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Batman Le Film 1989

Histoire complète en 60 pages, adaptation du film éponyme de 1989 réalisé par Tim Burton. Dennis O’Neil au scénario, Jerry Ordway au dessin. Parution chez Urban Comics le 10/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avec le Diable au clair de lune

Vue d’en haut, la ville de Gotham City a tout d’une ville magnificente, une métropole gothique qui porte en elle les germes de la modernité. Mais si vous plongez un peu plus profond, si vous vous risquez à explorer ses entrailles, ses rues sombles et malfamées, vous vous apercevrez qu’elle n’est en réalité qu’un cloaque suintant, une cour des miracles où les gorges se tranchent aussi vite que les réputations se font et se défont.

Bruce Wayne le sait bien. Cette ville l’a vu naître, dans une position privilégiée, mais elle lui a aussi tout pris, lors d’une nuit tragique où ses parents ont trouvé la mort, de façon aussi banale que tragique. Depuis lors, l’orphelin héritier n’a plus montré en public qu’une vaine façade de lui-même, celle d’un play-boy inconséquent dont les quelques accès de prodigalité philanthrope ne visait qu’à soulager sa conscience.

Ce que la ville ignore cependant, c’est que Bruce Wayne n’a pas remisé son traumatisme dans les tréfonds de sa conscience, ni dans les affres d’une vie dissolue, au contraire. Il ne vit désormais plus que pour venger ses parents, et tous les autres parents morts à cause du crime et de la corruption. Poussé par sa soif de vengeance, Bruce a crée le personnage de Batman, un justicier sombre et invincible qui hante les rues de Gotham pour y traquer les criminels. Et il y a de quoi faire à Gotham City…

Durant sa croisade contre le crime, Bruce va faire la rencontre de Jack Napier, un dangereux criminel, dont la psychose explosera au grand jour après sa première rencontre avec Batman. Ce sera le début d’une lutte sans merci entre le héros chauve-souris et celui qui se fait désormais appeller le Joker.

Il est indéniable que le film Batman de 1989, réalisé par Tim Burton, s’est hissé au rang de film culte, un immense succès commercial et culturel de l’époque. Bien que Tim Burton soit revenu depuis sur la hype provoquée par son oeuvre, le film est resté l’une des meilleures adaptations audiovisuelles du personnage (surtout si l’on prend en considération d’autres entrées ultérieures, comme Batman & Robin).

L’adaptation par O’Neil et Ordway, parue à l’époque du film, opte pour la fidélité totale envers le script original. On y retrouve donc l’ensemble des séquences, jusqu’aux dialogues. Graphiquement, Ordway s’inspire bien sûr des fameux décors du film, qui empruntaient à des classiques comme Brazil et Métropolis, et imprime les visages bien connus, et donc bien reconnaissables, des acteurs.

Tout est donc fait pour reproduire l’ambiance et le succès du support audiovisuel. Le récit en lui-même est plutôt condensé, mais les 60 pages du comic sont suivies des 60 pages de crayonné du dessinateur, elles-mêmes agrémentées des recherches préparatoires. Si un cahier graphique est toujours un bonus très appréciable pour une BD, la pertinence de l’ajout de l’intégralité des crayonnés ne me paraît pas si évidente, puisqu’elle double la pagination pour offrir une redite, en V.O., ce qui peut rebuter les lecteurs non anglophones. Le prix de l’album a du aussi en pâtir, ce qui, du point de vue éditorial, peut relever du faux-pas.

Il n’en demeure pas moins que Batman Le Film est une bonne adaptation, certes datée mais qui bénéficie du capital nostalgie dont le métrage jouit encore. La preuve par l’exemple, Michael Keaton est supposé reprendre le rôle dans le prochain film The Flash, qui traitera du Multivers. Côté comics, l’univers créé par Tim Burton a aussi eu droit à une continuation en 2021, avec la mini-série Batman ’89, écrite par Sam Hamm et illustrée par Joe Quinones, pas encore disponible en VF.

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Devil’s Reign #1 et #2

Premier et second volumes de la mini-série écrite par Chip Zdarsky. Le premier contient les épisodes US: Devil’s Reign (2022) #1-3, Devil’s Reign : Superior Four (2022) #1, Devil’s Reign : Villains For Hire (2022) #1, Daredevil : Woman Without Fear (2022) #1, Devil’s Reign : X-Men (2022) #1.

Le second contient  les épisodes US: Devil’s Reign (2022) #4, Devil’s Reign : Superior Four (2022) #2, Devil’s Reign : Villains For Hire (2022) #2, Daredevil : Woman Without Fear (2022) #2, Devil’s Reign : Winter Soldier (2022) #1, Devil’s Reign : Spider-Man (2022) #1, Devil’s Reign : Moon Knight (2022) #1. Parution le 07/09/22 et le 05/10/22 chez Panini Comics.

Here it goes again

Dans l’univers Marvel, les super-héros ne sont pas toujours bien perçus, et ce malgré leur dévouement et leur abnégation. Car voyez-vous, ils ont aussi une fâcheuse tendance à provoquer des dégâts, et, allez savoir, ramènent aussi sans doute le commun des mortels à leur condition et à leur impuissance.

