*·**·****·Comics·East & West·Manga

Sushi & Baggles #14

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  • Iron man, Season one (Parel/Chaykin) – 2019

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Mauvaise pioche… J’ai découvert le talentueux Gerald Parel sur twitter où il publie régulièrement des fan-art de toute beauté. Du coup j’ai voulu tenter un des rares comics qu’il a dessiné… et comme pour nombre d’autres illustrateurs Parel est clairement plus attiré par les dessins de couvertures et autres concepts que par des albums complets. Celui qui doit publier une nouvelle version d’Astroboy très prochainement (on espère que Morvan saura cadrer) propose ici ce que je qualifierais de brouillon… Si l’histoire n’est pas inintéressante (bien que fortement reprise du scénario du film, avec un focus sur l’alcoolisme de Stark), si Parel excelle dans un style proche du rough tout numérique pour ce qui est des visages et premiers plans, les séquences action, arrière-plans et décors sont totalement brouillons, à peine esquissés et franchement pas chouettes à voir! Je suis dur mais quand on connait le talent du bonhomme on peu être assez choqué que l’éditeur ait accepté de publier cela. Je n’ai rien contre le dessin numérique esquissé, bien au contraire, et il est toujours impressionnant de voir combien en trois traits une silhouette lointaine prends vie. Mais tout de même… Est-ce le problème du calendrier imposé ou Parel qui n’a pas pris le boulot au sérieux, je n’en sais rien mais cela aboutit à un album que je déconseille clairement, même aux amoureux d’Iron-Man et du dessinateur.

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  • Dr Stone #5 (Boichi) – 2019

Couverture de Dr. Stone -5- Histoires du temps jadisDans cet épisode le tournoi pour déterminer le futur chef du village qui épousera la sœur de Kohaku bat son plein. L’arc du village touche à sa fin avec l’invention de la chimie et du médicament qui devra sauver la prêtresse. Je trouve que la série commence à s’essouffler en réduisant le côté world-building avec un combat où l’on retrouve les grimaces chères à Boichi mais pas très intéressant ni graphiquement ni thématiquement. Heureusement les auteurs savent rebondir régulièrement avec un cliffhanger assez costaud qui nous relate ce qui s’est passé juste après la pétrification… Je pense que je vais m’arrêter là pour ma part mais cette série reste de très bonne qualité pour les jeunes et peut aussi servir à introduire un lecteur (disons à partir de 10 ans?) au manga avec son aspect vulgarisation scientifique accélérée.

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  • Ajin #13 (Sakurai/ Glénat) – 2019

Couverture de Ajin : Semi-Humain -13- Tome 13Sa sent la fin! La vague finale de Sato est lancée pour détruire les institutions du pays après avoir pris le contrôle de la base d’Iruma dans une bataille dantesque! Ce volume comporte un peu moins d’action mais garde un rythme endiablé de révélations sur le fonctionnement des Ajin, de leurs fantômes et de leur « physique ». Gamon Sakuraï est un redoutable marionnettiste qui joue de ses personnages en recherchant toujours l’inattendu. Si quelques ficelles du plan de Sato s’avèrent un peu faciles, laissant les forces de défense et le gouvernement dans une sidération totale, on apprécie toujours autant ce diable se jouer de tout le monde avec une facilité déconcertante et une gestion de son corps totalement machiavélique. Au risque, depuis le début de la série, de vampiriser quelque peu l’attention du lecteur en laissant les personnages secondaires en retrait. On ne sait pas trop comment fait le héros Kei Nagaï pour parvenir à comprendre le raisonnement de Sato  mais c’est finalement un détail tant cette série continue tome après tome à nous aspirer dans ce tourbillon d’action géopolitique qui n’oublie pas de questionner la société japonaise sur son élitisme et son rapport à l’autre. Résolument un indispensable si vous appréciez les manga!

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****·East & West·Manga·Nouveau !

Les montagnes hallucinées #2

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), 2 volumes/2 parus, n&b.

J’avais critiqué le tome 1 que vous pouvez trouver ici avec notamment le descriptif éditorial. Entrecoupés de pages noires, les chapitres de l’album sont titrés en français et en anglais. Un court cahier couleur démarre l’un des chapitres centraux qui portent sur l’histoire des Anciens. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage.

