***·BD·Documentaire

Édouard Manet et Berthe Morisot – une passion impressionniste

Le Docu du Week-End

 

BD de Michael le Galli et Marie Jaffredo
Glénat (2017), 56 p., one-shot.

couv_311648Comme sur son précédent album, Marie Jaffrédo propose une superbe couverture rehaussée d’un vernis sélectif sur les coquelicots et sur la quatrième, ainsi qu’un très joli design de titre. L’ouvrage comporte un cahier final de huit pages détaillant la vie de Manet, le Déjeuner sur l’herbe et son rôle avant-gardiste vis a vis du mouvement impressionniste à naître. Très riche cahier qui prolonge et explique l’album. Édition riche, du bon boulot.

Rochefort, 1884: Berth Morisot écrit à sa sœur et revient sur les quelques années passées en compagnie d’Edouard Manet, entre amour platonique, passion picturale et contrainte sociale. A travers cet épistolaire elle nous fait revivre des années marquantes pour l’histoire de la peinture.

Résultat de recherche d'images pour "edouard manet et berthe jaffredo"Pour qui ne connaît pas particulièrement la peinture le nom de Berthe Morisot ne dira rien. Il s’agit pourtant d’une des précurseur de l’impressionnisme (que l’on date du tableau de Monet Impression soleil levant en 1874) et comme pour beaucoup de femmes artistes l’histoire l’a gardée dans l’ombre quand les spécialistes la considèrent comme une artiste majeure. Cela ressort dans le scénario de cet étrange album, à la fois récit intime, histoire de la peinture, biographie, où le poids de la société, des conventions familiales se confrontent à l’envie de liberté et de casser les codes chez cette jeune bourgeoisie éclairée qui fréquente Zola, Beaudelaire, Fantin-Latour ou Jules Ferry. Comme le montrent les romans de l’époque les moyens confortables, l’influence des parents et l’absence de besoin de travailler permettent à ces jeunes personnes de se réunir souvent pour débattre, de prendre des cours de peintures et d’expérimenter. Et l’on comprend que sans cette bourgeoisie dotée de temps et de moyens la peinture moderne n’aurait sans doute jamais vue le jour. On parcourt ainsi au fil des séquences ouvertes par les lettres de Berthe à sa sœur (également peintre avant de se marier) les soirées mondaines, les ateliers de peinture et la campagne parisienne. Soucieux de pédagogie, Michael le Galli cite des noms connus et des évènements (l’affaire Dreyfus,…) afin d’aider le lecteur à saisir l’esprit du temps. Car la chronologie importe peu et l’objet de l’album est plus celui d’une atmosphère, superbement évoquée par les dessins tout en douceurs de la dessinatrice qui compensent une technique un peu figée par des textures et colorisation très agréables. Des journées qui passent sans soucis de vitesse en allers-retours entre les propriétés des notables.

Résultat de recherche d'images pour "edouard manet et berthe jaffredo"La relation entre les deux peintres est essentiellement artistique même si leur proximité intellectuelle va les pousser l’un vers l’autre. Berthe est amoureuse, d’abord de l’art, ensuite de l’homme qui, marié, se jouera d’elle. Il n’y a pas de méchant dans cette histoire où l’on devine la personnalité compliquée et incorruptible de celui qui fréquenta les futurs impressionnistes, les influencera en rompant comme Berthe avec les codes de la peinture académique (et s’attirera les foudres de la critique), mais refusera d’exposer avec les impressionnistes, comme prisonnier de son époque, sentant peut-être que cela appartiendra à un autre temps. La couverture reflète cet album fait d’élégance, de politesse bourgeoise et d’une vie artistique heurtée par une réception publique qui ne vint jamais. On nous présente une Berthe Morisot dans l’ombre du maître et c’est un peu dommage car si l’on apprend beaucoup de choses sur l’époque artistique (et les sœurs Morisot, toutes deux peintres exposant) le personnage, sans doute plus intéressant qu’un Manet déjà Résultat de recherche d'images pour "edouard manet et berthe jaffredo"largement étudié par ailleurs, aurait mérité plus d’attention du scénariste. L’on profite du reste de plein de petites scènes illustrant la petite histoire dans la grande, démystifiant ces grands noms en les faisant douter, essayer, renoncer (Berthe a finalement détruit une grande partie de ses premières œuvres). Et si les deux artistes se sont sans doute inter-influencés, l’album tourne beaucoup autour de Manet.

