****·BD·Nouveau !·Rapidos

Shi #5: Black Friday

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BD de Zidrou et Homs
Dargaud (2022), 56 p., Second cycle.

Jay et Kita sont les ennemis publics numéro 1 de l’Empire. Après les évènements des docks que tout le monde semble pressé d’oublier, elles ont entrepris un militantisme radical (que la bourgeoisie victorienne appelle Terrorisme), bâtissant une organisation clandestine appuyée sur les gamins des rues. Mais la police de l’Impératrice n’a pas dit son dernier mot…

Black Friday (par Zidrou et José Homs) Tome 5 de la série ShiRetour de la grande série socio-politique avec un second cycle que l’on découvre, surpris, annoncé en deux albums seulement. Reprenant la construction temporelle complexe juxtaposant les époques sans véritables liens, Zidrou bascule ensuite dans un récit plus linéaire et accessible où l’on voit l’affrontement entre la naissance du mouvement des Suffragettes  et la société bourgeoise qui ne peut tolérer cette contestation de l’Ordre moral qui étouffe le royaume. Les lecteurs de la série retrouveront ainsi les séquences connues, à la fois radicales, intimistes, sexy et violentes. Et toujours ces planches sublimes où Josep Homs montre son art des visages.

L’itinéraire de Jay et Kita se croise donc avec un échange épistolaire original à travers les années avec la fille de Jay, sorte de fil rouge très ténu qui court depuis le début sans que l’on sache sur quoi il va déboucher. L’écho contemporain bascule cette fois dans les années soixante (on suppose) où un policier enquête sur une disparition qui le mène sur la piste des Mères en colère. Pas plus d’incidence que précédemment mais l’idée est bien de rappeler que les évènements du XIX° siècle débouchent sur un combat concret à travers les époques.

Avec la même élégance textuelle comme graphique, Shi continue son chemin avec brio et sans faiblir. On patiente jusqu’au prochain avec gourmandise!

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**·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Lord Gravestone #2/3: Le Dernier Loup d’Alba

La BD!
BD de Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat (2022), 55p., 2/3 tomes parus.

Attention spoilers!

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Zut, mille fois zut! J’ai une vraie tendresse pour Nicolas Siner, aussi talentueux qu’adorable et modeste et étais ravi de voir enfin arriver une nouvelle série aussi assumée dans le registre gothique. Malheureusement, si le premier tome réussissait parfaitement son entrée en matière entre fan-service vampirique et background travaillé, cet album charnière tome assez à plat en ne parvenant pas à relier l’introduction au combat final contre l’empereur du Mal. L’action tonitruante précédente laisse ici la place à une fort longue convalescence du héros Hauts-Loups d'Alba (Les) (par Jérôme Le Gris et Nicolas Siner) Tome 2 de lamordu une fois par Camilla la vampire qui cherche à se venger de sa lignée mais qui va commencer à douter de la malfaisance de ce chasseur de dentus. Outre un rythme qui oublie d’alterner révélations historiques, action et scène intimistes pour laisser dérouler une assez interminable romance dans un château en ruine, l’intrigue tombe dans pas mal d’incohérences logiques: des loups-garou du titre on n’en entendra finalement guère parler, de la redoutable vampire transformée en douce servante on a du mal à imaginer le cœur guimauve qui la fait désobéir à la loi de la Nuit,… Alors soyons juste, de belles idées surgissent comme cet état d’Incube en sursis entre l’état d’homme et celui de vampire et les dessins magistraux de Nicolas Siner qui nous plongent dans une Ecosse où le jour ne semble jamais se lever. C’est d’autant plus dommage que l’on voit bien où voulait en venir Jérôme le Gris dans un format ternaire en faisant de cet héritier lisse un héros tragique en rupture avec son héritage, en liant le bon et le mal. Mais il semble se prendre les pieds dans son déroulé, gardant sans doute trop pour le final ce qui aurait dû alléger la linéarité sur ce second tome. Rien n’est perdu puisqu’avec un joli matériau graphique comme thématique la pente peut être remontée sur le final. Surtout avec une conclusion qui replace un état dramatique nécessaire en rendant le héros soudain plus intéressant. Le rythme est décidément un bien dur exercice en matière de scénario…

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****·BD·Littérature·Nouveau !

L’homme qui corrompit Hadleyburg

Histoire complète de 88 pages écrite et dessinée par Wander Antunes, d’après la nouvelle de Mark Twain. Parution aux éditions de La Boîte à Bulles le 17/08/2022.

Un plat servi très froid…

La petite ville d’Hadleyburg se targue d’être la plus honnête d’Amérique. A ses portes, trône une ostensible pancarte qui en atteste, comme pour narguer les visiteurs et les villes voisines qui ne pourraient espérer atteindre un tel parangon de vertu, quels que soient leurs efforts.

Ce que les habitants ignorent, c’est qu’un inconnu, autrefois lésé par un notable d’Hadleyburg, est revenu avec en tête une terrible vengeance, qui ne fera pas couler le sang, mais qui ruinera ce que cette ville hypocrite a de plus précieux: sa réputation.

