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Furioso #1: Garalt est revenu

Premier tome du diptyque écrit par Philippe Pelaez et dessiné par Laval NG. Parution chez Drakoo le 06/04/22.

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Geste brusque

Les lecteurs réguliers du blog connaissent désormais notre appétence pour la fantasy et les récits inspirés de la geste arthurienne. Avec Fusioso, nous avons ici une adaptation graphique d’Orlando Furioso, le Roland Furieux du poète italien L’Arioste, qui fait suite au poème chevaleresque Roland Amoureux. Écrit au 16e siècle, le Roland Furieux est un long poème composé de 46 chants, qui est considéré aujourd’hui comme une inspiration majeure du genre heroic fantasy.

Rendu fou par l’amour non réciproque qu’il voue à la princesse Angélique, Roland, le neveu du Roi Kaarl (Charlemagne) se jette à corps perdu dans la guerre contre les Morts (les Maures dans la version originale), et au cours d’une bataille, tue Garalt (Roger). Garalt, outre son charme ténébreux, était considéré comme le meilleur chevalier au monde, un guerrier invincible. Rangé du coté des Morts, sa défaite des mains de Roland a marqué un tournant décisif dans la guerre, poussant Roland dans uns spirale de violence toujours plus cruelle.

Huit hivers après sa disparition, Garalt revient d’entre les morts, sous l’influence de la fée Alcyna, qui espérait gagner ainsi le cœur du vaillant guerrier. Mais ce dernier n’a d’yeux que pour Bradamante, la farouche guerrière qui est aussi la mère de son enfant, et va, sous couvert d’une fausse identité, participer en même temps qu’elle à la grande joute pour pouvoir l’approcher. Et pendant ce temps, évidemment, la fée Morgane complote pour renvoyer Garalt dans l’Outre-Monde, en attisant la folie de Roland et sa haine de Garalt.

Depuis la création de la maison d’édition Drakoo, son directeur artistique Arleston ne s’est pas privé d’agrémenter son catalogue avec des propositions rappelant les grandes heures des éditions Soleil, dont il était l’un des piliers. Le genre de la fantasy n’est donc pas étranger à Drakoo, qui nous a servi plusieurs incursions plus ou moins inspirées dans ce genre pléthorique.

Cependant, si l’on pouvait reprocher aux dernières sorties (je pense notamment à Danthrakon ou Démonistes) de singer trop grossièrement le style « Lanfeust« , ici, le fait que ce soit l’adaptation d’une œuvre littéraire aide à ancrer l’histoire dans un cadre moins bouffonesque et plus sombre. L’album bénéficie bien évidemment de l’écriture impeccable et exigeante de Philippe Pelaez, qui parvient sans mal à redonner du corps au poème italien.

Malheureusement, malgré sa qualité, l’album semble souffrir du syndrome « Valérian », je m’explique. Valérian et Laureline est un classique de la BD Franco-Belge, créée en 1967 par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Précurseurs de la SF, les auteurs ont imaginé un univers cosmopolite qui a inspiré de nombreux auteurs, Georges Lucas en tête. L’influence de Valérian et Laureline fut telle que lorsque la BD fut adaptée au cinéma, ce qui en faisait un œuvre visionnaire à l’époque de sa sortie s’était dilué dans toutes les autres œuvres qui s’en étaient inspiré depuis lors (à noter qu’il s’est produit un phénomène similaire entre Seinfield et les sitcoms américaines). Le film a donc été un échec, car certainement perçu comme « pas assez original », voire « pompé sur Star Wars ».

Dans le cas qui nous intéresse, adapter directement un récit ancien qui a influencé les auteurs modernes autour d’un genre particulier donne nécessairement lieu à un sentiment de déjà-vu. Garalt ? On ne peut s’empêcher de penser à Geralt de Riv, le héros de The Witcher. Les intrigues politiques ? Game of Thrones. Vous l’avez compris, c’est le syndrome Valérian.

Le style si particulier de Philippe Pelaez trouvera ses admirateurs dans son exigence et sa maîtrise stylistique indéniable, déjà vue récemment sur Enfer pour aube, mais d’autres pourront trouver la narration par trop sophistiquée. On ne pourra cependant pas lui reprocher de chercher à transcrire une œuvre classique dans une BD fantasy. Car le projet, modeste dans sa tomaison heureusement, vise un certain classicisme où l’on retrouve le très qualitatif dessinateur d’Alter dans une technique qui emprunte cette fois autant à Mezière qu’à Druillet, dans leur aspect le plus foisonnant… jusque dans une mise en couleur un peu old school et qui écrase sans doute la finesse des planches. Si l’intrigue classique ne surprend guère, l’imagination graphique de l’artiste impressionne et montre une passion et une implication importante sur ce projet où l’on retrouve un syncrétisme mythologique allant chercher en Bretagne, dans la Geste chrétienne comme en scandinavie.

