***·BD·Mercredi BD·Rapidos·Service Presse

Jamais #2: le jour J

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BD de Duhamel
Grand Angle (2022), 54 p. one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

En 2019 on découvrait Madeleine, sorte de grande sœur des vieux fourneaux qui se retranchait dans sa maison au bord du précipice tels les gaulois d’Asterix. Après quelques albums revoilà la mamie que l’auteur Bruno Duhamel avait promis de venir retrouver. Alors comment relancer la machine maintenant que le point de fixation (la maison) était libéré et sans redondance? C’est bien là la question et la limite de cet album qui comme toute suite de ce qui n’était à l’origine pas prévu en série, trouve le risque de refaire le précédent mais sans la découverte.

Jamais (tome 2) - (Bruno Duhamel) - Comédie [CANAL-BD]Car pour la mécanique tout baigne: les dialogues sont toujours aussi mordants, les personnages juste ce qu’il faut de caricatural sans oublier le petit vernis d’actualité politique via cet opposant au maire tout droit issu du Rassemblement National. En perdant une part de l’absurde et de la mise en place, Duhamel compense par une dose d’aventure lorsque le maire, personnage central de l’intrigue, se retrouve à explorer des galeries dans la falaise en mode Club des 5 après un sauvetage branquignole d’une gamine forte tête. Le jour J du titre fait bien entendu référence au Débarquement et permet une liaison avec le mari décédé de Madeleine, avec une part d’histoire locale qu’a tout blède de France et, malin, de faire la liaison avec l’affreux facho de l’album, son crane chauve et son œil déviant. Graphiquement la colo est toujours aussi élégante et le trait semi-réaliste efficace même si le thème ne permet guère de « belles » planches comme ce fut le cas sur d’autres albums.

Chez Bruno Duhamel tout le monde en prend pour son grade, des babos aux jeunes technophiles (on l’avait compris dans #Nouveau contact_) et les maisons connectées. Le monde est peuplé de crétins et hormis les chats personne ne mérite beaucoup de compassion. C’est le point de vue de Madeleine et de son auteur. C’est souvent juste et très rigolo. On sent que l’auteur s’est fait plaisir, alors pourquoi bouder le notre?

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Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·***

Billionaire Island

Histoire complète écrite par Mark Russel et dessinée par Steve Pugh. Parution en France chez Urban Comics le 26/08/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

L’Île mystérieuse

L’invention de l’agriculture a forcé les chasseurs-cueilleurs à faire société, à s’organiser afin de gérer des ressources croissantes. En effet, jusque-là, chaque individu, chaque groupe, ne prélevait que ce qu’il nécessitait. L’agriculture a fait en sorte qu’un individu avait désormais la possibilité de produire bien plus que ce qu’il nécessitait pour lui-même, ouvrant la voie au commerce et aux échanges.

Mais qui dit organisation complexe dit également hiérarchie, et donc, intrinsèquement, inégalités. Les différences de traitement et les inégalités sont donc inhérentes à toute forme de civilisation, ce qui, couplé à la nature avide de l’homme, garantit souffrances et luttes intestines à tous les groupements humains, passés, présents et à venir.

Ce qui signifie, par voie de conséquence, que si l’on prétend aujourd’hui avoir atteint l’acmé de la civilisation moderne, on se doit aussi d’admettre que l’on a atteint le paroxysme des inégalités qu’elle génère. Autrement, comment expliquer que 1% de la population possède autant que les 99% restants ?

Car oui, c’est bien de cela qu’il s’agit dans Billionaire Island. Les milliardaires, les ultra-riches, après s’être octroyé l’essentiel des richesses et des ressources du monde, ont décidé de quitter le navire, si l’on peut dire, en se construisant, assez ironiquement, une sorte de radeau de luxe, sous la forme d’une île artificielle.

