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Sleeper #1: En territoire ennemi

Intégrale qui comprend les douze premiers épisodes de la série Sleeper, écrite par Ed Brubaker et dessinée par Sean Philips . En préambule, on trouve les cinq épisodes de la série Point Blank, du même auteur, avec Colin Wilson au dessin. Parution chez Urban Comics dans la collection Black Label, le 26/08/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Ne dormir que d’un œil

Holden Carver est un criminel. Du moins c’est qu’il est parvenu à faire croire, grâce à l’aide de Jack Lynch, un super-espion qui s’est donné pour mission, entre-autre, de démanteler l’organisation criminelle de Tao, un mystérieux personnage à l’intelligence redoutable dont on ignore les motivations véritables.

Pour ce faire, Lynch a fabriqué de toute pièce la défection d’un agent d’élite, Carver, avant de l’envoyer dans la nature, comptant sur le fait que Tao ne laisserait pas passer un telle opportunité. Carver, qui a été accidentellement doté de super-pouvoirs, constitue donc une recrue de choix pour Tao. Il ne reste donc plus pour notre agent qu’à rentrer dans le rôle, et collecter des informations qui permettront de mettre à bas les terroristes.

Cependant, le déroulé des missions d’infiltration n’est jamais un long fleuve tranquille. Bien évidemment, Lynch, le commanditaire de la mission, sorte de Nick Fury, est le seul à être au courant du statut réel de Carver. Lorsque le vieil espion paranoïaque tombe dans le coma suite à une tentative d’assassinat, l’agent double se retrouve livré à lui-même, agneau déguisé en loup en plein milieu d’une meute affamée.

Agneau ? Peut-être pas tout à fait, car plus le temps passe, plus il est difficile pour Carver de faire la différence entre le bien et le mal, de distinguer entre ce qui relève de sa mission et de la survie au sens strict. Et si en plus du reste, vous ajoutez des sentiments amoureux, alors vous obtenez une recette parfaite pour le désastre.

Pour cette rentrée 2022, Urban va piocher dans les classiques, en déterrant cette série, créée en 2003, issue de la fertile collaboration d’Ed Brubaker et Sean Philips, duo à qui l’on doit entre autre les séries Criminal, Kill or Be Killed, Pulp, Fatale et Incognito.

Il faut signaler que l’action se déroule dans l’univers Wildstorm, label érigé à la grande époque des comics indé (Image Comics, Dark Horse, etc) par Jim Lee, et qui abrite notamment les Wild C.A.T.S, Stormwatch, et The Authority, des séries qui ont commencé timidement, avant de connaître leur heure de gloire grâce à l’intervention d’auteurs comme Alan Moore, Warren Ellis et Mark Millar, rien que ça.

Le label Wildstorm a plus tard été racheté par DC Comics, mais en 2003, au moment de la création de Sleeper, il s’agit encore d’un label indépendant, dans lequel les auteurs jouissent d’une marge créative importante. Les lecteurs réguliers de comics n’auront aucun mal à se rappeler l’appétence d’Ed Brubaker pour les intrigues sombres, liées au monde de l’espionnage et du crime. Sleeper est donc l’un de ses faits d’armes, dans lequel il utilise tous les atouts du récit d’espions: la double-identité, les faux-semblants, le sexe, le sous-texte de chaque personnage, notamment de Tao, dont on ne peut pas déterminer les réelles motivations ni le niveau d’information dont il dispose: ignore-t-il vraiment le rôle de Carver ? Ou attend-il simplement son heure pour l’éliminer au moment opportun ?

Vous l’aurez compris, Sleeper pose les jalons du genre espionnage-super-héros, en maintenant son héros dans un étau constant dont il tente désespérément de sortir, en utilisant son ingéniosité et ses super-pouvoirs.

Avis aux amateurs, toutefois, par souci de clarté, Urban a opté pour intégrer en préambule les cinq numéros de la mini-série Point Blank, qui détaille la tentative d’assassinat de Lynch qui est à l’origine de l’intrigue de Sleeper. Il faudra donc patienter plus d’une centaine de page avant d’entrer dans le vif du sujet, mais une fois entamée, la série produit son effet feuilletonesque et vous poussera à tourner les pages à un rythme effréné.

Sleeper est donc une réussite en terme de comics indé et récit d’espionnage super-héroïque, contrairement au Leviathan que nous chroniquions dans la douleur cet été. Vivement le second volume !

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Gannibal #7-10

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gannibal_t10_faceManga de Ninomiya Masaaki
Meian (2021) , 192p./volume, volume 10/13. Série terminée au Japon.

