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We Live

Premier tome de la série écrite et dessinée par Roy et Inaki Miranda. Parution initiale aux US chez Aftershock, publication en France chez 404 Comics le 03/02/2022.

Et si on partait ?

Au cas où on ne vous l’aurait pas déjà répété, la planète Terre est foutue. Pour de vrai. Après des millénaires d’anthropocène abusifs, notre monde nous a sorti un bon et gros middle finger, sous la forme de catastrophes naturelles, qui ont conduit à des guerres, puis à une mutation de toute la faune et la flore, partout à travers le globe, dont le seul et unique but était désormais d’étriper des humains. Jusqu’ici, il n’y avait que trois façons de mourir en masse, les épidémies, les guerres, ou les famines, il y a désormais des lions mutants.

Un peu comme un aristocrate qui vous propose un jus d’orange à la fin d’une exquise soirée, la Terre nous pousse donc discrètement vers la sortie, mais il n’est pas évident de trouer une planète aussi accueillante. Pas de souci, l’Humanité a trouvé une issue, ou plutôt, une issue de secours, sous la forme d’un message extraterrestre. Plus qu’un message, c’était une promesse, celle qu’un certain nombre d’élus serait évacués, pour peu qu’ils soient présents autour d’une balise à la fin d’un compte à rebours. Ces élus sont ceux et celles qui ont trouvé un bracelet spécial, issu d’une technologie extraterrestre, tous des enfants.

Depuis la mort de leurs parents, Tala veille du mieux qu’elle peut sur Hototo, son jeune frère espiègle et encore innocent malgré les horreurs qu’il a vécues. Lorsqu’elle a trouvé un des fameux bracelets, Tala n’a pas hésité une seule seconde et a l’a enfilé au bras de son frère, se sacrifiant ainsi pour lui offrir une vie meilleure, sur une planète lointaine.

Après avoir survécu à toutes sortes de dangers, il est temps pour le duo fraternel de tout quitter pour se mettre en route vers la balise la plus proche, situé dans une des 9 mégalopoles, derniers bastions humains sur une Terre devenue hostile au genre homo. Ce sera là une dangereuse odyssée pour Tala et son frère, car les obstacles sont nombreux et veulent généralement déchiqueter tout ce qui marche et parle dans leur champs de vision.

On l’a vu récemment avec No One’s Rose et d’autres sorties récentes, la thématique écologique, en plus d’être une urgence planétaire bien réelle, fournit une source actuelle et non négligeable d’inspiration pour la fiction, notamment pour le genre SF/Anticipation. Bien évidemment, les frères Miranda maîtrisent bien leurs codes narratifs, puisqu’avant d’être un énième récit de fin du monde, We Live compte avant tout l’histoire d’une fratrie, l’attrait du récit réside principalement dans les liens qui les unissent plutôt que dans le cadre post-apo, qui n’est finalement qu’un écrin pour l’évolution de ses personnages.

  • Les deux auteurs connaissent donc bien leur recette:
  • a) des personnages bien définis et pour lesquels les lecteurs ressentent de l’empathie: On ne peut que valider la cause de Tala, surtout lorsqu’on apprend qu’elle a privilégié la survie de son frère au détriment de la sienne.
  • b) un objectif simple avec des enjeux compréhensibles: survivre, ça reste, a priori, à la portée de tout le monde.
  • c) des obstacles de taille et un compte à rebours: comme on l’a dit, un environnement hostile rempli de monstres, pas évident à surmonter pour des enfants. Quant au compte à rebours, il est littéralement mentionné dans le récit puisque le duo n’a que quelques heures pour rejoindre le lieu d’extraction, sans quoi Hototo restera coincé sur une Terre mourante.

Le final fait basculer l’histoire du survival SF à un récit plus super-héroïque, ce qui est un peu désarmant il faut l’avouer, mais cela n’enlève rien à l’intérêt de l’album, et promet même une suite plutôt palpitante. Un des autres aspects questionnants est le caractère foisonnant de l’univers du récit, qui part dans plusieurs directions avec des animaux mutants, des zombies fongiques, des méchas, etc… Mettons-ça sur le compte d’un univers baroque, la richesse n’étant pas nécessairement un défaut. We Live est donc une quête initiatique bien construite, avec des personnages sympathiques, un univers violent mais poétique.

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Jonna #2

Deuxième tome de la série écrite et dessinée par Chris & Laura Samnee , parution en France chez 404 Comics le 28/04/2022.

Unpossible monsters

Jonna est une enfant sauvage recueillie par un couple d’explorateurs alors que le monde succombait face aux ravages causés par d’immenses créatures. Sa sœur adoptive, Rainbow, a elle aussi du s’adapter à ce nouveau monde, dans lequel les humains ne sont plus que quantité négligeable, foulés aux pieds par ces monstres invincibles et implacables.

Lorsqu’elles sont accidentellement séparées et que leur refuge souterrain est détruit, Rainbow se met frénétiquement à la recherche de Jonna, et découvre, un an plus tard, que cette dernière est parfaitement adaptée à la vie sauvage, et que les monstres, loin de l’effrayer, reçoivent presque sa candide admiration. Une fois les deux soeurs réunies, les choses sérieuses commencent car elle doivent désormais retrouver leur père, lui aussi porté disparu depuis une attaque de monstre.

