Comics·East & West·Nouveau !

Seven to Eternity #2

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2018), Ed US Image comics (2016), 2 vol parus

seven-to-eternity-tome-2Je vais aller droit au but sur les deux points négatifs de cet album: l’intervention d’un nouvel illustrateur sur les deux chapitres centraux de l’album (de qualité très moyenne) et la maigreur des bonus proposés au regard des superbes couvertures originales (qu’Urban a choisi de détourer alors que la version US était mise en page au format affiche de cinéma) et des interviews et croquis du t1. Les couvertures alternatives en fin d’album ne compensent pas vraiment ce manque.

Ceci étant dit, parlons de l’album et de la suite du périple des Mosak après leur enlèvement du Roi Fange (la critique du premier tome est ici). Comme je l’avais expliqué, l’univers est touffu, le nombre de concepts très important, mais puisqu’on est dans le second volume ce contexte nous est désormais un peu plus familier. Nous reprenons le voyage alors que des morts ont eu lieu dans la communauté et qu’Adam Osidis est suspecté de vouloir se soumettre au Maître des murmures pour sauver sa vie (il est très malade). Très vite ils sont attaqués et seront contraints de se séparer et c’est bien l’objet de ce volume pour le scénariste (qui semble construire son intrigue un peu comme dans LOW, avec séparation en plusieurs récits parallèles): les trahisons ou suspicions de trahisons au sein de cette « famille » comme Gobelin aimerait la voir.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity trahison"Le design général est toujours aussi puissant et si le scénario prends plus de temps et propose moins de pages démentielles que l’introduction, la relation avec Garils, le maître des murmures, est centrale et absolument fascinante. Ce colosse sème le doute avec une telle subtilité que le lecteur n’a absolument aucun moyen de savoir s’il est sincère ou manipule les autres. Sans doute un peu des deux et c’est ce qui en fait un méchant incroyable. Avec Seven to eternity Remender est en train d’inventer un nouveau concept: l’anti-méchant, pendant du anti-héros et auquel on tendrait à s’attacher!

Nouveau concept de ce volume, le marais, sorte de monde parallèle omniprésent qui peut corrompre l’âme de ceux qui s’y sont physiquement noyés. Via ce « personnage » les auteurs développent le background sans non plus en dévoiler beaucoup. La lecture reste exigeante et demande de la concentration tant on ne nous fais pas beaucoup de cadeaux explicatifs. Mais les réponses viennent plus loin.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity harren"Par certains éléments on revient vers une fantasy plus classique (le village des elfes ailés, proches de la nature) et des thèmes récurrents chez Remender (l’écologie), qui font un peu perdre de l’originalité. Ces passages correspondent aux deux sections centrales dessinées par James Harren et c’est là que le bas blesse. Malheureusement situées en plein cœur du récit, qui plus est avec plusieurs scènes d’action importantes, ce graphisme vraiment pas terrible brise la lecture à la fois thématiquement et quand à l’immersion dans cet univers fantastique. La section finale dessinée par Opena et mettant en face Osidis et ses choix est très puissante et permet de revenir dans l’histoire mais cette rupture de milieu d’album est dommageable sur le plaisir global. J’espère vraiment que cette incursion n’est que passagère et que Opena réalisera l’entièreté du prochain album (à paraître cet été aux Etats-Unis). Du coup je retire un « calvin » à la note du premier tome, sur une série qui reste néanmoins majeure.

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BD·Comics·East & West·Nouveau !

Batman: The dark prince charming #2

East and west

Comic de Marini
Dargaud/DC (2018),  66 p.; vol 2/2

couv_333529Sur le premier volume sorti paru il y a peu j’avais été quelque peu mitigé, un peu agacé par la com’ gargantuesque de Dargaud sur l’événement et par le caractère introductif du volume. Après la lecture de ce second tome qui clôt très joliment l’histoire, des confirmations et une information. Niveau fabrication, hormis une chouette couverture et une élégante maquette, on a le minimum syndical; un carnet comme sur le tome 1 n’aurait pas été un luxe.

