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Oblivion Song #3

Série en cours, écrite par Robert Kirkman, dessinée par Lorenzo De Felici. Trois tomes parus en France chez Delcourt, en 2018, 2019 et 2020.

Je rêvais d’un autre monde

Il y a quelques années, Philadelphie a connu un évènement surnaturel aux conséquences tragiques: la transférance, qui envoya toute une partie de la ville dans une dimension baptisée Oblivion, zone hostile peuplée par une faune cauchemardesque. Nathan Cole, scientifique de son état, maîtrise une technologie pouvant reproduire, à petite échelle, le transfert vers Oblivion, et s’est donné pour mission de ramener tous les habitants de Philadelphie perdus là-bas.

Nathan a poursuivi ses périlleux sauvetages des années durant, même après l’abandon du gouvernement américain. Une victime après l’autre, au compte-goutte, Nathan ramène des survivants sur Terre, espérant secrètement retrouver son frère Ed. Ce que Nathan, enfermé dans son complexe du sauveur, ignore, c’est qu’entre temps, les survivants d’Oblivion se sont adaptés à leur nouvel environnement, et certains d’entre eux s’y sont même épanouis.

Les deux premiers tomes étaient le théâtre des retrouvailles entre Nathan et Ed. Le frère rebelle, marginal dans notre monde, était devenu à Oblivion le leader respecté d’une communauté de survivants solidaires et débrouillards. Attaché à son nouveau mode de vie, Ed ne voyait pas les choses du même œil que Nathan. Notre scientifique eut bien du mal à accepter ça, mais les deux frères parvinrent à se réconcilier, chacun d’entre eux reprenant le chemin qu’il s’était tracé.

Hélas, les choses ne sont jamais aussi simples quand on parle de transfert dimensionnel. Ce que Nathan cachait à tout le monde, et ce qui motivait ses recherches effrénées de survivants, c’est sa véritable responsabilité dans la transférance. Membre d’une équipe de recherche, le scientifique a contribué à créer la machine qui engendra le phénomène. Débusqué par l’armée, Nathan a du se rendre pour assumer sa responsabilité.

L’Abysse le scrute à son tour

Le troisième tome opère un changement de paradigme, grâce à une ellipse temporelle de trois ans. Libéré de prison et relaxé des charges qui pesaient contre lui, Nathan découvre qu’Oblivion a été explorée et exploitée pendant qu’il était absent. De nouvelles ressources ont été découvertes, permettant des avancées médicales et scientifiques significatives. Malheureusement, Oblivion n’est pas seulement peuplée de monstres carnivores. Teasés dans les précédents tomes, les Sans-Visages font ici leur entrée fracassante.

Forme de vie intelligente, ces êtres énigmatiques semblent piqués de curiosité pour ces êtres étranges venus d’un autre monde, les humains. Capturant en masse des survivants et des explorateurs, les Sans-Visages attirent l’attention d’Ed et de Nathan, chacun de leur côté. Ce sera donc l’heure des retrouvailles pour les deux frères que tout oppose. Seront-ils de taille face à ces aliens hostiles ?

On ne présente plus Robert Kirkman, auteur à succès dont la plus grande création a touché plusieurs médiums comme la BD, la TV et le Jeu Vidéo. Il nous sert ici un concept original qu’il exploite de manière très fun. Switchant entre les dimensions, Nathan se sert de ses connaissances pour passer les obstacles et résoudre des problèmes, rappelant des univers comme celui de Portal ou Soul Reaver. Cette mise en scène est servie par les dessins maîtrisés de Lorenzo De Felici, qui fait tantôt penser à James Harren (pour les monstres), tantôt à Ron Garney (pour les visages et le dynamisme du trait). Avec du recul, le scénario contient sans doute quelques fils blancs, mais la trame générale, menée avec le brio que l’on connaît à Kirkman, reste suffisamment addictive pour nous tenir en haleine. A ceci s’ajoute bien sûr la psychologie torturée des personnages, ce dont le scénariste a fait sa marque de fabrique.

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Bone Parish #2

Second tome de 112 pages de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf. Publication en France chez Delcourt le 07/10/20.

bsic journalism

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Enfers artificiels

Le premier tome de Bone Parish nous présentait le business tout particulier de la famille Winters, dont le décès récent du patriarche avait forcé Grace, la mère, à prendre les rennes et à faire face aux redoutables concurrents qui souhaitent mettre la main sur la Cendre, drogue fabriquée à partir de dépouilles permettant de revivre les instants de vie d’un défunt.

