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Jazz Maynard: la trilogie barcelonaise

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Raule et Roger
Dargaud (2007-2009), premier cycle en 3 volumes. Intégrale n&b 138 p.

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La série Jazz Maynard se termine cet automne avec un septième opus qui conclut les deux cycles (la trilogie barcelonnaise et l’islandaise). Chaque album est disponible en version simple couleur et la première trilogie est parue en intégrales grand format couleur et n&b. Cette dernière est assortie d’une passionnante préface du scénariste Raule qui raconte l’origine du personnage et de la série, ainsi qu’un cahier graphique final qui achève de nous faire tomber la mâchoire si celle-ci n’est pas totalement décrochée après cent trente pages d’encrages virtuoses.

« Jazz » Maynard est un enfant de la rue, de la nuit barcelonnaise. Revenu d’un séjour de dix ans aux Etats-Unis, il retrouve les saveurs, l’ambiance des clubs et la musique de sa trompette. Il retrouve aussi son pote Téo, spécialisé dans les embrouilles, la pègre locale et la police corrompue. Jazz aime la musique et la paix. Mais lorsqu’on touche à ses proches il est obligé d’intervenir…

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger"J’ai découvert la série Jazz Maynard tardivement car les couvertures ne m’avaient pas attiré et que je croyais avoir affaire à une BD musicale. Lorsque je suis tombé dedans j’ai été scotché par deux choses: la puissance des encrages et le sens du mouvement. Roger est un virtuose capable en deux traits de suggérer un geste, une intention. Comme pour Ronan Toulhoat, autre dessinateur très encré, sa colorisation est assez monochrome et peut décevoir. Le fait de le lire en grand format noir et blanc confirme plus que jamais la puissance de son intuition graphique. Sous un aspect parfois grossier (notamment sur le premier tome) avec des visages caricaturaux, littéralement coupés au couteau, transformant certains sbires presque en androïdes et les femmes aux formes extrêmement plantureuses, il propose des planches à la force cinématographique rarement vue. J’ai coutume de dire que la supériorité de la BD franco-belge est basée sur le fait que ses dessinateurs ont digéré les atouts du manga et du comics pour en proposer une synthèse adulte et artistique. On en est là avec Jazz Maynard où les traits parfois non finis sur la planche encrée et destinés à être comblés par la couleur… se suffisent à eux-même et laissent la mémoire visuelle du lecteur faire le boulot avec une impression de mouvement saisissant.

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger"Monté comme un film avec des changements de plans fréquents qui participent du mouvement, le premier cycle emprunte au polar hong-kongais avec une cité nocturne gangrenée par les mafia autant que par la corruption et où ce n’est pas le côté de la barrière du crime où on se situe qui définit les bons des méchants mais la seule morale. On ne sait rien de ce mystérieux jazzman-cambrioleur hormis qu’il a passé dix ans aux Etats-unis après une enfants crapuleuse à El Raval. Ce sera le second cycle qui s’attellera à nous raconter par flash-back successifs ce que le jeune homme y a trouvé: une famille et un mentor… La trilogie barcelonnaise a le bon goût de ne pas trop en vouloir, s’appuyant avant tout sur le visuel et les situations (souvent cocasses par l’énormité des gangsters). Comme dans les films de Hong-Kong, le héros est un Image associéeacrobate hors-pair, se retrouve au milieu d’imbroglios mêlant les pires crapules de la ville autour d’une obscure affaire de pièce de monnaie. Les combats contre les golgoth roumains ou contre les fils de Kaïn, ces ninja glabres à la rapidité tranchante sont un summum de bonheur graphique qui nous ramène aux glorieux jours où maître Masamune Shirow faisait combattre Dunan Nuts. Le dessinateur a tellement bien assimilé la science du cadrage qu’il joue subtilement de techniques telles que l’Eyefish, les perspectives faussées ou le hors champ sans que l’on ne remarque rien et sans jamais sacrifier la finesse de ses arrières-plans.

Si les planches sont à tomber, le scénario est aussi simple et efficace qu’un Tarantino, s’appuyant sur l’essentiel: les personnages. La galerie est impressionnante et présentée sans temps morts, entre les deux policiers cousins débiles, le commissaire « chevalier » blanc et sa technique de la négociation en caleçon, les trognes impayables du gang de Judas (quel nom!) Melchiot, l’acolyte Téo évidemment (qui a des accents du Simon Ovronaz de Largo Winch), mais aussi la vieille clocharde, etc; c’est à peu près tous les personnages de la BD qui marquent visuellement ou verbalement! Le premier cycle est construit logiquement en trois sections: l’arrivée mouvementée de Jazz en Espagne et l’explication rapide de son passé récent, le braquage du gang roumain, le rassemblement de tout le monde pour le final explosif. Sur le second cycle les auteurs perdront un peu la précision métronomique de leur série avec une intrigue d’espionnage un peu étrange qui transpose les héros en Islande sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi et surtout les séquences de la jeunesse, les plus intéressantes, mais qui hachurent le récit et l’action. L’ensemble de la série reste excellente bien sur mais on aurait aimé une série au plus long court pour découvrir d’autres lieux, d’autres facettes de ce personnages fascinant.

