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Riverdale présente: Betty & Veronica

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Comic d’Adam Hughes
Glénat (2018) – Archie comics (2016), one shot, 101 p.
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L’album présente une introduction détaillant vaguement l’univers de Betty & Veronica et se termine par de très nombreuses couvertures alternatives de Hughes et d’autres auteurs. L’album comprend un épisode bonus Jughead, réalisé par une autre équipe et assez moyen.

Betty la blonde et Veronica la brune sont les meilleures amies du monde, lycéennes dans la petite bourgade de l’Amérique idéale qu’est Riverdale: ses milk-shake au dinner chez Pop, ses blousons Teddy aux couleurs de la High school et ses rangées de maisons Middle-class. Dans cette image d’Épinal en mode Coca-Cola, lorsqu’une multinationale du café s’apprête à racheter chez Pop’s, Betty voit rouge, refusant de voir cette incarnation d’un passé doré disparaître. Elle va tout tenter pour sauver Pop, au risque de retrouver sur sa route sa meilleure amie, la redoutable et machiavélique Veronica…

Résultat de recherche d'images pour "betty & veronica hughes"Glénat nous permet de découvrir un éditeur, Archie comics, qui a récemment donné naissance à une série TV nommée Riverdale. Archie est un vieil éditeur très américain qui publiait des BD pour jeunes ou les aventures de Betty et Veronica, deux filles incarnant l’American way of life. Un peu la série Happy days en BD sous le coup du comic code authority… Rien de très affriolant pour un lecteur européen!

Comme d’autres projets improbables, l’éditeur publie pourtant l’une des très très rares BD de l’illustrateur star Adam Hughes sur les couvertures duquel vous avez pu fréquemment baver en lisant des comics chez tous les éditeurs. Comme Travis Charest dont j’ai parlé il y a quelques jours, le rythme et les exigences de l’industrie du comic ne lui conviennent pas et l’album Riverdale présente: Betty & Veronica est l’une des rares occasions que vous aurez de le voir à l’œuvre sur une BD entière (avec le Hellboy Krampusnacht) que Delcourt publiera probablement dans un recueil Hellboy à venir).

Ce petit historique terminé, qu’est-ce qu’on a a se mettre sous la dent? Et bien ni plus ni moins qu’une sitcom à la Friends transposée en BD! Si ça ne vous allèche pas, je peux vous rappeler que c’est dessiné par Adam HughesImage associéeEt si ces dessins ne vous suffisent toujours pas je peux vous dire qu’outre être l’un des meilleurs dessinateurs de comics américain, il dispose d’un vrai talent humoristique et arrive ici à adapter en BD les principes du strip à la Calvin&Hobbes ou Liberty Meadows (là on penche vers Frank Cho): des personnages qui s’adressent au lecteur, des ruptures temporelles et des jeux des personnages avec la page et l’édition. Les jeunes filles plastiquement parfaites dissertent tantôt sur des dialogues mièvres louant la simplicité du Riverdale d’avant avec force références aux vieux comic-books de papa et maman, tantôt s’envoient des vannes et des mandales capables de rompre les lois de la physique! On navigue donc entre du Looney-toons et du strip, entre les réflexions philosophico imaginaires d’un Calvin et la sitcom pour ado Riverdale. Comme souvent dans les réappropriations, Hughes se moque allègrement du matériau d’origine. L’album s’insère pourtant dans une série dans l’univers de Riverdale.Résultat de recherche d'images pour "betty & veronica hughes"

Résultat de recherche d'images pour "betty & veronica hughes"Cet album a été pour moi une découverte totale, d’un dessinateur, d’un auteur, de personnages et j’avoue m’être bien marré  de ce côté un peu désuet et second degré très assumé, avec un petit coup de cœur pour Hot dog, le chien narrateur et son pote le chat. Je signalerais juste une étrange idée du coloriste à poser une sorte de filtre estompé, vieilli, une sorte de voile sur les planches qui abîment beaucoup de la qualité du dessin et de l’habillage. C’est vraiment dommage et finalement vu le résultat l’album aurait aussi bien pu être laissé brut en renforçant le côté strip.

