*****·Comics·East & West·Nouveau !

Seven to Eternity #4

East and west

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Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2022), Ed US Image comics (2021), série achevée en  tomes.

Dans sa crainte de voir disparaître le Roi fange et sa seule chance d’atteindre les Sources synonyme de survie Adam a commis l’irréparable: la cité volante est tombée, sa population décimée. Mourant, il dépend désormais de la Proposition de Garils et va bientôt découvrir la réalité du mythe des sources de Zhal, cette fiction attirant tous les malades du monde en quête de la vie éternelle. mais pour obtenir le précieux don, Adam ne pourra plus se cacher. Alors que le Puits des âmes tombe sous la corruption du marais, le dernier Osidis devra décider à qui va sa fidélité: à son clan, au Roi Fange… ou à lui-même?

Seven to Eternity -4- Les sources de ZhalOn l’aura attendue cette conclusion d’une des plus importantes séries fantasy de ces dernières années. Les grands œuvres prennent souvent du temps (il aura fallu seize ans pour Servitude), après une absence temporaire d’Opena sur le second tome il s’est écoulé trois années entre le tome trois et ce dernier. La bonne nouvelle c’est que la conclusion est à la hauteur de cette magistrale odyssée dans la psyché des héros complexes et du doute moral.

La source de Seven to eternity réside dans la tragédie grecque, posant des dilemmes moraux insolubles au héros sur des questions de morale personnelle et de fidélité familiale. Le héros tragique Adam Osidis doit décider entre son envie de vivre pour ne pas perdre ses enfants, son héritage paternel grandiose (et les conséquences des liens entre le Roi Fange et Zebediah qui se prolongeront jusqu’au dénouement terrible), le doute permanent qu’insinue Garils dans son esprit et son rôle de héros devant sauver le peuple de l’emprise du Roi…

Seven to Eternity (tome 4) - (Jerome Opeña / Rick Remender) - Heroic  Fantasy-Magie [BDNET.COM]Comme sur les précédents albums Rick Remender institue une unité de lieu et une action centrée sur le duo fondamental (le héros/le méchant). Si Adam a accepté la proposition de Garils, il reste convaincu que sa force morale lui permettra d’accomplir sa mission seul (au mépris des règles du jeu), en libérant Zhal du Roi. Mais à force de rompre les barrières il sème les graines du désordre et de la destruction. La continuité de l’intrigue est à ce titre incroyable d’intelligence et de cohérence. Chez Remender tout est subtile, rien n’est prévisible, tout trouve sa logique finale, sans facilité. La conclusion peut être heureuse (au risque de la facilité), tragique (plus rare mais au risque de la frustration), ou simplement logique. On le sait il n’y a rien de plus difficile que de conclure une histoire, surtout lorsque son itinéraire semble mener inéluctablement vers une conclusion. Faites confiance à ce grand scénariste pour vous surprendre et vous bouleverser en instillant toujours ce qu’il faut de pathos familial pour créer du drame. C’était le cœur de Low (dont la conclusion arrive le mois prochain!) et c’est surtout le cœur des personnages de l’auteur qui donnent toute cette force, son compère toujours monstrueux graphiquement s’occupant de créer un bestiaire et des décors monumentaux, sans faute de gout, délivrant au lecteur patient les visions fantastiques en cinémascope qu’il attend.

Seven to Eternity #15 | Image ComicsS’il est revenu à des projets plus grand public et plus mineurs (Death or glory ou plus récemment son Scumbag), Rick Remender reste à l’heure actuelle pour moi le plus qualitatif des scénaristes indé aux Etats-Unis. Moins intello qu’un Hickman, moins inégal qu’un Millar, il offre une approche toute européenne en proposant des projets extrêmement ambitieux tant graphiquement que scénaristiquement, en se donnant le temps d’aboutir hors des carcans éditoriaux du comics. Savourons cette série (dont l’intégrale sort dès cette fin d’année chez Urban, en plus des traditionnelles versions NB permettant de profiter des superbes planches brutes de Jerome Opena), il n’est pas dit que de tels miracles se reproduisent de si tôt.