Sauvé in extremis par le prêtre, Daigo est plus déterminé que jamais à confronter « Lui », maintenant qu’il détient la marque de ses dents permettant de l’identifier. Alors que l’assaut final sur le clan Goto pour libérer les enfants commence, le nouveau chef de clan, Keisuke, doit louvoyer entre son amour pour la fille de Kano et sa fidélité au clan…

20220901_104750Grosse séquence rattrapage pour cette série qui, sortie assez confidentiellement chez un petit éditeur, créée par un nouveau venu dans le monde du manga, monte à chaque tome dans un succès d’estime qui commence à faire parler de lui. Et c’est mérité tant Ninomiya apparaît désormais comme un sacré maître dans la mise en scène manipulatoire. Il faudra compter sur lui dans les années à venir!

Alors qu’on approche de la fin les tomes 7 à 9 forment la fin d’une grosse séquence en engageant enfin résolument la grosse action attendue entre les forces de police et les Goto. Ainsi les trois tomes sont marqués par d’importantes phases d’action, fusillades et massacres bien gores, toujours décortiqués dans un montage atroce qui nous balance d’un personnage à un lieu ou un temps sans nous laisser de répit et toujours cette incertitude du qui/quand/où. Bien entendu les personnages que l’on croyait sécurisés ne le sont jamais vraiment et l’auteur se permet toujours l’introduction de nouveaux personnages, comme cette fliquette très coriace qui contre un temps les redoutables Goto, toujours aussi terrifiants dans leur négation de l’autorité de l’Etat. Cette approche de contestation brutale de tout ordre extérieur à leur propre clan les rend totalement imprévisibles, place une menace omniprésente et fait brillamment fonctionner le thriller.

20220901_104444Marquant ensuite une pause alors que l’intrigue est pratiquement conclue, l’auteur nous lance ensuite sur les derniers tomes de la série (à partir du tome 10 donc) dans un gros flashback sur l’origine du Mal et de la figure de Gin Goto dans sa jeunesse. Restant dans la même ambiance tortionnaire, Ninomiya change donc radicalement de cadre tout en créant des prolongements avec certains ancêtres des villageois ou des Goto qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à leurs descendants… On est un peu surpris de cet abandon des héros (… qui auront été finalement assez peu mis en avant par l’auteur qui les traite plus comme faire valoir de ses affreux) mais on marche à plein dans ces explications toujours cohérentes de cette tentaculaire histoire familiale. Il y a simplement à craindre que différentes intrigues secondaires soient un peu laissées sur le côté de la route d’ici la conclusion mais on frémit à la découverte de l’origine de « Lui » en attendant de voir comment le retour à l’époque principale va pouvoir malmener une dernière fois nos personnages, tant ces increvables Goto semblent impossibles à effacer de la surface de la terre…

A noter qu’alors que la série s’est terminée au Japon en début d’année, une série live est en cours de production au pays du soleil levant. Difficile d’imaginer qu’elle ne soit pas édulcorée (elle sera diffusée sur Disney plus…) mais attendons de voir. De là à rêver d’un film adapté par un David Fincher…

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Sweet Home #1

Webtoon de Kim Carny et Hwang Youngchang
Ki-oon (2022), webtoon (2020), série en cours, 1/12 volumes parus.

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bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur fidélité.

Adolescent renfermé sur ses jeux vidéo, Hyeon-Su se retrouve soudain seul au monde lorsque sa famille disparaît dans un accident de voiture. Propulsé dans une gestion d’adulte il emménage dans une résidence qui doit lui permettre de subvenir à ses besoins. Lorsqu’une catastrophe inexplicable survient à l’extérieur il se retrouve confronté aux voisins et à une menace invisible et terrifiante…

Sweet Home (Kim) -1- Tome 1Les toujours excellentes éditions Ki-oon poursuivent dans dynamique des webtoon puisque après le best-viewer Bâtard ils nous proposent la nouvelle série du dessinateur Hwang Youngchang. De quoi continuer la semaine dans le numérique puisque dimanche Dahaka vous parlait d’une adaptation américaine cette fois d’un webcomic.