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger noir et blanc"Si l’irruption de Ralph Meyer (autre virtuose) dans le Western a marqué ces dernières années (notamment du fait du battage sur sa « filiation » avec le dessin de Jean Giraud), Roger Ibanez est pour moi une révélation tout aussi impressionnante, marquante et dont les dessins bruts montrent également en toute évidence l’influence du papa de Blueberry. Auteur discret et besogneux il a une productivité lente et l’on comprend qu’il n’ait pas souhaité s’enfermer toute sa carrière sur un personnage aussi charismatique et commercialement efficace que Jazz Maynard. J’espère vivement que la conclusion que les espagnols nous offriront sera à la hauteur, jusqu’à la prochaine perle qu’ils vont nous fabriquer. En attendant tout amateur de dessin encré qui ne connaîtrait pas encore Jazz Maynard se doit de rattraper ce manque!

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Rio

BD du mercredi
BD Louise Garcia et Corentin Rouge
Glénat (2016/2019), 62/78 p, Série finie en 4 volumes.

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Je profite de la sortie récente du quatrième et dernier tome de cette saga sociale sur une favela brésilienne pour chroniquer l’ensemble d’une série que je ne connaissais pas, n’attendais pas et qui m’a littéralement bluffé, tant visuellement que scénaristiquement. D’ors et déjà une des révélations de cette année!

La favela de Beija Flor est une terre de non droit, une cité autonome dans Rio de Janeiro où les gangs ont établi leur loi et leur organisation autonome. Rubeus et sa sœur Nina naissent dans cette jungle où personne ne peut dire si le plus dangereux vient des trafiquants ou de la police militaire corrompue. Une sombre malédiction semble peser sur cette famille qui ira de tragédie en tragédie, aux couleurs de la violence endémique du Brésil de ses cités où bien malin peut déterminer où est le bien et où est le mal…

Résultat de recherche d'images pour "rio corentin rouge"Pour commencer si les dessins choisis pour les couvertures de cette série sont moyennement attrayants, le titre est particulièrement mal choisi et assez feignant. Si l’action se situe à Rio, c’est surtout la favela Beija flor qui est l’acteur principal de cette chronique familiale, mythologique, sociale, policière… que l’on ne peut définir tant sa richesse nous emmène visiter un nombre de thème impressionnants sur seulement quatre albums. Le modèle de Rio est surtout celui des séries policières comme The Wire ou bien entendu le cinéma social de Fernando Meireles et sa Cité de dieu. Je précise cela car il est dommage que le premier outil de communication de cette BD qu’est la couverture n’attire pas plus de lecteur pour en faire une tête de gondole qu’elle mériterait…

Ce qui marque donc dans Rio c’est la profusion de personnages (à commencer par la favela que l’on respire, ressent, grâce à une reconstitution absolument documentaire de Corentin Rouge) et une construction qui interdit toute anticipation. Comme une chronique du lieu, on nous parle de corruption, de l’influence des ONG, de la dureté de la vie des enfants de rue, de l’absence d’Etat, de trafic, de violence, de culture brésilienne,… Image associéeTout intéresse les auteurs qui baladent leur focale sur l’océan de sujets et de personnages. Le fil conducteur est bien ce Rubeus dont la mère, indicateur de la police a été tuée par l’officier corrompu qui la faisait chanter, ordure magnifique que l’on apprendra à connaître avec ses faiblesses tout comme le héros n’est pas un ange non plus. Car dans cette série rien n’est manichéen, tout est bien et mal car on ne juge pas. La constante est la violence inhérente au lieu et à sa société qui oriente les action de tout le monde, avec ses passions, ses petites faiblesses, son humanité. La cohérence scénaristique qui donne toute sa force au scénario repose sur le réalisme des décisions des protagonistes. Il n’y a pas plus de personnage principal que secondaire dans Rio car tous ont pour rôle de faire comprendre un contexte. Au risque de dérouter le lecteur qui est lancé dans les premières pages sur une histoire de vengeance familiale et constate bien vite que ce destin est bien chaotique, bien incertain.

