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Les 5 terres #8

La BD!
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BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2021), 56p., série en cours, 1 cycle achevé, 2 tomes parus sur le second cycle
Série prévue en 5×6 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Le premier tome du second cycle de la série évènement des trois dernières années m’avait laissé dans un intérêt poli. Ce second devait permettre de vraiment relancer la machine et retrouver la diablerie scénaristique d’Angléon. Malheureusement, si le cliffhanger du précédent permettait d’espérer un peu de rebondissements, on Les 5 terres T8 : Plus morte que morte (0), bd chez Delcourt de Lewelyn,  Lereculey, Martinosse retrouve ici avec plusieurs intrigues croisées qui poursuivent tranquillement leur chemin sans grands contrecoups (avec même l’histoire de la quête archéologique qui tourne littéralement en rond) et avec une linéarité qui fait plus que surprendre. Avec l’intelligence constatée depuis six tomes on ne peut envisager que les auteurs aient réellement perdu leur cap et on attend donc toujours de comprendre où ils nous mènent. A ce stade on ne peut faire que des conjectures en anticipant des intrigues longues qui se croisent ou un incident majeur capable de survenir à tout moment avec une volonté de varier les rythmes entre les cycles. Malheureusement l’idée intéressante de garder une atmosphère vaporeuse qui sied à l’âme orientale ne permet pas d’accrocher le lecteur, qui cherche toujours un enjeu majeur, un personnage réellement charismatique et tout simplement un drame. Keona semble être ce vecteur qui nous rattache à la politique, mais cela reste bien ténu. Il est vivement temps que les auteurs se réveillent car on est déjà retombé dans un classicisme assez banal de la fantasy made in Delcourt. De qualité mais éculée.

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Un général, des généraux

La BD!
BD de Nicolas Juncker et François Boucq
Le Lombard (2022), 132p., one shot.

L’ouvrage comprend des citations en regard et un cahier documentaire de cinq pages détaillant le contexte historique avec des photographies de l’époque.

couv_440574Mai 1958. Alors que la guerre d’Algérie s’enlise, l’armée installée à Alger craint un abandon des départements algériens et menace Paris d’un Coup d’Etat. Pendant ce temps le général de Gaulle attend sagement lors de sa retraite à Colombey les deux Eglises…

La première vertu de cette farce qui place François Boucq dans ses petits souliers est ce rappeler les circonstances insurrectionnelles dans lesquelles est née la cinquième République aujourd’hui remise en cause. Car si la forme est celle de la farce (qu’on imagine d’ailleurs facilement adaptable au théâtre), le sujet est éminemment sérieux: Général, des généraux (Un) (par François Boucq et Nicolas Juncker)comme cela l’a été largement documenté depuis, en quelques jours le général de Gaulle revient au pouvoir sous la menace d’un parachutage militaire sur Paris et alors que personne ne peut exclure que le projet d’ensemble n’ait pu être coordonné avec lui. Alors que la quatrième République brille par son inefficacité politique et que la guerre d’Algérie ne voit pas de perspectives de résolution, l’album montre clairement que l’armée s’est émancipée du gouvernement civile et que si le débarquement en Corse semble plus symbolique qu’autre chose, les références à Napoléon et le soutien de plusieurs gouverneurs militaires rend tout à fait crédible un renversement militaire à Paris par des putschistes qui comptaient confier le pouvoir à… de Gaulle.

La satire rend par moment confuse la réalité tant l’ensemble des protagonistes est montré comme un ramassis de débiles à épaulettes ou de vieux politiciens ronflants. Pourtant l’album est documenté et reprend le déroulé précis, avec une portée qui aurait sans doute été plus grande sur un traitement plus documentaire. Ne boudons pas notre plaisir pourtant de voir Boucq croquer le cirque des généraux à Alger où le Un Général, des généraux" par Boucq & Junker : une farce (...) - ActuaBDdécalage d’époque est flagrant entre ces romantiques nostalgiques de la grandeur de la France et voyant l’abandon de l’Algérie comme la fin d’un empire dont ils sont les gardiens. Les trognes et les scènes sont absurdes et l’on se demande à chaque instant si le ridicule a pu être aussi important. Le risque de rendre sympathiques des factieux est assumé et compensé par le rappel des déclarations des protagonistes politiques, notamment le président de la République René Coty, de Gaulle et Mitterrand qui rappelle à l’Assemblée que de Gaulle détient son pouvoir d’un coup de force et non d’une légitimité populaire.

