*****·Comics·Nouveau !

Harleen

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Comic de Stjepan Sejic
Urban (2020), 232 p., one-shot.

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On commence ce panégyrique par une édition aux petits oignons, une des plus intéressantes faites par Urban comics! On commence par un petit « entretien » avec l’auteur, puis une table des matières et les trois livres séparés par une page de titre (les couvertures originales et alternatives des épisodes sont classiquement en fin d’ouvrage). Aperçu exclusif: Harley Quinn, son propre nouveau patient dans ...On termine pas un cahier de trente-trois pages comprenant donc les couvertures, toutes à tomber, une chronologie de la genèse de l’oeuvre sur plusieurs années, quelques courtes histoires d’une ou deux pages qui calent le style de Sejic et du personnage, des recherches graphiques, une bio et enfin des extraits de découpage. En clair la totalité des éléments permettant de comprendre la conception d’une BD sont là, le tout agrémenté par moultes dessins très finis. Une perfection… simplement atténuées par la décidément mauvaise habitude qu’a l’imprimeur roumain d’Urban de proposer des bouquins mal fabriqués (quand ce n’est pas une impression double c’est la couverture qui cloque ou la colle qui ne tient pas). Les ratés sur un gros tirage peuvent arriver, me concernant c’est presque un album sur deux… Il est temps de changer d’imprimeur!

Harleen Quinzel est une jeune psychiatre fragilisée par des études compliquées. Souhaitant démontrer sa théorie liant la folie des psychopathes à une rupture de l’empathie, elle obtient un financement de la fondation Wayne pour travailler sur les patients d’Arkham, alors que certains justiciers de Gotham remettent en question la morale d’une Justice qui ne les protège plus du pandémonium enfermé à l’Asile…

HARLEEN #1-3 (Stjepan Šejić) - DC - SanctuaryAttention, choc! Si j’attendais cet album c’était au vu des superbes planches et couvertures révélées par l’édition américaine. Je ne connais pas Sunstone, la série « érotique » qui a lancé le croate mais avais été assez bluffé par la section qu’il avait illustré sur Batman Métal. Et c’est la profondeur du travail psychologique sur son personnage et son approche féminine qui marquent sur ce one-shot qui fera date, après un White Knight de Sean Murphy qui avait déjà bouleversé les canons scénaristiques et qualitatifs de DC en jouant déjà sur cette analyse psychologique des personnages de Batman, du Joker et de Harley Quinn.

Au-delà des dessins qui sont donc absolument sublimes de la première à la dernière page (très peu de déchets, y compris sur les arrières-plans, souvent délaissés dans l’industrie du comic), c’est donc la progression narrative qui impressionne, avec cette structure ternaire permettant de montrer simplement trois phases de ce qui va amener Harleen à tomber dans la toile du Joker. Si l’idée de départ du personnage créé par Paul Dini fascine, la nouveauté ici est l’absence totale de manichéisme. Alors que le Batman est quasiment absent du récit, on évite absolument de nous montrer le Joker en fou-dangereux mais plutôt en rock-star, en Apollon dont le docteur se méfie dès la première rencontre. La subtilité de son jeu est remarquable et la force expressive des visages de Sejic donne une fragilité constante à Harleen qui ne nécessite pas d’appuyer ce déséquilibre qui mènera inévitablement à la chute. De fait le rythme est assez lent, avec peu d’action hormis cette introduction marquante (qui jouera beaucoup dans la faille de l’héroïne), mais passionne de par la finesse de la progression qui infuse comme un goutte à goutte. L’auteur a l’intelligence d’utiliser d’autres personnages iconiques de Gotham sans pour autant se perdre dans des intrigues secondaires inutiles pour aérer la tension en rendant très crédibles l’évolution intérieure de la psy.

En lisant Harleen vous tomberez inévitablement amoureux de cette fille douce et fragile, une jeune femme abîmée par des expériences amoureuses qui ne pourra résister à la manipulation du clown. A moins que le Joker ne soit lui aussi réellement amoureux? Impossible de le dire en refermant l’ouvrage dont une autre grande réussite est de ne pas juger. De Harvey Dent et sa bascule criminelle à Gordon, Batman ou Harleen, tout le monde a raison dans sa vision de ce qu’est le crime, ce que doit être la sécurité collective, de la manière de traiter la folie. Au fil des pages on voit cette fille sincère, mise en garde par beaucoup mais qui ne parvient pas à décrocher de son besoin d’aider, de soigner. Mal préparée elle succombera. Et le jeu des réflexions intérieures nous montre que celle-ci est consciente du risque et de la faille dans laquelle elle tombera. Mais en devenant l’amante du Joker ne se sauve-t’elle pas aussi? La continuité avec la vision de Sean Murphy est étonnante et vous pourrez presque envisager White Knight comme la suite de Harleen.

Harleen, le destin tracé de la plus célèbre des super-vilaines ...Les comics me lassent souvent par leur approche très américaine (de moins en moins, il faut le reconnaître… avec l’apport d’auteurs étrangers!) souvent infantile. En lançant le Black Label, DC souhaitait créer une collection adulte intégrant anciens ouvrages (le Red son de Millar vient d’y être introduit) et créations récentes. Quand on voit la qualité de ce qui est sorti depuis deux ans cela amène les plus lassé de l’éditeur aux deux lettres à revoir leur vision. Plus BD franco-belge, de part son format comme son ambition, le one-shot du croate Stjepan Sejic marque plus que jamais l’arrivée de comics adultes proposant des réflexions réalistes et profondes sur une mythologie de héros originellement en slip. Ce que le cinéma est parvenu à réaliser avec des Christopher Nolan sur Batman ou Zack Snyder sur Watchmen Sejic l’offre en BD… en n’imaginant pas que l’actuelle actrice du personnage de Harley Quinn, la superbe Margot Robbie, n’apparaisse pas dans une version grand écran de cet ouvrage. Une grande BD, peut-être la BD de l’année tous genres confondus et un album majeur de l’industrie des comics.