Frappés par le décès d’un des leurs, les Winters n’auront pas le temps de s’appesantir sur leur deuil, car déjà, les requins se massent autour d’eux. Grace, qui jusqu’ici comptait sur la Cendre pour diriger la famille grâce aux conseils de son défunt mari, va devoir faire des choix radicaux pour protéger son clan, tandis que Brae, le fils aîné, aspire toujours à plus et commence à prendre des risques pour prouver sa valeur. Brigitte, quant à elle, est sursollicitée pour fabriquer toujours plus de Cendre. Les cartels adverses, de leur côté, tentent de reproduire la Cendre, avec des résultats pour le moins préoccupants.

From ashes to ashes

Après un premier tome mettant l’accent sur une ambiance glauque et morbide, Cullen Bunn nous fait plonger plus profondément encore dans l’horreur, n’hésitant pas à y apporter une touche graphique pour appuyer son propos. Le rythme est sans doute moins porté vers l’action, l’intrigue avance néanmoins, l’auteur positionnant ses différents antagonistes en prévision du troisième tome qui doit conclure la série.

Les Winters maîtriseront ils la Cendre suffisamment pour prendre le pas sur leurs rivaux ? Quels secret cette maudite substance recèle-t-elle encore ? réponse dans le dernier tome !

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Avengers #2: Tour du monde

Deuxième tome de la série écrite par Jason Aaron, et dessinée par David Marquez et Ed McGuiness, dont un épisode dessiné par Sara Pichelli. L’album comprend les épisodes 7 à 12, parution le 21/10/2020 aux éditions Panini

Lames de fond

Après leur combat cataclysmique contre les Célestes, les Avengers reprennent leur souffle alors que retombent les poussières cosmiques de leur affrontement. 
Suite à cette crise sans précédent, un nouveau groupe d’Avengers s’est formé: le trio de tête composé de Captain America, Iron Man et Thor, suivi de près par des piliers du groupe tels que Black Panther, Doctor Strange, Captain Marvel et Miss Hulk, et un petit nouveau en la personne du tout récent Ghost Rider, Robbie Reyes. 

A peine installés dans leur nouveau QG, qui n’est rien de moins que la carcasse éternelle du tout premier Céleste ayant foulé le sol terrestre, les Avengers s’organisent pour mieux protéger le monde en évitant si possible de reproduire les erreurs du passé. Mais sauver le monde est une tâche ingrate, et les Avengers ne tarderont pas à le découvrir lorsqu’un ancien allié va faire surface, littéralement. 


Namor, souverain du royaume d’Atlantis et ancien avenger, refait parler de lui avec grand fracas. Connu pour son caractère ombrageux peu prompt aux concessions, le Sub-Mariner ne supporte plus les dégâts causés aux océans par les hommes de la surface, et entend bien leur en interdire l’accès, quitte à faire quelques victimes au passage. Pour cela, il a réuni son propre groupe de surhumains aquatiques, s’opposant directement aux Avengers. 

Namor est un personnage ambigu aux allégeances changeantes. D’abord vu comme un antagoniste, il finira par rejoindre les héros qu’il aura tenté de détruire, avant qu’il ne soit révélé qu’il combattait déjà les nazis aux cotés de Captain America au sein des Envahisseurs. Plus récemment, Namor avait cédé à l’influence du Phoenix lors de son arrivé sur Terre (Avengers vs X-men) et utilisé son pouvoir pour noyer le Wakanda sous un tsunami, ce qui lui a valu la haine inextinguible de Black Panther, qu’il retrouve dans cet album en sa qualité de président du groupe. 

L’affrontement écologique prend donc ici une tournure toute personnelle, sachant que les héros ne seront pas dans leur élément, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Avengers, passés et présents

Après un démarrage aux enjeux dantesques, Jason Aaron poursuit sa saga vengeresse en revoyant l’échelle cosmique à la baisse pour un arc plus terre à terre. Il n’en oublie toutefois pas de glisser des petits implants çà et là, pour bien rappeler au lecteur que quelque chose de grand se prépare. 

