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FMA (Perfect) #11 – Dragonball Super #17 – Dai Dark #2 – Le cauchemar d’Innsmouth #2

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  • Fullmetal Alchemist  – Perfect #11 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 354p., 11/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_11_kurokawaLe volume conclut la guerre (le génocide) Ishval avec le très grand mérite de clore enfin les révélations sur l’origine de Scar, ses motivations, la réalité du génocide qui nous place enfin dans de bonnes conditions pour saisir les motivations du (jusqu’ici) assez plat Mustang, mais aussi de la très charismatique Hawkeye, ainsi que l’apparition d’un nouveau méchant en la personne de l’Alchimiste d’Etat que nous découvrons en couverture. Après un retour à Central city pour remettre les pieds dans le contextes avant flashback (une petite révision trois tomes plus tôt ne fera pas de mal) on part pour le Nord, nouveau territoire où vont les frères Elric dans la recherche du mystère de l’alchimie de Xin et où ils vont rencontrer la sœur du commandant Armstrong…

Maintenant que toutes les pièces sont en place et les enjeux enfin posés (la restauration de la Démocratie dans ce régime militaire corrompu par les Homonculus) Arakawa semble décidée à nous faire voyager pour réunir ce qui devrait former la résistance au régime de King Bradley. Avec une galerie de personnages et d’intrigues secondaires faramineux mis en place on espère que la structure est bien préparée pour éviter de se perdre. La matière est là, les longueurs aussi dans ce tome qui semble être un pivot avant un dernier arc, mais cette série reste de très bon niveau pour peu que les belles séquences d’action ne soient pas trop rares pour dynamiser l’ensemble.

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  • Dragonball Super #17: le pouvoir du Dieu de la destruction (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2022, 192p./volume, 17/19 volumes parus.
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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

 dragon-ball-super-17-glenatAprès un quinzième très bon tome, un assez piteux seizième, ce volume exclusivement centré sur l’affrontement entre nos deux Sayan et Granola s’ouvre sur peut-être une des meilleures séquences de combat de toute la série! Dans une pleine maîtrise de son dessin et de la technique de matérialisation de la vitesse, Toyotaro propose des pages nerveuses de baston pure sans chichi de superpouvoirs et de fireballs. Mine de rien depuis les tournois des meilleurs combattants de la Terre on n’était jamais vraiment revenu à cet esprit arts-martiaux. Les coups sont secs, directs, le combat équilibré… avant de retomber dans l’habituel échange entre guerriers surpuissants et passages de niveaux cachés. On flirte sans cesse avec le stade ultime ce qui ne surprend guère. Chose étonnante en revanche, ce volume ne comporte pas les habituelles coupures scénaristiques. De ce fait si le combat seul est très réussi, le rythme de l’album (à la lecture fort brève) est un poil linéaire. Avec un Vegeta qui semble revenir à ses anciennes rancœurs maléfiques, on a comme souvent sur DB un enrobage fort classique et quelques fulgurances visuelles ou scénaristiques, très brèves. Mais on reste très tolérant avec cet ancêtre toujours fringant que sont les aventures de Son Goku.

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    • Dai Dark #2 (Q-Hayashida/Soleil) – 2022, 208 p./volume, 2/5 volumes parus.
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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

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Les aventures de Sanko Zaha, son robot-chien Spectrum, le Sakadoh Avakian et la redoutable Death Delamort se poursuivent alors que les tueurs de la Photoforce se sont lancés dans une chasse impitoyable pour détruire les quatre Fléaux…

Sur le même ton délirant que précédemment et sur des thèmes absolument typiques du shonen, Q-Hayashida envoie ses héros dans une sorte d’Ikea spatial pour faire leurs emplettes avant de se lancer dans une cuisine du futur faite de boulettes lyophilisées et de pain en boite. Comme sur le premier tome ce qui continue de surprendre dans ce manga c’est qu’il semble destiné à une catégorie très particulière de jeunes lecteurs, comme si des enfants de métalleux gothiques percés proposaient un manga issu de cet univers. Le contrats entre les dialogues très simples, les intrigues linéaires et l’univers graphique extrêmement noir et délibérément répugnant ne cesse de surprendre. Sans doute le même attrait que celui des films d’horreur et une certaine passion pour les insectes pourra donner envie de lire ce manga qui sort résolument des sentiers battus. Le lecteur adulte pourra s’impatienter devant ce manque d’intrigue qui nous laisse dans la même situation initiale après deux tomes même si l’imagination délirante de l’autrice et l’humour(noir) tout à fait efficace rendent la lecture sympathique.

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  • Le cauchemar d’Innsmouth #2 (Tanabe/Ki-oon) – 2022, 240p., collection Les chef d’oeuvres de Lovecraft.

cauchemar-dinnsmouth-2-ki-oonLe cauchemar d’Innsmouth est l’un des romans les plus connus de Lovecraft et son dernier publié. Si l’on peut comprendre l’intérêt économique pour Ki-oonde vendre deux volumes d’une pagination importante on rappellera que Dans l’abîme du temps (le meilleur pour l’instant) est paru en un unique volume pour une taille à peine moindre.

