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BD en vrac #29: Maudit sois-tu #3 – Les 5 terres #7 – Machines de guerre #5

Bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur l’Etagère! Comme vous le constatez pas de C’est lundi… mais désormais des billets tout ce qu’il y a de plus classiques (je reviendrais sur ce changement dans le prochain bilan mensuel, qui remplacera ce rendez-vous hebdomadaire.

Au menu donc, trois albums de séries, avec la conclusion du très littéraire Maudit sois-tu par le prolifique et très en vue Philippe Pelaez, le commencement du nouveau cycle des 5 terres et une découverte sur le thème des tank…

Demain ce sera le retour des tortues pizzavores, mercredi un docu sur la répression à Hong-Kong, jeudi un Batman (… on se rapproche du film!), vendredi un nouveau Kurosavoir sur Marie-Antoinette, samedi des manga en vrac et dimanche mon retour sur la série d’animation phénomène, Arcane sur Netflix!

C’est parti!…

    • Maudit sois-tu #3: Shelley (Pelaez-Puerta/Ankama) – 2022, 54p., série achevée en 3 tomes.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

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Nous voici arrivés à la conclusion-début de ce projet un peu fou et diablement ambitieux de Philippe Pelaez. Si le second tome centré sur l’amour dramatique de Mary Shelly pour John Polidori (premier à utiliser le personnage du vampire dans la littérature fantastique) avait paru un peu redondant avec le premier, cette conclusion change radicalement de trame pour adopter le schéma de l’amant maudit dans une approche résolument dramatique et romantique. Si l’on peut saluer le changement, on perd l’efficacité de ces groupes de personnages historiques et du savant fou pour ne garder que la passion folle de Polidori pour sa belle. L’album a le mérite de boucler parfaitement avec le récit précédent  (et valide le cahier des charges initial dans une technique scénaristique assez brillante) mais nous perd un peu notamment du fait des problèmes de visages issus de la technique photographique de Carlos Puerta. La relecture a minima du second tome et au mieux des trois volumes dans l’ordre chronologique sont absolument conseillées mais malgré ces liens ce troisième tome apparaît comme le plus faible du fait de la disparition de l’aspect fantastique et de la chasse, axe fort du projet depuis le début. Proposant un texte très inspiré et extrêmement agréable à lire, Pelaez pèche sans doute par une pointe d’élitisme, bien peu de ses lecteurs auront initialement la connaissance littéraire pour apprécier toutes les références aux personnages et à leurs œuvres. Maudit sois-tu n’en reste pas moins un projet inclassable, particulièrement ambitieux, qui s’il ne s’accomplit que moyennement, propose tout de même une très belle immersion dans l’âge du gothique passionné…

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  • Les 5 terres #7 (Collectif/Delcourt) – 2021, 58p., cycle 1 achevé. Cycle 2 1/6 tomes parus.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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La fin du cycle d’Angléon (les félins) voyait le retour de l’otage Kéona dans son pays de Lys. Ce second cycle parmi le peuple primate entame directement à sa descente du bateau alors qu’elle est accueillie avec une très froide étiquette par la famille royale. Mais c’est bien la retour de la terrible Alissa que l’on suivra dans ce volume. Enfermée depuis cinq ans, la chef du clan du sistre qui règne sur les bas-fonds de cette société matriarcale, sa colère et sa force ne demandent qu’à exploser…

Le changement dans la continuité, le projet des 5 Terres ne me rendait pas particulièrement inquiet (et même plutôt impatient) à ce changement de continent. Intrigué de savoir comment les auteurs allaient relier les différents cycles, on est désormais rassurés: la continuité chronologique n’est pas rompue et l’enjeu sera bien plutôt d’entrecroiser les différentes intrigues. Si Angléon avait proposé quelques échappées chez les reptiles et chez les ours, on reste ici très concentré quasiment exclusivement dans la grande cité et très fixés sur cette Alissa que je n’ai pas trouvé très charismatique. Si la technique rutilante de la série reste évidente, on est moins enjoué à la conclusion de ce premier tome, pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’utilisation des types de singes semble moins riche que chez les félins, rendant les personnages graphiquement moins intéressants. Si les multiples intrigues ne nous perturbent plus guère, cela semble moins fort que précédemment, moins prenant, en raison d’un enjeu qui nous échappe encore grandement. Hormis le couple à la recherche d’un remède pour son enfant, peu d’émotion transparaît dans ce début de cycle. Enfin, l’idée d’une société matriarcale s’incarne de façon évidente dans la langue avec ce parti-pris très perturbant de changer la faveur masculine du collectif par un féminin. Le texte en devient très étrange à lire, ce qui ne doit pas faciliter l’immersion. Fausse bonne idée ou coup de génie? Encore trop tôt pour le dire mais il est certain qu’il faudra d’autres concrétisations de cette innovation pour en faire autre chose qu’un gadget.

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  • Machines de guerre #5: Le Loup gris (Pécau-Mavric/Delcourt) – 2022, 56p., série de one-shot en cours

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Jean-Pierre Pécau s’est spécialisé depuis pas mal d’années dans les séries semi-historiques basées sur des uchronies notamment sur la période de la seconde guerre mondiale. Avec Les machines de guerre il propose ainsi depuis 2016 des one-shot à la gloire des plus célèbres tank du conflit mondial. On passera sur une fascination militaire qui peut intriguer (mais apparemment ça se vend bien…) pour aborder cet album pour ce qu’il est. Traitent d’un prototype de méga-tank jamais utilisé sur le terrain d’opération et illustrant le délire de puissance du régime Nazi et d’Hitler, ce Loup gris nous plonge sur le Front Est au sein du camp russe où une commandante de tank va tenter de chasser ce fantôme qui semble apparaître et disparaître en semant la mort sans résistance possible parmi les troupes rouges. Comme beaucoup de récits de chasse on prend plaisir à cette immersion à la fois réaliste dans une dureté du régime soviétique où tout soldat devait sa vie pour la cause à l’aspect du thriller vaguement mystique. Adoptant le thème du croquemitaine, l’histoire permet aux auteurs de faire joujou avec plusieurs tank où l’on découvre les subtilités des manœuvres de ces engins si particuliers. On notera quelques enchaînements de découpage capricieux mais les dessins sont très réussis dans un genre réaliste-historique même si l’on reste loin de la virtuosité en technicolor d’un Romain Hugault et ses avions. L’album s’achève (un peu en ornière je dois dire…) avec un cahier technique qui revient sur les éléments techniques de la conception de ce mastodonte allemand. Au final on a là un album qui se laisse lire sans déplaisir même s’il passionnera surtout les fana de technique militaire. A noter tout de même une maquette particulièrement originale et élégante pour cette collection.

