**·Comics·Nouveau !·Rapidos

Once and future #4

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2022) – BOOM Studios (2020), 134p., série en cours, 4 « collected editions » parues.
Quand on lance une série le plus dur c’est de savoir s’arrêter. Surtout quand on est épaulé par l’un des dessinateurs les plus impressionnants du circuit US. Partie pour 3 ou 4 tomes, la geste arthuro-badass-gore-littéraire de Kieron Gillen a déjà cramé la limite et ce quatrième volume qui en attend (au moins) un cinquième est le volume de trop, pas loin de la sortie de route. C’est fort dommage tant la brochette de personnage est sympathique, l’esprit film d’horreur fauché des années 80 assumé et très opérant et le décalage trash de l’esthétique arthurienne originale. Once and Future T04 de Dan Mora, Kieron Gillen, Tamra Bonvillain - Album |  Editions DelcourtJe reconnais que mettre 2 Calvin avec un artiste de la qualité de Dan Mora fait beaucoup hésiter. Est-ce bien raisonnable? Pourtant on m’accordera que l’absence de décors finit, une fois basculé entièrement dans l’Outremonde, par devenir gros et les effets visuels font également saturer un peu. Depuis le début de la série l’alternance d’humour, d’action débridée, d’irruptions gores en laissant les atermoiements d’Arthur ( il faut le dire assez ridicules) en pouce-café permettaient de garder un rythme accrocheur. Le fait de sortir du monde réel nous plonge dans un grand vide assez inintéressant, où le temps n’a plus lieu, où les baston sont coupées aussitôt commencées et où ne restent pratiquement plus pour nous tenir hors de l’eau que les fight super-héroïques des chevaliers à la mode Gillen. En passant dans l’Outremonde les auteurs perdent clairement l’équilibre de leur série en étant réduits à faire surgir épisodiquement un nouveau personnage de la littérature anglo-saxonne, qui Shakespear par ici, qui Robin Hood par là, sans oublier une Gorgone. Face à ces démons les héros sont bien peu de choses et se contentent de courir… Tout ça sent de plus en plus le gloubi-boulga et l’érudition certaine du scénariste ne justifie pas d’oublier son objectif. Très grosse déception donc pour ce volume d’une série qui avait su effacer ses quelques défauts sous une immense sympathie et un sens du fun évident. A croire que Gillen a laissé les manettes à un assistant. Espérons qu’il ne s’agit là que d’un accident et qu’un cinquième tome viendra conclure en feu d’artifice une série qui ne méritait pas ça. note-calvin1note-calvin1
***·*****·East & West·Manga·Rapidos·Service Presse

Soloist in a cage #1/3

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BD de Shiro Moriya
Ki-oon (2023) – 2018, 208p./volume, 1/3 tomes parus.

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image-5Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

La Cité-prison est le monde du crime, une société fermée par des murs infranchissables où a été isolée toute la lie de l’humanité. Mais comme dans toute société des couples se forment, des enfants naissent… Chloé et son jeune frère Locke se retrouvent seuls à survivre dans un appartement de la Cité-prison. Lorsque un groupe de prisonniers décide de tenter une évasion Chloé les suit. Malheureusement son frère chute dans l’opération. Passée de l’autre côté, elle décide de tout faire pour aller récupérer son frère…

Nouvelle création d’une jeune autrice chez Ki-oon, qui reprend le schéma bien connu de la cité-prison (New-York 1997,…) pour nous parler de cette jeune fille au tempérament bien trempé qui se forme auprès des meilleurs combattants pour se plonger dans la fange pour réaliser l’improbable. En effet, lors de l’incident initial le lecteur n’a aucune information sur l’éventuelle survie de ce nourrisson tombé d’une hauteur vertigineuse en pleine tempête de neige du siècle. Pourtant… C’est sur un pitch très simple que l’autrice condense son récit en se basant sur une atmosphère très solide portée par des décors fort réussis. Sur des séries courtes il vaut mieux aller à l’essentiel sans complexifier outre mesure et Shiro Moriya ne se perd pas en chemin, s’appuyant sur sa compétence graphique pour dresser une ambiance nocturne de coupe-gorge où la jeune Chloé est devenue une combattante hors-paire. En posant dès le départ une galerie de personnages réussie et en rompant sa chronologie très vite, l’autrice nous tient en haleine avec l’envie de savoir si les alliés de circonstance de la jeune fille reviendront l’aider. De même le background nous titille puisque ce qui est décrit (et présenté) à l’image comme une société d’assassins renferme manifestement aussi des innocents ou du moins des condamnés de droit commun comme ce militaire au passé trouble qui opèrera comme mentor de Chloé.Le manga Soloist in a Cage annoncé par Ki-oon, 03 Octobre 2022 - Manga news

