**·Comics·Nouveau !·Rapidos

Once and future #4

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2022) – BOOM Studios (2020), 134p., série en cours, 4 « collected editions » parues.
Quand on lance une série le plus dur c’est de savoir s’arrêter. Surtout quand on est épaulé par l’un des dessinateurs les plus impressionnants du circuit US. Partie pour 3 ou 4 tomes, la geste arthuro-badass-gore-littéraire de Kieron Gillen a déjà cramé la limite et ce quatrième volume qui en attend (au moins) un cinquième est le volume de trop, pas loin de la sortie de route. C’est fort dommage tant la brochette de personnage est sympathique, l’esprit film d’horreur fauché des années 80 assumé et très opérant et le décalage trash de l’esthétique arthurienne originale. Once and Future T04 de Dan Mora, Kieron Gillen, Tamra Bonvillain - Album |  Editions DelcourtJe reconnais que mettre 2 Calvin avec un artiste de la qualité de Dan Mora fait beaucoup hésiter. Est-ce bien raisonnable? Pourtant on m’accordera que l’absence de décors finit, une fois basculé entièrement dans l’Outremonde, par devenir gros et les effets visuels font également saturer un peu. Depuis le début de la série l’alternance d’humour, d’action débridée, d’irruptions gores en laissant les atermoiements d’Arthur ( il faut le dire assez ridicules) en pouce-café permettaient de garder un rythme accrocheur. Le fait de sortir du monde réel nous plonge dans un grand vide assez inintéressant, où le temps n’a plus lieu, où les baston sont coupées aussitôt commencées et où ne restent pratiquement plus pour nous tenir hors de l’eau que les fight super-héroïques des chevaliers à la mode Gillen. En passant dans l’Outremonde les auteurs perdent clairement l’équilibre de leur série en étant réduits à faire surgir épisodiquement un nouveau personnage de la littérature anglo-saxonne, qui Shakespear par ici, qui Robin Hood par là, sans oublier une Gorgone. Face à ces démons les héros sont bien peu de choses et se contentent de courir… Tout ça sent de plus en plus le gloubi-boulga et l’érudition certaine du scénariste ne justifie pas d’oublier son objectif. Très grosse déception donc pour ce volume d’une série qui avait su effacer ses quelques défauts sous une immense sympathie et un sens du fun évident. A croire que Gillen a laissé les manettes à un assistant. Espérons qu’il ne s’agit là que d’un accident et qu’un cinquième tome viendra conclure en feu d’artifice une série qui ne méritait pas ça. note-calvin1note-calvin1
****·BD·Nouveau !

Les vieux Fourneaux #7: chauds comme le climat

La BD!
BD de Wilfried Lupano, Paul Cauuet ert Jerôme Maffre (coul.)
Dargaud (2022), série en cours, 54p./album.
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Dans une bonne histoire il faut toujours un adversaire redoutable. Garan-servier est depuis le début de la série cette incarnation d’un capitalisme prédateur et relié à toutes les péripéties du village de Montcoeur. Mais voilà que l’affreux en vient à casser sa pipe… ce qui déclenche un engrenage mortifère lorsque la marche immorale du monde vient se rappeler au souvenir de nos militants du troisième âge…

Les Vieux Fourneaux - Tome 7 - Les Vieux Fourneaux - Chauds comme le climat  - Wilfrid Lupano, Paul Cauuet - cartonné - Achat Livre | fnacLa question qui tourne autour de la série c’est sa durée de vie… et celle de ses personnages. Les auteurs nous ont déjà fait le coup plusieurs fois de la disparition d’un des protagonistes et l’on imagine mal les Vieux fourneaux continuer sans un membre du trio. Alors que la fille de Sophie grandit bien on voit passer le temps, qui indique que Lupano et Cauuet n’imaginent pas leur poule aux œufs d’or comme éternelle puisqu’ils choisi une trame non figée dans une bulle sans chronologie comme le sont certaines séries. Ainsi la disparition de Garan-Servier, évènement déclencheur de cet épisode est surtout un prétexte à la dénonciation du fascisme rampant qui gangrène les têtes d’une partie de la jeunesse française… et par incidence Montcoeuroise. Sous ce thème politique ce sont les péripéties plus classiques qui sont les plus efficaces pour nous faire rire toujours aussi franchement: ainsi la participation d’Antoine et Pierrot à une manif entre blackblocks et CRS, l’irruption rageuse de la redoutable Berthe dans un barbecue organisé par le maire et les truculents échanges de village ou de troquet qui permettent à Lupano de nous ravir de son magnifique sens du dialogue comme bon héritier d’Audiard.

