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Un général, des généraux

La BD!
BD de Nicolas Juncker et François Boucq
Le Lombard (2022), 132p., one shot.

L’ouvrage comprend des citations en regard et un cahier documentaire de cinq pages détaillant le contexte historique avec des photographies de l’époque.

couv_440574Mai 1958. Alors que la guerre d’Algérie s’enlise, l’armée installée à Alger craint un abandon des départements algériens et menace Paris d’un Coup d’Etat. Pendant ce temps le général de Gaulle attend sagement lors de sa retraite à Colombey les deux Eglises…

La première vertu de cette farce qui place François Boucq dans ses petits souliers est ce rappeler les circonstances insurrectionnelles dans lesquelles est née la cinquième République aujourd’hui remise en cause. Car si la forme est celle de la farce (qu’on imagine d’ailleurs facilement adaptable au théâtre), le sujet est éminemment sérieux: Général, des généraux (Un) (par François Boucq et Nicolas Juncker)comme cela l’a été largement documenté depuis, en quelques jours le général de Gaulle revient au pouvoir sous la menace d’un parachutage militaire sur Paris et alors que personne ne peut exclure que le projet d’ensemble n’ait pu être coordonné avec lui. Alors que la quatrième République brille par son inefficacité politique et que la guerre d’Algérie ne voit pas de perspectives de résolution, l’album montre clairement que l’armée s’est émancipée du gouvernement civile et que si le débarquement en Corse semble plus symbolique qu’autre chose, les références à Napoléon et le soutien de plusieurs gouverneurs militaires rend tout à fait crédible un renversement militaire à Paris par des putschistes qui comptaient confier le pouvoir à… de Gaulle.

La satire rend par moment confuse la réalité tant l’ensemble des protagonistes est montré comme un ramassis de débiles à épaulettes ou de vieux politiciens ronflants. Pourtant l’album est documenté et reprend le déroulé précis, avec une portée qui aurait sans doute été plus grande sur un traitement plus documentaire. Ne boudons pas notre plaisir pourtant de voir Boucq croquer le cirque des généraux à Alger où le Un Général, des généraux" par Boucq & Junker : une farce (...) - ActuaBDdécalage d’époque est flagrant entre ces romantiques nostalgiques de la grandeur de la France et voyant l’abandon de l’Algérie comme la fin d’un empire dont ils sont les gardiens. Les trognes et les scènes sont absurdes et l’on se demande à chaque instant si le ridicule a pu être aussi important. Le risque de rendre sympathiques des factieux est assumé et compensé par le rappel des déclarations des protagonistes politiques, notamment le président de la République René Coty, de Gaulle et Mitterrand qui rappelle à l’Assemblée que de Gaulle détient son pouvoir d’un coup de force et non d’une légitimité populaire.

Doté d’une mise en scène tantôt clownesque tantôt très solennelle du toujours pro François Boucq, cet album tombe à point pour nous rappeler que les circonstances d’arrivée ou de maintient au pouvoir d’un chef d’Etat ne sont pas anodines, comme un miroir (qu’il ne faut pas forcer… mais tout de même) à 2022. Très drôle, toujours joli, l’album est très réussi mais pâtit sans doute de son hésitation entre farce et chronique historique, amenuisant légèrement l’efficacité des deux. Il reste néanmoins d’une lecture détente tout à fait conseillée à l’entrée de l’été.

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Celle qui parle

Histoire complète en 216 pages, écrite et dessinée par Alicia Jaraba. Parution chez Grand Angle le 30/03/2022.

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Ne jamais se taire

Malinalli vit une enfance douce-amère dans le village d’Oluta, en Amérique Centrale. Née d’une famille noble, elle est la fille du Cacique (le chef du village), qui lui a appris les langues Nahuatl et Maya Chontal, avant d’être enlevé et exécuté par les Mexicas, autrement dit les Aztèques. Élevée par sa mère, qui a du épouser le nouveau Cacique, ainsi que par sa grand-mère, Malinalli tente de se faire entendre, malgré les obstacles dressés par une société patriarcale qui n’accorde pas beaucoup d’importance à la parole d’une femme.

Courir ou traduire, il faut choisir.

Vendue comme esclave suite aux manigances de son beau-père, Malinalli va vivre plusieurs années de souffrances aux mains d’Aztèques cruels, avant de tomber entre les mains des conquistadors, notamment du désormais célèbre Hernan Cortés. Les talents de Malinalli pour les langues va lui permettre de s’ériger en traductrice entre les mayas, les aztèques et les espagnols, chacun des belligérants ayant besoin d’elle pour servir ses intérêts propres.