Après le massacre du camp de Lake le professeur Dyer part à la recherche du seul survivant. Après avoir franchi la crête des immenses montagnes noires, par plus de 7000 mètres, ils découvrent une cité cyclopéenne datant de millénaires avant l’apparition de l’homme sur Terre. Une cité qui les mènera aux portes de la folie…

J’avais été légèrement déçu par le premier volume, notamment sur des dessins par trop imprécis et j’ai été très surpris par la différence avec ce second volume, qui s’explique sans doute par la construction du texte original (très progressif) mais pas uniquement. On sent en effet l’auteur bien plus à l’aide dans le graphisme architectural de la cité(les premiers mirages aperçus dans le premier volumes laissaient présager cela). Mais surtout, cette exploration laisse moins de place aux personnages humains (réduits à deux protagonistes) pour entrer pleinement dans une découverte absolument fascinante et remarquablement bien découpée. Pas un seul temps mort dans cet album que l’on peut découper en trois parties: la découverte de la cité, en plans larges, paysagers, montrant les dimensions incroyables des constructions, un gros passage central très réussi relatant l’histoire des Anciens et des Shoggoth qui nous fait entrer pleinement dans le Mythe de Ctulhu, enfin la fuite des explorateurs (je m’arrête là pour ne pas spoiler l’ »indicible » :).Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

On peut regretter le petit manque d’imagination de Tanabe quand au type de constructions, parfois aux proportions démesurées qui illustrent bien le caractère « non-euclidien » de cette cité, parfois on tombe dans le basique mur en pierres avec voûte en berceau… Ca reste un détail mais toute la force des écrits de Lovecraft reposant sur l’impossibilité de ses visions (par exemple le principe même de la mégalopole par 7000 mètres d’altitude), des architectures que des humains auraient pu bâtir brisent un peu la magie. Néanmoins l’auteur sait semer des liens comme cette tour qui rappelle discrètement les peintures de la Tour de Babel (illustrant la descendance humaine des Anciens!) et ces bas-reliefs qui permettent aux explorateurs de découvrir l’histoire des créatures étoilées.Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

Si le premier tome traînait à démarrer, ici on est dans l’action du début à la fin avec un rythme parfait. On découvre l’incroyable avec nos deux témoins, on apprends ce qu’il est advenu du survivant du camp Lake, tout est résolu jusqu’à la conclusion parfaite et logique. Avec ses références bien placées à nombre d’éléments de la mythologie ctulhienne (du plateau de Leng au Necronomicon en passant par la Ville sans nom des déserts d’Arabie,…), le manga de Gou Tanabe sait titiller notre envie de fantastique et pousse à aller lire les ouvrages de Lovecraft et sans doute ceux à venir du mangaka dans la collection éditée en France par Doki-Doki. Très fidèle au texte original, il cite également l’ouvrage mythique Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe, qui a en partie inspiré le mythe de Ctulhu. Un ouvrage sans faute qu’il aurait sans doute mieux valu publier en un unique tome et qui mériterait cinq Calvin avec des dessins un peu plus expressifs.

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***·East & West·Manga·Nouveau !

Les montagnes hallucinées #1

esat-west
Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2018), volume 1, n&b.
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Ce manga montre combien un bon travail d’édition met le lecteur dans d’excellentes conditions avant même d’entamer la lecture. Un peu comme une belle illustration de couverture… Ki-oon a sorti la grosse artillerie avec une superbe couverture simili-cuir en effet gravure. Une court bio de l’auteur et de Lovecraft, une introduction au roman original At the mountains of madness, un sommaire et quelques citations en anglais de nouvelles d’Edgar Poe (dont Arthur Pym) pour mettre dans l’ambiance. L’édition respire le respect et mérite un Calvin. Qu’en est-il du manga lui-même?

En 1930 une très importante expédition de l’Université Miskatonic part pour l’Antarctique, équipée d’avions et du matériel dernier cri. Ils vont étudier la géologie et la biologie d’un continent découvert mais pas encore exploré. Très vite les découvertes apportent des révélations improbables au niveau des datations et l’ambition de l’une des têtes de l’expédition pousse à séparer les équipes. Lorsque l’équipe Lake ne donne plus signe de vie après le passage d’une redoutable tempête le reste des hommes part à leur secours et vont découvrir l’indicible…