L’album s’ouvre avec un flash-back explorant le concept-phare du scénariste, à savoir les Avengers Préhistoriques. Peu utile pour la compréhension de l’ensemble, ce flash-back aura au moins le mérite d’éclaircir un tant soit peu les origines de ces héros précurseurs. Aussi fun soit ce concept d’Avengers préhistoriques, le seul bémol qui demeure après lecture est le côté parfois trop invraisemblable qui s’en dégage. Certes, tout fan de comics est plus que largement habitué à suspendre son incrédulité, il n’en reste pas moins que certains éléments auraient pu être mieux amenés (je pense à certains détails de temporalité, ou au langage qui est vu comme un don qui aurait émergé soudainement chez une certaine catégorie d’individus, sans plus de détails). 

Le cœur de l’album, à savoir la bataille contre Namor, remet immédiatement les choses à leur pas de course et nous amène une myriade de nouveaux personnages, dont la Winter Guard, héros russes souvent rivaux des Avengers, et se paye même le luxe d’introduire (de nouveau) l’Escadron Suprême, ce qui promet son lot de batailles épiques. 

Jason Aaron n’en a toutefois pas que pour l’action et prend du temps pour développer certaines intrigues interpersonnelles, comme le duo Miss Hulk/Odinson, Stark/Danvers, et nous surprend même avec un duo Ghost Rider/Odin ! 

L’introduction de Blade en guise de cliffhanger nous laisse entrevoir un troisième volume axé sur le surnaturel. La suite bientôt !

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Venom vs Toxine: la nuit des tueurs de symbiotes

Recueil de 112 pages de la série Venom, écrite pour Marvel Comics par Cullen Bunn et dessinée par Declan Shalvey. Contient les épisodes 31 à 35 de la série, parution en France chez Panini Comics le 02-01-2019 dans sa collection Marvel Dark

Jamais sans mon hôte

Les fans du spider-verse le savent bien, l’histoire de Venom est pleine de circonvolutions et de coups de théâtres en tous genres, mais elle finit toujours par revenir à ses fondamentaux: la relation particulière qui unit l’entité extra-terrestre à son hôte le plus fameux, Eddie Brock

Ramené sur Terre par Peter Parker à l’issue des premières guerres secrètes, l’être symbiotique Venom, rejeté par son hôte arachnéen, a fini par se lier à Eddie Brock, ancien reporter amer et revanchard ayant une dent contre le Tisseur. De cette terrible union est née l’un des adversaires les plus coriaces de Spider-Man, qui n’aura de cesse de le pourchasser tout en clamant être lui-même le « protecteur létal » des rues new-yorkaises. Doté d’un sens de l’honneur qui lui est propre, le duo infernal a traversé bien des épreuves, jusqu’à ce que le symbiote décide de quitter son hôte malade pour se trouver une nouvelle marionnette humaine. 

Laissant Brock lutter seul contre son cancer, Venom a choisi de se lier à Mc Gargan, autre adversaire du Tisseur précédemment connu comme étant le Scorpion. Enrôlé parmi les Sinistres Douze puis les Thunderbolts, le duo Gargan/Venom durera quelques années, jusqu’à une nouvelles séparation. Sous contrôle gouvernemental, le symbiote sera confié à nul autre que Eugene Flash Thompson, ancien camarade de classe de Peter Parker et vétéran de guerre… 

Entre temps, Brock, lui aura touché le fond avant de remonter la pente. Devenu l’Anti-Venom (je vous passe les détails de cette transformation), puis le nouveau Toxin, Brock s’est lancé dans une croisade visant à débarrasser le monde des parasites extra-terrestres, ce qui inclue son ancien partenaire Venom. Qui que soit le nouvel hôte, aussi bon soit-il, Brock l’a décidé: Venom doit mourir ! 

Bienvenue à Philadelphie

Flash, après quelques aventures mouvementées qui lui ont montré les limites du contrôle qu’il pensait exercer sur le symbiote, décide de prendre un nouveau départ en s’installant à Philadelphie, ville apparemment sans super-héros. Alors qu’il peine à s’acclimater à sa nouvelle vie, Flash/Venom va devoir faire face à la fois à une nouvelle créature hostile, et à un ennemi déjà connu, Brock. Comment notre héros va-t-il s’en sortir face à ces menaces conjuguées ?

