BD

Le sang des cerises (journal) #3

BD du mercrediBD de François Bourgeon
Delcourt (2018), Série Les passagers du vent T.8 (Livre 1: « Rue de l’abreuvoir), prépublication 3/4.

Passagers du vent 08. Le sang des cerises. Journal 3/4Je continue ma lecture de cet album, vrai-faux Passagers du vent (relié à la série mère surtout par la généalogie puisqu’il n’est plus du tout ici question de bateaux). Ce troisième épisode confirme mon impression très positive et l’investissement historique et de documentation de l’auteur est très impressionnant. Ce volume est beaucoup plus chargé en articles : pas moins de 5 pages avec illustrations d’époques comprenant une page sur la construction du Sacré-cœur, une double page très dense sur le Montmartre de 1880 (lieu d’installation d’artistes que l’on retrouve dans l’album mais aussi le développement des cabarets), une page sur le contexte politique (comme dans les autres épisodes) et une interview de Bourgeon sur le langage et les chansons. Tout cela est passionnant et l’on réalise à la lecture que c’est assez indispensable comme complément de l’album tant l’objet de cette BD est clairement pour Bourgeon la reconstitution d’un lieu et d’une époque dans une visée ethnographique. J’espère vraiment que l’éditeur publiera ces compléments avec l’album à paraître en octobre.

Si l’article sur les cabarets, vraiment détaillé, n’intéressera pas tout le monde, celui expliquant la période de tergiversations sur une Restauration (… mais avec quel roi? la branche légitime dont le dernier roi de France, Charles X a provoqué la dernière révolution en date ou la branche d’Orléans, celle de Louis-philippe?) est fascinant tant on ignore le contexte de naissance de cette Troisième République qui fut pourtant la plus longue de notre histoire politique. L’entretien avec Bourgeon nous éclaire sur son rapport à l’argot, à l’Eglise (il a été élevé chez les curés) et au bas peuple et nous apprend que l’album publié comportera un lexique des termes bretons et argots utilisés dans les planches.

Sur le plan BD en revanche le découpage en gazette n’apporte pas grand chose du fait de la construction qui vise plus l’illustration historique que l’intrigue proprement dite. Cet épisode revient sur le passé de Clara et cette zone trouble entre son retour de Louisiane et la Troisième République, dont ses années en déportation. L’auteur utilise un passage dans une goguette pour nous dresser un réquisitoire sanglant de la répression contre la Commune. Le propos est extrêmement politique et a des répercutions jusqu’à nos jours tant cette République est née les deux pieds dans le sang comme le dit un  personnage… Sinon la visite « touristique » que propose Bourgeon nous emmène dans les carrières souterraines ou dans le « village » (plutôt bidonville) de Montmartre dont la reproduction est saisissante de vie et de précision.

Résultat de recherche d'images pour "le sang des cerises bourgeon 3/4"Encore une fois le récit proprement dit souffre un peu de se sectionnement en quatre parties qui interrompt l’immersion… mais le format journal jouit d’ajouts indispensables. Dur de choisir le format idéal mais vu le prix des gazettes je ne saurais que conseiller cet achat en préparation à une lecture de l’album couleur. J’ai toujours considéré Bourgeon comme un auteur majeur mais il n’a jamais été non plus un de mes préférés (un peu comme Moebius/Giraud). Cet album est pourtant, à mesure de la lecture, une des choses les plus impressionnantes que j’ai lu en BD, se rapprochant par l’ambition, d’un Dernier chant des Malaterre, l’ouvrage majeur de l’auteur. Un récit qui pourrait presque intégrer la rubrique Docu de ce blog et qui donne très envie de connaître cette période charnière pour la société et la République française.

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Les oubliés de Prémontré

BD de Stephane Piatzszek et Jean-Denis Pendanx
Fututopolis (2018), 104 p., one-shot

couv_328836J’avais énormément apprécié un album scénarisé par Stephane Piatzszek, « le chevalier à la licorne, qui traitait aussi (sur un autre thème) de la folie et le numéro de la Revue dessinée chroniqué récemment comportait une excellente histoire assez proche sur la constitution d’un asile ouvert après la seconde guerre mondiale. Enfin, l’album « les désobéisseurs » présentait un étonnant infirmier psy qui prônait la libération des fous… Bref, après ces lectures, avec l’habitude de voir de très bons albums de la part de Futuropolis et en découvrant les très douces planches de Jean-Denis Pendanx on peut dire que ce joli album m’a parlé.

