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Jazz Maynard #7: Live in Barcelona

BD de Raul et Roger
Dargaud (2019), 46 p. couleur. Série finie en 7 tomes.

couv_372120Il est vraiment dommage que Roger produise à chacun des albums des couvertures très peu engageantes pour qui n’aurait pas encore fait connaissance avec Jazz Maynard. Sa colorisation tout à fait dispensable écrase la puissance de ses dessins et la spécificité de l’exercice « couverture » lui échappe. Il se fait plaisir mais le rôle d’accroche de la couverture n’est pas rempli. Vraiment dommage et quand on voit la place du dernier tome de cette série d’exception dans les ventes d’albums cela confirme que la communication autour du cambrioleur trompettiste est bien en-deça de ce qu’elle devrait être…

Retour à El Raval pour Jazz et Téo après leur périple islandais. Là, dans la chaleur des nuits barcelonaises Jazz s’apprête à sortir son premier album… si son passé lui en laisse le temps. Car lorsque l’on est aussi de la rue il est difficile de s’en couper définitivement…

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"Ce Live in Barcelona est un Requiem. Un étonnant objet qui sonne comme le chant du cygne d’une série que ses auteurs n’ont pas vu évoluer et qu’ils n’ont pas su comment clôturer. Fermant en un one-shot trop court deux trilogies très différentes mais ô combien ébouriffantes il commence sur une note optimiste, sorte de tombé de rideau revenant au titre de la série et au nom d’un personnage que l’on n’a que trop peu vu jouer de l’instrument… avant de se précipiter en une poursuite mortifère. On y revoit des têtes familières, le commissaire, la clocharde, les grands-parents, mais trop vite, fugacement et sans lendemain. La question se pose alors dès l’étonnante dernière page: fallait-il ce dernier album? Ou plutôt ne fallait-il pas rester sur un rythme ternaire?

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"La puissance visuelle de ce dernier tome est au niveau de ses prédécesseurs, soit ce qui se fait de mieux en dessin actuellement. Personnellement je considère les albums de Jazz Maynard comme des Art-book dont je savoure chaque case. On ne peut guère critiquer un scénario cohérent, sombre et violent, comme la série. Cette histoire en deux temps (le repos du guerrier et l’appel de la vengeance) est logique au regard de la série. Il n’y a guère d’optimisme à El Raval, quartier gangréné par la corruption et la criminalité dont seul Jazz semblait s’être sorti. La fin également, si elle est extrêmement frustrante, ne peut être qualifiée de bâclée comme on le lira de-ci de-là. Non, je dirais plutôt que, comme le laissait entendre Raul dans l’intégrale NB les personnages et la série ont échappé aux auteurs, qui ont couru derrière ce lièvre sans trop savoir comment construire son histoire, un peu comme la rupture de cet album, imprévue, brutale donnant presque l’impression que l’on a raté plusieurs pages. Si la trilogie barcelonaise se tient, la suivante était étrange, avec une moitié flashback où l’on avait très envie de savoir comment Jazz avait acquis ses compétences incroyables et une enquête très noire mais un peu décalée. Avec ce Live in Barclona les auteurs avaient la possibilités de revenir à l’essence de leur envie et de laisser se reposer leur héros. Ils ont fait le choix du noir, de la nuit. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir…

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*****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro·Un auteur...

Jazz Maynard: la trilogie barcelonaise

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Raule et Roger
Dargaud (2007-2009), premier cycle en 3 volumes. Intégrale n&b 138 p.

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La série Jazz Maynard se termine cet automne avec un septième opus qui conclut les deux cycles (la trilogie barcelonnaise et l’islandaise). Chaque album est disponible en version simple couleur et la première trilogie est parue en intégrales grand format couleur et n&b. Cette dernière est assortie d’une passionnante préface du scénariste Raule qui raconte l’origine du personnage et de la série, ainsi qu’un cahier graphique final qui achève de nous faire tomber la mâchoire si celle-ci n’est pas totalement décrochée après cent trente pages d’encrages virtuoses.

