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BD en vrac #20: Valhalla Hotel #2 – Crusaders #3 – Les 5 terres #6

La BD!

Salut les bdvores! Pour finir la semaine belle brochette d’excellentes séries blockbusters avec le second bâton de dynamite de Perna et Bedouel, le troisième épisode de la saga galactique de Bec et la conclusion du premier cycle du Game of Thrones de la BD. Faites vous plaiz’!

  • Valhalla Hotel #2 (Perna-Bedouel/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_423737Le petit Patrick et son pote Fabien aimaient jouer aux voitures et aux pitou. Du coup ils en mettaient plein dans leurs histoires de vieux militaires et de savants-fous nazis. Comme ils avaient toujours rêvé de monter dans un hélico ils mettaient le Huey popularisé par la guerre du Vietnam dans les pattes de leur héros et comme les bases secrètes c’est cool ils en inventaient une pour les méchants et une pour les gentils, remplie de plein d’armes rigolotes! La bataille c’est marrant mais en grandissant on se met à parler de choses plus sérieuses alors ils disaient que leur sheriff débile était un doux intégriste et comme le racisme c’est mal ils donnaient une copine noire bad-ass à leur héroïne policière. Tout ça donnait des histoires drôlement animées avec plein de gros mots qu’on dit quand les parents sont pas là et des méchants qu’on avait le droit de taper parce qu’ils étaient très très cons ou très très méchants (ou les deux). Et c’était tellement rigolo qu’on n’avait plus envie de lâcher le guidon de la moto et la gâchette de la M-60 et qu’on se demandait aussitôt quand allait sortir le prochain épisode…

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  • Crusaders #3 (Bec-Carvalho/Soleil) – 2021, 46., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

couv_423739Alors que la contre-attaque des Lagran se prépare, des doutes commencent à apparaître dans l’apparente harmonie de la Grande Assemblée des Emanants, dont le passé n’est pas si pacifique qu’ils le montrent…

On enchaîne directement après la conclusion du tome deux, sans résumé (discipline qui aurait été pertinente sur une série aussi touffue) mais avec une introduction très pédagogique qui nous résume la problématique de ce peuple maléfique qui cherche la destruction. Peut-être conscient de ses démons, Christophe Bec simplifie donc résolument son intrigue dans un cadre que tout bon space-op pourrait développer et apporte la complexité qu’il recherche dans les termes et concepts physique autant qu’astronomiques tout à fait pointus. A ce titre on est entre le métaphysico-épique des Meta-Barons ou de Druillet et la hard-science d’un Adam l’ultime robot. Et c’est sacrément réussi et digeste en alliant le texte au graphisme puisque de la même manière on alterne entre grandioses paysages cosmiques en doubles-pages, titanesques artefacts technologiques sur planches quasi muettes et séquences de conciliabules stratégico-politiques verbeux. Cette structure est tout à fait agréable et permet à l’intrigue d’avancer tranquillement, avec quelques scories qui semblent oublier des cases intercalaires dans cette volonté d’aller vite. Si on peut tiquer par moment, l’effort du scénariste est réellement louable pour proposer une SF accessible. Bien entendu ceux qui n’ont aucune bases de culture scientifique partiront peut-être de loin mais l’effort est utile pour croire à l’histoire de Christophe Bec. L’avantage de partir si loin dans les concepts théoriques c’est que l’on garde l’apparence du crédible avec la liberté de la fantasy! Et les auteurs nous régalent toujours d’idées dantesques comme cette planète vivante de la taille d’un système… Jusqu’ici s’il manipule la matière et l’espace à l’envie le scénariste n’ose pas entrer dans la tout à fait casse-gueule idée de manipuler le temps. La logique voudrait pourtant qu’une série aussi conceptuelle s’aventure dans ce genre d’idées, au risque de retomber dans le banal. En attendant on se régale en endossant le rôle de spectateurs que les personnages humains de Crusaders assument depuis le début, un peu comme dans un films catastrophe où les personnages ne sont là que pour créer un transfert émotionnel du spectateur vers le (très) grand spectacle.

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  • Les 5 Terres (Lewelyn – Lereculey/Delcourt) – 2021, 52p., premier cycle achevé.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

couv_423609Après deux albums par an on boucle ainsi le premier cycle de cette série TRES inspirée par Game of Thrones. Il faut dire que ce rythme est absolument parfait pour maintenir un esprit de série avec juste ce qu’il faut d’addiction et de repos pour savourer le scénario parfaitement huilé. Si le principal problème reste cette très grande proximité avec le roman/série de George Martin, le fait que les itinéraires convergent sur ce dernier tome et que nous savons déjà que nous allons partir pour une autre Terre suffit à maintenir un intérêt très haut! Bien sur certaines résolutions sont attendues. Mais les auteurs savent toujours instiller le choc après le calme, sans faute de goût et sans redondances, c’est déjà pas mal. Le discours du roi laisse présager de sacrés changements politiques après qu’il ait étouffé la révolte étudiante, aussi tout semble imaginable. L’Histoire romaine ou médiévale regorgent de matériau pour imaginer d’incessants retournements et la principale interrogation qui perdure depuis le tout début de la série et ces quelques apparitions des ours est de savoir comment cette saga jusqu’ici totalement centrée sur le peuple félin va bien pouvoir garder des liens entre les cycles sans redondance. Soit en changeant le modèle soit en tissant une méta-intrigue dont on n’a pas encore perçu les prémices… mystères… qui couvrent d’autres ficèles, parfois grosses… mais tout l’art narratif n’est-il pas un peu comme la magie, une illusion?