Je ne sais si je suis passé à côté de certaines références mais le côté n’importe quoi m’a beaucoup plu. Une lecture vraiment rafraîchissante, assez courte et linéaire qui vous évitera de vous prendre la tête. Et puis encore une fois, lorsque des auteurs si rares parviennent à un ouvrage abouti, pourquoi se priver?

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Shirtless Bear Fighter

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Comic de Sebastian Girner, Jody Leheup et Nil Vendrel
Hi comics (2018) – Image (2017), one shot, 122 p. Contient les épisodes 1-5 de la série.

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En BD plus la couverture est géniale plus le risque est grand d’avoir une tromperie sur la marchandise, surtout chez les éditeurs américains! Pour « SBF » on a un chef d’œuvre pulp de Paolo Rivera, l’illustrateur de l’excellent The Valiant, qui non content d’en mettre plein la vue reflète absolument et l’histoire et l’ambiance de la BD avec cette fausse couverture incluant des sous-titres à la con. Hormis la pépée dénudée tout le concept est là: un golgoth barbu qui mets des bourre-pif, des ourses sauvages portant des couteaux, un vocabulaire original… manque plus que le côté vaguement scato pour compléter ce projet complètement barré et franchement marrant. A noter que parmi les couvertures alternatives en fin d’album on trouve logiquement Kaar Andrews et même un certain Jerome Opena

Résultat de recherche d'images pour "shirtless bear fighter"Cet album (qui laisse envisager une suite) a été annoncé depuis pas mal de temps par Hi Comics sur la base du visuel de couverture et est donc une vraie réussite. Pourtant le pari était casse-gueule! Le plus simple est de vous donner un résumé: un colosse barbu et à peu près invincible, qui a grandi parmi les ours de la forêt devient leur principal adversaire après avoir perdu sa dulcinée. Vivant nu et membré comme un cheval, il habite dans une cabane en peaux d’ours et se déplace autour du monde dans son avion-ours. Quand des ours sauvage attaquent Grande Ville, un lieutenant de police héros de guerres vient le chercher pour sauver le monde: le méchant Bucheron, dirigeant de la multinationale du papier toilette Cajole-fesses a décidé de raser les forêts pour étendre sa domination. Mais Cogneur est bien le protecteur des forêts…

Vous l’aurez compris, c’est un univers complètement débile, du vingtième degré, inspiré des films d’action des années 80 et qui n’oublie pas de se moquer de la société puritaine de l’Amérique profonde. Attention, contrairement à Renato Jones (un peu dans la même gamme d’humour) on aucun message politique ici. Mais la pixelisation volontaire des plans de nu de Cogneur sont d’autant plus tordants que cela n’a strictement aucun intérêt dans l’histoire hormis se moquer de l’autocensure des comics. Résultat de recherche d'images pour "shirtless bear fighter"Cette lecture m’a fait pensé à Hot Shots, le chef d’œuvre des ZAZ au cinéma par son côté décalé. Le soucis bien souvent avec ces albums What the fuck c’est la faiblesse de l’histoire. Or ici on part sur une base classique de film d’action, avec exposition tonitruante, traumatisme du héros révélé, trahison et rassemblement final. Très formaté mais cela permet de structurer la narration sur des bases éprouvées en évitant une pseudo intrigue dont le lecteur n’a que faire pour se concentrer sur les mille détails marrants: le policier black qui a participé à la guerre de sécession autant qu’à celle du Vietnam, la société Cajole-fesse et son patron qui fait sa commission sur un « trône d’or », l’avion en fourrure d’ours et bien entendu des combats bien débiles contre des ours parlant…Résultat de recherche d'images pour "shirtless bear fighter"SBF est un bon gros moment de rire décérébré proche du Skybourne de Frank Cho avec un certain côté sérieux en moins. En outre les dessins sont très correctes dans le genre. Je m’attendais à une lecture one-shot et je m’aperçois une fois l’album fini que je le relirais volontiers, avec pourquoi pas une suite encore plus débile!

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Les Esprits de la vengeance

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Comic de Victor Gischler et Davd Baldeon
Panini (2018) -Marvel (2017), 122 p., comprend les épisodes 1-5 de la série. One-shot.
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Au niveau éditorial l’album est plutôt dans le haut du panier chez Panini, avec une préface habituelle de contexte sur Marvel Legacy, deux pages (assez moches) de présentation des personnages, les couvertures originales et des bonus en fin de volume sur le design des personnages et la création de l’histoire.