C’est ainsi que Malinalli deviendra Dona Marina, puis la Malinche, une figure relevant tout autant de la légende que des faits historiques.

Toutefois, de nos jours, la figure de La Malinche n’est pas en odeur de sainteté auprès de tous au Mexique. Si certains la voient comme la matriarche du Mexique moderne, beaucoup la considèrent également comme l’archétype de la traîtresse, qui se serait donnée aux espagnols au détriment de son propre peuple. Encore aujourd’hui, il n’est pas évident d’établir une vérité historique fiable autour de ce personnage, si bien qu’elle demeure, et pour longtemps, l’icône ambivalente d’une période controversée.

L’album d’Alicia Jaraba jongle avec ce mythe pour mieux s’attarder sur la personnalité de Malinalli, car avant de devenir une icône, elle était surtout une femme, avec ses aspirations, son désir d’émancipation, et ses difficultés. Prise entre deux feux, l’auteur tente de nous convaincre qu’elle n’a pas vraiment eu le choix, et que son rôle de traductrice lui a permis d’éviter certains heurts entre aztèques et espagnols, même si l’histoire semble démontrer que les informations qu’elle a donné à Cortés lui ont permis d’accélérer sa conquête.

Le parcours de vie de Malinalli attire tout de suite la sympathie, phénomène qui ne fait que s’accentuer au fil des épreuves qu’elle doit subir durant sa vie: le deuil, la perte de sa liberté, les menstruations qui vont par la suite la confronter au désir des hommes, toutes ces thématiques font de Celle qui parle une odyssée captivante, au-delà d’une légende que d’ailleurs peu d’entre nous doivent connaître.

Sur le plan graphique, Alicia Jaraba, que l’on avait découverte sur la série Les Détectives du surnaturel chez Jungle, accomplit l’exploit de la constance sur plus de 200 pages. On trouve des procédés inventifs lors des scènes de traduction, avec superpositions des bulles, ou encore des dialogues illisibles pour signifier la barrière des langues qui s’estompe au fur et à mesure que Malinalli apprend les différentes langues de son répertoire.

En conclusion, Alicia Jaraba signe le portrait d’une femme, singulier et controversé, et explore le pouvoir des langues et du dialogue, mais aussi ses limites face à la violence des hommes.

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Le choix du chômage

Le Docu BD

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BD de Benoît Collombat et Damien Cuvillier
Futuropolis (2021), 269p., noir et blanc, one-shot.

Coup de coeur! (1)Dans quatre jours c’est le premier mai, fête du travail et période idéale pour aborder ce monument de la BD documentaire, trop peu mis en avant lors de sa sortie l’an dernier et que bon nombre d’électeurs auraient bien fait de lire… Les deux-cent soixante-neuf pages d’une densité impressionnantes rappellent l’énorme travail des auteurs de La Bombe, dont la complexité et la profondeur rejoint l’enquête de Collombat du Cuvillier. Dépassant de loin la norme moyenne des documentaires en BD, cet ouvrage est une somme à la lecture indispensable qui revient sur soixante-dix ans de construction européenne et d’essor d’une pensée dominante marquée par un ordolibéralisme assumé. Le choix du chômage n’est pas une question mais une certitude après avoir refermé cet album.

La sélection parfaite pour se fâcher avec vos proches : politique &  religion sous le feu de l'investigation BD - Bubble BD, Comics et MangasOrganisé en quatre partie volumineuses traitant des théories néolibérales, du pouvoir socialiste de François Mitterrand, de la construction européenne et la crise de 2008, les auteurs s’appuient sur les témoignages d’un très grand nombre d’acteurs de premier plan, de Jean-Pierre Chevènement à Pascal Lamy (ancien directeur de l’OMC) en passant par toute une galerie de directeurs de cabinet, hauts-fonctionnaires et responsables financiers. Le journaliste d’investigation multi-primé qui a enquêté sur l’affaire Boulin et sur les affaires de Bolloré en Afrique est déjà à l’origine du réputé Cher pays de notre enfance avec Davodeau. Sa neutralité journalistique est indéniable et la portée de ce nouvel ouvrage va bien plus loin que le précédent en ce qu’elle jette une lumière aveuglante non seulement sur le choix de favoriser l’inflation basse et un chômage haut en France (les mécanismes économiques opposant les deux) comme en Europe mais plus largement l’adoption d’une vision néolibérale par l’ensemble des acteurs de la construction européenne, des dirigeants français des quarante dernières années et le caractère assumé d’une supranationalité qui ne s’encombre pas de choix démocratiques comme le résumait en 2015 le président de la Commission Juncker. L’esprit chrétien de la prédestination et du mérite infuse une idée selon laquelle le peuple est dangereux dans ses passions et a besoin d’être forcé dans ses choix. Comme le font les auteurs de Res Publica, la quantité de citations in extenso des personnes qui ont été aux manettes ne laisse pas place au doute.

