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Bring the kids home

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #5
BD de Florent Maudoux
Ankama (2018), 78p. 5 volumes parus.

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Merci aux éditions Ankama pour leur partenariat.

 

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Rien de particulier niveau édition pour ce tome qui ne comporte aucun bonus contrairement à ses prédécesseurs. A mesure que l’histoire se recentre sur Mammouth les couvertures lui font la part belle, en gardant toujours la structure ternaire des trois personnages.

La XIII° Légion renégate de la République de Rem a survécu et se repose dans la cité d’Urkesh dont l’Archonte lui a offert la protection en échange de la sécurité. Jusqu’à ce qu’apparaissent les chevaliers d’Isis, une déesse ancienne aux pouvoirs incommensurables. Plongés dans le chaos les nouveaux Méta-guerriers vont tenter d’éliminer la menace…

La structure de cet album est étonnamment simple: après le repos, le combat, auquel Bring the kids home fait la part belle entre deux blagues de bidasse dont Mammouth a le secret et la finesse… La transition entre le T4 et le T5 est un peu étrange en ce que le précédent se conclut sur la vision de la procession d’Isis et que le suivant reprends semble-t’il plusieurs semaines plus tard avec des personnages qui semblent découvrir cette menace. Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bring the kids"Passons. Ce volume permet à Florent Maudoux de se régaler dans des dessins architecturaux de type fantasy que l’on avait déjà vus sur la série mère mais peu sur Funerailles. Le plan de la cité est suivi très précisément, ce qui est rare en BD et l’on surprend des scènes situées dans un même plan à différents moments de l’album. J’aime beaucoup cette idée. Les cités grandioses, leur vie et leurs habitants insufflent toujours une grande force d’imaginaire dans ce genre de récits.

Le thème de l’album porte sur l’oisiveté, nocive pour des soldats habitués à l’action mais surtout permet à l’auteur de se livrer à une grosse bataille à la Chevaliers du Zodiaque (son grand dada sur cette série, vous l’aurez compris) avec des méchants plutôt réussis et une radicalité bien pensée dans le déroulé de l’affrontement et les choix des protagonistes. Je l’ai déjà dit, Maudoux est un auteur qui se fait plaisir, assume l’insertion de thèmes pas forcément grand public et de références visuelles non digérées. C’est ce qui rend intéressante cette série de par l’impression d’entrer directement, sans filtre, dans l’imaginaire de quelqu’un de grand talent.

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bring the kids"Visuellement les scènes de combat en armure, en noir et blanc tramé comme on en a désormais l’habitude, ne sont pas forcément toujours très clairs de par l’utilisation peut-être un peu abusive des reflets qui rendent les armures/personnages pas toujours compréhensibles. De ce fait les séquences en couleur sont beaucoup plus lisible. Personnellement j’adore les dessins très encrés et si visuellement cela reste magnifique et assez virtuose, la lisibilité en pâtit un peu.

Ce tome est dans la continuité des autres niveau qualité (très bon), mais ne parvient pas vraiment à nous surprendre (on est déjà au cinquième épisode de la série, le renouvellement commence à être compliqué), notamment avec une mise de côté des tenants diplomatico-militaires (l’esprit police-politique du début du volume est rapidement et étrangement délaissé alors qu’il introduisait une complexité morale). On ressent d’autant plus l’intelligence de la respiration du tome précédent malgré une évolution des personnages (inversion des rôles entre Mammouth et Scipio et… toujours Funerailles en retrait). Le lecteur passera néanmoins un excellent moment, plus grand public, en croisant les doigts que le prochain volume ne marque pas un essoufflement de la série.

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BD·Mercredi BD·Rétro

Cowboys on horses without wings

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #3
BD de Florent Maudoux
Ankama (2016), 81 p. 5 volumes parus.