Au final on retrouve dans cette adaptation (accompagnée par un descriptif universitaire de la source pour les lecteurs les plus pointilleux) toutes les qualités d’un scénaristes qui a démontré depuis plusieurs albums sa qualité et son implication. Il permet à son compère de sublimer un matériau certes éculé mais que les plus habitués à la fantasy sauront apprécier dans son univers référentiel très important. C’est ce qu’on attend d’une bonne adaptation, non?

Billet écrit à 4 mains par Blondin et Dahaka.

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Enfer pour aube #1/2

La BD!
BD de Philippe Pelaez et Tiburce Oger
Soleil (2022), 54p., bichromie, 1/2 tomes parus.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Janvier 1903. Alors que Paris est à nouveau éventrée par un chantier pharaonique, celui du métropolitain, des notables se retrouvent pris pour cible d’un mystérieux voltigeur à écharpe rouge. Dans cette III° République bourgeoise triomphante, l’élite veut oublier ces classes laborieuses si dangereuses pour leurs profits et chassée au-delà des murs, dans la Zone. Car la révolution rouge de 1871 est encore dans toutes les têtes…

Aube de Sang L'Enfer pour Aube, planche du tome 1 © Soleil / Oger / Pelaez  Paris, janvier 1903. Des avenues sont éventrées pour permettre la poursuite  de ma construction de nouvelles lignes du Métropolitain. Le conseiller du  Ministre des Travaux Publics ...Philippe Pelaez est l’un des auteurs BD qui monte. Depuis ma découverte de son très bon Alter en compagnie de son comparse qui revient sur le tout neuf Furioso) j’ai pu apprécier la qualité de ses textes, qui explosent ici sous une plume particulièrement inspirée. A cheval entre les mythes littéraires, la grande Histoire et celle plus triviale des hommes qui la font, l’auteur réunionnais se définit par une exigence créative très relevée, qui s’inscrit ici dans la tradition feuilletonnante du XIX° siècle.  Dans cette intrigue qui nous fait passer du chasseur (un policier incorruptible) au chassé (le tueur à écharpe rouge) on a nos chapitres entrecoupés par de fausses unes de gazette qui habillent joliment l’ensemble et densifient le background.

Si le récit est relativement linéaire, l’ensemble du propos, passablement énervé, porte sur ce peuple opprimé dont la violence physique n’est que le pendant de la violence économique et matérielle qu’il subit depuis la répression sanglante de la Commune de Paris par les troupes versaillaises. En s’inscrivant dans la tradition des auteurs parisiens populaires qui cultivent cette culture « apache » des faubourgs si particulière, Pelaez nous fait pénétrer un monde peu abordé en BD, tout en assumant un propos politique avec un parallèle évident sur notre société à l’argent si L'Enfer pour Aube (tome 1) - (Tiburce Oger / Philippe Pelaez) - Historique  [DERNIER REMPART, une librairie du réseau Canal BD]clinquant.

L’aventure endiablée et pleine d’action (l’histoire se termine en deux volumes, il n’est pas temps de traîner) respire par de nombreux aparté rappelant ce que dut subir le peuple parisien sous ces régimes bourgeois en attendant le Front populaire. Comme sur les gazettes du Château, l’album se conclut par un joli cahier de faux articles de presse agrémentés de jolies illustration, originales cette fois-ci. Il est simplement dommage que la partie graphique ne soit pas aussi ciselée que le texte, ce qui fait passer l’album à côté d’un coup de cœur. Malgré sa grande popularité je n’ai jamais été grand fan du style de Tiburce Oger qui compense un dessin parfois un peu rapide par un joli sépia agrémenté de touches de rouge bienvenues. L’ensemble reste très regardable et fort bien mis en scène, pour une lecture très agréable et qui nous sort de l’ordinaire.

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Lord Gravestone #1/3: le baiser rouge

La BD!
BD de Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat (2022), 55p., 1/3 tomes parus.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Le monde est fait de ténèbres et de lumière. Dans l’ombre sont tapies des créatures que seuls des hommes de foi initiés aux arts mystiques savent chasser. La famille Gravestone est de ceux-là, pourchassant inlassablement de père en fils les vampires, êtres surpuissants vivant d’amour et de sang. John Gravestone est le dernier de la lignée. Tiraillé entre son amour pour une fille et son désir de poursuivre la mission il devra bientôt faire un choix… sanglant.

Lord Gravestone Le baiser rouge Tome 1 - Dernier livre de Jérôme Le Gris -  Précommande & date de sortie | fnacLe rôle de « cover-artist » est un grand classique outre-atlantique, d’immenses peintres et dessinateurs ayant pour tache de faire baver le lecteur sur des BD pas toujours follement dessinées. Les Frank Cho, Adam Hughes, Lee Bermejo ou Alex Ross sont de ceux-là. Leur particularité: une technique monstrueuse et pour corollaire une production de planches intérieures faméliques. Piochant le marketing là où il marche, les éditeurs français ont commencé depuis quelques années à appliquer ce système que personnellement je trouve assez malhonnête, en proposant parfois le jour et la nuit entre la couverture et l’intérieur des albums. Les artistes n’y sont pour rien, le temps passé sur une couverture et sur un album n’ayant rien à voir et certains n’étant tout simplement pas destinés à basculer inside…