Résultat de recherche d'images pour "tanabe montagnes hallucinées"Gou Tanabe n’a pas une grosse bibliographie mais a commencé à se spécialiser depuis quelques temps dans les adaptations de classiques, dont Lovecraft.  Il n’est pas le plus technique ni le plus impressionnant des dessinateurs japonais. Pourtant son style réaliste colle avec l’atmosphère résolument classique qui sied aux histoires d’aventures fantastiques de l’époque. La première approche est décevante tant le dessin semble avoir été vu mille fois et le récit d’expédition antarctique nécessite un plus graphique ou scénaristique pour se démarquer. Le rythme des histoires fantastiques est progressif. Celui des Montagnes hallucinées également: après une longue mise en place à la lecture difficile du fait de l’utilisation de trames grossières et du manque de précision du dessin, les premières accélérations de l’intrigue ouvertes par la découverte de strates géologiques à la datation impossible font monter la tension et le rythme cardiaque du lecteur… qui ne décroche plus jusqu’à la fin. Le prologue avait annoncé l’horreur. L’intérêt du manga repose sur l’accumulation de découvertes toutes plus improbables les unes que les autres. Le principe du hors champ et du jeu sur l’anticipation du lecteur fonctionne très bien: l’auteur déroule cliniquement les découvertes des scientifiques et le lecteur s’attend à chaque page à voir surgir un monstre…

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Le mythe de Cthulhu est toujours aussi fascinant dans son jeu des impossibilités scientifiques entraînant à la folie. Dans ce premier tome il n’est pourtant pas question de déviances mentales puisque jusqu’à la découverte macabre du campement (totalement gore et horrible) nous ne faisons face qu’à des constatations rationnelles. L’équipe reste au pied des Montagnes de la folie, que l’on abordera dans un second volume.

Étrangement les limites du dessin de Tanabe, qui posent problème sur les premiers chapitres, apportent un plus dès l’arrivée des Anciens. L’impossibilité physique à représenter ces êtres indicibles (j’adore le vocabulaire hypertrophié de Lovecraft!) est très bien reprise par des dessins sombres, présentant des enchevêtrements impossibles à comprendre visuellement. C’est perturbant mais sert totalement le propos; on imagine dès les pages montrant par mirage la cité cyclopéenne ce que sera le tome deux.

Très respectueux de l’oeuvre originale (sans doute trop), Gou Tanabe sait faire tenir la tension de son scénario en montant progressivement vers l’horreur brutale. Avec un dessin plus précis et moins sombre l’on aurait gagné en qualité mais l’ouvrage réussit à être une très bonne illustration du texte de Lovecraft et fascine lorsqu’il s’agit de représenter ces Anciens.Résultat de recherche d'images pour "tanabe montagnes hallucinées"

Sur le thème de l’expédition polaire vous pouvez retrouver mes chroniques de la BD-photo d’Emmanuel Lepage La lune est blanche et la BD de Boidin Endurance sur l’expédition Shackleton.

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****·Graphismes·La trouvaille du vendredi·Littérature·Nouveau !

La trouvaille du vendredi #19

La trouvaille+joaquim
L’appel de Cthulhu
Nouvelle illustrée de Howard Philip Lovecraft et François Baranger
Bragelonne (2017), 64 p.

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Howard Philip Lovecraft est au même titre que Tolkien sur la Fantasy, l’inventeur d’un genre imaginaire, d’un univers visuels et thématique. Si le fantastique existe avant lui, la création d’un Mythe moderne et surtout son influence sur des générations « d’imaginateurs » (cinéastes, illustrateurs, musiciens, écrivains,…) est proprement sidérante et dépasse de très loin la portée propre de ses écrits. C’est bien le pouvoir d’évocation de ses textes qui a fasciné et continue de fasciner ces créateurs qui pour certains ont digéré le Mythe de Cthulhu pour en accoucher autre chose. Le fait que Lovecraft n’ait jamais été adapté au cinéma autrement que par des nanar est illustratif: il y a tellement de Lovecraft dans une multitude d’œuvres que les auteurs doivent se sentir à la fois incapables d’une adaptation « officielle » maisdoivent aussi se demander s’il y a toujours lieu d’une telle adaptation. Comme le fait d’adapter encore la légende arthurienne peut interroger, un univers passé dans l’imaginaire culturel commun n’a plus forcément de raison d’être.

