*****·BD·Nouveau !·Service Presse

Valhalla hotel #1: bite the bullet

La BD!
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Comixburo – Glénat (2021), 54 p., série prévue en trois tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Flatstone est une charmante bourgade américaine, perdue au milieu du désert et résidence d’adoption d’une étonnante communauté germanique. Des allemands blonds, très blonds… Malencontreusement victimes d’un pépin mécanique en route pour une qualification de Tennis de table, Lemmy et son très bavard coach Malone vont découvrir les joies de l’Amérique profonde et que finalement… on trouve toujours plus con que soi!

Ma découverte de Fabien Bedouel remonte à l’intégrale de Forçats, magnifique histoire sur le combat d’Albert Londres pour en finir avec le système du Bagne. Ce projet était réalisé par le duo désormais inséparable composé d’un dessinateur formé à l’ENSAD (Bedouel) et un journaliste (Perna). Les deux ont continué dans le sérieux avec la trilogie Darnand, toujours aussi dynamique bien qu’un peu compliquée dans sa structure… avant d’aller en récré avec ce bon gros délire et classique immédiat! La technique de Bedouel est donc connue, attendue et au rendez-vous. Sur ce plan ça claque comme une balle ou un coup de pelle. On imagine les envies du duo (sur une idée de Bedouel) qui nous plonge en plein vidéoclub pourri dans la droite ligne de Il faut flinguer Ramirez, du film U-turn ou Lastman. On parle de bagnoles tunées, de grosses pétoires, de flics moustachus, de sexe (un peu) et de yodles . Vous ne voyez pas le rapport? C’est normal, il n’y en a pas! Les auteurs ont juste voulu s’éclater avec une histoire totalement WTF sur une base de film d’horreur: deux débiles se retrouvent bloqués au fin fond du trou du cul des Etats-Unis avec des gens aux mœurs pas très normales. Appuyez sur « ON » et c’est parti pour un festival de dialogues à la con diablement drôles, de pneus qui crissent sans qu’on sache trop pourquoi et de lance-roquette débarqué de nulle part. C’est un poil moins n’imp que du Sanlaville mais surtout c’est foutrement bien maîtrisé! Un peu comme quand on compare le pitch de Pulp fiction et votre cerveau à la fin du film. Tout est dans la mise en scène et sur ce plan on à juste un des meilleurs albums du genre qui ait été produit!

Vous me sentez un peu trop enthousiaste pour être honnête, avec en plus ce méchant macaron « service presse » qui habille l’article? C’est comme vous voulez mais de toute façon si comme moi vous aimez les BD d’action à l’humour débile et à la mise en scène digne d’Akira (bon, Akira c’est pas WTF mais la technique de Bedouel rappelle clairement celle d’Otomo sans fausse modestie) vous ne pouvez pas être complètement intello (sinon effectivement il vaut peut-être mieux passer votre chemin…)! 

Le Comixburo publie peu, pas toujours des chefs d’œuvres, mais on sent la présence d’un certain Olivier Vatine derrière l’épaule des auteurs, avec cette patte du producteur invisible qui huile la mécanique. La série (qui a le grand mérite d’annoncer la tomaison en trois volumes, au-delà cela aurait été déraisonnable!) sera inévitablement comparée à Ramirez du tout aussi fou Nicolas Petrimaux. Plus précis techniquement que ce dernier, Bedouel se raccroche surtout à toute une sous-culture US fantasmée par des européens, qui n’a pas attendu Ramirez pour exister. Beaucoup l’ont tenté, des très bons, peu ont aussi bien réussi. Il y a Petrimaux donc, ‘Fane,… et c’est à peu près tout. Bedouel et Perna entrent donc immédiatement dans ce cercle très fermé avec une pétarade et un riff de Mötorhead. D’un gout douteux, mais qu’est-ce que c’est bien!

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****·BD·Nouveau !·Rapidos

Les vieux Fourneaux #6: l’oreille bouchée

La BD!
BD de Wilfried Lupano et Paul Cauuet
Dargaud (2020), série en cours, 54p./album.
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Ça sent le pâté pour l’association Ni yeux ni maître qui est sous la menace d’une expulsion après le décès de Fanfan. Alors que Pierrot rumine comme jamais, Antoine lui rappelle qu’ils embarquent prochainement pour la Guyane sur l’invitation mystérieuse de Mimile, jamais à court de surprises…

Les vieux fourneaux ce sont les papy adorés de tous les lecteurs de BD. Avec des hauts, des bas, et surtout un plaisir jamais perdu de les retrouver, leurs tronches sous les pinceaux très efficaces de Paul Cauuet et surtout la gouaille sans équivalent de Wilfried Lupano. Alors bien sur à l’approche de ce déjà sixième volume l’on sent poindre le risque de l’enlisement dans une routine commerciale… Ce serait mal connaître le scénariste, anticapitaliste affirmé et un des auteurs les plus politiques du circuit, qui ne loupe pas une occasion de nous parler de l’actualité sociale et écologique dans ses péripéties grabataires. Ici les aventures guyanaises des anciens nous rappellent le scandale (en cours!!) du projet de « Montagne d’or », énorme projet de mine à ciel ouvert au cœur de la forêt guyanaise et de luttes juridiques entre opposants écologistes, financiers et État français qui ne cesse de botter en touche pour ne pas froisser les investisseurs sans contredire ses engagements écologiques.

