***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Porchery

esat-west

Histoire complète en 144 pages, écrite par Tyrone Finch et dessinée par Mauricet. Parution chez les Humanos le 19/05/2021.

Cochon qui s’en dédit

Ellis Rafferty est un homme brisé. Brisé par des années de prison, durant lesquelles il a ruminé ses échecs et ses fautes, parmi lesquelles la mort de son épouse, Becky, pour laquelle il a été condamné. Néanmoins, Ellis connaît la vérité et l’identité réelle du tueur, et il compte bien profiter de sa liberté conditionnelle pour se faire justice. Ce que toutes les tragédies à travers les siècles nous ont appris, c’est qu’un homme qui n’a rien à perdre est toujours plus déterminé, et donc beaucoup plus dangereux.

Cependant, Zoey, la sœur de Becky, persuadée qu’Ellis est le coupable, attend sa sortie depuis longtemps pour lui régler son compte. La jeune femme vindicative va vite s’apercevoir que sa sœur fut victime d’une terrible conspiration, dont les ramifications insoupçonnées pourraient bien causer la destruction du monde.

Après sa tentative de vengeance, Zoey s’aperçoit bien malgré elle, qu’Ellis était bien sur la piste du tueur-ou plutôt des tueurs-depuis sa sortie. L’ex-détenu s’en prend violemment à une troupe de cochons…qui parlent !

De la confiture pour les cochons

Ellis explique bien vite à sa belle-sœur, que Becky a été tuée par des cochons démoniaques dont elle avait percé à jour la mascarade. Désireux de couvrir leurs traces, les perfides porcins l’ont taillée en pièce et fait porter le chapeau au mari. Depuis des millénaires, ces démons chassés de la voûte céleste sont piégés dans ces corps animaux, et une catastrophe après l’autre, préparent leur revanche sans rien ni personne pour les en empêcher. Après tout, qui soupçonnerait des cochons d’être en réalité des rejetons de l’Enfer ?

Ce qui suit va être un jeu de massacre (jusque dans un abattoir !) au cours duquel les deux protagonistes vont devoir pondérer leur désir de vengeance tout en se confrontant à une menace totalement improbable.

Violence animalière et humour noir sont les ingrédients principaux de ce cocktail détonant. Les cochons peuvent paraître incongrus en tant qu’antagonistes, mais il s’avère que d’autres esprits tordus les ont déjà utilisés auparavant (Razorback en 1984, ou plus récemment La Traque en 2010). Cependant, ces précédentes itérations se faisaient sous le sceau de l’épouvante et de l’horreur, tandis que Porchery adopte l’angle du second degré tout en assumant son côté série B.

Malgré quelques maladresses mineures (comme des méchants qui capturent nos héros, les suspendent par les pieds façon barbaque mais sans les désarmer au préalable), le tout reste bien écrit et inventif sur le long du récit. Chaque chapitre à l’élégance de terminer sur un joli cliffhanger qui, mine de rien, donne envie de connaître la suite.

Porchery est donc une lecture à conseiller pour qui souhaite voir des khaloufs démoniaques comploter pour prendre le contrôle du monde!

**·Comics·East & West·Nouveau !

The Seven Deadly Sins

esat-west

Histoire complète en 152 pages, écrite par Tze Chun et dessinée par Artyom Trakhanov. Parution en France chez Panini le 03/02/2021.

S’y prendre comme un Comanche

La Guerre de Sécession a laissé des marques indélébiles en Amérique. A peine terminée, elle hante encore les esprits et pousse certains à commettre de nouvelles atrocités au nom de leur grande cause.

Certains profitent du chaos pour poursuivre leurs propres idéaux, tels le père Threadgill. Ce missionnaire fanatique s’est mis en tête de purger le Grand Ouest de la présence des Comanches, qui résistent à la mission salvatrice du Livre depuis trop longtemps. Convaincu de son bienfondé, Threadgill a commis plusieurs attaques, qui ont entraîné en retour des exactions sanglantes du plus terrible des Comanches, Nuage Noir.

Le Père Antonio, qui souhaite arranger les choses et éviter de nouveaux bains de sang, se lance dans une mission des plus périlleuses à l’insu de son mentor Threadgill. Muni d’une forte somme en billets verts, il fait évader une tripotée de bandits tous promis à la potence, pour les persuader de se lancer dans une mission risquée ,qui consiste à l’escorter, ainsi que sa fille Grace, en territoire Comanche. Entre la pendaison et les flèches indiennes, le choix n’a pas l’air bien difficile. Et pourtant, Jericho Marsh et les autres, contre toute attente, vont s’assembler pour mener à bien cette mission. Ce groupe hétéroclite, dont chaque membre est censé s’adonner à l’un des pêchés mortels, va dont parcourir les terres indiennes au péril de leur vie.

Priez, pauvres pêcheurs.

Encore une fois, nous sommes ici face à une prémisse alléchante, porteuse d’aventure, de vengeance et surtout, d’une bonne dose de plomb et d’hémoglobine. Sur ce dernier point, il n’y a pas de quoi être déçu. En revanche, Seven Deadly Sins déçoit sur tout le reste, notamment à cause d’une construction narrative laissant à désirer.

