****·BD·Nouveau !

Mécanique céleste

BD du mercredi
BD de Merwan
Dargaud (2019), 200 p., One-shot.

couv_373155Le volume est de format très large, presque carré et propose une grosse histoire d’un seul tenant de deux-cent pages, après un court prologue. Il s’agit de la onzième BD de Merwan Chabane. Titre au design rétro-futuriste avec vernis sélectif. L’ouvrage s’inscrit dans une petite collection d’albums SF d’auteurs lancée cette année par les éditions Dargaud. Rien de notable côté édition hormis le format généreux. Canal BD a en revanche sorti un Tirage de Tête grand format doté d’un cahier graphique.

2068, le monde d’après. La France a été ravagée par une guerre et une catastrophe nucléaire. Des communautés ont vu le jour dans de chaos où la Nature a repris ses droits. La petite Pan est une sorte de démocratie organisée en castes. Aster y est une hors caste au comportement étrange. Lorsque la puissante et technologique République de Fortuna arrive pour annexer ces agriculteurs il ne leur reste plus qu’à défier la Mécanique Céleste, jeu de balle représentant la destinée de tous…

Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"Il y a des ces albums qui inspirent la sympathie, sans doute celle dégagée par leur auteur. Il y a eu l’an dernier le formidable Il faut flinguer Ramirez de Pétrimaux, il y a cette année Mécanique Céleste. Contrairement à son comparse, Merwan a de la bouteille. Mais comme lui il vient de l’image animée, et cela se ressent tant ses planches dégagent une énergie folle. Dans une BD proposant un sport futuriste (pour ne pas se mentir, une simple balle au prisonnier) il y avait un vrai risque de scénario prétexte. Cela n’aurait pas forcément été grave tant la BD regorge d’albums totalement orientés action. Ayant fait ses armes sur d’autres scénarios en solo et en duo l’auteur formé aux arts décoratifs (c’est important, j’y reviens) intègre son histoire dans un monde vaste dont on ne saura que très peu. Une envie visuelle manifestement, de ces paysages urbains à moitié inondés, mangés par une végétation très à l’aise. Le premier quart de l’album voit les deux héros vaquer dans ces décors post-apo toujours fascinants mais qui ne font que semer des questions avant que ne commence véritablement l’histoire. Car des thèmes on sent que Merwan en a plein sa Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"besace sans forcément savoir jusqu’où pousser sans perturber son objectif. Des renaissances des sociétés à la dictature en passant par l’écologie, la liberté individuelle ou la famille, l’album est très bien équipé pour démarrer une saga SF… qu’il ne sera pas (ou pas tout de suite). On me souffle à l’oreillette qu’il y a matière à une suite…

La pagination gourmande est totalement justifiée par le style (rapide) de l’auteur et son envie d’action. C’est à ce moment que sa technique sans faille parle en nous laissant fascinés par une énergie totalement à propos, empruntée autant au manga qu’à l’animation (comme ses copains Vivès, Gatignol, Sanlaville,… au style proche). Comme d’autres auteurs formés aux Arts déco (Lauffray, Corentin Rouge) on sent autant une envie de design que la capacité à Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"s’extraire des nécessités de réalisme par une maîtrise redoutable des anatomies, mouvement et perspectives. Ainsi ces traits épurés dans le style de l’animation et ces jeux permanents de caméra, d’expressions, de torsions. C’est particulièrement marquant quand on réalise que l’album ne comporte quasi aucune des ligne de vitesse que le Manga a inventées et qui semblait le passage obligé pour faire bouger les cases. Sur Mécanique Céleste Merwan travaille à l’ancienne, probablement sans aucun travail numérique et quel plaisir que de retrouver à la fois l’imparfait du dessin « à la main » et la précision de la BD moderne.