« Jazz » Maynard est un enfant de la rue, de la nuit barcelonnaise. Revenu d’un séjour de dix ans aux Etats-Unis, il retrouve les saveurs, l’ambiance des clubs et la musique de sa trompette. Il retrouve aussi son pote Téo, spécialisé dans les embrouilles, la pègre locale et la police corrompue. Jazz aime la musique et la paix. Mais lorsqu’on touche à ses proches il est obligé d’intervenir…

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger"J’ai découvert la série Jazz Maynard tardivement car les couvertures ne m’avaient pas attiré et que je croyais avoir affaire à une BD musicale. Lorsque je suis tombé dedans j’ai été scotché par deux choses: la puissance des encrages et le sens du mouvement. Roger est un virtuose capable en deux traits de suggérer un geste, une intention. Comme pour Ronan Toulhoat, autre dessinateur très encré, sa colorisation est assez monochrome et peut décevoir. Le fait de le lire en grand format noir et blanc confirme plus que jamais la puissance de son intuition graphique. Sous un aspect parfois grossier (notamment sur le premier tome) avec des visages caricaturaux, littéralement coupés au couteau, transformant certains sbires presque en androïdes et les femmes aux formes extrêmement plantureuses, il propose des planches à la force cinématographique rarement vue. J’ai coutume de dire que la supériorité de la BD franco-belge est basée sur le fait que ses dessinateurs ont digéré les atouts du manga et du comics pour en proposer une synthèse adulte et artistique. On en est là avec Jazz Maynard où les traits parfois non finis sur la planche encrée et destinés à être comblés par la couleur… se suffisent à eux-même et laissent la mémoire visuelle du lecteur faire le boulot avec une impression de mouvement saisissant.

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger"Monté comme un film avec des changements de plans fréquents qui participent du mouvement, le premier cycle emprunte au polar hong-kongais avec une cité nocturne gangrenée par les mafia autant que par la corruption et où ce n’est pas le côté de la barrière du crime où on se situe qui définit les bons des méchants mais la seule morale. On ne sait rien de ce mystérieux jazzman-cambrioleur hormis qu’il a passé dix ans aux Etats-unis après une enfants crapuleuse à El Raval. Ce sera le second cycle qui s’attellera à nous raconter par flash-back successifs ce que le jeune homme y a trouvé: une famille et un mentor… La trilogie barcelonnaise a le bon goût de ne pas trop en vouloir, s’appuyant avant tout sur le visuel et les situations (souvent cocasses par l’énormité des gangsters). Comme dans les films de Hong-Kong, le héros est un Image associéeacrobate hors-pair, se retrouve au milieu d’imbroglios mêlant les pires crapules de la ville autour d’une obscure affaire de pièce de monnaie. Les combats contre les golgoth roumains ou contre les fils de Kaïn, ces ninja glabres à la rapidité tranchante sont un summum de bonheur graphique qui nous ramène aux glorieux jours où maître Masamune Shirow faisait combattre Dunan Nuts. Le dessinateur a tellement bien assimilé la science du cadrage qu’il joue subtilement de techniques telles que l’Eyefish, les perspectives faussées ou le hors champ sans que l’on ne remarque rien et sans jamais sacrifier la finesse de ses arrières-plans.

Si les planches sont à tomber, le scénario est aussi simple et efficace qu’un Tarantino, s’appuyant sur l’essentiel: les personnages. La galerie est impressionnante et présentée sans temps morts, entre les deux policiers cousins débiles, le commissaire « chevalier » blanc et sa technique de la négociation en caleçon, les trognes impayables du gang de Judas (quel nom!) Melchiot, l’acolyte Téo évidemment (qui a des accents du Simon Ovronaz de Largo Winch), mais aussi la vieille clocharde, etc; c’est à peu près tous les personnages de la BD qui marquent visuellement ou verbalement! Le premier cycle est construit logiquement en trois sections: l’arrivée mouvementée de Jazz en Espagne et l’explication rapide de son passé récent, le braquage du gang roumain, le rassemblement de tout le monde pour le final explosif. Sur le second cycle les auteurs perdront un peu la précision métronomique de leur série avec une intrigue d’espionnage un peu étrange qui transpose les héros en Islande sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi et surtout les séquences de la jeunesse, les plus intéressantes, mais qui hachurent le récit et l’action. L’ensemble de la série reste excellente bien sur mais on aurait aimé une série au plus long court pour découvrir d’autres lieux, d’autres facettes de ce personnages fascinant.