L’anonyme revanchard débarque, par une nuit orageuse, avec un sac contenant une récompense de 40 000 dollars. Cette petite fortune n’est destinée qu’à une seule personne: le bon samaritain qui, des années auparavant, lui avait porté secours en lui offrant 20 billets ainsi qu’une phrase d’encouragement. Afin de pouvoir prétendre aux 40000 dollars, ledit samaritain n’a qu’à prononcer la fameuse phrase, qui est inscrite dans une enveloppe scellée qui accompagne le magot.

…et avec beaucoup de billets.

Une fois sa requête exposée aux Richards, l’inconnu se volatilise, laissant les graines du doute et de l’avarice germer au sein de cette ville prétendument parfaite. Après que les Richards aient vaincu la tentation de s’emparer du magot à l’insu de tous, chacun va ensuite fouiller les recoins de sa mémoire pour tenter de percer le mystère, se considérant suffisamment vertueux pour être le fameux samaritain… Puis, à défaut de retrouver avec certitude la bonne phrase, chacun des notables va manigancer, espérant mettre la main sur le pactole au détriment des autres. S’enrichir tout en prouvant que son patelin est bel et bien le plus vertueux, qui s’en priverait ?

Wander Antunes, auteur brésilien prolifique mais encore assez méconnu en France, reprend un nouvelle de Mark Twain, qui se veut une réécriture du mythe de la tentation mettant en abîme le sentiment de supériorité et la bienpensance américaine. Cette nouvelle phare du père de Tom Sawyer n’a étonnamment pas connu beaucoup d’adaptation au fil des années, encore moins en BD. Cet album sort donc du lot, non seulement par sa rareté en tant qu’adaptation, mais également par la qualité de sa narration, qui n’épargne rien aux WASP contemporains de Twain.

Le vernis de vertu qui recouvre la civilisation et la facilité avec laquelle il se craquelle seront toujours une source inépuisable d’inspiration pour les auteurs. Voir donc les habitants d’Hadleyburg s’enfoncer dans le mensonge en étant persuadés de remporter le gros-lot a quelque chose de satisfaisant, voire même de libérateur, pour le lecteur, qui tourne les pages avec un petit sourire satisfait, protégé par l’ironie dramatique qui lui garantit qu’il sait quelque chose que les personnages ignorent.

Mais ne vous y trompez pas, chers lecteurs et lectrices: l’ironie dramatique n’est qu’une illusion. Nous sommes tous des habitants d’Hadleyburg: nous nous considérons tous, pour la grande majorité en tous cas, comme des personnes décentes, guidées par une idée instinctive du bien et de la vertu. Mais lorsque la vie abat ses cartes, lorsque les choses se gâtent et mettent à l’épreuve nos principes, combien d’entre-nous agiront en accord avec ces fameux principes ?

Le vice, l’avarice, l’individualisme, ne sont peut-être finalement que la matière noire ou l’espace entre les atomes, qui régissent la physique de l’esprit humain, invisibles mais pourtant prépondérants. Et c’est sans doute là aussi le génie de Mark Twain, d’avoir entrevu si tôt cette vérité.

Coté graphique, Wander Antunes s’en sort admirablement, maîtrisant les aplats de couleur qui reflètent la dégradation de la réputation d’Hadleyburg au fur et à mesure de l’album. Avis également aux amateurs de Twain, car certains de ses personnages phares se sont invités dans l’album, donnant ainsi une portée supplémentaire à son message.

****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Western

La trouvaille+joaquim

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BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (2001), 62p., one-shot, collection « Signé ».

Quand on est orphelin dans l’Ouest il n’y a pas trente-six solutions pour s’en sortir. Être fort ou malin. Les frères Chisum pensent appartenir à la seconde catégorie lorsqu’ils tentent d’usurper l’identité d’un jeune héritier pour toucher une rançon. L’affaire tourne mal et Jess se retrouve seul, estropié et survit tant bien que mal. Lorsqu’il resurgit à la civilisation c’est avec la ferme intention de se venger. Et un plan machiavélique…

Western - BD, informations, cotesLe tournant des années deux-mille marque la dernière vague de Western au cinéma avec Danse avec les loups, Impitoyable ou Tombstone. Forcément la BD a suivi son grand-frère de toujours avec des auteurs confirmés qui ont voulu faire leur grand album western. Parmi eux Hermann tira le premier avec son On a tué Wild Bill chez Air Libre (Dupuis) en 1999 avant que le duo star de l’époque, les papa de Thorgal Rosinski et Van Hamme ne sortent deux ans plus tard leur album Signé, de cette collection du Lombard qui avait vocation à rassembler sur des albums très sélectifs la crème des meilleurs auteurs confirmés du neuvième art. Si je relie les deux c’est parce que les deux intrigues sont proches, leur traitement aussi et que si Hermann père et fils ont depuis fait de cette autrefois prestigieuse collection leur maison, l’arrivée du duo Rosinski-Van Hamme marquait un sacré évènement en sortant de leur confort de série pour un one-shot ambitieux, juste avant son passage à la peinture sur La vengeance du comte Skarbek en 2004.