Débutée en 2011, la série Venom a été étonnamment bien menée. Centrée sur un duo improbable (qui aurait imaginé Flash Thompson, le bully qui martyrisait Peter Parker, en super-héros ?), elle a su mettre en lumière ces seconds couteaux en exploitant de façon opportune le lore finalement assez méconnu des symbiotes.

La rédemption de Flash est donc plutôt crédible, de brute à soldat pour finir en vétéran mutilé. Un héros sympathique, des pouvoirs difficiles à contrôler, il n’en faut pas beaucoup plus pour provoquer l’adhésion du lecteur. L’idée de l’opposer à Brock/Toxin est plutôt inspirée, Brock étant l’illustre partenaire du symbiote, et Toxin, sa progéniture. L’effet miroir fonctionne donc ici à plein, notamment grâce aux interactions entre les deux hôtes.

Les scènes d’action sont un réel plaisir, même si l’antagoniste extra-terrestre reste assez anecdotique. Les amateurs du personnage apprécieront ce numéro, qui pave la route au grand retour des symbiotes dans Venomverse et Absolute Carnage.

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October Faction #2

Deuxième tome de 144 pages de la série écrite par Steve Niles et dessinée par Damien Worm. Il comprend les épisodes 7 à 12 de la série, publiée au US chez IDW. Parution en France chez Delcourt le 26/08/20. 

Family Business

Le premier tome de la série nous faisait rencontrer Fredrick et Deloris Allan, autrefois chasseurs de monstres réputés et craints par leurs ennemis. Quelques années plus tard, la venue au monde de leurs enfants aura eu raison de leur sacerdoce, et Fredrick, dorénavant reconverti en professeur, fit alors tout son possible pour laisser ce sanglant passé derrière lui. 

Cependant, Geoff et Vivian, impressionnés par les exploits passés de leurs parents, n’ont qu’une idée en tête: suivre leurs traces pour reprendre la chasse, comme leurs parents autrefois. Bien évidemment, les parents Allan ne voient pas cette vocation d’un très bon œil, mais pourront-ils réellement dissuader leur progéniture alors que les ennemis de la famille reviennent en force ?

Ce tome 2 débute avec un nouveau status quo. En effet, Lucas, ancien frère d’arme de Fredrick devenu loup-garou, et Dante, fils d’un ennemi de la famille et récemment adopté, ont rejoint le clan pour de nouvelles aventures. Cependant, Fredrick n’est pas décidé à lâcher prise, aussi, sous couvert d’un entraînement exigeant, cherche à décourager ses impétueux enfants. Ce que le père ignore, c’est que sa némésis, Merle Cope, conspire toujours contre lui, si bien qu’il pourrait avoir grandement besoin des chasseurs en herbe pour s’en sortir. 

Morts et déterrés

Encore une fois, les liens familiaux sont au cœur de cette série au ton décalé. Face à la parentalité, avec ce qu’elle a de délicat, les monstres et les malédictions font parfois office de simples distractions. Malgré les dissensions et les révélations difficiles à avaler, la cohésion reste tout de même de mise chez les Allan.

Comme pour le premier tome, on peut reprocher à l’histoire de se cantonner à quelques poncifs du surnaturel, la série n’offrant finalement rien de bien neuf de ce côté-là. Les dessins de Damien Worm conservent leurs caractéristiques, instaurant une ambiance toute particulière mais donnant sur ce second tome un léger goût d’inachevé. 

Attendons le troisième tome en espérant qu’il sera une apothéose pour cette famille unie dans la chasse aux monstres.

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Hadrian’s Wall

Série en deux tomes, parus respectivement en 2016 et 2018, regroupant les 8 numéros de la série écrite par Kyle Higgins et Alec Siegel, dessinée par Rod Reis. Disponible sur le site des éditions Glénat.

Mur des fragmentations

En 2085, l’Humanité sera parvenue à dépasser les dissensions belliqueuses qui culminèrent, cent ans plus tôt, à une catastrophe nucléaire. Ces efforts conjoints de renouveau permettront un bond significatif dans le domaine de la conquête spatiale, ce qui conduira à la création d’une colonie sur la planète Thêta.

Malheureusement, beaucoup d’exemples dans l’Histoire nous ont démontré que les liens entre une colonie et son chaperon finissent toujours par devenir délétères, et Thêta ne fait pas exception. Le conflit entre les rebelles indépendantistes et la Terre fait donc rage, mais notre héros Simon Moore a d’autres problèmes à gérer.