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*****·Comics·La trouvaille du vendredi·Rétro·Un auteur...

Uncle sam

La trouvaille+joaquim

Comic de Steve Darnal et Alex Ross
Semic/Panini (2001/2010), 96., one-shot.

La dernière édition en date est une version deluxe chez Panini, datant de dix ans, qui est peut-être la version française de la Collected édition reliée comprenant trente-deux pages de plus avec des illustrations originales et des textes de contexte. J’ai personnellement la version SEMIC brochée de 2001.

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Ma récente lecture du plutôt réussi Strange fruit m’a donné envie de me replonger dans les ouvrages du grand Alex Ross, chef de file de l’école hyper-réaliste des comics de super-héros et peut-être le plus iconique des dessinateurs de l’écurie DC. Connu pour ses deux plus grands ouvrages, le mythique (et encyclopédique…) Kindgome Come et donc, cet Uncle Sam. Ce dernier arrive assez tôt dans la carrière de Ross et a le grand mérite de se présenter comme un véritable roman-graphique, relativement court, qui marque le style de Ross avec cette colorisation directe et ce très grand sens de la mise en scène. Surtout, il nous dispense d’un côté kitsch que revêt l’oeuvre d’Alex Ross de part son style, son rattachement exclusif aux héros classiques de DC et au Golden Age.

Uncle Sam - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comRésumer l’intrigue d’Uncle Sam est ardu mais surtout inutile car il s’agit d’un concept, d’une allégorie visant à faire parcourir par l’Oncle Sam, l’âme de l’Amérique, l’histoire de son pays, des idéaux de la guerre d’indépendance aux renoncements et perversions qui ont abouti à une corruption généralisée des âmes et des esprits… Véritable pamphlet politique d’une même force que les films de Michael Moore, cet album est exigeant (comme tous les ouvrages d’Alex Ross du reste…) en ce que sa narration encrée dans un délire fait d’aller retours entre la mémoire du personnage et ce qu’il observe de nos jours insère alterne pensées et bruits erratiques de ce qui l’entoure. Sous la forme d’un vieux clochard décrépi et halluciné, Oncle Sam subit chaque violence du quotidien comme un choc qui le ramène à ce que devait être l’Amérique et à une déviance qui a finalement commencé très tôt… dès les premières escarmouches avec les anglais! Les auteurs ont un propos très dur sur ce qu’est devenu leur pays et cela a d’autant plus de force que la carrière du dessinateur s’est faite entièrement sur l’iconographie nationaliste des super-héros de l’Age d’Or et leur idéal de justice et de droiture.

Uncle Sam, comics chez Semic de Darnall, RossSi certains passages sont évidents (on assiste à l’assassinat de Kennedy à la Ford Hunger March de 1932 qui vit la police tirer sur une manifestation d’ouvriers Ford ou l’attentat d’Oklahoma city), d’autres nécessitent une bonne connaissance de l’histoire américaine. Chacun prendra ce qu’il peut mais l’essentiel du propos (sublimement mis en images cela va sans dire) reste très clair. Sur la dernière partie Sam entame un dialogue avec sa version féminine, Columbia, incarnant l’Etat, avec la pauvre Marianne française aussi désespérée que lui par ce qu’est devenue sa République ou encore l’ours soviétique aussi mal en point que les autres, avant de rencontrer ce que les américains ont fait de lui, sorte de pendant négatif mettant face à face l’idéal et la réalité du mythe américain…

(Re)lire aujourd’hui Uncle Sam donne une portée assez sidérante lorsqu’on mets en parallèle l’Amérique de Trump, considéré par beaucoup comme la pire présidence de l’histoire du pays, et cet album qui aurait pu sortir aujourd’hui alors qu’il a vingt ans… Cet écart renforce le propos de l’ouvrage qui nous assène que l’Amérique est un mythe mort-né et que les tragiques épisodes de son histoire ne sont pas des incidents mais la logique directe des choix politiques de générations de dirigeants avec la complicité passive d’une population qui préfère lire des BD de super-héros en slip plutôt que de s’interroger sur la manière de reprendre les rennes de ce navire à la dérive…

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*****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Coyotes #2

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Comic de Sean Lewis et Caitlin Yarsky

Hicomics (2020), 128p., Série finie en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Aï, si vous me suivez depuis longtemps sur ce blog vous savez combien je suis attaché à la bonne finition et cohérence dans la fabrication de l’objet livre… et là mauvais point, la tranche de ce second tome dénote du premier en introduisant un « tome 2 » qui décale totalement cette tranche, brisant l’harmonie de la série sur votre étagère. J’imagine que ce changement aura été rectifié sur les réimpressions (que j’imagine rapides) du premier volume, mais pour les heureux découvreurs précoces de la série ca fait bien moche… Hormis cela maquette superbe comme pour le premier volume qui nous permet de profiter des superbes couvertures des issues originales  et un cahier graphique de huit pages montrant des planches crayonnées et encrées ainsi que les photos de modèles utilisées par l’illustratrice pour s’aider. Identique au premier opus donc et belle édition accompagnée d’une très intéressante préface et  d’une post-face du scénariste.

La critique du premier volume est disponible ici.