On sent cette envie de nouveauté artistique sur cette intrigue très classique du genre et de Jean Van Hamme, scénariste qui adore et excelle à plonger ses personnages dans des paradoxes et choix cornéliens. Ainsi, avec sa détermination sans faille, son talent à la gachette (remplaçant l’arc) et ses tourments du destin qui semblent lancés par les Dieux, le héros de Western est pleinement le petit frère moderne de Thorgal et pleinement un héros Vanhammien. Articulant de façon originale son histoire en plusieurs parties entrecoupées (une première et une singularité que je n’ai jamais revue depuis en BD) par des peintures muettes double-page de Rosinski, le scénariste narre plusieurs étapes de la vie de Jess Chisum avec une fluidité et un sens du récit toujours impériaux. Quand beaucoup d’albums aujourd’hui enflent sur plusieurs centaines de pages comme pour montrer le poids artistique, Jean Van Hamme sait toujours être concis, efficace et propose une tragédie sur moins d’un double album, qui se lit facilement et sans impression de manque. Un rappel dont devraient s’inspirer un certain nombre d’auteurs aujourd’hui.

Western. rosinski - van hamme. extra color nº 1 - Sold through Direct Sale  - 139299765Graphiquement je disais que Grzegorz Rosinski semble se chercher vers la nouveauté. On sait qu’il peint depuis longtemps mais tous ses précédents albums sont colorisés par un autre. Les panorama intercalaires sont une forme d’expérimentation séparant le reste des pages dans des tons sépia où il se lance pour la première fois dans la couleur directe. Pas encore en peinture mais c’est une première. On sent l’envie d’une approche proche du lavis pour retranscrire les vieilles photos de l’Ouest. C’est partiellement convainquant car cela atténue la précision des décors, comme écrasés dans des tons monotones. Rosinski est à l’économie (presque à l’épure sur certaines cases) quand il propose par ailleurs des scènes ciselées de détails. Étonnante, sa technique semble marquer des expérimentations qui permettront par la suite certains sublimes albums de Thorgal. Et c’est bien sur les visages et plans serrés que son talent éclate sur le découpage encore une fois parfait de son compère.

Au final, s’il marque une étape artistique majeure pour le dessinateur, Western prends la forme d’une expérimentation graphique pas totalement aboutie en ce qu’elle écrase un peu la brillance du scénario de Van Hamme. Ce dernier dans ses petits souliers compense ce manque de grands espaces par un art sans pareil du dialogue et du récit qui font néanmoins de cet album assez bref un grand western classique, un peu oublié dans un monde de la BD où Blueberry semble écraser toute autre proposition.

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

The Cape

Histoire complète en 160 pages, écrite par Jason Ciaramella d’après une nouvelle de Joe Hill, avec Zach Howard au dessin. Parution en 2013 aux US chez IDW Publishing et Bragelonne-Milady, réédition en France le 15/06/22 chez Hicomics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Mes chers parents, je vole

Le mythe d’Icare vous dit surement quelque chose. Doté de la faculté de voler grâce aux prodiges de son père Dédale, Icare n’a pas tenu compte des avertissements de son paternel et a volé trop près du Soleil, si bien que ses ailes ont brûlé et précipité sa chute.

Et si Icare survivait à sa chute et qu’il devenait un psychopathe ? C’est le pitch choisi par Joe Hill pour sa nouvelle intitulée The Cape, publiée initialement dans son recueil 20th Century Ghosts. Éric passe son enfance à jouer aux super-héros avec son frère Nicky. Les deux jeunes garçons utilisent leur imaginaire pour s’évader d’une dure réalité, une réalité dans laquelle leur père n’est pas revenu de la guerre du Vietnam.

Soutenu par sa mère et son frère, Éric gère cette perte comme il le peut, drapé dans un plaid bleu faisant office de cape. Cependant, comme Icare qui vola trop près du Soleil, Éric a voulu grimper trop haut sur l’arbre qui lui servait de refuge, et la branche qui le soutenait à cédé. Mais avant sa chute vertigineuse, avant l’impact dramatique avec le sol, il s’est passé quelque chose d’étrange. Un phénomène fugace, à peine perçu par les deux frères: l’espace d’un instant, Éric, accroché à sa cape, a échappé à la gravité.

Quelques opérations plus tard, Éric se réveille, le crâne rafistolé par quinze agrafes. Sa cape a disparu, sans doute jetée par sa mère. Sa vie n’est plus la même, car avec ou sans son bout de tissu noué autour de ses épaules, Éric ne peut plus avoir les pieds sur terre. Sa vie défile alors sous ses yeux, sans qu’il ne puisse rien mener à bout. Privé d’initiative et du gout de vivre, Éric échoue dans tous les aspects de sa vie, jusqu’à s’aliéner sa fiancée Angie , qui le laisse tomber. Lui préfère-t-elle son frère Nicky, qui est devenu un brillant médecin ? Ou bien Éric devient-il parano ?