Cette densité de contexte est photographiée par la technique impressionnante de Corentin Rouge, élève des Arts décoratifs tout comme Lauffray, Bajram et d’autres qui ont pour point commun leur maîtrise technique infaillible qui donne un mouvement et une précision aux décors comme aux anatomies et font des planches des films. A chaque case l’on est impressionné par des traits, pas nécessairement fouillés, qui sont d’une telle justesse que l’on a l’impression d’un photo-réalisme. Quand une scène est vue sur trois ou quatre cases de plans différents, les personnages et objets sont positionnés au millimètres, avec une gestion de l’éclairage et des perspectives identiques. Une précision et une exigence qui impressionnent. Résultat de recherche d'images pour "rio corentin rouge"Si les japonais ont inventé le mouvement, les cadrages, la mise en scène seules permettent d’atteindre la même efficacité sans les artifices typiques du manga, ces lignes de mouvement. Chaque détail permet de donner un mouvement, un bruit, une impression. Rien n’est délaissé, à commencer par les visages, ribambelle de trognes tantôt puissantes, tantôt déglinguées, mais que l’on a toujours le sentiment d’avoir vues dans la vraie vie. Un art du mouvement et une précision varandienne qui impressionnent.

On peut chercher des éléments perturbants, des défauts dans cette série, comme ces scènes récurrentes autour de la sorcière qui paraissent hors cadre, avant de réaliser que tout trouve sa place dans le puzzle scénaristique. Je n’attendais rien de particulier en commençant ma lecture et constate en refermant le dernier tome que cela fait longtemps que je n’ai pas eu une telle densité en BD (peut-être depuis Servitude, ou les Compagnons du Crépuscule…), avec le sentiment que chaque album est différent tout en faisant progresser une trame que l’on ne peut pas lire mais qui nous transporte au Brésil en plein documentaire. Une série impressionnante et un dessinateur extrêmement doué qu’il faudra surveiller de très près dans les années à venir.

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***·****·*****·Comics·East & West·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Sushi & Baggles #19

esat-west

  • Radiant #12 (Tony Valente/Ankama) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

couv_372451Attention le nouveau Radiant est arrivé, avec une jaquette toujours aussi belle, centrée sur les personnages… qui sont la grande réussite de la série. Tony Valente aime ses personnages et les développe tous à fonds , si bien que lui comme nous ne sait plus où donner de la tête tant les possibilités sont nombreuses. Qui est un personnage principal, secondaire, tertiaire? …impossible de le dire tant tous ont leur moment de bravoure. D’ailleurs ce volume est l’un des rares à être quasi exclusivement centré sur un side-kick, à savoir l’anti-héros Doc, aux prises avec les affreuses sorcières de la Mesnie. Dans des dessins toujours aussi virtuoses et minutieux, l’auteur nous fait hurler de rire avec ses millions de mimiques et jeux de langues (donc Doc, si vous vous souvenez, est le spécialiste). Un volume axé baston qui se termine explosivement à Bôme et nous propose, encore, plusieurs nouveaux personnages de grande qualité. Tony Valente a déjà confessé dans ses discussions de fin de volume que son univers était assez riche pour plusieurs dizaines de volumes et on le croit volontiers tant on a plaisir à replonger et découvrir le monde de Radiant à chaque volume. Déjà douze et on a l’impression que l’on vient juste de commencer… Vivement la suite!

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  • Atomic Robo #2 (Clevinger/Wegener/Casterman) – 2019, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour leur confiance.

couv_366465Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Le Robot le plus bourrin du XX° siècle revient chez Casterman Paperback… et surement pour longtemps puisque l’éditeur original IDW en est actuellement à 13 volumes publiés. Ceci explique pourquoi le background se révèle aussi progressivement sans explication particulière au sein des épisodes que contient chaque volume relié et construits comme des séquences quasi autonomes. A noter que les couvertures originales sont très jolies et que Casterman serait bienvenu de les intégrer (ce qui se fait habituellement en comics) dans les prochains tomes. Ce second épisode est beaucoup plus structuré que le premier avec une intrigue qui suit Atomic Robo lors du débarquement en Sicile. On découvre différents alliés, deux nouveaux méchants nazi, des machines, des soldats monstrueux et un verbiage incessant entre deux balles et trois explosions. J’ai trouvé du coup l’histoire plus sympa à suivre car moins hachée mais un peu plus sérieuse jusqu’à la dernière portion qui introduit un étonnant soldat québécois qui a dû donner beaucoup de mal aux traducteurs et qui nous propose des expressions qui vous laisseront aussi pantois que Robo… Voyons voir donc quel format nous réserve la suite que je suivrais personnellement avec beaucoup d’envie tant les dessins (quasi uniquement découpés en cases pleine largeur format cinémascope!) comme l’esprit de cette série qui ne se prend absolument pas au sérieux sont de petites sucreries bien agréables.