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BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·***

Les 5 terres #8

La BD!
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BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2021), 56p., série en cours, 1 cycle achevé, 2 tomes parus sur le second cycle
Série prévue en 5×6 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Le premier tome du second cycle de la série évènement des trois dernières années m’avait laissé dans un intérêt poli. Ce second devait permettre de vraiment relancer la machine et retrouver la diablerie scénaristique d’Angléon. Malheureusement, si le cliffhanger du précédent permettait d’espérer un peu de rebondissements, on Les 5 terres T8 : Plus morte que morte (0), bd chez Delcourt de Lewelyn,  Lereculey, Martinosse retrouve ici avec plusieurs intrigues croisées qui poursuivent tranquillement leur chemin sans grands contrecoups (avec même l’histoire de la quête archéologique qui tourne littéralement en rond) et avec une linéarité qui fait plus que surprendre. Avec l’intelligence constatée depuis six tomes on ne peut envisager que les auteurs aient réellement perdu leur cap et on attend donc toujours de comprendre où ils nous mènent. A ce stade on ne peut faire que des conjectures en anticipant des intrigues longues qui se croisent ou un incident majeur capable de survenir à tout moment avec une volonté de varier les rythmes entre les cycles. Malheureusement l’idée intéressante de garder une atmosphère vaporeuse qui sied à l’âme orientale ne permet pas d’accrocher le lecteur, qui cherche toujours un enjeu majeur, un personnage réellement charismatique et tout simplement un drame. Keona semble être ce vecteur qui nous rattache à la politique, mais cela reste bien ténu. Il est vivement temps que les auteurs se réveillent car on est déjà retombé dans un classicisme assez banal de la fantasy made in Delcourt. De qualité mais éculée.

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Comics·Numérique·Nouveau !·East & West·****

Lore Olympus

Premier tome de 378 pages de la série écrite et dessinée par Rachel Smythe. Parution initiale sur la plateforme Webtoon, publication en format papier chez Hugo BD le 06/01/22.

Cinquante nuances de mythes

Les mythes grecs, sur l’Étagère, ça nous connaît. Alors autant vous dire que lorsque le phénomène de la plateforme Webtoon, Lore Olympus (les Traditions d’Olympus en VF) est paru en version papier (oui, on est vieux jeu sur l’Étagère), difficile de passer à coté.

Pour ceux qui n’y sont pas familiers, Webtoon est une plateforme de lecture de BD, dont la particularité est de proposer une lecture défilante, de haut en bas (on appelle ça du scrolling, d’après mes sources bien renseignées). La transposition en format classique n’a donc pas du être aisée, ne serait-ce que vis à vis du découpage, puisque en Webtoon, point de pages.

Lore Olympus, de quoi ça parle ? Tout simplement du mythe de Perséphone, la déesse du Printemps qui a été initialement enlevée par le roi des enfers Hadès, et qui l’a épousé sans qu’on lui demande trop son avis. Après un accord passé avec Hadès, Perséphone a gagné le droit de retourner à la surface la moitié de l’année pour y retrouver sa mère Déméter, ce qui explique selon les grecs anciens le cycle des saisons, puisque l’Hiver s’installe dès que la déesse du Printemps retourne en enfer.

Ici, le contexte crée par Rachel Smythe est résolument modernisé, puisque ses olympiens vivent dans un monde moderne, luxueux et glamour. La jeune Perséphone, préservée par sa mère jusqu’à l’étouffement, vit quelque peu éloignée de ses cousins divins. Mais un soir, alors que Déméter a consenti à lui lâcher la bride, elle se rend à une soirée olympienne et fait la rencontre d’un dieu ténébreux, le sulfureux Hadès.

Victime des malversations d’Aphrodite, qui ne supporte pas d’être éclipsée, même aux yeux d’Hadès que tout le monde déteste, Perséphone se retrouve droguée, puis cachée dans la voiture du roi des enfers, et se réveille hagarde dans son domaine, à la grande surprise des deux. Bien heureusement, Hadès se révèle être une personne décente et traite son hôte involontaire avec tous les égards, mais cela n’empêche pas ce quiproquo de créer une étincelle entre eux.

Bien évidemment, les choses ne seront pas aussi simples, puisqu’entre les malentendus, les appréhensions de chacun et le monde des olympiens fait de paraître et de faix semblants, les deux amoureux vont devoir surmonter bien des obstacles.

Love story infernale

A première vue, il semble aisé d’identifier les clefs du succès monumental (dans les 75 millions de vue sur WT) de Lore Olympus. En premier lieu, sa protagoniste, Perséphone, mue en une jeune fille naïve muselée par l’Institution, matérialisée par sa mère, mais également par les autres dieux. De lourdes attentes pèsent sur elles, alors qu’elle ne souhaite que vivre sa vie, comme elle l’entend. Pleine de doute et peu assurée, c’est une base solide à laquelle une grande partie du lectorat peut s’identifier ou en tous cas s’attacher.