Sur ce prodige technologique, tous les excès sont permis, mais seulement à ceux qui auront les moyens de payer leur place. Pendant que la planète se meurt, ceux qui avaient les moyens de la sauver mais qui ont choisi de ne pas le faire se sont donc réfugiés ensemble, espérant survivre à la fin. Bien évidemment, ce projet secret s’accompagne d’un bon petit complot des familles visant à stériliser les masses afin de résoudre la question du surpeuplement, que la journaliste Shelly Bly s’efforce de révéler au grand jour. Au fil de ses investigations, Shelly va lever le voile sur l’existence de l’île, et va même y faire un petit séjour forcé….

Après Space Bastards chez les Humanos l’an dernier, c’est au tour d’Urban de nous proposer de la grosse satire qui tâche et qui en met plein la tronche à notre société moderne bien-aimée. Alors que SB critiquait l’ubérisation de la société, Billionaire Island tire à boulets rouges sur les ultra-riches, ces individus ayant amassé des fortunes dépassant l’entendement grâce aux nouvelles technologies, où aux bonnes vieilles industries lourdes.

Ces êtres cyniques, qui ont perdu toute accroche avec la réalité, s’échinent à vouloir transformer le monde à leur image, certains s’imaginent même offrir un avenir à l’humanité en l’envoyant dans l’espace. Avec humour, Mark Russel dénonce donc cette élite économique dans un récit d’évasion délirant qui fait la part belle aux dérives capitalistes en tous genres.

Le revers de la médaille, c’est qu’il ne faut pas s’attendre à une profonde caractérisation des personnages, qui ne sont finalement que des parodies pour la plupart, voire pour certains, des prétextes à l’intrigue générale. Néanmoins, pas question de bouder son plaisir de lecture, même si on garde, au fond de soi, une crainte lancinante qui nous fait nous demander: et si tout ça arrivait un jour ? N’a-t-on pas déjà vu des choses du même genre ?

Dans un monde où un président à proposé sérieusement d’ériger un mur entre deux pays pour stopper l’immigration, dans un monde où un tweet peut abattre une nation, une île artificielle pour milliardaire sort-elle vraiment du champs des possibles ?

Ne vous attardez pas sur la réponse, il vous en cuirait certainement.

*****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Valhalla hotel #3/3: overkill

La BD!
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Comixburo – Glénat (2021), 54 p., série en trois tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Quatre pages. C’est le moment de calme pré-générique que vous accordent Perna et Bedouel avant un run final à fond sur le champignon. Quatre pages qui vous décrocheront une banane qui ne vous quittera pas tout le long tellement on nage dans une accumulation de tous les clichés débiles que l’on aime voir dans ces séries B en VHS qui font les plaisirs coupables du cinoche et de la Pop culture. Les deux auteurs ne vous épargneront rien (sauf Chuck Norris, désolé…) avec l’intelligence de limiter les vraies références à quelques gags en évitant la surenchère… si je puis dire. Car aussitôt la page de titre passée la technique de Fabien Bedouel explose littéralement à coups de KLASH, de FWOOM, de THUMTHUMTHUM et de KRAK. Tant qu’on friserait l’indigestion devant tant d’aberration si les séquences n’alternaient pas aussi vite que la rotation d’une Gateling.

Preview] BD Valhalla Hotel T3 : Overkill - GlénatComme on l’a vu précédemment ne cherchez pas d’explication au fait qu’El Loco cache son armurerie sous ses toilettes sèches ou que les nazis aient un mécha télécommandé dans leur base (pas de spoil, c’est sur la couverture): les auteurs en avaient envie alors ils l’ont mis. Comme son titre l’indique en double sens, ça défouraille à mort dans ce troisième Valhalla, ça explose pour un rien, les bagnoles sont rutilantes et font du bruit, les méchantes nazi sont sexi en combi, les agents du FBI s’appellent Johnson et à la fin les gentils gagnent. Les dessins et l’action auraient presque suffi à notre bon plaisir mais les dialogues s’en mêlent aussi, tordants de troisième degré. Car au Valhalla plus c’est énorme plus ça fait marrer et plus ça rend l’ensemble cohérent. Du coup ce riff est tellement généreux qu’il passe trop vite et n’a pas le temps de tout traiter, comme cette petite fille aux pouvoirs électriques qui reste sur le carreau avec une fin ouverte permettant heureusement une suite. Vu le plaisir communicatif que les auteurs ont pris à la réalisation je n’ai guère de doute que les aventures d’El Loco et Betty se prolongent un de ces quatre, probablement pas sous le même titre. Mais le monde regorgeant de nazis en planque en Amérique du sud, de soviétiques  infiltrés  et d’espions en tous genres, ce ne sera pas trop compliqué de nous dégoter quelque chose d’aussi fun!