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger noir et blanc"Si l’irruption de Ralph Meyer (autre virtuose) dans le Western a marqué ces dernières années (notamment du fait du battage sur sa « filiation » avec le dessin de Jean Giraud), Roger Ibanez est pour moi une révélation tout aussi impressionnante, marquante et dont les dessins bruts montrent également en toute évidence l’influence du papa de Blueberry. Auteur discret et besogneux il a une productivité lente et l’on comprend qu’il n’ait pas souhaité s’enfermer toute sa carrière sur un personnage aussi charismatique et commercialement efficace que Jazz Maynard. J’espère vivement que la conclusion que les espagnols nous offriront sera à la hauteur, jusqu’à la prochaine perle qu’ils vont nous fabriquer. En attendant tout amateur de dessin encré qui ne connaîtrait pas encore Jazz Maynard se doit de rattraper ce manque!

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Death or glory #1

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Comic de Rick Remender et Bengal
Urban (2019) – Image (2018), 137 p.
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Depuis Tokyo Ghost je suis les publications de Rick Remender presque les yeux fermés. Lorsque les premiers visuels de Death or Glory sont sortis je n’avais pas particulièrement d’attente pourtant, les histoires autour de la culture de la route US ne m’attirant pas vraiment, malgré une couverture très réussie niveau cadrage et colorisation. Le fait d’avoir un frenchie aux dessins a sans doute joué dans la promotion de ce titre et le traditionnel prix de lancement à 10€ chez Urban m’a convaincu de tenter le coup.

Glory a été élevée sur la route, dans la « famille » des routiers indépendants, sortes d’indiens hors de la société et tenant plus que tout à leur liberté. Lorsque son père tombe gravement malade elle décide de passer à l’action. Plongée dans les eaux troubles ds trafiquants d’organes et des policiers corrompus, elle ne pourra compter que sur son sang froid de pilote et son bolide…

Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"La couverture annonce clairement la couleur: Remender et Bengal vont vous envoyer au pays des routiers et des bolides tunés dans des rodéos endiablés sur l’asphalte du sud américain… sauf ce premier volume d’une série qui s’annonce relativement courte, s’il démarre effectivement sur les chapeaux de roue et ne nous laisse pas deux minutes de répit, est loin de proposer autant de bagnoles et de courses que par exemple le carton de l’an dernier Il faut flinguer Ramirez. Death or Glory se placerait plutôt dans l’esprit des films de Tarantino bien déglingos et trash, voir par certains côtés par Largo Winch et ses fuites endiablées à coup de cadrages décalés. On a donc une histoire de trafic d’organe particulièrement sordide qui se chevauche avec une héroïne décidée coûte que coût à sauver son paternel malade du foi. Foi, organe,… vous l’aurez compris le braquage original va vite dériver sur le terrain des gangs mexicains et notre jolie pilote va montrer tout au long de ces cent pages combien elle encaisse les pains et court plus vite que son ombre.

Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"L’album démarre dans un Diner par une scène improbable qui nous fait demander si nous ne sommes pas dans une histoire fantastique. Que nenni: si les méchants sont particulièrement dérangés (un batave équipé d’une sorte de lame à l’azote liquide et ses consœurs, l’une aveugle l’autre muettes mais toutes deux férues de machettes king size), Remender nous délivre une intrigue tout ce qu’il y a de plus terre à terre avec pour ambition première l’action et le plaisir. Il insère sur un chapitre le flashback qu’il affectionne (même formule que dans Tokyo Ghost par exemple), utilisant ces quelques pages pour régler le passé des héros et pouvoir reprendre sa course.

Niveau dessin j’avais beaucoup entendu parler de Bengal et dois dire que je suis légèrement déçu. Non que le dessinateur français ne sache dessiner, mais hormis les couleurs et la dynamique indéniablement réussies, le trait vaguement cartoon dans les expressions casse un peu l’aspect grave de l’histoire et nous présente plus Glory comme une énorme veinarde que comme une héroïne badass. Ce premier tome est très correcte, largement au-dessus des standards américains, mais ne brise pas non plus les rétines. Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"Dans une BD d’action le plus important étant du reste l’efficacité des découpages et sur ce plan c’est aux petits oignons.

Annoncé comme le carton comics de l’année, ce Death or Glory vous procurera du plaisir efficace en vous rappelant les films de gangsters cracra mais ne surprendra pas beaucoup. Disons que pour une mise en route le job est fait avec une galerie de personnages particulièrement réussis pour le panthéon des crapules et une héroïne un peu en retrait et passive. Faisons confiance à Rick Remender, excellent scénariste, pour gérer la progression de son intrigue qui pour l’heure ne dépasse pas de bonnes BD d’action de consommation comme les Hit-girl. Personnellement j’attends un peu plus de cet équipage.