La petite Alina  a été enlevée par le Joker, qui l’utilise pour faire chanter Bruce Wayne. Le « prince charmant fou » souhaite offrir à sa dulcinée Harley Quinn le plus gros diamant du monde. Mais pendant que le Joker se débat avec ses contradictions, le Chevalier noir mène l’enquête…

Je reconnais que je me suis trompé! L’impression mitigée sur le premier volume était bien due au découpage et confirme que l’éditeur aurait été inspiré de ne publier le volume qu’une fois clôture (surtout que la parution des deux tomes est très rapprochée). L’affaire est donc réglée puisque plus personne n’aura a attendre entre deux albums et je gage que Dargaud sortira à noël une intégrale joliment augmentée.

Cet album est, me semble-t’il, encore plus axé sur le Joker que le premier et donne lieu à un humour noir très réussi, notamment dans la relation entre le clown, la gamine et Harley. C’est bien là l’innovation de ce titre qui introduit une lignée à un Bruce Wayne habituellement considéré comme incapable d’enfanter et d’avoir une vie relationnelle. Même si c’est par accident, on nous montre néanmoins le passé du jeune Bruce (ainsi que celui du Joker… ce qui est assez rare dans l’ensemble de l’édition Batman…) et ce qui aurait pu lui désigner une autre vie. Les scènes intimistes sont nombreuses et permettent de développer une psychologie complexe à un joker finalement pas si monstrueux que cela. Si la violence et le caractère adulte de « Dark prince charming » sont présents, Marini ne suit cependant pas les traces du tandem Snyder/Capullo (l’une des plus impressionnante variation mais aussi très noire). Comme je l’avais noté sur le premier volume, la filiation visuelle avec la trilogie de Christopher Nolan est cependant dommage (outre que je n’ai pas accroché avec cette esthétique réaliste) car elle perd l’originalité que l’on aurait attendu de l’artiste italien, qui semble néanmoins avoir pris un énorme pied à s’immiscer dans le monde du Detective. Néanmoins quel plaisir de voir un Gotham redevenu gothique et l’ombre de la chauve souris fondre sur les truands!

image Ce second tome donne lieu à quelques séquences remarquables, comme ce récital au piano du Joker dans une usine désaffectée montrant la bêtise de sa jolie copine, une citation de « singing in the rain » ou ce tordant face à face entre un Joker grimé en drag-queen et un Bruce Wayne bourru au possible. Comme souvent dans les histoires de Batman c’est donc encore une fois le Joker le clou du spectacle. L’auteur jour d’ailleurs très subtilement sur un quiproquo attendu concernant le titre: le Sombre prince charmant n’est pas forcément celui que l’on crois, notamment via une ultime pirouette vraiment réussie.

Niveau action, Marini sort la grosse artillerie et maîtrise toujours aussi superbement son cadrage, son découpage, son rythme. Il parvient ainsi sur son double album à rendre aussi intéressantes les scènes de dialogues entre personnages, les panoramas nocturnes, les clowneries du Joker et les séquences testosteronées. DPC2.jpgJe pointerais juste une petite déception sur Catwoman, toujours aussi garce mais un peu délaissée. Il est vrai que sur une telle pagination il est compliqué de donner toute leur place à tous les personnage du panthéon batmanien et Marini semble avoir jeté son dévolu plutôt sur Harley Quinn (… logique vu que le focus va plus sur le Joker que sur le héros!).

Cette aventure à Gotham d’Enrico Marini lui aura permis de se faire plaisir autant qu’à nous et de proposer aux novices en matière de super-héros une introduction franco-belge qui pourrait être le sas idéal pour pénétrer le monde des comics. Parvenant à respecter les codes de l’univers Batman sans trahir sa technique, Marini réussit haut la main la transposition. A se demander s’il est capable de rater quelque chose…

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Et une intéressante interview de Marini chez Branchés culture

 

Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Shadowman

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Comic de Justin Jordan, Patrick Zircher, Peter Milligan, Roberto de la Torre, …
Bliss comics (2018) – Valiant (2012), 608 p.

