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Invincible (intégrale) #1

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Comic de Robert Kirkman et collectif.

Delcourt (2020), 400p. comprend les volumes 1 et 2 de la série en 25 volumes. 7/13 volumes d’intégrale parus.

Mark Grayson est le fils du plus grand super-héros de la Terre. Arrivé à l’adolescence ses pouvoirs se révèlent. Grisé par ses nouvelles capacités qui le rendent à peu près invincible, il s’engage dans une équipe de jeunes héros et doit apprendre à jongler entre sa vie de lycéen et celle de vigilant…

badge numeriqueRobert Kirkman est un des papes du comics US depuis le lancement de son monument The Walking Dead, sa seconde série. Avant cela il avait démarré une histoire de super-héros, peut-être moderne pour l’époque en ce qu’elle racontait les tribulations domestiques et la vie quotidienne des super-héros. On avait déjà vu ça au moins dans Spider-man mais bon, cette série est devenue un phénomène qui s’est achevé en France il y a trois ans au bout de vingt-cinq tomes. Entre temps une série animée est sortie sur Amazon et Delcourt a commencé la publication de l’intégrale dans la foulée.

Invincible tome 1 - BDfugue.comInvincible jouit d’un buzz extrêmement positif à l’image de Solo ou de TMNT, avec un vivier de fans qui soutiennent la publi. Je me suis donc laissé tenter malgré un graphisme franchement fruste et des couleurs informatiques très datées. L’aspect général me rappelle un bon délire de l’époque où Casterman s’était lancé dans les comics avec une collection assez qualitative, notamment sur Atomic Robo. Sauf que le second degré délire du dernier ne se retrouve pas vraiment dans les quatre cent premières pages d’Invincible qui brillent par un premier degré surprenant. On voit ainsi ce gentil ado s’amuser, se faire des copains, castagner quelques gros méchants, voir sa mère inquiète quand son père disparaît plusieurs mois dans une autre dimension,… Mais le flagrant manque d’antagonisme sur deux volumes entiers et le caractère invincible du personnage interdisent tout drama et tout impact émotionnel chez le lecteur.

Sur une série aussi longue on peut envisager qu’il ne s’agit que de l’introduction (ce que le réseau des blogueurs comics laisse penser) et que la hype peut s’enclancher à partir du second tome de l’intégrale. Reste la désagréable impression que Robert Kirkman, en bon homme d’affaire, sait faire traîner en longueur comme tout bon producteur de série qui avance homéopathiquement en faisant rentrer l’argent dans les caisses. En outre l’appellation « intégrale » a plus du coffret puisque même si la couverture est redesignée vous ne trouverez rien d’autre que les planches des deux premiers volumes dans cet opus. Même si on n’est pas encore dans une réedition d’un « Age d’or« , quelques bonus explicatifs n’auraient pas fait de mal.

En conclusion je ressors de cette (longue) lecture franchement dubitatif sur les qualités de la série. Je reconnais que d’autres saga ont eu du mal à démarrer (par exemple Solo qui a révélé ses qualités après plusieurs tomes) mais l’aspect très ricain et le manque de provo que l’on peut trouver dans Injustice ou d’actualité sur un Ignited ou Alienated ne me laissent pas très optimiste.

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Sanctuary (perfect) #1

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Manga de Sho Fumimura (« Buronson ») et Ryoichi Ikegami
Glénat (1990)/(2022), 460p, 1/6 tomes parus.

Sous l’appellation « Perfect » de l’éditeur se cache plus simplement une réédition intégrale regroupant deux tomes par volumes, sans ajout particulier ni retravaille du master vieilli. Glénat avait ouvert la publication en 1996 avant de l’abandonner au bout de deux tomes, les éditions Kobuto reprenant la série pour publier les douze volumes entre 2004 et 2005, introuvables désormais. Alors que Glénat republie le chef d’œuvre de Ikegami en apéritif à la nouveauté Trillion game (chronique demain), on peut gager que la ressortie de l’autre monument, Crying Freeman ne tardera pas, avec, espérons, un travail éditorial plus conséquent.

bsic journalismMerci aux  éditions Glénat pour leur confiance.

Asami et Hojo sont deux jeunes ambitieux. L’un officie dans l’ombre des politiciens, l’autre dans celle des Yakuza. Alors qu’une commissaire est nommée sur le territoire du second, elle va bientôt apprendre que beaucoup de choses relient les deux hommes…

CaptureRyoichi Ikegami est un des monstres sacrés du manga, notamment dans les années 80-90 où il officia sur les best-sellers Crying Freeman (avec le scénariste du mythique de Lone Wolf &Cub qui vient de ressortir en édition perfect), adapté au cinéma par Christophe Gans, et donc ce Sanctuary scénarisé l’auteur de Ken le survivant (Hokuto no Ken) qui accompagnera Ikegami sur la plupart de ses autres séries.