Tous les mille ans la Convention est formée pour permettre une discussion diplomatique entre Enfer et Paradis afin de régler les différents dans la guerre éternelle que se livrent les deux forces. Cette fois-ci les règles ont changées et menacent de rompre à jamais l’équilibre éternel, obligeant Daïmon Hellstrom (le fils du Diable) à réunir une équipe… pour sauver l’univers! 

Pour commencer cette chronique je précise que la quasi totalité des personnages et contexte de cet album Marvel m’est inconnue. Hormis les films Blade et Ghost Rider je découvre cet univers qui ressemble (en plus fun) à celui du Hellblazer (Constantine) de chez DC, au film Dogma de Kevin Smith et surtout au jeu de rôle In Nomine Satanis jadis illustré par monsieur Varanda, et dont on retrouve totalement le côté délirant. Je reconnais que j’adore absolument ces histoires de lutte entre enfer et paradis (le Rapture de Valiant avait ce côté très sympa et moins sérieux que Shadowman) avec ces archanges intervenant en personne, un Diable coquin au possible et des manigances pour contourner les règles. Avec ici des anti-héros très rock’n’roll (dont un Ghost Rider que je voyais comme assez kitsch jusqu’ici), on a résolument une histoire one-shot très fun et joliment mise en image par un illustrateur espagnol assez bon.

Résultat de recherche d'images pour "spirits of vengeance baldeon"Les dessins sont une surprise car hormis les pointures des Big-Two les comics indé ou sur des héros mineurs sont rarement un éblouissement oculaire. Je n’irais pas jusqu’à dire que Baldeon fait partie du gratin des illustrateurs de comics, mais franchement, dans l’école Humberto Ramos/Madureira on est quand-même dans la même catégorie. La colorisation très informatique ne permet sans doute pas de juger à sa juste valeur l’encrage (qu’on pourra apprécier dans les bonus) mais elle apporte, par une profusion d’effets de lumières et de flammes très jolis, une belle tonalité complémentaire à cet album. Sincèrement je me suis fait plaisir graphiquement alors que la couverture assez moyennement dessinée ne me préparait pas à cela. Les tronches un peu cartoon et le design à l’outrance assumée participent de cette idée d’une série B à gros moyens.

Et l’histoire est remarquablement construite, sans complication inutiles, sur le mode d’une enquête classique, avec un premier mort révélant une conspiration plus vaste, passage de témoins démoniaques à tabac et moultes bons mots échangés entre ces sales gueules de l’univers Marvel. Résultat de recherche d'images pour "spirits of vengeance baldeon"Les auteurs expliquent dans les bonus un traitement différencié selon le personnage suivi, de l’ambiance « actionner 80’s » pour Blade au polar pour Hellstrom ou Dragon ball pour Ghost Rider… Il y a de l’idée et cela permet de varier les planches et les séquences. Pas de faux rythme ou de ralentissement dans une histoire qu’on regrette presque une fois la centaine de pages achevées.

One-shot plus proche d’un indé de chez Image, Esprits de vengeance a le très gros mérite d’être absolument accessible à n’importe quel lecteur de BD, de se suffire à lui-même et d’avoir une cohérence graphique et scénaristique sans prétention mais terriblement efficace. Si le projet avait été un poil plus ambitieux (et si je ne l’avais pas lu en version numérique) on était pas loin des 5 Calvin!

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BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

L’Empire #2: Sodome et Gomorrhe

Le Docu du Week-End
BD d’Olivier Bobineau et Pascal Magnat
Les Arènes (2018), 172 p. série prévue en 3 volumes.

005651623Ce gros album à la couverture très parlante propose une préface du scénariste (chercheur en histoire du christianisme), une double page de résumé du tome précédent (la série explore toute l’histoire politique du christianisme depuis sa naissance jusqu’à nos jours) et une page de références bibliographiques en fin d’album. Le premier tome traitant de la naissance de l’Eglise est sorti en 2015. Celui-ci vient juste de sortie, un troisième et dernier tome s’intitulera l’Apocalypse.

