Comics·Nouveau !·Numérique

Lazarus #7

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Comic de Greg Rucka et Michael Lark
Glénat (2020) – Image (2019), 132 p., série en cours.

badge numeriqueLe précédent volume commence à remonter puisque ma critique date d’un an et demi… Je n’ai pas lu le tome noté « 6 » chez Glénat, qui reprenait des épisodes spin-off apparemment peu intéressants. L’intrigue reprend donc bien au tome « 7 ». A noter que le nouveau cycle est sous-titré « Risen » chez l’éditeur original Image, Glénat ayant choisi de maintenir une continuité de tomaison. Espérons que cela n’oblige pas dans quelques volumes à une révision de la maquette sur les réeditions…

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Alors que la guerre des familles s’intensifie Forever noue un pacte avec sa sœur pour enfin rencontrer son clone. La défaite contre le Dragon a marqué les esprits et les alliances se font et se défont dans un monde sur le point de basculer…

Est-ce le fait d’avoir attendu un temps inhabituel entre le précédent opus et celui-ci? Le fait est que cette reprise, si elle est plus que jamais marquée du sceau de l’action (entre intervention commando hyper-technologique et affrontement primaire entre lazares), semble patiner un peu dans la résolution de l’affrontement géopolitique. Le nouveau contexte marqué par un réequilibrage interne à la famille est désormais connu mais les aller-retours géographiques avec des informations temporelles assez absentes pour le lecteur ne facilitent pas la compréhension. Une carte des noms des clans en début d’album aiderait grandement à contextualiser de qui on parle car dans ces discussions stratégiques on est un peu perdu. De même, le changement de coiffure de Forever rend parfois compliquée la lecture des actions entre des soldats tous harnachés de combinaisons de storm-troopers. Le style de Michael Lark peut diviser, personnellement j’ai du mal depuis le début de la série, ce qui ne m’empêche pas de’apprécier l’excellent scénario, très sombre, froid et psychologique de Greg Rucka. Hormis cela on assiste à des assassinats violents, à l’apparition de la matriarche Carlyle, au retour du Dragon et aux incidences de la guerre sur les populations civiles.

On attend toujours la série Amazon qui devrait propulser encore plus haut cette série dans la popularité geek et il faut reconnaître une solidité indéniable dans la progression dramatique (un peu lente….?) et des personnages forts. L’univers de Lazarus est noir, très très noir. Gageons que cette « résurrection » soit un chemin vers la lumière.

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****·Comics·Nouveau !

Black Hand & Iron Head #1

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Premier tome de 168 pages en format à l’italienne, écrites et dessinées par David Lopez, parution le 25 octobre 2019 aux éditions Urban Comics.

Sister Act(ion)

Alexia est une impétueuse jeune femme sur laquelle beaucoup d’espoirs sont placés. En effet, son père, le célèbre Iron-Head, est parvenu à mettre fin aux incessantes guerres entre super-héros et super-vilains grâce à sa Fondation, et canalise désormais les pulsions violentes de ces êtres surhumains par le biais de combats en cage retranscrits à la télévision, à mi-chemin entre les personnalités extravagantes du catch et la brutalité du MMA.

Le rôle d’Alexia dans tout ceci est très simple: reprendre le flambeau de son père à la tête de la Fondation, afin de maintenir la paix tout en entretenant le mythe d’un âge d’or des super-héros. Cependant, la jeune femme rêve d’autre chose, elle brûle de se jeter dans le feu de l’action pour réparer les injustices qui demeurent partout autour d’elle. Mais son père ne l’entend pas de cette oreille. Vieillissant, il compte bien prendre sa retraite après avoir confié les rênes à sa fille unique.

Après son décès soudain, Alexia, souhaitant respecter les dernières volontés de son père, va se retrouver propulsée à la tête de la Fondation. Mais elle découvrira durant les obsèques que son paternel cachait bien des secrets !

Je suis ta sœur !

Alors que les obsèques suivent leur cours, une jeune femme vindicative fait irruption dans la salle, clamant qu’elle est la fille illégitime…d’Iron Head ! Plus choquant encore, la jeune femme clame également être la fille de Black Hand, l’ennemie jurée d’Iron Head !

Ces révélations, corroborées par l’entourage d’Alexia, vont jeter une ombre sur cette figure paternelle bienveillante. Si Iron Head a menti quant à l’existence de sa propre fille, qu’a-t-il pu cacher d’autre sur sa vie et son accession au pouvoir ?

Alexia, déterminée marcher dans les traces de son père, devra d’abord déterrer ses secrets, tout en apprivoisant sa nouvelle sœur. Sacré programme !

Héritages et successions

Black Hand & Iron Head traite bien évidemment du thème de la transmission intergénérationnelle, de la façon que nous avons de nous conformer -ou pas- aux diktats familiaux et aux cases dans lesquelles les figures parentales veulent parfois faire entrer l’individu.

