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Le zizi de l’ange, chroniques d’un spectacle vivant.

BD du mercredi
BD de Marion Achard et Miguel Francisco
Delcourt (2021), 142p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Farid, Mireille, Mathilde, Ben et Saïlen forment la compagnie Tour de Cirk, une troupe de circassiens qui jongle au quotidien entre leurs impératifs familiaux, la gestion des égos et personnalités et les tracasseries administratives. Enthousiastes ils s’engagent à produire un nouveau spectacle dans un an. Alors que le carnet de commande se remplit, le stress de la « piste blanche » commence à monter…

Coup de coeur! (1)Le Zizi de l'ange - One-shot. Chroniques d'un spectacle vivant | BdphileQu’est-ce qu’on les aime ces tranches de vie chargées d’humanismes et laissant le pathos au loin! Le Zizi de l’ange est un projet autobiographique de Marion Achard, circassienne, qui nous plonge dans un quotidien qu’elle connaît bien. Ce qui impressionne tout le long c’est ce sentiment de vérité, de ce que Cedric Klapisch et Agnès Jaoui montrent si bien dans leurs films sur ce milieu de l’art-tisanat, fait de passion, d’entièreté comme de faiblesse humaine. Les personnages ne sont ni des héros idéalisés ni des enfants immatures… juste quelque chose entre les deux. Il n’est ainsi pas question de galères dans cette chronique. Ces artistes sont bons et même sacrément! Leurs dates se remplissent très vite, ils bossent avec une administratrice de production qui les laisse s’occuper de leur métier: la création et la performance scénique. On voit bien sur leur inadaptation sociétale lorsqu’il faut gérer les réunions parents-prof des enfants qui n’ont pas demandé une vie de Bohème ou que Pole emploi les fait tomber dans un monde kafkaïen où ils doivent justifier des choses irréelles. Car comme toute passion, pour réussit il faut le faire à fond et cela cohabite mal avec les contraintes d’une vie normée par des contraintes diverses.

Le zizi de l'ange - Chroniques d'un spectacle vivantLa bande à Mathilde est très pro, on ne les voit jamais glander une bouteille à la main comme une certaine image voudrait décrire les artistes. Eux ce sont plutôt les tisanes et les gros pulls. Un peu image d’Epinal sans doute mais cela permet aussi de montrer que come tout métier ce sont les gens sérieux qui s’en sortent. Et que l’on peut vivre dans une vraie maison, avoir des enfants et assumer cette vie finalement pas plus contraignante que toute autre profession libérale ou de restaurateur. Farid et Mathilde (les parents) sont conscients que ce qu’ils imposent à leurs mioches n’est pas drôle tous les jours, qu’ils aimeraient parfois une vie plus organisée, plus rangée. Il n’y a pourtant ni regret ni tensions. C’est la vie qu’ils ont choisi et le contexte dans lequel grandissent les enfants, avec des avantages et des inconvénients.

Des engueulades aussi il y en a lorsqu’on passe beaucoup de temps ensemble et que chacun est certain de son choix. La troupe c’est une alliance d’égos et d’individualités qui forment une alchimie. Les brouilles font partie du processus et sont admises, sainement, avant que la tension retombe. Du coup on est surpris de leur difficulté à monter leur spectacle tant on pétille devant les mille et une petites idées qu’ils animent tout au long de leurs journées, qu’ils soient en répétition ou non. Ce qui nous entraîne c’est cette chance qu’ils ont d’assumer ce côté enfantin, d’avoir refusé la vie que la société voudrait nous contraindre à adopter, toute de sérieux et de renoncements.  Et si l’âge rend la santé plus fragile ou que l’on finit par douter du bon moment pour raccrocher, jamais on ne s’enfonce dans les idées noires qui remettraient en question ce choix de la passion.

Le Zizi de l'ange - Chroniques d'un spectacle vivant - cartonné - Marion  Achard - Achat Livre ou ebook | fnacPour accompagner cela l’espagnol Miguel Francisco impressionne lui aussi par la vérité de son dessin. Sous des formes douces, très BD et une colorisation extrêmement agréable, il excellent autant dans les grimaces et expressions faciales que dans les acrobaties d’une justesse technique parfaite. On est souvent surpris de la finesse des décors et des détails comme de la variété des cadrages. Utilisant avec un grand dynamisme les formats du gaufriers au strip comme des pleines pages, voyant les personnages en scène ou s’adressant au lecteur, on a l’impression de participer par moments au spectacle et on ne veut plus quitter cette bande de joyeux drills.

Magnifique tranche de vie qui nous rappelle combien la vie peut être agréable quand on aime et trouve du sens à ce que l’on fait, cette BD fait un bien fou et donne envie d’aller voir un spectacle de cirque et de soutenir ces êtres humains si essentiels à nos sociétés.

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Le dernier des dieux #2-3

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p. 3 tomes parus sur 4.

L’édition Urban reprend 3 volumes US par édition reliée. Lire la critique enthousiaste du premier volume.

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Coup de coeur! (1)A peine remis du choc du premier volume de cette saga on replonge dans cette dark fantasy qui allie une trame simple telle le Seigneur des Anneaux (l’itinéraire contraint d’une confrérie mal assortie vers la source du Mal) à une analyse du mythe proche du travail de Bourgier et David sur Servitude. Je parlais dans le précédent billet d’une alternance de deux époques, il faut en fait compter le récit en rythme ternaire, lui incluant la lecture des longues chroniques historiques qui révèlent le passé de ce monde à l’agonie. The Last God (2019-) No.6 - Comics de comiXology: WebCes intermèdes jouent du rythme recherché, brisant la continuité et renforçant la confusion mentale du lecteur (dont je vais parler plus bas). Il y a étrangement une forme de huis-clos dans la Geste de cette pauvre reine déchue qui remonte le cours de sa vie et de ses trahisons passées. A mesure que l’on parcours le fleuve du temps on découvre un par un les héros du mythe révélés dans leur plus simple appareil. Surtout on observe un univers étonnamment familier, un monde où seule la force domine, où la Nature est méprisée et ses protecteurs exterminés, génocidés. Un monde où la magie ne peut être que noire et où bien peu d’espoir survient. Dans le volume deux on apprend dans une séquences de sublimes planches, la cosmogonie de cette terre, en un mélange entre la Genèse et le Silmarillion. Car le matériau de Cain Anun n’est guère original et Philip Kennedy Johnson propose avant tout à ses lecteurs un travail sur le mensonge (savoureux pour un américain du temps de Trump…).