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BD·Jeunesse·Nouveau !·****

Masques #1: le masque sans visage

Premier tome de la série écrite par Kid Toussaint et dessinée par Joël Jurion. 83 pages, parution chez Le Lombard le 27/05/22.

Crises d’identité(s)

Durant la célèbre fête des morts, au Mexique, Hector et son frère font ce qu’ils savent faire de mieux: rouler des naïfs dans la farine, prospérant de petites combines ça et là. Sans le savoir, les deux roublards s’attaquent à plus dangereux qu’eux.

En effet, un groupe d’hommes patibulaires, poursuivis par la police, leur proposent un marché plus qu’intéressant: garder pour eux deux caisses de bois quelques heures seulement, contre pas moins de mille pesos. Pour les deux nécessiteux, c’est une occasion inespérée. Après avoir donné un portefeuille volé en guise de gage, Hector décide d’ouvrir les caisses, misant sur le fait que le contenu des caisses doit valoir bien plus que mille pesos.

Et Hector n’a pas tort, car il met la main sur un masque mésoaméricain, aztèque plus précisément, en or, rien que ça ! A la fois par curiosité et par cupidité, Hector enfile le masque, mais ne parvient plus à l’enlever. Les gangsters ont tôt fait de revenir, et veulent récupérer leur marchandise pronto. Sous l’effet de la panique, Hector utilise alors sans le vouloir le pouvoir du masque, provoquant la mort de son frère. Loin d’être effrayés, les bandits y voient une opportunité d’accéder au pouvoir et vont contraindre Hector à travailler pour eux en prenant sa mère et sa sœur en otage.

En France, pendant ce temps, Siera est rattrapée par son passé lorsqu’elle reçoit un mystérieux colis, contenant un masque. Poursuivie pas les services de l’immigration, elle se rend compte que le masque lui donne la faculté de devenir invisible ! Au même moment, en Belgique, Al vit une crise existentielle, car il doit cacher sa transidentité à sa petite amie, et à ses amis, sous peine de subir leur rejet. Lui aussi va se réfugier sous un masque, un masque magique qui va le transformer littéralement en un homme surpuissant, capable de défendre les opprimer, ce que Al, entravée par le corps d’Alison, n’ose pas faire. Les destin de ces trois adolescents, éparpillés à travers le monde, vont se télescoper car l’enjeu autour de ces masques est très important. Le père d’Al en sait quelque chose, car il tente depuis des années de tous les rassembler pour éviter qu’un mauvais usage en soit fait.

Le prolifique Kid Toussaint (Ennemis, Hella et les Hellboyz, Magic 7, Absolument Normal, Elles,Love Love Love, etc) s’associe aujourd’hui au dessinateur de la série à succès Klaw pour une nouvelle série jeunesse qui surprend par son fort potentiel. Comme Magic 7, l’histoire nous met en relation avec une groupe d’adolescents qui vont se retrouver dotés de multiples pouvoirs, chaque masque octroyant une capacité différente. Le trio de ce premier tome est bien campé, chacun des protagonistes étant défini par une problématique sociétale d’actualité: Al lutte pour faire accepter sa transidentité, Siera fuit la guerre et la pauvreté mais n’a pas d’avenir garanti en France, Hector survit comme il peut dans un milieu pauvre et assailli par la criminalité. Ces éléments contribuent à rendre les personnages sympathiques, ce qui est, nous l’avons vu précédemment, crucial pour maintenir l’attention et l’adhésion du lecteur.

