****·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Huntr #2: la Brousse

Second tome de la série écrite par Sarah Morgan, Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Publication chez Albin Michel le 05/01/2022.

Retour au bercail

Après avoir fait leurs preuves de chasseurs de xémons, Morgan, sa colocataire Annie, son ami d’enfance Van et le doux rêveur Mitch sont désormais associés dans la chasse aux monstres afin de préserver les habitants de la Bulle. Mandatés par Bonnie, directrice de Tandem, le groupe se prépare à faire une excursion dans la Brousse, le monde hostile empli de monstres extraterrestres, afin de remettre la main sur une pierre radioactive extrêmement dangereuse, subtilisée par le père de Morgan, un survivaliste de la Brousse qui a appris à Morgan tout ce qu’elle sait.

Mais si la chasse aux monstres au sein de la Bulle n’était déjà pas une partie de plaisir, survivre à la Brousse relève du défi ! Nos quatre joyeux drilles seront-ils à la hauteur ? Et plus inquiétant encore, peut-on faire confiance à Tandem ?

Changement de décor pour ce second tome de la comédie d’action concoctée par Sarah Morgan et Jordan Morris. Après avoir exploré le cadre urbain de la Bulle, les auteurs plongent ainsi notre quatuor de héros hipsters en pleine nature hostile, revisitant par la même occasion le passé de Van et Morgan.

C’est donc l’occasion pour la protagoniste de se confronter à son père et aux valeurs qu’il lui a inculqué, approfondissant ainsi son background. Les interactions entre les personnages sont tout aussi savoureuses que dans le tome 1, et les séquences de combat toujours aussi divertissantes. On est donc dans la continuité du premier tome, parfait mélange entre comédie et action, mais les auteurs n’oublient pas d’incorporer un message critique sur les travers de la start-up nation et de ses codes.

Considéré dans sa globalité, Huntr est donc une vraie réussite, foncez, vous ne serez pas déçus !

BD·Jeunesse·Nouveau !·***

Katsuo #1: Le Samouraï Noir

Premier tome de 58 pages de la série écrite par Franck Dumanche et Stéphane Tamaillon, dessinée par Raoul Paoli. Parution chez Jungle le 23/09/2021.

Kat sue, sang et eau

Le jeune japonais Katsuo n’a pas une existence trépidante, mais elle lui convient tout à fait comme elle est: chiller dans sa chambre et jouer aux jeux vidéos, telles sont ses aspirations du moment. Cependant, sa mère et son grand-père ne le voient pas de cet œil. Pour eux, Katsuo gâche son potentiel, alors qu’il pourrait poursuivre son entraînement au Kendo et ainsi reprendre, le moment venu, la direction du dojo familial.

En effet, le grand-père, quelque peu rigide et à cheval sur les traditions, insiste pour que Katsuo se plie au sacerdoce de la famille, et veille sur l’institution fondée par leur ancêtre Honjo il y a plusieurs siècles. L’adolescent, lui, traîne des pieds en allant s’entraîner et préfère ses écrans aux sabres de bois.

Un soir cependant, Katsuo est intrigué par les allées et venues de son grand-père au sous-sol du dojo, et décide d’aller y jeter un oeil. Alors qu’il pose la main sur le sabre révéré par le vieil homme, il se retrouve mystérieusement transporté dans le japon médiéval, où il fait la rencontre d’un jeune homme nommé Honjo, qui n’a alors rien d’un farouche guerrier, et qui est lui-même confronté aux attentes démesurées de son père.

Car il se trouve que le grand-père d’Honjo, et donc l’ancêtre de Katsuo, était parmi les quatre valeureux guerriers qui ont mis fin au règne de terreur du Samouraï Noir, un guerrier affublé d’une armure magique qui a semé le chaos dans l’achipel sous l’ère d’Azuchi Momoyama (1582). Katsuo a donc voyagé dans le temps, alors même que les quatre vieux guerriers sont attaqués et tués les uns après les autres. Le Samouraï Noir serait-il de retour ?

Aventures à la sauce Samouraï

A priori, le lecteur ne sera pas dépaysé à la lecture du pitch de Katsuo: un jeune garçon a priori lambda mais attachant, va sortir de sa zone de confort et être confronté à une situation extraordinaire qu’il devra résoudre en utilisant un pouvoir magique. Rien de bien neuf sous le soleil, même si l’on ajoute le paramètre du voyage dans le temps, qui promet des situations cocasses de décalage et d’incongruité.