Ce qui marque immédiatement en ouvrant ce manga de Yakuza qui a probablement inspiré Boichi sur son Sun-ken Rock c’est le style graphique très crayonné où des éphèbes rivalisent d’intelligence et de détermination, l’un du côté des Yakuza, l’autre du côté politique, pour parvenir à leurs fins. Comme tout vieux film de Scorsese ou de John Woo (on est un peu entre les deux) les costards d’époque, les Mercedes et les coiffures vintage marquent leur temps et participent à l’atmosphère d’un Japon corrompu jusqu’à la moelle et écrasé par une classe de vieux mandarins que ces jeunes gens veulent bouter du pouvoir.

Et c’est là la modernité la plus notable dans le scénario: ces deux auteurs de quarante ans dynamitent la gérontocratie japonaise, comme Masamune Shirow et Katsuhiro Otomo dans leurs monuments Appleseed et Akira du reste. Alliant une radicalité dans la violence graphique (sexuelle comme physique) ils montrent un monde politique plus détestable encore que celui de la pègre en ce qu’il est réputé œuvrer au bien commun. Ici Capture1on achète les circonscriptions électorales à coup de millions et de grands « présidents » décident de tout entre jeux de jambes en l’air avec des gaminettes et parties de golf. Si le monde des Yakuza n’est guère reluisant, il semble moins pointé du doigt (qui reprocherait à des criminels leur manque de morale?).

Sur ce premier tome remarquable d’équilibre nous apprenons donc qu’un lien ancien existe entre ces deux impétrants et que la commissaire va être le grain de sable dans le plan parfaitement huilé du duo pour gravir le sommet et changer le monde. Résolument adulte, le scénario ne s’encombre pas de scories familiales et d’intrigues secondaires faciles. Dur tout en sachant être léger, Buronson et Ikegami dressent un tableau très réaliste d’une époque et de deux mondes qui semblent naviguer de concert au-dessus d’une société bien délaissée au regard des enjeux de pouvoir. Doté de personnages charismatiques, d’une narration millimétrée, d’action régulière et de dessins superbes (bien que mal mis en valeur par une technique d’impression d’époque), Sanctuary est un must-read qui n’a vraiment pas vieilli et montre pourquoi l’œuvre de Ryoichi Ikegami est majeur dans l’univers du manga.

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Infinity 8: Retour vers le Führer!

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BD d’Olivier Vatine et Lewis Trondheim
Rue de Sèvres (2017), 88p. 3 volumes souples format comics et un volume relié.

Si vous suivez régulièrement ce blog vous savez combien j’aime les formats originaux, variés, qui permettent à tous les publics de trouver ce qu’ils cherchent, aux expérimentations des artistes et last but not least, aux porte-monnaie de souffler un peu sur des éditions légères. Lors de son démarrage le jeune éditeur Rue de Sèvres a été très actif en la matière puisque ce sont eux qui ont quand-même permis les magnifiques éditions journal du Chateau des Etoiles (pour lequel Alex Alice publie cette fin d’année un Art book qui s’annonce somptueux… stay tuned!), mais également l’original Infinity 8 qui, chose trop rare, avait lancé les deux premiers tomes en format comics très qualitatifs.

Pour rappel cette série proposait entre 2017 et 2019 des aventures solo au sein d’un croiseur spatial, chaque tome réalisé par une nouvelle équipe (le tout avec Lewis Trondheim en « showrunner »). Si les deux premiers tomes proposaient les dessins très qualitatifs de Bertail et Vatine, la suite m’a laissé de côté en migrant dans un style simpliste proche de celui de Trondheim. Si l’esprit de la série était cohérent, graphiquement ce n’était pas ma tasse de thé. Dernière précision: comme pour le partenariat avec le Label 619 (basculé récemment d’Ankama à Rue de Sèvres), Infinity 8 était Infinity 8 T2 | Rue de Sèvresproposé par le ComixBuro de Vatine, depuis parti chez Glénat. Bon et maintenant que Blondin à fait son prof, qu’est-ce que ça donne ce Retour vers le Führer?

L’agent Stella Moonkicker revient d’une suspension pour violence sur passager. Rageuse de ne pas avoir retrouvé son Megaboard, cette adepte des selfi va bientôt tomber sur une étonnante réception culturelle promouvant l’art de vivre Nazi. Alors qu’un virulent rabbin commence à agresser ces gentils animateurs elle se voit contrainte d’intervenir. Une intervention qui aura des conséquences dramatiques pour toute la communauté de l’Infinity 8…

Rappelons le concept d’Infinity8: la croisière intersidérale Infinity 8 est pilotée par un alien aux capacités très particulières puisqu’il reboot le temps toutes les 8 heures afin de sauver le vaisseau d’une menace mortelle. Chaque album voit donc un nouvel agent du vaisseau partir en mission… Et voici donc Stella Moonkicker poufiasse blonde passablement insupportable qui ne pense qu’à ses comptes de réseaux sociaux, chargée de protéger le vaisseau contre rien de moins que le retour d’Hitler, décongelé d’une épave spatiale. L’humour noir est bien entendu de mise tout le long à force d’inversions de valeurs incessants: le rabbin est un intégriste, les nazis de gentils naïfs et l’anti-héroïne qui va aider toute guillerette le génocide spatial du nouveau Hitleroïde.