Subtile, le scénariste ne se contente pas de répéter la formule qui pourrait devenir lassante. Si son héros Tyr est à l’image de son apparence, un odieux barbare sans morale et voué entièrement à sa propre gloire, ce n’est pas le cas de tous les personnages. On a bien entendu un peuple elfique montré comme relativement pacifique et victime des hommes dont il n’y a rien à attendre. Les auteurs arrivent bien à proposer des variations sur les thématiques archi-balisées de la fantasy, notamment ces Archenains, affreux cannibales primaires et violents. Mais une des originalités de ce projet repose sur un travail sur la langue. Là encore rien de révolutionnaire pour un lecteur habitué à la littérature fantasy, mais suffisamment pour bâtir, tel Tolkien, une solidité de background qui donne toute sa saveur à la quête initiatique. Là entrent en jeu les récits intercalés qui laissent l’auteur se faire plaisir dans des narrations prenantes et révélatrices.DC's Phillip Kennedy Johnson Talks Building a Deep and Epic Fantasy  Adventure in The Last God

Le miroir entre les deux époques, travaillé avec malice par le dessinateur qui donne des apparences à la fois proches à la fois distinctes à ses deux générations, joue du lecteur en le perdant dans les méandres du temps, ne sachant jamais bien où et quand il est. Il en ressort une concentration qui nous implique plus que le simple récit (finalement attendu) ne le laissait présager. On se laisse alors guider avec grand plaisir, sur des planches au cadrage serré fait de nombreuses interactions entre les personnages avant de fréquentes irruptions graphiques dantesques en pleines pages, qui emportent son lot de morts et blessés.Review: What Lies Beneath The Pinnacle Revealed In 'Last God #5' – COMICON

Récit aussi puissant graphiquement que dans son propos, Le dernier des dieux est jusqu’ici un projet ambitieux et d’un format idéal, sans défauts apparents et montrant un impressionnant travail sous des apparences sommes toutes classiques. Un récit de bruit et de fureur où l’espoir ne brille guère, tant et si bien que l’on se demande bien comment ces fétus de paille pourront corriger ce qui a été fait et quelle est cette faute originelle, si terrible, dont on nous parle depuis les premières pages…

L’édition US comporte douze chapitre et et le format relié Urban se conclura dès le prochain tome en novembre… avant la série spin-off déjà fort alléchante!

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Manga en vrac #16: Dragonball Super #15 – Fullmetal Alchemist #7 (perfect) – Dr. Stone #16-17

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  • Dragonball Super #14 (Toriyama-Toyotaro – Glénat) – 2021, série en cours, 14/16 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Bon, ce billet va être court: le quatorzième tome de DB Super est intégralement consacré à l’affrontement entre Végéta, Goku et Moro… Comme expliqué précédemment je ne tenterais pas de vous convaincre d’une révolution scénaristique, on a un copier-coller des multiples combats ultimes de la saga et si les jeunes lecteurs seront comblés et pourquoi pas un peu étonnés, les anciens se contenteront du plaisir graphique de ces baston épiques de mieux en mieux dessinées. C’est d’ailleurs l’élément que je retiendrais de ces chapitres: Toyotaro atteint un niveau technique vraiment chouette et s’il est depuis le début difficile de faire la différence avec les pages dessinées autrefois par le maître, je me demande même si ce dernier n’a pas été dépassé. La finesse des traits habille les cases et flatte les rétines. A part ça le combat est rageur, avec son lot de morts et de pseudo-retournements, mais un peu feignant en épique à base de Kaméha. L’humour est absent, l’exotisme aussi, du coup à part de se demander qui de Végéta ou Goku va terrasser le méchant on est moyennement enjoué et si une irruption (prévisible?) redonne un peu de piment aux deux-tiers de l’album, on se dit qu’il est temps de penser à conclure, surtout qu’au stade atteint on voit mal comment continuer hormis à sortir un dieu du néant à opposer à maître Zen-o. Ayant renoncé à embarquer les Sayan dans des aventures galactiques de moindre envergure, Toriyama se retrouve pris à son propre piège de la course en avant impossible à renouveler. Bref, toutes les bonnes choses ont une fin, même DB et je gage que tout finira d’ici au vingtième tome…

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  • Fullmetal Alchemist #7 (Arakawa/Kurokawa) – (2002) 2021 série en cours, 7/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

fma-perfect-7-kurokawaAprès trois tomes au top niveau, ce septième volume marque un peu le pas avec quelques difficultés à assurer la transition. On commence par une belle grosse baston très réussie contre les Homonculus et son lot de morts et de blessés (dans FMA les très nombreux personnages secondaires prennent cher!)… puis l’intrigue cahote un peu malgré des informations tout à fait savoureuses qui font avancer notre connaissance de la conspiration, en se rapprochant des frères Elric. Le choix de suivre une construction tortueuse dans les arcanes de l’armée fait que l’on a par moment du mal à suivre l’ensemble des trames qui s’enchevêtrent. L’autrice profite de prétextes (un peu forcés) pour nous faire comprendre un peu plus les horreurs faites par l’armée pendant la guerre Ishval en reprenant la trame autour de la mort de Hughes (qui remonte au troisième volume). Par contre on n’a pratiquement pas d’interaction alchimiques (de celles qui permettent les magnifiques planches de Arakawa!) et les digressions autour des bobos des potes de Mustang prennent décidément beaucoup de places et délayent l’intrigue. Pour l’aspect shonen ça reste très bien et l’humour est omniprésent via quelques personnages comme Barry le Boucher. Une série ne peut maintenir le top niveau tout le long aussi on va prendre ça comme une transition avec le retour attendu du super alchimiste Ishval que l’on a perdu de vue depuis plusieurs tomes et qui orne la jaquette du huitième tome à paraître en septembre…