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***·East & West·Manga·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

Sushi & Baggles #16

esat-west

 


  • Hit-Girl à Rome (Scavone/Albuquerque/Panini) – 2019

couv_364209Cet album a été lu dans le cadre du programme SuperlecteursRésultat de recherche d'images pour "iznéo"

Après la Colombie et le Canada, la plus bourrine et tarée des Vigilante débarque à Rome pour botter des culs et trancher des têtes! Le relaunch de la série initiée par Mark Millar va ainsi voyager avec une équipe différentes pour chaque one-shot. Si le premier volume était loin d’être inoubliable, notamment par son côté sadique un peu poussé, ici on reste dans les canons du personnage (à savoir de l’action brutale à base d’un mort par page et un langage très fleuri de la demoiselle) mais la course-poursuite initiée avec une sorte de Catwoman permet des scénettes drôles et plus structurées. On ne va pas se mentir, Hit-Girl ce n’est pas de la poésie ni Usual Suspects. C’est une lecture rapide, de la baston, super bien dessinée (par un Raphael Albuquerque qui prépare la série Prodigy avec Millar) avec des étoiles qui donnent un aspect cartoon… et des découpages de méchants bien sanglants! Ici les affreux sont une mafia de religieux timbrés, nonnes et moines en robes de bure armés d’Uzi et de masses d’armes, commandés par une vieille peau aussi psychopathe que bigotte, à la recherche d’une relique. Le cliché italien est assumé, le personnage est toujours aussi foutraque et primaire mais l’ensemble est très sympathique dans le genre, notamment grâce aux dessins (bien que les décors soient assez vides). Du coup on attend la suite, surtout que des pointures sont annoncées aux crayons…

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  • All-new X-men #4: La bataille de l’Atome (Collectif/Pannini) 2013 (US)/2015

couv_255426Je poursuis la série Marvel NOW! des All-new X-men entamée par Brian Michael Bendis et Stuart Immonen au dessin qui m’avait fait forte impression sur les trois premiers volumes. L’écriture des premiers et les somptueux dessins d’Immonen se retrouvent partiellement dans cet affrontement entre X-men d’hier, de maintenant et du futur bien que l’équipe créative ait grossie: si les dialogues sont toujours très savoureux et le découpage, avec de nombreuses doubles pages, percutant, l’histoire tourne un peu en rond avec ces interminables interrogations de qui est qui, faut-il renvoyer Jean et Cyclope à leur époque contre leur gré et que font-ils ici?… Même chose pour les dessins, parfois superbes (Immonen toujours sur les quelques planches qu’il réalise, Bachalo étonnant) mais pour l’essentiel moyens (y compris sur les quelques planches de la bataille finale dessinées par Esad Ribic un peu en service minimum sur ce coup, Frank Cho pas très à l’aise dans l’univers super-héroïque). C’est dommage car sur le papier on a quand-même une sacrée dream-team, mais le concept semble s’essouffler et viser surtout les quelques pleines pages d’offensive collective X-men dont sont friands les fans et les dessinateurs. A noter tout de même le superbe design général des versions des X-men et notamment cette Xorg à la tête de mort, terriblement originale et réussie. On ne sait pas si cet arc est une transition vers quelque chose de plus grand mais malgré un plaisir certain entrecoupé de longueurs, on a le sentiment que la série aurait pu s’arrêter aux trois premiers, cohérents en tant que tels.

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  • Zetman #1 (Masakazu Katsura/Delcourt-Tonkam)  – 2004 – 20 tomes parus, série finie.

zetman01Je suis un grand fan de Masakazu Katsura, un des premiers mangaka, que j’ai découvert au travers de DNA2 à l’époque où l’éditeur-libraire Tonkam se lançait en premier (avec Glénat) dans l’aventure du Manga en France… Il est pour moi l’un des meilleurs dessinateurs japonais et si j’ai finalement lu peu de ses séries, j’avais depuis longtemps très envie de lire ce Zetman originellement issu de short-stories parues en 1997. La série a depuis été transcrite en dessin-animé.