En 1914, près de Soisson, l’Asile de Prémontré, qui accueille des malades depuis le XII° siècle, se retrouve sur le front. Abandonné par la quasi-totalité de son personnel, seuls l’économe, les bonnes-sœurs et un jeune chauffeur refusent d’abandonner les fous à la merci de la guerre. Pendant trois années ce petit monde va devoir cohabiter avec différents régiments d’occupants allemands et constater l’ignorance totale de l’administration, qui les laissera dans le dénuement et la famine, ignorant même la demande d’évacuation. C’est le récit de la folie des hommes, de la force de conviction humaine de quelques uns et de la quête d’une personne aimée…

Résultat de recherche d'images pour "les oubliés de prémontré"Rares sont les couvertures capables à la fois d’attirer le regard par son esthétique propre et de refléter l’album précisément. L’on peut dire que celui des Oubliés de Prémontré réunit absolument ces deux caractéristique, en montrant le cadre des jardins, l’arrivée de la troupe allemande et l’attente des « résistants » de Prémontré, fiers et tenaces. J’exprimerais juste une réserve sur la typographie du titre qui fait furieusement penser à un catalogue de musée (volontaire?)…

Sous la forme du récit historique chronologie d’une histoire vraie, les auteurs dépeignent une aventure humaine multiple: entre l’économe, le jeune chauffeur et les autres personnels de l’asile chacun est là et y reste pour ses raisons propres. Mais tous sont tenaces par-ce qu’ils croient en l’humain, que l’on ne peut abandonner des hommes et des femmes, même fous. Dans cette histoire qui fait le choix intelligent d’éviter le pathos facile, seule la rage de l’économe contre son administration démissionnaire pointe une dénonciation. Pour le reste l’on est dans l’examen factuel d’une situation de guerre, absurde (on ne finit pas de le dire), à la fois proche du front (on est en « zone occupée » dépendant de l’administration militaire allemande qui finit par se préoccuper plus des fous français que Paris) et loin, avec surtout les effets concrets de la famine. Ce sujet a peu été abordé: faute d’hommes pour travailler aux champs, à cause des réquisitions, la campagne meurt littéralement de faim. Et bien entendu les fous sont les derniers que l’on nourrira. Le jeune homme à la recherche de sa sœur et l’économe incapable de capituler sont de puissants personnages qui structurent le récit par leur conviction. Dans cette histoire il n’y a pas de méchants, seulement une situation injuste amenée par la guerre.

Image associéeL’image ne se vautre pas; étonnement pour ce sujet sombre l’on a un bel album tout le long. Même les quelques séquences de destruction sont plutôt colorées, sous les peintures de Pendanx. Les visages ne sont pas très précis mais l’illustrateur s’efforce surtout de montrer les déformations physiques (comme l’explique le médecin allemand, la folie sculpte les corps) et y réussit. Dans un découpage construit en successions de séquences, il pose nombre de magnifiques paysages, plans larges et architectures aux tons pastel. Les images atténuent la dureté du sujet, peut-être en permettant de mieux le digérer, peut-être en diluant  le sujet, je ne sais pas bien qu’en penser. Mais le fait est que la lecture est un moment plutôt reposant et agréable.

Au final je dirais que Les oubliés de Prémontré, outre le fait de nous faire découvrir une séquences de notre histoire, de traiter du sort des fous (sujet ô combien essentiel sur la situation philosophique de notre société), vaut surtout pour la qualité de ses planches. Non que l’histoire soit inintéressante mais elle ne rentre peut-être pas assez dans le cœur, n’affronte pas suffisamment la dureté. Mais sans doute n’était-ce pas son propos.

