BD·Rapidos·****

La Brigade de répression du félinisme

BD du mercredi

Histoire complète écrite par François Szabowski et dessinée par Elena Vieillard. Parution le 04/06/2019 aux éditions de la Boîte à Bulles.

C’est la chat-narchie

François est un homme normal, ce qui en d’autres termes, signifie qu’il a une vie médiocre. Ennuyé par son travail à la RATP, déçu par ce que la vie a à lui apporter, François n’en conserve pas moins un air débonnaire, sans oublier quelques naïves expectations sur l’amour.

L’amour, c’est bien un des seules choses en quoi François est encore capable de croire, la seule chose qui lui apporte encore de l’espoir. Malheureusement, les idéaux de notre héros ordinaire font bien souvent, et violemment, les frais du principe de réalité. Chaque tentative, chaque amourette de François est invariablement vouée à l’échec, et le pauvre hère se retrouve bien souvent à la case départ du je de l’amour et de la séduction.

Étouffé par la sensation intolérable d’être privé de son droit au bonheur, François décèle un schéma, un dénominateur commun dans tous ces échecs: les chats.

Les chats, ces compagnons discrets et distants, prennent paradoxalement une place folle dans la vie de leurs maîtres, à tel point que l’on finit par se demander qui possède qui. Les femmes qui possèdent un de ces animaux, selon François, y trouvent aisément ce qui, dans une relation amoureuse (avec un humain, est-il besoin de le préciser), exige des efforts, du temps, de la patience et de la réciprocité.

C’est donc tout naturellement que les femmes se tournent vers leur chat, au moindre écueil avec leur partenaire amoureux. D’où les ruptures, d’où les échecs, d’où François qui se demande comment remédier à ce griffu problème. Poussé dans ses retranchements, François en vient à une radicale conclusion: il faut se débarrasser des chats, afin de libérer les femmes de cette entrave qui les empêche de tomber amoureuses.

François s’improvise donc justicier. Avec un taser acquis pour la cause, il arpente les rues pour les purger de ses ennemis félins. Mais son action ne prendra toute son ampleur qu’après avoir rencontré Igor-un chat russe qui parle-qui va le seconder dans sa tâche.

Le chat que l’on mérite

Voilà une drôle de fable que cette BRF. L’auteur utilise ce pitch délirant pour adresser une critique toute particulière aux relations homme-femme, ainsi qu’à la capacité très masculine d’attribuer ses échecs à une cause extérieure. Bien évidemment, la morale à la fin de l’histoire n’est pas celle à laquelle on s’attend, ce qui rend les péripéties de François d’autant plus savoureuses.

Le ton est méchamment drôle, jamais vulgaire, et permet de s’identifier facilement aux tourments et interrogations du protagoniste, si discutables soient-ils. Outre la narration ciselée et ironique, le format décloisonné permet d’insuffler un ton facétieux à ce conte surréaliste tout en bichromie.

Une réelle surprise !

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Manga en vrac #18: Toilet Bound Hanako-Kun #3 – Elio le fugitif #2 et 3 – La guerre des mondes #2

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  • Toilet-Bound Hanako-Kun #3 (Aidalro/Pika) – 2021 série en cours, 3/15 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

toilet-bound-hana-kun-3-pikaLa chronique des deux premiers volumes se trouve ici.

J’avais été comme mes camarades de blog assez enjoué par ma découverte des deux premiers volumes sortis cet été. En entamant ce troisième tome je découvre que contrairement aux précédents le mystère des archives de 16h s’étale sur plusieurs chapitres qui forment l’intégralité de ce volume, ce qui change pas mal la donne en matière de rythme. Ce qui était présenté comme des histoires courtes avec rotation rapide de l’action et des personnages s’installe plus dans la durée, avec approfondissement notamment dans la recherches qu’entreprend Nene sur son maître-allié Hanako. Ce jeune esprit qui nous est décrit ici comme ni plus ni moins que le chef des Mystères de l’école est depuis le début fort mystérieux et on va ainsi se retrouver dans son passé pour comprendre comment il est devenu un esprit. Les pages du volumes sont toujours très agréables dans leur mise en scène destructurée et fourmillant de détails. L’humour et l’action sont en revanche un peu en retrait et j’ai découvert cette intrigue un peu moins enthousiaste, je dois le reconnaître. La difficulté de ce format était dès le début de parvenir à s’inscrire dans la longueur car autant on a regretté le format très court d’un Tetsu & Doberman autant pour Toilet Bound une tomaison sur les doigts de la main aurais sans doute suffi. Je dis cela alors qu’aucune intrigue au long court n’a eu le temps de se mettre en place, aussi il faudra voir (je rappelle que la série compte déjà quinze volumes au japon, ce qui laisse à Pika le temps de développer sa licence)

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  • Elio le fugitif #2-3 (Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-fugitif-2-glenatImpression mitigée et assez tranchée sur les deux volumes, qui recoupent au final le sentiment du premier volume. Le second tome est très faible (du niveau d’un calvin) même s’il met enfin en place une véritable intrigue liée à des vengeances dynastiques. Ce qui était attendu jusqu’ici s’étoffe donc un peu avec un descriptif politique de l’époque qui habille un peu une fuite tout à fait linéaire et que les quelques combats très hachés et coins d’humour shonen ne suffisent pas à rythmer. On attendait soit un récit historique à la Vinland Saga soit un prétexte en mode baston avec des personnages de jeux vidéo… on est au final entre deux et ce n’est guère satisfaisant, d’autant que les dessins juste correctes ne relèvent pas vraiment l’intérêt. Le personnage d’Elio dont le second degré touchait plutôt juste (un jeune gamin hyper-fort qui semble à peine réaliser dans quelles situations il est et s’en sort toujours haut la main) est ici plutôt effacé.