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*****·Comics·East & West·Nouveau !

Spider-Man: Spider-Island

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Intégrale de 296 pages, comprenant les épisodes d’Amazing Spider-Man 665 à 673, Spider-Island: Deadly Foes, et Spider-Island: Spider-Woman, parus en 2011. Troisième réédition le 08/12/2021 dans la collection Deluxe, chez Panini Comics. Au scénario, Dan Slott, au dessin, Humberto Ramos, Stefano Caselli, et Giuseppe Camuncoli.

Spider-what ?

Coup de coeur! (1)

Retour en 2011 avec une saga discrète, qui avait à l’époque été quelque peu éclipsée par des events tels que Fear Itself. Circonscrite à la série Amazing-Spider-Man, qui à l’époque sortait tout juste de la période Brand New Day et de la reprise en main subséquente par Dan Slott, Spider-Island n’en conserve pas moins le caractère épique de certains de ses concurrents éditoriaux de la même année.

Le pitch est tellement simple qu’il en devient presque ridicule: tous les habitants de New York sont atteints d’un virus qui leur confère les pouvoirs de Spider-Man ! Mais contrairement à un certain adage, qui aurait ou n’aurait pas été prononcé par un certain tonton posthume, les pouvoirs et les responsabilités ne vont pas nécessairement de pair. C’est ainsi que la pagaille s’installe promptement au sein de la Grosse Pomme, qui se transforme en capharnaüm arachnéen sous le regard impuissant de notre héros favori.

Après une mise sous quarantaine de la ville (on peut s’étonner que personne n’aie pensé au confinement à cette époque), Spider-Man et ses alliés vont tenter d’endiguer le chaos tout en recherchant un remède à l’épidémie. Pendant ce temps, de vieux adversaires trament dans l’ombre leur grand retour.

Spider-Island, pourquoi c’est bien ?

Pour commencer, le pitch de départ, qui illustre de façon plutôt amusante la dichotomie toute marvelienne du pouvoir et des responsabilités. L’auteur s’intéresse, tout au long du récit, à ce qui distingue Peter Parker du commun des mortels. En effet, la substantifique moelle du personnage de Spider-man, c’est qu’il n’est au fond que Peter Parker, un gars du Queens comme les autres. Ici, Slott prend l’iconographie arachnéenne et en fait le négatif, pour voir ce qui se passerait si finalement, Spider-Man devenait lui aussi un gars « comme les autres ».

Cela a le mérite de répondre à la fameuse question: qu’est-ce qui rend une personne spéciale ? Sont-ce ses facultés, le rôle qu’il joue au sein de la société, où bien ses intentions, ses principes directeurs ? La réponse est bien entendu toute trouvée pour notre héros, qui prouve avec brio que ce ne sont pas ses pouvoirs qui le rendent spécial, mais bien la façon dont il a décidé d’en user.

Pour accompagner cette petite morale, nous avons bien entendu droit à une donne bien généreuse d’action façon blockbuster, avec de multiples guests qui confèrent à l’event sa dimension épique. Ceux qui connaissent bien les travaux de Dan Slott reconnaitront bien entendu son goût pour la continuité et sa connaissance encyclopédique des personnages Marvel, puisqu’il est capable d’implémenter des items narratifs vieux de plusieurs décennies, qui font sens pour la plupart.

En l’espèce, Slott nous ressort une antagoniste de derrière les fagots, en l’occurrence la Spider-Queen, qui jusque-là n’avait fait qu’une brève apparition dans Spectacular Spider-Man volume 2 en 2004. C’est à elle que l’on devait la fameuse toile organique, qui avait fait son apparition dans les films de Sam Raimi et avait été plus ou moins adroitement introduite dans les comics, pour être ensuite oubliée avec une aisance déconcertante en 2008 lors de Brand New Day post-Civil War. Ce personnage de Spider-Queen n’évoquera rien aux lecteurs récents ou occasionnels, mais ce genre de pirouette est un plus indéniable pour les fans les plus affranchis, car cela créée une connivence instantanée entre l’auteur et les lecteurs.

Ce recours à d’anciens éléments de continuité n’est pas le seul, mais c’est le plus notable car il concerne la big bad de cette saga. Les dessins, assurés en grande majorité par Humberto Ramos, font partie intégrante de l’esprit de la série, puisque mine de rien, Ramos dessine régulièrement l’Araignée depuis au moins 2004. Comme quoi, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs comics !

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BD en vrac #28: Aquablue #17 – U.C.C. Dolores #4 – La horde du contrevent #3

Fournée SF aujourd’hui avec trois séries très différentes qui trustent les têtes de ventes à chaque opus. Justifié ou pas, je vous donne mon avis sur le dernier Aquablue, le troisième Horde du Contrevent et un surprenant redémarrage de la série Spaceop des Tarquin

    • Aquablue #17: la nuit de la miséricorde (Hautière-Reno/Soleil) – 2021, 62p., série en cours, second cycle achevé.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_433437Aquablue c’est un peu la madeleine de Proust d’une génération d’auteurs et de lecteurs (quarantenaires). Un album fantasme qui été un choc qui m’a lancé dans la passion de la BD: le Corail noir (tome 4) sorti en 1993 et qui reste aujourd’hui encore un absolu de ce que peut être une folie de BD SF. Vatine n’a jamais pu conclure (j’avais ouï dire à l’époque qu’il s’était engueulé avec le scénariste Cailleteau) et le premier cycle a été bouclé un peu laborieusement par Tota. Vingt ans et quelques one-shot plus tard l’éditeur décida de lancer un second cycle qui s’achève ici après six albums d’une tenue graphique très rarement vue en BD. Reno est un fou furieux et si les plus puristes pourront lui reprocher son aspect très numérique (voir photoréaliste), chacun est obligé d’admettre qu’on a rarement été si proche d’un film en BD. Avec le changement de scénariste on pouvait espérer un nouveau souffle, appuyé sur une base d’univers magnifiquement riche. Malheureusement on constata vite que le syndrome des suites au cinéma s’applique aussi en BD avec un double effet de timidité à exploiter (voir exploser) le matériau et les personnages, et un aspect remake qui se termine par cette fin qui certes conclue rapidement les très nombreuses pistes complexes développées cinq tomes durant, mais nous laisse un peu avec un sentiment de gâchis. Trop long ou trop court, ce cycle aura patiemment développé une trame obscure en restant très timide en action. Hormis les grandioses dessins et la séquence de la prise d’otage du tome 15, il aura manqué un effet Waou indispensable, une dynamique des séquences, une énergie dont regorgeait le premier cycle. Du coup les révélations choc n’en sont pas vraiment à force d’étirer les allusions et la grande bataille attendue n’a pas vraiment lieu. De telles difficultés sont étonnantes de la part d’un scénariste chevronné comme Hautière et se pose la question de l’initiative et de l’objet de cette renaissance… que l’on a du mal à penser comme autre chose que commerciale et nostalgique. Un peu court pour proposer une grande série aux lecteurs très exigeants sur une série comme Aquablue. Résultat en demi-teinte donc, en attendant une suite, pour Aquablue comme pour Reno.