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  • Coyotes #1 (Lewis/Yarsky/Hicomics) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

displayimageMon expérience avec les albums Hicomics (la branche comics de l’éditeur Braguelonne) n’avais pas été très fructueuse jusqu’ici. Generation Gone ne m’avait pas totalement convaincu et le réputé Invisible Republic m’a laissé sur le côté… Heureusement Coyotes arrive et marque chez moi un intérêt soudain, non forcé, pour une oeuvre résolument originale, mêlant discours politique (un féminisme agressif faisant assez directement référence au comportement prédateur sexuels des hommes), une revisitation du mythe du Petit Chaperon rouge (l’héroïne est appelée Rouge et combat des loups…) et le principe de la guerre secrète entre deux entités ancestrales incarnant la force masculine et la féminité naturelle. Une base théorique très solide pour un premier tome (sur deux parus aux USA et qui doit conclure la série) construit façon puzzle, sans linéarité temporelle claire mais avec une recherche dans la narration, les dialogues et l’esthétique générale  qui accroche fortement le lecteur blasé des comics indé. Souvent le dessin me fait tolérer des intrigues pas toujours fabuleuses et je suis aux anges quand l’équilibre est trouvé entre le trait et le récit. Caitlin Yarsaki a un réel talent qui se ressent sur son premier album malgré des dessins un peu rapides par momentRésultat de recherche d'images pour "coyotes yarski". Ses visages (qui ont la particularité d’être très cernés… juste un style ou un reflet de la fatigue générale dans ce monde violent?) sont incroyablement expressifs et esthétiques, même quand elle dessine des mamies hystériques vociférant et la subtilité de ses planches réponds à celle de l’écriture qui joue délicatement de graphie (avec cette Duchesse dont les bulles sont habillée d’élégantes arabesques) et parfois presque de poésie. Dans cette histoire antique des hommes transformés en loups par d’anciennes reliques chassent les femmes. Un groupe de survivantes, les Filles perdues se réunit, se forme aux arts guerriers et part combattre son ennemi… Cette histoire mythologique permet de se dispenser de réalisme géographique comme temporel et l’on se plait à suivre ces personnages très forts dans une mise en forme où chaque case est travaillée. Coyotes a des lacunes comme tout premier album, mais il respire le talent et sort résolument du lot des comics indépendants. La bonne pioche de l’éditeur.

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Break, une histoire du Hip-Hop

Le Docu du Week-End
BD de Florian Ledoux et Cedric Liano
Steinkis (2019), 126 p., volume 1/2 paru.

bsic journalismMerci aux éditions Steinkis pour cette découverte.

couv_369031Steinkis fait partie des éditeurs qui publient peu mais bien, avec un vrai boulot sur l’objet livre. Mes critiques des albums de cet éditeurs sont généralement en rubrique BD Docu, ce qui explique le contenu additionnel qui permet de prolonger le thème traité par la BD. On en apprend beaucoup sur un sujet finalement peu connu hormis la musique Hip-Hop en elle-même. L’ouvrage contient en fin d’album un épais lexique détaillé sur des personnes, évènements ou termes « techniques » de la culture Hip-Hop ainsi qu’une biblio-musicographie. Comme d’habitude chez l’éditeur, ce travail très complet fait beaucoup pour la qualité globale de l’album. La couverture est, enfin, très réussie, à la fois attirante visuellement, fidèle à l’esprit de l’album et imaginative avec ce disque Vinyle évoqué. L’album a été réalisé à quatre mains scénario/dessins.

A la fin des années soixante, le Bronx est un ghetto de noirs pauvres au nord de Manhattan. On sait que c’est dans cette ville new-yorkaise que naissent le Rap et le Hip-Hop. Au travers de la jeunesse de deux jeunes frères, Marcus et Aaron qui se créent une identité et une appartenance l’un avec le Break-dance l’autre avec le Graf, c’est la genèse d’un des mouvements culturels les plus puissants du XX° siècle qui nous est proposé de découvrir.

Résultat de recherche d'images pour "break histoire hip-hop liano"Toutes les époques de l’histoire américaine ne sont pas également intéressantes. A l’heure d’un revival 80’s on constate le plus souvent que cette décennie est l’aboutissement des dix années précédentes où ce pays, des campus élitistes universitaires aux ghettos noirs, sort de ses fondements violents et racistes pour voir naître de véritables cultures modernes, urbaines. Si les noirs du sud avaient le blues qui leur permettait de vivre leur identité de peuple au travers bien souvent de la religion, les jeunes désœuvrés des villes étaient loin de ces anciens et la plupart du temps vivaient dans un monde de violence, de crimes, de délinquance. C’est le cas des deux héros de ce superbe album très inspiré de Florian Ledoux et Cedric Liano pour l’une de leurs premières publications BD, d’une maturité graphique et thématique remarquables.