Ancien policier reconverti en enquêteur privé, Simon affronte ses propres démons, lorsqu’il est contacté par un vieil ami travaillant pour la corporation Antares, responsable des missions spatiales. On propose au détective d’enquêter à bord du vaisseau Hadrian’s Wall, suite à la mort d‘Edward Madigan. La mission est en apparence des plus simples: constater l’accident de décompression, signer quelques papiers, empocher la prime et rentrer sur Terre… Sauf qu’un lien particulier unit Simon et Edward: Annabelle, l’ex-femme de Simon, qui est partie avec Edward il y a huit ans, et qui se trouve sur le vaisseau. Où est le problème ?

Dans l’espace, personne ne vous entendra enquêter sur le crime de l’Hadrian Express

Par opportunisme autant que par esprit de revanche, Simon accepte la mission. Une fois à bord du vaisseau, il découvre un microcosme sous pression, au comportement tantôt évasif, tantôt hostile. Les premiers indices découverts par Simon laissent penser qu’on a voulu maquiller le meurtre d’Edward en accident. Les alibis se font et se défont, mais Simon sait que parmi les passagers se trouve forcément le tueur.

C’est bien connu, les lieux clos donnent souvent les meilleures histoires, ce qui vaut tout particulièrement pour les histoires policières. Rien de plus clos, par définition, qu’un vaisseau spatial, dont l’étanchéité est la condition sine qua none à la survie de ses occupants. Là où Alien utilisait le vaisseau comme contenant de l’horreur, Hadrian’s Wall rejoue la carte de l’Orient Express pour en faire le théâtre d’une enquête aux multiples ramifications.

Tous les ingrédients y sont: la mégacorporation opaque, (Weiland-Yutani chez Alien, OCP chez Robocop), l’enquêteur désabusé à la Decard (Blade Runner), les rebelles extra-planétaires (Total Recall). Hadrian’s Wall parvient tout de même à surprendre par les relations tendues que les auteurs instaurent entre les personnages, qui présentent des fêlures bien humaines.

Bien entendu, les enjeux réels de l’histoire dépassent de loin le triangle amoureux Simon-Annabelle-Edward, mais tournent toujours autour de la confiance perdue, et du cycle revanchard entre deux personnes/planètes qui en viennent à se détester sans plus trop savoir pourquoi.

Une lecture qui remonte un peu mais qui vaut le détour !

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Power Rangers & Tortues Ninja

Histoire complète en 128 pages, écrite par Ryan Parrot et dessinée par Simone Di Meo. Parution chez HiComics le 14/10/2020.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Union Barée

Les Power Rangers ont une mission difficile: protéger la Terre des convoitises malsaines de Rita Répulsa, tyran cosmique ayant à sa solde une armée disparates de monstres prêts à ravager la planète.

Les cinq adolescents cherchent donc un équilibre entre leur vie au lycée et leurs obligations de Rangers, ce qui n’est pas chose évidente.

Pendant ce temps, à New York, une autre bande d’adolescents sur qui repose parfois le sort du monde poursuit son combat. Les Tortues Ninja continuent leur croisade contre Shredder et son Clan des Foot et affrontent sans le savoir Tommy, le Ranger Vert, qui a déserté son groupe et rejoint le clan. Cette situation va conduire les deux groupes de héros à une rencontre plutôt musclée. Les Tortues et les Rangers sauront-ils mettre leurs différends de côté pour contrer les plans machiavéliques de Shredder et Consorts ?

Sixth Ranger Traitor

Nous évoquions dans un précédent article la façon la plus commune de répartir les rôles et les archétypes dans une dynamique de groupe. Les Power Rangers ne font pas exception à cette règle et le groupe se trouve toujours régi par les mêmes archétypes: -le Leader (Jason, Ranger Rouge), -le Rebelle (Zack, Ranger Noir), -le Génie (Billy, Ranger Bleu), -le Costaud (Trini, Ranger Jaune), et -la Fille (Kim, Ranger Rose).

A quelques ajustements près, les Tortues peuvent aussi rentrer dans ce moule: Leonardo le Leader, Raphaël le Rebelle/Le Costaud, Donatello le Génie, et Mike la…fille ?