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  • Dr. Stone #16 -17 (Inagaki-Boichi– Glénat) – 2021, 16/22 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

ATTENTION SPOILER!dr-stone-16-glenat

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Le seizième volume marquent la fin de la guerre contre le royaume pétrificateur, après que l’ensemble de l’équipage ait été figé par un dernier coup tordu de Ibara. Comme tous les volumes de transition, après la résolution de haute volée de l’intrigue et la récupération de l’artefact Medusa, Senku prépare sans pause la suite du voyage vers la source du message de Why-man, avec une nouvelle surprise à la clé! On baisse donc d’un ton avec le rythme connu de cette série qui saute sans hésiter d’une séquence à l’autre dans une volonté de vitesse permanente. Le dix-septième tome marque ainsi l’arrivée en Amérique après une séquence de traversée que les auteurs ont voulu dédier à une partie de poker… et qui tombe franchement à plat malgré l’apprentissage de techniques de bluff, de magie et de manipulation de cartes. Pas grave, dès qu’on arrive à San-Francisco l’aventure reprend sous ce nouvel air qui fait franchement d bien tant il ouvre des perspectives tant dans l’intrigue générale que dans les découvertes naturelles et scientifiques que les petits périmètres explorés jusqu’ici rendaient un peu étriqués. Après nous avoir expliqué que l’émission du message se trouvait finalement sur la Lune (… façon de boucler avec les informations découvertes dans Byakuya?), on retrouve très rapidement l’action en montant d’un cran avec un adversaire contre lequel il ne faudra pas moins que toute l’équipe de super-guerriers du royaume des sciences. Et on attend avec impatience le dix-huitième tome le 17 novembre…

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*****·East & West·Manga

Eden, It’s an endless world (perfect) #1-3

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BD de Hiroki Endo
Panini (2021) – 1998, 484 p./volume, 4 volumes parus sur 9 (doubles tomes).

Cette édition d’un classique de la SF me permet une petite remarque sur la culture des éditions spéciales entre manga et franco-belge. Pour ne pas tirer sur une ambulance je ne pointerais pas Panini en particulier mais remarque simplement que si cette habitude de ressortir les meilleurs mangas (et plus grosses ventes passées…) en Perfect édition est une très bonne chose pour vulgariser auprès d’un public jeune assez marqué par l’immédiateté des sorties du moment, elle reste très peu ambitieuse en se restreignant la plupart du temps à simplement éditer les manga dans une impression et un format correcte. Le format manga est à la base peu qualitatif, de fait puisque les œuvres sont publiées dans des journaux. Adapter les volumes à un format plus proche de nos habitudes européennes (comme la démarche d’Urban de sortir certains titres de comics indé en format franco-belge) est cohérente et permet à un marché assez saturé de continuer à croître sur des titres anciens. De bonne guerre dirais-je. Pourtant accompagner les volumes de dessins couleur, croquis, interviews, analyses et autres ajouts ne coûterait pas bien plus cher et justifierait l’appellation d’édition spéciale. Au regard des collectors de la franco-belge, le surcoût est moyennement justifié. Bref…

Concernant Eden on a donc une jaquette avec vernis sélectif, résumé avec quelques personnages du volume en main, table des matière des chapitres et deux intéressants mais anecdotiques textes de réflexions de l’auteur sans aucune mise en perspective. Sur un matériaux aussi riche on aurait voulu des commentaires sur l’univers ou les thèmes abordés. Edition juste correcte donc.

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Coup de coeur! (1)

Le virus Closure a éradiqué 15% de la population mondiale, provoquant un effondrement des états tels que nous les connaissions et l’émergence de narco-états. Face à eux l’organisation du Propater entre en chasse d’un adolescent héritier de données informatiques que tous semblent convoiter. Alors que seule la force militaire et numérique semblent pouvoir régenter ce monde de chaos, des combattants et victimes se retrouvent associés dans un Grand jeu qui les dépasse…

Mon grand âge fait que j’ai eu le privilège de découvrir les premiers manga en France avec l’arrivée d’Akira en kiosque dans les années quatre-vingt-dix, un choc adolescent que j’ai prolongé sur les œuvres de Masamune Shirow et notamment Appleseed. Akira est largement cité pour présenter Eden et l’influence de son auteur. Shirow également mais en citant de manière erronée Ghost in the shell… que je trouve loin thématiquement même si certains aspects cyberpunk peuvent y faire penser. Je confirme après lecture des trois premiers numéros que l’oeuvre de Hiroki Endo est un parfait mélange entre Akira et Appleseed, une vraie création de fan qui a mis tout ce qu’il a adoré dans ses glorieux ancêtres. Il est marquant de voir comme certains styles graphiques sont datés en Manga, comme en franco-belge. C’est le cas avec Eden dont la technique semi-réaliste se précise avec les volumes et propose par moment des planches vraiment impressionnantes et d’une précision chirurgicale y compris dans les décors (point de repère pour évaluer la profondeur du travail sur tous les ouvrages que je lis).