La famille est donc le paradigme utilisé par David Lopez pour développer son récit, durant lequel on prend plaisir à voir ces deux sœurs que tout oppose, apprendre à se connaître et se refléter en opposition à leur père.

Ce comics pourrait s’inscrire dans la même veine que Jupiter’s Legacy de Mark Millar, principalement par les thématiques abordées, l’ambiance du récit mais aussi par la disruption qu’il opère sur le compas moral habituellement attribué aux histoires de super-héros.

En outre, David Lopez nous offre un très beau comics au format à l’italienne, dans lequel il déploie tout le talent qu’il avait déjà mis au service des Big Two, durant une carrière étonnamment fournie.

 

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Red Sun #2

BD du mercredi
BD de Stéphane Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2020), 54 p., volume 2/2.

bsic journalism Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Le financement de ce second tome a été fait suite à une campagne Ulule visant a amortir une partie des coûts, pour ce jeune éditeur qu’est Kamiti. 177 contributeurs ont participé à cette campagne à hauteur de 300% des 4000€ mis comme premier objectif sur les 25.000€ nécessaires au lancement de l’album. Quatre éditions de l’album ont été éditées. L’album du commerce comprend une reproduction d’ex-libris et une double page d’illustrations en plus de la BD. Contrairement au premier tome l’intérieur de couverture est illustré par un paysage spatial. Je profite de ce descriptif pour m’étonner et déplorer le gros problème de relecture, déjà constaté sur le premier volume et malheureusement non corrigé ici, entraînant un nombre de coquilles anormal. Vraiment dommage pour un éditeur qui doit faire ses preuves de professionnalisme auprès des lecteurs…

couv_396090L’inhibiteur de violence a été vaincu! L’humanité a repris son destin en main avec à sa tête Cass, qui ne s’est toujours pas remise de la perte de son frère. Alors que la guerre de reconquête dans le système Trappist fait rage, les choix binaires de vengeance sont remis en question par des avis divergents au sein de la rébellion mais aussi parmi le Conclave des Nations aliens dont un émissaire s’apprête à rendre visite au commandant suprême des forces humaines…

Le premier album avait été une très agréable surprise. Cette conclusion marque une rupture assez nette avec ce dernier dans un étonnant scénario assez ambitieux et construit donc en deux parties qui abordent des questions tout à fait différentes. Le style même est autre puisque après avoir parcouru les couloirs des stations spatiales des mineurs et assisté au conflit entre le frère et la sœur, on bascule ici en plein cœur d’une guerre spatiale où seule l’extinction totale d’une des deux parties semble un aboutissement possible. Alternant les séquences de dogfights et de bombardements d’aliens étonnamment faibles et les discussions stratégiques musclées entre Cass et son Etat-Major, l’album se lit agréablement en provoquant d’intéressantes réflexions sur la destinée de la guerre et le concept de libre-arbitre. Car le sujet de la série est bien celle du choix et des compromis nécessaires pour vivre en communauté. Si le trouble jeu des aliens reste camouflé jusqu’à une conclusion plutôt réussie (ce qui n’est pas toujours le cas dans le genre SF), assez tôt l’héroïne dont la solitude est palpable se retrouve confrontée à la contestation de ses hommes, des premiers Dots, mais aussi en conflit intérieur. La discussion sur l’idée de chef suprême avec l’ambassadeur alien est à ce titre tout à fait passionnante avec en filigrane l’argument défendu par Cass que les humains ont besoin d’un chef autoritaire et tout puissant. A l’heure où les nations semblent remettre en question les vertus de la démocratie cette BD a le gros intérêt de nous interroger mine de rien sur un choix majeur des sociétés humaines. Désormais scénariste chevronné, Stephane Louis montre sa très bonne maîtrise des structures scénaristiques pour proposer une lecture fluide.

Graphiquement l’ouvrage est un peu plus exigeant que le précédent avec moultes vaisseaux en mouvement qui pointent les quelques faiblesses techniques d’Alessandra de Bernardis en matière de perspective.  Du coup les séquences les plus réussies sont bien les débats politiques avec des personnages (et des visages) toujours aussi expressifs. Heureusement l’excellent design général des technologies humaines et aliens et le très bon découpage compensent une légère redondance des séquences de bataille spatiale qui manquent un peu d’antagonisme.Alex De Bernardis - Red Sun 2 cover and splash pages

Avec cette conclusion réussie, Red Sun confirme les qualités d’un projet qui a su éviter l’essoufflement d’une longue série et tire remarquablement parti de la structure binaire en se focalisant sur les problématiques politiques de l’émancipation humaine. Nombres de séries BD et de saga SF oublient de poser des problématiques intéressantes en cachant ce vide sous de beaux plans spatiaux. Cela peut suffire. Ici un scénariste intelligent s’associe à une dessinatrice débutante mais talentueuse pour proposer une série spatiale qui a su trouver un axe réflexif dans un genre pourtant très balisé. Une réussite.