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  • UCC Dolores #4: la dernière balle (Tarquin/Glénat) – 2021, 46p., one-shot, série en cours.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_436435Après un petit retard à l’allumage, la série SF de Tarquin s’est très joliment conclue l’an dernier par un gros album très dramatique et épique comme il faut, de quoi redonner une envie de space-cowboys. Et voilà que nous tombe ce volume totalement déstabilisant. Quel est le projet du couple Tarquin concernant la série? Alors que la conclusion de la trilogie laissait entendre des aventures de pirates de l’espace avec un nouvel équipage constitué autour de Mony, voilà t’y pas qu’on nous envoie nous crasher sur une planète neigeuse, l’héroïne ayant tout juste accouché (ah bon elle était enceinte?) et embarquée dans une quête pour récupérer son nouveau né. Quelle ellipse galactique! Aucun lien n’est tissé avec les évènements précédents et l’impression d’avoir raté plusieurs tomes reste tenace. En outre si le style Tarquin reste agréable, l’intrigue est tout de même fort court, même pour un western spatial et on termine l’album comme on l’a commencé, stoïque, ne comprenant pas ce qu’on vient de lire et où nous emmène le dessinateur. Le potentiel est clairement présent et les dialogues sont toujours aussi savoureux en mode desperados. J’ai lu que le projet d’Albator de Tarquin était avorté et qu’il aurait pu donner naissance à cet album, qui s’avère assez Frankenstein. L’auteur n’a jamais eu de problème avec l’aspect commercial de certaines parutions et j’espère sincèrement qu’il a de vrais projets pour la suite de sa série car avec tout l’amour du monde pour le spaceop ses plus fidèles lecteurs risquent de finir par se lasser…

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  • La Horde du contrevent #3: la flaque de Lapsane (Henninot/Delcourt) – 2021, 76p., one-shot, série en cours.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Quel choc les amis! On savait le roman un des plus pissants de la SF française jamais écrit. On avait constaté le talent d’Eric Henninot dès le premier tome. J’avoue ma surprise sur la concentration d’un tome entier sur la traversée de la Flaque de Lapsane, ne me souvenant pas de l’importance de ce passage dans le livre. Ce petit détail laisse imaginer une série en au moins six tomes et je pressens déjà un très gros dernier opus pour arriver à boucler ce monument. Pour rappel aux non initiés: il s’agit pour la Horde de traverser en « trace directe » une vaste étendue marécageuse dont le centre est un lac aux fonds variables et surtout parcourus de Chrones, entités redoutables qui dévient le temps et l’espace…

Le tour de force de ce volume est de nous happer malgré des décors absolument ternes, monotones, et par moment (la traversée centrale à la nage) vides! Mais la richesse des personnages, la tension dramatique et la maitrise narrative impressionnants de Henninot nous plongent dans ce maelstrom émotionnel de bout en bout sans nous laisser respirer et en procurant des sensations comme le permet rarement la BD. La tension permanente entre la hordière enceinte et le redoutable Golgoth respire sur les interventions quasi-surnaturelles du maître d’Erg le protecteur, d’un siphon qui agit sur le Temps puis d’une énigmatique tour que l’auteur passe avec une surprenante rapidité. Il faut bien faire des choix! La force de cette histoire c’est de nous faire (par moments) oublier l’aberration du projet en nous plongeant dans le cœur de l’Humain épicé de réflexions philosophiques sur l’être, le Temps, l’âme et l’individu. Un immense roman a donné naissance à une immense BD qui prends la suite de Servitude et Azimut comme étalon de la plus grande série BD en cours. Tout simplement.

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*****·Cinéma

Mortal engines

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Ils ne sont pas nombreux les billets visionnages sur le blog. Non que je n’aime pas ça mais d’une part le planning BD est toujours chargé et surtout les films justifiant graphiquement d’en parler ne sont pas légion. Pour rappel je m’astreint à parler ici de tout ce qui est graphique, donc soit d’adaptation de BD soit de films d’animation, soit (plus rarement) de films dont le traitement revêt un grand intérêt visuel.Mortal Engines : des mythes antiques dans un futur steampunk – Antiquipop |  L'Antiquité dans la culture populaire contemporaine

Ce Mortal Engines (sorti en 2018) est l’adaptation du premier roman de la série de quatre livres Tom et Hester parus à partir de 2003. S’étant complètement planté au Box-office en récoltant quatre-vingt millions de dollars sur un budget de cent, le film a reçu une moyenne de 26% sur l’agrégateur de critiques Rotten tomatoes et (un peu mieux) 3.1/5 sur les critiques presse françaises. A peu près le même résultat que le chef d’œuvre Jupiter ascending, autre fantasme visuel réalisé par les Wachowski. Tout cela ne va pas vous donner très envie de regarder ce métrage… et pourtant!Film steampunk : Y aura-t-il un Mortal Engines 2 ? | EL X CRË

Sur une trame que l’on sent issue de la littérature ado, Peter Jackson et ses comparses du Seigneur des Anneaux Fran Walsh et Philippa Boyens démontrent une nouvelle fois leur qualité de scénaristes. Car sur Mortal Engines ils ne sont pas que producteurs et ont simplement confié la réalisation à un dessinateur qui a travaillé sur tous les films de Jackson. Un dessinateur aux manettes, ce n’est pas un détail et cela se voir sur tout les plans.