Infinity 8 - Tome 2 - Infinity 8 tome 2 retour vers le fuhrer - Trondheim  lewis / vatine olivier - broché - Achat Livre ou ebook | fnacLe cœur de l’album réside dans la relation entre le robot (cousin du C3PO de StarWars) et la grognasse qui a plus de Tuco que de Blanche Neige. L’esprit WTF est omniprésent en tirant vers Fluide Glacial, avec deux auteurs toujours très portés sur la dérision. Les délires SF nazi ont toujours attiré les envies (notamment graphiques) et permis de s’éclater sans avoir à se préoccuper de questions morales. Mais soyons clairs, l’amour de Vatine pour les bimbo spatiales pulp est le principal intérêt de l’auteur qui malgré un trait simplifié à l’extrême reste un très grand dessinateur capable de créer une dynamique de cases folle avec quelques traits. Alors vous aurez droit à des plongées en scaphandres, de combats de robots, des légions nazies, des piratages informatiques et éviscérations sanguinolentes en tout genre dans ce Retour vers le Führer…

L’édition comics est bien entendu agrémentée de tout ce qui en fait le sel: fausses pub, cahiers graphiques et autres interviews créatives des auteurs. Le plein de bonus pour un délire so-pulp dans la veine du récent Valhalla Hotel. Et puis on ne boudera pas le plaisir de profiter de la dernière BD dessinée par le créateur d’Aquablue publiée…

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Odyssée sous contrôle

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BD de Dobbs et Stephane Perger
Ankama (2016), 54p., one-shot, collection « Les univers de Stefan Wul »

Avant de débarquer sur la planète Emeraude, l’agent Michel Maistre fait la rencontre de la belle Inès Darle, dont il va tomber éperdument amoureux. Malheureusement ils vont se retrouver tous deux impliqués dans un complot extra-terrestre. Lancé à la recherche de la belle kidnappée, l’agent va vite se retrouvé confronté à une réalité parallèle qui va remettre en question jusqu’à son être même…

badge numeriqueJ’ai découvert l’immense qualité graphique de Stephane Perger sur la série Luminary qui vient de s’achever et souhaitais découvrir ses précédentes productions. La très inégale collection Les univers de Stefan Wul n’a pas donné que des chefs d’œuvre (sans doute du fait d’adaptations de romans pas forcément géniaux bien qu’ayant eu une immense influence sur une génération d’artistes) même si elle permet d’apprécier les traits de Vatine, Adrian, Varanda, Reynès ou Cassegrain et je ne vais pas le cacher, cette Odyssée sous contrôle vaut principalement pour les planches somptueuses de Perger. Alors que d’autres romans ont été adaptés en plusieurs volumes celui-ci, du fait de son traitement, aurais sans doute dû en passer par là…

Odyssée sous contrôle – Artefact, Blog BDLa faute sans doute à une ambition scénaristique un peu démesurée sur une base pulp. Dobbs fait ainsi le choix de troubler le lecteur dès la première page en ne suivant aucune structure séquentielle logique afin de créer un effet de confusion similaire à celui du héros. Hormis les poulpes alien qui semblent fasciner Wul (voir Niourk) on n’a pas grande chose auquel se rattacher, les personnages changeant d’identité, des seconds couteaux apparaissant de nulle part sans que l’on sache si l’on est censé les connaître et le déroulement du temps se faisant de façon très chaotique. La volonté est évidente. Certains apprécieront cette lecture compliquée. Il n’en demeure pas moins que comme album BD on aura fait plus lisible. Peut-être également en cause la technique de Perger qui si elle est très agréable à l’œil, ne permet pas toujours de compenser les ellipses et devinettes narratives que nous jette le scénariste. Lorsque le scénario est flou il faut un dessin extrêmement clair et évocateur (comme sur le sublime Saison de sang) pour garder le lecteur dans les rails.

Au final on a un album assez frustrant habillé de superbes séquences et de quelques idées terrifiantes, d’un design rétro très fun et d’une promesse d’espionnage vintage, ensemble de propositions qui surnagent avec une impression de pages perdues. Une fausse bonne idée en somme qui à force de ne pas dérouler son histoire ne la commence jamais vraiment. Dans la collection on ira plutôt voir du côté de La mort vivante ou Niourk.