Toutefois, comme dans tout monde post-apocalyptique qui se respecte, la chute des règles et des civilisations s’accompagne d’une remontée à la surface de tous les travers humains. Rainbow et Jonna doivent-elles craindre les monstres, ou bien les hommes ? Ou l’inverse ?

Le tome 1 de Jonna nous avait agréablement surpris, par sa qualité graphique autant que par le dynamisme de sa narration et de son univers. La survie d’une adelphie dans un monde ravagé par des kaijus était déjà abordée dans l’agréable Giants Brotherhood, mais ici, l’ambiance est plus fun, même si la cruauté des hommes en l’absence d’entité régulatrice des comportements reste présente.

Le fun tient également dans le personnage de Jonna, sorte de croisement entre San Goku (période Dragon Ball) et Kamandi, dont l’innocence et la force sont des atouts autant que des points faibles.

Les auteurs poursuivent donc leur chemin narratif sur un rythme plutôt tranquille, ce qui est paradoxal compte tenu du dynamisme de l’ensemble. En effet, les révélations sur les causes du désastres se font toujours au compte-gouttes, et le lecteur n’évitera pas le célèbre cliffhanger de fin, qui ouvre la voie à de renversantes découvertes sur l’origine des kaijus et de notre héroïne sauvage.

En bref, Jonna confirme son statut de belle découverte grâce à ce second tome, tant sur le plan graphique que narratif !

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No One’s Rose

Histoire complète en 160 pages, écrite par Emily Horn et Zac Thompson, dessinée par Alberto Albuquerque. Parution aux US chez Vault Comics, parution française avec le concours de Komics Initiative le 25/02/2022.

L’Arbre et la Vie

L’Homme le savait, et pourtant, l’Homme n’a rien fait. Lentement mais sûrement, l’Anthropocène aura détruit l’équilibre fragile de la nature, jusqu’à ce que cette dernière ne soit plus en mesure de sustenter la vie. Devenue inhospitalière, puis carrément hostile, la planète Terre a agonisé dans un dernier soubresaut qui promettait l’extinction du genre humain, mais aussi de toutes les autres formes de vie qui avaient passé des milliards d’année à s’adapter.

C’était sans compter sur l’ingéniosité humaine, qui ne réalise son potentiel que lorsqu’elle a atteint le précipice ou lorsqu’elle peut en retirer un gain immédiat. Les derniers scientifiques humains sont parvenus à maintenir la vie dans un périmètre restreint, une bulle hermétique dans laquelle le moindre atome d’oxygène ou la moindre molécule d’eau fait l’objet d’une attention particulière, un dôme où tout est recyclé de manière durable et où chacun à un rôle à jouer.

Ainsi, quelques dizaines de milliers d’humains ont survécu à l’apocalypse, a l’abri d’un microcosme qui représente tout ce que le genre humain aurait du faire depuis bien longtemps. Malheureusement, la survie de tous a toujours un prix, et elle ne peut se faire sans le sacrifice de quelques valeurs, et au passage, de quelques (milliers) de gens. Comme vous ne l’ignorez pas, la gestion durable de ressources (à savoir la raison d’être de la civilisation selon les anthropologues) entraîne nécessairement l’établissement d’une hiérarchie sociétale et d’un système normatif. C’est la raison pour laquelle les derniers humains de ce monde en décrépitude sont répartis en différentes castes: ceux qui travaillent en bas, dans les racines de l’arbre Branstokker, organisme génétiquement modifié pour assurer la subsistance des survivants, et l’élite qui vit sur la canopée, qui conçoit et maintient les systèmes de traitement et de gestion des ressources, et qui, accessoirement, vit dans l’opulence.

Tenn et Serenn Gavrillo sont deux frère et soeur, orphelin, qui travaillent dans des castes différentes. Alors que Serenn trime au service des élites, Tenn, elle, rêve d’un monde meilleur grâce la bio-ingénierie. Leur quotidien déjà difficile sera bouleversé lorsque le jeune homme va entraîner sa soeur à son insu dans un mouvement de révolte, organisé par les Drasils, un groupe de radicaux qui fomente des actions violentes au service de leur cause. Les Drasils, qui utilisent une forme de technologique impliquant une fusion avec des organismes fongiques, pensent que Branstokker est fichu et que quitter la zone verte est inéluctable.

Convaincu, comme les autres Drasils, que les autorités mentent, Sorenn compte se joindre au mouvement, quitte à s’aliéner son ambitieuse sœur.

No One’s Rose nous amène dans un futur post apocalyptique, sur un thème écologique fort pertinent. L’idée d’une dystopie écologique est très bien exploitée, avec de forts airs de Métropolis: un cité avancée centrée autour d’une machine (ici un arbre, autrement dit une machine biologique), des ouvriers exploités en bas et une élite détachée des réalités en haut.

A cela, ajoutez la débat sur l’intelligence artificielle (on peut dresser un parallèle avec la Gynoïde de Métropolis), la bioéthique, la manipulation des masses, une fresque familiale parcourue par des conflits de loyauté, et vous obtiendrez un récit engageant et cohérent, même s’il est avare en coups de théâtre. Côté narration, on a droit à des dialogues fournis, détaillés, mais on peut rester perplexe face à quelques transitions quelque peu abruptes entre les différentes scènes.