On reprend donc exactement là où le précédent s’arrêtait, avec cette fois une confrontation assez rapide avec les habitants pisciformes de la localité maudite, et c’est parti pour une fuite implacable du protagoniste devant une horde inouie de créatures maléfiques. C’est sombre comme jamais et un peu longuet dans un sens unique bien que la séquence très tendue de l’hotel soit redoutablement efficace pour nous faire stresser. Malheureusement les limites mythologiques très courtes sur cette histoire (pas d’archéologie, pas de Grand Ancien) atténuent sensiblement l’inétrêt jusqu’à oublier quelque peu le principe même du fantastique et les aller-retour entre la certitude de l’horreur et le doute rationel. Problème de rythme donc avec cette très longue découverte d’Innsmouth sur le tome un suivi d’une très longue échapée répétitive. Quelques planches feront leur effet terrifiant mais le sel de Lovecraft manque pour nous happer dans l’abîme indiscible recherché. On a au final une des histoires les plus faibles de la série, à réserver aux complétistes donc.

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**·Comics·East & West·Nouveau !

3Keys #1

Premier tome de 144 pages, écrit et dessiné par David Messina. Parution en France aux éditions Shockdom le 14/01/2022.

Les Grands Anciens, c’est plus ce que c’était

Randolph Carter, le voyageur du Multivers, est parvenu, au cours de ses aventures, à entrer en possession des trois Clés d’Argent, trois armes capables de vaincre les Grands Anciens et leurs innommables rejetons. Après s’être volatilisé, ces armes semblaient perdues, mais elles ont été retrouvées par les trois derniers guerriers d’Ulthar. Ces armes ne pouvant être utilisées que par la lignée des Carter, les trois guerriers se sont séparés, pour retrouver les trois dernières descendantes de Randolph, et ainsi les seconder dans la tâche ardue qu’est la défense du Multivers.

Sacrés arguments de vente

En effet, les Grands Anciens sont de retour, et la Contrée du Rêve, dont sont issus les trois guerriers, a été ravagée. Peu à peu, les monstres s’insinuent dans notre réalité, en passant pas les rêves et les cauchemars des humains, qui sombrent peu à peu dans la folie. Il est donc urgent pour les cousines Carter d’intervenir ! Mais Noah, accompagnée de son mentor Theon, n’a pas toujours la tête à combattre des monstres…

Le dessinateur italien David Messina s’est fait connaître dans l’industrie du comics, chez Marvel, DC, IDW Publishing, avant de se lancer en tant qu’auteur complet avec 3Keys. En guise de worldbuilding, il reprend le mythe de Cthullu, en y ajoutant des guerrières sexy et des hommes-tigres, pour créer un univers décalé.

Néanmoins, si l’aspect graphique est indéniablement sublime, avec une maitrise évidente du trait et des postures, des créatures bien travaillées et des scènes d’action, il paraît clair que l’écriture ne suit pas. La mise en scène, passable par moments, ne sert en rien l’intrigue ni l’évolution des personnages, qui est ici quasi inexistante. Ce point ne serait pourtant pas rédhibitoire si le second degré et l’aspect cartoon étaient plus assumés, voire outranciers. Ici, on se retrouve avec un duo certes improbable, mais dont la dynamique tombe un peu à plat. L’héroïne badass et (trop) sûre d’elle peut être un atout, voire une base solide pour un arc narratif intéressant, mais ici, l’auteur ne semble pas saisir la pleine mesure des enjeux de son récit et passe vite d’une scène à l’autre, éparpillant d’autant plus l’intérêt du lecteur.

Cela donne donc des scènes d’action parfois brouillon, quelques tentatives d’humour qui ne font pas toujours mouche, et bien entendu, des retournements de situation pour lesquels on peine à trouver du sens.

Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur ce 3Keys, si ce n’est qu’il contenait tous les éléments d’une recette efficace, mais que l’auteur n’a pas eu les moyens entiers de sa politique. On peut donc proposer l’octroi de deux Calvin, éventuellement un troisième pour les fans de Lovecraft et pour la qualité des dessins.

***·Comics·East & West·Nouveau !

Redfork

Histoire complète en 160 pages, écrite par Alex Paknadel et dessinée par Nil Vendrell. Parution aux US chez TKO Studios, publication en France chez Panini Comics le 23/03/2022.

Boule(s) de suif meurtrière(s)

Après une longue peine de prison, Noah revient dans sa ville natale de Redfork, retrouver ses proches et tenter de s’amender pour ses erreurs passées. Ce que peu savent, c’est que Noah est tombé à la place de son frère Cody, qu’il a couvert pour le meurtre accidentel d’un docteur durant un cambriolage.

Noah et Cody à l’époque, cherchaient chez le bon docteur quelque chose de suffisamment fort pour se défoncer, comme une majorité de jeunes à Redfork. Huit ans plus tard, la situation n’a pas véritablement changé, les aiguilles passant de bras en bras pour distribuer du bonheur artificielle, directement dans la veine.