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Rien à redire sur la thématique graphique des couleurs, la maquette, tout est formidable, soigné, maîtrisé par l’auteur qui se fait toujours autant plaisir à proposer de beaux objets. En fin d’album un cahier revenant sur les inspirations de la série est proposé, qui éclairera les lecteurs en manque de références. Je noterais simplement à l’usage que finalement le format comics est un peu étroit pour la force des encrages de Maudoux (surtout avec les fonds de page noirs) et qu’Ankama pourrait envisager une fois la série terminée des versions grand format. Ce tome marque la fin du premier arc (sur trois à priori) « Shonen » et est suivi d’un arc « Shojo« .

La guerre civile se met en place, entre Psamatée de la Mantis qui a pris le contrôle du clan de l’Araignée et du Conseil et une résistance qui voit en Pretorius l’héritier de son père, seul à même de redonner la vertu à la république de Rem. L’armée se trouve au cœur de ce conflit à venir et les allégeances se révèlent alors que les deux frères se retrouvent enfin…

Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3 cowboys"Funerailles est une série particulière, à la fois grand public et très personnelle, reflet d’un auteur qui mets ses tripes, ses passions, ses réflexions dans des albums parfois risqués. C’est sans doute la seule raison pour laquelle un auteur d’un tel niveau graphique n’apparaît pas dans les top des ventes de BD. Pourtant, si Freak’s Squeele était destiné à un public Young Adult et gavé de références télé qui pouvait restreindre l’audience, sa série dérivée a tout du blockbuster: un socle mythologique romain, une guerre, des conspiration, des nichons et un zeste de fantastique,…

Cet album marque une accélération dans l’intrigue avec la résolution de quelques drames installés au premier volume. La famille du héros Spartacus est réunie et rentre en clandestinité pour contrer la menace qui menace les fondations de la République. Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3"Le concept de cyclopes est révélé aux lecteurs de même que le fonctionnement des armures directement issues du manga Saint-Seya (référence totalement assumée et détaillée dans le cahier annexe). C’est d’ailleurs l’utilisation non filtrée de ses références par Florent Maudoux qui peut le plus perturber: si la majorité des auteurs digèrent leur culture personnelle pour la réutiliser plus ou moins à bon escient, ici le dessinateur assume sa Bible sans fard, il transpose les chevaliers et leurs armures dans son univers, il insère très explicitement la République romaine dans un univers techno-fantasy et agence sans complexe des armées de dark fantasy, de la technologie rétro-futuriste et l’esprit de caserne des films sur le Vietnam. Cela ajouté à des personnages toujours du côté des Freaks (bien plus que dans la série mère où ce terme s’appliquait plus à des super-héros) et un refus des canons esthétiques  classiques (même si la mère et le fils sont des incarnations de l’idéal physique), ce qui sort du shaker est une création qui ne ressemble à nulle autre.

L’aspect sombre (très sombre) des thématiques mais aussi du graphisme est également un parti pris. Les planches sont bien plus poussées que dans Freak’s Squeele avec une gestion de la colorisation et de différentes techniques impressionnante. Maudoux est seul maître à bord et se laisse aller à des expérimentations comme ces séquences de combats de gladiateurs où les cases basculent en noir et blanc tramé (rappel des inspirations manga de son style), rupture visuelle totale et réussie. Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3"Le design de l’univers est plein de goût et les maisons seigneuriales issues de l’univers des insectes. C’est glauque à souhait mais diablement esthétique.

Ce troisième volume n’est ni plus ni moins réussi que les autres, simplement il semble adopter une trame scénaristique plus linéaire, ce qui fluidifie la lecture et permet de se concentrer sur les détails des dessins. Mon grand regret est (je l’ai dit en préambule) que le dessin est trop détaillé pour un tel format et que l’on doit se rapprocher des pages en pleine lumière (ne faites pas l’erreur de lire dans la pénombre, vous rateriez beaucoup) pour apprécier le talent de l’auteur. Mais si vous aimez les dessins encrés, les filles sexy, l’action virile et les combats en armures magiques, les conspirations entre familles nobles… qu’attendez-vous, vous n’en êtes encore qu’au tome 3?

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Saint-Barthélémy

BD du mercredi

BD Pierre Boisserie et Eric Stalner
Les Arènes (2016-2018), 174 p., série complète en 3 tomes.