En 2006, il y a seize ans pour nous mais un peu moins au sein de l’univers 616, un incident grave impliquant de jeunes super-héros avait conduit les autorités à promulguer la Loi de Recensement, qui obligeait les super-héros en activité à dévoiler leur identité et à travailler pour le SHIELD, ce qui impliquait un contrôle hiérarchique, une formation et une sanction de leurs actes. Ulcéré par cette atteinte aux libertés fondamentales, Captain America s’opposa vivement à cette Loi, entrant de facto dans la clandestinité avec tous ses partisans. De l’autre côté, Iron Man, plus pragmatique, considéra que le compromis était raisonnable et opta pour la coopération. Cette divergence de point de vue engendra la célèbre CIVIL WAR, la guerre civile des super-héros, qui eu des conséquences et des ramifications durables, faisant entrer une frange non négligeable de héros dans la clandestinité durant plusieurs années.

Ce schisme ébranla le rampart formé par les héros et ouvrit la voie à l’Invasion Secrète des Skrulls (Secret Invasion), puis au règne sombre (Dark Reign) de Norman Osborn, lorsque ce dernier, profitant d’une vague favorable de publicité, fit croire à sa rédemption et devint le nouveau directeur du SHIELD, permettant aux criminels de tout bord de prospérer. Pourquoi vous raconter tout ça ? Parce que Devil’s Reign reprend quasiment au mot le pitch de Civil War, qu’il l’assaisonne avec du Dark Reign, pour nous resservir la recette en trois volumes.

Petit récapitulatif: Après quelques années passées sous l’égide de l’irascible Jonah Jameson, la mairie de New York passe aux mains de Wilson Fisk. Ce dernier, connu pour être l’empereur du crime connu sous le nom du Caïd, est parvenu, avec habileté, à laver sa réputation lors d’une invasion d’Hydra (voir Secret Empire) pour se hisser vers le fauteuil du Maire. Le Caïd a longtemps lutté sans merci contre Matt Murdock, alias Daredevil, ces derniers se rendant coup pour coup dans un déluge sans fin de violence et de vengeance. Devenu Procureur, Murdock a poursuivi sa lutte contre son ennemi juré, qui depuis quelques années détient jalousement le secret de sa double identité.

Pour garder un coup d’avance, Fisk a réuni des preuves, des pièces à conviction, non seulement sur Daredevil, mais aussi sur d’autres héros susceptibles d’entraver ses projets. Mais lors de son petit check-up mensuel dans son coffre-fort, Fisk s’aperçoit que le dossier a disparu. Et ce n’est pas tout, il est désormais incapable de se rappeler du véritable nom de Daredevil, ni de faire le lien avec Matt Murdock. Fou de rage d’avoir été ainsi berné, l’ancien Caïd décide de prendre les choses en main et fait promulguer une loi interdisant les super-héros, et par extension toute personne détentrice de pouvoirs surhumains dans l’enceinte de la ville.

Cette initiative force les héros urbains à se regrouper: Luke Cage et Jessica Jones reprennent du service, avec leur ami Iron Fist, Spider-Man bien entendu, mais également des francs-tireurs tels que Moon Knight ou le Punisher, personne ne sera épargné. Pour couronner le tout, Fisk enrôle des criminels notoires en les amnistiant, pour former les Thunderbolts, une milice chargée de traquer les contrevenants.

Il y a des lectures qui vous font sentir le poids des années. Il y a des lectures qui vous font réaliser que les comics et leurs histoires, c’est avant tout une machine à mouvement perpétuel, qui tend à reproduire des cycles, comme l’Histoire avec un grand H. Et enfin, il y a des lectures qui vous font réaliser que vous lisez depuis assez longtemps pour voir les cycles narratifs se suivre et se répéter.

Chip Zdarsky combine donc des éléments déjà vus dans d’autres séries et sagas, sans que l’intention réelle derrière cette resucée ne soit très claire: remettre les thématiques au gout du jour ? Se les approprier ? Est-ce plutôt une commande de Marvel qui souhaite réinterpréter ses classiques ? Allez savoir. Il n’en demeure pas moins que tout dans Devil’s Reign a déjà été vu ou revu:

  • Un méchant qui se rachète une bonne réputation et se hisse au sommet ? Norman Osborn l’a déjà fait lors de Dark Reign, avec des effets plus pernicieux et à une échelle sensiblement plus grande.
  • Une loi qui empêche les super d’être des héros ? Plus ou moins la même chose dans Civil War, avec néanmoins plus de nuance quant aux implications politico-sociétales. Là où Civil War donnait à chaque camp des arguments entendables sur la façon de réagir à la Loi de Recensement, Devil’s Reign ne s’embarrasse pas d’une telle réflexion et admet sans embage le caractère inique de l’initiative de Fisk.
  • Des méchants utilisés pour traquer les super-héros rebelles ? Là aussi, les Thunderbolts sont un copier-coller, avec US Agent pour les encadrer, ce qu’il faisait déjà en 2011.
  • Le Caïd qui tient un dossier sur Daredevil et d’autres super-héros ? L’idée fait exactement écho au Rapport Murdock , à l’époque où Brian Bendis écrivait la série.
  • Bon sang, même le concept d’utiliser l’Homme Pourpre pour contrôler en masse les populations a déjà été utilisée !

Néanmoins, on peut accorder à Devil’s Reign un élément de sa prémisse qui soit original, ou du moins peu courant, à savoir la bataille électorale dans laquelle se lancent nos héros pour espérer battre Fisk sur son propre terrain. Après Jameson et Fisk, l’idée de voir un super-héros à la tête de New York serait, avouons-le, plutôt cool.