Après une première très étonnante série il y a maintenant dix ans, les deux auteurs de Lord Gravestone reviennent pour une nouvelle trilogie, moins originale que la Renaissance uchronique d’Horacio d’Alba puisqu’on nous propose une pure et simple aventure de chasse au vampire dans l’Angleterre gothiquissime du XIX° siècle. Ce qui marque immédiatement ce sont les planches d’une noirceur profonde et qui restent très lisibles malgré la quantité de noir qui occupe le champ. durant ces années à produire de superbes couvertures peintes Nicolas Siner a probablement rongé son frein de ne pouvoir lâcher ses encrages, toujours aussi proches de Dimitri Armand et en sacré progrès depuis sa première série. Les quelques défauts techniques aperçus jadis n’ont plus lieu et on bascule dans le grand spectacle luxueux pour qui aime les arbres noueux, les chandeliers baveux et le souffle glacial des manoirs en ruine.

Baiser rouge (Le) (par Jérôme Le Gris et Nicolas Siner) Tome 1 de la sérieSi l’intrigue vampirique vue mille fois inquiète légèrement sur les premières pages, on constate rapidement que Jérôme Le Gris sait construire sa narration et apporter une touche qui donne envie de continuer. Si le passé dramatique de ce jeune héritier d’une lignée d’inquisiteurs fait cliché, si son caractère en fait plus une victime qu’un héros lors de ce premier volume, l’histoire qui nous est contée, cette romance dramatique entre un vampire et une belle bourgeoise, nous prend pourtant dans ses filets sans difficultés. Avec ses personnages archétypaux le scénariste développe son univers par un background évoqué suffisamment pour titiller notre curiosité et aller au-delà de la seule action et des poses graphiques des vampires et chevaliers.

Dans un très grand classicisme (et malgré une couverture étrange de banalité pour un artiste d’un tel talent), ce premier tome de la trilogie Lord Gravestone montre comme tout bon album de série B que ce n’est pas toujours le fond qui détermine la qualité mais parfois l’habillage, la mécanique. Les deux auteurs dotés d’une très solides maîtrise proposent donc un fort agréable album dont la suite mériterait un peu de prise de risque pour se hisser au niveau des touts meilleures BD.

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Le Bossu de Montfaucon

Premier tome de 56 pages de la série écrite par Philippe Pelaez et dessinée par Eric Stalner. Parution le 23/02/22 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance!

Ça bosse dur

Fin du XVe siècle, le royaume de France est en proie au déchirement et aux querelles de pouvoir. Suite au trépas de Louis XI, c’est son fils, Charles VIII, qui hérite de la couronne. Mais son jeune âge l’empêche de régner, aussi, c’est à sa sœur Anne de Baujeu, que l’on confie la régence du royaume, jusqu’à la majorité du nouveau roi. Tout comme son père, Anne de Baujeu est retorse, perfide, et adepte des manoeuvres les plus fourbes. Sa régence n’augure donc rien de bon pour la France.

Toutefois, Louis II d’Orléans, prince de sang et second prétendant au trône après Charles, n’entend pas rester sur la touche. Exilé, il se réfugie en Bretagne, d’où il prépare son plan ambitieux pour monter enfin sur le trône. Ce que Louis ignore encore, c’est que ses rêves de conquête du trône en toute légitimité vont être broyés, tués dans l’oeuf par sa rivale Anne. En effet, Louis d’Orléans reçoit la visite impromptue d’un homme, Pierre d’Armagnac, dit le Bâtard, qui dit avoir connaissance d’un document prouvant que Louis ne peut légitimement prétendre au trône.

Quand t’as pas d’amis, prends un mâchicoulis.

Fait notable, Pierre est accompagné par un bossu, dont la difformité dissimule un cœur d’or, et que l’on a déjà vu arpenter les anfractuosités de Notre-Dame-de-Paris, un certain…Quasimodo.

Pierre et Quasimodo vont donc se lancer à la recherche du fameux document, mais vont devoir pour cela devancer Axel Lochlain, redoutable assassin à la solde des Beaujeu. Quelles sont les motivations réelles du Bâtard ? Et l’ambitieux Louis d’Orléans vaut-il la peine pour nos héros de risquer ainsi leurs vies ?

Big Bosse

Après le très bon Pinard de Guerre, nous retrouvons Philippe Pelaez aux commandes d’un récit de cape et d’épées sur fond historique, qui s’amuse à reprendre la fin de Notre Dame de Paris de Victor Hugo. Si le roman unit tragiquement Quasimodo et Esméralda dans la mort, ici, Pierre retrouve le bossu endeuillé juste avant qu’il n’expire aux côtés de sa bien-aimée, et le recueille ainsi pour tirer avantage de sa force prodigieuse.

La suite n’a cependant pas grand chose de romanesque puisque l’intrigue reprend les événements historiques de la Guerre folle. Le travail de documentation est donc palpable et profite même de l’excellente écriture de Philippe Pelaez, qui livre une fois de plus une prose maîtrisée. S’il faut du temps pour appréhender les nombreux personnages et leurs rôles respectifs, on apprécie toutefois rapidement les méandres de l’intrigue politique qui n’a rien à envier à GOT. Comme quoi, la réalité a souvent ce qu’il faut pour dépasser la fiction, surtout si l’on y ajoute de la fiction !