Je suis rarement friand de la BD biographique, de l’histoire de l’art ou reprenant les romans classiques. J’ai pourtant eu grand plaisir à plonger das une époque et une relation peu connue et à découvrir une dessinatrice efficace dans ce style « Glénat ». Album bien conçu et élégant de la couverture à la dernière page, il se déguste lentement et donne envie d’aller se renseigner sur les artistes et cette époque charnière qui a vu naître le monde artistique moderne.

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***·BD·Mercredi BD

La vallée des immortels

BD du mercredi
BD de Yves Sente, Teun Berserik et Peter van Dongen
Edition Blake et Mortimer (2018), 56 p. diptyque en cours.

couv_348626Le nouveau Blake & Mortimer sorti en fin d’année dernière est la suite directe et immédiate du mythique Secret de l’Espadon. Il s’agit du huitième album de la série scénarisé par Sente et le treizième album depuis la reprise post-Jacobs en égalant le nombre d’albums publiés par l’auteur original. La maquette ne change bien entendu pas d’un iota. A noter que la série a la particularité de proposer (pour la plupart) en intérieur de couverture une reproduction d’une image à l’exception d’un élément différent. Ici il s’agit d’un  pousse-pousse.

L’attaque des Espadons sur Lhasa, capitale de l’Empire jaune mets fin à la troisième guerre mondiale. Pendant qu’Olrik parvient à s’échapper sur un prototype d’Aile rouge, de l’autre côté du continent le pouvoir nationaliste chinois exfiltre les trésors archéologiques nationaux sur l’île de Taïwan, devant l’avancée des communistes. Parmi ceux-ci un manuscrit remontant au premier empereur qui est la cible de différentes factions. De voyage à Hong-Kong Philip Mortimer  va se retrouver au cœur de cette lutte chinoise…

Résultat de recherche d'images pour "la vallée des immortels blake et mortimer"Le précédent album de la série m’avais laissé sur ma faim en raison d’une intrigue qui sortait des canons fantastique/science-fiction/espionnage pour nous proposer une enquête historico-littéraire assez peu intéressante. Sente est désormais le scénariste attitré de la série. Il est efface mais peine à monter l’intensité dramatique. Avec de très bons échos et une couverture qui laissait envisager une aventure orientale exotique et rattachée aux grandes heures de Blake & Mortimer j’avais assez envie de me replonger dans les aventures du barbu le plus célèbre de la BD franco-belge. Le cahier des charges d’un B&M est tellement étoffé que (un peu comme pour les blockbusters hollywoodiens) il est souvent difficile de surprendre. Disons que ces albums se savourent souvent comme un bon thé. Avec habitude mais sans passion…

L’album commence plutôt bien puisqu’il prends la suite directe de l’attaque des Espadons sur Lhassa, sonnant la fin de la troisième guerre mondiale. On nous parle d’Olrik, de Nassir, de l’Aile rouge et l’histoire enchaîne avec une affaire de relique archéologique chinoise mise en danger par la fuite des nationalistes chinois vers Taïwan. Très tôt donc le scénariste, féru d’histoire, insère son récit dans une chronologie historique qui nous décale de l’uchronie originelle de B&M (où les événements ne sont jamais datés et où l’on ne nous a jamais expliqué où se situait la guerre « jaune » par rapport à la seconde guerre mondiale). C’est risqué car cela centre l’intérêt sur une cohérence ethno-historique qui n’est pas nécessairement ce qu’attendent les lecteurs.Résultat de recherche d'images pour "la vallée des immortels blake et mortimer" Sur ce plan l’album est très réussi et intéressant en nous décrivant (toujours avec une certaine distance qui évite d’avoir à juger) une société coloniale britannique où Hong-Kong  – centre géographique de l’album – est un des fleurons de l’empire anglais, avec une vie grouillante entre jonques et marchés chinois quand les élites occidentales occupent les clubs des grands hotels. J’attendais une histoire de sociétés secrètes vaguement fantastique (au vu du titre), ce que n’est pas La vallée des immortels. Je souligne d’ailleurs un problème de titre puisque si on imagine que le prochain volume abordera cette question, on est ici très loin de de cette thématique. On pourra objecter que le Secret de l’Espadon attend le troisième volume pour révéler le titre, mais bon… Cette histoire nous promène donc le bon vieux professeur Mortimer sur l’île chinoise alors que des espions d’un seigneur de la guerre conspirent dans son ombre. L’enjeu est un peu faible et peine à nous passionner, et l’on se dit qu’il faudra certainement attendre la conclusion de l’histoire pour apprécier l’ensemble.