extrait 1.jpgFlorian Ledoux est graffeur et spécialiste de la culture Hip-Hop. Sa très bonne connaissance de ce mouvement lui permet de dresser une description progressive, historique, de la naissance de ce que l’on connaît par des artistes mais sans avoir conscience du puzzle général. L’itinéraire à la première personne de ses deux frères va nous immerger au cœur de ce bouillonnement très localisé où l’on comprend qu’un contexte général (le racisme, l’incurie des autorités municipales et policières) voit naître quelque chose de gigantesque qui au départ n’était que la volonté de jeunes noirs de s’en sortir hors du crime en revendiquant une fierté raciale et communautaire. C’est cela la culture, une appartenance. On retrouve un peu des éléments qui faisaient la réussite du précédent ouvrage de l’éditeur, Redbone. Ainsi l’aîné va commencer comme membre d’un des gang noir qui faisaient la loi et la structuration (par l’entraide autant que le trafic) du Bronx dans les années soixante-dix en remplaçant une municipalité totalement absente. On effleure le mouvement musical des clubs disco qui touche toutes les villes et où les noirs avec leur technique de Break-dance éprouvée dans les soirées DJ sauvages des rues vont être utilisés comme danseurs et comprendre qu’ils peuvent gagner de l’argent hors des gangs. Cette évolution est passionnante car l’on suit parfaitement cet itinéraire d’un jeune homme fier hors d’un mouvement ce revendication raciale mais qui en est conscient. Comme souvent dans les Ghettos c’est l’obligation de se construire sa propre organisation, sa propre culture qui va créer quelque chose.

Break-plancheLa présence du lexique conséquent en fin d’album permet d’éviter un scénario trop explicatif et les auteurs peuvent ainsi utiliser ce background pour réaliser une bonne histoire de famille. Car les deux personnages et leur mère (jeune femme qui galère dans des petits boulots en essayant de protéger ses fils de la misère et du crime) sont attachants. Notamment la relation des deux frères, l’aîné protégeant le petit tout en Résultat de recherche d'images pour "cedric liano break steinkis"l’introduisant dans ce bouillonnement de fêtes en bordure de la légalité. Aaron deviendra graffeur, activité identitaire par excellence, avec ses règles, sa fierté affichée: lorsqu’il explique la portée d’un Whole train (le fait de graffer toute une rame de métro) qui va voir son nom de graffeur parcourir tout New-York jusqu’à Wall Street et les quartiers blancs riches on comprend l’importance du Hip-Hop comme marqueur d’existence d’une minorité ignorée. On évoque également James Brown par son apport de fierté majeur, la tentative de la Nation of Islam d’utiliser le mouvement mais aussi le rôle des premiers DJ jamaïcains pour lancer ces Sound-systems de rue…

La partie graphique de Break est surprenante de maturité, notamment dans la colorisation et le découpage. Les deux auteurs utilisent un concept très efficace: l’album est en monochrome gris (très élégant) et voit apparaître des éléments de couleur chaque fois que le Hip-Hop apparaît. Ce peut être un danseur, un DJ, de la musique, un graff. C’est d’abord très beau visuellement et permet d’ajouter un sous-texte aux planches. De même les quelques scènes de danse (que les auteurs ont l’intelligence de ne pas surmultiplier) prennent l’aspect de combats à la mode manga, avec des déformations qui permettent de comprendre le mouvement, la vitesse. extrait 3.jpgEnfin le découpage varié et dynamique rend la lecture extrêmement agréable, esthétique, visuelle. D’excellents dessinateurs que je ne connaissais pas et qu’il faudra suivre assurément, notamment via la participation de Cedric Liano à la revue XXI.

Il ressort de ce gros volume qui se lit d’une traite un sentiment de plénitude que l’on ne trouve pas si souvent dans une BD à l’aspect documentaire, le fait de parvenir tout à la fois à un bel album BD en tant que tel tout en apprenant énormément sur cette culture et l’envie de prolonger notre documentation. Pour ceux qui ont aimé le film Spiderman into the spiderverse avec son influence Hip-Hop je conseille vivement cet album qui permet à un public pas nécessairement fana de musique de découvrir un univers et de comprendre un peu mieux des éléments majeurs du cinéma et de la culture américaine.

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McCurry, NY 11 septembre 2001

Le Docu du Week-End
BD de JD Morvan et Jung Gi Kim
Dupuis-Air libre (2016), 88 p., one-shot, illustrations, photos. Série en cours, 5 albums parus.

couv_285081Les éditions Air Libre (Dupuis) ont lancé depuis 2014 en collaboration avec la célèbre agence de photo fondée par Robert Capa et Cartier-Bresson Magnum, une série d’albums très originaux abordant sous le prisme d’un célèbre photographe, un évènement iconique de l’histoire de la photographie. Avec JD Morvan au scénario sur chaque tome (à délai de parution très variable) et un dessinateur différent chaque fois (Bertail sur le premier, Savoïa sur le second et l’argentin Rafael Ortiz sur le dernier paru cette année), cette série est une vraie alchimie entre BD et photographie, dans un concept très proche du célèbre album Le Photographe. L’album qui fait l’objet de cette critique comporte des annexes de vingt pages reprenant les interview avec Steve McCurry qui ont permis de scénariser l’album et habillées de croquis de Jung Gi Kim, les légendes des photos incluses dans le récit,  et une chronologie biographique. Douze photos en double page sont également ajoutées, permettant de savourer ces clichés exceptionnels en grande taille.