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Festival des gazettes: Le Château des étoiles/La Gazette du Château/Le Sang des cerises

J’avais fait une déclaration d’amour au format gazette (même si je trouve les éditeurs gonflés de pratiquer un tel prix pour un tirage véry économique…) et à l’occasion de l’arrivée d’une nouvelle série sous ce format je vais faire un triplé…

  • Le château des étoiles #10: Les prisonniers de Mars.
Saison 2, les chevaliers de mars, épisode 4/6 (mai 2018)

Après une saison des chevaliers de l’Ether (2 volumes reliés, 6 gazettes), Seraphin et ses amis ont embarqué malgré eux pour un extraordinaire voyage vers Mars à la recherche du père du héros, enlevé par les hommes de Bismarck.

Alternant intelligemment les séquences (politiques) sur Terre, auprès des héros et d’autres concentrés sur le corps expéditionnaire germanique sur la planète rouge, cet épisode soulève de nombreux mystères, en découvrant certaines propriétés physiques de la planète et de ses possibles habitants: êtres intelligents? Leviathans? Les brumes de Mars cachent beaucoup de secrets et de dangers très sérieux. Comment les enfants pourront-ils gérer l’arrivée sur la planète avec le Chambellan à bord?…

Les textes additionnels qui font tout le charme et l’intérêt de ces éditions gazettes dévoilent sans détours ce qui constituera la troisième saison: la France est la première nation à avoir mis ne pied sur Vénus !… Année après année ce Château des étoiles renoue avec ce qui a inventé les histoires d’aventure: les feuilletons de Dumas et Jules Verne au XIX° siècle et les magazines fantastiques. Alors que Glénat célèbre Conan et que Ankama publie depuis quelques temps des adaptations de Stephan Wul, je trouve formidable que les éditeurs retrouvent ainsi l’esprit libre et imaginatif de l’aventure qui ne se prend pas au sérieux et vaguement kitsch. En plus la BD d’Alex Alice a le grand mérite de plaire de 7 à 177 ans…

  • La gazette du château #1 (juin-aout 2018):

Résultat de recherche d'images pour "gazette chateau dorison"Très bonne découverte que ce nouveau scénario de Dorison avec un petit nouveau extrêmement talentueux aux dessins. Je m’attendais à une transposition de la Ferme des animaux adaptée aux enfants… et je me retrouve avec un pamphlet très violent et sans détours sur l’exploitation et le totalitarisme que n’aurait pas renié un Lupano… Les dessins, donc sont assez impressionnants même si dans le registre animalier beaucoup de dessinateurs savent rendre des planches très sympa. Je vous laisse aller faire un tour sur le blog de l’illustrateur pour voir de quoi il est capable… On a donc un château occupé par des animaux abandonnés par les hommes et où un Taureau assisté d’une bande chiens féroces à instauré une dictature sanglante où le culte du chef est érigé en obligation et où toute rébellion est punie d’une mort atroce. Pas de mise en place ici, on entre dès la première séquence dans le vif du sujet avec une vieille oie révoltée qui tente de faire se réveiller une chatte blanche qui encaisse les coups pour subvenir aux besoins de ses chatons.

Les deux pages de rédactionnel alternent horoscope, météo et tractes dignes des meilleures plumes de Staline ou d’Hitler, de quoi vous mettre dans l’ambiance. Sinon, je préviens, c’est sanglant, du coup si vous voulez le lire avec vos pitchou je conseille pas avant 10 ans.

  • Le sang des cerises (journal) #2/4:
Série Les passagers du vent T.8 (Livre 1 « Rue de l’abreuvoir).

La césure entre le premier et le second épisode n’est pas idéale puisque l’on reprend la fin de la séquence de retrouvailles entre Clara/Zabo et Klervi (qui reforment le duo féminin blonde/brune présent dans toutes les séries de Bourgeon hormis Les compagnons du Crépuscule)… Pendant la découverte de l’histoire de la bretonne (en français cette fois-ci…) l’auteur se fait plaisir en illustrant en plans large un quartier et un pâté de maisons de Montmartre, justifiant le long entretien passionné sur la maquette qu’il a réalisé pour la création de l’album. L’épisode est posé, espacé avec de nouveaux sauts chronologiques et articulant narration de la vieille Klervi et dialogue enjoué entre les deux filles au XIX° siècle. Clara est l’un des personnages les plus forts de Bourgeon (ne serait-ce que par son expressivité incroyable) et l’on sent son envie de la dessiner et de la faire parler. Les deux filles retrouveront ensuite le personnage au visage de Gabriel Byrne lors de l’Exposition Universelle.

