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Bill Finger, dans l’ombre du mythe.

Le Docu du Week-End

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Roman graphique de Julian Voloj et Erez Zadok
Urban (2022), 184 pages, one shot.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance

Il y a trois ans le scénariste Julian Voloj proposait une très intéressante biographie de Joe Shuster, co-créateur de Superman reconnu sur le tard et désormais légalement annoncé sur chaque album de Superman. Dans ce passionnant ouvrage on découvrait notamment un système éditorial où de jeunes auteurs se soumettaient naïvement en cédant l’intégralité des droits de leurs personnages, habitude ancrée pendant longtemps et pratique qui fut mise à mal lorsque les comics devinrent un phénomène de masse. On y croisait Bob Kane, créateur de Batman qui semblait déjà très accroché à ses intérêts financiers…

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH924/18_bill_finger_00-2-09ae8.jpg?1655299307Alors que Joe Shuster et Jerry Siegel gagnèrent leur crédit sur les albums de Superman en 1978 après des procès et un effet certain des films de Richard Donner, l’histoire est toute autre pour Bill Finger, le scénariste de Bob Kane qui ne fut crédité qu’à titre posthume en 2015 après une campagne de sa petite-fille et le militantisme du biographe Marc Nobleman dont l’enquête a fortement inspiré cet album. Le parallèle entre les deux albums écrits par Julian Voloj est très intéressant en permettant de comparer les similitudes et les différences entre les histoires de deux scénaristes restés dans l’ombre de leur personnage des décennies durant.

Si ses homologues de Superman se sont débrouillé seuls pour contester la première cession de leurs droits faits alors qu’ils étaient très jeunes, Bill Finger fut un auteur renfermé qui ne sut jamais revendiquer ses droits et dont abusa Bob Kane qui utilisa des nègres toute sa carrière durant. L’album ne dit pas clairement que le dessinateur écarta cyniquement ses collègues, expliquant qu’il était très doué pour négocier les contrats et que sa mise en avant permit à ses collaborateurs de vivre décemment. Décemment mais anonymement. Il s’agit donc ici d’une histoire d’honneur plus que d’argent.

Bill Finger : dans l'ombre du mythe. Une reconnaissance tardive. -  Superpouvoir.comL’autre intérêt de l’album repose dans sa forme qui suit une enquête à double période (la chronologie de Bill Finger et l’enquête de nos jours par Nobleman), avec une mise en abyme du biographe vis à vis du personnage de Batman. Les lignes se croisent ainsi et l’ouvrage revêt une forme de thriller très originale. Si graphiquement les planches d’Erez Zadok sont très agréables, elles restent artistiquement parlant moins puissantes que le travail de Thomas Campi sur Joe Shuster.

Si on pouvait craindre la réutilisation d’une recette qui marche, ce volume est un petit miracle qui permet de créer un diptyque cohérent et très différent. La lecture des deux albums est vivement conseillée pour tous ceux qui aiment les comics en permettant de découvrir les coulisses de la création et le statut des auteurs, sujet toujours très prégnant.

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Joker Infinite #1: la chasse au clown

Premier volume de 160 pages de la série écrite par James Tynion IV et dessinée par Guillem March. Parution en France chez Urban Comics le 25/02/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Lorsqu’on a que la mort

On ne présente plus le Joker. Depuis 80 ans maintenant, il terrorise Gotham City et met Batman face à un insoluble dilemme: le tuer et ainsi transgresser sa règle d’or, ou continuer d’endosser le poids sans cesse croissant de ses victimes.

Dans la continuité de Joker War, on retrouve le Clown Prince du Crime au centre d’une série qui lui est consacrée. A la suite d’une énième exaction au sein de l’asile d’Arkham, le Joker est traqué par plusieurs factions criminelles, qui veulent chacune venger une victime. Gotham redevient une poudrière, mais cette fois, James Gordon n’est plus concerné. Depuis qu’il a pris sa retraite, Gordon est pourtant hanté par les traumatismes subis aux mains du Joker. Tout d’abord, sa fille, abattue par balle (lors du célèbre Killing Joke d’Alan Moore), puis son fils. Gordon doit donc beaucoup de souffrance au Joker, aussi, lorsqu’il se voit proposer une mission qui lui permettrait de se venger enfin, l’ancien partenaire de Batman n’hésite pas longtemps à lancer à ses trousses. Et contrairement au chevalier noir, Gordon n’a pas fait serment de ne pas tuer.

