l’impression d’une prolongation alimentaire pour les auteurs qui auraient aussi bien pu conclure sur l’ouvrage précédent ou sauter directement à un diptyque. Il reste plaisant de voir Sonja enquiller les bières, trancher des têtes (oui-oui, c’est un peu moins policé que chez le Big-two) et surtout dialoguer à la mode Conan, avec nombre de jeux de langue qui vous rappelleront l’humour d’Arleston (Lanfeust de Troy). Ce second volume est donc limité à une simple récréation dispensable qui se passera bien si vous aimez le style du dessinateur argentin.

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