Attention le projet est touffu et il ne s’agit aucunement d’une « Histoire de l’église en BD » mais bien d’un ouvrage d’histoire de niveau universitaire, illustré pour le coup afin d’alléger la lecture. Le côté vulgarisation est donc ténu et ce livre s’adressera avant tout à des lecteurs s’intéressant au sujet. L’auteur s’efforce d’utiliser une narration légère mais l’on reste dans un bouquin d’historien, passionné mais pointu. Je précise que j’ai une formation d’historien et que je ne découvre pas le sujet… j’ai pourtant éprouvé le besoin de souffler pendant la lecture. Loin de moi l’idée de repousser le lecteur lambda féru de culture générale, simplement  il vaut mieux être prévenu que l’objet de la série n’est pas ludique mais bien équivalent à une lecture scientifique.

empire1.jpgL’idée d’illustrer une somme si copieuse est plutôt bonne et donne un peu de recul qui facilite clairement la compréhension de faits complexes. Le duo a par exemple choisi d’accompagner le lecteur avec une sorte de mascotte en la personne du guitariste du groupe Kiss,ou de celui d’AC/DC. On voit donc ce costume se balader à côté des papes et des chevaliers à différents moments de l’histoire! Le côté décalé et humoristique des dessins de Pascal Magnat répond au sérieux du propos de façon originale et permet de fixer des idées à l’aide de mille détails totalement anachroniques. L’apport visuel est indéniable. Si l’on est dans du dessin type « presse » (le côté esthétique n’est pas prévu dans le cahier des charges), celui-ci reste efficace et permet de passer certaines idées en une image. Le chercheur est incarné par un avatar et nous promène dans ces pages d’histoire un peu à la manière d’un Michael Moore en tissant un fil qui s’adresse directement au lecteur.

empire2.jpgL’ouvrage est découpé en plusieurs parties elles-mêmes subdivisées et sujets thématiques. Cela ne suffit pas à permettre une lecture d’affilée mais incite plutôt à se reporter à un thème puis à un autre, progressivement, dans une lecture étalée. Sur ce rythme là l’album est très agréable et aide bien à comprendre ce qui est expliqué. Tout ceci est fondamentalement passionnant, on touche au cœur de la culture, de la civilisation chrétienne occidentale avec un pouvoir qui jusqu’à récemment à été l’axe politique des soubresauts du monde. J’ai simplement trouvé dommage qu’Olivier Bobineau choisisse de démarrer l’ouvrage par un chapitre sur l’esthétique et les arts, liaison sans doute nécessaire à la démonstration historique, mais particulièrement complexe (on parle de Saint Thomas d’Aquin ou des explications théologiques au chant grégorien ou à l’arc cintré…) et qui m’a ralenti l’immersion dans le livre. La suite, bien plus politique, est passionnante et plus accessible. Elle profite également bien plus des dessins pour illustrer des événement objectivement ubuesques de l’histoire.

En résumé je dirais que ce gros ouvrage très complet et sérieux n’est pas à mettre entre toutes les mains mais vous permettra de découvrir une histoire passionnante avec le sourire aux lèvres. Je pense qu’un élève du secondaire, voir un étudiant pourra y trouver un bon complément plus léger à côté de ses manuels de travail. Éternel problème des formats, j’espère que les libraires auront la bonne idée de ranger ces volumes au rayon essai, à côté de la Revue dessinée où il trouvera mieux son public qu’entre Batman et Lupano.

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BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Charly 9

La trouvaille+joaquim

BD de Richard Guerineau
Delcourt (2013), 126 p. one-shot d’après le roman de Jean Teulé. Suivi de Henriquet, du même auteur.

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Les couvertures de Guerineau n’ont jamais été particulièrement bien inspirées, comme quoi on peut être un très grand dessinateur et pécher sur la couverture. L’image est du reste parlante même si, selon moi, pas forcément percutante. L’ouvrage est au format quasi-comics de l’excellente collection Mirages de Delcourt (que je vous recommande vivement d’explorer), papier épais. Pas de bonus particulier.