Ce qui surprend au premier abord c’est très logiquement la mise en page et le découpage puisqu’il sont pensés pour un défilement sur écran et non sur un enchaînement de pages. Cela a certainement une incidence sur le rythme de lecture mais cela ne se ressent pas négativement. Avec un dessin assez simple et une colorisation minimaliste, c’est donc bien le scénario qui importe dans cette entame qui flatte les maîtres du suspens à commencer par Hitchcock ou Carpenter. En effet, la tension est maintenue très longtemps puisque après une mise en place de contexte qui aide à entrer tranquillement dans le bain, on se retrouve dans un huis-clos glacial à la première personne où les interactions étranges avec les voisins feront avancer le récit, dans une montée de la tension sur une menace impalpable. Le cadre est connu: un immeuble très impersonnel en forme de labyrinthe de béton , une poignée de survivants enfermés en lutte pour leur survie, une menace terrifiante et indicible, tout est bon pour une tension sur les onze prochaine tomes de la série.Sweet Home (Webtoon de Youngchan HWANG, CARNBY Kim) - Sanctuary

Si l’aspect graphique n’est pas à proprement parler joli, il fait le job en permettant de se concentrer sur l’enchaînement des séquences, jouant sur les silences et la confrontation des tempéraments des survivants. Et sur le plan de l’intrigue les auteurs connaissent leurs gammes puisqu’on est happé de la première à la dernière page avec juste ce qu’il faut d’informations pour ne pas s’ennuyer au long de cette avancée lente vers l’horreur. n’en gardant pas trop sous le coude, on achève donc cette entame bien accroché, avec le déclencheur horrifique qui ne se sera pas trop fait attendre, des personnages installés et une chasse qui peut commencer. Y’a plus qu’à enchaîner pour cette très bonne surprise qui confirme que les jeunes auteurs ont souvent la fraicheur qui manque aux grosses cylindrées!

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***·BD

Féroce #1: Taïga de sang

Premier tome de 54 pages, écrit par Gregorio Harriet et dessiné par Alex Macho. Parution chez Glénat le 01/09/21.

Les dents de la neige et Faits d’Hiver

Janvier 2019. Au cœur des terres gelées de la taïga russe, un commerce tout particulier a cours, un commerce qui se fait au détriment de la nature et de la faune locale: celui du bois, qui engendre une déforestation aux proportions plus alarmantes encore que celle de la région amazonienne.

Victor et Nikolay sont deux gardes forestiers dépassés par ces événements. Impuissants à arrêter la coupe et l’exportation de bois, ils doivent se contenter d’observer sans pouvoir en référer à leur hiérarchie, qui se plie elle aussi aux exigences des multinationales sans pitié qui pillent le territoire. Kostya, le fils de Nikolay, est quant à lui contraint de travailler à la découpe faute de mieux. Pendant ce temps, Sabine Koditz, Kristin et Mark sont venus afin de tourner un documentaire sur les Tigres de Sibérie, dont l’habitat et la vie sont menacés par l’exploitation du bois. Sabine est bien connue dans le milieu de l’activisme écologique, puisque ses précédents documentaires ont mis à jour l’enrichissement illégal de certaines corporation, ce qui lui vaut bien sûr l’inimitié de gens toujours très puissants, et rancuniers.

Alors qu’elle s’installe pour débuter le tournage, Sabine ignore qu’elle est la cible de représailles, de la part d’un trafiquant russe et d’une PDG chinoise. Malheureusement, les choses vont tourner au bain de sang, lorsque le chasseur chargé d’abattre Sabine se laisse tenter par l’appât du gain et tire sur un tigre de Sibérie. Le fauve, blessé, n’aura alors plus qu’une idée en tête: se venger et reprendre le contrôle de son territoire dévasté par les humains.

Dans la taïga, personne ne vous entendra saigner

Comme il est coutume de le rappeler, toutes les bonnes histoires d’épouvante comportent trois composantes essentielles, qui font monter la tension et forment les bases d’un bon récit de genre.

Premièrement, un monstre. Il peut s’agir d’un requin (Dents de la Mer) ou un xénomorphe (Alien), ou toute autre entité maléfique, hostile, surnaturelle ou non.

Ensuite, la faute, ou le pêché, qui fait surgir ce monstre. Pour les Dents de la Mer, il s’agira du refus par le Maire de faire évacuer la station balnéaire, craignant les retombées économiques pour sa ville. Pour Alien, ce sera la naïveté de répondre à un signal de détresse qui n’en est pas un, puis la volonté d’étudier un organisme trop dangereux.

Et enfin, un lieu clos: une plage, un vaisseau spatial, une maison hantée, ou tout autre lieu dont on ne peut pas s’échapper facilement. Généralement, pour surmonter le Monstre, le protagoniste devra en premier lieu se confronter au pêché qui l’a fait surgir.