Désormais clean, Noah espère renouer avec sa famille, notamment son ex Unity et leur fille Harper, dont Cody a pris soin du mieux qu’il pouvait en allant travailler dans les mines de charbon exploitées par Amcore. Alors qu’il vient juste de revenir, Noah assiste à un accident dans la mine, un coup de grisou qui provoque l’effondrement de plusieurs galeries et la mort de tous les mineurs, à l’exception de Cody, qui est remonté avec l’aide d’un mystérieux inconnu. Alors que Redfork est déjà ravagée par les luttes de classes et le fléau de la drogue, un mal qui aurait du rester enfoui va resurgir et transformer la ville à jamais…

Ville tentaculaire (littéralement)

Une bourgade isolée, une jeunesse désabusée, un secret industriel et des monstres enfouis, vous connaissez la chanson. La partition était exactement la même sur Immonde ! le mois dernier, pour un résultat plaisant mais qui aurait pu aller plus loin dans son bestiaire et dans ses effets horrifiques.

Ici, l’angle abordé concerne également des problématiques sociétales et humaines, en l’occurrence la lutte ouvrière et l’addiction. Cela permet à l’auteur de creuser son propos et ses personnages, en faisant de l’élément surnaturel un catalyseur de leurs problématiques internes.

Sur la forme, on retrouve une structure similaire à celle des Sermons de Minuit (Midnight Mass), en cela qu’un personnage de prêcheur va « convertir » les habitants d’une ville à sa foi monstrueuse dans une créature d’outre-monde, avec une première phase de miracles, puis une seconde phase de body horror.

D’ailleurs, les amateurs de gore seront servis, avec ce qu’il faut de barbaque humaine malmenée dans ses fondements. Les effets gores sont tout à fait palpables, grâce au style réaliste de Nil Vendrell et aux couleurs bien choisies de Giulia Brusco. Sorti de façon presque confidentielle chez Panini, qui avait pourtant mis le paquet pour la promotion des autres titres de TKO Studios, Redfork est un récit horrifique de bonne facture, qui aurait sans doute mérité un fin un peu plus vicieuse, mais qui opte pour une conclusion douce-amère.

***·****·*****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #21: Radiant #15 – FMA #8 – Le Cauchemar d’Innsmouth 1/2

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Trois tomes de séries en cours, très attendus avec une qualité variable mais sur des séries qui restent absolument majeures dans les publications actuelles et passées.

  • Radiant #15 (Valente/Ankama) – 2021, série  en cours.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

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C’est le chaos à Bôme, capitale du Pharénos, où les Domitor et leur chef Adhès mène une attaque directement contre le roi et les généraux de l’Inquisition. Alors que les amis de Seth se réunissent, ce dernier parvient à faire évader son frère Diabal avant d’affronter les terribles dompteurs de Némesis…

Il se sera fait attendre celui-là! Alors que Tony Valente nous avait gratifié de deux volumes par ans depuis plusieurs années, ce quinzième Radiant a été retardé plusieurs fois et sort plus d’un an après le précédent. Pour un lectorat habitué à des publications rapproché, cela risque de bousculer les habitudes…. Alors ne boudons pas notre plaisir en plongeant dans ce qui nous enchante depuis le premier volume, à savoir un dessin superbe (bien qu’un peu minutieux pour le format type manga), un humour toujours efficace, une action effrénée et surtout un design et worldbuilding qui ne cesse de s’étoffer, au risque de subir le syndrome GRR Martin… Si la fin de la série ne semble toujours pas pour demain, on sent depuis l’arrivée à Bôme que l’on est entré dans le dur avec les rôles de chacun des groupes qui se clarifie: Inquisiteurs d’un côté, Domitors de l’autre, sorciers enfin parmi lesquels Seth et sa fratrie font office de danger pour l’équilibre en place… Ce volume est ainsi l’occasion d’une sacrée avancée dans la connaissance de l’univers et de son passé même si l’auteur se plait à nous jeter toujours de nouveaux cliffhanger et pistes avec – SCOOP! – le retour tant attendu de Grimm. La qualité est donc toujours au rendez-vous et on est prêts à patienter le temps qu’il faut pour chaque nouveau volume de cette magistrale série. Tony Valente est un sacré créateur et sait seul ce qu’il faut pour que ses épisodes soient parfaits.

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  • le cauchemar d’Innsmouth #1/2 (Tanabe/Ki-oon) – 2021, 204p., collection Les chefs d’œuvre de Lovecraft.