Shrike : r/MortalEnginesCar outre une thématique SF steampunk bien plus sombre que l’on aurait attendu, le film déroule une univers d’une richesse graphique totalement folle, ne délaissant aucun plan et surtout ne se reposant pas que sur le visuel. Doté d’une équipe de jeunes acteurs à peu près inconnus (et portés par un Hugo Weaving en méchant subtile fort charismatique) mais très talentueux, il est tout à fait surprenant que cette œuvre n’ait pas trouvé son publie tant il regorgeait d’énormément de point qui auraient pu en faire une nouvelle mythologie majeure du cinéma. Une fois dépassé le pitch WTF voulant que les cités du futur sont montées sur chenilles et parcourent la Terre, on suit très vite l’itinéraire d’une jeune femme balafrée, poursuivant une vengeance et elle-même poursuivie par une Nemesis impitoyable avant de rencontrer la chef des pirates reliée à un peuple sédentaire que Hugo Weaving et la noblesse de Londres veulent éteindre…

On est immédiatement happé dans une intrigue qui ne souffre d’à peu près aucun ventre mou et démarre sans mise en place. La fuite de Hester va la mener dans les terres sauvages à la rencontre de marchands d’esclaves, de charognards, de pirates du ciel dans une séquence tout droit sortie d’un fantasme de designer graphique. Autant les jeux vidéo nous abreuvent d’univers et de visuels fous, autant le cinéma peine à assouvie cette envie que Star Wars fut à peu près le seul à satisfaire. Le design général sidère, tant dans l’élégance XIX° des costumes de Londres que dans les mécaniques steampunk et les engins frustes dégoulinant d’huile. La relation entre Hester et son poursuivant est très intéressante et traitée subtilement jusqu’à une progression qui joue sur la culpabilité familiale et l’identité propre qui touche au thème de l’IA. Comme on pouvait s’y attendre de la part de la bande à Jackson, l’épique est omniprésent et dramatique dans cette attaque finale entre les deux sociétés. Refusant les trames classiques et cliché d’une grande partie des films d’action US, Mortal engines réussit clairement grâce au talent de Jackson qui ne tombe jamais dans l’attendu et joue entre les émotions et les envies artistiques loin d’un manichéisme ricain.Mortal Engines - Airhaven by Nick Keller : ImaginaryMindscapes | Mortal  engines, Weta workshop, Fantasy concept art

Très mal vendu à sa sortie, trop appuyé sur une iconographie teen, Mortal engines mérite une seconde carrière via sa sortie récente sur Netflix tant il constitue l’un des meilleurs films de SF que j’ai vu depuis très longtemps, au même titre qu’un Alita Battle angel ou un Ready player one. Un visionnage impératif pour tout amateur d’univers graphiques!

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*****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Voro #9: Le Tombeau des dieux troisième partie

Dernier tome de 166 pages de la série écrite et dessinée par Janne Kukkonen. Parution en France le 10/11/2021 aux éditions Casterman.

Le seigneur des flambeaux

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Après avoir réveillé par inadvertance une dangereuse divinité du Feu, Lilya, une apprentie voleuse de la Guilde, s’est mise en tête de réparer ses erreurs quel qu’en soit le prix. Malheureusement, Ithiel, le Père Feu, est à l’apogée de son pouvoir: non seulement soutenu par la Tribu du Feu qui le vénère depuis la nuit des temps, il est également maître d’une armée de géants invincibles grâce à la Pierre de Feu, que Lilya a également contribué à rassembler.

Après avoir jeté ses forces dans la bataille, Lilya a échoué à éliminer Ithiel, qui s’est lancé dans une campagne de conquête du monde des hommes, lui qui se pense capable d’engendrer un monde idyllique aux antipodes de la cupidité et de la violence humaines. L’apprentie voleuse y a laissé la vie, mais elle a été tirée des limbes par la Mort elle-même, qui a semble-t-il un intérêt à assister à la chute de son rival Ithiel. Lilya a aussi reçu un coup de pouce de la part de la Demoiselle de la Nuit, la divinité que servait autrefois la Guilde des Voleurs.

Ses chances de succès sont bien minces, mais Lilya ne désespère pas. Résolue à sauver le monde des hommes, elle en appelle à la sagesse des hommes de bonne volonté que sont les Rois, mais ces derniers ont l’esprit trop occupés par leurs luttes de pouvoirs pour pouvoir agir de concert. Pire encore, depuis le dernier tome, Lilya ne peut même plus compter l’aide de son mentor Seamus, au vu des révélations qui ont été faites sur le passé de ce dernier.

Que pourra faire la jeune vaurienne pour prévaloir dans ce jeu de dupes où les hommes ne sont rien face aux rois, où les rois ne sont rien face aux dieux, et où les dieux manipulent leurs pions sur l’échiquier cosmique ?

Comme vous le savez , la série Voro est un incontournable parmi les séries jeunesse du moment. L’auteur finnois Janne Kukkonen, issu du monde de l’animation, est parvenu à créer un univers fantasy cohérent et original, mâtiné d’influences et de références nordiques, dans lequel évoluent des personnages marquants et attachants.

Le scénario parvient à éviter le manichéisme primaire en nuançant son propos ainsi que les valeurs portées par les personnages. En effet, difficile de donner totalement tort à Ithiel lorsqu’il méprise le monde bâti par les hommes et qu’il fait part de son amertume quant à sa trahison. Cela ajoute de la profondeur au personnage, ce qu’oublient bon nombre d’auteurs pourtant chevronnés. Il arrive en effet assez souvent de voir un antagoniste bien méchant, fréquemment cruel, et qui de surcroît affiche de la satisfaction à faire le mâââl, si bien que l’on bascule bien trop souvent dans le cliché.

Ici, ce n’est pas le cas, et chaque personnage possède sa part d’ombre ainsi que des qualités rédemptrices, qui rendent le récit engageant et le distingue de la masse des récits fongibles aux personnages interchangeables.

Dans Voro, l’action est toujours spectaculaire et jamais prétexte, et l’auteur arrive à accroître sans cesse la tension dramatique jusqu’au dénouement, faisant de ces neuf tomes une saga épique et enthousiasmante qu’il sera toujours bon de relire à l’occasion.