Pour le reste, j’ai toujours tendance à reprocher à Kid Toussaint le manque de subtilité de ses expositions, qui sont certes cruciales pour délivrer au lecteur la quantité d’informations nécessaires à la bonne compréhension du récit mais qui paraissent, par certains aspects, un peu forcées et littérales. Cependant, le reste de l’intrigue demeure clair, et conserve suffisamment d’interrogations et de ressorts exploitables pour ne pas s’essouffler.

On note aussi une petite vibe de X-men, avec un adulte (chauve!) réunissant autour de lui une bande d’adolescents multinationaux dotés de super-pouvoirs pour lesquels il fait office de mentor.

Côté graphique, les fans de Klaw savent déjà que Joël Jurion est très bon dans les scènes d’action, grâce à un trait dynamique et un découpage qui ne laisse pas la place aux temps morts. Il n’est pas non plus en reste pour les scènes plus intimistes, où l’expressivité des personnages rend la lecture plus immersive.

Ce premier tome de Masques par Kid Toussaint et Joël Jurion est donc un très bon début, une série à suivre !

***·BD·Nouveau !

Korokke et l’esprit sous la montagne

Second tome de la série écrite par Josep Busquet et dessinée par Jonathan Cantaro. 104 pages, parution le 27/05/22 grâce à Spaceman Project.

Sauce Samouraï

Korokke, l’Oni rouge et bravache, parcourt le Japon en compagnie de son ami Fugu, un renard afin de se confronter aux meilleurs combattants du pays et ainsi, devenir les meilleurs lames nippones de tous les temps. Au cours de leur pérégrinations, Korokke et Fugu croisent la route de Negi, une nonne désespérée qui cherche par tous les moyens à sauver son temple, promis à la destruction par l’immonde Nobunaga.

Le conquérant, qui a sous ses ordres une armée de plus de vingt-cinq mille hommes, qu’il sacrifierait jusqu’au dernier pour accéder au trésor gisant sous la montagne qui abrite le fameux temple. Negi, qui n’a pas de quoi se payer les services de ronins aguerris, va faire des pieds et des mains pour bénéficier du secours de ce duo de sabreurs magiques. Mais Korokke, trop absorbé par sa quête de perfection, et déjà lésé autrefois par la malice des humains, n’est pas prêt à accorder sa confiance une nouvelle fois, et déboute la nonne éplorée.

Décidée à sauver son temple quoi qu’il en coûte, notamment en souvenir de son grand-père, va ruser pour convaincre l’oni et son ami renard de s’associer à sa cause. Ainsi vont commencer les nouvelles aventures de Korokke pour sauver l’esprit sous la montagne !

On peut compter sur les éditions Spaceman Project pour dégoter des projets originaux, variés, et leur donner leur chance via le financement participatif. Korokke, qui avait déjà été plébiscité par les lecteurs lors de la campagne de financement du premier tome, a reçu pour cette suite plus de 120% de participations.

Le protagoniste, Korokke, est un « oni », des démons issus du folklore japonais que l’on pourrait considérer comme des mélanges entre ogres occidentaux et djinns orientaux. Il est généralement admis que les oni rouges sont turbulents, agressifs, extravertis et fortes-têtes, tandis que les bleus seraient plus bienveillants, réfléchis et sereins. On trouve des duos oni rouge / oni bleu à de nombreuses reprises dans la pop culture, comme par exemple Captain America (bleu) et Iron Man (rouge), Superman (rouge) et Batman (bleu), Sonic et Knuckles, Leonardo (bleu) et Raphael (rouge), Hellboy et Abe Sapiens.