Pour ce premier tome de Féroce, on retrouve bien ces trois éléments fondamentaux: un tigre (monstre), attaque des gens prisonniers de la taïga gelée (lieu clos), pour se venger d’un contrebandier cupide (pêché). Cela promet donc un récit à sensations fortes, d’autant plus que l’histoire semble adaptée, selon l’éditeur, d’un fait divers similaire.

Le scénariste prend le temps de poser son cadre au cours de ce premier album. D’emblée, le contexte géopolitique est posé (mention spéciale et point bonus à l’auteur, qui évoque avec une étonnante clairvoyance le conflit russo-ukrainien) et avec, les enjeux écologiques et environnementaux. On pourrait reprocher des antagonistes trop caricaturaux, mais après tout, est-ce si éloigné de la réalité (encore une fois, l’actualité ne ménage pas ses efforts pour nous le prouver) ?

Grâce à l’écriture de Harriet, on a le loisir de s’attacher aux personnages, notamment le duo père/fils (ce qui tend à démontrer que les autres sont sacrifiables…les paris sont ouverts!), on se laisse happer par l’ambiance polaire et la tension croissante, à mesure que les pages défilent et que le tigre se fait désirer.

Graphiquement, Macho bombe le torse et produit des planches impeccables, tant sur les décors glacés, que pour les personnages, qui sont tous très bien caractérisés au travers du dessin, montrant ainsi la complémentarité de la narration.

Féroce est donc férocement à conseiller, car il parvient à mettre en avant une thématique écologique majeure tout en nous faisant craindre pour ses personnages.

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Survivor’s club #2-3

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Manga de Aoiesei et Anajiro

Delcourt (2021-2022), 208p./volume, série finie en 3 volumes.

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J’avais plutôt accroché au premier tome de cette trilogie et ai pu enchaîner jusqu’à une conclusion surprenante, qui ne confirme pas totalement la qualité ressentie mais dénote une réelle originalité dans le traitement du sujet central: le système de harcèlement dans l’institution scolaire japonaise. Alors que le second volume prolonge le premier en montant malheureusement d’un gros cran l’aspect gore et sexuel, le troisième tome marque une grosse rupture dans le déroulé d’un scénario qui prend alors le temps de suivre l’itinéraire des certains de ces ado afin de comprendre leurs motivations et la réalité crue d’un harcèlement qui ferait passer la France pour le pays des bizounours. On connaît la violence de la société japonaise, illustrée dans les histoires sur le monde du travail ou sur le Moyen-Age. On n’imagine pas en revanche une telle violence gratuite qui va jusqu’au viol et semble toléré par des enseignants, sans doute par l’habitude de préserver l’institution et le respect pour la force. Survivor’s club n’est pas une analyse sociologique, plutôt un pain dans la gueule destiné à rappeler une réalité japonaise qui laissera sans doute le lecteur français assez distant, sorti du plaisir de lecture d’un thriller.

Du coup le déroulé de la prise d’otage qui évolue vers un viol collectif filmé sur internet, destiné à montrer ce qu’a subi la preneuse d’otage, fait un peu voyeur et « fan service déviant », atténuant la portée du propos. C’est dommage, comme la propension du dessinateur à montrer des morceaux de viande humains, des bouts de têtes, etc, qui frisent le granguignol et là aussi cassent le réalisme cru des harcelés soutenus par une mystérieuse organisation les poussant à l’action violente. Au final Survivor’s club a les qualités et les défauts d’une première œuvre et des séries très courtes, inabouti malgré un démarrage très alléchant et une belle maîtrise du découpage et de la narration. A tenter pour les cœurs bien accrochés.

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Cadres Noirs #1

La BD!

Premier tome de 72 pages d’une trilogie écrite par Pascal Bertho, d’après le roman de Pierre Lemaître. Dessins de Giuseppe Liotti, parution le 16/02/22 aux éditions Rue de Sèvres.

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Merci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance!

Prise d’autre âge

A première vue, Alain Delambre a tout d’un homme heureux. Cadre dans une entreprise, il gagne suffisamment bien sa vie pour offrir à sa famille un environnement prospère et éloigner les problèmes.

Toutefois, rien n’est vraiment acquis dans la vie et Alain l’apprend à ses dépens lorsqu’il est licencié. Commence alors une lente désocialisation, qui l’éloigne de l’emploi et précarise l’ensemble de la famille. Heureusement pour notre quinquagénaire, ses deux filles sont grandes et ont fini leurs études. Mais Alain, lui, ne parvient pas à retrouver de travail dans sa branche d’activité, et se voit contraint d’accepter des jobs précaires pour lesquels il est surqualifié.