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Seff le loup géant s’est échappé après l’attaque des femmes. Désormais Rouge parcourt le pays avec Grand-mère pour retrouver d’autres victimes. Alors que deux clans aux visions de la Rédemption opposées se font face, la fratrie des trois Loups légendaires se met en chasse pour en finir définitivement avec Gaïa et ses descendantes…

Le comic Indé regorge décidément de surprises et Coyotes en est une. Excellente. Majeure! Sans crier gare, avec cette variation sur le thème du Chaperon rouge les deux « jeunes » auteurs Sean Lewis et Caitlin Yarski (dont le prochain ouvrage est déjà annoncé chez Hicomics) parviennent à proposer en seulement deux tomes une synthèse de ce que le fantastique et le Mythe peuvent apporter de plus puissant: une réflexion profonde et graphique sur la féminité, sur la violence, sur le pardon… avec une dimension philosophique indéniable. Attention, Coyotes n’est aucunement une série intello ennuyeuse voir ésotérique mais parvient à allier l’action, les visions graphiques très artistiques de Yarski et une profondeur qui donne sens et corps au projet.review] Coyotes tome 2 – Comics have the Power

En gardant la simplicité de l’intrigue du premier tome Sean Lewis monte encore d’un niveau en intégrant totalement son histoire dans le combat éternel et mythologique entre la masculinité et la féminité, deux approches du monde symbolisés par Gaïa et les loups que Lewis rattache par leurs noms aux grandes cosmogonies  (Fenrir, le vainqueur d’Odin lors du Ragnarök) et aux éléments fondamentaux (le feu, la glace, la violence,…). Alors que la Grand-mère raconte dès les premières pages l’origine de ce conflit à Rouge, l’autre clan de femmes (dont la cheffe Olive semble bien connaître la Duchesse) a une toute autre approche du combat contre les coyotes: le pardon par la reconnaissance des fautes commises. On sent là une vision toute américaine de la paix intérieure par le pardon des autres qui pourra laisser un lecteur européen dubitatif, mais également une opposition morale entre la vengeance et le pardon. Dilemme qui taraudera Rouge jusqu’au bout.

Coyotes #7 - Comics by comiXologyDepuis le début de la série la subtilité du discours politique de ce scénario m’a percuté. En donnant une peau noire à son chaperon, en introduisant des gardiennes vieilles, vulgaires, fumant le cigare, en plaçant un soupçon d’homosexualité discret au sein de cette communauté de femmes libérées, en montrant les hommes violents mais aussi aimant, soumis à une pulsion sociale ou manipulés, les auteurs nous proposent une approche hautement intelligente, non intellectuelle. Le projet aurait facilement pu basculer dans un schéma manichéen. Ce n’est pas le cas. Je constate souvent une approche, une sensibilité différente dans les scénarios d’autrices. Ici Sean Lewis fait preuve de la même sensibilité, différente de ce que la grande majorité des ouvrages d’un secteur très masculin proposent.

La partie graphique est ce qui saute immédiatement aux yeux. En alchimie avec le texte, Caitlin Yarski fait preuve d’une impressionnante maturité pour sa première BD. Son art est unique, parfaitement original. Dotée d’une technique sans faille mais invisible, elle REVIEW: 'Coyotes,' Vol 2 TPjour sur les lumières, les cadrages, le découpage (génial!) pour proposer une odyssée qui le ressemble à aucune autre, en cohérence totale. Ses visages sont d’une beauté divine, ses séquences à la fois d’un style simple et d’une parfaite lisibilité, ses personnages d’une expressivité folle, que ce soit la violence brute qui émane des gueules éructantes des loups ou la peur des hommes face à leurs actes. Dans une ambiance majoritairement nocturne travaillant sur des décors naturels, ce second tome est encore plus réussi que le premier, avec une colorisation chaude permettant la mise en valent des combats et de ces loups infernaux.

Le duo marque un très grand coup pour son arrivée dans le comic indé et je vais regarder de très près leurs prochains projets. La multitude de publication nous laisse parfois content mais un peu blasé à défiler les pages. Parfois une proposition nous est faite qui nous laisse pensif, heureux, conscient d’avoir découvert de vrais talents complets et un ouvrage important dans le monde de la BD.

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Alter #1

BD du mercredi

BD de Philippe Pelaez, Laval NG et Daniel Florent (coul.)

Drakoo (2020),104p., série en deux tomes.

Nouvelle édition de la série Parallèle parue en 4 tomes chez feu Sandawe.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

Superbe édition que cette ressortie chez Drakoo en deux tomes (le second arrive cet été, sauf report lié au COVID). Outre une très belle illustration de couverture à la fois représentative et esthétique, une maquette élégante, l’ouvrage comporte une illustration d’intérieur de couverture type blueprint et un Carnet de bord (cahier graphique) de huit pages en fin, comprenant une chronologie, des fausses affiches de contexte renforçant le background, une interview fictive d’un protagoniste et quatre pages d’illustrations originales contextualisées. Très généreux, j’espère que le second tome sera doté pareillement. Un bon point pour l’édition qui mets dans les meilleures dispositions pour la découverte…

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En 2082 le capitaine Sylan Kassidy est envoyé avec  le vaisseau Hybris et son équipage au fin fond de la galaxie pour rechercher un exil pour une humanité au bord de l’extinction. Échoué sur une planète de glace, il rend compte en directe à son armateur, le président des Etats-Unis, sur Terre. Soldat héroïque, meneur d’hommes implacable, Kassidy va pourtant rapidement comprendre que cette étrange planète cache un secret terrifiant remettant en cause toutes les théories physiques connues…

Parallèle T. 1 : New York, New York - Par Philippe Pelaez ...Parallèle faisait partie des séries que j’avais repéré à l’époque où Sandawe publiait à un rythme élevé grâce au soutien des lecteurs-financeurs. Quelques séries avaient réussi à passer plusieurs tomes et jouissaient d’une bonne réputation. Philippe Pelaez n’était pas encore connu… C’est la seconde BD que je lis de lui et je dois dire que sa réussite actuelle n’est pas le fait du hasard tant cet Alter est une sacrée claque, la première de cette année!