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L’assassin qu’elle mérite

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BD de Wilfried Lupano, Yannick Corboz et Catherine Moreau (coul.)
Vent d’ouest (2010-2016), 46p./album série terminée en quatre volumes.

Dans la Vienne impériale de 1900 l’ancien monde se fracasse sur le nouveau. Si l’oppression féodale a été remplacée par une Lutte des classes entre prolétariat et bourgeoisie fortunée, cette dernière est loin d’être homogène, certains de ses membres abhorrant le carcan moral que fait peser l’ordre établi sur l’humanité. Ainsi vont se retrouvés liés à la vie à la mort deux riches hédonistes décidés à s’encanailler en créant une oeuvre d’art vivante: un pauvre naïf qu’ils ambitionnent d’élever au rang de criminel ultime chargé d’abattre la société morale. Ils vont s’efforcer de créer l’assassin qu’elle mérite…

L'assassin qu'elle mérite - BD, informations, cotesÉtrange série que cette quadrilogie qui se découpe en réalité en deux diptyque en forme de deux lieux/époques. Formé à Emile Cohl et déjà très solide techniquement et doté des atouts techniques des artistes de l’animation, Yannick Corboz (auteur plus tard de la Brigade Verhoeven et dernièrement des Rivières du Passé chez Maghen) sort d’un diptyque avec le golden-boy d’alors, Wilfried Lupano tout juste auréolé du succès de sa série majeure, Alim le Tanneur. Déjà chez les deux auteurs ce besoin de politique, cet esprit contestataire d’un ordre établi, d’une morale religieuse ou sociale qu’ils veulent mettre à bas. Et l’on sent dans le duo Alec/Klement une part de l’esprit créatif qui transpire dans cette reconstitution des Vienne et Paris de la Belle-époque.

Difficile de résumer cette intrigue très tortueuse qui, si elle suit résolument l’itinéraire assez piteux du jeune Victor tombé dans les filets machiavéliques de Victor, ne fait pas de lui un héros pour autant, loin de là. Ici les personnages sont bien un prétexte pour dépeindre deux sociétés au bord de l’explosion et que personne ne veut vraiment défendre. Le traitement scénaristique est ainsi perturbant en ce qu’hormis peut-être Klément, l’ami victime repenti on a très peu de compassion ni pour Alec le manipulateur ni pour Victor la victime. Car s’il a découvert la belle vie des héritiers gavé de l’argent de son mécène, le jeune garçon enchaîne mauvaises rencontres sur mauvaises décisions et n’est même pas capable de devenir le terrible révolutionnaire que l’on imagine.

L'Assassin qu'elle mérite - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.comWilfried Lupano nous avait déjà habitué au refus de la linéarité sur Alim le tanneur et poursuit ici sa construction chaotique au risque de perdre un peu le lecteur quand aux finalités de son projet. Le décors et les acteurs permettent bien très efficacement de nous décrire la Vienne impériale où la Police est principalement là pour protéger le mode de vie rapace des riches et où le vernis moral s’efface bien vite derrière le sexe et les pulsions. Mais faute de point d’accroche auquel s’identifier (un héros, un méchant) on écoute les analyses intéressantes tout en cherchant la route. C’est une approche que l’o peut qualifier de complexe, l’auteur refusant de donner le mode d’emploi de sa carte postale. Ainsi la rupture de mi-série voit disparaître Alec et l’intrigue se voit transposée à Paris autour de l’Exposition Universelle et d’un projet d’attentat anarchiste. Des personnages disparaissent, d’autres apparaissent sans que l’on se souvienne bien si on les a déjà vu ou non.

L'Assassin qu'elle mérite - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.comGraphiquement parlant Corboz propose de belles mises en scène avec une évolution que la couleur n’aide pas. En changeant de coloriste sur chaque album, on sent que le dessinateur n’est pas totalement convaincu, lui qui maîtrise pourtant une belle palette sur ses dernières publications. Et si l’encrage est un peu grossier sur le premier volume ce sont surtout les couleurs qui semblent faites au numérique qui détonnent avec l’approche artisanale du trait et de l’ambiance. L’évolution graphique est ainsi palpable tout au long de la série (en mieux) et propose quelques très belles atmosphères impressionnistes qui collent parfaitement à l’époque.

Série insaisissable, ni pamphlet politique, ni carte postale ou chronique sociale, L’assassin qu’elle mérite est tout cela à la fois dans un mode déstructuré qui demandera un lâcher-prise au lecteur sans chercher un sens à tout cela. Pas le meilleur scénario de Wifried Lupano mais une belle découverte graphique d’un dessinateur assez rare et qui pourrait bien exploser au grand public au premier succès commercial.

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Western

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BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (2001), 62p., one-shot, collection « Signé ».