Avec un démarrage prenant en tout point et sans temps mort, le premier volume ralentit ensuite pour poser  le retour de Chloé dans la prison et son enquête pour retrouver son frère. Les combats et séquences d’action sont très efficaces, les visages un peu moins précis que les décors font néanmoins le job et on a hâte de connaître la suite pour cette entrée en matière pas révolutionnaire mais très solidement bâtie.

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BD·Nouveau !·Rapidos·***

Les cœurs de ferraille #1: Debry, Cyrano et moi.

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BD de BéKa, José-Luis Munuera et Sedyas (coul.)

Dupuis (2022), 68p., série anthologique en cours.

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Iséa est une rếveuse qui compense l’absence d’amour de sa mère par la tendresse de sa nourrice Debry et ses relations numériques. Mais lorsque sa génitrice décide de renvoyer le robot qui l’a élevée elle se retrouve obligée de s’allier avec un jeune garçon pour la retrouver. Un voyage au cœur de l’injustice de cette société qui a fait des serviables assistants robots de véritables esclaves…

mediathequeJosé Luis Munuera promène son talent cartoonesque sur la BD franco-belge depuis maintenant trente ans en compagnie de Joan Sfar, et JD Morvan, ayant endossé l’immense responsabilité de reprendre Spirou sur quatre albums après l’indépassable ère Tom&Janry. Depuis quelques années il semble s’orienter vers une esthétique rétro, adaptant des classiques de la littérature (Bartleby de Melville puis cette année Un chant de Noël de Dickens) avec une esthétique plus réaliste. A la manière d’un Umberto Ramos l’auteur semble tiraillé entre des racines cartoon marquées et une envie de textures et d’histoires plus sombres.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH1024/bek16-9b259.jpg?1656939955Avec un deuxième album cette année, il s’engage sur une anthologie d’histoires one-shot sur le thème des robots dans une ambiance rétro-futuriste en compagnie du duo de scénaristes BéKa. Outre la qualité indéniable des dessins (et des couleurs/textures) c’est l’analogie entre ce monde classique habité de technologies poussées et les Etats-Unis esclavagistes du début du vingtième siècle qui intéresse. En transformant les esclaves noirs en robots les auteurs parlent subtilement des problématiques d’alors, de cette proximité avec des serviteurs et nourrices de l’autre couleur, considérés dans la famille mais pas dans la société, de ces réseaux d’esclaves en fuite, des collaborateurs noirs qui virent dans le service aux maitres un moindre mal à leur condition, mais aussi de thématiques plus modernes comme la place des femmes ou l’émancipation par la culture et l’imaginaire.

Au sortir de cette histoire simple de poursuite on a le sentiment d’avoir passé un agréable moment sur un travail solide bien qu’il manque sans doute un peu d’ambition, notamment dans la justification du thème SF. Il faudra voir après plusieurs albums si la série permet de donner un intérêt plus large sur des albums dont la tonalité jeunesse peut se discuter. En attendant on savoure une intelligente parabole et des planches si agréables.

***·BD·Jeunesse·Nouveau !

La Chevaleresse

Récit complet d’Elsa Bordier (scénario), et Titouan Beaulin (dessin). Parution le 15/09/22 aux éditions Jungle, collection Ramdam.

Mulan en côte de mailles

La vie n’est pas simple pour Héloïse. Ou du moins, la vie d’Héloïse n’est pas tout à fait ce dont elle rêve. Si son quotidien ne reflète ni ses impétueuses aspirations ni son caractère de feu, c’est principalement à cause de la société patricarcale et belliqueuse dans laquelle elle vit.

Car oui, chers lecteurs de l’Etagère: le Moyen-Âge, ce ne sont que des ponts-levis, des troubadours et la Peste Noire. C’est aussi une hiérarchie sociétale verticale, qui impose aux individus une place prédéterminée qui ne peut souffrir aucune exception.