Sans logement, sans travail et sans le sou, Éric retourne vivre chez sa mère, et finit par remettre la main sur sa vieille cape, qu’il croyait perdue. L’enfilant sans trop y croire, le trentenaire loser est stupéfait de constater que grâce à elle, il peut flotter dans les airs, et même…voler. Il n’avait donc pas rêvé, sa cape avait bien des propriétés magiques, depuis le début.

Ainsi, il aurait pu éviter sa chute et ses blessures, et si sa mère ne l’en avait pas privé, il aurait pu avoir une vie spectaculaire, extraordinaire, loin du marasme dans lequel il s’est confiné. Éric décide alors qu’il est temps pour lui de prendre sa revanche sur la vie, ou plutôt sur tous les gens qu’il considère responsable de ses problèmes.

I’m the bad guy (duh)

Comme pour son père avant lui, il faut reconnaître à Joe Hill un talent particulier pour dresser des portraits psychologiques convaincants de ses personnages, ce qui confère à ses histoires une aura particulière et a tendance à en accentuer le ton horrifique. Bien souvent, en effet, les personnages que l’on trouve dans les récits de genre ne sont que des archétypes, parfois éculés, qui ne servent que de prétexte au contexte. Ce qui compte généralement, ce sont les éléments surnaturels, qui sont mis en avant au détriment des personnages.

La famille King prend donc le parti de mettre des personnages crédibles, fouillés, dans un contexte surnaturel, qui ne sert finalement pas de prétexte mais permet bel et bien de faire ressortir les traits des protagonistes. Dans le cas présent, le personnage d’Eric n’a en soi rien d’exceptionnel, mais c’est justement ce qui en fait un bon personnage: un homme lambda, pourvu de failles désespérément banales.

Après un accident tragique, qui a pour but de nous faire sympathiser avec lui, nous nous apercevons qu’il se rend responsable de ses propres échecs, en s’enfonçant dans l’immobilisme, puis dans l’alcoolisme et le ressentiment. Ses relations intrafamiliales, notamment celles avec son frère Nicky, sont elles aussi marquées du sceau du réalisme, avec le sentiment de rejet, la jalousie et le passif-agressif.

Et, comme le ferait une personne réelle, Éric est victime du biais d’autocomplaisance, ce trait intrinsèque qui nous fait attribuer nos échecs à des causes extérieures, et nos réussites à nos qualités propres (on peut aussi appeler ça le locus de contrôle externe). Il finit par tenir son entourage pour responsable de ses malheurs, ce qui le conduit sur une voie corrompue dont personne ne ressort généralement indemne.

Dans son déroulement, The Cape résonne avec le récent Brightburn, en ce sens qu’il dote un personnage initialement innocent mais troublé par un sentiment d’injustice, d’un pouvoir qui le corrompt et le retourne contre son entourage, pour finalement en faire une menace globale. A ceci près que le périmètre d’action de The Cape demeure plus intimiste, l’anti-héros en question n’étant pas doté des mêmes pouvoirs.

En revanche, si le scénario se concentre sur la psyché perturbée d’Eric, l’auteur ne s’attarde en rien sur les origines du pouvoir de la fameuse cape. Ce point sera abordé dans une préquelle, intitulée The Cape 1969, dont la parution est prévue en juillet 2022 chez Hicomics (des deux mêmes auteurs). La partie graphique est assurée avec brio par Zach Howard, qui livre des planches à la colorisation rétro, tout en conservant un style semi-réaliste.

En résumé, The Cape est un très bon one-shot, déconstruction habile du super-héros, doté d’un travail précis sur la psychologie de son personnage principal.

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Furioso #1: Garalt est revenu

Premier tome du diptyque écrit par Philippe Pelaez et dessiné par Laval NG. Parution chez Drakoo le 06/04/22.

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Geste brusque

Les lecteurs réguliers du blog connaissent désormais notre appétence pour la fantasy et les récits inspirés de la geste arthurienne. Avec Fusioso, nous avons ici une adaptation graphique d’Orlando Furioso, le Roland Furieux du poète italien L’Arioste, qui fait suite au poème chevaleresque Roland Amoureux. Écrit au 16e siècle, le Roland Furieux est un long poème composé de 46 chants, qui est considéré aujourd’hui comme une inspiration majeure du genre heroic fantasy.

Rendu fou par l’amour non réciproque qu’il voue à la princesse Angélique, Roland, le neveu du Roi Kaarl (Charlemagne) se jette à corps perdu dans la guerre contre les Morts (les Maures dans la version originale), et au cours d’une bataille, tue Garalt (Roger). Garalt, outre son charme ténébreux, était considéré comme le meilleur chevalier au monde, un guerrier invincible. Rangé du coté des Morts, sa défaite des mains de Roland a marqué un tournant décisif dans la guerre, poussant Roland dans uns spirale de violence toujours plus cruelle.