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Shadowman est une étrange série qui demande de la patience… que remplit parfaitement l’intégrale proposée par Bliss, l’éditeur des comics Valant! Ce très gros volume est très bien mis en page (quelques coquilles néanmoins), notamment sur le plan graphique avec l’ensemble des couvertures originales des épisodes (j’adore celles de Johnson, dont l’illustration choisie pour la couverture de l’intégrale) et une véritable orgie d’illustrations (couvertures alternatives et planches n&b). Malgré une page d’aide de lecture pour raccrocher la suite des aventures du Shadowman dans les autres séries Valiant, on aurait aimé un peu plus d’éditorial comme une introduction à l univers du personnage et à son histoire éditoriale. A noter que la dernière page laisse entendre un reboot en 2019… La série Shadowman est parue en 1992 et a été relancée en 2012 avec six volumes présents dans cette intégrale.

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Jack Boniface est un cajun de la Nouvelle-Orléans, orphelin placé en centre d’accueil et ayant appris à se débrouiller seul. Mais il est aussi l’héritier des Shadowman, généalogie de porteurs de l’esprit vaudou (Loa) « ombre » qui combattent les créatures des ténèbres. Son père, le dernier porteur, à été tué dans son combat avec le très puissant maîtres des arts obscures Darque. Happé malgré lui dans un monde de magie, d’ombres et d’esprits, il apprendra la guerre occulte que se livres des groupes humains, la réalité des liens entre monde des morts et celui de ses vivants… mais surtout il apprendra à retrouver un passé enfoui est une relation complexe entre amour et mort…

Reprenant des éléments de Batman dans un univers vaudou complexe, Shadowman apporte une vraie originalité dans la relation que le porteur du Loa Jack Boniface assume avec cet esprit violent qui en fait le fléau des esprits maléfiques …mais aussi de ses contemporains! La part d’ombre et la violence intrinsèque du héros le rapprochent du Bruce Wayne tourmenté chassant ses chimères.

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La première partie qui entre en matière très rapidement introduit le porteur de Shadowman et son ascendance ainsi que le grand méchant Darque, une des grandes forces du comics! L’intrigue est très classique mais permet d’introduire les différents personnages et l’univers magique de la série.

Puis un second arc voit Darque tenter une bonne fois pour toute de rompre la barrière entre les mondes. Le fait de laisser son rôle très mystérieux en regard de sa puissance qui rend le Shadowman relativement dérisoire, apporte une tension inattendue. Si les pages se déroulant dans le monde réel sont très correctes graphiquement, celles situées dans l’autre monde sont remarquable, la technique utilisée instaurant une atmosphère voilée et sombre très originale et bien vues.

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L’intégrale nous propose ensuite de découvrir l’origine de Darque. Cette partie arrive a point nommé pour réactiver la connaissance de cet univers. L’un des meilleurs moments de l’intégrale.

Les épisodes suivants sont très anecdotiques, histoires courtes du Shadowman de couplées de l’intrigue principale, avec des dessins très inégaux. C’est un peu le principe d’une intégrale que d’avoir l’ensemble des histoires qu’elle que soit sa qualité.

Le gros arc s’oriente sur un Jack Boniface luttant avec son Loa, esprit qui le hanté et le rend violent… on continue à avoir une explication progressive de l’univers de Shadowman. C’est appuyé par des dessins remarquables de Roberto De la Torre qui avait introduit les séquences du monde des morts sur le premier arc.

Si le destin de maître Darque et de Dox sont très surprenants, ils prennent cohérence une fois toute la série achevée. Commençant en série d’action avec des dessins chouettes mais assez classiques notamment sur la colorisation, Shadowman évolue dans sa seconde de partie vers un drame plus intimiste, liant l’histoire tragique de Jack avec la malédiction familiale appuyée par un graphisme plus adulte, plus complexe et une chute à la fois inéluctable, tragique et permettant une prolongation passionnante.

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Cette intégrale paraîtrait au final presque comme une introduction à une large saga qui ne ferait que commencer. Quel plaisir en tout cas de voir une BD de super-héros ( mais en est-ce une?) aussi mâture et assumant des choix scénaristiques risqués.