En second lieu, la romance en elle-même, qui inclue tous les éléments-clefs de l’histoire d’amour telle qu’elle est fantasmée depuis la nuit des temps: une jeune femme innocente (Belle, Anastasia Steele, Bella Swan, Esmeralda les exemples sont nombreux) fait la rencontre d’un Monstre (La Bête, Christian Grey, Edward Cullen, Quasimodo) qu’elle parvient à dompter, et, élément ô combien important, qui change pour elle.

Immanquablement, l’élément masculin, le Monstre, présente une déviance, voire une difformité: il représente les aspects quintessentiels du mâle, il est souvent violent, agressif, dominant, et, dans la plupart des cas, possède également un statut social élevé et/ou une opulence matérielle: La Bête est un prince maudit pour son arrogance, qui vit dans un château, et en tant que Bête, il est la transcription littérale du monstre et de l’agressivité, que la Belle devra littéralement dompter; Christian Grey est un milliardaire séduisant, mais qui est adepte du sado-masochisme, et y renoncera par amour pour Anastasia; Edward Cullen fait également partie d’une riche famille de médecins, est très populaire (bien qu’introverti) au lycée, et cache une soif de sang (sans doute une métaphore du désir sexuel) qu’il maîtrise pour Bella.

La même recette semble s’appliquer à Lore Olympus: Perséphone rencontre Hadès, roi des Enfers (statut social élevé), qui souffre d’une mauvaise réputation et semble encore marqué par une relation toxique (déviances). Si ces archétypes ont la vie dure, c’est sans doute parce qu’ils matérialisent des atavismes, ancrés depuis les origines de l’Humanité: dans les temps anciens, il était certainement préférable pour une femme de trouver un partenaire puissant physiquement (agressivité, signe d’une place élevée dans l’échelle de domination), capable d’assurer une sécurité physique (opulence matérielle). Mais, paradoxalement, des caractéristiques de puissance et d’agressivité, si elles garantissaient survie, sécurité et descendance optimale, étaient aussi potentiellement insécurisante, puisqu’un mâle puissant avait tout intérêt à ne pas rester fidèle et à disséminer ses gènes à qui mieux-mieux.

D’où ce fantasme de transformation, cette idée récurrente dans la psyché féminine que changer le Monstre, le « réparer » pour en faire un partenaire souhaitable, est possible. A l’inverse, ces archétypes ont certainement engendré, au niveau évolutif, une forte pression sur les mâles, une compétition permanente, qui est à même de créer des insécurités pour ceux qui ne parviennent pas à s’élever sur l’échelle de domination sociale. D’où l’envie récurrente, chez le public masculin, de puissance, de protection (la figure du super-héros), et sans doute également le désir d’être accepté tel que l’on est (ce qui est en lien direct avec l’archétype de la Manic Pixie Dream Girl).

Mais revenons à nos moutons grecs. Là où Rachel Smythe fait mouche, c’est notamment dans la modernisation du mythe. En plaçant un contexte contemporain, l’auteure gagne en légitimité pour aborder des thématiques d’actualité, telles que le harcèlement sexuel, l’émancipation féminine, et la toxicité de certaines relations. Le langage moderne et les codes narratifs adoptés par la jeune génération (Y ? Z? j’ai perdu le fil) permettent une bonne appropriation de ces thèmes.

Graphiquement, la patte numérique est omniprésente, et permet de donner un aspect très cartoon à l’ensemble, surtout si l’on y ajoute les couleurs dynamiques et chatoyantes, qui ressortent plutôt bien sur papier.

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BD·Jeunesse·Nouveau !·***

Katsuo #1: Le Samouraï Noir

Premier tome de 58 pages de la série écrite par Franck Dumanche et Stéphane Tamaillon, dessinée par Raoul Paoli. Parution chez Jungle le 23/09/2021.

Kat sue, sang et eau

Le jeune japonais Katsuo n’a pas une existence trépidante, mais elle lui convient tout à fait comme elle est: chiller dans sa chambre et jouer aux jeux vidéos, telles sont ses aspirations du moment. Cependant, sa mère et son grand-père ne le voient pas de cet œil. Pour eux, Katsuo gâche son potentiel, alors qu’il pourrait poursuivre son entraînement au Kendo et ainsi reprendre, le moment venu, la direction du dojo familial.

En effet, le grand-père, quelque peu rigide et à cheval sur les traditions, insiste pour que Katsuo se plie au sacerdoce de la famille, et veille sur l’institution fondée par leur ancêtre Honjo il y a plusieurs siècles. L’adolescent, lui, traîne des pieds en allant s’entraîner et préfère ses écrans aux sabres de bois.