Doté d’une mise en scène tantôt clownesque tantôt très solennelle du toujours pro François Boucq, cet album tombe à point pour nous rappeler que les circonstances d’arrivée ou de maintient au pouvoir d’un chef d’Etat ne sont pas anodines, comme un miroir (qu’il ne faut pas forcer… mais tout de même) à 2022. Très drôle, toujours joli, l’album est très réussi mais pâtit sans doute de son hésitation entre farce et chronique historique, amenuisant légèrement l’efficacité des deux. Il reste néanmoins d’une lecture détente tout à fait conseillée à l’entrée de l’été.

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La république du crâne

La BD!
BD de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
Dargaud (2022), 196p., one shot.

L’ouvrage comprend un cahier documentaire de onze pages sur la piraterie du XVIII° siècle, illustré de tableaux classiques du XIX° siècle participant à créer l’iconographie du genre. Une préface des auteurs ouvre le livre après une illustration d’intérieur de couverture reprenant une carte des caraïbes (une carte des côtes atlantiques de l’Afrique fermeront le livre), puis neuf chapitres commençant par une double page noire citant un des personnages. Très belle édition au format compact. A noter que les éditions Black and White ont édité une édition grand luxe limitée à 350 ex et qui fait méchamment baver tout amoureux de beaux livres. L’ouvrage le mérite, bienheureux les élus possédant un exemplaire…

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Lorsque Olivier de Vannes arraisonne son premier navire en tant que capitaine pirate il est loin de se douter qu’il va bouleverser le fragile équilibre de l’équipage du capitaine Sylla. En intégrant des esclaves réfugiés à la société des pirates, les convoitises mais surtout les espoirs d’une vie libre vont être mis à rude épreuve des passions humaines, des craintes et des jalousies. Marins ou prisonniers affranchis, ces pirates ne désirent que la liberté, une liberté que les puissances de l’Ancien Régime ne peuvent tolérer très longtemps…

Habitués des aventures rageuses de Ronan Toulhoat et son complice Vincent Brugeas, vous allez être surpris! Ces auteurs dont vous trouvez régulièrement les albums chroniqués ici (probablement les seuls auteurs dont j’ai l’intégralité de la production) ont fait leur marque de fabrique, depuis dix ans de carrière, sur des albums historiques très énergiques, un romantisme violent hautement marqué par les fulgurances graphiques du dessinateur. Pour moi ils sont un peu ce que Alice et Dorison ont été à la BD historique lors de la sortie du 3° Testament: deux autodidactes passionnés qui ont mis de la jeunesse à un genre un peu « à la papa » chez un éditeur pas très djeunz (Glénat) malgré son rôle précurseur dans les manga. Et bien ce gros album où l’on sent une grosse envie de partager un univers si évocateur est peut-être un tournant dans leur carrière, l’ouvrage de la maturité artistique. Je crois bien que c’est la première fois qu’ils ouvrent un livre par un propos liminaire qui marquera la première surprise sur le motif de La République du crâne. En se rattachant immédiatement à la révolte des gilets jaunes, les auteurs assument un propos éminemment politique en rappelant ce qu’étaient d’abord les pirates du XVIII° siècle: des hommes révoltés contre un système injuste et qui rêvaient de fraternité. Ce n’est pas rien et cela permet de comprendre le traitement scénaristique qui marque la seconde surprise.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH461/rdc5-a788f.jpg?1645946730Si l’ouvrage comporte bien son lot de batailles navales, de combats sanglants et ses plans de navires majestueux, le narrateur, un étonnant idéaliste au regard de rêveur donne le ton d’un voyage où l’on souhaitera longtemps le dénouement heureux pour ces hommes et femmes intègres. Le cœur du projet n’est ainsi pas une nouvelle course épique comme l’a si bien fait Lauffray sur son Long John Silver. Au travers d’un échange épistolaire qui parsème les parties nous assistons à l’affirmation de la liberté des hommes, qu’ils soient africains arrachés à leur terre ou marins soumis à la tyrannie de leur capitaine sur ces navires militaires ou marchands qui étaient un absolutisme en miniature au service du Capitalisme naissant et des puissants engagés dans un commerce maritime mondial. Le parallèle est ainsi évident mais subtilement tracé avec notre époque, par un scénariste qui connaît son Histoire et les fils qui lient les époques.

Outre le propos très intelligent, la structure de l’histoire et surtout les relations entre les personnages ne cessent de nous surprendre. Dès les premières pages on découvre ainsi deux hommes que tout semble opposer, Sylla le grand capitaine à la crinière glorieuse et au sourire carnassier de vainqueur et Olivier l’humaniste, plus marin que guerrier. Entre eux des figures que le dessin nous fait cataloguer: Lenoire, colosse tout droit issu du bestiaire de Ronan Toulhoat ou Maryam, reine noire déchue au sourire énigmatique marqué éternellement sur son visage. Sans jouer particulièrement de son rôle de machiavel, le scénariste déjoue tous nos pronostiques en faisant vivre la personnalité complexe de chaque rôle en les extrayant de leur habit d’archétypes. Tous en deviennent crédibles et passionnants.