A côté de ça, on ne peut pas ignorer certains défauts éditoriaux, qui prennent leur source chez Marvel, mais qui sont confirmés par Panini: l’histoire principale, qui est magnifiquement dessinée et qui tient globalement la route malgré les redites précitées, est littéralement parasitée par une floppée de tie-ins, des épisodes annexes se déroulant en parallèle de l’intrigue dominante. Ces épisodes se concentrent sur Elektra, qui soit dit en passant est devenue la nouvelle Daredevil, ainsi que sur les Thunderbolts, et l’on trouve aussi des épisodes mettant en scène Moon Knight, le Soldat de l’Hiver, et le Docteur Octopus cherchant à assimiler ses doubles à travers le Multivers.

Oui, vous avez bien lu, une partie non négligeable de ces deux premiers volumes n’a rien à voir avec le sujet. D’une qualité qui va du franchement médiocre au tout à fait passable, ces tie-ins, qui se paient en plus le luxe de ne pas être disposés dans le bon ordre chronologique, auraient pu disparaître sans que l’ensemble n’en soit affecté, bien au contraire. L’histoire principale, qui va à l’essentiel, aurait gagnée à être publiée seule.

Le bilan de ces deux premiers tomes est donc plus que mitigé, notamment du fait des égarements éditoriaux de Panini, ce qui est d’autant plus dommage que la série principale, bien que pompant allègrement dans les classiques, présente tout de même certaines qualités.

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November #1: La fille sur le toit

Premier volume de 124 pages de la série écrite par Matt Fraction et dessinée par Elsa Charretier, avec Matt Hollingsworth aux couleurs. Parution le 01/06/2022 aux éditions Sarbacane.

Polar Givré

Un beau matin, alors qu’elle est occupée à gâcher sa vie, Dee est accostée par un homme à l’allure débonnaire, qui se présente comme étant un certain M. Mann.Ce dernier semble l’avoir préalablement observée et étudiée, et il a une proposition à lui faire. Contre une rémunération conséquente, Dee accepte de traduire un code secret puis d’en diffuser le résultat sur une radio à fréquence courte, et ce quotidiennement.

Bien que son quotidien ait de quoi s’améliorer, Dee ne saisit toutefois pas la balle au bond et reste vautrée dans ses vieilles addictions, jusqu’au jour où aucun code secret ne lui parvient….

De son côté, Kowalski, reléguée au centre d’appels du 911, fuit une vie de couple morose en enchaînant les heures sup’. Sa routine sera bousculée lors d’une nuit fatidique durant laquelle la ville va plonger dans le chaos. Quel rapport entre ces deux histoires ? Quels liens unissent ces deux parcours chaotiques ? Existe-t-il une conspiration pouvant donner sens à tout ça ?

Sur l’Etagère, on connaît Matt Fraction pour son travail chez Marvel (Fear Itself, Hawkeye, Iron Fist,) mais aussi en indépendant, comme Sex Criminals. Ici, l’auteur plonge dans le polar sombre et opte pour un récit choral, moyen idéal de brouiller les pistes tout en semant des indices ça et là. Comme dans tout polar qui souhaite se distinguer dans cette catégorie, le récit commence par un mystère, qui une fois détricoté mènera les personnages et les lecteurs à une conspiration qu’on devine déjà vaste et tentaculaire.

Néanmoins, il faut vous attendre à ce que le scénariste ne vous prenne pas par la main pour vous conduire jusqu’à sa conclusion. Il faudra rester attentif-ve, et parfois même revenir sur vos pages pour relire certains passages afin de reconstituer vous-même le puzzle. Certains éléments de mise en scène peuvent donc paraître opaques au premier abord, voire abscons, d’où le constat que ce premier volume est une lecture exigeante. La structure chorale renforce encore ce constat, avec plusieurs protagonistes féminines dont les destins vont se croiser de façon tragique ou inattendue.

Il faudra attendre le second tome, paru en novembre, pour pouvoir juger cette intrigue à tiroirs dans son ensemble.

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X-Men: Inferno

Mini-série en quatre épisodes, avec Jonathan Hickman au scénario, et Valerio Schiti, Stefano Caselli, Silva R.B. au dessin. Parution en France chez Panini Comics le 05/10/2022.

La Fin des X-Temps

Depuis 2019, le scénariste Jonathan Hickman a modifié radicalement le paradigme des mutants, les plaçant sur la voie de la grandeur, mais aussi en intensifiant les forces antagonistes susceptibles de provoquer leur fin. Dans House of X, Charles Xavier et Magnéto fondent la nation mutante de Krakoa, sur l’île vivante du même nom. Protégé par ce nouveau foyer, le genre mutant peut s’affranchir des normes humaines et de l’oppression, et va même jusqu’à dompter la Mort grâce aux protocoles de résurrection.

En parallèle, le projet Orchis, réunissant les esprits humains les plus brillants, travaille à la création de la Sentinelle suprême, Nimrod, dont les X-Men essayaient déjà d’empêcher l’émergence dans les années 80. Dans House of X, les mutants tentaient déjà le tout pour le tout afin de mettre hors-ligne le Moule Matrice qui lui donnerait naissance, octroyant à leur engeance un bref sursis.

