BD·Nouveau !·Rapidos·Rétro

BD en vrac #9

  • Obeyron – Les Maîtres inquisiteurs #1 (Peru/Gioux/Soleil) – 2015

L’album a été lu dans le cadre de l’opération annuelle 48h BD proposant une sélection d’albums à 2€. L’occasion de découvrir cette série incluse dans la collection créé par Jean-Luc Istin (les séries Elfes, Orcs, Nains, etc.). Je dois dire que si ma première tentative sur Elfes n’a pas été très concluante, j’ai essayé cette série notamment pour sa très jolie couverture qui respire la ride et l’âpreté… Les Inquisiteurs sont un ordre d’enquêteurs, à la fois juge et bourreau, envoyés en compagnie d’un sage elfe par le haut conseil des Juges pour résoudre les crimes commis sur le monde d’Oscitan, divisé en deux empires, au nord et au sud. Le concept de la série, par cycles de cinq tomes autonomes conclus par un album commun, propose donc des enquêtes avec un personnage différent chaque fois. Ici Obeyron qui assouvit sa vengeance après avoir été envoyé dans un piège mortel il y a des années et dont il est revenu doté d’une rage et de pouvoirs imprévisibles… Graphiquement on est dans du très correcte, notamment pour les personnages (moins sur les arrières-plans). L’univers de fantasy n’est pas très original mais intéressant néanmoins avec cette ancienne guerre globale dont le monde panse encore les plaies. Résultat de recherche d'images pour "maitres inquisiteurs obeyron"Si le thème de l’enquête dans un monde de fantasy est sympa, on n’avance pas beaucoup, du fait sans doute d’une intrigue à étaler sur cinq albums. Du coup on lit surtout une succession d’actions violentes de cet ex-inquisiteur qui a un peu oublié qu’il ne devait pas se faire justice lui-même. L’originalité de l’album réside surtout dans ce fantôme d’elfe qui parle à l’oreille du anti-héros sans que l’on sache tout le long si le personnage est fou ou doté de facultés spéciales. Une demi-réussite, comme très souvent malheureusement dans ces séries concept dont est friand l’éditeur Soleil, dotées de belles couvertures, de dessins correctes et de scénarios qui se tiennent… mais peinent à justifier leur existence hors de l’intérêt commercial.

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  • Une histoire corse (Dodo/Chapron/Glénat) – 2018

Album lu dans le cadre du

couv_327046Années 80, Corse. Catherine rencontre par hasard un demi-frère dont elle ignorait l’existence. Il comble un manque inconscient, cette part corse que la parisienne, étudiante venant se ressourcer chez sa cousine ne connaît pas bien. Il révèle les mensonges de sa famille, de sa mère, obligée d’abandonner cet enfant d’un mariage turbulent. C’est l’histoire de la France, de la Corse, d’une famille qu’elle découvre en spectateur. Mais les secrets ne sont jamais terminés…

J’ai lu cet album car il figurait dans la sélection du prix des médiathèques du territoire où j’habite. Il s’agit d’une jolie découverte, dans un style graphique et une sensibilité générale proche du Paroles d’honneur de Leila Slimani et Laetitia Coryn. L’histoire  corse en question est remarquablement construite, avec plusieurs étapes qui suivent une évolution surprenante et permettent de découvrir tout en souplesse des sujets assez différents: la mafia, les colonies et la France des années 50, les secrets de Résultat de recherche d'images pour "chapron une histoire corse"famille, la question corse et le terrorisme,… On pense lire une histoire de famille et le curseur s’ouvre rapidement sur quelque chose de plus vaste, sur le principe de la petite histoire qui intègre la grande Histoire. Le personnage principal est assez touchant, jeune fille simple découvrant la complexité des secrets de famille. Cette histoire aurait pu se passer ailleurs et aurait été tout aussi intéressante. Mais elle se passe en Corse et les spécificités de l’île (peut-être un peu caricaturale puisqu’elle ramène inévitablement la question mafieuse: la French Connection… ) rajoute un peu plus de drame. Pourtant le traitement se fait tout en douceur, sans pathos car c’est le point de vue de Catherine qui prévaut, aimant son demi-frère sans jugement malgré les ombres de sa vie. Les aller-retour temporels sont très bien balisés visuellement et se suivent sans difficulté, hormis peut-être l’évolution physique des personnages qui peut parfois être un peu compliquée.