Les vieux fourneaux est une BD militante grand public qui fait le même effet que l’écoute d’un album de Renaud. Notre époque désabusée d’un capitalisme triomphant qui ouvre la porte au fascisme a tendance à nous faire oublier que la culture et les loisirs culturels sont aussi un vecteur de combat pour dénoncer la résignation et rappeler qu’un autre monde est possible. A travers ses papy et notamment le génial Pierrot Wilfried Lupano nous bouscule par des vérités qu’il ne faut jamais se lasser de rappeler. La grande diversité de la galerie de personnages évite le manichéisme qui aurait perdu nombre de lecteurs. Cette série est toujours un grand plaisir BD, excellemment bien dessinée, prodigieusement écrite, une sorte d’Asterix du XXI° siècle, que l’on attend avec impatience et la garantie d’un entertainment à la française.

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****·BD·Nouveau !

Furieuse

Histoire complète en 240 pages, écrite par Geoffroy Monde et dessinée par Mathieu Burniat. Parution le 14/10/22 chez Dargaud.

La Ballade du Seum et de l’Héroïsme

Oubliez la légende du Roi Arthur telle qu’on vous l’a racontée. Le héros au coeur pur qui tire l’épée enchantée du rocher pour affronter de méchants sorciers n’est qu’une gentille fable, un conte patriarcal et condescendant, qui ne saurait être plus éloigné de la réalité. Oh, bien sûr, comme tout conte, celui-ci a aussi un fond de vérité. Il y a très longtemps, Arthur se dressa bel et bien, muni de son épée enchantée, pour repousser une horde de démons tout droit sortis de l’Enfer.

Accueilli en héros, il conquit ensuite les royaumes voisins afin de les unifier, devenant Roi de Kamelott. Mais les années ont passé, et Arthur a depuis sombré dans l’alcoolisme et la dépravation, noyant ses années de gloire sous des couches de crasse et des litres de piquette. Désormais veuf, et n’ayant plus que sa fille cadette Ysabelle à ses côtés, il est bien loin de la légende.

Ysabelle, quant à elle, enrage de voir l’épave qu’est devenu son père. Elle, qui vit enfermée dans le chateau, ne rêve que de partir à l’aventure, mais elle peine à se soustraire à la convoitise du Baron de Cumbre, vieil énergumène libidineux à qui elle fut promise. Lorsque la jeune fille apprend, la veille de son mariage, que sa soeur aînée Maxine, absente depuis plusieurs années, avait justement fugué pour échapper à son union avec le Baron, son sang ne fait qu’un tour.

Ysabelle prend alors la décision la plus importante de sa vie: accompagnée de l’épée magique de son père, qui ne supporte plus l’ennui et les outrages qu’elle subit aux mains d’Arthur, elle fait son baluchon et part retrouver sa soeur. Ce sera le début d’un voyage initiatique rocambolesque, durant lequel Ysabelle s’émancipera de son père.

On connaissait Geffroy Monde pour des séries comme Poussière, où il officiait en tant qu’auteur complet. On le retrouve ici au scénario, secondé au dessin par Mathieu Burniat. Le duo donne naissance à une aventure décalée, assez éloignée des poncifs de la fantasy, et qui inflige de franches estafilades au mythe arthurien. L’idée que la descendance du Roi Arthur soit assurée par une fille impétueuse n’est pas nouvelle (il n’y a qu’à voir Olwenn, fille d’Arthur, série en 2 tomes chez Vents d’Ouest / Glénat), mais elle est traitée ici avec humour et dérision, ce qui ajoute un vent de fraîcheur bienvenu.

On adhère donc bien à la figure du héros déchu, et par conséquent à la cause de notre héroïne, qui souhaite s’affranchir du patriarcat et prendre en main son destin. Tantôt naïve, tantôt pourrie-gâtée, Ysabelle n’en demeure pas moins un personnage attanchant qui évolue tout au long du récit, avec en toile de fond la trame de l’émancipation.