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 2) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Il y a plusieurs types d’auteurs de manga. Les otaku (Boichi), les techniciens sur des productions industrielles, les artisans (Urasawa) et les intello. Endo fait partie de cette dernière catégorie, avec une ambition et réflexion globale sur son projet rarement vus. Ainsi la construction des premiers tomes est surprenante et déstabilisante. Un très gros prologue d’une centaine de pages nous plonge dans cet univers en nous présentant Enoa Ballard après la Chute, avant de nous projeter vingt ans plus tard avec seulement quelques épisodes de flashback sur pages noires qui développeront épisodiquement certains personnages dans le passé. Nous avons donc l’histoire d’une famille, du père Chris impliqué dans l’apparition du virus, à son fils devenu devenu patron d’un des plus gros narco-cartels de la planète et que l’on ne voit pas adulte au cours des trois premiers tomes de l’édition Perfect (équivalent à six tomes donc) et suivons le dernier descendant, Elijah, jeune homme faible ballotté dans des conflits qui le dépassent et gérant difficilement son héritage familial. Le nom du héros n’est pas anodin, la série est parsemée de références bibliques et de réflexions philosophiques plus accessibles que chez Shirow. A ce titre l’équilibre entre les thématiques scientifiques et cyberpunk pointues (l’auteur s’est remarquablement documenté et est très précis), les commentaires sur la civilisation, l’homme et Dieu, les équilibres géopolitiques et sujets sociétaux comme la pauvreté ou la prostitution… est incroyablement solide! C’est le cœur et l’intérêt des œuvres de SF me direz-vous. Oui bien sur, mais c’est très rarement maîtrisé à ce point.

Alt236 Twitterissä: "Ensuite : "Eden Its an Endless World" de Hiroki Endo.  Ca parle Pandémie et trucs pas net, mercenaire et post-infection, si j'ai  bien compris. A voir mais les images interpellent !…Eden est radical sur tout les plans et c’est une de ses très grandes qualités. Endo montre et dit ce qu’il souhaite sans se censurer. Il en découle des séquences gores et violentes qui participent à créer un univers sombre et réaliste, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le fan-service. Si l’on voit des nus ce n’est jamais montré de façon sexy, de même que la violence militaire illustre simplement (comme dans Akira) la rudesse de ce monde. Ambitionnant de montrer les effets du nouveau contexte entre deux scènes d’action, Endo tisse une trame qui va se densifier en un tout.

Je parlais de construction déstabilisante. Ainsi après le prologue on entre dans une phase militaire avec une équipe de mercenaires chargés de récupérer des données informatiques et qui entrent en contact avec Elijah. S’ensuit une longue séquence de conflit techno-militaire d’une réalisation magistrale. La galerie de personnages d’Eden est impressionnante et leur disparition (par la mort ou le changement de contexte du récit) est très efficace pour nous maintenir en haleine. De la même manière que le personnage d’Enoa Ballard est présent en filigranes tout le long sans jamais se montrer, l’auteur joue de son lecteur qui ne sait jamais quels personnages vont durer ou non. Si la séquence mafieuse du troisième tome est un peu en retrait au niveau de l’intérêt, chaque chapitre reste intéressant en tant que tel et nous implique émotionnellement sans jamais pouvoir anticiper l’intrigue ou le destin d’un personnage.

Eden Volume 1: It's an Endless World! TPB :: Profile :: Dark Horse ComicsContrairement à Shirow qui pouvait devenir un peu soporifique dans ses digressions philosophiques Hiroki Endo ne laisse jamais l’action bien loin. De façon crue et très létale,  il montre des adversaires redoutables, jusqu’au troufion de base. Chez Endo la force des héros ne repose pas sur la faiblesse de leurs adversaires. Il en ressort des affrontements magistraux où même les crac ne ressortent pas indemne.

L’aspect cyberpunk commence à peine avec l’irruption d’une IA extrêmement puissante. Avant cela nous sommes confrontés à des cyborgs chargés de la guerre électronique en support aux troupes et de terrifiants humanoïdes guerriers issus de manipulations génétiques. Si l’on nous parle de l’organisation religieuse Propater depuis les premières pages on ne sait toujours pas quel est son but hormis qu’il se confronte à plusieurs organisations, dont une confédération musulmane et une zone « agnostique » structurée par les organisations mafieuses.

Oeuvre impliquante, s’intéressant autant à des sujets de garçons (les super-soldats, la technologie militaire, les robots) qu’aux drames humains (on parle des indiens, mais aussi de filles-mères, des relations familiales et des problématiques du tiers-monde…), Eden est comme toutes les grandes œuvres de science-fiction un projet global impressionnant de solidité tant graphique que dans son écriture. Aucune faute de goût n’est à relever et on dévore les centaines de pages avec le plaisir de savoir que Panini a prévu une publication serrée des neuf tomes. Maintenant il ne vous reste plus qu’à foncer en librairie pour vous plonger dans ce must-read pour tout lecteur de manga!

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Lucky boy: coquin de sort

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BD de Bill Presing
Ankama (2021) 2021, 72 p., one-shot…?