Quand on est orphelin dans l’Ouest il n’y a pas trente-six solutions pour s’en sortir. Être fort ou malin. Les frères Chisum pensent appartenir à la seconde catégorie lorsqu’ils tentent d’usurper l’identité d’un jeune héritier pour toucher une rançon. L’affaire tourne mal et Jess se retrouve seul, estropié et survit tant bien que mal. Lorsqu’il resurgit à la civilisation c’est avec la ferme intention de se venger. Et un plan machiavélique…

Western - BD, informations, cotesLe tournant des années deux-mille marque la dernière vague de Western au cinéma avec Danse avec les loups, Impitoyable ou Tombstone. Forcément la BD a suivi son grand-frère de toujours avec des auteurs confirmés qui ont voulu faire leur grand album western. Parmi eux Hermann tira le premier avec son On a tué Wild Bill chez Air Libre (Dupuis) en 1999 avant que le duo star de l’époque, les papa de Thorgal Rosinski et Van Hamme ne sortent deux ans plus tard leur album Signé, de cette collection du Lombard qui avait vocation à rassembler sur des albums très sélectifs la crème des meilleurs auteurs confirmés du neuvième art. Si je relie les deux c’est parce que les deux intrigues sont proches, leur traitement aussi et que si Hermann père et fils ont depuis fait de cette autrefois prestigieuse collection leur maison, l’arrivée du duo Rosinski-Van Hamme marquait un sacré évènement en sortant de leur confort de série pour un one-shot ambitieux, juste avant son passage à la peinture sur La vengeance du comte Skarbek en 2004.

On sent cette envie de nouveauté artistique sur cette intrigue très classique du genre et de Jean Van Hamme, scénariste qui adore et excelle à plonger ses personnages dans des paradoxes et choix cornéliens. Ainsi, avec sa détermination sans faille, son talent à la gachette (remplaçant l’arc) et ses tourments du destin qui semblent lancés par les Dieux, le héros de Western est pleinement le petit frère moderne de Thorgal et pleinement un héros Vanhammien. Articulant de façon originale son histoire en plusieurs parties entrecoupées (une première et une singularité que je n’ai jamais revue depuis en BD) par des peintures muettes double-page de Rosinski, le scénariste narre plusieurs étapes de la vie de Jess Chisum avec une fluidité et un sens du récit toujours impériaux. Quand beaucoup d’albums aujourd’hui enflent sur plusieurs centaines de pages comme pour montrer le poids artistique, Jean Van Hamme sait toujours être concis, efficace et propose une tragédie sur moins d’un double album, qui se lit facilement et sans impression de manque. Un rappel dont devraient s’inspirer un certain nombre d’auteurs aujourd’hui.

Western. rosinski - van hamme. extra color nº 1 - Sold through Direct Sale  - 139299765Graphiquement je disais que Grzegorz Rosinski semble se chercher vers la nouveauté. On sait qu’il peint depuis longtemps mais tous ses précédents albums sont colorisés par un autre. Les panorama intercalaires sont une forme d’expérimentation séparant le reste des pages dans des tons sépia où il se lance pour la première fois dans la couleur directe. Pas encore en peinture mais c’est une première. On sent l’envie d’une approche proche du lavis pour retranscrire les vieilles photos de l’Ouest. C’est partiellement convainquant car cela atténue la précision des décors, comme écrasés dans des tons monotones. Rosinski est à l’économie (presque à l’épure sur certaines cases) quand il propose par ailleurs des scènes ciselées de détails. Étonnante, sa technique semble marquer des expérimentations qui permettront par la suite certains sublimes albums de Thorgal. Et c’est bien sur les visages et plans serrés que son talent éclate sur le découpage encore une fois parfait de son compère.

Au final, s’il marque une étape artistique majeure pour le dessinateur, Western prends la forme d’une expérimentation graphique pas totalement aboutie en ce qu’elle écrase un peu la brillance du scénario de Van Hamme. Ce dernier dans ses petits souliers compense ce manque de grands espaces par un art sans pareil du dialogue et du récit qui font néanmoins de cet album assez bref un grand western classique, un peu oublié dans un monde de la BD où Blueberry semble écraser toute autre proposition.

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Habibi

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Comic de Craig Thompson
Casterman (2011), 635 p., one-shot. Version compact « opé estivale casterman 2021 ».

Une jeune fille mariée au sortir de l’enfance et un enfant noir arraché de l’esclavage se cherchent au fil des époques dans cette immense saga qui détaille la richesse et la complexité d’un Islam pétri d’archaïsmes, de violences et de philosophie.