L’auteur a aussi été bien inspiré de baser son récit sur une dynamique de duo, héroïne ingénue / épée qui parle, car il permet d’instaurer toutes sortes de situations rocambolesques et donne au scénario un pivot en trois articulations qui se suit avec plaisir tout au long des 240 pages (tout de même!).

S’agissant du ton, on sent de franches similitudes avec Les Sauroctones, notamment par la nature des dialogues ou par l’absurdité de certaines situations. Le trait simple mais très expressif de Mathieu Burniat se marie d’ailleurs à merveille avec ce ton décalé, sans pour autant verser dans la parodie.

Concernant les thématiques, nous sommes bien sûrs face à un récit resolument féministe, mettant en exergue l’émancipation féminine face à une engeance masculine faible, lâche, veule, qui ne voit la femme que comme une nuisance ou une ressource à exploiter. C’est d’ailleurs un trait représentatif de la société féodale, où les femmes étaient simultanément écartées du pouvoir tout en étant indispensable à la perpétuation des dynasties.

Furieuse est donc une vraie réussite, drôle, bien écrite, et dotée d’une identité propre. On n’est pas loin du 5 Calvin !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Paris des merveilles #1

La BD!
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BD d’Etienne Willem, Pierre Pevel et Tanja Wenisch
Drakoo (2022), 46 p. 1/2 tomes parus.
Série Le paris des merveilles, adaptant en 3×2 tomes la trilogie des romans de Pierre Pevel.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Dans le Paris de 1909 Louis Denizart Hyppomithe Griffont est un enquêteur privé. Mais pas n’importe quel enquêteur: dans ce Paris des Merveilles où la magie et les créatures féériques côtoient humains et machinerie steampunk il est un mage rattaché au Cyan, un des trois grandes Cercles de magie. Lorsqu’on vient lui demander de dévoiler les artifices d’un tricheur de cartes le voilà embarqué dans une redoutable machination mêlant barbouzes russes, intermédiaire véreux, aventurière mystérieuse… et forces de l’autre côté, le Royaume magique d’Ambremer…

Sorties parmi les premières publications Drakoo, la trilogie des Artilleuses fut une très bonne surprise d’aventure grand public qui savait se démarquer de l’encombrante ombre de Christophe Arleston. Profitant de la richesse de l’univers de la trilogie de romans parus chez Braguelonne, la série originale scénarisée par Pevel lui-même aura été une mise en bouche qui permet désormais au dessinateur Etienne Willem d’adapter directement les romans de Pevel avec ce dernier en accompagnement sur les (très bons) dialogues.

Le Paris des Merveilles - Les enchantements d'Ambremer 1/2 - Le Paris des  merveilles - vol.01 - Etienne Willem, Pierre Pevel - cartonné - Achat Livre  ou ebook | fnacNous voilà donc plongés à nouveau dans ce Paris des Merveilles, une poignée d’année avant l’intrigue des Artilleuses, cette fois dans une enquête à la Arsène Lupin en sein de jolis décors détaillés de cette Belle-Epoque Steampunk. Le héros, enquêteur de l’étrange est charismatique et suffisamment puissant pour permettre une adversité robuste. Au menu un général russe et un sorciers venu d’Ambremer sont lancés à la poursuite d’une mystérieuse aventurière acrobate… cette fine équipe laissant cadavres et carambolages avec le mage Griffont à leur poursuite. Bien plus touffue que celle de la précédente trilogie, l’intrigue nécessite de se concentrer, d’autant que Willem a choisi un rythme serré de presque une séquence par page afin de pouvoir dérouler une intrigue de trois-cent pages en deux albums BD classiques. Il en ressort une pourtant très fluide immersion dans ce monde, sans besoin d’avoir lu les aventures des trois cambrioleuses même si l’auteur s’amuse à placer ça et là quelques fils entre les deux histoires.

On ressort de cette lecture tout à fait conquis par une aventure grand public et remarquablement équilibrée entre l’envie de développer un background riche, le besoin d’une intrigue intéressante et la nécessité d’une action rocambolesque. Avec mille et une possibilités, le Paris des Merveilles a encore de beaux jours devant lui, sur les six tomes prévus avant sans doute de prolonger les romans par de nouvelles histoires originales.