Le thème des traditions et de l’impact qu’elles doivent et peuvent avoir sur la jeune génération reste néanmoins intéressant, la culture nippone, elle-même partagée entre tradition et modernité, étant un terreau idéal pour exploiter cette dichotomie.

On pourra reprocher un manque d’originalité dans l’antagoniste, qui, sous ses airs assumés de Shredder, n’apporte pas grand chose à la thématique du récit. On aurait sans doute préféré un adversaire plus étoffé, et qui, pourquoi pas, aurait lui-même été confronté à une sorte de pression familiale. Au lieu de ça, on a quelque chose de plus basique, et donc, de moins mémorable.

Ce petit manichéisme mis à part, le rythme de l’album reste dynamique, avec une introduction rapide, même si l’exposition est quelque peu pataude, ou en tous cas, très explicite, par moments. Difficile de déterminer si les auteurs ont pris ce parti en raison du lectorat cible ou bien par maladresse, toujours est-il que certains éléments auraient du être amenés avec plus de subtilité.

Une fois Katsuo projeté dans le passé, les actions s’enchaînent de façon fluide et rapide, amenant à un climax bref mais survitaminé. Côté graphique, Raoul Paoli fait le choix de la clarté et de la décompression pour ses planches, usant d’un trait résolument orienté manga, avec des expressions typiques de ce médium et des poses dynamiques.

En bref, un album jeunesse agréable à lire, quand bien même il ne révolutionne pas le genre.

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****·BD·East & West·Nouveau !

Huntr #1 La Bulle

Premier tome de 123 pages, du diptyque écrit par Sarah Morgan et Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Parution chez Albin Michel le 01/09/2021.

Monde Sauvage

Fairhaven a tout d’une bourgade tranquille: des rues paisibles, des habitants aimables et souriants, un parc pour faire son jogging… et de terribles Xémons au crocs acérés qui ne rêvent que de vous mordre sauvagement à la jugulaire. Car voyez-vous, Fairhaven est en réalité situé dans ce que l’on nomme la Bulle, un espace protégé au milieu d’une planète à l’environnement hostile, colonisé par les humains.

Et il se trouve toujours une créature ou une autre pour trouver une brèche et s’introduire dans la Bulle. Ce matin-là, Morgan fait son petit jogging quotidien lorsqu’un Xémon surgit entre elle et un joggeur-slash-dragueur-importun. Qu’à cela ne tienne, Morgan ne cède pas à la panique, mais laisse plutôt parler ses réflexes de chasseuse. En effet, ayant grandi dans ce que les habitants de la Bulle nomment la Brousse, la jeune femme est clairement familière de ce genre de chose.

Néanmoins, elle ne souhaite qu’une chose: laisser derrière elle cette partie pénible de sa vie et mener une réconfortante routine, même s’il lui arrive de braconner les carcasses de Xémons qu’elle tue pour en extraire des composés chimiques utiles à la fabrication de drogues de synthèses avec sa colocataire Annie.

Le reste du temps, Morgan se contente de son petit boulot alimentaire, lorsque sort sur le marché l’appli Huntr, sur laquelle il est possible de trouver les chasseurs de Xémons les plus proches de chez soi pour une mission express. En somme, un mélange entre UBER et une société de dératisation.

C’est ainsi que Morgan fait la connaissance de Mitch, chasseur en herbe maladroit mais attachant, et qu’elle va retrouver son amour d’antan Van, issu tout comme elle de la Brousse. La concurrence est rude, la chasse est ouverte !

Start-up vs aliens

Sorti discrètement en France chez Albin Michel, Huntr est une bonne surprise issue du talent de l’écrivaine britannique Sarah Morgan secondée par l’auteur américain Jordan Morris. Mêlant avec humour chasse aux monstres et regard satirique sur le monde capitaliste, le duo parvient à livrer un premier tome d’ouverture très accrocheur. Les enjeux du récit ainsi que les éléments relatifs au worldbuilding sont posés sans aucune lourdeur et de façon dynamique, grâce à une galerie de personnages résolument millenials.