Le thème, vous l’aurez deviné, repose sur les éponymes Sept Pêchés Capitaux, ce qui a déjà été évoqué en fiction, avec brio (en cinéma et en manga), si bien que l’on ne peut s’empêcher de faire la comparaison. Bien employé, un thème est une force qui parcourt le scénario et lui donne une direction claire et satisfaisante. Ici, ce n’est malheureusement pas le cas, et cela se traduit par un sentiment de cacophonie et d’incomplétude.

Les Sept Pêchés capitaux sont-ils bien illustrés chez les personnages ? Passablement, si bien que l’on a du mal, hormis la gourmandise (facile), à les distinguer. Par exemple, on comprend que Jericho Marsh est censé incarner la Colère, mais rien dans son comportement ne vient l’illustrer: pas d’emportement, pas d’attitude tempétueuse qui mettrait la mission en danger. Pareil pour l’Envie, l’Avarice, la Luxure, et compagnie, l’auteur ne vient pas puiser dans le riche vivier des pêchés afin d’en tirer des obstacles pour les protagonistes. Le seul à mettre la mission en danger est le type à qui l’on attribue la Luxure, qui retourne sa veste non pas pour assouvir son fameux pêché, mais pour avoir la vie sauve (comme dans un banal western, donc).

Ceci révèle bien qu’à aucun moment, ce qui est censé caractériser les personnages ne vient nourrir le récit. Donc, en somme, cette histoire aurait pu avoir un autre nom, et ne parler aucunement des Sept Pêchés Capitaux, le résultat aurait été le même.

Le gore et la violence qui émaillent le récit ne viennent pas rattraper l’absence d’intérêt thématique de l’ensemble. Graphiquement, même principe, le trait de Trakhanov semble attrayant au premier abord, c’est notamment grâce à l’agréable mise en couleur de Giulia Brusco, cependant, une lecture prolongée fait apparaître des approximations qui desservent le tout.

The Seven Deadly Sins possède tous les ingrédients d’un bon récit d’action, mais une écriture paresseuse et une mise en scène bancale ont fait office d’excellents saboteurs.

****·Comics·Littérature·Nouveau !·Service Presse

L’Évadé de C.I.D. Island

esat-west

Récit complet en 125 pages écrit et dessiné par Ibrahim Moustafa. Parution française chez les Humanoïdes Associés le 07/04/2021.

bsic journalism

Merci aux Humanos pour leur confiance.

Monte-Cristo à Alcatraz

Le jeune Redxan Samud n’avait pas tout pour réussir, mais la chance semble tout de même lui sourire. De basse extraction, il a du redoubler d’efforts pour faire ses preuves sur le navire marchand où il trime depuis des années.

Après un énième exploit qui attire sur lui l’attention de l’armateur, Redxan est désigné capitaine de son navire. Cette promotion inespérée, qui récompense des années d’efforts, va lui permettre de demander l’élue de son cœur, Meris, en mariage.

Ulcéré par cette ascension, Onaxis, un homme fourbe et cupide issu de la noblesse, fomente un complot contre Redxan afin de provoquer sa chute. Accusé de trahison envers le régime, Redxan est condamné lors d’une glaçante parodie de justice, puis jeté dans les geôles de C.I.D. Island, une prison impénétrable dans laquelle il rejoint nombre de prisonniers politiques. Clamer son innocence ne fait que précipiter sa disgrâce et durcir son châtiment, si bien que Redxan perd tout, son honneur, son avenir et la femme qu’il aimait.

Forcé de lutter pour sa survie lors de combats à mort, Redxan perd peu à peu espoir et sombre presque dans la folie. Un jour, il fait la rencontre d’Aseyr, un vieil homme enfermé depuis des décennies, avec lequel il va se lier d’amitié. A partir de là, Redxan va retrouver la volonté de vivre, puis préparer sa vengeance, contre ceux qui lui ont tout pris…

Un homme trahi en vaut deux

Nous sommes ici face à une adaptation du célèbre Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas. Un homme est trahi et perd tout, puis revient des années plus tard sous un nom d’emprunt pour accomplir sa vengeance.

L’auteur s’approprie bien sûr l’histoire à sa manière, notamment en utilisant un décorum SF, qui n’impacte toutefois pas l’intrigue de façon significative. Si la première partie reste fidèle au modèle, la suite prend néanmoins une tournure plus personnelle à l’auteur. En effet, sur fond de lutte des classes, le scénario va passer du cadre intimiste de la vengeance personnelle à celui plus large de la révolution.

Cette direction élude donc tout un pan des manœuvres originelles d’Edmond Dantes, qui dans l’œuvre de Dumas, éliminait un à un ses anciens persécuteurs avec patience et froideur. Dans C.I.D. Island, la duplicité du héros ne dure qu’un temps, puisque le tout bascule bien vite dans l’action pure et les affrontements frontaux, ce qui est finalement dommageable, bien qu’entendable dans le cadre d’une adaptation.