Bliss vient de sortir le crossover ninjak/shadowman Rapture, qui devrait prolonger le récit. Après des hauts et des bas pendant la lecture, dus notamment aux nombreux changements de dessinateurs, à l’entrée en matière assez abrupte et aux quelques épisodes dispensables en milieu de volume, cette intégrale, outre le fait d’être un beau bouquin, est au final une très belle expérience, une belle découverte graphique et une immersion dans un univers fascinant que l’on n’a que très rarement l’occasion de voir en BD. Du coup j’attends avec impatience de lire ce qu’il adviendra de Jack Boniface…

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BD·Nouveau !·Service Presse

Red Sun

BD de Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2018), 54 p., volume 1/2.

couv_327358La superbe couverture nous mets sous de bons auspices pour la lecture du premier album d’un nouvel éditeur à qui on pardonnera les quelques coquilles de textes. La maquette est simple, rien d’exceptionnel mais rien à reprocher non plus. L’album est annoncé en deux parties (j’aime ça) et les auteurs expliquent en fin d’album les découvertes des systèmes d’exo-planètes, réalité scientifique qui leur a donné l’idée de ce projet. C’est original et intéressant. Enfin, un making of des étapes conception d’une page par l’illustratrice clôture le volume, ainsi qu’un aperçu d’une page du prochain tome. On sent l’effort éditorial pour développer l’après-lecture et c’est très bien.

En 2627 l’humanité a été asservie par un bloqueur génétique qui interdit toute violence, et donc toute révolte. Dans le système « Red Sun one » Cass et Bord’ sont frères et sœurs, mineurs travaillent dans des champs d’astéroïdes. Couvé par sa frangine, Bord’ ne rêve que de rejoindre la rébellion qui s’est émancipée du bloqueur génétique et combat pour la liberté des humains contre un mystérieux adversaire…

Dans la série « une couverture c’est (très) important », Red Sun se pose là! Reprenant les codes de l’affiche de cinéma, avec des personnages forts et ses teintes chaudes solaires, l’album a l’une des plus belles couvertures de l’année. Tant mieux pour l’éditeur tant il est difficile de faire son trou. Là où ça devient intéressant c’est que la couverture est réalisée par l’illustratrice de l’album (assistée d’Antonio Di Luca mais l’on n’est pas dans la démarche commerciale utilisée par beaucoup d’éditeurs sur le modèle des comics US et que je trouve détestable)… et surtout qu’elle n’est pas trompeuse puisque les dessins intérieurs sont largement du niveau de la peinture de cette couverture. Comme on dit, « on ouvre un album pour ses dessins, on l’aime pour son scénario »…

J’ai pris grand plaisir à la lecture de cette histoire SF qui sait instiller un mystère tenace tout au long du volume en induisant subtilement des informations sur les antagonismes. Les deux frangins sont attachants et crédibles par leurs options de vie opposés et les personnages secondaires (très peu développés, un peu dommage) appuient ce duo. L’intrigue progresse sans longueurs, essentiellement autour de ce frère que Cass va tout faire pour protéger et c’est justement au moment où l’on sent que l’on a besoin d’un événement pour progresser dans l’intrigue que survient la révélation finale. La tension est donc tout le long sur le fil et le côté tardif de l’accélération renforce l’envie de lire la suite. Gros cliffhanger, joli coup scénaristique, c’est très efficace.

Niveau graphique, pour un premier album c’est déjà très fort. Le making-of explique la technique essentiellement numérique d’Alessandra de Bernardis dont la maîtrise anatomique (les postures des personnages dans toutes les situations sont sans faute) et la caractérisation des visages est vraiment intéressante. Le côté très numérique des couleurs et des textures peut paraître un peu lisse mais cela apporte aussi une ambiance typique de la SF spatiale. Peut-être un peu trop d’effets de lumières mais franchement, beaucoup de dessinateurs chevronnés ne s’en tirent pas mieux. Pour peu qu’elle progresse en publiant, on tient là l’une des illustratrices à suivre de ces prochaines années et qui pourra sans doute dessiner dans tous les styles tant sa technique paraît solide.

Je suis vraiment content pour les auteurs et l’éditeur de parvenir à publier un premier album si costaud et qui pourra sans difficulté lancer une carrière à suivre.