L’album prend la forme d’une histoire de zombie où un équipage très bien armé se fait progressivement décimer sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrive. Plaçant son scénario dans un contexte de SF futuriste et scientifique, il joue ainsi sur les deux tableaux d’une action immédiate efficace comme toute histoire de zombies et compense le vide de fonds de ce genre d’intrigues par un background solide de guerre nucléaire et d’interrogations spatio-temporelles. Les presque cent pages de cette version ne sont donc pas de trop pour nous abreuver de problématiques que personnellement j’adore! La SF scientifique a pour étalon inaccessible Universal War one et il est toujours compliqué d’assumer une ambition du Parallèle -1- New York, New Yorkmême type. Plus modeste, Alter réussite cependant son pari d’une progression dramatique qui nous fait passer de l’action inquiétante à la Aliens (le début nous place au cœur de la tempête de neige alors que des membres de l’équipage sont perdus sous la menace des monstres) à des débats scientifiques sur les conséquences de la guerre. Alternant son récit avec des flashback redoutablement découpés par son compère Laval NG, Pelaez donne du souffle à une action qui prenait le risque d’un album un peu vide. Avec des dialogues également très efficaces, la grande réussite de la BD est sans aucun doute ce personnage de capitaine impérial comme on n’en a pas eu en fiction depuis longtemps. Dans une période plus propice aux anti-héros et personnages torturés, les auteurs assument la grandeur de leur héros qui mène ses hommes sans hésitation, combat vaillamment les créatures et discours d’égal à égal avec le président des Etats-Unis. De la classe!

Parallèle -2- Donnant, donnantGraphiquement c’est également héroïque avec un dessinateur que je ne connaissais pas mais sur lequel il faudra compter dans les années à venir tant il est solide et doté d’un style très caractérisé. Rappelant par moment Matteo Scalera (influence très probable avec des combinaisons qui ressemblent à celles de Black Science) sa technique à l’ancienne très élégante est fortement rehaussée par une colorisation superbe de Florent Daniel. Comme pour beaucoup de dessinateurs les décors et arrières-plans pourraient être plus pointus mais le cadrage très serré, facilitant l’action et l’ambiance huis-clos permet de ne pas souffrir de cela et de profiter de designs SF très réussis. Ayant fait ses armes sur les derniers tomes de la saga Ballade au bout du monde et des albums historiques, son incursion dans la SF montre qu’il est à l’aise dans tous les styles et à voir les illustrations finales on peut attendre d’ici peu un album choc de Laval NG. Il en a le talent.

Dans un genre très fourni mais donnant souvent des albums inaboutis ou peu originaux, Alter arrive à se glisser dans les interstices très balisés avec une vraie verve cinématographique truffée de références visuelles et d’un souffle épique indéniable. Élégant, efficace, punchy et par moment touchant, c’est une très grande réussite que ce premier volume dont j’attends la suite avec impatience!

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*****·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Thorgal: le cycle du pays Qâ

La trouvaille+joaquim

 

 

 

 

BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (1986-1988), cycle de 4 volumes.
Edité en intégrale au Lombard (épuisé) et dans le second volume de l’intégrale nb chez Niffle.

Second billet sur cette série hors norme qui ne vieillit pas, cette Trouvaille porte sur le troisième cycle de la série, un cycle majeur de Thorgal et sans doute l’un des cycles les plus réussis de l’histoire de la BD franco-belge, tout simplement! Correspondant aux années les plus fastes de Jean Van Hamme (celle des cinq premiers XIII, du Chninkel,…), certains considèrent que les auteurs auraient pu stopper les aventures de l’enfant des étoiles à ce stade…

Rentré sur son île en compagnie de ses nouveaux amis, Tjall le fougueux et Argun pied d’arbre, Thorgal ne peut se poser longtemps puisque la redoutable Kriss de Valnor surgit pour lui annoncer la terrible nouvelle: elle a fait enlever son fils et Pied d’arbre! S’il veut les retrouver vivants il va devoir l’accompagner dans une mission périlleuse, au-delà de la grande eau, au pays Qâ dirigé par le sanguinaire Ogotaï, qui serait dit-on, doté de pouvoirs divins… C’est un voyage vers ses origines qu’entreprend alors Thorgal en compagnie d’Aaricia, de Tjall… et de Kriss.

Thorgal - Les Yeux de Tanatloc par Grzegorz Rosinski, Jean Van ...Le cycle du Pays Qâ commence réellement avec le one-shot Les Archers, considéré par beaucoup comme le meilleur album de Thorgal, notamment par-ce qu’il s’agit de celui où apparaît le personnage mythique de Kriss de Valnor. Cette méchante deviendra intime de Thorgal dans le cycle de Shaïgan (moins réussi) avant de donner naissance à une série dérivée quand l’éditeur a lancé (pour des raisons bien commerciales…) le principe des Mondes de Thorgal, différentes séries traitant de la jeunesse de personnages importants. Bien que ce ne soit pas indispensable, il peut être intéressant de lire avant L’enfant des étoiles, série d’histoires courtes dont une raconte la genèse du héros.