Le tout est traversé par un souffle épique, en grande partie grâce aux fabuleux graphismes d’Ibrahim Moustafa, qui fait mouche tant sur les personnages que sur les décors. Vaisseaux volants, robots de guerre et îles flottantes, duels au sabre, tous les ingrédients sont réunis pour constituer ce récit prenant et divertissant.

En bref, L’Évadé de C.I.D. Island est un récit d’action et de vengeance fort bien réalisé, ambitieux et cohérent dans son ensemble, même si l’on aurait aimé que la partie mascarade, qui fait tout le sel de l’œuvre originale, soit davantage mise à l’honneur.

***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Shanghaï Red

esat-west

Histoire complète avec Christopher Sebela au scénario, Joshua Hixson au dessin. Parution en France le 21/04/2021 aux éditions Hicomics.

bsic journalism

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’enfer n’est rien face à la femme qu’on a shanghaïée

Molly « Red » Wolfram est une femme marquée par la vie à plus d’un titre. Après le départ de son père, Red a du assumer seule le rôle du soutien de famille, veillant sur sa mère et sa sœur tandis qu’elles faisaient route vers Portland. La particularité de la jeune femme est que pour subsister aux besoins des siens et intimider d’éventuels prédateurs, elle a pris l’habitude de se grimer en homme, se faisant appeller Jack.

Un soir où « Jack » alla noyer ses turpitudes dans l’alcool, il fut piégé par des hommes peu scrupuleux qui l’ont drogué, et emmené contre son gré sur le Bellwood, un navire où Jack et d’autres ont travaillé de force deux années durant. Après tous ces mois d’infernale navigation, le capitaine du Bellwwod laisse une alternative à ses marins captifs: débarquer à Shanghaï et rentrer par leurs propres moyens en Amérique, ou poursuivre leur odyssée déplaisante sur le bateau, cette fois sous contrat.

Ce choix ne satisfait pas du tout Jack/Red, qui choisit une troisième option: se rebeller et massacrer tout l’équipage, à l’exception des autres esclaves. Désormais maîtresse de son destin et capitaine de son âme, pour paraphraser Henley, Red se met en tête de regagner Portland pour retrouver sa famille, et obtenir sa vengeance contre ceux dont l’avidité l’ont condamnée à ces deux ans de supplice.

Red is raide

La vengeance et la double identité sont décidément deux items narratifs complémentaires tant on les retrouve en fiction (Le Comte de Monte Cristo et ses adaptations, par exemple). Comme beaucoup d’autres œuvres auparavant, Shanghaï Red choisit la voie sanglante comme catharsis pour son héroïne aux deux visages, qui va trancher, empaler, brûler ses ennemis les uns après les autres sur le chemin qu’elle s’imagine devoir emprunter.

Car en effet, après avoir vu la dévastation causée par son absence, Red ne concevra alors plus qu’un tonitruant massacre en guise de vengeance, seule façon pour elle d’obtenir réparation pour le grief subi sur le Bellwood.

L’histoire nous embarque rapidement dans cette épopée vengeresse, dans laquelle l’auteur donne à voir une Amérique corrompue et violente, tout juste sortie de la Conquête de l’Ouest. On peut toutefois regretter que la dichotomie entre Red et Jack ne soit pas davantage exploitée au service de l’intrigue. Elle est certes mentionnée et évoquée longuement au cours du récit, mais ne sert pas vraiment d’élément moteur pour ce dernier, car si l’on y réfléchit, l’intrigue se serait déroulée sensiblement de la même manière si Red était restée Red. L’alter-égo Jack est donc une bonne idée, mais sous-exploitée dans l’ensemble.

En revanche, la prose et les dialogues de Sebela sonnent rudement juste, chose suffisamment rare pour être mentionnée. Les dessins de Hixson, quant à eux, donnent aux texte une manifestation sombre, grâce à des enrages lourds et des palettes de couleur savamment choisies. Côté édition, on peut s’interroger sur l’utilité de mettre en avant le lettreur de la version originale, tout en sachant que la version française-pas terrible, avouons-le-est venue détricoter son travail.

Shanghaï Red est un récit de vengeance amer et sombre, qui noie les tourments de son héroïne dans un tourbillon de sang et une prose talentueuse.

***·Comics·East & West·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Moby Dick

Roman graphique de 44 pages de Bill Sienkiewicz, adapté du roman d’Herman Melville. Parution le 03/02/2021 aux éditions Delcourt. One-shot.

bsic journalism

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

C’est pas l’Homme qui prend la Mer

On ne présente plus Moby Dick, roman de 1851 de plus de 600 pages écrit par Herman Melville (l’ancêtre du musicien Moby !). Généralement considérée comme l’une des œuvres majeures de la littérature américaine, elle raconte avec force détails le parcours d’Ismaël, jeune marin embarqué sur le baleinier Pequod. Tyrannisé par le Capitaine Achab, l’équipage du Péquod est lancé à la poursuite de Moby Dick, un fameux cachalot albinos connu pour sa férocité, dont Achab désire se venger. Le capitaine, unijambiste depuis sa dernière escarmouche avec la bête, est prisonnier de son obsession, et va entraîner son équipage dans un périple dont tous ne sortiront pas indemnes.