A partir de 12 ans.

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BD·Jeunesse·Service Presse·Nouveau !·****

Terror-Island

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BD d’Alexis Nesme
Glénat (2022), 52 p., one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

Respectant la charte de la très jolie collection Mickey de Glénat, l’album reprend la maquette du précédent album d’Alexis Nesme (en compagnie de Trondheim): une tranche toilée, vernis sélectif sur la couverture et le dos, ainsi que de superbes croquis en intérieur de couverture, qui montrent la grande technique du dessinateur sous ses peintures chatoyantes.

Terror Island - cartonné - Alexis Nesme - Achat Livre | fnacAprès avoir sauvé le chat de madame Gravier à Horrifikland, l’agence de détectives deMickey, Dingo et Donald partent au grand large pour retrouver M. Peppermint, explorateur disparu à la recherche du crâne de diamant! Découvrant une ile mystérieuse, les trois amis sont bien sur suivis par l’abominable Pat Hibulaire…

On ne change pas une recette qui gagne! Après le « terrifiant » séjour au parc Horrifikland, l’auteur des Enfants du Capitaine Grant repart pour une escapade référentielle, en solo cette fois. Les marqueurs qui ont fait le succès du précédent sont là dès les premières pages: une enquête simple, un Mickey en chef de troupe rationnel, un Donald peureux comme pas deux et un Dingo toujours aussi maladroit et dont la désinvolture permettra bien sur de déjouer tout un tas de chausse-trappes.

Voilà nos amis embarqués sur les traces du plus grand des aventuriers: Indiana Jones! Cet album est en effet truffé de références aux quêtes de l’homme au fouet et les plus fins connaisseurs des films de Spielberg et Lucas se poileront à voir cumuler les scènes bien connues. TERROR-ISLAND (Alexis Nesme) - Glénat (Zenda / Drugstore) - SanctuaryAjoutez à cela un peu de King Kong et évidemment les confrontations explosives attendues avec l’abominable Pat Hibulaire. Alexis Nesme s’amuse comme un petit fou en alignant sketch en mode strip et jeu sur les cases comme cet énorme labyrinthe en double page qui rappelle un jeu de plateau. Chaque page contient au moins un gag, regorge de petits détails que les plus jeunes s’amuseront à décortiquer et surtout, éblouie par sa beauté! C’est simple, on peut lire et relire l’album mille fois pour savourer les dessins, la technique, le design ou simplement le découpage généreux de créativité.

En cette fin d’année ce Terror-Island apparait comme un bonbon magnifique où le plaisir est partout. A lire à tout âge, seul ou en famille, un classique immédiat.

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****·Comics·East & West·Jeunesse·Service Presse

Avatar, le dernier maître de l’air #1: La promesse

Intégrale de 216 pages, adaptée de la série animée du même nom. Gene Luen Yang au scénario, Gurihiru au dessin. Première publication en 2012 chez Dark Horse, parution en France le 01/09/2021 aux éditions Hachette.

Merci aux  éditions Robinson pour leur confiance.

Dans l’air du temps

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, Avatar, le dernier maître de l’air est une série animée produite par les studios Nickelodeon entre 2005 et 2008. Le phénoménal succès de la série est du en grande partie à ses qualités narratives, entre worldbuilding expert et arcs narratifs savamment orchestrés.

Le pitch: le monde est divisé en quatre peuples: la nation du Feu, les tribus de l’Eau, le royaume de la Terre et les nomades de l’Air. Comme leurs noms l’indiquent, chaque peuple a développé la maîtrise d’un de ces éléments. L’harmonie régnait jusqu’à ce que la belliqueuse nation du Feu n’entament une campagne de conquête et de domination des autres peuples.

Pendant des millénaires, l’équilibre était pourtant maintenu par l’Avatar, un être se réincarnant à chaque génération dans un peuple différent, capable de maîtriser les quatre éléments de façon simultanée. Protecteur de la paix tout autant qu’arme de dissuasion, l’Avatar a pourtant disparu avant la grande guerre, permettant à la nation du Feu d’instaurer son hégémonie. Jusqu’à ce qu’un jour, il refasse surface, presque par accident: extirpé d’un bloc de glace après 100 ans par Katara et Sokka, deux jeunes membres des tribus de l’Eau, le pas-si jeune Aang découvre un monde en guerre et constate qu’il a failli à sa mission et qu’il est bel et bien le dernier maître de l’Air.