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*****·BD·La trouvaille du vendredi

Kamarades – intégrale.

BD de Benoit Abtey, JB Dusséaux et Mayalen Goust
Rue de sèvres (2015-2017), série trois tomes., 162p.

bsic journalismMerci à Rue de Sèvres pour leur confiance.

L’édition intégrale a pour seul intérêt l’économie substantielle puisqu’il s’agit d’une version brochée compacte (les trois albums originaux étaient dans un format BD classique avec couverture cartonnée et grand format) qui permet d’avoir dans sa bibliothèque cette très belle série pour 18€seulement au lieu de 40 pour l’édition classique. Rien n’interdit à l’éditeur de proposer ultérieurement une belle édition que le thème et l’art de Mayalen Goust mériteraient et l’on a vu sur la série phare d’Alex Alice combien Rue de sèvres savait soigner ses éditions. Cette édition reprend donc la jolie maquette « soviétique » avec couverture à rabats comportant une courte bio des auteurs et leur biblio chez Rue de sèvres.

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1917, embourbé dans la première Guerre mondiale, l’empire russe vacille. Monarchie parlementaire depuis peu, les troubles instillés par les bolchéviks amènent le tsar Nicolas II devant ses responsabilités. Lorsque sa fille préférée Anastasia tombe amoureuse d’un simple soldat l’engrenage infernal se mets en marche, qui verra la fin de l’Empire et des Romanov. Vous connaissez peut-être l’histoire officielle. Voici la véritable tragédie…

Résultat de recherche d'images pour "kamarades goust"Très belle découverte que cette trilogie qui allie romanesque, Histoire et un graphisme à la fois très artistique et totalement adapté au propos. Pour sa seconde BD, la dessinatrice remarquée sur l’adaptation BD du succès ado Les Colombes du roi soleil se fond dans l’époque et l’atmosphère totalement romantique voulue par les scénaristes, des auteurs de théâtre et de cinéma. Dans un style léger tout en courbes et aplats de couleurs franches qui rappelle Olivier Pont ou Marc-Antoine Boidin, elle offre au regard les paysages de l’hiver de la Russie de 1917. Alliant des textures précises et décors rigoureux avec des personnages esquissés sans encrage, on reconnaît le style des livres jeunesse, très libres graphiquement. Mayalen Goust sait pourtant garder une bonne lisibilité même dans les séquences d’action et alterne une très grande variété de découpages, des pleines pages (voir doubles pages à la coupe), dessins qui sortent de leur cadre et une multitude de cadrages qui rendent la lecture hautement dynamique.

Et cela est nécessaire car les scénaristes nous convient dans la grande aventure des films de David Lean, Docteur Jivago et les romans russes. On entend les violons et la Balalaïka résonner sur fonds de canons. Le sang est rouge et nimbe la neige éclatante dans des tableaux comme peints au couteau. Le récit épique en diable voit intervenir directement des personnages historiques avec l’ambition de raconter la vraie histoire (fictive!) de la fin des Romanov. Résultat de recherche d'images pour "kamarades goust"Se calant dans un cadre historique solide, les auteurs nous racontent comment le jeune Staline, ami du soldat Volodia, va enlever Anastatia et contraindre le Tsar à abdiquer. Ce n’est que le début d’un mélange entre fiction et réalité historique, profitant d’une grand opacité de sources sur l’époque qui rend l’Histoire officielle relativement fragile et sujette à des manipulations scénaristiques passionnantes en mode « et si… ». Ainsi l’intrigue de Kamarades prends vite le large avec la véracité en assumant sa dimension de fiction tout en rappelant les personnages et évènements pour brouiller la ligne entre réalité et fiction, avec grand talent.

Si l’amour passionné entre Anastasia et Volodia reste au cœur de l’histoire, le troisième larron, Staline, méchant particulièrement charismatique, tient les rênes du drame en pourchassant sans relâche le couple et les Romanov. La figure du héros pur dérangeant pour le Régime est incarné par Volodia dont la blancheur des cheveux réponds à ceux, rouges vifs de la princesse. Traitant un grand nombre de sujets, en partant des problématiques classiques des périodes révolutionnaires (la trahison, la Raison d’Etat), les auteurs nous font parcourir une époque troublée, entre deux mondes, avec la permanence du cynisme et de l’idéologie d’Etat supérieure aux hommes. Ce couple dans la guerre ne devrait pas exister et pourtant il passe entre les balles…

Superbe saga au graphisme planant, Kamarades allie comme rarement un art libre et un récit romantique aux personnages passionnants, entre fiction et réalité. Une très belle lecture pour les soirées d’hiver au coin du feu.