Les auteurs injectent donc dans leur récit des thématiques sérieuses, comme la quête de soi dans un monde hostile et en perte de sens, et parviennent à les rehausser en dressant le portrait de jeunes aux personnalités originales, excentriques et geeks en phase avec le monde d’aujourd’hui. Les références à la pop-culture sont donc omniprésentes, et sont même le prétexte à quelques vannes savoureuses entre deux bastons contre des monstres mutants.

Les auteurs n’oublient pas non plus d’imposer un certain rythme à leur récit, qui ne se contente pas d’aligner les séquences de chasse de façon aléatoire, comme pourrait le faire une simple chronique. Ils y sèment au contraire les graines d’un conflit à venir, un conflit qui promet d’être intéressant à suivre car prenant racine dans une opposition idéologique.

Humour, sujets de société, bastons contre des monstres, vous l’aurez compris, Huntr est une sortie discrète, la manquer vous serait préjudiciable.

****·Comics·Nouveau !·Service Presse

The scumbag #1

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Comic de Rick Remender, Lewis Larosa, Eric Powell et collectif.
Urban (2022), Image (2021), série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Ernie Ray Clementine est un sac à merde… une authentique raclure de bidet, une loque droguée jusqu’au bout des ongles dont la seule philosophie (ou « pensée ») est « éclate toi ». Une facétie du destin a pourtant voulu qu’il entre en possession d’un sérum de surhomme, conçu par l’agence gouvernementale chargée de lutter contre l’organisation nazi Scorpionus. Les gardiens de la paix mondiale n’ont plus le choix: ils doivent convaincre le pire « humain » sur Terre de sauver le monde…

The Scumbag (2020-) Chapter 1 - Page 18On connaît le concept. Prenez le pire anti-héros imaginable face à une menace fasciste caricaturale, plongez cela dans beaucoup de mauvais goût, une dose de sexe, une crudité graphique et un dixième degré empli d’humour noir et vous avez une chance d’embarquer un lectorat ennuyé par le formalisme bien-pensant. Ça vous donne du Renato Jones (versant politique), du Mezkal (version cartels mexicains) ou plus loin de nous Anibal 5 par Bess et Jodo. Le problème de la recette c’est l’équilibre entre radicalité (en la matière un peut faire confiance à Rick Remender qui a construit son œuvre sur les moutons noirs de la BD, avec au choix du Seven to Eternity, du Tokyo Ghost ou du Black science…) et scénario, avec le risque majeur de voir notre connard préféré devenir un véritable héros avec happy end. Le paradoxe entre le besoin de simplicité du genre et le jusqu’au boutisme de la dirsuption.

Sur ce plan on peut être inquiet sur le déroulé du scénario qui pour faire progresser son intrigue fait progressivement pousser une conscience pour ne pas dire quelques neurones à Scumbag (je ne vais pas dire « sac à merde » à chaque paragraphe non plus!). Je vais pourtant être bon prince et reprendre l’album par le début, une ouverture magistrale, tonitruante de provocation jusqu’au-boutiste qui nous rappelle pourquoi on aime Remender: cet homme va droit au but et ne s’encombre jamais de bonne morale. Aidé par les incroyables planches de Lewis Larosa (qui a travaillé chez Valiant sur le superbe Bloodshot) dont on ne sait pas si c’est le découpage dingue ou la technique graphique qui impressionne le plus, l’auteur nous balance un gros pavé dans la gueule et l’on termine le premier chapitre avec le même sourire d’extase qu’Ernie Ray Clementine… Bien vite allié à une super-espionne fort sexy et confronté à des nazi américains qui nous rappellent le mauvais coton que filent nous cousins d’outre-atlantique depuis quelques temps, Scumbag va se normaliser lorsqu’on apprend que pour activer ses pouvoirs il doit avoir des pensées positives. Mauvaise idée et mauvais point pour Remender qui introduit ainsi une bonne morale dans son histoire de sale gosse en orientant le sens de l’histoire vers une rédemption dont on ne veut surtout pas après tout cela!The Scumbag”, l'archétype du sale type face à l'apocalypse

De façon assez injuste cette bascule arrive sur le chapitre dessiné par Eric Powell, excellent dessinateur qui semble pourtant bien peu à l’aise sur sa section. Si l’action reste omniprésente et assez fun, le dessinateur ne parvient pas à illustrer la folie du projet qui devait faire tout le piment de cette lecture. Si la suite remonte le niveau trash avec une maous orgie , on réalise progressivement que l’ensemble dépend beaucoup de l’inspiration du dessinateur. Si la qualité graphique générale est de très bonne facture, on sent une certaine timidité à assumer l’idée originale, ce que Jeff parvenait parfaitement à rendre sur ses Mezkal et Gun Crazy.