Le choix du chômage », une enquête sur les racines d'un fléau françaisLa lecture de l’album reste néanmoins ardue de part la densité des informations et la complexité des thèmes abordés. On parle en effet de mécanismes économiques comme d’arbitrages de cabinets, d’influence diplomatique entre Etats-Unis et gouvernements européens en reconstruction. Il faut s’accrocher par moment tant la précision est chirurgicale et le journaliste peut fort heureusement s’appuyer sur le talent indéniable de son dessinateur qui excelle tant dans sa qualité graphique sur les portraits des témoins clés que sur les mises en scènes illustratives au format dessin de presse. Rarement un documentaire aura autant profité de son dessin pour fluidifier le contenu sans oublier l’aspect artistique du format BD.

S’il est choc, le titre est pourtant un peu trompeur en ce qu’il n’est qu’un lancement pour décrire la construction d’une Union européenne néolibérale dont le caractère non démocratique apparaît malheureusement inhérent au projet initial. Ne s’attardant malheureusement pas sur l’espoir qu’à fait naître l’esprit de l’Etat social lors du rejet du Traité constitutionnel de 2005, le projet de Collombat et Cuvillier est totalement déprimant tant il décrit un itinéraire autoritaire et manipulateur dans lequel il ne De Pompidou à Macron, les dirigeants ont fait le choix du chômagesemble pas y avoir d’échappatoire sauf à attendre le fascisme. Un fascisme dont s’accomode parfaitement le Capitalisme comme l’expérience chilienne nous l’a montré et comme l’expliquent la plupart des historiens et économistes hétérodoxes. Une conclusion qui fait refléchir pour un album sorti un an avant le funeste scrutin que nous venons de vivre et qui interroge sur une méfiance peut-être pas si franchouillarde de la population française envers une Union européenne que nombre de citoyens ont sans doute perçus comme loin de l’idéal présenté.

Il y a des ouvrages qui éclairent et des ouvrages qui bouleversent la perception du monde et de l’Histoire. Le Choix du chômage est de ces derniers tant vous ne pourrez plus regarder les politiques, les élections et l’Union Européenne avec le même regard. Un regard que ce magnifique album peut réveiller d’une longue torpeur pour nombre d’entre nous.

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Angel wings #7 : Mig madness

BD de Yann et Romain Hugault
Paquet (2022), 2 cycle de 3 volume (46 planches/album) paru. Une intégrale par cycle et les albums grand format disponibles. Troisième cycle en cours, 1/2 parus.

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bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur confiance.

La Guerre du Pacifique a laissé la place à la Guerre Froide et plus que jamais le rôle de l’aviation permet de s’immiscer derrières les lignes ennemies sans risque de conflit généralisé. En pleine guerre de Corée Rob se retrouve ainsi envoyé récolter des éléments compromettants écrasés en territoire ennemi…

Décidés à prolonger les aventures de leur héroïnes Angela qui cartonnent à chaque album Yann et Hugault sentent manifestement que la recette commence à s’essouffler puisque ce troisième cycle est annoncé en https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2022/03/Angel-Wings-1.jpgseulement deux tomes, ce qui sera bien suffisant étant donnée la finesse de l’intrigue. On commence à en avoir l’habitude depuis la début de la série, Angela n’est finalement qu’un prétexte à des histoires typiques des périodes de guerre (ici la récupération d’un prisonnier). Je reste très dubitatif sur l’absence de rôle majeur de l’héroïne qui continue à courir, éplorée, derrière les mésaventures de son chéri, au risque d’oublier tout le versant féministe que l’on avait vu sur les précédents cycles. C’est bien simple, Angela apparaît sur sept pauvres pages, en larmes sur la moitié, dans un ration avions/héroïnes assez catastrophique.

Ne boudons pas notre plaisir, les albums Hugault sont avant tout là pour leurs sublimes séquences aériennes (… pas que, les décors sont remarquables de précision également), mais un tout petit effort scénaristique aurait permis de rendre honneur au personnage éponyme en forçant un poil la vraisemblance historique. Après tout dans un histoire on fait un peu ce qu’on veut! Avec une conclusion qui aurait même pu s’achever en one-shot, il est temps que cette recette se conclue, quel que soit le (grand) plaisir que l’on a à la suivre.

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****·Comics·Documentaire

Get up america #1/2

Le Docu BD

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BD de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell
Rue de sèvres (2022), 1/2 volumes parus

bsic journalismMerci aux éditions Rue de Sèvres pour leur confiance.

