Comics·Rétro·East & West·*****

Batman: Amère victoire

image-30

couv_159093
Comic de Jeff Loeb et Tim Sale
Urban (2012) – DC (2000), 392p., série terminée.

L’édition chroniquée est la première version reliée chez Urban, après les quatre volumes SEMIC souples parus en 2002 juste après l’édition originale. Une version n&b « anniversaire 75 ans » est sortie en 2014 toujours chez Urban. Il s’agit de la suite directe de Un long Halloween, mythique album et Prix Eisner du meilleur album. L’édition comprend une préface de Tim Sale (malheureusement disparu l’an dernier…), un résumé du volume précédent, deux pages de croquis et l’épisode bonus « Un chevalier servant« . Édition correcte qui mérite surtout pour la qualité de fabrication des éditions Urban et l’histoire elle-même.

Il y a un an (lors des évènements relatés dans Un long Halloween) le tueur se faisant appeler Holliday a terrorisé Gotham. Lors de l’enquête le procureur Harvey Dent, défiguré par de l’acide, est devenu Double-face, un psychopathe schizophrène. Alors que Batman et le commissaire Gordon n’ont pas fait le deuil de leur amitié avec Dent, des crimes reprennent, ciblant cette fois la police de Gotham. Holliday est-il de retour?

image-10Batman - Amère victoire (Dark Victory) - BD, avis, informations, images,  albums - BDTheque.comQue vous découvriez les BD de Batman ou soyez novice en comics de super-héros, vous tenez une pépite. Lorsque j’ai commencé à lire du  Batman j’ai recherché les albums les plus faciles d’accès parmi les plus cités, la difficulté étant la subjectivité des fans pas toujours lucides sur l’accessibilité de leurs monuments. Et je peux vous dire que le diptyque de Loeb et Sale est un véritable miracle tant graphique que dans l’écriture, qui condense la substantifique moelle de l’univers gothique de Batman, de l’origin story fluide, en proposant le même plaisir à des nouveaux venus, aux spécialistes et aux amateurs d’indé. La seule réserve sera peut-être pour de jeunes lecteurs biberonnés aux dessins très techniques d’un Jorge Jimenez ou de Capullo, qui pourront tiquer sur l’ambiance rétro.

Amère victoire reprend les mêmes qualités que le volume précédent en les simplifiant dans une épure encore plus accessible. Sous la forme d’une enquête autour d’un serial killer qui reprend le même schéma narratif que les meurtres aux fêtes nationales du Long Halloween (ici concentrés sur des membres véreux du GCPD), les auteurs continuent subtilement d’introduire le personnage de Robin sur la fin de la série, en Batman (tome 1) - (Tim Sale / Jeph Loeb) - Super Héros [BDNET.COM]parallèle évident avec le deuil du jeune Bruce Wayne. Si le monde mafieux est toujours très présent (le récent film The Batman reprend à la fois la famille Falcone et le lien de Catwoman avec ces criminels), le découpage se veut moins complexe en atténuant un peu le formidable jeu des séquences simultanés et amputées qui instillaient brillamment le doute sur l’identité du tueur. Ici ce sont Harvey Dent, la nouvelle procureur et même Catwoman qui sont dans le viseur du lecteur…

Beaucoup plus technique qu’il n’en a l’air, le dessin de Tim Sale est mis en valeur par le format large du volume Urban où l’on profite des grandes cases (à ce titre, la grosse pagination ne doit pas vous effrayer, l’album se lit assez rapidement du fait d’un découpage aéré et de textes favorisant les ambiances), voir de doubles pages et où les très élégants aplats de couleurs font ressortir le travail de contrastes du dessinateur (agrémenté de quelques lavis sur des flashback). Avec un montage diablement cinématographique (Loeb a scénarisé un certain nombre de séries de super-héros et produit les séries Daredevil et Defender de Netflix) on plonge dans les bas-fonds, les bureaux éclairés de lames de stores et les gargouilles des sommets de Gotham avec un plaisir permanent.

Amère Victoire – Comics BatmanProposant autant de suspens que d’action, utilisant à l’envi le freakshow d’Arkham sans en faire le centre de l’histoire, Amère victoire offre une galerie de personnages aussi archétypaux que le nécessite la mythologie Batman, avec un joyau super: Catwoman, aussi pétillante que touchante malgré son absence d’une bonne partie de l’histoire (… pour cause d’aventures à Rome narrées dans le chef d’œuvre du même duo, Catwoman à Rome, tout juste réedité). L’art de Loeb est de prêter un style oral à chaque personnage, reconnaissable et que l’on a envie de retrouver. Et finalement la résolution du coupable deviens assez secondaire dans le projet tant il y a de prétendants et une atmosphère que l’on regrette dans les récents comics Batman. On pourra d’ailleurs des liens à travers les âges en trouvant des proximités avec le récent White Knight: Harley Quinn… dont les couleurs sont réalisées par le grand Dave Stewart… qui avait officié sur Catwoman à Rome. Les grande se retrouvent!