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Merci aux éditions Les Arènes pour cette découverte.

 

Couv_343545Très belle édition intégrale des Arènes, avec une couverture toilée et titre gaufré au vernis sélectif sous une jaquette avec illustration originale. La quatrième est illustré par des vers de Voltaire dans la Henriade. Les trois tomes s’enchaînent comme trois chapitres (sans les couvertures originales des albums). L’ouvrage se termine par un cahier graphique de croquis de  six pages. Très joli travail même si du fait du sujet et du sérieux de la BD j’aurais apprécié une préface ou un texte de contexte historique en accompagnement. L’éditeur pourra toujours prendre cette initiative dans une future réedition.

Alors que les protestants ont marqué une étape importante dans la guerre civile qui les oppose aux seigneurs catholiques, sous le regard calculateur de la Couronne, le mariage de leur chef Henri roi de Navarre (futur Henri IV) avec la sœur du roi Charles IX va donner lieu à un assassinat planifié des principaux chefs de guerre huguenots à Paris, le 24 août 1572. Ce récit nous rend témoins de ces évènements au travers des yeux d’Elie Sauveterre, un jeune noble dont la famille est impliquée des deux côtés de la religion…

Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"Je ne suis pas très attiré par les BD historiques classiques de chez Glénat, leur préférant des œuvres plus sombres ou penchant vers la fantasy comme le Roy des Ribauds ou Servitude. Mes très bonnes relations avec l’éditeur Les Arènes (qui publie peu mais globalement de très bons albums sur des projets d’auteurs) me permettent de découvrir cette BD que je n’aurais probablement pas ouvert en librairie. Comme quoi on gagne à sortir de ses habitudes…

Si Saint-Barthélémy est sorti en trois albums, le découpage et la chronologie des évènements en fait plus un gros one-shot qui mérite grandement d’être lu d’une traite. Une lecture concentrée et rapide tant ce survival est dense et tortueux, comme les ruelles de Paris que le Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"personnage principal parcourt dans tous les sens afin d’accomplir sa mission et échapper aux fanatiques guisards. Pour qui ne connaît pas bien cette partie de notre histoire, le complexe jeu politique entre les membres de la couronne (le roi fou Charles IX d’un côté, son frère guisard et futur Henri III ou la Reine-mère Catherine de Medicis de l’autre), les protestants (Henri de Navarre futur Henri IV) ou les rajouts narratifs du scénariste Pierre Boisserie) pourra paraître très complexe. Pourtant la construction scénaristique et l’intelligence de mettre la focale sur Elie de Sauveterre et le drame familial qu’il découvre permettent au lecteur une lecture agréable qui aide à suivre en parallèle un récit d’action dramatique entrecoupé des débats ciselés dans les chambres du Louvre.

La grande force de cette BD est de nous mettre en plein cœur d’un des évènements majeurs de l’histoire de France et de l’histoire du christianisme (les Arènes avaient déjà publié une histoire politique de l’Église que j’ai chroniqué ici). La puissance visuelle du film de Chéraud La reine Margot est dans toutes les têtes et il est toujours difficile d’aborder cet évènement sans citer le film. Les auteurs y parviennent en se concentrant sur le témoignage de Sauveterre. https://i2.wp.com/sdimag.fr/Img_PAO/Matos_BD/SaintBarthe%CC%81lemy_T2_pl3.jpgL’histoire peut être répartie en trois thèmes: les errements de ce dernier dans Paris et son témoignage des massacres, l’évolution presque heure par heure de cette nuit et des jours qui l’entourent ainsi que les motivations politiques des différents responsables politiques, enfin, pour cadrer le tout, le récit de la fratrie de Sauveterre, répartie entre les trois parties de la BD et dont les révélations expliqueront en partie les décisions d’assassinats. Encore une fois la subtilité des discussions politiques est vraiment remarquable! Si le fanatisme est bien sur au cœur du récit (avec quelques exagérations graphiques de Stalner dans les séquences de foules), tout est politique et l’on comprend vite que la finalité de l’affaire reste bien la prise du trône de France: dans un contexte de guerre civile qui affaiblit la couronne Valois avec un souverain fou sur le trône, dynasties protestantes comme catholiques cherchent à récupérer la dignité royale à l’aune d’une crise majeure.

Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"Avant de commencer la lecture je ne voyais pas bien l’intérêt d’une BD sur un évènement en particulier. J’ai été détrompé en découvrant une remarquable construction aux multiples points d’intérêt, notamment graphiques. Eric Stalner propose des planches très détaillées avec notamment des visages impressionnants. La colorisation est un atout majeur des planches en apportant élégance et détails à des encrages déjà très maîtrisés du dessinateur. On pourra tiquer sur quelques tics comme ces textures sanglantes omniprésentes même sur les habits des nobles qui n’ont pas quitté le Louvre mais cela participe à une ambiance morbide de folie collective qu’avait déjà fort bien représenté Corbeyran sur son Charly 9. N’ayant rien lu de Stalner précédemment, je découvre un dessinateur confirmé et de caractère. Les quelques faiblesses des arrières-plans ou de décors seront mis à sa décharge sur la quantité de travail de l’ensemble du projet.

D’une lecture complexe, cette BD donne le sentiment d’un temps suspendu, de minutes de conciliabules politiques en même temps que du déroulement des massacres. Une sorte de théâtre dramatique en trois actes. Un ouvrage maîtrisé de bout en bout, jusque dans le travail d’édition. La portée du projet peut sembler restreinte du fait d’un cadre serré, presque documentaire, mais l’ampleur historique de l’événement suffit à balayer ces impressions en aboutissant à une BD importante.

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Double 7

BD du mercredi

BD de Yann et Juillard
Dargaud(2018), 72 p. one-shot.
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L’album s’ouvre sur un résumé du contexte historique (très pédagogique) et quelques croquis de Juillard. Je ne trouve pas la couverture particulièrement attirante mais ça reste du Juillard, donc très beau.

La guerre d’Espagne fait rage, expérimentation de la prochaine guerre mondiale où toutes les idéologies et innovations militaires se confrontent avec le peuple espagnol comme cobayes. Dans ce grand rassemblement de soviétiques, d’anarchistes, de fascistes, de mercenaires internationaux… une histoire d’amour naît entre deux jeunes héros idéalistes et naïfs. Elle est espagnole, lui est russe. Entre le devoir et la passion ils devront faire un choix…

Résultat de recherche d'images pour "double 7 juillard"La Guerre d’Espagne est un sujet récurrent dans la BD et revient fréquemment avec des albums à la qualité variable. Le contexte est en effet passionnant pour peu que les auteurs sachent par quel biais le prendre: simple toile de fonds ou sujet central de l’album? Yann choisit intelligemment de s’axer sur trois compères combattant pour des raisons différentes: un français, un mercenaire américain et un jeune soldat soviétique. En faisant tourner autour d’eux une brochette de personnages historiques (Hemingway), ou servant à développer l’histoire dans l’Histoire il nous emmène dans ce tourbillon complexe où compagnonnage guerrier se confronte à la froideur des calculs politiciens des grandes Nations qui jouent avec cette guerre civile. Ainsi l’intrigue centrale est bien celle de la trahison de Staline, Grand leader du monde communiste jouant à envoyer des renforts matériels aux alliés républicains espagnols pendant qu’il pille l’or de la Nation et lance une purge politique contre tout ce Résultat de recherche d'images pour "double 7 juillard"qui ne dépend pas de lui, au risque de renforcer les rangs de la dictature fasciste de Franco (on est trois ana avant le pacte germano-soviétique). Ce point est la principale difficulté de l’album qui est assez complexe du fait du nombre de personnages et des subtilités politiques de l’époque qui pourront noyer les lecteurs peu à l’aise avec leurs bases historiques. Le fait d’utiliser beaucoup de dialogues en espagnol ou en russe (surtout des jurons) participe à cette difficulté à suivre une histoire pourtant simple, intéressante et bien menée. On retrouve là le risque pris par les auteurs puristes comme Bourgeon et son Sang des cerises (mais dont la version album contient bien les traductions des passages en breton).