Suite directe de la trilogie Wake up America (March en VO) dont vous trouverez sur le blog les chroniques des trois tomes, ce diptyque a été achevé juste avant le décès de John Lewis en 2020. Comme pour la première série, l’éditeur a modifié le titre Run en Get up America. Chose notable, s’il est plus court, ce premier tome comprend un important cahier documentaire final comportant une impressionnante bibliographie, des sources audiovisuelles et de discours témoignant du monumental travail de documentation et des explications sur le travail d’adaptation des mémoires de Lewis dans le média BD. Cet enrichissement augmente fortement la plus value de ce documentaire dont la première trilogie était déjà un monument d’Histoire.

Get up America 1 (par Nate Powell, Andrew Aydin et John Lewis) Tome 1 de laAprès l’adoption du Voting right act de 1965 (qui est actuellement fortement remis en cause par les Etats du Sud depuis la présidence de Donald Trump) la société ségrégationniste ne baissa pas les armes et s’échina à démontrer qu’il y avait un monde entre le Droit et la pratique du Droit, abusant de l’autonomie constitutionnelle des Etats américains qui se lavent les mains des lois fédérales lorsqu’elles les dérangent trop. Le Nord, embarqué dans l’intervention au Vietnam ne souhaite pas s’impliquer trop avant pour la défense de populations qu’il considère au fond comme étrangère. Face aux exactions du KKK l’harmonie idéologique non-violente qui a prévalue dans le sillage de Martin Luther King se fissure rapidement et voit apparaître un courant séparatiste proclamant le Pouvoir Noir qui s’incarne dans un parti politique radical que l’on nommera bientôt Black Panther party

Cette suite directe a eu un développement artistique un peu compliqué puisque comme je l’annonçais dans le précédent billet c’était la dessinatrice Afua Richardson qui devait produire les planches avant de passer la main à un autre dessinateur… qui jeta également l’éponge. Au final c’est exactement la même équipe qui rempile avec donc Nate Powell aux pinceaux et une harmonie graphique conservée. Lorsque l’album s’ouvre rien ne semble avoir changé, montrant que l’objectif des auteurs n’est pas de créer un récit mais bien de rendre compte d’évènements précis. Cela crée une complexité documentaire déjà vue dans le précédent triptyque lorsque s’entament des débats politiques entre les tenants de différentes lignes de conduite. Dans tout mouvement de lutte il y a des désaccords et celui des droits civiques n’échappa pas à cela avec l’apparition marquante – et traumatisante pour Lewis – des Black Panther qui assumèrent la séparation entre deux peuples américains, le refus de se soumettre à une domination blanche, l’affirmation d’une fierté noire (principe que l’on retrouve aujourd’hui dans la lutte pour les droits des minorités sexuelles) et surtout, le basculement d’un combat éminemment chrétien parti des églises à une lutte des classes où les noirs sont considérés comme l’incarnation du prolétaire. La conscription pour le Vietnam fut un élément déclencheur qui marginalisa les tenants de la non-violence et décida d’entamer la lutte politique séparément du grand Parti Démocrate.Amazon.fr - Run - Aydin, Andrew, Lewis, John, Fury, L., Powell, Nate -  Livres

Il est toujours aussi passionnant de se replonger dans cette histoire pas si lointaine d’une nation Etats-unienne qui dans ces deux décennies sortit d’un conservatisme réactionnaire pour s’ouvrir à un idéal de melting-pot. Comme la présence de vétérans de guerres (39-45 ou Algérie chez nous) permet de réaliser la réalité choquante ce qu’on nous relate, celle de John Lewis (dont il s’agit, rappelons-le, des mémoires) nous rappelle à chaque page que tout ce qu’on nous montre s’est bien passé, même si on a du mal à le croire. A la lecture de cette dense BD on doute toujours d’avoir vu passer huit ans durant un noir dans le Bureau ovale cinquante ans seulement après ces évènements tant ce pays vient de (très) loin. Avec cet héritage, après Trump on se demande comment cette Nation fait pour tenir ensemble. En attendant on attend avec impatience la conclusion de cette série sur l’émergence du mouvement politique noir.

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Le Bossu de Montfaucon

Premier tome de 56 pages de la série écrite par Philippe Pelaez et dessinée par Eric Stalner. Parution le 23/02/22 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance!

Ça bosse dur

Fin du XVe siècle, le royaume de France est en proie au déchirement et aux querelles de pouvoir. Suite au trépas de Louis XI, c’est son fils, Charles VIII, qui hérite de la couronne. Mais son jeune âge l’empêche de régner, aussi, c’est à sa sœur Anne de Baujeu, que l’on confie la régence du royaume, jusqu’à la majorité du nouveau roi. Tout comme son père, Anne de Baujeu est retorse, perfide, et adepte des manoeuvres les plus fourbes. Sa régence n’augure donc rien de bon pour la France.