Huit hivers après sa disparition, Garalt revient d’entre les morts, sous l’influence de la fée Alcyna, qui espérait gagner ainsi le cœur du vaillant guerrier. Mais ce dernier n’a d’yeux que pour Bradamante, la farouche guerrière qui est aussi la mère de son enfant, et va, sous couvert d’une fausse identité, participer en même temps qu’elle à la grande joute pour pouvoir l’approcher. Et pendant ce temps, évidemment, la fée Morgane complote pour renvoyer Garalt dans l’Outre-Monde, en attisant la folie de Roland et sa haine de Garalt.

Depuis la création de la maison d’édition Drakoo, son directeur artistique Arleston ne s’est pas privé d’agrémenter son catalogue avec des propositions rappelant les grandes heures des éditions Soleil, dont il était l’un des piliers. Le genre de la fantasy n’est donc pas étranger à Drakoo, qui nous a servi plusieurs incursions plus ou moins inspirées dans ce genre pléthorique.

Cependant, si l’on pouvait reprocher aux dernières sorties (je pense notamment à Danthrakon ou Démonistes) de singer trop grossièrement le style « Lanfeust« , ici, le fait que ce soit l’adaptation d’une œuvre littéraire aide à ancrer l’histoire dans un cadre moins bouffonesque et plus sombre. L’album bénéficie bien évidemment de l’écriture impeccable et exigeante de Philippe Pelaez, qui parvient sans mal à redonner du corps au poème italien.

Malheureusement, malgré sa qualité, l’album semble souffrir du syndrome « Valérian », je m’explique. Valérian et Laureline est un classique de la BD Franco-Belge, créée en 1967 par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Précurseurs de la SF, les auteurs ont imaginé un univers cosmopolite qui a inspiré de nombreux auteurs, Georges Lucas en tête. L’influence de Valérian et Laureline fut telle que lorsque la BD fut adaptée au cinéma, ce qui en faisait un œuvre visionnaire à l’époque de sa sortie s’était dilué dans toutes les autres œuvres qui s’en étaient inspiré depuis lors (à noter qu’il s’est produit un phénomène similaire entre Seinfield et les sitcoms américaines). Le film a donc été un échec, car certainement perçu comme « pas assez original », voire « pompé sur Star Wars ».

Dans le cas qui nous intéresse, adapter directement un récit ancien qui a influencé les auteurs modernes autour d’un genre particulier donne nécessairement lieu à un sentiment de déjà-vu. Garalt ? On ne peut s’empêcher de penser à Geralt de Riv, le héros de The Witcher. Les intrigues politiques ? Game of Thrones. Vous l’avez compris, c’est le syndrome Valérian.

Le style si particulier de Philippe Pelaez trouvera ses admirateurs dans son exigence et sa maîtrise stylistique indéniable, déjà vue récemment sur Enfer pour aube, mais d’autres pourront trouver la narration par trop sophistiquée. On ne pourra cependant pas lui reprocher de chercher à transcrire une œuvre classique dans une BD fantasy. Car le projet, modeste dans sa tomaison heureusement, vise un certain classicisme où l’on retrouve le très qualitatif dessinateur d’Alter dans une technique qui emprunte cette fois autant à Mezière qu’à Druillet, dans leur aspect le plus foisonnant… jusque dans une mise en couleur un peu old school et qui écrase sans doute la finesse des planches. Si l’intrigue classique ne surprend guère, l’imagination graphique de l’artiste impressionne et montre une passion et une implication importante sur ce projet où l’on retrouve un syncrétisme mythologique allant chercher en Bretagne, dans la Geste chrétienne comme en scandinavie.

Au final on retrouve dans cette adaptation (accompagnée par un descriptif universitaire de la source pour les lecteurs les plus pointilleux) toutes les qualités d’un scénaristes qui a démontré depuis plusieurs albums sa qualité et son implication. Il permet à son compère de sublimer un matériau certes éculé mais que les plus habitués à la fantasy sauront apprécier dans son univers référentiel très important. C’est ce qu’on attend d’une bonne adaptation, non?

Billet écrit à 4 mains par Blondin et Dahaka.

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Enfer pour aube #1/2

La BD!
BD de Philippe Pelaez et Tiburce Oger
Soleil (2022), 54p., bichromie, 1/2 tomes parus.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Janvier 1903. Alors que Paris est à nouveau éventrée par un chantier pharaonique, celui du métropolitain, des notables se retrouvent pris pour cible d’un mystérieux voltigeur à écharpe rouge. Dans cette III° République bourgeoise triomphante, l’élite veut oublier ces classes laborieuses si dangereuses pour leurs profits et chassée au-delà des murs, dans la Zone. Car la révolution rouge de 1871 est encore dans toutes les têtes…