Jin est un jeune orphelin vivant avec les sans abri. Élevé par son « grand-père » il est doté d’une force peu commune et s’occupe en défendant les gens contre les bandits. Lorsqu’une étrange créature non-humaine tue son grand-père, le naïf petit garçon se retrouve propulsé dans un univers violent où une étrange organisation semble le rechercher activement…

Je ne reviens pas sur les dessins vraiment chouettes, les nombreux tics et auto-références de l’auteur (la série animée Wingman qui l’a lancé, les petites culottes, les cheveu en pétard,…). Zetman commence vraiment bien avec un premier volume déjà plein d’action, de mystère fantastique un peu gore (la série est annoncée « mature ») et des personnages intéressants. L’auteur lance de nombreuses pistes qui ont vocation à se développer et nous mènent vers des expériences scientifiques monstrueuses liées à un enfant qui semble être un être doté de capacités hors norme. Ça va a cent à l’heures avec force cliffhangers entre les douze chapitres du volume avec pour objectif une première crise qui sort le héros de son état naïf initial pour l’emmener vers le statut de super-héros. Très riche mise en bouche qui donne envie d’enchaîner cette série finie à la taille maîtrisée.

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***·BD·Cinéma

Série: Daredevil Saison 1

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Ça y est, je l’ai enfin vue la première saison de ce Daredevil dont on dit tant de bien! J’avais beaucoup de réticences tant les autres séries de super-héros sont de très piètre qualité jusqu’ici, pourtant le diable rouge est le personnage que je préfère dans le catalogue Marvel, notamment via les albums dessinés par Joe Quesada (… qui est producteur exécutif sur la série!) ou le Yellow de Sale/Loeb. Du coup j’ai eu un peu de mal sur l’apparence du costume que l’on voit poindre à la toute fin de la saison, qui est bâti sur le modèle réaliste du Dark Knight de Nolan plutôt que sur le modèle « collant » historique. C’est dommage car si les collants n’étaient plus à la mode, le retour de Spidey dans le MCU aurait permis de garder ce design du diable bondissant.

On touche ici à une originalité qui plaira ou pas, de faire de Daredevil une grosse brute formée aux arts martiaux couleur « baston de rue ». Les combats, nombreux, sont rudes, secs, trapus. Le diable en prends plein la tronche malgré son agilité mais joue plus des muscles et de l’encaissement des coups, comme son boxeur de paternel. Il y a de la cohérence dans cela, toute la première partie revenant longuement sur les liens entre Matt Murdock et son papa « Battling » Jack, le plus doué pour encaisser les coups… et se coucher dans des combats truqués. En ce la la proximité avec Bruce Wayne est grande, faisant du décès de son paternel l’origine de sa hargne, de sa noirceur et de son envie de protéger sa ville. Mais contrairement au milliardaire de Gotham, Murdock est fauché, aveugle et petit avocat des causes perdues.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Le personnage urbain de Hell’s Kitchen est étonnamment absent de la première saison, sans doute pour des questions de budget (les tournages en extérieur sont beaucoup plus chers qu’en studio) et n’est représenté que par la fameuse église, le loft de Murdock et les lumières de néons nocturnes qui percent les vitres opaques des intérieurs. Comme dit plus haut, le Dardevil de Netflix est très terrien, ne serait-ce que par son apparence trapue et nerveuse, loin des acrobaties aériennes sur les toits de la ville qui font la marque de la BD. C’est un choix artistique, original, même si je trouve qu’on y perd en élégance.