Un soir cependant, Katsuo est intrigué par les allées et venues de son grand-père au sous-sol du dojo, et décide d’aller y jeter un oeil. Alors qu’il pose la main sur le sabre révéré par le vieil homme, il se retrouve mystérieusement transporté dans le japon médiéval, où il fait la rencontre d’un jeune homme nommé Honjo, qui n’a alors rien d’un farouche guerrier, et qui est lui-même confronté aux attentes démesurées de son père.

Car il se trouve que le grand-père d’Honjo, et donc l’ancêtre de Katsuo, était parmi les quatre valeureux guerriers qui ont mis fin au règne de terreur du Samouraï Noir, un guerrier affublé d’une armure magique qui a semé le chaos dans l’achipel sous l’ère d’Azuchi Momoyama (1582). Katsuo a donc voyagé dans le temps, alors même que les quatre vieux guerriers sont attaqués et tués les uns après les autres. Le Samouraï Noir serait-il de retour ?

Aventures à la sauce Samouraï

A priori, le lecteur ne sera pas dépaysé à la lecture du pitch de Katsuo: un jeune garçon a priori lambda mais attachant, va sortir de sa zone de confort et être confronté à une situation extraordinaire qu’il devra résoudre en utilisant un pouvoir magique. Rien de bien neuf sous le soleil, même si l’on ajoute le paramètre du voyage dans le temps, qui promet des situations cocasses de décalage et d’incongruité.

Le thème des traditions et de l’impact qu’elles doivent et peuvent avoir sur la jeune génération reste néanmoins intéressant, la culture nippone, elle-même partagée entre tradition et modernité, étant un terreau idéal pour exploiter cette dichotomie.

On pourra reprocher un manque d’originalité dans l’antagoniste, qui, sous ses airs assumés de Shredder, n’apporte pas grand chose à la thématique du récit. On aurait sans doute préféré un adversaire plus étoffé, et qui, pourquoi pas, aurait lui-même été confronté à une sorte de pression familiale. Au lieu de ça, on a quelque chose de plus basique, et donc, de moins mémorable.

Ce petit manichéisme mis à part, le rythme de l’album reste dynamique, avec une introduction rapide, même si l’exposition est quelque peu pataude, ou en tous cas, très explicite, par moments. Difficile de déterminer si les auteurs ont pris ce parti en raison du lectorat cible ou bien par maladresse, toujours est-il que certains éléments auraient du être amenés avec plus de subtilité.

Une fois Katsuo projeté dans le passé, les actions s’enchaînent de façon fluide et rapide, amenant à un climax bref mais survitaminé. Côté graphique, Raoul Paoli fait le choix de la clarté et de la décompression pour ses planches, usant d’un trait résolument orienté manga, avec des expressions typiques de ce médium et des poses dynamiques.

En bref, un album jeunesse agréable à lire, quand bien même il ne révolutionne pas le genre.

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***·BD·Jeunesse·Service Presse

Seizième printemps

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BD de Yunbo
Delcourt (2022), 120p., one-shot.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

Lorsque ses parents se séparent Yeowoo est emmenée par son père à la campagne pour habiter chez son grand-père et sa tante. Dans l’attente de voir son papa venir la récupérer, elle découvre un nouvel environnement et la difficulté de vivre avec une vieille personne et une vieille fille. Surtout, elle réalise bientôt que son séjour risque de durer plus que prévu…

Drôle d’album que cette BD jeunesse réalisé par une coréenne formée en France. Ou plutôt triste album, qui nécessite de vous avertir sur le public ciblé, pas évident lorsqu’on regarde le fond et la forme. Sur la forme pas de doute, avec ses couleurs pastelles, ses personnages d’animaux anthropomorphes et cette enfant qui va apprendre à vivre à la campagne, on a tout l’habillage du livre jeunesse. Pourtant, la dureté du sujet, l’abandon pur et simple d’une gamine de cinq ans par ses parents, interroge sur la pertinence de le lire avec un enfant, quand on sait l’importance des craintes d’appartenance et d’amour parental pour la construction de l’identité. Car si l’apparence est légère, parfois drôle et tendre lorsque la poulette qui s’est prise de tendresse pour elle devient une mère d’adoption, la souffrance ne quitte jamais cette enfant au cours des dix années qu’elle passera dans cet environnement mortifère, entre un vieux bonhomme un peu paumé et une tante qui semble restée à un âge mental de dix ans.