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bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Mille ans après l’effondrement l’humanité a quasiment disparu. Seul un groupe de jolies jeunes femmes brillantes travaille pour maintenir la civilisation. Le dernier représentant du genre masculin semble être ce petit vieillard lubrique qui les pourchasse. jusqu’au jour où un jeune naufragé apparaît sur les rivages…

Lucky Boy : Coquin de Sort - (Bill Presing) - Comédie [BDNET.COM]Quelle poilade les amis et quelle découverte! Après le chinois Golo Zhao et sa sensibilité découverts hier on passe aujourd’hui de l’autre côté du Pacifique avec un autre jeune talent qu’il faudra suivre. L’américain Bill Presing vient de l’animation et notamment chez Pixar où il est storyboarder… et ça se voit sur son album tant les cadrages et l’esprit général des merveilles du studio à la lampe transpire de Lucky boy! Dès la couverture on est émerveillé par ces couleurs et une composition qui sont la très grande force de cet album inattendu. Sous un pitch simplissime et résolument coquin (c’est dans le titre!), il enchaîne une succession se séquences très bien huilées et qui évitent le risque de ce genre d’album à savoir la juxtaposition. Glissant du mystère d’explorateur dans ce « monde d’après » sur le début on passe ensuite à des thématiques de savant fou avant de virer en survival post-apo. Bon, tout ça ce sont les thèmes support, le principal intérêt ce sont bien entendu les rencontres hilarantes entre ce pauvre petit vieux obsédé (et on le comprend!) par cet aréopage de déesses aussi belles qu’intelligentes. Ressentant une injustice terrible lorsque survient l’élément dérangeant (une sorte de jeune néandertalien qui n’a que la jeunesse pour lui) le vieillard finit par se résigner à une ambition de simple otaku: faire pouet-pouet et voler des clichés des poules sur son appareil photo…

Presing tient plus son humour des manga que du cartoon américain même si son ouvrage reste à la croisée. Il remplit ses pages de citations évidentes, des saignements de nez d’un Tortue génial à la quête de la culotte qui rappelle les noisettes de Scrat le paléo-écureuil de l’Age de glace. Sur le plan formel on est très proche d’un manga Ecchi à cela près que tout étant du second degré et regardé à hauteur du personnage, on n’est jamais dans le vulgaire. Comme un Frank Cho, Presing aime les jolies filles idéalisées et se fait plaisir au travers de formes presque géométriques qu’il donne à ses donzelles et et New Arrivals :: Lucky Boy: Tempting Fate - Pre-Orderd’une gestion des éclairages et brillances remarquables via une technique toute traditionnelle qui apporte une douceur difficile à obtenir en numérique. Entre les yeux kawaï, les poses langoureuses à l’envie et des dialogues très drôles, on enchaîne les pages avec un grand plaisir.

Pour son second album (il a publié une histoire pulp de chasseur de nazi chez Akiléos) et quelques sketchbooks (un chez comixburo) Bill Presing montre une technique et une maturité dans le récit qui impressionnent par leur fluidité. Comme souvent l’animation propose les meilleures formations et les passages à la BD sont généralement réussis. Ayant digéré le meilleur du sketch US et de l’humour japonais, il nous régale avec son Coquin de sort en proposant une vraie histoire pulp qui lui permet de dérouler son humour et ses poupées. Avec une fin étonnamment tragique et une galerie de personnages fort réussies, cet album ressemble plus au prologue d’une longue série qu’à un simple one-shot. Si l’auteur en a envie  et que le public est au rendez-vous il y a de la matière pour de nombreux albums pour développer cet univers désormais en place. 

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La plus belle couleur du monde

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Manhua de Golo Zhao
Glénat (2019) 2021, 584 p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)

Rucheng est au collège dans une classe d’arts. Peu à l’aise dans les relations humaines, il aime en secret la talentueuse Yun. Autour de lui la vie du collège se passe, faite d’amourettes, de rivalités et de normes sociales imposées par le régime communiste. Tiraillé entre ses idéaux, sa lâcheté et ses émotions, il s’efforce d’être celui qu’il veut être, un simple adolescent dans la Chine des années quatre-vingt-dix…

Plus belle couleur du monde (La) (par Golo Zhao)Je suis très content de pénétrer l’univers coloré du chinois Golo Zhao à l’occasion de ce monumental pavé de plus de cinq cent pages! J’avais découvert l’auteur à l’occasion de mon unique séjour au festival d’Angoulême alors que sa première série La Ballade de Yaya était en cours de publication dans un petit format à l’italienne chez l’éditeur associatif Fei. J’avais immédiatement été scotché par la puissance des couleurs et le professionnalisme de cet auteur présenté sur les stand amateurs du festival. Entre temps l’artiste a beaucoup publié en variant les genres graphiques et les formats, que ce soit sur des séries jeunesses, adultes ou des one-shot, en couleur comme en noir et blanc. Si La meilleur couleur du monde et ses séries les plus populaires sont remarquables par leur aspect Anime (Zhao est diplômé des beaux-arts mais aussi en cinéma) et leur colorisation très agréable, il a montré l’étendue de sa technique dans des découpages et des traitements qui le rapprochent bien plus de la BD franco-belge que du manga.

La plus belle couleur du monde est sans doute le projet le plus ambitieux, le plus personnel aussi, de son auteur. Véritable chronique d’une Chine post-guerre froide, on ressent au fil des pages un certain vécu de Golo Zhao bien que l’époque du récit soit antérieure à ses propres études (Zhao est né en 1984 et trop jeune pour avoir été collégien lors de la sortie de la gameboy pocket). S’inscrivant dans une mode de la nostalgie 1980-90 (notamment au cinéma), le découpage est parsemé de moments, d’objets qui marquèrent cette époque. Si nous français connaissons mal l’histoire récente de la Chine, on ressent les frustrations communes d’une jeunesse désargentée confrontée à des gosses de riches paradant en Nike Air Jordan, prenant d’énormes La plus belle couleur du mondeplateaux à MacDonalds et exhibant leurs discman sony et leurs gameboy. Le principe communiste renforce ce sentiment d’injustice pour le héros en nous montrant les effets de l’ouverture économique où des happy few s’engouffrent pour s’enrichir malgré l’égalitarisme initial du pays. On découvre pourtant une certaine modernité, loin des images misérables que l’occident se plait souvent pour montrer l’URSS et la Chine communiste. En cela l’album est une très belle tranche d’histoire à hauteur d’homme (ou d’adolescent) et pourrait presque se réclamer du documentaire.