Après être toutes les deux passées par de multiples incarnations, ces deux franchises phares des années 90 sont (de nouveau) réunies pour un crossover popcorn dont toute la saveur réside dans l’effet miroir de ces deux équipes. Voir les emblématiques tortues et les célèbres rangers relève pour beaucoup de la pure nostalgie, ce que le scénariste Ryan Parrot a bien compris puisqu’il convoque dans ces cinq chapitres tous les éléments clefs des deux univers.

La fusion fonctionne, même si l’histoire n’a en elle-même rien de transcendant. L’ensemble est mené tambour battant, sans temps mort, si bien que l’on en ressort avec une sensation d’inachevé, comme si ce rythme enlevé ne servait qu’à enchainer les moments fanservice les uns après les autres.

En effet, on aurait aimé avoir quelques scènes durant lesquelles Léo et Jason évoquent le poids du leadership dont ils souffrent dans leurs séries respectives, ou d’autres échanges du même acabit entre les héros. Les interactions existent et font plaisir à voir, mais il faut reconnaître que le casting pléthorique empêche d’aller plus loin en terme de relations entre les personnages, quitte à en laisser certains sur la touche au fil des chapitres.

La partie graphique, quant à elle, est assurée avec brio par Simone Di Meo, qui a réussi à faire l’amalgame d’univers distincts sans perdre le lecteur.

Ne boudons donc pas notre plaisir, l’action et les moments de bravoure, ça ne se refuse pas, surtout quand le facteur nostalgie entre en ligne de compte !

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Invisible Kingdom #1: Le Sentier

Premier tome de 120 pages d’une série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 14/10/20 en France chez HiComics

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

ÉCONOMIE DE LA FOI

Lux sait ce qui est bon pour vous. Lux, en quelques clics seulement, peut faire votre bonheur en vous prodiguant tout ce que vous désirez. Les bottes antigravité qui feront parler de vous au bureau ? Pas besoin d’attendre votre anniversaire, Lux peut vous les dénicher n’importe où dans la galaxie. L’écran plat dont vous rêvez depuis une semaine ? Plus besoin d’attendre, il est déjà sur le pas de votre porte, prêt à être déballé. 

Grix sait déjà tout ça. Non pas qu’elle y croit, mais elle sait que la mégacorporation fera tout son possible pour inonder le marché de ses produits en les rendant indispensables aux yeux de ses clients, avant de leur livrer sans délai partout dans le système solaire. Grix est une sorte de livreuse de l’extrême, embarqué dans son vaisseau le Sundog, épaulée par un équipage disparate de personnalités marginales. Habituée aux galères, elle est néanmoins heureuse de pouvoir compter sur ce job, qui lui permet de garder son petit frère avec elle, même si cela implique de travailler non-stop pour un salaire de misère, dans des conditions qui confinent à l’esclavage. 

Vess, elle, n’a rien connu de tout ça. Issue d’une famille aisée, elle a pris le contre-pied de son éducation et décidé de rejoindre le culte de la Renonciation, une religion prépondérante dans le système solaire. La Renonciation exhorte ses initiés à se détacher du monde matériel et de la surconsommation suggérée par Lux, pour se rapprocher du Royaume Invisible, où seule la foi et la pureté de l’esprit comptent, pas l’accumulation des biens. Depuis toujours, Vess est animée par une foi inébranlable qui la conduit à rejoindre le culte interplanétaire, malgré l’assentiment de ses parents. 

Ce fragile équilibre, ce sourd antagonisme entre Lux et la Renonciation, va être remis en question lorsque, chacune de son coté, Grix et Lux vont lever le voile sur une conspiration qui pourrait bien lier les deux entités dans le mensonge. Grix va dès lors entamer une course ventre-à-terre pour sa survie et celle de son équipage, tandis que Vess devra faire le choix entre l’obéissance aveugle à sa mère supérieure et la quête de vérité.

Jesus he buys me

La quête de Vérité est un pan inévitable de la psyché humaine moderne. Longtemps, elle fut détenue par quelques initiés, puis répandue verticalement aux pauvres âmes pour le salut du plus grand nombre. Les différentes églises qui se sont succédées ou qui cohabitent encore aujourd’hui se veulent toutes dépositaires de la seule et unique Vérité sur le monde qui nous entoure. Cependant, aujourd’hui, la Vérité n’est plus simplement une quête spirituelle. A mesure que le monde progresse dans la modernité, l’information se complexifie, et avec elle, la notion même de Vérité. Chacun peut détenir la sienne, certains peuvent même jouer avec de façon si convaincante qu’elle finira par perdre son caractère objectif. 

