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Travis #13: serpent à plume

BD du mercrediBD de Fred Duval et Christophe Quet
Delcourt (2018), Travis tome 13, série en cours, arc 4.

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La série Travis a déjà vingt ans et clôture avec Serpent à plumes le quatrième arc narratif de la série, après les Cyberneurs (tomes 1 à 5), Le Hameau des Chênes (tomes 6 à 7) et le cycle de l’eau (8 à 10). A savoir que chaque cycle est disponible dans une intégrale, bonne formule pour apprécier la série et que tout les éditeurs devraient proposer généralement. La couverture est réalisée depuis le tome 11 par un autre que Christophe Quet, ce que je trouve dommage car ce dernier a produit dans la série de très belles couvertures et que cela trompe toujours un peu le lecteur, même si l’illustration de Nicolas Siner (que j’aimerais retrouver comme illustrateur sur une série BD…) est magnifique.

Enfermés dans un bunker de l’UNESCO où se trouve la preuve de la collusion entre une IA et les cartels de la drogue, Travis et ses compagnons vont devoir échapper à la horde de robots tueurs qui les encerclent en même temps qu)aux redoutables tueurs à gage envoyés à leurs trousses. Pendant ce temps Pacman et son puissant employeur discutent avec le Président des Etats-Unis de la réalité de la menace des cartels sur les intérêts des multinationales au Mexique… Business as usual!

Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume"Fred Duval est l’un de mes scénaristes préférés car il a su, discrètement mais avec constance, construire un univers cohérent de SF d’anticipation aux enjeux à la fois techniques et hautement politiques, de la bonne SF qui parle au futur des problèmes d’aujourd’hui. Non content d’être un très bon metteur en scène (déjà sur le cultissime 500 fusils avec le comparse Vatine). Si ses séries reprennent souvent les mêmes thèmes (y compris sur le récent et réussi Renaissance), l’univers partagé de Travis/Carmen MacCallum est ce qui illustre le mieux cette volonté de réalisme dans un monde où la technologie est réaliste et où les multicontinentales et l’ultra-libéralisme a gagné…

Dans l’arc mexicain qui s’achève les auteurs, à la manière d’un Lupano, parviennent à nous rappeler la rébellion du Chiapas du sous-commandant Marcos des années 90 au sein d’une BD SF d’action à grand spectacle! C’est tout l’intérêt de l’anticipation que de permettre à la fois au dessinateur de se faire plaisir par des designs futuristes tout en parlant de l’hyperactualité, la quasi totalité des inventions scientifiques de la série provenant de techniques existantes aujourd’hui et les idées thématiques prenant leurs sources dans les problématiques actuelles. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Si les méchants de ce volume peuvent sembler un peu décevants, l’intrigue techno-géopolitique est toujours aussi redoutable et pointue chez Duval, les dialogues entre Pacman et le président étant le genre de choses que l’on relit pour être certain d’avoir saisi les tenants et aboutissants. A ce titre, je vous suggère de reprendre votre lecture au début de l’arc (Les enfants de Marcos), voir carrément le cycle de l’eau pour vous remémorer les influences de l’IA Dolly sur le scénario de ces derniers tomes. C’est ce que j’aime dans cette série, cette complexité d’intrigues solides qui reprennent toujours les mêmes fondamentaux et habillées par la technologie design et l’action la plus débridée.

La petite déception  viens du dessin de Quet… Rassurez-vous, il est exactement au même niveau que sur les précédents albums et maîtrise toujours parfaitement les scènes d’action rapide, très lisibles malgré les angles de caméra parfois gonflés. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Mais justement, son dessin n’a que peu évolué depuis le premier Travis et j’aurais aimé une progression technique ou des expérimentations chez cet auteur que je trouvais prometteur. Certaines petites faiblesses passent en début de carrière, moins après vingt ans. Il reste que j’ai toujours un faible pour ses personnages, leurs visages, le design général de cet auteur pour lequel j’ai une petite tendresse graphique.