La richesse du cycle du Pays Qâ repose sur trois éléments: l’exotisme de voir transposé Thorgal sur plusieurs albums dans un univers totalement différent (cela n’a plus jamais été le cas malgré les espoirs déçus d’aventures orientales sur le dernier cycle, de Ka-Aniel), l’importance relationnelle entre des protagonistes très riches, enfin le rattachement avec l’origine du personnage et cet aspect SF subtile et tellement original dans cette série. La très grande intelligence de Jean Van Hamme a toujours été de laisser dans l’ombre cette dimension pourtant annoncée dès le premier diptyque. Thorgal reste pourtant une série de fantasy et d’aventure. En faisant grandir la famille de Thorgal les auteurs ont créé un lien puissant avec le lectorat. Je n’ai pas souvenir d’un autre héros dont la famille est si présente et où les membres évoluent, vieillissent, jusqu’à pouvoir consacrer des albums entiers sans qu’apparaisse le héros.

Thorgal - Tome 10 - Le Pays Qâ - Grzegorz Rosinski, Jean Van Hamme ...La structure du cycle est ici en deux parties qui se répondent très intelligemment: d’un côté la mission dangereuse qui envoie Thorgal voler le casque du Dieu vivant sanguinaire, de l’autre son fils va rencontrer Tanatloc, un autre Dieu protecteur du dernier peuple résistant à la folie d’Ogotaï. Alors que la vipère Kriss tisse sa toile, bien entendu amoureuse du héros, Thorgal comprend vite que cette mission est plus intime qu’il ne le croyait. Du côté de Jolan (a qui les auteurs ont sans doute prévu très tôt une destinée particulière à en croire les albums Alinoë et Brek Zarith) c’est le passage de l’enfance, de la toute puissance (symbolisée par son pouvoir hérité du peuple des étoiles), à celle d’une meilleure compréhension de son environnement, qui est relaté dans cette histoire. Lié de loin à son père, jusqu’à le sauver, il est tiraillé entre des passions antagonistes, manipulé par les Xinjin alors que Pied d’arbre, occupé à batifoler en oublie de le protéger…

Thorgal – La cité du dieu perdu : 40 ans de mythe ! | NouvellesduglobeComme toujours dans cette série, ce sont les aspects dramatiques, tragiques (ici en plaçant les schémas grecs œdipiens) qui font monter la tension et l’attention du lecteur. La fascination pour ces vaisseaux volants, pour cette cité sanglante sortie des marécages, ne sont que des amuse-bouche vers une confrontation entre l’homme et le dieu. Celui qui sera amené tout au long de sa carrière de héros à côtoyer et courroucer les Ases n’affrontera en réalité qu’un faux dieu. Thorgal aura démis nombre de tyrans mais jamais avec une dimension symbolique si forte. Usant d’un découpage subtile, millimétré, Van Hamme ose naviguer à travers les distances et les ellipses temporelles sans jamais nous perdre, au contraire en renforçant la puissance de son récit.

Thorgal - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comGraphiquement Rosinski est à l’acme de son art. La coloration est parfois un peu datée, parfois très réussie. On se souviendra que les techniques de l’époque n’étaient pas toujours formidables et on lit sans difficulté la qualité des seuls dessins, que la récente édition n&b permettra d’apprécier de façon très confortable. Le dessinateur polonais assume la totalité de ses planches, sans attendre la couleur (qui ne donne aucune information supplémentaire), ce qui donne une qualité inégalée aux dessins. C’est d’ailleurs exactement à cette époque que sort Le grand pouvoir du Chninkel, monument absolu du 9° art. Lorsque de tels dessinateurs parviennent à sortir plusieurs albums en simultané, de cette qualité, de cette pagination, c’est qu’ils se régalent et sont en pleine maîtrise de leur art. C’est le cas sur ce cycle.

Tout est parfait dans cette aventure, jusqu’au format en cinq volumes progressifs et parfaitement équilibrés. Très rares sont les séries pouvant être relues à l’infini. Cet arc narratif est ce qu’il se fait de mieux en BD, tout simplement. Indémodable, indépassable. Parfait. De ce qui vous fait aimer passionnément la BD et remercier infiniment ces deux grands messieurs pour ces moments.

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*****·BD·Cinéma·Un auteur...

Visionnage: Bourgeon, le passager du vent.

Un auteur...

A l’occasion de la sortie des intégrales des séries de François Bourgeon chez son nouvel éditeur Delcourt (… quel éditeur n’aura pas eu Bourgeon dans son fonds?…) j’ai pris le temps de visionner le magnifique film qu’a fait son comparse Christian Lejalé en 2010 et dont est sorti un gros ouvrage, sorte de Art-book ultime sur cet auteur incontournable bourgeon-le-paager-du-ventdu neuvième art. Lejalé est le compagnon de route de François Bourgeon depuis longtemps et l’ai aidé de nombreuses fois dans son travail documentaire au travers de vidéos dont on peut voir des aperçus dans ce film. Conçu comme une entrée privilégiée et calme dans l’antre d’un monstre de la BD franco-belge, on le documentaire alterne reportage de l’époque des Passagers, à la glorieuse époque du journal (A suivre) de Casterman, que l’auteur considère encore comme une époque bénie, une anomalie qui permit à des auteurs ambitieux et exigeants de produire des albums comme le Dernier chant des Malaterre, fabuleux one-shot de 120 pages en donnant au dessinateur le luxe du temps pour le réaliser en étant payé. A l’heure d’une précarité galopante des auteurs et d’une production déraisonnable, on saisit le changement d’époque. Il est marquant de voir l’auteur à la trentaine dans la maison bretonne qu’il a acheté et quarante ans plus tard dans le même atelier, disposé de la même manière, le temps figé. Comme beaucoup j’étais convaincu que Bourgeon faisait partie de la légion de dessinateurs bretons qui nous offre si souvent de magnifiques albums teintés de culture… et bien non! Il est parisien et breton d’adoption, mais comme il le dit, sera toujours un étranger…

Projection du documentaire sur François Bourgeon et rencontre avec ...François Bourgeon a la particularité de travailler sur des modèles et maquettes. Il nous parlait de son travail de reconstitution de Montmartre dans la gazette du Sang des cerises. On le voit ici dessiner des personnages après sculpture d’un visage, se documenter au musée de la Marine sur les bateaux des Passagers ou créer des ambiances devant la caméra de son ami Lejalé.