Rien que ne gâche la lecture cependant, surtout si l’on prend en compte la qualité des dessins et de la mise en couleur (assurée par Raul Angulo). Un dystopie émouvante prenant la forme d’un avertissement sur les abus de l’Homme, qui ne peut s’empêcher de se débattre avec lui-même, même au bord de l’abîme.

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TMNT #17: Lignes de front

Poursuite de la série avec Kévin Eastman et Tom Waltz au scénario, Dave Wachter et Michael Dialynas sur la partie graphique. Sortie le 06/07/22 chez Hicomics.

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Lard de la guerre

Depuis la fin des conflits contre les Tricératons, redoutables combattants issus de manipulations génétiques commises par les Utroms sur des dinosaures, la poussière retombe sur New York. Mais ce n’est pas pour autant que les Tortues Ninja auront le loisir de se reposer !

En effet, alors que l’île de Burnow, qui accueillait jusque-là les réfugiés Utroms, devient également le refuge des Tricératons survivants, l’infatigable Agent Bishop lance un assaut de taille avec toutes les forces de la FPT afin d’éradiquer ce qu’il considère comme une menace. Comme on l’a vu dans les précédents tomes, l’atout principal de Bishop n’est pas l’ensemble des troupes de son organisation, mais le contrôle total qu’il exerce sur Slash, un puissant mutant-tortue capable de faire des ravages dans les rangs extraterrestres.

Soucieux de préserver la paix et de sauver leur ami Slash, les tortues tiennent la ligne de front, ce qui va les pousser à une curieuse alliance avec les Utroms… Comme on dit, « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » !

La série TMNT en est déjà à son 17e tome, ce qui démontre une longévité certaine et donc, un savoir-faire de la part des auteurs. Alors que l’on pouvait craindre un redondance, il s’avère au contraire que les auteurs en ont encore suffisamment sous le capot pour poursuivre les aventures du quatuor reptilien sans que l’on ait une impression de déjà-vu. A première vue, cela est du à la richesse du casting et la multiplicité des factions, qui permettent des combinaisons variées en terme de conflits.

Dans ce tome, le passé mystérieux de l’agent Bishop sera exploré via plusieurs flashbacks, ce qui redonne de l’intérêt à cet antagoniste qui est une épine dans le pied de nos héros depuis un long moment déjà. S’agissant de l’intrigue en elle-même, on pourrait dire que l’on est plutôt sur de la « macro-écriture », puisque le sujet principal est la guerre entre les différents camps, ce qui laisse un peu de côté les interactions entre les quatre frères pour le moment.

Sans spoiler, cette guerre aura certaines conséquences dramatiques, les fans devront donc s’accrocher à leur siège à la lecture de ce tome. L’album se termine par un épisode intermédiaire qui reprend la fameuse formule du Chant de Noël de Charles Dickens (dommage que l’on soit en été), et qui met Splinter, le mentor des Tortues, en lumière le temps de l’épisode. Intéressant pour approfondir un peu le père aimant qu’a toujours été Splinter, mais pas indispensable dans le contexte de l’album.

Graphiquement, Dave Wachter s’en sort vraiment très bien, notamment dans les nombreuses pages d’action que comptent cet album. La série maintient donc son rythme et continue de proposer une intrigue engageante et dynamique.

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Luminary #3: The No War Man

image-19BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2022), 120 p., série finie en 3 volumes.
Attention Spoilers!

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Darby à retrouvé ses pouvoirs. Cible du gouvernement qui l’a désigné responsable de l’assassinat du président il essaye d’aider Billy et Paolita à retrouver une vie digne, loin des turpitudes de cette Amérique gangrenée par le racisme et la violence. Pourtant lorsque son frère reprend contact avec le journal militant anti-guerre No War Man il réalise que la puissance du Cinquième pouvoir pourrait à la fois faire chanceler les mensonges de Washington et éviter une véritable guerre civile entre noirs et blancs…

Luminary tome 3 - The No War Man - Bubble BD, Comics et MangasC’était annoncé en trois tomes et se conclut en trois tomes, équivalents à une série de neuf, avec des volumes où l’on n’a pas senti de longueurs, sauf sur celui du milieu. Avant toute chose je précise que la fin ouverte (mais très correctement menée) devait laisser la place à un ou deux cycles de plus. Les ventes mitigées laissent peu d’espoir pour cela, aussi il vous faudra savourer ce tome.

Heureusement (pour moi en tout cas) les réserves pointées sur le second volume sont toutes balayées pour retrouver les qualités du premier, à savoir un parfait équilibre entre super-héro, politique et social. Luc Brunschwig est un amoureux de la grande histoire américaine, celle des années soixante et soixante-dix qui ont fait la grandeur de la lutte pour les droits civiques, de l’âge d’or du journalisme citoyen et de la remise en cause d’un versant fasciste du pays de l’Oncle Sam. Il est aussi un amoureux de cinéma et  avisé à produire un grand film de super-héros moderne d’aujourd’hui. Avec le risque d’oublier que le son n’existe que peu en BD et que le texte garde ses propres codes. Ainsi le défaut principal, noté depuis les premières pages de la série c’est cette fausse bonne idée de nous noyer sous des contractions visant à exprimer le langage populaire de tous les personnages principaux (Darby, Mila, Billy, Paolita). Le problème c’est que dans un film on finit par oublier ce style qui intègre le personnage. En BD on accroche sur beaucoup de bulles qui empêchent une lecture fluide et même de se concentrer sur le fond du texte. Sans ce problème on atteignait la qualité générale d’un cinq Calvin synonyme de coup de cœur…Luminary (T3) The No War Man en bouquet final - YOZONE