Sur le troisième volume on reprend de l’intérêt avec une histoire qui devient beaucoup plus structurée, simple mais cohérente avec une progression, des flashback sur les personnages et un final qui prépare un affrontement d’arène que l’on imagine aboutir la série sur les deux prochaine volumes. Si du coup le manga se laisse lire plus agréablement, les combats tout à fait rageurs, exagérés (les personnages sont presque aussi forts que dans Dragon ball!) souffrent d’un montage très haché et peu lisible, le lecteur devant fréquemment revenir en arrière avec l’impression d’avoir manqué des cases. Il ressort de tout cela l’impression d’une série de grande consommation destinée à ravir les boulimiques en attendant un prochain tome de Vinland Saga mais sans aucune ambition particulière.

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  • La guerre des Mondes (Ihara-Yokoshima/Ki_oon) – 2021, 170p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

guerre_des_mondes_2_ki-oonLa chronique du premier volume (détallant notamment la très jolie édition) est ici.

Ce second tome continue sur la même tonalité que le premier à savoir une course du personnage principal (témoin-photographe) parmi les populations fuyant devant l’avancée meurtrière des martiens. L’intrigue est donc tout à fait linéaire et construite autour des destructions terrifiantes et des quelques lueurs d’espoir qui surgissent avant d’être étouffées. Quelques morceaux de bravoure humaines (un peu désespérées) viennent donc pimenter ce qui pourrait devenir redondant et on enchaîne ces cent-soixante-dix pages à grande vitesse et un plaisir non feint. Les dessins, pas virtuoses mais très correctes et portés par des cardages  qui appuient le désespoir et le drame absolu portent ainsi bien ce récit qui confirme sa qualité et intrigue (pour qui ne se souviendrait pas par cœur du récit original) quand à son dénouement…

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Le zizi de l’ange, chroniques d’un spectacle vivant.

BD du mercredi
BD de Marion Achard et Miguel Francisco
Delcourt (2021), 142p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Farid, Mireille, Mathilde, Ben et Saïlen forment la compagnie Tour de Cirk, une troupe de circassiens qui jongle au quotidien entre leurs impératifs familiaux, la gestion des égos et personnalités et les tracasseries administratives. Enthousiastes ils s’engagent à produire un nouveau spectacle dans un an. Alors que le carnet de commande se remplit, le stress de la « piste blanche » commence à monter…

Coup de coeur! (1)Le Zizi de l'ange - One-shot. Chroniques d'un spectacle vivant | BdphileQu’est-ce qu’on les aime ces tranches de vie chargées d’humanismes et laissant le pathos au loin! Le Zizi de l’ange est un projet autobiographique de Marion Achard, circassienne, qui nous plonge dans un quotidien qu’elle connaît bien. Ce qui impressionne tout le long c’est ce sentiment de vérité, de ce que Cedric Klapisch et Agnès Jaoui montrent si bien dans leurs films sur ce milieu de l’art-tisanat, fait de passion, d’entièreté comme de faiblesse humaine. Les personnages ne sont ni des héros idéalisés ni des enfants immatures… juste quelque chose entre les deux. Il n’est ainsi pas question de galères dans cette chronique. Ces artistes sont bons et même sacrément! Leurs dates se remplissent très vite, ils bossent avec une administratrice de production qui les laisse s’occuper de leur métier: la création et la performance scénique. On voit bien sur leur inadaptation sociétale lorsqu’il faut gérer les réunions parents-prof des enfants qui n’ont pas demandé une vie de Bohème ou que Pole emploi les fait tomber dans un monde kafkaïen où ils doivent justifier des choses irréelles. Car comme toute passion, pour réussit il faut le faire à fond et cela cohabite mal avec les contraintes d’une vie normée par des contraintes diverses.

Le zizi de l'ange - Chroniques d'un spectacle vivantLa bande à Mathilde est très pro, on ne les voit jamais glander une bouteille à la main comme une certaine image voudrait décrire les artistes. Eux ce sont plutôt les tisanes et les gros pulls. Un peu image d’Epinal sans doute mais cela permet aussi de montrer que come tout métier ce sont les gens sérieux qui s’en sortent. Et que l’on peut vivre dans une vraie maison, avoir des enfants et assumer cette vie finalement pas plus contraignante que toute autre profession libérale ou de restaurateur. Farid et Mathilde (les parents) sont conscients que ce qu’ils imposent à leurs mioches n’est pas drôle tous les jours, qu’ils aimeraient parfois une vie plus organisée, plus rangée. Il n’y a pourtant ni regret ni tensions. C’est la vie qu’ils ont choisi et le contexte dans lequel grandissent les enfants, avec des avantages et des inconvénients.