En pleine frénésie batmanienne, Urban nous offre une nouvelle série centrée sur sa Nemesis. Cependant, élément relativement remarquable, le point de vue n’est pas celui du psychopathe éponyme mais celui de son poursuivant, offrant ainsi une plongée dans les pensées souvent négligées d’un personnage secondaire qui a souvent fait les frais de sa folie.

James Tynion IV, que l’on suit actuellement sur la série Wynd, parvient bien à retranscrire les effets de tels traumatismes sur la personnalité d’une victime du Joker. On sympathise donc automatiquement avec la cause de Gordon, et l’on souhaite presque le voir réussir, car, si Batman possède les skills nécessaires pour neutraliser Joker, seul le commissaire a la possibilité de franchir le cap en pressant la détente. Ce décloisonnement de la relation Batman/Joker est donc salutaire, et contient des rebondissements, qui, s’ils ne sont pas nécessairement inattendus, emmènent tout de même l’histoire dans une direction intéressante.

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The Batman: les comics qui l’ont inspiré…

The Batman : un poster et un logo officiels et artistiques pour le film de  Matt Reeves - GAMERGEN.COM

La sortie d’un film Batman est un évènement. Le plus célèbre des super-héros en slip n’a finalement pas tant de version que cela si l’on exclue l’anomalie commise par Joël Schumacher dans les années quatre-vingt dix. Pour accompagner ce qui semble la proposition la plus fidèle à l’univers sombre et mythologique des comics depuis Tim Burton les éditions Urban (éditeur officiel de DC comics en France) proposent une liste de comics « officiels » dont se sont inspirés (voir plus…) les créateurs du film.

Vous trouverez le lien vers les articles sur les couvertures des albums que nous avons chroniqués. Bonne lecture et bon film!

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Batman: Imposter

Recueil de 152 pages de la mini-série écrite par Matson Tomlin et dessinée par Andréa Sorrentino. Parution en France aux éditions Urban Comics, collection Black Label, le 25/02/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Beware the Bat

Depuis trois ans, la ville de Gotham subit une campagne violente, menée par un homme anonyme dont certains doutent même de l’existence. Le but apparent de cette figure nocturne est de lutter contre la criminalité et la corruption qui gangrènent la cité depuis des décennies, quitte à se mettre à dos la police et se mettre au ban d’une société devenue apathique.

Cet homme, déterminé, entraîné et disposant de ressources considérables, n’est autre que Bruce Wayne, héritier de la fortune colossale de ses défunts parents, assassinés sous ses yeux dans une ruelle sordide. Mû par une colère dévorante, Bruce est devenu le Batman, le justicier de l’ombre craint par les criminels et méprisé par le système.

Batman est peu à peu devenu le symbole d’une justice alternative, qui ne fait pas de compromis, remportant une certaines adhésion populaire malgré la traque officielle qui lui est donnée. Et contre toute attente, les efforts colossaux de Bruce ont fini par porter leurs fruits, car pour la première fois depuis 54 ans, le crime recule à Gotham. C’est même la première fois, ce soir-là, qu’aucun crime violent n’est répertorié dans la cité. Une vraie consécration, que tout homme censé aurait pris le temps de célébrer.

Mais vous l’aurez compris, Bruce n’a rien d’un homme censé. Noyé dans sa croisade, il ignore sciemment ses limites jusqu’à être grièvement blessé, par deux crétins anonymes qui s’en vont sans demander leur reste. A cours d’options, Bruce échoue chez la Docteure Leslie Thompkins, qui l’avait suivi enfant. Leslie découvre ainsi avec effroi que le jeune patient qu’elle connaissait est en réalité un justicier ultra violent. Partagée entre sa volonté de sauver Bruce de lui-même et les enjeux liés à sa croisade contre le crime, elle décide de l’aider en lui imposant des séances de psychothérapie, auxquelles le jeune homme devra se plier au risque d’être dénoncé par sa psy.