Les Vieux Fourneaux tome 6, vacances militantesContrairement aux commentaires trouvés sur les sites et réseaux j’ai retrouvé le même plaisir que précédemment sur ce tome, qui est dans la ligne du précédent et donc plutôt mieux que les premiers, du fait de l’abandon des affaires familiales. On peut depuis quelques volumes avancer en one-shot sans soucis de narration longue et le talent des deux auteurs est toujours présents sans que l’on ressente des ficelles éculées. Les histoires des trois gus permettent facilement de sortir de nouveaux lapins du chapeau, de nouveaux personnages et de nouveaux secrets qui densifient une histoire construite pour aborder le sujet écologique majeur. La série n’a jamais été conçue comme un James Bond et la dénonciation des abus de notre monde a toujours été l’objectif claire de Lupano. Personnellement j’adore ces BD impliquées qui assument de mettre du fonds dans le loisir et les Vieux fourneaux sont en cela toujours une excellente série, avec un humour qui fait encore mouche! Au suivant…

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****·Manga

Origin #9-10

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

L’album se conclut par une courte histoire assez débile (et pas franchement drôle) sur le quotidien d’un dessinateur de manga, à l’image de ce que l’on a pu voir sur les précédents tomes. Je souligne que l’éditeur s’est très étrangement dispensé d’insérer le chapitre 87.5 se déroulant sur Vénus dans une mission de sauvetage et faisant le pont avec les futurs projets de l’auteur. L’épilogue de l’album 10 français paraît assez étrange en regard…

[Attention Spoilers]

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Mai est morte, tuée par un des frères d’Origin. L’un des objectif du robot avec le fait de « vivre une vie convenable » a disparu. Il a échoué. Mais avec cette disparition un évènement se passe dans les neurones quantiques de cette machine, une évolution qui va faire évoluer cette Intelligence artificielle vers quelque chose d’autre…

Origin 80 | MangaSakiQuelle fin en apothéose! A l’image de la série et de cet auteur cette conclusion en deux tomes, trop courte pour tout ce que l’auteur avait à dire, pour refermer les très nombreuses pistes et personnages ouverts, nous laisse un peu piteux et choqué dans ce grand huit dont est capable le prodige coréen. Comme on le pressentait depuis le début, Boichi s’inscrit totalement dans la ligne du modèle Ghost in the Shell pour nous proposer une incroyable vision tout ce qu’il y a de plus techno-philosophique, l’acmé de ce que peut proposer la science-fiction lorsqu’elle assume son statut en poussant très loin les concepts scientifiques qui finissent par converger vers des sujets existentiels voir théologiques. L’auteur avait déjà abordé le Divin dans sa série Sanctum et on trouve ça et là des questionnements de ce type dans Dr. Stone. Ici le décès de sa protégée humaine déclenche en Origin une évolution des capacités cognitives en le faisant accéder à l’amour (posthume) avant de progresser bien plus loin en bouclant la boucle avec le thème de Y l’IA ultime que nous avons déjà rencontré plus tôt. On est au cœur de l’Anticipation avec la fascinante réflexion non seulement sur ce qu’est l’identité et l’être (la capacité de calcule suffit-elle à penser?) mais Boichi y ajoute des visions sur l’interaction entre la vitesse de traitement de l’information et l’influence quantique avec le monde physique. Ces raisonnements aboutissent souvent à des idées new age sur la transcendance. Boichi n’en est pas loin mais son technicisme affirmé lui permet de rester chevillé à l’idée scientifique et de nous proposer des idées assez vertigineuses! Dans le combat final (plutôt réussi) l’auteur se veut moins pédagogique que sur les précédents volumes, sans doute pressé par le temps et le peu de pages lui restant pour achever son récit et nous plonge dans des concepts quantiques très complexes que la simple visite de Wikipedia ne suffira sans doute pas à éclairer.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 10 - Mangakakalot.comLe soucis, déjà rencontré, ce sont ces ellipses pas toujours expliquées et qui nous laissent avec l’impression de pages perdues. C’est assez dommage car une ou deux cases suffisent souvent à faire le lien avec une progression rapide. La gestion du temps a toujours été capricieuse chez cet auteur qui semble parfois se perdre dans de grandioses combats ou pleines pages contemplatives avant de sauter du coq à l’âne sans coup férir. De même, ce boulimique a envie de développer un grand nombre de sujets avant de se rendre compte que dix tomes de manga avec une grande place laissée aux combats est bien peu pour développer et aboutir une thématique si complexe. J’avais fait le parallèle avec le Carbone et Silicium de Bablet qui, lui, prenait le temps et parvenait en cela mieux que son collègue mangaka à nous faire toucher l’Idée. Dans ces derniers volumes, assez linéaires, on réalise bien tardivement que les sujets de l’AEE, de l’équipe de la Team cerveau, de la mort du père, de l’histoire du robot Masamune… sont laissés presque en plan, sans suite. Pas le temps, Boichi coupe pour se concentrer sur l’achèvement inattendu de l’évolution d’Origin.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 15 -  Mangakakalot.com in 2020 | The originals, Good manga, ChapterLe sujet était casse-gueule comme tout thème SF très ambitieux. Et sur ce point l’auteur réussit excellement, sans faute de goût (juste un léger manque de lisibilité des séquences finales) en se permettant une fin ouverte et de mettre en quelques images cette série au point de jonction de pratiquement toute son œuvre. La fin de Wallman avait déjà rejoint Sun-ken Rock, Origin fait de même en créant un univers partagé potentiellement passionnant pour peu que ce grand gourmand ait le temps de planifier un projet structuré. Fortement poussé par ses envies, extrêmement talentueux, Boichi arrive avec Origin à accomplir, malgré ses nombreux défauts, une des œuvres SF les plus ambitieuses et réussies de la BD mondiale. Comme beaucoup de dessinateurs il lui manque encore l’autocontrôle scénaristique qui permettrait à ses créations de passer le stade de la claque visuelle, une fluidité narrative. Mais comment bouder son plaisir devant une telle maestria graphique, cette furie des corps, cette imagerie technique et ces dernières visions SF magistrales. Origin est à ce jour la meilleure BD du coréen. En attendant la suivante…