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***·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Space brothers #1

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Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits).

Attention, avec l’annonce du déconfinement plusieurs éditeurs ont stoppé leur opération lecture gratuite. D’autres continuent au moins jusque fin mai. Si vous avez déjà ouvert un des albums proposés il se peut que la lecture soit toujours possible dans votre navigateur.


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Manga de Chuya Koyama
Pika(2013-), série en cours,20/37 vol. parus en France.

badge numeriquePour être franc en commençant cet album j’avais confondu avec le pavé Planètes et croyais donc m’attaquer à un manga achevé (j’évite systématiquement de commencer des grosses séries manga non achevées)… Cela obère la probabilité que je continue sur le long terme, pour autant j’ai pris un très grand plaisir à lire cette introduction particulièrement prenante sur un sujet que je n’attendais pas. Deux frères se sont promis de devenir astronautes… quelques années plus tard l’un d’eux a accompli son rêve et est en partance pour la Lune avec une équipe américaine. L’autre est ingénieur au chômage. Bousculé dans son honneur il est poussé à s’inscrire les tests d’intégration de l’agence spatiale japonaise…

Doté de dessins correctes mais loin d’être virtuoses, d’un sujet qui peut paraître banal, ce manga a pour première qualité l’intelligence de sa construction et de ses dialogues. Sur ce volume on entre assez vite dans le vif du sujet en suivant les différentes épreuves d’accession à l’Agence. Entre des qualités que l’on n’a pas le temps de connaître et un supposé piston lié à la stature de son illustre frère, le héros passe étape après étape en rencontrant ceux que l’on imagine faire partie de sa future formation. Happé de la première à la dernière page on prends fait et cause pour cet aîné qui n’a pas confiance en lui et tiré par un rêve commun. C’est drôle, touchant et donne très envie d’enchaîner les volumes de cette très belle histoire!

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****·BD·Comics·East & West

Black Hammer

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Black Hammer est une série écrite par Jeff Lemire et dessinée par Dean Ormston, parue aux US dès 2017 chez Dark Horse. La publication française est assurée par Urban Comics, avec un premier tome paru le 28/10/2017, un second tome paru le 13/04/2018, et un troisième tome paru le 05/07/2019.

Champions Oubliés

Notre histoire débute dans une ferme typique américaine, habitée par une famille quelque peu dysfonctionnelle mais que l’on sent unie par des liens profonds, plus profonds sans doute que les liens de sang.

Abe, le patriarche de ce singulier aréopage, s’échine à faire tourner son exploitation tout en portant à bout de bras sa tribu de marginaux excentriques. Toutefois dire que les apparences sont trompeuses serait ici un monumental euphémisme. En effet, Abe, Gail, Mark et les autres ne sont pas de simples citoyens, mais des êtres surhumains, des super-héros, qui, en pensant se sacrifier pour sauver la Terre du sinistre Anti-Dieu, ont finalement échoué dans cette banale bourgade américaine. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient pas prisonniers de cette petite ville, incapables d’en quitter le périmètre sous peine de disparaitre, à l’instar de leur leader Black Hammer , qui tenta dès le premier jour de rentrer chez lui et en fit les frais, laissant son éponyme marteau derrière lui.

Les héros désemparés ont donc passé 10 ans dans cet univers, cachant leurs véritables identités au reste des habitants, gérant ou fuyant leurs problèmes, selon leur caractère. Mais, alors que certains d’entre eux, tel Abe, voient dans cet exil forcé une chance de vivre une vie normale, d’autres, comme Gail, piégée dans le corps enfantin de son alter-égo, ne rêvent que de s’échapper pour retrouver le sel de leur ancienne existence.

Héros déconstruits

Dès les premières pages de Black Hammer, le lecteur accoutumé aux comics percevra les références assumées par l’auteur Jeff Lemire. Abe, le vieux combattant, est un hommage à Captain America et aux héros du Golden Age des comics. Barbalien est sans aucun doute un ersatz du Martian Manhunter de DC Comics, tandis que Golden Gail nous rappelle Shazam. Le Colonel Weird serait alors un Adam Strange sous acide. Black Hammer, quant à lui, serait un amalgame en Thor et Superman, sans oublier des références aux New Gods de DC.

Le reste de l’histoire se construira autour d’un enjeu principal: celui pour les héros de rentrer chez eux, dans leur monde d’origine. Alors que ces derniers luttent face à la normalité et à leurs propres démons, sur Terre, Lucy, la fille de Black Hammer, mène sa propre enquête pour ramener son père, et se faisant, se rapproche de la vérité.

Au fil des tomes, on se prend d’amitié pour ces héros désabusés, ces êtres extraordinaires contraints de revêtir un masque par-dessus le masque, exilés après un brave sacrifice. Plus que l’enquête de Lucy et les mystères de Mme Dragonfly, ce sont les liens et les tourments des personnages principaux qui font l’intérêt de cette série.