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BD·Mercredi BD

Les aigles de Rome

BD d’Enrico Marini
Dargaud (2007-2016), 5 tomes parus.

couv_68233Pour sa première série solo (dont le premier tome remonte à dix ans maintenant!), le grand Enrico Marini, toujours féru d’histoire, à mis la barre haut, voir très haut. Si l’on connaît son talent graphique depuis longtemps, l’aventure scénaristique était risquée: nombre de dessinateurs s’y sont cassé les dents, le travail de documentation historique est considérable tant visuellement que scénaristiquement ; enfin et surtout, la série a vu le jour alors que la grande série sur l’antiquité romaine, Murena avait déjà achevé son premier cycle et jouissait d’une renommée très grande notamment pour son sérieux historique. J’avais commencé la série et abandonné dès le premier tome, peu accroché par ce qui me semblait une intrigue cliché entre deux vrais-faux frères, dans un contexte historique déjà vu. Mal m’en a pris, Les Aigles de Rome tient très fièrement la comparaison avec Murena en assumant son identité propre.

Sur le plan matériel nous avons une pagination classique mais une intrigue très dense pourrait faire croire à des albums de 80 pages… Un court résumé des précédents tomes est inséré en début d’album et un glossaire des termes latins à la fin. L’intérieur de couverture comporte une très belle et très utile carte de l’Empire indiquant notamment les noms et localisations des nombreux peuples germains qui sont au cœur de l’intrigue. Tout bon donc côté fabrication éditoriale, si ce n’étaient les couvertures qui sont comme souvent chez Marini très peu inspirées et peu alléchantes. Vraiment dommage lorsque l’on compare à la qualité des dessins intérieurs qui sont d’un niveau rarement atteint par l’illustrateur italien.

Alors que la République touche à sa fin, un général romain se retrouve chargé d’élever son fils et le fils d’un chef germain emmené en « otage » comme signe de soumission à Rome. Alors que les deux fiers adolescents grandissent dans la culture romaine, ils vont se retrouver confrontés à leurs ambitions respectives mais surtout à leur identité de romains mais aussi des peuples conquis. Au travers de cette querelle de  deux frères ce sont les prémices de la bataille de Teutobourg qui nous sont relatés, qui vit la plus grande défaite des légions romaines et l’arrêt quasi définitif de l’expansion de l’Empire en Europe.

Marini - Les Aigles de Rome - Tomes 1 à 3Les Aigles de Rome a été une vraie surprise pour moi. J’aime l’Histoire, je lis Marini depuis le premier Gipsy (et j’ai d’ailleurs fait une rétro sur la série), j’ai adoré la série TV Rome qui a permis ce genre de traitement réaliste dans les fictions… et pourtant quelque chose ne collait pas. Je me suis donc trompé et je considère désormais cette série comme l’une des meilleures productions du dessinateur, d’une maturité qu’aucune de ses autres séries (à part peut-être L’étoile du désert) ne possède!

D’abord le sérieux de la reconstruction donc, et sur ce point la comparaison est tout à fait pertinente avec Murena: dans les deux cas, un personnage historique (Arminius chez Marini, Néron chez Dufaux/Delaby) et son alter-ego fictif se croisent en amitié/concurrence. Murena prend la grande Histoire, Les aigles de Rome a l’intelligence de recentrer sur un événement précis et une série courte, ce qui évite de diluer l’intrigue sur de très nombreux volumes (Murena en est à 10 et ça commence à faire beaucoup…). Choix pertinent tant la quantité d’informations (termes latins, détails de la hiérarchie romaine ou des coutumes sociales, etc) est important, de même que les personnages dont nombreux sont dotés d’un vrai travail de caractérisation.

Résultat de recherche d'images pour "marini aigles de rome"Ces personnages que je craignais très archétypaux lors de ma première tentative s’avèrent assez complexes et dotés de motivations cohérentes ; hormis Varus aucun n’est un gros méchant né pour être méchant, à l’inverse, le héros Marcus nous change du héros parfait à la Scorpion: ténébreux, impulsif mais aimant, il accumule les boulettes tout en étant d’un courage et d’une force exemplaires. Un héros faillible, contrairement à son frère Arminius, que rien ne semble pouvoir faire échouer alors qu’il se transforme progressivement en vrai antagoniste de Marcus. Tout au long de l’histoire on ne sait qui est réellement le héros de Marini, celui de la petite histoire familiale ou celui qui marquera l’Histoire de son nom…