Serpent à plume est un bon cru dans une série dont seul l’arc du Hameau des chênes était un peu faiblard par son ampleur. Travis reste une série qui maintient une qualité très élevée au fil des ans et qui ne voit aucun essoufflement tant le scénariste parvient à tisser des liens entre ses albums et à introduire de nouveaux personnages et problématiques à suivre régulièrement. Ici se termine pour notre héros l’enfer mexicain avant de rempiler dans sa chasse aux IA et aux capitalistes affreux pour encore de longues années probablement.

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X-O Manowar #2: D’empereur à Wisigoth

esat-westComic de Matt Kindt, Clayton Crain, Renato Guedes, Ryan Bodenheim, Ariel Olivetti
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 2 (épisodes 7-14), 224 p.

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Le volume comprend un résumé des épisodes précédents, un sommaire (que j’apprécie beaucoup car il indique très clairement quels auteurs officient sur quelles sections), les couvertures de chaque fascicule original et en fin de tome des croquis et explications d’intentions passionnantes. Tout cela est habituel chez Bliss mais pas toujours aussi intéressant.

Après avoir gravis les échelons de l’armée Azur au cour d’une guerre permanente semée de trahisons, le voilà empereur de la planète Gorin. Mais lorsqu’un adversaire d’outre-espace survient, la difficulté de maintenir une cohésion entre tous ces peuples antagonistes se fait jour. Aric de la Térre est-il capable d’autre chose que de faire la guerre? Se coupant de tous ses proches, trahis, pourchassé par une bande de mercenaires, loin de la Terre, qu’espère t’il encore de la vie?

Résultat de recherche d'images pour "renato guedes manowar"Lorsque j’avais ouvert le très joli premier tome du reboot de X-O Manowar, j’avais cru avoir loupé un épisode expliquant ce que le héros faisait sur la planète Gorin. Il n’en est rien et dans les bonus de ce second tome les auteurs expliquent justement que l’objectif était de sortir Aric de son confort et le lecteur avec, de le placer dans un environnement totalement nouveau (mais guerrier…) afin d’explorer la psychologie du personnage. Sur ce plan la série est une vraie réussite et après les relations avec l’armure dont il est dépendant mais qu’il ne souhaite pas utiliser, sorte de voix intérieur de sa conscience, il doit affronter ses choix et le vide de sa vie. Rarement un héros aura été aussi malmené émotionnellement, jusqu’au bout du volume. Si je maintiens mes quelques regrets sur une série qui reste essentiellement axée sur la guerre rageuse (ce qui finit par devenir un peu redondant), le travail sur le personnage et la réflexion politique sur l’impossibilité d’imposer la paix par la guerre (ce qu’ont argumenté nombre de conquérants à travers l’Histoire) sont vraiment intéressants.

Résultat de recherche d'images pour "manowar clayton crain"Ce second volume démarre sur le même mode que le précédent, jusqu’à l’irruption des mercenaires, qui provoquent une vraie bouffée d’air. A la fois graphiquement par une bonne grosse claque de Renato Guedes, mais surtout car la section permet l’arrivée de personnages tout neufs, d’un univers très excitant loin de Gorin et de mettre enfin le héros en danger. L’intérêt est pleinement relancé et se poursuit jusqu’à la prise de conscience d’Aric que son destin n’est plus ici. On quitte donc l’action ininterrompue pour du fonds et un chemin qui nous donne soudait très envie de savoir comment va rebondir cette gueule cassée  au bord de la répression (on retrouve l’intérêt pour Bloodshot sur ce plan), avec notamment une conclusion très réussie et forme d’ouverture qui boucle cependant le cycle de Gorin. L’éditeur précise dans une fiche de lecture dont il est coutumier que la suite sera à lire dans le crossover Harbringer Wars 2 à paraître bientôt, avant un troisième volume de X-O Manowar. J’étais resté un peu sur ma faim dans le premier volume y compris sur un personnage que je trouvais un peu monolithique. Ce second tome relance vraiment la machine.