A 22 ans le jeune roi Charles IX, soumis à sa mère la redoutable Catherine de Medicis, ordonne les massacres de la Saint-Barthélémy, événement sans commune mesure dans l’histoire du royaume. Hanté par son acte, il finira son règne entre les poèmes de Ronsard et une gestion de la vie et de la mort immorale…

Image associéeJ’avais découvert Guérineau sur le Chant des Stryges, série sur les premiers cycles desquels il a fait montre d’un art du cadrage, du rythme et des encrages redoutables. Je dirais ensuite que sa finesse s’est usée, sans doute à l’usage d’une série très longue qui ne lui a que peu laissé le temps d’expérimenter d’autres univers. J’avais lu le très bon (et contemplatif) western Après la nuit ainsi que son XIII mystery très politique il y a quelques temps et espérait qu’il se produise sur des one-shot. Cela semble chose faite et maintenant que les Stryges le laissent en paix il ne semble aucunement lassé du dessin et enchaîne ce qui ressemble à une série sur les rois de France: Charles IX puis Henri III dans son récent Henriquet, l’homme-reine dont le personnage est issu du précédent. Étonnant aléa je lis cet ouvrage juste après la formidable adaptation de Jean Teulé (encore) Je, François Villon par Luigi Critone, où l’on retrouvait déjà la violence brute, l’indolence du personnage principal et une certaine expérimentation visuelle. Il semble que Jean Teulé ait inspiré le même genre de visions aux deux auteurs…

Ce qui marque dans cet album, c’est la très grande liberté d’un auteur qui s’assume comme tel et le sentiment que les contraintes de la série commerciale avec scénariste avait impliqué un besoin de grande respiration. On a toujours chez ce dessinateur un pessimisme noir sur l’humanité et une approche politique appuyée. Le point de départ, crime originel est la Saint-Barthélémy, qui entraîne une foule de réflexions en mode humour noir sur le pouvoir, la folie des guerres de religions et de monarchies consanguines, dégénérées et hors sol. Résultat de recherche d'images pour "charly 9 guerineau"La quatrième de couverture incite à la compréhension envers ce roi qui est néanmoins présenté comme un tyran, fou au milieu des fous. Pour illustrer cette désarticulation Guerineau alterne des planches assez classiques (et très belles), des expérimentations contrastées de rouge et de noir, des délires en mode Peyo,… Ce qui est perturbant ce ne sont pas les séquences en rupture graphique brutale mais l’alternance entre des planches encrées et d’autres bien moins travaillées sans que l’on comprenne bien pourquoi. Mais l’ensemble est particulièrement inspiré et sort tout à fait de l’ordinaire des albums BD.

Sur le plan du scénario, Guérineau se cale dans les pas de Dumas et la Reine Margot, ou de son adaptation magistrale par Patrice Chéreau au cinéma. Ainsi de l’hypothèse d’une Catherine de Medicis castratrice avec un roi terrorisé à l’idée de perdre son amour, ainsi surtout de l’idée d’un empoisonnement du roi par sa mère elle-même, scénario développé par Dumas mais ne reposant que sur de faibles supputations historiques. Nous sommes donc bien dans un objet immaginaire, fantasmé et réapproprié par un auteur. Le point de départ est cette séquence terrible en huis clos, ce tribunal où pour la seule fois le roi nous paraît humain. Après quoi il nous sera présenté comme un adolescent attardé, fuyant sa responsabilité en des jeux tantôt mortels, tantôt cruels, mais toujours violents.

BD inattendue pour moi, Charly 9 me donne très envie de lire la suite Henriquet et probablement les futurs one shot d’un illustrateur décidément très élégant et qui désormais loin des projecteurs rivalise avec la coqueluche du moment, un certain Ralph Meyer.