Chef d’œuvre parmi les chef d’œuvres, bien moins cité et bien meilleur que le Dark Knight de Miller, cet Amère Victoire est un classique à avoir impérativement bien au chaud dans sa bibliothèque.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

***·Cinéma·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman Le Film 1989

Histoire complète en 60 pages, adaptation du film éponyme de 1989 réalisé par Tim Burton. Dennis O’Neil au scénario, Jerry Ordway au dessin. Parution chez Urban Comics le 10/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avec le Diable au clair de lune

Vue d’en haut, la ville de Gotham City a tout d’une ville magnificente, une métropole gothique qui porte en elle les germes de la modernité. Mais si vous plongez un peu plus profond, si vous vous risquez à explorer ses entrailles, ses rues sombles et malfamées, vous vous apercevrez qu’elle n’est en réalité qu’un cloaque suintant, une cour des miracles où les gorges se tranchent aussi vite que les réputations se font et se défont.

Bruce Wayne le sait bien. Cette ville l’a vu naître, dans une position privilégiée, mais elle lui a aussi tout pris, lors d’une nuit tragique où ses parents ont trouvé la mort, de façon aussi banale que tragique. Depuis lors, l’orphelin héritier n’a plus montré en public qu’une vaine façade de lui-même, celle d’un play-boy inconséquent dont les quelques accès de prodigalité philanthrope ne visait qu’à soulager sa conscience.

Ce que la ville ignore cependant, c’est que Bruce Wayne n’a pas remisé son traumatisme dans les tréfonds de sa conscience, ni dans les affres d’une vie dissolue, au contraire. Il ne vit désormais plus que pour venger ses parents, et tous les autres parents morts à cause du crime et de la corruption. Poussé par sa soif de vengeance, Bruce a crée le personnage de Batman, un justicier sombre et invincible qui hante les rues de Gotham pour y traquer les criminels. Et il y a de quoi faire à Gotham City…

Durant sa croisade contre le crime, Bruce va faire la rencontre de Jack Napier, un dangereux criminel, dont la psychose explosera au grand jour après sa première rencontre avec Batman. Ce sera le début d’une lutte sans merci entre le héros chauve-souris et celui qui se fait désormais appeller le Joker.

Il est indéniable que le film Batman de 1989, réalisé par Tim Burton, s’est hissé au rang de film culte, un immense succès commercial et culturel de l’époque. Bien que Tim Burton soit revenu depuis sur la hype provoquée par son oeuvre, le film est resté l’une des meilleures adaptations audiovisuelles du personnage (surtout si l’on prend en considération d’autres entrées ultérieures, comme Batman & Robin).

L’adaptation par O’Neil et Ordway, parue à l’époque du film, opte pour la fidélité totale envers le script original. On y retrouve donc l’ensemble des séquences, jusqu’aux dialogues. Graphiquement, Ordway s’inspire bien sûr des fameux décors du film, qui empruntaient à des classiques comme Brazil et Métropolis, et imprime les visages bien connus, et donc bien reconnaissables, des acteurs.

Tout est donc fait pour reproduire l’ambiance et le succès du support audiovisuel. Le récit en lui-même est plutôt condensé, mais les 60 pages du comic sont suivies des 60 pages de crayonné du dessinateur, elles-mêmes agrémentées des recherches préparatoires. Si un cahier graphique est toujours un bonus très appréciable pour une BD, la pertinence de l’ajout de l’intégralité des crayonnés ne me paraît pas si évidente, puisqu’elle double la pagination pour offrir une redite, en V.O., ce qui peut rebuter les lecteurs non anglophones. Le prix de l’album a du aussi en pâtir, ce qui, du point de vue éditorial, peut relever du faux-pas.

Il n’en demeure pas moins que Batman Le Film est une bonne adaptation, certes datée mais qui bénéficie du capital nostalgie dont le métrage jouit encore. La preuve par l’exemple, Michael Keaton est supposé reprendre le rôle dans le prochain film The Flash, qui traitera du Multivers. Côté comics, l’univers créé par Tim Burton a aussi eu droit à une continuation en 2021, avec la mini-série Batman ’89, écrite par Sam Hamm et illustrée par Joe Quinones, pas encore disponible en VF.

****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman/Catwoman

esat-west

Comic Tom King, Clay Mann et collectif.

Urban (2022) 448p., one-shot.

batman-catwoman

bsic journalismMerci aux  éditions Urban pour leur confiance.

Batman et Catwoman forment le couple le plus mythique du monde des super-héros. Se courant après depuis des décennies, Selina Kyle et Bruce Wayne ont finalement décidé d’unir leur destin et de se marier. Puis Bruce Wayne est mort d’un cancer, laissant sa femme et sa fille dans une Gotham (presque) pacifiée. Mais leur vie d’amants a t’elle été si douce? Comment devenir madame Bruce Wayne quand on est une orpheline éprise de liberté et farouchement contestataire?