Au milieu de cet affaiblissement de la Vérité, il ne reste plus aux individus qu’à étouffer leurs questionnements existentiels à grands renforts d’achats en ligne. Là où la Vérité était autrefois révélée, du haut vers le bas, elle nous est aujourd’hui jetée en pâture, dans des petites boîtes en carton dont le contenu est censé nous rappeler le meilleur moyen d’obtenir la salut. Si la religion est l’opium proverbial du peuple, la consommation en est assurément devenue la morphine. 

G. Willow Wilson a voulu, dans son Royaume Invisible, nous mener à une réflexion -pas si subtile, certes, mais comment l’être dans ces circonstances-sur les dérives consuméristes du monde moderne, tout en n’hésitant pas à attaquer l’institution religieuse. Ici, le thème centrale de la série est une collusion secrète entre les deux, une corruption de l’une par l’autre. Dans quel but ? Que couvrent les mensonges de Lux et de la Renonciation ? Espérons que le tome 2 nous donnera quelques pistes sur les enjeux réels de cette mascarade. 

Si les thèmes abordés par G. Willow Wilson paraissent riches et profonds, ils sont pour le moment drapés dans une histoire généreuse en action, courses-poursuites et batailles spatiales. Les dessins de Christian Ward sont très bons, bien qu’honnêtement je les aie trouvés légèrement surcotés (Ward a néanmoins gagné l’Eisner Award 2020 du meilleur artiste numérique).

Une bien belle découverte qui nous amène à nous interroger sur notre monde, vivement la suite ! 

**·Comics

Le Batman qui rit #2: Les infectés

Second volume consacré au personnage crée par Scott Snyder et Greg Capullo. Cet album de 289 pages comprend les épisodes suivants : Batman/Superman #1-5, Black Adam: Year of The Villain #1, The Infected: King Shazam, The Infected: Scarab et The Infected: Deathbringer. Parution le 12/06/20 chez Urban Comics.

Rira bien qui rira le dernier

Récemment, lors de la saga Dark Nights: Metal, Batman a du affronter des versions alternatives de lui-même, représentant tout ce qu’il craignait de devenir: un assassin sans remords, un exécuteur sans pitié, et pour l’un d’entre eux au moins, un irrécupérable psychopathe.

Parmi ces reflets déformés issus du Multivers, on a fait la connaissance du Batman qui rit, sorte d’amalgame impie du Chevalier Noir et de son ennemi le Joker. Retors, pervers et sadique comme a pu l’être le Clown Prince du Crime, redoutablement intelligent, prévoyant et manipulateur comme sait l’être le protecteur de Gotham, le Batman qui rit est l’un des êtres les plus dangereux qui soient.

Ayant survécu à ses dernières péripéties, le Bat-sadique n’a pas regagné sa dimension d’origine. Il s’est terré en préparant la phase suivante de son plan: infecter notre monde avec sa toxine du Joker pour le modeler à son image. Il va ainsi mettre ses machinations en branle et infecter six premiers héros, afin de se servir de ces nouveaux messagers pour répandre l’infection.

Qu’il est agréable de mou-rire !

Batman et Superman, la crème de la crème, auront donc fort à faire contre ce Batman qui rit. Aussi intelligent qu’imprévisible, il va donner du fil à retordre au Meilleur Détective du monde, car ce dernier est trop peu habitué à être confronté à un adversaire de son niveau sur le plan intellectuel. On va donc assister à un jeu du chat et de la (chauve)souris entre les deux Bruce Wayne, ponctué de combats contre ces nouveaux infectés.

Si le récit en lui-même n’est pas déplaisant, il faut en revanche admettre que les interludes, eux, ne représentent pas un intérêt primordial, et sont donc de l’ordre du superflu. Ces interludes vont même jusqu’à casser le rythme de la saga, qui n’est en elle-même pas tout à fait palpitante.

Le personnage du Batman qui rit, intéressant, voire fascinant lors de ses premières apparitions, perd un peu de sa superbe étant donné qu’on en a déjà fait le tour auparavant. Il se banalise donc ici en méchant sadique du type « mouahaha« , même s’il faut lui accorder le mérite de nous démontrer que Batman se révèle finalement être un Joker bien plus dangereux que l’original.

