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Bill Finger, dans l’ombre du mythe.

Le Docu du Week-End

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Roman graphique de Julian Voloj et Erez Zadok
Urban (2022), 184 pages, one shot.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance

Il y a trois ans le scénariste Julian Voloj proposait une très intéressante biographie de Joe Shuster, co-créateur de Superman reconnu sur le tard et désormais légalement annoncé sur chaque album de Superman. Dans ce passionnant ouvrage on découvrait notamment un système éditorial où de jeunes auteurs se soumettaient naïvement en cédant l’intégralité des droits de leurs personnages, habitude ancrée pendant longtemps et pratique qui fut mise à mal lorsque les comics devinrent un phénomène de masse. On y croisait Bob Kane, créateur de Batman qui semblait déjà très accroché à ses intérêts financiers…

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH924/18_bill_finger_00-2-09ae8.jpg?1655299307Alors que Joe Shuster et Jerry Siegel gagnèrent leur crédit sur les albums de Superman en 1978 après des procès et un effet certain des films de Richard Donner, l’histoire est toute autre pour Bill Finger, le scénariste de Bob Kane qui ne fut crédité qu’à titre posthume en 2015 après une campagne de sa petite-fille et le militantisme du biographe Marc Nobleman dont l’enquête a fortement inspiré cet album. Le parallèle entre les deux albums écrits par Julian Voloj est très intéressant en permettant de comparer les similitudes et les différences entre les histoires de deux scénaristes restés dans l’ombre de leur personnage des décennies durant.

Si ses homologues de Superman se sont débrouillé seuls pour contester la première cession de leurs droits faits alors qu’ils étaient très jeunes, Bill Finger fut un auteur renfermé qui ne sut jamais revendiquer ses droits et dont abusa Bob Kane qui utilisa des nègres toute sa carrière durant. L’album ne dit pas clairement que le dessinateur écarta cyniquement ses collègues, expliquant qu’il était très doué pour négocier les contrats et que sa mise en avant permit à ses collaborateurs de vivre décemment. Décemment mais anonymement. Il s’agit donc ici d’une histoire d’honneur plus que d’argent.

Bill Finger : dans l'ombre du mythe. Une reconnaissance tardive. -  Superpouvoir.comL’autre intérêt de l’album repose dans sa forme qui suit une enquête à double période (la chronologie de Bill Finger et l’enquête de nos jours par Nobleman), avec une mise en abyme du biographe vis à vis du personnage de Batman. Les lignes se croisent ainsi et l’ouvrage revêt une forme de thriller très originale. Si graphiquement les planches d’Erez Zadok sont très agréables, elles restent artistiquement parlant moins puissantes que le travail de Thomas Campi sur Joe Shuster.

Si on pouvait craindre la réutilisation d’une recette qui marche, ce volume est un petit miracle qui permet de créer un diptyque cohérent et très différent. La lecture des deux albums est vivement conseillée pour tous ceux qui aiment les comics en permettant de découvrir les coulisses de la création et le statut des auteurs, sujet toujours très prégnant.

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Manga en vrac #28: La Métamorphose – La Divine comédie – L’Iliade et l’Odyssée

Le Docu BD

Format mixte aujourd’hui puisque je vous propose une fournée de manga documentaires issus des différentes collections des éditeurs Kurokawa et Soleil, collection dont vous avez probablement déjà entendu parler en parcourant ce blog…

  • La métamorphose (Sugahara-Kafka/Kurokawa) – 2022, 176p., collection Kurosavoirs, one-shot.

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Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

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Après quelques très bonnes pioches chez Kurosavoirs, notamment avec la nouvelle sous-collection des Grandes figures de l’Histoire et sa réalisation de grande qualité, on tombe très bas avec cette « adaptation » de la Métamorphose de Kafka dont les dessins sont franchement rebutant. En choisissant de transposer l’intrigue de cette fable absurde dans le Japon contemporain, on perd en outre l’aspect documentaire et historique qui aurait pu permettre de s’appuyer sur des éléments vintage. Si l’histoire suit assez fidèlement le court roman, aucune analyse ne vient aider à comprendre l’intérêt de cette absurdité. Le choix de cette œuvre pour une adaptation manga aurait justement nécessité soit des dessins de qualité soit une variation dans l’horreur. Or les auteurs ont choisi la forme d’un manga semi-humoristique grossier. La lecture en devient pénible et on ne garde pas grand chose, encore moins l’envie de lire l’original, c’est un comble!

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  • La divine comédie (team Banmikas/Soleil) – 2021 (2008), 192p./volume, one-shot, collection « Classiques en manga ».