Exclusif : encore une fois Batman et Catwoman se mettent en (...) - ActuaBDDepuis quatre ans Tom King est probablement le plus intéressants des scénaristes de l’univers DC (voir du monde des superslip dans son ensemble…). Après s’être fait remarquer sur son Sherif of Babylon et d’autres ouvrages en compagnie de son acolyte Mitch Gerads, il est à la tête de pas loin de trois albums majeurs en 2022 en collaborant avec la fine fleur des artistes US vers un graphisme plus grand public mais des projets toujours exigeants. Car contrairement à l’autre grand Tom, King se veut intello via des structures narratives complexes et déstructurées. En suivant ce modèle et en corrompant la base hyper-classiques il se permet de remettre au gout du jour des personnages totalement désuets tels que Mister Miracle, Adam Strange ou la cousine de Superman. Et ça marche!

Car sous l’habillage qui parlera aux fans des personnages Tom King aborde des questions primordiales des imaginaires et des légendes: le rôle du héros, de la vérité, le libre arbitre et le carcan social qui enferme tout un chacun, portant cape ou non. Dans ce très attendu Batman/Catwoman qui enjolive encore le déjà fort qualitatif catalogue du Black Label on a une nouvelle fois un abus de titre imposant un Batman là où il n’y en a presque pas. Non, c’est bien une aventure de Catwoman que vous allez lire: le récit destructuré de sa vie pendant et après sa vie commune avec le Dark Knight. L’origine du projet remonte au « christmas special » de King et Lee Weeks sorti il y a quelques années dans le recueil « A la vie, à la mort« , dont on retrouve le premier chapitre dans ce nouveau volume. Développer le concept sur un gros volume de presque cinq cent pages (King prend toujours beaucoup de place) était une gageure partiellement remplie.

Amazon.fr - Batman/Catwoman: Bd. 1 (von 4) - King, Tom, Mann, Clay, Kruhm,  Ralph - LivresLa réussite revient d’abord aux dessins absolument exceptionnels de Clay Mann et son coloriste qui proposent une Catwoman dont vous tomberez obligatoirement amoureux! Menant la danse avec un chéri comme toujours empoté, bien plus à l’aise avec son costume qu’avec le smoking, elle virevolte dans le temps au travers de plusieurs trames temporelles infiniment croisée qui demandent un maximum de concentration pour être suivies en allant jusqu’à dissocier les textes des images. On suit ainsi l’enquête autour du meurtre d’un vieux Joker, dont est accusée Sélina Kyle autour de laquelle tournent sa fille la nouvelle Batman et le commissaire Dick Grayson, le premier Robin. l’autre temporalité suit les meurtres commis par la méchante Phantasm (apparue dans les dessins animés de Bruce Timm) et la danse macabre entre Catwoman, Batman et le Joker pour arrêter la criminelle ou le clown grotesque. Dans chacune de ces enquêtes on avance et l’on recule, les séquences de mélangent pour créer un kaléidoscope des personnages à différents moments de leur existence et de leurs relations. Ne se contentant pas de briser les règles figées du Batverse voulant que Batman et le Joker ne meurent jamais et que les méchants restent des méchants, King dresse un portrait de famille et d’une femme complexe à différents âges.

Il y a ainsi une évidente maestria technique tant dans le dessin que dans l’écriture, qui fait de ce one-shot une petite pépite BD et qui offre de la nouveauté à un univers si figé. Malheureusement le côté assez artificiel de la traque de Phantasm (malgré son design très soigné) dilue un peu l’intérêt qu’un album entièrement centré sur la minette aurait proposé. On a ainsi un indéniable plaisir tout au long des douze chapitres royalement mis en scène mais une regrettable impression d’un « a quoi bon » en clôturant le pavé, comme si l’idée d’enquête à la Batman avait été une fausse bonne idée à laquelle le personnage flamboyant de Catwoman ne laisse pas de place. Un album plus court dédié à la croqueuse de diamants aurait peut-être condensé le tout en un chef d’oeuvre. Pas loin… mais ce Batman/Catwoman reste cependant une pièce de choix pour votre collection DC.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman: Shadow War

Récit complet en 280 pages, écrit par Joshua Williamson et dessiné par Howard Porter. Parution en France Chez Urban Comics le 18/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Dead Al Ghul

Ra’s Al Ghul, le maître séculaire de la Ligue des Ombres, assasin immortel et éco-terroriste malthusien à ses heures, a fait ce qu’aucune personne de plus de 80 ans n’avait fait avant lui: il a changé d’avis.

Après des siècles passés à assassiner, à recruter des assassins, à former des assassins, à enfanter des assassins, à assassiner des assassins, Ra’s s’est aperçu que ses méthodes ne l’avaient pas mené bien loin et que le monde ne se portait pas mieux. En dépit de ce temps passé à oeuvrer avec acharnement dans l’ombre, l’immortel décide de se livrer à la Justice, en offrant par la même occasion le secret qu’il gardait jalousement depuis l’aube des temps, à savoir les Puits de Lazare, qui lui donnent sa longévité.