Malheureusement, ce n’est pas le seul problème que va devoir affronter notre héros. Un autre justicier, arborant lui aussi le symbole de la chauve-souris, exécute des criminels, franchissant ainsi la seule limite que le véritable Batman s’impose. Harcelé de tous cotés, traqué par le GCPD et par les élites corrompues de Gotham, Batman n’aura peut-être pas l’occasion de laver son nom et d’attraper l’imposteur.

Le film le plus attendu de l’année, The Batman, débarque dans nos salles obscures, poussé par une vague de hype comme en voit que pour les icones de la pop-culture. Ça tombe bien, l’Homme Chauve-Souris en est une, avec ses éléments clés, ses poncifs et piliers, que de nombreux auteurs, en 80 ans de continuité, se sont amusés à manier et remanier. Après des interprétations toujours plus excentriques (Batman, la série télé avec Adam West, Batman Forever et le trèèès controversé Batman & Robin), Christopher Nolan est entré en scène et a livré une trilogie qui a redéfini en profondeur le personnage et sa mythologie aux yeux du public.

Son leitmotiv ? Une approche sombre et réaliste, centrée sur les tourments et la psychologie ambigüe de son héros. Dans quel but un homme peut-il se lancer dans une telle croisade ? Quelle motivation, quelles ressources et quel entrainement cela requiert-il ? Narrativement parlant, Nolan n’est bien sûr par le premier à tenter cet angle d’approche, puisque des auteurs comme Frank Miller l’avaient déjà envisagé 20 ans auparavant (Batman Year One, The Dark Knight Returns, etc). Ces œuvres ont d’ailleurs servi de base de référence à Nolan pour sa trilogie.

Aujourd’hui, c’est Matt Reeves qui s’attaque au problème Batman, après une brève passade de Zack Snyder, avec le concours d’un Ben Affleck qui n’a pas fait l’unanimité parmi les fans. Le scénario du film de Reeves est cosigné par Mattson Tomlin, jeune auteur et réalisateur américain qui s’est d’abord fait la main sur The Imposter, dans lequel il développe la vision réaliste en vogue pour le justicier de Gotham.

Il s’agit donc ici d’explorer le coût personnel de la croisade du Chevalier Noir contre le crime, avec le plus de vraisemblance possible. Première idée imposée par le scénariste, son Batman est seul: ni Alfred, ni Gordon pour le soutenir ou appuyer ses actions. En effet, il est assez difficile d’imaginer que les proches d’un justicier, à plus forte raison un homme en colère comme Bruce, cautionneraient un tel comportement. Idem pour Gordon: un fonctionnaire de police qui collaborerait avec un homme en marge de la loi n’y laisserait-il pas sa carrière ?

La seconde idée est que la santé mentale et l’équilibre d’un justicier seraient réellement compromis, au point que l’on puisse douter de la cohérence de ses actions. Pour le reste, Tomlin met en lumière les fondamentaux de Batman, à savoir la préparation mentale et physique, les talents d’enquêteur et la dangerosité de Gotham. Il marque aussi des points en faisant rapidement de Bruce Wayne le suspect n°1 de l’enquêtrice chargée de traquer Batman.

Sur le plan graphique, Andrea Sorrentino, passé maître dans l’art de poser des ambiances glauques, est ici tout à fait à son aise. Inventif dans son découpage, il laisse la mise en scène au service de l’écriture mais n’excelle pas véritablement lors des phases d’action.

En résumé, Batman the Imposter est une exploration immersive de la psyché batmanienne, un avant-goût prometteur du film !