***·Comics·Nouveau !

The shaolin cowboy #3

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Comic de Geof Darrow et Dave Steward (coul.)
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 3/3 albums parus.

Pour l’historique de publication je vous renvoie au billet des deux premiers tomes. Ce dernier ouvrage confirme le magnifique travail éditorial de Futuropolis. Contrairement aux deux précédents, celui-ci se concentre exclusivement sur de la BD et n’ajoute qu’une grosse galerie d’illustration originales en fin d’ouvrage (avec notamment un dessin de maître Moebius!).

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Laissé pour mort après son combat contre la horde de zombies, le Shaolin Cowboy doit pourtant se resaisir  car le Roi Crabe le recherche activement et la vie du Shaolin cowboy dissolue dans les affres de la matérialité lui a créé beaucoup d’ennemie. Beaucoup…

Comme il va être compliqué de constituer une collection pas trop chaotique avec cette série TOTALEMENT chaotique de Geof Darrow… Si le premier volume est ce qui s rapproche le plus d’une BD (et donc très clairement si vous ne devez investir que dans un tome c’est celui-là), si le second est un exercice de style, comme un carnet d’exercices anatomiques (… mais avec des zombies!), ce troisième et dernier volume, relativement proche de la parution originale, est un pahmplet contre une Amérique abhorrée, l’Amérique des rednecks, du smartphone, de la vulgarité… l’Amérique de Trump. Et comme d’habitude, avec son influence Métal Hurlant, sans aucune retenue et un mauvais goût affirmé, Darrow se met au niveau de sa cible et envoie du pâté. L’histoire est simple: le Shaolin Cowboy est en très mauvais état et va devoir se tapder deux derniers adversaires pour en finir: un cochon géant ninja dont le Cowboy a tué la mère et le Big Boss, le crabe shaolin, décité à se venger… Comme l’histoire on s’en fout, elle pourrait bien continuer éternellement comme nous l’indique la fin. Bref.

Si cet album se suit plus facilement que le second, il est un poil décevant niveau combat arès un meurtre de vautour digne du héros. Car Darrow a surtout envie de se défouler sur une Amérique dépeinte comme un immnse tas d’immondices parcouru par des enseignes de magasins de cul et habité par des beaufs tatoués et bardés d’armes. Tout est dégueulasse sur ces planches toujours monstrueuses de détails… Le grand n’importe quoi se poursuit donc mais en un poil moins classe que sur le premier où les chorégraphies avaient sommes toutes de la gueule! Ici l’amusement vient de la critique omniprésente pour un pays qu’il rejette en masse et à la grosse Bertha. Du coup les Comic The Shaolin Cowboy: Who'll Stop the Reign? issue 2derniers combats semblent un peu futiles par rapport à ce qu’on a pris dans les dents jusqu’ici. Alors ok le cochon est énorme et lance des pets toxiques (oui, oui!) et S.C. joue du nunchak’ avec deux clébards aux pattes en couteaux (hum…), mais question action Darrow a fait mieux.

On ne peut pourtant pas dissocier cette trilogue superbement éditée par Futuropolis et mise en couleur par Dave Stewart tant chaque volume reflète à la fois une envie de l’auteur et revêt un aspect très différent. Les amoureux du graphisme et de la radicalité de l’auteur prendront un immense plaisir à parcourir cette odyssée (Darrow parle de ballade sur la longue interview qu’il a donné au site 9° art et que je vous invite vivement à lire pour comprendre le personnage). Les moins fans pourront donc en rester au premier tome déjà bien foutraque et, donc, le meilleur.

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****·BD·Nouveau !

Il faut flinguer Ramirez, Acte II

La BD!
BD de Nicolas Petrimeaux
Glénat (2020), 144 p.

Bon, si vous avez lu le premier Acte vous savez qu’il n’est pas besoin de détailler l’édition, c’est gavé de trucs et de machins, Petrimaux utilise jusqu’au dernier millimètre disponible de page (sans parler des fausses pub et publications) et est allé jusqu’à créer une bande originale (chanson country très sympa!) accessible comme le résumé et I et la bande annonce du II sur le site web bien fourni. Dans le genre généreux difficile de faire mieux. A noter une superbe édition Canal BD dont il ne doit plus rester d’exemplaires à l’heure qu’il est…

[Attention spoilers du Tome 1]

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Ramon est énervé. Très énervé. Ramirez lui a filé sous le nez en faisant exploser la moitié de Falcon city. Alors que le vendeur d’aspirateur se demande encore dans quelle galère il est embarqué, les deux plus sexy braqueuses d’Arizona reprennent la route avec leur butin, le Vacumizer2000 et son protecteur avec dans son sillage un assassin bien résolu à laisser une trace de sang jusqu’au Mexique…