L’une des caractéristiques de Moby Dick est sa forte documentation, qui lui donne une authenticité rarement égalée depuis. En effet, le roman regorge d’éléments techniques sur la navigation et la chasse à la baleine, démontrant ainsi toute l’implication de Melville dans la rédaction de son roman.

Moby Dick fourmille également de symboles forts, qui furent repris de nombreuses fois depuis. La farouche baleine est vue par non pas comme un simple animal, mais comme une force de la Nature, une sorte de rétribution divine et insondable, qui n’est d’ailleurs jamais surmontée dans le roman. On trouve également dans le récit de profondes réflexions sur la nature du Bien et du Mal, et l’on ne compte plus non plus les références bibliques.

Chasse mortelle

Avec cette adaptation, Bill Sienkiewicz réussit l’exploit de condenser le roman-fleuve tout en conservant sa cohérence. Pour ce faire, l’auteur brise les codes narratifs pour mieux s’affranchir de carcans qui l’auraient desservi pour adapter ce classique hors-norme. Son trait tantôt réaliste, tantôt onirique fait de chaque planche un véritable tableau, un régal pour les yeux. La narration est tout de même très dense, l’album sera donc à conseiller aux lecteurs rompus aux textes prolifiques.

L’auteur privilégie la vengeance d’Achab, sans s’attarder outre-mesure sur les techniques de chasse des baleiniers, renforçant ainsi la cohérence thématique. Sienkiewicz nous rappelle que chez Achab, la vengeance a eu raison de la raison elle-même, et que celui qui combat des monstres doit, bien souvent, s’attendre à en devenir un lui-même.

Un classique intemporel à découvrir !

*****·Manga·Nouveau !

L’attaque des Titans #31 et #32

Deux tomes récents de la série japonaise créée par Hajime Isayama. Parution le 19/08/2020 et le 25/11/2020 aux éditions Pika.

Dans la gueule des géants

Etant donné son phénoménal succès, il est assez peu probable que vous soyez passés à côté du phénomène Shingeki no Kyojin. Néanmoins, dans un souci de clarté, revenons si vous le voulez bien sur les bases de ce manga désormais culte, qui est sur le point d’atteindre sa conclusion. L’attaque des Titans, de quoi ça parle ?

Les Titans sont une mystérieuse race de géants humanoïdes, dont il est dit qu’ils ont exterminé l’Humanité il y a un siècle. Invincibles mais mus seulement par l’instinct, ces derniers ont poussé les survivants à se retrancher derrière trois grands murs concentriques, censés les protéger des invasions de ces inexorables prédateurs anthropophages.

[SPOILER]

Le statu quo bascule lorsqu’un jour, un titan dont la stature dépasse celle des murs surgit, et perce une brèche qui cause le chaos. Eren Jager, jeune garçon têtu mais encore insouciant, voit sa mère dévorée par un titan, à qui il vouera ensuite une haine féroce.

Des années plus tard, Eren, suivi de près par ses amis d’enfance Mikasa et Armin, devient membre des bataillons spécialisés dans la lutte contre les Titans. Ce que le jeune homme ignore, mais ne tardera pas à découvrir de manière assez sanglante, c’est qu’il peut lui même se transformer, quasiment à volonté, en un féroce titan, tout en conservant (plus ou moins) son intelligence humaine. D’abord pris pour cible, Eren devient ensuite un élément crucial dans la reconquête des murs, grâce à ce pouvoir qui lui donne l’avantage sur les autres titans.

Toi et quelle armée ?

Cependant, d’autres titans spéciaux ne tardent pas à faire leur apparition, comme un titan féminin, le colossal qui détruisit les murs, et même un titan pourvu d’une solide cuirasse, tous semblant avoir un dessein centré autour de la capture d’Eren. Tout ceci prendra sens lorsque la vérité, enfouie dans le laboratoire du père d’Eren, sera révélée: les habitants des Murs ne sont pas seulement attaqués par les Titans, ils sont les Titans. En effet, tous appartiennent aux eldiens, le peuple d’Ymir, le premier Titan, qui légua à sa mort le pouvoir des Neufs Titans primordiaux à son peuple, qui l’utilisa pour conquérir le monde.

Lassé de ce bain de sang, l’un des rois eldiens décida de se retirer avec son peuple sur l’île du Paradis, laissant l’empire rival, Mahr, renaître de ses cendres. De nombreux eldiens demeurèrent sur le continent et subirent le joug de Mahr, persuadés de devoir expier les crimes de leurs ancêtres. Utilisant à leur tour le pouvoir des Titans par le biais de leurs esclaves eldiens, les Mahrs se mirent en tête de prendre leur revanche, en s’emparant du pouvoir du Titan Originel, qui était détenu non plus par la famille royale eldienne, mais par… Eren.