Car pour le reste c’est vraiment grandiose, à commencer par les planches de Stephane Perger comme un poisson dans son bain. Aussi à l’aise dans l’action, la technique historique des décors que dans des personnages (presque) toujours bien reconnaissables, il laisse libre cour à de sublimes compositions qui jouent sur le découpage très libre, les couleurs comme élément de narration et bien sur les pouvoirs de Billy et des êtres de Lumière. Avec son esprit cinématographique le duo envoie bien sur des références qui nous parleront, des Oiseaux d’Hitchcock à La Ligne verte en passant bien sur par les films sur le Vietnam.

20220722_193952Comic de super-héros européen, Luminary apporte donc ce que trop peu de comics osent encore malgré la grande modernisation de ces dernières années: de vraies morts tragiques, le refus total de happy-end et de facilités scénaristiques. Au risque de laisser son héros assez faible au regard de la galerie qui l’accompagne. Ainsi on pourra regretter que le gamin ou Mila (bien plus intéressants) n’aient pas plus de place. Abordant un très grand nombre de sujets la série pourra bien sur être vue comme trop rapide sur certaines trames et le fonctionnement des pouvoirs pourrait être discuté. Mais ce serait chipoter tant le fond égale la forme dans une qualité générale assez rare dans un projet blockbuster de cette envergure. Pour boucler avec l’introduction il est vraiment surprenant que (comme toutes les séries de Brunschwig?) le lectorat ne reconnaisse pas plus rapidement la force de cette série. Malgré son association avec de très grands dessinateurs, l’auteur d’Urban et des Frères Rubinstein ne cherche pas la facilité et ses séries sont reconnues avec le temps. Espérons que la mode super-héroïque et le talent bankable de Stephane Perger permettront aux ventes de permettre une suite. Ils le méritent et cette série le demande.

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Sea of stars

Histoire complète en 288 pages, écrite par Jason Aaron et dessinée par Stephen Green. Parution en France chez Urban comics, collection INDIES, le 01/07/2022.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Space is a place

Gil Starx est ce que l’on pourrait appeler un homme pressé. Constamment occupé par ses livraisons galactiques, il parcourt un océan d’étoiles pour satisfaire ses clients, toujours dans les temps. Et quand ont dit océan d’étoiles, il faut entendre littéralement cette expression.

En effet, l’environnement interstellaire visité par Gil Starx et d’autres humains est peuplé de créatures qui « nagent » dans le vide intersidéral, comme des poissons dans l’eau. Ainsi, on trouve des « baleines » de l’espace, des « requins-quarks », et toutes sortes d’animaux dont l’espace est le milieu naturel.

Cette fois-là, Gil transporte une marchandise désuète, le contenu d’un vieux musée, et voyage avec son fils Kadyn. Accaparé par son métier, Gil n’a jamais été très disponible pour sa famille, mais depuis la mort tragique de son épouse, il tente de reconnecter les liens avec son fils, qui s’ennuie ferme dans le vieux vaisseau de son paternel, qui a pris l’habitude d’éviter tout danger en ne naviguant que sans les secteurs cartographiés. Tout va basculer lorsque le duo sera attaqué par un gigantesque léviathan, qui détruira le vaisseau et séparera le père du fils.

Dès lors, Gil n’aura qu’un objectif: retrouver son fils. Le jeune garçon, en revanche, pense que son père est mort et doit s’acclimater aux mystérieux pouvoirs qu’il a obtenus dans l’accident.

On nage en plein délire

Alors que la tendance est à la hard SF, c’est à dire une science fiction basée sur les concepts et les théories scientifiques les plus pointus et avant-gardistes, Jason Aaron opte pour une SF fantasmagorique en reprenant les vieux codes de l’analogie maritime.

Ce lieux commun tire ses racines de la SF du début du 20e siècle, et ce qui était une métaphore est bien vite devenu littéral. Alors que John Fitzgerald Kennedy considérait déjà l’espace comme « le nouvel océan » lors de la fameuse « courses aux étoiles » avec l’URSS, les auteurs de SF se sont appropriés massivement cette analogie, en utilisant par exemple des termes techniques navals.

En effet, on parle de vaisseaux dans les deux cas, avec des croiseurs, des destroyers, des frégates, etc. Les vaisseaux spatiaux, à l’instar de leur homologues maritimes, ont des barques de survie, et il arrive même que des engins spatiaux soient munis de voiles (concept qui est validé par la science avec les fameuses voiles solaires, ce qui en fait un élément commun avec la hard SF). La comparaison ne s’arrête pas là, puisque les auteurs ont eu tendance à appliquer à l’espace des concepts et des contraintes typiquement navals, comme la bi-dimensionnalité du terrain, la friction, et des principes de navigations qui en réalité ne sont pas compatibles avec l’exploration spatiale.

Les planètes sont donc perçues comme des îles dans un vaste océan, et leur valeur stratégique y est même similaire. De Frank Herbert (Dune) à Pierre Boule (La Planète des Singes), en passant par Star Wars et Star Trek, ou La Planète au Trésor, rares sont les entrées littéraires et audiovisuelles à ne pas verser dans cette analogie. Alors pourquoi pas les comics ?