Il en ressort un joli album dont la couverture reflète particulièrement bien cette narration douce et ombrageuse à la fois. Une belle BD que je n’attendais pas et qui, si elle nous surprend peu, est très cohérente et maîtrisée.

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  • Bug #2 (Bilal/Casterman) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette lecture. Cet album a été lu sur une épreuve tirage papier.

9782203163614J’avais chroniqué la très bonne surprise que représentait le premier tome de la nouvelle série SF de Bilal, qui m’avait réconcilié avec le grand illustrateur qui est cette année membre du jury du festival de Cannes… Le tome 1 nous laissait en compagnie de Junia Perth et Obb, à bord d’un aéronef à destination du rendez-vous pour récupérer la fille de ce dernier. Maintenant que le monde entier sait que le spationaute possède dans son crâne, une foule de services secrets, mafias et factions est à ses trousses. Son odyssée ne sera pas de tout repos malgré les pouvoirs gigantesques qu’il a acquis grâce à la cohabitation avec le parasite qui a élu domicile dans son corps…

Bug a le mérite de reprendre les thèmes chers à Bilal (et qui finiraient par devenir obsessionnels tant on les retrouve dans la quasi-totalité de son œuvre BD…) dans une trame scénaristique très classique bien que là-aussi très Bilalienne. J’avais laissé tomber ses BD après la grande déception qu’a été pour moi la quadrilogie du Monstre et je dois dire que nous retrouvons ici comme dans la trilogie Nikopol le même schéma de fuite chaotique d’un héros habité par un trésor improbable. Les héros de Bilal, portant toujours les mêmes visages, sont à la fois dépressifs (le mal de crâne de Nikopol ou de Nike Hatzfeld) et imprévisibles, avec une forte propension à être enlevés par des sectes et autres groupuscules. Résultat de recherche d'images pour "bug bilal"Ses récits sont emprunts d’une sorte de passivité qui transforme les voyages en succession d’enlèvement-fuite. On peut s’en lasser mais constater également que nombre d’auteurs reprennent leurs thèmes de façon plus ou moins originale, à commencer par le patriarche Jodorowsky. Personnellement je trouve que l’on perd un peu en originalité mais si Bug est plus classique, plus sage que le Monstre (notamment graphiquement) il est aussi beaucoup plus accessible et pourrait presque être vu comme une version grand public de sa dernière grande saga. Cela sans-doute car moins personnel, moins intime et plus en phase avec notre actualité. Bug est un pur récit d’anticipation et en cela la vision de Bilal, avec son humour décalé et sa vision toujours fraîche (j’adore ses versions du néo-marxisme, des mafieux corses et des supporters-terroristes de l’OM!) touche juste. Son personnage connecté donne une vision sérieuse et franco-belge  de l’héroïne Valiant Livewire et il est amusant de comparer ce traitement très différent, comme quand on mets en miroir les films MCU et l’Incassable de Night Shyamalan! Ce second volume poursuit donc sur les mêmes bases que le premier, avance un peu mais sans que l’on s’attende à un coup de génie scénaristique. C’est bien sa vision du futur et l’ambiance graphique unique qui plaît chez Bilal. On ne peut pas contester l’élitisme/hermétisme de précédents albums et la simplicité du nouveau. Moi je préfère comprendre ce que je lis en rêvant, qui sait, à un retour à une collaboration plus sage avec un certain Pierre Christin

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BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Neuf tigres

La trouvaille+joaquim

BD Vatine et Jian Yi
Delcourt – Série B (2009), série inachevée en 1 volume.

couv_82678Sortie en 2009 dans la mythique collection Série B Delcourt lancée par Vatine et son pote Fred Blanchard, 9 tigres est dessinée par un jeune prodige d’alors, le chinois Jian Yi qui a réalisé un autre album de série inachevée (Sekushi Memory chez Paquet) et une série sur le dieu singe avec JD Morvan, le grand manitou des liaisons BD avec l’Asie. Pour les dix ans d’une série qui s’annonçait comme un carton d’action, je vous propose cette Trouvaille qui malheureusement a peu de chance de voir un prolongement. Renseignement pris auprès d’Olivier Vatine, le dessinateur ne fait plus de BD et est installé aux Etats-Unis. Le scénariste n’a pas encore récupéré les droits mais il est certain qu’étant donnée la grande proximité de style entre les deux ce dernier pourrait tout à fait reprendre le dessin de sa série…