Aube de Sang L'Enfer pour Aube, planche du tome 1 © Soleil / Oger / Pelaez  Paris, janvier 1903. Des avenues sont éventrées pour permettre la poursuite  de ma construction de nouvelles lignes du Métropolitain. Le conseiller du  Ministre des Travaux Publics ...Philippe Pelaez est l’un des auteurs BD qui monte. Depuis ma découverte de son très bon Alter en compagnie de son comparse qui revient sur le tout neuf Furioso) j’ai pu apprécier la qualité de ses textes, qui explosent ici sous une plume particulièrement inspirée. A cheval entre les mythes littéraires, la grande Histoire et celle plus triviale des hommes qui la font, l’auteur réunionnais se définit par une exigence créative très relevée, qui s’inscrit ici dans la tradition feuilletonnante du XIX° siècle.  Dans cette intrigue qui nous fait passer du chasseur (un policier incorruptible) au chassé (le tueur à écharpe rouge) on a nos chapitres entrecoupés par de fausses unes de gazette qui habillent joliment l’ensemble et densifient le background.

Si le récit est relativement linéaire, l’ensemble du propos, passablement énervé, porte sur ce peuple opprimé dont la violence physique n’est que le pendant de la violence économique et matérielle qu’il subit depuis la répression sanglante de la Commune de Paris par les troupes versaillaises. En s’inscrivant dans la tradition des auteurs parisiens populaires qui cultivent cette culture « apache » des faubourgs si particulière, Pelaez nous fait pénétrer un monde peu abordé en BD, tout en assumant un propos politique avec un parallèle évident sur notre société à l’argent si L'Enfer pour Aube (tome 1) - (Tiburce Oger / Philippe Pelaez) - Historique  [DERNIER REMPART, une librairie du réseau Canal BD]clinquant.

L’aventure endiablée et pleine d’action (l’histoire se termine en deux volumes, il n’est pas temps de traîner) respire par de nombreux aparté rappelant ce que dut subir le peuple parisien sous ces régimes bourgeois en attendant le Front populaire. Comme sur les gazettes du Château, l’album se conclut par un joli cahier de faux articles de presse agrémentés de jolies illustration, originales cette fois-ci. Il est simplement dommage que la partie graphique ne soit pas aussi ciselée que le texte, ce qui fait passer l’album à côté d’un coup de cœur. Malgré sa grande popularité je n’ai jamais été grand fan du style de Tiburce Oger qui compense un dessin parfois un peu rapide par un joli sépia agrémenté de touches de rouge bienvenues. L’ensemble reste très regardable et fort bien mis en scène, pour une lecture très agréable et qui nous sort de l’ordinaire.

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Lord Gravestone #1/3: le baiser rouge

La BD!
BD de Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat (2022), 55p., 1/3 tomes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Le monde est fait de ténèbres et de lumière. Dans l’ombre sont tapies des créatures que seuls des hommes de foi initiés aux arts mystiques savent chasser. La famille Gravestone est de ceux-là, pourchassant inlassablement de père en fils les vampires, êtres surpuissants vivant d’amour et de sang. John Gravestone est le dernier de la lignée. Tiraillé entre son amour pour une fille et son désir de poursuivre la mission il devra bientôt faire un choix… sanglant.

Lord Gravestone Le baiser rouge Tome 1 - Dernier livre de Jérôme Le Gris -  Précommande & date de sortie | fnacLe rôle de « cover-artist » est un grand classique outre-atlantique, d’immenses peintres et dessinateurs ayant pour tache de faire baver le lecteur sur des BD pas toujours follement dessinées. Les Frank Cho, Adam Hughes, Lee Bermejo ou Alex Ross sont de ceux-là. Leur particularité: une technique monstrueuse et pour corollaire une production de planches intérieures faméliques. Piochant le marketing là où il marche, les éditeurs français ont commencé depuis quelques années à appliquer ce système que personnellement je trouve assez malhonnête, en proposant parfois le jour et la nuit entre la couverture et l’intérieur des albums. Les artistes n’y sont pour rien, le temps passé sur une couverture et sur un album n’ayant rien à voir et certains n’étant tout simplement pas destinés à basculer inside…

Après une première très étonnante série il y a maintenant dix ans, les deux auteurs de Lord Gravestone reviennent pour une nouvelle trilogie, moins originale que la Renaissance uchronique d’Horacio d’Alba puisqu’on nous propose une pure et simple aventure de chasse au vampire dans l’Angleterre gothiquissime du XIX° siècle. Ce qui marque immédiatement ce sont les planches d’une noirceur profonde et qui restent très lisibles malgré la quantité de noir qui occupe le champ. Durant ces années à produire de superbes couvertures peintes Nicolas Siner a probablement rongé son frein de ne pouvoir lâcher ses encrages, toujours aussi proches de Dimitri Armand et en sacré progrès depuis sa première série. Les quelques défauts techniques aperçus jadis n’ont plus lieu et on bascule dans le grand spectacle luxueux pour qui aime les arbres noueux, les chandeliers baveux et le souffle glacial des manoirs en ruine.