Le petit bémol que je mettrais est dans le graphisme. Paradoxalement, Clayton Crain, qui est capable du superbe sur Harbringer Wars, Dininity et sur pas mal de couvertures Valiant, peine ici clairement dans les scènes de bataille, fouillis et assez sombres, où sa technique numérique peine un peu en précision. A côté, Renato Guedes, dans une technique de peinture à l’eau peu évidente (proche du travail de Dustin Nguyen sur Descender) produit des planches magnifiques. Est-ce un manque d’intérêt ou une vraie limite de la technique de Crain, toujours est-il que ses planches sont les moins intéressantes. Contrairement au premier tome découpé entre deux illustrateurs au style très proche (et créant une vraie harmonie graphique), ici c’est plus divers, mais cela ne m’a pas dérangé. Tous sont très bons et si Guedes m’a énormément plu, Ariel Olivetti qui conclut l’histoire est une nouvelle énorme claque, une vraie révélation que je vais m’empresser de suivre! Résultat de recherche d'images pour "manowar olivetti"Dans une technique alliant dessin très précis et textures numériques discrètes proches du boulot de Reno sur Aquablue, l’argentin (tiens, est-ce que le secret de Valiant ne serait pas de faire appel à des dessinateurs non états-uniens?) fait exploser les rétines avec des séquences spatiales qui laissent pantois. J’espère vivement qu’il continuera son travail sur Manowar car sur ces planches on atteint clairement le top de ce qu’a produit Valiant jusqu’ici. Et comme je constate une montée graphique à chaque volume depuis l’an dernier, jusqu’où irons nous? J’ai beaucoup hésité à ajouter un quatrième Calvin à ma note en raison des planches de début d’album et d’un démarrage poussif, mais la clôture et la double révélation graphique justifient un 4 qui confirme que ce second album Manowar est meilleur que le premier.

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L’Empire #2: Sodome et Gomorrhe

Le Docu du Week-End
BD d’Olivier Bobineau et Pascal Magnat
Les Arènes (2018), 172 p. série prévue en 3 volumes.

005651623Ce gros album à la couverture très parlante propose une préface du scénariste (chercheur en histoire du christianisme), une double page de résumé du tome précédent (la série explore toute l’histoire politique du christianisme depuis sa naissance jusqu’à nos jours) et une page de références bibliographiques en fin d’album. Le premier tome traitant de la naissance de l’Eglise est sorti en 2015. Celui-ci vient juste de sortie, un troisième et dernier tome s’intitulera l’Apocalypse.

Attention le projet est touffu et il ne s’agit aucunement d’une « Histoire de l’église en BD » mais bien d’un ouvrage d’histoire de niveau universitaire, illustré pour le coup afin d’alléger la lecture. Le côté vulgarisation est donc ténu et ce livre s’adressera avant tout à des lecteurs s’intéressant au sujet. L’auteur s’efforce d’utiliser une narration légère mais l’on reste dans un bouquin d’historien, passionné mais pointu. Je précise que j’ai une formation d’historien et que je ne découvre pas le sujet… j’ai pourtant éprouvé le besoin de souffler pendant la lecture. Loin de moi l’idée de repousser le lecteur lambda féru de culture générale, simplement  il vaut mieux être prévenu que l’objet de la série n’est pas ludique mais bien équivalent à une lecture scientifique.

empire1.jpgL’idée d’illustrer une somme si copieuse est plutôt bonne et donne un peu de recul qui facilite clairement la compréhension de faits complexes. Le duo a par exemple choisi d’accompagner le lecteur avec une sorte de mascotte en la personne du guitariste du groupe Kiss,ou de celui d’AC/DC. On voit donc ce costume se balader à côté des papes et des chevaliers à différents moments de l’histoire! Le côté décalé et humoristique des dessins de Pascal Magnat répond au sérieux du propos de façon originale et permet de fixer des idées à l’aide de mille détails totalement anachroniques. L’apport visuel est indéniable. Si l’on est dans du dessin type « presse » (le côté esthétique n’est pas prévu dans le cahier des charges), celui-ci reste efficace et permet de passer certaines idées en une image. Le chercheur est incarné par un avatar et nous promène dans ces pages d’histoire un peu à la manière d’un Michael Moore en tissant un fil qui s’adresse directement au lecteur.