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Manga en vrac #24: Dragonball Super #15 – Shangri-la Frontier #2 – Alma #4 – Centaures #6 – Fullmetal Alchemist (perfect) #9

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Attention très grosse fournée manga aujourd’hui pour rattraper un retard important pris en fin d’année! Des séries en cours avec quelques déceptions et de surprenants anciens qui font de la résistance…

  • Dragonball Super #15 (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2021, 192p., 15/17 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

dragon_ball_super_15_glenatDécidément quelle capacité de rebondissement chez maître Toriyama! Alors que le précédent tome paraissait mener vers un ultime essoufflement, ce quinzième remets avec malice une pièce dans la machine… La fin du combat contre Moro d’abord, qui arrive, chose incroyable, à proposer de l’originalité (vous aurez du mal à me croire je sais…) avec encore de très bonnes idées qui, insérées entre les poncifs, maintiennent le plaisir de lecture et le suspens des combats. Puis l’on bascule soudain sur un tout autre arc. Ces ruptures brutales font toujours bizarre mais en changeant radicalement le contexte, les personnages et le style dans un braquage spatial digne des meilleurs films d’action, l’auteur nous accroche immédiatement. On apprendra plus tard que ce nouvel arc est le premier de la série SUPER à être totalement décroché des animés et c’est plutôt bon signe tant certains volumes ont paru forcés par un cadre contraint. On va donc retrouver les Sayan (oui-oui, il, semble en rester) et un adversaire du passé convoqué de manière cohérente à notre plus grand plaisir. Une fraicheur qui pousse jusqu’à quatre Calvin, une sacrée perf pour une série aussi éculée!

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  • Shangri-la Frontier #2 (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021, 192p., 2/6 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

shangri-la_frontier_2_glenatTrès sceptique sur tout manga se réclament du genre Isekai j’avais été obligé de reconnaître la pertinence du choix de Glénat de publier ce qui est calibré comme un blockbuster.

Je ne vais pas m’attarder sur le scénario (on reste intégralement à l’intérieur du jeu pendant ce volume) mais insisterais sur la grande qualité de dessins d’une lisibilité remarquable que ce soit dans les incessantes séquences de baston que dans la présentation des personnages, lieux, et tout ce qui fait ce jeu de rôle massivement multijoueur. La richesse du système et de l’univers donne vraiment le sentiment de lire un guide illustré d’un jeu existant réellement. On se demande d’ailleurs si les auteurs n’ont pas produit cette série dans le seul but d’être recrutés par un studio de jeux vidéo majeur! Hormis les allergiques à la logique du gaming (qu’on peut résumer par: découvrir, optimiser, combattre, discuter), tout le monde se prendra au jeu d’une série qui confirme sa grande proximité avec le franco-belge Bolchoi Arena (avec la part dramatique en moins). Ce second opus confirme donc totalement la bonne réception du premier et déroule sans forcer, avec plaisir, sans réfléchir. Du très bon manga détente dont j’attend la suite.

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  • Alma #4 (Mito/Panini) – 2021, 208p., 4/4 volumes parus.

alma-4-paniniLe volume se compose donc de la conclusion de la série plus neuf pages d’illustrations bonus, une Bible d’univers de trente pages, d’une post-face sur la genèse et de l’histoire courte qui a donné naissance à la série.

Très bien commencé, un peu empêtré en son milieu, Alma se conclut un peu piteusement avec un final centré sur Trice et sa rencontre avec Ray, en forme de flashback. Doté de références patchwork, peinant à donner une ligne claire et se perdant par moment dans des réflexions compliquées, Alma est le type de première œuvre très ambitieuse mais dont l’auteur n’aura pas maîtrisé tout le potentiel. Ce final n’est pas inintéressant mais une fois les révélations majeures sorties dans le volume précédent on se perd un peu dans des prolongations qui semblent superflues et un message type des manga pour ado et leur message de vie… Dommage, certains design étaient vraiment élégants et quelques idées sur la post-humanités inspirées. On attendra donc la prochaine série de l’auteur qui aura sans doute muri et son trait et son propos.

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  • Centaures #6 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021, 192p., 6/6 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

centaures_6Même constat que sur le cinquième tome (qui ouvrait le dernier cycle de la jeunesse) et sur Ashidaka: l’autrice bourrée de talent a bien du mal à mener de front autant de projets et sa grande technique ne suffit pas à habiller des pages résolument vides et à l’apparence de crobars (certes très élégants mais vraiment rapides). En outre ce volume est scindé en son milieu entre la fin de l’histoire de Matsukasze (nous expliquant comment le jeune centaure un peu benêt est devenu le démon rouge qui terrorise les humains) et celle de Kohibari. Frustrant car on arrive un peu tard sur ce personnage qui ne nous apprend guère plus que le premier cycle sur son origine. Ce volume semble avoir été réalisé sur la forme d’historiettes prolongeant les précédents, avec ici pour objet de reboucler avec des premières pages de la série certes percutantes mais un peu abruptes. On lui saura donc gré de rendre plus intelligible le premier tome (avec nécessité de le relire donc!) mais il faudra vraiment qu’avec la fin de cette série l’autrice se recentre et prenne le temps de finaliser ses albums. Son talent l’exige!

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  • Fullmetal Alchemist (Perfect edition) #9 (Arakawa/Glénat) – 2021, 308p., 9/18 volumes parus.

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Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_9_kurokawaCoup de coeur! (1)Last but not least, vous avez sous les yeux braves gens pas moins que le meilleur tome de FMA depuis le commencement (jusqu’ici en tout cas)! Dans une lente progression, la saga de Arakawa est passée tranquilou-bilou de trois à quatre Calvin avant d’aboutir à ce coup de cœur de noirceur qui exploite l’action incessante et les cliffhangers éhontés (mais tellement savoureux) pour nous laisser en apnée sur des révélations majeures. A la moitié de la série il fallait bien cela! On dira que tout le dramatis personae est en place et que la grande bataille peut commencer, avec des héros multiples et dans de beaux draps. Maîtrisant comme personne la nécessité de produire de magnifiques méchants, l’autrice nous envoie Ed dans un combat rageur contre Glutony avant de le confronter à nouveau avec la Porte. Le roller-Coster émotionnel est à son comble et si certains volumes ont parfois trainé en explications politiques, il ne faut ici pas moins des trois-cent pages pour avancer ce tome bourré d’action. Il est très rare que je mette une telle note à un shonen et l’édition décidément superbe apporte en outre des informations très intéressantes sur les personnages dans les croquis inclus sur la reliure.

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*****·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Les compagnons du crépuscule – Intégrale

BD François Bourgeon.
Delcourt (1984-2021), 272p. Intégrale.