Toutefois, Louis II d’Orléans, prince de sang et second prétendant au trône après Charles, n’entend pas rester sur la touche. Exilé, il se réfugie en Bretagne, d’où il prépare son plan ambitieux pour monter enfin sur le trône. Ce que Louis ignore encore, c’est que ses rêves de conquête du trône en toute légitimité vont être broyés, tués dans l’oeuf par sa rivale Anne. En effet, Louis d’Orléans reçoit la visite impromptue d’un homme, Pierre d’Armagnac, dit le Bâtard, qui dit avoir connaissance d’un document prouvant que Louis ne peut légitimement prétendre au trône.

Quand t’as pas d’amis, prends un mâchicoulis.

Fait notable, Pierre est accompagné par un bossu, dont la difformité dissimule un cœur d’or, et que l’on a déjà vu arpenter les anfractuosités de Notre-Dame-de-Paris, un certain…Quasimodo.

Pierre et Quasimodo vont donc se lancer à la recherche du fameux document, mais vont devoir pour cela devancer Axel Lochlain, redoutable assassin à la solde des Beaujeu. Quelles sont les motivations réelles du Bâtard ? Et l’ambitieux Louis d’Orléans vaut-il la peine pour nos héros de risquer ainsi leurs vies ?

Big Bosse

Après le très bon Pinard de Guerre, nous retrouvons Philippe Pelaez aux commandes d’un récit de cape et d’épées sur fond historique, qui s’amuse à reprendre la fin de Notre Dame de Paris de Victor Hugo. Si le roman unit tragiquement Quasimodo et Esméralda dans la mort, ici, Pierre retrouve le bossu endeuillé juste avant qu’il n’expire aux côtés de sa bien-aimée, et le recueille ainsi pour tirer avantage de sa force prodigieuse.

La suite n’a cependant pas grand chose de romanesque puisque l’intrigue reprend les événements historiques de la Guerre folle. Le travail de documentation est donc palpable et profite même de l’excellente écriture de Philippe Pelaez, qui livre une fois de plus une prose maîtrisée. S’il faut du temps pour appréhender les nombreux personnages et leurs rôles respectifs, on apprécie toutefois rapidement les méandres de l’intrigue politique qui n’a rien à envier à GOT. Comme quoi, la réalité a souvent ce qu’il faut pour dépasser la fiction, surtout si l’on y ajoute de la fiction !

Pour le moment, il est difficile de juger de l’impact de l’emprunt à Victor Hugo, pour une série qui aurait très bien pu se contenter de coller à la vérité historique. Mais gageons que la plus-value de Quasimodo se fera sentir dès le second tome.

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Marie-Antoinette, destin d’une reine de France

Le Docu BD

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Manga de Mayuho Hasegawa et Yuho Ueji
Kurokawa (2021), 165p., one-shot

Vous trouverez un rappel de la formule éditoriale sur le précédent album dédié à Cléopâtre.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

Marie-Antoinette, destin d'une reine de France, manga chez Kurokawa de  Hasegawa, KomagataAlternant chaque semaine un album Kurosavoir me revoilà sur un volume de la nouvelle formule dédiée aux grandes figures de l’histoire et le plaisir de constater son efficacité. En voyant le sujet dédié à Marie-Antoinette et la passion un peu désuète des japonais pour la Révolution française et les perruques je craignais de trouver un traitement à côté de la plaque d’un sujet parfaitement dramatique, la Révolution et la chute de la royauté. Et comme pour la reine égyptienne la garantie apportée par un historien change totalement la donne en parvenant une nouvelle fois à intéresser sur le plan manga et sur le traitement historique.

On navigue tout le long sur le fil d’une défense de la jeune noble fille d’empire sans tomber dans un contre-sens historique. On nous présente ainsi simplement le contexte familial très dur de la famille impériale d’Autriche et de la mère qui envisageait ses enfants comme de simples matrices destinées à donner des héritiers pour souder les alliances entre Nations. Envoyée à quatorze ans a mille cinq cent kilomètres de la famille qu’elle n’avait jamais quitté, elle se trouve alors confrontée à la rudesse de l’étiquette hyper-développée de la Cour de Versailles. Soumise à toutes les manigances de cour, la jeune femme se réfugia dans les loisirs futiles à mille lieues des problématiques du bon Marie-Antoinette, destin d'une reine de France - BDfugue.compeuple…

Abordant autant les problématiques économiques que les difficultés d’intégration de cette pauvre fille et ne passant pas sous silence la dureté des évènements de la période révolutionnaire (qu’on passe rapidement pour dispenser les jeunes lecteurs de séquences violentes), le manga est passionnant en joignant l’utile et l’agréable. Ce qui étonne tout le long dans cette collection c’est la capacité à traiter très sérieusement le fond avec un habillage léger de manga shojo. L’aspect psychologique de la situation de Marie-Antoinette la rend touchante même si l’on n’oublie pas le décalage criminel de cette noblesse coupée des réalités et se vautrant dans le luxe devant la misère du peuple.