En ce qui concerne l’intrigue, on peut faire confiance à Jason Aaron, qui nous a déjà fait montre de son talent à de nombreuses reprises, pour construire un récit efficace centré autour de protagonistes intéressants et attachants. Le duo père/fils, Gil/Kadyn, fonctionne dès le début, et ne perd pas de son intensité même s’ils sont assez rapidement séparés. L’auteur, visiblement marqué par son long run sur Thor chez Marvel, insuffle également un souffle mythologique avec non pas des asgardiens, mais un autre peuple de l’espace, inspiré des Aztèques, et des divinités cosmiques qui se battent en détruisant des planètes. On n’en voudra pas au scénariste de recourir encore au fameux macguffin pour poursuivre son intrigue, qui est finalement assez simple mais néanmoins efficace.

A bien y regarder, on ne peut s’empêcher de percevoir dans la ligne narrative consacrée au père des airs d’Odyssée (Ulysse qui veut rentrer chez lui retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque), et dans celle du fils, comme un goût du Petit Prince. En terme de références, on aura vu pire, avouez. Sur le plan graphique, on retrouve avec plaisir Stephen Green, qui livre de très belles planches, qui alternent décors spatiaux grandioses et scènes de survie plus intimistes.

Sea of Stars puise ses références dans les racines de la science-fiction, autour d’une belle histoire d’amour entre un père et son fils.

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Jupiter’s Legacy #3 : Requiem

Troisième et pénultième tome de la série écrite par Mark Millar. Cette fois, Frank Quitely a cédé sa place à Tommy Lee Edwards et Matthew Dow Smith pour le dessin. Parution en France chez Panini Comics le 03/06/2022.

Un monde (presque) trop parfait

Pour les amateurs de comics, difficile d’être passé à coté de Jupiter’s Legacy en 2017. Cette nouvelle déconstruction du mythe super-héroïque, fomentée par le sale gosse des comics Mark Millar, raconte l’avènement d’une famille d’êtres surhumains, les Sampson, et les conflits générationnels et idéologiques qui vont les opposer. A noter l’adaptation audiovisuelle malheureusement mort-née diffusée sur Netflix depuis l’an dernier.

En 1929, Sheldon Sampson, son épouse Grace et leur entourage plus ou moins proche, sont revenus d’une expédition dans le pacifique, dotés de super-pouvoirs faramineux. Devenus Utopian et Lady Liberty, Sheldon et Grace ont formé l’Union, avec tous les autres surhumains revenus de l’expédition. A eux seuls, les héros de l’Union ont sauvé l’Amérique de la Grande Dépression, puis plus tard de la Seconde Guerre Mondiale. Dans le présent, les héros vieillissants mais toujours actifs espèrent que leurs enfants, notamment Brandon Sampson et sa sœur Chloé, reprendront le glorieux flambeau.

Cependant, être l’enfant du plus grand héros de la Terre n’est pas chose aisée. En effet, malgré toute sa bonne volonté, Utopian reste un homme du passé, un héros enclavé dans un système de valeurs si élevées que ses enfants ne sont jamais à la hauteur, du moins pas à ses yeux. Du coup, plutôt que de s’échiner en vain à satisfaire les attentes irréalisables de leur père, Brandon et Chloé ont plus ou moins lâché la rampe, en adoptant un style de vie hédoniste centré autour de leur image de marque et de quelques rails de cocaïne. Si Brandon espère encore être malgré tout à la hauteur, Chloé, elle, s’enfonce dans ses addictions, influencée sans doute par son petit copain Hutch, qui se trouve être le fils du plus grand supervilain de l’histoire, Skyfox [Il est intéressant de noter les similitudes entre la personnalité de Chloé et celle de l’actrice Carrie Fisher, qui a elle aussi connu un parcours chaotique, écrasée par la notoriété de ses parents]. Dans les coulisses, Walter Sampson, le frère d’Utopian, fomente un coup d’État et se prépare à renverser le gouvernement américain, et devra pour cela éliminer son plus grand rival.

La suite relève de la tragédie shakespearienne dans les grandes lignes: corrompu par son oncle Walter, Brandon se retourne contre ses parents et tue son père, laissant le champ libre au maléfique tonton, qui pense que les humains ne méritent pas le libre-arbitre et que toutes les décisions importantes doivent être prises par les surhommes. Chloé est contrainte à l’exil, juste après qu’elle ait appris qu’elle était enceinte de Hutch. Des années plus tard, Chloé, Hutch et leur fils Jason font profil bas, mais vont finir par se dresser contre la dictature malavisée de Walter et Brandon, pour finalement les renverser et rétablir la république. Le reste aurait pu relever du happy end utopique, mais ce serait mal connaître Mark Millar…

Nous reprenons le fils de l’histoire plus de trente ans après la conclusion du tome 2. Grâce au renouveau incarné par Chloé et Hutch, les nouveaux Lady Liberty et Skyfox, la planète a atteint l’apogée de la civilisation. La nature a été maîtrisée, les guerres et le crime sont redevenus marginaux, bref, le rêve de Sheldon et Grace Sampson s’est réalisé à titre posthume.