Sur le plan de la continuité avec l’Espadon, si l’on a bien quelques scènes d’action aériennes et courses-poursuites très réussies, on reste également sur notre faim. J’attendais notamment plus d’interactions avec le triptyque (bien que quelques personnages reviennent), qui n’est finalement que le prologue de cette histoire relativement déconnectée de l’intrigue originale.

Résultat de recherche d'images pour "la vallée des immortels blake et mortimer"Graphiquement les deux dessinateurs s’en sortent très bien en proposant peut-être les planches qui se rapprochent le plus du trait original de Jacobs. Les décors et arrière-plans sont notamment particulièrement fouillés et agréables pour tout amateur de ligne claire.

On ressort donc de cette lecture avec un sentiment assez classique chez B&M comme toute série au long court formatée: une lecture agréable qui ne surprend guère et qui selon les centres d’intérêt du lecteur – on a beaucoup de thèmes dans cette série – pourra enthousiasmer ou juste passer le temps. La série s’est fait une habitude de faire traîner en longueur sur le début des histoires, aussi j’attendrais de lire le dernier tome de cette intrigue pour me prononcer. Je pense néanmoins qu’en perdant la virtuosité de Juillard sur le dessin on réalise que la variété des scénaristes sur les débuts du relaunch était profitable et que Sente commence à s’installer dans une routine où le rythme de publication oublie parfois le besoin d’une bonne histoire.

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***·****·East & West·Manga·Rapidos

Sushi & Baggles #15

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  • Dragonball Super #7 (Toriyama/Toyotaro/Glénat) – 2019

couv_363975Le tournoi en mode Battle Royal pour la survie des univers commence, dans une arène adaptée et avec un respect des règles très stricte: tous les combattants s’engagent en même temps, il est interdit de tuer l’adversaire et toute sortie du ring vaut élimination. La présence de Freezer va quelque peu fausser cette bataille… Ce tome est entièrement dédié au tournoi. Du coup, comme souvent sur DB l’alternance humour/baston tourne ici totalement vers le combat avec quelques rebondissements classiques dus aux coups tordus de Freezer ou des pouvoirs particuliers de certains combattants. Les auteurs se lâchent un peu en mode « invente-moi un combattant » et l’on retrouve un peu l’imagination délirante des premiers Drabonball avec ses dinosaures et autres démons invoqués… A mesure que les combattants sont éliminés on devine un affrontement Goku/Vegena/Jiren/Hit mais Toriyama joue maintenant depuis quelques temps avec son lecteur sur la rivalité Goku/Vegeta et on risque d’avoir des surprises. Pas le plus original des albums de la série mais si vous aimez les combats dans DB c’est suffisamment dynamique pour ne jamais vous lasser.

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  • Innocent rouge #1 (Sakamoto/Glénat) – 2017

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J’ai enfin lu le premier volume de la suite, « Rouge« , du manga Innocent paru en 9 volumes et critiqués sur le blog. Si la césure en deux séries distinctes me laisse un peu dubitatif (la petite sœur terrible, Marie-Joseph, est déjà adulte et possédant un office de bourreau à la fin de la série mère), on commence ici sur exactement les mêmes bases avec une exécution « clinique », des dessins somptueux (réalisés en numérique, pour ceux qui s’interrogent…), un Charles qui semble rentré dans le rang après ses velléités de changer l’ordre établi et une Marie-Joseph décidée à utiliser tous les expédiant en sa possession pour venger la mort de son amant. Ce premier volume s’attarde sur l’exécution du responsable de l’incendie criminel où ont péri les enfants d’Alain et sur une pauvrette, mise enceinte à douze ans et condamnée à mort après un accouchement assez barbare. Ça commence doucement, avec toujours un grand soin à la précision historique. On en redemande curieux de voir comment les idées abolitionnistes des frangins Sanson vont opérer à l’aube de la Révolution…