L’histoire suit en parallèle la lutte de Daredevil (doté d’une tenue qui a plus du Vigilant que du superhéro) et de Wilson Fisk, le futur Caïd, incroyablement incarné par un Vincent D’onofrio qui n’a jamais été aussi bon depuis ses débuts dans Full Metal Jacket. Le héros est déjà en action au premier épisode et applique des méthodes violentes loin de la morale d’un héros. Car Murdock, orphelin jeune, aveugle, a eu une vie rude, en partie élevé et formé par Stick, un Scott Glenn toujours aussi sec et charismatique en vieux ninja aveugle. L’enjeu de cette première saison et ce qui lui donne tout son sel, c’est l’évolution du personnage, tiraillé entre ses deux pères, le prêtre et sa morale quasi laïque d’un côté, Stick de l’autre pour qui la fin justifie les moyens et n’autorise pas la compassion. Au commencement Daredevil est Stick. Les événements de la saison vont le faire évoluer vers le prêtre. Notamment le personnage de Claire Temple, la magnifique Rosario Dawson, trop peu vue dans cette saison et qui apporte beaucoup plus à l’intérêt psychologique qu’une Karen Page qui surjoue et occupe bien trop de temps d’écran en comparaison. Globalement le jeu est de qualité sur cette saison, mais très tiraillé entre l’excellent (D’onofrio, Dawson, Charlie Cox qui incarne le héros ou l’acteur qui incarne le journaliste Ben Urich, une vraie découverte) et l’assez mauvais (Karen Page donc, Foggy Nelson mais aussi étonnamment Ayelet Zurer qui en fait des caisses). Du coup on a beaucoup de scènes redondantes, mal jouées autour des larmes de Karen Page et quelques perles d’émotion brute dont la plupart autour de Fisk.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Car un peu comme le Thanos d’Avengers Infinity War, Wilson Fisk attire la quasi totalité de l’intérêt de la première saison, de par l’implication, la voix, la gestuelle de l’acteur et de toute évidence l’intérêt des scénaristes. L’axe de compréhension est celui de la relation au Mal qu’entretiennent Fisk et Murdock, en miroir. Si le second est du côté de la justice on lui fait assez vite remarquer qu’il a la même morale jusqu’auboutiste que son adversaire. La cohérence du parcours de Fisk fascine. Son père violent l’a forgé, traumatisé et il cherche sincèrement (comme Thanos) à faire le bien, contre l’avis des habitants s’il le faut. Sa recherche de l’amour est touchante et ses éclats de violence impressionnants.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Cette première saison est sans doute un peu longue et aurait gagné à être concentrée en huit ou dix épisodes en élaguant dans les longueurs. Esthétiquement c’est un peu cheap, du niveau moyen des séries super-héroïques. Les combats sont assez sympa et proposent une hargne bienvenue, mais c’est bien le personnage du méchant qui permet à la série de nous tenir en haleine. On reste loin de la qualité HBO mais pour un démarrage c’est encourageant et sachant que la série s’est terminée avec trois saisons j’espère que les producteurs (au rang desquels tout ce qui compte chez Marvel: Jeph Loeb, Joe Quesada, Stan Lee, excusez du peu) auront su clôturer joliment les aventures d’un personnage qui le mérite.

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BD en vrac #9

  • Obeyron – Les Maîtres inquisiteurs #1 (Peru/Gioux/Soleil) – 2015

L’album a été lu dans le cadre de l’opération annuelle 48h BD proposant une sélection d’albums à 2€. L’occasion de découvrir cette série incluse dans la collection créé par Jean-Luc Istin (les séries Elfes, Orcs, Nains, etc.). Je dois dire que si ma première tentative sur Elfes n’a pas été très concluante, j’ai essayé cette série notamment pour sa très jolie couverture qui respire la ride et l’âpreté… Les Inquisiteurs sont un ordre d’enquêteurs, à la fois juge et bourreau, envoyés en compagnie d’un sage elfe par le haut conseil des Juges pour résoudre les crimes commis sur le monde d’Oscitan, divisé en deux empires, au nord et au sud. Le concept de la série, par cycles de cinq tomes autonomes conclus par un album commun, propose donc des enquêtes avec un personnage différent chaque fois. Ici Obeyron qui assouvit sa vengeance après avoir été envoyé dans un piège mortel il y a des années et dont il est revenu doté d’une rage et de pouvoirs imprévisibles… Graphiquement on est dans du très correcte, notamment pour les personnages (moins sur les arrières-plans). L’univers de fantasy n’est pas très original mais intéressant néanmoins avec cette ancienne guerre globale dont le monde panse encore les plaies. Résultat de recherche d'images pour "maitres inquisiteurs obeyron"Si le thème de l’enquête dans un monde de fantasy est sympa, on n’avance pas beaucoup, du fait sans doute d’une intrigue à étaler sur cinq albums. Du coup on lit surtout une succession d’actions violentes de cet ex-inquisiteur qui a un peu oublié qu’il ne devait pas se faire justice lui-même. L’originalité de l’album réside surtout dans ce fantôme d’elfe qui parle à l’oreille du anti-héros sans que l’on sache tout le long si le personnage est fou ou doté de facultés spéciales. Une demi-réussite, comme très souvent malheureusement dans ces séries concept dont est friand l’éditeur Soleil, dotées de belles couvertures, de dessins correctes et de scénarios qui se tiennent… mais peinent à justifier leur existence hors de l’intérêt commercial.