Pour Héloïse, cela se manifeste par la désapprobation de ses parents, qui ne souhaient pour elle qu’un mariage avantageux afin qu’elle perpétue la noble lignée. Ce qui signifie que plutôt que d’apprendre à se battre, comme elle le souhaite si ardemment, elle doit se contenter de la broderie et d’autres activités insignifiantes à ses yeux mais normalement dévolues aux femmes. Qu’à celà ne tienne, notre jeune fille en mal d’aventures va apprendre à se battre, par mimétisme, en observant les garçons lors de leurs entrainements. Quelques temps plus tard, c’est le Maître d’Armes en personne qui l’entraînera, en secret, bien sûr, jusqu’à faire d’Héloise une combattante virtuose.

Un jour, alors que la nécessité du mariage pèse de plus en plus lourd sur ses épaules, Héloise fait la rencontre d’Armand, noble comme elle, avec qui elle partage le sentiment d’être étouffée par la société. Armand n’aime ni la violence des combats, ni les armures que son père espère lui faire porter, et préfèrerait passer son temps à parfaire son art du dessin. Alors Héloïse a une idée: s’ils se fiancent, ils pourront alors s’associer pour donner satisfaction à leur deux familles, au prix d’une supercherie très simple.

Héloise n’a qu’à se faire passer pour Armand en revêtant son armure lors des entrainements et des joutes, lui épargnant ainsi l’harassement qu’il redoute tout en permettant à la jeune femme de croiser le fer comme elle l’a toujours voulu. Bien vite, la réputation d’Armand s’étend rapidement, si bien qu’un jour, un émissaire du Roi vient au chateau, pour le recruter dans sa campagne militaire contre un Baron rebelle. Armand n’a pas le choix: il doit partir faire la guerre, lui qui n’a jamais tenu une épée de sa vie.

Héloise s’en veut terriblement: elle a provoqué la perte de son meilleur ami, par pur égoïsme. Pour le sauver, il ne lui reste plus qu’à fausser compagnie à ses parents et rattraper la garnison, pour enfiler une nouvelle fois l’armure et faire parler ses talents. Mais le chemin sera long et semé d’embûches pour le petite comtesse qui n’a jamais mis les pieds hors de son château !

Comme le laisse deviner son titre, La Chevaleresse est un album féministe, mettant en scène une héroïne impétueuse face aux carcans patriarcaux qui veulent la cantonner à une place bien précise sans lui laisser l’opportunité d’exploiter son potentiel.

Malgré le contexte médiéval, on peut dire sans se tromper que le message véhiculé par Elsa Bordier porte une marque intemporelle, puisqu’elle parle d’accomplissement personnel, d’amitié, et d’amour. Il est donc aisé de transposer les difficultés vécues par Héloise au monde moderne, ce qui ajoute à l’accessibilité de l’intrigue. L’idée de base rappelle d’ailleurs d’autres oeuvres comme Mulan, lorsque la jeune fille s’entraîne par mimétisme, ou encore Wonder Woman (le film) lorsque le jeune Diana est entrainée en secret par sa tante à l’insu de sa mère autoritaire. Si on cherche bien, on peut même faire le parralèle avec Patrocle, le cousin d’Achilles, qui revêt son armure pour aller se battre à sa place lors de la Guerre de Troie.

La scénariste ne se contente pas d’un récit féministe qui mettrait en avant la bravoure et le courage féminins, elle habille également son récit d’une réflexion sur la guerre et la violence, ce qui est souvent le cas dans ce type d’oeuvre. En effet, lorsque l’on veut mettre en avant les qualités intrinsèques du Féminin , il n’y a rien de plus aisé que de le placer en contraste avec les défauts notoires du Masculin, à savoir la violence. L’auteure parvient à faire exister ses personnages tour à tour sans déséquilibre, créant des relations engageantes et crédibles.

Coté graphique, la trait de Titouan Beaulin, dont c’est le premier album, rest naïf, avec un côté hésitant, mais il sied bien au contexte médiéval et au ton de l’album.

J’ai néanmoins une réserve sur la résolution de l’intrigue [ATTENTION SPOILER !]

Une fois la fameuse bataille terminée, Héloise, blessée, retrouve sa compagne Isaure et Armand. Héloise a sauvé le Roi d’une mort certaine, mais a pu constater que son désir d’aventures était assez éloigné des réalités de la guerre. Armand, quant à lui, décide qu’on doit lui couper un pouce, afin de maintenir la mascarade et être certain d’être renvoyé chez lui.