Pour le moment, il est difficile de juger de l’impact de l’emprunt à Victor Hugo, pour une série qui aurait très bien pu se contenter de coller à la vérité historique. Mais gageons que la plus-value de Quasimodo se fera sentir dès le second tome.

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The Banks

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Histoire complète en 152 pages, écrite par Roxane Gay et dessinée par Ming Doyle pour TKO Studio. Parution en France chez Panini Comics le 25/08/2021

Family Business

Dans le Chicago des années 60, Clara fait la rencontre de Melvin Banks, un jeune homme charmeur immédiatement séduit par le charisme de la jeune femme. Mais le sympathique courtisant s’apercevra que Clara ne s’en laisse pas compter, ce qui ne fait qu’ajouter à sa détermination. Au fil du temps, Clara se laisse apprivoiser, mais finit par découvrir la vérité sur Melvin: c’est un cambrioleur, plutôt futé et doué de ses mains, qui ne volent qu’aux blancs et ne se laisse jamais guider par la cupidité.

Bientôt, Clara et Melvin forment un couple uni, ayant promis de ne jamais se mentir et de rester fidèles à leurs principes. Alors que naît leur fille Cora, Melvin et Clara poursuivent leur carrière criminelle, enchaînant les vols avec grâce et maîtrise, jusqu’au jour où Melvin se sacrifie lors d’un cambriolage qui tourne court. Après quelques mois de prison, le jeune Melvin retrouve les femmes de sa vie, et reprend le cours de sa chapardeuse existence.

Les années passent, Cora se marie et donne naissance à une fille, Celia, qui grandit en ignorant tout du business familial. Bien que toujours fidèle à son crédo, Melvin assume les risques du métiers lorsqu’il est contraint de travailler pour un baron de la drogue qui cherche à récupérer de la marchandise perdue. Un cambriolage raté plus tard, le voici redevable à l’un des pires criminels du coin, qui se venge de façon sanglante. Désormais veuve, Clara Banks doit utiliser tout son savoir faire pour poursuivre son mode de vie, avec sa fille Cora. Mais la petite-fille Celia, qui est devenue entre-temps une financière à succès, s’est éloignée d’eux pour suivre sa route. Lorsque Celia subit un revers professionnel, elle a l’idée de se venger en utilisant les compétences familiales, pour un coup juteux, mais aussi très dangereux, qui mettrait la famille à l’abri tout en rendant justice à Melvin.

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Repue depuis quelques années déjà grâce à son monopole sur l’adaptation des comics Marvel, Panini poursuit son exploration des catalogues indés, entamée auparavant par des éditeurs comme Urban, Glénat ou Delcourt.

TKO Studio est aux US, un éditeur dynamique et touche-à-tout, dont on a pu voir l’an dernier quelques titres de très bonne facture, comme Sara ou encore Sentient. Ici, TKO donne sa chance à Roxane Gay, auteure, essayiste éditorialiste américaine. Cette dernière optimise donc cette tribune pour mettre en exergue des thèmes sociétaux comme le racisme, le sexisme et le harcèlement au travail, en enveloppant le tout dans une intrigue criminelle.

Malheureusement, si le scénario en lui-même semble convenable, on note une faiblesse importante du côté des personnages, qui manquent d’épaisseur autant que de crédibilité. Cela commence par la motivation de Celia, qui, à la manière d’un Michael Corleone, commence l’histoire en étant éloignée autant que possible de sa famille criminelle, pour ensuite plonger elle-même dans le crime et prendre la tête des opérations. Or, si le futur parrain est doté d’une psychologie crédible et d’un parcours qui l’amène malgré lui à devenir un criminel, ici, la pauvre Celia échoue dans le crime de façon trop soudaine, à la suite d’une déception professionnelle que l’on a d’ailleurs du mal à justifier. Ce point de départ foireux laisse plus tard la place à la vengeance, mais de façon trop tardive, si bien que l’on a à ce stade ni attachement ni sympathie pour la cause familiale.

Certaines incongruités d’écriture et de mise en scène, comme par exemple la fâcheuse habitude qu’ont plusieurs personnages de penser à voix haute pour décrire leurs intentions de façon assez plate, finissent de nous sortir d’un récit qui se voulait pourtant immersif, comme la majorité des polars.

On tombe aussi assez facilement dans le fameux piège du show, don’t tell, notamment lorsqu’il s’agit des skills de la famille Banks. On comprend que ce sont de talentueux voleurs parce que la scénariste nous le dit, mais sans nécessairement le montrer: en introduction, on voit le couple Celia/Melvin rentrer sans grande difficulté dans une maison, ouvrir un coffre comme qui rigole, sans qu’aucun obstacle n’ait besoin d’être surmonté.