Des engueulades aussi il y en a lorsqu’on passe beaucoup de temps ensemble et que chacun est certain de son choix. La troupe c’est une alliance d’égos et d’individualités qui forment une alchimie. Les brouilles font partie du processus et sont admises, sainement, avant que la tension retombe. Du coup on est surpris de leur difficulté à monter leur spectacle tant on pétille devant les mille et une petites idées qu’ils animent tout au long de leurs journées, qu’ils soient en répétition ou non. Ce qui nous entraîne c’est cette chance qu’ils ont d’assumer ce côté enfantin, d’avoir refusé la vie que la société voudrait nous contraindre à adopter, toute de sérieux et de renoncements.  Et si l’âge rend la santé plus fragile ou que l’on finit par douter du bon moment pour raccrocher, jamais on ne s’enfonce dans les idées noires qui remettraient en question ce choix de la passion.

Le Zizi de l'ange - Chroniques d'un spectacle vivant - cartonné - Marion  Achard - Achat Livre ou ebook | fnacPour accompagner cela l’espagnol Miguel Francisco impressionne lui aussi par la vérité de son dessin. Sous des formes douces, très BD et une colorisation extrêmement agréable, il excellent autant dans les grimaces et expressions faciales que dans les acrobaties d’une justesse technique parfaite. On est souvent surpris de la finesse des décors et des détails comme de la variété des cadrages. Utilisant avec un grand dynamisme les formats du gaufriers au strip comme des pleines pages, voyant les personnages en scène ou s’adressant au lecteur, on a l’impression de participer par moments au spectacle et on ne veut plus quitter cette bande de joyeux drills.

Magnifique tranche de vie qui nous rappelle combien la vie peut être agréable quand on aime et trouve du sens à ce que l’on fait, cette BD fait un bien fou et donne envie d’aller voir un spectacle de cirque et de soutenir ces êtres humains si essentiels à nos sociétés.

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BD en vrac #21: Teleportation inc. #2 – Undertaker #6 – Les 4 de Baker Street #1

La BD!

 

  • Teleportation inc. #2 (Latil-Sordet/Drakoo) – 2021, 46p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

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On continue les montagnes russes chez Drakoo puisque après le très bon premier tome des Gardiennes d’Aether, le second et dernier Teleportation inc. confirme les craintes du précédent… Si les séquences d’action restent correctement montées et quelques touches d’humour font mouche, l’intrigue générale nous laisse totalement sur le carreau avec une complexité superflue et un projet qui manifestement a eu un gros problème de calibrage entre la simplicité destinée au public jeune (avec des couleurs flashy et des dialogues assez basiques) et une ambition de grand Space-opera que l’on sent poindre jusque dans une dernière planche qui laisse entendre un prolongement possible malgré l’annonce d’une série en deux volumes. Du coup la conspiration reste totalement vaporeuse, les échanges entre personnages sont artificiels et on survole ça avec un désintérêt à peu près complet. Les dessins de Sordet font à peu près le job malgré quelques problèmes de lisibilité de certaines scènes, mais c’est surtout le texte qui pèche avec une grosse faiblesse d’écriture, une absence de relecture et des sous-entendus qui passent complètement à côté. Un gros ratage en définitive.

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  • Undertaker #6: Salvaje (Dorison-Meyer/Dargaud) – 2021, 57p., série en cours, 3 cycles de 2 tomes parus.

couv_430404Quand je lis les commentaires récurrents sur les albums Undertaker je constate une attente un peu schizophrène de nostalgiques de Blueberry qui tout à la fois refusent d’imaginer une qualité égale tout se précipitant pour lire les aventures du croque-mort Comme si la série de Dorison et Meyer n’était que la suite de la série mythique. Il faut dire que Dargaud cherche les noises en ne cessant de s’inscrire dans la filiation du personnage de Giraud. Personnellement ça m’agace pas mal car j’essaie de profiter de cette série pour ce qu’elle est. Et en la matière on est avec cette conclusion du troisième cycle toujours dans du très haut niveau, de grands professionnels de la BD. Mon principal regret sur cet album est une légère évolution du dessin de Meyer, moins net, utilisant beaucoup plus de brosses « sales » et effets estompés, ce qui atténue la force de son encrage. Cela ne change pas fondamentalement les planches, toujours aussi bien découpées et lisibles. Dans cette histoire on apprécie le refus du manichéisme, chaque personnage étant gris, avec ses propres motivations, et en cela crédibles, à commencer par l’ami de Jonas Crow tout à fait sincère dans ses ambitions comme dans sa fidélité envers notre héros. En cela Dorison évite soigneusement de tomber dans le piège des déjà-vus des mille et un personnages de salauds de western. On attend longtemps de retrouver la trahison de Silverado… que nenni! Xavier Dorison est seul aux commandes et ne veut pas être taxé de copieur. Tant mieux! Seul le comportement de l’Undertaker fait un peu tiquer, totalement engagé dans la lutte pour la défense des opprimés en laissant ce qui faisait son sel, ce cynisme désabusé permanent. Hormis cette petite facilité, on reste dans de superbes moments d’aventure, de belles bagarres, de superbes salauds et des auteurs qui allient l’unité des diptyques et la continuité générale en nous projetant déjà vers le prochain tome où Jonas cherchera à rejoindre Rose…

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  • Les 4 de Baker Street #1 (Djian Legrand – Etien/Vent d’Ouest) – 2009, 52p., série en cours, 9 tomes parus.

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Edition parue pour les 48h BD 2020, incluant les premières pages du tome deux.