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Les 5 terres #3-5

La BD!
BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2021), 56p., série en cours, 4 volumes parus
Cycle 1 prévu en 6 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Reprise de la maquette déclinée à chaque tome avec carte du monde en intérieur de couverture et une double page détaillant le background d’un groupe/personnage en fin de volume ainsi qu’un résumé (tout à fait nécessaire!) des épisodes précédents. Les couvertures ne sont pas les plus accrocheuses de l’histories de la BD mais le principe décliné est intéressant et joue avec le lecteur (pour aller droit au but: si vous aviez peur comme moi de voir déflorer l’intrigue par les couvertures à venir, détrompez-vous, le cliffhanger de la mort des deux premiers n’a pas vocation à se reproduire à chaque tome). Un vernis occupe le logo-titre et les personnages de la couverture ainsi que les miniatures des couvertures précédentes et à venir en quatrième de couverture. Le prochain tome concluera ce cycle d’Angleon (… et on se demande bien comment!).

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Le roi est mort, vive le roi! En Angleon le règle tout puissant des félins semble s’achever et la disparition du roi lance une réaction en chaîne sanglante dont personne ne semble en mesure de voir les prochaines étapes. Devant les risques majeurs d’instabilité, les garants de l’Etat, hauts fonctionnaires, nobles ou ambitieux s’activent, dans l’intérêt du Pouvoir… mais également du leur…

Le démarrage de cette série ambitieuse a été on ne peu plus éreintant, si bien qu’à l’entame du troisième volume on se demande si les auteurs vont poursuivre dans cette logique du retournement permanent, au risque de tomber dans le ridicule. Force est de constater que ce n’est pas le cas et que l’intrigue générale (ficelée dès le départ bien entendu) se pose quelque peu en élargissant les problématiques avec l’arrivée sur le trône du très jeune Mederion que pas grand monde ne voit tenir le poids de la couronne.

[SPOILERS]

Les 5 Terres - BD, informations, cotesLe troisième volume détaille le court intérim par l’ombre du roi chargé du haut de toute sa compétence de s’assurer de la stabilité du régime alors qu’un putsch se prépare. Alors que This trouve une solution inattendue à son crime (et qu’on apprend la vérité sur son identité dans le texte final de l’album), la chasse de la dernière fille du monarque commence, sans que l’on connaisse les motivations réelles des chasseurs. On est plutôt surpris de ne pas avoir un nouveau souverain mort et du coup perturbé dans nos habitudes (c’est bien entendu recherché). La seule fragilité du scénario pour le moment est le groupe des otages, sommes toutes sympathiques sur quelques séquences mais dont l’enjeu nous échappe un peu. Comme dans toute série TV on parlera d’intrigue secondaire jouant tout à la fois le rôle de remplissage et de diversion. On imagine que ces éléments participent d’une construction générale qui se tisserait entre les différents arcs/peuples. Attendons.

Le quatrième tome voit le jeune souverain tisser sa toile et commencer à montrer des signes de tyrannie malgré son souhait, dans son alliance avec la nouvelle Ombre, de provoquer une révolution institutionnelle et sociétale par une meilleure prise en compte du peuple. Bien plus politique, ce volume montre les affres du Pouvoir et comment les révolutions populistes se transforment souvent (toujours?) en autoritarisme. La capture d’Astrelia provoque un affrontement terrible dont le limier du roi ne sort pas indemne. Basculant d’un putsch noble à une révolte intellectuelle des étudiants, l’intrigue reste passionnante bien que les coups de théâtre baissent en intensité.

L’avant-dernier volume, le plus dramatique, voit son lot de morts à mesure que se dénouent un certain nombre d’intrigues. L’ombre maléfique de la reine-mère déploie ses ailes et renforce encore plus le miroir avec Game of Thrones et le personnage de Cersei. En même temps le frêle et mutique This, premier personnage vu au premier LES 5 TERRES t.1-6 (Lewelyn / Jérôme Lereculey) - Delcourt - Sanctuarytome commence discrètement à prendre de l’importance, les scénaristes jouant sur notre paranoïa tout à fait volontaire pour nous faire suspecter une manigance de derrière les fagots… Ce cinquième album conclut l’épisode des étudiants et laisse deviner un duel dantesque entre le chien et la fine lame du roi. Trois tomes sans décès couronné cela fait trop et on pressent une conclusion bien rouge pour ce premier arc…

Arrivé à ce stade les qualités de la série sont confirmées, appuyées sur des graphismes simples mais remarquablement storyboardés et réhaussés par des couleurs utilisant habilement des textures qui permettent des détails de décors assez chouettes avec une économie de moyens. Comme dit précédemment, la méthode industrielle issue des USA est tout à fait efficace et on se prend au jeu sans trop se poser de question sur l’originalité intrinsèque des albums. Portée par des dialogues verbeux très bien tournés dans le style sérieux, les 5 Terres a la force des grandes séries télé, respire un grand professionnalisme et on fait une confiance aveugle aux auteurs pour nous porter sur trente tomes sans trop réfléchir à la place que prendra cette saga dans notre bibliothèque! Elle a aussi les défauts d’une inspiration parfois trop imposante. Si GOT se reflète dans beaucoup de créations récentes, ce n’est souvent qu’une proximité de références. Ici la copie est trop évidente pour le nier…avec le risque pour les scénaristes de ne pas toujours parvenir à conserver leur originalité. Certains personnages sont des copier-coller (Cersei, Little fingers, Bronn,…). Les moments de violence sèche et politiquement incorrectes respirent GOT et perdent ainsi leur effet. Tout cela n’est pas bien grave tant que le plaisir est présent (et il l’est). Mais on attend des séries de qualité qu’elles se hissent là où elles le méritent. Les 5 Terres en a le potentiel. On attend avec impatience le dernier opus du cycle Angleon et un rebond de fraîcheur à attendre dès le prochain arc.