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  • Une histoire corse (Dodo/Chapron/Glénat) – 2018

Album lu dans le cadre du

couv_327046Années 80, Corse. Catherine rencontre par hasard un demi-frère dont elle ignorait l’existence. Il comble un manque inconscient, cette part corse que la parisienne, étudiante venant se ressourcer chez sa cousine ne connaît pas bien. Il révèle les mensonges de sa famille, de sa mère, obligée d’abandonner cet enfant d’un mariage turbulent. C’est l’histoire de la France, de la Corse, d’une famille qu’elle découvre en spectateur. Mais les secrets ne sont jamais terminés…

J’ai lu cet album car il figurait dans la sélection du prix des médiathèques du territoire où j’habite. Il s’agit d’une jolie découverte, dans un style graphique et une sensibilité générale proche du Paroles d’honneur de Leila Slimani et Laetitia Coryn. L’histoire  corse en question est remarquablement construite, avec plusieurs étapes qui suivent une évolution surprenante et permettent de découvrir tout en souplesse des sujets assez différents: la mafia, les colonies et la France des années 50, les secrets de Résultat de recherche d'images pour "chapron une histoire corse"famille, la question corse et le terrorisme,… On pense lire une histoire de famille et le curseur s’ouvre rapidement sur quelque chose de plus vaste, sur le principe de la petite histoire qui intègre la grande Histoire. Le personnage principal est assez touchant, jeune fille simple découvrant la complexité des secrets de famille. Cette histoire aurait pu se passer ailleurs et aurait été tout aussi intéressante. Mais elle se passe en Corse et les spécificités de l’île (peut-être un peu caricaturale puisqu’elle ramène inévitablement la question mafieuse: la French Connection… ) rajoute un peu plus de drame. Pourtant le traitement se fait tout en douceur, sans pathos car c’est le point de vue de Catherine qui prévaut, aimant son demi-frère sans jugement malgré les ombres de sa vie. Les aller-retour temporels sont très bien balisés visuellement et se suivent sans difficulté, hormis peut-être l’évolution physique des personnages qui peut parfois être un peu compliquée.

Il en ressort un joli album dont la couverture reflète particulièrement bien cette narration douce et ombrageuse à la fois. Une belle BD que je n’attendais pas et qui, si elle nous surprend peu, est très cohérente et maîtrisée.

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  • Bug #2 (Bilal/Casterman) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette lecture. Cet album a été lu sur une épreuve tirage papier.

9782203163614J’avais chroniqué la très bonne surprise que représentait le premier tome de la nouvelle série SF de Bilal, qui m’avait réconcilié avec le grand illustrateur qui est cette année membre du jury du festival de Cannes… Le tome 1 nous laissait en compagnie de Junia Perth et Obb, à bord d’un aéronef à destination du rendez-vous pour récupérer la fille de ce dernier. Maintenant que le monde entier sait que le spationaute possède dans son crâne, une foule de services secrets, mafias et factions est à ses trousses. Son odyssée ne sera pas de tout repos malgré les pouvoirs gigantesques qu’il a acquis grâce à la cohabitation avec le parasite qui a élu domicile dans son corps…

Bug a le mérite de reprendre les thèmes chers à Bilal (et qui finiraient par devenir obsessionnels tant on les retrouve dans la quasi-totalité de son œuvre BD…) dans une trame scénaristique très classique bien que là-aussi très Bilalienne. J’avais laissé tomber ses BD après la grande déception qu’a été pour moi la quadrilogie du Monstre et je dois dire que nous retrouvons ici comme dans la trilogie Nikopol le même schéma de fuite chaotique d’un héros habité par un trésor improbable. Les héros de Bilal, portant toujours les mêmes visages, sont à la fois dépressifs (le mal de crâne de Nikopol ou de Nike Hatzfeld) et imprévisibles, avec une forte propension à être enlevés par des sectes et autres groupuscules. Résultat de recherche d'images pour "bug bilal"Ses récits sont emprunts d’une sorte de passivité qui transforme les voyages en succession d’enlèvement-fuite. On peut s’en lasser mais constater également que nombre d’auteurs reprennent leurs thèmes de façon plus ou moins originale, à commencer par le patriarche Jodorowsky. Personnellement je trouve que l’on perd un peu en originalité mais si Bug est plus classique, plus sage que le Monstre (notamment graphiquement) il est aussi beaucoup plus accessible et pourrait presque être vu comme une version grand public de sa dernière grande saga. Cela sans-doute car moins personnel, moins intime et plus en phase avec notre actualité. Bug est un pur récit d’anticipation et en cela la vision de Bilal, avec son humour décalé et sa vision toujours fraîche (j’adore ses versions du néo-marxisme, des mafieux corses et des supporters-terroristes de l’OM!) touche juste. Son personnage connecté donne une vision sérieuse et franco-belge  de l’héroïne Valiant Livewire et il est amusant de comparer ce traitement très différent, comme quand on mets en miroir les films MCU et l’Incassable de Night Shyamalan! Ce second volume poursuit donc sur les mêmes bases que le premier, avance un peu mais sans que l’on s’attende à un coup de génie scénaristique. C’est bien sa vision du futur et l’ambiance graphique unique qui plaît chez Bilal. On ne peut pas contester l’élitisme/hermétisme de précédents albums et la simplicité du nouveau. Moi je préfère comprendre ce que je lis en rêvant, qui sait, à un retour à une collaboration plus sage avec un certain Pierre Christin