empire2.jpgL’ouvrage est découpé en plusieurs parties elles-mêmes subdivisées et sujets thématiques. Cela ne suffit pas à permettre une lecture d’affilée mais incite plutôt à se reporter à un thème puis à un autre, progressivement, dans une lecture étalée. Sur ce rythme là l’album est très agréable et aide bien à comprendre ce qui est expliqué. Tout ceci est fondamentalement passionnant, on touche au cœur de la culture, de la civilisation chrétienne occidentale avec un pouvoir qui jusqu’à récemment à été l’axe politique des soubresauts du monde. J’ai simplement trouvé dommage qu’Olivier Bobineau choisisse de démarrer l’ouvrage par un chapitre sur l’esthétique et les arts, liaison sans doute nécessaire à la démonstration historique, mais particulièrement complexe (on parle de Saint Thomas d’Aquin ou des explications théologiques au chant grégorien ou à l’arc cintré…) et qui m’a ralenti l’immersion dans le livre. La suite, bien plus politique, est passionnante et plus accessible. Elle profite également bien plus des dessins pour illustrer des événement objectivement ubuesques de l’histoire.

En résumé je dirais que ce gros ouvrage très complet et sérieux n’est pas à mettre entre toutes les mains mais vous permettra de découvrir une histoire passionnante avec le sourire aux lèvres. Je pense qu’un élève du secondaire, voir un étudiant pourra y trouver un bon complément plus léger à côté de ses manuels de travail. Éternel problème des formats, j’espère que les libraires auront la bonne idée de ranger ces volumes au rayon essai, à côté de la Revue dessinée où il trouvera mieux son public qu’entre Batman et Lupano.

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Pain in black

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #2
BD de Florent Maudoux
Ankama (2014), 86 p. 4 volumes parus.

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J’ai beaucoup aimé le premier tome, du coup j’enchaîne (toujours plus confortable de lire une série dans la foulée). Pour le descriptif matériel se reporter à la critique du tome 1. La tranche du premier volume arborait un profile de Spartacus, ici celui de l’Araignée et l’ensemble proposera une frise continue du plus bel effet. J’aime toujours quand l’éditeur porte attention au rangement des séries dans l’étagère.

Une idée en passant, vu que l’on est sur un format comics et que la série principale regorge d’annexes texte et images originaux, ce serait très agréable d’avoir des bonus, sur Funérailles…

Les deux frères ont été séparés, l’un envoyé à l’académie formant l’élite dirigeante  de Rem, l’autre au camp militaire où l’on prépare la chair à canon des légions de la République. Ne perdant pas de vue leur serment de faire tomber cette République, ils poursuivent leur apprentissage tout en tisant des liens avec de futurs alliés. Pendant ce temps, leur mère, ravagée par le désespoir de l’exécution de Spartacus, retourne dans le château familial où des révélations l’attendent auprès de la matriarche du clan…

https://i.pinimg.com/originals/75/f9/85/75f985837ed0773a3611e29498adafb3.jpgLa structure du récit de se second tome est assez simple, répartie entre Scipio d’un côté, Pretorius de l’autre, la veuve noire enfin. Les deux héros vont parfaire leurs capacités et démontrer qu’ils sont des leaders. L’album s’attarde plus sur Pretorius dont la conviction en fait une menace pour l’institution militaire qui ne considère les gueules cassées que comme de la piétaille bonne à aller mourir sur le champ de bataille. L’inspiration de cette partie est clairement celle des films sur le Vietnam, comme l’illustre le titre inspiré de la chanson des Stones (et rattachée à la guerre asiatique) et les jeux de mots (toujours!) sur le Nam’, qui est ici la République de Namor, éternel rivale de Rem. On a ici une ambiance de caserne qui colle bien à l’humour de l’auteur et correspond plus à la série mère que les séquences dans la haute société. La grande force de la série reste les personnages, divers, attachants et bien caractérisés. On est ici en terrain connu mais les différentes séquences de constitution d’un groupe de fidèles à Pretorius sont parfaitement menées et intéressantes.