Résultat de recherche d'images pour "cthulhu baranger"En BD les auteurs directement influencés par Lovecraft sont impressionnants: je citerais Lauffray, Ledroit, Bec, Sorel, mais aussi une bonne partie des auteurs américains ayant bossé sur Batman (Gotham, Arkham et son bestiaire rappellent évidemment les thèmes de la folie et du passé enfouis),… Un Godzilla comme un King Kong peuvent être vus comme les enfants de Cthulhu et a peu près tous les réalisateurs fantastiques ont l’univers de Lovecraft en livres de chevet.

La parution chez Bragelone d’une version illustrée et très grand format de la nouvelle initiale « L’appel de Cthulhu » est l’occasion rêvée pour tous les amateurs de fantastique de retourner aux sources, au matériau d’origine. La préface de John Howe (lui-même créateur avec Alan Lee de l’univers visuel du Seigneur des Anneaux, totalement intégré aux films de Peter Jackson) explique parfaitement le pouvoir visuel de ces textes et l’appréciation idéale de François Baranger de ce qu’est le fantastique: improbable, indicible, le Mythe doit rester tapis, esquissé, lointain et nappé de voiles. Les dimensions colossales des lieux et créatures du Mythe ne peuvent être appréhendés dans leur entièreté, comme Lovecraft rappelle sans cesse l’impossibilité de l’homme à cohabiter avec ces forces primaires.

Image associéeAinsi, si le texte (relativement court, environ 18 pages sans les images) pourra faire sourire par le style redondant et insistant d’un vocabulaire de l’impossible et incommensurable, il n’en demeure pas moins très puissant dans son côté épique et archétypal. Et c’est là que les illustrations de Baranger viennent produire un effet démultiplicateur, par leur qualité graphique d’abord (les allergiques à la peinture numérique risque néanmoins d’être frustrés), par leur puissance brute ensuite. L’illustrateur a travaillé comme designer pour le cinéma (l’Attaque des Titans avec le fameux Kraken, les films de Christophe Gans, Harry Potter et pas mal de blockbusters du jeu vidéo) et cela se voit dans les cadrages extrêmement cinématographiques des images pleine page. Le format est très confortable et permet d’apprécier la démesure du Grand Ancien et des structures cyclopéennes dont il sort. Accompagnant le texte sur les premiers chapitres, l’image prends le dessus ensuite en vous transportant littéralement dans un film sur grand écran et laissant imaginer ce qu’un Guillermo del Toro aurait produit sur son projet des Montagnes Hallucinées avec Tom Cruise et en imaginant ce que ses Kaiju de Pacific Rim ou le Godzilla de Gareth Edwards aurait été dans l’univers de Lovecraft.

Image associéeLa force de ce Mythe est de convoquer autant l’aventure dans des terres inconnues à la Indiana Jones que la hantise du fantastique caché et de la conspiration mondiale. Cet ouvrage est vraiment magnifique, de qualité et je ne saurais que le conseiller pour un shoot d’imaginaire pur.

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BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #7

La trouvaille+joaquim


Xocco

BD de Thomas Mosdi et Olivier Ledroit
Vent d’ouest (1994-1995), 2 albums de 54 et 62 pages.

Couverture de Xoco - Intégrale cycle 1 - Tomes 1 à 2J’ai parlé la semaine dernière d’Olivier Ledroit pour son Art-book sur les fées. Une fois n’est pas coutume, je remets le couvert avec l’un de mes albums préférés: le diptyque Xoco. La série a été suivie quelques années plus tard pas un second cycle scénarisé par Mosdi mais illustré par le très moyen Palma (suite donc très dispensable).

New-York, période de la Prohibition. Alors que les gangs s’affrontent pour le contrôle de la ville, des meurtres atrocement sanglants sont perpétrés. La fille d’un antiquaire autrefois assassiné se retrouve au centre d’une poursuite qui va voir s’affronter différentes visions de la réalité et dont d’étranges indiens arrivés de leur Nevada pourraient avoir la clé.