Encore un coup au but sous ce format et l’on attend avec impatience le prochain!

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Cléopâtre, destinée d’une reine d’Egypte

Le Docu BD

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Manga de Hiroshi Sakamoto, Utako Yikihiro et Chie Sasahara
Kurokawa (2021), 196p., one-shot

L’ouvrage issu de l’éditeur Kadokawa comporte une couverture à rabat (pas de jaquette) et s’ouvre sur seize pages couleur, dont des photos de représentations de Cléopâtre sur des sculptures, peintures ou bas-reliefs, avant l’entame propre du manga. Il se termine par un cahier documentaire de dix-neuf pages avec des focus sur personnages, lieux, évènements en mode magazine jeunesse et des références documentaires ainsi que des notes aux parents, démontrant la démarche très pédagogique). Une édition tout à fait remarquable qui mérite un Calvin!

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

J’avais entamé ma découverte de la collection Kurosavoir avec le manga sur Malthus, où je rappelais les différentes collections de BD et manga documentaires. Les parutions s’accélèrent ces derniers mois puisqu’après une assez longue pause, Kurokawa a publié pas moins de trois volumes (sur Cléopâtre, sur Marie-Antoinette et sur le traité Emile ou De l’éducation de Rousseau), alors que Soleil manga revient également avec trois volumes sur Homère, Dante et James Joyce dans leur collection Classiques. Vous allez donc voir régulièrement passer des ces manga documentaires sur le blog, à mon grand plaisir puisque je m’efforce depuis longtemps de faire vivre la rubrique BD documentaire!

Cléopâtre : Destinée d'une Reine d'Égypte - (Utako Yukihiro / Hiroshi  Sakamoto) - Documentaire-Encyclopédie [BDNET.COM]Et Cléopâtre donc? L’imaginaire collectif est verrouillé sur le film de Mankiewicz et (dans une moindre mesure) sur Asterix, aussi il était temps de revenir à la source historique, sous la forme d’un récit proche du Shojo où l’on suit la jeune fille puis femme tenter de concilier son devoir de reine avec son amour (intéressé?) pour Jules César puis son successeur Marc-Antoine. Contrairement aux deux dernières parutions de la collection sur Descartes et Malthus, nous n’avons pas ici une création de la Team Banmikas, spécialisée dans l’adaptation pédagogique des grandes œuvres en manga. Leur travail est remarquable, mais graphiquement pas fou et souvent un peu austère. La grosse qualité de cette nouvelle sous-collection (les grandes figures de l’histoire) est qu’elle propose un vrai manga avec une trame scénaristique destinée à illustrer des faits historiques. On est donc moins illustratif et le message passe bien mieux notamment chez les plus jeunes qui pourront s’accaparer le personnage de Cléopâtre comme tout autre création dramatique de manga. La base historique n’en est pas moins solide puisque appuyées sur un historien et le travail d’insertion de faits historiques dans la trame est particulièrement fluide.

Cléopâtre, destinée d'une reine d'Egypte - BDfugue.comAvec des dessins classiques mais très qualitatifs, le manga étonne par sa capacité à aborder des thèmes complexes tels que la guerre civile des deux triumvirats romains précédent l’Empire et les impératifs politiques qui faisaient de l’amour une variable très optionnelle dans les mariages antiques. Tout en s’adressant à un public jeune les auteurs abordent les mariages politiques et la jeunesse des époux, tout comme ils rappellent dès l’introduction l’origine de cette dynastie très particulière qui faisait de Cléopâtre plus une grecque qu’une nubienne (dynastie issue des généraux d’Alexandre le Grand qui avait conquis l’Egypte en même temps que la moitié du monde connu…). La dureté des relations familiales avec son père exilé, sa sœur n’hésitant pas à assassiner pour s’approprier le pouvoir et l’envie de protéger le royaume de la tutelle grandissante de Rome (encore République en expansion mais pas encore empire dominateur de toute la Méditerranée) sont aussi clairement abordés, faisant de l’ouvrage un vrai thriller (pour jeunes) aux vertus pédagogiques évidentes.