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Les vieux Fourneaux #6: l’oreille bouchée

La BD!
BD de Wilfried Lupano et Paul Cauuet
Dargaud (2020), série en cours, 54p./album.
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Ça sent le pâté pour l’association Ni yeux ni maître qui est sous la menace d’une expulsion après le décès de Fanfan. Alors que Pierrot rumine comme jamais, Antoine lui rappelle qu’ils embarquent prochainement pour la Guyane sur l’invitation mystérieuse de Mimile, jamais à court de surprises…

Les vieux fourneaux ce sont les papy adorés de tous les lecteurs de BD. Avec des hauts, des bas, et surtout un plaisir jamais perdu de les retrouver, leurs tronches sous les pinceaux très efficaces de Paul Cauuet et surtout la gouaille sans équivalent de Wilfried Lupano. Alors bien sur à l’approche de ce déjà sixième volume l’on sent poindre le risque de l’enlisement dans une routine commerciale… Ce serait mal connaître le scénariste, anticapitaliste affirmé et un des auteurs les plus politiques du circuit, qui ne loupe pas une occasion de nous parler de l’actualité sociale et écologique dans ses péripéties grabataires. Ici les aventures guyanaises des anciens nous rappellent le scandale (en cours!!) du projet de « Montagne d’or », énorme projet de mine à ciel ouvert au cœur de la forêt guyanaise et de luttes juridiques entre opposants écologistes, financiers et État français qui ne cesse de botter en touche pour ne pas froisser les investisseurs sans contredire ses engagements écologiques.

Les Vieux Fourneaux tome 6, vacances militantesContrairement aux commentaires trouvés sur les sites et réseaux j’ai retrouvé le même plaisir que précédemment sur ce tome, qui est dans la ligne du précédent et donc plutôt mieux que les premiers, du fait de l’abandon des affaires familiales. On peut depuis quelques volumes avancer en one-shot sans soucis de narration longue et le talent des deux auteurs est toujours présents sans que l’on ressente des ficelles éculées. Les histoires des trois gus permettent facilement de sortir de nouveaux lapins du chapeau, de nouveaux personnages et de nouveaux secrets qui densifient une histoire construite pour aborder le sujet écologique majeur. La série n’a jamais été conçue comme un James Bond et la dénonciation des abus de notre monde a toujours été l’objectif claire de Lupano. Personnellement j’adore ces BD impliquées qui assument de mettre du fonds dans le loisir et les Vieux fourneaux sont en cela toujours une excellente série, avec un humour qui fait encore mouche! Au suivant…

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La Force de l’Ordre

Le Docu du Week-End

One-shot de 100 pages, adapté du livre éponyme de Didier Fassin, qui est ici assisté par Frédéric Debomy au scénario, et Jake Raynal au dessin. Parution le 2/10/20 aux éditions Seuil-Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Monopole de la violence légitime

Il est fascinant (voire parfois fascisant) de réaliser que le crime est en soi un phénomène endogène à toute société. En effet, c’est du concept même de société et de civilisation, propre à l’Homme, que découle celui de Loi, et donc, par voie direct de conséquence, celui de crime.

En effet, le crime n’existe pas dans l’état de Nature, et l’on ne saurait reprocher au lion d’avoir étripé une gazelle. C’est donc tout le paradoxe que l’Homme s’impose à lui-même et qui détermine son comportement avec les autres.

Dans un monde toujours plus complexe, parcouru de nos jungle civilisées, une question devient récurrente: qui est la gazelle, qui est le lion ? Dans un système rejetant et condamnant la violence des individus, qui peut se prévaloir d’une violence légitime ?

Suis-je le gardien de la Paix ?

La sociologie nous apporte des pistes de réflexions intéressantes. L’Etat, cette entité intangible et supérieure à la somme de ses parties, a bel et bien le monopole de la violence légitime sur son territoire. Il est paradoxal de penser que pour maintenir la paix dans une société, il faille parfois recourir à la violence. De ce point de vue, il semblerait que ce soit la raison d’être d’institutions étatiques telles que l’armée ou la police. Violenter pour protéger, protéger en violentant, voilà un sacerdoce oxymorique qui pourrait expliquer les heurts récents et la défiance actuelle envers elles.

Didier Fassin a accompagné une Brigade Anticriminalité (BAC) durant deux ans afin de mieux en appréhender le fonctionnement, les enjeux et les difficultés. En effet, beaucoup de problématiques liées aux forces de l’ordre se cristallisent autour de ces BAC, connues pour leur virulence et pour les frictions avec les habitants de certaines zones urbaines.

Ce que le professeur a découvert s’éloigne radicalement de l’imagerie véhiculée tant par la fiction que par les médias, et tend à dépeindre un quotidien morne, un ordre social maintenu par des agents partagés entre la désillusion et la pression institutionnelle.