Au final un a une lecture en yo-yo qui va de l’excellent au banal. Même si l’ensemble se savoure avec plaisir, on aimerait que le second tome assure un destroy intégral plus cohérent. La brochette d’artistes annoncée sur les tomes deux et trois (avec du Bengal, Dinisio et Mobili) laisse augurer en tout cas de sacrées planches.

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****·BD

Bettie Hunter #1

Premier tome du diptyque écrit par Aurélien Ducoudray et dessiné par Marc Lechuga. Parution chez Glénat/Comix Buro le 25/08/2021.

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Aux confins de la galaxie, Bettie Hunter a la vie dure. Il faut dire qu’être une humaine, orpheline de surcroît, au milieu de toutes les autres espèces qui peuplent l’univers, n’est pas chose aisée, surtout quand la plupart d’entre elles a subi de lourds préjudices aux mains des homo sapiens.

Heureusement, Bettie peut compter sur Harvey, un robot archiviste qui veille sur elle depuis son éviction de l’orphelinat. Déjà petite, Bettie était très douée, mais son intelligence s’est toujours déployée dans l’ombre de son appartenance au genre humain, si bien que malgré ses capacités, elle n’a pu valider aucun de ces doctorats en xénobiologie.

Qu’à cela ne tienne, Bettie s’est mise à joindre les deux bouts en devenant chasseuse de primes, utilisant à bon escient ses connaissances encyclopédiques sur toutes les espèces vivantes. On la retrouve d’ailleurs, au début de cette aventure, en pleine mission dans l’estomac d’un ver des sables géants, preuve que quand on sait où on met les pieds, on peut garder la tête froide…

Bien vite, Bettie est accostée devant chez elle par une cliente potentielle, Thalya Skraalgard. Cette dernière confie sa détresse à la chasseuse de prime car elle souhaite retrouver sa soeur Lydia, qui s’est rendue sur Minerva Prime pour une mission humanitaire et qui n’en est pas revenue. Obligée par la promesse d’une forte récompense, Bettie et Harvey se mettent en route vers Minerva. Mais la planète a bien entendu été marquée par l’interventionnisme humain il y a plusieurs siècles, si bien que les autochtones ne voient pas son arrivée d’un très bon oeil. Habituée au rejet, Bettie parvient tout de même à s’intégrer mais son enquête va bien évidemment révéler des secrets que certains préfèrent garder enfouis.

Space Opéra-tion

Après le déjanté mais décevant Amen, Comix Buro refait une incursion dans la SF avec Bettie Hunter. Le personnage bénéficie de l’écriture qualitative d’Aurélien Ducoudray, qui parvient sur ce premier tome à planter son décor sans effort, avec un humour acerbe et une subtilité qui tâche. Sans prendre de gant, l’auteur utilise les poncifs de la SF et du space Opéra pour dresser un parallèle avec l’histoire récente, notamment celle du colonialisme, faisant une fois de plus des humains la plaie du cosmos tout entier.

On a certes déjà vu cette métaphore au service d’une critique directe des travers humains, néanmoins, le scénariste parvient à le faire avec suffisamment d’originalité pour nous embarquer avec lui dans son histoire.

Après un préambule qui donne la part belle au space opéra, Aurélien Ducoudray adopte la structure du film de détective, avec une demoiselle en détresse, désespérée qui vient chercher de l’aide auprès d’un protagoniste désabusé et quelque peu réticent (mais alléché par la prime), qui accepte de mener une recherche de personne qui va révéler une conspiration aux ramifications insoupçonnées. Tout cela fleure bon le classicisme, mais on peut a priori faire confiance au scénariste pour prendre nos attentes à revers sur le second tome.