https://i0.wp.com/chrysopee.dd1.free.fr/Img_PAO/Matos_BD/FreaksSqueeleFun%E9arailles_T2_pl1.jpgLa partie sur Scipio nous révèle de nouvelles informations concernant le fonctionnement de la République et voit l’arrivée d’un alter-égo, Aelius le héros parfait que le caractère rebelle de Scipio mets en danger malgré leur amitié. Cette partie nous propose surtout une magnifique séquence d’action magique sur des planches noir et blanc tramées (style manga) qui donnent un effet très original et permettent d’apprécier les encrages toujours aussi magnifiques de Maudoux. Les manigances autour de l’Araignée permettent enfin de comprendre la conspiration politique qui a lieu pour la prise de pouvoir sur la religion d’État et nous en apprennent plus sur les règles génétiques très particulières de cette société: il semblerait que les femmes n’accouchent pas toujours de jumeaux et que ceux-ci fusionnent parfois en un seul être tel Janus…

daed46f13a632f7d2087c202f8506ff6.jpgFlorent Maudoux élargit sa palette sur cet album en proposant une variété très riche (qui prépare son futur Vestigiales): une couverture peinte de toute beauté, des intérieurs tantôt colorisés, tantôt noir et blanc, des planches en effet crayonné, d’autres très encrées… tout cela est très riche et varié avec une qualité moyenne très élevée. Je remarque également l’utilisation d’effets de flous et d’une économie sur certains arrière-plans quand d’autres (architecturaux notamment) sont très fouillés. Ce n’est pas du tout problématique et l’aspect général est vraiment très beau, avec quelques séquences sexy pour agrémenter le tout.

Cette série est décidément remarquable d’équilibre, chaque tome étant très bien défini et abordant un genre spécifique tout en faisant progresser l’intrigue générale et la découverte de l’univers. Si j’avais quelques réticences sur Freak’s Squeele, Funerailles montre que Florent Maudoux est un remarquable scénariste et j’ai hâte de continuer ma découverte de la geste de Scipio et Pretorius!

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Fortunate sons

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #1
BD de Florent Maudoux
Ankama (2013), 80 p. 4 volumes parus.

couv_186772L’album reprend la maquette classique de la série, sur le même papier épais, format comics, mais sur une maquette et pages à base noires. Une carte du monde et de ses nations est insérée en intérieur de couverture et pose les base de cette intrigue géopolitique. Les tranches donnent un aspect très élégant à la collection une fois insérée dans la bibliothèque. Enfin, ces couvertures…. donnent envie d’avoir des exemplaires grand format sous verre!

Dans la légendaire république de Rem le jeune héros à la tête de l’armée et sa compagne pressentie pour prendre la direction du Culte donnent la vie à des jumeaux. Or la loi de la République organise une séparation stricte entre haute classe composée d’être « parfaits » et ceux qui sont dotés d’une tare. Les deux enfants vont se retrouver séparés par cette société d’apartheid rongée par la corruption. Mais le même sang qui coule dans leurs veines va les mener à affronter ces lois iniques et bouleverser l’ordre établi…

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles tome 1"Ma découverte de l’auteur Florent Maudoux et son univers de Freak’s Squeele remonte à quelques années, en tombant sur les couvertures des premiers albums du Spin-off Funerailles, que j’avais trouvé vraiment sublimes. Intrigué par ce titre imprononçable je ne m’étais pas précipité après feuilletage, ne sachant pas si j’avais affaire à une BD pour ado, un manga, un comic,… L’an dernier j’ai entrepris la lecture de la série mère qui m’a laissé le même goût indéfini, ne sachant pas où situer cette série pourtant très rafraîchissante. Un attrait prononcé pour le langage djeun’z et la culture SMS cohabitant avec une mythologie très intéressante et une vraie personnalité graphique, bref, Freak’s Squeele m’a donné l’impression d’un cadavre exquis avec lequel j’ai finalement moyennement accroché.

Le personnage de Funerailles, qui a donné naissance à la première série dérivée, était l’un des point d’intérêt de la première série, par son design sombre, sa caractérisation complexe et le hors champ important qu’il recouvrait. Le fait qu’il soit le cœur de la série dérivée et que celle-ci soit présentée comme plus sombre m’a donné envie de la lire.