Le 11 septembre 2001 Steve Mccurry, new-yorkais de toujours revient d’un voyage en Asie. Lorsque la première tour s’effondre il observe au travers de son objectif, sidéré, l’impossible se produire. Avec son assistante il fonce alors vers Ground Zero pour assister, témoigner, inconscient du danger. Son cerveau revit des images, des scènes de danger qu’il a vécu tout au long de ses reportages, notamment en zones de guerre et lors des attentats de Paris…

Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Lors de la parution du premier album de la collection mon attention avait été attirée par le dessin de Dominique Bertail, que je venais de découvrir sur Ghost money. Le format particulier et la couverture ne m’avaient pas incité à insister, ne sachant pas si j’avais affaire à un album photo ou à une BD. Si l’originalité du projet est justement son point fort je trouve la maquette et la communication autour de cette collection vraiment pas réussies. Dommage car je pense que mes hésitations risquent de se retrouver chez une majorité d’amateurs de BD et d’amateurs de Photo. Pour ma part c’est ma visite de la formidable expo sur Les mondes de Steve McCurry à Lyon qui m’a fait tomber sur ce volume et immédiatement emballé.

Je confirme donc qu’il s’agit d’un album de BD et qu’il reprend exactement la recette du Photographe, à savoir le témoignage en BD d’un photographe avec insertion de photographies au milieu de l’album. Le découpage de la BD permet une intégration très facile et cela semble de plus en plus utilisé comme sur l’ouvrage de la Boite à bulles Les derniers Kalash, adapté de l’exposition au Musée des confluences de Lyon. Du coup le dessinateur choisi détermine au moins autant la lecture de l’album qui permet de découvrir un photographe. Pour ma part j’ai découvert McCurry lors de l’expo et cherchais depuis longtemps à lire un album du dessinateur coréen, terriblement talentueux malgré sa faible production BD. Deux auteurs aux qualités graphiques phénoménales réunis dans un récit où la grande expérience de Morvan mets en image la mémoire et le récit du photographe.Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"

Le récit se structure en balancier entre le onze septembre, les attentats de Paris pendant lesquels McCurry était au match du Stade de France et quelques séquences en Afghanistan ou en Inde où il s’est vu mourir. Ce vieux monsieur est touchant à foncer ainsi, inconscient, au cœur de l’enfer de Manhattan, à craindre l’attentat après l’explosion à Saint-Denis à l’extérieur du stade. On comprend qu’il n’est pas un aventurier bravant la mort mais un simple professionnel jouant sans cesse le curseur de la citation de Capa…

Si ta photo n’est pas assez bonne c’est que tu n’es pas assez près

Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Le dessin de Jung Gi Kim est à la fois léger, rapide, brouillon, en illustrant le chaos, l’immédiateté des gravats et fumée omniprésents. Il est aussi incroyablement technique dans les mouvements et le détail de certains arrières plans. L’album permet en outre d’apprécier la variété de ses outils et textures, entre les séquences afghanes au pinceau et couleurs sépia, les visages hachurés au stylo et certaines cases à l’effet crayon gras. Sur quelques pages entières (voir double-page) il se fait plaisir avec ses fameux tableaux extrêmement fouillis aux perspectives et cadrages vertigineux.Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Cet album est une très grande réussite, un très bel objet permettant d’apprécier les photographies colorées d’un des plus grande dessinateurs actuels, de revivre au travers de son objectif ou des crayons de Jung Gi Kim des évènements majeurs récents de notre monde chaotique et de réfléchir sur la mort, le danger, le rôle du photographe et ce qui pousse les hommes à agir dans les situations de crises. A la fois album photo, BD, biographie et livre d’histoire, McCurry, NY 11 septembre 2001 est un ouvrage hybride très fort qui tire partie du meilleur de tous les éléments qui le composent. Un album à lire absolument!

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Luminary #1: Canicule

BD du mercredi
BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2019), 120 p., série en cours, 1 vol. paru. Annexes de 10 p.

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Avant de commencer cette critique je tiens à féliciter l’éditeur Glénat qui fait un boulot assez remarquable sur ses albums depuis quelques temps, avec par exemple la collection Conan l’exceptionnel Ramirez l’an dernier et donc cet album: alors que nous avons l’habitude, dans le monde de la BD, du marketing un peu facile sur des vrais-faux TT, les versions noir et blanc pas toujours sérieuses niveau tirage et des bonus maigrelets pour des prix de vente conséquents, l’éditeur grenoblois propose ici pour vingt euros un album de cent-vingt pages avec une superbe reliure et un cahier alliant entretien avec les auteurs et illustrations superbes. Ce que j’appelle une édition collector pour le prix classique vue la pagination. L’amateur de BD en a pour son argent et le sentiment d’être dorloté. Un album qui vous met dans des conditions optimales et qui mérite amplement un calvin éditeur!