La trilogie des Compagnons du Crépuscule est composée du Sortilège du bois des Brumes (1984), des Yeux d’étain de la ville glauque (1986) et du Dernier chant des Malaterre (1989), sortis tous trois en version brochée après publication dans la revue (A suivre) de Casterman, les deux premiers volumes comportant douze pages de bonus. Les ouvrages sortent ensuite en version reliée. Après un conflit de l’auteur avec son éditeur le catalogue de Bourgeon est repris par les éphémères éditions 12Bis avant d’être récupéré par Delcourt après 2010. Après l’intégrale 12 bis de 2010 qui ne comprend que les pages des BD, Delcourt sort une version toilée agrémentée de bonus et cette année une nouvelle version de 2021.9782413001850-001-x

Celle-ci dura dit-on cent ans… ainsi commencent les chroniques des Compagnons du crépuscule, trio de rêveurs parcourant la France de 1300. Un pays en guerre, un pays de légendes plus que de croix. C’est sur les pas du chevalier, d’Anicet et de la rousse Mariotte que François Bourgeon bâtit sa légende d’orfèvre de la langue ancienne comme du dessin. Une trilogie mythique, exigeante, que tout amoureux de BD se doit de connaître!

Coup de coeur! (1)François Bourgeon est un auteur unique de par une bibliographie résumée à trois séries. Trois séries majeurs qui se remarquent par le phénoménal travail documentaire qu’elles ont demandé, y compris pour la dernière, le cycle de Cyann, dans le genre SF. La trilogie des Compagnons du Crépuscules paraît juste après la conclusion du cycle historique des Passagers du vent (sa prolongation récente n’ayant que peu de liens). Je vous renvoie à mes précédents billets sur l’auteur sur ce point.

Un pas vers la Bédéthèque idéale. Episode 2. - Voyage au centre de la BDL’intégrale comprend donc trois volumes, malheureusement sans aucun bonus pour l’édition 12 bis que je possède. La dernière édition Delcourt qui sort ce mois-ci semble mieux équipée mais je ne saurais vous renseigner sur les annexes…

Nous rencontrons Mariotte, la véritable héroïne (les femmes, toujours les femmes chez cet auteur on ne peu plus féministe et moderne sans jamais tomber dans l’anachronisme!) dès les premières pages du Sortilège du bois des Brumes, qui devient rapidement fidèle d’un chevalier errant ayant voué sa vie à combattre la malmort et les Trois forces, obscure puissance fondatrice du monde structurant un Moyen-Age parcouru de paganisme et de légendes. Car ce breton d’adoption qu’est Bourgeon adopte un univers fantastique (ou plutôt onirique) réaliste que reprendront des années plus tard ses disciples intellectuels sur Servitude. Ses fae et autres Douars sont transcrits comme des créatures probables. Si le versant magique et monstrueux qui fait le sel des deux premiers volumes se situe dans les rêves du chevalier, étrangement relié à ses compagnons par l’esprit, il n’en vise pas moins à imaginer un autre monde fait des mêmes pulsions sexuelles et violentes que ce XIV° siècle. Sommé par des lutins aussi lubriques que cannibales de chasser le grand démon qui les harcèle, le chevalier sans visage partira dans un voyage initiatique où le souvenir de la mort atroce de sa belle continue de le hanter… Remarquablement structuré sur un format classique de quarante six-planches, ce premier volume pose les bases d’un univers où la langue revêt une aussi grande importance que le dessin.

Compagnons du crepuscule (les) #3: le dernier chant des malaterre |  9782356480620 :: BdStock.frDans le second volume, les Yeux d’étain de la ville glauque, le trio s’allie à une jeunette et part en une revisitation de la cité dYs où les Douars ont mis les lutins en esclavage. Structuré en un parallèle fort complexe entre la quête des Compagnons et celle d’un garçon mystérieux, ce second tome est plus magique et moins prenant que le précédent et perdant un peu son lecteur dans les arcanes du temps et de l’espace. Tant graphiquement que dans les thèmes abordés, on a un peu de mal à entrer dans cette aventure.

Le troisième tome, d’une pagination triple et structuré en quatre parties, est le chef d’œuvre absolu de l’auteur voir de toute la BD franco-belge. Création d’un auteur au sommet de son art, Le dernier chant des Malaterre est de ces très rares chocs que la BD peut procurer et qui rendent difficiles les lectures suivantes. Véritable somme historique, sociologique, conte d’une sophistication folle qui raccroche l’Histoire à la Légende et inscrivant subtilement la destinée des Compagnons dans ceux du mage Merlin, l’album est d’une lecture exigeante, tant par son langage proche de l’ancien français que par le nombre d’allusions qui se rejoignent finalement et par l’intrication des intrigues. De son envie de Moyen-Age François Bourgeon reste cohérent avec le soupçon fantastique et boucle l’histoire de son chevalier sans que l’on sache bien si le tout était dans son esprit dès l’origine ou (plus brillant encore) s’il a raccroché une histoire à ses premières idées. Difficile de résumer l’intrigue de cet ultime opus qui décrit autant le quotidien brut des gens de l’époque qu’une intrigue amoureuse et politique dans l’ombre des donjons.

Les Compagnons du Crepuscule 3 Le Dernier Chant des Malaterre 1 par  Francois Bourgeon | Bandes dessinées de sexe en françaisJe parlais de la langue. La qualité littéraire et presque poétique de ces ouvrages reste unique dans l’histoire de la BD. Jouant tout à la fois sur le langage vulgaire de l’époque et sur une musique de la langue qui forme comme des alexandrins, l’auteur régale les oreilles autant que les yeux. Rarement la finesse et la précision du trait comme du texte auront été autant à l’unisson. Si le dessin évolue bien évidemment pour trouver sa maturité pleine dans Malaterre, le texte est magnifique dès le début.

L’univers décrit dans la trilogie est rude et donne le sentiment d’un documentaire caméra à l’épaule. L’auteur ne nous aide guère en coupant parfois une scène, créant des hors champ frustrants et des ellipses qui demandent de rester concentré pour bien saisir l’évolution de l’intrigue. On reste sidéré par les détails qu’ils soient langagiers, de coutumes, de décors ou d’habits. En cela les Compagnons du Crépuscule donnera naissance bien plus tard aux magnifiques séries récentes Servitude et L’Age d’or où l’on retrouve cette envie de réalisme et de poésie, cet aspect documentaire, cette place des femmes et ce rattachement à la Légende…

Les Compagnons du crépuscule, tome 2nd | Le Dino BleuVous l’avez compris, si la trilogie dans son ensemble vaut le détour, Le dernier chant des Malaterre vaudrait une critique à lui seul tant il est une perfection de culture, d’art et de narration. Il n’est pas étonnant que Bourgeon ait ensuite voulu partir dans les étoiles avec le Cycle de Cyann où il tenta de reproduire ce réalisme dans un univers SF… sans le même succès selon moi. Un des derniers géants de la BD, bien moins médiatique que d’autres, Bourgeon doit être lu par tout amateur du neuvième art et l’ultime tome des Compagnons du crépuscule se doit de figurer dans toute bibliothèque, au risque d’entraîner relecture sur relecture…

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*****·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Wynd #1: L’envol du Prince

Premier tome en 260 pages d’une trilogie écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution le 20/08/2021 aux éditions Urban Comics, collection Kids.