Avec, donc une explication de la méthode de travail de Bourgeon qui a toujours travaillé sur maquettes (ce qui explique aussi sa productivité lente) et des rappels historiques sur l’Exposition  de 1889 et le contexte politique, ce second épisode nous fait vraiment rentrer dans une très belle BD aux dessins plus beaux que jamais chez le dessinateur breton. Je sens une série qui fera date…

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BD·Mercredi BD

Les aigles de Rome

BD d’Enrico Marini
Dargaud (2007-2016), 5 tomes parus.

couv_68233Pour sa première série solo (dont le premier tome remonte à dix ans maintenant!), le grand Enrico Marini, toujours féru d’histoire, à mis la barre haut, voir très haut. Si l’on connaît son talent graphique depuis longtemps, l’aventure scénaristique était risquée: nombre de dessinateurs s’y sont cassé les dents, le travail de documentation historique est considérable tant visuellement que scénaristiquement ; enfin et surtout, la série a vu le jour alors que la grande série sur l’antiquité romaine, Murena avait déjà achevé son premier cycle et jouissait d’une renommée très grande notamment pour son sérieux historique. J’avais commencé la série et abandonné dès le premier tome, peu accroché par ce qui me semblait une intrigue cliché entre deux vrais-faux frères, dans un contexte historique déjà vu. Mal m’en a pris, Les Aigles de Rome tient très fièrement la comparaison avec Murena en assumant son identité propre.

Sur le plan matériel nous avons une pagination classique mais une intrigue très dense pourrait faire croire à des albums de 80 pages… Un court résumé des précédents tomes est inséré en début d’album et un glossaire des termes latins à la fin. L’intérieur de couverture comporte une très belle et très utile carte de l’Empire indiquant notamment les noms et localisations des nombreux peuples germains qui sont au cœur de l’intrigue. Tout bon donc côté fabrication éditoriale, si ce n’étaient les couvertures qui sont comme souvent chez Marini très peu inspirées et peu alléchantes. Vraiment dommage lorsque l’on compare à la qualité des dessins intérieurs qui sont d’un niveau rarement atteint par l’illustrateur italien.

Alors que la République touche à sa fin, un général romain se retrouve chargé d’élever son fils et le fils d’un chef germain emmené en « otage » comme signe de soumission à Rome. Alors que les deux fiers adolescents grandissent dans la culture romaine, ils vont se retrouver confrontés à leurs ambitions respectives mais surtout à leur identité de romains mais aussi des peuples conquis. Au travers de cette querelle de  deux frères ce sont les prémices de la bataille de Teutobourg qui nous sont relatés, qui vit la plus grande défaite des légions romaines et l’arrêt quasi définitif de l’expansion de l’Empire en Europe.

Marini - Les Aigles de Rome - Tomes 1 à 3Les Aigles de Rome a été une vraie surprise pour moi. J’aime l’Histoire, je lis Marini depuis le premier Gipsy (et j’ai d’ailleurs fait une rétro sur la série), j’ai adoré la série TV Rome qui a permis ce genre de traitement réaliste dans les fictions… et pourtant quelque chose ne collait pas. Je me suis donc trompé et je considère désormais cette série comme l’une des meilleures productions du dessinateur, d’une maturité qu’aucune de ses autres séries (à part peut-être L’étoile du désert) ne possède!

D’abord le sérieux de la reconstruction donc, et sur ce point la comparaison est tout à fait pertinente avec Murena: dans les deux cas, un personnage historique (Arminius chez Marini, Néron chez Dufaux/Delaby) et son alter-ego fictif se croisent en amitié/concurrence. Murena prend la grande Histoire, Les aigles de Rome a l’intelligence de recentrer sur un événement précis et une série courte, ce qui évite de diluer l’intrigue sur de très nombreux volumes (Murena en est à 10 et ça commence à faire beaucoup…). Choix pertinent tant la quantité d’informations (termes latins, détails de la hiérarchie romaine ou des coutumes sociales, etc) est important, de même que les personnages dont nombreux sont dotés d’un vrai travail de caractérisation.