Le pouvoir absolu corrompt absolument, le pouvoir titanesque corrompt…titanesquement ?

Suite à une habile ellipse temporelle, nous retrouvons Eren, quatre ans après ces fracassantes révélations. Infiltré chez les Mahrs, Eren observe ses véritables ennemis et prépare sa prochaine action, toujours guidé par son désir de vengeance. Convaincu de la justesse de sa cause, Eren profite d’une manifestation durant laquelle les dirigeants Mahrs déclarent la guerre totale aux eldiens, pour commettre un massacre, tant chez les militaires que chez les civils. Cet acte charnière marque un point de non retour chez notre protagoniste, qui passe donc dans la catégorie des anti-héros.

Peu de temps après, il dévoile son véritable plan, conçu grâce à une information cachée: maîtriser le pouvoir du Titan Originel pour libérer les Titans colossaux qui servirent à ériger les Murs de l’Île du Paradis, et les lancers à l’assaut du monde entier, provoquant ainsi le Grand Terrassement. Ainsi, Eren est allé au bout de sa logique, faire table rase du passé pour mettre fin au cycle de haine et de guerre qui lie les eldiens au reste du monde.

Nous arrivons donc bientôt, avec ces tomes 31 et 32, à la conclusion épique de la saga conçue par Hajime Isayama. Outre le fascinant worldbuilding basé sur différentes mythologies (notamment nordique et grecque), l’auteur impressionne par la qualité et la cohérence thématique de son intrigue. Loin des clichés manichéens, le mangaka utilise un arc narratif négatif pour son protagoniste Eren, ce qui lui permet d’apporter un propos nuancé et une morale relativiste dignes d’un grand seinen. Dans l’Attaque des Titans, aucun personnage n’est foncièrement bon ni mauvais, mais tous tentent de survivre ou agir au mieux en remplissant le rôle qui leur est dévoué. Par opposition à Eren, qui débute en protagoniste naïf pour finir en monstre génocidaire, on trouve le personnage de Reiner Braun, le Titan Cuirassé, qui devient notoire par sa duplicité et sa traîtrise pour ensuite attirer la sympathie du lecteur lorsque l’on en apprend davantage sur ses motivations.

Il va lui falloir un bon ostéo.

Sur le plan macro-narratif, les intentions de l’un ou l’autre des belligérants n’ont rien d’étranger à ce que l’on a pu voir dans notre monde. Comment en vouloir à Mahr de se méfier des eldiens et de les voir comme une menace potentielle ? Et en même temps, comment les excuser d’avoir parqué des eldiens pour en faire de la chair à canon ? Même chose pour Eldia, qui utilisa le pouvoir des Titans comme une arme dirigée contre le monde, avant de se retirer pacifiquement: comment juger des crimes vieux de plusieurs siècles, et comment excuser les actes d’Eren, qui, en voulant venger les torts commis aux eldiens, ne fait que confirmer l’image qu’en avait le monde ? Comme vous pouvez le constater, l’Attaque des Titans, ce n’est pas que des géants qui se cognent dessus (même si c’est important!), c’est aussi une trame complexe faite de personnages nuancés et de questionnements pertinents. L’un des meilleurs mangas de la décennie qui vient de se terminer, et dont la conclusion marquera certainement celle qui vient de débuter !

*****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Alienated

esat-west

Comic de Simon Spurrier, Chris Wildgoose et André May (coul.)

Hicomics (2020) – Boom! studio (2020), 156p., One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’édition comprend la traditionnelle galerie de couvertures alternatives et trois pages de recherches graphiques de Chris Wildgoose. Jolie couverture qui reflète bien le sujet Edition sérieuse mais rien de particulièrement notable à mettre en avant.

couv_414652

Samuel, Samantha et Samir sont trois lycéens abimés qui se sont construit une carapace sociale pour survivre dans le monde, ses normes, ses regards. Lorsqu’ils tombent sur un œuf alien ils se retrouvent soudain connectés les uns aux autres par la pensée. Ils découvrent vite que l’alien leur procure des pouvoirs jouant avec la réalité. Ce qui commence comme un jeu finit par prendre un tour plus dramatique quand les tensions intérieures des adolescents se retrouvent avoir des incidences physiques sur la réalité…

ALIENATED #1-6 (Simon Spurrier / Chris Wildgoose) - Boom! Studio - SanctuaryHicomics est décidément un éditeur particulier. Alors que les éditions Braguelonne (la maison mère) vient tout juste de lancer son label Manga, le versant comics publie peu mais avec un niveau qualitatif particulièrement remarquable dans le registre Indé. Piochant beaucoup chez l’excellent Boom! studio, Hicomics a traduit pas moins de deux lauréats des Eisner Awards 2020, excusez du peu… Avec une portée politique souvent appuyée, leurs comics donnent à réfléchir sur le monde moderne et les évidences dans lesquelles on vit via l’artifice du fantastique.