En cinéma on parlera de drame social, volontiers inséré dans l’univers des films belges sur la misère sociale. Pas gai. Il est possible que l’enveloppe facilite l’approche. Mais le choix de l’autrice de ne jamais vraiment compenser la dureté d’une gamine que personne n’aime, touche au moral. Alors bien sur les jolis moments de complicité avec la poule, autour de tartes aux fruits et de câlins dans une serre emplie de beaux végétaux apaiseront un peu les âmes. On se demande pourtant comment la fille ne finit pas sociopathe avec tant de maltraitance.

Sur des planches vraiment très belles, Yunbo nous plonge ainsi dans un drame de l’enfance que vous prendrez selon votre sensibilité comme un joli conte sur la résilience ou comme une claque misérabiliste trop dure émotionnellement. Pas forcément très rigolo mais un album qui indéniablement ne laisse pas indifférent.

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*****·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Les Contrées de l’Elphyne

Histoire complète en 128 pages, écrite et dessinée par Michael Walsh. Parution en France le 16/03/2022 chez les Humanoïdes Associés. Lecture envisageable à partir de 8-10 ans.

Merci aux Humanos pour leur confiance!

Vers l’infini et dans l’au-delà

Ben, Lynn, et Beth Oates sont à un tournant de leur vie. Suite au licenciement de leur mère, l’adelphie se voit contrainte de déménager de l’Ontario pour retourner vivre à Newfoundland chez leur grand-mère. Ils y retrouvent ainsi la maison familiale et de nombreux souvenirs, mais également Jen, leur cousine orpheline depuis le décès de l’oncle Mike.

A peine sont-ils arrivés de leur long périple que Beth, la benjamine, disparaît mystérieusement dans les bois. Les sentiments de culpabilité et d’impuissance poussent Ben, puis Lynn, à vouloir participer à leur façon aux recherches. Ainsi, le duo s’aventure dans les bois à son tour, muni d’une lampe torche, d’une épée en bois et du pendentif de Saint-Christophe offert par la Grand-Mère, et c’est là que les choses basculent. En effet, Beth a bien été enlevée, par une créature magique qui rôdait dans la forêt, et qui l’a emmenée dans un monde surnaturel nommé l’Elphyne. Ben et Lynn vont alors être guidés par Elsy, habitante de l’Elphyne, pour sauver cette étrange contrée et ramener leur petite sœur.

Les deux enfants vont alors découvrir que tout ce que l’on rapporte du monde matériel obtient des propriétés magiques en Elphyne, ce qui va leur permettre d’affronter toutes sortes d’épreuves, comme affronter un dragon, des crabes fous et finalement, l’entité maléfique qui a projeté le royaume tout entier dans les ténèbres.

Influences et inspirations

Autant le reconnaître d’emblée, Les Contrées de l’Elphyne est un très bon album. A première vue cependant, on peut vite déceler des influences qui peuvent laisser craindre un manque d’originalité. En effet, une fratrie endeuillée voyageant par accident dans un monde fantastique peuplé de créatures féériques vous rappellera certainement quelque chose, et on peut même aller chercher du côté de Peter Jackson pour l’aspect traitement du deuil et influence du monde réel sur le monde fantastique et l’au-delà.

Néanmoins, le travail de Michael Walsh conserve bien une patte toute personnelle, tant dans la construction de l’aventure que dans son final riche en émotions et en poésie. On y trouve une fraîcheur dans les dialogues, une naïveté dans les dessins qui donnent sans cesse envie de tourner la page pour lire la suite. La richesse de l’album ne vient d’ailleurs pas que du traitement de l’action et de l’émotion liée aux personnages, elle vient également des thématiques abordées, telles que le deuil familial et les peurs infantiles liées aux traumatismes.

S’agissant de l’album en lui-même, on ne peut qu’affirmer que c’est un bel objet, d’abord par le format, la couverture colorée et le gaufrage argenté sur le titre. Un bon et gros coup de cœur !

****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Bitter root #3: héritage

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Comic de David Walker, Chuck Brown, Sanford Green et Rico Renzi
Hi comics (2022) – Image (2021), 160 p.

Lauréa du Eisner award 2020 pour la meilleure série.

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bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur confiance.