A New-York, à l’été 1977 la canicule bat des records. Soudain une lumière aveuglante éclate. en arrivant sur zone les soldats découvre ce qui ressemble à une attaque nucléaire en plein cœur de Manhattan… Qu’ont à voir avec cette explosion Darby le bossu volontaire pour des expérimentations médicales avant-gardistes et Billy, le jeune noir qui semble communiquer avec les animaux? Alors que la haine raciale semble poussée par l’événement et la chaleur, des êtres aux pouvoirs inimaginables vont se révéler…

Résultat de recherche d'images pour "luminary perger"Luminary est presque une découverte totale pour moi. J’ai lu quelques séries de Luc Brunschwig qui est pour moi un scénariste de qualité, très régulier et dont la dimension politique me plait. En revanche je n’ai jamais lu la série de super-héros française Photonik, éditée par les éditions LUG dans les années quatre-vingt et ne connaissais pas le travail assez impressionnant de Stephane Perger. Et puisqu’il faut bien commencer par un côté, les dessins de l’illustrateurs, tout en couleur directe avec très légère retouche numérique à la marge sont un régal pour les yeux de la première à la dernière page. Et comme tout album peaufiné avec amour, les auteurs ont apporté un soin à l’ensemble du bouquin, d’un titre au design très original à la composition en chapitres, reprenant très clairement le format des comics US tout en restant dans la taille franco-belge. Dès la double page de titre on est jeté dans l’image, immense, immergente, explosive. Les auteurs prennent leur temps et c’est efficace pour nous conter cette origin story qui ne veut pas se presser (sans que cela soit ennuyeux). Car en conteur d’expérience, Brunschwig utilise a peu près la même structure en rétroplanning alterné que Bec sur son récent Crusaders mais avec une beaucoup plus grande efficacité. Si ce dernier perdait le lecteur dans son introduction par une trop grande opacité, ici le scénariste reste dans la simplicité, indiquant les bornes temporelles à chaque saut et suivant une structure finalement assez linéaire. Cela fonctionne très bien en nous donnant envie de comprendre tout le long comment ce bossu un peu débile a pu provoquer cette explosion d’énergie… De la même manière l’alternance avec l’histoire du gamin noir, sans être reliée jusqu’ici à notre héros, permet de doubler l’intrigue en maintenant le suspens. Des recettes simples mais toujours efficaces pour qui sait les manier.

Dans un schéma d’histoire de super-héros (peu originale donc), la mise en scène a une importance capitale et je dois dire que les planches sont bluffantes. Pourtant la technique d’aquarelle de Perger est peu évidente, comme le montre la série à succès Descender Dustin Nguyen ne parvient pas à préciser ses arrières plans et donne une impression trop brouillonne. Le dessinateur de Luminary arrive lui à être remarquablement proche d’un dessin classique de la BD, d’abord par son trait précis (les annexes nous montrent l’évolution d’une page du crayonné à la couleur) mais surtout car sa colorisation éclate, dans des tons chaleureux de jaunes ou de rose. La taille des cases permet sans doute cela, mais toujours est-il que la maîtrise graphique est impressionnante et justifie à elle seule la lecture de cet album.

Du reste pour qui aime les super-héros on a ici une histoire de sensibilité européenne, jouant de politique, parlant de la ségrégation et des mécanismes de manipulation des foules à côté de l’histoire typique des expériences clandestines gouvernementales avec savant fou à la manœuvre. Le surgissement de Luminary est puissant, réussi, son affrontement avec sa consœur magnifique et l’histoire du jeune noir touchante. Les auteurs sèment les graines pour une série qui pourra durer longtemps et dont les bases sont suffisamment solides pour nous entraîner dans des aventures fantastiques tout au long des années 2020. Un poil trop formaté pour être un chef d’oeuvre mais assurément un coup de cœur quand à la qualité irréprochable du travail de bout en bout de cet album.

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*****·BD·Mercredi BD·Rétro

Reconquêtes

La trouvaille+joaquim
BD Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes
Le Lombard (2011-2016), intégrale, 232 p.
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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard,2019

Je profite de la sortie du nouvel album du duo, la suite du film La chasse du comte Zaroff, pour chroniquer l’intégrale de la série Reconquêtes, que je n’avais pas vu passer lors de la sortie de ses quatre tomes et dont l’atmosphère et le dessin m’ont littéralement envoûté en librairie! La très belle édition du Lombard sépare les tomes avec d’immenses doubles-pages reprenant les illustrations originales des volumes, un régal. Elle inclut un cahier graphique de recherches préparatoires de huit pages, très intéressant car il permet de voir l’évolution des premiers jets des personnages, beaucoup plus typés sémites avant leur évolution vers un type européen (j’y reviens). Enfin, une bibliographie des deux auteurs clôt l’ouvrage. Du très beau travail qui vaut un Calvin.