Un jour, Alain voit passer une opportunité dans les petites annonces. Un job taillé pour lui, qui représente l’espoir d’une seconde chance. Galvanisé de nouveau, Alain se prépare comme jamais pour décrocher ce poste, mais il doit avant cela passer une série d’entretiens et de tests, dont certains s’avèrent illégaux.

Car la mission qu’on lui propose, c’est de simuler une prise d’otage parmi un groupe de cadres candidats, afin de déterminer les plus aptes à gérer les situations de crise et de pression extrême. Plutôt que de renoncer, Alain s’immerge complètement dans le rôle et s’endette même auprès d’une de ses filles pour pouvoir gérer la logistique de cette fausse prise d’otage. Mais quelque chose tourne mal, la situation vire au drame et des gens sont blessés. Pris pour un forcené, Alain est interpellé et placé en détention provisoire, dans l’attente de son jugement.

Quelle sombre vérité se cache derrière cette prise d’otage ? Comment Alain parviendra-t-il à assurer sa défense ?

Des fentes aux enfers

Publié en 2010, le roman de Pierre Lemaître a remporté un franc succès, notamment pour sa description sans concession de l’univers cynique des grandes entreprises, gangrénées par la cupidité et les techniques modernes de management. L’adaptation BD, assurée par Pascal Bertho et Giuseppe Liotti, prend le même

Cadres noirs - Tome 1 - Cadres noirs - Pascal Bertho, Pierre Lemaitre,  Giuseppe Lotti - cartonné, Livre tous les livres à la Fnac

chemin et dresse un portrait peu ragoutant du monde moderne du travail. A noter que l’histoire a été adaptée à la télé dans la série Dérapages (visible sur Arte et Netflix).

La fongibilité des employés, la recherche du profit et de la performance au détriment de l’éthique et du bien-être des individus, tout est mis en exergue pour expliquer la descente aux enfers d’Alain, travailleur qualifié typique auquel il est aisé de s’identifier.

Cependant, si l’intrigue est immersive et articulée autour de révélations amenées de façon cohérente, j’ai été quelque peu gêné par certains détails qui ont empêché une totale immersion. Je parle principalement de l’environnement carcéral, qui comprend des erreurs et/ou clichés non conformes à la réalité: les parloirs ne sont pas organisés comme dans l’album, il n’y a évidemment pas de réfectoire dans les prisons françaises, sans parler des liens avec le surveillant d’étage, les gradés, et le SPIP qui n’est même pas mentionné… J’espère que la suite sera mieux documentée, tant sur l’environnement pénitentiaire que sur la procédure judiciaire, car cela permettra d’apprécier encore mieux les méandres de cette intrigue policière ainsi que sa critique sociale.

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****·BD·Service Presse

L’état Morbide, intégrale

La BD!

Recueil de 164 pages rassemblant les trois tomes de L’état Morbide (La Maison-Dieu, Le passage avide, Waterloo Exit), écrits et dessinés par Daniel Hulet entre 1997 et 1995. Parution de l’intégrale le 07/07/2021 aux éditions Glénat.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’amour de la Mort

Charles Haegeman, jeune dessinateur belge au look punk, se rend dans un vieil immeuble à la façade maussade du quartier Sainte-Catherine, à Bruxelles. Accueilli par la non-moins maussade Mme Spiegel, il est immédiatement charmé par la morbidité qui suinte des murs du sinistre appartement, qu’il décide de louer sur le champs.

Charles a en effet choisi de s’isoler dans un lieu qui favorisera sa fascination pour la mort, afin de pouvoir boucler un projet de bande dessinée pour lequel son éditeur le presse. Mme Spiegel, bien qu’acariâtre au premier abord, accepte bien volontiers de louer l’appartement, mais elle prévient néanmoins notre artiste: l’immeuble abrite toute une collection d’individus plus ou moins équilibrés, et le précédent locataire s’est pendu après avoir sombré dans la folie…

Alba, quant à elle, s’inquiète pour son Charles. Le voyant s’enfoncer peu à peu dans la torpeur moite de son appartement aux murs grignotés par la vermine, la jeune femme tente désespérément de le ramener à elle. Mais Alba n’a pas d’argument assez fort pour convaincre Charles de quitter l’appartement. Le jeune dessinateur poursuit ses dessins, mais découvre en parallèle de troublants indices laissant penser que l’immeuble est maudit. Construit près d’un lieu de culte païen, l’immeuble semble animé par des forces obscures, et ce ne sont pas les autres locataires de l’immeuble qui diront le contraire…

Amoureux de la vie, exaltés des chakras, boulimiques de bonnes ondes, passez votre chemin. Dans l’état morbide, vous serez plongés sans concession dans une ambiance glauque à souhait au cœur du climat belge froid et humide. Les couleurs directes désaturées, qui mettent en valeur le dessin réaliste de Hulet, posent un univers pesant, oppressant, que ce soit dans un cadre ouvert ou fermé.