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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La Team Banmikas s’est spécialisé depuis plus de dix ans dans l’adaptation manga de grands classiques de la littérature ou de la pensée scientifique. Si leurs manga ne brillent pas par une technique graphique très sophistiquée, ils ont acquis l’expérience de rendre (souvent) accessibles des œuvres pointues, comme cette Divine Comédie, Chant médiéval en huitains  développant autant l’importance de la foi chrétienne que les actions de nombreux personnages contemporains de Dante. La bonne idée du studio est d’avoir regroupé dans un manga court les trois chants (L’Enfer, le Purgatoire et le paradis)  en synthétisant à l’extrême, ce qui aboutit à une grande partie du volume dédiée aux cercles de l’Enfer. Cette première partie de l’œuvre est en effet la plus « graphique » et propice à quelques visions des peines que subissent les pécheurs. Le récit est donc totalement linéaire, Dante n’étant qu’un spectateur de son propre voyage accompagné du poète latin Virgile, à la recherche de son âme sœur Beatrice. Sans grand intérêt graphique, cette proposition aura néanmoins le mérite de permettre facilement à un large public d’avoir une idée de ce qu’est cet ouvrage majeur de la littérature mondiale, faute de montrer son influence (là aussi majeure) sur l’imaginaire graphique jusqu’à aujourd’hui. Une lecture facile bien que très modeste. Pour info Go Nagaï (l’auteur de Goldorak) a déjà proposé une version de la Divine Comédie.

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  • L’iliade et l’Odyssée (Banmikas/Soleil) – 2021 (2011), 224p./volume, série finie en 4 tomes.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

iliade_odyssee_soleilOn termine par une bonne surprise, cette version (très) compacte des deux récits d’Homère, qui fait un très bon boulot de vulgarisation en condensant à l’extrême les quarante-huit chants des deux œuvres. Si les dessins sont minimalistes mais tout à fait acceptables, le travail de condensation a impliqué des coupes assez franches qui surprennent parfois la lecture. Cela est renforcé par l’articulation narrative originellement entrecroisée, voir chaotique, des œuvres, ainsi lorsqu’on commence l’Odyssée sans grande explication de ce que fait Ulysse sur l’ile de Calypso. Il ne faut donc pas en vouloir aux auteurs du manga même s’ils auraient pu retravailler leur intrigue pour la rendre plus fluide. On reconnaîtra donc une démarche de grande fidélité au matériau d’origine tout en permettant une lecture assez accessible malgré la profusion de personnages et de peuples. L’adaptation partie de la source n’a pas dû être facile! Certaines coupes franches ont en revanche été faites sur la partie la plus sympa, l’aventure d’Ulysse, où sont passés sous silence le passage de l’Hadès, les Lotophages, Circé ou Charybde et Sylla pour n’aborder que le retour à Ithaque. Un peu frustrant sur la seconde partie donc mais l’Iliade permet de réviser ses classiques et à certains de découvrir ces récits majeurs de la littérature mondiale.

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Ed Gein, autopsie d’un tueur en série

Le Docu BD
Comic de Harold Schechter et Eric Powell
Delcourt (2022), 288p., one-shot.

L’album comprend un dossier final comprenant 7 pages d’interviews, références et biographie des auteurs et 17 pages de croquis préparatoires.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Eric Powell est connu pour sa série The Goon où il décrit un univers de monstres en tout genre dans le style des comics pulp des années cinquante. La suite était toute naturelle pour illustrer cette enquête d’un éminent spécialiste des serial killers et de littérature des mythes, sur le plus iconique des monstres-assassins, sorte de matrice de tout ce que l’Amérique pourra ensuite créer de tueurs malades issus de ses déviances sociétales.

Ed Gein : Atopsie d'un tueur en série (0), comics chez Delcourt de  Schechter, PowellSi l’album commence sur l’évènement que fut la sortie du Psychose d’Alfred Hitchcock au cinéma, le mécanisme qui aboutit à la naissance de ce monstre est malheureusement tout à fait documentée. Par la sidération de ce que découvrirent les enquêteurs en pénétrant dans la demeure d’Ed Gein, on comprend combien l’imaginaire collectif fut touché par ce dossier, se traduisant dès les premières heures de son arrestation par mille rumeurs et tentatives de montages d’affaires sur l’attraction morbide que le procès créa sur la population. Par la suite les artistes l’utilisèrent naturellement, Hitchcock en premier pour créer son Norman Bates lié à sa mère folle, puis Tobe Hooper pour son Leatherface, enfin, Jonathan Demme pour sa création d’Hannibal le cannibal dans le Silence des Agneaux.

