***·BD·Mercredi BD·Rétro

Old Pa Anderson

BD du mercredi
BD de Hermann et Yves H.
Lombard-Signé (2016) -58 p., one-shot.
couv_269441
© Hermann/Yves H chez Le Lombard

Cet album marque la sixième collaboration de Hermann avec la collection Signé sur un scénario de son fils. Il coïncide avec la remise au dessinateur du Grand Prix d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre. J’aime le format des albums Signé dont le projet était à l’origine de proposer des auteurs reconnus sur un one-shot, une sorte de Hall of Fame de la BD. Lorsque l’on voit aujourd’hui la composition du catalogue, de plus en plus d’histoires se déclinent en plusieurs volumes et les auteurs avec trois, quatre ou cinq albums dans la collection ne sont désormais pas rares. Je trouve que cela pervertie l’objet de cette collection qui se voulait d’exception et c’est dommage. Les collaborations du duo Hermann notamment, qui semblent composer une sous-collection, me pose problème, avec un manque de sélection manifeste de l’éditeur (j’ai en souvenir le catastrophique Station 16)… Pour se recentrer sur cet album proprement dit, il est de bonne facture, avec une jolie couverture intéressante, la  bio et biblio habituelle des auteurs et une post-face de quatre pages reprenant des témoignages sur l’époque un rappel historique de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, croquis préparatoires et photos assez crues de lynchages.

Old pa est vieux et noir. Dans le sud des Etats-Unis cela laisse peu de possibilités. Lorsque sa femme décède il apprend que quelqu’un peut lui apporter des informations sur l’enlèvement de sa petite fille il y a des années, évènements qui a brisé sa vie. Il n’a plus rien à perdre et est bien décidé à se faire vengeance…

Résultat de recherche d'images pour "old pa anderson herman"
© Hermann/Yves H chez Le Lombard

Comme avec beaucoup d’auteurs se sa génération j’entretiens une relation de méfiance avec les albums de Hermann. Vieux routier de la BD avec une production phénoménale et un plaisir toujours manifeste de réaliser ses albums, le belge propose à la fois une maîtrise du récit et du découpage prodigieuse, une technique de colorisation indéniable, mais également une habitude à utiliser des couleurs et textures très sombres et de grosses lacunes techniques qui ne disparaîtrons certainement jamais. Un peu comme pour Yslaire, je reproche à ces autodidactes de ne pas travailler leur technique comparé à certains jeunes dont les progrès entre chaque album sont souvent impressionnants. Avec l’un comme l’autre les dessins de 1980 et ceux de 2019 n’ont pas bougé…. Quand à Yves H, je suis également réservé, ayant lu certains de leurs bons albums quand d’autres sont marqué de grandes faiblesses de récit.

Résultat de recherche d'images pour "old pa anderson hermann"
© Hermann/Yves H chez Le Lombard

Malgré cela j’ai toujours l’envie de lire un album de Hermann, notamment grâce à ses couvertures toujours réussies et qui sont de vrais appels à ouvrir l’album. Surtout car ses choix thématiques radicaux sur des sujets lourds et souvent très politiques me plaisent beaucoup. Le bonhomme rentre dans le tas, dit ce qu’il a à dire, dénonce sans détours et cela fait du bien. C’est tout cela qu’est Old Pa Anderson. Album lu rapidement, avec peu de textes et beaucoup de scènes nocturnes, il peut se comparer au film d’Arthur Penn La poursuite impitoyable, montrant le fonctionnement du Sud profond US avec des shériffs qui tentent de faire appliquer une loi bien lointaine pour une population bien attachée à ses traditions de lynchages et de racisme. Un petit soucis dans l’album repose (comme souvent chez Hermann) dans la difficulté de distinguer certains visages. Avec quelques aller-retours entre maintenant et le passé Yves H a l’intelligence d’utiliser ce flou dans sa construction, laissant parfois le doute sur l’époque visitée et le shériff concerné.