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  • Bolchoi Arena #1 (Boulet/Aseyn/Delcourt) – 2018

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Très bonne surprise que cet album à la maquette et identité graphique surprenante. Que ce soit le dessin d’Aseyn qui emprunte totalement aux manga un peu rétro et mal imprimés ou aux vieilles BD vintage on sent dans la démarche du projet l’intention de s’éloigner des canons commerciaux faits de belles couvertures aux couleurs éclatantes. On a donc un vrai manga, que ce soit par son thème (de jeunes gens découvrent un monde virtuel qui prends le dessus sur leur vie réelle) ou par le dessin et design. Sur ce plan, si les personnages sont un peu rapidement dessinés, les plans larges spatiaux et vaisseaux sont remarquables par leur technicité et gigantisme. Du coup la lecture de ce premier volume est très agréable et nous introduit dans l’univers des jeux vidéo avec son langage particulier à base de Level et de respawn… Sur le pitch on est très proche du Ready player One de Spielberg, avec des airs narratifs des Jours qui disparaissent. On suit donc une étudiants du futur qui découvre ce monde virtuel et à tendance à s’y perdre, le récit passant abruptement de séquences virtuelles au réel de façon à montrer la perte de sens de l’héroïne qui s’éclate avec les possibilités fabuleuses de cet univers où elle semble exceller en tout. Une BD qui donne du peps et qui peut devenir un vrai blockbuster pour peu que le graphisme s’affine un peu.

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Xerxès: la chute de l’empire de Darius et l’ascension d’Alexandre

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Comic de Frank Miller

Futuropolis (2019) – Dark horse (2018), 93 p. one shot. Format à l’italienne.

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Cet album est un événement. Un peu comme l’Histoire de Siloë dont le dernier volume est sorti récemment après seize ans d’attente, le nouvel album du dessinateur Frank Miller, auteur qui a révolutionné la narration et le dessin de la BD américaine avec sa radicalité sur Hard Boiled (dessiné par Geoff Darrow, le designer de la saga Matrix), avec son ombre et lumière sur Sin City, avec son design sur 300Xerxès est totalement lié à 300 sans aucunement en être une suite. Pour comprendre cet album il convient de faire un petit regard dans le rétro.

Miller naît artistiquement en 1985 avec la publication du Dark Knight return, en pleine époque Reagan, qui redéfinit totalement le Chevalier noir (autant que le fera bien plus tard Sean Murphy en… 2018). Toutes ses publications ont été marquantes mais celle-ci définit un comic mature qui se destine à un publique réellement adulte. N’ayant personnellement jamais vraiment apprécié cet album, trop daté, Frank Miller reste pour moi l’auteur  (en 1991) de l’incroyable Sin City où, s’inspirant des dessinateurs sud-américains et du roman noir, il crée une œuvre unique par son approche graphique. Car Miller n’est pas un bon dessinateur et scénaristiquement un réactionnaire assumé… C’est donc dans la forme, le design, l’atmosphère que se trouvent la force de ses albums. Tirant parti de ses lacunes techniques il pousse le contraste et la recomposition des cases à l’extrême, ce qui donnera envie au très graphique réalisateur Zach Snyder (aucun lien avec le scénariste Scott Snyder) d’adapter au cinéma 300, album singulier notamment par son format à l’italienne qui permet une horizontalité étonnante en comics. L’histoire narre la bataille des Thermopyles où 300 spartiates tinrent tête aux légions de l’envahisseur perse Xerxès.Résultat de recherche d'images pour "xerxès miller"

Là commence une nouvelle histoire liée au cinéma. L’adaptation de 300 suite d’un an celle de Sin cityMiller a fait ses premiers pas derrière la caméra comme co-réalisateur de Robert Rodriguez. Le succès des deux films donne des envies à la fois aux producteurs et à l’auteur qui, malade et fatigué de dessiner comme beaucoup d’artistes de BD, tente un solo catastrophique sur une adaptation du Spirit de Will Eisner. Une suite à 300 est annoncée chez Dark Horse, devant lancer un film. Mais Miller ne dessine plus… Finalement le film 300: naissance d’un empire sort six ans après le film de Snyder et reprends la partie la plus intéressante de la BD (les quelques planches alors dessinées) abordant la jeunesse de Xerxès derrière son roi de père, le grand Darius. L’histoire devait alors porter sur les batailles de Marathon et Salamine mais le scénario de Miller a totalement glissé pour aborder l’ensemble des guerres Médiques jusqu’à la conquête d’Alexandre.Résultat de recherche d'images pour "xerxès miller"