Je parlais de sympathie car si on le regarde à froid cet album, hormis sa technique, aurait pu être banal. Une histoire sportive assez classique, des personnages archétypaux… saut que tout dans cet album respire l’envie de faire plaisir et de se faire plaisir. Comme l’album de Pétrimaux donc, on nage souvent en plein WTF, avec designs Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"à la cons (un petit fétichisme de l’auteur pour les bottes de pluie? ce n’est finalement pas pire que les aspirateurs…), des dialogues cinglants et des personnages presque tous débiles. Dans cette histoire improbable il fallait jouer de l’humour et l’on ne sait jamais si ce sont les gestuelles (on imagine des heures passées à décortiquer Buster Keaton et Chaplin) ou les dialogues qui nous font le plus sourire…

J’ai toujours pensé que la franco-belge avait quelque chose en plus par rapport au Manga et au comics. Sans doute cette liberté artistique que les deux autres industries ne permettent plus guère. Et ce genre d’album fait plaisir en rappelant que nous avons tout plein d’auteurs moins médiatisés mais tout aussi talentueux que des Jung-Gi Kim, des Immonen ou des Gamon Sakurai. Je ne sais pas encore s’il s’agit de l’album de l’année mais c’est sans aucun doute celui qui donne le plus la patate!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Maestros #1

esat-west

Comic de Steve Skroce
Hi Comics (2019) – Image (2018), 167 p. 1 volume paru, série en cours.

badge numeriquecouv_357320Le Maestro et toute sa famille ont été massacrés après la libération du plus dangereux démon enfermé par celui qui était le plus puissant sorcier de l’univers. L’héritier est un fils humain, banni il y a des années. Le problème c’est que le Maestro était une ordure, un tyran, macho, dominateur, imbu de sa personne, et que son fils le déteste…. Une révolution des pratiques se prépare dans les différents mondes où cet humain désormais doté de pouvoirs absolus a bien l’intention d’appliquer les utopies politiques humaines à un univers basé sur la force… 

Steve Skroce n’a pas une très longue biblio, ayant fait ses armes chez Marvel et du storyboard de cinéma (notamment sur Matrix!) avant de partir sur de l’indé qui semble bien mieux lui convenir quand on voit le plaisir qu’il a à insérer des scènes gores et vaguement chaudes dans ses planches. Avant Maestros il a dessiné avec Brian K Vaughan une uchronie où les USA envahissent le canada. On saisit déjà l’amour des renversements.

Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"Comme dessinateur Skroce s’en tire plus qu’honorablement, livrant des dessins assez classiques (on pense parfois à du Frank Quitely) mais très propres techniquement et très au-dessus de la moyenne des dessins de comics. Le gars sait tenir un crayon et se permet des expérimentations formelles en habillant ses pages un peu à la manière d’un Olivier Ledroit. Car son univers est basé sur les codes de la Fantasy avec magiciens à chapeau pointu, dragons, ogres et monstres en tous genres. C’est assez cliché mais c’est voulu, afin de créer un clivage entre ces images de contes et un langage très fleuri, des exécutions tout sauf douces et un univers noyé dans la violence, la force brute et le sexe.

Du coup, si l’univers est vraiment sympa (même s’il reprend pas mal l’idée de décalage d’un Millar sur Jupiter’s Legacy), une fois passés les premiers chapitres vraiment réussis, on tombe progressivement dans une pseudo histoire d’amour un peu mièvre et irréelle au regard de l’univers et du projet. Plusieurs fois on se dit que l’auteur va nous balancer une chute destabilisante pour constater qu’il ne s’agit bien que d’une banale vengeance du vizir contre son sultan… on a connu idée plus novatrice.Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"

Du coup ce premier tome d’une série annoncée commence de façon tonitruante pour finir assez sagement, comme si Skroce avait oublié en cours de route qu’il était dans du comic indé adulte et n’avait plus à se censurer. Un peu dommage tant l’ouvrage commence sous de très bons auspices tant graphiques que scénaristiques en se livrant à de très joyeux et nombreux massacres bien rouges et bien réalistes que tous les amateurs de films d’horreur apprécieront. Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"On se marre pas mal sur les dialogues de sales gosses, profite des jolis dessins et se demande quel sort galactique le Maestro et ses adversaires vont s’envoyer à la tronche. Construit en allers-retours entre la nouvelle vie du héros et son difficile et douloureux apprentissage, le comic se lit assez rapidement et avec plaisir. Il est juste dommage qu’il arrive après un certain Jupiter’s Legacy dont la comparaison en nombre d’idées et de radicalisme n’ira pas en faveur de l’ouvrage de Steve Skroce. Ce n’est pas honteux tant le maître est haut et de nombreux auteurs ont fait les éloges de cet album clairement au-dessus de la moyenne mais qui n’est pas non plus le choc que certains ont annoncé. Peut-être que la suite sera plus délirante encore, c’est tout ce qu’on peut souhaiter à cette série.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Marius #1