Ce que la plupart des mutants ignore, c’est que l’idée de Krakoa est due à une mutante particulière, qui a œuvré seule à l’insu de tous et dans de nombreuses réalités, de façon si secrète que tous ignoraient sa nature de mutante. En effet, Moira MacTaggart, bien connue des lecteurs de longue date, s’avère être une mutante, ayant le pouvoir de se réincarner dans une nouvelle ligne temporelle à chaque fois qu’elle meurt, en conservant tous ses souvenirs. C’est elle qui, explorant les différentes possibilités qui s’offraient aux mutants dans le futur au cours de neuf vies, a entamé sa dixième vie avec une vision claire de ce qu’il fallait faire pour préserver les mutants de l’extinction. Forte de ses connaissances antérieures, Moira a recruté Xavier et Magnéto, en leur révélant son secret, afin de mettre sur pied la nation mutante, avec pour condition principale de ne pas ressusciter de mutant clairvoyant.

Après de nombreux conflits, les mutants arrivent à la veille de changements majeurs dans leur évolution. Le Conseil Secret, composé de mutants influents venus de tous bords, œuvre pour repousser les menaces mais n’est pas à la hauteur face à la Sentinelle Suprême, d’autant plus que son réveil intervient au moment où des dissensions fragilisent les bases de Krakoa.

Alors que Nimrod et la Sentinelle Oméga préparent leur assaut et apprennent des erreurs commises par les mutants, Mystique, dont la compagne Destinée a été privée de résurrection à cause de son don de voir le futur, complote comme elle sait le faire pour parvenir à ses fins. Mettant la pression au Conseil Secret, elle parvient à faire ressusciter sa bien-aimée, mettant ainsi en péril les plans de Moira. Krakoa est-elle vraiment vouée à disparaître ?

Inferno constitue le chant du cygne de Jonathan Hickman sur la franchise des X-Men. La mini-série vient en effet boucler des lignes narratives initiées dans House of X et Powers of X, et nous donne la réponse à de nombreuses questions sur les motivations de certains personnages clés. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur nous en donne pour notre argent et ne lésine pas sur les coups de théâtre et les révélations !

Attention, ça va spoiler plus bas.

Donc, Mystique et Destinée sont de nouveau réunis. A peine ses souvenirs téléchargés dans son nouveau corps via le Cerebro, Destinée se remémore les événements passés, et notamment sa dernière rencontre avec Moira lors d’une précédente vie. Avec l’idée de se venger en tête, les deux mutantes capturent Moira et s’arrangent pour que ses protecteurs, Xavier et Magnéto, tombent dans un piège au beau milieu d’une base d’Orchis.

Lors du face à face avec Moira, Mystique et Destinée apprennent les véritables intentions de cette dernière: soigner le genre mutant en les débarrassant en masse de leurs pouvoirs. Lassée de constater, vie après vie, que les mutants perdraient toujours face aux humains, aux machines, ou les deux (confère Powers of X), Moira en est arrivée à la conclusion que les mutants ne devraient tout simplement pas exister.

Cette situation est très ironique puisque la Sentinelle Oméga explique, un chapitre plus haut, qu’elle vient d’un futur dans lequel les mutants gagnent toujours, et qu’elle a été envoyée dans notre présent pour remédier à cet échec (tiens tiens, l’intrigue de l’IA menaçante qui remonte le temps pour assurer sa propre création et sa suprématie me rappelle vaguement quelque chose…). Ce qui signifie que le plan prévu par Xavier, Magnéto et Moira était voué au succès, du moins à l’issue de la dixième ou onzième vie de Moira. Avec le recul, le fait que Mystique prive Moira de ses pouvoirs mutants (grâce au Neutraliseur, une arme apparue dans Uncanny -Men en 1984) apparaît comme un pré-requis, puisqu’aucune ligne temporelle ne peut être considérée comme définitive tant que Moira possède son pouvoir.

Néanmoins, on peut imaginer que Moira continuera tant que son objectif n’est pas atteint. L’inconvénient, c’est que si elle meurt en tant qu’humaine, son histoire s’arrête là, et l’Histoire avec un grand H ne pourra pas être rebootée. Mais que se passerait-il si un nouveau corps mutant lui était reconstitué par les Cinq et qu’une sauvegarde Cerebro de son esprit y était intégrée ? Cela lancerait-il un nouveau cycle de dix réincarnations et reboots successifs ? Ou le cycle reprendrait-il là où il s’était arrêté ?

On ne le saura que si les auteurs futurs décident d’explorer cette piste. Encore faut-il d’ailleurs, que Moira accepte de mourir en tant qu’humaine pour ensuite laisser faire le Protocole de Résurrection.

Hickman termine son run en laissant ses héros en fâcheuse posture. Après leur défaite face à Nimrod, Xavier et Magnéto sont ressuscités par Emma Frost, mais n’ont pas en mémoire l’affrontement ni son issue. Ils ignorent donc l’existence du robot tueur de mutant, tandis que ce dernier continue d’amasser des données qui lui permettront de régner. Plus dommageable encore, Mystique et Destinée sont partie intégrante du Conseil Secret, et avec l’appui d’Emma Frost, ont affaibli la position de Xavier et Magnéto.

Inferno marque donc un tournant dans la destinée des mutants, à suivre dans Immortals X-Men, avec Kieron Gillen aux commandes. Pour l’ensemble du run de Hickman sur les X-Men, on met 5 Calvin, pour l’intrigue complexe mais rigoureusement visionnaire, les concepts novateurs, la partie graphique toujours performante.

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TMNT #18: New-York, ville en guerre, 1ere partie

Dix-huitième volume de la série, par Tom Waltz, Kevin Eastman et Dave Wachter. Sortie le 07/12/2022 aux éditions HiComics.