Il faut flinguer Ramirez, acte II, c'est de la dynamique ! - Le blog de  Bulles de MantesJ’ai déjà parlé du syndrome des tomes deux. Ils n’ont plus l’effet de surprise pour eux et la qualité de leur prédécesseurs les oblige à aller plus loin, plus fort. Après Luminary et Curse of the White knight, suites de deux des meilleurs albums de l’an dernier, arrive enfin le chouchou des lecteurs, la suite de l’album qui a dynamité les ventes BD 2018…

La première réussite de Petrimaux est d’avoir réussi à maintenir un suspens malgré la révélation  de la chute précédente. L’ouvrage s’ouvre sur un prologue qui confirme ce que l’on avait cru comprendre il y a deux ans avec le père de Jacques, ce fameux Sicario que tous les cartels craignent. Le truc éventé on risquait de revenir à une classique chasse à l’homme. Or l’auteur, grâce au mutisme de son héros notamment, maintient un certain mystère autour du fameux aspirateur (on est en plein dans « l’effet mallette » de Pulp Fiction) mais surtout relance le juke-box avec une nouvelle intrigue très bien sentie et levée par l’enquête policière autour de l’explosion du siège de Robotop. Dans toute intrigue c’est le mystère qui tient en haleine et Nicolas Petrimaux joue les équilibristes en faisant (beaucoup) parler la poudre au risque de banaliser son intrigue. Sur ce point il s’en sort pas trop mal. Jamais on ne s’ennuie au long des cent-quarante pages, hormis peut-être sur quelques rédactionnels où il s’éclate mais qui sont un peu appuyés maintenant qu’on a l’habitude. Les fausses pub sont bien plus efficaces pour insérer des éléments du background et à moins que comme l’auteur vous soyez des maniaques du détail il n’est pas forcément utile de lire tous ces à-côtés.Il Faut Flinguer Ramirez (Édition Collector CANAL BD) - (Nicolas Petrimaux)  - Policier-Thriller [CANAL-BD]

Cet Acte II est beaucoup plus tonique, action, explosif que le précédent, au risque de masquer un petit sur-place de l’intrigue. Il vaut sans doute mieux freiner un peu pour arriver à la bonne vitesse à l’Acte III (surtout que Petrimaux indique dans les interviews être arrivé carbonisé au bouclage de ce gros volume). Du coup ce sont la mise en scène, toujours impériale, et les relations entre les personnages qui compensent (sans difficulté). Le rythme des dialogues est toujours aussi jouissif et les scènes d’action (qui finissent à peu près toutes dans une explosion de napalm…) nous transportent dans un Hong-Kong movie sans compromis. L’habillage reste génial comme attendu et participe grandement à la qualité générale du projet. Je dirais que les dialogues à la con marquent un peu le pas en s’éloignant du Tarantino pour aller flirter avec du Robert Rodriguez.  Si tout cela reste proche du n’importe quoi qu’on aime tant l’auteur oublie un peu l’humour qui se concentre sur les pub parfois assez lourdingues et revient au sérieux de l’action débridée…

Comme dit en préambule, le tome deux est le plus dur et on est plus durs avec le tome deux… Mais l’essentiel est là: on s’éclate comme des petits fous devant ce blockbuster et la passion de Nicolas Petrimaux reste absolument communicative! Les goodies compensent avantageusement cette normalisation et comme le lecteur normal se pose rarement la question tordue des chroniqueurs BD de savoir si ce tome-ci est mieux ou moins bien que celui-là, on attend toujours impatiemment la conclusion (forcément explosive) de cette trilogie comme nulle autre pareille qui aura réussi le pari de réhabiliter les moustaches et de montrer qu’un muet peut être le héros d’un polar bavard. Sur ce, moi je vais aller me jeter un p’tit M.B.U 860…

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***·Actualité·BD·Nouveau !·Service Presse

Danthrakon # 3: le marmiton bienheureux

La BD!

Troisième tome de 48 pages de la trilogie écrite par Christophe Arleston, et dessinée par Olivier Boiscommun. Parution chez Drakoo le 04/11/2020. 

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Cuisine-moi un mage

Nous avions découvert dans les précédents volumes le personnage de Nuwan, qui par de bien tristes circonstances, s’était vu investi-littéralement-par le pouvoir d’un grimoire magique ancien, le Danthrakon. Le jeune marmiton, apprenti dans les cuisines d’un mage respecté, avait donc du briser sa routine pour partir à l’aventure et trouver une solution à son épineux problème. 

En cela, il était épaulé par Lerëh, apprentie du mage susmentionné, et dont il se trouve être amoureux. Au fil de leurs péripéties, Nuwan et Lereh avait atterri entre les griffes de Lyreleï, la mère de Lereh, qui avait égoïstement pris possession du corps de sa fille. 