Ne vous arrêtez pas au pitch de ce magnifique album (des histoires sur les problèmes d’ado mal dans leur peau et d’artefact alien qui donne des pouvoirs on a effectivement déjà vu ça mille fois). Le premier choc (qui demande un peu de concentration) c’est le type d’écriture qui nous balance sans prévenir dans une voix off, celle de Samuel, youtuber sans grande audience qui rêve d’être sélectionné par la star des réseaux, Waxy. Très rapidement (puisque c’est l’idée centrale) les trois protagonistes vont se retrouvés liés par l’Alien et nous livrent leurs pensées avec une couleur différente par personnage. A ce stade la structure des planches se retrouve de plus en plus destructurées à mesure que l’emprise de l’entité sur les esprits tourmentés des ado augmente. Capables de tout, voir ailleurs, créer des objets ou faire disparaître des gens, cet extra-terrestre est encore un bébé avide de connaissance et d’émotions. C’est là toute la subtilité de l’album que de nous présenter l’utilisation de ces facultés toutes puissantes par des ado dans l’âge de la recherche, du doute et de la toute puissance justement, sans que l’on ne sache jamais si ce à quoi nous assistons n’est qu’issu de leur psyché ou influencée par l’alien. Dans un rythme ternaire, les trois personnages se retrouvent l’un après l’autre capable d’assouvir ses envies et ses pulsions, jusqu’au drame.  Ne voyant qu’un bébé alien passif et semblant subir la violence des pensées des humains, le lecteur est placé dans une incertitude permanente de la cause…

PREVIEW: Samantha confronts her ex in ALIENATED #3 - The BeatSam-Sam-Sam sont des ado perturbés qui ne reflètent pas la majorité bien entendu. Sous des airs plutôt cool ils cachent tous trois des failles béantes et pas forcément la solidité pour gérer leur nouveau pouvoir. Au travers de ses trois (anti?)héros, Simon Spurrier profite du récit pour envoyer aux adultes, aux décideurs de violentes charges sur la marche du monde. En phase avec le discours de rébellion adolescente, il pointe Trump au détour d’une case (c’est facile mais rapide) mais aussi la bigoterie de ses compatriotes… comme des migrants, l’addiction des jeunes aux réseaux sociaux et l’absence de personnalité qui les rend dépendants du regard des autres (les likes), etc. Dans leurs failles, les héros ne s’en vautrent pas moins dans un narcissisme de la souffrance et de la vengeance qui rend particulièrement subtile et intéressante cette expérience.

Cette complexité se transpose superbement dans les dessins de Chris Wildgoose, classiques mais très inspirés dans le design et surtout le jeu omniprésent sur la réalité. Tordant et déchirant les cases il n’en garde pas moins une lisibilité remarquable. C’est un tour de force car avec cette narration triple, ces trois voix à la temporalité pas toujours évidente et cette déstructuration de l’image on aurait pu se perdre dans les têtes de Sam-Sam-Sam. Loin de là on est hypnotisés par ces couleurs, ces bulles ouvragées et ces séquences graphiques qui renforcent le texte.

Dans un habillage tout ce qu’il y a de plus classique, Spurrier et Wildgoose nous proposent une fascinante immersion dans le monde des adolescents de 2020, d’une intelligence visuelle folle et empli de réflexions sur un monde fou. Loin de faire la morale ils utilisent le prétexte SF pour nous questionner sur notre égo et notre prise de responsabilité dans une société du regard et de l’irresponsabilité. Puissant, beau et intelligent, un coup de cœur!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Pin auf Comics!

**·BD·Nouveau !·Rapidos

La Geste des princes-démons#1: le prince des étoiles

La BD!
BD de JD. Morvan, Paolo Traisic et Fabio Marinacci (coul).
Glénat (2020), série en cours, 55p./album

D’après les romans de Jack Vance.

couv_401735

Kirth Gersen a vu ses parents disparaître dans la fureur d’une attaque de l’armée du terrible Attel Malagate. Résolu à se venger, il a forgé son corps et son esprit dans l’unique but d’éliminer le pirate sanguinaire qui a ruiné sa vie. Pour cela il devra parcourir la galaxie sur la piste des plus terribles criminels, ceux qu’on appelle les princes-démons…

Le projet avait tout pour allécher l’amoureux de Science-fiction que je suis! L’adaptation d’un des maîtres de la littérature SF par Jean-David Morvan, le très éclectique scénariste et directeur de collection (Conan c’est lui) avec aux crayons un jeune italien aux visions proches du gothique Sloane , une couverture inspirée par Druillet autant que Matteo Scalera, tout semblait destiné à assouvir les envies de space-opéra coloré et épique. Une intrigue simple tournée vers l’action, un héros-assassin, bref, le feuilletage en librairie m’a immédiatement convaincu…

Las, cette lecture est clairement une des grosses déceptions de ces derniers mois! Les dessins n’y sont pour rien puisque Paolo Traisci réussit parfaitement une partition attendue tant dans la dynamique que dans le design général. Citons tout de même le rôle loin d’être mineur du coloriste Fabio Marinacci dont on se demande par moments si ce n’est pas lui la véritable star graphique de l’ouvrage tant en quelques panorama spatiaux il arrive à nous projeter dans cet « Au-delà » empli d’aventures et de mystères. La seule séquence introductive arrive à nous accrocher par sa simplicité, sa rage et la pertinence des designs technologiques.