Résultat de recherche d'images pour "marini aigles de rome"Ces personnages que je craignais très archétypaux lors de ma première tentative s’avèrent assez complexes et dotés de motivations cohérentes ; hormis Varus aucun n’est un gros méchant né pour être méchant, à l’inverse, le héros Marcus nous change du héros parfait à la Scorpion: ténébreux, impulsif mais aimant, il accumule les boulettes tout en étant d’un courage et d’une force exemplaires. Un héros faillible, contrairement à son frère Arminius, que rien ne semble pouvoir faire échouer alors qu’il se transforme progressivement en vrai antagoniste de Marcus. Tout au long de l’histoire on ne sait qui est réellement le héros de Marini, celui de la petite histoire familiale ou celui qui marquera l’Histoire de son nom…

Sur le plan graphique, si l’on a l’habitude de l’excellence, on atteint ici des sommets de reconstitution, que ce soit sur les costumes ou de multiples détails de décors militaires ou des intérieurs. Sachant tout dessiner, Marini est en outre un coloriste hors paire créant des atmosphères variées et évocatrice. Des visages des personnages aux paysage, tout est fin, subtile, précis et beau. Grande maîtrise des cadrages avec des plans dynamiques alors qu’il n’utilise pourtant aucune ligne de mouvement. Les séquences de bataille sont elles aussi impressionnantes de lisibilité et de style. Il est vraiment très fort! Alors il y a bien sur quelques tics graphiques comme les méchants qui sont souvent chauves, pâles et édentés ou la Germanie toujours couverte de brume et constellée d’arbres morts… Mais cela permet aussi une proximité avec le lecteur, une lisibilité qui n’est pas grossière non plus. Sur le plan documentaire comme sur le plan graphique, Les aigles de Rome peut assumer son statut de grande BD d’aventure historique, que personnellement je préfère donc à Murena.

Résultat de recherche d'images pour "marini aigles de rome"Les BD de Marini se bonifient avec l’âge et le bonhomme prends des risques en changeant d’univers: après le volume 2 de son Batman il enchaîne avec un nouvel épisode du Scorpion (la série s’approche de la fin) et travaille actuellement sur un one-shot en mode roman noir. De quoi saliver…

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

 

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Le Troisième Testament – Julius #5

BD de Alex Alice et Thimothée Montaigne
Glénat (2018), 80p. Série finie.

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La maquette de la série du Troisième Testament est toujours aussi travaillée, avec des pages de gardes et une ligne générale maîtrisée. Une série dont l’harmonie fait plaisir dans la bibliothèque. Pour rappel, « Julius » est la série préquelle du Troisième Testament d’Alice et Dorison, l’une des séries les plus acclamées et qui a lancé le genre de la BD historico-ésothérique (avec le Triangle secret , Le Décalogue, le Scorpion et toute la ribambelle de séries sur l’histoire occulte de l’Eglise).

Julius est une série compliquée qui demande à son lecteur de la pugnacité. Pour expliquer cela je vais faire un petit rappel… Il y a vingt ans paraissait le premier tome d’une série qui allait révéler deux des auteurs parmi les plus réputés et influents aujourd’hui: Alex Alice (Le château des étoiles, Siegfried,…) et Xavier Dorison (Undertaker, Long John silver, Red Skin,…), deux autodidactes qui révolutionnaient le genre et permettaient à Glénat, éditeur connu pour ses BD historiques (Bourgeon par exemple) de moderniser son catalogue. Des dizaines de séries ont vu le jour suite à cette BD qui étale sa publication sur six ans en proposant un incroyable équilibre entre BD d’action, policière et BD historique, le tout inséré dans un scénario enchevêtré qui exige du lecteur de rester concentré. Tout cela directement inspiré bien entendu par le chef d’œuvre Le Nom de la Rose et surtout son adaptation au cinéma.

Résultat de recherche d'images pour "troisieme testament julius 5"Sept ans après la fin de la première série qui se clôturait sur un dénouement impossible à anticiper et complexe quand à ses ramifications, les auteurs faisait sortir une série devant relater l’histoire de Julius de Samarie dont la légende est le point de départ du Troisième Testament. La subtilité des indices semés rendaient la série originelle exigeante mais celle-ci était très rythmée par l’action et les visuels épiques.