Résultat de recherche d'images pour "xoco ledroit"Paru il y a 24 ans alors que Ledroit venait de clôturer sa participation aux Chroniques de la Lune noire (dont il continuera à réaliser les superbes couvertures jusqu’à aujourd’hui), Xoco lui permettait de partir dans un registre à la fois plus réaliste (des crimes pendant la Prohibition) et collant à son univers noir et gothique en illustrant une histoire fortement inspirée de l’univers de HP Lovecraft. Certainement sa meilleure œuvre (tant graphique que scénaristique), le double album adopte une technique en peinture directe (son premier il me semble) et aux traits beaucoup plus sérieux que ses albums d’Heroïc-Fantasy. Le film Seven, sorti en même temps que le second volume Notre seigneur l’écorché adoptait une esthétique très proche: une ville sombre, poisseuse, humide où la lumière semble fuir. le lien entre les deux ne s’arrête pas là car la mise en scène de la BD est extrêmement cinématographique, avec travelings, zooms et dézooms, textes hors-champ etc. L’esthétique art-déco irradie des décors très fouillés et surtout, Ledroit développe ce qui a fait sa marche de fabrique: la destruction de pages par un savant jeu de cases rompant totalement avec les codes de la narration franco-belge et entièrement fusionnées avec ses nécessités graphiques. L’inspiration vient probablement du Manga puisque même Sin City  de Frank Miller (qui a lui aussi révolutionné la construction des planches) sort à peu près en même temps.

Image associéeThomas Mosdi n’est sans doute pas pour rien dans cette évolution plus cadrée de l’art de Ledroit, puisqu’il avait produit le scénario de la première série de Guillaume Sorel, également très teintée de Lovecraft (l’Ile des morts) et très travaillée en matière de découpage. Toutes les autres BD d’Olivier Ledroit ont le gros défaut d’être basées sur des scénarios de jeu de rôle, sans grande ambition, laissant libre court à la furie des pinceaux de l’illustrateur. Xoco est d’abord une histoire sur le voile des réalités, des démons d’entre les mondes et des pouvoirs des esprits (les chamans navajo). Une histoire solide, à la progression construite et laissant la place aux séquences dialoguées, aux atmosphères (dès l’intérieur de couverture un rapport de police nous immerge dans l’histoire). Probablement que Ledroit s’amuse plus en envoyant des légions de millions de dragons se fracasser sur des murailles titanesques… mais ses albums en pâtissent. Ainsi hormis la fin apocalyptique et très noire, la plus grande partie du récit est une enquête policière relativement classique. Résultat de recherche d'images pour "xoco ledroit"Ça reste sombre, violent, mais c’est de la très bonne BD, de l’excellent scénario: en clair, un film sur papier.

J’hésite souvent à penser qu’Olivier Ledroit gâche son talent et ne choisit pas vraiment les bons scénaristes qui le bousculeront… Sa tentative de scénario sur le très bon Les irradiés (jamais poursuivi faute de succès) m’incite à penser que cela aurait pu l’amener à diversifier ses histoires et sa technique. Il y a plein de raisons de ne pas aimer les BD de Ledroit, malgré des planches objectivement magnifiques… Si vous êtes de ceux-ci, lisez Les deux tomes de Xoco et savourez un artiste ambitieux, travailleur, exigeant. Un chef d’œuvre.

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Shingoulouz.inc

BD de Wilfried Lupano et Mathieu Lauffray
Dargaud (2017)

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Les Shingouz ont encore frappé ! Alors que les agents spatio-temporels Valerian et Laureline sont à la recherche d’une Intelligence Artificielle criminelle, Monsieur Albert leur apprend que le trio d’extra-terrestres infernaux a commis l’irréparable: ils ont perdu la Terre au jeu…

La série « Valerian vu par… » entamée il y a déjà 6 ans par Manu Larcenet et son déglingue « Armure du Jakolass » revient avec un attelage improbable entre Lupano, (le scénariste très talentueux du moment) et maître Lauffray, chef d’une Ecole graphique, dont la rareté et l’irruption dans un registre humoristique attisent la curiosité. Et on peut dire que la réussite est complète si l’on en juge par le seul plaisir et la quantité de rires provoquée par cet album. Autant le Jakolass restait dans l’univers de Larcenet (gros pif, piliers de bar et antihéros), autant nous sommes ici totalement dans la thématique Valérian mais réinterprété par l’auteur des Vieux Fourneaux dont on retrouve ici toute l’énergie, les scènes improbables et surtout l’humour. valerian_color_small_40_41Rarement je m’étais autant poilé en lisant une BD (peut-être devant Calvin et Hobbes…). La profusion d’inventions scientifico-n’importe quoi ne laisse pas deux cases de répit. Entre le Thon quantique, les Shingouz propriétaires de la Terre et l’IA corruptrice du compte retraite des agents de Galaxity (Lupano en profite pour nous glisser sa critique de la finance et du système libéral déjà connue des lecteurs des Fourneaux), on rit sans arrêt, entre deux bavements dus aux planches de Mathieu Lauffray.