Le duo Bettie / Harvey est immédiatement attachant, offrant un intérêt supplémentaire à l’album. Le ton satirique est toujours employé à bon escient, la science de l’auteur étant de savoir jongler entre les différents tons au besoin. Côté graphique, la ligne claire de Marc Lechuga ne l’empêche pas de dessiner un bestiaire totalement déjanté mais pas dépourvu en références (on trouve, pelle-mêle, des vers géants issus de Dune, ou des crevettes humanoïdes vue dans District 9, qui était déjà un satire politique sur l’apartheid). Le design de son héroïne est irréprochable et catchy, et l’on ne peut s’empêcher d’imaginer cet artiste faire des merveilles sur un Spirou, par exemple. Il en résulte une petite réussite que l’on a hâte de poursuivre !

***·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #26: Dai Dark #1 – Appare Ranman #1 – Ranking of kings #1

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Salut les mangavores! Je vous propose aujourd’hui une salve de premiers volumes de nouveautés assez fraiches et qui toutes perturbent les schémas du manga!

  • Dai Dark #1 (Q Hayashida/Soleil) – (2019) 022, 208p., 1/4 volumes parus.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

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Après 23 volumes d’une série (Dorohedoro) fort réputée et adaptée en animé (visible sur Netflix) l’autrice Q Hayashida revient pour une nouvelle série qui sous ses aspects trash au possible recouvre bien l’approche shonen: un jeune garçon ère dans l’espace doté d’un pack magique nommé Sakadoh et de capacités en faisant une sorte de robot. Egalement équipé d’une « peau d’ombre » il apparaît tout puissant pour éliminer ses adversaires, comme les terribles pilleurs d’épave. Si le trait paraît souvent brouillon, l’ambiance à la Fluide glacial donne un ton bon enfant même si les démembrements, éviscérations et explosions en règle réserve ce manga aux jeunes peu sensibles. Une entrée en matière qui a le mérite de l’originalité en proposant une sorte de Berserk pour jeunes, entre la Légende de Ran et le fort sympathique Volcano Trash. Avec un design glauquissime fait d’os et lorgnant du côté de HR Giger, ce titre commence de façon intrigante, pour peu que l’autrice nous propose une véritable intrigue, pour l’heure pas du tout démarrée.

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  • Appare Ranman #1 (Ahndongshik-Apperacing/Doki-Doki) – (2020) 2022, 208p., série finie en 3 tomes.

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Merci aux éditions Bamboo pour leur confiance!

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Je suis toujours très friand de Steampunk et quand j’ai vu passer cette courte série du dessinateur de Renjoh Desperado (déjà un steampunk western découvert grâce aux opé Covid des éditeurs) ma curiosité s’est trouvée titillée. Ne perdant pas de temps en mise en place, ce premier tome nous envoie suivre deux japonais projetés en plein far-west alors qu’une coure de voitures « sauvage » s’apprête à partir traverser le continent. Si l’aspect samouraï reste pour le moment soft, l’apparition progressive des concurrents, tous fortement caractérisés (un milliardaire héritier industriel, redoutables bandits et noir expert en gunfight…) nous allèche avec l’impatience de voir l’action endiablée commencer dans la filiation d’un Streamliner. Avec un jeune héros aussi doué en bricole que Senku, ce qui surprend le plus c’est l’insertion d’un propos politique assez surprenant pour un shonen: entre la tradition d’obéissance japonaise pour lui, le jeune amérindien dont la famille a été massacrée, la jeune femme interdite d’être pilote en raison de sons sexe ou l’esclave affranchi, c’est une drôle de brochette de minorité opprimée qui se retrouve dans cette histoire! Fort bien dessiné et doté d’une progression lisible et dynamique, ce premier tome rappelle l’enthousiasme d’une autre trilogie Doki-doki: Tetsu et Doberman.

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  • Ranking of kings #1 (Toka/Ki-oon) – (2017) 2022, 208p., 1/10 volumes parus.