Baiser rouge (Le) (par Jérôme Le Gris et Nicolas Siner) Tome 1 de la sérieSi l’intrigue vampirique vue mille fois inquiète légèrement sur les premières pages, on constate rapidement que Jérôme Le Gris sait construire sa narration et apporter une touche qui donne envie de continuer. Si le passé dramatique de ce jeune héritier d’une lignée d’inquisiteurs fait cliché, si son caractère en fait plus une victime qu’un héros lors de ce premier volume, l’histoire qui nous est contée, cette romance dramatique entre un vampire et une belle bourgeoise, nous prend pourtant dans ses filets sans difficultés. Avec ses personnages archétypaux le scénariste développe son univers par un background évoqué suffisamment pour titiller notre curiosité et aller au-delà de la seule action et des poses graphiques des vampires et chevaliers.

Dans un très grand classicisme (et malgré une couverture étrange de banalité pour un artiste d’un tel talent), ce premier tome de la trilogie Lord Gravestone montre comme tout bon album de série B que ce n’est pas toujours le fond qui détermine la qualité mais parfois l’habillage, la mécanique. Les deux auteurs dotés d’une très solides maîtrise proposent donc un fort agréable album dont la suite mériterait un peu de prise de risque pour se hisser au niveau des touts meilleures BD.

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Le Bossu de Montfaucon

Premier tome de 56 pages de la série écrite par Philippe Pelaez et dessinée par Eric Stalner. Parution le 23/02/22 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance!

Ça bosse dur

Fin du XVe siècle, le royaume de France est en proie au déchirement et aux querelles de pouvoir. Suite au trépas de Louis XI, c’est son fils, Charles VIII, qui hérite de la couronne. Mais son jeune âge l’empêche de régner, aussi, c’est à sa sœur Anne de Baujeu, que l’on confie la régence du royaume, jusqu’à la majorité du nouveau roi. Tout comme son père, Anne de Baujeu est retorse, perfide, et adepte des manoeuvres les plus fourbes. Sa régence n’augure donc rien de bon pour la France.

Toutefois, Louis II d’Orléans, prince de sang et second prétendant au trône après Charles, n’entend pas rester sur la touche. Exilé, il se réfugie en Bretagne, d’où il prépare son plan ambitieux pour monter enfin sur le trône. Ce que Louis ignore encore, c’est que ses rêves de conquête du trône en toute légitimité vont être broyés, tués dans l’oeuf par sa rivale Anne. En effet, Louis d’Orléans reçoit la visite impromptue d’un homme, Pierre d’Armagnac, dit le Bâtard, qui dit avoir connaissance d’un document prouvant que Louis ne peut légitimement prétendre au trône.

Quand t’as pas d’amis, prends un mâchicoulis.

Fait notable, Pierre est accompagné par un bossu, dont la difformité dissimule un cœur d’or, et que l’on a déjà vu arpenter les anfractuosités de Notre-Dame-de-Paris, un certain…Quasimodo.

Pierre et Quasimodo vont donc se lancer à la recherche du fameux document, mais vont devoir pour cela devancer Axel Lochlain, redoutable assassin à la solde des Beaujeu. Quelles sont les motivations réelles du Bâtard ? Et l’ambitieux Louis d’Orléans vaut-il la peine pour nos héros de risquer ainsi leurs vies ?

Big Bosse

Après le très bon Pinard de Guerre, nous retrouvons Philippe Pelaez aux commandes d’un récit de cape et d’épées sur fond historique, qui s’amuse à reprendre la fin de Notre Dame de Paris de Victor Hugo. Si le roman unit tragiquement Quasimodo et Esméralda dans la mort, ici, Pierre retrouve le bossu endeuillé juste avant qu’il n’expire aux côtés de sa bien-aimée, et le recueille ainsi pour tirer avantage de sa force prodigieuse.

La suite n’a cependant pas grand chose de romanesque puisque l’intrigue reprend les événements historiques de la Guerre folle. Le travail de documentation est donc palpable et profite même de l’excellente écriture de Philippe Pelaez, qui livre une fois de plus une prose maîtrisée. S’il faut du temps pour appréhender les nombreux personnages et leurs rôles respectifs, on apprécie toutefois rapidement les méandres de l’intrigue politique qui n’a rien à envier à GOT. Comme quoi, la réalité a souvent ce qu’il faut pour dépasser la fiction, surtout si l’on y ajoute de la fiction !

Pour le moment, il est difficile de juger de l’impact de l’emprunt à Victor Hugo, pour une série qui aurait très bien pu se contenter de coller à la vérité historique. Mais gageons que la plus-value de Quasimodo se fera sentir dès le second tome.

*·Comics·East & West

The Banks

esat-west

Histoire complète en 152 pages, écrite par Roxane Gay et dessinée par Ming Doyle pour TKO Studio. Parution en France chez Panini Comics le 25/08/2021

Family Business

Dans le Chicago des années 60, Clara fait la rencontre de Melvin Banks, un jeune homme charmeur immédiatement séduit par le charisme de la jeune femme. Mais le sympathique courtisant s’apercevra que Clara ne s’en laisse pas compter, ce qui ne fait qu’ajouter à sa détermination. Au fil du temps, Clara se laisse apprivoiser, mais finit par découvrir la vérité sur Melvin: c’est un cambrioleur, plutôt futé et doué de ses mains, qui ne volent qu’aux blancs et ne se laisse jamais guider par la cupidité.