Prenez d’autres films de casse, comme L’affaire Thomas Crown, ou même Ant-Man. On ne nous dit pas seulement que Crown et Scott Lang sont des cambrioleurs géniaux, on nous le montre au travers de séquences inventives, au cours desquels les protagonistes déploient des trésors d’ingéniosité, d’inventivité, et de préparation pour mener à bien leurs méfaits. Dans The Banks, on a droit aux obligatoires rebondissements, genre « le coffre est vide », « la cible est au courant », etc, sans que cela n’amène rien coté suspense et cambriolage. Tout ça pour mener à un happy end confondant de naïveté.

Et que dire des antagonistes, qui ne sont définis que par un ou deux traits distinctifs (cupidité et priapisme, plutôt caricatural). Coté graphique, Ming Doyle nous sort la totale: proportions inappropriées, personnages inexpressifs ou dont l’expression n’est pas en adéquation avec les dialogues…il en ressort une sensation d’amateurisme qui finit d’achever l’album. Bref, quand c’est raté, c’est raté !

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Frankenstein

La BD!
BD de George Bess
Glénat (2021), 205 p., One-shot.

Le volume comprend dix-sept chapitres dotés d’une page de titre pour chacun et un cahier graphique final de cinq illustration n&b. Comme pour Dracula une édition prestige grand format dotée d’une couverture différente est parue en simultané aux éditions Glénat.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Il y a deux ans le magistral dessinateur du Lama Blanc proposait un magnifique cadeau de Noël en une monumentale adaptation du roman original de Bram Stoker, Dracula. Après une assez discutable version SF new-age de Au cœur des Ténèbres, Bess enchaîne sur ses adaptations de la littérature gothique avec cette fois le monstre de Frankenstein, sous-titré Le Prométhée moderne par son autrice Mary Shelley. A noter que la trilogie de Philippe Pelaez centré sur les auteurs gothiques du XIX° se conclut le mois prochain autour de Mary Shelley également.

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/11/Mary-Shelley-Frankenstein-3.jpegSi Dracula souffrait comme principal problème de la vision du film de Coppola passée dans l’imaginaire collectif, il profitait d’un récit très efficace, rythmé et varié dont l’inspiration graphique était évidente chez l’auteur. Frankenstein est publié presque un siècle avant Dracula et l’on retrouve dans l’adaptation graphique certaines failles désuètes d’un récit par moment redondant. L’album est structuré sur trois récits (le carnet du capitaine du navire arctique qui recueille Victor Frankenstein, le récit de ce dernier et enfin le récit que le monstre lui fit jadis) que Bess parvient avec souplesse à articuler dans son roman graphique. Bien plus naturaliste que gothique, l’histoire nous fait suivre sur une bonne partie les pérégrinations du monstre dans la Nature sauvage et son observation de l’humanité. Le cadre de roman initiatique (tout de même très sombre) est sur ce point intéressant avec un personnage naïf découvrant dans sa chair la violence inhérente à l’humanité et la contradiction avec sa propre nature bienveillante en contradiction avec son apparence monstrueuse. Si les hommes paraissent bons ils ont ainsi un fond malveillant et craintif, à l’inverse du monstre.

Graphiquement si Georges Bess sait toujours aussi bien inspirer des paysages, des ambiances et des corps, il semble plus engoncé avec son matériau qui tourne en grande partie autour d’une créature qui ne permet pas tellement d’expérimentations. Les planches restent très belles mais reproduisent les mêmes thèmes, ce qui par moment lasse un peu. Les parties les plus intéressantes sont les observations naturelles de Frankenstein puis de sa créature ainsi que les visions arctiques où le trait tranché de Bess subjugue dans une grande esthétique.

Frankenstein en BD: quand Georges Bess s'attaque à un monstre sacré -  Bubble BD, Comics et MangasDoté d’un récit plus plat et sans doute plus philosophique (donc moins graphique) que Dracula, ce Frankenstein réussit donc moyennement le succès précédent du fait d’une matière plus difficile. Avec un projet d’adaptation littéraire il n’était pas possible de dévier de la ligne et ces limites sont donc peu imputables à l’auteur. Par moment on ressent toutefois la dureté de ce que vit le monstre et l’on sent poindre l’émotion de cet être pur enfermé dans une gangue monstrueuse et toute la violence du monde s’abattre sur ses épaules. On pourra peut-être regretter un manque de rythme et d’action qui auraient pu nous emporter dans une action qui fait ici défaut.

Le projet n’en reste pas moins monumental, un travail colossal, intéressant, et que l’on espère reproduire sur d’autres textes gothiques.

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Search and Destroy

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Manga de Kaneko Atsushi
Delcourt (2021) – (2018), 300p./volume, série finie en 3 volumes.