On pourra simplement regretter de passer si vite sur la si intéressante République de Nassau mais ce n’était pas le propos. Abordant mine de rien un grand nombre de thèmes sans s’y noyer, les auteurs nous livrent une très belle aventure humaine, vaguement utopiste, un appel au large et au triptyque républicain de notre pays: Liberté, Égalité, Fraternité, devise qui n’aura jamais si bien convenu à un récit de pirates. Un des tous meilleurs albums de ce début d’année.

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Le choix du chômage

Le Docu BD

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BD de Benoît Collombat et Damien Cuvillier
Futuropolis (2021), 269p., noir et blanc, one-shot.

Coup de coeur! (1)Dans quatre jours c’est le premier mai, fête du travail et période idéale pour aborder ce monument de la BD documentaire, trop peu mis en avant lors de sa sortie l’an dernier et que bon nombre d’électeurs auraient bien fait de lire… Les deux-cent soixante-neuf pages d’une densité impressionnantes rappellent l’énorme travail des auteurs de La Bombe, dont la complexité et la profondeur rejoint l’enquête de Collombat du Cuvillier. Dépassant de loin la norme moyenne des documentaires en BD, cet ouvrage est une somme à la lecture indispensable qui revient sur soixante-dix ans de construction européenne et d’essor d’une pensée dominante marquée par un ordolibéralisme assumé. Le choix du chômage n’est pas une question mais une certitude après avoir refermé cet album.

La sélection parfaite pour se fâcher avec vos proches : politique &  religion sous le feu de l'investigation BD - Bubble BD, Comics et MangasOrganisé en quatre partie volumineuses traitant des théories néolibérales, du pouvoir socialiste de François Mitterrand, de la construction européenne et la crise de 2008, les auteurs s’appuient sur les témoignages d’un très grand nombre d’acteurs de premier plan, de Jean-Pierre Chevènement à Pascal Lamy (ancien directeur de l’OMC) en passant par toute une galerie de directeurs de cabinet, hauts-fonctionnaires et responsables financiers. Le journaliste d’investigation multi-primé qui a enquêté sur l’affaire Boulin et sur les affaires de Bolloré en Afrique est déjà à l’origine du réputé Cher pays de notre enfance avec Davodeau. Sa neutralité journalistique est indéniable et la portée de ce nouvel ouvrage va bien plus loin que le précédent en ce qu’elle jette une lumière aveuglante non seulement sur le choix de favoriser l’inflation basse et un chômage haut en France (les mécanismes économiques opposant les deux) comme en Europe mais plus largement l’adoption d’une vision néolibérale par l’ensemble des acteurs de la construction européenne, des dirigeants français des quarante dernières années et le caractère assumé d’une supranationalité qui ne s’encombre pas de choix démocratiques comme le résumait en 2015 le président de la Commission Juncker. L’esprit chrétien de la prédestination et du mérite infuse une idée selon laquelle le peuple est dangereux dans ses passions et a besoin d’être forcé dans ses choix. Comme le font les auteurs de Res Publica, la quantité de citations in extenso des personnes qui ont été aux manettes ne laisse pas place au doute.

Le choix du chômage », une enquête sur les racines d'un fléau françaisLa lecture de l’album reste néanmoins ardue de part la densité des informations et la complexité des thèmes abordés. On parle en effet de mécanismes économiques comme d’arbitrages de cabinets, d’influence diplomatique entre Etats-Unis et gouvernements européens en reconstruction. Il faut s’accrocher par moment tant la précision est chirurgicale et le journaliste peut fort heureusement s’appuyer sur le talent indéniable de son dessinateur qui excelle tant dans sa qualité graphique sur les portraits des témoins clés que sur les mises en scènes illustratives au format dessin de presse. Rarement un documentaire aura autant profité de son dessin pour fluidifier le contenu sans oublier l’aspect artistique du format BD.

S’il est choc, le titre est pourtant un peu trompeur en ce qu’il n’est qu’un lancement pour décrire la construction d’une Union européenne néolibérale dont le caractère non démocratique apparaît malheureusement inhérent au projet initial. Ne s’attardant malheureusement pas sur l’espoir qu’à fait naître l’esprit de l’Etat social lors du rejet du Traité constitutionnel de 2005, le projet de Collombat et Cuvillier est totalement déprimant tant il décrit un itinéraire autoritaire et manipulateur dans lequel il ne De Pompidou à Macron, les dirigeants ont fait le choix du chômagesemble pas y avoir d’échappatoire sauf à attendre le fascisme. Un fascisme dont s’accomode parfaitement le Capitalisme comme l’expérience chilienne nous l’a montré et comme l’expliquent la plupart des historiens et économistes hétérodoxes. Une conclusion qui fait refléchir pour un album sorti un an avant le funeste scrutin que nous venons de vivre et qui interroge sur une méfiance peut-être pas si franchouillarde de la population française envers une Union européenne que nombre de citoyens ont sans doute perçus comme loin de l’idéal présenté.