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Merci aux éditions Ki-oon pour cette découverte.

ranking-of-kings-1-kioonSorti dans la collection « transversale » Kizuna, Ranking of kings est d’abord un projet auto-publié sur le net avant de devenir un manga et un animé. Sous un aspect très enfantin qui peut rebuter de prime abord, on est d’abord surpris par ce personnage de prince-héritier d’une dynastie de roi-géant… qui s’avère être muet et très chétif! Alors que la seule valeur royale reconnue est la force brute, ce jeune Boji va s’avérer être un enfant touchant, sensible qui au travers de sa rencontre avec une « ombre » d’un clan d’assassins va révéler de surprenants talents. Si les planches sont donc assez basiques (mais rendront le manga aux allures de conte très adapté aux plus jeunes, une fois n’est pas coutume), c’est dans le traitement tout sauf manichéen des personnages que l’on est surpris. Contrairement aux habitudes des contes fantasy il est bien difficile de déterminer qui est gentil, qui est méchant et les motivations de chacun dans ce volume, dans un univers surprenant avec cet allié qui a la forme d’une ombre plate parlante. Une bonne surprise à découvrir!

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****·Actualité·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Zaï-Zaï-Zaï-Zaï

La trouvaille+joaquim

BD de Fabcaro
6 pieds sous Terre (2015), 70p., one-shot.

L’album a reçu de nombreux prix en festival BD et critiques, il a été adapté à la radio, au théâtre et au cinéma.

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C’est l’histoire d’un type qui en oubliant sa carte du magasin devient ennemi public numéro un. C’est l’histoire d’une société qui ne sait plus ce qui est grave de ce qui ne l’est pas. C’est l’histoire d’une République où le buzz médiatique détermine la manière de penser des citoyens. C’est l’histoire d’un road-movie en absurdistan qui dézingue une France terrorisée par son ombre…

Seule l’humour permet d’aborder des questions centrales, profondes, sans avoir à se confondre en excuses pour les gros mots et la radicalité de l’uppercut. Véritable phénomène (… dans le milieu des lecteurs de BD, soyons raisonnables!), le court album de Fabcaro jouit d’une réputation qui dépasse ses seuls lecteurs. Partant d’un postulat absurde l’auteur déroule sa dissection d’une société qui n’a plus de boussole au fil de séquences qui prennent le format de magazines d’humour. Sur un schéma très proche de ce que proposent Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud sur leur série Faut pas prendre les cons pour des gens dans Fluide Glacial, Fabcaro fait rire, avec un fond. Si l’absurde est toujours la source du rire, il pointe toujours des formules, des raisonnements télécommandés et surtout l’absence totale de réflexion de nos concitoyens qui passent sans transition d’une crainte de terroristes cachés parmi nous à la terreur d’un virus avant de s’indigner du sort d’un peuple soudain frère aux portes de l’Europe. Ici un vigile menace de faire des roulades arrières, les voitures Renault font des cabrioles et les parents déconnent avec leurs enfants sur le danger de tomber sur un Nordhal Lelaldais en sortant de l’école…

Bédéthèque idéale #92 : “Zaï zaï zaï zaï”, le goût pour l'absurde de FabcaroLa force de l’absurde est de créer des parallèles évidents, incontestables, de rendre immédiatement grossiers des schémas de pensée pourtant quotidiens aujourd’hui. Ici l' »autre » dangereux, étrange car différent est l’auteur de BD (la petite touche autobio pour déconner). Transposez les discours gentiment racistes en remplaçant « migrant » ou « musulmans » par « auteur de BD » et vous avez évidemment des séquences tordantes d’absurdité et bêtise. La technique est connue mais toujours aussi mordante et efficace.Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro : la BD la plus drôle du monde

Notre époque use et abuse du comique (notamment au cinéma) en ayant totalement oublié sa dimension politique, dans un politiquement correcte usant. L’humour n’est jamais aussi bon que lorsqu’il attaque, qu’il dénonce, comme le montre un Wilfried Lupano tout au long de sa bibliographie. Tout juste adapté au cinoche, Zaï-zaï-zaï-zaï (et grand merci à l’auteur pour la rédaction fort aisée de son titre…) est une lecture nécessaire qui joint le salubre à l’agréable.

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Les Antres #1: l’homme sans poids

La BD!
BD d’Eric Puybaret
Delcourt (2022), 54p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Eric Puybaret est une pointure de l’illustration jeunesse. Avec son univers tout à fait baroque il gratifie depuis vingt ans les jeunes et leurs parents dans des univers colorés et poétiques qui jouent sur les perspectives et la gravité. Pour sa première BD il propose de découvrir son purgatoire, un lieu étrange où les morts se retrouvent dans une sorte de royaume doté de puissances magiques et spirituelles redoutables. La thématique religieuse semble attirer l’auteur qui a déjà illustré la Bible, un ouvrage sur Jean-Paul II ou des histoires avec Jésus et Marie.