Pourtant, si les actes de ce simplet furent en tout point extrêmes, le mécanisme disais-je est fort classique: une mère aigrie par son déclassement et maltraitée par son père devient le tyran de la famille, humiliant quotidiennement son mari devenu alcoolique, imposant une chape bigote sur ses deux fils dans un contrôle absolument castrateur. Si l’aîné tenta de s’en sortir à la mort du père, le cadet était devenu la chose de sa mère, sa psychologie détruite et dépendante en totalité de son bourreau dans l’interdiction de tout contacte social. Lorsque la mère disparut l’enfant se retrouva sans boussole et, démuni de contrôle social et moral, rechercha des mères de substitution en utilisant un imaginaire trouvé dans les comics d’horreur et d’aventures exotiques où les indigènes coupeurs de têtes dépècent leurs victimes et vouent des cultes à des entités surnaturelles. C’était l’univers d’Ed Gein, vieux garçon à la libido interdite qui passa le cap de l’assassinat tout naturellement et se créa une enveloppe de substitution pour devenir sa mère en dépeçant ses victimes dans de véritables combinaisons de peau…

Did You Hear What Eddie Gein Done? by Eric Powell and Harold Schechter is  Coming! – Craig ZabloLa structure de l’album est très intéressante puisqu’elle ne s’appesantit par sur l’aspect morbide hormis l’unique séquence de découverte de l’antre (très travaillée par Eric Powell comme en témoigne le cahier graphique final). Commençant sur les commentaires d’Alfred Hitchcock, il prend le temps de nous décrire ce que fut probablement la jeunesse du monstre (dans la partie la plus BD du volume) avant de se transformer en un véritable dossier, fait d’interviews, témoignages du tueur comme des psychiatres. Le graphisme tout en crayonnés permet de visualiser les idées mais l’ensemble reste assez sage, les auteurs n’ayant pas voulu tomber dans un esprit gore qui aurait détourné le lecteur du sujet.

Car ce qui passionne dans ce livre c’est le côté extrême, primordial de ce que les déviances d’une religion et d’une société peuvent créer une fois sorti de tout code moral. L’attitude très enfantine de Gein surprend autant que son QI tout à fait banal. La responsabilité individuelle est toujours questionnée dans les crimes et ici l’énormité du fait empêche de penser à la seule « action d’un fou ». En filigrane, sans rien excuser, les auteurs interrogent ainsi sur ce qui crée le crime et la folie passionnelle (car il s’agissait au fond de cela: une passion névrotique pour sa mère-déesse). Il en sort une lecture passionnante, relativement accessible, sur des planches où l’on aurait souhaité Powell plus minutieux tant l’artiste aurait pu apporter bien plus dans une technique (certes chronophage) plus réaliste. Un bien bel ouvrage remarquablement construit et une belle découverte sur l’origine d’un mythe.

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Intraitable #1-4

Le Docu BD

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Manga de Choi Kuy-sok
Rue de l’échiquier (2022), série en cours, 4/6 tomes parus.

Merci aux éditions Rue de l’échiquier pour leur cette découverte.

Alors que la grande crise économique de 1997 frappe l’Asie, le géant des hypermarchés Carrefour tente une implantation éclair sur le sol coréen, attiré par un marché important et un libéralisme très permissif du droit du travail. Las, l’enseigne qui tente d’appliquer les méthodes agressives du néolibéralisme va se trouver confrontée à une résistance inattendue du corps social et des syndicat, appuyés sur une loi plus solide que les dirigeants ne le pensaient… Au travers des personnages de Go-shin le redoutable défenseur des salariés et Su-in le cadre incorruptible, nous allons participer à ce conflit de l’intérieur…

J’ai découvert récemment les éditions Rue de l’échiquier, fondées en 2008 sur des thématiques écologiques et qui se sont lancées dans la BD il y a quatre ans seulement. Ce qu’on peut appeler un éditeur militant a élargi tout naturellement ses thèmes sur l’humanisme, les droits de l’homme et les injustices en tout genre, comme sur la très intéressante immersion dans le Printemps de Hong Kong et sa répression, que j’avais chroniqué il y a peu.Intraitable, tome 2 : des luttes syndicales en Corée du sud - Comixtrip

Ce Manhwa est une sacrée claque tant sur le plan graphique que dans le traitement d’un sujet que l’on connaît trop bien en France si l’on suit l’actualité. Comme pour le cinéma, l’influence du christianisme (première religion de la Corée du Sud) et des Etats-Unis se traduit par une très grande proximité des codes narratifs avec l’Occident, ce qui rend la BD coréenne particulièrement accessible. Ainsi le fait que la série suive les pratiques de management agressif de Carrefour (baptisé ici « Fourmi ») renforce l’impression de suivre un nouveau conflit français tant ces portraits de salariés du bas de l’échelle soumis, isolés, obéissant aux plus aberrants des ordres par peur d’être licenciés nous parlent.