Que ce soit sur ses participations à Blake et Mortimer ou dans sa collaboration avec Christin, André Juillard a déjà montré son intérêt pour l’Histoire. Il est toujours surprenant de le voir illustrer des séquences d’action assez efficaces avec sa technique « ligne claire » qui est plus favorable aux environnements contemplatifs comme ce qu’il avait réalisé sur le diptyque Léna. Sachant parfaitement représenter des véhicules, outils et les mouvements anatomiques, le dessinateur arrive donc tout naturellement à rendre les séquences d’action, qu’il s’agisse de bombardements et de la panique qu’ils entraînent parmi les civiles, les poursuites nocturnes en voitures, les combats au fusil sur les toits ou les joutes aériennes. Pour l’aviation on reste bien entendu en deçà de l’autre série de Yann, Angel Wings avec le maître es avions Romain Hugault aux manettes, à l’inverse il reste plus efficace qu’un album proche, le Mattéo tome 4 de Gibrat. Enfin, quel plaisir de voir des personnages aussi clairement repérables, aussi caractérisés et sans jamais aucune « faute de visage ». Les personnages de Juillard vivent, jusque dans le lit avec une scène de nu que l’on ne trouve pas souvent chez cet auteur.Résultat de recherche d'images pour "double 7 juillard"

Double 7 reste un très bon album qui plaira donc beaucoup aux férus d’histoire qui trouveront dans la multitude de références un travail documentaire pointu. Les lecteurs de BD plus classiques pourront se perdre et se raccrocheront à la double histoire d’amitié des trois héros et celle d’amour des deux jeunes gens de la couverture. La chute est du reste un peu obscure quand au message que veut passer Yann et apporte une vision assez sombre de cette guerre. Et pour ceux qui hésitent, le fait de lire un nouvel album de maître Juillard suffira à rompre ces éventuelles réticences. Plaisir des yeux comme on dit!

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Travis #13: serpent à plume

BD du mercrediBD de Fred Duval et Christophe Quet
Delcourt (2018), Travis tome 13, série en cours, arc 4.

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La série Travis a déjà vingt ans et clôture avec Serpent à plumes le quatrième arc narratif de la série, après les Cyberneurs (tomes 1 à 5), Le Hameau des Chênes (tomes 6 à 7) et le cycle de l’eau (8 à 10). A savoir que chaque cycle est disponible dans une intégrale, bonne formule pour apprécier la série et que tout les éditeurs devraient proposer généralement. La couverture est réalisée depuis le tome 11 par un autre que Christophe Quet, ce que je trouve dommage car ce dernier a produit dans la série de très belles couvertures et que cela trompe toujours un peu le lecteur, même si l’illustration de Nicolas Siner (que j’aimerais retrouver comme illustrateur sur une série BD…) est magnifique.

Enfermés dans un bunker de l’UNESCO où se trouve la preuve de la collusion entre une IA et les cartels de la drogue, Travis et ses compagnons vont devoir échapper à la horde de robots tueurs qui les encerclent en même temps qu)aux redoutables tueurs à gage envoyés à leurs trousses. Pendant ce temps Pacman et son puissant employeur discutent avec le Président des Etats-Unis de la réalité de la menace des cartels sur les intérêts des multinationales au Mexique… Business as usual!

Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume"Fred Duval est l’un de mes scénaristes préférés car il a su, discrètement mais avec constance, construire un univers cohérent de SF d’anticipation aux enjeux à la fois techniques et hautement politiques, de la bonne SF qui parle au futur des problèmes d’aujourd’hui. Non content d’être un très bon metteur en scène (déjà sur le cultissime 500 fusils avec le comparse Vatine). Si ses séries reprennent souvent les mêmes thèmes (y compris sur le récent et réussi Renaissance), l’univers partagé de Travis/Carmen MacCallum est ce qui illustre le mieux cette volonté de réalisme dans un monde où la technologie est réaliste et où les multicontinentales et l’ultra-libéralisme a gagné…

Dans l’arc mexicain qui s’achève les auteurs, à la manière d’un Lupano, parviennent à nous rappeler la rébellion du Chiapas du sous-commandant Marcos des années 90 au sein d’une BD SF d’action à grand spectacle! C’est tout l’intérêt de l’anticipation que de permettre à la fois au dessinateur de se faire plaisir par des designs futuristes tout en parlant de l’hyperactualité, la quasi totalité des inventions scientifiques de la série provenant de techniques existantes aujourd’hui et les idées thématiques prenant leurs sources dans les problématiques actuelles. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Si les méchants de ce volume peuvent sembler un peu décevants, l’intrigue techno-géopolitique est toujours aussi redoutable et pointue chez Duval, les dialogues entre Pacman et le président étant le genre de choses que l’on relit pour être certain d’avoir saisi les tenants et aboutissants. A ce titre, je vous suggère de reprendre votre lecture au début de l’arc (Les enfants de Marcos), voir carrément le cycle de l’eau pour vous remémorer les influences de l’IA Dolly sur le scénario de ces derniers tomes. C’est ce que j’aime dans cette série, cette complexité d’intrigues solides qui reprennent toujours les mêmes fondamentaux et habillées par la technologie design et l’action la plus débridée.

La petite déception  viens du dessin de Quet… Rassurez-vous, il est exactement au même niveau que sur les précédents albums et maîtrise toujours parfaitement les scènes d’action rapide, très lisibles malgré les angles de caméra parfois gonflés. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Mais justement, son dessin n’a que peu évolué depuis le premier Travis et j’aurais aimé une progression technique ou des expérimentations chez cet auteur que je trouvais prometteur. Certaines petites faiblesses passent en début de carrière, moins après vingt ans. Il reste que j’ai toujours un faible pour ses personnages, leurs visages, le design général de cet auteur pour lequel j’ai une petite tendresse graphique.

Serpent à plume est un bon cru dans une série dont seul l’arc du Hameau des chênes était un peu faiblard par son ampleur. Travis reste une série qui maintient une qualité très élevée au fil des ans et qui ne voit aucun essoufflement tant le scénariste parvient à tisser des liens entre ses albums et à introduire de nouveaux personnages et problématiques à suivre régulièrement. Ici se termine pour notre héros l’enfer mexicain avant de rempiler dans sa chasse aux IA et aux capitalistes affreux pour encore de longues années probablement.

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X-O Manowar #2: D’empereur à Wisigoth

esat-westComic de Matt Kindt, Clayton Crain, Renato Guedes, Ryan Bodenheim, Ariel Olivetti
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 2 (épisodes 7-14), 224 p.

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Le volume comprend un résumé des épisodes précédents, un sommaire (que j’apprécie beaucoup car il indique très clairement quels auteurs officient sur quelles sections), les couvertures de chaque fascicule original et en fin de tome des croquis et explications d’intentions passionnantes. Tout cela est habituel chez Bliss mais pas toujours aussi intéressant.

Après avoir gravis les échelons de l’armée Azur au cour d’une guerre permanente semée de trahisons, le voilà empereur de la planète Gorin. Mais lorsqu’un adversaire d’outre-espace survient, la difficulté de maintenir une cohésion entre tous ces peuples antagonistes se fait jour. Aric de la Térre est-il capable d’autre chose que de faire la guerre? Se coupant de tous ses proches, trahis, pourchassé par une bande de mercenaires, loin de la Terre, qu’espère t’il encore de la vie?