Le tome 3 est certes un peu plus orienté vers l’action et tend vers la résolution de l’intrigue grâce à quelques révélations, mais le tout reste cohérent et centré sur les personnages.

S’agissant de la partie graphique, Dean Ormston paraît être l’architecte idéal pour cette univers à la fois étrange et familier, livrant un dessin qui sort des carcans du comics pour embrasser des univers et des références plus variés.

Black Hammer a reçu un Eisner Award de la meilleure nouvelle série en 2017, et cette récompense n’est absolument pas usurpée !

***·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Moriarty #1

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Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi
Kana (2018-), série en cours, 6 vol./11 parus en France.

badge numeriqueLes personnages et l’univers de Sherlock Holmes font parti des plus attrayants, surtout pour toutes les variations autour du canon qui fleurissent dans les imaginations des auteurs. Moriarty est l’un des plus charismatiques et mystérieux méchants de l’imaginaire collectif… il n’en fallait pas plus pour me donner envie de tester cette série qui propose d’aborder l’enfance et l’ascension de l’ennemi du locataire du 221b Baker Street… au travers du prisme des classes sociales dans l’Angleterre victorienne. Sujet ô combien omniprésent dans la culture manga, comme un rappel à l’histoire et la société si particulières de l’archipel, j’ai parfois l’impression que tous les mangas que je lis abordent cette question de façon assez frontale (par exemple Innocent, Les héros de la galaxie, Green blood,…)!

Moriarty T1 - Par Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi - (...) - ActuaBDCe premier tome aux dessins très soignés et agréables (même si on peut les trouver un peu formatés « Anime ») décrit ainsi comment une fratrie d’orphelins se retrouve à la tête d’une famille noble, l’un d’eux utilisant sa grande intelligence et son absence de tabou pour se dresser en justicier d’une société pétrie d’injustice et de conservatismes quasi féodaux. Je reconnais que j’ai eu un peu de mal à distinguer certains personnages au début mais progressivement, à mesure que l’histoire se structure on trouve nos repères et suivons avec grand plaisir ces prémisses d’une vie de crime. Outre le fait d’aborder ainsi de front un sujet très sérieux et historique, le manga postule dès la première page (qui nous montre Moriarty et Sherlock aux chutes de Reichenbach, là ou le détective est supposé avoir trouvé la mort) une inversion des rôles, Moriarty ayant été le véritable justicier contre un enquêteur qui n’aurait fait que défendre l’ordre établi… Idée passionnante. Je ne sais à ce stade si le projet des auteurs est de confronter leur héros à Sherlock Holmes mais pour un démarrage l’album fait du très bon travail et donne envie de continuer la découverte.

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*****·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Thorgal: le cycle du pays Qâ

La trouvaille+joaquim

 

 

 

 

BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (1986-1988), cycle de 4 volumes.
Edité en intégrale au Lombard (épuisé) et dans le second volume de l’intégrale nb chez Niffle.

Second billet sur cette série hors norme qui ne vieillit pas, cette Trouvaille porte sur le troisième cycle de la série, un cycle majeur de Thorgal et sans doute l’un des cycles les plus réussis de l’histoire de la BD franco-belge, tout simplement! Correspondant aux années les plus fastes de Jean Van Hamme (celle des cinq premiers XIII, du Chninkel,…), certains considèrent que les auteurs auraient pu stopper les aventures de l’enfant des étoiles à ce stade…

Rentré sur son île en compagnie de ses nouveaux amis, Tjall le fougueux et Argun pied d’arbre, Thorgal ne peut se poser longtemps puisque la redoutable Kriss de Valnor surgit pour lui annoncer la terrible nouvelle: elle a fait enlever son fils et Pied d’arbre! S’il veut les retrouver vivants il va devoir l’accompagner dans une mission périlleuse, au-delà de la grande eau, au pays Qâ dirigé par le sanguinaire Ogotaï, qui serait dit-on, doté de pouvoirs divins… C’est un voyage vers ses origines qu’entreprend alors Thorgal en compagnie d’Aaricia, de Tjall… et de Kriss.

Thorgal - Les Yeux de Tanatloc par Grzegorz Rosinski, Jean Van ...Le cycle du Pays Qâ commence réellement avec le one-shot Les Archers, considéré par beaucoup comme le meilleur album de Thorgal, notamment par-ce qu’il s’agit de celui où apparaît le personnage mythique de Kriss de Valnor. Cette méchante deviendra intime de Thorgal dans le cycle de Shaïgan (moins réussi) avant de donner naissance à une série dérivée quand l’éditeur a lancé (pour des raisons bien commerciales…) le principe des Mondes de Thorgal, différentes séries traitant de la jeunesse de personnages importants. Bien que ce ne soit pas indispensable, il peut être intéressant de lire avant L’enfant des étoiles, série d’histoires courtes dont une raconte la genèse du héros.