Habibi - broché - Craig Thompson, Craig Thompson, Craig Thompson - Achat  Livre | fnacHabibi fait partie de ces albums qui impressionnent par son aura autant que par sa pagination. Depuis sa sortie en 2011 auréolé d’un Eisner award évident et bardé d’éloges des critiques BD comme des libraires, le chef d’oeuvre de Craig Thompson est un classique immédiat que l’on voit dans toutes les médiathèques et librairies sans toujours oser tenter dl’aventure. Car cette lecture unique nécessite que l’on prenne le temps de la déflorer, de la savourer, de la digérer. Car si l’image de couverture et la finesse des pages intérieures d’une richesse folle semblent indiquer un conte des mille et une nuits, Habibi est d’abord un drame humain proche du sordide dans son réalisme et sa noirceur. Dès les premières pages l’héroïne se voit mariée pour de l’argent à un homme, calligraphe, de l’âge de son grand-père. Même s’il reste modéré dans ce qu’il montre, les idées et les faits nous plongent dans le plus dramatique de ce que cette société islamique a été: femmes-objets, esclavage massif, violence physique omniprésente. Lorsqu’il commence son projet Craig Thompson, jeune dessinateur élevé dans un christianisme radical dont il s’est détaché, souhaite découvrir cette société musulmane montrée comme obscurantisme sous le prisme des guerres irakiennes de l’Amérique. Pourtant sa vision, si elle ne prend pas de pincettes, reste d’une neutralité positive, ne cherchant pas à grossir le trait tout en soulignant la puissance intellectuelle de cette culture, de ses sciences, de sa mystique mathématique en même temps que la proximité fondamentale du Coran avec les cultures chrétiennes dont il se veut la dernière Révélation.

Habibi (2011)- HabibiLa narration est complexe, non-linéaire, demandant un certain effort pour suivre un fil qui saute d’époque en lieux, nous faisant souvent nous demander si l’on a raté une séquence, si l’imprimeur a sauté un cahier. Sans coups de théâtres l’auteur fait se chercher ces deux personnages naïfs jetés dans la violence du monde et drapés dans mille symboliques dont la première, celle d’un Adam et Eve issue de Cham, dernier fils noir de Noé. Inscrit dans une temporalité uchronique, le récit commence dans une sorte d’Islam médiéval et le Harem du sultan pour finir dans l’hypermodernité d’un état pétrolier qui ne dit pas son nom, cité-Etat champignon vivant de la richesse de l’eau et poussant sur le sang de ses ouvriers-esclaves majoritairement noirs, lieu qui nous rappellera sans besoin de forcer les pétro-monarchies du golf persique.

Récit-fleuve découpé en neuf chapitres, Habibi tente de reproduire l’univers mental de ses personnages, jeunes humains plongés dans un monde impitoyable où la vie humaine n’a pas de valeur alors que leur esprit a été formaté dans ces symboliques des histoires du Coran. Ce paradoxe transparaît dans la crudité des séquences réelles et la beauté des séquences mythiques. Livre-objet, Thompson apporte un soin particulier à la forme de ses planches d’une finesse incroyables avec un travail sur le design des Djinn et autres créatures du Livre qui entrecroisent par moment des éléments de la vraie vie, en un mélange que procure la vision de ces êtres brassés dans cet enfer et que seul l’amour de l’un pour l’autre permet de survivre. Le style graphique s’inspire lui ouvertement du grand Will Eisner, lui-aussi très intéressé par la Religion et les hommes dans une approche déconstruite des pages de BD.

Habibi Craig Thompson | Craig thompson, Graphic book, Children's book  illustrationAyant exigé un travail documentaire proprement pharaonique, l’album est bardé de citations, de calligraphies arabes (avec un cahier de références en fin d’ouvrage) et de mille et une références aux récits coraniques, de Noé à Salomon en passant par le Prophète et ses Anges. Projet unique dans le monde de la BD, Habibi est une lecture indispensable qui permettra le lecteur curieux de se plonger dans une part de ce qu’est cette culture islamique qui a si brillamment dominé le monde médiéval avant de sombrer dans l’obscurantisme que nous a illustré (dans un tout autre registre) également Lupano l’an dernier avec sa Bibliomule de Cordou. Notre époque de Guerre de civilisation demande au citoyen et au lecteur de s’informer et de sortir du récit officiel pour comprendre le monde. Habibi participe à cette nécessité et cette édition poche est une excellente occasion de s’y mettre!

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Rosa de la Habana

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BD de Duchy Man Valdera et Alexander Izquierdo
Mosquito (2016), one-shot.

C’est une complainte noire, le Blues d’un amour impossible, d’un cœur volé. C’est l’âme brisée de Segundo, guitariste provincial venu à la capitale pour y faire danser les havanais dans la bodega de son cousin, que nous font contempler les auteurs de ce drame noir. Dans la nuit d’une dictature qui protège plus les souteneurs que les honnêtes gens Segundo va tomber dans les filets d’une femme fatale, la sublime Rosa dont la voix transcende le musicien. Est-il tombé amoureux de son corps ou de sa voix… ou des deux? Malheureusement pour lui Rosa est la plus belle et efficace des prostituées de la ville. Et son maquereau un redoutable salaud qui ne rechigne à aucune violence.