Réussissant sans simplification abusive à traiter d’une histoire compliquée abordant de nombreuses notions, appuyé sur beaucoup de documentations et très lisible, Cléopâtre réussit formidablement son pari de rester une lecture jeunesse ouvrant l’esprit à une figure complexe de l’Histoire. Un nouveau succès pour la collection, qui doit figurer dans tous les CDI de France!

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**·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #22: Les architectes de Babel – L’ile entre deux mondes #2 – Wombs #1

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  • Les architectes de Babel (Ashimo/Glénat) – 2021, 544p., one-shot.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

architectes_de_babel_glenatAï! Quand on tient un blog on lis énormément d’albums et on sélectionne par définition ce qui nous tente. Parfois on tombe sur de mauvais albums, parfois on se trompe de clientèle… Ce très gros volume (regroupant les deux tomes japonais originaux) était une de mes grosses attentes de cet automne, avec une envie d’Histoire et d’architecture… las, je suis tombé sur un assez laborieux shonen pas très bien dessiné et qui hormis quelques idées graphiques comme la représentation du roi Hammourabi et le personnage de Nimrod, n’apporte pas grand intérêt ni dans un esprit d’aventure ni dans un esprit historique.  On pourra être indulgent avec un auteur semi-pro dont c’est la première production éditée (à l’origine réalisée sur le web), mais je suis sceptique sur le créneau de cet album. Un vrai loupé quand au potentiel que pouvait procurer cette histoire…

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  • L’Ile entre deux mondes (Ishii/Pika) – 2021, 2/2 volumes parus.

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Merci aux éditions Pika pour leur confiance!

couv_425710Le premier volume de cette histoire m’avait subjugué par ses planches d’une qualité graphique rare. Ne se contentant pas de dérouler de beaux paysages et visions très graphiques, l’autrice y proposait un découpage très sophistiqué, esthétisant jusqu’aux cases et leur agencement. La lecture d’une histoire en deux parties est toujours compliquée car le plus souvent la césure est plus d’ordre externe (le boulot de l’auteur) que justifiée par le scénario. Ce second volume reprend donc les mêmes qualités que son prédécesseur, à savoir une atmosphère onirique apaisante, une nature magnifique et une cohésion de ce petit monde avec les forces de la Nature. Avec une séquence dans le passé qui déstabilise légèrement la concentration du lecteur, on n’est à la fin de l’histoire pas certain d’avoir tout compris mais néanmoins conquis par cette beauté éternelle qui reflète totalement l’idée d’une harmonie entre les époques, les générations et entre les espèces vivantes… Une des plus belles bouffées de positif de cette année!

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  • Wombs #1  (Shirai/Akata) – 2021, 224p., 3/5 volumes parus.

wombs-1-akataSur une planète lointaine, une guerre coloniale fait rage avec pour enjeu la préservation de l’environnement. L’un des belligérants a mis au point une technologie utilisant les propriétés d’une graine indigène qui, implantée dans l’uterus de femmes-soldats, leur donne la faculté de téléporter tout ce qui se trouve dans leur environnement. Un pouvoir redoutable, qui exige des sacrifices…

badge numeriqueJ’avais vu un très bon bouche à oreille sur cette série du petit éditeur Akata et ai profité du jury BDGEST pour me lancer dans le premier volume, avec plaisir. Si j’ai mis quelques dizaines de pages à me faire aux dessins (et surtout à la « colorisation » numérique franchement grossière et pas très élégante), j’ai fini par entrer dans cet univers à la fois dur mais proposant une idée SF très intéressante. Surtout, le mystère est maintenu subtilement sur la véritable nature de ces graines alors que l’on suit l’entraînement d’une troupe de jeunes porteuses. Le parallèle entre l’inquiétude de la grossesse chez les jeunes femmes et cette hypothèse SF est intéressant et laisse le lecteur seul responsable de son analyse, l’autrice se contentant de développer son propos froidement. Une entrée en matière qui donne bien envie de poursuivre l’aventure,  sans risque sur un format court de cinq volumes.

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le photographe de Mauthausen

BD Salva Rubio et Pedro Colombo
Le Lombard (2017), 168p., one-shot.

Premier ouvrage de fiction historique revenant sur l’incroyable histoire du photographe espagnol Francisco Boix, Le photographe de Mauthausen a ensuite été adapté en film (disponible sur Netflix) en 2018. L’ouvrage comporte un volumineux cahier historique reprenant en détail les éléments dessinés dans l’album et des photos sauvées par Boix et intégrées à la BD. Aussi important que la fiction, le dossier est un élément à part entière du projet et mérite un Calvin.