Un vent de changement

Coup de coeur! (1)

Wynd pourrait être un adolescent classique, s’il ne vivait pas à Tubeville, une enclave qui isole le dernier royaume humain d’un monde empli de créatures magiques malfaisantes et difformes. Recueilli très jeune par Madame Molly et sa fille Olyve, Wynd donne un coup de main au Noir de Jet, l’échoppe tenue par Molly, et profite de la moindre accalmie en cuisine pour s’éclipser sur les toits, et observer de loin les jardins royaux, car il n’est pas indifférent au charme de Ronsse, l’apprenti jardinier.

Cependant, Wynd cache un secret qui lui gâche la vie: ses oreilles pointues, signe qu’il appartient aux Sang-Blet, réceptacles d’une magie corruptrice dont les humains doivent s’éloigner à tout prix. Le jeune garçon doit donc dissimuler sa nature véritable à tout moment, sous peine d’être traqué et tué par les soldats du Roi, dont le plus redoutable est celui que l’on nomme l’Écorché, dont l’efficacité notoire a causé la mort de nombreux sang-blet qui tentaient de trouver une vie normale dans l’enceinte de Tubeville.

De son côté, Ronsse, l’apprenti jardinier, rend visite à son ami d’enfance le prince Yorik, qui va devoir très bientôt devoir reprendre les rênes du royaume et perpétuer les Lois du Sang et l’épuration ethnique qui en constituent la base. Mais un complot se trame pour l’accession au trône, et Yorik n’est plus en sécurité. Yorik, Ronsse, Wynd et Olyve vont se retrouver embarqués dans une quête effrénée pour quitter Tubeville devenue inhospitalière, afin de rallier Norport.

Remarqué pour son passage sur Batman et Justice League, James Tynion IV livre une œuvre plus personnelle et nous introduit à un univers original empruntant à la fantasy. Dès les premiers chapitres, l’auteur parvient à mettre en lumière un protagoniste attachant et un casting cohérent qui fonctionne parfaitement sur l’ensemble de l’album, et promet même une épopée enrichissante sur les deux autres tiers de la trilogie.

L’album sait prendre son temps pour nous familiariser avec ses héros, les enjeux et les règles de son univers, et faisant preuve d’une étonnante maturité dans ses dialogues et dans le traitement de la psychologie des personnages.

Avec subtilité et sans forceps, le scénariste imprègne son histoire de la thématique essentielle de l’acceptation de soi, mais aussi de celle de la quête d’identité. Les univers fantasy sont souvent le terrain propice à la parabole sur le racisme, et Wynd en fait ici les frais, ce qui donne une profondeur supplémentaire à cette série qui montre déjà de grandes qualités d’écriture.

Michael Dialynas nous emmène dans des décors parfois intimistes, parfois grandioses, avec des paysages urbains mais aussi une nature sauvage et indomptée, empli de créatures bigarrées, qui peuvent se révéler majestueuses, effrayantes ou attendrissantes.

Wynd est donc une sacré bonne surprise, le seul point négatif, et il n’est toutefois pas des moindres, c’est qu’il va falloir attendre la suite !!

*****·BD·Jeunesse

La Princesse Guerrière

La BD!

Histoire complète (plus ou moins) en 162 pages, écrite et dessinée par Alexander Utkin. Parution le 25/08/2021 aux éditions Gallimard Jeunesse.

Pendant ce temps dans les steppes

Coup de coeur! (1)

Dans le précédent article, nous faisions connaissance avec le Roi des Oiseaux, grâce à Gamaïoun, la femme oiseau qui sait tout et se fait un devoir de nous raconter les meilleures histoires qu’elle a en mémoire.

Cette fois, elle prolonge le récit aux multiples ramifications qu’elle avait entamé dans le précédent opus. On débute notre épopée aux côtés de Vassilissa, qui pour sauver son père des machinations de sa perfide marâtre, doit se rendre auprès de la redoutée Baba Yaga, au cœur de la forêt, et passer plusieurs épreuves mortelles. Pour cela, elle sera aidée par sa petite poupée, artefact magique hérité de sa mère, et qui pourrait bien la tirer d’un mauvais pas ou deux.

Les circonvolutions de la légende nous mèneront ensuite aux côtés de John, fils benjamin d’un roi insulaire du Sud, qui brave à son tour les dangers de la forêt et passe un accord avec Baba Yaga pour sauver son père malade. Après l’échec de ses frères aînés, John réussit à récolter les pommes d’or tant convoitées mais doit faire face à leur trahison. Et c’est là qu’intervient la fameuse Princesse Guerrière, qui a bien l’intention d’obtenir réparation suite au vol de ses pommes.

Ba-ba-ba, Baba Yaga

Alexander Utkin nous régale encore une fois en puisant dans le folklore slave ! Ce second opus s’articule lui aussi autour d’un récit choral et interconnecté, ce qui nécessite, non pas pour une bonne compréhension mais plutôt pour un plaisir optimal de lecture, d’avoir lu attentivement le Roi des Oiseaux, afin de saisir toutes les connexions qui unissent ces histoires extraordinaires.

Le ton est toujours naïf, certes, manichéen diront certains, mais après tout, ce sont des contes, des morceaux de sagesse populaire pleins de magie et de créatures en tous genres, censés nous communiquer une morale. Les personnages sont toujours attachants, de John le prince sous-estimé à la Poupée en passant par la Baba Yaga (que je ne connaissais qu’à travers la série Hellboy, et donc pas forcément sous un jour très favorable), et participent à donner à cet ensemble un caractère intemporel.

Côté graphique, Utkin fait encore des merveilles, à travers un trait gras aussi épais que naïf. Son bestiaire notamment, est fascinant, empli de créatures chimériques qu’un Guillermo Del Toro lui envierait certainement.

La Princesse Guerrière confirme le talent de son auteur, un coup de cœur assurément !