L’envoute t’elle pour lui soutirer son argent ou croit-elle au fond de sa misère qu’un autre avenir est possible comme il le lui promet? Comme ce noir et blanc tranché ce sont deux mondes qui s’opposent, celui de Rosa, de la nuit et de l’enfermement ou celui lumineux naïf et chantant de Segundo. Deux mondes non miscibles quand tout bonheur n’est qu’une illusion intéressée.

CaptureNoir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Et on plonge facilement dans ce Cuba des années Batista où la vie semble rythmée par les bars à musique. Avec sa guitare Segundo a du talent et semble voué à un brillant avenir, avant de tomber sous le charme de la belle et terrible Rosa. Archétype de la prostituée inaccessible, psychologiquement soumise à son mac jusqu’à refuser la liberté offerte, ce sont tous les codes du polar nocturne que nous proposent les deux auteurs cubains avec ces personnages, sur des dessins qui transpirent la nuit et la fumée. Un amour impossible auquel il ne manque plus que la vraie musique de Cuba pour accompagner votre lecture un verre de rhum à la main.

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Batman: Arkham asylum

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BD de Grant Morrison et Dave Mckean
Urban(2022)- (1989), one-shot. Collection estivale  Urban « le meilleur de Batman » 2022.

Joker is a filthy degenerate- Batman Arkham Asylum: A Serious House on  Serious Earth : r/comicbooksSi comme moi vous avez un certain âge, vous faites peut-être partie de ceux qui ont longtemps frissonné devant ces couvertures en médiathèque, ces albums étranges que l’on osait ouvrir sans trop savoir comment les approcher. BD or not BD? Arkham asylum est une singularité en même temps qu’un monument « ancestral » de la biblio Batman au même titre que le Killing joke ou le Dark Knight, de ces albums majeurs qui composent la mythologie moderne de Batman post-série télé et concomitants du premier Tim Burton.

Aujourd’hui grand manitou de DC comics, l’écossais Grant Morrison est un bleu lorsqu’il propose à son compatriote ce projet fou d’une immersion viscérale dans l’asile d’Arkham en plaçant peut-être pour la première fois le chevalier noir à égalité avec les prisonniers de Gotham. Remontant aux origines de l’Asile et de son fondateur Amadeus Arkham (archéologie que reprendra plus récemment Sean Murphy sur Curse of the white knight), l’auteur a bien l’ambition d’une vraie BD qui explore une nouvelle facette de la mythologie, résolument adulte et absolument impressionnant sur le plan graphique. Pour cela il s’associe avec un peintre également inconnu et qui fera une grande carrière en compagnie de Neil Gaiman sur les Sandman et Hellblazer. Travaillant la matière en associant photographie, dessin, lames de peinture et matériaux comme de la dentelle ou des engrenages (idée qui inspirera probablement Olivier Ledroit sur ses tableaux récents et sur la série Wika), McKean propose une déconstruction totale – toujours très lisible pourtant – et une immersion visuellement incroyable dans les méandres de ce lieu hors du monde. Le travail sur l’horreur visuelle et sonore (oui-oui!) est vraiment immersif et on aura rarement vu le Batman si faible, si proche de ses adversaires.

Dave McKean Arkham Asylum Page 104 Batman Painted Original Art (DC, | Lot  #92168 | Heritage AuctionsPartant d’un pitch éculé (une nouvelle émeute à l’Asile qui nécessite la venue de Batman), Morrison développe ce qui sera la matrice de nombre d’auteurs ultérieurs sur Batman, du duo Lemire/Sorrentino au dantesque Deuil de la famille: dans une réalité qui semble sortie de notre univers, Batman se confronte aux grands méchants dans un pandémonium où son rôle de monstre est questionné par un Joker plus fou et terrifiant que jamais. Le récit alterne l’évolution vers la démence du fondateur de l’asile et le cheminement de la Chauve-souris, dont l’itinéraire finira par rejoindre celui du passé. Pour cela Dave McKean a le talent de ne pas perdre le lecteur malgré l’aspect très particulier de ses compositions. Restant dans une narration séquentielle malgré tout, il permet de se concentrer sur la complexité des visuels et le caractère symbolique et mythologique du récit, convoquant dieux anciens comme le Christ.

Récit résolument adulte, œuvre d’art à part entière, Arkham asylum est une pierre blanche dans la création du Batman moderne, un jalon majeur pour toute une génération d’auteurs et  un moment qui a intégré l’imaginaire collectif. Si en plus de cela la lecture reste accessible au grand public vous n’avez plus d’excuses pour ne pas plonger…

Arkham Asylum, pg. 48 & 49, in christian stoklas's McKEAN, Dave Comic Art  Gallery Room

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Tebori

La trouvaille+joaquim

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BD de José Robledo et Marcial Toledano
Dargaud (2022)- (2016-2017), 144p., intégrale des trois tomes en édition poche estivale.