En parlant de Hellboy, on peut aisément faire le rapprochement avec Korokke, deux démons rouges au grand cœur qui parcourent le pays et affrontent des adversaires magiques. L’auteur mène cependant son intrigue sans trop de rebondissements ni coups de théâtre, jusqu’à un final qui fleure bon le deus ex machina. Cette fin gâchera quelque peu le plaisir de lecture aux lecteurs pointilleux, mais l’ensemble est suffisamment bien mené pour pour garder son sceau qualitatif.

Entre Hellboy et les Sept Samouraïs, Korokke emportera l’adhésion des amateurs de folklore japonais et d’aventures sabreuses.

***·Comics·East & West

Fight girls

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Comic de Frank Cho et Sabine Rich (coul.)
Delcourt (2022)/ AWA studios 2021, 144 p., one-shot.

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L’empire de Gilmoran qui règne sur la galaxie n’a plus de reine. Incapable de donner un héritier au trône, elle a été destituée et l’ancien Parlement convoqué pour organiser les Jeux qui permettront comme le veut la tradition de désigner la nouvelle reine. Dix femmes venues des quatre coins de l’empire vont désormais s’affronter dans une course sans règle et où la mort est probable. Dix femmes pour un trône. Mais comme souvent les dés sont pipés et des organisations œuvrent pour favoriser leur championne…

Amazon.fr - Fight Girls (Volume 1) - Cho, Frank, Cho, Frank, Rich, Sabine -  LivresFrank Cho est l’un de mes dessinateurs préférés, bien qu’il soit assez rare sur des albums complets préférant comme nombre de grands illustrateurs américains cachetonner sur des ribambelles de sublimes couvertures. Quatre ans après sont délirant Skybourne (dont on attend toujours la suite!) son nouveau one-shot fut annoncé en plein Covid et s’est fait désiré, avec un peu d’inquiétude quand au pitch je dois le dire. Scénario minimaliste pour un album écrit par et pour un illustrateur de renom, on en a déjà vu et pas toujours pour le meilleur. Sur un thème proche le VS d’Esad Ribic avait beaucoup déçu…

Et si l’album entre directement en matière sans fioritures les premières séquences, qui portent la patte de Cho avec ses femelles musculeuses en petite tenue et ses dinosaures voraces, on tombe assez vite dans une facilité qui enchaîne les courses forestières et les morts violentes. Pas très original mais le mauvais esprit gore est (presque) là et les dessins sont au niveau du maître. Pas forcément de quoi sortir de la masse des comics d’entertainment. Pourtant sous cette apparente simplicité l’auteur installe assez vite une sous-intrigue sous forme d’enquête pour découvrir ce qui cloche derrière l’identité de cette vile salope qui élimine les concurrentes les unes après les autres. En parallèle de la joute ultra-linéaire notre attention se détourne ainsi vers les manigances d’alcôves du background space-opera. Idée gonflée en ce qu’il faut véritablement attendre le dernier tiers pour voir cette dimension Fumetti. Intervista a Frank Cho: “Marvel e Dc, non c'è più creatività” - la  Repubblicaprendre le dessus avec le risque de voir le lecteur s’ennuyer dans la lecture des « fight girls ». Petit malin, Frank Cho embarque donc son monde dans un gros emballage pompier que tout le monde attend de lui pour au final nous livrer une très sympathique satire policière vaguement féministe.

Ici plus humour noir que polisson, le dessinateur ne se met toutefois pas tout à fait dans les meilleures conditions pour délivrer le meilleur de son dessin. Ultra-technique, sans fautes, mais pas si impressionnant, le jonglage entre extérieurs hostiles et décors SF ne donne pas loisir à de très beaux dessins. Efficaces c’est certains. Mais guère plus.