L’aspect psychologique est le plus travaillé et le plus intéressant. Monté presque comme un thriller, La plus belle couleur du monde progresse à mesure que Rucheng constate, hésite, lance des hypothèses sur ce qu’il pense avoir vu. Vu à la première personne, le récit est parsemé de réflexions intérieures joliment illustrées par des séquences très drôles destinées à matérialiser les émotions du personnage. L’auteur ne donne jamais de réponses, laissant le collégien à ses conjectures. Nous, lecteur, prospectons également, pris dans un jeu où nous voulons des réponses et impliqués en cela dans un procédé très immersif. Si l’aspect artistique, non négligeable, fait penser à Blue Period (antérieur à cet ouvrage), les côtés réflexifs pourront évoquer le très beau My broken Mariko. Très dur par moment, sur les questions de harcèlement notamment, l’histoire garde pourtant un ton léger parsemé de visions urbaines et végétales avec un aspect contemplatif qui sied parfaitement aux pensées du personnage.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH971/z-012-3d1d0.jpg?1625573153Graphiquement c’est bien évidemment un régal continu. D’abord par ses couleurs très douces et magnifiquement pertinentes, Zhao parvient avec un immense talent à poser des atmosphères que seul le cinéma parvient habituellement à capter. Le caractère cinématographique saute aux yeux avec un sens du découpage, en cadrages très serrés et très grandes cases (entre 2 et 4 en moyenne par page) qui permettent de nous jeter dans ces journées ensoleillées de collège. On ressent le temps passer, le cerveau de Rucheng mouliner sans cesse et les émotions passer sans dialogues, par des regards, des cadrages, des mouvements. Sous un trait qui paraît simple, l’auteur montre une maîtrise technique incroyable, jouant sur les éclairages et les nuances pour donner une véracité étonnante à ses personnages.

Tout cela fait logiquement de La plus belle couleur du monde un franc coup de cœur à la lecture très facile qui ne voit pas passer les presque six-cent pages. Un très beau moment d’émotions, de vérité humaine autant qu’une chronique historique, et l’œuvre de maturité d’un grand auteur.

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*****·BD·Nouveau !

Le château des étoiles (Gazette) #17-18-19

La BD!

BD d’Alex Alice
Rue de sèvres (2021), cycle III, volume 2.

Après le dernier album relié je reprend la série en format Gazette sur ce qui constituera le dernier volume de ce cycle. Consultez le précédent billet pour une explication sur le montage compliqué des dernières gazettes, le #19 revenant à l’édition classique avec plus de pages du Château après la fin des Chimères de Vénus.

Sept mois se sont écoulés depuis la rencontre avec l’Empereur et l’incarcération de Séraphin… Alors que l’Exposition interplanétaire de Paris s’ouvre, les Chevaliers de l’Ether ont mis en place un plan pour contraindre les dirigeants européens à intervenir pour le sort des populations martiales…

LE CHÂTEAU DES ÉTOILES – TOME 6 | Rue de SèvresCes trois derniers épisodes confirment le sentiment précédent: en revenant sur Terre les Chevaliers de l’Ether renouent avec ce qui avait tant plu sur le premier cycle lunaire! Les intrigues techno-coloniales colorées de rivalités historiques entre Prusse et France, l’aspect uchronique et steampunk avec ce paradigme ethérique qui en bouleversant les bases physiques permet une infinité de séquences originales. Appuyé sur une grande galerie de personnages tout relativement complexes, Alex Alice arrive à ne pas se diluer en restant concentré sur une intrigue relativement simple et linéaire qui prend la forme d’un braquage.

Le contexte de l’exposition universelle parisienne donne lieu à des panorama gigantesques et incroyablement précis où l’auteur se régale à recréer la ville lumière dans son nouveau monde. L’abolition du problème de la gravité installe des escouades de dragons « volants » aux quatre coins des pages en oubliant de rendre ces soldats d’élite de Napoléon III idiots. Du coup les séquences d’action sont particulièrement dynamiques et tendues. A ce titre, contrairement à nombre de BD où le temps ne semble jamais avoir d’effets sur les organismes, Seraphin semble ici devenu presque adulte, déployant sa musculature devant une Sophie vaguement impressionnée et n’hésite pas à affronter à l’épée ses adversaires coriaces.

Le château des étoiles : Gazette N° 17.... de Alex Alice - Album - Livre -  DecitreArticulé autour de trois groupes (Sophie et Loïc le breton gueulard – la journaliste et l’officier prussien – Seraphin), l’opération de libération de la princesse martiale (en notant un nouveau jeu de langue d’Alice qui refuse de parler de « martien » comme pour confirmer la spécificité de son uchronie) se retrouve tout à fait épique et prenante. L’exotisme des paysages martiens trouve son pendant dans celui des technologies mises en œuvre par les forces impériales et colorent avantageusement la résolution de l’intrigue.

Le fait de voir réapparaître l’impératrice d’Autriche qui souhaite retrouver son roi Ludwig permet de retisser des liens avec les débuts de la série. Alors que la conclusion et les textes annexes commencent à évoquer Mercure et Jupiter, l’on réalise que la conquête du système solaire par les empires du XIX° siècle ne fait que commencer. Ce cycle est l’un des tous meilleurs de la saga en revenant à une simplicité scénaristique qui allie aventure, géopolitique et SF ambitieuse. Les équilibres entre personnages sont encore bien mobiles, permettant d’envisager encore bien des épisodes, tant Alex Alice semble se passionner pour cet univers, même s’il doit y passer encore une partie de sa carrière. Avec autant de panache et un héritage vernien si brillamment endossé on ne peut que dire oui!