Intraitable -3- Tome 3On commence l’intrigue en découvrant le véritable héros du manhwa, Gu qui tient un cabinet d’aide aux salariés en conflit avec leur employeur. Incroyablement déterminé, coriace et compétent, il se retrouve régulièrement confronté à des petits patrons qui considèrent l’entreprise comme leur propriété et n’ont pas une once de connaissance du droit qui régie les relations entre employeur et travailleur. Ayant eu maille à partir avec la junte au pouvoir jusque dans les années quatre-vingt, cet expert va devenir le premier soutien de Su-in, cadre de Fourmi décidé à créer un syndicat. Déterminés à augmenter leurs marges face à des concurrents bien plus flexibles qu’eux, les chefs de Fourmi ont en effet donné pour ordre à tous leurs cadre de dégraisser la masse salariale en faisant pression par tous les moyens sur les employés pour les pousser à la démission ou à la faute. Toute ressemblance avec des évènements connus est totalement volontaire…

Graphiquement, sous des traits classiques, l’auteur travaille remarquablement ses décors dans une technique numérique qui donne un effet hyper-réaliste renforçant l’immersion. L’expressivité des personnages et leur caractérisation physique permet de bien se repérer entre les protagonistes, point essentiel pour rester concentré sur le sujet. Très moderne, l’auteur fait fuser des dialogues percutants, notamment grâce au personnage de Gu qui permet des scènes à la fois drôles et un esprit radical en mode commando. On n’est ni dans la comédie ni dans la satire, mais bien dans une BD type documentaire suite à une véritable enquête de fond de l’auteur, qui a cependant opté pour la fiction par praticité. Mais l’idée est bien de dénoncer les pratiques de requins des managers, attitudes qui ne cessent de surprendre. La série (dont il reste deux tomes à paraître) rappelle combien le capitalisme agit par la rupture des solidarités entre humains et salariés en instillant une peur individuelle du lendemain. Les héros agissent appuyés sur une connaissance pointue du droit et une morale d’airain refusant toute compromission. Un combat plus nécessaire que jamais et une lecture essentielle par sa facilité d’accès et une réalisation remarquable de bout en bout. A découvrir de toute urgence!

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Le choix du chômage

Le Docu BD

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BD de Benoît Collombat et Damien Cuvillier
Futuropolis (2021), 269p., noir et blanc, one-shot.

Coup de coeur! (1)Dans quatre jours c’est le premier mai, fête du travail et période idéale pour aborder ce monument de la BD documentaire, trop peu mis en avant lors de sa sortie l’an dernier et que bon nombre d’électeurs auraient bien fait de lire… Les deux-cent soixante-neuf pages d’une densité impressionnantes rappellent l’énorme travail des auteurs de La Bombe, dont la complexité et la profondeur rejoint l’enquête de Collombat du Cuvillier. Dépassant de loin la norme moyenne des documentaires en BD, cet ouvrage est une somme à la lecture indispensable qui revient sur soixante-dix ans de construction européenne et d’essor d’une pensée dominante marquée par un ordolibéralisme assumé. Le choix du chômage n’est pas une question mais une certitude après avoir refermé cet album.

La sélection parfaite pour se fâcher avec vos proches : politique &  religion sous le feu de l'investigation BD - Bubble BD, Comics et MangasOrganisé en quatre partie volumineuses traitant des théories néolibérales, du pouvoir socialiste de François Mitterrand, de la construction européenne et la crise de 2008, les auteurs s’appuient sur les témoignages d’un très grand nombre d’acteurs de premier plan, de Jean-Pierre Chevènement à Pascal Lamy (ancien directeur de l’OMC) en passant par toute une galerie de directeurs de cabinet, hauts-fonctionnaires et responsables financiers. Le journaliste d’investigation multi-primé qui a enquêté sur l’affaire Boulin et sur les affaires de Bolloré en Afrique est déjà à l’origine du réputé Cher pays de notre enfance avec Davodeau. Sa neutralité journalistique est indéniable et la portée de ce nouvel ouvrage va bien plus loin que le précédent en ce qu’elle jette une lumière aveuglante non seulement sur le choix de favoriser l’inflation basse et un chômage haut en France (les mécanismes économiques opposant les deux) comme en Europe mais plus largement l’adoption d’une vision néolibérale par l’ensemble des acteurs de la construction européenne, des dirigeants français des quarante dernières années et le caractère assumé d’une supranationalité qui ne s’encombre pas de choix démocratiques comme le résumait en 2015 le président de la Commission Juncker. L’esprit chrétien de la prédestination et du mérite infuse une idée selon laquelle le peuple est dangereux dans ses passions et a besoin d’être forcé dans ses choix. Comme le font les auteurs de Res Publica, la quantité de citations in extenso des personnes qui ont été aux manettes ne laisse pas place au doute.