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East & West·Manga·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Saltiness #1

East and west

29550-w360Saltiness est ce que je qualifierais de Manga sociétal, à mi chemin entre la chronique de l’otaku japonais et la critique de cette société. Le personnage principal est un marginal, se considérant comme une sorte de sage supérieur s’extrayant de la communauté humaine (et de ses codes) pour pouvoir les penser. La confrontation avec deux autres personnages marginaux va démontrer sa folie et sa perversion, le transformant en une sorte de gourou doté d’un pouvoir de persuasion phénoménal sur les deux autres et les entraînant à faire des actions délirantes et dévalorisantes. Cette immersion dans les relations tordues de deux paumés exploitant un jeune étudiant influençable met le lecteur mal à l’aise en découvrant ce qu’un homme charismatique peut forcer d’autres à faire par le seul langage. Au-delà du ridicule des situations il y a de la violence dans cette relation, qui reflète sans doute pour l’auteur la violence profonde d’une société japonaise qui a codifié la normalité à un niveau sans doute jamais atteint par aucune société moderne. Résultat de recherche d'images pour "saltiness"L’éloignement extrême de la société japonaise vis à vis de nos codes européens fait que l’on ne sais jamais exactement ce qui est pointé du doigt ou ce qui n’est qu’une simple illustration de situations balanes (comme l’histoire des petites culottes). Mais il est certain que Minoru Furuya est l’un des représentants de cette jeune génération de mangaka très critiques sur ses aînés et je japon d’aujourd’hui. Il dispose en outre d’une remarquable technique de dessin, très fine et détaillée notamment dans le dessin des personnages. Tout cela fait de Saltiness un manga adulte comme on en voit peu, qui joint une réflexion profonde avec le plaisir de belles planches.

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BD·Edition·Mercredi BD·Nouveau !

La mille et unième nuit

BD du mercrediBD d’Etienne Le Roux et Vincent Froissard,
Soleil-Metamorphose (2017), 80 p., one-shot.

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Attention chef d’œuvre! Je croyais que la claque du printemps Il faut flinguer Ramirez était un objet rare, pourtant quelques mois plus tôt Étienne Le Roux et Vincent Froissard avaient sorti un album dont la couverture et le thème (les mille et une nuits) m’avait attiré… mais comme on ne peut pas tout lire j’ai laissé passer le temps! Le sujet donne lieu à des essais réguliers, pas toujours réussis. La sortie de l’album dans la très prestigieuse collection Métamorphose était un bon signe… totalement confirmé en devenant l’une des pièces maîtresses de la très graphique collection de Soleil. Cette collection me plait par-ce qu’elle est l’une des rares à mettre autant d’importance à l’aspect matériel de ses albums et à ses finitions. Cela a son revers, l’absence systématique d’infos sur les auteurs et de bonus.

Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La série Nils d’Antoine Carion s’était faite remarquer par son esthétique générale mais également par ses couvertures et maquette absolument sublimes. Sur La mille et unième nuit on est dans le même standard, qui vous fait pleurer les yeux avant d’ouvrir l’album avec une couverture et une tranche gaufrées et dorées, ceci étant harmonieusement accompagné par des cadres ouvragés revenant sur un certain nombre de pages de l’album. Le dernier album dont le travail de fabrication m’avait autant marqué c’était Les Ogres-Dieux.

Mais contrairement à ce dernier l’album de Le Roux nous propose une histoire impressionnante de simplicité, de fluidité et qui nous transporte littéralement au pays des Djinn. Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La bonne idée est d’imaginer une fin aux mille et une nuits mais de ne prendre finalement que le cadre (les personnages du Sultan Shéhérazade et sa sœur Dinarzad) pour partir sur une histoire libre mais totalement influencée par les contes orientaux. Ainsi il sera question de marchand voyant sa caravane prise dans une tempête pas si naturelle que cela, du roi des Djinn et du roi des lions, de fléaux naturels, de duplicité et de transformations…

Ces bonnes idées scénaristiques sont accompagnées par une voulez de détails rigolos et diablement esthétiques comme ces tapis volants aussi courants que des dromadaires. L’illustrateur a adopté une technique que je n’arrive pas à définir et qui semble utiliser un papier non lissé qui donne un relief incroyable aux planches. On a un mélange de crayon et de craie je pense mais je me demande s’il n’y a pas une retouche numérique (comme Chloé Cruchaudet sur Groenland-Manhattan) pour donner cet effet flou qui donne une folle classe a chaque case. J’ai passé un temps déraisonnable a lire cet album tant il n’y a pas une seule case banale!Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"

Les joyaux sont souvent simples et se laissent contempler a l’envi. C’est le cas avec ce magnifique album qui habille une histoire qui aurait pu faire partie du recueil des Mille et une nuit. De quoi hésiter à le ranger banalement au milieu de sa bdtheque…

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