Non que cette option ne soit intéressante. Mais, d’abord, le titre est bien celui du roi grandiloquent, vaguement drag-queen que Miller avait inventé en 1998. Le personnage, comme tout bon méchant, intéressait. Il n’occupe finalement que quelques pages avant que le lecteur ne voit des coupures chronologiques assez incompréhensibles: on passe de 490 avant JC à l’assassinat de Xerxès en 465 (séquence assez cryptique bien que graphiquement superbe, à base de drippings et de noirs puissants), puis l’on revient à -479 avant de sauter directement à Darius 3 en -336 et les conquêtes d’Alexandre. Guère de continuité entre tout cela (sur un album relativement bref). Sans doute Miller n’est que trop peu historien pour construire une histoire cohérente. Son propos est graphique et sur ce plan c’est très beau, original, spacieux. Mais Xerxès ne devait pas être un art-book, n’en est pas un…Résultat de recherche d'images pour "xerxès miller"Matériellement superbe, cet ouvrage doté de 14 pages bonus fait la part belle aux pleines pages et propose sur une bonne partie des visions aussi puissantes que celles des albums précédents de Miller. Mais l’histoire chaotique de son accouchement a produit une dilution du scénario qui de matrice à blockbuster a glissé vers un enchevêtrement de plusieurs projets pas nécessairement mis en cohérence. Pour ceux qui chercheront une vision de l’antiquité il faudra repasser. Pour ceux qui attendaient une suite à 300 également. Les fans de Frank Miller eux seront comblés mais pas forcément rassurés sur la capacité de leur idole à réaliser de nouvelles BD de lui même dans les années qui viennent.

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***·BD·Guide de lecture·Nouveau !·Service Presse

Midnight Tales #3

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 3 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Après la chronique des tomes 1 et 2 de ces histoires de l’Ordre de Minuit, voici un tome 3 spécial japon et qui semble préparer de futurs autres tomes thématiques (sur l’Inde?). La couverture est signée Bablet et présente le Kaiju d’Hiroshima. Comme d’habitude, l’intérieur sera composé de cinq courtes BD d’auteurs différents, une nouvelle et des articles de background toujours intéressants, que ce soit sur les thématiques abordées (la place des femmes au Japon, les Kaiju, l’Île fantôme) ou l’univers occulte de l’Ordre de minuit.

Mokusatsu (Pagani/Bablet): le volume s’ouvre sur une origin story avec le combat d’une équipe de Midnight girls contre le Kaiju libéré par les occultistes américaines à Hiroshima. C’est bien mené graphiquement bien qu’un peu facile (l’origine cachée des grandes catastrophes on commence à connaître…). Surtout cela va lancer toutes les autres histoires de ce volume trois qui en découleront. Les dessins de Baptiste Pagani rappellent ceux de Singelin et sont assez sympa bien que les décors atomiques d’Hiroshima laissent peu de place à la virtuosité.

20190524_225919_resized.jpgParasites (Rouzière/Bordier): nouvelle équipe, menée par la fille de l’héroïne d’Hiroshima (Kyoko), qui va combattre des Yokaï (esprits) parasites, alors que sa mère a sombré dans l’alcoolisme et rejette toute sa frustration sur la pauvre jeune fille. Pas franchement convaincu par les dessins alors que le dessinateur Thomas Rouzière présente des illustrations vraiment superbes sur son blog

Bâton de cendre (Maudoux): le comparse Maudoux propose l’histoire la plus forte à la fois graphiquement (peut-être une de ses histoires visuellement la plus réussie?) et scénaristiquement. La construction complexe est très bien menée, lisible et touchante avec ces jeunes japonaises prises entre tradition et modernité… auxquelles s’ajoute le devoir de protection qu’impose l’Ordre. Cette section symbolise totalement le projet Midnight Tales (et plus globalement celui du Label 619) d’allier pop culture et analyse des faits de société. La sensibilité de Maudoux (allez voir Vestigiales, ça vaut le coup!) sur l’altérite est toujours aussi intéressante.