Nuwan se retrouve donc seul pour faire face à ses ennemis, parmi lesquels l’Inquisiteur Amutu, qui conspire toujours pour le pouvoir absolu. Le jeune cuisinier aventureux va remonter aux origines du grimoire et s’apercevoir que la solution n’a jamais été très loin, en fin de compte…

Magie réchauffée

Comme évoquée dans les précédentes chroniques, Danthrakon fleure bon la nostalgie liée aux aventures d’un certain apprenti forgeron. En effet, on y retrouve les mêmes éléments de décorum, si bien qu’au fil de la lecture, la cité de Kompiam finit par revêtir des allures de facsimilé de la glorieuse Eckmül. Ce sentiment est renforcé encore davantage par le style très reconnaissable de l’auteur, donnant ainsi aux aventures de Nuwan le marmiton un goût de…réchauffé

Cependant, il ne s’agit pas non plus de se complaire dans la comparaison pour le principe. L’aventure Danthrakon reste prenante et son protagoniste attachant, la lecture reste donc agréable. Certes, certains running gags finissent pas tomber à plat (les bottes de sept lieux), le climax a un caractère un peu décousu, il n’en demeure pas moins que la trilogie prise dans son ensemble représente une entrée plus que correcte dans le genre de la fantasy. On appréciera en outre le début de réflexion engagé sur la thématique de la connaissance et du poids qu’elle peut représenter une fois portée à son apogée. L’ignorance ne serait-elle finalement pas le plus beau des dons ?

Les lecteurs qui n’ont pas été biberonnés aux Lanfeust (il doit y en avoir !) apprécieront sûrement cette aventure pour ce qu’elle est, les autres seront sans doute apaisés d’y retrouver le gout nostalgique d’un succès d’autrefois.  

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Kim Trauma #1: silicon carne

BD du mercredi
BD de Florent Maudoux et Rebeca Morse
Ankama (2020), 128p. couleur. Série en cours, univers Freaks’ squeele

bsic journalismMerci à Ankama pour leur fidélité.

Comme d’habitude chez Ankama et Label 619 l’édition est superbe et pleine de goodies. La couverture est moins alléchante que les précédentes propositions de Maudoux (pourtant un des meilleurs « couverturistes » du circuit!) et annonce dès la quatrième que l’on a affaire à un spin-off de la série mère Freaks’ squeele avec des histoires courtes qui peuvent se lire séparément et dans n’importe quel ordre. L’intérieur de couverture comporte quatre sublimes illustrations reprenant les personnages de l’album habillés à la façon des illustrations art Nouveau. Quel dommage de ne pouvoir en profiter en couverture… Une préface de la psychologue clinicienne Marion Haza, spécialiste des troubles de l’adolescence ouvre l’album en nous signalant que Florent Maudoux a illustré son ouvrage sur le sujet. Puis se présentent les deux histoires, l’une intégralement réalisée par Maudoux, l’autre scénarisée par lui et dessinée par Rebeca Morse (à l’œuvre sur Dragons et poisons), séparées par un texte de sept pages (carnet de visites du Traüma center, moyennement intéressant) et une double page d’idées de scénarii pour le jeu de rôle Freaks’ Squeele. Le tout se termine par une planche de stickers illustrés par Maudoux.

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Comme toute université, la FEAH a une infirmerie où l’on peut soigner ses petits bobo. Mais a public particulier, remèdes particuliers… Kim la tatoothérapeute, Val l’infirmière de choc et Castor/pollux le psy utilisent eux-aussi leurs pouvoirs/déviances pour soigner l’âme compliquée des êtres surpuissants qui peuplent cette université des héros…

Si vous êtes nouveau venu dans l’univers si particulier de Flaurent Maudoux, pas de panique, Kim Traüma est une très bonne porte d’entrée pour découvrir si vous êtes compatibles avec ce monde de super-héros truffé de références, de problématiques young-adult et de l’univers personnel de l’auteur. Depuis maintenant douze ans l’auteur formé dans l’animation et creuset des cultures BD des trois mondes (franco-belge, Comics, Manga) développe l’univers de Freaks squeele. J’ai déjà parlé (voir eu début d’article) de la cohérence étonnante entre les auteurs qui composent le Kim Traüma : Silicon Carne (0), bd chez Ankama de Morse, MaudouxLabel 619 et leurs créations qui recouvrent des préoccupations loin d’être mainstream. Après avoir conclu sa série mère, bien entamé sa préquelle héroïque il développe quelques spin-off au gré de ses envies comme le formidable Vetsigiales qui abordait dans une virtuosité graphique folle la question de l’identité sexuelle complexe des générations Y et Z. C’est là qu’arrive Kim Traüma, conçu comme une série et qui prolonge un peu l’envie de jeu de rôle de l’auteur après la publication du jeu basé sur son univers.

Auteur rapide mais très détaillé, Florent Maudoux fait le choix à la fois « économique » (le gain de temps) et essentiel (la conception du travail comme un partage avec d’autres créateurs) de ne réaliser que la moitié de l’album et reprend sa pratique d’insérer des textes au cœur de ses BD. J’avoue que si le concept est cohérent dans une anthologie comme Midnight Tales de son camarade Bablet j’ai trouvé que cela faisait un peu remplissage en apportant très peu au concept hormis, comme les aides de jeu, à développer l’esprit jeu de rôle de son univers hybride. Ce qu’il y a de particulier chez Maudoux c’est la liberté totale, apportant littéralement des Super-Sayan dans une séquence avant de placer les personnages de Breaking Bad ou Captain Marvel sans autre justification que son envie de dessin. Il en va de même pour le design général des décors et des personnages, intégrant un salon de dinner 60′ avec une référence au https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH1068/kmt5-039f5.jpg?1603450938Fonzie de Happy days avant de voir la Valkyrie adopter une tenue issue de Macross… On est en pleine pop-culture et il est toujours très agréable de voir une telle profusion de références, d’imagination, de bon goût (quoi que…) sans besoin de fil conducteur. Il en ressort souvent une impression de foutraque et de WTF mais c’est ce qu’on appellera l’esprit Rock’n’roll du XXI° siècle!