BD du mercredi
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle(2019), 56 p., série en deux volumes.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Résultat de recherche d'images pour "marius morice"A l’initiative d’Eric Stoffel et Serge Scotto, la collection Marcel Pagnol en BD a vu le jour en 2015 et propose d’adapter l’oeuvre de l’écrivain marseillais. Onze albums sont déjà parus et la trilogie marseillaise dessinée par Sebastien Morice qui travaille pour la première fois sans son comparse Didier Quella-Guyot commence avec ce Marius, bonne occasion de profiter des superbes dessins, couleurs et lumière du dessinateur du Facteur pour femmes pour découvrir ce classique de la littérature française. L’album suit la ligne graphique de la collection et comporte une préface de Nicolas Pagnol (petit-fils ), un cahier graphique avec de supermes images préparatoires du dessinateur et des explications deux scénaristes sur le travail d’adaptation, enfin un récapitulatif des albums parus dans la collection.

Marius tient le Café de la Marine avec son père César… qui le trouve empoté et pas très professionnel dans le métier. Fanny n’a d’yeux que pour le beau Marius mais, courtisée par le riche Panisse s’efforce de rendre le jeune homme jaloux. Dans la torpeur marseillaise chacun pavane et discute à l’ombre des platanes une anisette à la main…

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Je n’ai jamais été très attiré par les adaptations littéraires, aussi c’est clairement Sebastien Morice, dessinateur découvert comme beaucoup sur le Facteur pour femmes, qui m’a amené à lire cet album. J’ai une tendresse pour son travail et notamment sa colorisation très lumineuse, lumière qui a dû jouer dans la proposition de l’éditeur de travailler sur l’univers de Pagnol. Pourtant l’auteur était sceptique, d’une part de partir sur une série (hormis Papeete 1914 en deux volumes il n’a fait que des one-shot), d’autre part car cette adaptation d’une pièce de théâtre est assez éloignée de ses habitudes et particulièrement difficile à mettre en image tant elle repose sur les dialogues et les espaces fixes. Pour celui qui nous a régalé de paysages insulaires, des landes bretonnes et de nature, cet album urbain a été une sacrée prise de risque, une mise en danger artistique comme on dit et rien que pour cela on peut le remercier car cela démontre un auteur qui évite le ronronnement.

… quand on fera danser les couillons tu ne sera pas à l’orchestre.

TMM_colo_Double_page_T1_extraitCet album est surprenant car c’est assez peu une BD… Les habitués de Morice seront perturbés par un découpage qui ne mets pas en valeur ses qualités en serrant le cadrage sur les seuls personnages et quelques plans de Marseille où le dessinateur peut se faire plaisir. Pourtant on ne peut pas dire qu’il ait chômé pour reconstituer la place et le vieux port à l’aide de documents d’époque et de structures 3D qui lui permettent de tourner sa caméra avant de dessiner ses scènes. Sur le plan documentaire (et j’ai ressenti que c’était cet aspect qui avait dû attirer Sebastien Morice) c’est une réussite. En revanche sur une adaptation théâtrale assez grandiloquente je ne suis pas certain qu’il soit le dessinateur le plus adapté, plus à l’aise dans les postures et la technique que dans les expressions des visages. Il en ressort une impression que le dessin apporte peu au texte.

Bonne mère, c’est un meurtre, mais c’est lui qui l’a voulu! Adieu Panisse!