Par des jeux d’esprits subtils et retors, l’auteur nous entraîne en même temps que son personnage dans une spirale de doute et d’angoisse, qui va croissant jusqu’à un final ambigu, voire dingue. En effet, on est presque sur une « fin à la Gainax » (en référence aux studios Gainax à l’origine du final controversé dEvangelion), qui remet en cause toute la substance de la trilogie, sans nécessairement verser dans le non-sens toutefois.

A de nombreux égards, on peut trouver des similitudes avec de récents albums comme Nos Corps Alchimiques, voire même des films comme Wounds ou Hérédité (le rituel mystique dont le héros est le sujet involontaire), ou encore Get Out (la métempsycose forcée), ce qui, mine de rien, place L’état morbide au rang prestigieux d’influence !

Cette réédition nous permet donc de découvrir ce classique de la BD Franco Belge, agrémenté d’un dossier complet sur l’auteur en début d’album.

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Batman Ego

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Recueil comprenant les épisodes Batman Ego, Batman Black & White, et Solo. Darwin Cooke à l’écriture et au dessin pour Ego, assisté de Paul Grist (scénario) et Bill Wray (dessin) pour les deux autres chapitres. Parution en France chez Urban Comics le 17 janvier 2022.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

La Grande Aventure (L)EGO: Batman en petits morceaux

Batman est devenue une figure hégémonique de la pop culture grâce à son ingérence répétée dans plusieurs médias: bande dessinée, films, jeux vidéos, séries d’animation…

Chacune de ses adaptations a été une occasion supplémentaire de faire entrer dans le cercle des fans toujours plus nombreux, marqués par l’imagerie gothique de ce héros sombre et torturé. Au fil du temps, les différentes interprétations du personnage, les univers distincts dans lesquels Batman évoluait ont connu des transfuges, plus ou moins heureux. C’est ainsi par exemple, que des personnages issus de la série animée, créée par Bruce Timm en 1992, ont fait ensuite leur apparition dans le comic book, ce qui est l’un des premiers exemples de canonisation transmédia.

Encore aujourd’hui, Batman the animated series est considérée comme une série culte et incontournable pour les fans de l’Homme Chauve-Souris, si bien que le comic book n’a pas pu faire autrement que d’intégrer encore davantage d’éléments du dessin animé au sein de ses pages.

En 2000, c’est Darwin Cooke, issu de l’animation, à qui on donne l’occasion de raconter sa version du mythe Batman. L’artiste concocte donc Batman Ego, une fable sous forme de dialogue interne qui met le héros masqué face à ses peur et à ses doutes.

Après avoir échoué à empêcher un homme de main du Joker de mettre fin à ses jours, Bruce, blessé et affaibli, se cloître dans sa fameuse batcave et s’y voit confronté à la manifestation de son alter ego. C’est à cette occasion que l’on se rend compte que le Batman est vu comme un croque-mitaine non seulement par les criminels de Gotham City, mais également par Bruce Wayne lui-même.

Darwin Cooke choisit de traiter le paradigme du héros en faisant de Batman et Bruce Wayne deux entités distinctes, forcées de cohabiter mais ayant chacun des objectifs propres. Ainsi, Bruce Wayne, écrasé par ce deuil qu’il n’a pas su faire et par le poids des responsabilités qu’il s’impose, s’en remet à Batman pour faire ce qu’il n’a pas pu, à savoir protéger tous ces parents qui sont symboliquement les siens et éviter autant d’orphelins potentiels. Batman, quant à lui, n’est que rage bouillonnante et pulsions de mort, et se sent de plus en plus contraint par les limites que lui impose Wayne. Ne tolérant qu’à peine ces freins, Batman presse de plus en plus pour que son hôte lui lâche la bride, et va profiter de ce moment de faiblesse pour le confronter à ses contradictions.

Le regretté Darwin Cooke déroule ici la théorie freudienne en découpant son personnage en trois parties distinctes: -Le Bruce Wayne milliardaire, la figure publique qui œuvre et investit pour le changement à Gotham, est le Surmoi, car il représente la morale qui pousse Bruce à agir. -Le Batman est ici représenté comme le Ça, siège des pulsions qui animent l’homme et le poussent à devenir un justicier violent et sans compromis. Et enfin, en lieu et place du Moi, nous avons le « vrai » Bruce Wayne, l’enfant orphelin qui a perdu ses parents dans Crime Alley, et qui doit faire la synthèse de toutes ces injonctions conscientes ou inconscientes.