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Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

image-1629709044Avec ce deuxième Chef d’oeuvre de Lovecraft de l’année on se rapproche de la fin de la collection, avec la première partie de ce qui est considéré comme un des points majeurs de l’oeuvre du génie de Providence. Et malheureusement pour le coup Ki-oon aurait été bien inspiré de compacter les deux volumes originaux en un gros tome car la construction très progressive de l’intrigue nous laisse un peu sur notre faim à la conclusion de ce manga. Encore une fois un jeune homme (décidément pas beaucoup de femmes dans l’univers de Lovecraft!) voit sa curiosité l’entraîner à explorer une étrange bourgade, port de pêche peuplé d’adorateurs de Dagon (aperçu dans la très courte section sur le volume paru en mars) à l’apparence indicible… Si quelques visions de personnages cracra font leur effet et la maîtrise de Tanabe de la progression fantastique reste très efficace, on manque un peu de ce qui plait tant dans le Mythe de Cthulhu: les architectures folles, les regards perdus, l’irruption de l’impossible dans le réel. Car Innsmouth semble à la fois trop proche de la société des hommes et trop vide pour réellement nous happer. Sans doute le cliffhanger final marque-t’il la bascule vers l’horreur mais après deux-cent pages on reste sagement dans l’attente… A noter qu’après le second volume attendu il nous restera à découvrir L’abomination de Dunwich, dernière adaptation en date du japonais.

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  • Fullmetal Alchemist #8  (Arakawa/Kurokawa) – 2021, 8/18 volumes parus.

Coup de coeur! (1)bsic journalism Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

couv_432978Si la qualité éditoriale et la fabrication de ces volumes de la Perfect edition me ravissent à chaque sortie, j’ai toujours des moments de flottements avec un rythme un peu erratique voulu par l’autrice qui dilue un peu son action pour maintenir un suspens et faire durer le plaisir. Il y a bien sur l’effet Shonen et j’admet me placer un peu de côté par rapport au public cible bien que le ton relativement sombre du manga ne cesse de me surprendre. Ce huitième tome (on est presque à la moitié) m’a pourtant emporté de la première à la dernière page sans baisse de rythme, jusqu’à un coup de cœur que je ne pensais plus vraiment possible sur FMA! On ne le rappelle jamais assez, une bonne histoire n’existe qu’avec un bon méchant et si l’Ishval Scar avait marqué les esprits au tout début de l’histoire on l’avait pas mal perdu de vue jusqu’ici. Et on peut dire que l’autrice aime son personnage autant si ce n’est plus que le redoutable président Bradley. Terriblement féroce, martialement imbattable, il est parcouru d’une tension émotionnelle immense qui fait écho aux touchants passages parlant des enfants orphelins et de la douleur des mutilés et traumatisés de guerre, sujets on ne peu plus rares dans des shonen. En miroire à la densification de son récit, Arakawa nous régale graphiquement dans de superbes actions qui proposent comme d’habitude un cadrage et un découpage absolument libres. L’humour reste en retrait ce qu’il faut et l’intrigue se simplifie maintenant que les protagonistes se sont un peu stabilisés. Des personnages jusqu’ici  mystérieux entrent sur scène et avec quel panache! 

Ce huitième volume est clairement le meilleur depuis le démarrage en montrant que les très nombreuses trames et personnages secondaires proposés jusqu’ici peuvent converger vers un récit qui justifie son statut culte. Vite la suite!

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**·BD·Jeunesse

Green Class #3: Chaos Rampant

La BD!

Troisième tome de la série écrite par Jérôme Hamon et dessinée par David Tako. Parution aux éditions du Lombard le 23/04/2021.

Rempart K.O.

Pour Naïa, Noah, Lucas, Sato, Beth et Linda, le temps de l’insouciance est loin, si tant est que ces jeunes marginaux canadiens aient déjà été insouciants. Retenus malgré eux en Amérique durant une classe verte, ils ont assisté à l’avènement d’un virus mortel transformant ses victimes en créatures mi-fongiques, mi-bestiales.

Sans pouvoir rien y faire, le groupe s’est retrouvé enfermé dans une zone de quarantaine supposée contenir, derrière une immense muraille, l’infection galopante. Malheureusement, Noah a été infecté, et s’est inexorablement transformé, au grand désespoir de sa sœur. Au fil du temps, Noah a développé d’étranges facultés lui permettant de contrôler les autres infectés. Bien vite, l’armée a mis son grain de sel, laissant nos héros penser qu’elle n’était pas étrangère à l’apparition de ce virus.

A l’issue du tome 2, Noah était cependant brutalement démembré par d’autres infectés, plongeant nos héros juvéniles dans le désespoir le plus total. Que vont faire les survivants maintenant que leur ami n’est plus ? Vers qui se tourner dans un monde hostile où chaque faction semble avoir des choses à cacher ?

Lovecraft va à l’H.P. (SPOILER)

Pour ce troisième tome, Jérôme Hamon change de braquet et prend les attentes du lecteur à rebours en dévoilant les origines de la pandémie. Attention spoiler, l’auteur va lorgner directement et sans concession dans le lore lovecraftien pour expliquer les événements des deux premiers tomes. Ce qui s’annonçait comme un teenage survival post-apocalyptique devient donc un space horror directement inspiré du créateur du genre.