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*·***·*****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #15: Asadora #4 – Tetsu & Doberman #2 – 008: apprenti espion #2

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  • Asadora! #4 (Urasawa – Panini) – (2020) 2021, série en cours, 4/5 volumes parus.

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Le monstre a été vu en mer et les forces de sécurité s’activent pour lancer en urgence Asa et son avion en reconnaissance. Mais un enchaînement de hasards ralentissent la réunion de l’équipe…

2021 aura été pour moi une année Urasawa puisque en simultané de mon avancée sur sa nouvelle série Asadora! je découvre son grand œuvre 20th century boys et peux comparer les deux séries que vingt ans séparent. Et si le style graphique est resté assez simple, la précision et la lisibilité se sont affinées. Concernant le scénario je n’ai pas assez de recul pour dire si la simplification est ici une nouveauté mais l’auteur a mis la pédale douce sur les enchevêtrements temporels et d’intrigues. Il en résulte une forme d’épure de BD qui nous rapproche de ce qu’on pouvait trouver dans l’âge d’or de la franco-belge, celui de Franquin et de Spirou. Sans oublier les références nombreuses et précises aux années soixante, Urasawa reprend ses codes de l’espionnage, des chroniques culturelles, des concours de circonstances et de l’action improbable mais redoutablement efficace. Il en découle peut-être le meilleur tome depuis le démarrage et un cinquième Calvin qui vient illustrer une totale maîtrise du mangaka. Vite, la suite!

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  • 008: Apprenti espion #2 (Matsuena/Kurokawa) – (2018) 2021 série en cours, 2/14 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

008-apprenti-espion-2-kurokawaEn se réveillant dans un canot gonflable, Eight découvre que toute sa promotion a atterri sur une île déserte où certains proclament le « Battle Royal » pour éliminer les plus faibles. Confrontant ses valeurs d’entraide il va devoir compter sur ses alliés pour affronter un énigmatique homme à tête de lapin…

Le premier volume de cette série Ecchi m’avait plutôt conquis par son aspect parodique des aventures d’agents secrets et l’énormité des visions sexy. Malheureusement ce tome tombe dans un premier degré assez piteux dans la banalité et le déjà-vu des séquences et d’une intrigue minimaliste: affrontement des forts contre les faibles où l’entraide triomphe finalement, bons sentiments et poids des héritages sur les jeunes gens… Pour trouver un côté positif, la seconde partie de l’album revient à ce qui m’avait plu à savoir des épreuves plutôt amusantes dans le lycée et l’apparition de prof spécialisés chacun dans un domaine et forcément caractérisés de façon extrêmement caricaturale. La jeune ninja plantureuse est toujours au centre des épreuves et fait office de deus ex machina permanent. Volume donc franchement décevant mais qui est peut-être une mauvaise transition vers un gros délire potentiel.

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  • Tetsu et Doberman #2 (Ohno – Doki-Doki) – 2021, 2/3 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

testu-doberman-2-dokiFortement emballé par le premier volume, je suis parti avec Tetsu et Doberman pour une nouvelle mission mettant en jeu un clan ninja et un mystérieux commanditaire à escorter dans une vallée dangereuse. Si le background n’a guère le temps de se développer (pour rappel on est sur un triptyque), on prend un grand plaisir à découvrir les design de chaque méchant et des scènes d’action parfaitement huilées. Le fait de sortir de la cité permet de profiter de beaux décors épurés désertiques et d’imaginer les potentialités d’une série décidément frustrante au vu de son potentiel. Le tome se sépare ainsi en deux histoires : l’escorte et la recherche d’une cité mobile fantôme qui va lier Tetsu et le début de carrière de Big One Kurogan. Cette seconde intrigue est beaucoup plus attrayante avec de belles séquences d’affrontements et des énigmes techno-magiques qui permettent d’apprécier les superbes dessins de Ohno. Rendez-vous donc en septembre pour la conclusion de cette trilogie de grande qualité, en espérant qu’elle donne enfin envie à l’auteur de nous proposer une ambitieuse saga…

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Comics·Nouveau !·*****

Silver-surfer: black

esat-westComic de Donny Cates, Tadd Moore et Dave Stewart (coul.)
Panini (2020), 100p., one-shot.

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Lors d’un combat le silver-surfer est aspiré dans une faille temporelle qui le renvoie à l’Aube des Temps, où il va devoir affronter une menace antédiluvienne contre l’Existence même…

Comic Review: Silver Surfer Black #5 - Sequential PlanetDepuis quelques albums je découvre par hasard (et notamment grâce à l’opé Printemps des comics!) l’auteur Donny Cates qui me passionne à chaque nouvel album par les sujets qu’il aborde et l’ambition de ses récits. Surtout il compose progressivement un univers partagé cohérent qui parvient (et ce n’est pas peu de chose!) à rendre accessible les concepts les plus fumeux de l’univers Marvel, comme Knull le dieu des Ténèbres ou Ego la planète vivante (vue dans le film Gardiens de la galaxy vol.2). Se basant sur l’un des fondements les plus puissants de l’univers Marvel récent, le diptyque du Massacreur de dieux où apparaît la nécro-épée, Cates donne une explication à cet artefact dans Venom Rex où il explique l’origine des symbiotes similaires à Venom avec la création de ce dieu maléfique. Après avoir fait du Surfer l’un des adversaires finaux de Thanos à la Fin des Temps, l’auteur propose avec le récent Silver-surfer: black une odyssée dans la genèse de l’univers Marvel, à l’Aube des Temps, alors que Galctus n’est pas encore né, que la planète Ego est en croissance et que Knull cherche à étendre son emprise sur le vivant… tout en convoquant le premier dessinateur du surfer, Jack Kirby, auquel Tradd Moore fait un hommage puissant…