*****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le Grand mort

BD de Loisel, Djian, Mallié et Lapierre (coul.).
Glénat (2008-2019), 474p., Intégrale des huit tomes.

Le Grand Mort - Intégrale Tomes 05 à 08

Coup de coeur! (1)Lorsque Pauline débarque au fin fond de la Bretagne pour bosser son mémoire, elle ne se doute pas de l’aventure qu’elle va vivre. Une aventure intime et temporelle où elle trouvera l’amour, un enfant, et se retrouvera confrontée à des enjeux dépassant l’imagination et mettant le monde en péril lorsqu’un déséquilibre surviendra entre les deux réalités… 

Vincent Mallié - le site officielDe Régis Loisel on a plus lu d’albums en tant que scénariste que comme dessinateur. Parmi les Grands Anciens de la BD il a pourtant posé une marque indélébile sur toute une génération de dessinateurs et l’on retrouve souvent son style graphique sur les planches de ses collaborateurs… ce qui pose quelques questions tout de même. Si le cycle Avant la Quête vise logiquement à inscrire une filiation graphique avec le cycle mythique dessiné par Loisel, sur le Grand mort on peut s’interroger sur un certain narcissisme à demander à un artiste chevronné comme Vincent Mallié (qui a alors dix ans de carrière, un style solide et la très belle série Les Aquanautes sur son CV) de singer sa patte. Mallié s’en sort excellement en rappelant des aspects si connus du style Loisel, fait de hachures, de créatures aux yeux rouges et de pulpeuses donzelles. Là n’est donc pas le problème. Mais on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi Loisel n’a pas dessiné lui-même la série. Bref…

Dossier Le grand mort T.4 - INTERVIEW DE LOISEL, DJIAN & MALLIÉJ’entends parler depuis fort longtemps de cette série qui au-delà de l’aspect patrimonial de son auteur bankable jouit d’une aura tout à fait remarquable, celle d’un classique de la BD. Je dois dire que sur le démarrage j’ai eu un peu peur, le premier tome (et le pitch) faisant craindre une énième histoire de passage entre deux mondes. Pourtant, si certains dialogues peuvent sembler faiblards sur le premier volume, dès le second et le retour dans notre univers s’installe la dramaturgie nécessaire alors que la quête d’Erwan pour retrouver sa belle s’étire. Va t’on retourner voir le Petit peuple? Que s’est -il passé pendant le « voyage » pour que le monde que l’on connaît sombre progressivement dans un chaos pré-apocalyptique? La progression vers le sombre est remarquablement bien menée et le triptyque de personnages fonctionne à merveille jusqu’à la moitié de la série où les explications sur les liens entre les univers et la finalité du Plan est révélée. Très malin, le scénario utilise donc un premier tome pour proposer une normalité du fantastique plutôt triviale et quelques heures de l’autre côté où tout va se jouer sans que l’on ne puisse en percevoir grand chose. Ainsi la bascule progressive dans le chaos de ce qu’il faut bien appeler une Fin du monde est d’autant plus choquante que la découverte s’étire sur un récit itinérant visant à faire se rejoindre au bout des huit tomes les deux groupes que constituent Erwan et l’enfant d’un côté, le duo de copines de l’autre, traversant une Bretagne où elles observent les effets de la catastrophe.

Preview BD Le Grand Mort T7 : Dernières migrations - GlénatUne des grandes réussites de la série repose sur des personnages pas si caricaturaux qu’ils ne semblent. A commencer par une relations étrange, dérangeante, entre la mère et la fille. Fécondée on ne sait comment, Pauline soupçonne très tôt sa fillette au faciès si étrange d’être liée aux catastrophes qui l’entourent. Erwan de son côté, semble peu touché par le chaos environnant et les étrangetés qui surviennent. Nouant un lien plus facile avec la fillette, il finit par réaliser que sa bienveillance naturelle est peu de choses face à la noirceur de l’enfant… Au-delà des thématiques sociales esquissées, du handicap, de l’adoption ou des relations parentales, c’est bien le principe de l’Antéchrist qui est convoqué par Loisel et Djian dans Le Grand mort (titre qui reste d’ailleurs énigmatique jusqu’à la conclusion…). Un Antéchrist que l’on a peine à accepter enfant, marqués que nous sommes par les schémas narratifs évoluant inéluctablement vers une forme de rédemption, de pardon. Or chez Loisel (comme sur son Peter Pan d’ailleurs) peu d’appétence pour le manichéisme et les bons sentiments. Son enfant est noire, criminelle, maléfique. Sans jugement puisque cela a une raison expliquée, mais avec Erwan nous finissons par reconnaître que cela ne peut pas continuer ainsi et qu’aux grands maux les grands remèdes… dérangeant disais-je!

Le Grand mort – Tome 8 – Renaissance | Un Amour de BDIl en est de même avec les deux copines dont on soupçonne un début de jalousie… qui n’ira pas dans le sens attendu. Très difficile d’anticiper une évolution des personnages dans Le Grand mort tant une forme de réalisme englobe le tout. Cette lecture à l’ère du Covid est particulièrement marquante car on aura rarement disséqué aussi longuement et finement la disparition de nos sociétés. Le genre post-apo prévoit généralement un avant ou un après… très rarement le déroulé de la Fin. Fervent partisan de la mise en scène de l’apocalypse (avec en point d’orgue la fameuse scène cataclysmique d’Akira), depuis le Chninkel ou Universal war one j’ai rarement été autant soufflé par la pertinence et la force d’une telle mise en scène… qui n’est pas là que pour le spectacle mais bien pour décrire les conséquences concrètes d’un délitement civilisationnel.

Laissant finalement le Petit peuple et son esthétique de créatures « à la Loisel » dans un coin, la série se déroule ainsi très majoritairement dans notre monde en mettant en scène des êtres humains dans la tourmente. Jusqu’à la toute fin on ne saura ni pourquoi ni comment en finir, et finalement, est-ce bien le but? Œuvre remarquable d’intelligence et de radicalité, Le Grand Mort est pour l’heure le chef d’œuvre de Loisel à égalité avec La Quête de l’Oiseau du Temps (et pour des raisons assez similaires quand on y regarde de près…), sur les dessins toujours efficaces de Vincent Mallié, dessinateur injustement méconnu et dont la précision s’affine série après série et donne envie de se plonger dans le tout récent Ténébreuse qui vient de paraître chez Dupuis.

Le second et dernier tome de l’intégrale sort ne 17 novembre chez Glénat-Vent d’ouest

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