Sur le plan du scénario le premier est tout à fait sympathique, notamment avec l’éclairage psychanalytique de la préface, et associe fonds et forme avec comme souvent dans Freaks Squeele un tout qui aboutit à un combat comme on n’en a jamais vu! On y découvre une cadette de famille de super-guerriers tout droit issus de Dragon-ball qui ne parvient pas à déclencher ses pouvoirs, écrasée par le poids de sa famille… Les marqueurs de Maudoux sont là (les grosses, le tatouage, le mysticisme et la médecine chinoise,…) et mine de rien si nombre d’auteurs franco-belges se sont essayés à des variations françaises du genre super-héroïque, je pense que peu ont réussi autant que Florent Maudoux à créer de la nouveauté en reprenant le thème des adolescents mutants (X-men) mal dans leur peau avec la maîtrise compliquée de leurs pouvoirs dans un contexte hyper-moderne quand aux thématiques abordées (la sexualité, le couple, l’identité, la fonction,…). La seconde histoire, outre qu’on perd la découverte et la présentation des trois personnages fort sympathiques de la clinique, est moins accrocheuse avec ce vampire plein de sève amoureux littéralement d’un Regard Critique - Bandes dessinées - Critique Kim Trauma T.1 de Florent  Maudoux & co.sac d’os en la personne de Gunther, la fille squelette au cœur d’artichaud. Hormis l’étrangeté permanente dans FS et l’idée d’équiper le squelette d’une peau de poupée gonflable, la réflexion est moins profonde et les dessins moins forts.

Pour conclure, cette nouvelle série est totalement dans la ligne de la série mère Freaks Squeele avec les mêmes qualités et devrait plaire sans réserve aux amateurs de Maudoux de la première heure. L’idée d’un spin-off sans trame et pouvant se lire isolément est plutôt une bonne idée qui pourrait élargir le lectorat. Avec son univers très défini et résolument original, Florent Maudoux peut bien entendu faire peur à un lectorat adulte éloigné des préoccupations d’adolescents en construction. A eux il offrira ses planches et encrages toujours superbes, bonne compensation! Cet univers n’est pas facile d’accès et pas destiné à tout le monde malgré l’omniprésence de la pop-culture. Mais la variété de ce que propose l’auteur lyonnais peut permettre de découvrir une facette ou l’autre d’un monde unique dans la BD.

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Jujitsufragettes – les amazones de Londres

Le Docu du Week-End

BD Clément Xavier, Lisa Lugrin et Albertine Ralenti
Delcourt (2020), 128p. + cahier documentaire., one-shot. Collection Coup de tête.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

La couverture comporte un vernis sélectif sur la première et quatrième et mise en avant de la préfacière Elsa Dorlin, médaille de bronze du CNRS. Le cahier final est un peu court (7 pages) et constitué essentiellement d’une double page documentaire prolongeant le combat des suffragettes après 1914, d’une biographie d’Edith Garrud et quatre pages dédiées aux littes féministes actuelles faisant la parallèle entre violences policières alors et maintenant.

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En 1910 le mouvement des suffragettes s’affronte au rigide premier ministre britannique protecteur d’une société bourgeoise patriarcale qui n’envisage pas de bousculer ses habitudes en accordant le droit de vote aux femmes, fut-ce au prix d’une trahison de ses engagements. Victimes d’une répression policière féroce que le monde découvre dans les journaux, les féministes du WSPU font appel à une professeur de Jujitsu afin de leur apprendre à se protéger de leurs maris comme des policiers…

Jujitsuffragettes : le combat des femmes britanniques pour le droit de voteCe second album de la nouvelle collection sport et histoire de Delcourt est très différent du récent Croke park. Si ce dernier associait un vétéran du dessin venu des séries grand-public (Guérineau) avec un historien novice en scénario séquentiel pour un album très beau mais plus photographique que ludique, c’est l’inverse ici avec deux auteurs qui en sont à leur cinquième BD publiée et ont un parcours dans l’édition alternative et le fanzinat. Jujitsufragettes est ainsi un vrai album de BD, plein d’humour et construit sur une narration suivant Edith Garrud, la prof de Jujitsu qui embarqué dans le train de la lutte des femmes anglaises pour le droit de vote (on remarquera, sûrement un hasard, que les deux premiers albums de la collection nous rappellent les pratiques pas très démocratiques de nos cousins d’outre-Manche, que ce soit sur la terre d’Irlande ou auprès de l’autre moitié de leur population…). Malgré un sujet sérieux et des évènements résolument dramatiques, les auteurs font le choix du grand-public, l’album pouvant être lu par toute la famille. Le trait est simple mais plutôt précis techniquement et détaillé, les couleurs franches et agréables et outre l’insertion dans la BD de photos et dessins de presse d’époque Lisa Lugrin propose par moment de belles visions graphiques.