Bien évidemment, comme cela peut s’envisager dans tout entreprise de taille aussi respectable que celle de la Ligue des Ombres, ce revirement unilatéral n’est pas du goût de tout le monde. Parmi les réfractaires, il y a bien sûr Talia Al Ghul, sa fille, qui se voyait bien reprendre les rênes de papa pour faire les choses à sa sauce. Mais qu’à celà ne tienne, Talia accepte le deal et se livre avec son immortel de père repentant.

Batman, quant à lui, observe les évènements de loin. Longtemps considéré par Ra’s Al Ghul comme son digne héritier, Le Chevalier Noir a même été piégé par l’immortel pour engendrer avec sa fille un assassin parfait, nommé Damian, qui a entre temps adopté le code moral strict de son père en devenant le nouveau Robin.

Alors que Ra’s et Talia organisent leur reddition en public, Ra’s est assassiné d’une balle en pleine tête, et son corps détruit afin d’empêcher toute resurrection via le Puit de Lazare. Le tireur se révèle être Deathstroke, super assassin capable de donner du fil à retordre à Batman. Le malandrin s’enfuit après avoir revendiqué son forfait, ouvrant ainsi les hostilités entre les partisans de Deathstroke, qui crie à l’imposture, et la Ligue des Ombres. De nouveau réunis après plusieurs années de schisme, Batman et Robin vont devoir entrer en action afin d’éviter un bain de sang, et, tout aussi important, faire la lumière sur ces évènements.

Pour cette fois, pas de saga épique mais un bat-crossover comme on les aime, qui fait graviter autour du Croisé à la Cape les personnages secondaires de la licence, au cours d’une enquête/course-poursuite. Attention, si certains personnages comme Robin, Deathstroke ou encore Black Canary sont incontournables dans l’univers DC, d’autres pourront paraître plus obscurs, et demanderont une certaine connaissance des parutions récentes de DC, ou quelques recherches Gooooooooooooooooogle.

Le rythme ne diminue pas tout au long de l’album, même lorsqu’il se divise en plusieurs lignes narratives, centrées respectivement autour du duo Batman/Robin et de Deathstroke et ses enfants. Le parallèle entre les deux ennemis, accompagnés de leur progéniture est d’ailleurs une idée intéressante à mettre en scène, puisqu’on constate que chacun des deux antagonistes cherche finalement la rédemption à travers ses enfants, et que l’investissement paternel n’est pas quelque chose d’inné mais d’acquis et de conscient.

L’autre thématique est bien évidemment celle de la vengeance, puisque le faux-Deathstroke est mû par cette intemporelle motivation. A ce propos, son identité risque d’en surprendre quelques-uns, surtout si ce sont des lecteurs récents, car ses raisons d’agir remontent à très loin (expliciter ce point pourrait revenir à divulgâcher, mais sachez seulement qu’il y est question d’un certain Judas et d’un Contrat).

L’idée que rétribution immédiate et définitive s’oppose au concept même de rédemption est un thème intéressant à développer, il ne me semble pas l’avoir vu abordé sous cet angle auparavant (en effet, on a plus souvent droit au fameux « si tu le tues, tu deviens comme lui, John !« ).

A la fois rythmé et ancré dans la continuité, Batman: Shadow War est un récit divertissant, dont les conséquences seront vues en partie dans Dark Crisis on Infinite Earths, du même scénariste.

*·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Batman: One dark knight

esat-west

Comic de Jock

Urban (2022) -(2021) 140, one-shot.

couv_458350

bsic journalismMerci aux  éditions Urban pour leur confiance.

Depuis la sortie de Batman Damned en 2019 qui inaugure la nouvelle collection « adulte » de DC on peut dire que ce label a été un gage de qualité absolu, enchaînant chefs d’œuvres (Harleen, White Knight, Le dernier des dieux,…) et albums majeurs. Si on ne peut que saluer l’adoption d’un modèle à l’européenne, éludant la bien-penseance du Comic code authority et donnant carte blanche à un auteur ou un duo pour créer de superbes one shot, la collection a bien vu sortir des albums moins aboutis… mais jamais aussi mineurs que ce One Dark Knight!

Batman: One Dark Knight (2021-) Chapter 2 - Page 8Le concept était pourtant alléchant avec une intrigue concentrée qui sied totalement au chevalier noir tel un Arkham Asylumen forme d’exercice de style: alors qu’il escorte le transfert d’un dangereus prisonnier d’Arkham à la nouvelle prison ultra-moderne de Gotham, Batman se retrouve isolé dans une nuit sans électricité à emmener à pied le dangereux paquet alors que tous les gangs de la ville sont à ses trousses… Malheureusement pour faire une bonne BD il faut commencer par deux choses: une intrigue lisible et des dessins lisibles. Cee one-shot démarre en effet comme au milieu d’une histoire supposant que l’on nous ait introduit les personnages… or il n’en est rien. Du bad-guy EMP dont la plupart n’auront jamais entendu parler auparavant à la méchante politicienne véreuse on ne sait pas qui sont les protagonistes, ce qui empêche totalement de s’impliquer émotionnellement dans la lecture. Les enjeux ne sont jamais amenés et la seule tension dramatique qui porte cet album est donc le mode survie du Batman portant un vilain totalement amorphe qui se réveille épisodiquement pour … rien. La lecture alterne donc une explosion par-ci, une fuite dans les souterrains par-là et cinq ou six deus ex-machina totalement gratuits. Pour être juste je reconnais un léger effort pour rendre attachant le paquet électrique mais faute de vrais rebondissements l’histoire fait du sur-place jusqu’à la confrontation finale où la « révélation » a été déflorée depuis bien longtemps.