La richesse du cycle du Pays Qâ repose sur trois éléments: l’exotisme de voir transposé Thorgal sur plusieurs albums dans un univers totalement différent (cela n’a plus jamais été le cas malgré les espoirs déçus d’aventures orientales sur le dernier cycle, de Ka-Aniel), l’importance relationnelle entre des protagonistes très riches, enfin le rattachement avec l’origine du personnage et cet aspect SF subtile et tellement original dans cette série. La très grande intelligence de Jean Van Hamme a toujours été de laisser dans l’ombre cette dimension pourtant annoncée dès le premier diptyque. Thorgal reste pourtant une série de fantasy et d’aventure. En faisant grandir la famille de Thorgal les auteurs ont créé un lien puissant avec le lectorat. Je n’ai pas souvenir d’un autre héros dont la famille est si présente et où les membres évoluent, vieillissent, jusqu’à pouvoir consacrer des albums entiers sans qu’apparaisse le héros.

Thorgal - Tome 10 - Le Pays Qâ - Grzegorz Rosinski, Jean Van Hamme ...La structure du cycle est ici en deux parties qui se répondent très intelligemment: d’un côté la mission dangereuse qui envoie Thorgal voler le casque du Dieu vivant sanguinaire, de l’autre son fils va rencontrer Tanatloc, un autre Dieu protecteur du dernier peuple résistant à la folie d’Ogotaï. Alors que la vipère Kriss tisse sa toile, bien entendu amoureuse du héros, Thorgal comprend vite que cette mission est plus intime qu’il ne le croyait. Du côté de Jolan (a qui les auteurs ont sans doute prévu très tôt une destinée particulière à en croire les albums Alinoë et Brek Zarith) c’est le passage de l’enfance, de la toute puissance (symbolisée par son pouvoir hérité du peuple des étoiles), à celle d’une meilleure compréhension de son environnement, qui est relaté dans cette histoire. Lié de loin à son père, jusqu’à le sauver, il est tiraillé entre des passions antagonistes, manipulé par les Xinjin alors que Pied d’arbre, occupé à batifoler en oublie de le protéger…

Thorgal – La cité du dieu perdu : 40 ans de mythe ! | NouvellesduglobeComme toujours dans cette série, ce sont les aspects dramatiques, tragiques (ici en plaçant les schémas grecs œdipiens) qui font monter la tension et l’attention du lecteur. La fascination pour ces vaisseaux volants, pour cette cité sanglante sortie des marécages, ne sont que des amuse-bouche vers une confrontation entre l’homme et le dieu. Celui qui sera amené tout au long de sa carrière de héros à côtoyer et courroucer les Ases n’affrontera en réalité qu’un faux dieu. Thorgal aura démis nombre de tyrans mais jamais avec une dimension symbolique si forte. Usant d’un découpage subtile, millimétré, Van Hamme ose naviguer à travers les distances et les ellipses temporelles sans jamais nous perdre, au contraire en renforçant la puissance de son récit.

Thorgal - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comGraphiquement Rosinski est à l’acme de son art. La coloration est parfois un peu datée, parfois très réussie. On se souviendra que les techniques de l’époque n’étaient pas toujours formidables et on lit sans difficulté la qualité des seuls dessins, que la récente édition n&b permettra d’apprécier de façon très confortable. Le dessinateur polonais assume la totalité de ses planches, sans attendre la couleur (qui ne donne aucune information supplémentaire), ce qui donne une qualité inégalée aux dessins. C’est d’ailleurs exactement à cette époque que sort Le grand pouvoir du Chninkel, monument absolu du 9° art. Lorsque de tels dessinateurs parviennent à sortir plusieurs albums en simultané, de cette qualité, de cette pagination, c’est qu’ils se régalent et sont en pleine maîtrise de leur art. C’est le cas sur ce cycle.

Tout est parfait dans cette aventure, jusqu’au format en cinq volumes progressifs et parfaitement équilibrés. Très rares sont les séries pouvant être relues à l’infini. Cet arc narratif est ce qu’il se fait de mieux en BD, tout simplement. Indémodable, indépassable. Parfait. De ce qui vous fait aimer passionnément la BD et remercier infiniment ces deux grands messieurs pour ces moments.

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****·BD·Nouveau !