Dans une Antiquité reconstruite, l’avancée des puissants Hittites en Asie Mineure pousse la Horde des vivants à se reformer: cette alliance de trois peuples nomades, redoutables guerriers, va entamer une reconquête de leurs territoires, entre trahisons, suspicions et courage guerrier. Leur chronique sera suivie par une scribe, la très belle envoyée du roi de Babylone Hammurabi…

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Reconquête est un étrange objet, un scénario composite mis en image par l’impressionnant François Miville-Deschênes, que je ne connaissais pas et qui compte indubitablement parmi les plus grands dessinateurs en activité. Ce qui saute aux yeux dès les premières planches c’est la technique parfaite du dessinateur québécois. Que ce soient les animaux, les hommes ou les femmes, tout est précis, détaillé, différencié. Alors qu’un certain nombre de dessinateurs réutilisent le même visage avec de simples changements de coiffures et de costume pour leurs personnages (Bilal par exemple), ce qui peut être gênant pour la compréhension, ici l’hyper-réalisme est extrêmement agréable et donne véritablement l’impression de lire un péplum sur grand écran. Le travail documentaire très conséquent sur les costumes, les décors, mobilier et l’imagination pour rendre cette Antiquité semi-historique crédible sont vraiment remarquables et montrent une passion de tous les instants mise dans ce travail.  Il a toujours été compliqué de représenter l’Antiquité sans tomber dans le kitsch. Le style de Miville-Deschênes accentuait ce risque, en se souvenant des grands dessinateurs réalistes tels Chéret (Rahan) qui ont produit nombre de BD historiques un peu désuettes depuis les années soixante. Or, que ce soit par la colorisation très élégante ou l’esthétique générale, tout est de bon goût, crédible, travaillé. Certains albums font ressentir le travail préparatoire, le développement de l’univers et des personnages. C’est le cas ici, un peu comme dans la grande série Servitude, où les combats ne sont qu’un moment (grandiose!) dans la description ethno-historique de peuples qui combattent pour leur mode de vie.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Sylvain Runberg nous propose avec Reconquêtes une Antiquité fantasmée, reconstituée par agencement d’éléments distants. Ainsi la scribe qui fait office de narrateur est envoyée par le roi de Babylone Hammourabi (XVII° siècle avant notre ère) pour suivre l’alliance des peuples Sarmate (env. V° siècle av. J.C.), Cimmériens (VII° siècle…) et Callipides (peuple cité par Hérodote) face aux conquérants Hittites (entre XVI° et XI° siècle avant notre ère)… L’ajout de références à l’Atlantide et de quelques créatures mythologiques permettent d’éviter toute  confusion quand au projet de réalisme historique et nous laisse profiter de la reconstitution de ce qu’aurait pu être cette

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

antiquité oubliée. Si la pâleur des peaux surprennent au début, habitués que nous sommes à des typologies sémites pour les peuples antiques, elles illustrent le sérieux documentaire des auteurs puisque nous savons que les peuples Scythes étaient de type « caucasien », blonds et à la peau claire… Ce qui fascine c’est la cohérence de l’ensemble, avec des styles vestimentaires reconnaissables (et la propension des guerrières Sarmates, sortes de proto-amazones, à vivre torse nu…), la rudesse des combats et des mœurs, l’originalité de ces palais mobiles dans lesquels ces rois nomades se déplacent. Les auteurs ne nous épargnent rien de la violence de l’époque, avec des soldats souvent balafrés, des sacrifices humains bien gores et quelques séquences de sexe sans insistance. Si François Miville-Deschênes se fait plaisir en matière d’anatomie féminines aux plastiques parfaites, les planches restent très élégantes et cela ne tombe jamais dans le grivois. Qu’il s’agisse d’éléphants de guerre, de vieux magiciens ou de cavalières sarmates tout est élégance du début à la fin dans cet album.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

L’intrigue est dramatique, dans le sens théâtral. Si les combats en cinémascope sont nombreux et parfaitement lisibles, le cœur de l’histoire repose sur les relations entre les trois souverains qui jouent entre respect, concurrence et méfiance. Un élément perturbateur est venu perturber l’équilibre de la Horde et une conspiration va semer la discorde en imposant aux trois dirigeants un choix: risquer la disparition de tous pour l’honneur de leurs peuples ou respecter l’alliance au risque de trahir leurs traditions propres. Ce dilemme qui les taraude du début à la fin est passionnant et permet de connaître les spécificités de trois peuples que seul le nomadisme et l’esprit guerrier tient ensemble. Reconquêtes pose sa focale sur le peuple des femmes et se rapproche en cela du récent Cœur des amazones mais en bien plus réussi car il n’oublie pas le spectacle.

Reconquêtes est la série que je n’attendais plus, un peu lassé de la Fantasy et peu intéressé par des BD historiques qui restent souvent figées dans leur aspect documentaire. Runberg aime tordre l’histoire tout en gardant ses bases comme sur sa récente série Jakob Kayne. Il propose avec son comparse un modèle de BD grand public à la fois héroïque, belle et bien écrite. Un régal.

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