Avec cette conclusion, en trois ans la série Bitter Root aura marqué les esprits et lancé fort logiquement une adaptation ciné qui s’annonce fort alléchante avec le réal de Black Panther comme producteur et le toujours brillant studio Legendary au Bitter Root Tome 3: Legacy - Comics de comiXology: Webtiroir caisse… Si vous avez lu les précédents volumes vous n’avez peut-être pas pris le temps de lire le volumineux dossier composé d’analyses d’auteurs, chercheurs, artistes noirs qui contextualisent le comic dans une culture de l’imaginaire noire assumée comme une fierté spécifique. Car sous son aspect Ghostbusters noir Bitter Root est une saga tout à fait intello qui propose des réflexions très profondes sur l’identité noire, le racisme endémique des Etats-Unis et la culture de cette minorité. Sorte de prolongement de la Blaxploitation, la série s’inscrit dans une réappropriation de genres aussi balisés que l’horreur lovecraftienne et la SF steampunk.

C’est là le plus grand succès de cette proposition qui du reste adopte autant de qualités que de défauts du média comics. A commencer par une narration inutilement hachée qui nous perd à force d’aller-retours dans le temps et dans l’espace. En cela le premier volume, le plus linéaire et inscrit dans les codes de la BD d’action fantastique était le plus accessible. Si le troisième retrouve une cohérence Bitter Root No.14 - Comics de comiXology: Webgraphique mise de côté sur le second tome, il tarde aussi à préciser son propos en nous enivrant dans des design et des séquences d’actions toujours remarquables. Plus centré sur les relations familiales avec plusieurs membres retrouvés cet ultime volume présente une nouvelle menace alors que la venue du démon Adro sur Terre a déclenché une réaction en chaîne qui semble rapprocher la famille Sangerye de la fin du monde. Alors que les humains mutent, que les jeunes rivalisent de rage pour « amputer » les monstres de leur haine, l’ancienne génération devra convaincre le clan de sortir de l’engrenage mortifère.

Alors que l’Epilogue annonce déjà de prochaines suites pour le clan Sangerye, on reste vaguement sur notre faim à cette demi-conclusion qui confirme le talent créatif et intellectuel indéniable des auteurs mais donne le sentiment que la parabole a peut-être pris un peu le dessus sur la simplicité pull d’un Skybourne

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***·Comics·La trouvaille du vendredi·Rapidos·Rétro

Solo #2-3

La trouvaille+joaquim

Comic d’Oscar Martin
Delcourt (2016-2017),
Série en cours, 5 tomes parus +1 HS et 1 série dérivée: « chemins tracés ».

Les volumes comprennent des fiches techniques sur les « races » peuplant ce monde désolé. La chronique du premier volume est visible ici. le premier cycle de trois tomes est conclu, le second est en cours avec 2/3 tomes parus.

Solo s’est trouvé une famille, un clan qui a envie de protéger. Mais le monde est impitoyable et la vie n’a pas lieu dans cet apocalypse. Ce rêve d’amour et de relations est-il réellement impossible? Les êtres vivants ne sont-ils que proie et prédateur?

Attention spoilers!

mediathequeEn refermant le premier tome j’avais espéré qu’un scénario parvienne à emballer ce morceau de nerf, ce monde violent et dépressif qu’a construit Oscar Martin. Malheureusement, si l’atmosphère désespérée, la tension permanente et bien sur les combats sanglants sont toujours de grande qualité, on finit par se lasser de ce Solo tome 2 - BDfugue.comdésespoir et de cette fuite du rat musculeux dans les wastlands agrémentées de ses réflexions pseudo-philosophiques. L’artiste a un réel talent pour poser une ambiance mais une fois le principe posé il n’ose pas bâtir une intrigue qui finit par tourner en rond comme s’il ne savait pas comment sortir de sa spirale de désespoir. Etant donnée la pagination des albums il devient lassant de voir le héros se battre, se faire allumer, au bord de la mort avant que moultes Deus Ex machina ne viennent le sauver. Ses images du bonheur qu’il a pu effleurer sont touchantes mais là aussi redondantes.

Symbole de cette incapacité, aussitôt l’émotion des retrouvailles avec ses proches retombées, Solo repart dans une quête sans espoir. Aussitôt confronté à ces méchants humains dont la menace nous est montrée progressivement qu’il fuit à nouveau, nous laissant plein de frustration. Le problème de cette série c’est qu’elle ne semble pas parvenir à résoudre ce qu’elle met en place, se contentant d’un porte-monstre-trésor (sans trésor) qui paraît faire surtout plaisir à l’envie du dessinateur de croquer des éventrements de créatures hideuses par son rat-conan. Il est possible que cela fasse partie d’un grand plan de l’auteur visant à maintenir un désespoir qui sera résolu avec l’arrivée de la seconde génération (dont j’ai chroniqué l’intermède qui vient de sortir). En attendant on ronge un peu son frein. Si le premier tome avait été une découverte, le second maintient une sorte Solo T3 : Le monde cannibale (0), comics chez Delcourt de Martinde frustration tout en développant une intrigue… que le troisième maintient en sur-place. Entendons-nous bien: la progression familiale impossible avance (même lentement) dans la série et la destinée de Solo trouve une conclusion, sans doute inéluctable. Mais l’omniprésence d’adversaires interchangeables, finalement pas si forts que ça crée un paradoxe: malgré la dangerosité de ce monde on ne ressent pas la tension, la craint nécessaire à construire tout drama. Hormis quelques rares séquences brutales la routine de la survie et du malheur du héros finit par nous laisser un peu trop extérieurs, trop peu impliqués.

