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Thorgal: le cycle de Brek Zarith

La trouvaille+joaquim

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BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (1982-1984), cycle de trois volumes.
Disponible également dans la première intégrale NB.

Résultat de recherche d'images pour "rosinski galère noire"Thorgal est peut-être la plus grande série au long cours jamais produite. Née à cheval entre l’époque de la BD classique et du renouveau graphique des années soixante-dix, elle apporte tant dans la narration adulte de Van Hamme que dans le trait unique de Rosinski une révolution qui débouche sur au moins deux cycles majeurs et le one-shot christique indépassable Le grand pouvoir du Chninkel. Les premiers albums des aventures de l’enfant des étoiles sont encore imparfaits, le dessinateur polonais ayant encore un trait inégal et les intrigues sont structurées sur le format de parution dans le journal Spirou. Avec le second cycle des aventures de Thorgal le triptyque La galère noire, Au dela des ombres et la Chute de Brek Zarith, les auteurs proposent une aventure majeure de la BD franco-belge alliant tout à la fois la démesure dans un univers par très loin de Conan, un grand méchant extrêmement réussi dans sa cruauté et sa froideur, une action fantastique et comme toujours dans Thorgal, cette émotion qui touche au cœur, peut-être comme jamais après, avec cette jeune fille dans la fleur de l’âge, jalouse au point de commettre une faute irréparable.

Thorgal coule des jours heureux dans un petit village d’agriculteurs avec sa douce Aricia, quand un jour un détachement de soldats vient demander des informations sur un prisonnier évadé. Lorsque la jeune Shaniah, amoureuse de Thorgal annonce que ce dernier a aidé à s’évader le fugitif elle provoque le drame. Thorgal est emmené comme forçat sur une galère du puissant Brek Zarith, cruel despot. En recherchant son aimée, le viking entraînera dans son sillage la mort et le sang, mais aussi l’amour impossible de Shaniah…

La progression narrative est très classique entre les trois albums, avec un premier tome qui crée le drame et le choix mortifère de Shaniah (qui préfigure ce que sera ou aurait pu être Kriss de Valnor), un second tome de résolution qui emmène le héros tel Ulysse aux portes de la mort et un troisième volume de résolution fait d’action, de décadence et crée ce qui fera la grande particularité de la série: le rôle de la famille. Si La galère noire est assez classique de la BD d’aventure, Au-delà des ombres est pour moi peut-être le meilleur album de la série, le plus émouvant dans cette odyssée mythologique et le rôle de la jeune Shaniah, dont le crime est irrécupérable alors qu’elle ne fait que commencer sa vie et découvrir un amour profond pour un homme unique qui en fera tomber plus d’une dans ses aventures…

Résultat de recherche d'images pour "rosinski brek zarith"Le seul reproche que l’on pourrait faire à ce triptyque qui porte en lui les germes du cycle majeur du Pays Qâ est ses couleurs tout à fait datées. L’initiative de l’éditeur d’une édition noir est blanc est bonne mais si d’autres albums de Rosinski ont été colorisés ou recolorisés depuis, il ne serait pas tout à fait inutile, tant qu’à multiplier les éditions commerciales, de proposer une nouvelle mise en couleur plus actuelle de ces premiers tomes. Car le dessin en lui-même est déjà au niveau de Tanatloc, d’une précision et d’une finesse incroyables. Il suffit (comme souvent) de regarder les détails des arrières plans dans les couloirs de la forteresse de Brek Zarith ou la minutie de la fête orgiaque pour montrer un dessinateur plein d’envie et dans la pleine maîtrise de son art. Ce cycle lance en outre le principe d’aventures dramatiques plongeant un homme dans des quêtes bigger than life contre sa volonté, loin de sa famille, avec l’apparition dans ce troisième tome de son fils Jolan. La spécificité de Thorgal est sans doute en grande partie liée à cette évolution personnelle et familiale. Si Thorgal ne semble jamais vieillir, ses enfants grandissent jusqu’à l’âge adulte (dans l’album très particulier La couronne d’Ogotaï) et est, je crois la seule série a avoir assumé une telle radicalité sur un long terme, avec dans une moindre mesure Buddy Longway, à qui Thorgal doit beaucoup.Résultat de recherche d'images pour "rosinski brek zarith"