Le fait de changer complètement de décors (un général romain au visage de Marlon Brando…) est d’abord troublant pour un lecteur qui aurait lu la première série (je préconise d’ailleurs vivement de lire la totalité dans l’ordre de parution chronologique). Outre le changement de dessinateur au second tome (on gagne en qualité de dessin, Montaigne étant vraiment talentueux), ce choix va diriger une progression scénaristique laborieuse que je ne m’explique que par le départ de Dorison après la mise en route du premier tome. Le talent de scénariste n’est pas donné à tout le monde et malgré la grande qualité de ses ouvrages solo, Alice n’est pas du niveau du scénariste d’Undertaker… Ainsi, si la progression du personnage principal de général romain avide et incroyant à celui de prophète est bien amenée, l’intrigue générale est cahoteuse: après un premier tome très construit et qui amène notamment les fameux guerriers corbeaux qui pimentent la série, l’on part dans un étonnant périple en deux volume (subdivision interne de Julius… pourquoi ?), ce qui coupe l’intrigue. Dans les deux derniers volumes, et notamment le volume 5 l’on a d’incessants va et viens à la fois géographiques et dans la relation et les choix de Julius et du Sar Ha Sarim. L’on a bien compris que la série était structurée autour de cette dualité par ailleurs très intéressante (sorte de trinité avec Julius âgé, sa fille son gendre: Père-Fille-Saint-esprit?). Mais soit par mauvais choix scénaristiques soit par hésitations, on sent des flottements qui rendent l’évolution d’autant plus laborieuse que toute l’histoire tourne autour de ces personnages. Et à la différence de la première série, assez peu d’action vient finalement dynamiser cela et surtout la dimension fantastique est pratiquement absente jusqu’au dernier tome alors que les interventions du sénateur Modius, versé dans les arts noirs, était un des points forts du premier album… Le questionnement autour de l’identité du Sar ha Sarim, du rôle divin de Julius, sont complexes, et jamais aucun élément ne viendra expliquer l’origine des guerrier-corbeaux, ce qui sera une des rares fautes du scénario, laissant une des grandes questions de la série totalement inexpliquée…

Résultat de recherche d'images pour "troisieme testament julius 5"Malgré toutes ces réserves, qui me faisaient craindre l’album de clôture, Julius reste une série unique, ambitieuse et assez fondamentale pour finir de comprendre la série mère. Le tome cinq nous amène à ce titre une conclusion très digne (toujours bringuebalant dans sa construction mais ramenant enfin ce fantastique et ce côté épique tant aimés). Construit autour du siège de Jérusalem par les armées romaines puis par les armées d’hommes corbeaux, il resserre l’intrigue comme un drame de théâtre en un lieu unique où tous les personnages vont converger. Tout se dénoue et à ce titre la série garde une grande cohérence générale. Les scènes de bataille apocalyptiques sont belles et bien faites, on aRésultat de recherche d'images pour "troisieme testament julius 5" de l’héroïsme, bref, c’est chouette. Graphiquement c’est majestueux, encré, et très lisible ; la série aura permis de révéler un artiste très talentueux qui devrait compter à l’avenir. La maîtrise des plans impressionnants, de la zone grise entre le magique divin et l’historique cartésien sont vraiment bien gérés. De même les personnages sont subtiles et tous intéressants, même s’il aura été compliqué tout au long de la série de savoir quels personnages étaient importants: paradoxalement le plus visible, le colosse Shem n’est finalement qu’un acolyte mineur… Les failles principales sont les grosses ficelles (Julius rentre dans Jérusalem assiégée comme dans un moulin et en ressort aussi tranquillement) et le découpage des albums et de la série (le voyage en orient, pour intéressant qu’il soit nécessitait-il deux tomes?). Je dirais que chaque volume individuellement est remarquable, que la série rejoint et explique la série mère, mais qu’en tant que série elle reste assez bancale dans sa construction. Je pense que ceux qui auront aimé le Troisième Testament devraient lire Julius d’une traite et y trouveront grand plaisir, mais les cinq tomes de Julius pris isolements restent dispensables.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

Et en bonus une interview du dessinateur à l’occasion de la sortie de l’album:

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Le docu du week-end #3

Le Docu du Week-End


Algériennes 1954-1962
BD de Swann Merali et Deloupy
Marabout (2018), 128.

couv_322070Une jolie édition (couverture très efficace) avec petite bio des auteurs et bibliographie très intéressante à la fin. Les auteurs avertissent le lecteur sur le  caractère fictionnel de cet album… basé sur des personnages et faits réels. On reste donc bien dans de la BD docu.