Pour une fois on peut dire que les pinceaux de l’artiste ne sont pas le premier motif de lecture de cet album. Pourtant son arrivée dans l’univers de la SF se passe avec le même talent que sur ses habituelles lovecrafteries. C’est beau, élégant, précis et Laureline est plus belle que jamais. valc3a9rian-vu-par-shingouzlooz-inc-wilfrid-lupano-mathieu-lauffray-p-9.jpgLes trognes des Shingouz donneraient presque envie de voir Lauffray bifurquer vers le cartoon et ressemblent étonnamment à leurs cousins du film de Luc Besson. Les similitudes ne s’arrêtent pas là puisque l’humour présent sur les deux œuvres est très proches, du décors noix de coco-chemises à fleurs à la virée en yellow submarin. Entre 4-5 jeux de mots pourris mais diablement drôles (la Shingoozlooz ou la Walou & Fortunas), Lupano offre à son acolyte de magnifiques planches spatiales et planétaires (mention spéciale aux couleurs plus  flashy qu’à l’accoutumée chez Lauffray mais magnifiques). Les deux se font plaisir et le communiquent. A lire absolument, que vous aimiez/connaissiez l’univers de Valérian ou pas.

 

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Moka

Le billet de Branchés culture avec plein d’images et de croquis.

BD·Numérique·Rétro·Service Presse

Le Horla

BD de Guillaume Sorel
Rue de Sèvres (2014)

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Guillaume Sorel a une étrange carrière dans la BD. Illustrateur/peintre de grand talent doté d’un style très particulier, il avait débuté de manière remarquée avec le Lovecraftien « L’Ile des morts » mais n’a jamais depuis réellement été considéré parmi les grands. Ses choix, il est vrai (toujours tournés vers l’univers de la folie et du fantastique très proche de Lovecraft), ont été particuliers et pas franchement grand public. Personnellement ses one-shot (Mother, Typhaon) chez Casterman ont mes faveurs. Depuis quelques années il semble s’orienter vers l’adaptation littéraire et sa collaboration avec Serge Le Tendre sur « J’ai tué Abel » a été une grande réussite. Une critique pour Iznéo me donne l’occasion de me replonger dans son univers graphique si dérangeant et si beau, sur « Le Horla »… qui ne pouvait être illustré que par lui !

planchea_208522.jpgL’illustration de couverture, étonnamment très classique, incite peu à l’ouverture de l’album… Pourtant dès la première page, la pâte, la matière très caractéristiques de Guillaume Sorel fascinent. Prenant le temps d’installer ses ambiances, ses lumières campagnardes, l’auteur flatte les pupilles sur chaque case. Habitué des destructions de cadre sur le modèle d’Olivier Ledroit (tous deux sont passés entre les mains du scénariste Froideval coutumier de ces découpages), il crée ainsi des surgissements fantastiques dans un ensemble très sage. Tout cela est fort maîtrisé et Sorel dont les perspectives et anatomies n’ont jamais été le fort, livre ici probablement ses planches les plus techniquement maîtrisées. Probablement l’un des coloristes les plus talentueux de sa génération, il est étonnant qu’il n’ait jamais collaboré avec un autre dessinateur. Graphiquement dominé par les rouges et les ambres chers à Sorel, l’album est essentiellement contemplatif, comportant peu de textes, l’inquiétude reposant pour l’essentiel sur les ambiances, les visages et les paysages.le_horla

Le scénario suit fidèlement le récit de Maupassant mais fait le choix (du fait du rôle du visuel) de renforcer le côté fantastique. Qui n’aurait pas lu la nouvelle se trouverait devant un ouvrage entièrement fantastique, la représentation de l’être et son explication étant matérialisés ici quand le texte original n’était qu’un récit de l’esprit du narrateur. C’est habile, cohérent avec l’univers de Guillaume Sorel et donne à l’album un intérêt différent de la simple adaptation. Peu attiré par les adaptations littéraires en BD, j’ai été très agréablement surpris par cet album, au-delà de ma seule fascination graphique pour l’un de mes auteurs préférés.

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Critique effectuée dans le cadre de la-bd-de-la-semainehébergé cette semaine chez Mille et une frasques!