Le choix du chômage », une enquête sur les racines d'un fléau françaisLa lecture de l’album reste néanmoins ardue de part la densité des informations et la complexité des thèmes abordés. On parle en effet de mécanismes économiques comme d’arbitrages de cabinets, d’influence diplomatique entre Etats-Unis et gouvernements européens en reconstruction. Il faut s’accrocher par moment tant la précision est chirurgicale et le journaliste peut fort heureusement s’appuyer sur le talent indéniable de son dessinateur qui excelle tant dans sa qualité graphique sur les portraits des témoins clés que sur les mises en scènes illustratives au format dessin de presse. Rarement un documentaire aura autant profité de son dessin pour fluidifier le contenu sans oublier l’aspect artistique du format BD.

S’il est choc, le titre est pourtant un peu trompeur en ce qu’il n’est qu’un lancement pour décrire la construction d’une Union européenne néolibérale dont le caractère non démocratique apparaît malheureusement inhérent au projet initial. Ne s’attardant malheureusement pas sur l’espoir qu’à fait naître l’esprit de l’Etat social lors du rejet du Traité constitutionnel de 2005, le projet de Collombat et Cuvillier est totalement déprimant tant il décrit un itinéraire autoritaire et manipulateur dans lequel il ne De Pompidou à Macron, les dirigeants ont fait le choix du chômagesemble pas y avoir d’échappatoire sauf à attendre le fascisme. Un fascisme dont s’accomode parfaitement le Capitalisme comme l’expérience chilienne nous l’a montré et comme l’expliquent la plupart des historiens et économistes hétérodoxes. Une conclusion qui fait refléchir pour un album sorti un an avant le funeste scrutin que nous venons de vivre et qui interroge sur une méfiance peut-être pas si franchouillarde de la population française envers une Union européenne que nombre de citoyens ont sans doute perçus comme loin de l’idéal présenté.

Il y a des ouvrages qui éclairent et des ouvrages qui bouleversent la perception du monde et de l’Histoire. Le Choix du chômage est de ces derniers tant vous ne pourrez plus regarder les politiques, les élections et l’Union Européenne avec le même regard. Un regard que ce magnifique album peut réveiller d’une longue torpeur pour nombre d’entre nous.

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Je suis toujours vivant

Le Docu BD

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BD de Roberto Saviano et Asaf Hanuka
Gallimard/Steinkis (2022), one-shot.

Autobiographie du danger… – Librairie du Château – Ardèche –  Aubenas-Vals-AntraïguesLorsqu’il publie en 2006 son enquête Gomorra détaillant méticuleusement le fonctionnement des trafics de la mafia napolitaine, le journaliste Roberto Saviano franchit la ligne rouge pour le crime organisé: celui de révéler au grand public l' »intimité » de cette organisation qui vit de la peur, du secret et de l’omerta. La loi mafieuse condamnant de mort le fait de briser l’omerta, Saviano vit depuis lors sous une protection policière qui le place de fait dans une prison mobile. C’est cette réalité qu’il nous fait découvrir en compagnie du dessinateur israélien Asaf Hanuka avec ses mises en scène allégoriques très colorées.

Si on parle d’autobiographie c’est surtout parce que Saviano exprime son ressenti, sa prison sans barreaux et l’injustice de se retrouver ainsi éternellement privé de ce qui fait la liberté: pouvoir tomber amoureux, avoir un chez soi, fréquenter qui l’on veut quand on veut,… Après un rappel de ce qui l’a amené à écrire son livre et les conséquences directes de sa publication, l’auteur nous parle surtout d’intimité, rendant la lecture touchante en vivant visuellement les émotions de l’écrivain.

Le rôle de l’image est extrêmement puissant sur cet album qui montre de façon évident que Hasaf Hanuka est l’un des tous meilleurs illustrateurs mondiaux, avec l’approche d’un dessinateur de presse pour celui qui a dessiné les séquences oniriques du film Valse avec Bachir. Jouant d’aplats de couleur créant un aspect bichromie, il joue sur les formes et les idées comme dans un rêve permanent, cette torpeur que doit être la vie de Saviano.

Bandes dessinées | Ce que La Presse en pense | La Presse

Conçu comme une catharsis, l’album semble bien dérisoire dans cette destinée très dure. On s’étonne de ne pas trouver de liens plus étroits avec d’autres « prisonniers » tels que Salman Rushdie. Car il s’agit bien de croquer l’univers mental d’un écrivain qui n’a plus que ses écrits pour s’évader et vise par ce projet et son titre à faire un manifeste à destination de la Mafia: si elle est parvenue à le tuer socialement, elle n’a pas réussi à éliminer sa liberté d’expression et le danger qu’il représente.