Cette concision devait être portée par des dessins inspirés. Là on touche une affaire de gout mais dans un style à la Andrea Sorrentino, là où l’italien parvient depuis plusieurs années à installer une ambiance dérangeante, Jock ne propose que des planches brouillonnes et répétitives, sans même profiter de la nuit pour créer des clairs-obscures et jouer sur les contrastes tels un Frank Miller. L’album s’avère alors une franche déception que même les fanatiques de Batman auront du mal à savourer. Espérons que ce ne soit qu’une mauvaise pioche et non la multiplication de projets sans sélection pour profiter d’une poule aux œufs d’or…

note-calvin1

***·Comics·East & West

Leviathan #1/2

Série en deux volumes, écrite par Brian Michael Bendis et Greg Rucka, et dessinée par Steve Epting, Yannick Paquette et Mike Perkins (volume 1), puis par Alex Maleev et Szymon Kudranski (volume 2). Parution chez Urban Comics en mars 2020 et juin 2020.

Les vies à temps

Comme vous le savez déjà sûrement, espions et super-héros ne font pas souvent bon ménage, les uns œuvrant dans l’ombre tandis que les autres enfilent masques et capes rutilantes pour semer la justice et récolter l’admiration. Qu’à cela ne tienne, DC et Marvel ont chacun leurs lots d’espions et de justiciers, et même des fournées de personnages qui sont pour ainsi dire les deux.

Chez Marvel, on a par exemple Nick Fury, directeur du SHIELD, un espion archétypal, tantôt ours mal léché, tantôt roublard paranoïaque, qui fraye souvent avec les justiciers masqués de la Maison des Idées. Chez DC, on pourrait y trouver un équivalent en la personne d’Amanda Waller, qui manipule à sa guise les super-héros et super-vilains du monde pour servir ses intérêts propres, et éviter d’avoir les mains sales.

Si tous les amateurs de comics connaissent le SHIELD, l’HYDRA et l’AIM, il n’en sera pas nécessairement de même pour l’ARGUS, le DEUS, SPYRAL et autres LEVIATHAN. Chez DC comics, l’univers du contre-espionnage semble fourmiller de petites organisations dont les prérogatives s’avèrent floues, ce qui n’est pas évident à suivre pour qui ne serait pas expert en ce domaine. C’est peut-être pour cette raison que Brian Bendis, grand architecte du monde Marvel durant plus d’une décennie, s’est mis en tête de faire le ménage peu de temps après son arrivée chez DC.

L’histoire débute par une série d’attaques terroristes de grande ampleur. Ces frappes minutieusement préparées rayent de la carte toutes les organisations citées plus haut, et semblent revendiquées par Léviathan. Cependant, nul n’est capable de discerner les motivations réelles de cette organisation, ni qui est à sa tête. Certains accusent Talia Al Ghul, mais la fille du Démon, qui fit autrefois tourner la tête à Batman, ne paraît plus être aux commandes.

Lois Lane et Clark Kent, duo de reporters intrépides, se lance donc dans une course contre la montre pour découvrir les motivations de Léviathan, et surtout, découvrir l’identité de son dirigeant. Absent du premier volume, Batman, secondé par d’autres héros détectives, rejoint l’intrigue pour tirer tout cela au clair.

Et bien, pour être honnête, on ne sait pas trop quoi penser de ce Leviathan. La perspective de lire Brian Bendis loin de son fief marvelien avait quelque chose d’excitant, d’autant plus que le second volume promettait un duo avec Alex Maalev, ce qui rappelait les heures de gloire du scénariste lors de son run sur Daredevil. Le premier tome, dont on se doit de souligner la couverture quelque peu mensongère, se concentre sur le duo Superman/Lois Lane, qui enquête alors que la poussière des premières attaques n’est pas encore retombée. Il y a dans ce volume-là un sentiment d’urgence et de mystère qui donne envie de poursuivre la lecture, mais l’arrivée du tome 2 fait s’éterniser l’intrigue et la recherche des différents suspects, sans que cela n’apporte d’intensité à la révélation finale quant à l’identité de Leviathan.

Ce sentiment est d’autant plus frustrant que l’intrigue est entrecoupée, du moins dans le second volume, par des épisodes de Action Comics qui n’ont pas grand chose à voir avec la ligne narrative principale, à savoir l’enquête de Batman et consorts. Le choix éditorial d’Urban se révèle donc hasardeux, car une compilation des six numéros de la série Event Leviathan aurait semble-t-il, largement suffi.