Face à ces découvertes édifiantes, les a priori d’un lecteur peu familier du domaine judiciaire/pénal en seront certainement ébranlés. Loin du manichéisme généralement de rigueur sur les chaines de la TNT, les auteurs font la retranscription d’un système conçu pour reproduire les inégalités, favorisant ainsi la perpétuation d’un cycle sans fin de violence.

Servi favorablement par la transition graphique, l’ouvrage choc de Didier Fassin est à diffuser largement. Plus vous pensez savoir ce qu’il se passe entre les jeunes de cité et les policiers, dans la rue et au commissariat, plus il est urgent pour vous de lire cette BD/ce livre.

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Servitude #6: Shalin – deuxième partie.

La BD!
BD de David et Bourgier
Soleil (2020), 50p., Série Servitude achevée.

Pour cet album conclusif (seconde partie du double album « Shalin » on a droit à une couverture guerrière et rageuse montrant le roi Riben d’Arkanor à l’assaut. Pas la plus inspirée de la série mais tout à fait révélatrice de la teneur virile de l’album. La quatrième de couverture rappelle la tomaison des six volumes. La page de titre surprend en rompant la ligne chromatique de la série par une fleur rouge vif qui renverra à l’épilogue de quatre pages. Rien à redire sur la structure, c’est pensé, pertinent, fort. En attendant le futur monumental dernier Tirage de tête (je vous renvoie au billet sur le début de la série)…

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Une nouvelle étoile est apparue dans le ciel, confirmant la prophétie des Riddrak sur leur Libération finale… Mais à Shalin, la place-forte du désert où sont réfugiés les derniers fils de la Terre et leur roi Arkanor plus personne ne croit en la victoire face à l’immense armée de Vériel. Chacun se retrouve devant ses choix, pour l’honneur, la gloire, la liberté ou pour un enfant… Plongé dans la tourmente, Kiriel, l’ancien homme lige de la Couronne, sait désormais que les liens de soumission anciens sont rompus et se retrouve entre son roi et la jeune infante Esdras, entre la guerre et la liberté…

Il y a des albums qui sont durs à refermer. Non seulement comme conclusion d’une grandiose aventure entamée il y a quatorze ans mais également par la frustration que la fermeture de la dernière page ouvre en nous. Servitude est un monument d’orfèvrerie artisanale, de précision documentaire, de finesse scénaristique, de qualité artistique. Il est indéniable que le plan était écrit depuis le premier album et qu’une série de cette qualité qui a refusé tout le long la facilité, ne pouvait se conclure de façon manichéenne. Reprenant l’alternance ethnographie/bataille à chaque nouvel album, il était logique que Shalin (parties 1&2) se concentre sur l’aspect guerrier de la saga. Et sur ce plan, tout comme le précédent Bourgier et David savent nous régaler de planches rageuses, de gueules cassées, de dénouements inattendus. Leur propos était de nouer la servitude volontaire des êtres dans leur société et celle des Nations, rattachées à un héritage fantastique décrit dans le Chant d’Anoerer sur le premier tome. Sachez le il n’y a pas de gloire dans Servitude, pas de happy end et tout n’est pas révélé. On pourra reprocher certaines pistes grandioses, attendues, qui restent assez cryptique faute d’une pagination nécessaire pour tout développer à terme. L’œuvre est gigantesque et comme souvent compliquée à refermer par tous ses côtés. La cohérence est pourtant là, les auteurs ayant toujours laissé l’aspect fantastique sous couverture hors quelques irruptions impressionnantes. C’est encore le cas ici… aussitôt ouvertes aussitôt refermées. Il est toujours important de laisser au lecteur sa part d’imaginaire, de ne pas tout expliquer, de laisser des portes ouvertes. Mais que de frustrations!

En tant qu’unité cet ultime tome est parfait, utilisant des doubles pages ça et là pour imposer un temps mort, souligner certaines séquences muettes, comme l’arrivée de l’enfant en préambule et son intervention auprès de l’empereur Drekkar, dantesque, comme ces fleures rouges qui ouvrent et concluent l’album. On a pourtant le sentiment que les auteurs ne souhaitent pas refermer une histoire éternelle qui n’a jamais vraiment commencé et ne doit jamais finir. Car Servitude est d’abord une chronique sociétale, artisanale, de peuples qui cohabitent dans la croyance. L’aboutissement des prophéties riddrak n’est pas le sujet et, frustration encore, ces derniers sont rares alors que ces fiers guerriers du désert ont été teasé tout au long de la saga par de sublimes planches muettes. Il en est de même pour ces guerriers drekkars, invincibles, qui font de la figuration depuis le premier tome hormis la magistrale bataille de l’Adieu aux rois. On sait combien il est compliqué d’achever une histoire. Refusant la simplicité, les auteurs de Servitude ont rendu cette conclusion impossible. Et ils s’en sortent finalement très bien grâce à cet épilogue inattendu, magnifique en changement de style graphique hyperréaliste, et logique.