La saga des Passagers du vent bientôt de retour | www.cnews.frCe film est passionnant en ce qu’il permet en un agréable moment agrémenté de douces musiques, de voir l’artiste au travail, son environnement professionnel, l’entendre parler autant de processus de création que d’économie de la BD avec le point de vue de celui qui a toujours été à part dans cette économie si particulière. Le succès immense de ses séries l’a aidé à maintenir ses exigences, il en est conscient. Mais il s’autorise aussi sans langue de bois un avis sur le marché actuel, difficile également pour des monuments François Bourgeoncomme lui.  Celui qui disait « Je n’ai pas publié de livre entre 1998 et 2005. Ce furent des années très dures, avec des huissiers qui venaient chez moi. Mais je ne sacrifierai jamais mon indépendance à quelques pourcentages de ventes supplémentaires » est un insoumis.

Un des derniers artisans de la BD, qui prends le temps nécessaire, le travail nécessaire pour produire les planches qui feront vrai et réaliste, Bourgeon est un historien de la BD, comme incarnation d’une époque et comme auteur d’albums toujours impressionnants. Si vous aimez Bourgeon ce visionnage est très recommandé!

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Ci-dessous un reportage réalisé par Lejalé pour France3 et qui donne une idée de ce documentaire plus long

****·*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Streamliner

BD du mercredi
Bd de ‘Fane (+ Isabelle Rabator à la couleur)
Rue de sèvres-comix buro (2020)- intégrale couleur, 291 p. +XXI p. de dossier graphique final. Album broché couverture à rabat.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

streamliner_integraleCette intégrale reprend en un très gros pavé format comics les deux volumes parus en 2017 en grand format cartonné. Si la maquette et design général sont superbes (suivi par Vatine et le Comix Buro oblige), j’avais trouvé les couvertures des éditions originales comme de cette intégrale vraiment mal mises en valeur, avec par exemple ce titre qui pourrait sortir des années 60… Sans doute une envie de rétro de l’auteur mais commercialement je suis surpris que l’éditeur n’ait pas insisté sur quelque chose de plus accrocheur. Pour dix euros de moins que les deux albums on perd en taille et en qualité de reliure même si on gagne un (faux) cahier documentaire et graphique. J’imagine que la très grosse pagination a obligé Rue de sèvres à maintenir un prix de vente raisonnable mais étant donnée la qualité de cette œuvre il est vraiment dommage d’avoir une édition aussi réduite. Pour le reste cette intégrale est juste un énorme ride plein de bruit et de fureur, de testostérone, d’odeur d’essence et de graisses, des moteurs surchauffés et de pépées enragées…

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Désert continental, 1963. La paisible station service Lisa Dora située sur la route 666 est soudain envahie par une horde de pilotes et de bikers attirés par ce qui s’annonce comme la course sauvage du siècle. Cristal O’Neil, fille du légendaire pilote Evel O’Neil se retrouve au cœur d’un maelstrom qui bouleverse son quotidien: entre G-men, criminels en fuite, journalistes voraces et gangsters prêts à tout pur remporter la mythique winchester de chef des Red Noses elle devra sortir de son rôle de gentille hôtesse s’engager dans la rage de la course et de l’esprit Sex-drugs & Rock’n’roll pour préserver sa station…

‘Fane a roulé sa bosse dix ans sur la reprise de Joe Bar Team et partage un héritage graphique entre le cartoon et l’Ecole Vatine. Tout au long de ce monumental album on sent cette influence tiraillée entre des habitudes esthétiques et un besoin d’aller vers plus de réalisme (sa dernière création, Hope One confirme cette évolution). Si ce tiraillement contre nature peut faire réagir sur les premières planches, on se retrouve bien vite emporté par l’envie communicative et le talent brut du récit de ce long métrage sur papier, envie de cinéma que les bonus nous expliquent en fin d’ouvrage.

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Comme le carton de Petrimaux, Streamliner a comme projet principal de faire revivre une nostalgie de USA des années 60, celles de la route 66, des voitures tunées, des gangs de bikers et de pilotes autant hors-la loi que libres penseurs. L’Amérique des expérimentations mécaniques, des barbouzeries du FBI et des chevauchées sanglantes de tueurs motorisés… Cette Amérique est ici fictive, en une sorte de réalité alternative qui perturbe un peu lors du récit sur Evel O’Neill où l’on suit le B52 de retour d’une mission à la Guerre et qui atterrit directement dans le grand désert, semblant compresser les distances! Je vous préviens donc, Streamliner ne se passe pas en Amérique pas plus que dans les années soixante. Il se passe dans un univers fantasmé, reconstruit, permettant d’aligner les archétypes, clichés et images d’Épinal.