Brian Michael Bendis réussit donc à instaurer une ambiance d’espionnage super-héroïque comme à sa grande époque chez Marvel (Secret War, Secret Invasion, Dark Reign, Secret Warriors, etc), et profite du talent de son compère de longue date Alex Maleev (du moins sur les épisodes dédiés). Néanmoins, le choix éditorial d’inclure des épisodes annexes rompt quelque peu la fragile dynamique du récit et se termine sur un vari-faux cliffhanger qui décevra sûrement plus d’un lecteur. On y met trois calvin, pour le premier tome notamment, mais aussi pour la participation d’Alex Maleev.

note-calvin1
note-calvin1
note-calvin1
***·BD·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

DC Infinite Frontier: Justice Incarnée

Recueil des cinq chapitres de la mini-série écrite par Joshua Williamson et Dennis Culver et dessinée par Andrei Bressan et Brandon Peterson. Parution en France chez Urban Comics le 08/07/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Comme vous le savez, le Multivers a le vent en poupe. Si vous suivez l’actualité comics et celle des adaptations cinématographiques, vous saurez alors que le concept d’univers parallèles ne date pas d’hier et qu’il offre aux scénaristes a) des possibilités narratives très vastes et b)la possibilité de créer des ponts entre les différentes sagas et univers, ce qui peut dégénérer, dans le cas cinématographique, vers le fanservice.

Chez DC comics, on peut affirmer sans se tromper que le multivers est inscrit dans son ADN, puisque l’éditeur a du, très tôt dans son histoire, justifier les différentes incarnations de ses héros phares, qui avaient changé entre le golden age et le silver age. Les lecteurs de comics sont donc supposément familiers du concept de terres parallèles et des variations multiples d’un même personnage.

S’agissant de DC Infinite Frontier, on peut la résumer comme une nouvelle saga cosmique impliquant le multivers. La Ligue de Justice Incarnée, qui s’est formée spécialement à l’occasion de cette crise cosmique, réunit plusieurs héros issus de mondes différents, comme le Président Superman de Terre-23 ou le Batman de Flashpoint. Autour de cette variation du world’s finest, on trouve Aquawoman (variation féminine d’Aquaman), Captain Carrot (hein?), Mary Marvel (soeur de Captain Marvel/Shazam), Thunderer et Dino-Flic (ersatz de Savage Dragon). Face à l’ampleur de la crise, le groupe sera rejoint par Docteur Multivers (là aussi, un erzatz de Captain Universe, pour ceux qui ont lu les Avengers de Jonathan Hickman), qui est une sorte de système de défense du Multivers contre les menaces externes.

Lors des événements précédents, Darkseid a utilisé Psycho-Pirate afin qu’il manipule Barry Allen, l’incontournable Flash, dont la vitesse, issue de la Force Véloce, est l’un des rares pouvoirs capables de percer la membrane qui sépare les univers. Sous cette néfaste influence, Flash a déchiré le multivers et crée la Plaie, que le seigneur d’Apokolips compte bien utiliser pour son propre bénéfice. Afin de pouvoir l’arrêter, la Justice Incarnée doit elle aussi compter dans ses rangs son propre Flash. Ce sera Avery Ho de Terre-0, ressortissante chinoise possédant la Force Véloce, et qui voit notre bon vieux Barry comme son ami et mentor. Ce groupe ainsi formé parviendra-t-il à stopper les plans de Darkseid, et de quiconque tire les ficelles en coulisse ?

Dr Manhattan, pion multiversel. Je n’aimerais pas être celui qui a du annoncer ça à Alan Moore…

Cette mini-série en cinq chapitres poursuit la saga initiée par Josh Williamson sensée secouer une nouvelle fois la ruche DC Comics. Si l’intrigue avance rapidement, c’est certainement au détriment de certains personnages et de certaines interactions, qui sont mises de côté au profit de grandes révélations qui seront certainement exploitées plus tard.

En effet, l’équipe se retrouve rapidement divisée, et les pérégrinations de la première moitié, coincée dans la Maison des Héros qui sert de QG au groupe, ne portent pas le même impact que celles du trio formé par Président Superman, Batman Flashpoint et Docteur Multivers. D’ailleurs, en parlant de ces trois-là, il faut vous avertir qu’il est conseillé d’avoir lu les oeuvres précédentes, comme Multiversity ou Flashpoint, pour mieux appréhender les personnages qui en sont issus et qui constituent la Justice Incarnée. A minima, il faudra être au fait des différents archétypes que représentent ces personnages dans la mythologie DC pour en apprécier les variations et comprendre leurs motivations.