PressReader - Causette: 2020-08-26 -Sous couvert d’une relative simplicité donc, l’album propose des réflexions complexes sur les stratégies de lutte civiques en échos à tous les combats d’avant ou d’après. On nous explique très rapidement la situation tout à fait discriminatoire des femmes (qui ont le droit d’apprendre le Jujitsu, art martial asiatique, donc inférieur mais aucunement la boxe anglaise, art noble réservé aux hommes…) et la violence assumée du patriarcat politique assis sur une société bourgeoise corsetée dans des valeurs conservatrices où chacun doit rester à sa place, hommes, femmes, pauvres,… La séquence du procès montre par exemple un jury exclusivement masculin devant se prononcer sur la culpabilité d’une femme, qui nous rappelle les situations bien connues de la lutte pour les droits des noirs narrée dans le formidable Wake up America. Sans que la référence au socialisme ne soit mise en avant, on comprend vite la nécessité de convergence des luttes des suffragettes avec les autres combats pour contester les carcans de l’Angleterre victorienne. La vendetta de Jay n’est pas loin et les hommes ne reculeront devant rien pour supprimer cette exigence: matraquage, alimentation forcée des prisonnières en grève de la faim, etc.

Face à cette violence l’apport d’Edith Garrud a été de montrer l’autodéfense (loin des idées de non-violence souvent appliquées ensuite dans les combats historiques donc) à ces femmes habituées à être soumises. Il est symboliquement amusant de constater que les suffragettes se sont retrouvées à appliquer un art-martial retournant la force de l’adversaire contre lui-même face à des policiers pratiquant la force brute de la boxe. Comme une transposition physique des combats politiques. L’on apprend plein de choses dans cet album,  comme ce film montrant à l’écran l’autodéfense d’une femme victime de violences matrimoniales et qui a semble t’il été déterminant pour l’avancée de cette cause auprès du grand-public (de ce qui était tout de même une démocratie, limitée mais réelle). Il fallut cependant attendre la fin de la première guerre mondiale pour voir tomber assez vite cette résistance politique, en nous rappelant que la France dut attendre vingt-cinq ans de plus pour voir appliquer le même droit aux femmes.Jujitsuffragettes : le combat des femmes britanniques pour le droit de vote

Doté d’une galerie de personnages très intéressante, d’une couverture du sujet à la fois pédagogique et radicale sans être militant, Jujitsufragettes montre combien la BD peut admirablement avancer des sujets méconnus de façon ludique et percutante. Si la partie graphique n’est pas inoubliable mais très efficace, l’album indique la volonté d’une collection grand-public, ce qui n’est pas un mal pour mettre en avant de la BD politique et sociale.

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****·Manga

Origin #6-8

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Le sixième tome conclut la séquence de l’attaque contre le centre de l’AEE. Très plaisante offensive qui permet notamment à l’auteur d’imaginer comment une militaire de l’élite  peut rivaliser avec ces androïdes ultraperfectionnés. Comme je l’ai déjà dit, la série avance vite car il reste moins de la moitié pour développer une intrigue qui était restée assez obscure jusqu’ici. Et cela tombe bien car dès la fin de ce volume l’intelligence artificielle Origin T7, manga chez Pika de Boichiultime Y va révéler à Origin leur rôle respectif ainsi que l’existence d’une adversité inconcevable… et diablement intéressante intellectuellement parlant! Alors qu’un ouvrage majeur sur le sujet vient de sortir, il est étonnant de voir comme les auteurs correspondent par œuvres interposées sur un sujet, l’Intelligence Artificielle, qui semble n’avoir jamais autant passionné. Il faut dire que la collapsologie  nous pousse à nous interroger plus que jamais sur ce qui fait l’existence et ce qui pourrait succéder à l’homme en poussant Asimov un peu plus loin encore…

Le septième volume marque un petit ventre mou en faisant une grosse pause dans l’action et le retour sur les relations entre membres de l’AEE et l’humour à la Boichi. Origin cherche des moyens de se reconstruire, il est fauché et se lance dans la production de mangas (!!). L’auteur en profite pour creuser le thème de l’amour possible entre une humaine (Mai Hirose) et une IA (Origin)… Comme toujours les réflexions sont assez passionnantes bien que le temps manque pour les creuser. A ce titre on est donc bien à l’opposé du Carbone et Silicium de Bablet qui prends beaucoup de temps pour détailler sa pensée complexe. Chez Boichi, manga grand public oblige, on part à peu près du même point mais en effleurant juste certains concepts. Le sujet de cet épisode est l’enquête de l’AEE sur les restes des androïdes de l’attaque après que la multinationale ait étouffé l’affaire sur le plan médiatique. Du coup si le scénario reste intéressant, les personnages principaux sont tout à fait mis de côté ce qui crée un petit essoufflement. Le plus intéressant, hormis les combats donc, c’est bien les idées d’objets et du quotidien dans un futur proche (on nous parlera plus tard de Fukushima), dans une démarche proche de celle de Spielberg sur Minority Report. L’autre concept que j’aime bien c’est la transposition des codes du super-héro (couverture civile et action superpower clandestine) dans un environnement Hard-SF. Ce principe est une ligne force de la série et trouvera sa conclusion au tome huit.Manga «Origin» by Boichi shared by M I S T M O R N