Béatrice, fille d’appelé d’Algérie n’a jamais pu entendre son père parler de cette guerre qui a pourtant marqué la famille comme beaucoup d’autres foyers. Elle décide de partir en Algérie à la recherche de témoignages pour comprendre ce qu’a été cette guerre. Elle y découvre un versant enfoui: celui de la place et du rôle des femmes dans la guerre d’Algérie.

Le grand intérêt de cette BD est son caractère pédagogique et le fait de traiter du rôle et de la situation des femmes dans cette salle guerre. Le scénario reprend le classique cheminement en entretiens avec différents témoins lors du voyage en Algérie que fait le personnage focus, ce qui permet à la fois de structurer le récit et de décrire différents points de vue, intelligemment reliés les uns aux autres. On suppose que cet enchevêtrement des récits est inventé mais son efficacité est pertinente en évitant que l’album ne soit qu’une succession de témoignages.

Résultat de recherche d'images pour "algeriennes 1954 deloupy"Sous un schéma classique, les auteurs nous permettent de parcourir un plan large de ce qu’a été la guerre d’Algérie. Depuis quelques années on a un nombre non négligeable d’ouvrages, films, documentaires, articles traitant de cette dernière guerre coloniale mais la complexité qu’elle recouvre rend salutaire la démarche de Merali et Deloupy. De manière accessible, sans reculer devant la dureté de montrer (la torture, les mutilations,…), ils nous font entrer dans ce qu’ont vécu ces femmes très différentes, avec leur subjectivité. Mais la relativité des faits est une partie de la mémoire. Ce qui importe c’est la parole (ce qui ressort de tous les témoignages de périodes de génocides et de guerres). L’ouvrage s’ouvre sur les silences du père et l’on comprend très vite que tout va tourner autour du récit. L’une des femmes a été moudjahidine, a vécu la torture mais aussi les premières heures de la Nation algérienne, avec ses corruptions et sa perte d’idéal. Une autre, pied-noire restée sur place, n’a pas compris pourquoi on lui enlevait son Algérie, niant le sort fait aux indigènes. Résultat de recherche d'images pour "algeriennes 1954 deloupy"Une fille de Harki se souvient de cette fuite du rapatriement et l’internement dans des camps en Provence,… Ce sont autant de facettes de la réalité d’une guerre sale, grise, sans héros, sans victoire. Il ne manque plus que le récit de l’histoire de la colonisation, seule à même d’expliquer l’inexplicable. Ce n’était pas l’objet de l’album et aucune œuvre ne peut aborder une problématique si complexe, s’étalant sur 130 ans.

Le prisme adopté est celui des femmes. Mais l’on comprend à la lecture qu’il aurait pu être celui des pieds-noirs ou des berbères, des enfants d’appelés,… autant de victimes de la guerre menée par des hommes chrétiens et des hommes arabes qui ont oublié pourquoi ils se battaient. Cette BD est une vraie belle action citoyenne et une très bonne porte d’entrée sur un sujet souvent évité. Une belle occasion.

Cet album a pu être chroniqué grâce au très sympathique envoi des éditions Marabout.

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BD·Mercredi BD

Angel wings – cycle Burma Banshees

BD de Yann et Romain Hugault
Paquet (2014-2017), 1° cycle de 3 volume (46 planches/album) paru. Une intégrale et les albums grand format disponibles.

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J’ai eu sous la main les albums au format normal, mais d’expérience l’éditeur Paquet fait du bon travail sur les grands formats. En outre les larges cases utilisées par Hugault pour ses magistrales séquences d’aviation méritent le détour en grand format. L’édition normale comporte une petite bio d’un vrai aviateur des Burma Banshees et toujours de très sympa plans d’avions et des pin-up dans les intérieurs de couverture. Cette chronique porte sur le premier cycle de la série, clôturé. Un second cycle se déroulant dans le Pacifique a commencé en 2017.