Plus tôt cette année, Créatures, de Stéphane Betbeder et Djief, amorçait également ce virage lovecraftien sur un terrain jeunesse. La révélation intervenait cependant dès le premier tome, ce qui empêchait le lecteur de se projeter et d’anticiper sur la suite du scénario.

Jérôme Hamon prend donc ici un risque considérable puisqu’il fait prendre à sa série un virage susceptible d’en altérer à la fois le message et la portée. En effet, introduire cet élément au troisième tome implique d’implémenter des règles et des concepts qui nécessiteront forcément une nouvelle exposition, ce qui risque de brouiller le lecteur.

Après vérification, il semblerait que les œuvres de H.P. Lovecraft soient tombées dans le domaine public il y a déjà quelque temps, ce qui permettra à d’autres auteurs d’intégrer l’écrivain de Providence dans leurs propres récits.

Si la référence directe est la principale preuve d’amour que l’on puisse faire à Lovecraft, elle peut aussi être à la longue perçue comme le signe d’une paresse scénaristique ou d’un manque d’originalité. Perdu dans un scénario pandémique dont on ne sait pas comment se dépatouiller ? Pas envie de passer les origines du mal sous silence, comme dans The Walking Dead ou Y, The Last Man ? Pas de problème, sortez votre Lovecraft en poudre pour une solution instantanée !

Les fans du genre seront contents, les autres y verront peut-être un éclair de génie, et, avantage ultime, il devient superfétatoire de caractériser les antagonistes, puisqu’après tout, un Grand Ancien reste un Grand Ancien, sa malveillance cosmique intrinsèque suffit pour avoir envie de détruire la planète.

Sur le reste de l’intrigue, alors que les deux premiers tomes étaient centrés sur la protection de Noah, on doit avouer ici que sa disparition plonge le scénar dans un gentil chaos (haha) qui force nos héros soit à la neurasthénie (deuil oblige), soit à une course ventre-à-terre dont les enjeux s’aliènent (sauver Noah, sauver le monde ? empêcher le méchant prêcheur de remplir son objectif…).

Il faudra donc lire la suite de la série pour voir si l’auteur parvient à faire fructifier sa référence au maître de l’horreur cosmique pour remettre son récit sur les rails.

****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Plunge

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Comic de Joe Hill et Stuart Immonen et Dave Stewart (coul.).
Urban (2021) 168p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

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Lorsque les frères MacReady reçoivent la visite d’un ponte de la multinationale Rococo corp. ils ne se doutent pas vers quel enfer ils partent… Embauchés pour récupérer le chargement d’une épave coulée il y a quarante ans, ils embarquent avec la biologique Moriah Lamb vers une île du détroit de Béring. Un voyage vers le froid et l’horreur dans ce coin reculé…

Joe Hill est l’auteur de la réputée série de comics Locke & Key (dont l’adaptation Netflix est diffusée en 2020)… et accessoirement fils de Stephen King. S’il a tenu à débuter sa carrière sous pseudo pour ne pas profiter de la notoriété de son père, il n’en subit pas moins (et c’est bien normal) l’influence en se rangeant dans le domaine de l’horreur matinée d’Amérique profonde. La post-face étonnante de modestie indique sans détour la volonté de se rattacher au cinéma fantastique des années quatre-vingt et au chef d’œuvre intemporel, The Thing de John Carpenter. Ainsi Plunge est bien un hommage croisé à John Carpenter (pour la forme) et à HP Lovecraft (pour le fonds)… le premier ayant par ailleurs construit son œuvre dans l’univers du maître de Providence.

Plunge de Joe Hill & Stuart Immonen en VF chez UrbanToujours méfiant lorsqu’un héritier débarque avec un attelage impérial (Stuart Immonen de retour dans le comics c’est un sacré évènement même si son embauche par Mark Millar n’avait pas fait que des étincelles…), j’ai été totalement happé par cet album dès les toutes premières pages. Par les dessins bien sur, le duo d’Immonen avec son coloriste Dave Stewart étant parmi ce qui se fait de mieux (le coloriste a par exemple bossé sur le Magic Order de Coipel ou avec Tim Sale sur Catwoman a Rome). Pour une première immersion dans le genre, le canadien nous explose les rétines par ses encrages profonds bien connus, par l’expressivité de ses visages et par son style tout simplement. Quand beaucoup d’illustrateurs réalistes abusent un peu trop de visages d’acteurs de cinéma pour créer leurs personnages, Immonen s’inspire mais reste évocateur, original, et renforce en cela la spécificité de sa création. A la fois dynamique, graphique et incroyablement efficace dans les plans devant faire peur, le dessinateur a bien entendu un rôle central dans l’efficacité de ce one-shot fantastique comme le reconnaît Joe Hill lui-même.