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Get up america #1/2

Le Docu BD

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BD de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell
Rue de sèvres (2022), 1/2 volumes parus

bsic journalismMerci aux éditions Rue de Sèvres pour leur confiance.

Suite directe de la trilogie Wake up America (March en VO) dont vous trouverez sur le blog les chroniques des trois tomes, ce diptyque a été achevé juste avant le décès de John Lewis en 2020. Comme pour la première série, l’éditeur a modifié le titre Run en Get up America. Chose notable, s’il est plus court, ce premier tome comprend un important cahier documentaire final comportant une impressionnante bibliographie, des sources audiovisuelles et de discours témoignant du monumental travail de documentation et des explications sur le travail d’adaptation des mémoires de Lewis dans le média BD. Cet enrichissement augmente fortement la plus value de ce documentaire dont la première trilogie était déjà un monument d’Histoire.

Get up America 1 (par Nate Powell, Andrew Aydin et John Lewis) Tome 1 de laAprès l’adoption du Voting right act de 1965 (qui est actuellement fortement remis en cause par les Etats du Sud depuis la présidence de Donald Trump) la société ségrégationniste ne baissa pas les armes et s’échina à démontrer qu’il y avait un monde entre le Droit et la pratique du Droit, abusant de l’autonomie constitutionnelle des Etats américains qui se lavent les mains des lois fédérales lorsqu’elles les dérangent trop. Le Nord, embarqué dans l’intervention au Vietnam ne souhaite pas s’impliquer trop avant pour la défense de populations qu’il considère au fond comme étrangère. Face aux exactions du KKK l’harmonie idéologique non-violente qui a prévalue dans le sillage de Martin Luther King se fissure rapidement et voit apparaître un courant séparatiste proclamant le Pouvoir Noir qui s’incarne dans un parti politique radical que l’on nommera bientôt Black Panther party

Cette suite directe a eu un développement artistique un peu compliqué puisque comme je l’annonçais dans le précédent billet c’était la dessinatrice Afua Richardson qui devait produire les planches avant de passer la main à un autre dessinateur… qui jeta également l’éponge. Au final c’est exactement la même équipe qui rempile avec donc Nate Powell aux pinceaux et une harmonie graphique conservée. Lorsque l’album s’ouvre rien ne semble avoir changé, montrant que l’objectif des auteurs n’est pas de créer un récit mais bien de rendre compte d’évènements précis. Cela crée une complexité documentaire déjà vue dans le précédent triptyque lorsque s’entament des débats politiques entre les tenants de différentes lignes de conduite. Dans tout mouvement de lutte il y a des désaccords et celui des droits civiques n’échappa pas à cela avec l’apparition marquante – et traumatisante pour Lewis – des Black Panther qui assumèrent la séparation entre deux peuples américains, le refus de se soumettre à une domination blanche, l’affirmation d’une fierté noire (principe que l’on retrouve aujourd’hui dans la lutte pour les droits des minorités sexuelles) et surtout, le basculement d’un combat éminemment chrétien parti des églises à une lutte des classes où les noirs sont considérés comme l’incarnation du prolétaire. La conscription pour le Vietnam fut un élément déclencheur qui marginalisa les tenants de la non-violence et décida d’entamer la lutte politique séparément du grand Parti Démocrate.Amazon.fr - Run - Aydin, Andrew, Lewis, John, Fury, L., Powell, Nate -  Livres

Il est toujours aussi passionnant de se replonger dans cette histoire pas si lointaine d’une nation Etats-unienne qui dans ces deux décennies sortit d’un conservatisme réactionnaire pour s’ouvrir à un idéal de melting-pot. Comme la présence de vétérans de guerres (39-45 ou Algérie chez nous) permet de réaliser la réalité choquante ce qu’on nous relate, celle de John Lewis (dont il s’agit, rappelons-le, des mémoires) nous rappelle à chaque page que tout ce qu’on nous montre s’est bien passé, même si on a du mal à le croire. A la lecture de cette dense BD on doute toujours d’avoir vu passer huit ans durant un noir dans le Bureau ovale cinquante ans seulement après ces évènements tant ce pays vient de (très) loin. Avec cet héritage, après Trump on se demande comment cette Nation fait pour tenir ensemble. En attendant on attend avec impatience la conclusion de cette série sur l’émergence du mouvement politique noir.