Une fois la besogne accomplie, Armand revient au camp, et constate que le départ précipité du Roi a laissé l’armée en pleine débâcle, et que beaucoup de soldats sont rentrés chez eux. Il est lui-même remercié, ce qui à mon sens, rend le sacrifice du pouce totalement inutile, puisqu’Armand aurait de toute façon été renvoyé… A moins qu’Armand ait vu sur le long terme et qu’il ait souhaité s’assurer qu’on ne lui demanderait plus jamais de porter une épée, auquel cas il lui aurait suffit de simuler une claudication…

Il n’en demeure pas moins que la Chevaleresse est un bel album jeunesse, traitant de sujets d’actualité par le prisme médiéval.

***·BD·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman: Shadow War

Récit complet en 280 pages, écrit par Joshua Williamson et dessiné par Howard Porter. Parution en France Chez Urban Comics le 18/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Dead Al Ghul

Ra’s Al Ghul, le maître séculaire de la Ligue des Ombres, assasin immortel et éco-terroriste malthusien à ses heures, a fait ce qu’aucune personne de plus de 80 ans n’avait fait avant lui: il a changé d’avis.

Après des siècles passés à assassiner, à recruter des assassins, à former des assassins, à enfanter des assassins, à assassiner des assassins, Ra’s s’est aperçu que ses méthodes ne l’avaient pas mené bien loin et que le monde ne se portait pas mieux. En dépit de ce temps passé à oeuvrer avec acharnement dans l’ombre, l’immortel décide de se livrer à la Justice, en offrant par la même occasion le secret qu’il gardait jalousement depuis l’aube des temps, à savoir les Puits de Lazare, qui lui donnent sa longévité.

Bien évidemment, comme cela peut s’envisager dans tout entreprise de taille aussi respectable que celle de la Ligue des Ombres, ce revirement unilatéral n’est pas du goût de tout le monde. Parmi les réfractaires, il y a bien sûr Talia Al Ghul, sa fille, qui se voyait bien reprendre les rênes de papa pour faire les choses à sa sauce. Mais qu’à celà ne tienne, Talia accepte le deal et se livre avec son immortel de père repentant.

Batman, quant à lui, observe les évènements de loin. Longtemps considéré par Ra’s Al Ghul comme son digne héritier, Le Chevalier Noir a même été piégé par l’immortel pour engendrer avec sa fille un assassin parfait, nommé Damian, qui a entre temps adopté le code moral strict de son père en devenant le nouveau Robin.

Alors que Ra’s et Talia organisent leur reddition en public, Ra’s est assassiné d’une balle en pleine tête, et son corps détruit afin d’empêcher toute resurrection via le Puit de Lazare. Le tireur se révèle être Deathstroke, super assassin capable de donner du fil à retordre à Batman. Le malandrin s’enfuit après avoir revendiqué son forfait, ouvrant ainsi les hostilités entre les partisans de Deathstroke, qui crie à l’imposture, et la Ligue des Ombres. De nouveau réunis après plusieurs années de schisme, Batman et Robin vont devoir entrer en action afin d’éviter un bain de sang, et, tout aussi important, faire la lumière sur ces évènements.

Pour cette fois, pas de saga épique mais un bat-crossover comme on les aime, qui fait graviter autour du Croisé à la Cape les personnages secondaires de la licence, au cours d’une enquête/course-poursuite. Attention, si certains personnages comme Robin, Deathstroke ou encore Black Canary sont incontournables dans l’univers DC, d’autres pourront paraître plus obscurs, et demanderont une certaine connaissance des parutions récentes de DC, ou quelques recherches Gooooooooooooooooogle.

Le rythme ne diminue pas tout au long de l’album, même lorsqu’il se divise en plusieurs lignes narratives, centrées respectivement autour du duo Batman/Robin et de Deathstroke et ses enfants. Le parallèle entre les deux ennemis, accompagnés de leur progéniture est d’ailleurs une idée intéressante à mettre en scène, puisqu’on constate que chacun des deux antagonistes cherche finalement la rédemption à travers ses enfants, et que l’investissement paternel n’est pas quelque chose d’inné mais d’acquis et de conscient.

L’autre thématique est bien évidemment celle de la vengeance, puisque le faux-Deathstroke est mû par cette intemporelle motivation. A ce propos, son identité risque d’en surprendre quelques-uns, surtout si ce sont des lecteurs récents, car ses raisons d’agir remontent à très loin (expliciter ce point pourrait revenir à divulgâcher, mais sachez seulement qu’il y est question d’un certain Judas et d’un Contrat).