Résultat de recherche d'images pour "old pa anderson hermann"
© Hermann/Yves H chez Le Lombard

Histoire simple, linéaire, à l’aboutissement inéluctable et brutal, Old Pa Anderson est percutant par son propos, sa description sans détours d’une époque atroce, pas très ancienne, où les blancs disposaient de la vie des noirs de façon sans doute plus légère encore qu’au temps de l’esclavage où ceux-ci constituaient un bien matériel pour leur propriétaire. Le monde dépeint par les Hermann est toujours bien glauque, celui des bas-fonds de l’âme humaine où même entre gens de couleur on ne s’aide que contraint, on est lâche et soumis à de basses pulsions. La dernière odyssée d’Old Pa Anderson n’est finalement qu’une parenthèse dans la monotonie de ce Sud où le viol, le meurtre, le vol des noirs est la norme. Un album coup de poing dont le cahier final rappel que rien n’y est exagéré, comme un triste écho à l’actualité intérieure de l’Oncle Sam…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

 

 

Publicités
***·BD·Nouveau !·Service Presse

Après l’enfer

BD de Damien Marie et Fabrice Meddour
Bamboo (2019), 54 p., série en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour cette découverte.

couv_368329La couverture de cet album et le pitch l’ont envoyé directement sur ma page des albums les plus attendus… Elle va également illico dans mon top annuel 2019 catégorie Couverture tant cette image et le design du titre marquent et donnent terriblement envie de lire l’album! Bravo global pour cette composition à la fois esthétique et efficace… avec le risque que l’envie donnée ne soit pas totalement récompensée (j’y reviens plus bas). Hormis cela rien de particulier niveau éditorial.

La Guerre a duré quatre ans. Après un demi-million de morts et une politique de conquête sauvage de l’Union, le Sud est ravagé. Après cet enfer nombre de femmes se retrouvent seules dans ce qu’il reste de leurs grandes propriétés. La Loi n’existe plus et permet à des bandes de d’anciens soldats de mener des raids à la sauvagerie inouïe. Rescapées de ces massacres, Dorothy et la jeune Alice vont tenter de se reconstruire entre un monde mort et un imaginaire qui peut leur permettre une certaine résilience. Bientôt elles rencontrent des hommes. Abîmes, fuyant, semblant rechercher la même chose qu’elles. Mais peut-on leur faire confiance?

Résultat de recherche d'images pour "meddour après l'enfer"Damien Marie est une véritable découverte pour moi, n’ayant rien lu de lui et découvrant sur cet album un véritable talent d’écriture comme de découpage. Cette histoire n’était en effet pas simple à développer et très piégeuse. Les histoires de survivants de la guerre, les horreurs de la Guerre de Sécession, ont été beaucoup traités, de même que les variations plus ou moins pertinentes et réussies sur les classiques de la littérature imaginaire. Ici Dorothy et Alice font bien évidemment référence aux pays des Merveilles et d’Oz. L’intelligence de l’auteur est d’utiliser subtilement les références sans tomber dans des liens forcés. Car son histoire est originale et n’a pas vocation à reprendre celles de Lewis Carol et de Lyman Frank Baum. Elle sert de vecteur pour comprendre le traumatisme de la petite fille et son refuge dans un monde imaginaire apaisé. Par moments Marie pose un chat (que l’on suppose de Cheshire), un chien ou un Chapelier… qui restent des habillages, des coloration pour ce qui est le récit dramatique d’une fille violée après le massacre de sa famille. L’Enfer du titre est cette Amérique des Etats du Sud dont les yankees cherchent à se venger en déchaînant les atrocités partout. Comme s’il ne devait rien rester de cette culture certes esclavagiste mais réelle.