Sur le plan graphique, si l’on a l’habitude de l’excellence, on atteint ici des sommets de reconstitution, que ce soit sur les costumes ou de multiples détails de décors militaires ou des intérieurs. Sachant tout dessiner, Marini est en outre un coloriste hors paire créant des atmosphères variées et évocatrice. Des visages des personnages aux paysage, tout est fin, subtile, précis et beau. Grande maîtrise des cadrages avec des plans dynamiques alors qu’il n’utilise pourtant aucune ligne de mouvement. Les séquences de bataille sont elles aussi impressionnantes de lisibilité et de style. Il est vraiment très fort! Alors il y a bien sur quelques tics graphiques comme les méchants qui sont souvent chauves, pâles et édentés ou la Germanie toujours couverte de brume et constellée d’arbres morts… Mais cela permet aussi une proximité avec le lecteur, une lisibilité qui n’est pas grossière non plus. Sur le plan documentaire comme sur le plan graphique, Les aigles de Rome peut assumer son statut de grande BD d’aventure historique, que personnellement je préfère donc à Murena.

Résultat de recherche d'images pour "marini aigles de rome"Les BD de Marini se bonifient avec l’âge et le bonhomme prends des risques en changeant d’univers: après le volume 2 de son Batman il enchaîne avec un nouvel épisode du Scorpion (la série s’approche de la fin) et travaille actuellement sur un one-shot en mode roman noir. De quoi saliver…

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

 

BD·Documentaire

Le docu du week-end #4

Le Docu du Week-End

Les larmes du seigneur afghan
BD de Pascale Bourgaux, Vincent Zabus et Thomas Campi
Dupuis/Air ibre (2014), 80p.

9782800158464-couv-m800x1600En 2012 la grand-reporter belge Pascale Bourgaux sort son documentaire sur un seigneur de guerre afghan, compagnon d’arme du commandant Massoud et baron local du nord de l’Afghanistan. Tournant depuis dix ans dans ce territoire, la journaliste a connu les évolutions de la situation depuis l’intervention américaine de 2001. Le documentaire témoigne de la nouvelle situation tragique qui voit une population désabusée et prête à rendre les rennes aux Talibans pour peu qu’ils garantissent la sécurité et l’éducation… En 2014 sort la BD du même titre: il s’agit d’une sorte de making-of, de transposition illustrée (certains plans sont repris du film), en bref ce qu’on appelle une adaptation.

Les occidentaux, vous êtes obsédés par la Burqa! Si cela pouvait être le seul problème des afghanes je serais ravie, Pascale.

Résultat de recherche d'images pour "les larmes du seigneur afghan bd"Il est probable que peu de personnes aient vu le film (diffusé une fois sur canal+) et la BD est l’occasion de s’immerger dans ce formidable récit, d’en ressentir la tension. Elle permet aussi de voir l’envers du décors. Les réactions de la journaliste quand elle craque, ses interrogations, les images tournées mais non retenues ou les séquences intégrales avant montage qui nous donnent à voir des discussions qui n’étaient pas montrables. Bien sur, il y a toujours une part de fiction (dans un film comme dans une BD) mais le projet d’adaptation, outre de très belles illustrations (et quelles couleurs!) est vraiment pertinent et donne à lire une œuvre à part entière. Je trouve simplement regrettable qu’aucune information ne soit donnée sur l’origine du projet, sur le film, sur l’auteur. Plus que toute autre BD, une BD-docu nécessite à mon sens un avant propos et des annexes permettant d’élargir son périmètre, de mieux appréhender ce que l’on vient de lire et de faire la part des choses entre le réel et le récit. L’album y perd beaucoup, en se terminant brutalement sur une page blanche de garde, c’est dommage.

Résultat de recherche d'images pour "les larmes du seigneur afghan bd"Après une entrée en matière classique qui m’a fait craindre un énième reportage illustré, j’ai été surpris par le stress ressenti dès lors que les personnages commencent leur voyage vers la région tribale de Mamour Hassan (le chef). Sans le son d’un reportage vidéo, sans le réel des images, le seul contexte rappelé, les dialogues des personnages, nous font ressentir à la fois l’urgence, le danger permanent et le fait d’être au bord du monde que l’on connaît. L’écart de culture, même chez cet ami puissant, respecté, adversaire radical des talibans, fait que l’incident peut survenir à tout moment. Un geste, une phrase déplacée peut jeter la honte sur un sage observé de tous, le contraindre par honneur à des gestes, des décisions qu’il ne souhaite pas et qui fragilisent l’équilibre entre la guerre civile et le retour à la civilisation de ce pays.