Pourtant le scénariste n’est pas un manche, proposant un découpage et un cadrage qui reprend les codes du cinéma tellement bien qu’on sent le mouvement, la musique et la tension monter. Rarement j’ai autant frémi à la lecture d’une BD, avec le petit sourire en coin de la peur confortable du canapé… Surtout, je découvre un sacré dialoguiste qui donne vie à des personnages que l’on capte par ce qu’ils disent et non seulement par leur coupe de cheveux. On rit aux punchlines pourries et beauf de ces sauveteurs ricains et aux situations décalées destinées à renforcer la montée dans l’horreur. On connaît les mécanismes, Hill aussi et c’est pourtant toujours aussi efficace! Etonnant que l’écrivain n’ait pas encore percé au cinéma tant nous sommes tous terriblement orphelins du cinéma de John Carpenter…

Plunge_3_4Album quasi-parfait jusqu’à la moitié du récit et l’irruption du fantastique pur, Plunge souffre alors malheureusement de la malédiction quasi-inévitable du genre. S’il évite la grandiloquence qui fait souvent sombrer les meilleurs pitch dans le n’importe quoi, Hill ne sait pourtant pas bien comment se dépatouiller de son histoire dès lors que les Grands anciens débarquent dans son intrigue. Signe d’une certaine fébrilité, son récit jusqu’ici construit avec une progressivité remarquable souffre alors de sauts de découpage qui laissent circonspect, avec le sentiment d’avoir loupé une scène. Manque de communication entre le scénariste et son dessinateur? On ne le sait, mais certaines images à l’approche de la fin restent sans explications. Normal dans un récit fantastique direz-vous… Sauf que ces problèmes marquent la compréhension de l’action et non la seule conclusion naturellement ouverte. Quel est ce soudain bandage de Gage? Quelle est cette gigantesque écoutille? Où l’indien a-t’il subi cette blessure?… Petit caillou dans une chaussure pourtant extrêmement confortable, cette fin saccadée rompt un peu le charme (… de l’horreur) d’une aventure en compagnie de personnages qu’on aurait aimé côtoyer plus longtemps et que l’on espère très vivement retrouver sans tarder au cinoche (avec, j’espère, plus de réussite que sur les adaptations du papa)…

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****·Manga·Nouveau !·Service Presse

Celui qui hantait les ténèbres

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2021) -Enterbrain (2016), 164p., one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique! Le volume comprend deux histoires: Dagon (33 pages) et Celui qui hantait les ténèbres. Dagon adapte une des premières nouvelles de Lovecraft (1917) et la seconde histoire est l’avant-dernière a avoir été écrite par Lovecraft (1936).

L’écrivain et artiste Robert Blake emménage dans une maison de Providence où sa créativité se trouve à son comble. Progressivement il s’interroge sur le clocher sombre qu’il aperçoit de sa fenêtre et entreprend de se renseigner sur l’église qui semble attachée à un culte dont les habitants refusent d’évoquer même le nom…

Lentement mais surement Gou Tanabe et son éditeur français Ki_oon avancent dans l’exploitation exhaustive de l’œuvre du génie Howard Philip Lovecraft avec ce cinquième volume (les Montagnes hallucinées ayant été publiées en deux volumes). Pour le plus bref des albums de cette collection on plonge au cœur de ce qui fait les écrits fantastiques de Lovecraft: la folie qui s’installe progressivement dans un esprit à l’origine sain. Contrairement aux précédentes adaptations, d’une part l’artiste est quasiment l’unique protagoniste de l’histoire (comme sur le court Dagon) et d’autre part il ne s’agit pas d’un profile type de cartésianisme utilisé dans le schéma classique du fantastique pour illustrer la confrontation entre le rationalisme et l’aberration des manifestations des Anciens.

Si les adaptations littéraires ont le vent en poupe depuis plusieurs années, je suis généralement assez réservé sur la qualité des versions BD, souvent du fait de matériaux originaux pas toujours folichons (je pense à certains Conan ou aux Vernon Sullivan). Si Lovecraft est publié dans Weird Tales, la puissance imaginaire de ses écrits en fait l’icône indépassable des auteurs fantastiques jusqu’à aujourd’hui et la mise en image de ces schémas très codifiés par le mangaka reste un plaisir sans faille ni redondance.Celui qui hantait les ténèbres par Gou TANABE. - Actualités - Éditions  Ki-oon

Bien plus simple et synthétique que les autres volumes de Ki_oon, Celui qui hantait les ténèbres reprend presque les trois unités du théâtre avec juste ce qu’il faut de ruptures dans le découpage pour créer un malaise quand à la temporalité/réalité de ce à quoi nous assistons. Dans toute la collection Gou Tanabe rompt avec l’esprit du fantastique voulant que l’horreur reste tapie dans l’obscurité. Ici comme avant surgit soudain une forme indéfinissable dans les textures sombre de son dessin. On ne sait pas si elle est une imagination de l’esprit enfiévré de l’artiste soumis à l’influence néfaste du Nécronomicon ou si la scène a bien existé. De fait, beaucoup plus narré, ce volume s’installe dans l’esprit littéraire de Lovecraft avec grande fidélité et l’on peut dire que si l’on n’atteint pas les folies architecturales des Montagnes ou de L’Abime des temps, la densité de l’histoire en fait sans doute l’album le plus facile d’accès et le moins exigeant pour entrer dans cette collection.