Il y a des ouvrages qui éclairent et des ouvrages qui bouleversent la perception du monde et de l’Histoire. Le Choix du chômage est de ces derniers tant vous ne pourrez plus regarder les politiques, les élections et l’Union Européenne avec le même regard. Un regard que ce magnifique album peut réveiller d’une longue torpeur pour nombre d’entre nous.

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Get up america #1/2

Le Docu BD

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BD de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell
Rue de sèvres (2022), 1/2 volumes parus

bsic journalismMerci aux éditions Rue de Sèvres pour leur confiance.

Suite directe de la trilogie Wake up America (March en VO) dont vous trouverez sur le blog les chroniques des trois tomes, ce diptyque a été achevé juste avant le décès de John Lewis en 2020. Comme pour la première série, l’éditeur a modifié le titre Run en Get up America. Chose notable, s’il est plus court, ce premier tome comprend un important cahier documentaire final comportant une impressionnante bibliographie, des sources audiovisuelles et de discours témoignant du monumental travail de documentation et des explications sur le travail d’adaptation des mémoires de Lewis dans le média BD. Cet enrichissement augmente fortement la plus value de ce documentaire dont la première trilogie était déjà un monument d’Histoire.

Get up America 1 (par Nate Powell, Andrew Aydin et John Lewis) Tome 1 de laAprès l’adoption du Voting right act de 1965 (qui est actuellement fortement remis en cause par les Etats du Sud depuis la présidence de Donald Trump) la société ségrégationniste ne baissa pas les armes et s’échina à démontrer qu’il y avait un monde entre le Droit et la pratique du Droit, abusant de l’autonomie constitutionnelle des Etats américains qui se lavent les mains des lois fédérales lorsqu’elles les dérangent trop. Le Nord, embarqué dans l’intervention au Vietnam ne souhaite pas s’impliquer trop avant pour la défense de populations qu’il considère au fond comme étrangère. Face aux exactions du KKK l’harmonie idéologique non-violente qui a prévalue dans le sillage de Martin Luther King se fissure rapidement et voit apparaître un courant séparatiste proclamant le Pouvoir Noir qui s’incarne dans un parti politique radical que l’on nommera bientôt Black Panther party

Cette suite directe a eu un développement artistique un peu compliqué puisque comme je l’annonçais dans le précédent billet c’était la dessinatrice Afua Richardson qui devait produire les planches avant de passer la main à un autre dessinateur… qui jeta également l’éponge. Au final c’est exactement la même équipe qui rempile avec donc Nate Powell aux pinceaux et une harmonie graphique conservée. Lorsque l’album s’ouvre rien ne semble avoir changé, montrant que l’objectif des auteurs n’est pas de créer un récit mais bien de rendre compte d’évènements précis. Cela crée une complexité documentaire déjà vue dans le précédent triptyque lorsque s’entament des débats politiques entre les tenants de différentes lignes de conduite. Dans tout mouvement de lutte il y a des désaccords et celui des droits civiques n’échappa pas à cela avec l’apparition marquante – et traumatisante pour Lewis – des Black Panther qui assumèrent la séparation entre deux peuples américains, le refus de se soumettre à une domination blanche, l’affirmation d’une fierté noire (principe que l’on retrouve aujourd’hui dans la lutte pour les droits des minorités sexuelles) et surtout, le basculement d’un combat éminemment chrétien parti des églises à une lutte des classes où les noirs sont considérés comme l’incarnation du prolétaire. La conscription pour le Vietnam fut un élément déclencheur qui marginalisa les tenants de la non-violence et décida d’entamer la lutte politique séparément du grand Parti Démocrate.Amazon.fr - Run - Aydin, Andrew, Lewis, John, Fury, L., Powell, Nate -  Livres

Il est toujours aussi passionnant de se replonger dans cette histoire pas si lointaine d’une nation Etats-unienne qui dans ces deux décennies sortit d’un conservatisme réactionnaire pour s’ouvrir à un idéal de melting-pot. Comme la présence de vétérans de guerres (39-45 ou Algérie chez nous) permet de réaliser la réalité choquante ce qu’on nous relate, celle de John Lewis (dont il s’agit, rappelons-le, des mémoires) nous rappelle à chaque page que tout ce qu’on nous montre s’est bien passé, même si on a du mal à le croire. A la lecture de cette dense BD on doute toujours d’avoir vu passer huit ans durant un noir dans le Bureau ovale cinquante ans seulement après ces évènements tant ce pays vient de (très) loin. Avec cet héritage, après Trump on se demande comment cette Nation fait pour tenir ensemble. En attendant on attend avec impatience la conclusion de cette série sur l’émergence du mouvement politique noir.