Batman Ego est donc une plongée très immersive dans la psyché du Chevalier Noir, et nous pousse à nous interroger sur les implications réelles, en terme de santé mentale, qu’aurait la transformation d’un homme en justicier au ban de la société.

Le style saisissant de Darwin Cooke, reconnaissable grâce à son trait dynamique qui rappelle l’animation, conjugué à l’esthétique rétro futuriste digne d’un Fritz Lang, fait de ce Batman Ego une sorte d’hybride entre Batman the animated series de Bruce Timm, et Batman Year One, de Frank Miller.

En comparaison, les autres histoires courtes proposées dans ce même recueil paraissent moins impactantes, même si elles permettent d’apprécier le style de l’auteur et de ses comparses. On a par exemple un rapide crossover entre le célèbre Spirit de Will Eisner et Batman, qui, bien qu’il reprenne amoureusement les codes des comics pulp, reste un cran en dessous au niveau intensité dramatique. Néanmoins, ce Batman Ego, grâce au comics éponyme, vaut bien quatre Calvin.

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Leviathan #1

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Manga de Shiro Kuroi
Ki-oon (2022), 172p., 1/3 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

Un équipage de pilleurs d’épaves flotte dans le vide spatial, le gigantesque navire Leviathan, éventré, à sa merci. Dans le vaisseau vide ils découvrent un carnet de bord tenu par un collégien parti en voyage scolaire à bord du vaisseau. A mesure de leur progression dans les entrailles du Léviathan ils découvrent qu’une macabre danse s’est formée parmi les survivants du naufrage et que leur équipée de routine risque bien de s’avérer plus dangereuse que prévu…

📚 Rémi 📚 on Twitter: "Shiro Kuroi (@Kuroi_Siro) va publier "Léviathan"  chez @ki_oon_Editions en 2021. Une aventure qu'il a commencée en amateur en  vendant des fascicules comprenant les premières pages au Comitia.Continuant sa très ambitieuse politique d’édition de mangas originaux sous sa bannière (après Tsugumi project ou Roji! par exemple), Ki-oon a annoncé tôt l’année dernière ce manga prépublié dans son magazine et dont les premiers aperçus ont impressionné la mangasphère. Ce premier tome comprend quatre chapitres (dont quatre pages couleur en introduction) et un court cahier bonus final en forme de dramatis personae.

Premier album publié de l’auteur, Leviathan impressionne par sa forme graphique. Influencé par Otomo et Miyazaki, Shiro Kuroi travaille dans un style très européen (voir italien) fait de hachures enchevêtrées avec des trames tout à fait adaptées et invisibles dans son dessin. Dès l’image de jaquette on est attiré par cette jeune fille au regard énigmatique et un élément technologique derrière elle qui nous renvoie immédiatement à l’univers mental de HR Giger, le papa d’Alien. Si les décors du vaisseau, en forme de huis-clos) restent relativement plats, ce sont les gros plans et costumes qui impressionnent de précision et de matière. Encore soumis à quelques imprécisions techniques, le mangaka déroule une intrigue simple mais diablement bien construite avec pour ambition de créer une tension de thriller entre le Battle Royal et les dix petits nègres. Assez vite on comprend en effet que la survie des naufragés repose sur un secret dont la connaissance va entraîner la mort dans son sillage…

Léviathan #1 | BoDoï, explorateur de bandes dessinées - Infos BD, comics,  mangasSur une trame très proche du très bon Astra, Leviathan s’en détache par l’aspect huis-clos qui change résolument l’approche et l’ambiance délétère. Si l’on a bien l’idée d’un groupe d’adolescents terrifiés, l’arrivée de morts violentes pose l’atmosphère recherchée par l’auteur: un danger de tous les instants, une bataille à mort, des relations psychologiques manipulatoires malsaines.

Je m’attendais à lire un manga d’exploration spatiale et il s’avère que (pour le moment) l’équipage de pilleurs n’est que le témoin du récit, le scénario alternant régulièrement entre les deux trames temporelles. A mesure que la population du journal de bord va se réduire on peut imaginer que la première intrigue va inversement grossir. Il reste que malgré de très légers défauts que l’on pardonnera bien volontiers à une première œuvre, Leviathan nous happe de bout en bout dans son fiel inquiétant et impressionne par sa maîtrise générale qui n’a rien à envier à des auteurs chevronnés. L’éditeur a bien compris le potentiel de cette série et a lancé une grosse com’ justifiée. Un auteur à suivre et une nouveauté tout à fait enthousiasmante que je vous invite à entamer sans délai!