L’idée que rétribution immédiate et définitive s’oppose au concept même de rédemption est un thème intéressant à développer, il ne me semble pas l’avoir vu abordé sous cet angle auparavant (en effet, on a plus souvent droit au fameux « si tu le tues, tu deviens comme lui, John !« ).

A la fois rythmé et ancré dans la continuité, Batman: Shadow War est un récit divertissant, dont les conséquences seront vues en partie dans Dark Crisis on Infinite Earths, du même scénariste.

****·Comics·East & West·Nouveau !

King of spies

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Comic de Mark Millar, Matteo Scalera et Niro Giovanna (coul.) 
 Panini (2022) –  144p., one-shot.

Roland King appartient au passé. Il fut le chevalier noir des basses besognes du Royaume pour maintenir un système qui a besoin d’ordre. Et pour cela il était incontestablement le meilleur. Mais il a vieilli. Il a du ventre. Et il a une tumeur. Grosse comme un ballon. Six mois, c’est ce qu’il lui reste pour régler ses affaires. mais quand on a passé sa vie à dessouder des gentils pour maintenir en place des méchants, ranger sa chambre signifie lancer une vendetta. Une vendetta King size. Les ordures vont avoir mal. Très mal…

King of Spies #1 : le super-espion de Mark Millar et Matteo Scalera s'offre  un premier aperçu | COMICSBLOG.frIl n’y a qu’un pas du Capitole à la Roche tarpéïenne. Millar sait que les fans adorent vouer aux gémonies leurs héros dès qu’ils s’institutionnalisent. Passer dans le giron de Netflix (dont on attend toujours les premiers fruits véritablement fructueux…) était un risque qui lui a apporté richesse, liberté créatrice… et exigence plus grande encore. Et comme dit sur le récent Magic Order 2 (il faudrait toujours se méfier des suites aux titres feignants!) cela fait longtemps qu’on n’avait pas lu on bon Millar. Tellement que personnellement je n’attend plus grand chose du golden-boy de l’explosion du comic-code et me contente d’acheter les miracles graphiques que la bande de dieux du dessin qu’il embauche à tour de bras proposent sur ses production. Et bien rassurez-vous, ce King of spies, aussi inattendu que Prodigy avait déçu, est une sacrée renaissance qui montre que le plus rosbeef des scénaristes américains en a encore sous le coude… et une sacré plume!

Car sur une intrigue vue mille fois et à laquelle on ne crois pas cinq minutes (quel twist final va bien pouvoir trouver Millar pour sauver son condamné?), l’auteur nous rappelle de manière éclatante son talent d’écriture, cette plume facile, moderne, non formatée. Et que s’il a opté au contraire d’un Alan Moore pour des acolytes très esthétiques, comme son immense compatriote ses scripts se suffiraient à eux-mêmes et laissent imaginer ce qu’il pourrait faire en dialoguiste de ciné… Jouant d’une construction complexes faite d’images passées et futures insérées dans un récit qu’on n’oublie pas de rendre très adaptable sur Netflix, Millar nous propose un personnage solide qui se présente lui-même comme le premier des monstres parti à la chasse aux monstres. Pour l’occasion, le scénariste que l’on sait contestataire et volontiers anticapitaliste Bloody Spills And Espionage Thrills: 'King of Spies' #2 Advance Review –  COMICONdézingue tout notre beau monde ultralibéral où la morale est absente dès qu’il s’agit de maintenir un système en place. Reprenant subrepticement son propos politique de Jupiter’s Legacy, Mark Millar touche juste dans un style Vengeur sans limite que le statut des victimes autorise à toutes les outrances. Et pour ne pas réduire l’album à un blockbuster explosif magistralement mise en scène par le talentueux compère Scalera, King of spies propose aussi le touchant tableau d’un vieil homme dans ses faiblesses, à commencer par sa vie gâchée à semer des marmots dans chaque port sans autre chose à foutre que sa propre aventure. Arrivé à la fin il est l’heure du compte… mais que compter quand on a toujours été seul?

Si l’on peut chercher un regret à cet album ce sera à la fois sa brièveté (car oui, c’est une bien vrai one-shot) et le nombre de personnages ou éléments très intéressants lancés et aussitôt refermés, comme s’ils n’étaient destinés qu’à la Bible de la future version Netflix. Comme souvent Mark Millar fourmille de bonnes idées qu’il n’a soit pas le temps, pas l’envie, pas le courage de développer et qui nous laissent un soupçon de frustration positive.