Comme malheureusement nombre de projets de dessinateurs Solo manque de structure, de projet et se repose par trop sur ses dessins et son worldbuilding. C’est très lisible mais pas suffisant pour en faire le monument que certains veulent bien clamer. En espérant que le second cycle me détrompera…

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Le Sarcophage des âmes

Histoire complète en 48 pages, écrite par Serge Le Tendre et dessinée par Patrick Bouton-Gagné. Parution le 02/02/2022 chez Drakoo.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Les sorcières de Sal Aiment

A quelques jours de Noël, le comté de Shaalem est en pleine ébullition. Olivia Newton, jeune femme métisse ayant récemment perdu son époux, élève seule sa fille Mercy. Déjà méprisée par la population locale, qui la toise sans lui accorder le moindre respect, elle s’attire les foudres du comté lorsqu’elle obtient l’autorisation de procéder à des fouilles archéologiques près du cimetière.

Sans crier gare, une foule de villageois en colère, accusant Olivia de sorcellerie, débarque sur le pas de sa porte, avec torches et tout le toutim. Affolée, Olivia confie Mercy à son amie Abbie, fantasque tenancière d’une maison close, et tente de repousser ses agresseurs. Dans l’escarmouche qui s’en suit, Olivia doit se défendre et use d’un don particulier, un pouvoir magique qui lui permet de projeter des flammes.

Manque de chance, sa maison prend feu, et la voilà portée disparue. Déclarée coupable de sorcellerie de manière posthume, Olivia subit l’opprobre tandis que sa fille est placée sous la tutelle de Ruth Taylor, rigide épouse dévote du juge du comté de Shaalem. Et le pire est encore à venir, car la redoutable Ruth joue un double jeu elle aussi. Sous ses airs de bigote, elle dirige en réalité un culte dont le projet et de réveiller un mage maléfique dont l’âme fut damnée il y a des siècles. Olivia va donc devoir affronter les ennemis héréditaires de sa famille s’il elle veut pouvoir libérer sa fille.

Ma sorcière bien brûlée

C’est bien connu, depuis la fameuse Boîte de Pandore, il est devenu quelque peu commode, en fiction, d’enfermer de façon plus ou moins contigüe et originale toutes sortes de maux ou d’entités maléfiques: les Titans dans le Tartare, les fantômes dans Ghostbusters, La Momie dans le film éponyme, l’Antéchrist dans le Prince des Ténèbres, le Général Zod dans Superman II, les exemples sont bien sûr trop nombreux pour espérer en faire une liste exhaustive, mais après tout, un sarcophage, pourquoi pas.

L’histoire, qui ne compte que 48 pages, se lit donc très rapidement et ne demande pas un fol investissement, que ce soit en temps ou en émotions. Les bases sont rapidement posées, sans fioritures, et l’on peut pour cela compter sur l’expérience vertigineuse de Serge Le Tendre, qui rappelons-le, a tout de même forgé le game s’agissant du genre Fantasy en France. Le reste se déroule de façon plutôt linéaire, puisqu’en si peu d’espace, on peut imaginer qu’il fut difficile d’implémenter plus de péripéties et de rebondissements.

Il y a néanmoins quelques éléments qui m’ont chiffonné, j’en viens donc à une partie spoiler que je conseille d’éviter à celles et ceux qui souhaiteraient découvrir l’album par eux-mêmes.