L’enfer s’est construit jour après jour, livrant le Sud à la cendre…

La qualité première de cet album est donc ce réalisme qui ne cherche pas à atténuer la dureté des évènements mais sait subtilement suggérer l’indicible, que ce soit graphiquement, par un découpage inventif et élégant (comme cette flaque en première page qui crée un miroir entre deux mondes) ou par le texte très agréable. Sous la forme d’une pseudo-chasse à l’or de soldats rebs blessés et démobilisés qui rencontreront les deux filles, les auteurs nous montrent des gueules cassées, des humains ayant vécu les uns le front et les mutilations, les autres la barbarie de l’arrière, qui ne souhaitent qu’à trouver la paix. Le chêne de l’histoire est Dorothy, que Fabrice Meddour prend plaisir à dessiner et dont l’inspiration a créé cette magnifique couverture. Plus âgée que la fillette, elle est la seule qui semble parvenir à gérer son trauma et réagit dans ce monde ravagé en prenant son destin en main. La galerie de personnages est intéressante, étonnante lorsque l’on s’attend à voir les hommes se défendre de l’agression d’un chefaillon bleu ou lors de la rencontre avec Dorothy. Car si l’aspect de cette équipée reprend les codes du western avec une définition graphique assez simple, ce qui intéresse Marie et Meddour c’est comment on parvient à s’échapper sans tomber à son tour dans la sauvagerie, sans se méfier de tout le monde.

La reine et le chapelier ont trahis les leurs pour rejoindre le sorcier

Résultat de recherche d'images pour "meddour après l'enfer"Pour représenter ce monde d’après, Fabrice Meddour propose des tableaux très élégants, en couleur directe avec des choix monochromes variés selon les ambiances et irruption de couleurs vives par moments. Cela permet d’illustrer un monde terne, où la vie semble s’être échappée, comme un voile dressé par ces survivants sur une réalité trop dure. J’avais découvert cet auteur à la même époque que les premiers albums de Luc Brunschwig, sur Le temps des cendres, où j’avais beaucoup aimé son style. Je suis surpris de voir que les faiblesses techniques de l’époque sont toujours présentes, notamment sur les visages et anatomies en situation d’action. Comme chez Perger ou Nguyen cela s’explique en partie du fait de la technique utilisée (qui exclue pratiquement les encrages) qui rend compliquée une grande précision sur les petites cases. Car Meddour sait pourtant dessiner et propose des planches superbes, sensibles et magnifiquement colorisées. Il n’est pas le plus techniques des dessinateurs BD mais propose un design agréable et qui dégage une certaine élégance. Autre détail dommage: les onomatopées sont étonnamment imprimées informatiquement en contradiction avec l’aspect très artisanal de l’album. Dommage.

Vos cicatrices vous vont bien Hunk…

Sur le premier tome de ce diptyque au sujet très intéressant, sensible et particulièrement bien écrit, les auteurs nous proposent une vision originale de l’après guerre, une histoire de survivants à la fois dure et sensible, un bel objet où l’on ressent le plaisir et l’investissement des auteurs. Je le conseille.

 note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Rétro

BD en vrac #9

  • Obeyron – Les Maîtres inquisiteurs #1 (Peru/Gioux/Soleil) – 2015

L’album a été lu dans le cadre de l’opération annuelle 48h BD proposant une sélection d’albums à 2€. L’occasion de découvrir cette série incluse dans la collection créé par Jean-Luc Istin (les séries Elfes, Orcs, Nains, etc.). Je dois dire que si ma première tentative sur Elfes n’a pas été très concluante, j’ai essayé cette série notamment pour sa très jolie couverture qui respire la ride et l’âpreté… Les Inquisiteurs sont un ordre d’enquêteurs, à la fois juge et bourreau, envoyés en compagnie d’un sage elfe par le haut conseil des Juges pour résoudre les crimes commis sur le monde d’Oscitan, divisé en deux empires, au nord et au sud. Le concept de la série, par cycles de cinq tomes autonomes conclus par un album commun, propose donc des enquêtes avec un personnage différent chaque fois. Ici Obeyron qui assouvit sa vengeance après avoir été envoyé dans un piège mortel il y a des années et dont il est revenu doté d’une rage et de pouvoirs imprévisibles… Graphiquement on est dans du très correcte, notamment pour les personnages (moins sur les arrières-plans). L’univers de fantasy n’est pas très original mais intéressant néanmoins avec cette ancienne guerre globale dont le monde panse encore les plaies. Résultat de recherche d'images pour "maitres inquisiteurs obeyron"Si le thème de l’enquête dans un monde de fantasy est sympa, on n’avance pas beaucoup, du fait sans doute d’une intrigue à étaler sur cinq albums. Du coup on lit surtout une succession d’actions violentes de cet ex-inquisiteur qui a un peu oublié qu’il ne devait pas se faire justice lui-même. L’originalité de l’album réside surtout dans ce fantôme d’elfe qui parle à l’oreille du anti-héros sans que l’on sache tout le long si le personnage est fou ou doté de facultés spéciales. Une demi-réussite, comme très souvent malheureusement dans ces séries concept dont est friand l’éditeur Soleil, dotées de belles couvertures, de dessins correctes et de scénarios qui se tiennent… mais peinent à justifier leur existence hors de l’intérêt commercial.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