L’odyssée de cet homme sans poids, qu’un bug administratif (vous savez, l’administration angélique et de l’au-delà est connue pour être à la fois rigide et pleine de failles) a privé de masse, ne se préoccupe pourtant pas un instant de bondieuseries pour nous jeter immédiatement dans un absurde qui fait furieusement penser aux histoire de Raymond Devos. Jouant visuellement sur les mots et les concepts, Puybaret nous ébahis de la première à la dernière page, un sourire collé au visage devant tant de facétie, de rythme et de références. Car entre un Napoléon Bonaparte niché dans une boulle à neige volante, un sorcier qui emprunte la trogne du dernier Miles Davis ou un Johnny en promeneur excité, on croisera aussi Chopin, Nina Simone, Orson Welles,… Cet Antre (… paradis et Enfer) est régi par trois sœurs qui exigent que l’intru récupère sa ligne de vie qu’il a perdu lors du Passage. Il découvrira progressivement qu’une autre mission lui incombe, plus romantique, et plus déterminante pour l’avenir de ce monde.Emporter par le vent

Le passage de l’illustration à la BD n’est pas toujours une sinécure tant les codes des deux formats sont très différents. Ne s’interdisant pas d’utiliser de belles pleines pages, l’auteur impressionne par sa maîtrise du découpage narratif propre au neuvième Art, ce splendide premier tome glissant sur un rythme où pas une case n’est exonérée de jeu de mot, de délire visuel et de références, comme ces monstres tout droit sortis des fantasmagories de Jerôme Bosch. et qui peut faire penser par moments au monde du chez d’œuvre de Lupano et Andreae Azimut. On se plait ainsi autant à mirer qu’à lire cette facétie qui touche au but et nous fait découvrir un conteur au moins aussi jouissif que le dessinateur.Tu t'envoles

Vous l’aurez compris cette incursion est une magnifique surprise, un sans faute pour une série que l’on espère voir délirer sur de nombreux volumes.

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***·BD·Jeunesse·Service Presse

Les Pierres du Cauchemar

Premier tome de 54 pages, écrit par Dooms et Sora (aidés par Théa Rojzman), dessiné par Dreamy. Parution chez Glénat le 30 juin 2021.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

Entre deux tournages de vidéos pour Youtube, Dooms (la fille) et Sora (le garçon) se détendent en se dégourdissant les jambes dans le parc du Bois de Vincennes. Malheureusement pour eux, ils ignorent que ces bois renferment un secret mortel depuis 1750, sous la forme d’un coffre que leurs deux chiens vont déterrer pour s’amuser.

Intrigués par cet artefact, Dooms et Sora, enfin, surtout Sora, se mettent en tête de l’ouvrir, imaginant qu’il contient un trésor qui les rendra scandaleusement riches. Malheureusement, le véritable secret enfoui dans coffre n’a aucune valeur pécuniaire, et va même leur causer de sacrés ennuis.

Le coffre s’ouvre dans un grand fracas et libère cinq pierres mystiques, qui téléportent nos deux compères dans une dimension bizarre, qui est un reflet déformé de la notre. Dans ce monde pittoresque dominé lui aussi par les géants du numérique, on trouve également des réseaux sociaux étrangement familiers, mais différents: Fakebook, Instadram, ChatSnap, Gougeule…ça ne vous rappelle rien ?

Dooms et Sora sont prisonniers et exilés, et apprennent bien vite que pour rentrer chez eux, ils vont devoir passer toute une série d’épreuves (une par pierre), qui mettront leurs nerfs à rude épreuve. Que le cauchemar commence !

En ouvrant cette BD, j’avoue que j’ignorais totalement qui étaient Dooms et Sora, ce qui a nécessité une petite mise à jour sur ces deux youtubeurs (je crois qu’on dit « créateurs de contenus » dans le jargon) spécialisés dans le gaming, qui se lancent ainsi, sous la houlette d’Olivier Jalabert, dans le monde de la BD. Le duo se cartoonise donc, grâce au talent de Dreamy, afin de raconter ses propres aventures. On peut donc deviner que les deux auteurs débutants ont mis beaucoup d’eux dans leurs personnages, à en juger par la teneur des dialogues, grêlés de « meuf », « frère », « en vrai », etc.