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Funerailles #7: I got many names

La BD!
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Freak’s Squeele : Funerailles #7
BD de Florent Maudoux
Rue de Sèvres (2022), 82 p. 7 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur fidélité.

Le temps se rallonge pour la saga Funérailles, avec deux ans d’attente depuis le précédent volume qui semblait marquer la fin d’un arc. On ne reprochera rien à Florent Maudoux qui comme nombre de « jeunes » auteurs a encore une grosse envie de BD et plein de choses à nous donner. A commencer par des planches et une couverture toujours aussi somptueuses, gavées de détail et proposant toujours cette alchimie parfaite entre technique tradi basée sur un encrage sophistiqué et effets numériques assez doux et proches de la bichromie. Avec cet aspect si particulier dû au papier noir, l’album est un régal pour les yeux de la première à la dernière page, comme tous ses prédécesseurs.

Freaks' Squeele - Funérailles -7- I Got Many NamesJe parlais d’envie et il est satisfaisant de voir qu’après toutes ces années, après un changement d’éditeur (oui oui, regardez bien, le logo Ankama a disparu pour laisser la place à celui de Rue de Sèvres), la bande du Label 619 a toujours une telle faim, une passion qui part quelques fois tous azimut avec des trop pleins qui sont le défaut de leurs qualités. Ce qui rassemble la bande à Bablet, Maudoux et Run, c’est cette profusion de détails, d’idées pas toujours liées, cette réflexion permanente sur nos préconçus, sur les normes sociales, ces concepts intellos sur des visuels urbains et hyper-modernes. Celui qui nous a proposé il y a quelques temps l’étonnant et très réussi Vestigiales qui questionnait le genre et les relations amoureuses à l’époque d’un brouillage des anciens schémas continue ici et insiste sur des sujets que la profusion d’action des précédents volumes ne permettait pas d’approfondir. Plus que jamais l’origine des mythes, le corps et ses déviances, la sexualité homme, femme, neutre, sont mis à nu en laissant du coup un peu de côté les bastons. C’est là le seul point gris de ce volume toujours fort bien et élégamment écrit qui semble suivre un schéma issu de parties de jeux de rôle avec ses très longues digressions explicatives.

Déjà dans la série mère Freak’s Squeele Maudoux proposait un récit erratique qui semblait évoluer au gré de ses envies. Non que le tout n’ait une grande cohérence et construction mais l’auteur marque des ruptures de récit en passant de l’intrigue principale à des intrigues secondaires et des récits dans les récits. Le jeu de rôle est sorti en 2017. Pour qui connaît ce média, l’immense liberté d’imagination se conjugue avec un worldbuilding qui donne envie de préciser sans fin ses personnages et le monde dans lequel ils vivent. C’est ce qu’on ressent à la lecture de l’album, notamment au travers des textes intermédiaires (que l’on voyait déjà dans le précédent volume et qui de par leur longueur hachaient un peu la lecture). Le tout est passionnant, fort bien narré, original… mais peut parfois manquer de liant.

Freaks' Squeele : Funérailles (tome 7) - (Florent Maudoux) - Heroic  Fantasy-Magie [BÉDÉRAMA, une librairie du réseau Canal BD]L’ouvrage entame alors que Pretorius est enchaîné avec son nouveau statut divin. On pense avoir raté un épisode pendant de longues pages avant que l’on nous raconte comment l’on est passé du tome six au tome sept. Technique gonflée mais toujours risquée! Le choix de raconter les évènements au passé frustre un peu même s’il permet d’approfondir grandement l’univers et de détailler la réflexion sur l’origine des civilisations, sur l’eugénisme et de préciser un peu le contexte de ces Etats dont on ne sait toujours pas quel est le lien avec le monde de Freak’s Squeele et le notre.

Menant son monde à sa façon, sans se préoccuper du qu’en dira-t’on et des modes, Florent Maudoux confirme l’entièreté de l’identité artistique des auteurs Label 619. Avec ses immenses qualités et ses choix étranges, Funerailles reste une saga unique, complexe et qui mérite amplement de sortir du créneau young adult dans lequel il est né.