L’intérêt principal de l’album réside dans les révélations qu’il apporte sur les différentes crises traversées par l’univers DC, de Crisis on Infinite Earths à Final Crisis en passant par Doomsday Clock, voire même des classiques comme Kingdom Come. En effet, si l’on se réfère à ce qui est révélé dans ces pages, toutes les crises citées ont été initiées par les Grandes Ténèbres pour détruire l’Omnivers, ce qui induit que Superboy Prime, Magog, Extant et même Dr Manhattan ont été manipulés par cette entité. Dans le jargon, on s’approche de ce qui se nomme un retcon, ce qui signifie continuité rétroactive, lorsqu’un auteur introduit un élément qui influence ou remet en question des éléments préétablis de continuité.

Quoi qu’il en soit, l’album reste de bonne facture, mais ne sera conseillé qu’aux lecteurs réguliers de DC Comics en raison d’un encrage assez profond dans la continuité récente et passée.

****·Comics·Graphismes·La trouvaille du vendredi·Rétro

Batman: Arkham asylum

La trouvaille+joaquim

batman-arkham-asylum
BD de Grant Morrison et Dave Mckean
Urban(2022)- (1989), one-shot. Collection estivale  Urban « le meilleur de Batman » 2022.

Joker is a filthy degenerate- Batman Arkham Asylum: A Serious House on  Serious Earth : r/comicbooksSi comme moi vous avez un certain âge, vous faites peut-être partie de ceux qui ont longtemps frissonné devant ces couvertures en médiathèque, ces albums étranges que l’on osait ouvrir sans trop savoir comment les approcher. BD or not BD? Arkham asylum est une singularité en même temps qu’un monument « ancestral » de la biblio Batman au même titre que le Killing joke ou le Dark Knight, de ces albums majeurs qui composent la mythologie moderne de Batman post-série télé et concomitants du premier Tim Burton.

Aujourd’hui grand manitou de DC comics, l’écossais Grant Morrison est un bleu lorsqu’il propose à son compatriote ce projet fou d’une immersion viscérale dans l’asile d’Arkham en plaçant peut-être pour la première fois le chevalier noir à égalité avec les prisonniers de Gotham. Remontant aux origines de l’Asile et de son fondateur Amadeus Arkham (archéologie que reprendra plus récemment Sean Murphy sur Curse of the white knight), l’auteur a bien l’ambition d’une vraie BD qui explore une nouvelle facette de la mythologie, résolument adulte et absolument impressionnant sur le plan graphique. Pour cela il s’associe avec un peintre également inconnu et qui fera une grande carrière en compagnie de Neil Gaiman sur les Sandman et Hellblazer. Travaillant la matière en associant photographie, dessin, lames de peinture et matériaux comme de la dentelle ou des engrenages (idée qui inspirera probablement Olivier Ledroit sur ses tableaux récents et sur la série Wika), McKean propose une déconstruction totale – toujours très lisible pourtant – et une immersion visuellement incroyable dans les méandres de ce lieu hors du monde. Le travail sur l’horreur visuelle et sonore (oui-oui!) est vraiment immersif et on aura rarement vu le Batman si faible, si proche de ses adversaires.

Dave McKean Arkham Asylum Page 104 Batman Painted Original Art (DC, | Lot  #92168 | Heritage AuctionsPartant d’un pitch éculé (une nouvelle émeute à l’Asile qui nécessite la venue de Batman), Morrison développe ce qui sera la matrice de nombre d’auteurs ultérieurs sur Batman, du duo Lemire/Sorrentino au dantesque Deuil de la famille: dans une réalité qui semble sortie de notre univers, Batman se confronte aux grands méchants dans un pandémonium où son rôle de monstre est questionné par un Joker plus fou et terrifiant que jamais. Le récit alterne l’évolution vers la démence du fondateur de l’asile et le cheminement de la Chauve-souris, dont l’itinéraire finira par rejoindre celui du passé. Pour cela Dave McKean a le talent de ne pas perdre le lecteur malgré l’aspect très particulier de ses compositions. Restant dans une narration séquentielle malgré tout, il permet de se concentrer sur la complexité des visuels et le caractère symbolique et mythologique du récit, convoquant dieux anciens comme le Christ.

Récit résolument adulte, œuvre d’art à part entière, Arkham asylum est une pierre blanche dans la création du Batman moderne, un jalon majeur pour toute une génération d’auteurs et  un moment qui a intégré l’imaginaire collectif. Si en plus de cela la lecture reste accessible au grand public vous n’avez plus d’excuses pour ne pas plonger…

Arkham Asylum, pg. 48 & 49, in christian stoklas's McKEAN, Dave Comic Art  Gallery Room

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Documentaire·Graphismes·Nouveau !·Service Presse

Bill Finger, dans l’ombre du mythe.