En vente - Servitude par Eric Bourgier - Planche originaleJe le dis depuis le premier tome, il y a du Bourgeon dans la démarche de Bourgier et David, de cette sincérité, de ce travail d’orfèvre aux mille et un détails. On imagine volontiers l’atelier de Fabrice Bourgier plein de maquettes et de sculptures comme celui de Bourgeon. Il y a du Peter Jackson, de celui qui sur le Seigneur des Anneaux demandait à ses costumiers de décorer l’intérieur des casques car cela jouait de l’authenticité… On a commenté les proximités de dureté réaliste de Servitude avec Game of Thrones. C’est certain, notamment sur un rythme saccadé, incertain, plein de ruptures. Mais là où la série BD se distingue c’est dans l’esprit du lieu. Rarement des décors auront été aussi vivant que dans ce Chant, rarement les société auront été si vivantes, jusque dans ces clans barbares si justes et pourtant juste effleurés. En refermant Servitude on sait qu’il y a un continent inexploré, à peine effleuré où l’on aimerait tellement retourner. C’est peut-être là l’aspect le plus machiavélique de leur plan: nous faire regretter, car nous savons que contrairement à l’autre immense saga de ces dernières décennies, Universal War 1, il n’y aura pas de retour sur cette terre.

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Jujitsufragettes – les amazones de Londres

Le Docu du Week-End

BD Clément Xavier, Lisa Lugrin et Albertine Ralenti
Delcourt (2020), 128p. + cahier documentaire., one-shot. Collection Coup de tête.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

La couverture comporte un vernis sélectif sur la première et quatrième et mise en avant de la préfacière Elsa Dorlin, médaille de bronze du CNRS. Le cahier final est un peu court (7 pages) et constitué essentiellement d’une double page documentaire prolongeant le combat des suffragettes après 1914, d’une biographie d’Edith Garrud et quatre pages dédiées aux littes féministes actuelles faisant la parallèle entre violences policières alors et maintenant.

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En 1910 le mouvement des suffragettes s’affronte au rigide premier ministre britannique protecteur d’une société bourgeoise patriarcale qui n’envisage pas de bousculer ses habitudes en accordant le droit de vote aux femmes, fut-ce au prix d’une trahison de ses engagements. Victimes d’une répression policière féroce que le monde découvre dans les journaux, les féministes du WSPU font appel à une professeur de Jujitsu afin de leur apprendre à se protéger de leurs maris comme des policiers…

Jujitsuffragettes : le combat des femmes britanniques pour le droit de voteCe second album de la nouvelle collection sport et histoire de Delcourt est très différent du récent Croke park. Si ce dernier associait un vétéran du dessin venu des séries grand-public (Guérineau) avec un historien novice en scénario séquentiel pour un album très beau mais plus photographique que ludique, c’est l’inverse ici avec deux auteurs qui en sont à leur cinquième BD publiée et ont un parcours dans l’édition alternative et le fanzinat. Jujitsufragettes est ainsi un vrai album de BD, plein d’humour et construit sur une narration suivant Edith Garrud, la prof de Jujitsu qui embarqué dans le train de la lutte des femmes anglaises pour le droit de vote (on remarquera, sûrement un hasard, que les deux premiers albums de la collection nous rappellent les pratiques pas très démocratiques de nos cousins d’outre-Manche, que ce soit sur la terre d’Irlande ou auprès de l’autre moitié de leur population…). Malgré un sujet sérieux et des évènements résolument dramatiques, les auteurs font le choix du grand-public, l’album pouvant être lu par toute la famille. Le trait est simple mais plutôt précis techniquement et détaillé, les couleurs franches et agréables et outre l’insertion dans la BD de photos et dessins de presse d’époque Lisa Lugrin propose par moment de belles visions graphiques.

PressReader - Causette: 2020-08-26 -Sous couvert d’une relative simplicité donc, l’album propose des réflexions complexes sur les stratégies de lutte civiques en échos à tous les combats d’avant ou d’après. On nous explique très rapidement la situation tout à fait discriminatoire des femmes (qui ont le droit d’apprendre le Jujitsu, art martial asiatique, donc inférieur mais aucunement la boxe anglaise, art noble réservé aux hommes…) et la violence assumée du patriarcat politique assis sur une société bourgeoise corsetée dans des valeurs conservatrices où chacun doit rester à sa place, hommes, femmes, pauvres,… La séquence du procès montre par exemple un jury exclusivement masculin devant se prononcer sur la culpabilité d’une femme, qui nous rappelle les situations bien connues de la lutte pour les droits des noirs narrée dans le formidable Wake up America. Sans que la référence au socialisme ne soit mise en avant, on comprend vite la nécessité de convergence des luttes des suffragettes avec les autres combats pour contester les carcans de l’Angleterre victorienne. La vendetta de Jay n’est pas loin et les hommes ne reculeront devant rien pour supprimer cette exigence: matraquage, alimentation forcée des prisonnières en grève de la faim, etc.