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Res Publica : cinq ans de résistance 2017-2021

Le Docu BD
BD de David Chauvel et Malo Kerfrieden
Delcourt (2022), 344p., One-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)

Le temps passe, la mémoire trépasse. Ce très volumineux et dense album est là pour nous le rappeler. Cruellement, salutairement, comme un uppercut démocratique qui nous réveille d’un trop long cauchemar. Dès sa préface, le scénariste des 5 Terres et de Robilar (où il proposait déjà sa version du monument La ferme des animaux d’Orwell) se fait modeste, ne se réclamant ni du journalisme ni du politologue, demandant la bienveillance des lecteurs qui trouveront quelques facilités, quelques erreurs de dates dans cette quantité phénoménale de sources (dont les références seront listées en fin d’album). Il y a deux ans La Bombe marquait les lecteurs BD par sa pagination, par son travail pédagogique et historique très important, avec le succès attendu et mérité. Sorti opportunément juste avant les élections présidentielles, ce Res Publica qui résonne dans un premier temps comme un pamphlet et s’avère bien plus, est de salubrité publique alors que le storytelling sondagier proclame déjà Emmanuel Macron réélu face à Marine Le Pen.

L’ouvrage s’ouvre sous le patronage du Larousse en nous rappelant ce que signifie République. Et tout au long de ces trois-cent quarante pages le scénariste en colère revient aux fondamentaux, que les coups réguliers des dirigeants depuis vingt ans ont fait perdre de vue à leurs concitoyens. Ce faisant il questionne à la suite des Gilets jaunes le principe même de démocratie représentative. Ce débat tranché temporairement lors de la Révolution française entre la démocratie directe et celle, plus bourgeoise des élus, a été ramené plus vif que jamais par cette révolte populaire, la plus importante sans doute depuis celles du XIX° siècle.

Si Res Publica n’est pas un album sur les gilets jaunes, la couleur de sa couverture et sa bichromie en font bien évidemment un axe central d’analyse de ce quinquennat présenté comme le plus grand hold-up de la finance et de la bourgeoisie conservatrice de notre histoire. Revenant avec minutie sur ce qui a amené Macron à la tête de l’Etat, Chauvel permet via d’omniprésentes citations de comprendre ce que le bruissement du monde et la frénésie médiatique ont noyé. Non seulement Emmanuel Macron n’a jamais été du « centre » mais son agenda était annoncé et lisible (contrairement à son prédécesseur) et son arrivée à la Présidence de la République a été confisquée par ces circonstances déjà subies en 2002, face à l’extrême-droite. Ainsi ce président le plus mal élu de la V° République (et donc minoritaire dans la population) plaça immédiatement des chefs d’entreprise (dits « société civile »), dont sept millionnaires, dans son gouvernent, pour produire pas moins que ce que le duo infernal des années quatre-vingt Thatcher-Reagan proposèrent au monde: une rupture définitive avec l’héritage de la Libération et le concept d’Etat-providence.

Les moins à gauche des lecteurs tiqueront par moment sur l’orientation, la radicalité du propos. Il est certain qu’un bon montage de citation et d’évènements permet de faire dire à peu près ce que l’on veut à des personnes. Les médias nous le montrent tous les jours et les auteurs le décortiquent très finement quand au traitement médiatique fort déloyale de la révolte jaune. En cela l’album est bien un pamphlet qui ne vise aucunement la neutralité. Et pourtant… Le travail journalistique est immense: le cœur du projet est bien de se baser sur les faits, déclarations, séquences filmées, pour les mettre en perspective. C’est à ce titre que l’ouvrage est d’une lecture indispensable pour rappeler à tout citoyen qui s’apprête à voter ce que notre président s’est permis, à commencer par une violence sans pareil en régime démocratique de la part de l’appareil policier.

Entrecroisant le déroulé chronologique de quelques témoignages de gilets jaunes, les auteurs permettent de saisir (comme l’a très bien fait le récent Mon rond-point dans ta gueule) la réalité d’un mouvement populaire et d’une France définitivement scindée d’une élite aveugle. On parle depuis des années d’une France des Quartiers en marge de la République. Le géographie Christophe Giuly parle de la France périphérique depuis les années deux-mille. Les Gilets jaunes et le niveau inédit des partis contestataires dans les intentions de vote montrent comme jamais qu’une rupture est en train de survenir, qui rend plus incertain que jamais le prochain scrutin présidentiel.

Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort – Emmanuel Macron, 2015.

Les faits mis bout à bout sont choquants et interrogent sur la possibilité démocratique qu’un tel projet soit maintenu au pouvoir. La rupture entre des élites coupées d’un peuple qui ne profite pas du néo-libéralisme est évidente à la lecture de l’ouvrage. Un ouvrage que tous les citoyens devraient lire d’ici avril pour se rappeler que seul le peuple détient le pouvoir. Notamment lors de l’élection présidentielle.