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Peur sur la ville

Dans le tome précédent, les quatre frères ninja faisaient face à la Force de Protection de la Terre, menée par le redoutable et retors Agent Bishop, qui a lancé un assaut d’ampleur sur l’île de Burnow, où étaient réfugiés les derniers Utrom ainsi que les Tricératons et les Mutanimaux. Bishop disposait alors d’un atout de taille, à savoir le contrôle total du mutant Slash, ami des Tortues et membre des Mutanimaux.

Après une bataille sans merci, Slash s’est sacrifié pour sauver ses amis, dans un dernier moment de lucidité. La poussière étant à peine retombée, il est temps pour les mutants et leurs alliés de panser leurs plaies et d’entamer le deuil de leur ami. Mais le répit est un luxe que les braves ne peuvent s’accorder, surtout avec des ennemis de la trempe de Bishop.

Pourtant, un calme relatif règne à New York, surtout depuis que Maître Splinter a repris les rênes du Clan Foot. Loin de la tyrannie sanguinaire de Shredder, Splinter a su imposer un status quo en négociant avec les clans mafieux et le crime organisé, usant d’intimidation tout en limitant au maximum le recours à la violence.

Malheureusement pour nos héros, Oroku Karai, la petite-fille de Shredder, revient réclamer son dû, à savoir le contrôle du Clan Foot. La tenir à distance ne sera pas chose aisée, surtout que les TMNT doivent toujours gérer la menace de la FPT, et de bien d’autres ennemis qui trament leurs propres machinations dans l’ombre. Seront-ils de taille face à cet ultime défi ?

Que dire, si ce n’est que la tension monte crescendo dans ce 18e volume de TMNT. Après une bataille épique contre la FPT, voilà que toutes les lignes convergent vers les quatre frères mutants, qui doivent se battre sur plusieurs fronts à la fois. La guerre entre Karai et Splinter pour le contrôle des Foot est le noeud central de l’intrigue, à quoi vient s’ajouter le conflit contre Bishop, ce qui donne un rythme effréné et des situations de plus en plus tendues.

Les combats et les courses-poursuites désespérées pour sauver des amis n’empêchent pas la caractérisation des personnages de se poursuivre, on sent bien l’implication des auteurs dans le devenir de leurs petits poulains mutants. Attention toutefois, il est conseillé, pour apprécier cet arc final de la série, d’avoir une connaissance sinon intégrale, du moins suffisamment fournie du reste de la série, sous peine de se sentir un tant soit peu perdu. Vous serez prévenus !

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Paul Jenkins présente: Hellblazer #1

Premier volume de l’intégrale de la série écrite par Paul Jenkins et dessinée par Sean Philips. 512 pages, parution chez Urban Comics le 25/11/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Bad trip et bonne magie

On retrouve John Constantine, le célèbre mage-escroc, loin de son Angleterre natale. Le fripon est allé s’acoquiner avec une tribu aborigène afin de plonger dans le Tjukurrtjanu, un espace mi-onirique mi-spirituel dans lequel il espère rencontrer le Serpent Arc-en-Ciel dont il espère tirer profit pour le compte de ses amis locaux, dont la terre est menacée d’expropriation.

Une fois cette histoire réglée, Constantine retrouve ses pénates, ainsi que ses amis d’enfance punks, et comme à son habitude, va se retrouver mêlé à diverses histoires impliquant d’arnaquer un démon ou deux, voire de se confronter à Lucifer en personne.

John Constantine, personnage inventé par Alan Moore lorsqu’il officiait sur Swamp Thing en 1985, est la figure typique de l’anti-héros. Imperméable douteux, cigarette constamment pendue à la commissure des lèvres, un accent (en V.O.) à couper au couteau mêlé à un sens de la répartie aussi flexible que sa morale, le fameux Hellblazer avait tout pour plaire.

En 1995, Paul Jenkins, auteur anglais alors peu connu sur la scène comics internationale, s’attaque au personnage en y injectant poésie fantasmagorique et chronique sociale comme seuls les auteurs anglais de l’époque pouvaient en proposer, marqués qu’ils étaient par le règne de Thatcher. Une grande partie de cette intégrale est composée d’histoires courtes pouvant être lues de façon indépendante, sans avoir à se soucier nécessairement de la continuité, ce qui donne l’impression d’assister à une ballade intemporelle, une chronique amusée du monde parfois cruel dans lequel évolue notre magicien anti-héros.

Coté graphique, c’est à Sean Philips que l’on doit les planches. On s’aperçoit qu’en 1995 déjà, le dessinateur avait un trait tout aussi saisissant que celui des œuvres ultérieures qui le firent connaître. A lire si vous appréciez le personnage et son univers !

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Zombie World-Le champion des vers

Histoire complète en 96 pages, écrite par Mike Mignola et dessinée par Pat McEown. Parution aux US en 1997, publication anniversaire en France chez 404 Comics, le 03/11/2022.

En Vers, et contre tout

Dans un musée de Whistler, Massachussets, le directeur M. Zorsky jubile. Son établissement, jusqu’ici de piètre envergure, va bientôt accueillir une toute nouvelle aile dédiée aux reliques hyperboréenne, une civilisation si ancienne et si avancée qu’elle a été reléguée au rang de mythe.

Toutefois, M. Zorsky doit composer avec Miss Dean, la fille de son généreux mécène, qui souhaite dicter sa conduite au directeur de musée. En effet, Miss Dean souhaite ouvrir la nouvelle aile le plus vite possible, et se passerait bien de l’avis des soit-disant experts de l’occulte venus enquêter sur les phénomènes étranges qui perturbent le musée depuis qu’un certain sarcophage hyperboréen a été ajouté à la collection.