S’engage alors pour le nouvel Avatar une quête pour la maîtrise des trois autres éléments, afin de rétablir la paix dans le monde. Se faisant, il se fera toute une ribambelle d’amis et d’ennemis, parfois les deux, comme en témoigne sa relation avec le prince héritier Zuko, de la nation du Feu.

Le comic book reprend précisément là où la série animée s’arrête, à savoir à la fin de la guerre. Le seigneur du Feu a été vaincu par Aang et remplacé par son fils Zuko. Cependant, après des années de conflit et de domination, il n’est pas évident d’envisager l’avenir et de faire germer l’idée de la paix entre les quatre peuples, surtout lorsque la rancœur est encore si fraîche. Cependant, il est temps pour nos héros de se retrousser les manches, car le plus dur rester à faire. En effet, Zuko, en tant que nouveau seigneur du Feu, doit décider du sort des colonies instaurées par ses aïeux dans les autres royaumes. Doit-il les démanteler et rapatrier tout le monde, où bien les conserver au risque de provoquer la colère des maîtres de la Terre ? Les choses vont d’autant plus se compliquer lorsqu’il constatera qu’annoncer à des gens qui vivent à un endroit depuis des générations qu’ils vont devoir rentrer dans un pays qu’ils ne connaissent pas n’est pas si évident que ça.

Divisé entre le devoir de veiller sur son peuple et la volonté de ne pas devenir comme son père, Zuko va devoir compter sur l’aide de ses amis pour l’aider à faire le bon choix.

Le constat ici est simple: Avatar le Dernier Maître de l’Air est une bonne franchise, quel que soit le média (je vous l’accorde, le film fait exception). Fort de personnages nuancés, le récit traite de thématiques sérieuses, politiques, sur un ton parfois décalé et adapté à tous les publics.

Le thème de l’ethnocentrisme, par exemple, est abordé avec clairvoyance et recul, et au service de l’intrigue. Plus encore, il fait même l’objet d’une déconstruction et fait écho à l’histoire contemporaine, en simplifiant sans pour autant verser dans le cliché. L’histoire tournant autour des colonies en est une bonne illustration, puisqu’elle rappelle des événements récents: on a en tête la décolonisation de l’Algérie en premier lieu, avec la question du retour des pieds-noirs, ce qui fait le lien entre fiction et histoire contemporaine. On ne peut non plus s’empêcher de penser à Hong Kong, le parallèle avec la colonie de Yu Dao étant assez clair.

L’album a aussi le mérite d’apporter une touche supplémentaire de réalisme dans le traitement, notamment vis à vis de la fin de la série animée. Sans toutefois en détourner le happy end, le comic nous montre que tout n’est pas aussi simple qu’on le souhaiterait à la fin d’une guerre, et que finalement, après avoir enterré la hache de guerre, il faut se mettre à reconstruire, et que cette partie est sans doute la plus délicate.

Outre les réflexions politico-philosophiques, on trouve aussi dans Avatar des relations interpersonnelles bien travaillées et intéressantes, qui s’appuient sur les années de continuité de la série animée. Elles peuvent donc échapper aux néophytes, mais son globalement simples à saisir: l’amitié entre Aang et Zuko, la promesse que ce dernier lui fait faire s’il devenait comme son père, la romance entre Katara et Aang, ou encore le lien spirituel entre Aang et les précédents avatars.

En résumé, ce premier volume d‘Avatar le dernier maître de l’Air est une suite très appropriée à la série animée, dotée des mêmes qualités, le risque étant qu’elle ne parle qu’aux amateurs du matériau d’origine.

*·Comics·East & West·Manga·Nouveau !·Rapidos

Sakamoto days #1

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Manga de Yuto Suzuki

Glénat (2022), 192, 5/9 volumes parus.