Un bon bouche à oreille a permis à cette série de se poursuivre jusqu’à aujourd’hui avec tout de même 9 tomes parus. Inspirée des irréguliers de Baker Street apparaissant dans les romans de Conan Doyle, la série a la bonne idée (dans ce premier tome tout au moins) de rester dans le hors champ du détective qui n’apparaît que discrètement au début et à la fin de l’album. Ce qui pourrait apparaître comme une variante jeunesse de Sherlock trouve pourtant une pertinence qui densifie tout au long de ce premier volume les caractères de ces trois moussaillons des rues, tous trois dotés d’un caractère bien trempé et lancés à la rescousse de la jeune chérie de l’un d’eux, enlevée par un réseau de proxénétisme. Si l’intrigue est sommes toutes classique, c’est la percussion du rythme et des cadrages qui impressionne, appuyés sur les dessins magnifiquement colorisés par Etien (bien avant sa participation à Avant la Quête) mais pas que… Utilisant leurs talents d’acrobates et l’innocence de la jeunesse dans les yeux des badauds du XIX° siècle, les quatre (… on imagine que dernier larron est le chat!) lancent leur enquête à un rythme effréné, n’hésitant pas à aller affronter le roi des mendiants et autres coupe-jarret, permettant de belles acrobaties et contre-plongées vertigineuses. Cette originalité de cadrage et le chatoiement colorimétrique permet une grosse immersion dans ce décors que l’on aime tant, le Londres victorien, sale, foisonnant de pègre, prostituées et d’une population de la plèbe aux grands bourgeois, les auteurs aimant à habiller les décors de mille et un détails. Au final on sort tout à fait enjoué de cette introduction avec un format qui promet des stand-alone qui autorisent une découverte au choix. 

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Les gardiennes d’Aether

La BD!

Premier tome de 46 pages d’une série écrite par Olivier Gay, dessinée par Jonathan Aucomte. Parution aux éditions Drakoo le 01/09/2021. 

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

The Unchosen One

Le Royaume de Valania jouit d’une paix qui va de pair avec la prospérité de ses habitants. Cette paix ne va bien entendu pas durer, puisqu’elle sera fortement perturbée par le déferlement de monstres insectoïdes insensibles à toutes les armes conventionnelles de Valania, qu’elles soient magiques ou technologiques. 

Aether, un gentil nicodème, qui officie en tant que serviteur pour la famille royale, passe innocemment sa serpillère quotidienne tout en se faisant houspiller par la princesse Tatianna Louisdottir, lorsque surgissent les monstres dans le palais. Meeri, amie d’enfance d’Aether et garde royale de son état, ne tarde pas à débouler pour sauver celui qu’elle aime, et accessoirement, la capricieuse princesse aux pouvoirs magiques. 

Lorsque le trio se retrouve encerclé et que ni les talents de bretteuse se Meeri ni la magie de Tatianna ne parviennent à les sortir de ce mauvais pas, Aether, dans le feu de l’action, saisit une épée qui prenait la poussière dans un couloir du palais, pour se défendre. Et il fait bien plus que se défendre. En effet, l’épée se révèle être le seul moyen de tuer les créatures. Seul problème, l’épée ne s’active plus que pour Aether, lui qui n’a jamais été un combattant et semble pas prêt de le devenir… 

Le trio parvient néanmoins à fuir le palais, ravagé par les cafards géants et se retrouve aux mains d’Opale, une pirate roublarde habituée à tirer parti de toute situation, aussi inattendue soit-elle. Ce quatuor improbable est donc le seul espoir de sauver ce qu’il reste de Valania. 

Olivier Gay, connu pour ses travaux littéraires, s’est récemment mis à la BD sous la houlette d’Arleston et de son label Drakoo. Comme vu précédemment dans Démonistes, l’ombre du créateur de Lanfeust planait encore au-dessus des créations prétenduement originales de Drakoo, menaçant d’annihiler son concept-même. On constate ici avec un certain soulagement que l’empreinte se fait moins forte, on sent que l’auteur prend ses marques et parvient à imposer son style. Un style qui n’est cependant pas complètement étranger à celui d’Arleston, certes, mais qui a le mérite d’exister par lui-même sans s’échiner à singer « le maître ». 

C’est toutefois dans les thématiques que se devine le plus l’influence arlestonienne. Un héros naïf, presque inepte, entouré de femmes fortes se disputant plus ou moins son affection, cela nous ramène immédiatement à ce bon vieux Lanfeust de Troy. Le fait qu’il possède un pouvoir/Macguffin le rendant unique n’arrange rien, et pourtant, le tout demeure digeste sans verser dans le déjà-vu. L’auteur évite cet écueil grâce à une finesse d’écriture qui transparaît autant dans les dialogues qu’au travers des récitatifs, à l’humour bien senti et jamais lourdingue. 

De façon générale, sur le plan narratif, il est toujours opportun de mettre au centre de l’intrigue le personnage qui est le moins bien placé pour la résoudre, ou, s’il est tout de même compétent, de lui ajouter des handicaps importants. On pense par exemple à Frodon, le paisible hobbit qui n’a jamais quitté sa Comté natale, qui doit amener l’Anneau Unique, soit l’objet le plus dangereux de l’univers de Tolkien, à la Montagne du Destin se trouvant sur les terres les plus dangereuses. On peut aussi se rappeler de John McLane, policier astucieux, qui doit arrêter des terroristes et sauver sa femme…pieds nus dans une tour de verre. 

Il est par conséquent très astucieux de la part d’Olivier Gay de confier la seule arme en mesure de juguler la menace à Aether, qui ne sait pas se battre, l’ironie s’en trouvant décuplée lorsqu’on compend que son amie Meeri est la plus fine lame du pays.  Le quatuor fonctionne très bien malgré la brièveté du format, l’auteur parvenant à mettre en scène des personnalités fortes et distinctes. Pour les amateurs de pop-culture, attendez vous à de nombreuses références, diverses mais bien choisies.