Le soucis est donc clairement à rechercher du côté d’un scénario hautement laborieux. Ainsi une fois l’introduction passée on se retrouve avec une pseudo enquête pour retrouver le grand méchant, sans que le pourtant chevronné Morvan ne s’embête à nous installer une ambiance, un fil à dérouler. On nous balance au beau milieu d’une situation qu’on ne comprend pas et on poursuit un héros que l’on n’a pas pris le temps d’apprécier faute d’acte de bravoure. On reste ainsi tout à fait extérieur à une intrigue que le scénariste semble tracer en oubliant son lecteur. Et ce ne sont malheureusement pas ces quelques visions grandioses qui suffisent, non plus qu’un humour pas très percutant et des méchants qui débarquent comme un cheveu sur la soupe. Scénario de débutant par un des plus réputés scénaristes du grand éditeur Glénat, personnellement je passe difficilement l’éponge de ce gros raté. Il est toujours temps de rectifier le tir mais on termine ce lancement avec la très désagréable impression d’un projet commercial sur lequel l’auteur n’aura pas pris le temps de réviser ses gammes…

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH478/gpd5-fb1c6.jpg?1602321809

note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Après l’enfer #2: le bayou d’oz

La BD!
BD de Damien Marie et Fabrice Meddour
Bamboo (2020), 56 p., série en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour leur confiance.

L’album s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut sur un passionnant cahier documentaire et graphique de 8 pages précisant les références et le contexte de la série et la réalisation graphique. Une édition aux petits oignons qui mérite à Calvin.

9782818968567

En pénétrant dans le Bayou, Alice et Dorothy entrent dans un autre monde, obscure, peuplé d’êtres décharnés et d’animaux sauvages, l’univers du vaudou où s’affrontent les hommes de la reine de cœur et ceux de la Mambo Glinda, un refuge pour les noirs comme pour les adeptes du Klan. Là, la jeune Alice va se découvrir un pouvoir capable de retourner les dominations, pour peu qu’elle arrive à apaiser ses démons intérieurs…

Après un premier album très psychologique qui proposait une vision graphique très monochrome visant à rendre une ambiance de fin du monde assez dépressive, ce second et dernier est assez différent en ce qu’il change de style en changeant d’environnement. La petite fille apeurée devient centrale dans cette relation avec le Chapelier (qu’on imagine son violeur) et l’itinéraire magique va faire d’elle la véritable héroïne de l’histoire. Les auteurs voulaient aborder la thématique du Vaudou, très intéressante dans cette période de libération des esclaves et de reconstitution de mondes séparés, la société tribale et magique du Bayou, l’armée blanche du Klan d’un autre côté. Cette immiscion de la magie permet d’aborder le monde des esprits, des Loa, à même de résoudre le trauma des protagonistes.

Capture d’écran du 2021-01-10 10-23-05La structure de l’album est bien plus simple en ce qu’elle reprend la chasse invisible dans un labyrinthe où Dorothy et ses protecteurs ne voient rien venir. Damien Marie (qui a proposé dernièrement le très bon 300 grammes) utilise sa culture cinématographique pour citer des références inattendues mais qui font mouche. Cette base référentielle plus axée sur la culture populaire que sur l’histoire ou le cinéma classique permet d’entrer dans ce qui pourrait à première vue ressembler à un patchwork casse-gueule. Associer en effet Le magicien d’Oz, Alice au pays des merveilles, Alien et Apocalypse now pourrait sembler très aventureux. Or ça fonctionne et avec une grande lisibilité du scénario et une relative simplicité des schémas narratifs on se passionne pour nos deux héroïnes.

Un peu moins inspiré graphiquement que le premier volume même si l’affinage de la technique d’encrage améliore la qualité générale, Le bayou d’Oz conclue logiquement et de manière tout à fait maîtrisée un projet très ambitieux  sur la résilience et la liberté individuelle. Un diptyque inattendu qui confirme un scénariste à suivre après cet excellent diptyque.

 note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·Comics·East & West·Nouveau !

Batman: Curse of the White knight

esat-west
Comic de Sean Murphy et Matt Hollingsworth (coul.)
Urban (2020) – DC (2019), One-shot.

Suite directe de White Knight.