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Taro Sakamoto est un assassin légendaire qui s’est retiré du monde après avoir rencontré l’amour. Vivant désormais paisiblement comme épicier avec sa femme et sa fille, il va soudain voir débarquer la fine fleur des tueurs de la pègre mondiale bien décidés à lui faire la peau. L’étrange bonhomme cache pourtant encore bien des talents que vont découvrir les candidats à sa succession…

mediathequeParé d’excellents avis et d’une com’ en grandes pompes de Glénat lors de la sortie des deux premiers volumes au printemps dernier, je me suis laissé tenter par l’expérience Sakamoto days lors d’un passage en médiathèque. L’esprit décalé et le look wtf du super-tueur épicier avaient du potentiel et sans beaucoup d’exigence il suffisait d’un bon enchaînement d’action pour combles les attentes. Et je dois dire que mon envie a été assez rapidement douchée en constatant qu’on était loin des glorieux ainés du shonen… Bien Sakamoto Days (tome 1) - (Yuto Suzuki) - Shonen [CANAL-BD]que le design global des personnages et de Sakamoto soit sympathique, un chara-design ne suffit pas à faire une bonne série et on constate rapidement d’importantes lacunes dans un dessin approximatif, y compris dans les séquences de baston (nombreuses). Mais le nerf d’une bonne BD étant toujours son scénario, c’est là que le bas blesse le plus puisque dans la volonté d’aller vite, on ampute toute progressivité en balançant en quelques pages l’origin-story du personnages pour ensuite enchaîner sur des chapitres presque one-shot qui ont vocation à constituer une « Team Sakamoto » faite d’anciens assassins ou mafieux repentis. Du coup aucune trame longue n’est proposée et le volume enchaîne les combats sans enjeux du fait de la toute puissance du personnage et de la reproductivité des assassins lancés à ses trousses. Le seul point qui pourrait titiller l’envie repose sur l’étonnante capacité de télépathe de l’acolyte de Sakamoto, qui permet quelques jolies trouvailles humoristiques lorsque ce dernier ne cesse de « tuer en pensées » de la plus affreuse manière tout ce qui se trouve autour de lui. Malheureusement, si des DR. Slump, Tortue génial et mille autres petits-gros redoutables parsèment le monde du manga, Sakamoto semble manquer de bien des atouts pour creuser son sillon hormis comme seule consommation Shonen. Doté de trop peu d’atouts et de trop d’incohérences, c’est une vraie mauvaise pioche et la quantité de parutions manga ne justifient pas d’y passer plus de temps.

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****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

The Ex-People

Premier tome de 74 pages d’une série écrite par Stephen Desberg et dessinée par Alexander Utkin. Parution chez Grand-Angle le 31/08/22.

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Ex-traordinaires

En 1271, soit 20 ans avant la fin des croisades, la cité de Jérusalem voit un groupe hétéroclite d’étranges individus traverser ses portes. Un grand dadais enchâssé dans une armure trop petite, une archère, un nain acariâtre, une fille en cendres, un cheval, un chat et un oiseau, voilà de quoi attirer l’attention sur ces pèlerins hors-normes.

Après s’être débarrassés d’une troupe de brigands, les pèlerins arrivent enfin à destination: une église dissimulée dans une impasse, où les sept énergumènes espèrent monnayer non seulement le salut de leurs âmes, mais également leur résurrection. Car ces êtres ne sont pas de simples pèlerins, vous l’aurez deviné: ce sont des âmes en perdition, des spectres dont la mort, parfois stupide, parfois abjecte, ne leur a pas permis de rejoindre l’au-delà.

Comment cet aréopage de revenants s’est-il constitué ? Qu’espèrent-ils vraiment à travers cette quête d’une seconde chance ? C’est que ce premier tome va nous faire découvrir.

On ne présente plus le scénariste belge Stephen Desberg. Auteur de séries comme I.R.S, Le Scorpion, ou plus récemment Écoline, il a aussi été capable de nous décevoir, puis de nous intriguer. Son idée phare sur cet album, à savoir des fantômes souhaitant retrouver leur intégrité physique, fonctionne globalement, mais l’on aurait aimé que l’accent soit davantage mis sur les difformités des protagonistes, ainsi que sur la malédiction que constitue leur condition. En l’état, j’ai trouvé que leur situation manquait d’urgence, voire de nécessité pour certains.