L’équipe spécialisée dans l’occulte, dirigée par le Major Damson, est composée de Roman, escogriffe taciturne, Eustace SaintJohn, médium aveugle, et Malka Ravenstein, impétueuse femme d’action. Bien vite, l’équipe se rend compte que le sarcophage renfermait un mal antédiluvien qui s’est échappé, un nécromancien nommé Azzul Gotha. Son but est d’offrir le monde en pâture à d’obscures divinités maléfiques, qui prennent la forme de vers colossaux, qui lui ont donné le pouvoir de réveiller les morts.

Partout dans le musée, les momies et autres dépouilles fossilisées reprennent vie, piégeant les agents et les deux civils dans un cauchemar de non-vie. Comment empêcheront-ils Azzul Gotha de détruire le monde ?

Il faut bien l’avouer, cette sortie chez 404 Comics est surprenante à plus d’un titre. Tout d’abord, il s’agit d’une réédition d’une mini-série écrite assez tôt dans la carrière de Mike Mignola, devenu entre temps célèbre pour sa création Hellboy. Le second point de surprise est du au fait qu’elle n’est pas dessinée par l’auteur, mais par Pat McEown, dessinateur canadien ami de Mignola. Donc, si vous êtes du genre à juger un livre par le biais de sa couverture, vous vous payez en quelque sorte un billet pour Surprise Land.

Dans ce Zombie World, on retrouve bien sûr de multiples influences, parmis lesquelles les favorites de Mignola. Il y a donc une ambiance fortement lovecraftienne, mais également un parfum de Robert Howard et une touche résoluement européenne. Car on aura beau aborder cet album de la façon la plus neutre possible, les lecteurs avertis ne pourront s’empêcher de déceler des idées embryonnaires qui ont plus tard germé dans Hellboy et dans BPRD.

En premier lieu, l’utilisation de la mythique Hyperborée, qui joue un rôle central dans la mythologie d’Hellboy. Ensuite, bien entendu, les enqueteurs du paranormal rappelant justement les agents du BPRD, avec un Major Damson qui serait un prototype de Trévor Brutenholm, Eustace qui serait une sorte de condensé entre Abe Sapiens et Johan Krauss, et enfin Malka, qui est aussi badass que Liz Shermann. Lors du final, il est même question d’un pouvoir contenu dans une main droite, ce qui finit d’enfoncer le clou. On peut également extrapoler, en faisant un parallèle entre les fameux vers géants et les Ogdru Hem contre lesquels les agents du BPRD luttent si désespérément.

Pour autant, Zombie World n’est pas entièrement calquée sur la série phare de Mignola. On peut en effet distinguer les deux séries par leur ton, Hellboy étant résolument plus sombre tandis que ZW est parcourue par des petites touches d’humour potache et baigne dans le second degré. Petite ombre au tableau, cependant, l’histoire se termine de façon très ouverte en ne clôturant pas l’intrigue. La série a bien engendré une suite à l’époque, mais les douze numéros qui se sont succédés, réalisés par d’autres auteurs, s’éloignaient trop du concept original et ne sont à ma connaissance pas publiés en France.

Concernant la partie graphique, surprise là encore, car le trait de Pat McEown emprunte au style ligne claire, ce qui donne l’impression d’un croisement entre Tintin et Lovecraft. L’objet en lui-même est très réussi, ce qui n’est en soit pas étonnant car les éditions 404 se sont jusqu’ici illustrés par le soin apporté à la facture de leurs livres.

Oeuvre pouvant être considérée comme un proto-Hellboy, mais pas tout à fait, Zombie World trouvera une place de choix dans la bédéthèque des amateurs du genre lovecraftien. Avec en prime un bel objet à prix plus que raisonnable.

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Beta Ray Bill: Étoile d’Argent

Récit complet en 5 chapitres, écrit et dessiné par Daniel Warren Johnson. Parution chez Panini Comics le 13/10/2021.

Remède de Cheval

Thor et Beta Ray Bill, c’est une histoire d’amitié virile comme on les aime, qui débute comme il se doit, c’est-à-dire par un festival de mandales bien corsées. Lorsque Thor rencontre le guerrier à tête de cheval, ce dernier est le héros de son peuple, les Korbinites, dont la planète a été détruite par Surtur, le démon du Feu ennemi d’Asgard. Sans planète pour les abriter, les Korbinites ont désigné un champion, Bill, qui a l’insigne honneur de recevoir des modifications cybernétiques, qui, en plus de le défigurer, lui donnent une force exceptionnelle. Condamnés à l’exil interstellaire, le peuple de Bill se met en stase dans une flotte de vaisseaux, qu’il est chargé de guider vers une nouvelle planète, secondé par son propre vaisseau, Skuttlebutt.

Bien évidemment, les deux héros vont s’affronter, ce qui va donner l’occasion à Bill de prouver qu’il est digne de soulever le fameux Mjolnir (un fait qui relevait encore de l’exploit dans les années 80). Impressionné, Odin ordonne un duel à mort en bonne et due forme, que Bill remporte avec brio. Prouvant encore davantage sa valeur en épargnant le dieu du Tonnerre, il gagne les faveurs du Roi d’Asgard, qui lui fait forger son propre marteau, Stormbreaker.