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mediathequeRépublicain espagnol réfugié en France puis enrôlé de force avec ses compatriotes dans l’armée française sur le Front Est, Francisco Boix se retrouve capturé lors de l’offensive allemande et envoyé au camp d’extermination de Mauthausen. Là, réalisant l’horreur, il va mettre au point avec ses camarades communistes, un plan pour subtiliser et faire sortir des centaines de clichés photographiques documentant les exactions des nazis…

Mauthausen39Lorsqu’il est sorti cet album mêlant fiction et réalité a beaucoup fait parler de lui, pour des raisons évidentes. Le sujet, aussi dramatique que romanesque a tout pour fasciner les scénaristes et auteurs de tout poil en créant une forme de héros improbable dans la mécanique implacable et inhumaine des camps. Comment dans une telle horreur des êtres humains si affaiblis, si terrorisés, ont-ils trouvé la volonté de prendre ces risques pour l’Histoire? Car c’est toute la difficulté qui nous est posé à nous spectateurs du XXI° siècle de nous efforcer de saisir une réalité aussi inimaginable que les fantastiques phénomènes astronomiques de la SF. A chaque acte de bravoure, à chaque incident improbable on ne peut s’empêcher d’imaginer une lubie de scénariste. Et pourtant… On peut imaginer un choix idéologique de Colombo et Rubio de caler cet effort des acteurs dans une idéologie communiste, seul élément permettant, en transformant ses militants en soldats, d’envisager cet impossible projet. Ce fut une réalité en bien des endroits et le scénario fait comprendre à la fin à Boix combien Staline se souciait peu des hommes sous son drapeau. Le photographe était semble-t’il une forte tête, un caractère bien trempé, mais pourtant…Le photographe de Mauthausen – Salva Rubio – Pedro J. Colombo – Aintzane  Landa – héros de guerre – camp double-planche – Branchés Culture

L’album commence immédiatement à l’arrivée des espagnols dans le camp, l’un si ce n’est le plus terrible camp de la mort nazi, un camp créé pour tuer les prisonniers politiques par le travail, sur le même modèle que le Goulag soviétique. Une carrière marquera dans la roche la souffrance de ces hommes qu’une impulsion soudaine d’un garde peut projeter se fracasser plusieurs dizaines de mètres plus bas. Ces barbelés sur lesquels on ordonnait aux prisonniers d’aller s’embrocher avant de les exécuter dans un simulacre d’évasion. Les nombreux films sur la période nous ont montré des brochettes d’ordures que l’on a toujours du mal à imaginer réelles. Mais ce qui change la donne dans cet album, malgré un dessin peu réaliste qui s’inscrit dans un registre BD presque jeunesse, ce sont les clichés. Recomposés en dessins pour un grand nombre, on peut les voir dans le très volumineux dossier documentaire qui revient sur ce camp, son fonctionnement, ses exécutions. Ainsi cette visite de Himmler parcourant les espaces du camp, du calvaire des prisonniers entouré de sa cour d’officiers dans leurs beaux costumes Hugo Boss est glaçante.Le Photographe de Mauthausen – Salva Rubio & Pedro Colombo - Benzine  Magazine

Militant communiste convaincu, Francisco Boix comprend vite que ce qui est en jeu c’est le témoignage une fois la guerre terminée. Pour ceux qui ont été abandonnés par la France dans la guerre civile espagnole, envoyés au casse-pipe car communistes, martyrisés à la demande de Franco comme mauvais espagnols, il n’y a pas d’espoir d’en sortir vivants. Mais l’idéal de justice quasi religieux des communistes les pousse à cette folie pour faire sortir des preuves. Après une intrigue montée comme un thriller (le scénariste travaille dans le cinéma), nous verrons enfin Boix forcer la porte du tribunal de Nuremberg où il n’avait pas été convié à témoigner, soutenu par Marie-Claude Vaillant-Couturier.Le tribunal fait bien peu de cas des clichés dont seuls quelques uns sont utilisés. Car les auteurs nous font comprendre que l’enjeu était déjà politique, un jeu à quatre alors que le dictateur Franco ne sera aucunement inquiété et pourra poursuivre l’idéal fasciste jusqu’à sa mort.

Histoire incroyable, très bien écrite, portée par un travail documentaire saisissant, l’album souffre donc seulement de dessins un peu décalés par rapport à la rigueur du propos, au drame humain et à la réalité de l’affaire. Cela atténue un peu l’immersion avec l’avantage imprévu de faciliter l’immersion dans ce quotidien très noir. Il n’en reste pas moins un album marquant qui fait œuvre de pédagogie en nous rappelant comme jamais trop la folie absolue de cette période.

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