Tebori T. 2/3 - Par José Robledo & Marcial Toledano - (...) - ActuaBDLe Tebori est le tatouage traditionnel japonais réalisé sans aide mécanique grâce à des aiguilles. C’est le cœur de cette série et un marqueur important de la tradition japonaise et de la culture Yakuza directement issue des codes Samouraï. Présenté comme cela, pour qui n’est pas fana de manga et de culture nipponne cela paraît moyennement engageant. Pourtant, cette trilogie d’un duo espagnol se fit remarquer lors de sa sortie et je comprend mieux pourquoi à la lecture de cette intégrale format poche qui permet pour l’occasion de tester cette incursion de l’ogre Dargaud dans les formats alternatifs (après Casterman et Futuro). Petit apparte: si vous avez suivi l’actualité de l’édition et les chiffres proprement gargantuesques de la BD en 202, il est tout à fait logique que, forts d’une grande solidité économique, les éditeurs BD poussent leurs expérimentations. Je vois deux avantages à cela: le format entre le comics et le manga peut facilement attirer de nouveaux lecteurs et faire franchir la redoutable barrière des genres (notamment des lecteurs de manga) avec une pagination certes courte pour du manga, mais en full couleur pour moins de dix euros il serait dur de se plaindre. A ce titre, si certains titres de la sélection peuvent interroger, ce Tebori comme le Mecanique Celeste de Merwan (que je vous conseille vivement quel que soit le format!) jouit d’un dessin et d’un découpage diablement dynamique qui cadre parfaitement avec le modèle manga.

Tebori T3, bd chez Dargaud de Robledo, ToledanoRevenons à nous moutons pour expliquer en quoi malgré les superbes dessins du très doué Marcial Toledano (passé depuis sur la saga SF de Runberg Les Dominants) c’est vraiment le thème qui emporte son lecteur sur cette série. Alors que l’album commence sur une poursuite en moto, hommage non voilé à l’ouverture d’Akira, l’intrigue s’avère relativement posée et manque même clairement d’action (le principal défaut de Tebori) pour se concentrer sur les explications très didactiques sur la culture du Tebori, son rôle chez les Yakuza et des descriptifs passionnants sur le développement de cette pègre et sa particularité qui puise ses racines dans la défaite de 1945, l’occupation américaine et l’insularité identitaire japonaise. Car ce n’est pas seulement la corruption qui permet la renaissance sans fin des clans Yakuza mais bien son insertion fondamentale dans la culture japonaise comme incarnation moderne de la tradition rigide du Bushido. Passionnés et passionnants, les auteurs insèrent d’ailleurs en fin de volume un lexique de certains termes utilisées, pas seulement pour l’exotisme mais par soucis de réalisme.

Le personnage principal est un ancien gangster (modèle petite frappe) adopté par un grand maître du Tebori et qui se retrouve à confesser les grands chefs de clans qui viennent recouvrir leur corps d’un « bodysuit », tatouage intégral crée progressivement tout au long de la vie et qui doit refléter l’existence du personnage. Étrangement la BD prend des aspects totalement documentaires pendant une bonne moitié avant qu’un switch fasse basculer l’histoire et accélère le rythme. Ce petit déséquilibre assaisonné d’un soupçon de mystique-fantastique n’est finalement pas dérangeant tant on se passionne pour ces témoignages, sur les innombrables liens culturels qui ont trait à l’obéissance, l’honneur, l’apprentissage d’un art-tisanat ancestral et le refus d’une modernité que beaucoup de japonais semblent rejeter. Si la vision du flic américain rappelle les fondements absolument fascistes de ces gangs (sans parler de leur violence), une autre vision fait de cette culture un conservatoire du Japon d’avant.La bande dessinée Tebori vous initie aux coutumes des Yakuzas en vous  dévoilant les mystères des tatouages japonais

Le personnage principal est étonnamment effacé, sorte de néo-antihéros et d’une personnalité que l’on calque souvent sur les personnages féminins dans la BD. Spectateur d’évènements il peut faire office d’alter-ego du lecteur qui se trouve à attendre un acte de bravoure et s’interroge sur le rôle de cette histoire d’amour à laquelle on a du mal à croire. On ressort ainsi un peu troublé, absolument enjoué par tout le packaging, des thématiques à ce qu’on a appris en passant bien sur par les planches aussi efficaces que précises et élégantes, mais aussi déstabilisé par un déroulement lors duquel on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, jusqu’à une conclusion qui pourrait autoriser un second cycle. Avec quelques défauts, Tebori reste une excellente lecture, une très belle découverte inattendue qui procure le plaisir du voyage sans filet vers une culture qui se dévoile avec respect.

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