A la fois moins ambitieuse mais abordant le cœur du mythe Cthulien, Celui qui hantait les ténèbres propose une magnifique introduction à Lovecraft, courte, facile de lecture et terriblement prenante. Et comme chaque fois l’on a envie juste derrière d’aller piocher à la bibliothèque l’intégrale des écrits du maître de Providence…

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Créatures #1: La ville qui ne dort jamais

Premier album de 70 pages d’une série écrite par Stéphane Betbeder et dessinée par Djief. Parution le 08/01/2021 aux éditions Dupuis.

Heurts sur la ville

Le monde tel que nous le connaissions s’en est allé (encore). Après un événement baptisé la Grande Nuit, tous les habitants de New York (du monde?) ont disparu, ou ont dégénéré en une version écervelée d’eux-mêmes. Tous, à l’exception des enfants, qui sont passés d’être insouciants à survivants en l’espace d’une nuit. 

Parmi les ruines de la ville, erre un groupe de survivants. Autour du placide Chief, on trouve l’intrépide Emma « La Crado« , le rebelle Testo et le savant La Taupe. Ce ramassis hétéroclite de nouveaux marginaux apprend bien malgré lui les rudiments de la survie: Éviter les adultes, et trouver de la nourriture, à n’importe quel prix. Alors que la Taupe cherche dans les livres de moyens d’atteindre l’autosuffisance, Chief et La Crado écument les immeubles et les centres commerciaux à la recherches de denrées. C’est là qu’ils croisent le chemin de Vanille, qui veille à la fois sur son frère Minus et sur leur mère-zombie.

Nécessité faisant loi, Chief décide de dévaliser les provisions de Vanille, mais un concours de circonstance va réunir la grande sœur responsable et ces quatre pieds-nickelés de la survie. Pendant ce temps, dehors, se jouent des événements d’une ampleur cataclysmique qui pourraient signer la fin ferme et définitive de notre monde. 

Teenage Wasteland

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en fiction, la fin du monde n’est pas prête de s’arrêter ! Le genre devenu pléthorique ne cesse de faire des émules, avec plus ou moins de succès. Bien qu’il y ait des lieux communs quant aux modalités d’exécution du Post-Apo, chaque auteur a sa propre vision de comment et pourquoi notre monde finit. Ici, le scénariste choisit la version « apocalypse zombie » en faisant de tous les adultes des êtres affamés et privés de libre arbitre, obéissant à la volonté d’une mystérieuse créature mi-monstrueuse, mi-spectrale. En mettant en scène son groupe de jeunes esseulés, Stéphane Betbeder ne néglige pas pour autant la construction de ses personnages, et offre un démarrage fort intéressant à la plupart d’entre eux. 

Quelque part entre « Seuls » et « Daybreak« , Créatures développe un univers singulier où les enfants, émancipés de force, doivent littéralement se confronter au monde des adultes pour survivre. La fin en forme de cliffhanger amène des influences que l’on attendait pas nécessairement pour une œuvre étiquetée jeunesse, ce qui est un point positif. 

Jeunes héros et ambiance horrifique forment un très bon mélange pour cette nouvelle série !

A partir de 10 ans. 

****·Manga·Nouveau !·Service Presse

L’appel de Cthulhu

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2020) -Enterbrain (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique!

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En héritant de son grand-oncle, Francis Thurston est loin de se douter du récit dans lequel il va plonger en rangeant les affaires du décédé. L’archéologue avait en effet pendant des années suivi la piste d’un mystérieux culte monstrueux aux ramifications mondiales. Un culte relié à une entité fantastique: Cthulhu…

Les éditions Ki-oon continuent avec la régularité d’un métronome à nous proposer plusieurs fois par an une nouvelle adaptation de Lovecraft par le mangaka Gou Tanabe. Après les très réussies Montagnes hallucinées, Dans l’abîme des tempset La couleur tombée du ciel, on attaque l’ouvrage fondateur, déjà proposé avec les incroyables illustrations de François Baranger l’an dernier. La comparaison entre ce dernier, doté de très puissantes images couleur en grand format et le manga aux dessins très particuliers de Tanabe est très intéressante puisque l’on passe d’une simple illustration à une véritable adaptation. Et sur ce plan le manga marque des points en profitant de la force du récit construit en poupées gigognes avec des récits dans les récits. L’auteur se plait ainsi, comme sur l’Abîme des temps, à nous promener dans des ellipses temporelles brutales que les faciès très proches des personnages n’aident pas à distinguer. Comme remarqué sur les précédents albums, les limites de l’auteur deviennent des forces en créant un malaise dans cet univers où l’on sent la folie proche et où les lois de la physique et de l’espace-temps n’ont plus lieu. Assez compacte cette histoire centrée sur le cœur du Mythe, le grand Cthulhu dormant dans les profondeurs de la cité engloutie de Rlyeh, nous fera voyager au cœur de l’action car pour une fois les faibles scientifique ne sont que spectateurs de récits où les policiers et marins affrontent directement des sectes d’adorateurs démoniaques du Grand Ancien. Les visions cauchemardesques sont toujours aussi fortes, moins organiques que précédemment, mais l’illustration de l’univers années trente est fort réussie.L'Appel de Cthulhu - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Sans temps morts, sautant entre plusieurs récits rappelant les architectures des Montagnes hallucinées (la fin dans la cité de Rlyeh), les changements de personnalité de l’Abîme ou la chasse de la secte dans le bayou de Louisiane, l’intrigue est d’une grande richesse en nous révélant progressivement la nature de ce culte essaimé à travers la planète. En forme de porte d’entrée dans le Mythe, vous pourrez ensuite aller découvrir la nature de ces entités en lisant les autres ouvrages qui développent d’autres races très anciennes. L’appel de Cthulhu est pour moi le plus accessible, le plus riche et le plus central des ouvrages de la collection et si vous ne devez en lire qu’un c’est sans doute celui-là.