Le Docu du Week-End

bill-finger-dans-l-rsquo-ombre-du-mythe

Roman graphique de Julian Voloj et Erez Zadok
Urban (2022), 184 pages, one shot.

bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance

Il y a trois ans le scénariste Julian Voloj proposait une très intéressante biographie de Joe Shuster, co-créateur de Superman reconnu sur le tard et désormais légalement annoncé sur chaque album de Superman. Dans ce passionnant ouvrage on découvrait notamment un système éditorial où de jeunes auteurs se soumettaient naïvement en cédant l’intégralité des droits de leurs personnages, habitude ancrée pendant longtemps et pratique qui fut mise à mal lorsque les comics devinrent un phénomène de masse. On y croisait Bob Kane, créateur de Batman qui semblait déjà très accroché à ses intérêts financiers…

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH924/18_bill_finger_00-2-09ae8.jpg?1655299307Alors que Joe Shuster et Jerry Siegel gagnèrent leur crédit sur les albums de Superman en 1978 après des procès et un effet certain des films de Richard Donner, l’histoire est toute autre pour Bill Finger, le scénariste de Bob Kane qui ne fut crédité qu’à titre posthume en 2015 après une campagne de sa petite-fille et le militantisme du biographe Marc Nobleman dont l’enquête a fortement inspiré cet album. Le parallèle entre les deux albums écrits par Julian Voloj est très intéressant en permettant de comparer les similitudes et les différences entre les histoires de deux scénaristes restés dans l’ombre de leur personnage des décennies durant.

Si ses homologues de Superman se sont débrouillé seuls pour contester la première cession de leurs droits faits alors qu’ils étaient très jeunes, Bill Finger fut un auteur renfermé qui ne sut jamais revendiquer ses droits et dont abusa Bob Kane qui utilisa des nègres toute sa carrière durant. L’album ne dit pas clairement que le dessinateur écarta cyniquement ses collègues, expliquant qu’il était très doué pour négocier les contrats et que sa mise en avant permit à ses collaborateurs de vivre décemment. Décemment mais anonymement. Il s’agit donc ici d’une histoire d’honneur plus que d’argent.

Bill Finger : dans l'ombre du mythe. Une reconnaissance tardive. -  Superpouvoir.comL’autre intérêt de l’album repose dans sa forme qui suit une enquête à double période (la chronologie de Bill Finger et l’enquête de nos jours par Nobleman), avec une mise en abyme du biographe vis à vis du personnage de Batman. Les lignes se croisent ainsi et l’ouvrage revêt une forme de thriller très originale. Si graphiquement les planches d’Erez Zadok sont très agréables, elles restent artistiquement parlant moins puissantes que le travail de Thomas Campi sur Joe Shuster.

Si on pouvait craindre la réutilisation d’une recette qui marche, ce volume est un petit miracle qui permet de créer un diptyque cohérent et très différent. La lecture des deux albums est vivement conseillée pour tous ceux qui aiment les comics en permettant de découvrir les coulisses de la création et le statut des auteurs, sujet toujours très prégnant.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Joker Infinite #1: la chasse au clown

Premier volume de 160 pages de la série écrite par James Tynion IV et dessinée par Guillem March. Parution en France chez Urban Comics le 25/02/22.

Vous aussi, utilisez Biactol ©
bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Lorsqu’on a que la mort

On ne présente plus le Joker. Depuis 80 ans maintenant, il terrorise Gotham City et met Batman face à un insoluble dilemme: le tuer et ainsi transgresser sa règle d’or, ou continuer d’endosser le poids sans cesse croissant de ses victimes.

Dans la continuité de Joker War, on retrouve le Clown Prince du Crime au centre d’une série qui lui est consacrée. A la suite d’une énième exaction au sein de l’asile d’Arkham, le Joker est traqué par plusieurs factions criminelles, qui veulent chacune venger une victime. Gotham redevient une poudrière, mais cette fois, James Gordon n’est plus concerné. Depuis qu’il a pris sa retraite, Gordon est pourtant hanté par les traumatismes subis aux mains du Joker. Tout d’abord, sa fille, abattue par balle (lors du célèbre Killing Joke d’Alan Moore), puis son fils. Gordon doit donc beaucoup de souffrance au Joker, aussi, lorsqu’il se voit proposer une mission qui lui permettrait de se venger enfin, l’ancien partenaire de Batman n’hésite pas longtemps à lancer à ses trousses. Et contrairement au chevalier noir, Gordon n’a pas fait serment de ne pas tuer.

En pleine frénésie batmanienne, Urban nous offre une nouvelle série centrée sur sa Nemesis. Cependant, élément relativement remarquable, le point de vue n’est pas celui du psychopathe éponyme mais celui de son poursuivant, offrant ainsi une plongée dans les pensées souvent négligées d’un personnage secondaire qui a souvent fait les frais de sa folie.

James Tynion IV, que l’on suit actuellement sur la série Wynd, parvient bien à retranscrire les effets de tels traumatismes sur la personnalité d’une victime du Joker. On sympathise donc automatiquement avec la cause de Gordon, et l’on souhaite presque le voir réussir, car, si Batman possède les skills nécessaires pour neutraliser Joker, seul le commissaire a la possibilité de franchir le cap en pressant la détente. Ce décloisonnement de la relation Batman/Joker est donc salutaire, et contient des rebondissements, qui, s’ils ne sont pas nécessairement inattendus, emmènent tout de même l’histoire dans une direction intéressante.