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Batman Ego

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Recueil comprenant les épisodes Batman Ego, Batman Black & White, et Solo. Darwin Cooke à l’écriture et au dessin pour Ego, assisté de Paul Grist (scénario) et Bill Wray (dessin) pour les deux autres chapitres. Parution en France chez Urban Comics le 17 janvier 2022.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

La Grande Aventure (L)EGO: Batman en petits morceaux

Batman est devenue une figure hégémonique de la pop culture grâce à son ingérence répétée dans plusieurs médias: bande dessinée, films, jeux vidéos, séries d’animation…

Chacune de ses adaptations a été une occasion supplémentaire de faire entrer dans le cercle des fans toujours plus nombreux, marqués par l’imagerie gothique de ce héros sombre et torturé. Au fil du temps, les différentes interprétations du personnage, les univers distincts dans lesquels Batman évoluait ont connu des transfuges, plus ou moins heureux. C’est ainsi par exemple, que des personnages issus de la série animée, créée par Bruce Timm en 1992, ont fait ensuite leur apparition dans le comic book, ce qui est l’un des premiers exemples de canonisation transmédia.

Encore aujourd’hui, Batman the animated series est considérée comme une série culte et incontournable pour les fans de l’Homme Chauve-Souris, si bien que le comic book n’a pas pu faire autrement que d’intégrer encore davantage d’éléments du dessin animé au sein de ses pages.

En 2000, c’est Darwin Cooke, issu de l’animation, à qui on donne l’occasion de raconter sa version du mythe Batman. L’artiste concocte donc Batman Ego, une fable sous forme de dialogue interne qui met le héros masqué face à ses peur et à ses doutes.

Après avoir échoué à empêcher un homme de main du Joker de mettre fin à ses jours, Bruce, blessé et affaibli, se cloître dans sa fameuse batcave et s’y voit confronté à la manifestation de son alter ego. C’est à cette occasion que l’on se rend compte que le Batman est vu comme un croque-mitaine non seulement par les criminels de Gotham City, mais également par Bruce Wayne lui-même.

Darwin Cooke choisit de traiter le paradigme du héros en faisant de Batman et Bruce Wayne deux entités distinctes, forcées de cohabiter mais ayant chacun des objectifs propres. Ainsi, Bruce Wayne, écrasé par ce deuil qu’il n’a pas su faire et par le poids des responsabilités qu’il s’impose, s’en remet à Batman pour faire ce qu’il n’a pas pu, à savoir protéger tous ces parents qui sont symboliquement les siens et éviter autant d’orphelins potentiels. Batman, quant à lui, n’est que rage bouillonnante et pulsions de mort, et se sent de plus en plus contraint par les limites que lui impose Wayne. Ne tolérant qu’à peine ces freins, Batman presse de plus en plus pour que son hôte lui lâche la bride, et va profiter de ce moment de faiblesse pour le confronter à ses contradictions.

Le regretté Darwin Cooke déroule ici la théorie freudienne en découpant son personnage en trois parties distinctes: -Le Bruce Wayne milliardaire, la figure publique qui œuvre et investit pour le changement à Gotham, est le Surmoi, car il représente la morale qui pousse Bruce à agir. -Le Batman est ici représenté comme le Ça, siège des pulsions qui animent l’homme et le poussent à devenir un justicier violent et sans compromis. Et enfin, en lieu et place du Moi, nous avons le « vrai » Bruce Wayne, l’enfant orphelin qui a perdu ses parents dans Crime Alley, et qui doit faire la synthèse de toutes ces injonctions conscientes ou inconscientes.

Batman Ego est donc une plongée très immersive dans la psyché du Chevalier Noir, et nous pousse à nous interroger sur les implications réelles, en terme de santé mentale, qu’aurait la transformation d’un homme en justicier au ban de la société.

Le style saisissant de Darwin Cooke, reconnaissable grâce à son trait dynamique qui rappelle l’animation, conjugué à l’esthétique rétro futuriste digne d’un Fritz Lang, fait de ce Batman Ego une sorte d’hybride entre Batman the animated series de Bruce Timm, et Batman Year One, de Frank Miller.

En comparaison, les autres histoires courtes proposées dans ce même recueil paraissent moins impactantes, même si elles permettent d’apprécier le style de l’auteur et de ses comparses. On a par exemple un rapide crossover entre le célèbre Spirit de Will Eisner et Batman, qui, bien qu’il reprenne amoureusement les codes des comics pulp, reste un cran en dessous au niveau intensité dramatique. Néanmoins, ce Batman Ego, grâce au comics éponyme, vaut bien quatre Calvin.