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Dès les premières pages au cadrage absolument cinématographique, on est happé par une ahurissante galerie de personnages, par un agencement d’intrigue qui se superposent pour nous diriger vers un unique but: la course! A force de nous dire qu’elle sera sauvage l’attente monte et je dois dire qu’on n’est pas déçus! Disposant d’une luxueuse pagination, ‘Fane prends le temps de poser les séquences dont il a envie et prends l’espace d’imager ce ride motorisé en grand format. Le nuage de poussière du départ nous rappelle ainsi le Fury road de Miller, dans une envie graphique absolue. La légère approximation du trait de l’auteur est bien vite oublié dans l’envie de BD qu’il nous propose. Étonnamment les couleurs d’Isabelle Rabarot sont très estompées, un peu lavées, parfois proches du sépia. Là encore on imagine le souhait de vintage mais quand on sait ce que la dame a produit par le passé, le vif de ses rouges, on se dit qu’un peu plus d’éclatant n’aurait pas fait de mal…

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Streamliner est un magnifique album qui donne autant de plaisir qu’un Ramirez ou un Indes fourbes et qui loupe de très peu les cinq Calvin en raison d’une édition qu’on aurait aimé plus classieuse. Des BD comme ça font aimer la BD et rendent beaucoup plus difficile la lecture du tout venant. Un grand merci à l’auteur pour ce Rock!

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*****·Comics·East & West·Numérique·Rétro

Joker

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Comic de Brian Azzarello, Lee Bremejo et Patricia Mulvihill
Urban (2009), 122 p. one-shot.

badge numeriquecouv_375433Album hautement réputé qui développe le mythe moderne du Joker en prolongeant Killing Joke par un one-shot uniquement dédié à la Némésis de Batman, Joker est un monument! Étonnamment, très peu d’éditions de cet ouvrage sont sorties avec seulement une réédition en 2013 agrémentée d’un cahier graphique et une ressortie sous les couleurs du Black Label plus récemment. Cet album de dix ans déjà n’a absolument pas pris une ride et semble avoir fortement inspiré le Dark Knight de Christopher Nolan bien que les deux créations aient été réalisées en même temps. Le film Suicide Squad reprend le personnage du narrateur de l’album. Enfin, évidemment, le très récent succès du film Joker emprunte certains éléments psychologiques et le grand réalisme du projet.

Asile d’Arkham, Gotham city. Le portail s’ouvre. Une ombre apparaît. Le Joker vient d’être relâché. Le prince a perdu son royaume et compte bien le reconquérir. Pour cela il doit rendre visite aux plus grande criminels de Gotham, sa façon: barbare et démente. Lorsque le Chevalier noir est absent le crime se répand. Joker est le prince du crime et voici ce qu’il se passe lorsqu’il n’affronte par son alter-ego…

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"La couverture de cet album, hautement provocatrice est inscrite dans la veine trash des Arkham Asylum et Killing Joke en donnant naissance quelques années plus tard au Deuil de la famille de Snyder et Capullo. Cette seule image, ultra-réaliste tout en gardant l’esthétique d’un dessin BD est un chef d’œuvre qui dit le projet dans sa totalité. L’album doit évidemment beaucoup à Lee Bremejo, passé par Wildstorm avant de lancer 100 bullets avec son comparse Azzarello où il se situe dans la lignée directe de Frank Miller. Son dessin évolue ensuite vers une ligne plus réaliste, naviguant entre du Eduardo Risso et tirant vers Alex Ross. Le risque de ce style graphique est l’aspect figé du photoréalisme… défaut que n’a jamais Bermejo, qui parvient dans Joker à associer un vrai talent de mise en scène en mode polar noir, esthétique BD dans les encrages très dentelés et le mouvement. La colorisation de Patricia Mulvihill est absolument parfaite avant que Bermejo passe en couleurs directes sur le dernier Batman: Damned.

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"J’avais déjà apprécié l’art de la mise en scène d’Azzarello sur d’autres albums. Dès les premières pages on comprend que la focale ne lâchera pas ce Joker d’exception, qui n’aura jamais été aussi réaliste, aussi réussi. Totalement fou, il profite de la quasi totale absence de Batman pour attirer toute l’attention. L’idée était risquée tant la rareté fait souvent la qualité et tant ce méchant iconique brille souvent par ses apparitions aussi improbables qu’inexplicables. Et c’est pourtant cette absence du héros qui permet à l’ouvrage de donner toute son ampleur barbare, comme une illustration que le clown ne souffre d’aucune concurrence sur la scène du théâtre pour donner toute sa démesure. Beaucoup d’albums laissent penser qu’ils ont été réalisés pour leur future adaptation ciné. Et si ce Joker pourrait donner un superbe film (mais en a donc inspiré plus d’un…), la BD garde sa propre spécificité qui nous faire dire qu’animée cette histoire ne serait pas pareil. Du fait du pouvoir du crayon de Bermejo sans doute.

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"Construit comme une longue chasse du Joker contre ses adversaires du crime, l’ouvrage est narré par un personnage pas si anodin qu’il n’y paraît. Sorte de Robin du Joker, il le craint comme il l’admire lors de ce ballet sanglant. Tirant le texte à lui Jonny rééquilibre une histoire qui aurait pu sombrer à n’être qu’une illustration du Joker. Et il permet d’utiliser tous les codes classiques du polar qui donnent une saveur noire et glacée aux nuits de Gotham. Le réalisme de l’approche parvient en outre à réinventer les personnages classiques de Batman avec une imagination et une pertinence indéniable.

Album hors norme (déjà passé à la postérité et ayant influencé tous ceux qui viennent après) que vous soyez féru de la mythologie Batman ou non, Joker est pour moi je plus grand album autour de Batman que j’ai lu avec le White Knight (qui utilise également cette inversion d’attention entre le Joker et le Batman). Une lecture indispensable, un régal de BD qui vous fera peut-être découvrir, cerise sur le gâteau, un des dessinateurs majeurs du comic US.