Bientôt, Clara et Melvin forment un couple uni, ayant promis de ne jamais se mentir et de rester fidèles à leurs principes. Alors que naît leur fille Cora, Melvin et Clara poursuivent leur carrière criminelle, enchaînant les vols avec grâce et maîtrise, jusqu’au jour où Melvin se sacrifie lors d’un cambriolage qui tourne court. Après quelques mois de prison, le jeune Melvin retrouve les femmes de sa vie, et reprend le cours de sa chapardeuse existence.

Les années passent, Cora se marie et donne naissance à une fille, Celia, qui grandit en ignorant tout du business familial. Bien que toujours fidèle à son crédo, Melvin assume les risques du métiers lorsqu’il est contraint de travailler pour un baron de la drogue qui cherche à récupérer de la marchandise perdue. Un cambriolage raté plus tard, le voici redevable à l’un des pires criminels du coin, qui se venge de façon sanglante. Désormais veuve, Clara Banks doit utiliser tout son savoir faire pour poursuivre son mode de vie, avec sa fille Cora. Mais la petite-fille Celia, qui est devenue entre-temps une financière à succès, s’est éloignée d’eux pour suivre sa route. Lorsque Celia subit un revers professionnel, elle a l’idée de se venger en utilisant les compétences familiales, pour un coup juteux, mais aussi très dangereux, qui mettrait la famille à l’abri tout en rendant justice à Melvin.

Bank-eroute

Repue depuis quelques années déjà grâce à son monopole sur l’adaptation des comics Marvel, Panini poursuit son exploration des catalogues indés, entamée auparavant par des éditeurs comme Urban, Glénat ou Delcourt.

TKO Studio est aux US, un éditeur dynamique et touche-à-tout, dont on a pu voir l’an dernier quelques titres de très bonne facture, comme Sara ou encore Sentient. Ici, TKO donne sa chance à Roxane Gay, auteure, essayiste éditorialiste américaine. Cette dernière optimise donc cette tribune pour mettre en exergue des thèmes sociétaux comme le racisme, le sexisme et le harcèlement au travail, en enveloppant le tout dans une intrigue criminelle.

Malheureusement, si le scénario en lui-même semble convenable, on note une faiblesse importante du côté des personnages, qui manquent d’épaisseur autant que de crédibilité. Cela commence par la motivation de Celia, qui, à la manière d’un Michael Corleone, commence l’histoire en étant éloignée autant que possible de sa famille criminelle, pour ensuite plonger elle-même dans le crime et prendre la tête des opérations. Or, si le futur parrain est doté d’une psychologie crédible et d’un parcours qui l’amène malgré lui à devenir un criminel, ici, la pauvre Celia échoue dans le crime de façon trop soudaine, à la suite d’une déception professionnelle que l’on a d’ailleurs du mal à justifier. Ce point de départ foireux laisse plus tard la place à la vengeance, mais de façon trop tardive, si bien que l’on a à ce stade ni attachement ni sympathie pour la cause familiale.

Certaines incongruités d’écriture et de mise en scène, comme par exemple la fâcheuse habitude qu’ont plusieurs personnages de penser à voix haute pour décrire leurs intentions de façon assez plate, finissent de nous sortir d’un récit qui se voulait pourtant immersif, comme la majorité des polars.

On tombe aussi assez facilement dans le fameux piège du show, don’t tell, notamment lorsqu’il s’agit des skills de la famille Banks. On comprend que ce sont de talentueux voleurs parce que la scénariste nous le dit, mais sans nécessairement le montrer: en introduction, on voit le couple Celia/Melvin rentrer sans grande difficulté dans une maison, ouvrir un coffre comme qui rigole, sans qu’aucun obstacle n’ait besoin d’être surmonté.

Prenez d’autres films de casse, comme L’affaire Thomas Crown, ou même Ant-Man. On ne nous dit pas seulement que Crown et Scott Lang sont des cambrioleurs géniaux, on nous le montre au travers de séquences inventives, au cours desquels les protagonistes déploient des trésors d’ingéniosité, d’inventivité, et de préparation pour mener à bien leurs méfaits. Dans The Banks, on a droit aux obligatoires rebondissements, genre « le coffre est vide », « la cible est au courant », etc, sans que cela n’amène rien coté suspense et cambriolage. Tout ça pour mener à un happy end confondant de naïveté.

Et que dire des antagonistes, qui ne sont définis que par un ou deux traits distinctifs (cupidité et priapisme, plutôt caricatural). Coté graphique, Ming Doyle nous sort la totale: proportions inappropriées, personnages inexpressifs ou dont l’expression n’est pas en adéquation avec les dialogues…il en ressort une sensation d’amateurisme qui finit d’achever l’album. Bref, quand c’est raté, c’est raté !

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