Parmi la foultitude de sublimes cover de l’auteur, Urban a choisi quelque chose d’assez banal… Franchement dommage! L’ouvrage s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut par un gros cahier comportant les huit cover alternatives, seize planches de l’album crayonnées, six pages de recherches graphiques, cinq illustrations originales et une bio des auteurs. N’en jetez plus! Comme sur le précédent ouvrage c’est très gourmand! A noter qu’une histoire sur Freeze est insérée en intermède avant le chapitre final (… coupant franchement le rythme et sans lien avec l’histoire, je vous conseille clairement de ne le lire qu’à la fin de l’album).

couv_404161

L’épisode Napier a rebattu les cartes à Gotham où Bruce Wayne semble plus déterminé que jamais à en finir avec sa double identité en se révélant à la population comme le Dark knight. Mais lorsque le Joker lance sur l’univers du Batman un chasseur mortel et fanatique, Bruce voit son monde s’effondrer et doit remonter aux sources d’un conflit séculaire à Gotham city…

Sean Murphy avait marqué un grand coup avec son White Knight et la suite très tôt annoncée était un sacré pari au vu du risque de s’embourber dans des prolongations commerciales qui risquaient d’affadir la prise de risque originale. La mythologie Batman a grandement évolué ces dernières années, plus que jamais sans doute pour un personnage vieux de quatre-vingt ans tout de même, et Murphy a avec son dernier ouvrage entamé rien de moins qu’une proposition de conclusion de cette histoire…

Napier a fait beaucoup de bien. Mais il m’a détruit pour y arriver…

Batman: Curse of the White Knight (2019) -8- Book EightDisons-le tout de suite ce second volume est un peu en retrait par rapport au précédent, la surprise en moins sans doute. Si la partie graphique reste de haut vol, notamment avec la présence très charismatique du méchant Azrael, variation DC du Punisher, mais surtout par le talent indéniable de l’auteur à croquer des expressions dans les scènes de dialogues (Harley et le Joker sont à ce titre tout à fait charmants!), l’intrigue est moins innovante. En faisant le choix de mettre au cœur de son intrigue l’histoire secrète d’Edmond Wayne et de la fondation de la dynastie Wayne, Murphy alterne les séquences entre le XVII° siècle et aujourd’hui. Cette fondation est intéressante mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on nous a déjà fait le coup environ un million de fois, ne serait-ce que dans la Cour des Hiboux. Du coup l’auteur se retrouve, un peu pris à son propre piège de courir après les coups de théâtre pour compenser une intrigue secondaire (l’historique) nécessairement lente puisque calée pour se révéler progressivement jusqu’à la conclusion. Et à ce niveau on peut dire qu’on va être servi avec un Sean Murphy qui assume comme dans le précédent tome une radicalité et une liberté de traitement des personnages assez bluffant. Pour le dire clairement, ça saigne dans Curse of the white knight, ça saigne beaucoup et ça ne s’arrête pas! On pourra dire à nouveau que Game of Thrones est passé par là, ça devient la ritournelle dans un monde de l’Entertainment tellement habitué depuis si longtemps à avoir des personnages increvables. Des morts il y en a déjà eu, exceptionnellement, chez DC, mais toujours de façon réversible. Ici on est pourtant suffisamment décroché du canon officiel pour envisager un côté définitif aux décisions scénaristiques de l’auteur. Surtout c’est l’essence même du projet que de déconstruire, détruire le mythe. Ainsi, Jack Napier a révélé les failles du système Batman et cet album vise à achever cette destruction.

J’ai gâché ta vie Dick…

Ce sont ainsi les liens avec le premier volumes qui posent les séquences les plus intéressantes. Si on perd l’aspect politique sulfureux on va plus loin dans l’exploration du batverse et de son questionnement adulte. Le personnage de Harleen est en cela passionnant comme une sorte d’insertion rationnelle dans un monde de fou, ses interventions sont diablement drôles, sexy, fortes. Bruce est abimé comme jamais, affaibli psychologiquement en nous montrant tantôt Barbara, tantôt Nightwing, tantôt Harleen seuls à même de penser la situation. Le doute a été instillé par le Chevalier blanc plus encore dans l’esprit du Chevalier noir que dans celui de la population. L’ouvrage aurait pu s’intituler Batman Apocalypse car nous assistons à la destruction d’un monde et sa renaissance. Projet sacrément audacieux, cohérent et intelligent.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH551/batman_cotwk_-_01-7cfbe.jpg?1603631934

Difficile de dire si Sean Gordon Murphy aurait dû s’arrêter au White Knight. Il a pris un vrai risque et s’il ne parvient pas à égaler ce désormais mythique album fondateur, il propose une suite sacrément burnée, graphiquement superbe et profondément dépressive (comme tout bon Batman?). Il enfonce un avant-dernier clou dans un univers dont il se propose d’être un magnifique fossoyeur en offrant une courageuse conclusion à tous ceux qui pensent qu’une histoire doit avoir une fin. Des renouvellements de personnages il y en a toujours eu chez les super-héros, Marvel est un spécialiste de cela et personne n’a d’inquiétude sur la possibilité de repartir avec un nouveau personnage. La véritable conclusion de la trilogie doit arriver après que Murphy aura lancé son nouveau projet indé en crowdfunding, avec Beyond the white Knight. Mais Murphy croit à sa fin et moi, je le suis très volontiers.

Le « Murphyverse » prévoit d’autres histoires dans cette chronologie, avec prochainement un album dessiné par Matteo Scalera sur Harley Quinn mais également des ouvrages sur Nightwing et Batgirl annoncés.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1