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Un putain de salopard #3: Guajeraï

La BD!
BD de Régis Loisel, Olivier Pont et François Lapierre (coul.)
Rue de sèvres (2022), 80p. 3/4 tomes parus.

Attention, spoilers pour les nouveaux arrivés sur la série!

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bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

Ouf! la relative déception du second tome n’était que passagère et bien liée au syndrome du second tome. Est-ce que Loisel a corrigé le tir sur la base des commentaires des lecteurs? On ne le saura jamais mais on revient sur Guajeraï (du nom du bled où vont atterrir Max et son Salopard de père) à une intrigue beaucoup plus classique, beaucoup plus linéaire et lisible qui se concentre sur deux lieux, faisant des filles des personnages secondaires. Enfin pas tout à fait puisque Baïa accompagnant plus ou moins Max qui reste bien au cœur de l’intrigue.

Un Putain De Salopard - Tome 3 - Un putain de salopard - Guajeraï - Régis  Loisel, Olivier Pont, François Lapierre - cartonné - Achat Livre ou ebook |  fnacAlbum révélateur, on apprend à connaître le salaud sauvé in extrémis du combat final du tome deux et le scénario se fait un malin plaisir à jouer avec notre scepticisme en nous mettant en miroir d’un max sans doute naïf mais pas au point de croire les salades de ce borgnes prêt à tout pour garder son trésor. Jusqu’à flinguer son « fils »? Chacun se fera sa propre idée dans le sillage de Max qu’on adore suivre en grand benêt. Régis Loisel a toujours eu l’art de créer des personnages justes, complexes, terriblement humains dans leurs failles. Et si les affaires des infirmières et de Corinne peuvent laisser un peu dubitatif quand à leur rôle dans l’histoire, le couple Max/Baïa, le flic au strabisme loisélien et « Maneta » le manchot marchent du tonnerre en nous plongeant dans la grande aventure amazonienne.

Laissant un peu le voile fantastique de côté pour dérouler de poilantes courses-poursuites urbaines en mobylette, les auteurs nous ravissent dans un grand spectacle plutôt inattendu qui rappelle clairement les pérégrinations de bébel à la grande époque. Les affreux des deux précédents tomes éliminés, l’histoire recentre son antagonisme sur ce père qui occupe le titre (qui restera dans l’histoire de la BD!) et que l’on imagine tout sauf sincère avec sa gueule pas tibulaire mais presque… sauf que… est-il bien ce putain de salopard? L’habit fait-il le moine? La mécanique de l’album tourne donc (outre les péripéties d’aventure tropicale) clairement sur ce doute existentiel de savoir à qui se fier et si la quête identitaire de Max a réellement touché au but. En dévorant les quatre-vingt pages à deux-mille à l’heure on chute sur un nouveau cliffhanger terrible qui remet une pièce dans la machine, a priori vers un dernier volume de conclusion. Loisel nous a habitué à prolonger sans crier gare ses séries mais il n’est pas du tout dit que le dessinateur le suive dans de  telles velléités. Aussi on a bon espoir de voir (bien) s’achever ce qui est ainsi confirmé comme une très bonne série.

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The Last Ronin

Histoire complète en 224 pages, issue de l’univers TMNT. Au scénario, Kevin Eastman et Peter Laird, accompagnés de Tom Waltz. Parution aux éditons HiComics le 16/11/22.

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Bad Future

Les liens qui unissent les clans Hamato et Oroku sont des liens de haine, de vengeance, et de trahisons, des liens qui perdurent après la mort. Après le meurtre de Hamato Yoshi et de ses quatres fils par Oroku Saki et le Clan Foot lors d’une lutte intestine en plein Japon féodal, le vieux maître et ses enfants sont réincarnés des siècles plus tard, au XXIe siècle à New York, en un rat et quatre tortues.

Ces animaux en apparence inoffensifs sont ensuite capturés et utilisés comme cobayes par Baxter Stockman, qui teste sur eux les propriétés étonnantes du Mutagène. Un accident de laboratoire plus tard, et voilà nos héros transformés en Splinter, et ses quatre disciples tortues, Léonardo, Raphael, Donatello et Michelangelo. Leurs aventures les ont opposés à la résurgence d’Oroku Saki, alias Shredder, ainsi qu’aux ninjas du clan Foot, mais également à des mutants en tous genres et des aliens venus d’autres dimensions. Mais comment finira ce combat acharné contre le mal ? Et jusqu’où ira la vendetta entre les Hamato et les Oroku ?