Dès lors, Beta Ray Bill devient un frère d’armes de Thor, l’épaulant dans ses combats et le remplaçant même si nécessaire. Il mène ensuite ses propres aventures cosmiques, jusqu’à ce qu’il s’oppose à Thor, dans le dernier volume de sa série. Ce nouvel affrontement ne se passe pas comme le précédent. Thor, imbu du pouvoir cosmique en plus de la Force d’Odin, brise le Stormbreaker, privant ainsi son ami de son arme enchantée, celle-là même qui lui permettait de retrouver son apparence d’origine.

Qu’à celà ne tienne, Bill reste fidèle à Asgard et se réconcilie avec Thor, devenant même son conseiller. Lorsque Knull, le dieu du chaos, attaque l’univers (voir King in Black) en envoyant Fin Fang Foom (une longue histoire), notre équidé guerrier se dresse pour défendre Asgard. Mais il sera vite relégué au second plan par l’arrivée du tout-puissant Thor, qui abat la créature sans coup férir. Humilié une seconde fois, Bill ravale sa fierté en même temps que sa gloire passée et rumine cette nouvelle frustration. Lorsque Sif, la guerrier asgardienne, se refuse à lui après avoir compris qu’il ne pouvait plus changer d’apparence, Bill craque. Ces castrations successives sont plus qu’il ne peut en supporter. Il lui faut un nouveau marteau enchanté, qui puisse lui permettre de rivaliser à nouveau avec Thor et retrouver son apparence normale. Pour celà, il lui faudra d’abord retrouver l’ancien Roi d’Asgard, qui est parti en exil dans les confins interlopes du cosmos.

Daniel Warren Johnson s’était déjà brillamment illustré avec Wonder Woman: Dead Earth, dans lequel il livrait une version Elseworld (l’équivalent du What If? chez Marvel) post-apocalyptique de la célèbre Amazone. Ici, la Maison des Idées lui laisse le champ libre avec un personnage secondaire, ce qui pourrait être vu comme une décision plus frileuse, à ceci près que ce récit se situe bel et bien dans la continuité principale, puisqu’il s’intercale avec King in Black et la nouvelle série Thor.

Le héros viril à la musculature hypertrophiée étant déjà passé par la moulinette de l’auteur (je pense à la série Murder Falcon), il n’est rien d’étonnant donc à retrouver DWJ aux commandes d’une odyssée stellaire désabusée travestie en quête de soi. Beta Ray Bill, comme Thor dans Ragnarok, perd ses attributs, son marteau, symbole phallique s’il en est, sa force, mais aussi sa confiance en lui. N’ayant plus rien à perdre, il va donc remonter le cours de sa vie, jusqu’à la source véritable de son mal-être, à savoir la perte de son peuple aux mains de Surtur.

L’aspect cathartique du combat final n’en est que plus impactant, ce qui tend à nous démontrer que l’auteur a finalement bien saisi la nature du personnage, et nous prouve par la même occasion qu’un auteur ingénieux saura faire feu de tout bois et rendre intéressant même un obscur personnage relégué au rang de second couteau.

Graphiquement, il y a de quoi vous casser la rétine, avec des pleines-pages et des doubles-pages spectaculaires, qui s’enchaînent sans pour autant se galvauder. Le dessinateur injecte aussi un dynamisme déjanté dans ses séquences d’action, avis aux amateurs: vous aurez droit à des chorégraphies léchées, des prises de catch et des bastons bien bourrines.

Il est extrêmement plaisant, en tant que lecteur, de voir un auteur indé réussir de tels tours de force chez les grands éditeurs, sans perdre sa substantifique moelle.

***·BD·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman: Shadow War

Récit complet en 280 pages, écrit par Joshua Williamson et dessiné par Howard Porter. Parution en France Chez Urban Comics le 18/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Dead Al Ghul

Ra’s Al Ghul, le maître séculaire de la Ligue des Ombres, assasin immortel et éco-terroriste malthusien à ses heures, a fait ce qu’aucune personne de plus de 80 ans n’avait fait avant lui: il a changé d’avis.

Après des siècles passés à assassiner, à recruter des assassins, à former des assassins, à enfanter des assassins, à assassiner des assassins, Ra’s s’est aperçu que ses méthodes ne l’avaient pas mené bien loin et que le monde ne se portait pas mieux. En dépit de ce temps passé à oeuvrer avec acharnement dans l’ombre, l’immortel décide de se livrer à la Justice, en offrant par la même occasion le secret qu’il gardait jalousement depuis l’aube des temps, à savoir les Puits de Lazare, qui lui donnent sa longévité.

Bien évidemment, comme cela peut s’envisager dans tout entreprise de taille aussi respectable que celle de la Ligue des Ombres, ce revirement unilatéral n’est pas du goût de tout le monde. Parmi les réfractaires, il y a bien sûr Talia Al Ghul, sa fille, qui se voyait bien reprendre les rênes de papa pour faire les choses à sa sauce. Mais qu’à celà ne tienne, Talia accepte le deal et se livre avec son immortel de père repentant.

Batman, quant à lui, observe les évènements de loin. Longtemps considéré par Ra’s Al Ghul comme son digne héritier, Le Chevalier Noir a même été piégé par l’immortel pour engendrer avec sa fille un assassin parfait, nommé Damian, qui a entre temps adopté le code moral strict de son père en devenant le nouveau Robin.