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Future State: Justice League

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Recueil de 360 pages, comprenant les épisodes US Future State Flash #1 et #2, Future State: Teen Titans #1 et #2, Future State Aquaman #1 et #2, Future State La Ligue des Ténèbres #1 et #2, Future State Wonder Woman #1 et #2, Future State Suicide Squad #1 et #2. Parution le 24/09/2021 aux éditions Urban Comics.

État de l’union

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Les futurs possibles de l’univers DC n’ont jamais été très enthousiasmants. Dans le cas présent, ils riment pour ainsi dire tous avec apocalypse, fin du monde, et destruction du monde tel que nous le connaissons. Quel futur prévaudra ? Quels héros sortiront indemnes de ces confrontations ?

De son côté, Barry Allen, anciennement Flash, poursuit son ancien protégé Wally West, qui, après avoir perdu l’esprit, est devenu l’invincible avatar du cavalier de la Famine. Afin de neutraliser son ancien ami, Barry, désormais privé de la Force Véloce, doit collecter une à une les armes de tous ses ennemis, afin de constituer un arsenal à même de vaincre un bolide tel que Wally. Sa résolution sera mise à rude épreuve pendant cette quête, alors que ses autres amis tombent comme des dominos face à ce danger mortel qui a ravagé le monde.

Les Teen Titans, quant à eux, affrontent également les cavaliers, et vont devoir utiliser toutes leurs ressources pour les neutraliser. Alors que Nightwing ressemble toujours davantage à son mentor Batman, les autres titans, dont certains sont inexpérimentés et sous-armés, se rassemblent sous le leadership de Starfire.

Le grand Shazam, lui, se retrouve lui aussi aux prises avec les puissantes entités, qu’il doit maîtriser au prix de grands sacrifices. On assistera alors à la réelle dichotomie entre Billy Batson et le Mortel le plus puissant de la Terre.

La Justice League Dark est également confrontée à une fin du monde, mais cette fois des mains de Merlin en personne, qui a siphonné la magie pour l’asservir à sa cause. Dr Fate, Zatanna, Constantine, Etrigan et Détective Chimp doivent redoubler de ruse pour doubler rien de moins que le maître de la magie.

Toutes ces histoires ne convergent pas encore totalement, mais plongent les héros du moment dans le pire futur possible pour la majorité d’entre eux. L’idée est intéressante, et permet de voir ce que chacun d’eux devient une fois au pied du mur.

L’intérêt varie cependant en fonction des histoires, si bien que celles de Wonder Woman et du Suicide Squad palissent un peu en comparaison du reste. Il reste donc à voir ce que réservent les autres méandres du futur dans les tomes suivants.

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Wonder Woman: Dead Earth

Récit complet en 176 pages, regroupant les quatre premiers épisodes de la mini-série écrite et dessinée par Daniel Warren Johnson pour le Black Label de DC Comics. Parution en France le 27/11/2020 chez Urban Comics.

After the End

Le Black Label est une collection particulière de DC Comics, qui se concentre sur des récits hors-continuité mettant en scène les personnages les plus populaires de la Distinguée Concurrence. Parmi les plus récentes publications en France, on trouve Batman White Knight, et sa suite, Curse of the White Knight, Batman: Last Knight on Earth, et le très remarqué Harleen.

Cet opus nous amène dans un monde post-apocalyptique. Wonder-Woman, la farouche mais bienveillante princesse amazone, se réveille d’un sommeil long de plusieurs siècles, pour émerger dans les ruines d’un monde ravagé par les radiations. Les quelques survivants doivent lutter pour trouver de l’eau et de la nourriture, et n’évitent qu’à grand peine les Haedras, créatures monstrueuses qui écument les plaines irradiées.

Perturbée par son réveil, Diana n’a plus aucun souvenir des évènements et ses pouvoirs ont grandement décliné. Parviendra-t-elle à survivre suffisamment longtemps pour rassembler les bribes de son passé et faire la lumière sur le grand cataclysme qui a englouti la planète ?

Mad Diana: the Amazon Warrior

Voici donc la célèbre amazone propulsée dans un univers tout à fait millerien, avec son lot de dangers, de microcosmes guerriers hiérarchisés et de monstres cannibales. Le récit de Johnson, que l’on avait déjà vu officier sur du post-apo avec Extremity, nous donne à voir une Diana loin des clichés fanservice auxquels elle est parfois confinée, pour se concentrer sur ce qui fait l’essence du personnage crée autrefois par Marston.

Mue par un amour inconditionnel pour l’engeance humaine contre laquelle on l’a pourtant longtemps mise en garde, et bien que mise face aux échecs cuisants de ces derniers, Diana va voler au secours des survivants et les rassembler sous sa protection. Mais bien évidemment, ce qui était mauvais alors est devenu pire depuis l’apocalypse, ce qui confrontera notre héroïne à des désillusions quant à son sacerdoce.

Les révélations iront bon train à chaque chapitre, levant peu à peu le voile sur une vérité qui ébranlera irrémédiablement notre amazone.

Daniel Warren Johnson réussit un coup de maître en nous servant un récit à la fois amer et plein d’espoir, qui met l’accent sur les qualités intrinsèques de la guerrière amazone tout en la passant à la moulinette. Une petite bombe, expression qui prend tout son sens après lecture de l’album !

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Batman: Curse of the White knight

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Comic de Sean Murphy et Matt Hollingsworth (coul.)
Urban (2020) – DC (2019), One-shot.

Suite directe de White Knight.

Parmi la foultitude de sublimes cover de l’auteur, Urban a choisi quelque chose d’assez banal… Franchement dommage! L’ouvrage s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut par un gros cahier comportant les huit cover alternatives, seize planches de l’album crayonnées, six pages de recherches graphiques, cinq illustrations originales et une bio des auteurs. N’en jetez plus! Comme sur le précédent ouvrage c’est très gourmand! A noter qu’une histoire sur Freeze est insérée en intermède avant le chapitre final (… coupant franchement le rythme et sans lien avec l’histoire, je vous conseille clairement de ne le lire qu’à la fin de l’album).

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L’épisode Napier a rebattu les cartes à Gotham où Bruce Wayne semble plus déterminé que jamais à en finir avec sa double identité en se révélant à la population comme le Dark knight. Mais lorsque le Joker lance sur l’univers du Batman un chasseur mortel et fanatique, Bruce voit son monde s’effondrer et doit remonter aux sources d’un conflit séculaire à Gotham city…

Sean Murphy avait marqué un grand coup avec son White Knight et la suite très tôt annoncée était un sacré pari au vu du risque de s’embourber dans des prolongations commerciales qui risquaient d’affadir la prise de risque originale. La mythologie Batman a grandement évolué ces dernières années, plus que jamais sans doute pour un personnage vieux de quatre-vingt ans tout de même, et Murphy a avec son dernier ouvrage entamé rien de moins qu’une proposition de conclusion de cette histoire…

Napier a fait beaucoup de bien. Mais il m’a détruit pour y arriver…

Batman: Curse of the White Knight (2019) -8- Book EightDisons-le tout de suite ce second volume est un peu en retrait par rapport au précédent, la surprise en moins sans doute. Si la partie graphique reste de haut vol, notamment avec la présence très charismatique du méchant Azrael, variation DC du Punisher, mais surtout par le talent indéniable de l’auteur à croquer des expressions dans les scènes de dialogues (Harley et le Joker sont à ce titre tout à fait charmants!), l’intrigue est moins innovante. En faisant le choix de mettre au cœur de son intrigue l’histoire secrète d’Edmond Wayne et de la fondation de la dynastie Wayne, Murphy alterne les séquences entre le XVII° siècle et aujourd’hui. Cette fondation est intéressante mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on nous a déjà fait le coup environ un million de fois, ne serait-ce que dans la Cour des Hiboux. Du coup l’auteur se retrouve, un peu pris à son propre piège de courir après les coups de théâtre pour compenser une intrigue secondaire (l’historique) nécessairement lente puisque calée pour se révéler progressivement jusqu’à la conclusion. Et à ce niveau on peut dire qu’on va être servi avec un Sean Murphy qui assume comme dans le précédent tome une radicalité et une liberté de traitement des personnages assez bluffant. Pour le dire clairement, ça saigne dans Curse of the white knight, ça saigne beaucoup et ça ne s’arrête pas! On pourra dire à nouveau que Game of Thrones est passé par là, ça devient la ritournelle dans un monde de l’Entertainment tellement habitué depuis si longtemps à avoir des personnages increvables. Des morts il y en a déjà eu, exceptionnellement, chez DC, mais toujours de façon réversible. Ici on est pourtant suffisamment décroché du canon officiel pour envisager un côté définitif aux décisions scénaristiques de l’auteur. Surtout c’est l’essence même du projet que de déconstruire, détruire le mythe. Ainsi, Jack Napier a révélé les failles du système Batman et cet album vise à achever cette destruction.

J’ai gâché ta vie Dick…

Ce sont ainsi les liens avec le premier volumes qui posent les séquences les plus intéressantes. Si on perd l’aspect politique sulfureux on va plus loin dans l’exploration du batverse et de son questionnement adulte. Le personnage de Harleen est en cela passionnant comme une sorte d’insertion rationnelle dans un monde de fou, ses interventions sont diablement drôles, sexy, fortes. Bruce est abimé comme jamais, affaibli psychologiquement en nous montrant tantôt Barbara, tantôt Nightwing, tantôt Harleen seuls à même de penser la situation. Le doute a été instillé par le Chevalier blanc plus encore dans l’esprit du Chevalier noir que dans celui de la population. L’ouvrage aurait pu s’intituler Batman Apocalypse car nous assistons à la destruction d’un monde et sa renaissance. Projet sacrément audacieux, cohérent et intelligent.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH551/batman_cotwk_-_01-7cfbe.jpg?1603631934

Difficile de dire si Sean Gordon Murphy aurait dû s’arrêter au White Knight. Il a pris un vrai risque et s’il ne parvient pas à égaler ce désormais mythique album fondateur, il propose une suite sacrément burnée, graphiquement superbe et profondément dépressive (comme tout bon Batman?). Il enfonce un avant-dernier clou dans un univers dont il se propose d’être un magnifique fossoyeur en offrant une courageuse conclusion à tous ceux qui pensent qu’une histoire doit avoir une fin. Des renouvellements de personnages il y en a toujours eu chez les super-héros, Marvel est un spécialiste de cela et personne n’a d’inquiétude sur la possibilité de repartir avec un nouveau personnage. La véritable conclusion de la trilogie doit arriver après que Murphy aura lancé son nouveau projet indé en crowdfunding, avec Beyond the white Knight. Mais Murphy croit à sa fin et moi, je le suis très volontiers.

Le « Murphyverse » prévoit d’autres histoires dans cette chronologie, avec prochainement un album dessiné par Matteo Scalera sur Harley Quinn mais également des ouvrages sur Nightwing et Batgirl annoncés.

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**·Comics·Numérique·Rapidos·Rétro

Batman au XIX° siècle

Comic de Brian Augustyn, Mike Mignola et Eduardo Barreto
Urban (2009), 114 p. one-shot.
Précédemment publié sous le titre Gotham by gaslight.

Bruce Wayne rentre d’un long voyage en Europe alors que sévissent à Londres les atroces crimes de celui qu’on dénomme déjà Jack l’éventreur. Alors que la vie mondaine commence à ennuyer l’héritier de Gotham, la police dirigée par le commissaire Gordon découvre des cadavres mutilés sur le même modèle que les victimes londoniennes… Bien vite le justicier nocturne de la cité reprends du service, bien décidé à protéger sa ville.

badge numeriqueAprès l’expérimentation d’Azarello et Bermejo sur Luthor j’ai décidé de me lancer dans une autre trouvaille qui remonte un peu, la variation steampunk sur Batman par monsieur Mignola. Sur le papier le paquet semble très alléchant avec un auteur réputé pour son exploration des mythes gothiques et l’idée d’une chasse entre le plus grand détective du monde Batman - Gotham by Gaslight - Mike Mignola, Brian Augustyn, Eduardo Barreto  - cartonné - Achat Livre | fnacet le plus grand assassin de l’histoire. Pour commencer je précise que l’album (assez court) rassemble deux histoires qui si elles ont pour point commun de se situer toutes deux dans une uchronique Gotham du XIX° (uchronique car transposant bien Bruce Wayne à cette époque et non son grand-père…), sont fort différentes tant graphiquement que scénaristiquement. Le principal apport original de ces histoires est de présenter un Wayne que l’on ne voit plus beaucoup dans les albums d’aujourd’hui: dandy, roublard et ravi de son mode de vie. On est bien loin du sombre milliardaire torturé et vaguement sociopathe… La brièveté des deux histoires rend au final cette lecture sympathique mais assez vide, loin d’une ambition supposée. La résolution de l’intrigue est finalement bien vite envoyée, sans enjeu réel sur l’itinéraire du Batman. Le design général ne déborde pas du simple gothique, le seul côté steampunk apparaissant dans la seconde intrigue et son dénouement surprenant. Contre toute attente le plus faible des deux est bien le Mignola même si le dessin du second épisode est sommes toutes vraiment classique et assez éloigné de l’aspect Dark-Knight… Au final cette lecture n’est pas franchement ratée mais bien peu ambitieuse et assez vite oubliée.

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Luthor

Comic de Brian Azzarello, Lee Bermejo et David Stewart+ Jose Villarubia
Urban (2006-2019), 114 p. one-shot.

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Lee Bermejo fait partie de la Top list des dessinateurs virtuoses les plus réputés du circuit et comme beaucoup de membres de cette liste… il a très peu publié. Plus illustrateur de couvertures que de planches intérieures (ce qui est compréhensible au vu de sa technique photo réaliste et de sa colorisation très poussée), il est connu surtout pour son énorme Joker avec son comparse Brian Azzarello. Poussant l’idée de ce dernier sur la Némésis de Superman, le duo propose une analyse psychologique centrée sur un méchant et comme sur Joker, Batman comme superman sont quasi absents de ce one-shot. Nightwing Falling Quotes. QuotesGramSouffrant des mêmes difficultés que toutes les histoires de superman que j’ai lu (hormis Red son et Injustice, et pour cause: Kal El y passe du côté des méchants…), Luthor fait un peu du surplace avec un personnage bien connu pour son idéalisme humain et sa jalousie envers ce Dieu tombé du ciel. Le scénario d’Azzarello ne va pas plus loin que le pitch de départ et si le début (qui a peut-être inspiré Zack Snyder sur Dawn of justice…?) nous accroche avec justement une alliance entre Lex et Bruce qui aurait pu être le cœur de l’intrigue, l’histoire se prolonge avec la classique création d’un super-humain voué à contrer l’homme d’acier. Le scénariste semble ne pas avoir su choisir entre ces différentes directions et sur une relativement courte pagination on passe d’une micro-histoire à une autre. Le dessin de Bermejo est moins poussé, moins inspiré que sur Joker, plus épuré aussi avec une évolution de sa colorisation qui aboutira à son style actuel, photoréaliste très impressionnant vu sur Damned ou sur la cover très alléchante de ce Luthor. Etrangement les séquences les plus efficaces sont celles mettant en action Batman et superman, la vision de ce dernier, très sombre, proche du faciès de Darkseid (le grand méchant de l’univers DC), l’image presque naïve de Luthor nous laissant un peu impliqués.

Inabouti, ce projet semble n’avoir pas su dépasser le concept lancé avec succès sur Joker alors que le personnage focus ne recouvre pas du tout la même psychologie. L’album se lit néanmoins sans ennui, notamment pour profiter des dessins tout de même très agréables. A réserver aux fanas de Bermejo ou de Superman.

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