20190524_230117_resized.jpg Les sœurs de Selene (Neb studio/Bablet): très jolie séquence dans un pure style Anime dessinée par les auteurs de La Valise, avec de superbes couleurs, de l’action, du bizarre, bref, du tout bon. Surtout elle ouvre beaucoup l’univers avec l’apparition de cette confrérie inconnue jusqu’ici, qui a opté pour la collaboration avec les esprits dans une sorte de refuge, et qui sont attaquées par leurs ennemies, les Magical Girls… menées par Kyoko, en suivant donc toujours cette filiation de la séquence originelle.

– Epilogue (Bablet): qui conclue cette histoire familiale de Kyoko rendant visite à la tombe de sa mère. Anecdotique mais ces quelques pages permettent de conclure joliment cet album.

 

Au final ce troisième volume des Midnight tales est assez différent des autres par son homogénéité. J’aimais bien l’idée de volumes thématiques mais (peut-être par manque de temps pour la développer) l’histoire de cette Magical Girl est finalement moins accrocheuse que les histoires de chaque séquences racontées jusqu’ici. Mathieu Bablet continue néanmoins avec ses comparses (en nous permettant de très belles découvertes!) à développer une mythologie assez riche et qui mériterait d’ici quelques temps des albums entiers. A savoir que la trame principale de la série est écrite sur plusieurs volumes et devrait se recentrer sur certains personnages maintenant que le background est installé.

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*****·BD·Mercredi BD·Rétro

Reconquêtes

La trouvaille+joaquim
BD Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes
Le Lombard (2011-2016), intégrale, 232 p.
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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard,2019

Je profite de la sortie du nouvel album du duo, la suite du film La chasse du comte Zaroff, pour chroniquer l’intégrale de la série Reconquêtes, que je n’avais pas vu passer lors de la sortie de ses quatre tomes et dont l’atmosphère et le dessin m’ont littéralement envoûté en librairie! La très belle édition du Lombard sépare les tomes avec d’immenses doubles-pages reprenant les illustrations originales des volumes, un régal. Elle inclut un cahier graphique de recherches préparatoires de huit pages, très intéressant car il permet de voir l’évolution des premiers jets des personnages, beaucoup plus typés sémites avant leur évolution vers un type européen (j’y reviens). Enfin, une bibliographie des deux auteurs clôt l’ouvrage. Du très beau travail qui vaut un Calvin.

Dans une Antiquité reconstruite, l’avancée des puissants Hittites en Asie Mineure pousse la Horde des vivants à se reformer: cette alliance de trois peuples nomades, redoutables guerriers, va entamer une reconquête de leurs territoires, entre trahisons, suspicions et courage guerrier. Leur chronique sera suivie par une scribe, la très belle envoyée du roi de Babylone Hammurabi…

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Reconquête est un étrange objet, un scénario composite mis en image par l’impressionnant François Miville-Deschênes, que je ne connaissais pas et qui compte indubitablement parmi les plus grands dessinateurs en activité. Ce qui saute aux yeux dès les premières planches c’est la technique parfaite du dessinateur québécois. Que ce soient les animaux, les hommes ou les femmes, tout est précis, détaillé, différencié. Alors qu’un certain nombre de dessinateurs réutilisent le même visage avec de simples changements de coiffures et de costume pour leurs personnages (Bilal par exemple), ce qui peut être gênant pour la compréhension, ici l’hyper-réalisme est extrêmement agréable et donne véritablement l’impression de lire un péplum sur grand écran. Le travail documentaire très conséquent sur les costumes, les décors, mobilier et l’imagination pour rendre cette Antiquité semi-historique crédible sont vraiment remarquables et montrent une passion de tous les instants mise dans ce travail.  Il a toujours été compliqué de représenter l’Antiquité sans tomber dans le kitsch. Le style de Miville-Deschênes accentuait ce risque, en se souvenant des grands dessinateurs réalistes tels Chéret (Rahan) qui ont produit nombre de BD historiques un peu désuettes depuis les années soixante. Or, que ce soit par la colorisation très élégante ou l’esthétique générale, tout est de bon goût, crédible, travaillé. Certains albums font ressentir le travail préparatoire, le développement de l’univers et des personnages. C’est le cas ici, un peu comme dans la grande série Servitude, où les combats ne sont qu’un moment (grandiose!) dans la description ethno-historique de peuples qui combattent pour leur mode de vie.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Sylvain Runberg nous propose avec Reconquêtes une Antiquité fantasmée, reconstituée par agencement d’éléments distants. Ainsi la scribe qui fait office de narrateur est envoyée par le roi de Babylone Hammourabi (XVII° siècle avant notre ère) pour suivre l’alliance des peuples Sarmate (env. V° siècle av. J.C.), Cimmériens (VII° siècle…) et Callipides (peuple cité par Hérodote) face aux conquérants Hittites (entre XVI° et XI° siècle avant notre ère)… L’ajout de références à l’Atlantide et de quelques créatures mythologiques permettent d’éviter toute  confusion quand au projet de réalisme historique et nous laisse profiter de la reconstitution de ce qu’aurait pu être cette