Face à cette violence l’apport d’Edith Garrud a été de montrer l’autodéfense (loin des idées de non-violence souvent appliquées ensuite dans les combats historiques donc) à ces femmes habituées à être soumises. Il est symboliquement amusant de constater que les suffragettes se sont retrouvées à appliquer un art-martial retournant la force de l’adversaire contre lui-même face à des policiers pratiquant la force brute de la boxe. Comme une transposition physique des combats politiques. L’on apprend plein de choses dans cet album,  comme ce film montrant à l’écran l’autodéfense d’une femme victime de violences matrimoniales et qui a semble t’il été déterminant pour l’avancée de cette cause auprès du grand-public (de ce qui était tout de même une démocratie, limitée mais réelle). Il fallut cependant attendre la fin de la première guerre mondiale pour voir tomber assez vite cette résistance politique, en nous rappelant que la France dut attendre vingt-cinq ans de plus pour voir appliquer le même droit aux femmes.Jujitsuffragettes : le combat des femmes britanniques pour le droit de vote

Doté d’une galerie de personnages très intéressante, d’une couverture du sujet à la fois pédagogique et radicale sans être militant, Jujitsufragettes montre combien la BD peut admirablement avancer des sujets méconnus de façon ludique et percutante. Si la partie graphique n’est pas inoubliable mais très efficace, l’album indique la volonté d’une collection grand-public, ce qui n’est pas un mal pour mettre en avant de la BD politique et sociale.

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Les 5 terres #1 & #2

La BD!
BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2020), 56p., série en cours, 5 volumes parus
Cycle 1 prévu en 6 volumes.

L’équipage est armé pour une saga partie pour durer avec des cycles de six volumes (le premier portant sur Angléon, la terre des félins) aux sorties rapprochées puisque quatre tomes sont déjà sortis et que le premier cycle devrait se conclure à l’été prochain. Méthode américaine donc avec une séparation dessin/encrage/couleur/design, très efficace quand cela fonctionne et c’est le cas ici puisque contrairement à nos amis d’outre-atlantique cette organisation industrielle ne sacrifie en rien les détails et à la lecture on a le même plaisir graphique que sur n’importe quel bon album dessiné en solo. Le boulot est donc considérable et poussé très certainement par la conviction que le projet est bon et marchera… Le premier volume comprend un cahier graphique de six pages et le second une double page d’un récit revenant sur la fameuse bataille de Drakhenor. Outre une carte en intérieur de couverture le concept des couvertures est toujours le même, avec deux personnages centraux de l’album. Je ne vous détaille pas plus que cela mais l’idée, si elle est alléchante me semble assez dangereuse pour la tenue du mystère…

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mediathequeDepuis qu’il a posé sa marque lors de la légendaire bataille de Drakhenor, le roi Cyrus souverain d’Angleon fait régner la loi sur les mers et attire un respect craintif des quatre autres territoires. Mais son règne s’achève et l’héritier au trône affiche déjà ses ambitions guerrières. Or la Cour est un lieu complexe où les ambitions fomentent complots et trahisons avant que le roi n’ait rendu son dernier souffle…

Les 5 terres #1, la critique | une Case en plusLes cinq Terres est typique des séries à côté desquelles je passe en raison du battage médiatique fait à sa sortie. Le sentiment d’une lecture obligatoire a le don de me hérisser et le schéma transposant Game of Thrones chez les félins ne m’était alors pas paru particulièrement original… Et bien me voilà obligé de reconnaître ma terrible erreur tant ce démarrage m’a happé presque autant que la dite série HBO! Question originalité on a vu mieux en effet, mais certains ont dit cela de Servitude, qui est pour moi la meilleurs saga en BD depuis dix ans (et qui vient de s’achever) qui a su apporter son lot de création à un canevas que certains remontent aux Rois maudits de Druon.

Autre révision de mon jugement, le fait de proposer des personnages d’animaux anthropomorphes n’est aucunement une aliénation disneyenne mais bien une façon de faciliter la compréhension des caractères des personnages, sur le modèle qui a terriblement fonctionné chez Blacksad. Dans un monde complexe aux personnalités creusées, une BD ne peut décrire assez finement les tourments et personnalité des protagonistes et c’est là que le dessin prend brillamment le relais en jouant sur les expression que le monde de l’Animation nous a habitué à apprécier et en proposant différents animaux dont la seule apparence suffit à indiquer le tempérament. Le travail sur les costumes, coiffures et pelages est magnifique même s’il faut au début s’habituer à voir des tigres permanentés… La colorisation est vraiment superbe et subtile alors que le travail sur les regards, surprenant puisque là-encore repris aux regards particuliers de chaque espèces, est très efficace pour nous faire passer émotions et menaces!

Les 5 terres #1, la critique | une Case en plusSur le plan de l’intrigue, on est pris de la première à la dernière page par une atmosphère totalement fidèle à GOT avec ses ministres, nobles et assassins se croisant dans les couloirs d’un palais magnifique qui n’a que l’apparence de la bienséance. La galerie de personnages est importante, les interactions politiques et familiales complexes, aussi le format adopté ne paraît pas du tout disproportionné pour développer une intrigue sérieuse. Comme dans le modèle, les coups de théâtre sont légion, risquant de perdre leur force puisque prévus pour être systématiques à chaque album… a moins que les scénaristes, machiavéliques, manipulent le lecteur en le poussant vers des certitudes pour mieux le tromper! Diantre, que cela donne envie!

Pour ce démarrage je suis absolument conquis, si bien qu’ayant commencé la série en médiathèque je vais de ce pas acquérir les volumes parus! Le risque est réel de se contenter d’un copier-coller de Game of Thrones. Aussi réussie soit-elle, l’adaptation exige de la nouveauté pour tenir sur la durée. C’est la principale interrogation que je poserais, sans bouder son plaisir, un plaisir BD immédiat et plein.