Au final ce Fight girls est donc une lecture très sympathique, en dessous du précédent, qui ne décevra pas les fans de Cho mais aura peut-être du mal, avec une sortie avant l’été, à conquérir un vaste lectorat. Il reste néanmoins dans la moyenne supérieure des albums indé d’action.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos

Chloé Densité

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BD de Lewis Trondheim, Stan&Vinc, Walter &Julia Pinchuk (coul.)
Delcourt (2022), 328p., intégrale de la trilogie Density (2017-2021).

image-13Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

En voyage aux Etats-Unis avec son frère, sa sœur et une copine, Chloé se retrouve soudainement dotée de la capacité de modifier sa densité corporelle après une rencontre du Troisième type… Après un temps passé à apprivoiser ses nouveaux pouvoirs, la voilà elle et sa bande mêlée à des histoires de gangsters, à un braquage de casino et jusqu’à une invasion extra-terrestre! Mais Chloé n’est pas du genre à se laisser aller… 

Density T.1 "Comics BD" - Les Chroniques de MadokaLorsque les sales gosses de la BD Lewis Trondheim et Stan & Vince se lancent dans la série Density l’amateur de série B décomplexée avait tout pour sourire. Après trois tomes au succès mitigé Delcourt a la très bonne idée de ressortir la série en intégrale compact afin de lui donner une seconde chance. D’autres albums mériteraient un tel soutien. Il faut dire que le pitch trondeheimien pouvait laisser sceptique sur le format série et le démarrage est certes amusant  mais a dû laisser les lecteurs du premier album dubitatifs quand à l’évolution de ces saynètes illustrant les effets des pouvoirs de Chloé. Sans consistance lorsqu’elle allège sa densité, ultra-massive lorsqu’elle l’augmente, avec tout un tas de possibilités annexes :passe-muraille, vol, résistance à toute épreuve, les auteurs s’amusent comme des petits fous entre deux piques sur la débilité des policiers américains.

Le trio ne s’est jamais trop dérangé pour chercher des causes à leurs expérimentations et une fois l’évènement déclencheur balancé en deux pages aussi absurdes que la trogne de l’alien et ses motivations (il faut sauver le monde d’une invasion génocidaire d’outre-espace, tout simplement), voilà nos amis embarqués à la suite d’un survivaliste retors. Si le rythme est très soutenu tout le long, faisant passer les trois-cent pages aussi rapidement qu’une bonne comédie d’action sur Netflix, l’équilibre des personnages manque singulièrement de densité justement. Density T03 de Vince, Stan, Lewis Trondheim, Julia Leonidovna pinchuk -  Album | Editions DelcourtL’intrigue tourne autour de Chloé et son frère le super-geek mais les deux autres filles font office de pot de fleur et on se demande bien leur utilité dans toute cette aventure. On a d’ailleurs le sentiment que l’histoire progresse à mesure que les auteurs s’amusent avec leur jouet, sans plus de structure que cela.

Ce n’est pas très grave car on en a plein les mirettes entre une baston XXL à Tokyo en mode Kaiju, un petit tour de l’autre côté de la galaxie ou un assaut à la mode Scarface. Côte dessins Stan &Vince envoient un peu le service minimum pour aller vite et on se dit qu’on aurait pu avoir un superbe album en savourant certains gros plans ou séquences spatiales soignées. Au final on a une très sympathique aventure pleine d’action, de gore, de jeux sur les possibilités SF de la maîtrise de la densité et avec un peu plus d’ambition il y avait matière à un blockbuster majeur.

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***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Rick & Morty en Enfer

Histoire complète en 128 pages, écrite par Ryan Ferrier et dessinée par Constanza Oroza, d’après la série animée créée par Dan Harmon et Justin Roiland. Parution chez Hicomics le 15/06/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

L’Enfer, c’est les Rick

Après avoir écumé l’Univers, en long, en large et en travers, après avoir également écumé le Multivers, et échappé à une quantité astronomique de dingueries en tous genres, Rick et Morty se réveillent… en Enfer ? Malgré l’incrédulité initiale, il faut bien que nos deux anti-héros se rendent à l’évidence: du soufre, des flammes, des âmes en peines, des sévices infligés dans des proportions industrielles par des démons ailés, cornus et désabusés… on pourrait aisément s’y méprendre.

Mais Rick étant… hé bien, Rick, il se doute que quelque chose se trame et refuse d’admettre qu’il est certainement mort et damné, d’autant plus que tout la famille Smith, à savoir Jerry, Summer et Beth, sont là aussi. Pour le savant fou alcoolique le plus génial du monde, cela ne fait aucun doute: ils se sont simplement égarés dans une des innombrables dimensions du Multivers, et ce qui leur arrive n’a rien de spirituel.

Mécontent d’avoir échoué dans cette dimension, Rick persuade Morty de l’accompagner dans une procédure d’appel dont ils se souviendront certainement…

On ne présente plus Rick & Morty, série animée qui cartonne depuis 2013, avec cinq saisons à son actif. Depuis quelques temps, la série a engendré des spin-offs, notamment une série de comic books reprenant, pour l’essentiel, les personnages originaux dans des aventures inédites (sauf la partie se concentrant sur Rick et Morty C132). Le ton irrévérencieux de la série est toujours au rendez-vous, l’auteur inclue également des références à l’œuvre principale et n’oublie pas l’aspect fouillé des relations entre les personnages.

Malgré une attention portée à la continuité de la série, on ne peut cependant pas empêcher quelques coquilles dans le scénario, par exemple, le scepticisme de Rick quant à l’existence de l’enfer et du diable, alors qu’il l’a rencontré dans l’épisode 9 de la saison 1 de la série animée. Pour qui ne serait pas familier de la série et de son humour très particulier, l’album pourrait paraître brouillon, fouillis et légèrement hystérique par moments. Mais l’émulation tentée par le scénariste fait mouche la plupart du temps, si bien que l’on a quand même l’impression d’assister à un épisode de la série animée.

S’agissant du style graphique en revanche, le rendu est légèrement en dessous des précédents tomes. Bien que la série ne soit pas connue pour ses innovations ni son excellence graphique, on trouve des étrangetés anatomiques et des disproportions qui pourraient nuire à l’immersion et ne sont pas synchrones avec la série animée.

Malgré tout, Rick & Morty en Enfer reste une lecture attrayante pour les fans du show animé.

****·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Huntr #2: la Brousse

Second tome de la série écrite par Sarah Morgan, Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Publication chez Albin Michel le 05/01/2022.

Retour au bercail

Après avoir fait leurs preuves de chasseurs de xémons, Morgan, sa colocataire Annie, son ami d’enfance Van et le doux rêveur Mitch sont désormais associés dans la chasse aux monstres afin de préserver les habitants de la Bulle. Mandatés par Bonnie, directrice de Tandem, le groupe se prépare à faire une excursion dans la Brousse, le monde hostile empli de monstres extraterrestres, afin de remettre la main sur une pierre radioactive extrêmement dangereuse, subtilisée par le père de Morgan, un survivaliste de la Brousse qui a appris à Morgan tout ce qu’elle sait.

Mais si la chasse aux monstres au sein de la Bulle n’était déjà pas une partie de plaisir, survivre à la Brousse relève du défi ! Nos quatre joyeux drilles seront-ils à la hauteur ? Et plus inquiétant encore, peut-on faire confiance à Tandem ?

Changement de décor pour ce second tome de la comédie d’action concoctée par Sarah Morgan et Jordan Morris. Après avoir exploré le cadre urbain de la Bulle, les auteurs plongent ainsi notre quatuor de héros hipsters en pleine nature hostile, revisitant par la même occasion le passé de Van et Morgan.

C’est donc l’occasion pour la protagoniste de se confronter à son père et aux valeurs qu’il lui a inculqué, approfondissant ainsi son background. Les interactions entre les personnages sont tout aussi savoureuses que dans le tome 1, et les séquences de combat toujours aussi divertissantes. On est donc dans la continuité du premier tome, parfait mélange entre comédie et action, mais les auteurs n’oublient pas d’incorporer un message critique sur les travers de la start-up nation et de ses codes.

Considéré dans sa globalité, Huntr est donc une vraie réussite, foncez, vous ne serez pas déçus !