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

antiquité oubliée. Si la pâleur des peaux surprennent au début, habitués que nous sommes à des typologies sémites pour les peuples antiques, elles illustrent le sérieux documentaire des auteurs puisque nous savons que les peuples Scythes étaient de type « caucasien », blonds et à la peau claire… Ce qui fascine c’est la cohérence de l’ensemble, avec des styles vestimentaires reconnaissables (et la propension des guerrières Sarmates, sortes de proto-amazones, à vivre torse nu…), la rudesse des combats et des mœurs, l’originalité de ces palais mobiles dans lesquels ces rois nomades se déplacent. Les auteurs ne nous épargnent rien de la violence de l’époque, avec des soldats souvent balafrés, des sacrifices humains bien gores et quelques séquences de sexe sans insistance. Si François Miville-Deschênes se fait plaisir en matière d’anatomie féminines aux plastiques parfaites, les planches restent très élégantes et cela ne tombe jamais dans le grivois. Qu’il s’agisse d’éléphants de guerre, de vieux magiciens ou de cavalières sarmates tout est élégance du début à la fin dans cet album.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

L’intrigue est dramatique, dans le sens théâtral. Si les combats en cinémascope sont nombreux et parfaitement lisibles, le cœur de l’histoire repose sur les relations entre les trois souverains qui jouent entre respect, concurrence et méfiance. Un élément perturbateur est venu perturber l’équilibre de la Horde et une conspiration va semer la discorde en imposant aux trois dirigeants un choix: risquer la disparition de tous pour l’honneur de leurs peuples ou respecter l’alliance au risque de trahir leurs traditions propres. Ce dilemme qui les taraude du début à la fin est passionnant et permet de connaître les spécificités de trois peuples que seul le nomadisme et l’esprit guerrier tient ensemble. Reconquêtes pose sa focale sur le peuple des femmes et se rapproche en cela du récent Cœur des amazones mais en bien plus réussi car il n’oublie pas le spectacle.

Reconquêtes est la série que je n’attendais plus, un peu lassé de la Fantasy et peu intéressé par des BD historiques qui restent souvent figées dans leur aspect documentaire. Runberg aime tordre l’histoire tout en gardant ses bases comme sur sa récente série Jakob Kayne. Il propose avec son comparse un modèle de BD grand public à la fois héroïque, belle et bien écrite. Un régal.

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**·BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

L’espion qui croyait

Le Docu du Week-End
BD John Hendrix
Steinkis (2019), 176 p. , one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Steinkis pour cette découverte.


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L’ouvrage en format broché petit format avec couverture à rabat jouit d’une maquette et design très élégants qui participent beaucoup à sa réussite. En début de volume une introduction de l’auteur, en fin de volume des notes d’intention et précisions sur les recherches et la recherche d’authenticité. Une bibliographie fournie (comme toujours chez Steinkis, éditeur qui propose des ouvrages documentés), une photo de Dietrich Bonhoeffer, des notes et un index concluent l’ouvrage.