C’est la réponse que The Last Ronin tente de nous apporter, en nous transportant dans un des futurs possibles de la franchise. Le Clan Hamato a été décimé par les multiples combats auxquels ils ont du faire face, seule une des Tortues poursuit encore la croisade contre les Foot. Mais que peut faire le dernier Ronind face à tous ces ennemis ?

Au départ, l’identité du dernier survivant de notre quatuor préféré nous est inconnu. Muni d’un bandeau noir et des quatres armes signatures, il parle épisodiquement avec les fantômes de ses frères, qui sont conservés en hors-champ ou eux aussi munis de bandeaux noirs, de sorte qu’on ne peut les distinguer. L’album s’ouvre sur une mission suicide, un raid désespéré contre le quartier général des Foot, désormais dirigés par Oroku Hiroto, le petit-fils de Shredder. Après un premier échec cuisant, notre dernier Ronin va découvrir une ville qu’il n’avait pas arpentée depuis des décennies, et retrouver le peu d’alliés qui lui restent.

La première chose à savoir sur The Last Ronin, c’est que cette histoire était prévue par Kévin Eastman et Peter Laird, les créateurs des Tortues, à l’époque où leurs aventures débutaient chez Mirage Comics (ça date!). Il s’inspire donc du ton d’origine de la série, qui, sous ses airs de parodie des travaux de Frank Miller, avait un fond plutôt sombre. Ici, l’ambiance est crépusculaire et ne manquera pas de rappeler The Dark Knight Returns du fameux Miller, avec des éléments dystopiques et un ton désespéré.

Ce saut dans le temps nous plonge dans un univers déprimant en nous montrant, chapitre par chapitre, les tragédies qui ont frappé les héros, et, pour certains d’entre eux, la vacuité de leurs sacrifice, ce qui ajoute encore à l’amertume du scénario. Le choix du survivant parmis les Tortues, selon le point de vue que l’on adopte, peut être soit surprenant, soit inévitable, au vu de leurs personnalités bien distinctes.

Entre les flash-backs (qui reprennent le style initial des TMNT) et les bastons épiques et sanglantes, les auteurs glissent une réflexion bien amenée sur la vengeance et le deuil, sans oublier la famille de choix que l’on s’érige au travers des épreuves.

Considérée indépendamment de la série en cours (chez IDW aux US, chez HiComics en France), cet album est donc une vraie réussite, qui nécessite certes de connaître l’univers des TMNT, ou du moins ses personnages principaux, mais qui n’exige pas une connaisance étendue de toute la continuité de la série, qui d’ailleurs n’est pas respectée à la lettre. Ce Last Ronin est donc une sorte de What If ?, plus sombre et amer que la série principale, mais qui a le mérite de toucher du doigt l’esprit initial de la franchise.

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Les 5 terres #9

La BD!
 
BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2022), 56p., série en cours, 1 cycle achevé, 3 tomes parus sur le second cycle
Série prévue en 5×6 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Lorsque l’on referme cette mi-temps de la seconde saison des 5 Terres on peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Le plein c’est le constat que le second épisode a marqué un surplace inutile qui a créé de l’inquiétude en empêchant le rythme de s’installer. Le vide c’est qu’hormis le potentiellement cataclysmique cliffhanger du texte final on reste dans de la petite histoire qui peine à faire des cahots mafieux du clan du Sistre un équivalent des Peaky Blinders…

Les 5 Terres tome 9 - "Ton Rire Intérieur" - Bubble BD, Comics et MangasCar après avoir fait une croix sur l’hypothèse d’intrigue politique à la Cour de Lys on a désormais compris que ce cycle visait à développer les arcanes des mafias du monde des singes, dans une variation du monde de Scorsese ou des films policiers. On accroche avec certains personnages comme le commissaire Shin que l’on lie volontiers avec les forfaits des clans. Beaucoup moins avec les amours blessées de Kéona au Château, qui font allègrement bailler, et jusqu’à la chute de ce tome donc, on attendait plutôt la disparition définitive des archéologues à la recherche de leur Cité. Mais tout l’art des scénariste de cet immense projet c’est de tisser des liens pour plus tard. Au risque de se tirer une balle dans le pied en temporisant trop par peur de reproduire le cycle infernal si addictif du premier cycle.