On devine aussi les influences vidéoludiques du duo au travers de l’intrigue, qui outre sa thématique d’un monde déformé, adopte une structure qui rappelle sans conteste celle des jeux vidéos, avec des épreuves, des quêtes annexes et même un boss de fin. On pourra sourire sans trop se forcer sur la parodie/satire que Dooms et Sora font des géants du numérique, avec quelques caricatures bien senties montrant que l’on peut être un millenial et être tout de même en mesure de prendre du recul sur son époque, ce qui n’est pas donné à tous. Gageons que cela est du au script doctoring de Théa Rojzman, auteure confirmée qui est créditée pour avoir aidé les jeunes auteurs sur ce projet.

En résumé, ce premier tome des Pierres du Chaos ne révolutionne pas la BD jeunesse, mais présente une indéniable énergie communiquée par son duo d’auteur, quelques idées prometteuses et une ambiance graphique plutôt maîtrisée de la part de sa dessinatrice Dreamy.

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Supergroom #2: La Guerre Olympique

Second tome de 82 pages de la série écrite par Fabien Vehlmann et dessinée par Yohann. Parution le 10/09/2021 aux éditions Dupuis, bien sûr.

Panthéon moderne

Après des débuts fracassants, Supergroom le justicier belge, s’est retiré momentanément du game super héroïque, pour plusieurs raisons. Premièrement, sa première aventure, initiée comme une farce, ou du moins une satire du monde moderne, a provoqué des émules involontaires qui ont coûté la vie à Lubna, une jeune idéaliste qui a vu dans le nouveau justicier. Ensuite, il se trouve que le masque du groom cache en réalité notre bon vieux Spirou, qui n’a tout de même pas que ça à faire.

Occupé qu’il est à réduire son empreinte écologique, Spirou sera bien malgré lui happé dans une nouvelle aventure, avec des enjeux toujours aussi élevés: la vie ou la mort !

Incarnant de nouveau Supergroom, Spirou sera catapulté en plein milieu d’une compétition opposant toutes sortes de super-héros, du plus déterminé au plus ubuesque, où tous les coups sont permis. Tout ça serait banal si Supergroom était un..vrai super-héros. Seulement, voilà, en dépit de toute sa bonne volonté, Spirou ne peut pas s’improviser justicier, et fera office, au mieux d’outsider ou de gentil faire-valoir, au pire, de chair à canon…

Alors que les épreuves s’enchaînent, Spirou doit lutter pour sa survie tout en cherchant à percer à jour les commanditaires de la Worldwide Olympic War pour le compte de la B.A.D.A.S.S.

Après un premier tome sympathique qui transposait l’iconographie superhéroïque sur notre bon vieux continent, le groom masqué reprend du service dans un second tome que, en toute franchise, nous n’attendions pas en cette rentrée chargée de parutions en tous genres.

Il faut bien avouer que la greffe a pris pour cette suite, résolument tournée vers le fun et l’action. L’auteur exploite encore davantage les thèmes comics, avec cette fois pléthore de justiciers costumés, dont la plupart tire ses pouvoirs de prouesses technologiques, afin de conserver un aspect vraisemblable, en tous cas au moins autant que le spirouverse classique.

Malgré tout ça, Spirou n’en oublie pas pour autant sa veine écologique, ce qui donne lieu à quelques commentaires bien sentis sur nos modes de vie consuméristes.

La thématique de la battle royale sur une île, quant à elle, fleure le déjà-vu, et le contenu des épreuves peut paraître répétitif dans sa forme, mais rappelle bien, par son nom (Olympic War) l’aspect mythologique des super-héros.

Malgré tout ça, voir Spirou ballotté comme un fétu de paille, regardé avec dédain par ses comparses justiciers, renforçant ainsi son syndrome de l’imposteur, ajoute une touche de dérision à l’ensemble et rend notre célèbre aventurier encore plus attachant.

Ce tome 2 poursuit l’aventure avec dynamisme et humour, deux prérequis pour une bonne série jeunesse.