Shi #4: Victoria

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2020), 56 p., premier cycle de 4 volumes fini.

couv_383083Simple remarque en préambule: la fameuse citation affichée en page de garde de tous les albums de la série trouve ici son explication…

Alors que les crocs du redoutable limier de l’impératrice se referment sur Jay et Kita, l’heure de gloire des Glorieux Eriés semble venue quand Victoria adoube leur projet de flotte ultra-moderne de reconquête des colonies d’Amérique. C’est sans compter sur les sans-grade, ces enfants des rues invisibles à l’Empire mais qui ont bien décidé de prendre leur destin en main, sans crainte d’affronter la force des adultes…

Ça y est, le premier cycle de cette magnifique série victorienne un peu dérangeante se termine, dans les temps et en maintenant une qualité moyenne assez élevée. Ça semble enfoncer des portes ouvertes mais tenir à la fois une ligne graphique homogène (les dessinateurs évoluent souvent entre les albums) et un scénario équilibré entre les tomes est très loin d’être évident, même pour les grosses séries grand-public d’auteurs chevronnés. Il est donc l’heure de faire un premier bilan.

Shi - Victoria, BD et tomes sur ZOOComme d’habitude je vais commencer par les deux seuls points qui peuvent faire discussion, à savoir l’aspect fantastique et le croisement entre les mésaventures de Jay et Kita et l’époque contemporaine. Ce n’est pas un détail car ces deux aspects sont selon moi deux des trois éléments scénaristiques qui rendent cette série si intéressante. L’aspect fantastique donc est a mon avis le plus discutable en ce que pour l’heure il n’apporte à peu près rien et fait porter le risque d’atténuer la touche « dikensienne » de la série. Ce qui m’a marqué sur ces quatre albums c’est cette vision ultra-réaliste, très britannique, d’une société victorienne déconstruite par Zidrou en montrant la réalité la plus sordide de cette domination du mâle blanc de la haute société, si droits, si dignes dans leurs costumes et si pitoyables une fois en robe de chambre dans le cocon opaque du foyer. Une coloration assez proche de ce que faisait Loisel il y a vingt ans, mais finalement moins sordide. Histoire de sensibilité et de graphisme sans doute. Sur cet album plus encore que sur les deux précédents le scénariste abuse de ces démons issus des tatouages sur le dos des filles et du vieux mentor en en faisant l’outil majeur de la vengeance contre le projet des glorieux Eriés. En cela il permet à Homs de nous faire plaisir avec de vastes pages très graphiques mais cela atténue la tension avec ce Deus Ex Machina pour lequel on ne nous a toujours rien dit et qui semble une grosse facilité scénaristique. C’est d’autant plus dommage que la montée en puissance des enfants des rue, comme une foule de rats inarrêtables, ainsi que le couple vengeur formé par les deux femmes suffisait à passionner avec cette idée de faibles victimes renversant l’empire britannique… Gageons que les auteurs savent où ils vont et le pourquoi de cette régulière mais brève irruption fantastique dans la série.

Sans titreÉtrangement après deux albums construits en croisement temporel avec une enquête de nos jours les deux suivants se déroulent intégralement au XIX° siècle. C’est étonnant et l’on se demande si Zidrou ne s’est pas aperçu en cours de route de la difficulté à maintenir ce croisement entre plusieurs cycles et l’attente instillée chez le lecteur. Une inversion temporelle est à prévoir pour le prochain cycle étant donnée la conclusion de ce Victoria qui sonne comme une vraie conclusion permettant une prolongation généalogique. On imagine donc un second cycle au XXI° siècle avec quelques insertions des descendants des héroïnes. Les quelques narration épistolaires vues dans les quatre albums deviennent plus systématiques à mesure qu’on approche du dénouement et structurent ce volume. C’est esthétique et intéressant même si la chute m’a parue assez brutale. Globalement, si l’intrigue de vengeance est aboutie, beaucoup de pistes lancées (comme ces scènes familiales et intimes de l’impératrice…) n’ont guère progressé, ce qui peut produire une certaine frustration… de celles qui naissent de BD talentueuses.

Sans titreGraphiquement Josep Homs continue de nous ravir, malgré des pages bien plus sombres que d’habitude mais qui lui permettent de montrer son travail de textures et de hachures. L’espagnol n’est pas seulement un très grand coloriste, ses dessins se suffisent à eux-même. Les personnages qu’il crée sont terriblement marquants et justes, entre la caricature et le réalisme. Le dessinateur est à l’aise dans tout ce qu’il dessine, de près, de loin, architecture comme corps, tissus comme nature… la véritable révélation de Shi c’est lui et sur le plan graphique c’est un sans faute total!

Le dernier tome de ce premier cycle est à la fois efficace comme conclusion d’un arc cohérent et marqué par les quelques hésitations scénaristiques d’un auteur qui semble avoir parfois du mal à ne pas mettre tout ce qu’il voudrait dans ses histoires. Je me garderais bien de critiquer, tant la richesse de ses intrigues, des personnages, du découpage ou surtout de la peinture sociale sont les marques d’un grand scénariste. Shi apparaît ainsi comme la version BD de ces grands films hollywoodiens qui parviennent à propose des histoires visuellement impressionnantes et grand-public tout en assumant une radicalité sociale et historique qui dépassent très largement le seul entertainment. Une série majeure assurément.

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****·Comics·East & West·Nouveau !

Vision: un peu moins qu’un homme, à peine mieux qu’une bête

Réédition de la mini-série Marvel Vision, écrite par Tom King et dessinée par Gabriel Hernandez Walta. Recueil de 280 pages couleur, paru le 05/02/2020 chez Panini Comics.

 

Behold…the Vision !

couv_386345La Vision est un personnage à part dans l’univers Marvel, et notamment parmi les Avengers. En effet, lors de sa création dans les pages de la série en 1968, les Avengers ne réunissaient pour l’essentiel que des personnages préexistants dans l’univers partagé, en premier lieu des têtes d’affiche telles que Hulk, Thor et Iron Man, pour ensuite accueillir des seconds couteaux comme Œil-de-Faucon, Vif-Argent et la Sorcière Rouge, tous déjà apparus en amont dans d’autres séries.

En revanche, La Vision est le premier vengeur crée spécifiquement dans le cadre de la série, dont l’existence résulte principalement de sa continuité interne. Vision est un être artificiel (un synthézoïde), une création de l’androïde Ultron, ennemi mortel des Avengers, lui-même fruit des travaux de Hank Pym, membre fondateur du groupe plus connu sous le nom d’Ant-Man, l’Homme Fourmi.

Cet acte malencontreux de Pym, sorte de pêché originel pour les plus grands protecteurs de la Terre, reviendra longtemps hanter le héros, et aura également engendré des fruits inattendus, comme la création de Vision, prêtant ainsi au comic book des aspects de dynastie tragique s’étalant sur plusieurs générations.

Vision a initialement été conçu pour détruire les Avengers au nom de son créateur, contre lequel il finira toutefois par se rebeller, usant de sa conscience pour défaire sa programmation. Puis il sera envisagé plus tard par Ultron comme un cheval de Troie, grâce à des commandes secrètes, enfouies profondément dans son intelligence artificielle au moment de sa création. Cela fait de Vision l’illustration parfaite de la lutte entre l’inné et l’acquis, le synthézoïde devant sans cesse lutter entre sa conscience et sa programmation.

Ce qui a également caractérisé La Vision au fil des années, c’est sa relation amoureuse avec la Sorcière Rouge, qui aura longtemps été un des fils rouge de la série. Au travers de cette romance et de ses dramatiques conséquences (Mariage–Impossibilité d’avoir des enfants–Folie de la Sorcière Rouge–Destruction de la Vision et Séparation des Avengers–House of M–Décimation des Mutants), les auteurs ont également exploré la thématique de l’humanité, qu’elle soit acquise, perdue ou retrouvée.

Si l’Homme est la mesure de toute chose

Après avoir purgé de son système d’exploitation les émotions liées aux souvenirs traumatiques de son passé, Vision entreprend de démarrer une nouvelle vie. Pour cela, il fonde une famille synthézoïde à son image, composée de son épouse Virginia, sa fille Viv et son fils Vin, puis part s’installer en Virginie afin de mener une vie ordinaire, et ainsi, se prouver, enfin, qu’il peut être un Homme.

Cependant, il est bien connu que les bonnes intentions à elles seules ne suffisent pas. Épiés par un voisinage inquiet de voir débarquer ces êtres étranges, les Visions ne vont pas tarder à être confrontés à une forme symbolique de racisme, dont les conséquences seront tout sauf plaisantes.

…quelle est la mesure de l’Homme ?

Tom King ne fait pas dans la demi-mesure et va pousser le protagoniste synthétique dans ses retranchements, mettant à mal sa foi en cette Humanité dont il rêve de faire Résultat de recherche d'images pour "vision king hernandez"partie depuis sa première apparition en 1968. Singulièrement bien écrit par King, Vision va s’obstiner dans sa quête de la normalité et de l’humain, lui qui finalement, pourrait aspirer à bien plus. Car ce que nous apprend cette mini-série, c’est qu’en fin de compte, être autre chose qu’un humain ne signifie pas nécessairement être moins qu’un humain.

On est d’emblée pris d’empathie pour ces personnages atypiques et attachants, et l’on vit leurs douloureuses épreuves avec eux. Certains personnages, particulièrement Virginia, l’épouse modèle conçue sur mesure afin de satisfaire les désirs d’intégration de son créateur, ont même une consistance tout à fait tragique oscillant entre le mythe de Pygmalion et la créature de Frankenstein.

Côté graphique, Hernandez pose avec maestria le décor faussement idyllique de la banlieue idéale tout en campant des personnages à la fois colorés et crédibles.

Vision, par Tom King et Gabriel Hernandez est une excellente mini-série, un must-have que Panini a eu la clairvoyance de rééditer en intégrale !