Résultat de recherche d'images pour "renato guedes manowar"Lorsque j’avais ouvert le très joli premier tome du reboot de X-O Manowar, j’avais cru avoir loupé un épisode expliquant ce que le héros faisait sur la planète Gorin. Il n’en est rien et dans les bonus de ce second tome les auteurs expliquent justement que l’objectif était de sortir Aric de son confort et le lecteur avec, de le placer dans un environnement totalement nouveau (mais guerrier…) afin d’explorer la psychologie du personnage. Sur ce plan la série est une vraie réussite et après les relations avec l’armure dont il est dépendant mais qu’il ne souhaite pas utiliser, sorte de voix intérieur de sa conscience, il doit affronter ses choix et le vide de sa vie. Rarement un héros aura été aussi malmené émotionnellement, jusqu’au bout du volume. Si je maintiens mes quelques regrets sur une série qui reste essentiellement axée sur la guerre rageuse (ce qui finit par devenir un peu redondant), le travail sur le personnage et la réflexion politique sur l’impossibilité d’imposer la paix par la guerre (ce qu’ont argumenté nombre de conquérants à travers l’Histoire) sont vraiment intéressants.

Résultat de recherche d'images pour "manowar clayton crain"Ce second volume démarre sur le même mode que le précédent, jusqu’à l’irruption des mercenaires, qui provoquent une vraie bouffée d’air. A la fois graphiquement par une bonne grosse claque de Renato Guedes, mais surtout car la section permet l’arrivée de personnages tout neufs, d’un univers très excitant loin de Gorin et de mettre enfin le héros en danger. L’intérêt est pleinement relancé et se poursuit jusqu’à la prise de conscience d’Aric que son destin n’est plus ici. On quitte donc l’action ininterrompue pour du fonds et un chemin qui nous donne soudait très envie de savoir comment va rebondir cette gueule cassée  au bord de la répression (on retrouve l’intérêt pour Bloodshot sur ce plan), avec notamment une conclusion très réussie et forme d’ouverture qui boucle cependant le cycle de Gorin. L’éditeur précise dans une fiche de lecture dont il est coutumier que la suite sera à lire dans le crossover Harbringer Wars 2 à paraître bientôt, avant un troisième volume de X-O Manowar. J’étais resté un peu sur ma faim dans le premier volume y compris sur un personnage que je trouvais un peu monolithique. Ce second tome relance vraiment la machine.

Le petit bémol que je mettrais est dans le graphisme. Paradoxalement, Clayton Crain, qui est capable du superbe sur Harbringer Wars, Dininity et sur pas mal de couvertures Valiant, peine ici clairement dans les scènes de bataille, fouillis et assez sombres, où sa technique numérique peine un peu en précision. A côté, Renato Guedes, dans une technique de peinture à l’eau peu évidente (proche du travail de Dustin Nguyen sur Descender) produit des planches magnifiques. Est-ce un manque d’intérêt ou une vraie limite de la technique de Crain, toujours est-il que ses planches sont les moins intéressantes. Contrairement au premier tome découpé entre deux illustrateurs au style très proche (et créant une vraie harmonie graphique), ici c’est plus divers, mais cela ne m’a pas dérangé. Tous sont très bons et si Guedes m’a énormément plu, Ariel Olivetti qui conclut l’histoire est une nouvelle énorme claque, une vraie révélation que je vais m’empresser de suivre! Résultat de recherche d'images pour "manowar olivetti"Dans une technique alliant dessin très précis et textures numériques discrètes proches du boulot de Reno sur Aquablue, l’argentin (tiens, est-ce que le secret de Valiant ne serait pas de faire appel à des dessinateurs non états-uniens?) fait exploser les rétines avec des séquences spatiales qui laissent pantois. J’espère vivement qu’il continuera son travail sur Manowar car sur ces planches on atteint clairement le top de ce qu’a produit Valiant jusqu’ici. Et comme je constate une montée graphique à chaque volume depuis l’an dernier, jusqu’où irons nous? J’ai beaucoup hésité à ajouter un quatrième Calvin à ma note en raison des planches de début d’album et d’un démarrage poussif, mais la clôture et la double révélation graphique justifient un 4 qui confirme que ce second album Manowar est meilleur que le premier.