Plus que deux volumes avant la fin et ce huitième tome marque le retour des combats brutaux, fulgurants, entre robots. Repartant sur les mêmes bases que les tous premiers épisodes avec du combat de rue imprévu, cette fois cela ne va pas bien se passer pour Origin… Si les dessins atteignent de nouveau des sommets tant dans la virtuosité des cadrages et anatomies (avec donc un retour du fan-service mais aussi, avouons le, une passion de l’auteur pour le dessin des corps, qu’ils soient féminins ou masculins), Boichi reprend aussi ses tics de narration coupée brutalement Origin T8, manga chez Pika de Boichiavec de vraies hachures entre les cases d’action, et parfois l’impression que l’on a raté une page. C’est un effet de style pour gérer l’immédiateté des raisonnements des IA et la rapidité subluminique des actions, mais j’avoue que c’est un peu perturbant et coupe la dynamique des combats. Hormis cette gestion du temps, l’auteur sait nous surprendre, souvent et lance son dernier arc dans une fuite pour Origin et Mai devant les robots et les humains, qui pour des raisons différentes ont tout intérêt à leur mettre la main dessus. Faisant face à l’ennemi le plus redoutable qui lui ait été donné d’affronter, Origin se retrouve face au mur d’atteindre un statut de perfection s’il veut sauver la jeune femme. Le principal risque de cette série est que l’auteur ne sache pas où forcer le trait tant les thèmes sont nombreux et passionnants. Du coup cela accentue la surprise quand il vire de bord et bien malin celui qui sait comment toute cela va se terminer… A ce stade, Origin est un manga qui frôle la perfection mais reste freiné par quelques tics, un format assez court et une indécision entre les multiples envies du mangaka. Mais cela reste un très grand plaisir à chaque tome.

****·*****·BD·Nouveau !·Service Presse

Marius #2

La BD!
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle (2019), 56 p., série finie en deux volumes. Trilogie marseillaise prévue en trois diptyques.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Magnifique édition et très belle maquette que celle de la collection Pagnol des éditions Grand-Angle, avec une fois n’est pas coutume un nouveau cahier documentaire bien fourni de cinq pages centré sur les adaptations cinématographiques de la pièce agrémentées de nombreuses images de l’auteur et des films. L’ouvrage s’ouvre à nouveau sur une préface du petit-fils de Marcel Pagnol et un résumé de l’épisode précédent. Rien à redire, c’est beau, bien fait, ça mérite un Calvin.

BD MARIUS

Malgré de très belles images et un travail extrêmement sérieux de Sébastien Morice j’avais été moyennement conquis par le premier volume de Marius, qui se conclut ici avant d’enchaîner sur deux albums pour Fanny puis deux autres pour César – on est donc parti avec grand plaisir pour encore quelques années en compagnie de cette belle équipe d’auteurs! Il est toujours compliqué de lire et de critiquer une adaptation d’œuvre dans un autre format sans avoir lu l’original. Je serais donc bien incapable de détricoter les apports des auteurs de la BD par rapport au matériau original hormis l’évidence (confirmée par le dossier documentaire) que l’adaptation cinéma avec Raimucar plusieurs versions en langues étrangères ont vu le jour en simultané – a beaucoup influencé la vision graphique.

Marius - 2. Marius 2ème Partie | BdphileEtonnamment, cette seconde partie est assez différente de la première, beaucoup moins linéaire et partant, beaucoup plus surprenante de par une construction comportant plusieurs ellipses temporelles qui créent un vrai suspens sur les décisions de Marius et de Fanny. Le premier volume avait posé simplement la problématique d’une fille amoureuse d’un jeune homme lui-même attiré par le vent du large marin. L’amour des deux semble sincère bien que pudique et l’affaire semble tracée pour un dénouement heureux. Or le second tome joue brillamment avec le lecteur qui alterne les séquences sans jamais vraiment savoir qui s’impose à qui et quel enjeu prendra le dessus. Le tout coupé par quelques séquences avec les deux parents et surtout, cette magnifique, truculente, tordante partie de cartes qui fait exploser l’art de la répartie théâtral pour notre plus grand plaisir!

Graphiquement, dès la couverture l’inspiration de Sebastien Morice est évidence, présentant les deux personnages en miroir par rapport à la couverture du premier tome. La qualité et la précision de la reconstitution des décors avait été signalée dans la première critique. Or il n’y a pas que le documentaire mais la finesse des dessins dans les moindres détails que n’explique pas la seule vue 3D préparatoire. Je le dis souvent, ce qui distingue les beaux albums des grands albums Captureréside dans le détail, ces vis, ces tuiles, ces lattes de plancher, tout ce qui distingue un décors a peu près d’un décors qui nous immerge. Et sur ce plan Morice réalise un travail de titan qui mettrait presque au second plan les personnages, pourtant très réussis. Si la technique du dessinateur breton éclate pleinement (et je ne parle pas des couleurs auxquels il nous a habitué depuis de nombreux albums), mes réserves sur l’expressivité des personnages tombent avec des visages qui n’hésitent ici pas à aller vers la farce, le cartoon parfois. Le dessinateur semble être plus à l’aise, plus naturel dans ses personnages. Peut-être un confort acquis après un premier album, toujours est-il que tout coule naturellement, vrai, beau, drôle.

Vous l’aurez compris, ce second tome fait monter un niveau déjà très bon, vers l’excellence. Comme public lambda j’ai pris énormément de plaisir à la fois littéraire, comique, dramatique et visuel à la lecture de ce diptyque qui m’a permis de découvrir la qualité de l’œuvre originale et donné très envie, outre de poursuivre les prochains ouvrages BD du trio bien évidemment, de visionner les films et pourquoi pas prolonger vers le texte de Marcel Pagnol.

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