Xiao Mei est le meilleur assassin des 9 tigres, la redoutable mafia chinoise. Au cours d’une mission elle élimine une vieille dame, sa cible… qui lui fait des révélations qui vont bouleverser son existence et l’envoyer comme l’ange vengeur qui éliminera l’organisation criminelle…

Image associéeJ’adore le label Série B! D’abord par-ce qu’il est sorti quand j’ai commencé à lire beaucoup de BD et que mes premières grosses séries suivies étaient signées Vatine, Duval, Quet, Pecqueur, Pécau, etc. Série B c’est de la SF, du Steampunk et du pop-corn avec, dans les premières années du moins, une vraie qualité graphique, un peu numérique niveau couleur, mais qui peps’! Toute une génération de scénaristes et dessinateurs ont été lancées sur ce label que j’ai depuis un peu lâché du fait de séries infinies comme les uchronies Jour J ou l’Histoire secrète. Surtout je trouve que la ligne s’est distendue avec trop de distances prises avec ce qui fait la force de ce 9 Tigres: l’action débridée, le dessin efficace en diable et une ambiance technologique.

La ressemblance entre le dessin de Jian Yi et celui de Vatine (inimitable) est frappante. Entrant de plein cœur dans l’action en une séquence d’intro reprise des pop-corn movies où ça défouraille sec, l’album nous propose une intrigue simple avec une héroïne indestructible qui va se retourner contre son employeur et devoir se sevrer des drogues de combat habituelles. L’arrivée de cette rupture est presque trop rapide, tant Vatine cherche à avancer sans temps morts.Image associée Il pose pourtant des séquences explicatives qui construisent l’intrigue mais tout ça va du reste aussi vite qu’un film de Hong-Kong, genre auquel 9 Tigres se réfère sans ciller. Si l’auteur d’Aquablue a beaucoup de bouteille en matière de mise en scène et a certainement chapeauté son disciple, c’est bien le dessin, très élégant, qui fait la force de cet album. On ne va pas se le cacher, Olivier Vatine devenant assez rare aux crayons, la série montre ce qu’il pourrait proposer à ses fans s’il sortait de sa semi-retraite.

Il y avait du potentiel dans cette BD d’action débridée avec un grand méchant esquissé et un soupçon de fantastique que l’on peut deviner. Vatine est un auteur frustrant car rare et ayant une relation compliquée avec l’édition (une génération entière reste traumatisé par son abandon d’Aquablue après un Corail Noir qui reste sans doute l’une des plus fortes BD SF de l’histoire du franco-belge). Chacun de ses travaux dispose pourtant d’une force impressionnante et l’on aimerait plus de régularité. En attendant je vous invite à profiter de cette BD folle, comme un one-shot. Plaisir des yeux, plaisir coupable.

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BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

P.T.S.D

BD du mercredi
BD Guillaume Singelin.
Ankama (2019), 190 p. One shot.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette belle découverte!


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Comme souvent chez Ankama l’édition est magnifique. D’abord cette très chouette couverture colorée qui reflète exactement l’album (soldat, SDF, zootherapie), avec titre gaufré et effet métal que l’on retrouve sur la tranche. L’album se termine par un texte d’intention de l’auteur et un carnet de croquis. Vraiment complet, joli, un calvin. A noter que l’album est d’abord paru aux Etats-Unis en 2019 avant l’édition française chez Ankama.

Après la fin de la guerre June revient dans la grande Cité où une légion de soldats démobilisés errent dans le’s rues, horde de sans abris luttant contre leurs stresses post-traumatiques à l’aide de pilules dont le marché est géré par une mafia. En guerre contre le reste du monde, June l’ancienne tireuse d’élite refuse toute aide et va partir à l’assaut de ces truands qui attaquent ses comparses…