Image associéeNous avons donc ici une série d’inspiration médiéval fantastique avec une touche de steampunk ou même de SF, proposant un univers improbable où magie, créatures mythologiques et technologie télévisuelle cohabitent. On a les bases d’une saga de dark fantasy, avec ses guerres lointaines, ses héros en armures épiques, ses conspirations de confréries occultes et ses secrets enfouis dans les fondements même de la République. Le principe original (qui rattache avec le concept de Freak) est donc cette loi qui fait que la plupart des bébés naissent avec une défaillance physique plus ou moins importante et vivent dans les bas-fonds, travaillant pour l’armée ou pour la société qui les exploite. Une minorité est « parfaite » et vouée à la meilleure éducation. Sans déflorer l’intrigue (on l’apprend assez vite) une anomalie apparaît lorsque deux jumeaux naissent parfaits et risquent ainsi de briser la règle antédiluvienne en reproduisant ce qu’annonce une vieille prophétie…

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles"Le premier volume s’attarde sur cette séparation de classes, sur l’apprentissage parallèle de ces deux enfants, l’un en haut, l’autre en bas, tous deux très doués, et sur leur rencontre. Autour de cela ce sont les manigances de certains personnages pour orienter et maintenir un ordre très réglé mais pas toujours accepté. Cette partie se lit d’une traite, remarquablement bien écrite avec un scénario sage mais très bien ordonné: une longue introduction expliquant le contexte, puis la naissance et l’apprentissage. Beaucoup de découvertes donc, très intéressantes et beaucoup de portes ouvertes, sur un ton effectivement moins déconneur que la série mère. Personnellement je préfère. Quelques traits d’humour et de subtiles éléments (les soldats de plomb rappelant les bonhommes de pain d’épice, l’immortel) raccrochent cette série à la première mais on reste globalement assez éloigné tant par le ton que par l’intrigue.

Les dessins de Florent Maudoux progressent par rapport aux déjà très bons premiers albums de Freak’s Squeele, notamment grâce à l’apport de la couleur. Dommage que nous restions sur ce papier épais qui atténue la précision des encrages vraiment remarquables. Le design général de cet univers est classique (fantasy épique) mais très élégant, avec ces palais aux architectures antiques et ces costumes voilés. L’immersion dans les bas-fonds donne lieu à un autre aspect de cette République et seul le côté techno dénote un peu, sans que cela soit gênant.  Le format comics, la base noire des pages et le style assez minutieux du trait de Maudoux rendent les planches assez sombres, ce qui n’est pas pour me déplaire même si cela peut nécessiter de se concentrer sur certaines cases pour bien comprendre et voir les détails. Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles"Comme je l’avais remarqué sur Vestigiales Florent Maudoux est vraiment un des tous meilleurs dessinateurs actuels, à la marge de progression encore conséquente, ce qui laisse augurer du sublime pour la suite. Le format choisi pour la série est sympa mais je pense que l’idée de proposer des versions grand format serait intéressante pour profiter de ces très belles planches.

Je dirais donc mission accomplie pour ce premier tome de Funerailles qui m’a enfin accroché à cet univers en recalibrant le curseur aventures/graphisme/ambiance. Ce ne sera donc sans pas le même publique qui appréciera les deux séries mais les passerelles entre les deux ont un côté intéressant en proposant plusieurs aspects de ce monde que l’auteur a construit, très original et qui, sans proposer une BD Fantasy comme on en trouve chez soleil, permet grâce aux graphismes et un certain côté décalé de sortir du lot.