***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Nicnevin et la reine de sang

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Comic de Helen Mullane, Dom Reardon  et Lee Loughridge
Les humanos (2020), 128 p. format comic, one-shot

bsic journalismMerci aux Humanos pour cette découverte.

nicnevin_50525_zoomedVoyant régulièrement passer des « évènements » de nouveaux comics indé poussés par une communauté de lecteurs de comics toujours enthousiaste je n’avais pas fait attention à l’évènement que constitue le lancement du label H1. Explication: il s’agit ni plus ni moins qu’une nouvelle collection de comics originaux par des auteurs anglo-saxons lancée par les Humanoïdes associés et leur branche américaine. Avec un certain Mark Waid (auteur du culte Kingdom come) en chef éditorial,  l’enjeu est rien de moins que de proposer à une génération d’auteurs traumatisés par le conservatisme moral et capitalistique du Big Two une alternative européenne sans compromission avec les canons des comics, y compris super-héroïques. Je vous renvoie à la revue de la conférence de presse dont le lien est sur le billet de Dahaka  (Omni) en début de semaine. Les ouvrages sont publiés au format chapitré classique aux Humanos USA avant d’être traduits par la même maison en format album.

Lorsque la mère de Nicnevin, ado métisse très attachée à la connexion de son smartphone, annonce qu’ils partent en vacances dans la vieille maison de famille au fin fond de l’Angleterre, elle sait que les jours qui s’annoncent vont être atroces… Collée à sa musique et à ses échanges avec son ami elle est très loin des traditions locales empreintes de mysticisme et de sorcellerie. Lorsque survient un atroce meurtre rituel, ce petit univers s’anime et l’oblige à faire face à son héritage familial…

Pour Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"ma première lecture de la très qualitative collection H1 des Humanos j’ai été assez conquis par une narration très sophistiquée et réussie en alternance entre quotidien immédiat de l’héroïne et visions fantastiques subtilement agencées de manière à ce que l’on ne sache jamais si elles sont issues de l’esprit de Nicnevin ou totalement découplées. L’histoire ne réinvente rien et rappelle par moments le récent et très réussi Black Magick pour l’idée d’une sorcellerie très féminine et familiale. Le thème n’est pas nouveau mais lorsque c’est réussi cela propose une vision spécifique permettant autant de variations que d’héroïnes. Si la Rowan de Rucka et Scott est une inspectrice dans la force de l’âge et très sensible, l’apprenti-sorcière de Mullane est une ado typique très crédible dans sa contestation de l’autorité, son conflit avec sa mère et sa recherche d’un piment à sa vie… qui coïncide souvent avec la recherche romantique de l’amour.

Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"Ce qui permet de rester attaché au personnage de Nicnevin c’est l’alternance de mystérieuses séquences semi-fantastiques où la Nature semble perturbée par les forces souterraines que cherche à convoquer le meurtrier. Dans un style graphique qui me rappelle le dessin anguleux de Phil Hester sur Shipwreck, Nicnevin reste dans une ambiance sombre aux couleurs rappelant le gris du ciel anglais et une nature hivernale vaguement inquiétante. Avec un thème intéressant mais déjà très utilisé par ailleurs et un dessin efficace mais qui ne suffit pas à justifier par lui-même la lecture de l’album, c’est clairement le découpage qui fait ressortir la création d’Helen Mullane de la moyenne des comics de genre. Jouant sur une grande variété de structuration de ses pages, du gauffrier aux cases pleine largeur ou verticales, le dessinateur instille un rythme incertain qui met le lecteur dans la recherche d’indices auxquels se raccrocher en vain. Dans une ambiance lente, où le temps semble arrêté, on saisit des instants peut-être liés, peut-être lointains, qui aident à l’insertion des images d’animaux aux comportements anormaux ou d’une nature que l’on imaginerait volontiers mue par des puissances telluriques.  Comme toujours dans les récits fantastiques c’est l’économie de surnaturel et le maintien d’un mystère narratif qui fait l’ombre dans laquelle le lecteur va se plonger avec envie. Sur ces points Nicnevin est très réussi, respectant parfaitement son canva.

Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"Sur un format one-shot avec une trame classique il est compliqué de proposer quelque chose de très novateur. Ce n’est pas ce que recherchent les auteurs dont la focale porte bien sur cette adolescente au tempérament bien trempé. La couleur de sa peau (elle, sa mère et son frère sont métis) étonne dans une histoire de sorcellerie de l’Angleterre profonde qui nous a plus habitué aux vierges rouquines. Ce petit détail permet de donner une modernité à cette variation dont la principale qualité est la grande précision des textes comme du récit graphique. On peut raconter mille fois la même histoire pour peu que les auteurs aient une sensibilité originale à proposer. C’est le cas ici et cela suffit à nous attirer dans les filets de la reine de sang. Si vous aimez les polars humides et terreux de campagne, si le thème de la féminité naissante au travers du prisme des sorcières vous interpelle, profitez de cette nouvelle réussite du label H1 qui se lit avec grand plaisir.

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