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Est-ce dû au dessin ou au projet lui-même, je ne le sais pas. Car le texte, pour beaucoup repris mot pour mot de la source de Pagnol, est truculent, drôle, rythmé comme un ping-pong de comédie. On se plaît à voir ces personnages qui nous rappellent bien évidemment Asterix dans leur énormités et leurs abus. L’histoire est simple, simplissime, le cadre étroit, on est bien au théâtre. Les auteurs tentent bien par moment d’élargir le panorama sur les voiliers partant au Levant mais la totalité de leur intrigue reste centrée sur Panisse, Marius et Fanny. Si le plaisir de lecture est indéniable et les images jolies, mettre du théâtre en BD reste un exercice incertain. Ce diptyque aura le mérite de faire découvrir ou redécouvrir l’œuvre de maître Pagnol et peut être vu comme un acte pédagogique. Pour le reste le carcan de l’adaptation pour les scénaristes et le dessinateur les aura peut-être un peu trop freiné dans l’expérimentation et l’apport original. A voir si le second tome s’émancipera un peu de la pièce.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·****·*****·Comics·East & West·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Sushi & Baggles #19

esat-west

  • Radiant #12 (Tony Valente/Ankama) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

couv_372451Attention le nouveau Radiant est arrivé, avec une jaquette toujours aussi belle, centrée sur les personnages… qui sont la grande réussite de la série. Tony Valente aime ses personnages et les développe tous à fonds , si bien que lui comme nous ne sait plus où donner de la tête tant les possibilités sont nombreuses. Qui est un personnage principal, secondaire, tertiaire? …impossible de le dire tant tous ont leur moment de bravoure. D’ailleurs ce volume est l’un des rares à être quasi exclusivement centré sur un side-kick, à savoir l’anti-héros Doc, aux prises avec les affreuses sorcières de la Mesnie. Dans des dessins toujours aussi virtuoses et minutieux, l’auteur nous fait hurler de rire avec ses millions de mimiques et jeux de langues (donc Doc, si vous vous souvenez, est le spécialiste). Un volume axé baston qui se termine explosivement à Bôme et nous propose, encore, plusieurs nouveaux personnages de grande qualité. Tony Valente a déjà confessé dans ses discussions de fin de volume que son univers était assez riche pour plusieurs dizaines de volumes et on le croit volontiers tant on a plaisir à replonger et découvrir le monde de Radiant à chaque volume. Déjà douze et on a l’impression que l’on vient juste de commencer… Vivement la suite!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv


  • Atomic Robo #2 (Clevinger/Wegener/Casterman) – 2019, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour leur confiance.

couv_366465Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Le Robot le plus bourrin du XX° siècle revient chez Casterman Paperback… et surement pour longtemps puisque l’éditeur original IDW en est actuellement à 13 volumes publiés. Ceci explique pourquoi le background se révèle aussi progressivement sans explication particulière au sein des épisodes que contient chaque volume relié et construits comme des séquences quasi autonomes. A noter que les couvertures originales sont très jolies et que Casterman serait bienvenu de les intégrer (ce qui se fait habituellement en comics) dans les prochains tomes. Ce second épisode est beaucoup plus structuré que le premier avec une intrigue qui suit Atomic Robo lors du débarquement en Sicile. On découvre différents alliés, deux nouveaux méchants nazi, des machines, des soldats monstrueux et un verbiage incessant entre deux balles et trois explosions. J’ai trouvé du coup l’histoire plus sympa à suivre car moins hachée mais un peu plus sérieuse jusqu’à la dernière portion qui introduit un étonnant soldat québécois qui a dû donner beaucoup de mal aux traducteurs et qui nous propose des expressions qui vous laisseront aussi pantois que Robo… Voyons voir donc quel format nous réserve la suite que je suivrais personnellement avec beaucoup d’envie tant les dessins (quasi uniquement découpés en cases pleine largeur format cinémascope!) comme l’esprit de cette série qui ne se prend absolument pas au sérieux sont de petites sucreries bien agréables.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv


  • Coyotes #1 (Lewis/Yarsky/Hicomics) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