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L’Empire #2: Sodome et Gomorrhe

Le Docu du Week-End
BD d’Olivier Bobineau et Pascal Magnat
Les Arènes (2018), 172 p. série prévue en 3 volumes.

005651623Ce gros album à la couverture très parlante propose une préface du scénariste (chercheur en histoire du christianisme), une double page de résumé du tome précédent (la série explore toute l’histoire politique du christianisme depuis sa naissance jusqu’à nos jours) et une page de références bibliographiques en fin d’album. Le premier tome traitant de la naissance de l’Eglise est sorti en 2015. Celui-ci vient juste de sortie, un troisième et dernier tome s’intitulera l’Apocalypse.

Attention le projet est touffu et il ne s’agit aucunement d’une « Histoire de l’église en BD » mais bien d’un ouvrage d’histoire de niveau universitaire, illustré pour le coup afin d’alléger la lecture. Le côté vulgarisation est donc ténu et ce livre s’adressera avant tout à des lecteurs s’intéressant au sujet. L’auteur s’efforce d’utiliser une narration légère mais l’on reste dans un bouquin d’historien, passionné mais pointu. Je précise que j’ai une formation d’historien et que je ne découvre pas le sujet… j’ai pourtant éprouvé le besoin de souffler pendant la lecture. Loin de moi l’idée de repousser le lecteur lambda féru de culture générale, simplement  il vaut mieux être prévenu que l’objet de la série n’est pas ludique mais bien équivalent à une lecture scientifique.

empire1.jpgL’idée d’illustrer une somme si copieuse est plutôt bonne et donne un peu de recul qui facilite clairement la compréhension de faits complexes. Le duo a par exemple choisi d’accompagner le lecteur avec une sorte de mascotte en la personne du guitariste du groupe Kiss,ou de celui d’AC/DC. On voit donc ce costume se balader à côté des papes et des chevaliers à différents moments de l’histoire! Le côté décalé et humoristique des dessins de Pascal Magnat répond au sérieux du propos de façon originale et permet de fixer des idées à l’aide de mille détails totalement anachroniques. L’apport visuel est indéniable. Si l’on est dans du dessin type « presse » (le côté esthétique n’est pas prévu dans le cahier des charges), celui-ci reste efficace et permet de passer certaines idées en une image. Le chercheur est incarné par un avatar et nous promène dans ces pages d’histoire un peu à la manière d’un Michael Moore en tissant un fil qui s’adresse directement au lecteur.

empire2.jpgL’ouvrage est découpé en plusieurs parties elles-mêmes subdivisées et sujets thématiques. Cela ne suffit pas à permettre une lecture d’affilée mais incite plutôt à se reporter à un thème puis à un autre, progressivement, dans une lecture étalée. Sur ce rythme là l’album est très agréable et aide bien à comprendre ce qui est expliqué. Tout ceci est fondamentalement passionnant, on touche au cœur de la culture, de la civilisation chrétienne occidentale avec un pouvoir qui jusqu’à récemment à été l’axe politique des soubresauts du monde. J’ai simplement trouvé dommage qu’Olivier Bobineau choisisse de démarrer l’ouvrage par un chapitre sur l’esthétique et les arts, liaison sans doute nécessaire à la démonstration historique, mais particulièrement complexe (on parle de Saint Thomas d’Aquin ou des explications théologiques au chant grégorien ou à l’arc cintré…) et qui m’a ralenti l’immersion dans le livre. La suite, bien plus politique, est passionnante et plus accessible. Elle profite également bien plus des dessins pour illustrer des événement objectivement ubuesques de l’histoire.

En résumé je dirais que ce gros ouvrage très complet et sérieux n’est pas à mettre entre toutes les mains mais vous permettra de découvrir une histoire passionnante avec le sourire aux lèvres. Je pense qu’un élève du secondaire, voir un étudiant pourra y trouver un bon complément plus léger à côté de ses manuels de travail. Éternel problème des formats, j’espère que les libraires auront la bonne idée de ranger ces volumes au rayon essai, à côté de la Revue dessinée où il trouvera mieux son public qu’entre Batman et Lupano.

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