Chloé et Hutch ont eu d’autres enfants après Jason: Otto, un activiste des droites de l’Homme, Sophie, femme d’affaire influente dotée de pouvoirs psychiques, et Barney, qui se voit comme le vilain petit canard en raison de son absence de super-pouvoirs. Les années et une carrière de super-héros plus tard, voilà les deux époux séparés. Chloé poursuit son travail tandis que Hutch, désormais sexagénaire, retombe dans ses anciens travers.

L’utopie qu’est devenue la Terre subit encore quelques attaques de temps à autre, mais rien que Jason, le nouvel Utopian, ne saurait gérer, même en l’absence de sa mère Chloé, qui part en mission humanitaire sur une autre planète. Bien évidemment, ce statu quo ne va pas durer et le sol va commencer à se dérober sous les pieds de notre famille héroïque, et on peut même dire que certains vont se manger des ponts sur le dessus de la tête.

Une question d’héritage(s)

Y-avait-il besoin d’une suite à Jupiter’s Legacy ? Cette question est délicate, car la conclusion en forme de happy end, si elle était satisfaisante pour le lecteur, ne correspondait pas nécessairement à son auteur, connu pour développer des points de vue cyniques sur le monde, plutôt deux fois qu’une.

D’un autre côté, il était plus qu’intéressant de savoir si la nouvelle génération de héros serait enfin à la hauteur des enjeux et des défis rencontrés par l’Humanité. Après Utopian et son code moral strict interdisant toute ingérence, puis Walter et sa dictature maladroite qui n’a fait qu’aggraver la situation, l’histoire nous ouvrait la voie au compromis, à la synthèse pour ainsi dire, avec la coopération entre humains et surhumains.

Bien évidemment, les lecteurs aguerris sauront dès les premières pages que l’utopie présentée dans ce Jupiter’s Legacy Requiem n’est pas faite pour durer. A ce stade, l’empathie envers les personnages n’est pas à son apogée, surtout pour les nouveaux (Otto, Sophie, Barney), mais le choc est bel et bien présent lorsque Millar commence à faire le ménage, à grands coups de latte dans le cocotier. Après quelques chapitres d’introduction ou de réintroduction, nous avons donc droit à une débâcle plus amère encore que celle du tout premier tome, et qui promettent de belles batailles en perspective.

Toutefois, si l’intrigue s’articule assez autour de la survie de la Terre et du genre humain, les questionnements éthiques et politiques qui sous-tendaient les deux premiers tomes semblent encore un peu plus effacés, puisqu’ici, point de méfiance envers la figure du surhomme, et pas de point de vue particulier à développer sur l’intervention d’une figure tutélaire dans les affaires humaines. Néanmoins, on se laisse emporter dans le tourbillon, et, comme à l’accoutumée, on reste accroché à son siège après la dernière page en attendant la suite (qui devrait arriver en aout prochain).

La partie graphique, si elle tranche avec le réalisme cru de Frank Quitely, laisse pantois de maîtrise, avec de très belles planches qui alternent trait épais et dessin sans trait, sur de superbes compositions aux couleurs très travaillées. On préfèrera la partie assurée par Tommy Lee Edwards, de par ses partis pris graphiques audacieux, mais les deux épisodes assurés par Matthew Dow Smith ne déméritent pas pour autant.

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Rick & Morty en Enfer

Histoire complète en 128 pages, écrite par Ryan Ferrier et dessinée par Constanza Oroza, d’après la série animée créée par Dan Harmon et Justin Roiland. Parution chez Hicomics le 15/06/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

L’Enfer, c’est les Rick

Après avoir écumé l’Univers, en long, en large et en travers, après avoir également écumé le Multivers, et échappé à une quantité astronomique de dingueries en tous genres, Rick et Morty se réveillent… en Enfer ? Malgré l’incrédulité initiale, il faut bien que nos deux anti-héros se rendent à l’évidence: du soufre, des flammes, des âmes en peines, des sévices infligés dans des proportions industrielles par des démons ailés, cornus et désabusés… on pourrait aisément s’y méprendre.

Mais Rick étant… hé bien, Rick, il se doute que quelque chose se trame et refuse d’admettre qu’il est certainement mort et damné, d’autant plus que tout la famille Smith, à savoir Jerry, Summer et Beth, sont là aussi. Pour le savant fou alcoolique le plus génial du monde, cela ne fait aucun doute: ils se sont simplement égarés dans une des innombrables dimensions du Multivers, et ce qui leur arrive n’a rien de spirituel.

Mécontent d’avoir échoué dans cette dimension, Rick persuade Morty de l’accompagner dans une procédure d’appel dont ils se souviendront certainement…

On ne présente plus Rick & Morty, série animée qui cartonne depuis 2013, avec cinq saisons à son actif. Depuis quelques temps, la série a engendré des spin-offs, notamment une série de comic books reprenant, pour l’essentiel, les personnages originaux dans des aventures inédites (sauf la partie se concentrant sur Rick et Morty C132). Le ton irrévérencieux de la série est toujours au rendez-vous, l’auteur inclue également des références à l’œuvre principale et n’oublie pas l’aspect fouillé des relations entre les personnages.

Malgré une attention portée à la continuité de la série, on ne peut cependant pas empêcher quelques coquilles dans le scénario, par exemple, le scepticisme de Rick quant à l’existence de l’enfer et du diable, alors qu’il l’a rencontré dans l’épisode 9 de la saison 1 de la série animée. Pour qui ne serait pas familier de la série et de son humour très particulier, l’album pourrait paraître brouillon, fouillis et légèrement hystérique par moments. Mais l’émulation tentée par le scénariste fait mouche la plupart du temps, si bien que l’on a quand même l’impression d’assister à un épisode de la série animée.