Dans une cité monumentale perdue dans les plaines enneigées et gangrénée par les Yakuza et un pouvoir totalitaire régnant sur une plèbe androïde, Hyaku cherche vengeance. Enfant elle a été dépecée et poursuit désormais impitoyablement ceux qui lui ont dérobé ses membres et organes. Accompagnée du gamin Doro, sa chasse s’annonce sanglante… 

badge numeriqueSacrée surprise que cette trilogie qui transpose dans un univers de SF dystopique un manga d’Osamu Tezuka, originalement située au Moyen-Age japonais. Si le nom du grand maître du manga est toujours une tentation d’accroche commerciale, je ne suis pas certain que ce choix de mise en avant soit parlant et efficace tant le projet d’Atsushi Kaneko est particulier, empreint d’une ambiance torve aux influences punk et cronenbergiennes, bien loin du classicisme de l’œuvre de Tezuka.

Search and Destroy, tome 1 - Atsushi Kaneko - Les portes du MultiversAu premier abord les dessins peuvent sembler pauvres, techniquement étranges, avant de constater la force d’une ligne contrastée offrant aux ombres et lumières un rôle central. La comparaison qui m’est immédiatement venue à la lecture de ce manga fut l’immersion improbable d’un autre maître de la BD, Will Eisner, dans un univers de SF cyberpunk. Comme le dessinateur américain, Kaneko possède en effet ce style très BD européenne à la fois très tranché et par moment simplement posé en touches. Volontiers provocateur, les simples couvertures de Kaneko (pas forcément les plus attirantes), évoque immédiatement une certains SF des années soixante-dix et ses vilaines jaquettes des collections de romans populaires.

Search and Destroy est trash, cash, totalement japonais dans sa fascination organique pour les bizarreries anatomiques et les amputations, découpages et mutilations. Car l’intrigue est simple: Hyaku chasse les druides qui lui ont volé son corps, grâce aux implants armés qui hérissent son corps. Le premier intérêt vient, outre du dessin très intéressant, des thématiques SF fort nombreuses évoquées pourtant avec talent en seulement trois volumes. Search and Destroy (Manga) | AnimeClick.itProposant une société où post-humains puissants améliorés cohabitent avec un prolétariat de robots ouvriers, il aborde frontalement les sujets asimoviens de ce qu’est un être vivant alors qu’un humain peut être découpé, que des robots peuvent se greffer des morceaux humains et que les androïdes purs semblent dotés de plus d’émotions que leurs dominants.

Utilisant autant l’esthétique rétro-futuriste des totalitarismes années trente, l’auteur extrémise ses planches via des tempêtes de neige, des hordes de robots oppressés et des salons de sexe déviant aux stroboscopes  éblouissant. On entendrait presque l’assourdissante musique qui semble recouvrir cet opéra destroy et rageur.

Jouissant de bien peu de défauts (hormis son esthétique qui ne plaira peut-être pas à tout le monde), Search and Destroy est une sacrée claque, une bien belle découverte tant graphique que scénaristique qui montre une nouvelle fois que les sujets les plus simples sont souvent les meilleurs quand ils sont habités par un liant intelligent.

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Batman White Knight: Harley Quinn

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Comic de Katana Collins, Sean Murphy, Matteo Scalera et Dave Stewart (coul.)
Urban (2021) – DC (2020), One-shot.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

L’ouvrage s’ouvre sur une préface issue d’une critique américaine. Après les six chapitres de l’histoire est insérée la courte histoire réalisée pour le Black, White and Red. Chaque couverture originale (magnifiques!) est en ouverture de chapitre et six couvertures alternatives de Matteo Scalera sont proposées, avant plusieurs pages bichromie (il aurait d’ailleurs été intéressant de savoir comment se répartit le boulot entre le dessinateur italien et la Rolls Royce des coloristes), puis quelques recherches graphiques qui permettent de voir les créations de Sean Murphy et une bio des trois auteurs (… mais pas de Dave Stewart, qui apporte pourtant une touche folle aux planches!). Très belle édition Urban, rien à redire.

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Batman n’est plus. Bruce Wayne est emprisonné et la Loi règne désormais sur une Gotham débarrassée définitivement du Joker. Dans ce nouveau contexte, Harleen Quinzel se retrouve confrontée à la dure tâche d’être mère de jumeaux, psychiatre… et héroïne? C’est du moins le destin qui lui semble tracé lorsqu’une série de meurtres touchant d’anciennes stars du cinéma classique sème l’effroi sur la cité…

Coup de coeur! (1)Quoi de plus banal que de voir les recettes gagnantes prolongées à l’envi… au risque de se perdre dans du banal et commercial. Après un chef d’œuvre immédiatement élevé au statut de classique au même titre que les grands ancêtres Dark Knight ou Killing Joke White Knight a permis à Sean Murphy, autrefois sale gosse du comics Indé, de devenir le grand manitou des éditions DC et à l’éditeur de lancer son Black Label auquel l’œuvre de Murphy donne le La. La suite directe Curse of the White Knight était attendu avec inquiétude l’an dernier et avait réussi à renouveler le projet en approfondissant le Review: Batman: White Knight Presents Harley Quinn #4 - Dark Knight Newsnouveau paradigme de Gotham. Lorsqu’un nouvel album dessiné par la star Matteo Scalera (tout juste rescapé d’une aventure pas terrible (mais juteuse) avec le magnat Mark Millar) était annoncé on aurait pu craindre le début d’une descente de spin-off en spin-off sur l’ensemble du bestiaire de Batman. Quelle surprise que de découvrir immédiatement qu’au lieu d’un spin-off on avait tout simplement droit à la suite directe du diptyque!