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*****·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Ultralazer #2

BD du mercredi
BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2020),  121 p. , série en cours, deux tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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Magnifique couverture que celle de ce second tome de mon coup de cœur jeunesse de l’an dernier. Comme pour le premier volume, l’ouvrage comporte une carte de la planète Rok en intérieur de couverture, une planche de cartes à découper indiquant les caractéristiques de certaines pierres de pouvoir et la dernière page annonce le dernier volume à paraître l’an prochain. L’ouvrage est en format compact avec un titre en papier brillant. On retrouve également les icônes de bas de page indiquant l’utilisation possible de l’appli de l’éditeur pour du contenu augmenté. Travail éditorial nickel.

Après une victoire inespérée sur Topoï nos héros se sont retrouvés propulsés dans l’espace en direction de la planète aride Rok. Là ils découvrent que la problématique environnementale et la menace des hommes-oiseaux est commune à trois planètes et que Horb, désormais détenteur du pouvoir suprême va devoir se trouver de nouveaux alliés pour restaurer l’équilibre du roi des animaux…

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"Allons droit au but: ce second volume de la saga écolo Ultralazer confirme en tout point la réussite du premier! En élargissant le champ (nouvelle planète, nouvel univers, nouveau contexte) les auteurs renouvellent les idées déjà excellentes de Horb et Bouko. L’immense réussite de cette série jeunesse c’est sa richesse dans un cadre simplifié pour pouvoir parler aux plus jeunes. Ainsi si les dessins sont à la fois simples, relativement plats, mais chatoyants de couleurs et de décors magnifiques et variés, la richesse des personnages, des design et des thématique se maintiennent à un très haut niveau.

Le trio ne se contente pas de reprendre les méchants du premier volume, ils conservent cette base rassurante pour les lecteurs et la complexifient avec une nouvelle interaction avec le seigneur de Rok (corrompu bien entendu). Dès les premières pages on nous explique que le roi des ultralazer_la_bd. 2 cases du tome 2 !  On avance doucement mais sûrement !  On se donne animaux n’est pas seul et que le peuple des hommes-oiseaux (reprenant la thématique SF classique du peuple destructeur d’un écosystème fragile) voyage de planète en planète pour les assécher à la recherche de pierres de pouvoir. La thématique écologiste de l’hyperexploitation de notre planète devrait ainsi parler très fort aux jeunes! Si l’arrivée dans la cité est un peu confuse scénaristiquement (l’histoire et le découpage avancent vite et l’on ne voit absolument pas passer les cent-ving pages!), on découvre bien vite que sous terre cohabitent avec la classe bourgeoise un Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"peuple d’exclu s’amusant dans des combats de gladiateurs. L’occasion de belles séquences d’action bien bourrines où l’on retrouve l’esprit manga déjà présent dans le tome un (comme cette séquence de repas très alléchant tout droit sortie de DragonBall..). Très équilibré, l’album introduit sur un premier tiers la problématique du roi des animaux fossilisé qu’il faut libérer, puis se prépare la révolte des opprimés dans un second tiers et la grande bataille finale sur le dernier tiers très ambitieux dans sa dramaturgie. Jamais l’on ne sent de manichéisme malgré l’approche jeunesse et c’est véritablement un plaisir de voir que l’on peut parler aux enfants sans les prendre pour des idiots. Si certains adultes pourront bloquer sur le type de dessins, le développement scénaristique n’a rien à envier aux grandes séries fantasy Soleil-Delcourt.

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La générosité émotionnelle, graphique et thématique est totale sur cet album d’auteurs qui semblent mettre tout leur amour de l’aventure et de la BD sans aucune retenue. Déjà marquante l’an dernier, la série Ultralazer se confirme comme La série BD jeunesse majeure depuis bien longtemps! Vivement l’an prochain.

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*****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos

Telemaque#3: la cité des hommes

La BD!

BD de Kid Toussaint et Kenny Ruiz
Dupuis (2018-2020), 62 p./album, 3 volumes parus.
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mediathequeA chaque album de cette série mon plaisir grandit et mon appréciation sur la qualité générale avec. Passées la surprise (du tome 1) et la confirmation (tome 2), si intrinsèquement ce troisième tome des aventures délurées de Mac’ et ses potes n’est pas meilleure que les autres, la vision d’ensemble me pousse vers les 5 Calvin! Cet opus est un peu moins complexe que le précédent avec un scénario plus porté sur l’action en abordant les opérations militaires de l’Égée uniquement en Itaque. Du coup cela recentre sur moins de lieux et de personnages et on peut se focaliser sur les aventures pêchues et poilantes des héros. Les auteurs se font plaisir et les dialogues répondent aux gags visuels, avec quelques subtiles jeux sur le nom de Personne, personnage vraiment réussi de cyclope. Les tronches semi-animales d’humains transformés par Circé et les running-gags (comme ce compagnon qui hurle dès que survient une surprise) font le job, avec une bonne grosse larme de rire sur les Lestrygon, sorte de gnomes bleus totalement débiles et adeptes des nœuds… On ne force pas son plaisir entre scènes d’action très efficaces, découpage, couleurs hyper dynamiques et un humour permanent qui justifient totalement la  énième réutilisation de la thématique de l’Odyssée. Avec le luxe d’un super cliffhanger final qui ajoute un atout à un scénario pas que prétexte. Franche réussite tant jeunesse qu’adulte pour cette série dont j’attends avec impatience une intégrale future.

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A partir de 12 ans.

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