S’agissant du style graphique en revanche, le rendu est légèrement en dessous des précédents tomes. Bien que la série ne soit pas connue pour ses innovations ni son excellence graphique, on trouve des étrangetés anatomiques et des disproportions qui pourraient nuire à l’immersion et ne sont pas synchrones avec la série animée.

Malgré tout, Rick & Morty en Enfer reste une lecture attrayante pour les fans du show animé.

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The Cape

Histoire complète en 160 pages, écrite par Jason Ciaramella d’après une nouvelle de Joe Hill, avec Zach Howard au dessin. Parution en 2013 aux US chez IDW Publishing et Bragelonne-Milady, réédition en France le 15/06/22 chez Hicomics.

bsic journalism

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Mes chers parents, je vole

Le mythe d’Icare vous dit surement quelque chose. Doté de la faculté de voler grâce aux prodiges de son père Dédale, Icare n’a pas tenu compte des avertissements de son paternel et a volé trop près du Soleil, si bien que ses ailes ont brûlé et précipité sa chute.

Et si Icare survivait à sa chute et qu’il devenait un psychopathe ? C’est le pitch choisi par Joe Hill pour sa nouvelle intitulée The Cape, publiée initialement dans son recueil 20th Century Ghosts. Éric passe son enfance à jouer aux super-héros avec son frère Nicky. Les deux jeunes garçons utilisent leur imaginaire pour s’évader d’une dure réalité, une réalité dans laquelle leur père n’est pas revenu de la guerre du Vietnam.

Soutenu par sa mère et son frère, Éric gère cette perte comme il le peut, drapé dans un plaid bleu faisant office de cape. Cependant, comme Icare qui vola trop près du Soleil, Éric a voulu grimper trop haut sur l’arbre qui lui servait de refuge, et la branche qui le soutenait à cédé. Mais avant sa chute vertigineuse, avant l’impact dramatique avec le sol, il s’est passé quelque chose d’étrange. Un phénomène fugace, à peine perçu par les deux frères: l’espace d’un instant, Éric, accroché à sa cape, a échappé à la gravité.

Quelques opérations plus tard, Éric se réveille, le crâne rafistolé par quinze agrafes. Sa cape a disparu, sans doute jetée par sa mère. Sa vie n’est plus la même, car avec ou sans son bout de tissu noué autour de ses épaules, Éric ne peut plus avoir les pieds sur terre. Sa vie défile alors sous ses yeux, sans qu’il ne puisse rien mener à bout. Privé d’initiative et du gout de vivre, Éric échoue dans tous les aspects de sa vie, jusqu’à s’aliéner sa fiancée Angie , qui le laisse tomber. Lui préfère-t-elle son frère Nicky, qui est devenu un brillant médecin ? Ou bien Éric devient-il parano ?

Sans logement, sans travail et sans le sou, Éric retourne vivre chez sa mère, et finit par remettre la main sur sa vieille cape, qu’il croyait perdue. L’enfilant sans trop y croire, le trentenaire loser est stupéfait de constater que grâce à elle, il peut flotter dans les airs, et même…voler. Il n’avait donc pas rêvé, sa cape avait bien des propriétés magiques, depuis le début.

Ainsi, il aurait pu éviter sa chute et ses blessures, et si sa mère ne l’en avait pas privé, il aurait pu avoir une vie spectaculaire, extraordinaire, loin du marasme dans lequel il s’est confiné. Éric décide alors qu’il est temps pour lui de prendre sa revanche sur la vie, ou plutôt sur tous les gens qu’il considère responsable de ses problèmes.

I’m the bad guy (duh)

Comme pour son père avant lui, il faut reconnaître à Joe Hill un talent particulier pour dresser des portraits psychologiques convaincants de ses personnages, ce qui confère à ses histoires une aura particulière et a tendance à en accentuer le ton horrifique. Bien souvent, en effet, les personnages que l’on trouve dans les récits de genre ne sont que des archétypes, parfois éculés, qui ne servent que de prétexte au contexte. Ce qui compte généralement, ce sont les éléments surnaturels, qui sont mis en avant au détriment des personnages.

La famille King prend donc le parti de mettre des personnages crédibles, fouillés, dans un contexte surnaturel, qui ne sert finalement pas de prétexte mais permet bel et bien de faire ressortir les traits des protagonistes. Dans le cas présent, le personnage d’Eric n’a en soi rien d’exceptionnel, mais c’est justement ce qui en fait un bon personnage: un homme lambda, pourvu de failles désespérément banales.

Après un accident tragique, qui a pour but de nous faire sympathiser avec lui, nous nous apercevons qu’il se rend responsable de ses propres échecs, en s’enfonçant dans l’immobilisme, puis dans l’alcoolisme et le ressentiment. Ses relations intrafamiliales, notamment celles avec son frère Nicky, sont elles aussi marquées du sceau du réalisme, avec le sentiment de rejet, la jalousie et le passif-agressif.