La fin de la saga prend un rythme bien plus soutenu mais déroule l’intrigue bien trop facilement. En bref, le Batman qui rit, personnage emblématique de la saga Metal, s’offre le luxe de la redondance mais ne parvient pas à convaincre complètement. A réserver aux fans de Batman et aux lecteurs des précédents tomes.

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Daredevil #1: Connaître la peur

Premier tome de 120 pages de la nouvelle série Daredevil, scénarisée par Chip Zdarsky et dessinée par Marco Checchetto. Ce volume contient les cinq premiers numéros de la série publiée outre-Atlantique chez Marvel, parution en France le 24/06/2020 chez Panini Comics.

Retour difficile

Depuis bien des années maintenant, le justicier Daredevil arpente les rues de Hell’s Kitchen, en quête d’une justice brutale et dispensée de façon expéditive. Sous le masque de l’Homme Sans Peur, se cache pourtant l’avocat non-voyant Matt Murdock, un homme pieu et idéaliste, qui a néanmoins pris le parti de défendre les victimes le jour pour mieux punir ensuite les coupables à la faveur de la nuit, utilisant ses sens surdéveloppés et son entrainement au combat.

Durant sa longue croisade contre le crime, Daredevil a vu sa vie et celles de ses proches remises en question à de multiples reprises. Les pertes ont été lourdes, handicapantes, mais Matt ne s’est que rarement laissé paralyser par le deuil et à continué à œuvrer en marge du système, dans ce qu’il croyait être l’intérêt de tous.

Malheureusement, malgré une volonté à toute épreuve, l’inexorable finit par se produire. Après une énième blessure, celle-ci plus grave que les autres, Matt a du raccrocher les gants, pour se laisser le temps de guérir. Une fois remis sur pied, l’avocat justicier n’a plus qu’une idée en tête: reprendre son combat, pour se prouver qu’il peut encore le faire, qu’il est encore à la hauteur de son sacerdoce.

Le Diable de Hell’s Kitchen sera toutefois rapidement rattrapé par la réalité, et par l’éventualité qu’il n’a peut-être plus ce qu’il faut pour un nouveau round.

Lâcher la rampe

Depuis qu’il est passé sous le rouleau-compresseur de Frank Miller, Daredevil est un personnage marqué par les épreuves. Tous les auteurs qui se sont succédés depuis Miller, notamment Brian Michael Bendis et Mark Waid, ont imposé à l’avocat justicier leur lot de tragédies, de deuil et de descente aux enfers.

Une chose est sûre, c’est que même si la vie lui en fait baver, Matt Murdock finit toujours par se relever. Machinations du Caïd, meurtre de sa (ses) bien-aimée(s), possession démoniaque, rien, jusqu’ici, n’avait fait flancher Tête-à-cornes suffisamment pour lui faire abandonner sa croisade.

Et si, à force, Murdock se lançait dans le combat de trop, comme son père, Battlin’ Jack Murdock, avant lui ? Et s’il y avait des limites à ce qu’un homme peut, et doit, endurer ? C’est sur ce chemin que nous emmène Chip Zdarsky, en nous montrant un héros déterminé mais convalescent, victime du décalage entre ce que son cœur lui impose de faire et ce que son corps lui permet. Le scénariste va même un peu plus loin, puisqu’il confronte le héros à sa plus grande peur, celle de devenir un meurtrier, lui qui navigue toujours à la lisière, qui pousse la violence toujours plus loin pour garder l’avantage.

Ces thématiques fort intéressantes font écho à la série Netflix, notamment à la saison 3 durant laquelle Matt n’est plus au faîte de son habileté suite à de graves blessures. A l’instar du Netflixverse, le comics se paye des guest-stars en la personne du Punisher, reflet déformé de notre héros, Luke Cage, Iron Fist et Jessica Jones, ses compagnons d’armes qui l’ont toujours épaulé, mais qui cette fois vont se donner pour mission de le raisonner.

La partie graphique assurée par Checchetto est impeccable. L’artiste avait déjà officié sur le personnage et montre qu’il n’a rien perdu de sa maîtrise, que ce soit en terme de poses, scènes d’action ou cadrages.

Un nouveau départ qui sonne pourtant comme une fin, à lire pour les amoureux du personnage !