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No body (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale de la première saison je vous propose de relire ma chronique:

BD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Les couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpgL’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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Orbital, cycle 2 (intégrale)

A l’occasion de la sortie de la seconde intégrale de la série, je re-publie ma critique récente de ces quatre volumes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

Couverture de Orbital -INT02- Deuxième époque

J’avais découvert le premier « cycle » de cette série réputée, à moitié convaincu mais intrigué par le phénoménal design installé par Pellé et par la richesse d’un univers qui ne demande qu’à être exploré. Je confirme mon impression des quatre premiers albums concernant la structure de la série: il n’y a absolument ni cycles ni missions, mais bien une continuité de l’intrigue du premier au huitième tome. Très étrange que cette présentation en diptyques qui ne correspond pas au récit…

Caleb est aux portes de la mort après l’attaque du Varosash et laisse Mézoké seule face à une tentative de déstabilisation de la Confédération toute entière. Alors que les factions opposées cherchent à utiliser la situation de crise  et que le pouvoir saute de camp en camp à chaque incident, les deux agents diplomatiques vont se retrouver en fuite pour sauvegarder l’ordre établi… pour peu qu’il doive être sauvé…

L’intrigue évolue assez vite dans cet arc, avec l’arrivée de la plutôt réussie sœur de Caleb dont nous n’avions plus entendu parler depuis le premier tome. Sa personnalité explosive et son opposition de mentalité avec son frère sont intelligemment amenés et participent au développement de la relation avec Mézoké en faisant réaliser aux deux agents diplomatiques qu’ils ont finalement beaucoup en commun. A noter que ce sont résolument les femmes qui mènent la danse et tissent notre intérêt dans cette série, en laissant les mâles dans des rôles assez ingrats! De nouveaux personnages majeurs arrivent également et nous permettent de mieux comprendre le rôle d’Angus le Nevronome que l’on voit beaucoup depuis le début sans savoir comment ni pourquoi. Comme pressenti, cette série monte en puissance lentement mais surement, chaque tome gagnant en intérêt, en qualité, en complexité. C’est vraiment étrange et je ne crois pas avoir déjà ressenti cela sur une autre série. Passer ainsi de l’assez banal à l’une des meilleures séries SF en quelques tomes n’est pas commun.

Clipboard02.jpgCela est d’abord dû à la noirceur assumée d’une série dont les dessins des personnages tranchent avec l’intrigue politique complexe (Runberg nous y a habitués). L’aspect politique très poussé est l’autre atout avec une galaxie tombant dans la guerre civile dans une progression particulièrement réaliste pour une série SF et qui pourrait sans soucis ranger Orbital dans la catégorie Thrillers politiques. On décortique de multiples facteurs, de l’attentat ayant coûté la vie aux parents de Caleb et sa sœur aux tensions sécessionnistes, xénophobes, aux débats de conception politique au sein d’Orbital entre différents courants qui veulent mettre leur chef sur le siège de dirigeant… Tout cela est mené très finement, sans manichéisme (ou presque), les méchants ayant tous des motivations crédibles avec pour point de convergence la peur. Car mine de rien cette série aborde des problèmes actuels et universels qui mènent aux conflits, qu’ils soient locaux ou galactiques avec le plus souvent comme moteur la peur de l’autre, de l’étranger, de la perte, de l’inconnu. Ainsi le rôle des Nevronomes (dont l’action est centrale sur ces quatre tomes) est très intéressant de par la gestion du mystère laissé par Runberg. On ne sait à peu près rien de ces vaisseaux pensants qui Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"semblent terrifier la confédération et dont on peine à comprendre la nature et les motivations. Cela nous titille dans l’envie d’en savoir plus et les auteurs vont distiller de tout petits cailloux jusqu’à la conclusion marquante du tome huit qui ouvre de nouvelles portes et monte d’un cran dans l’ambition de la série. Même chose, plus subtilement, avec les Sandjar, la race que représente Mézoké et qui est physiquement androgyne, perturbant les humains qui ne savent pas s’ils ont affaire à un mâle ou une femelle… ce qui permet de pointer sans en avoir l’air la question du déterminisme sexuel et du schéma hétérosexuel de nos sociétés (Florent Maudoux avait abordé cette question dans son étonnant et superbe Vestigiales)

Même si Pellé est toujours aussi imaginatif dans sa description des aliens et des lieux (la superbe cité du crime!) et tend à faire évoluer ses personnages humains vers des traits légèrement plus réalistes, ces derniers restent le point noir de la série. C’est vraiment dommage car cela empêche le lien d’empathie avec le lecteur (en contre-exemple du superbe travail d’expression de Corentin Rouge sur Rio et de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier). Les personnages humains sont finalement peu nombreux mais demeure le putatif héros, Caleb, qui malgré ses pouvoirs temporaires ne parvient pas à endosser le statut de personnage central.Clipboard01.jpg

Orbital est ne singulière série que je ne classerais pas dans les blockbusters mais qui par ses défauts et son évolution que l’on ressent instinctive attire une grande sympathie par la générosité de ses auteurs qui semblent passionnés par leur univers sans être certain qu’un plan d’ensemble existe. Une BD qui semble progresser volume par volume avec talent et qui gomme progressivement ses quelques problèmes en nous emmenant sur des concepts SF très intéressants, vers l’infini, et au-delà…

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