Publiée dans le désordre par l’éditeur français, la collection de ces magnifiques adaptations doit encore voir paraître Celui qui hantait les ténèbres et le Cauchemar d’Insmouth (dernier paru). On ne sait si l’auteur compte passer le reste de sa carrière sur l’intégralité de l’œuvre de Lovecraft, mais il y a du choix pour de futurs albums…

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***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Unité Z

La BD!

BD de mOTUS et Heri Shinato
Des bulles dans l’Océan (2020), 72p., one-shot.

bsic journalism Merci aux éditions Des bulles dans l’Océan pour cette découverte.

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Quelque part au cœur de la France, une brume mortelle s’est abattue. En ce lieu, des spectres mortels étendent leur territoire, menaçant l’humanité… Des unités de l’armée sont envoyées pour réduire ces foyers, au péril de leurs vies. L’unité Z est la meilleure. Jusqu’à ce quelqu’un de ses membres soit touché. Le voile des réalités bascule alors dans un monde proche de la folie…

La toute petite maison d’édition réunionnaise Des bulles dans l’océan (DBDO pour les intimes) publie peu mais avec une exigence qui force le respect. En lançant un Pelaez ou les frères Morellon sur lesquels il faudra compter, la maison assume un niveau graphique qui rivalise avec les grandes maisons sur les étales des librairies. La couverture de cet Unité Z confirme cela en atterrissant directement sur ma sélection des plus réussies de l’année (et il y a de la concurrence!).

Unité Z, bd chez Des bulles dans l'océan de mOTUS, ShinatoContre toute attente il faut rattacher ce one-shot à la mythologie Lovecraft puisque le cœur du scénario repose bien sur l’incertitude quand à l’univers psychologique du personnage principal et sa transposition dans des planches qui tordent la réalité en une boucle déstabilisante. Le thème SF n’est donc qu’un habillage qui montre l’envie des auteurs de proposer une belle aventure techno avec une escouade de soldats harnachés d’équipement ultra-sophistiqués et l’inévitable conseil scientifique top secret qui ne dit pas tout. Le risque de ce type d’intrigue est de rester trop cryptique… et c’est malheureusement le principal défaut de ce courageux album que de nous perdre à force d’en trop peu dire. Comme dans un David Lynch ou le dernier Nolan on profite d’une narration intello mais l’on est frustré de ne pas tout comprendre. En forme d’exercice de style (on en a déjà vu des BD de ce type) avec l’originalité de l’habillage SF, mOTUS commence son histoire comme un survival SF avant de développer un relationnel psychologique entre les personnages de cette « famille » militaire (l’unité Z) pour brutalement tomber dans le grand vortex de la folie lovecraftienne. On voit la progression, bien vue et logique, mais la brisure de la réalité est trop peu accompagnée et l’on ère un peu sur la fin sans bien comprendre la finalité.

Heureusement l’album s’appuie sur un talentueux dessinateur (dont c’est apparemment le premier ouvrage pro) qui a les défauts techniques de la jeunesse mais propose un excellent découpage et de très réussis design SF autant que fantastiques, avec des créatures impressionnantes, notamment lors de l’entrée dans la faille. Je n’ai pas pour habitude sur ce blog de critiquer des dessinateurs dont la progression technique sera évidente (je me souviens trop de ce qu’était Toulhoat sur Block 109 avant d’aboutir au Roy des Ribauds!) et il convient de souligner les grandes qualités d’un album à l’envie.

Avec ses défauts, son ambition peut-être un peu trop gourmande (quels grands auteurs ont déjà pleinement réussi un album de ce type à part Ledroit?), Unité Z attire pourtant la sympathie d’une série B SF lovecraftienne que tous les amateurs de Lovecraft et de SF ne pourront qu’apprécier. Avec pour principale limite de rester sur l’exercice de style, l’album propose quelques belles visions, un petit roller-coaster narratif et tout de même un plaisir de lecture non forcé.

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