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Res Publica : cinq ans de résistance 2017-2021

Le Docu BD
BD de David Chauvel et Malo Kerfrieden
Delcourt (2022), 344p., One-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)

Le temps passe, la mémoire trépasse. Ce très volumineux et dense album est là pour nous le rappeler. Cruellement, salutairement, comme un uppercut démocratique qui nous réveille d’un trop long cauchemar. Dès sa préface, le scénariste des 5 Terres et de Robilar (où il proposait déjà sa version du monument La ferme des animaux d’Orwell) se fait modeste, ne se réclamant ni du journalisme ni du politologue, demandant la bienveillance des lecteurs qui trouveront quelques facilités, quelques erreurs de dates dans cette quantité phénoménale de sources (dont les références seront listées en fin d’album). Il y a deux ans La Bombe marquait les lecteurs BD par sa pagination, par son travail pédagogique et historique très important, avec le succès attendu et mérité. Sorti opportunément juste avant les élections présidentielles, ce Res Publica qui résonne dans un premier temps comme un pamphlet et s’avère bien plus, est de salubrité publique alors que le storytelling sondagier proclame déjà Emmanuel Macron réélu face à Marine Le Pen.

L’ouvrage s’ouvre sous le patronage du Larousse en nous rappelant ce que signifie République. Et tout au long de ces trois-cent quarante pages le scénariste en colère revient aux fondamentaux, que les coups réguliers des dirigeants depuis vingt ans ont fait perdre de vue à leurs concitoyens. Ce faisant il questionne à la suite des Gilets jaunes le principe même de démocratie représentative. Ce débat tranché temporairement lors de la Révolution française entre la démocratie directe et celle, plus bourgeoise des élus, a été ramené plus vif que jamais par cette révolte populaire, la plus importante sans doute depuis celles du XIX° siècle.

Si Res Publica n’est pas un album sur les gilets jaunes, la couleur de sa couverture et sa bichromie en font bien évidemment un axe central d’analyse de ce quinquennat présenté comme le plus grand hold-up de la finance et de la bourgeoisie conservatrice de notre histoire. Revenant avec minutie sur ce qui a amené Macron à la tête de l’Etat, Chauvel permet via d’omniprésentes citations de comprendre ce que le bruissement du monde et la frénésie médiatique ont noyé. Non seulement Emmanuel Macron n’a jamais été du « centre » mais son agenda était annoncé et lisible (contrairement à son prédécesseur) et son arrivée à la Présidence de la République a été confisquée par ces circonstances déjà subies en 2002, face à l’extrême-droite. Ainsi ce président le plus mal élu de la V° République (et donc minoritaire dans la population) plaça immédiatement des chefs d’entreprise (dits « société civile »), dont sept millionnaires, dans son gouvernent, pour produire pas moins que ce que le duo infernal des années quatre-vingt Thatcher-Reagan proposèrent au monde: une rupture définitive avec l’héritage de la Libération et le concept d’Etat-providence.

Les moins à gauche des lecteurs tiqueront par moment sur l’orientation, la radicalité du propos. Il est certain qu’un bon montage de citation et d’évènements permet de faire dire à peu près ce que l’on veut à des personnes. Les médias nous le montrent tous les jours et les auteurs le décortiquent très finement quand au traitement médiatique fort déloyale de la révolte jaune. En cela l’album est bien un pamphlet qui ne vise aucunement la neutralité. Et pourtant… Le travail journalistique est immense: le cœur du projet est bien de se baser sur les faits, déclarations, séquences filmées, pour les mettre en perspective. C’est à ce titre que l’ouvrage est d’une lecture indispensable pour rappeler à tout citoyen qui s’apprête à voter ce que notre président s’est permis, à commencer par une violence sans pareil en régime démocratique de la part de l’appareil policier.

Entrecroisant le déroulé chronologique de quelques témoignages de gilets jaunes, les auteurs permettent de saisir (comme l’a très bien fait le récent Mon rond-point dans ta gueule) la réalité d’un mouvement populaire et d’une France définitivement scindée d’une élite aveugle. On parle depuis des années d’une France des Quartiers en marge de la République. Le géographie Christophe Giuly parle de la France périphérique depuis les années deux-mille. Les Gilets jaunes et le niveau inédit des partis contestataires dans les intentions de vote montrent comme jamais qu’une rupture est en train de survenir, qui rend plus incertain que jamais le prochain scrutin présidentiel.

Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort – Emmanuel Macron, 2015.

Les faits mis bout à bout sont choquants et interrogent sur la possibilité démocratique qu’un tel projet soit maintenu au pouvoir. La rupture entre des élites coupées d’un peuple qui ne profite pas du néo-libéralisme est évidente à la lecture de l’ouvrage. Un ouvrage que tous les citoyens devraient lire d’ici avril pour se rappeler que seul le peuple détient le pouvoir. Notamment lors de l’élection présidentielle.

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Kong Crew #2 – Blacksad #6

Pour finir la semaine on continue dans le registre années 50 ouvert par le Noir Burlesque de Marini mercredi et fort bien accompagné par deux excellentes séries, le désormais patrimonial Blacksad qui revient en grande forme et le run Pulp d’Eric Herenguel Kong Crew. Enjoy!