Dietrich Bonhoeffer, théologien allemand imprégné de morale et de foi, décida au vu des événements qui amenèrent les nazis au pouvoir et de la marche vers la guerre, d’incarner une Eglise active. Entre les préceptes non violents de la foi et la réalité de ce qu’il vivait il choisit de devenir espion et de participer à la conspiration qui devait assassiner Hitler…

Pour faire cette chronique je vais devoir aborder trois éléments de cet ouvrages qui m’ont mis en difficulté quand il s’est agi de déterminer s’il m’avait plu ou pas. Le premier est le sujet, ce qui m’a donné envie de le lire. L’auteur l’explique dans ses notes d’intentions, il a souhaité au travers de cette biographie (ou plutôt laudateur…) dresser un tableau didactique de la progression dramatique qui a mené l’une des nations les plus cultivées et puissante au sortir du XIX° siècle à l’apocalypse de la seconde guerre mondiale et au fascisme. Ce vecteur est le bon et l’originalité (le personnage est un pasteur) permet de sortir de sa zone de confort en découvrant le cheminement théologique et moral d’un homme qui a choisi de mettre sa vie au service de la foi et des hommes. Résultat de recherche d'images pour "hendrix the faithful spy"En bon laïcard que je suis je reconnais que ce n’est pas un sujet qui me passionne mais l’ouvrage de John Hendrix m’a permis d’effleurer des problématiques qui peuvent se poser aux croyants et d’apprendre le rôle dual qu’a joué l’Eglise d’Allemagne, l’institution se rangeant très facilement et volontiers sous la coupe du Fürher quand une partie des pasteurs s’organisait en une sorte d’église dissidente, une église de combat décidée de ne pas rester passive dans le drame des années 30-40. L’auteur ne donne pas de chiffres mais ce sont 7000 prêtres qui refusèrent ainsi les décisions les plus insupportables du régime concernant les juifs notamment. De même, l’itinéraire mental de Bonhoeffer, entre ses années dans la bourgeoisie allemande à sa révélation en Amérique face à la ségrégation raciale des noirs est intéressant.

Pourtant le verbe de l’auteur, totalement à la gloire de Dietrich Bonhoeffer, jusqu’à friser le ridicule par moments, m’a posé problème. Le ton hyper-didactique fonctionne lorsqu’il s’agit de raconter les événements plus ou moins connus (le coup d’Etat d’Hitler, la nuit de cristal, les jeux olympiques,…) mais sa passion pour ce personnage m’a laissé de marbre, d’autant que l’on sent assez fortement la voix du croyant derrière. Du coup un certain nombre de passage nous entraînent dans une rhétorique religieuse qui m’a dérangé. S’agissant d’une biographie ce n’est pas totalement aberrant de parler de foi pour un pasteur, mais pour qui ne crois pas la réflexion tombe à plat et crée une faille dans le récit…Résultat de recherche d'images pour "hendrix the faithful spy"

Le troisième élément est le graphisme, ou devrais-je dire plutôt le design, qui est lui vraiment réussi. Hendrix n’est pas le meilleur dessinateur du monde mais il sait dessiner des personnages et surtout sa mise en page très originale, par insertion d’éléments graphiques souvent symboliques (le Loup incarnant Hitler,…) qui aident la lecture un peu comme les documents d’un manuel d’Histoire. Du coup hormis les éléments cités plus haut l’album se lit facilement et est parfois passionnant car il arrive à synthétiser à la fois l’implication méconnue de ce personnage dans la résistance allemande et le déroulé que l’on a appris en cours d’Histoire. A ce titre si le sujet vous intéresse je vous encourage vivement à visionner le génial film de Brian Singer Walkyrie qui relate comme un film d’espionnage l’ultime tentative d’assassinat dans la Tanière du loup dont l’échec qui a abouti à la décapitation de cette résistance issue de l’Abwehre, le service d’espionnage de l’armée de l’amiral Canaris. On retrouve une grande partie de cette conspiration dans le livre et le rôle qu’y a joué Bonhoeffer.Résultat de recherche d'images pour "hendrix the faithful spy"

Selon que vous serez ou non sensibles à l’Histoire de la seconde guerre mondiale et au dilemme moral et religieux d’un homme le livre de John Hendrix vous parlera plus ou moins. Il reste au demeurant très bien conçu et mérite au moins par son originalité votre intérêt.

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