Et, comme le ferait une personne réelle, Éric est victime du biais d’autocomplaisance, ce trait intrinsèque qui nous fait attribuer nos échecs à des causes extérieures, et nos réussites à nos qualités propres (on peut aussi appeler ça le locus de contrôle externe). Il finit par tenir son entourage pour responsable de ses malheurs, ce qui le conduit sur une voie corrompue dont personne ne ressort généralement indemne.

Dans son déroulement, The Cape résonne avec le récent Brightburn, en ce sens qu’il dote un personnage initialement innocent mais troublé par un sentiment d’injustice, d’un pouvoir qui le corrompt et le retourne contre son entourage, pour finalement en faire une menace globale. A ceci près que le périmètre d’action de The Cape demeure plus intimiste, l’anti-héros en question n’étant pas doté des mêmes pouvoirs.

En revanche, si le scénario se concentre sur la psyché perturbée d’Eric, l’auteur ne s’attarde en rien sur les origines du pouvoir de la fameuse cape. Ce point sera abordé dans une préquelle, intitulée The Cape 1969, dont la parution est prévue en juillet 2022 chez Hicomics (des deux mêmes auteurs). La partie graphique est assurée avec brio par Zach Howard, qui livre des planches à la colorisation rétro, tout en conservant un style semi-réaliste.

En résumé, The Cape est un très bon one-shot, déconstruction habile du super-héros, doté d’un travail précis sur la psychologie de son personnage principal.

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Seven to Eternity #4

East and west

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Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2022), Ed US Image comics (2021), série achevée en  tomes.

Dans sa crainte de voir disparaître le Roi fange et sa seule chance d’atteindre les Sources synonyme de survie Adam a commis l’irréparable: la cité volante est tombée, sa population décimée. Mourant, il dépend désormais de la Proposition de Garils et va bientôt découvrir la réalité du mythe des sources de Zhal, cette fiction attirant tous les malades du monde en quête de la vie éternelle. mais pour obtenir le précieux don, Adam ne pourra plus se cacher. Alors que le Puits des âmes tombe sous la corruption du marais, le dernier Osidis devra décider à qui va sa fidélité: à son clan, au Roi Fange… ou à lui-même?

Seven to Eternity -4- Les sources de ZhalOn l’aura attendue cette conclusion d’une des plus importantes séries fantasy de ces dernières années. Les grands œuvres prennent souvent du temps (il aura fallu seize ans pour Servitude), après une absence temporaire d’Opena sur le second tome il s’est écoulé trois années entre le tome trois et ce dernier. La bonne nouvelle c’est que la conclusion est à la hauteur de cette magistrale odyssée dans la psyché des héros complexes et du doute moral.

La source de Seven to eternity réside dans la tragédie grecque, posant des dilemmes moraux insolubles au héros sur des questions de morale personnelle et de fidélité familiale. Le héros tragique Adam Osidis doit décider entre son envie de vivre pour ne pas perdre ses enfants, son héritage paternel grandiose (et les conséquences des liens entre le Roi Fange et Zebediah qui se prolongeront jusqu’au dénouement terrible), le doute permanent qu’insinue Garils dans son esprit et son rôle de héros devant sauver le peuple de l’emprise du Roi…

Seven to Eternity (tome 4) - (Jerome Opeña / Rick Remender) - Heroic  Fantasy-Magie [BDNET.COM]Comme sur les précédents albums Rick Remender institue une unité de lieu et une action centrée sur le duo fondamental (le héros/le méchant). Si Adam a accepté la proposition de Garils, il reste convaincu que sa force morale lui permettra d’accomplir sa mission seul (au mépris des règles du jeu), en libérant Zhal du Roi. Mais à force de rompre les barrières il sème les graines du désordre et de la destruction. La continuité de l’intrigue est à ce titre incroyable d’intelligence et de cohérence. Chez Remender tout est subtile, rien n’est prévisible, tout trouve sa logique finale, sans facilité. La conclusion peut être heureuse (au risque de la facilité), tragique (plus rare mais au risque de la frustration), ou simplement logique. On le sait il n’y a rien de plus difficile que de conclure une histoire, surtout lorsque son itinéraire semble mener inéluctablement vers une conclusion. Faites confiance à ce grand scénariste pour vous surprendre et vous bouleverser en instillant toujours ce qu’il faut de pathos familial pour créer du drame. C’était le cœur de Low (dont la conclusion arrive le mois prochain!) et c’est surtout le cœur des personnages de l’auteur qui donnent toute cette force, son compère toujours monstrueux graphiquement s’occupant de créer un bestiaire et des décors monumentaux, sans faute de gout, délivrant au lecteur patient les visions fantastiques en cinémascope qu’il attend.

Seven to Eternity #15 | Image ComicsS’il est revenu à des projets plus grand public et plus mineurs (Death or glory ou plus récemment son Scumbag), Rick Remender reste à l’heure actuelle pour moi le plus qualitatif des scénaristes indé aux Etats-Unis. Moins intello qu’un Hickman, moins inégal qu’un Millar, il offre une approche toute européenne en proposant des projets extrêmement ambitieux tant graphiquement que scénaristiquement, en se donnant le temps d’aboutir hors des carcans éditoriaux du comics. Savourons cette série (dont l’intégrale sort dès cette fin d’année chez Urban, en plus des traditionnelles versions NB permettant de profiter des superbes planches brutes de Jerome Opena), il n’est pas dit que de tels miracles se reproduisent de si tôt.

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