  • Kong Crew #2: Hudson Megalodon (Herenguel/Ankama) – 2021, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

couv_435691Comme pour le précédent volume Ankama et Herenguel ont peaufiné une très belle édition qui met dans d’excellentes dispositions pour continuer la lecture de cette pulpissime série. Pas de bonus particulier hormis deux couvertures alternatives (plutôt mieux que celle retenue pour l’album). Eric Herenguel aime les dinos et vous comme le montre l’illustration, vous allez en avoir pour votre argent! Retrouvez la critique du premier volume (en format comics) ici.

Après ce qui ressemblait plus à une introduction dans le premier tome, on rentre en plein dans l’action en retrouvant Virgil aux prises avec la reine des Amazones. Alors qu’un commando spécial est envoyé dans la Jungle de Manhattan et proprement décimé en mode survival la fille du colonel lance un plan pour sauver le chien-héros… On reste donc proche du n’importe quoi avec un sens diablement élevé du cadrage cinématographique de la part d’Eric Herenguel qui confirme que Kong est un gros décors scénarisé présent par des surgissements épisodiques pour laisser planer une menace gigantesque. Les personnages ont pourtant affaire principalement aux dinos bien méchants et on peut dire que comme dans les modèles du septième Art (on pense à Predator ou aux Jurassic Park) ça meurt beaucoup à Manhattan! L’histoire avance bien dans un scénario très bien huilé qui distille les infos régulièrement sur des protagonistes qui avaient été survolés jusqu’ici. Qui est bon, qui est méchant? Hormis les passages avec la fille du colonel qui ont vocation à maintenir de l’humour dans cette grande aventure mais qui ne sont pas franchement passionnants, on est tout à fait pris dans ce superbe blockbuster, fantasme géant miraculeusement sorti de l’imaginaire d’Herenguel. On en redemande!

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  • Blacksad #6: Alors tout tombe (Canales-Guarnido/Dargaud) – 2021, Première partie d’une histoire en deux volumes.

couv_431431Cela faisait huit ans que nous n’avions plus de nouvelles du ténébreux détective John Blacksad! Prenant leur temps pour développer de très profondes chroniques de l’Amérique des années cinquante, Guarnido et Canales se lancent pour la première fois dans un diptyque qui, surprise, se trouve lié avec le troisième tome Ame Rouge, le meilleur de la série selon moi. Plus passif, le détective se retrouve engagé comme garde du corps d’un syndicaliste qui dérange les projets immobiliers du maire de New-York et son éminence grise, jamais à cours d’un mauvais coup. Entre un milieu intellectuel autour duquel gravite Blacksad et les enquêtes journalistiques de Weekly et sa nouvelle copine, les planches de Guarnido claquent toujours autant et montrent que le dessinateur espagnol n’a rien perdu de sa passion pour le mouvement et le détail. Comme d’habitude l’enquête du héros est prétexte à aborder mille et une facette de cette société florissante d’un pays tiraillé entre utopie intellectuelle et pouvoir fascisant. Entre ces deux veille le chat et ses neuf vies…

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Sangoma, les damnés de Cape Town

La BD!
BD de Caryl Ferey et Corentin Rouge
Glénat (2021), 144p., one-shot.

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L’Apartheid est de l’histoire ancienne… pourtant si proche avec une mémoire encore vive des sud-africains et des tensions politiques entre blancs et noirs qui n’attendent qu’une étincelle pour remettre le feu à la Nation arc-en-ciel. C’est dans ce brasier que l’inspecteur Shepperd, aventurier au sang chaud recherche le meurtrier d’un ouvrier agricole noir…

J’ai découvert le dessinateur Corentin Rouge sur Rio et ai immédiatement été subjugué par la force de son trait, la véracité de ses visages, la précision de ses décors. Comme ses comparses des art décoratifs sa technique mérite les louanges et nous plonge instantanément dans une vérité documentaire digne d’un film. Ca tombe bien, le romancier de polars Caryl Ferey aime comme son collègue les pays du Sud sortis du tiers-monde mais encore touchés par la violence, la pauvreté et un passé rude, avec un style cinématographique qui a poussé Jerome Salle à adapter un de ses romans, Zulu, au cinéma. Sangoma est donc bel et bien un films sur papier, de ce que la BD à de plus proche avec le septième Art.