displayimageMon expérience avec les albums Hicomics (la branche comics de l’éditeur Braguelonne) n’avais pas été très fructueuse jusqu’ici. Generation Gone ne m’avait pas totalement convaincu et le réputé Invisible Republic m’a laissé sur le côté… Heureusement Coyotes arrive et marque chez moi un intérêt soudain, non forcé, pour une oeuvre résolument originale, mêlant discours politique (un féminisme agressif faisant assez directement référence au comportement prédateur sexuels des hommes), une revisitation du mythe du Petit Chaperon rouge (l’héroïne est appelée Rouge et combat des loups…) et le principe de la guerre secrète entre deux entités ancestrales incarnant la force masculine et la féminité naturelle. Une base théorique très solide pour un premier tome (sur deux parus aux USA et qui doit conclure la série) construit façon puzzle, sans linéarité temporelle claire mais avec une recherche dans la narration, les dialogues et l’esthétique générale  qui accroche fortement le lecteur blasé des comics indé. Souvent le dessin me fait tolérer des intrigues pas toujours fabuleuses et je suis aux anges quand l’équilibre est trouvé entre le trait et le récit. Caitlin Yarsaki a un réel talent qui se ressent sur son premier album malgré des dessins un peu rapides par momentRésultat de recherche d'images pour "coyotes yarski". Ses visages (qui ont la particularité d’être très cernés… juste un style ou un reflet de la fatigue générale dans ce monde violent?) sont incroyablement expressifs et esthétiques, même quand elle dessine des mamies hystériques vociférant et la subtilité de ses planches réponds à celle de l’écriture qui joue délicatement de graphie (avec cette Duchesse dont les bulles sont habillée d’élégantes arabesques) et parfois presque de poésie. Dans cette histoire antique des hommes transformés en loups par d’anciennes reliques chassent les femmes. Un groupe de survivantes, les Filles perdues se réunit, se forme aux arts guerriers et part combattre son ennemi… Cette histoire mythologique permet de se dispenser de réalisme géographique comme temporel et l’on se plait à suivre ces personnages très forts dans une mise en forme où chaque case est travaillée. Coyotes a des lacunes comme tout premier album, mais il respire le talent et sort résolument du lot des comics indépendants. La bonne pioche de l’éditeur.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

#Nouveaucontact_

BD du mercredi
BD de Duhamel
Grand Angle (2019), 72 p, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour cette découverte.

couv_371312La couverture hautement énigmatique ne nous dit pas si l’on a affaire à un délire sur le Loch Ness ou sur Internet mais donne bien envie d’ouvrir l’album, avec ses tons bleus que semble apprécier l’auteur. Ce dernier a inséré en début et fin d’ouvrage différents textes humoristiques présentant les avertissements « légaux » avant de lire l’album ou un florilège de pages web absurdes illustrant son propos sur Twi(s)tter. De petits bonus qui ne vont pas jusqu’au cahier graphique ou dossier mais sont bien agréables et prolongent l’immersion. Ça mets en bouche et j’aime ça.

Doug MacMurdock vit seul sa maison au bord d’un Loch écossais. Il est misanthrope et photographe amateur en mal de reconnaissance. Le jour où il décide de publier sur le réseau social Twister le cliché improbable d’une créature inconnue son monde bascule dans le grand maelstrom d’un monde médiatique en effervescence…

Résultat de recherche d'images pour "nouveau contact duhamel"J’ai découvert Bruno Duhamel sur Le retour, formidable biographie d’un artiste fictif revenant sur son île natale de Santorin. J’ai prolongé le plaisir sur son précédent album Jamais, jouissive rébellion d’une vieille aveugle refusant de quitter sa maison sur le poinds de effondrer avec la falaise… Avec cet auteur on est en terrain connu et l’on retrouve avec son Doug le même caractère bien trempé, un peu anarchiste, un peu violent, à la répartie cinglante et aussi prompt à se mettre dans la crotte que de conspuer les bassesses du genre humain. Certains auteurs nous lassent en donnant l’impression de recycler leur concept thématique et graphique; ce n’est pas (encore) le cas de Duhamel, notamment par-ce que sa passion se ressent à la lecture, avec une énergie que seul un Wilfried Lupano transmet aussi bien dans ses BD. J’avais déjà fait le lien entre les deux auteurs sur le personnage de Madeleine dans le précédent album et ici on prolonge cette proximité d’univers comme jamais: radicalité du personnage, trognes poilantes (le militaire cerné, j’adore!), propos politique subversif… les deux auteurs sont assurément cousins!