Ce troisième tome permet donc de refermer certaines portes bien trop longtemps laissées entrouvertes (on ne sait pourquoi) et de solidifier la stature de certains personnages dont cette Alissa dont on a jusqu’ici le plus grand mal à faire notre héroïne. Heureusement les fils commencent à se relier autour du conflit mafieux avec un élargissement salutaire de l’univers de ce cycle qui donne beaucoup de possibilités dans les relations « politiques » du Sistre. On semble reprendre pied donc, encore loin du stress d’Angléon mais avec bien plus d’intérêt que la crainte dans laquelle le second opus nous avait laissé. Haut les cœurs, la passion n’est plus vraiment là mais rien n’est perdu, en un basculement la bande à Chauvel peut ramener soudain ces 5 Terres au niveau qu’elles ont quitté. Et cette mystérieuse Cité de Barkhane pourrait bien être ce basculement qui aura un peu trop tardé… suite en février prochain…

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***·Comics·East & West·Littérature·Nouveau !

Grendel, Kentucky

Histoire complète en 102 pages, parue le 09/02/2022 chez Delcourt. Jeff McComsey au scénario, Tommy Lee Edwards au dessin.

T’as une drôle de mine, Grendel

Le Kentucky, ses montagnes, ses rednecks, ses mines de charbons… et ses monstres. Durant des décennies, la petite ville de Grendel a fait vivre ses habitants grâce à l’exploitation de sa mine de charbon. Dès qu’un garçon était en âge de tenir une pelle, il allait aussitôt prendre la relève de ses aînés dans les étroits boyaux de la mine, et ce durant des générations, jusqu’à ce qu’un jour, un glissement de terrain mette un terme à cette tradition.

En plus des dizaines de morts, Grendel a alors du faire face à la paupérisation. Mais le désarroi n’a pas duré très longtemps, car peu de temps après cette catastrophe, les terres du patelin sont soudainement devenues fertiles, permettant le développement des cultures et offrant ainsi une porte de sortie aux habitants. Certains s’en sont même donné à cœur joie en se lançant dans la production d’herbe, et pas n’importe laquelle: la meilleure weed du pays, excusez du peu.

Marnie, elle, se tient aussi loin que possible de tout ça. La jeune femme s’est imposée un exil il y a de ça bien des années, et dirige un gang de farouches motardes qui ne laisse pas marcher sur les pieds, c’est le moins qu’on puisse dire. En revanche, le code moral strict de Marnie l’empêche de tremper dans certains types de business, même si elle n’est pas la dernière lorsqu’il s’agit de coller des trempes dans un bar. Marnie est d’ailleurs en plein règlement de compte entre deux bières lorsque son frère Denny vient la voir pour lui annoncer le décès de leur père. Marnie n’a alors pas d’autre choix que de revenir dans sa ville d’origine pour affronter son deuil, mais pas seulement: contrairement à ce qu’affirme la police locale, ce n’est pas un ours qui a démembré son paternel, mais quelque chose de bien plus sinistre, quelque chose qui pourrait être liée à la prospérité de Grendel.

Sons of Nanarchy

Plus tôt cette année, nous avions chroniqué Redfork, dans lequel le thème du fils prodigue était déjà traité sur font de menace horrifique planquée dans une mine. La métaphore du danger enraciné dans les ressources fossiles est de nouveau de mise, avec cette fois une pointe de mythologie glissée par l’auteur.

En effet, pour les connaisseurs, Grendel est bel et bien le monstre affronté par Beowulf, l’un des plus anciens héros de la littérature anglo-saxonne. Ici, c’est Marnie qui endosse le rôle du héros chasseur de monstre, le reste de l’intrigue adoptant la structure classique du poème, avec un premier round contre Grendel, etc. Là où des récits comme Redfork ou Immonde! utilisaient l’épouvante comme cadre pour un sous-texte social, Grendel assume totalement son côté Grindhouse et se concentre sur l’action, la psychologie et les relations entre les personnages étant un peu plus secondaires.

Le trait épais et l’encrage gras de Tommy Lee Edwards apportent beaucoup au scénario, offrant une ambiance pesante, qui s’accentue lors des scènes de chasse au monstre, bien gores comme il faut. Pour le reste, le lecteur restera un peu sur sa faim s’agissant du fameux pacte faustien entre les habitants et le monstre, le tout demeurant très tacite et jamais vraiment approfondi, surtout lorsqu’on constate que la créature ne montre aucun signe d’intelligence quel qu’il soit et semble avant tout mu par l’instinct, on se demande donc bien par quel moyen elle assurait la fertilité des sols (je mise un sou sur une histoire d’engrais naturel, mais allez savoir !)