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Marie-Antoinette, destin d’une reine de France

Le Docu BD

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Manga de Mayuho Hasegawa et Yuho Ueji
Kurokawa (2021), 165p., one-shot

Vous trouverez un rappel de la formule éditoriale sur le précédent album dédié à Cléopâtre.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

Marie-Antoinette, destin d'une reine de France, manga chez Kurokawa de  Hasegawa, KomagataAlternant chaque semaine un album Kurosavoir me revoilà sur un volume de la nouvelle formule dédiée aux grandes figures de l’histoire et le plaisir de constater son efficacité. En voyant le sujet dédié à Marie-Antoinette et la passion un peu désuète des japonais pour la Révolution française et les perruques je craignais de trouver un traitement à côté de la plaque d’un sujet parfaitement dramatique, la Révolution et la chute de la royauté. Et comme pour la reine égyptienne la garantie apportée par un historien change totalement la donne en parvenant une nouvelle fois à intéresser sur le plan manga et sur le traitement historique.

On navigue tout le long sur le fil d’une défense de la jeune noble fille d’empire sans tomber dans un contre-sens historique. On nous présente ainsi simplement le contexte familial très dur de la famille impériale d’Autriche et de la mère qui envisageait ses enfants comme de simples matrices destinées à donner des héritiers pour souder les alliances entre Nations. Envoyée à quatorze ans a mille cinq cent kilomètres de la famille qu’elle n’avait jamais quitté, elle se trouve alors confrontée à la rudesse de l’étiquette hyper-développée de la Cour de Versailles. Soumise à toutes les manigances de cour, la jeune femme se réfugia dans les loisirs futiles à mille lieues des problématiques du bon Marie-Antoinette, destin d'une reine de France - BDfugue.compeuple…

Abordant autant les problématiques économiques que les difficultés d’intégration de cette pauvre fille et ne passant pas sous silence la dureté des évènements de la période révolutionnaire (qu’on passe rapidement pour dispenser les jeunes lecteurs de séquences violentes), le manga est passionnant en joignant l’utile et l’agréable. Ce qui étonne tout le long dans cette collection c’est la capacité à traiter très sérieusement le fond avec un habillage léger de manga shojo. L’aspect psychologique de la situation de Marie-Antoinette la rend touchante même si l’on n’oublie pas le décalage criminel de cette noblesse coupée des réalités et se vautrant dans le luxe devant la misère du peuple.

Encore un coup au but sous ce format et l’on attend avec impatience le prochain!

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Emile ou de l’Education

Le Docu BD

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Manga de Isa Yoshitake (adapté de JJ. Rousseau).
Kurokawa (2021), 192p., one-shot, collection Kurosavoirs.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

On continue notre chevauchée dans le monde des manga documentaires avec cette fois un retour au format plus classique des ouvrages Kodansha (que l’on peut retrouver sur le récent Descartes ou Malthus). Après le très bon Cléopâtre, le format de celui-ci s’avère moins travaillé graphiquement et c’est surtout sur le traitement scénaristique que l’on trouve son intérêt. Alors que Rousseau imaginait l’éducation idéale d’un personnage fictif, récit graphique oblige on a ici l’histoire du propre fils de Rousseau, abandonné par le philosophe et devenu lui-même précepteur pour fils de puissants. Se retrouvant en charge d’un enfant, ce dernier décide d’appliquer les théories de son père pour mener l’éducation idéale d’Emile en l’emmenant grandir à la campagne. Après plusieurs âges éducatifs, Emile reviendra en société où il sera confronté à l’amour et à la rivalité, alors que le pédagogue se confrontera à son géniteur, Rousseau lui-même…

Serie Émile ou de l'Éducation [ESPRIT BD, une librairie du réseau Canal BD]On le voit, si la trame manga est celle assez classique d’un apprentissage et d’une confrontation entre personnages archétypaux, le traitement du cœur de la théorie de Rousseau est avantageusement mis en image avec de sympathiques séquences naturalistes qui éclairent les premiers âges de la vie de l’enfant. Suivant les chapitres du livre, le manga étonne à la fois par la longueur de la vie pédagogique, qui s’étire jusqu’à vingt ans, à une époque où l’homme du XXI° siècle imagine les enfants mariés à quinze. On comprend également la persistance de cette référence qu’est ce livre tant les concepts de liberté infantile restent très modernes encore aujourd’hui. L’idée principale voulant que l’enfant a besoin de se confronter en grande liberté à la Nature et sa découverte par la maïeutique avant d’être réellement pris en main, est exploitée dans le film Captain fantastic notamment, comme une forme de version moderne.

Le mérite principal de ce manga (comme de la plupart de la collection Kurosavoirs) reste donc de faciliter la découverte de ce monument de la culture humaniste dans une version abrégée, condensée et graphique. C’est également accessible assez jeune et c’est bien suffisant pour y trouver un intérêt!

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