On apprend donc qu’Olivia fait partie de la Guilde (j’imagine qu’il n’y avait pas plus générique comme nom pour un groupuscule… ah ben tiens, c’est pas si mal, ça: « le Groupuscule« ), une lignée de puissants mages liés aux forces de la nature dont la vocation était d’éclairer l’Humanité. Bien évidemment, un schisme idéologique se produit et l’un des Mages se rebelle (bonjour Lucifer, Voldemort et toutes les autres figures prométhéennes négatives), parce qu’il considère qu’il y a mieux à faire avec tout ce pouvoir. Il est vaincu, est exécuté, MAIS, son âme est enfermée dans ce fameux sarcophage afin de… tourmenter son âme ? l’empêcher de mourir définitivement ? Ce n’est pas très clair car il est simplement mentionné que ce mage « prétendait pouvoir dominer la mort ».

Ce qui m’a principalement gêné, c’est que cette Guilde, sensée représenter les forces capables du Bien, excommunie l’une des leurs qui tente d’empêcher la résurgence du Mal, puis se montre totalement absente et inepte lorsque le dit mal ressurgit, et surtout, ne trouve pas un moyen plus efficace, ou en tous cas pas aussi aisément corruptible ou détournable, d’enfermer ce méchant. A mon sens, ce sont ce genre de détails qui peuvent à terme nuire à la crédibilité d’un scénario, même sur un format court et peu exigeant de one-shot 48 pages.

En parlant de détail, je passerai sous silence le faux-raccord qui s’est glissé en page 6 case 1, car je passerais certainement pour un tatillon 😉

En conclusion, cet album, qui marque la présence d’un auteur old-school et incontournable de la BD franco-belge chez un éditeur de taille modeste, finit d’asseoir une tendance que nombre d’entre vous auront sans doute déjà remarquée. En effet, de plus en plus d’auteurs reconnus se tournent vers les maisons d’édition indépendantes, voire vers le crowfunding, pour des projets plus petits, parfois moins ambitieux car plus récréatifs. Cela s’explique sans doute par une volonté de respirer artistiquement parlant, et ainsi créer des projets moins chronophages à coté de leurs productions majeures.

Le seul hic est que désormais, les petits éditeurs, qui jusque-là étaient plus prompts à s’engager auprès d’auteurs encore inconnus, sont accaparés par les pontes, et ont donc tendance à délaisser les débutants qui cherchent à faire leurs armes dans le secteur indé.

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Solo: Alphas

esat-westComic d’Oscar Martin et Juan Alvarez
Delcourt (2021), 108 p. one-shot, univers commun avec la série mère Solo.

L’album au format franco-belge (contrairement à la série Solo qui est au format Comics), comprend un cahier de recherches graphiques de six pages, ainsi qu’une préface d’Oscar Martin clamant son amour au talent de son associé graphique Juan Alvarez. L’illustration d’intérieur de couverture est très réussie et montre la finesse du travail de ce dernier.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

La lecture du premier tome de Solo m’avait enthousiasmé mais je n’ai pas eu le loisir de poursuivre (ce sera fait à la suite de ce one-shot qui m’a bien donné envie de me replonger dans cet univers barbare). Présenté comme une histoire complète, la conclusion raccroche néanmoins directement avec le second cycle de la série mère en en faisant une origin story.

Je ne vais pas vous mentir, cet album est un fan-service destiné à la fois à donner encore plus de Solo aux lecteurs et de mettre le pied à l’étrier d’un jeune auteur qui a développé son dessin au sein des concours organisés par Martin pour faire vivre son univers et son lectorat. Je ne me suis pas particulièrement penché Solo : Alphas - (Juan Alvarez / Oscar Martin) - Heroic Fantasy-Magie  [BÉDÉRAMA, une librairie du réseau Canal BD]sur cet aspect mais cette série et son auteurs sont un nouvel exemple de ce que peut produire une passion lente et tenace pour créer de toute pièce un univers solide avec une base de fans solide, en s’exonérant totalement des cadres éditoriaux classiques.

Nous avons donc l’histoire d’un chien (ce monde est peuplé de créatures animales humanoïdes) que son clan tente d’éliminer et qui décide de se venger en récupérant sa belle à l’occasion. Traqué, il va mettre à profit sa rage et sa compétence guerrière pour recréer une communauté basée sur la confiance et non sur la seule force d’Alpha. Nous retrouvons donc cet univers désespéré fait de guerriers, de combats archi-sanglants, de bêtes sauvages et de combats ininterrompus. Et sur ce plan on est régalé avec de très belles chorégraphies et de la rage bien comme il faut. Sans ambition particulière l’album montre donc la qualité graphique du dessinateur, qui sait se démarcher un peu de son maître et se lit comme une bonne BD d’action, pour ce qu’elle est. Cela ne donnera pas forcément envie aux néophytes de se lancer dans la série mère mais si vous y êtes déjà la lecture vaut le coup en attendant la suite…

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