En effet, pour l’archère, le cheval ou le guerrier nain, on a du mal à concevoir le besoin impérieux de retrouver leur intégrité physique, puisqu’ils peuvent toujours interagir avec le monde qui les entoure, sans qu’un handicap particulier ne soit mis en lumière. En parallèle de ce problème, l’auteur semble également nébuleux quant au concept de fantômes dans l’univers qu’il a créé: comment devient-on un fantôme spécifiquement ? Y-a-t-il des conditions strictes ? Si tous les fantômes peuvent interagir avec le monde matériel, alors qu’est-ce qui les distingue précisément du commun des mortels ? On peut certes constater que Gertrude, la sorcière carbonisée, possède certaines aptitudes en lien avec sa mort, mais pour le reste cela demeure imprécis.

Si l’auteur conserve ces éléments pour le second tome, cela risque également de causer du souci, puisque l’on sait, bien sûr, que tout élément d’exposition qui intervient après le premier acte a tendance à casser le rythme global de l’histoire. Épineux casse-tête, donc.

On s’aperçoit donc que, comme dans son précédent album Movie Ghosts, Stephen Desberg rechigne à explorer plus avant et trancher avec plus de précision les règles relatives à sa prémisse surnaturelle. Néanmoins, on suit avec beaucoup de plaisir les pérégrinations (c’est le cas de le dire) de nos sept fantômes, qui sont, grâce à ce premier tome, tous attachants. Le tout n’est pas dépourvu d’humour, chaque péripétie convoquant quelque chose d’absurde ou décalé.

Côté graphique, ceux qui ont lu et apprécié Le Roi des Oiseaux et La Princesse Guerrière seront ravis de retrouver Alexander Utkin aux pinceaux. Son trait épais et ses contours naïfs sont en parfaite harmonie avec le ton de l’histoire, les couleurs vives sont parfaitement maîtrisées, ce qui transcende les planches pour leur conférer un cachet particulier, comme sorties d’un film d’animation.

Grâce à l’harmonie entre le dessin d’Utkin et le ton de l’histoire imaginée par Desberg, ça vaut un 4 Calvin et demi, le cinquième aurait surgi si les contours surnaturels avaient été mieux définis. Peut-être un coup de cœur sur le second tome !

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Alamandër #1: Mystère à la tour de l’horloge

Premier tome de 62 pages de la série écrite par Gihef, d’après les romans d’Alexis Flamand, avec Marco Dominici au dessin. Parution chez Kamiti le 09/09/22.

Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

It’a kind of magic

Il y a des branches d’avenir dans lesquelles le succès ne se dément pas. Et d’autres, plus obscures, qui vous arracheront un hein ? dubitatif lorsqu’on vous les expose. C’est le cas pour Jonas Alamandër, qui gagne sa vie en tant que questeur. Hein ?

Un questeur, sur le continent d’Alamandër, est un mage spécialisé dans les enquêtes impliquant la pratique des arts mystiques, en d’autres termes un sorcier détective. Jonas mène son existence pas-si paisible sur les terres héritées de son mentor, lorsqu’une délégation de soldats Kung-Borhéens, messagers de leur nation belliqueuse, vient lui annoncer son expropriation, les terres occupées faisant partie de la dot de la princesse de son royaume.

Qu’à cela ne tienne, Jonas n’est pas de ceux que l’on peut expulser si facilement. Profitant des délais administratifs et logistiques liés aux expropriations, le Questeur décide de se rendre à la capitale de Kung-Bohr pour tenter de négocier la conservation de son habitat, qui risque sinon d’être rasé, comme le veut la coutume Kung Borhéenne. Si le voyage risque d’être dangereux, la destination, elle, n’en sera pas moins risquée !

Cependant, secondé par le sergent, euh Capitaine, ou-peut-être-bien-Sergent-en-fait, Edrick, et accompagné, si l’on peut dire, par son démon domestique Retzel, Alamandër pourra passer les obstacles et survivre aux multiples dangers qui le guettent. Entre intrigues, meurtres à résoudre et bureaucratie absurde, le mage aura de quoi faire !

Après nous avoir fait voyager avec 300 grammes et Hot Space, Kamiti sort encore une fois des sentiers battus en se lançant à corps perdu dans la Fantasy ! Adapté du Cycle d’Alamandër d’Alexis Flamand, l’album voit le jour à l’initiative de Gihef, que l’on a vu récemment sur Monsieur Vadim ou encore Sirènes et Vikings.