Aucune description de photo disponible.Graphiquement c’est très maîtrisé. Son style, issu du dessin d’humour, a évolué depuis quelques albums en s’affinant doucement vers plus de réalisme. S’il aime toujours autant nous pondre des trognes et regards très expressifs, tout est précisément dessiné, premiers comme arrières-plans avec un soucis du détail remarquable et des couleurs vraiment agréables. Duhamel est en outre un excellent scénariste qui gère son découpage très efficacement en jouant sur les césures de case, de page et ellipses qui accentuent les scènes drôles. Il semble tenir à se référer aux bibles de la BD d’humour puisque après le poissonnier d’Asterix dans Jamais, il nous introduit une scène de lama cracheur directement issue de Tintin.

Résultat de recherche d'images pour "nouveau contact duhamel grand angle"Duhamel est totalement dans le comique de situation, qui fonctionne absolument sur les deux premiers tiers de l’album. Dès que le héros disparaît pour nous montrer les conséquences de sa publication sur Twister on perd un peu l’effet comique pour quelque chose de plus attendu avec l’hystérie collective qui prends les différents groupes militants, avec un message plus ciblé sur Twitter. Du coup, si l’on comprend la nécessité de rentrer dans le cœur de son propos la machinerie comique se grippe un peu, ce qui m’empêche de laisser le cinquième calvin de notation que j’envisageais un long moment. On n’est donc pas loin du chef d’oeuvre sur la première partie, grâce à une succession de scuds verbaux et la constance du personnage à assumer son radicalisme. Si vous adorez le Pierrot des Vieux fourneaux précipitez-vous en écosse pour tâter la barbe de Doug. Si Madeleine est sa sœur, Doug est son fils spirituel!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Telemaque#2

Rufus Stewart

Nouvelle rubrique sur le blog avec l’envie de parler d’albums destinés à la jeunesse et surtout d’en parler avec des kids, à savoir mes enfants! La rubrique sera en work in progress au début pour trouver la bonne formule (je ne suis pas encore esclavagiste et comme le blog ne rapporte rien je n’oblige pas mes enfants à rédiger des billets…). L’idée étant de donner à la fois mon avis d’adulte et l’avis d’un lecteur jeune je vais commencer par un format question réponse. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…
  • Mon fils c’est « Jean-Pedrovitch »: à  treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch,…

BD de Kid Toussaint et Kenny Ruiz
Dupuis (2018-2019), 62 p./album, 2 volumes parus.
couv_357831

mediathequeNous avions laissé Télémaque et ses amis en mauvaise posture sur l’île de la magicienne Circé à la fin du premier album de cette étonnante série. Ce second volume va les emmener aux portes de l’Hadès…

Salut les enfants! On retrouve le monde mythologique pour cette suite. Comment avez-vous trouvé ce second épisode par rapport à vos souvenir du premier?

JP: j’ai trouvé que le premier avait posé les bases mythologiques qui permettent de continuer sur l’histoire de la bande de Télémaque. De nouveaux compagnons continuent à les rejoindre mais sur la première étape alors que le premier  volume était plus progressif.

Talia: je l’ai trouvé dans la continuité du premier.

Vous pouvez me décrire la construction du récit?

JP: il y a une double trame; la quête de Télémaque et les menaces de guerre sur les Cités grecques, qui se renforcent sur cet album. J’ai bien aimé les passages politiques. C’est plus compliqué à suivre alors que les pages avec Télémaque sont plus axées humour et jeunesse.

Talia: moi j’ai préféré les parties avec Télémaque. Dans les parties politiques c’est beaucoup de dialogues et il y a moins d’action.

L’histoire continue à suivre les pas d’Ulysse avec les différents épisodes de l’Odyssée, parfois un peu rapidement. Est-ce que vous avez eu du mal à reconnaître ces passages?

JP: moi je me souvenais des étapes que l’on voit ici (il y en a quatre comme dans le premier album), grâce à mes souvenirs d’Ulysse 31. Par contre je ne me souvenais pas des guerriers cimmeriens quand ils arrivent à Hadès.

Talia: je ne connais pas tous les passages, notamment Charybde et Sylla.

Résultat de recherche d'images pour "kenny ruiz telemaque tome 2"

Et alors le monde des morts…?