Sangoma - BD, informations, cotesDès les premières pages on nous plonge dans une chasse au nègre et le fouet qui va avec, histoire de nous maintenir à l’esprit que la fin de l’Apartheid est encore toute fraiche. Le décors navigue entre ces immenses fermes agricoles où le nouveau système égalitaire, comme aux Etats-Unis après l’abolition de l’esclavage, n’a changé que le statut légal des noirs mais aucunement leur condition de vie, soumis au diktat d’employeur des propriétaires blancs. Très vite des séquences à l’Assemblée Nationale nous indiquent que malgré le storytelling de la réconciliation impulsée par Mandela, la possibilité de vivre ensemble reste très compliquée tant nombre de blancs restent revanchards et que les partis noirs radicaux refusent tout nouveau compromis et exigent des restitutions historiques…

Arrive alors dans ce foutoir un des personnages de BD les plus réussis de ces dernières années! Le lieutenant Shane Shepperd est un chaud lapin, un franc-tireur libre comme l’air qui a eu la mauvaise idée de coucher avec la fille du président (noir) du Parlement, elle-même maîtresse du chef du parti Afrikaner… Un joyeux bordel qui semble plus amuser ce cow-boy par ailleurs très compétent qui n’hésite pas à foncer au volant de sa Ford Mustang au cœur de l’enfer, les bidonville du Cape où les balles pleuvent aussi vite que dans les favelas de Rio. Sacré personnage disais-je qui prend vie sous les pinceaux diaboliques de Corentin Rouge et qui donnent envie une fois l’album refermé de poursuivre l’aventure sur toute une série. Espérons que les auteurs seront conscients de la qualité de leur personnage pour donner des petites sœurs à cet album pour le moment prévu comme un one-shot.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH880/sangoma_ville-e2b81.png?1629131856La complexité de la politique sud-africaine n’a rien à envier à celle de la société patchwork faite de mélange inévitable entre les membres de ces groupes que tout devait séparer. Ferey n’est pas naïf en nous montrant nombre de noirs ignares, soit gangsters, soit suiveurs abêtis des sorciers locaux. Le réalisme de ce contexte est marquants et parle autant que les odeurs et poussières que l’on croit ressentir en parcourant les planches. Maîtrisant à la perfection les techniques du récit polar, le scénariste nous embarque dans un format idéal où le dévoilement d’une enquête plus sociale que criminelle (néo-polar oblige) alterne les narrations, les flashback et les grosses séquences d’action dignes d’un grand film policier.

Huilé comme une grosse cylindrée, techniquement parfait, ce gros album allie l’intelligence d’un contexte riche, complexe et l’originalité d’un pays dont on parle finalement peu. Et une excellente occasion de découvrir le travail du fils prodigue Corentin Rouge encore trop peu connu au regard de son talent…

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La petite voleuse de la Tour Eiffel

La BD!

Histoire complète en 62 pages, écrite par Jack Manini et Hervé Richez, et dessinée par David Ratte. Parution aux éditions Grand Angle le 01/09/2021.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Volera bien qui volera le dernier

En 1904, le parvis de la Tour Eiffel attirait déjà les badauds, qui par milliers venaient admirer la grande dame de fer parisienne. Une aubaine pour un voleur habile, qui, chaque midi, profite du coup de canon tiré chaque jour pour détrousser les passants. Portefeuilles, sacoches, bijoux, tout y passe ! Rien n’échappe à la pickpocket, tandis qu’elle échappe sans cesse aux policiers lancés à ses trousses depuis plusieurs semaines.

Bien embêté par cette affaire, Jules Dormoy, inspecteur parisien introverti mais compétent, va se retrouver malgré lui aux prises avec un complot menaçant les fondations mêmes de la République, lorsque la mauvaise sacoche sera dérobée à la mauvaise personne…

Gente dame cambrioleuse

Plus tôt cette année, nous avions croisé Jack Manini pour Total Combat, qui se voulait être une immersion dans la discipline favorite de l’auteur, le MMA. On peut dire ici que le changement d’ambiance est radical, puisqu’on change de lieu, d’époque est de de genre. Assez étonnamment, les auteurs basent leur histoire sur un scandale connu de la IIIe République (que je ne connaissais pas), romancé pour la cause, et bâtissent autour un récit choral reprenant certains personnages du Canonnier de la Tour Eiffel. Le ton est léger et vaudevillesque, mêlant récit policier et comédie romantique. Cela aboutit, grâce à des personnages bien campés et attachants, à un scénario ingénieux, émouvant mais non dénué d’humour.

L’aspect politique et les remous de l’affaire en elle-même sont peut-être délicats à saisir réellement, mais il faut bien avouer que ce qui fait le sel de l’album, ce sont bien les quiproquos et les situations romanesques, que l’on prend un plaisir croissant à suivre.

David Ratte, au dessin, nous donne l’impression d’être très à l’aise dans l’exercice. Son Paris de la belle époque fait plaisir à voir et participe en grande partie à l’immersion proposée par le duo de scénariste.

Un album léger, à la fois drôle et émouvant, plongée agréable dans le Paris du siècle dernier !