 


  • Une histoire corse (Dodo/Chapron/Glénat) – 2018

Album lu dans le cadre du

couv_327046Années 80, Corse. Catherine rencontre par hasard un demi-frère dont elle ignorait l’existence. Il comble un manque inconscient, cette part corse que la parisienne, étudiante venant se ressourcer chez sa cousine ne connaît pas bien. Il révèle les mensonges de sa famille, de sa mère, obligée d’abandonner cet enfant d’un mariage turbulent. C’est l’histoire de la France, de la Corse, d’une famille qu’elle découvre en spectateur. Mais les secrets ne sont jamais terminés…

J’ai lu cet album car il figurait dans la sélection du prix des médiathèques du territoire où j’habite. Il s’agit d’une jolie découverte, dans un style graphique et une sensibilité générale proche du Paroles d’honneur de Leila Slimani et Laetitia Coryn. L’histoire  corse en question est remarquablement construite, avec plusieurs étapes qui suivent une évolution surprenante et permettent de découvrir tout en souplesse des sujets assez différents: la mafia, les colonies et la France des années 50, les secrets de Résultat de recherche d'images pour "chapron une histoire corse"famille, la question corse et le terrorisme,… On pense lire une histoire de famille et le curseur s’ouvre rapidement sur quelque chose de plus vaste, sur le principe de la petite histoire qui intègre la grande Histoire. Le personnage principal est assez touchant, jeune fille simple découvrant la complexité des secrets de famille. Cette histoire aurait pu se passer ailleurs et aurait été tout aussi intéressante. Mais elle se passe en Corse et les spécificités de l’île (peut-être un peu caricaturale puisqu’elle ramène inévitablement la question mafieuse: la French Connection… ) rajoute un peu plus de drame. Pourtant le traitement se fait tout en douceur, sans pathos car c’est le point de vue de Catherine qui prévaut, aimant son demi-frère sans jugement malgré les ombres de sa vie. Les aller-retour temporels sont très bien balisés visuellement et se suivent sans difficulté, hormis peut-être l’évolution physique des personnages qui peut parfois être un peu compliquée.

Il en ressort un joli album dont la couverture reflète particulièrement bien cette narration douce et ombrageuse à la fois. Une belle BD que je n’attendais pas et qui, si elle nous surprend peu, est très cohérente et maîtrisée.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

 


  • Bug #2 (Bilal/Casterman) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette lecture. Cet album a été lu sur une épreuve tirage papier.