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BD·Cinéma

Série: Occupied

Série d’Erik Skjoldbjærg et Karianne Lund,
(2015-2018) 2 saisons de 8 épisodes (44 minutes/épisode). Une troisième saison est commandée.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"On savait que les scandinaves étaient bons dans le genre policier et que leurs séries télé étaient de qualité, notamment grâce à un gros travail de défrichement d’Arte. La série politique danoise Borgen (3 saisons) sortie il y a quelques années s’est hissée parmi les plus importantes fictions politiques tout pays confondu (que je mets personnellement sur le même pied que West Wing ou plus récemment Baron Noir). L’esthétique particulière de ces fictions et la qualité des acteurs (la plupart des acteurs de Borgen ont depuis fait carrière au cinéma) sont pour beaucoup dans le succès de ces créations, mais il faut reconnaître également une vraie maîtrise des techniques scénaristiques et une audace qui sont pour moi le signe d’une assimilation de l’efficacité américaines avec une liberté européenne dans le traitement. La série Occupied, dont on parle peu et à l’audience étonnamment modeste, avait été une bonne surprise sur sa première saison sortie en 2016. La seconde saison diffusée en début d’année et que je viens de terminer montre une très grande maturité et pousse encore plus loin la maîtrise sur tous les plans du drama, si bien qu’elle est désormais l’une des meilleures fiction politique jamais créée et probablement l’œuvre inspirée de l’univers de Tom Clancy la plus réussie.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Dans un futur proche, alors que le premier ministre écologiste norvégien annonce l’arrêt de l’exploitation du pétrole et le lancement par son pays d’une nouvelle technologie de production énergétique, la Russie fait un coup de force avec l’appui de l’Union Européenne, dépendante du pétrole et du gaz norvégiens. Cette occupation froide, faite de pressions et de coups clandestins divise les norvégiens sur l’attitude à tenir, entre collaboration avec le puissant voisin et résistance…

La première qualité d’une bonne série est de ne pas traîner en longueur. Même les plus adeptes de ce format finissent par se lasser des vraies-fausses pistes et des intrigues qui s’étalent sur des saisons entières. Le principe du feuilleton est le cliffhanger et la progression qui donne envie d’enchaîner les épisodes. Les scénaristes d’Occupied ne recherchent pas nécessairement le gros suspens de fin d’épisode, en revanche ils excellent dans la progression dramatique, remarquablement déroulée sur l’ensemble des huit épisodes (le format idéal a mon avis). Si la première saison comportait quelques longueurs autour de certains personnages (la restauratrice russophile) dont l’on attendait de comprendre l’intérêt, cette seconde n’en a absolument pas, toute accaparée sur la complexe nuance entre le droit et le terrorisme, entre la loi et la vengeance, entre intérêt personnel et intérêt de l’Etat. A ce titre, elle est une série résolument engagée puisque outre aborder sans détour une Union européenne semi-dictatoriale (on est dans une anticipation… mais ô combien réaliste!) elle traite des motivations des responsables politiques  (pour eux ou pour le pays?) mais également de hauts fonctionnaires. Du juge au responsable des services de renseignement, chacun y va de son ambiguïté.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Il en est de même pour les russes. Bien entendu, du fait du sujet, la série peut être vue comme russophobe. Pourtant beaucoup de choses sont crédibles dans les relations entre les deux pays et les personnages russes sont beaucoup plus subtiles que les apparences pourraient montrer. Le terrorisme est réel et l’ambition pour une grande puissance militaire de protéger ses intérêts dans une région que beaucoup peuvent percevoir comme faisant partie de sa sphère d’influence justifie certaines attitudes. Surtout, la série montre bien la bascule subtile entre la collaboration constructive et la trahison nationale. Ainsi il n’y a (presque) pas de méchant dans la série tant tout le monde pourrait développer un argumentaire pertinent sur ses choix.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Enfin, la radicalité géopolitique qui fait des liens avec beaucoup de situations que nous voyons dans les journaux est très forte. Jesper Berg passe ainsi du statut de premier ministre à celui de chef de gouvernement en exile, terroriste en fuite et activiste réfugié… La Catalogne, Julian Assange, bien des exemples montrent que ces revirement peuvent survenir très vite. La série pourrait être résumée par cette assertion d’un personnage qui explique que De Gaulle et Mandela ont été des terroristes avant d’être de grands chefs d’Etat… tout dépend  qui détient le pouvoir et détermine ce qui est juste. La légitimité est toute subjective et ce rappel est salutaire de nos jours où le mythe libéral d’un Droit d’essence quasi divine qui s’imposerait naturellement à tout un chacun.

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En bonus un entretien avec Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères de Lionel Jospin.

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No body

BD du mercrediBD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Couverture de No Body -4- Épisode 4/4 La Spirale de DanteLes couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpg?w=340&h=467L’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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