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Le Dernier Livre

La BD!

Histoire complète en 72 pages écrite par François Durpaire et dessinée par Brice Bingono. Parution le 24/11/21 aux éditions Glénat.

Du pain, des virus et des jeux

Dans un futur pas si éloigné, une virulente pandémie a forcé les sociétés modernes à se réinventer et à proscrire autant que possible les contacts entre individus. S’en sont suivis une passation de pouvoir et un changement de régime, qui ont vu les géants du numérique s’emparer des principes de la démocratie.

Comme pour tout régime non-démocratique et autoritaire, l’accès au savoir a très vite été identifié comme antithétique, voire dangereux, car il favorise l’esprit critique et ne correspond plus à la consommation de masse qui est aujourd’hui la colonne vertébrale de nos sociétés. C’est donc tout naturellement que les écoles sont fermées, au profit d’une digitalisation du savoir. Les livres sont bannis, les librairies et le secteur du livre sont également prohibés, et le nouveau régime va même jusqu’à concevoir un nouveau langage à visée universelle.

Tout ceci est bien entendu appuyé par un état-policier. Tous les contrevenants qui conservent et utilisent encore des livres sont violemment traqués et punis, et la culture elle-même fait l’objet d’une censure, opérée à l’aune des objectifs mercantiles du nouveau gouvernement.

Car les seuls rassemblements permis sont dans les centres commerciaux, où les individus sont abreuvés de contenus digitaux prédigérés pour eux.

La jeune Héliade est née dans ce monde, qui n’a pas mis longtemps à sombrer dans l’obscurantisme et la violence. Ses parents se sentent impuissants à lui épargner cette mise à mort collective de l’esprit et de la culture, et font ce qu’ils peuvent pour préserver le peu qu’il leur reste de liberté de penser. Mais un beau jour, Héliade est enlevée en plein centre commercial, par un homme portant un masque à l’effigie de Victor Hugo. C’est le début d’un chassé-croisé risqué entre les résistants du livre et ses farouches opposants.

Fahrenheit 1984

François Durpaire, déjà auteur de la trilogie La Présidente, éditée aux Arènes, est un universitaire régulièrement aperçu à la télévision en tant que consultant expert des questions politiques et culturelles aux Etats-Unis. Il érige ici un récit fortement influencé par l’actualité récente, auquel il mêle des thématiques dystopiques bien connues et issues de la littérature américaine du XXe siècle.

En effet, l’idée des autodafés à grande échelle, en plus d’appartenir à l’Histoire, était déjà évoquée dans des œuvres telles que Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. L’œuvre est d’ailleurs elle-même référencée dans l’album, dans une scène où l’un des personnages note la similarité des situations. La comparaison peut aller plus loin, puisque, comme dans le célèbre roman, les résistants qui étudient encore les livres s’éveillent à l’idée que le livre vit encore en eux, quand bien même la dernière copie qui en subsistait a été brûlée.

L’autre source d’inspiration pourrait être 1984, qui s’est d’ailleurs payé plusieurs adaptations BD l’an passé. La surveillance de masse, la novlangue et la double-pensée ont clairement guidé le scénariste dans l’élaboration de son univers post-pandémie.

Néanmoins, si l’on peut accorder à cet album un poésie et un lyrisme maitrisés, il n’en demeure pas moins que les ressorts dramatiques qui en ressortent paraissent plats. Les personnages en eux-mêmes ne sont pas idéalement creusés, et on constate avec étonnement que le cœur de l’album, soit 24 pages, correspond à une seule scène, un échange entre une professeure et ses élèves retraçant amoureusement l’histoire du livre et de l’écriture.

Ceci laisse donc peu de place aux ressorts dramatiques, même si la conclusion, certes confondante de naïveté et d’optimisme, s’avère cohérente avec l’ensemble du récit. C’est ce qui fait que le Dernier Livre est moins un thriller d’anticipation dystopique (comme promis par la quatrième de couverture) qu’un vibrant hommage au prodige de l’écrit et du savoir (ce qui est tout naturel venant d’un universitaire engagé).

La partie graphique, quant à elle, est tout à fait sublime, grâce au talent de Brice Bingono, qui livre de superbes planches dans la lignée d’un Travis Charest.

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