Alors que Ra’s et Talia organisent leur reddition en public, Ra’s est assassiné d’une balle en pleine tête, et son corps détruit afin d’empêcher toute resurrection via le Puit de Lazare. Le tireur se révèle être Deathstroke, super assassin capable de donner du fil à retordre à Batman. Le malandrin s’enfuit après avoir revendiqué son forfait, ouvrant ainsi les hostilités entre les partisans de Deathstroke, qui crie à l’imposture, et la Ligue des Ombres. De nouveau réunis après plusieurs années de schisme, Batman et Robin vont devoir entrer en action afin d’éviter un bain de sang, et, tout aussi important, faire la lumière sur ces évènements.

Pour cette fois, pas de saga épique mais un bat-crossover comme on les aime, qui fait graviter autour du Croisé à la Cape les personnages secondaires de la licence, au cours d’une enquête/course-poursuite. Attention, si certains personnages comme Robin, Deathstroke ou encore Black Canary sont incontournables dans l’univers DC, d’autres pourront paraître plus obscurs, et demanderont une certaine connaissance des parutions récentes de DC, ou quelques recherches Gooooooooooooooooogle.

Le rythme ne diminue pas tout au long de l’album, même lorsqu’il se divise en plusieurs lignes narratives, centrées respectivement autour du duo Batman/Robin et de Deathstroke et ses enfants. Le parallèle entre les deux ennemis, accompagnés de leur progéniture est d’ailleurs une idée intéressante à mettre en scène, puisqu’on constate que chacun des deux antagonistes cherche finalement la rédemption à travers ses enfants, et que l’investissement paternel n’est pas quelque chose d’inné mais d’acquis et de conscient.

L’autre thématique est bien évidemment celle de la vengeance, puisque le faux-Deathstroke est mû par cette intemporelle motivation. A ce propos, son identité risque d’en surprendre quelques-uns, surtout si ce sont des lecteurs récents, car ses raisons d’agir remontent à très loin (expliciter ce point pourrait revenir à divulgâcher, mais sachez seulement qu’il y est question d’un certain Judas et d’un Contrat).

L’idée que rétribution immédiate et définitive s’oppose au concept même de rédemption est un thème intéressant à développer, il ne me semble pas l’avoir vu abordé sous cet angle auparavant (en effet, on a plus souvent droit au fameux « si tu le tues, tu deviens comme lui, John !« ).

A la fois rythmé et ancré dans la continuité, Batman: Shadow War est un récit divertissant, dont les conséquences seront vues en partie dans Dark Crisis on Infinite Earths, du même scénariste.

****·BD·Nouveau !

Mundus #1

Premier volume de 136 pages de la série écrite par Laurent Queyssi et dessinée par Oriol Roig. Parution aux éditions 404 le 25/08/2022.

La Cuillère n’existe pas

L’année scolaire 1991 se termine de façon plutôt banale pour Ben, Matt et Anaïs. Alors qu’ils fêtent dignement la fin d’année, un black-out survient et provoque l’ouverture d’une faille dans le substrat du réel, projetant les trois adolescents dans un monde inconnu. Perdu sur une étrange planète de sable, ils ne survivent qu’à grand-peine à un conflit armé et finissent emprisonnés dans une sinistre geôle. Anaïs, loin de céder à la panique, ne peut se départir de l’idée que les évènements auxquels ils viennent d’assister lui rappellent quelque chose. Et en effet, une fois rentrés chez eux aussi soudainement qu’ils sont apparus, Anaïs se rue dans sa bibliothèque pour y trouver un livre. Qu’elle n’est pas sa stupéfaction lorsqu’elle constate que ce qu’ils viennent de vivre correspond en tout point au passage d’un de ses romans préférés !

Tentés d’expliquer tout ceci par un mauvais trip ou par une hallucination collective, Ben, Anaïs et Matt n’attendront pas longtemps pour voir l’étrangeté s’immiscer encore dans leurs vies. Alpagués par deux cyber terroristes répondant aux noms de Henry et Mélanie, responsables du black-out, ils vont de nouveau être projetés dans un monde étrange, qui cette fois sera un facsimilé d’un jeu de rôle dont Ben est un aficionado.

Que signifient ces incursions de mondes imaginaires dans leur réalité ? Ben, Anaïs et Matt trouveront-ils l’origine de ce phénomène ?

Laurent Queyssi nous propose un récit à tiroirs questionnant la nature de la réalité et la frontière très mince qui existe avec la fiction. Le scénariste, spécialiste de l’oeuvre de Philip K. Dick et de celle d’Alan Moore, s’inspire de ces deux grands auteurs pour brouiller les pistes entre réel et imaginaire. Les univers qu’ils nous fait visiter, en l’occurrence la planète Tonkis et le Londres Steampunk, sont suffisamment familiers pour que le lecteur puisse en saisir immédiatement les références, ce qui facilite à la fois le propos méta et l’immersion dans le récit.

Comme nous le disions plus haut, d’autres auteurs se sont déjà consacrés à l’exploration de la membrane qui sépare l’imaginaire de la réalité: Alan Moore, K. Dick, ou encore Grant Morrison. Ce ressort scénaristique permet de mettre en abîme nos références culturelles tout en mettant en exergue l’influence réciproque de la fiction sur le réel.

Pour le moment, l’intrigue n’en est qu’au démarrage et pose davantage de questions qu’elle ne pose de règles, aussi sommes-nous en droit de nous attendre à n’importe quoi à ce stade. Néanmoins, l’accroche est efficace et nous engage même dans le récit en tant que lecteur (impossible de détailler de point sans spoiler). Qu’est-ce qui relève du réel ? Nos protagonistes prendront-ils conscience de leur nature fictive ? Entrerons-nous en contact avec eux ?

Autant de questions qui nécessiteront d’attendre le second volume !