Côté graphique, on est très agréablement surpris par le talent de Jonathan Aucomte, dont c’est ici le premier album. Décors soignés, expressions travaillées, tout y est pour mettre en images l’univers du scénariste et son humour.  

Pour cette nouvelle série, Olivier Gay monte d’un cran et expose son talent de façon plus affirmée, ce que l’on doit sans doute à une prise de distance de l’éditeur, ou à une émancipation du romancier.

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Lucky boy: coquin de sort

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BD de Bill Presing
Ankama (2021) 2021, 72 p., one-shot…?

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bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Mille ans après l’effondrement l’humanité a quasiment disparu. Seul un groupe de jolies jeunes femmes brillantes travaille pour maintenir la civilisation. Le dernier représentant du genre masculin semble être ce petit vieillard lubrique qui les pourchasse. jusqu’au jour où un jeune naufragé apparaît sur les rivages…

Lucky Boy : Coquin de Sort - (Bill Presing) - Comédie [BDNET.COM]Quelle poilade les amis et quelle découverte! Après le chinois Golo Zhao et sa sensibilité découverts hier on passe aujourd’hui de l’autre côté du Pacifique avec un autre jeune talent qu’il faudra suivre. L’américain Bill Presing vient de l’animation et notamment chez Pixar où il est storyboarder… et ça se voit sur son album tant les cadrages et l’esprit général des merveilles du studio à la lampe transpire de Lucky boy! Dès la couverture on est émerveillé par ces couleurs et une composition qui sont la très grande force de cet album inattendu. Sous un pitch simplissime et résolument coquin (c’est dans le titre!), il enchaîne une succession se séquences très bien huilées et qui évitent le risque de ce genre d’album à savoir la juxtaposition. Glissant du mystère d’explorateur dans ce « monde d’après » sur le début on passe ensuite à des thématiques de savant fou avant de virer en survival post-apo. Bon, tout ça ce sont les thèmes support, le principal intérêt ce sont bien entendu les rencontres hilarantes entre ce pauvre petit vieux obsédé (et on le comprend!) par cet aréopage de déesses aussi belles qu’intelligentes. Ressentant une injustice terrible lorsque survient l’élément dérangeant (une sorte de jeune néandertalien qui n’a que la jeunesse pour lui) le vieillard finit par se résigner à une ambition de simple otaku: faire pouet-pouet et voler des clichés des poules sur son appareil photo…

Presing tient plus son humour des manga que du cartoon américain même si son ouvrage reste à la croisée. Il remplit ses pages de citations évidentes, des saignements de nez d’un Tortue génial à la quête de la culotte qui rappelle les noisettes de Scrat le paléo-écureuil de l’Age de glace. Sur le plan formel on est très proche d’un manga Ecchi à cela près que tout étant du second degré et regardé à hauteur du personnage, on n’est jamais dans le vulgaire. Comme un Frank Cho, Presing aime les jolies filles idéalisées et se fait plaisir au travers de formes presque géométriques qu’il donne à ses donzelles et et New Arrivals :: Lucky Boy: Tempting Fate - Pre-Orderd’une gestion des éclairages et brillances remarquables via une technique toute traditionnelle qui apporte une douceur difficile à obtenir en numérique. Entre les yeux kawaï, les poses langoureuses à l’envie et des dialogues très drôles, on enchaîne les pages avec un grand plaisir.

Pour son second album (il a publié une histoire pulp de chasseur de nazi chez Akiléos) et quelques sketchbooks (un chez comixburo) Bill Presing montre une technique et une maturité dans le récit qui impressionnent par leur fluidité. Comme souvent l’animation propose les meilleures formations et les passages à la BD sont généralement réussis. Ayant digéré le meilleur du sketch US et de l’humour japonais, il nous régale avec son Coquin de sort en proposant une vraie histoire pulp qui lui permet de dérouler son humour et ses poupées. Avec une fin étonnamment tragique et une galerie de personnages fort réussies, cet album ressemble plus au prologue d’une longue série qu’à un simple one-shot. Si l’auteur en a envie  et que le public est au rendez-vous il y a de la matière pour de nombreux albums pour développer cet univers désormais en place. 

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****·Manga·Service Presse

Toilet-bound Hanako-Kun #1-2

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Manga de AidaIro
Pika (2015) 2019, 192p./volume, série en cours, 2/15 vol. parus.

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Parmi les 7 mystères de l’école Kamome, une rumeur court qu’un esprit habitant dans les toilettes pour filles du troisième étage exaucerait n’importe quel vœu… La jeune Nene Yashiro, peu sure d’elle, souhaite plus que tout se faire aimer d’un garçon de l’école. Mais lorsqu’elle rencontre l’esprit Hanako elle réalise que tout n’est pas si simple et que toute décision entraîne des conséquences. La voilà rapidement liée à ce fantôme qui garde bien des mystères sur le monde paranormal qui régit cette école et ses rumeurs…