SILVER SURFER : BLACK #1-5 (Donny Cates / Tradd Moore) - Marvel - SanctuaryCette aventure est de celles qui cherchent l’omnipotence, les failles entre les mondes, la rupture du temps et la genèse des astres… de ces combats cosmiques qui voient créer et détruire des soleils, broyer des dimensions et renaître après la mort. Le surfer est théoriquement immortel et tout puissant, doté de la puissance cosmique et son affrontement originel avec le dieu des Ténèbres s’inscrit dans une boucle/paradoxe du grand-père. En revenant à l’Aube des Temps il génère son propre destin, sa propre condamnation tout en cherchant sa rédemption, traumatisé par les infinités de vies que Galactus lui a fait prendre. Il est toujours compliqué pour les héros cosmiques d’intéresser les lecteurs sur des préoccupations humaines (la dualité Norin Radd/Héraut de Galactus) mais cet album parvient à rendre acceptable ce conflit intérieur et cosmique qui fait du Silver-Surfer une cosmogonie à lui tout seul puisque son voyage sera à l’origine de sa propre existence, de celle de son maître mais aussi de l’itinéraire de Knull et Ego. Totalement syncrétique, Cates semble parvenir à rattacher de façon cohérente tout ce qui a été fait sur le surfer auparavant, comme ces références au « cancer » qui dévore Radd dans le magnifique Requiem que lui ont offert Straczynski et Ribic.

SILVER SURFER : BLACK #1-5 (Donny Cates / Tradd Moore) - Marvel - SanctuaryGraphiquement, puisque c’est bien évidemment ce qui a été mis en avant autour de cette mini-serie, la partition de Moore et Stewart est clairement bluffante. Le multi-récompensé coloriste de Sean Murphy, Mignola et Tim Sale (sacrée carte de visite) complexifie encore plus le dessin déjà chargé de l’illustrateur en évitant le psychédélique par des teintes plutôt douces. C’est l’association des deux, comme dans un mandala, qui crée la surcharge magnifique qui explose la rétine en donnant vie à un combat galactique qui ne pouvait être sobre. Quand on perfore des planètes, que l’on taille la réalité, cela ne peut être lisse. Alors le duo fait parcourir les planches d’ondulations permanentes totalement empruntées à la technique de l’Animation. De l’infiniment grand à l’infiniment petit ces mondes fantastiques se reflètent sur la peau d’argent du surfer en une expérience sensorielle fascinante. Certains craindront le trop plein, mais chacun reconnaîtra la force et la complexité de ces dessins d’une profondeur organique sans nom…

Avec la fraîcheur de la jeunesse Donny Cates, Tradd Moore et Dave Stewart proposent avec ce one-shot un classique immédiat dont on reparlera sans doute dans quelques décennies. Que l’on aime/connaisse ou pas ce personnage si particulier, le Silver Surfer est le seul qui permette de telles odyssées graphiques alliées à la profondeur des thèmes philosophiques de la SF la plus exigeante.

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*****·BD

Aldobrando

La BD!

Histoire complète en 200 pages, écrite par Gipi et dessinée par Luigi Critone. Parution le 15/01/2020 aux éditions Casterman.

Heureux qui comme Aldo

Le jeune Aldobrando n’a aucun souvenir de ses parents. Élevé par un vieux sorcier soucieux de payer sa dette en lui transmettant les arcanes de son art, l’orphelin un peu distrait semble bien loin de la gloire passée de son père, qui fut victime d’un complot qui entraîna sa disgrâce et sa mort dans la Fosse

Alors qu’il prépare un sortilège nécessaire à son apprentissage de sorcier, l’étourderie  du jeune garçon provoque  une blessure au vieux sorcier. Seule l’herbe loup, une plante médicinale très rare, pourra le sauver. Aldobrando, pour la première fois de sa courte vie, va devoir s’aventurer seul dans l’a royaume, et affronter mille dangers pour sauver son père adoptif. Chétif et quelque peu naïf, Aldo va tomber de Charybde en Scylla et connaître bien des mésaventures qui feront de lui un aventurier glorieux…ou un homme mort.

Remarqué à sa sortie, Aldobrando est une réussite en tout point. Dès les premières pages d’introduction , le scénariste parvient à nous faire aimer son protagoniste et à nous le rendre sympathique, ce qui a pour conséquence de nous faire véritablement (mais raisonnablement, plot armor oblige) redouter l’issue de son aventure. 

Le fait qu’Aldobrando soit un gentil gringalet, autrement dit qu’il soit le plus mal placé pour mener à bien cette quête, est un autre élément participant à la qualité du récit, car cela nous fait anticiper et donc craindre, son échec plus que probable, ce qui a pour conséquence de rendre sa victoire finale d’autant plus savoureuse. On est donc loin du héros ennuyeusement badass et survitaminé, qui bien souvent n’est qu’une projection fantasmée de l’auteur, et qui triomphe de façon exagérée des obstacles dressés face à lui. 

L’utilisation des quiproquos et des retournements de situations, en plus d’un casting de personnages intéressants et bien écrits, permet une immersion encore plus grande dans l’histoire, dont la mise en scène est servie par des dialogues savoureux. Le thème du passage à l’âge adulte est assez évident dès la première lecture, mais se conjugue agréablement avec d’autres thèmes comme celui de l’amour, de la destinée et de la corruption. Le ton de Gipi est résolument satirique, à en juger par la façon dont sont dépeint les aristocrates et autres bigots.

Graphiquement, eh bien c’est à Critone que l’on a affaire, donc autant dire que les planches sont sublimes, tant par l’expressivité de ses personnages que par la qualité de ses cadrages, sans parler des aquarelles qui sont à tomber par terre. Sublime à regarder, adroitement écrit, Aldobrando est l’une des réussites de l’an passé, à vous procurer si ce n’est pas déjà fait !