Talia: les pages tournent dans tous les sens, les cases forment un cercle et nous amènent à tourner l’album dans nos mains… C’est la première fois que je vois ça dans une BD. Les personnages sont séparés et les cases bizarres les relient. Ils rencontrent ceux qu’ils voulaient voir depuis toujours, des héros morts et les parents d’Ulysse.

JP: ils entrent dans l’Hadès sans passer par Charon le passeur du fleuve Styx. Ils sont détachés de leur corps et la séquence se passe dans leur imaginaire. Je pense que c’est pour ça que le découpage est dans tous les sens, comme dans un rêve où il n’y a pas de lien logique. C’est un peu énervant de tourner la BD dans tous les sens mais sinon c’est original! L’Hadès nous permet de voir des personnages qu’on ne connaît pas dans l’Odyssée.

Finalement les dieux sont moins acharnés contre Télémaque et ses potes que contre son père, non??

Résultat de recherche d'images pour "kenny ruiz Telemaque portes de l'enfer"JP: oui! Finalement tous les adversaires d’Ulysse vont plutôt aider Télémaque. Ou alors Charybde et Sylla qui font des blagues pour faire peur aux gens…

Talia: … en même temps si les potes de Télémaque n’étaient pas là il n’irait pas loin! Télémaque est fougueux et pas très prudent.

Vous avez relevé l’aspect féministe?

Talia: il y a beaucoup de filles. Polycaste est maligne alors que Télémaque est un peu débile, mais c’est vrai que contrairement à elle il n’a pas eu son père pour lui apprendre! Circé n’aime pas les hommes et les transforme en porcs…

JP: … pour leur montrer leur véritable image! La fille de Ménélas veut donner son avis sur son mariage comme Polycaste dans le premier tome. Et c’est vrai que Télémaque est un peu crétin!


Voilà pour le retour des zouzous… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Sans titre.jpgL’opération 48h BD qui nous avait permis de découvrir cette série est décidément l’occasion de vraies trouvailles tant ce second volume confirme amplement les qualités et l’ambition du premier. Avec la réserve que justement on irait presque vers de la BD ado-adulte à la Lanfeust tant les thématiques et la complexité des noms et des péripéties politiques sont moyennement adaptés à de jeunes lecteurs. La carte en deuxième de couverture présente l’itinéraire de la bande sur les albums précédents et en troisième de couverture elle montre la progression de l’album lu. Très jolie carte très utile pour suivre l’intrigue, surtout que certaines ellipses sont un peu abruptes (le passage des lotophages à Charybde et Sylla par exemple… qui montre la difficulté à suivre le cahier des charges des étapes de l’odyssée tout en tenant dans un format d’album). Un résumé en forme de mosaïque (très esthétique également) prends les trois premières pages.

Résultat de recherche d'images pour "telemaque aux portes enfer ruiz"Comme l’ont dit les enfants, les thématiques politiques, féministe, sont assez étonnantes pour un album jeunesse, alors que par ailleurs les personnages sont tout en décalage avec leur milieu d’origine (Personne et anthropophagisme), procédé fréquent lorsqu’on s’adresse à un public jeune. Si l’intrigue de Télémaque est plus linéaire ici que dans le précédent volume, le développement du conflit entre Cités est un peu ardu à suivre du fait de la multiplicité des noms grecs et des liens diplomatiques. Je suis un peu circonspect sur l’attelage des deux intrigues mais laissons aux auteurs le temps de justifier cela.

Le passage dans l’Hadès est asses fascinant tant le découpage est sophistiqué et intelligent. J’ai rarement vu cela hormis chez un Ledroit ou dans certains comics. Cette séquence majeure confirme l’ambition visuelle d’un dessinateur vraiment très fort et en totale maîtrise de ses planches et que Télémaque est, contrairement à ce que son pitch pouvait laisser penser, une des séries ado majeure du moment. De très grandes qualités qui en font une série à suivre assurément pour peu que la mythologie grecque ne vous rebute pas.