Résultat de recherche d'images pour "singelin ptsd"J’ai découvert Guillaume Singelin à l’occasion de ma lecture de Midnight Tales dont il dessinait la première histoire, assez fondatrice du projet. Dans le même style manga que PTSD j’avais remarqué déjà une grande maîtrise du découpage et de l’action malgré un dessin tout sauf réaliste. Hormis ceux de Florent Maudoux (plus classiques) je ne suis pas très proche du style graphique et du design de l’équipe du Label 619. Pourtant dès ma lecture du génial Shangri-La de Mathieu Bablet l’identité artistique m’avait marqué et on peut dire qu’il y a une vraie cohérence dans cette bande de jeunes auteurs, à commencer par l’approche sociétale de la misère. Que ce soit la situation des animains dans l’ouvrage de Bablet, les réflexions sur les freaks et la sexualité de Maudoux ou ici le stress post-traumatique et la réinsertion des soldats chez Singelin, ces auteurs élevés dans la culture manga autant que comics proposent des visions très personnelles dans des genres qui facilitent habituellement le grand spectacle. Il peut alors y avoir un peu de frustration pour qui attendrait une BD d’action voir de guerre dans PTSD. Pour comparer avec le cinéma c’est un peu la même démarche que celle de Mamoru Oshii ou Denis Villeneuve, qui dans Sicario ou Ghost in the Shell utilisent un emballage de genre pour proposer des captures et réflexions totalement humanistes.

Image associéePTSD nous présente donc l’itinéraire de June, brillante tireuse d’élite revenue borgne d’une guerre sans nom que l’on découvrira au travers de plusieurs séquences intercalées comme des respirations du récit. Accro comme aux médicaments destinés à calmer ses douleurs et son stress comme la horde de vagabonds qui hantent l’immense cité asiatique que l’auteur se plait à nous présenter dans des séquences contemplatives qui occupent la majeure partie de l’album. Le texte post-face explique très précisément les envies de Guillaume Singelin, notamment ces visions urbaines incroyables qui habitent les films hong-kongais et qu’il a lui-même pu expérimenter en résidence à Tokyo. C’est pour moi le plus intéressant dans ce gros ouvrage où l’on retrouve (encore) une proximité avec les préoccupations de son compère Mathieu Bablet, très friand de longues pérégrinations urbaines. Dans PTSD, l’héroïne est seule, refuse toute aide, comme ses frères d’arme. Il n’y a pratiquement aucune critique politique dans ce livre qui s’intéresse bien plus aux relations humaines et aux effets enfermant du traumatisme. Sans mièvrerie, on nous montre comment le théâtre de guerre en obligeant les soldats à dépendre les uns des autres, tisse des liens qui seront détruits au retour. C’est ce travail psy que devra faire June à qui des mains sont tendues et qui les refusera jusqu’à l’arrivée d’un chien dont l’action thérapeutique provoquera la bascule.

Il y a bien sur des scènes d’action, diablement efficaces, lors de la vendetta de June contre les dealers. Trop brèves à mon goût tant l’auteur parvient à retrouver un peu de l’essence d’un Appleseed (Dunan Nuts, l’héroïne de Masamune Shirow est un des modèles de Singelin pour son personnage) dans ces passages. Mais le propos de Singelin reste bien celui de la vie foisonnante contrastant avec les errements de zombies des anciens soldats. Le travail des couleurs est très réussi et le dessin manga, très rond, facilite l’approche de ces destins tragiques. J’ai un peu tiqué sur les crayonnés laissés à l’impression, qui salissent un peu les dessins sur les gros plans. C’est sans doute recherché mais je ne trouve pas cela très réussi. Les visages très enfantins en revanche sont étonnants d’expressivité malgré la grande limite des possibilités graphiques du genre. Enfin, un détail vous étonnera, les personnages de l’album sont dotés de quatre doigts de la main, cela car l’auteur voulait dessiner de grosses mains et que les doigts ne rentraient pas… Une singularité qui montre la liberté et la sincérité totale de production de l’ouvrage.Résultat de recherche d'images pour "ptsd singelin"

Au final, si je ne suis pas aussi enthousiaste que pas mal des autres blogueurs, sans doute du fait de la sensibilité très particulière de l’ouvrage, j’ai passé une très agréable lecture en découvrant un vrai auteur, très impliqué sur son projet et nous faisant partager ses environnements, la vie urbaine asiatique, et en nous immergeant dans une thématique originale peu vue en BD.

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BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Ava Granger #1

BD du mercredi
BD de Isabelle Mercier et Riccardo Colosimo
Editions du long bec (2018), 54 p. série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions du Long Bec pour cette découverte.

 

Couv_350953Pour son nouvel album, l’éditeur alsacien lance l’italien Riccardo Colosimo dans sa première publication BD et l’on peut dire que son style radical ne laissera pas indifférent… La maquette de l’album et l’illustration de couverture sont très pro même si cette dernière aurait pu être plus accrocheuse. L’album se termine sur une ouverture laissant la place à une éventuelle suite en cas de succès des ventes. Je note un unique problème, malheureusement sur la dernière planche, avec un zoom malvenu qui laisse apparaître les traits en escalier d’une mauvaise définition des deux dernières cases. On mettra ça sur l’inexpérience du dessinateur.

Ava granger est détective privée. Pas du type barbouze, plutôt dans le genre militant de la cause environnementale. Lorsqu’elle assiste à des meurtres mafieux elle est sauvée in extremis par un mystérieux colosse qui semble particulièrement efficace pour éliminer les gangsters qui essayent de leur faire la peau. S’engage une fuite où les plus en danger ne sont pas ceux que l’on croit…

Résultat de recherche d'images pour "ava granger colosimo"La couverture de cet album m’a interpellé et grâce à mon nouveau partenariat avec les Editions du Long Bec j’ai pu découvrir ma première BD cubiste! L’illustrateur italien Ricardo Colosimo nous livre avec cet album quelque chose de jamais vu. Si des dessinateurs se sont déjà expérimentés à de l’impressionnisme en BD (souvent sur des albums traitant de la peinture) comme Smudja ou plus récemment Oriol avec son très réussi Natures mortes, je n’avais jamais vu une telle originalité graphique au service d’une BD de genre, le polar seventies mafieux. Ce qui j’ai vu de plus proche est Low, dessiné par le brésilien Tocchini qui allait aussi loin dans l’exploration graphique extrême… mais devenait de moins en moins lisible. L’utilisation de plats peut également rappeler le travail de Montllo sur Warship Jolly Rogers (un brésilien, un espagnol… je dis ça je dis rien!). Comme ce dernier, Colosimo parvient à garder une totale lisibilité des cases grâce à une très grande maîtrise technique et une finesse du dessin que l’on devine sur certains arrière-plans et sur la physionomie des visages, tous très caractérisés. Comme on le dit souvent, seul un très bon dessinateur peut se permettre d’explorer l’explosion graphique, c’est le cas ici. Sur des tonalités improbables de jaune, orange et bleu-violet, avec des traits semblant venir de couteaux à peinture il conserve une profondeur de champ, un détail des décors et une gestion du mouvement proprement fascinants (comme ce lancer de balle jamais vu en BD…). Le tout donne une ambiance incroyable que certains pourront trouver artificielle, mais le fait est qu’artistiquement on est dans le très haut niveau et le pari (risqué) est réussi.

Résultat de recherche d'images pour "ava granger colosimo"Et l’intrigue dans tout ça? C’est souvent le risque avec ce type de parti-pris expérimental. Heureusement le dessinateur n’est pas seul et a une scénariste relativement expérimentée pour cadrer le tout dans une intrigue à la fois simple, gratifiante en flattant l’imaginaire cinématographique du lecteur et étonnamment grand public. Ainsi l’histoire n’est pas à tiroirs mais se résume en une fuite des deux héros (réussis à la fois dans leur écriture et leur dessin) devant les vagues de mafieux envoyés les dessouder. A côté de cela l’enquête policière avance lentement avec deux poulets pas pressés d’aller farfouiller dans ce qui ressemble à une guerre des gangues. Si Ava Granger est un peu en retrait, le personnage le plus chouette est cet indien Navajo, sorte de Rambo moderne et aussi malin que beau gosse, autour de qui tout tourne. A se demander pourquoi il ne donne pas son nom à la série… Les archétypes 70’s sont là, à base de rouflaquettes, communautés hippies et voitures à la longueur infinie. On retrouve un peu l’esprit du chef d’oeuvre 2018 Il faut flinguer Ramirez avec un vrai gros plaisir de lecture, pour peu que l’on accroche au dessin. ET preuve de la volonté évidente d’aider le lecteur dans le suivi de l’histoire, Isabelle Mercier a ajouté des cases de narration qui nous rapprochent également du format polar. Ce n’était pas indispensable mais ajoute de la couleur de genre à une BD qui le respire.

Avec une intrigue qui n’ambitionne pas de révolutionner le genre mais assure le spectacle, notamment niveau action, et un dessin particulier mais terriblement lumineux et fascinant, Ava Granger est une belle réussite qui ressemble plus à l’expérimentation de vieux routier de la BD qu’à un premier album. Une des très très bonnes surprises de ce début d’année et peut-être l’une des BD (déjà?)  majeure de l’année qui commence.

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BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi

Blue note

La trouvaille+joaquim
BD de Mathieu Mariolle et Mickaël Bourgoin
Dargaud (2013) 148 p. 2 vol et 1 intégrale, série finie.
Couverture de Blue Note -INT- Blue note

Concept très original, Blue note nous propose de suivre les destins croisés de deux personnages, un boxeur et un guitariste de Blues, dans les dernières heures de la Prohibition. Le premier album suit le boxeur, le second le musicien. Ils se croiseront à peine mais interagirons dans la même temporalité. On retrouve un peu l’idée de Vortex que j’avais chroniqué dans cette rubrique il y a quelques temps. A noter que pour une fois l’illustration de l’intégrale est moins belle que celles des deux albums originaux. En outre une édition de luxe n&b tirée à 260 ex chez Bruno Graff existe. Un peu chère mais les le boulot d’encrage de Mickaël Bourgoin peut justifier une petite folie sur cet album si vous le trouvez.

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin"Blue note est une bd d’auteurs. Deux artistes inspirés par l’envie de nous faire vivre une ambiance, celle des nuits pluvieuses de la Prohibition, de ses clubs de jazz tenus par des Parrains et de ses match de boxe truqués. Ce qui saute aux yeux à l’ouverture de l’album ce sont les encrages de Mickaël Bourgoin, élément essentiel dans le visuel de ce projet (dès la page des crédits le dessinateur l’annonce). Pour sa deuxième série publiée le dessinateur a souhaité se lancer dans le grand bain, inspiré par Toppi et Breccia et on peut dire que la prise de risque s’est avérée pertinente tant l’ensemble respire la fumée, les atmosphères et livre quelques pleines pages absolument sublimes lorsqu’il s’agit d’illustrer la magie de la musique du personnage de guitariste virtuose R.J. A ce titre, il est dommage qu’une version grand format n&b n’ait pas été prévue par l’éditeur (hormis le tirage de tête en nombre limite et au coût élevé) tant ces planches auraient mérité plus de place.

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin dargaud"

On écarquille donc les yeux sur la beauté de ces petites cases très minutieuses et prends le temps d’admirer les quelques pages où les auteurs prennent leur place. Le trait peut ressembler par moment à celui de Gary Gianni, avec cet effet plume d’oie doublant les traits et surtout ces volutes incroyable qui désintègrent par moment les dessins dans une inspiration vraiment atypique et magnifique. C’est tellement réussi que l’album paraît parfois trop sage et l’on imagine un Bourgoin jouant des cadres de cases avec des débordements volontaires… J’ai vraiment découvert un illustrateur de très grand talent qui propose quelque chose de neuf que je ne saurais rattacher à une école graphique. Il n’a pour le moment rien réalisé d’autre en BD mais je guette un prochain projet!

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin dargaud"L’intrigue (réalisée à quatre mains) aurait pu être basique, classique. Le simple fait de poser le contexte du dernier mois d’une époque bien connue permet de borner l’intrigue en densifiant la tension. L’histoire est celle de l’ambition, celle de RJ, guitariste d’exception à qui tout sourit ; celle de Jack, ancienne légende des rings contraint de reprendre les gants en fuyant la gloire. Deux destins croisés qui se croiseront effectivement tout au long de ce double album construit en miroir. La subtilité de l’imbrication des deux histoires est une vraie réussite car ce n’était pas évident d’en dire si peu tout en maintenant des révélations en deux temps tout au long du récit. Chaque album a son unité, son héros, qui rencontre brièvement l’autre, avant que tout se rejoigne en toute fin du second volume. C’est une histoire triste que l’on nous narre, celle de personnages mangés par la ville, par leur ambition et celle des autres. Des talents qui ne seront jamais réellement libres, soit car ils sont en avance sur leur époque soit car ils appartiennent au passé. C’est un peu trois périodes qui se rencontrent dans Blue note: celle d’un âge d’or d’avant la Prohibition, celle finissante de la Prohibition, la nouvelle ère ouverte par RJ.Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin"

Les meilleures BD sont souvent celle que l’on n’attend pas, celles qui nous surprennent. Blue note en fait partie en réussissant incroyablement l’alliance du texte et de l’image, de personnages forts portés par des thèmes passionnants, iconiques (le musicien de blues noir, le boxeur irlandais) et une époque hautement visuelle et familière dans l’imaginaire collectif. C’est une très belle histoire, dure et inspirée que nous proposent Bourgoin et Mariolle, un blues à l’encre de nuit, une BD qui fait honneur à une bibliothèque et que l’on relit régulièrement.

Une interview des auteurs a été réalisée par le site Bdgest.

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Il faut flinguer Ramirez

BD de Nicolas Petrimeaux
Glénat (2018), 144 p.

9782344011881-l

Après Zombies nechrologies (que j’ai du coup très très envie de lire), l’artiste lyonnais Nicolas Petrimaux qui a bossé notamment sur le jeu vidéo Dishonored mets tout son talent pour un ride échevelé dans les films policiers des années 80′, une lecture béate, sourire aux lèvres où vous passerez dix minutes sur chaque planches à admirer les couleurs flamboyantes, la minutie des arrières-plans et la précision des cadrages. Il faut flinguer Ramirez est une très grosse claque BD. Ce n’est que l’Acte I. Et c’est le premier album solo du bonhomme…

Arizona, années 1980, la société Robotop s’apprête à lancer en grandes pompes le dernier né de ses aspirateurs. Jacques Ramirez est la star du SAV de Robotop et surtout un adorable bonhomme muet au regard de cocker, adoré de tous. Mais lorsque deux truands croient reconnaître en Ramirez l’assassin d’élite utilisé par les cartels mexicains, un engrenage se mets en place. La paisible cité va passer des heures explosives…

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Il faut flinguer Ramirez est un album-concept. Un projet intégral où l’auteur s’est impliqué de la typo du titre au texte final en passant par l’habillage (des fausses pub et des transitions de chapitres en mode « XL »). Seule manque une bande originale Funk-jazzy pour que l’on se retrouve dans un film. Car dès le début Petrimaux annonce la couleur: « dessiné en mis en scène par…« . Oui, il s’agit de mise en scène et non d’un simple scénario, c’est dit, assumé et totalement confirmé au long de ces 144 pages qui passent bien trop vite. J’avais eu un peu la même impression avec le Shangri-la de Bablet sur lequel on sentait l’investissement total d’un auteur. Ici aussi, dès la couverture on sent que l’on va avoir quelque chose de spécial. On est clairement dans l’affiche de cinoche B des années 70-80. Petrimaux se réclame de Tarantino et d’Edgard Wright et cela se sent (en un peu moins déglingue que chez Tarantino); tout respire le cinéma, est inspiré par le cinéma.

Le travail de colorisation en premier lieu est ce qui marque le plus. Il ne s’agit pas seulement de couleurs vives, l’auteur utilise des filtres pour salir ses images, donner une ambiance de vieille pellicule. Les planches m’ont beaucoup rappelé le formidable Tokyo Ghost de Sean Murphy, tant dans la colorisation très spéciale que dans le trait à la fois fruste et extrêmement précis. Petrimaux marque même un point sur son confrère américain par un encrage fort qui permet de contraster entre premiers plans très noirs et arrières-plans fins et extrêmement précis. Rares sont les auteurs à ne délaisser ainsi aucun plans de leurs images (Petrimaux annonce avoir passé 1 an à préparer et un an à monter l’album), ce qui montre l’investissement et la conviction mise dans le projet.

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Ensuite la mise en scène donc… Le travail de découpage et le choix des plans est sidérante de réflexion et de pertinence. C’est la première fois que je passe autant de temps à zieuter une page montrant des employés en cravate dans une usine d’aspirateurs… La dynamique des cases (comme ce panache de fumée qui s’envole et nous hypnotise) montre un réel talent, jouant comme rarement sur les différents plans, enchaînements de cases et fil de textes. Pas un plan n’est standard, tout est pensé et sert la mise en scène donc. Totalement bluffant.Résultat de recherche d'images pour

Niveau ambiance, on est dans le rétro à fond, à base de lesbiennes braqueuses de banque, de gangsters mexicains semi-débiles et d’une Amérique reaganienne triomphante que l’auteur se fait un plaisir de dynamiter en remplissant son histoire et ses dialogues d’un venin savoureux (amoureux de Lupano vous allez être servis!). L’immersion est totale et même si l’on n’aime pas l’esthétique années 80 (c’est mon cas) la qualité du boulot est telle que cela ne pose aucun problème.Résultat de recherche d'images pour

Étonnamment il n’y a pas tant d’action que cela dans « Ramirez » car Petrimaux sait jouer sur les rythmes, donner envie, faire monter la tension et l’attente en nous en donnant juste ce qu’il faut pour repartir sans tout balancer. Le plus gros risque avec un album de ce type c’est que l’attente et l’envie sont tels qu’il ne faudra pas se louper sur la suite (série prévue en 3 Actes)…

A mesure que je m’enflamme je m’aperçois que ma chronique est finalement assez dérisoire: à un moment il ne reste plus qu’à plonger dans les aventures de Jacques Ramirez et à savourer (avec une musique Funk genre Isaac Hays et une bière!). Vivez ce chef d’œuvre de la BD, un incontournable pour tout amateur de BD et de cinéma. Cela fait très longtemps que je n’ai pas ainsi « vécu » une BD. Merci l’artiste!

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Guide de lecture·Manga·Numérique

Sun-ken Rock 8# – 11#

East and westUn premier article sur la série a été publié sur le blog. Un deuxième en mode étape de lecture pour les épisodes 3 à 7. Je viens de découvrir l’existence du sous genre Manga Ecchi, qui correspondrait à de la BD érotique chez nous (contrairement au Hentaï qui est porno). C’est vrai que quand on regarde les critères de ce genre on est pas loin. Ceci dit, dans Dragonball il y a des saignements de nez et des petites culottes… Si j’ai bien saisi ça reste de la BD avec une intrigue et un intérêt autre (ici la baston et les histoires d’État et de lutte de pouvoirs), le sexe n’est pas l’objectif premier du manga comme pour le Hentaï. Si je cherche une BD franco-belge dans ce style j’imagine qu’on serait entre Murena, les Borgia (Manara-Jodo) et Druuna (que du A…).Résultat de recherche d'images pour "sun-ken rock volume 8"

L’épisode 8 voit, après un intermède en mode « n’importe quoi », la fine équipe de Ken débarquer en Italie pour rendre visite au Parrain ami du père de Tae-Soo.  Ils rentrent en Corée avec Benito, un « étalon » membré comme un cheval que le Parrain dote d’une mission secrète. Comme vous le voyez, on reste dans le registre sexuel même s’il y a moins de nichons que sur d’autres tomes.

Le volume 9 voit Ken engagé comme chauffeur d’une star de la chanson. Il se retrouve quasi-esclave du manager et soumis à la tentation de la jolie Sun. L’auteur semble avoir voulu explorer le monde des fans et du star-système coréen. Pas franchement convaincu par cet arcRésultat de recherche d'images pour "sun-ken rock volume 8"

Dans le volume 10 un groupe de chanteuses est recruté et mis sous l’aile de Ken qui doit les protéger de l’appétit sexuels du manager et qui va être très tenté par les mœurs très très  libérées des donzelles…

Le volume 11 raccroche avec les thématiques précédentes: mélange de corruption, de traite des femmes et de baston mafieuse. On revient dans la ligne qui fait l’intérêt de Sun-Ken Rock. A noter que le trait évolue vers quelque chose de plus éthéré, noir, moins manga-déconne. Et plus esthétique que jamais!

Pas franchement intéressant, cet arc se déroule sur 4 volumes et est surtout un prétexte pour des séquences de nu en mode « huile et t-shirt mouillé » en laissant de côté les bastons et l’affrontement avec le Hakuryû-kai. On dira que ça dénonce vaguement la domination sexuelle masculine (c’est d’actualité)… Après cet écart, la série reprend vraiment à partir du tome 12…