En 1944 sur le front asiatique, l’empire japonais menace la Chine et l’Inde. Une aviatrice chevronnée, civile membre des Women Airforce Service Pilot (Wasp) assure des navettes entre des bases isolées et occupées par de rudes pilotes de chasse. Dans ce monde d’hommes, dans une armée qui cantonne les femmes au rôle de secrétaires en talons, c’est toute une époque que nous découvrons au travers des aventures d’Angela…

Résultat de recherche d'images pour "angel wings hugault"Avec les aventures de cette forte femme, Yann et Hugault nous plongent dans les soubresauts de cette guerre, entre sabotages, missions de sauvetage de pilotes éjectés et attaques ennemies. Pour ceux qui ne connaissent pas, Romain Hugault est un superbe dessinateur passionné d’aviation et pilote hors de la planche à dessin. Il est ainsi le chef de file d’une école de BD d’aviation et à moins que vous ne soyez allergiques à ce qui à des ailes et des hélices, il faut dire que l’ensemble de ses albums regorge d’illustrations de voltige et de batailles aériennes absolument magistrales de virtuosité et de précision documentaire. Il faut voir le dessin de chaque vis et rivet pour imaginer le travail de documentation et la passion du détail qui anime l’illustrateur.

Image associéeJ’ai découvert Hugault sur son premier album et premier succès, le Dernier envol, recueil de quatre histoires, de quatre vies liées aux avions, pendant la seconde guerre mondiale. Si cette période occupe la quasi-totalité de son œuvre (hormis une escapade sur la première guerre mondiale dans Le pilote à l’Edelweiss) ce n’est pas uniquement par-ce qu’elle lui permet de dessiner des avions de guerre mais bien par-ce que les années 1940 le fascinent. Dans Angel wings plus que dans ses autres séries, le scénario de Yann insiste particulièrement sur le sort réservé aux femmes dans une Amérique machiste, qui plus est lorsqu’elle est en guerre. Cette BD que l’on pourrait presque qualifier de féministe a l’intelligence de ne pas être anachronique comme le sont souvent les histories contestant une situation historique. Angela est révoltée bien sur, mais femme de son époque, elle accepte en partie sa condition qui ne changera que dans le regard que lui portent les hommes de la base en constatant son courage. Image associéeL’on en sait très peu sur cette étrange aviatrice sachant se battre, manier un fusil et survivre dans la jungle birmane,  qui est étonnamment assez peu présente dans les cases hormis dans la trame générale du scénario qui semble tourner autour du décès de sa sœur, aviatrice comme elle. Et pour cause, il faut le reconnaître, l’histoire est assez anecdotique et plus un prétexte à illustrer des séquences d’aviation via le personnage du pilote de chasse Rob, des paysages et des séquences de bataille. C’est la recette de tous les albums de ce dessinateur (ses autres séries sont peut-être un peu plus consistantes), mais cela n’en fait pas moins de magnifiques BD bien au-dessus de la moyenne des albums grand-public historiques.

Résultat de recherche d'images pour "angel wings hugault"A la documentation visuelle de l’illustrateur répond une précision historique concernant une foule de détails sur les bases militaires en Asie, le quotidien d’un soldat sur le Front oriental ou la politique de déstabilisation radio du Japon (méthode certainement coutumière de tous les régimes en période de guerre mais saisissante ici: insidieusement on insinue que les médicaments donnés par l’armée US rendent impuissants, que les femmes restées au pays trompent les soldats, etc)… Je disais que l’histoire était un décors. Cela n’est pas une critique: la force de ces albums est documentaire et sur ce point c’est une grande réussite. Personnellement j’ai moins apprécié ce décors birman que les précédents albums du tandem Yann-Hugault en Europe, mais cela reste passionnant de réalisme, que ce soit les dialogues, les poses, les coiffures, on sent l’envie de cartes postales les plus précises et on apprend plein de choses. Bien sur on reste du côté hollywoodien, c’est clair, coloré, plein de bons mots. Cela n’empêche pas des drames, mais la dureté de la guerre reste au loin, comme dans l’esprit d’un aviateur perché sur son aigle d’acier au-dessus des combats.

Pour résumer, si vous aimez les avions, les belles images colorisées au numérique, la précision historique, les femmes (côté émancipation et côté rondeurs…), les années 40… foncez, au risque de découvrir un auteur que vous ne pourrez plus lâcher.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques .