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Leviathan #1/2

Série en deux volumes, écrite par Brian Michael Bendis et Greg Rucka, et dessinée par Steve Epting, Yannick Paquette et Mike Perkins (volume 1), puis par Alex Maleev et Szymon Kudranski (volume 2). Parution chez Urban Comics en mars 2020 et juin 2020.

Les vies à temps

Comme vous le savez déjà sûrement, espions et super-héros ne font pas souvent bon ménage, les uns œuvrant dans l’ombre tandis que les autres enfilent masques et capes rutilantes pour semer la justice et récolter l’admiration. Qu’à cela ne tienne, DC et Marvel ont chacun leurs lots d’espions et de justiciers, et même des fournées de personnages qui sont pour ainsi dire les deux.

Chez Marvel, on a par exemple Nick Fury, directeur du SHIELD, un espion archétypal, tantôt ours mal léché, tantôt roublard paranoïaque, qui fraye souvent avec les justiciers masqués de la Maison des Idées. Chez DC, on pourrait y trouver un équivalent en la personne d’Amanda Waller, qui manipule à sa guise les super-héros et super-vilains du monde pour servir ses intérêts propres, et éviter d’avoir les mains sales.

Si tous les amateurs de comics connaissent le SHIELD, l’HYDRA et l’AIM, il n’en sera pas nécessairement de même pour l’ARGUS, le DEUS, SPYRAL et autres LEVIATHAN. Chez DC comics, l’univers du contre-espionnage semble fourmiller de petites organisations dont les prérogatives s’avèrent floues, ce qui n’est pas évident à suivre pour qui ne serait pas expert en ce domaine. C’est peut-être pour cette raison que Brian Bendis, grand architecte du monde Marvel durant plus d’une décennie, s’est mis en tête de faire le ménage peu de temps après son arrivée chez DC.

L’histoire débute par une série d’attaques terroristes de grande ampleur. Ces frappes minutieusement préparées rayent de la carte toutes les organisations citées plus haut, et semblent revendiquées par Léviathan. Cependant, nul n’est capable de discerner les motivations réelles de cette organisation, ni qui est à sa tête. Certains accusent Talia Al Ghul, mais la fille du Démon, qui fit autrefois tourner la tête à Batman, ne paraît plus être aux commandes.

Lois Lane et Clark Kent, duo de reporters intrépides, se lance donc dans une course contre la montre pour découvrir les motivations de Léviathan, et surtout, découvrir l’identité de son dirigeant. Absent du premier volume, Batman, secondé par d’autres héros détectives, rejoint l’intrigue pour tirer tout cela au clair.

Et bien, pour être honnête, on ne sait pas trop quoi penser de ce Leviathan. La perspective de lire Brian Bendis loin de son fief marvelien avait quelque chose d’excitant, d’autant plus que le second volume promettait un duo avec Alex Maalev, ce qui rappelait les heures de gloire du scénariste lors de son run sur Daredevil. Le premier tome, dont on se doit de souligner la couverture quelque peu mensongère, se concentre sur le duo Superman/Lois Lane, qui enquête alors que la poussière des premières attaques n’est pas encore retombée. Il y a dans ce volume-là un sentiment d’urgence et de mystère qui donne envie de poursuivre la lecture, mais l’arrivée du tome 2 fait s’éterniser l’intrigue et la recherche des différents suspects, sans que cela n’apporte d’intensité à la révélation finale quant à l’identité de Leviathan.

Ce sentiment est d’autant plus frustrant que l’intrigue est entrecoupée, du moins dans le second volume, par des épisodes de Action Comics qui n’ont pas grand chose à voir avec la ligne narrative principale, à savoir l’enquête de Batman et consorts. Le choix éditorial d’Urban se révèle donc hasardeux, car une compilation des six numéros de la série Event Leviathan aurait semble-t-il, largement suffi.

Brian Michael Bendis réussit donc à instaurer une ambiance d’espionnage super-héroïque comme à sa grande époque chez Marvel (Secret War, Secret Invasion, Dark Reign, Secret Warriors, etc), et profite du talent de son compère de longue date Alex Maleev (du moins sur les épisodes dédiés). Néanmoins, le choix éditorial d’inclure des épisodes annexes rompt quelque peu la fragile dynamique du récit et se termine sur un vari-faux cliffhanger qui décevra sûrement plus d’un lecteur. On y met trois calvin, pour le premier tome notamment, mais aussi pour la participation d’Alex Maleev.

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DC Infinite Frontier: Justice Incarnée

Recueil des cinq chapitres de la mini-série écrite par Joshua Williamson et Dennis Culver et dessinée par Andrei Bressan et Brandon Peterson. Parution en France chez Urban Comics le 08/07/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Comme vous le savez, le Multivers a le vent en poupe. Si vous suivez l’actualité comics et celle des adaptations cinématographiques, vous saurez alors que le concept d’univers parallèles ne date pas d’hier et qu’il offre aux scénaristes a) des possibilités narratives très vastes et b)la possibilité de créer des ponts entre les différentes sagas et univers, ce qui peut dégénérer, dans le cas cinématographique, vers le fanservice.

Chez DC comics, on peut affirmer sans se tromper que le multivers est inscrit dans son ADN, puisque l’éditeur a du, très tôt dans son histoire, justifier les différentes incarnations de ses héros phares, qui avaient changé entre le golden age et le silver age. Les lecteurs de comics sont donc supposément familiers du concept de terres parallèles et des variations multiples d’un même personnage.

S’agissant de DC Infinite Frontier, on peut la résumer comme une nouvelle saga cosmique impliquant le multivers. La Ligue de Justice Incarnée, qui s’est formée spécialement à l’occasion de cette crise cosmique, réunit plusieurs héros issus de mondes différents, comme le Président Superman de Terre-23 ou le Batman de Flashpoint. Autour de cette variation du world’s finest, on trouve Aquawoman (variation féminine d’Aquaman), Captain Carrot (hein?), Mary Marvel (soeur de Captain Marvel/Shazam), Thunderer et Dino-Flic (ersatz de Savage Dragon). Face à l’ampleur de la crise, le groupe sera rejoint par Docteur Multivers (là aussi, un erzatz de Captain Universe, pour ceux qui ont lu les Avengers de Jonathan Hickman), qui est une sorte de système de défense du Multivers contre les menaces externes.

Lors des événements précédents, Darkseid a utilisé Psycho-Pirate afin qu’il manipule Barry Allen, l’incontournable Flash, dont la vitesse, issue de la Force Véloce, est l’un des rares pouvoirs capables de percer la membrane qui sépare les univers. Sous cette néfaste influence, Flash a déchiré le multivers et crée la Plaie, que le seigneur d’Apokolips compte bien utiliser pour son propre bénéfice. Afin de pouvoir l’arrêter, la Justice Incarnée doit elle aussi compter dans ses rangs son propre Flash. Ce sera Avery Ho de Terre-0, ressortissante chinoise possédant la Force Véloce, et qui voit notre bon vieux Barry comme son ami et mentor. Ce groupe ainsi formé parviendra-t-il à stopper les plans de Darkseid, et de quiconque tire les ficelles en coulisse ?

Dr Manhattan, pion multiversel. Je n’aimerais pas être celui qui a du annoncer ça à Alan Moore…

Cette mini-série en cinq chapitres poursuit la saga initiée par Josh Williamson sensée secouer une nouvelle fois la ruche DC Comics. Si l’intrigue avance rapidement, c’est certainement au détriment de certains personnages et de certaines interactions, qui sont mises de côté au profit de grandes révélations qui seront certainement exploitées plus tard.

En effet, l’équipe se retrouve rapidement divisée, et les pérégrinations de la première moitié, coincée dans la Maison des Héros qui sert de QG au groupe, ne portent pas le même impact que celles du trio formé par Président Superman, Batman Flashpoint et Docteur Multivers. D’ailleurs, en parlant de ces trois-là, il faut vous avertir qu’il est conseillé d’avoir lu les oeuvres précédentes, comme Multiversity ou Flashpoint, pour mieux appréhender les personnages qui en sont issus et qui constituent la Justice Incarnée. A minima, il faudra être au fait des différents archétypes que représentent ces personnages dans la mythologie DC pour en apprécier les variations et comprendre leurs motivations.

L’intérêt principal de l’album réside dans les révélations qu’il apporte sur les différentes crises traversées par l’univers DC, de Crisis on Infinite Earths à Final Crisis en passant par Doomsday Clock, voire même des classiques comme Kingdom Come. En effet, si l’on se réfère à ce qui est révélé dans ces pages, toutes les crises citées ont été initiées par les Grandes Ténèbres pour détruire l’Omnivers, ce qui induit que Superboy Prime, Magog, Extant et même Dr Manhattan ont été manipulés par cette entité. Dans le jargon, on s’approche de ce qui se nomme un retcon, ce qui signifie continuité rétroactive, lorsqu’un auteur introduit un élément qui influence ou remet en question des éléments préétablis de continuité.

Quoi qu’il en soit, l’album reste de bonne facture, mais ne sera conseillé qu’aux lecteurs réguliers de DC Comics en raison d’un encrage assez profond dans la continuité récente et passée.

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Batman: Arkham asylum

La trouvaille+joaquim

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BD de Grant Morrison et Dave Mckean
Urban(2022)- (1989), one-shot. Collection estivale  Urban « le meilleur de Batman » 2022.

Joker is a filthy degenerate- Batman Arkham Asylum: A Serious House on  Serious Earth : r/comicbooksSi comme moi vous avez un certain âge, vous faites peut-être partie de ceux qui ont longtemps frissonné devant ces couvertures en médiathèque, ces albums étranges que l’on osait ouvrir sans trop savoir comment les approcher. BD or not BD? Arkham asylum est une singularité en même temps qu’un monument « ancestral » de la biblio Batman au même titre que le Killing joke ou le Dark Knight, de ces albums majeurs qui composent la mythologie moderne de Batman post-série télé et concomitants du premier Tim Burton.

Aujourd’hui grand manitou de DC comics, l’écossais Grant Morrison est un bleu lorsqu’il propose à son compatriote ce projet fou d’une immersion viscérale dans l’asile d’Arkham en plaçant peut-être pour la première fois le chevalier noir à égalité avec les prisonniers de Gotham. Remontant aux origines de l’Asile et de son fondateur Amadeus Arkham (archéologie que reprendra plus récemment Sean Murphy sur Curse of the white knight), l’auteur a bien l’ambition d’une vraie BD qui explore une nouvelle facette de la mythologie, résolument adulte et absolument impressionnant sur le plan graphique. Pour cela il s’associe avec un peintre également inconnu et qui fera une grande carrière en compagnie de Neil Gaiman sur les Sandman et Hellblazer. Travaillant la matière en associant photographie, dessin, lames de peinture et matériaux comme de la dentelle ou des engrenages (idée qui inspirera probablement Olivier Ledroit sur ses tableaux récents et sur la série Wika), McKean propose une déconstruction totale – toujours très lisible pourtant – et une immersion visuellement incroyable dans les méandres de ce lieu hors du monde. Le travail sur l’horreur visuelle et sonore (oui-oui!) est vraiment immersif et on aura rarement vu le Batman si faible, si proche de ses adversaires.

Dave McKean Arkham Asylum Page 104 Batman Painted Original Art (DC, | Lot  #92168 | Heritage AuctionsPartant d’un pitch éculé (une nouvelle émeute à l’Asile qui nécessite la venue de Batman), Morrison développe ce qui sera la matrice de nombre d’auteurs ultérieurs sur Batman, du duo Lemire/Sorrentino au dantesque Deuil de la famille: dans une réalité qui semble sortie de notre univers, Batman se confronte aux grands méchants dans un pandémonium où son rôle de monstre est questionné par un Joker plus fou et terrifiant que jamais. Le récit alterne l’évolution vers la démence du fondateur de l’asile et le cheminement de la Chauve-souris, dont l’itinéraire finira par rejoindre celui du passé. Pour cela Dave McKean a le talent de ne pas perdre le lecteur malgré l’aspect très particulier de ses compositions. Restant dans une narration séquentielle malgré tout, il permet de se concentrer sur la complexité des visuels et le caractère symbolique et mythologique du récit, convoquant dieux anciens comme le Christ.

Récit résolument adulte, œuvre d’art à part entière, Arkham asylum est une pierre blanche dans la création du Batman moderne, un jalon majeur pour toute une génération d’auteurs et  un moment qui a intégré l’imaginaire collectif. Si en plus de cela la lecture reste accessible au grand public vous n’avez plus d’excuses pour ne pas plonger…

Arkham Asylum, pg. 48 & 49, in christian stoklas's McKEAN, Dave Comic Art  Gallery Room

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Bill Finger, dans l’ombre du mythe.

Le Docu du Week-End

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Roman graphique de Julian Voloj et Erez Zadok
Urban (2022), 184 pages, one shot.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance

Il y a trois ans le scénariste Julian Voloj proposait une très intéressante biographie de Joe Shuster, co-créateur de Superman reconnu sur le tard et désormais légalement annoncé sur chaque album de Superman. Dans ce passionnant ouvrage on découvrait notamment un système éditorial où de jeunes auteurs se soumettaient naïvement en cédant l’intégralité des droits de leurs personnages, habitude ancrée pendant longtemps et pratique qui fut mise à mal lorsque les comics devinrent un phénomène de masse. On y croisait Bob Kane, créateur de Batman qui semblait déjà très accroché à ses intérêts financiers…

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH924/18_bill_finger_00-2-09ae8.jpg?1655299307Alors que Joe Shuster et Jerry Siegel gagnèrent leur crédit sur les albums de Superman en 1978 après des procès et un effet certain des films de Richard Donner, l’histoire est toute autre pour Bill Finger, le scénariste de Bob Kane qui ne fut crédité qu’à titre posthume en 2015 après une campagne de sa petite-fille et le militantisme du biographe Marc Nobleman dont l’enquête a fortement inspiré cet album. Le parallèle entre les deux albums écrits par Julian Voloj est très intéressant en permettant de comparer les similitudes et les différences entre les histoires de deux scénaristes restés dans l’ombre de leur personnage des décennies durant.

Si ses homologues de Superman se sont débrouillé seuls pour contester la première cession de leurs droits faits alors qu’ils étaient très jeunes, Bill Finger fut un auteur renfermé qui ne sut jamais revendiquer ses droits et dont abusa Bob Kane qui utilisa des nègres toute sa carrière durant. L’album ne dit pas clairement que le dessinateur écarta cyniquement ses collègues, expliquant qu’il était très doué pour négocier les contrats et que sa mise en avant permit à ses collaborateurs de vivre décemment. Décemment mais anonymement. Il s’agit donc ici d’une histoire d’honneur plus que d’argent.

Bill Finger : dans l'ombre du mythe. Une reconnaissance tardive. -  Superpouvoir.comL’autre intérêt de l’album repose dans sa forme qui suit une enquête à double période (la chronologie de Bill Finger et l’enquête de nos jours par Nobleman), avec une mise en abyme du biographe vis à vis du personnage de Batman. Les lignes se croisent ainsi et l’ouvrage revêt une forme de thriller très originale. Si graphiquement les planches d’Erez Zadok sont très agréables, elles restent artistiquement parlant moins puissantes que le travail de Thomas Campi sur Joe Shuster.

Si on pouvait craindre la réutilisation d’une recette qui marche, ce volume est un petit miracle qui permet de créer un diptyque cohérent et très différent. La lecture des deux albums est vivement conseillée pour tous ceux qui aiment les comics en permettant de découvrir les coulisses de la création et le statut des auteurs, sujet toujours très prégnant.

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Joker Infinite #1: la chasse au clown

Premier volume de 160 pages de la série écrite par James Tynion IV et dessinée par Guillem March. Parution en France chez Urban Comics le 25/02/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Lorsqu’on a que la mort

On ne présente plus le Joker. Depuis 80 ans maintenant, il terrorise Gotham City et met Batman face à un insoluble dilemme: le tuer et ainsi transgresser sa règle d’or, ou continuer d’endosser le poids sans cesse croissant de ses victimes.

Dans la continuité de Joker War, on retrouve le Clown Prince du Crime au centre d’une série qui lui est consacrée. A la suite d’une énième exaction au sein de l’asile d’Arkham, le Joker est traqué par plusieurs factions criminelles, qui veulent chacune venger une victime. Gotham redevient une poudrière, mais cette fois, James Gordon n’est plus concerné. Depuis qu’il a pris sa retraite, Gordon est pourtant hanté par les traumatismes subis aux mains du Joker. Tout d’abord, sa fille, abattue par balle (lors du célèbre Killing Joke d’Alan Moore), puis son fils. Gordon doit donc beaucoup de souffrance au Joker, aussi, lorsqu’il se voit proposer une mission qui lui permettrait de se venger enfin, l’ancien partenaire de Batman n’hésite pas longtemps à lancer à ses trousses. Et contrairement au chevalier noir, Gordon n’a pas fait serment de ne pas tuer.

En pleine frénésie batmanienne, Urban nous offre une nouvelle série centrée sur sa Nemesis. Cependant, élément relativement remarquable, le point de vue n’est pas celui du psychopathe éponyme mais celui de son poursuivant, offrant ainsi une plongée dans les pensées souvent négligées d’un personnage secondaire qui a souvent fait les frais de sa folie.

James Tynion IV, que l’on suit actuellement sur la série Wynd, parvient bien à retranscrire les effets de tels traumatismes sur la personnalité d’une victime du Joker. On sympathise donc automatiquement avec la cause de Gordon, et l’on souhaite presque le voir réussir, car, si Batman possède les skills nécessaires pour neutraliser Joker, seul le commissaire a la possibilité de franchir le cap en pressant la détente. Ce décloisonnement de la relation Batman/Joker est donc salutaire, et contient des rebondissements, qui, s’ils ne sont pas nécessairement inattendus, emmènent tout de même l’histoire dans une direction intéressante.

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The Batman: les comics qui l’ont inspiré…

The Batman : un poster et un logo officiels et artistiques pour le film de  Matt Reeves - GAMERGEN.COM

La sortie d’un film Batman est un évènement. Le plus célèbre des super-héros en slip n’a finalement pas tant de version que cela si l’on exclue l’anomalie commise par Joël Schumacher dans les années quatre-vingt dix. Pour accompagner ce qui semble la proposition la plus fidèle à l’univers sombre et mythologique des comics depuis Tim Burton les éditions Urban (éditeur officiel de DC comics en France) proposent une liste de comics « officiels » dont se sont inspirés (voir plus…) les créateurs du film.

Vous trouverez le lien vers les articles sur les couvertures des albums que nous avons chroniqués. Bonne lecture et bon film!

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Batman: Imposter

Recueil de 152 pages de la mini-série écrite par Matson Tomlin et dessinée par Andréa Sorrentino. Parution en France aux éditions Urban Comics, collection Black Label, le 25/02/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Beware the Bat

Depuis trois ans, la ville de Gotham subit une campagne violente, menée par un homme anonyme dont certains doutent même de l’existence. Le but apparent de cette figure nocturne est de lutter contre la criminalité et la corruption qui gangrènent la cité depuis des décennies, quitte à se mettre à dos la police et se mettre au ban d’une société devenue apathique.

Cet homme, déterminé, entraîné et disposant de ressources considérables, n’est autre que Bruce Wayne, héritier de la fortune colossale de ses défunts parents, assassinés sous ses yeux dans une ruelle sordide. Mû par une colère dévorante, Bruce est devenu le Batman, le justicier de l’ombre craint par les criminels et méprisé par le système.

Batman est peu à peu devenu le symbole d’une justice alternative, qui ne fait pas de compromis, remportant une certaines adhésion populaire malgré la traque officielle qui lui est donnée. Et contre toute attente, les efforts colossaux de Bruce ont fini par porter leurs fruits, car pour la première fois depuis 54 ans, le crime recule à Gotham. C’est même la première fois, ce soir-là, qu’aucun crime violent n’est répertorié dans la cité. Une vraie consécration, que tout homme censé aurait pris le temps de célébrer.

Mais vous l’aurez compris, Bruce n’a rien d’un homme censé. Noyé dans sa croisade, il ignore sciemment ses limites jusqu’à être grièvement blessé, par deux crétins anonymes qui s’en vont sans demander leur reste. A cours d’options, Bruce échoue chez la Docteure Leslie Thompkins, qui l’avait suivi enfant. Leslie découvre ainsi avec effroi que le jeune patient qu’elle connaissait est en réalité un justicier ultra violent. Partagée entre sa volonté de sauver Bruce de lui-même et les enjeux liés à sa croisade contre le crime, elle décide de l’aider en lui imposant des séances de psychothérapie, auxquelles le jeune homme devra se plier au risque d’être dénoncé par sa psy.

Malheureusement, ce n’est pas le seul problème que va devoir affronter notre héros. Un autre justicier, arborant lui aussi le symbole de la chauve-souris, exécute des criminels, franchissant ainsi la seule limite que le véritable Batman s’impose. Harcelé de tous cotés, traqué par le GCPD et par les élites corrompues de Gotham, Batman n’aura peut-être pas l’occasion de laver son nom et d’attraper l’imposteur.

Le film le plus attendu de l’année, The Batman, débarque dans nos salles obscures, poussé par une vague de hype comme en voit que pour les icones de la pop-culture. Ça tombe bien, l’Homme Chauve-Souris en est une, avec ses éléments clés, ses poncifs et piliers, que de nombreux auteurs, en 80 ans de continuité, se sont amusés à manier et remanier. Après des interprétations toujours plus excentriques (Batman, la série télé avec Adam West, Batman Forever et le trèèès controversé Batman & Robin), Christopher Nolan est entré en scène et a livré une trilogie qui a redéfini en profondeur le personnage et sa mythologie aux yeux du public.

Son leitmotiv ? Une approche sombre et réaliste, centrée sur les tourments et la psychologie ambigüe de son héros. Dans quel but un homme peut-il se lancer dans une telle croisade ? Quelle motivation, quelles ressources et quel entrainement cela requiert-il ? Narrativement parlant, Nolan n’est bien sûr par le premier à tenter cet angle d’approche, puisque des auteurs comme Frank Miller l’avaient déjà envisagé 20 ans auparavant (Batman Year One, The Dark Knight Returns, etc). Ces œuvres ont d’ailleurs servi de base de référence à Nolan pour sa trilogie.

Aujourd’hui, c’est Matt Reeves qui s’attaque au problème Batman, après une brève passade de Zack Snyder, avec le concours d’un Ben Affleck qui n’a pas fait l’unanimité parmi les fans. Le scénario du film de Reeves est cosigné par Mattson Tomlin, jeune auteur et réalisateur américain qui s’est d’abord fait la main sur The Imposter, dans lequel il développe la vision réaliste en vogue pour le justicier de Gotham.

Il s’agit donc ici d’explorer le coût personnel de la croisade du Chevalier Noir contre le crime, avec le plus de vraisemblance possible. Première idée imposée par le scénariste, son Batman est seul: ni Alfred, ni Gordon pour le soutenir ou appuyer ses actions. En effet, il est assez difficile d’imaginer que les proches d’un justicier, à plus forte raison un homme en colère comme Bruce, cautionneraient un tel comportement. Idem pour Gordon: un fonctionnaire de police qui collaborerait avec un homme en marge de la loi n’y laisserait-il pas sa carrière ?

La seconde idée est que la santé mentale et l’équilibre d’un justicier seraient réellement compromis, au point que l’on puisse douter de la cohérence de ses actions. Pour le reste, Tomlin met en lumière les fondamentaux de Batman, à savoir la préparation mentale et physique, les talents d’enquêteur et la dangerosité de Gotham. Il marque aussi des points en faisant rapidement de Bruce Wayne le suspect n°1 de l’enquêtrice chargée de traquer Batman.

Sur le plan graphique, Andrea Sorrentino, passé maître dans l’art de poser des ambiances glauques, est ici tout à fait à son aise. Inventif dans son découpage, il laisse la mise en scène au service de l’écriture mais n’excelle pas véritablement lors des phases d’action.

En résumé, Batman the Imposter est une exploration immersive de la psyché batmanienne, un avant-goût prometteur du film !

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Batman Ego

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Recueil comprenant les épisodes Batman Ego, Batman Black & White, et Solo. Darwin Cooke à l’écriture et au dessin pour Ego, assisté de Paul Grist (scénario) et Bill Wray (dessin) pour les deux autres chapitres. Parution en France chez Urban Comics le 17 janvier 2022.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

La Grande Aventure (L)EGO: Batman en petits morceaux

Batman est devenue une figure hégémonique de la pop culture grâce à son ingérence répétée dans plusieurs médias: bande dessinée, films, jeux vidéos, séries d’animation…

Chacune de ses adaptations a été une occasion supplémentaire de faire entrer dans le cercle des fans toujours plus nombreux, marqués par l’imagerie gothique de ce héros sombre et torturé. Au fil du temps, les différentes interprétations du personnage, les univers distincts dans lesquels Batman évoluait ont connu des transfuges, plus ou moins heureux. C’est ainsi par exemple, que des personnages issus de la série animée, créée par Bruce Timm en 1992, ont fait ensuite leur apparition dans le comic book, ce qui est l’un des premiers exemples de canonisation transmédia.

Encore aujourd’hui, Batman the animated series est considérée comme une série culte et incontournable pour les fans de l’Homme Chauve-Souris, si bien que le comic book n’a pas pu faire autrement que d’intégrer encore davantage d’éléments du dessin animé au sein de ses pages.

En 2000, c’est Darwin Cooke, issu de l’animation, à qui on donne l’occasion de raconter sa version du mythe Batman. L’artiste concocte donc Batman Ego, une fable sous forme de dialogue interne qui met le héros masqué face à ses peur et à ses doutes.

Après avoir échoué à empêcher un homme de main du Joker de mettre fin à ses jours, Bruce, blessé et affaibli, se cloître dans sa fameuse batcave et s’y voit confronté à la manifestation de son alter ego. C’est à cette occasion que l’on se rend compte que le Batman est vu comme un croque-mitaine non seulement par les criminels de Gotham City, mais également par Bruce Wayne lui-même.

Darwin Cooke choisit de traiter le paradigme du héros en faisant de Batman et Bruce Wayne deux entités distinctes, forcées de cohabiter mais ayant chacun des objectifs propres. Ainsi, Bruce Wayne, écrasé par ce deuil qu’il n’a pas su faire et par le poids des responsabilités qu’il s’impose, s’en remet à Batman pour faire ce qu’il n’a pas pu, à savoir protéger tous ces parents qui sont symboliquement les siens et éviter autant d’orphelins potentiels. Batman, quant à lui, n’est que rage bouillonnante et pulsions de mort, et se sent de plus en plus contraint par les limites que lui impose Wayne. Ne tolérant qu’à peine ces freins, Batman presse de plus en plus pour que son hôte lui lâche la bride, et va profiter de ce moment de faiblesse pour le confronter à ses contradictions.

Le regretté Darwin Cooke déroule ici la théorie freudienne en découpant son personnage en trois parties distinctes: -Le Bruce Wayne milliardaire, la figure publique qui œuvre et investit pour le changement à Gotham, est le Surmoi, car il représente la morale qui pousse Bruce à agir. -Le Batman est ici représenté comme le Ça, siège des pulsions qui animent l’homme et le poussent à devenir un justicier violent et sans compromis. Et enfin, en lieu et place du Moi, nous avons le « vrai » Bruce Wayne, l’enfant orphelin qui a perdu ses parents dans Crime Alley, et qui doit faire la synthèse de toutes ces injonctions conscientes ou inconscientes.

Batman Ego est donc une plongée très immersive dans la psyché du Chevalier Noir, et nous pousse à nous interroger sur les implications réelles, en terme de santé mentale, qu’aurait la transformation d’un homme en justicier au ban de la société.

Le style saisissant de Darwin Cooke, reconnaissable grâce à son trait dynamique qui rappelle l’animation, conjugué à l’esthétique rétro futuriste digne d’un Fritz Lang, fait de ce Batman Ego une sorte d’hybride entre Batman the animated series de Bruce Timm, et Batman Year One, de Frank Miller.

En comparaison, les autres histoires courtes proposées dans ce même recueil paraissent moins impactantes, même si elles permettent d’apprécier le style de l’auteur et de ses comparses. On a par exemple un rapide crossover entre le célèbre Spirit de Will Eisner et Batman, qui, bien qu’il reprenne amoureusement les codes des comics pulp, reste un cran en dessous au niveau intensité dramatique. Néanmoins, ce Batman Ego, grâce au comics éponyme, vaut bien quatre Calvin.

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Future State: Justice League

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Recueil de 360 pages, comprenant les épisodes US Future State Flash #1 et #2, Future State: Teen Titans #1 et #2, Future State Aquaman #1 et #2, Future State La Ligue des Ténèbres #1 et #2, Future State Wonder Woman #1 et #2, Future State Suicide Squad #1 et #2. Parution le 24/09/2021 aux éditions Urban Comics.

État de l’union

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Les futurs possibles de l’univers DC n’ont jamais été très enthousiasmants. Dans le cas présent, ils riment pour ainsi dire tous avec apocalypse, fin du monde, et destruction du monde tel que nous le connaissons. Quel futur prévaudra ? Quels héros sortiront indemnes de ces confrontations ?

De son côté, Barry Allen, anciennement Flash, poursuit son ancien protégé Wally West, qui, après avoir perdu l’esprit, est devenu l’invincible avatar du cavalier de la Famine. Afin de neutraliser son ancien ami, Barry, désormais privé de la Force Véloce, doit collecter une à une les armes de tous ses ennemis, afin de constituer un arsenal à même de vaincre un bolide tel que Wally. Sa résolution sera mise à rude épreuve pendant cette quête, alors que ses autres amis tombent comme des dominos face à ce danger mortel qui a ravagé le monde.

Les Teen Titans, quant à eux, affrontent également les cavaliers, et vont devoir utiliser toutes leurs ressources pour les neutraliser. Alors que Nightwing ressemble toujours davantage à son mentor Batman, les autres titans, dont certains sont inexpérimentés et sous-armés, se rassemblent sous le leadership de Starfire.

Le grand Shazam, lui, se retrouve lui aussi aux prises avec les puissantes entités, qu’il doit maîtriser au prix de grands sacrifices. On assistera alors à la réelle dichotomie entre Billy Batson et le Mortel le plus puissant de la Terre.

La Justice League Dark est également confrontée à une fin du monde, mais cette fois des mains de Merlin en personne, qui a siphonné la magie pour l’asservir à sa cause. Dr Fate, Zatanna, Constantine, Etrigan et Détective Chimp doivent redoubler de ruse pour doubler rien de moins que le maître de la magie.

Toutes ces histoires ne convergent pas encore totalement, mais plongent les héros du moment dans le pire futur possible pour la majorité d’entre eux. L’idée est intéressante, et permet de voir ce que chacun d’eux devient une fois au pied du mur.

L’intérêt varie cependant en fonction des histoires, si bien que celles de Wonder Woman et du Suicide Squad palissent un peu en comparaison du reste. Il reste donc à voir ce que réservent les autres méandres du futur dans les tomes suivants.

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Wonder Woman: Dead Earth

Récit complet en 176 pages, regroupant les quatre premiers épisodes de la mini-série écrite et dessinée par Daniel Warren Johnson pour le Black Label de DC Comics. Parution en France le 27/11/2020 chez Urban Comics.

After the End

Le Black Label est une collection particulière de DC Comics, qui se concentre sur des récits hors-continuité mettant en scène les personnages les plus populaires de la Distinguée Concurrence. Parmi les plus récentes publications en France, on trouve Batman White Knight, et sa suite, Curse of the White Knight, Batman: Last Knight on Earth, et le très remarqué Harleen.

Cet opus nous amène dans un monde post-apocalyptique. Wonder-Woman, la farouche mais bienveillante princesse amazone, se réveille d’un sommeil long de plusieurs siècles, pour émerger dans les ruines d’un monde ravagé par les radiations. Les quelques survivants doivent lutter pour trouver de l’eau et de la nourriture, et n’évitent qu’à grand peine les Haedras, créatures monstrueuses qui écument les plaines irradiées.

Perturbée par son réveil, Diana n’a plus aucun souvenir des évènements et ses pouvoirs ont grandement décliné. Parviendra-t-elle à survivre suffisamment longtemps pour rassembler les bribes de son passé et faire la lumière sur le grand cataclysme qui a englouti la planète ?

Mad Diana: the Amazon Warrior

Voici donc la célèbre amazone propulsée dans un univers tout à fait millerien, avec son lot de dangers, de microcosmes guerriers hiérarchisés et de monstres cannibales. Le récit de Johnson, que l’on avait déjà vu officier sur du post-apo avec Extremity, nous donne à voir une Diana loin des clichés fanservice auxquels elle est parfois confinée, pour se concentrer sur ce qui fait l’essence du personnage crée autrefois par Marston.

Mue par un amour inconditionnel pour l’engeance humaine contre laquelle on l’a pourtant longtemps mise en garde, et bien que mise face aux échecs cuisants de ces derniers, Diana va voler au secours des survivants et les rassembler sous sa protection. Mais bien évidemment, ce qui était mauvais alors est devenu pire depuis l’apocalypse, ce qui confrontera notre héroïne à des désillusions quant à son sacerdoce.

Les révélations iront bon train à chaque chapitre, levant peu à peu le voile sur une vérité qui ébranlera irrémédiablement notre amazone.

Daniel Warren Johnson réussit un coup de maître en nous servant un récit à la fois amer et plein d’espoir, qui met l’accent sur les qualités intrinsèques de la guerrière amazone tout en la passant à la moulinette. Une petite bombe, expression qui prend tout son sens après lecture de l’album !