Batman emprisonné, la conclusion de Curse aurait laissé penser à une reprise du titre de héros par le Red Hood tout juste rentré d’opérations. De Jason Todd on ne verra pourtant qu’un demi sourcil dans ce volume totalement centré sur Harley, si bien qu’il apparaît autant comme une variation du magnifique Harleen qu’une suite au Murphyverse. L’absence des héros et des nemesis permet depuis quelques années aux seconds couteaux de s’émanciper pour notre plus grand bonheur puisqu’ils permettent à des auteurs motivés de s’émanciper des carcans monolithiques des héros centenaires. Ainsi Harley n’est plus ni la copine du Joker ni une méchante (et il semble loin le temps où elle fricotait avec l’herboriste en chef de Gotham). Elle est juste une pauvre fille un peu perdue au milieu de ses deux hyène et de ses bambins, ne sachant pas trop lequel des deux duos est ses enfants préférés. Une façon d’inscrire la dualité du personnage à l’image et dans son originalité et non dans la folie. Car une forme de normalité semble revenue sur la ville maintenant que le couple infernal est éliminé, la chauve-souris à l’ombre, le clown enterré. Une normalité qui ne plait pas à tout le monde même si un certain classicisme de l’enquête nous rappelle les glorieuses heures du Long Halloween.

L’élégance est de mise de la première à la dernière page, déjà par le duo de choc formé par le décidément magnifique Scalera, fort inspiré et qui évite de singer Murphy, avec peut-être le plus grand coloriste depuis quelques années. Les nuances douces de Dave Stewart, la subtilité de ses ombres et de ses détails rendent impossible de déterminer lequel des deux est la vraie star de ces planches. L’album est un régal de bout en bout et mérite Batman: White Knight presents Harley Quinn (DC Comics - 2020) - BD,  informations, cotesla lecture déjà pour ce travail d’orfèvre. S’inscrivant dans la thématique des films noirs de l’âge classique du cinéma américain, Harley Quinn troque les hommages des deux précédents albums aux films Batman qui se sont succédés pour d’autres personnages du passé comme ce faux Spirit. Moins urbain et mécanique que les albums dessinés par Murphy, celui-ci nous rapproche de l’ambiance rétro de Tim Burton.

Construit comme une alternance entre l’enquête autour de ce « copycat » menée par un GTO (dépassé sans leader) et l’itinéraire de la rencontre entre Harleen et Jack Napier, bien avant que celui-ci ne devienne le Joker. Cette alternance permet de rentrer subtilement dans la trinité qu’est Harley: la veuve en galère avec ses marmots, l’héroïne en devenir et la psychiatre qui doit jouer entre son passé et sa dualité profonde. Modifiant profondément (à nouveau!) le passé du personnage et de la mythologie, Sean Murphy et sa compagne scénariste Katana Collins sortent assez franchement du canon super-héroïque pour proposer un très beau portrait de femme moderne.

Excellement écrit, parfaitement dessiné, profond dans ses thématiques intrinsèques comme dans sa variation sur Gotham, Harley Quinn est un nouveau strike du Murphyverse et du Black Label, avec des conséquences qui peuvent être profondes. Sean Murphy semble totalement libre de tordre les personnages de DC dans le sens qu’il lui plait et tant qu’il se passionne pour eux on le suivra jusqu’au bout du monde.

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Skulldigger & Skeleton Boy

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Histoire complète en six chapitres, écrite par Jeff Lemire et dessinée par Tonci Zonjic. 168 pages, parution en France chez Urban Comics Indies le 15/10/2021.

Punisher begins

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Après avoir perdu ses parents dans une rue sombre de Spiral City, un jeune garçon voit débarquer un colosse en armure, vêtu d’un masque de squelette, qui liquide brutalement le tueur sous ses yeux. Cette machine à tuer, c’est le Skulldigger, un justicier brutal et sanguinaire, qui nettoie les rues de façon expéditive, armé d’une masse d’arme en forme de crâne.

Impressionné par le cran de l’enfant, et se sentant coupable de ne pas avoir pu sauver ses parents, Skulldigger va l’enlever, et lui donner la possibilité de devenir son partenaire. Ainsi entraîné et affublé lui aussi d’un masque en forme de crâne, le jeune garçon, rebaptisé Skeleton Boy, va prendre part, de façon impromptue et prématurée, à la croisade de son nouveau mentor.

Le duo va donc se retrouver pris entre deux feux: d’une part, le gangster Grimjim, sorte de Joker démoniaque, qui a des comptes à régler avec son ancien ennemi juré aujourd’hui candidat à la mairie, et l’inspecteur Reyes, qui cherche à coincer le justicier depuis un moment.

Jeff Lemire nous avait déjà impressionné par des séries comme Sweet Tooth, Descender, Sentient, Gideon Falls ou encore Black Hammer. Cette dernière, déconstruction très pertinente de la figure superhéroïque, a donné lieu à un embryon d’univers partagé, avec les récentes mini-séries sur Doctor Star et Sherlock Frankenstein, et même un crossover avec la Justice League.