9782203163614J’avais chroniqué la très bonne surprise que représentait le premier tome de la nouvelle série SF de Bilal, qui m’avait réconcilié avec le grand illustrateur qui est cette année membre du jury du festival de Cannes… Le tome 1 nous laissait en compagnie de Junia Perth et Obb, à bord d’un aéronef à destination du rendez-vous pour récupérer la fille de ce dernier. Maintenant que le monde entier sait que le spationaute possède dans son crâne, une foule de services secrets, mafias et factions est à ses trousses. Son odyssée ne sera pas de tout repos malgré les pouvoirs gigantesques qu’il a acquis grâce à la cohabitation avec le parasite qui a élu domicile dans son corps…

Bug a le mérite de reprendre les thèmes chers à Bilal (et qui finiraient par devenir obsessionnels tant on les retrouve dans la quasi-totalité de son œuvre BD…) dans une trame scénaristique très classique bien que là-aussi très Bilalienne. J’avais laissé tomber ses BD après la grande déception qu’a été pour moi la quadrilogie du Monstre et je dois dire que nous retrouvons ici comme dans la trilogie Nikopol le même schéma de fuite chaotique d’un héros habité par un trésor improbable. Les héros de Bilal, portant toujours les mêmes visages, sont à la fois dépressifs (le mal de crâne de Nikopol ou de Nike Hatzfeld) et imprévisibles, avec une forte propension à être enlevés par des sectes et autres groupuscules. Résultat de recherche d'images pour "bug bilal"Ses récits sont emprunts d’une sorte de passivité qui transforme les voyages en succession d’enlèvement-fuite. On peut s’en lasser mais constater également que nombre d’auteurs reprennent leurs thèmes de façon plus ou moins originale, à commencer par le patriarche Jodorowsky. Personnellement je trouve que l’on perd un peu en originalité mais si Bug est plus classique, plus sage que le Monstre (notamment graphiquement) il est aussi beaucoup plus accessible et pourrait presque être vu comme une version grand public de sa dernière grande saga. Cela sans-doute car moins personnel, moins intime et plus en phase avec notre actualité. Bug est un pur récit d’anticipation et en cela la vision de Bilal, avec son humour décalé et sa vision toujours fraîche (j’adore ses versions du néo-marxisme, des mafieux corses et des supporters-terroristes de l’OM!) touche juste. Son personnage connecté donne une vision sérieuse et franco-belge  de l’héroïne Valiant Livewire et il est amusant de comparer ce traitement très différent, comme quand on mets en miroir les films MCU et l’Incassable de Night Shyamalan! Ce second volume poursuit donc sur les mêmes bases que le premier, avance un peu mais sans que l’on s’attende à un coup de génie scénaristique. C’est bien sa vision du futur et l’ambiance graphique unique qui plaît chez Bilal. On ne peut pas contester l’élitisme/hermétisme de précédents albums et la simplicité du nouveau. Moi je préfère comprendre ce que je lis en rêvant, qui sait, à un retour à une collaboration plus sage avec un certain Pierre Christin

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Neuf tigres

La trouvaille+joaquim

BD Vatine et Jian Yi
Delcourt – Série B (2009), série inachevée en 1 volume.

couv_82678Sortie en 2009 dans la mythique collection Série B Delcourt lancée par Vatine et son pote Fred Blanchard, 9 tigres est dessinée par un jeune prodige d’alors, le chinois Jian Yi qui a réalisé un autre album de série inachevée (Sekushi Memory chez Paquet) et une série sur le dieu singe avec JD Morvan, le grand manitou des liaisons BD avec l’Asie. Pour les dix ans d’une série qui s’annonçait comme un carton d’action, je vous propose cette Trouvaille qui malheureusement a peu de chance de voir un prolongement. Renseignement pris auprès d’Olivier Vatine, le dessinateur ne fait plus de BD et est installé aux Etats-Unis. Le scénariste n’a pas encore récupéré les droits mais il est certain qu’étant donnée la grande proximité de style entre les deux ce dernier pourrait tout à fait reprendre le dessin de sa série…

Xiao Mei est le meilleur assassin des 9 tigres, la redoutable mafia chinoise. Au cours d’une mission elle élimine une vieille dame, sa cible… qui lui fait des révélations qui vont bouleverser son existence et l’envoyer comme l’ange vengeur qui éliminera l’organisation criminelle…

Image associéeJ’adore le label Série B! D’abord par-ce qu’il est sorti quand j’ai commencé à lire beaucoup de BD et que mes premières grosses séries suivies étaient signées Vatine, Duval, Quet, Pecqueur, Pécau, etc. Série B c’est de la SF, du Steampunk et du pop-corn avec, dans les premières années du moins, une vraie qualité graphique, un peu numérique niveau couleur, mais qui peps’! Toute une génération de scénaristes et dessinateurs ont été lancées sur ce label que j’ai depuis un peu lâché du fait de séries infinies comme les uchronies Jour J ou l’Histoire secrète. Surtout je trouve que la ligne s’est distendue avec trop de distances prises avec ce qui fait la force de ce 9 Tigres: l’action débridée, le dessin efficace en diable et une ambiance technologique.

La ressemblance entre le dessin de Jian Yi et celui de Vatine (inimitable) est frappante. Entrant de plein cœur dans l’action en une séquence d’intro reprise des pop-corn movies où ça défouraille sec, l’album nous propose une intrigue simple avec une héroïne indestructible qui va se retourner contre son employeur et devoir se sevrer des drogues de combat habituelles. L’arrivée de cette rupture est presque trop rapide, tant Vatine cherche à avancer sans temps morts.Image associée Il pose pourtant des séquences explicatives qui construisent l’intrigue mais tout ça va du reste aussi vite qu’un film de Hong-Kong, genre auquel 9 Tigres se réfère sans ciller. Si l’auteur d’Aquablue a beaucoup de bouteille en matière de mise en scène et a certainement chapeauté son disciple, c’est bien le dessin, très élégant, qui fait la force de cet album. On ne va pas se le cacher, Olivier Vatine devenant assez rare aux crayons, la série montre ce qu’il pourrait proposer à ses fans s’il sortait de sa semi-retraite.

Il y avait du potentiel dans cette BD d’action débridée avec un grand méchant esquissé et un soupçon de fantastique que l’on peut deviner. Vatine est un auteur frustrant car rare et ayant une relation compliquée avec l’édition (une génération entière reste traumatisé par son abandon d’Aquablue après un Corail Noir qui reste sans doute l’une des plus fortes BD SF de l’histoire du franco-belge). Chacun de ses travaux dispose pourtant d’une force impressionnante et l’on aimerait plus de régularité. En attendant je vous invite à profiter de cette BD folle, comme un one-shot. Plaisir des yeux, plaisir coupable.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

****·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !

Les spectaculaires prennent l’eau

BD du mercredi
BD de Regis Hautière, Arnaud Poitevin (et Christophe Bouchard).
Rue de sèvres (2018), 54 p. série Les spectaculaires #3.

couv_340744

Pour le travail d’édition je renvoie à ma critique du premier album.

Alors que la crue de la seine plonge les policiers du préfet Lépine les pieds dans l’eau, le criminel insaisissable « le Marsoin » se joue des forces de police pour piller banques et musées grâce à des machines fantastiques… Le préfet fait alors appel aux Spectaculaires, dont le succès dans l’affaire de a Divine Amante a fait grand bruit.

Les Spectaculaires est une série qui semble partie pour gagner en maturité et se bonifier à chaque album. Le second tome qui transposait l’action hors de la capitale apportait une fraîcheur qui manquait au premier, et avec ce troisième tome on monte encore d’un cran. Avec des personnages récurrents que les auteurs ont la bonne idée de faire légèrement évoluer (le plus souvent de par les améliorations de leurs costumes), on ne se repose pas sur ses lauriers des running-gags, présents mais sans l’insistance qui tuerait l’humour. On reste dans le registre qui fait le succès de la série: une bande de bras cassés qui surnagent grâce à l’intelligence de la fille du groupe, Pétronille. Hautière en profite pour placer une petite attaque féministe à l’encontre des mœurs bien paternalistes de l’époque incarnées par le Préfet de police de Paris Louis Lépine qui imagine difficilement une fille faire la nique à ses troupes et au grand méchant de l’histoire, le Marsoin.

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"Bien entendu, à côté de l’habillage historique (on retrouve des personnages réels et des lieux entrés dans l’imaginaire collectif dans chaque album), ce sont bien les personnages qui font le sel de la série. Avec un méchant très réussi (en mode Moriarty de Myazaki pour ceux qui connaissent), des héros totalement monolithiques pris individuellement mais proposant des scènes souvent tordantes lorsqu’ils rentrent en action, Les spectaculaires prennent l’eau est une vraie bonne lecture familiale où l’on rit sans se forcer. Signe de la prise de confiance et du plaisir des auteurs dans la réalisation de l’album, on trouve une nouveauté dans une habitude très Astérix: l’introduction de visages familiers donnés à des personnages de l’histoire (Blier ou De Funès par exemple). Dans ce monde rétro et vaguement steampunk tous les personnages semblent plus bêtes et les situations les plus absurdes les unes que les autres et le scénariste parvient néanmoins à proposer une véritable enquête policière qui se tient, à côté de Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"nombreux comiques de situation et de langue (les palabres autour du nom du méchant, les effets imprévus de la radio de Pipolet ou le Batmobile…).

Sur le dessin, les teintes sont plutôt ternes du fait des séquences nocturnes ou pluvieuses mais le design général est toujours aussi drôle, notamment les engins sur lesquels Arnaud Poitevin semble très concentrés. La colorisation de Bouchard apporte beaucoup à ce style crayonné et cartoon qui colle parfaitement à l’ambiance déglingue et débile de ce monde naïf.

On finit par prendre ses petites habitudes avec les Spectaculaires qui mine de rien au bout de trois albums est déjà devenue une série classique dont on imagine mal un album raté. Tant que le plaisir réciproque est là il y a peu de risque.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

****·BD·Nouveau !·Rapidos

Shi #3: Revenge

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2018), 56 p., 3 volumes parus/4

couv_344641Pour la fabrication, qualité Dargaud habituelle, belle maquette extérieure et intérieur de couverture soigné. Identique aux autres tomes.

Le (déjà) troisième tome de cette étonnante série rompt quelque peu le rythme de narration adopté sur les deux précédents. D’une part le scénario nous propose une linéarité à laquelle les auteurs ne nous avaient pas accoutumés. L’objet et le titre de l’album sont ceux de la vengeance de Jay qui va entreprendre d’éliminer un à un tous ces hommes dominants qui ont scellé son sort. Alors que les manigances politiques du roquet de l’impératrice Victoria (très bien rendue en dirigeants d’une froideur aristocratique brutale) progressent en parallèle, c’est sur ce volume un développement des secrets de la famille Winterfield que nous propose Zidrou. Le découpage au hachoir de la haute société victorienne est redoutable, emplie de perversions sexuelles, de domination masculine, de mensonges destinés à masquer les dérives des membres de la famille qui en internant sa femme à l’asile, qui en donnant un enfant illégitime à l’orphelinat,… L’autre changement est pour la première fois l’absence de séquences de nos jours, ce qui est surprenant tant le lien entre les deux époques est ténu et seuls les rappels réguliers nous permettent de progresser tome par tome vers une résolution finale après plusieurs cycles comme on le suppose. Du coup cette rupture est assez dérangeante et il risque d’être compliqué de raccrocher l’intrigue au quatrième tome. C’est un détail mais que j’espère calculé.

La continuité est sur la relation des deux jeunes femmes que l’histoire rude de chacune relie et qui va entraîner une alliance que l’on peut voir dès la couverture. Le surnaturel reste très discret et (totalement absent de ce tome) l’on se demanderait presque si l’irruption du second volume n’est pas une fantasmagorie tant le déroulement ressemble plus à un récit de vengeance tout ce qu’il y a de plus classique. Résultat de recherche d'images pour "shi revenge homs"Le dessin de Homs comporte moins de séquences d’action aux plans audacieux que le second tome et semble plus sage, sauf quand l’illustrateur espagnol nous envoie le visage sublime de Jay…

Revenge est un album de transition, qui reste de très haut niveau mais pâtit de son positionnement dans une histoire qui reste encore bien obscure. Il reste passionnant par sa dénonciation d’une réalité très noire de la société londonienne de l’époque et est rehaussé de quelques touches d’humour assez efficaces au travers de la petite clocharde qui accompagne les vengeresses dans leur croisade. Shi est une série qui se lit d’une traite et gagnera sans doute encore un niveau de qualité lorsque le premier cycle sera clôturé.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le

badge-cml

***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Savage #1

esat-west
Comic de Clay Moore, Clayton Henry et Lewis Larosa
Bliss (2018) – Valiant (2016), série en cours.

bsic journalismMerci à Bliss comics pour cette découverte.

Traitement habituel chez Bliss: descriptif du contenu et crédits et début d’album, galerie de couvertures et analyse de la répartition du travail entre scénariste, dessinateur, encreur et coloriste en fin d’album. Très jolie couverture « sauvage » qui montre le talent de Lewis Larosa

Il y a quinze ans un avion privé s’écrase sur une île déserte. A son bord la famille d’une célébrité du football. Et sur l’île, une faune sauvage… des dinosaures, mais pas que!

Savage n’aurait pu s’intituler autrement tant l’ensemble du projet est porté par le titre. Avec les deux talentueux dessinateurs habitués de Valiant Lewis Larosa (Bloodshot Salvation) et Clayton Henry (Harbringer wars), Bliss nous propose avec  ce faux one-shot – une suite est annoncée en fin d’album – un exercice de style pour l’enfant qui subsiste dans ces dessinateurs et leurs lectures pulp d’alors… Cet album est la variation de Valiant du thème « dinofighting » ou celui de la terre intérieure qui a fait les beaux jours des BD pulp de la première moitié du XX° siècle et du Shanna de Frank Cho

Résultat de recherche d'images pour "savage larosa"L’histoire est simple et (comme souvent chez Valiant) alternée entre maintenant et avant qui permet de changer de dessinateur. Le trait classique et élégant de Clayton Henry appuie la relative normalité du début et le sentiment de contrôle, et tranche avec les sections de son comparse, utilisant allègrement un découpage atypique pour illustrer la violence, la sauvagerie, la folie du jeune survivant devant déployer d’autant plus de rage pour compenser sa nature humaine face aux féroces reptiles. L’album Rocher Rouge critiqué récemment utilisait également cette technique classique du thème du naufragé sur une île (pas) déserte sur une d’un basculement progressif de la normalité à l’horreur. Le gros point fort de cet album est donc sa partie graphique, vraiment impressionnante, tant par le style des auteurs que par leur capacité à s’adapter pour exploiter totalement le média BD pour transcrire une ambiance qui se passe souvent de dialogues. Les scènes de combat du héros contre les dino sont réellement impressionnantes de dynamisme et de rage, notamment via des cases au détour indispensable au dessin. Je découvre Lewis Larosa après Bloodshot et je crois qu’aucun dessinateur ne m’a autant impressionné dans son découpage depuis Olivier Ledroit.. Le principal regret est que le tome soit si court et ne permette pas de développer la vie sur l’île, l’utilisation des dinosaures (certains passages rappellent le mythique Gon). La partie post-apo avec les hommes est un peu plus faible mais permet une ouverture sur la suite qui permettra de donner une vraie stature à ce projet en le sortant du seul plaisir coupable de dessinateurs qui jouent avec leurs jouets.

Cet album (un peu court) est donc une vraie réussite, sans grande ambition mais qui parvient grâce à une intrigue simple et un découpage général très talentueux à donner de l’enjeu à cette chasse continue et se paie le luxe de poursuivre le jeu, avec on l’espère, la même équipe aux manettes!

Un colloque a eu lieu en 2015 et donné lieu à un magnifique article sur le thème du dinosaure dans l’imagerie populaire, avec des centaines d’images et références.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

badge-cml

Et un autre avis très content de l’ami Yradon.