Pour être honnête, en abordant les premières pages, on peut être aisément tenté de faire le rapprochement avec les travaux d’Arleston: de la fantasy, un héros ingénu éloigné des poncifs masculinisés, de l’humour loufoque et des situations absurdes, sont en effet les ingrédients favoris, et usés à l’envi, du père de Lanfeust.

Cependant, rassurez-vous, lecteurs de fantasy désabusés: Alamandër amène avec lui une fraîche bise de renouveau, et ne cherche pas nécessairement à singer les prouesses aujourd’hui éculées d’Arleston. L’univers riche développé par Alexis Flamand est brillamment transposé par Marco Dominici dans un style semi-réaliste qui ne néglige ni l’expressivité des personnages, ni l’ampleur des décors.

L’exercice de l’adaptation n’étant pas aisé, surtout lorsqu’on passe du roman à la BD, on trouve tout de même quelques petites tartines d’exposition qui densifient quelque peu la narration, sans pour autant l’alourdir. Il faut simplement s’attendre à des planches plutôt chargées en dialogues, beaucoup d’informations sur le décorum devant être ingérées à la fois par le protagoniste et le lecteur.

La partie enquête en elle-même s’avère minutieuse, et respecte étonnamment les codes du genre, avec recueil d’indices en apparence contradictoires, puis analyse et interprétation innovante du héros, tentative d’assassinat du héros qui s’approche de la vérité et devient donc gênant, puis, confrontation finale devant une assemblée dans laquelle se cache potentiellement le suspect. Le tome se termine sur un cliffhanger, tant sur l’intrigue principale que sur l’intrigue parallèle, qui raconte la quête initiatique d’un enfant immortel dont on devine qu’il deviendra un effrayant antagoniste dans les pages à venir.

Alamandër nous fait la surprenante démonstration qu’humour grinçant et fantasy débridée font donc toujours bon ménage, et c’est bon à savoir !

***·BD·Mercredi BD·Rapidos·Service Presse

Jamais #2: le jour J

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BD de Duhamel
Grand Angle (2022), 54 p. one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

En 2019 on découvrait Madeleine, sorte de grande sœur des vieux fourneaux qui se retranchait dans sa maison au bord du précipice tels les gaulois d’Asterix. Après quelques albums revoilà la mamie que l’auteur Bruno Duhamel avait promis de venir retrouver. Alors comment relancer la machine maintenant que le point de fixation (la maison) était libéré et sans redondance? C’est bien là la question et la limite de cet album qui comme toute suite de ce qui n’était à l’origine pas prévu en série, trouve le risque de refaire le précédent mais sans la découverte.

Jamais (tome 2) - (Bruno Duhamel) - Comédie [CANAL-BD]Car pour la mécanique tout baigne: les dialogues sont toujours aussi mordants, les personnages juste ce qu’il faut de caricatural sans oublier le petit vernis d’actualité politique via cet opposant au maire tout droit issu du Rassemblement National. En perdant une part de l’absurde et de la mise en place, Duhamel compense par une dose d’aventure lorsque le maire, personnage central de l’intrigue, se retrouve à explorer des galeries dans la falaise en mode Club des 5 après un sauvetage branquignole d’une gamine forte tête. Le jour J du titre fait bien entendu référence au Débarquement et permet une liaison avec le mari décédé de Madeleine, avec une part d’histoire locale qu’a tout blède de France et, malin, de faire la liaison avec l’affreux facho de l’album, son crane chauve et son œil déviant. Graphiquement la colo est toujours aussi élégante et le trait semi-réaliste efficace même si le thème ne permet guère de « belles » planches comme ce fut le cas sur d’autres albums.

Chez Bruno Duhamel tout le monde en prend pour son grade, des babos aux jeunes technophiles (on l’avait compris dans #Nouveau contact_) et les maisons connectées. Le monde est peuplé de crétins et hormis les chats personne ne mérite beaucoup de compassion. C’est le point de vue de Madeleine et de son auteur. C’est souvent juste et très rigolo. On sent que l’auteur s’est fait plaisir, alors pourquoi bouder le notre?

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