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Neuf tigres

La trouvaille+joaquim

BD Vatine et Jian Yi
Delcourt – Série B (2009), série inachevée en 1 volume.

couv_82678Sortie en 2009 dans la mythique collection Série B Delcourt lancée par Vatine et son pote Fred Blanchard, 9 tigres est dessinée par un jeune prodige d’alors, le chinois Jian Yi qui a réalisé un autre album de série inachevée (Sekushi Memory chez Paquet) et une série sur le dieu singe avec JD Morvan, le grand manitou des liaisons BD avec l’Asie. Pour les dix ans d’une série qui s’annonçait comme un carton d’action, je vous propose cette Trouvaille qui malheureusement a peu de chance de voir un prolongement. Renseignement pris auprès d’Olivier Vatine, le dessinateur ne fait plus de BD et est installé aux Etats-Unis. Le scénariste n’a pas encore récupéré les droits mais il est certain qu’étant donnée la grande proximité de style entre les deux ce dernier pourrait tout à fait reprendre le dessin de sa série…

Xiao Mei est le meilleur assassin des 9 tigres, la redoutable mafia chinoise. Au cours d’une mission elle élimine une vieille dame, sa cible… qui lui fait des révélations qui vont bouleverser son existence et l’envoyer comme l’ange vengeur qui éliminera l’organisation criminelle…

Image associéeJ’adore le label Série B! D’abord par-ce qu’il est sorti quand j’ai commencé à lire beaucoup de BD et que mes premières grosses séries suivies étaient signées Vatine, Duval, Quet, Pecqueur, Pécau, etc. Série B c’est de la SF, du Steampunk et du pop-corn avec, dans les premières années du moins, une vraie qualité graphique, un peu numérique niveau couleur, mais qui peps’! Toute une génération de scénaristes et dessinateurs ont été lancées sur ce label que j’ai depuis un peu lâché du fait de séries infinies comme les uchronies Jour J ou l’Histoire secrète. Surtout je trouve que la ligne s’est distendue avec trop de distances prises avec ce qui fait la force de ce 9 Tigres: l’action débridée, le dessin efficace en diable et une ambiance technologique.

La ressemblance entre le dessin de Jian Yi et celui de Vatine (inimitable) est frappante. Entrant de plein cœur dans l’action en une séquence d’intro reprise des pop-corn movies où ça défouraille sec, l’album nous propose une intrigue simple avec une héroïne indestructible qui va se retourner contre son employeur et devoir se sevrer des drogues de combat habituelles. L’arrivée de cette rupture est presque trop rapide, tant Vatine cherche à avancer sans temps morts.Image associée Il pose pourtant des séquences explicatives qui construisent l’intrigue mais tout ça va du reste aussi vite qu’un film de Hong-Kong, genre auquel 9 Tigres se réfère sans ciller. Si l’auteur d’Aquablue a beaucoup de bouteille en matière de mise en scène et a certainement chapeauté son disciple, c’est bien le dessin, très élégant, qui fait la force de cet album. On ne va pas se le cacher, Olivier Vatine devenant assez rare aux crayons, la série montre ce qu’il pourrait proposer à ses fans s’il sortait de sa semi-retraite.

Il y avait du potentiel dans cette BD d’action débridée avec un grand méchant esquissé et un soupçon de fantastique que l’on peut deviner. Vatine est un auteur frustrant car rare et ayant une relation compliquée avec l’édition (une génération entière reste traumatisé par son abandon d’Aquablue après un Corail Noir qui reste sans doute l’une des plus fortes BD SF de l’histoire du franco-belge). Chacun de ses travaux dispose pourtant d’une force impressionnante et l’on aimerait plus de régularité. En attendant je vous invite à profiter de cette BD folle, comme un one-shot. Plaisir des yeux, plaisir coupable.

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