Le chauffeur était prêt à nous trahir. Mais quand il réalise que le prix de cette trahison risque d’être plus élevé que prévu il renonce.

Sans appuyer, par le seul témoignage, l’on a le sentiment de comprendre la réalité du pays de 2014: un pays rural, pauvre, peuplé de personnes pour qui la seule éducation est celle des mollah. Là le rôle du seigneur de guerre Mamour Hassan devient plus fondamental encore que celui du gouvernement central: c’est lui qui construit les écoles, qui nomme les instituteurs. Des instituteurs qui ont pour partie basculé dans le camp des talibans alors qu’ils sont fonctionnaires de l’Etat… Car l’Etat est Mamour Hasan dans cette province reculée. Résultat de recherche d'images pour "les larmes du seigneur afghan bd"Les Talibans sont déjà dans les têtes de populations qui ne voient pas arriver les milliards de l’aide occidentale, détournée par la corruption de Kaboul. Une population qui vit depuis des décennies dans une version  obscurantiste de l’Islam. Et seule l’autorité morale de Hasan maintient sa ville sur le chemin des Lumières. Dans cet environnement insidieux, caché, collaborationniste, la journaliste occidentale n’est acceptée que par-ce qu’elle est l’invitée du chef. Elle et son cameraman savent qu’à l’instant où le chef est parti ils sont en danger de mort.

Les larmes du seigneur Afghan est une BD très forte pour qui s’intéresse à l’actualité, au difficile sujet de la cohabitation entre deux cultures, l’Islam et l’Occident, à un pays probablement unique dans l’histoire du monde. Un pays qui cristallise depuis si longtemps les soubresauts du monde et dans lequel des habitants ne demandent qu’à sortir des projecteurs.

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Cinéma·La trouvaille du vendredi·Rétro

La Trouvaille du vendredi #9

La trouvaille+joaquim
 Last exile/Skyland

La thématique aérienne tombée par hasard sur cette semaine (lundi et mercredi) me donne envie de vous parler de deux Anime, l’un français et l’autre japonais. Deux perles de l’animation qui ont quelques années maintenant et qui ont l’immense mérite de plaire autant aux jeunes qu’aux adultes tant la qualité des scénarios, d’écritures mais bien évidemment aussi le graphisme sont parmi les plus élevés que j’ai vus dans une série d’animation.

 

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Last Exile date de 2003 et est issu du prolifique studio Gonzo, spécialisé dans l’introduction d’animation 3D dans des dessins animés (technique aujourd’hui répandue grâce au « cell shading », technique qui permet d’appliquer des textures de dessin animé sur des formes 3D: on gagne en fluidité, souvent sur des objets mécaniques ou des décors, tout en gardant une cohérence graphique du dessin animé). Une suite (« Silver wings« ) a vu le jour en 2011 et hausse la qualité encore plus haut grâce à une évolution technique logique (dix ans d’écart) mais surtout par un univers et un scénario bien plus travaillés.

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Le pitch est simple: dans un monde où les nations sont en guerre au travers de combats aériens chevaleresques dont tout le monde a oublié l’origine, un  jeune pilote de « vanship » (sortes de motos aériennes) et sa sœur partent à la recherche de l’Exile, mythique navire perdu qui pourrait mettre fin à tous les conflits…

Doté d’une direction artistique et d’une fluidité d’animation très au-dessus de la moyenne des anime de l’époque (et même d’aujourd’hui…), Last Exile parle aux enfants au travers du destin de ces deux orphelins et plus encore dans la seconde saison avec la famille de pirates qui tourne autour de l’héroïne et du thème de l’amitié, central dans Last Exile – Silver wings. Mais personnellement, outre le design général rétro-futuriste très appétant, c’est la dimension politique qui m’a fasciné, un peu sur la première mais Tags: Anime, Gonzo (Studio), Last Exile, Delphine Eraclea, Alex Rowe, Official Artsurtout sur la seconde saison: relativement décrochée chronologiquement de la première, elle suit les aventures d’une éternelle optimiste espiègle, Fan, super crack du pilotage et son amie d’enfance Gisé, prises avec son clan de pirates du ciel, dans une guerre de domination entre deux nations.