Sorte de genèse, le cycle de Brek Zarith propose déjà le thème de l’amnésie (repris dans le cycle de Shaïgan), celui du voyage outre-mer, du grand tyran (la cité du dieu perdu), le personnage d’amoureuse vengeresse (Shania/Kriss) comme les voyages dans l’autre monde. Tout ceci en condensé, sans faute, fait de ce cycle une lecture obligatoire et un moment majeur de la BD franco-belge.

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Skyward

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Comic de Joe Henderson, Lee Garbett et Antonio Fabela
Hi comics (2019) – Image (2018), 1 vol paru en France. Série achevée en 3 volumes aux USA. 136 pages/volume.

bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur fidélité.

skywardComme souvent dans les comics les illustrations de couverture et de chapitre sont très appétissantes. La série est très récente aux Etats-Unis mais comporte déjà trois volumes reliés, on peut donc s’attendre à une parution rapprochée chez l’éditeur français. La contrepartie de cette parution rapide (un chapitre par mois) c’est un dessin un peu rapide (j’y reviens plus bas). A l’intérieur c’est assez maigre côté bonus avec seulement des couvertures alternatives du dessinateur. Pas même la classique bio. On a vu mieux.

Il y a vingt ans la gravité a soudainement cessé. Depuis toute la vie humaine des survivants a changé, certains profitant de la nouvelle situation pour devenir très riches. Pour d’autres le malheur a emporté leurs proches vers l’espace et la mort. Willa était bébé lors du jour G et a vu sa mère emportée. Jeune femme optimiste, elle parcourt les cieux avec aisance pendant que son père, traumatisé, vit terré dans leur appartement. Jusqu’au jour où ils sont retrouvés par l’ancien associé de celui-ci…

Résultat de recherche d'images pour "skyward garbet"Lorsque je suis tombé sur le pitch et la couverture de cette série Image il y a quelques mois je me suis dit que l’on tenait une pépite US pour les prochaines années. L’idée juste géniale montre que les créateurs n’ont jamais fini de dénicher des concepts « et si… » très motivants. En France un album de Mickey avait déjà abordé cette idée d’une toute autre manière. Et comme souvent en matière de comics on est un peu refroidis du fait du rythme et circuit bien différent de chez nous qui implique (hors romans graphiques et projets bien spécifiques type White Knight) des dessins concentrés sur l’essentiel, une focale sur l’action et un rythme de révélations étiré entre les multiples cliffhangers.

Skyward souffle ainsi le chaud et le froid avec nos envies et le potentiel de ce projet. Les dessins d’abord. Lee Garbet a du talent et un style indéniable que l’on voit sur les couvertures et certaines planches. Malheureusement les arrières-plans sont totalement délaissés pour arriver souvent sur des fonds monocolore à la Astérix, qui font assez étrange. Il est à peu près certain qu’il s’agit là d’une économie de temps pour assurer le rythme de publication. Personnellement je ne me ferais jamais à ces impératifs qui réduisent la qualité graphique d’une série pour assouvir la fièvre de consommation des fans de comics. C’est vraiment dommage car notamment on aurait beaucoup aimé voir plus en détail les incidences matérielles de ce nouvel univers en apseanteur, hors des chaussures magnétiques et des orages.

Résultat de recherche d'images pour "skyward garbet"Du côté du scénario il en est de même. On effleure souvent des idées juste géniales (comme donc cette gestion de l’eau en apesanteur, certains comportements punks (les types qui lissent en l’air…!), la propulsion par balle et l’absence de poids ou encore la couverture des cités par des dômes… sans les voir exploitées ni visuellement ni dans le scénario. Ce dernier est ainsi assez simplifié à la relation de Willa avec son père et le grand méchant. C’est frustrant et à mettre, j’espère, sur le compte du démarrage de la série (qui ne compte que trois volumes, il ne faudra donc pas traîner!).