Toilet-bound Hanako-kun tome 1 et 2 : La valse des esprits farceurs -  Esprit OtakuLorsque mon partenaire Pika m’a proposé de découvrir sa nouvelle licence je n’étais pas certain d’être le bon public pour ce type de manga, commençant à avoir l’habitude des brouettes d’œuvres sur mesure à l’humour un peu facile. Première surprise en entamant ces deux premiers tomes, la simplicité avec laquelle on pénètre ce monde et ses personnages, la fluidité avec laquelle tout est introduit sans avoir le sentiment que la culture japonaise est décidément si lointaine. Les auteurs derrière le studio AidaIro maîtrisent très bien les techniques de narration et lancent leur histoire sur le rythme d’une histoire courte… alors qu’elle comporte déjà quinze tomes au Japon! Avant dix pages on sait déjà qui sont les deux protagonistes principaux qui vont servir de cadre à la série (avant l’arrivée d’un troisième larron en la personne d’un apprenti exorciste pas encore bien à l’aise avec sa mission familiale): devenue très vite assistante de l’esprit farceur Hanako, ils entament tous deux la résolution d’enquêtes mystiques pour résoudre des mystères. Le schéma est classique: un esprit renferme un drame passé et se venge sur les vivants, il faut donc découvrir la source du mal, en lien avec les amis de Nene.

➤ [ Toilet-Bound Hanako-kun: Pilot, Ch.2 ] | Hanako kun, Toilet bound hanako  kun, HanakoL’autre bonne surprise repose sur un humour très frais, accessible et basé sur un second degré et une répartie très percutante. On sourit très souvent et volontiers à la lecture de ces histoires courtes. Les auteurs prolongent graphiquement, comme ces navets qu’on voit apparaître de ci de là après que Nene ait été éconduite par un garçon qui lui trouve des jambes de… navet! Étrange amalgame qui ne viendrait pas à tout le monde et qui permet, sans appuyer, de légers running-gags. Le fait que Nene passe son temps à récurer les toilettes où habite l’esprit est en soi décalé, sans besoin que les AidaIro n’ait besoin d’appuyer. L’esprit facétieux de Hanako permet par ailleurs de créer une atmosphère bon-enfant et des situations amusantes.

Graphiquement les planches semblent assez basiques, simples, avant de réaliser la qualité des encrages et une profondeur de décors et de détails que l’on ne perçois qu’une fois bien dans l’histoire. On reste dans un style pas hyper original très shonen mais techniquement remarquable.Avis manga : Toilet-Bound Hanako-kun - Tome 1 - A la une

Au final je ressors tout à fait enthousiaste après cette lecture qui plaira à tout public, avec la réserve que l’humour n’est pas le même selon les ages et que les plus jeunes resteront peut-être plutôt sur l’aspect chasse aux fantômes avec quelques moments qui peuvent impressionner avec une certaine noirceur (sans jamais tomber dans le sordide). L’équilibre entre mystère, relations collégiennes et humour est parfaitement équilibré. A voir si cet équilibre et l’intérêt se maintiennent sur plus de dix tomes une fois les sept mystères résolus.

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BD en vrac #20: Valhalla Hotel #2 – Crusaders #3 – Les 5 terres #6

La BD!

Salut les bdvores! Pour finir la semaine belle brochette d’excellentes séries blockbusters avec le second bâton de dynamite de Perna et Bedouel, le troisième épisode de la saga galactique de Bec et la conclusion du premier cycle du Game of Thrones de la BD. Faites vous plaiz’!

  • Valhalla Hotel #2 (Perna-Bedouel/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_423737Le petit Patrick et son pote Fabien aimaient jouer aux voitures et aux pitou. Du coup ils en mettaient plein dans leurs histoires de vieux militaires et de savants-fous nazis. Comme ils avaient toujours rêvé de monter dans un hélico ils mettaient le Huey popularisé par la guerre du Vietnam dans les pattes de leur héros et comme les bases secrètes c’est cool ils en inventaient une pour les méchants et une pour les gentils, remplie de plein d’armes rigolotes! La bataille c’est marrant mais en grandissant on se met à parler de choses plus sérieuses alors ils disaient que leur sheriff débile était un doux intégriste et comme le racisme c’est mal ils donnaient une copine noire bad-ass à leur héroïne policière. Tout ça donnait des histoires drôlement animées avec plein de gros mots qu’on dit quand les parents sont pas là et des méchants qu’on avait le droit de taper parce qu’ils étaient très très cons ou très très méchants (ou les deux). Et c’était tellement rigolo qu’on n’avait plus envie de lâcher le guidon de la moto et la gâchette de la M-60 et qu’on se demandait aussitôt quand allait sortir le prochain épisode…

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  • Crusaders #3 (Bec-Carvalho/Soleil) – 2021, 46., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

couv_423739Alors que la contre-attaque des Lagran se prépare, des doutes commencent à apparaître dans l’apparente harmonie de la Grande Assemblée des Emanants, dont le passé n’est pas si pacifique qu’ils le montrent…

On enchaîne directement après la conclusion du tome deux, sans résumé (discipline qui aurait été pertinente sur une série aussi touffue) mais avec une introduction très pédagogique qui nous résume la problématique de ce peuple maléfique qui cherche la destruction. Peut-être conscient de ses démons, Christophe Bec simplifie donc résolument son intrigue dans un cadre que tout bon space-op pourrait développer et apporte la complexité qu’il recherche dans les termes et concepts physique autant qu’astronomiques tout à fait pointus. A ce titre on est entre le métaphysico-épique des Meta-Barons ou de Druillet et la hard-science d’un Adam l’ultime robot. Et c’est sacrément réussi et digeste en alliant le texte au graphisme puisque de la même manière on alterne entre grandioses paysages cosmiques en doubles-pages, titanesques artefacts technologiques sur planches quasi muettes et séquences de conciliabules stratégico-politiques verbeux. Cette structure est tout à fait agréable et permet à l’intrigue d’avancer tranquillement, avec quelques scories qui semblent oublier des cases intercalaires dans cette volonté d’aller vite. Si on peut tiquer par moment, l’effort du scénariste est réellement louable pour proposer une SF accessible. Bien entendu ceux qui n’ont aucune bases de culture scientifique partiront peut-être de loin mais l’effort est utile pour croire à l’histoire de Christophe Bec. L’avantage de partir si loin dans les concepts théoriques c’est que l’on garde l’apparence du crédible avec la liberté de la fantasy! Et les auteurs nous régalent toujours d’idées dantesques comme cette planète vivante de la taille d’un système… Jusqu’ici s’il manipule la matière et l’espace à l’envie le scénariste n’ose pas entrer dans la tout à fait casse-gueule idée de manipuler le temps. La logique voudrait pourtant qu’une série aussi conceptuelle s’aventure dans ce genre d’idées, au risque de retomber dans le banal. En attendant on se régale en endossant le rôle de spectateurs que les personnages humains de Crusaders assument depuis le début, un peu comme dans un films catastrophe où les personnages ne sont là que pour créer un transfert émotionnel du spectateur vers le (très) grand spectacle.

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  • Les 5 Terres (Lewelyn – Lereculey/Delcourt) – 2021, 52p., premier cycle achevé.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

couv_423609Après deux albums par an on boucle ainsi le premier cycle de cette série TRES inspirée par Game of Thrones. Il faut dire que ce rythme est absolument parfait pour maintenir un esprit de série avec juste ce qu’il faut d’addiction et de repos pour savourer le scénario parfaitement huilé. Si le principal problème reste cette très grande proximité avec le roman/série de George Martin, le fait que les itinéraires convergent sur ce dernier tome et que nous savons déjà que nous allons partir pour une autre Terre suffit à maintenir un intérêt très haut! Bien sur certaines résolutions sont attendues. Mais les auteurs savent toujours instiller le choc après le calme, sans faute de goût et sans redondances, c’est déjà pas mal. Le discours du roi laisse présager de sacrés changements politiques après qu’il ait étouffé la révolte étudiante, aussi tout semble imaginable. L’Histoire romaine ou médiévale regorgent de matériau pour imaginer d’incessants retournements et la principale interrogation qui perdure depuis le tout début de la série et ces quelques apparitions des ours est de savoir comment cette saga jusqu’ici totalement centrée sur le peuple félin va bien pouvoir garder des liens entre les cycles sans redondance. Soit en changeant le modèle soit en tissant une méta-intrigue dont on n’a pas encore perçu les prémices… mystères… qui couvrent d’autres ficèles, parfois grosses… mais tout l’art narratif n’est-il pas un peu comme la magie, une illusion?

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro·Service Presse

Spoon & White #1 et #9

BD de Yann, Jean et Simon Léturgie
Bamboo (1999-2021), 44p./album., série en cours

La série Spoon & White fait partie des grands ancêtres très réputés, avec une histoire éditoriale un peu compliquée puisque débutée fort logiquement chez Dupuis, la série est ensuite passée chez Vent d’Ouest (plus étrange) avant d’atterrir pour ce neuvième album chez Bamboo qui réédite pour l’occasion l’intégralité de la série. Commencée avec Yann au scénario, le duo Léturgie se retrouve seul à compter du septième volume et voit passer dix ans entre le dernier paru et ce nouvel épisode. Les deux volumes ressortis comportent un cahier graphique de dix pages avec croquis préparatoires, jeux et strip humoristiques dans l’univers de la série.

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Parodie assumée des films d’action policiers des années 90, Spoon & White arrive juste après le double chef d’œuvre de monsieur Maester qui lançait le genre sur Meurtres fatals, déclaration d’amour à Michael Douglas et au FBI qui donne des envies de VHS à tous ceux qui ont découvert L’arme fatale, Seven ou Basic Instinct en salles…

Spoon & white tome 1 requiem pour dingos - BDfugue.comDans un style graphique résolument BD jeunesse, la série s’ouvre sur le tome 1 par un surprenant et très graphique plan cinématographique qui fait monter l’envie assez haut… avant de revenir à des planches plus classique. Cette première page est très étonnante car elle semble montrer une hésitation originelle des auteurs entre de la BD d’action exigeante et de la farce parodique assumée. Le contexte des BD de l’époque est important: Yann est sur la très populaire série Les Innomables issus du Journal de Spirou avec un aspect très cinématographique et plutôt sombre bien que mettant en scène des « gros nez ». Les premières couvertures de Spoon & White sont d’ailleurs tout à fait dans le ton de l’époque (assez minimaliste)  et s’inscrivent dans cet entre-deux BD spirou jeunesse/Bd d’action référencée pour adultes.

Le premier volume qui ressort chez Bamboo avec une nouvelle couverture fonctionne très bien en nous introduisant sans préambule avec ces deux débiles mentaux: Spoon le minus très laid et fana de Dirty Harry tire sur tout ce qui bouge ; le grand White et ses costards élégants se croit plus malin mais est tout aussi crétin. Les deux de bagarrent pour le cœur blindé de la plantureuse journaliste Courney Balcony.  Voilà, vous avez l’histoire qui va servir de prétexte à l’ensemble de la série! Le premier album est assez drôle et l’action plutôt réussie avec cette prise d’otage d’une secte suicidaire. L’ambition visuelle est évidente et plutôt inspirée avec des dessins très lisibles et parfois assez jolis dans leur style cartoon. On n’est pas au niveau de Maëster mais ça fonctionne très bien et je comprend que la série ait bien marché à partir de ce coup d’essai. A noter que l’on n’a aucune information sur qui est qui, les blagues devant caractériser les personnages immédiatement.

Vingt ans après qu’en est-il de la sortie exclusive chez le nouvel éditeur? D’abord la couverture, fort réussie qui cite évidemment un des grands films d’action de ces dernières années, Mad Max Fury Road. Cet épisode nous transporte au fin-fond de l’Amérique, dans la ville natale de Spoon (Mudtown) au sein d’une exploitation de « gaz de Shit » (dans une citation fort drôle d’un ancien premier ministre français…) qui cache bien entendu un plan machiavélique d’un milliardaire que Balcony va aller interviewer. L’aventure nous permet de découvrir les tout aussi débiles sœur et père de Spoon qui est (après mes deux lectures) le véritable héros de cette série. Si l’action enfiévrée de ce dernier épisode est toujours aussi efficace, on note une certaine facilité dans exubérance et les explosions XXL. Les auteurs veulent du gros, du lourd, du sale, au risque de tomber dans le déjà vu et attendu.

Après mes lectures de ce premier et dernier tome je note une étonnante continuité et très peu de changements graphiques notamment. Ma principale interrogation repose sur le cœur de cible de cette série. Graphiquement on est sur de la jeunesse (c’est d’ailleurs édité chez Bamboo) alors que le côté gore (surtout sur le premier tome) et les références à des films plutôt adultes orientent vers une cible adulte. Du coup si l’humour facile fera mouche chez les jeunes ils risquent de passer à côté des références, à l’inverse les plus grands risquent de ricaner sur les blagues et de prendre plus de plaisir sur les parodies. On peut voir ça comme un coup double autorisant une lecture à tout âge ou un risque de perdre son public faute de le repérer. Souhaitons en tout cas à Bamboo et aux auteurs une nouvelle jeunesse à cette série qui jouit sur le plan éditorial d’une très jolie fabrication.

A partir de 12 ans.

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Fausses pistes

La BD!BD de Duhamel
Grand Angle (2021), 76 p, one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Son nom est Jake « wild faith » Johnson, il est Marshall de Woodstone. Il fait régner la loi dans l’Ouest sauvage… En fait il n’est que l’adjoint de son frère Morgan, et un fieffé fils de p… Frank incarne la légende et il va découvrir l’histoire réécrite à la gloire du mythe américain. Cela fait quinze ans qu’il est le Marshall. Quinze ans ça fait vieux au pays des coyotes et Frank ne sait plus trop dans quelle réalité il évolue…

Fausses pistesBruno Duhamel est de ces auteurs qui attirent une sympathie par leur entièreté, leurs doutes et le recul permanent qu’il accordent à leur œuvre. Ce qu’on appelle un auteur. Depuis qu’il est passé au statut d’auteur complet sur Le retour il impressionne par sa maîtrise de l’art séquentiel et par la variété de ses sujets tout en restant dans un écosystème de personnages au caractère bien trempé. Toujours porté sur des marginaux et proie au doute identitaire, il baisse d’un ton dans le registre de l’humour au vitriol pour nous proposer une envie d’Ouest sauvage en même temps que de regard acide sur le mythe américain et sur sa population. En créant ce personnage d’acteur de show western il crée tout au long de l’album en effet de miroir entre le passé sanglant fait de crapules devenues shériff par la simple apposition d’une étoile au veston, de généraux génocidaires et de citations indiennes inventées. Envoyé en voyage touristique Frank se retrouve confronté à des spécimen de l’Amérique sur lesquels la finesse de l’auteur impressionne. Loin de vouloir pointer le vilain militaire trumpiste confronté à la gentille guide mexicaine et aux sympathiques retraités bio il tire un peu sur tout le monde, retranchés dans leur habit bien pensant plus ou moins assumé. La vulgarité de Vegas nous saute aux yeux comme la beauté des paysages de la vallée de la mort.

Fausses pistes : les difficiles vies d'une légende de l'Ouest - Bubble BD,  Comics et MangasSi l’élégance des dessins (et surtout des couleurs) est désormais connue et repérable dans un découpage et un format d’album spacieux, la qualité des dialogues impressionne! Avec une aisance évidente, Duhamel claque ses répliques comme des morsures de pistolet ou de crotale en nous faisant enchaîner la lecture avec un plaisir continu. Le quasi-double format se lit très rapidement et on regrette presque d’arriver à la conclusion tant la galerie de personnages nous donne envie de rester en famille. Si le héros est moins marquant que les précédents personnages de Duhamel, son histoire n’en est pas moins touchante. Plus profond que ses autres albums, moins farceur,  Fausses pistes nous fait passer par différents univers, différents sujets avant de prendre la forme, dans sa dernière partie, d’un thriller (jamais trop sérieux tout de même) assez haletant. Ne tombant jamais dans la facilité, l’auteur profite de chaque scène pour trouver un décalage soit drôle soit critique avec une exigence qui fait sa marque de fabrique. Celle d’un auteur dont on peut acheter les albums les yeux fermés.

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