La réflexion (qui reprend certaines théories impérialistes napoléoniennes ou nazies de la pacification du monde par la conquête) est très intéressante et les enjeux de fidélité, de ce qui est bien et mal, des moyens pour parvenir à des buts politiques, sont passionnants et vraiment subtiles. Le méchant convainc autant par sa puissance que par ses paroles et personne n’est en mesure de contester ses objectifs finaux de paix universelle… L’esthétique générale est d’une innovation et d’une délicatesse folle (les textes sont écrits dans un alphabet empruntant au grec ancien) et les épisodes font tous référence à des coups d’échec. Ce sont des détails mais qui illustrent l’ambition de cohérence des auteurs.Résultat de recherche d'images pour "gonzo last exile"

Le côté fantastique est plus présent dans la première saison avec la Guilde, sortes d’elfes aux capacités physiques et technologiques beaucoup plus importantes que les humains et qui régit les affrontements comme arbitre des guerres. Beaucoup de choses sont laissées dans une semi-explication dans Last Exile, mais la qualité des personnages, l’originalité totale de l’univers en font une série à voir véritablement, si possible avec vos enfants, à partir de 8 ans (attention, un épisode un peu sanglant sur la fin de la première saison).

 

 

Skyland est due à un studio d’animation éphémère qui a produit cette série et le très bon film Renaissance avant de fermer boutique.

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La série créée par Emmanuel Gorinstein, emprunte énormément à l’univers Star Wars et à la thématique d’Akira (les enfants mutants) mais parvient à créer un univers graphique innovant grâce à cette terre éclatée en milliers de « blocs » permettant de détailler une multitude d’ambiances et thématiques.

 

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Mahad et Léna sont deux adolescents rebelles qui rejoignent un équipage de pirates-rebelles qui contestent l’autorité dictatoriale de la Sphère sur le Skyland. Léna est dotée de pouvoirs mentaux puissants et Mahad est un pilote hors paire. Ils vont partir à la recherche de leur mère emprisonnée dans la forteresse de Karzem et combattre le redoutable Ocelot…

La particularité de cette série (comme beaucoup d’animation TV de nos jours) est d’être intégralement en 3D avec capture de mouvement. Le studio à l’origine était spécialisé dans le jeu vidéo et a utilisé ses technologies pour créer des histoires. Ainsi le « cell shading » est encore plus appuyé que sur Skyland. Le principal défaut est sur les visages, non « capturés »… Si l’animation des personnages est excellente, les expressions sont ainsi un peu figées et on perd la liberté que propose l’animation traditionnelle comme sur Last Exile. En revanche le moteur 3D utilisé permet une gestion des ombres très esthétique. Avec des moyens limités d’une production TV on arrive à une fluidité et un dynamisme que seule permet l’animation par ordinateur.

Image associéeC’est bien l’univers créé qui fait la force de cette série française. La qualité des décors et la transposition d’une culture et d’un imaginaire français (le navire des pirates du ciel s’appelle Saint-Nazaire et l’un des épisodes voit les héros dans un Paris détruit par exemple) montrent que l’on sait proposer des créations universelles non américanisées ou japonisées. La référence appuyée aux Jedi et à Star Wars pourra en lasser certains mais c’est tellement assumé que l’on pourra plutôt parler de réinterprétation. Surtout, le design général des personnages, vaisseaux et surtout les décors, sont vraiment de très bon gout. Quand on prend de bonnes références on ne peut que produire du bon! Et si l’on compare justement cette série aux séries Star Wars animées en 3D, on est ici franchement au dessus sur tout les plans.

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Ces des séries ayant passé la furie de l’actualité, on peut les trouver dans de très beaux et complets coffrets collector pour vraiment pas cher (environ 16€ pour chaque coffret). Une bonne occasion de se faire plaisir en découvrant des séries de très grande qualité.

 

 

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