Le scénariste poursuit son exploration du Black Hammer-verse, en jumelant deux héros aux parcours parallèles mais pourtant très différents: Batman et le Punisher. Cependant, il ne s’agit pas ici de resservir des codes narratifs déjà digérés par des auteurs comme Frank Miller sur Batman ou Garth Ennis et Warren Ellis sur le Punisher, mais plutôt de changer le paradigme en s’intéressant aux sideckicks, ces fidèles acolytes, souvent mineurs, dont l’homme chauve-souris le plus célèbre du monde a l’habitude de s’entourer.

Le point de vue sera donc celui du jeune narrateur, qui débute son parcours à la manière d’un Bruce Wayne, mais qui a finalement davantage de points communs avec Robin. Embrigadé par cet homme taciturne et violent qu’est le Skulldigger, le jeune Skeleton Boy sera l’illustration parfaite de la critique que Jeff Lemire souhaite apposer aux justiciers urbains tels qu’on les a vus fleurir dans les ’90.

Quand tu ne sais pas comment t’habiller le matin.

Car l’univers Black Hammer, c’est aussi ça, à la fois une ode au genre, à ses codes et à ses icones, autant qu’une critique des lieux communs, qui à force d’usure, se transforment en cliché. Toujours lucide, jamais cynique, ou du moins pas gratuitement, Lemire dépeint des personnages tangibles, qu’ils soient sensibles ou cruels, tout en évitant le manichéisme basique.

Tout y est familier, et donc automatiquement rassurant pour le cerveau du lecteur, tout en présentant suffisamment de nouveauté pour éveiller notre intérêt. C’est là toute la force de l’écriture de Lemire, qui parvient à se renouveler tout en continuant d’aborder ses thèmes fétiches, à savoir les liens familiaux dysfonctionnels.

En effet, comme pour tout sidekick qui se respecte, Skeleton Boy entretient une relation filiale avec Skulldigger, qui a lui-même des comptes à régler avec ses propres figures paternelles. La mise en abime montre bien la cohérence réflective de Lemire, qui ne se complaît jamais de son propre travail, comme ont pu le faire nombre de scénaristes prometteurs au fil des années.

« T’as pas un truc à me dire ? »

Le seul regret que nous ayons, c’est que la série ne compte effectivement que six chapitres à ce jour, après plus d’un an et demi de publication, ce qui laisse en suspens certaines questions dramatiques distillées çà et là.

****·BD·Edition·Graphismes·Service Presse

Le dernier souffle

La BD!
BD de Thierry Martin
Soleil (2021), 218p., One-shot.

L’ouvrage est à l’origine une publication instagram de l’auteur qui avait proposé une image par jour en construisant l’intrigue au fur et à mesure. Une édition reliée est ensuite sortie en financement participatif sur Ulule, avant cette édition bichromie chez Soleil.

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bsic journalism Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Avec la piraterie le genre Western a le vent en poupe et inspire fortement les auteurs avec beaucoup d’albums depuis quelques années. Alors que Grand-Angle s’apprête à sortir le 3 novembre prochain un exceptionnel album anthologique avec la fine fleur du dessin BD (préparez vous, c’est impressionnant), Soleil permet à ceux qui sont déconnectés ou qui ont raté le financement participatif de découvrir le travail, lui aussi impressionnant, de Thierry Martin. Je ne connaissais pas cet auteur et j’ai été bluffé par sa maîtrise du cadrage, du découpage et même du dessin technique tant avec une économie de moyens il parvient à nous plonger, sans textes, dans cette traque qui respire la vengeance, le sang, la nature.https://media.sudouest.fr/6655119/1200x-1/dernier-souffle-110.jpg

Au fil de ces deux-cent pages (où la bichromie n’apporte pas grand chose…) nous suivons la vengeance d’un chasseur nocturne envoyé protéger son mentor contre une bande de portes-flingues envoyés en hordes, tantôt dans une forêt impénétrable, tantôt dans la petite ville enneigée. L’exercice de style place tout sur la mise en scène et en la matière on peut dire que l’auteur percute à chacune de ses cases. L’histoire est moins limpide et on ne lui en voudra pas étant donné le processus évolutif. Le format italien apporter un vrai plus avec cet effet cinématographique recherché comme l’essence du projet. Le genre western n’a jamais axé ses points forts sur les intrigues et sied parfaitement à une histoire muette. La rage est visuelle, on ressent le mouvement à chaque instant entre deux silences (oui-oui!) et l’on se dit par moments que finalement le verbe est peut-être plus un encombrement dans les histoires de l’Ouest… Rappelant par moments les débuts de Ronan Toulhoat dans son brut visant l’efficacité avant-tout, Thierry Martin marque les esprits en inscrivant un projet personnel et non commercial dans la Légende de l’Ouest. A savourer pour tous les amoureux des colt et des cache-poussière…

2019 - Dernier souffle page 171 par Thierry Martin - Illustration

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