Cette série a beaucoup d’atouts dans sa manche et comme souvent on jugera la qualité finale au développement du hors champ, du background et au travail de l’univers. Les premiers aperçus de la suite laissent penser que l’on s’oriente vers un voyage hors villes qui donne des possibilités de gagner en graphisme et en couleurs avec les insectes qui s’annoncent majeurs pour la suite. Pour l’heure si ce premier tome n’est pas mauvais, il est extrêmement frustrant de par l’utilisation très maigre de cet univers riche en possibilités d’action et d’idées saugrenues. Espérons que les auteurs sauront se sortir de leur seul pitch aussi talentueux soit-il.

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Jusqu’au dernier

BD du mercredi

BD de Jérôme Felix et Paul Gastine
Grand Angle (2019), 72 pages, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

couv_374030L’édition de cet album est minimaliste (pour l’édition classique), avec pour unique bonus la couverture de l’édition luxe en dernière page. Le dossier presse très intéressant donne des infos très sympathique sur la création et la relation entre les deux auteurs ainsi que sur le boulot sur la couverture qui n’a pas été une mince affaire. La grosse pagination peut expliquer la réticence de l’éditeur à augmenter encore les frais mais c’est toujours dommage de ne pas proposer quelques prolongements sur les éditions classiques. Concernant la couverture je trouve qu’étrangement c’est loin d’être la plus intéressante et percutante qui a été retenue, tant sur une question de couleur que d’ambiance graphique. Outre la version classique ce sont donc trois versions qui sortiront: la collector grand-format avec un cahier graphique de huit pages environ et deux éditions de libraires (Slumberland et Bulle du mans). A noter enfin que les auteurs prolongeront l’aventure western avec un album intitulé A l’ombre des géants et semblant se dérouler dans la neige…

L’ère des cowboys touche à sa fin avec l’arrivée du train qui va rendre inutiles les longues transhumances à travers le continent. Russel le sait et il a préparé sa retraite. Mais lorsque le hasard met un gamin dans ses pattes il se retrouve pris dans un engrenage où la réalité cupide de son époque le rattrape et où la vengeance va le sommer de faire des choix violents…

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Je trouvais jusqu’ici l’année BD un peu faiblarde après la sortie du magnifique Nympheas noirs dès janvier… puis plus grand chose de très remarquable. La fin d’année étant propice aux grosses sorties, je n’attendais pourtant pas ce joyau de western classique qui montre que les grande genres (western, SF, fantastique) accouchent souvent des plus grands albums et que la différence entre un très bon album et un grand album tient à peu de choses. Jérôme Felix est un scénariste d’expérience avec quelques vingt ans de carrière derrière lui. On sent ainsi dans la solidité d’une intrigue mince comme un western ce savoir faire dans l’agencement des cases et de la narration. Tous les grands films du genre au cinéma l’ont montré, ce sont les atmosphères, les regards, les interactions qui distinguent ces mille et unes histoires similaires de vengeances. Ses personnages sont très solides dans Jusqu’au dernier et l’on ne sait jamais si la caractérisation tient au travail graphique phénoménal de son comparse, au sien ou aux deux… Le rôle du scénariste est toujours ingrat lorsque l’on a devant les yeux de telles planches qui nous incitent à oublier le travail amont pour ne voir que le jeu des acteurs.

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Car Paul Gastine est un sacré bosseur. Contrairement à d’autres virtuoses du dessin il n’est pas passé par les prestigieuses écoles Emile Cohl, les Gobelins ou les Arts décoratifs. Comme Ronan Toulhoat il part d’un dessin amateur pour devenir après quelques albums l’un des tout meilleurs dessinateurs en activité dans la BD franco-belge. Il suffit de voir l’évolution de son dessin entre le premier tome de sa précédente série l’Héritage du diable et ce western pour voir le chemin parcouru. Cela fait longtemps que je n’ai vu une telle qualité technique et artistique. Pourtant l’excellent Dimitri Armand nous a comblé avec son Texas Jack l’an dernier. Mais le travail de Gastine sur les visages, les regards (le cœur des westerns), la physionomie de chaque personnage qui semble vivre à chaque déformation du visage, à chaque geste sont sidérants de justesse. Certains dessinateurs Résultat de recherche d'images pour "paul gastine"travaillent à partir de véritables romans-photos redessinés. Ce n’est probablement pas le cas ici au vu de la technique (très classique) utilisée et pourtant l’on a l’impression à chaque case de voir une séquence de film. Ce trait réaliste est en outre rehaussé par un choix de couleurs extrêmement élégantes et adaptées au moment. Que ce soit sur ses décors (les mille et un petits détails comme cet effet de plongeon lors de la chute du pont) ou les « acteurs », le dessinateur a pris un plaisir perfectionniste manifeste.

Felix et Gastine ont produit avec Jusqu’au dernier leur chef d’œuvre classique, digne d’un Howard Hawkes, et il n’est pas dit qu’ils puissent rééditer cet exploit tant on approche de la perfection en BD. Ils le savent certainement. A partir de ce niveau il est dangereux de poursuivre sur la même piste au risque de se répéter (c’est le cas de Brugeas et Toulhoat dernièrement). Personnellement je partirais très volontiers sur un prochain western avec eux en attendant d’autres univers et vous invite très vivement à monter sur votre cheval direction Sundance…

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Et un aperçu de l’évolution du dessinateur entre le premier et le dernier tome de l’Héritage du diable

 

*****·BD·Nouveau !·Rapidos

Jazz Maynard #7: Live in Barcelona

BD de Raul et Roger
Dargaud (2019), 46 p. couleur. Série finie en 7 tomes.

couv_372120Il est vraiment dommage que Roger produise à chacun des albums des couvertures très peu engageantes pour qui n’aurait pas encore fait connaissance avec Jazz Maynard. Sa colorisation tout à fait dispensable écrase la puissance de ses dessins et la spécificité de l’exercice « couverture » lui échappe. Il se fait plaisir mais le rôle d’accroche de la couverture n’est pas rempli. Vraiment dommage et quand on voit la place du dernier tome de cette série d’exception dans les ventes d’albums cela confirme que la communication autour du cambrioleur trompettiste est bien en-deça de ce qu’elle devrait être…

Retour à El Raval pour Jazz et Téo après leur périple islandais. Là, dans la chaleur des nuits barcelonaises Jazz s’apprête à sortir son premier album… si son passé lui en laisse le temps. Car lorsque l’on est aussi de la rue il est difficile de s’en couper définitivement…

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"Ce Live in Barcelona est un Requiem. Un étonnant objet qui sonne comme le chant du cygne d’une série que ses auteurs n’ont pas vu évoluer et qu’ils n’ont pas su comment clôturer. Fermant en un one-shot trop court deux trilogies très différentes mais ô combien ébouriffantes il commence sur une note optimiste, sorte de tombé de rideau revenant au titre de la série et au nom d’un personnage que l’on n’a que trop peu vu jouer de l’instrument… avant de se précipiter en une poursuite mortifère. On y revoit des têtes familières, le commissaire, la clocharde, les grands-parents, mais trop vite, fugacement et sans lendemain. La question se pose alors dès l’étonnante dernière page: fallait-il ce dernier album? Ou plutôt ne fallait-il pas rester sur un rythme ternaire?

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"La puissance visuelle de ce dernier tome est au niveau de ses prédécesseurs, soit ce qui se fait de mieux en dessin actuellement. Personnellement je considère les albums de Jazz Maynard comme des Art-book dont je savoure chaque case. On ne peut guère critiquer un scénario cohérent, sombre et violent, comme la série. Cette histoire en deux temps (le repos du guerrier et l’appel de la vengeance) est logique au regard de la série. Il n’y a guère d’optimisme à El Raval, quartier gangréné par la corruption et la criminalité dont seul Jazz semblait s’être sorti. La fin également, si elle est extrêmement frustrante, ne peut être qualifiée de bâclée comme on le lira de-ci de-là. Non, je dirais plutôt que, comme le laissait entendre Raul dans l’intégrale NB les personnages et la série ont échappé aux auteurs, qui ont couru derrière ce lièvre sans trop savoir comment construire son histoire, un peu comme la rupture de cet album, imprévue, brutale donnant presque l’impression que l’on a raté plusieurs pages. Si la trilogie barcelonaise se tient, la suivante était étrange, avec une moitié flashback où l’on avait très envie de savoir comment Jazz avait acquis ses compétences incroyables et une enquête très noire mais un peu décalée. Avec ce Live in Barclona les auteurs avaient la possibilités de revenir à l’essence de leur envie et de laisser se reposer leur héros. Ils ont fait le choix du noir, de la nuit. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir…

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Conan: les clous rouges

BD du mercredi
BD de Vatine, Hautière et Cassegrain
Glénat (2019), 56 p. one shot.

couv_373253Comme tous les albums de la collection Conan le cimmerien l’ouvrage comporte en intérieurs de couverture une carte de l’Age Hyboréen ainsi qu’un cahier graphique de treize pages incluant une contextualisation de la rédaction des Clous rouges par Robert E. Howard et quelques illustrations hommages de différents illustrateurs… l’occasion de voir Olivier Vatine aux crayons avec toujours autant de classe! Je vais profiter de cet habituel paragraphe « éditions » pour aborder la question de la couverture: celle-ci est très jolie et totalement dans le thème frazzetien… si ce n’était l’étonnante pudeur qui a fait jouer au caleçonneur en ajoutant de petites culottes à l’illustration originale de Didier Cassegrain (en pied de cet article) exposée à la galerie Maghen. Je n’ai pas pu savoir si cela avait été imposé par Glénat ou proposé par l’auteur mais c’est assez incompréhensible quand on voit le reste de l’illustration avec les demoiselles très aérées, le côté sanglant de l’album et la relative sagesse de ces pages intérieures côté nudité. Ce n’est pas une affaire d’État mais pose question sur l’éventuelle influence de l’éditeur sur le contenu de l’album…

Lorsque Conan et Valéria, deux mercenaires aussi proches que sans scrupules, se réfugient dans une gigantesque cité pour échapper à des dragons ils pénètrent dans une sorte de tombeau sans ouverture où une lutte sans merci se déroule depuis une génération entre deux clans. Bientôt on leur demande d’intervenir pour faire pencher la balance…

Résultat de recherche d'images pour "conan clous rouges cassegrain"Quand on sait que la collection Conan le cimmérien est issue de nouvelles courtes et que l’univers du plus célèbre des barbare est marqué par l’esthétique plus que par la complexité des intrigues, on n’est pas très difficile quand au scénario, qui ici s’avère aussi basique et attendu que celui de la Fille du géant de gel. Pas vraiment de surprises mais plutôt de l’intérêt dans les relations du barbare avec les filles, à commencer par la très réussie Valéria, farouche combattante qui rappelle Tao Bang, la première héroïne croquée par le dessinateur des Nymphéas noirs il y a une éternité (… et dont je vous propose une critique rétro dès ce vendredi pour profiter de ma semaine Cassegrain!). Commençons par les points négatifs: après une course forestière aux prises avec une sorte de dragon archaïque où les couleurs, l’espace et l’action épique nous font rentrer de façon tonitruante dans l’ambiance Conan, les deux comparses arrivent dans le huis-clos de la cité de Xuchotl. A partir de là les planches deviennent quasi monochromes et malgré  le côté cyclopéen des immenses salles de pierre, le manque de lumière écrase un peu les dessins de Didier Cassegrain dont la mise en couleur est une des grandes qualités (pour preuves opposées les Nymphéas d’un côté, la version n&b des Clous rouges de l’autre dont on peut vraiment se demander, au vu de la technique du dessinateur, si elle était pertinente…). On peut également se demander (mais c’est toujours un peu le cas chez cet auteur) si le calibrage de l’impression est bon tant l’effet surexposé créé en partie par les très faibles encrages est présent.

Résultat de recherche d'images pour "conan clous rouges cassegrain"Les auteurs ne sont bien entendu pas vraiment responsables de cela puisque le texte imposait un cadre. Si l’histoire de ces deux clans ennemis à mort ne nous intéresse guère, le dessinateur aidé par le talent désormais légendaire de la mise en scène d’Olivier Vatine nous propose un design inspiré par les civilisations précolombiennes qui mélangé au thème du harem asiatique crée un univers très attrayant qu’on aurait aimé voir dépasser les costumes. Car ce qui marque dans cet album ce sont bien les plans rapprochés, les séquences d’action particulièrement réussies (comme tous les illustrateurs passés par l’animation, Cassegrain a le sens du mouvement!), aussi drôles que gores, notamment grâce à une Valéria pleine de grâce, d’énergie aérienne et de répartie. Si les filles ont toujours un rôle important dans les histoires de Howard, cette version des clous rouges est sans doute celle où l’héroïne prends le plus l’ascendant sur le colosse cimmérien. Le couple fait l’album et lorsqu’il est séparé pour des récits obscures le rythme se perd.

Résultat de recherche d'images pour "conan cassegrain"L’attente plus ou moins grande marque sans doute la réception des albums de la série et on peut dire sans hésiter que celui-ci était l’un des plus attendus, notamment depuis le carton du polar adapté de Michel Busi en début d’année. Et je confesse que contrairement à un Virginie Augustin qui était remarquable d’équilibre cet album m’a paru un peu timide, malgré donc les quelques planches barbares et sexy qui ne masquent pas cette dernière illustration hommage à Frazzeta: elle semble faire dire à Didier Cassegrain qu’il aurait souhaité donner cela à ses lecteurs, une ode sauvage débridée… Pour boucler la boucle est-ce que le cahier des charges de Glénat ne serait pas un peu trop grand public? Étrange série en tout cas où les thèmes finissent pas revenir, où le caractère décousu des nouvelles (verra-t’on enfin cette histoire de Conan pirate dont on nous parle depuis plusieurs albums?) peut lasser mais où de grande dessinateurs nous procurent tout de même des plaisirs certains. Entre des pages ou cases magnifiques du dessinateurs, un album bancal dont la fin abrupte confirme l’ambition relative d’une collection dont les auteurs ont du mal à dépasser le carcan.

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Maudit sois-tu #1: Zaroff

BD du mercredi
BD de Philippe Pelaez et Carlos Puerta
Ankama (2019), 64 p, 1 vol/3 paru.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

couv_373054Tombé par hasard sur l’image de cette première couverture j’ai été surpris qu’Ankama ne communique pas plus sur ce cette série dont le potentiel est réellement intéressant. Je précise qu’elle n’a rien à voir avec le Zaroff paru au printemps au Lombard, hormis le roman et le film qui en sont partiellement à la source. Outre cette image alléchante et morbide qui reflète bien l’histoire, le volume comprend un intéressant cahier final de contexte abordant l’époque du film plus que le projet (… dont on aimerait lire des infos dans les prochains volumes!). Cette histoire en trois tomes abordera une vengeance au travers de trois époques en remontant dans le passé et constituées comme des variations sur les personnages du Comte Zaroff, du Docteur Moreau et de l’auteur de Frankenstein, Mary Shelley.

Londres, aujourd’hui. Intervenant à différents titres sur les lieux d’un crime énigmatique, deux hommes et deux femmes se retrouvent liées autour du mystérieux comte Zaroff, oligarque russe adepte de la chasse et associé à un médecin aux pratiques affranchies de la morale et de l’éthique. Bientôt ces quatre innocents vont apprendre qu’ils sont impliqués dans une vengeance qui remonte au siècle dernier…

Résultat de recherche d'images pour "maudit sois-tu puerta"Les chevauchements de calendriers sur des projets proches sont assez fréquents en ciné, beaucoup moins en BD. Qu’est ce qui a fait que deux scénaristes planchent sur deux projets cousins, que les dessinateurs rendent copie la même année et que l’éditeur prévoie une parution proche? Mystère! Cela ne doit pas pour autant vous dissuader de délaisser l’un ou l’autre qui sont très différents. Pour l’ouvrage de Runberg/Miville-Deschêne je vous renvoie à ma critique (vois ci-dessus). Chez Ankama si on reste dans la thématique du super-méchant fou et de sa chasse immorale, l’ambition des auteurs est plus vaste puisqu’il s’agit bien de convoquer en une forme d’uchronie des figures de la littérature ou de la société victorienne pour les lier en un projet criminel d’une envergure qui dépasse le siècle. Je dirais presque que Zaroff, modernisé en un milliardaire russe excentrique n’est pas le cœur du projet mais plutôt le monstrueux Docteur Moreau et ses créations indicibles. La finesse du scénario nous laisse comprendre que la thématique glisse imperceptiblement de Zaroff à Shelley en passant par Moreau. On commence sur le premier situé au cœur de l’histoire avec le second comme side-kick et quelques allusions à la troisième. On imagine que le volume deux se centrera sur Moreau avec une liaison avec Shelley, etc. J’aime beaucoup quand les auteurs présentent leur projet d’ensemble que l’on peut alors décortiquer au fur et à mesure de la lecture.

L’atmosphère (renforcée par les dessins très particuliers de Carlos Puerta) est pesante, immorale et radicale. Le scénariste n’y va pas par quatre chemins pour tuer sauvagement ses personnages, pour nous présenter quatre spécimens bien peu recommandables de l’espère humaine que l’on a presque du mal à préférer à Zaroff. Mais le comte et son scientifique sont si immondes que l’on redevient vite sensibles au drame qui se joue. Je tiens à signaler la qualité des dialogues vraiment percutants et caractéristiques de chaque personnages. On s’amuse et on se repère à l’oreille plus qu’à l’œil, du fait d’une technique graphique qui pose parfois problème… J’ai toujours eu du mal avec ces dessins travaillés sur une base photographique qui ont un aspect figé malgré leurs qualités esthétique très réalistes. De Christophe Bec à Michael Lark, je suis toujours mal à l’aise en ne sachant jamais si j’ai affaire à du dessin, ou à une photo retouchée. Par moment l’on voit le trait resurgir avec plaisir mais cela pose notamment un problème de reconnaissance des personnages dont les visages semblent changer selon les angles. La colorisation et traitement graphique d’ensemble n’en sont pas moins très efficaces et habillent agréablement ces pages qui se laissent lire avec plaisir en montrant une réelle maîtrise numérique du dessinateur.

Cet ouvrage (et la série) est une très bonne surprise de la rentrée dans un contexte concurrentiel très difficile. Si graphiquement la virtuosité classique de François Miville-Deschêne est au-dessus, le concept et les dialogues de Philippe Pelaez sont une réussite qui placent l’ambition de Maudit sois-tu un ton au-dessus du Zaroff du précédent. Si vous aimez les méchants très cracra, les liaisons dynastiques cachées et les héros sales gosses, vous prendrez un grand plaisir à entrer dans ce Frankenstein de la BD en forme d’amuse bouche dont on a hâte de découvrir les tenants et aboutissants l’année prochaine dans le second volume…

 

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Rapaces

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD Jeau Dufaux et Enrico Marini
Dargaud (1998-2003), série terminée en quatre volumes, 294 p.

couv_99105La série a été relue sur les albums originaux. Une intégrale augmentée existe ainsi qu’une intégrale en deux volumes. Un Hors-série très dispensable propose de développer l’univers sur des croquis de Marini. Une réedition avec de nouvelles couvertures, plus élégantes, est parue en 2015.

L’inspecteur de New-York Vicky Lenor est une incorruptible. Avec son collègue Spiaggi, elle enquête pourtant sur une série de meurtres rituels qui semblent inexplicables rationnellement. Lorsqu’elle découvre une conspiration impliquant les plus puissants dirigeants de la ville et jusque dans la police, elle se retrouve contrainte d’entrer en clandestinité pour mettre au jour une lutte ancienne qui va faire basculer son monde…

Image associéeSi vous lisez régulièrement ce blog vous savez que Marini fait partie des auteurs que j’admire et suis depuis ses premières séries. D’ailleurs c’est le premier auteur pour lequel j’ai fait plus d’une TrouvailleRapaces est l’incursion de l’auteur italien dans l’univers sombre et sexuel de Jean Dufaux, un auteur que j’apprécie assez moyennement, mais qui a permis durant quatre volumes à Enrico Marini de dépeindre les paysages urbains et gothiques qui lui donneront plus tard envie de réaliser son diptyque sur le Chevalier noir ou encore son projet actuel sur le polar noir. Car Marini c’est tout autant l’histoire (le Scorpion, L’étoile du désert, Les aigles de Rome) que le polar d’action urbain, même si ses longues et très rentables séries feraient presque oublier le second.

Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"Rapaces est une variation sur le thème des Vampires, de la domination clandestine d’une caste surnaturelle qui prévaut à la destinée du monde des hommes. Le conspirationnisme mêlé au fantastique le plus classique auquel le scénariste apporte ses visions sexualisées SM qui font à mon sens beaucoup de mal à cette série. Car l’atmosphère gothique qui parcoure ces pages est très riche et Marini y a déjà atteint un niveau graphique élevé et minutieux (on est avant le Scorpion et après une Étoile du désert déjà très beau). Le scénario, simple, relativement court et bien structuré avec une progression difficile à anticiper procure du plaisir en nous plongeant dans les tanières de cette caste qui rappelle énormément les familles de la série de Thierry Smolderen. Le choix d’insérer dans chaque album des scènes de sexe assez ridicules et surtout la tenue des deux Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"rapaces qui ornent fièrement chacune des couvertures de la série fait terriblement penser à un cupide argument commercial. Marini est sans doute sensible aux tenues de cuir si l’on regarde sa biblio et a toujours eu un dessin sexy, mais comparé au toujours élégant Scorpion on frise souvent le vulgaire. C’est vraiment dommage car cela empêche cette série d’être le chef d’œuvre qu’il aurait pu être.

Les thèmes et la richesse graphique de la série sont en effet impressionnants en permettant d’aller de l’Espagne de la Reconquista aux bidonvilles indiens en passant par les grattes-ciel art déco new-yorkais ou les bas-fonds des clubs échangistes. La maestria visuelle du dessinateur et les formidables plans proposés par son scénaristes font de chacun des tomes de Rapaces de vrais bijoux. Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"La vraisemblance n’est pas de mise et l’on sent l’envie de fantasmer sur chaque bâtiment, chaque personnage, chaque costume, chaque plan pensé comme une séquence de cinéma. L’intrigue, si elle ne révolutionne pas un genre auquel il est courageux de s’attaquer, propose néanmoins de vraies innovations. On se plaît à découvrir l’histoire de ces immortels chassés par deux des leurs, à souffrir avec un inspecteur Lenore dépassée et ballottée entre puissances, à découvrir à chaque tome qui est ce mystérieux nouveau personnage… Jean Dufaux est un scénariste chevronné qui sait se montrer efficace et fait plaisir à son dessinateur avide de monde nocturne. Ne serait-ce ces fautes de goût citées plus haut donc, ils proposent avec Rapace une série majeure des années quatre-vingt-dix, au dessin très maîtrisé et qui change beaucoup des univers auxquels nous habituera ensuite le grand Marini. Si vous aimez cet auteur, si les décors de son Batman vous ont subjugués, dépêchez-vous de lire cette courte série vampirique avant l’arrivée de son œuvre au Noir

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Bientôt…