***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Katsuo #1: Le Samouraï Noir

Premier tome de 58 pages de la série écrite par Franck Dumanche et Stéphane Tamaillon, dessinée par Raoul Paoli. Parution chez Jungle le 23/09/2021.

Kat sue, sang et eau

Le jeune japonais Katsuo n’a pas une existence trépidante, mais elle lui convient tout à fait comme elle est: chiller dans sa chambre et jouer aux jeux vidéos, telles sont ses aspirations du moment. Cependant, sa mère et son grand-père ne le voient pas de cet œil. Pour eux, Katsuo gâche son potentiel, alors qu’il pourrait poursuivre son entraînement au Kendo et ainsi reprendre, le moment venu, la direction du dojo familial.

En effet, le grand-père, quelque peu rigide et à cheval sur les traditions, insiste pour que Katsuo se plie au sacerdoce de la famille, et veille sur l’institution fondée par leur ancêtre Honjo il y a plusieurs siècles. L’adolescent, lui, traîne des pieds en allant s’entraîner et préfère ses écrans aux sabres de bois.

Un soir cependant, Katsuo est intrigué par les allées et venues de son grand-père au sous-sol du dojo, et décide d’aller y jeter un oeil. Alors qu’il pose la main sur le sabre révéré par le vieil homme, il se retrouve mystérieusement transporté dans le japon médiéval, où il fait la rencontre d’un jeune homme nommé Honjo, qui n’a alors rien d’un farouche guerrier, et qui est lui-même confronté aux attentes démesurées de son père.

Car il se trouve que le grand-père d’Honjo, et donc l’ancêtre de Katsuo, était parmi les quatre valeureux guerriers qui ont mis fin au règne de terreur du Samouraï Noir, un guerrier affublé d’une armure magique qui a semé le chaos dans l’achipel sous l’ère d’Azuchi Momoyama (1582). Katsuo a donc voyagé dans le temps, alors même que les quatre vieux guerriers sont attaqués et tués les uns après les autres. Le Samouraï Noir serait-il de retour ?

Aventures à la sauce Samouraï

A priori, le lecteur ne sera pas dépaysé à la lecture du pitch de Katsuo: un jeune garçon a priori lambda mais attachant, va sortir de sa zone de confort et être confronté à une situation extraordinaire qu’il devra résoudre en utilisant un pouvoir magique. Rien de bien neuf sous le soleil, même si l’on ajoute le paramètre du voyage dans le temps, qui promet des situations cocasses de décalage et d’incongruité.

Le thème des traditions et de l’impact qu’elles doivent et peuvent avoir sur la jeune génération reste néanmoins intéressant, la culture nippone, elle-même partagée entre tradition et modernité, étant un terreau idéal pour exploiter cette dichotomie.

On pourra reprocher un manque d’originalité dans l’antagoniste, qui, sous ses airs assumés de Shredder, n’apporte pas grand chose à la thématique du récit. On aurait sans doute préféré un adversaire plus étoffé, et qui, pourquoi pas, aurait lui-même été confronté à une sorte de pression familiale. Au lieu de ça, on a quelque chose de plus basique, et donc, de moins mémorable.

Ce petit manichéisme mis à part, le rythme de l’album reste dynamique, avec une introduction rapide, même si l’exposition est quelque peu pataude, ou en tous cas, très explicite, par moments. Difficile de déterminer si les auteurs ont pris ce parti en raison du lectorat cible ou bien par maladresse, toujours est-il que certains éléments auraient du être amenés avec plus de subtilité.

Une fois Katsuo projeté dans le passé, les actions s’enchaînent de façon fluide et rapide, amenant à un climax bref mais survitaminé. Côté graphique, Raoul Paoli fait le choix de la clarté et de la décompression pour ses planches, usant d’un trait résolument orienté manga, avec des expressions typiques de ce médium et des poses dynamiques.

En bref, un album jeunesse agréable à lire, quand bien même il ne révolutionne pas le genre.

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