A partir de 12 ans.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Space battle lunchtime #2

Rufus Stewart

Cette nouvelle rubrique vise à présenter un album jeunesse  en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic jeunesse de Natalie Riess
Kinaye (2019) – Oni press (2016), 120 p. couleur, volume 2/2

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

Space Battle Lunchtime - Tome 2 : La recette du désastre par RiessL’ouvrage comporte quatre chapitres et quinze pages de bonus,avec des strips humoristiques, la reprise du concept du « et si… », une recette des cupcakes de Péony, des croquis, des esquisses des couvertures, une explication de la mise en couleur… très complet encore une fois pour plonger les jeunes dans la fabrication d’un album. et un dossier de fabrication qui intéressera les jeunes sur la conception d’un album. Côté fabrication, même couverture brochée avec rabats et vernis sélectif que sur le T1. Très belle édition colorée en format comics.

Péony a été enlevée et se retrouve sur le point de participer au terrible Cannibal Coliseum, le concurrent du Space Battle Lunchtime version combat à mort! Alors que ses amis se demandent pourquoi elle a renoncé à la finale de SBL, l’étrange Neptunia décide de partir à sa recherche…

Salut Talia! On arrive à la conclusion de cette histoire de cuisine spatiale. Tu avais fait des pronostics sur le tome 1, est-ce que ça s’est vérifié?

Résultat de recherche d'images pour "space battle lunchtime 2"Non! On a cru qu’elle ne pourrait pas participer à la finale. Mais elle est délivrée au dernier moment (mais la finale ne sera pas celle que l’on croit…)!

Les deux volumes me semblent très différents, le premier axé sur une compétition de cuisine, le second plus en bataille à mort dans le Coliseum. Qu’en penses-tu?

Dans le Coliseum soit tu es hachée menu soit tu hache menu! Moi je préfère le SBL par-ce qu’ils y font la cuisine et qu’on voit des ingrédients étranges. Mais la p’tite Magicorne est trop drôle avec son petit tablier, toute rose et son air gentil alors qu’elle veut découper tout le monde avec sa spatule.

Que peux-tu dire de l’évolution de la relation entre Péony et Neptunia?

Au début elles sont juste amies mais dans le deuxième tome elles sont amoureuses (homo-sexuelles) et s’embrassent.

Il y a beaucoup d’action dans ce volume, où on voit les capacités de Neptunia…

Je pense pas plus que dans le premier: on voit Péony et Neptunia travailler dans leur cuisine avec ces ingrédients bizarres, dans le tome deux quand elle va sauver Péony seule et défonce tout sur son passage!

La fin est inattendue, non?

Non, pas vraiment, je pense que Melonhead a tout manigancé depuis le début. Il est démoniaque! Il est assez faible mais très malin…


Résultat de recherche d'images pour "space battle lunchtime 2"Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Ce second volume est très différent, beaucoup plus action que le premier et je l’ai trouvé plus intéressant pour quelqu’un de pas super passionné par les émissions de cuisine. L’histoire se découpe en deux parties: la participation au Cannibal Coliseum avec la très drôle P’tite Magicorne (imaginez un Petit Poney aux yeux étoilés et… psychopathe!) et le retour surprise pour la finale du SBL où tout va aller de travers. La fuite de Péony est un peu en mode n’importe quoi (on retrouve l’esprit de Volcano Trash à ce moment) mais l’action défile et reste efficace. L’auteure arrive à nous surprendre à de nombreuses reprises et c’est ce qui rend ce volume supérieur au précédent. Si le méchant est repérable depuis le début et qu’on se doute qu’il est derrière l’enlèvement de Péony, ses actions sont toujours subtilement machiavéliques et manipulatrices? Du coup on ne peut se douter du déroulement de la finale (dans une sorte de moule géant et en apesanteur) et encore moins du vainqueur. Deux éléments sont également surprenants et bien vus dans un album jeunesse: un certain côté gore très drôle pendant le Cannibal Coliseum et l’histoire d’amour homosexuelle entre Péony et Neptunia. Souvent ce genre de thème est évoqué sous le couvert de la grande amitié. Ici un bisou langoureux ne laisse pas de doute. J’aime bien que l’on aborde des sujets très contemporains sans sourciller dans des ouvrages pour les enfants, qui sont généralement plus ouverts à la différence et l’inconnu que les grands. Ce n’est absolument pas un thème central mais un élément des relations entre personnages avec une approche tout à fait normale.

Ce diptyque se termine de manière très sympa

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv