*****·Comics·Nouveau !

Silver-surfer: black

esat-westComic de Donny Cates, Tadd Moore et Dave Stewart (coul.)
Panini (2020), 100p., one-shot.

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Lors d’un combat le silver-surfer est aspiré dans une faille temporelle qui le renvoie à l’Aube des Temps, où il va devoir affronter une menace antédiluvienne contre l’Existence même…

Comic Review: Silver Surfer Black #5 - Sequential PlanetDepuis quelques albums je découvre par hasard (et notamment grâce à l’opé Printemps des comics!) l’auteur Donny Cates qui me passionne à chaque nouvel album par les sujets qu’il aborde et l’ambition de ses récits. Surtout il compose progressivement un univers partagé cohérent qui parvient (et ce n’est pas peu de chose!) à rendre accessible les concepts les plus fumeux de l’univers Marvel, comme Knull le dieu des Ténèbres ou Ego la planète vivante (vue dans le film Gardiens de la galaxy vol.2). Se basant sur l’un des fondements les plus puissants de l’univers Marvel récent, le diptyque du Massacreur de dieux où apparaît la nécro-épée, Cates donne une explication à cet artefact dans Venom Rex où il explique l’origine des symbiotes similaires à Venom avec la création de ce dieu maléfique. Après avoir fait du Surfer l’un des adversaires finaux de Thanos à la Fin des Temps, l’auteur propose avec le récent Silver-surfer: black une odyssée dans la genèse de l’univers Marvel, à l’Aube des Temps, alors que Galctus n’est pas encore né, que la planète Ego est en croissance et que Knull cherche à étendre son emprise sur le vivant… tout en convoquant le premier dessinateur du surfer, Jack Kirby, auquel Tradd Moore fait un hommage puissant…

SILVER SURFER : BLACK #1-5 (Donny Cates / Tradd Moore) - Marvel - SanctuaryCette aventure est de celles qui cherchent l’omnipotence, les failles entre les mondes, la rupture du temps et la genèse des astres… de ces combats cosmiques qui voient créer et détruire des soleils, broyer des dimensions et renaître après la mort. Le surfer est théoriquement immortel et tout puissant, doté de la puissance cosmique et son affrontement originel avec le dieu des Ténèbres s’inscrit dans une boucle/paradoxe du grand-père. En revenant à l’Aube des Temps il génère son propre destin, sa propre condamnation tout en cherchant sa rédemption, traumatisé par les infinités de vies que Galactus lui a fait prendre. Il est toujours compliqué pour les héros cosmiques d’intéresser les lecteurs sur des préoccupations humaines (la dualité Norin Radd/Héraut de Galactus) mais cet album parvient à rendre acceptable ce conflit intérieur et cosmique qui fait du Silver-Surfer une cosmogonie à lui tout seul puisque son voyage sera à l’origine de sa propre existence, de celle de son maître mais aussi de l’itinéraire de Knull et Ego. Totalement syncrétique, Cates semble parvenir à rattacher de façon cohérente tout ce qui a été fait sur le surfer auparavant, comme ces références au « cancer » qui dévore Radd dans le magnifique Requiem que lui ont offert Straczynski et Ribic.

SILVER SURFER : BLACK #1-5 (Donny Cates / Tradd Moore) - Marvel - SanctuaryGraphiquement, puisque c’est bien évidemment ce qui a été mis en avant autour de cette mini-serie, la partition de Moore et Stewart est clairement bluffante. Le multi-récompensé coloriste de Sean Murphy, Mignola et Tim Sale (sacrée carte de visite) complexifie encore plus le dessin déjà chargé de l’illustrateur en évitant le psychédélique par des teintes plutôt douces. C’est l’association des deux, comme dans un mandala, qui crée la surcharge magnifique qui explose la rétine en donnant vie à un combat galactique qui ne pouvait être sobre. Quand on perfore des planètes, que l’on taille la réalité, cela ne peut être lisse. Alors le duo fait parcourir les planches d’ondulations permanentes totalement empruntées à la technique de l’Animation. De l’infiniment grand à l’infiniment petit ces mondes fantastiques se reflètent sur la peau d’argent du surfer en une expérience sensorielle fascinante. Certains craindront le trop plein, mais chacun reconnaîtra la force et la complexité de ces dessins d’une profondeur organique sans nom…

Avec la fraîcheur de la jeunesse Donny Cates, Tradd Moore et Dave Stewart proposent avec ce one-shot un classique immédiat dont on reparlera sans doute dans quelques décennies. Que l’on aime/connaisse ou pas ce personnage si particulier, le Silver Surfer est le seul qui permette de telles odyssées graphiques alliées à la profondeur des thèmes philosophiques de la SF la plus exigeante.

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**·Comics·Nouveau !·Rapidos

Spider-man Noir: Crépuscule à Babylone

esat-westComic de Margaret Stohl et Juan Ferreyra
Panini (2021), 120p., one-shot.

Cet album est le second volume intégralement dédié au personnage uchronique de Spider-man de la Grande Dépression. L’univers Marvel Noir est lancé en 2009 avec la volonté de transposer dans l’univers des films noirs les principaux héros Marvel, à commencer par Spidey. Après une première série dessinée par Carmine Di Giandomenico le personnage de détective apparaît dans des jeux vidéo ou films, dans une période de cross-media chez l’éditeur. Suite à ses apparitions dans des crossover tels que Spider-verse et Spider-Geddon il est tué… avant d’être bien entendu ressuscité et nous revient donc en mode Indiana Jones dans cette seconde (récente) série.

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Tout devait être formidable dans cet album: une version dark de Spidey, une aventure archéologique totalement assumée comme un copier-coller de l’homme au fouet, des nazis, un dessinateur assez correcte et une scénariste à qui l’on doit le plutôt sympa Vie de Captain Marvel. Las, c’est une franche déception que voilà! A commencer par le fait qu’encore une fois il faut avoir lu les épisodes précédents pour comprendre de quoi il retourne, l’intrigue étant très liée à la première série Spider-man Spider-Man Noir #2 (VO-Marvel) | ComicstoriesNoir et sa résurrection. C’est toujours frustrant, surtout sur ce genre de format one-shot uchronique. Il y a décidément de grandes difficultés du Big Two à proposer des ouvertures (chose que seul Mark Millar semble être capable de réaliser brillamment) quand on voit ce à quoi aboutit Gotham by gaslight… C’est d’autant plus fou que tout est inspirant dans ces thématiques, du graphisme à l’esprit pulp. Pour être tout à fait honnête cet esprit primaire est plutôt bien tenu dans l’album avec des dialogues pas fulgurants mais qui respectent bien les codes des BD d’aventure des années trente et leur cadre idéologique tout à fait manichéen et simpliste.

Outre le manque d’introduction du personnage (ou plutôt des personnages), c’est bien l’intrigue qui déçoit. On pourrait admettre qu’une histoire de dieux anciens revenus via un artefact a déjà été vue mille fois, parfois comme prétexte facile pour de très beaux albums. Le soucis c’est que si l’intrigue n’est pas passionnante, elle est surtout expédiée à la grosse bertha, sans traitions aucunes, avec presque l’impression d’un crossover où les épisodes intercalaires seraient issues d’autres publications. On a l’habitude de ces techniques commerciales (que je trouve personnellement détestables artistiquement parlant)) et le pire c’est qu’on a bien un vrai one-shot entre les mains! La seule chose qui semble intéresser les auteurs c’est de nous introduire des personnages Marvel dans cette version détournée (on y va des wakandiens à Tony Stark, Black Widow et les adversaires habituels du tisseur). Du coup si quelques idées graphiques sont sympa et la conclusion plutôt intéressante, le tout va bien trop vite et ne se pose jamais sur un personnage, une scène dont on pourrait profiter. On a le sentiment d’assister à un film de Michael Bay, regorgeant d’idées mais tellement mal exploitées de façon épileptique. Un beau gâchis

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****·Comics·Nouveau !·Numérique·Rétro

Injustice – les dieux sont parmi nous, année 4

Comic de Tom Taylor, Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 4/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban. En fin de volume un carnet de croquis des personnages et des couvertures d’épisodes.

Attention spoilers!

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badge numeriqueAprès l’année zéro hier, on enchaîne avec le même plaisir sur cette quatrième année de la dictature de Superman… La couverture ne l’annonce pas mais l’avant-dernière année de cet improbable miracle (voir les billets précédents pour un rappel du projet) fait intervenir rien de moins que le panthéon olympien dans le conflit entre Batman et Superman… Je ne sais pas si les irruptions de Zeus, Hera et autres Atlas sont fréquentes dans l’univers DC mais il est certain que si leur intervention était apparue plus tôt on aurait risqué le grand n’importe quoi. Or après trois volumes pleins on est devenus habitués aux petites pilules vertes qui vous transforment n’importe qui en super-héro et aux affrontements WTF de dimension galactique. Taylor a d’ailleurs la grande intelligence de laisser tout le monde mortel dans les limbes, ne nous faisant apparaître les gouvernements sidérés que très rarement. On reste donc entre nous, confortablement, pour assister à des bourre-pif entre superman et Heraklès ou entre Aquaman et Neptune. On passera sur le syncrétisme tout américain qui ne s’embête pas à mélanger les noms latins et grecs des personnages et sur l’échelle de puissance qui nous laisse par moment circonspects à voir les dieux « mineurs » se faire botter le train par Robin ou Huntress..

The Gods Of Olympus (Injustice Gods Among Us) – ComicnewbiesOn sentait monter le rôle de Wonder Woman, prise entre deux feux avec sa fidélité envers son peuple et son père (Zeus pour rappel) et sa place dans l’équipe de Superman. Moralement toujours à peu près lucide, elle reste la seule voix capable de faire entendre raison à Kal-El et on reste tout à fait satisfait quand au traitement réaliste des choix de chacun des personnages dans cette bataille. Batman se trouve en retrait alors que son camp se voit très fortement diminué et soumis aux manigances d’un Luthor dont on ne sait jamais (en « homme le plus intelligent du monde » qu’il est) ce qu’il va manigancer. Les histoires de Superman regorgent de tellement d’attendus qu’on passe les quelques facilités de cette quatrième année pour profiter d’un palier où pour la première fois l’homme de Krypton semble relativement démuni quand à sa capacité à reprendre la main. Le cœur de l’intrigue se passant sur Themyscira (l’île de WW), on peut profiter des très jolis For Those Who Really Want Wonder Woman And Superman To Split Up, Read  Injustice Gods Among Usdessins de l’équipe artistique dans un style antique. Je regretterais juste l’intervention finale de l’inévitable Darkseid et son pendant divin dont je ne cesse constater l’aspect décalé. Un peu moins puissant que l’épisode Green Lantern, cet arc grec a le mérite de préparer un affrontement entre Diana et Clark qui semble inévitable et dantesque de puissance.

On notera que pour la première fois Tom Taylor passe la main à un autre scénariste sur l’essentielle de cette année qui voit (chose remarquable!) grandir Robin qui, devenu quasi-adulte depuis le début du règne de Superman, semble plus déterminé que jamais à écraser Bruce Wayne. Nouvelle illustration de la spécificité de cette saga d’une maîtrise incroyable en parvenant à chaque année à évoquer un aspect de l’immense univers DC sans perdre en cohérence. A l’approche de la conclusion on ne peut qu’être inquiet quand à la conclusion choisie par les auteurs et en même temps confiant quand on voit la solidité de l’entreprise depuis le début. On enchaîne…

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*****·Comics·Nouveau !·Service Presse

Injustice – année zéro

esat-westComic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2021)/2017, 160p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avant l’incident déclencheur d’Injustice, la Justice League et la Justice Society se retrouvent pour un moment de partage. Lorsque le Prince du crime se retrouve en possession d’un artefact très ancien, un engrenage meurtrier s’enclenche, constituant petit à petit les fondements sur lesquels la dictature de Superman va pouvoir s’installer…

Injustice: Year Zero Reveals the Secret History of This Dark DC Universe -  IGNTom Taylor est décidément un sacré loustic! Alors que je découvre en même temps sa dernière saga Dceased et celle qui l’a révélé, Injustice, je ne cesse de prendre un plaisir que je croyais impossible dans l’univers DC une fois sorti des chefs d’œuvre dédiés au Chevalier noir. Mes tentatives sur JL m’ont toujours laissé de marbre (y compris des events réputés comme Crise d’identité) et les aspects nostalgiques et érudits sur l’Age d’or et d’argent trop étrangers et kitsch). Surtout, l’aspect commercial de nombre d’évènements à rallonge me laisse très sceptique dès que sort un spin-off d’une série à succès. Tout ça pour dire qu’après le ratage de Hope at world’s end je m’attendais à pas grande chose de ce Year zero… Si je vous dis tout ça c’est évidemment par-ce que ce volume me fait mentir de façon magnifique puisque j’ai toujours cru qu’un Catwoman à Rome était une anomalie de réussite (sur Un long Halloween) et qu’un spin-off avait vocation à être au mieux correcte. Or ce préquel, outre de nous passionner sur des personnages crédibles dans leur humanité, de jeter un pont avec le Watchmen que tout le monde connaît mais dont pas grand monde n’a lu les inspirations, de reprendre les codes addictifs de Injustice, pose des bases incroyablement fines et construites permettant de comprendre ce qui nous paraît le plus aberrant dans le dévissage de l’Homme d’Acier!

Sur des planches franchement de très haut niveau du trait aux couleurs (dans un style entre Immonen, Varanda et Hairsine), on suit donc la folie meurtrière du Joker qui décime la SJ en parallèle d’un éloignement de Harley qui va rejoindre sa chérie Poison Ivy. Si les couples homosexuels mis en avant dans le spin off de Dceased m’avaient paru lourdingues et inutiles, les deux présentés ici sont très attendrissants et l’aspect psychologique particulièrement bien présenté. Le premier est un couple de vieux très aimant qui va être mis à mal par les attaques de Mister J, le second nous montre l’itinéraire de Harley dans Injustice et son émancipation de la mainmise psychologique du Joker. On approfondit ainsi la psychologie du personnage le plus intéressant de DC depuis Batman après Harleen et White knight.INJUSTICE: YEAR ZERO Features JLA vs. JSA (Exclusive Preview) - Nerdist

Taylor envoie du pâté en matière de dialogues cash et de morts véritables. Sans se vautrer dans le cracra mais dans une cohérence avec Injustice. Surtout (et en cela il est bien entendu vivement conseillé de lire Année zéro après le premier Injustice) il apporte une sacrée profondeur à l’acte initial du Joker et aux bascules de Kal-El, Wonder Woman et Harley. En Tom Taylor on Twitter: "Batman spars with Wildcat with the Justice League  and JSA watching on. Have you checked out our first chapters of Injustice:  Year Zero yet? @Rogeantonio @rainberedo @jesswchen https://t.co/wpgPbpCIM7…une fluidité épatante le scénariste parvient à lier une grande part du DCverse en nous donnant envie de prolonger chacun des thèmes mis en avant (les nazi, l’Age d’or, Hawkman, la filiation, la tradition, la morale,…). Tout pousserait à une exploitation commerciale de cette efficacité or cette année zéro restera (a priori) respectueuse du lecteur en restant dans le cadre fixé d’expliquer le contexte initial et de donner des racines à un event révolutionnaire qui sonnait jusqu’ici comme un elseworld. Je m’aperçois en écrivant ce billet que Batman Metal aura décidément été plus important que je ne le pensais en créant un exemple de ce que ne devrait pas être le DCverse et que l’on pouvait bien viser un pareil syncrétisme dans une optique bien plus accessible et élégante. Avec un tel Talent on ne peut qu’espérer que Tom Taylor prenne du galon chez DC et qui sait, puisse donner un petit coup de pouce à la re-création du Snyderverse au cinéma…

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Les Avengers des Terres Perdues

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Recueil de 112 pages comprenant les cinq épisodes de la mini-série Avengers of the Wastelands, écrite par Ed Brisson et dessinée par Jonas Scharf . Parution le 17/02/2021 aux éditions Panini Comics.

Les Avengers sont morts, vivent les Avengers

Il y a des décennies, les pires criminels de l’univers Marvel ont pris la meilleure décision de leurs vies: s’organiser à grande échelle, et mettre en commun leurs ressources afin de mettre à bas leurs ennemis jurés. Ainsi, en une nuit, les plus grands héros de la Terre sont tombés, quasiment sans coup férir, laissant l’Amérique aux mains de mégalomanes nazis tels que Crâne Rouge. 

Puis, les vilains se sont partagés les territoires, donnant naissance à un nouvel ordre mondial basé sur les rivalités entre seigneurs de guerre, conduisant le monde à sa ruine. Plus aucun Avenger, plus aucun X-Men ni Fantastique pour les arrêter. Le rêve des super-vilains s’était enfin réalisé, mais le rêve de quelques uns peut vite se révéler le cauchemar de tous. 

Plus qu’aucun autre, Logan a fait les frais de cette catastrophe. Piégé par Mysterio, il a lui-même massacré ses frères d’armes mutants lors de la grande purge des super-vilains. Dès lors, Logan s’est retiré du monde des super-héros, et a pris sa retraite. Bien des années plus tard, alors qu’il a fondé une famille et qu’il fait de son mieux pour survivre, Logan est rattrapé par son passé. Sa famille est menacée par les rejetons dégénérés de Hulk, si bien qu’il doit s’embarquer dans un périlleux road trip avec le vieil Hawkeye afin de la sauver. Après moult péripéties, qui le conduiront à éliminer le Président Crâne Rouge, Logan rentre chez lui pour trouver sa famille massacrée. Ce traumatisme épouvantable va le conduire à faire ce qu’il se refusait jusqu’alors, et sort ses griffes d’adamantium pour massacrer le clan Banner, Bruce compris. 

Old Man Logan, initié par Mark Millar, nous montrait un monde désolé et impitoyable, qui est ici repris, après les mini-séries Old Man Quill et Dead Man Logan. La majorité des héros s’en est sans doute allée, mais elle a vocation à être remplacée par de nouveaux héros, entre nostalgie des temps passés et foi en un avenir meilleur. 

Après la chute de Crâne Rouge, c’est Fatalis qui s’est installé sur le trône, régnant avec la poigne de fer qu’on lui connait. Bien décidé à assurer sa suprématie, il entreprend de retirer de l’échiquier tous ses anciens conjurés, et écrase cruellement tous ceux qui pourraient lui causer du tort. Qui pourra détrôner le tyran sanguinaire ?

Teenage Wasteland

Ed Brisson met au centre de son récit Danielle Cage, fille du super-héros Luke Cage et de la super-détective Jessica Jones. Cette dernière est à la tête d’une communauté paisible de survivants, épaulée par Bruce Banner Jr, seul survivant du massacre causé par le regretté Logan. Non contente d’être la fille de ses prestigieux parents, Danielle est également la dernière détentrice de Mjolnir, le mythique marteau de Thor, ce qui lui permet d’irriguer efficacement les cultures destinées à nourrir le groupe. 

Ce quotidien relativement serein est perturbé par l’irruption de Dwight, successeur d’Ant-Man, dont la communauté a fait les frais de la cruauté de Fatalis. Ensemble, Dwight, Danielle et Bruce Junior vont se dresser contre la tyrannie, forts de l’héritage glorieux des Avengers. Ils seront bien vite rejoints par Grant, un ancien soldat de Fatalis ayant survécu à l’injection du Sérum du Super-soldat, puis par Viv, fille du regretté Vision. Captain, Thor, Hulk et Ant-Man, on peut dire sans se tromper que c’est une bonne base pour une équipe d’Avengers. 

L’idée d’une équipe de jeunes héros succédant aux Avengers n’est pas nouvelle, loin s’en faut. Il n’y a qu’à regarder du côté des Young Avengers, qui réunit de la même façon des personnages jeunes et tous liés aux héros adultes. S’agissant de la trame narrative futuriste, on trouve également A-Next, version adolescente et future des Avengers apparue dans la série Spider-Girl au début des années 2000, ou encore la version que l’on découvre dans Avengers volume 4 n°1. Et il est ici inutile d’évoquer Avengers Forever et son casting méta-temporel. 

Danielle Cage, quant à elle, était apparue en 2006 sous la plume de Brian Bendis. Encore enfant dans l’univers classique, elle a néanmoins bénéficié d’une autre version future dans laquelle elle reprend le rôle de Captain America (Avengers: Ultron Forever). Quelle que soit le futur, il semblerait donc que la jeune Danielle soit appelée à un destin héroïque. Dans ces Avengers des Terres Perdues, il est donc question d’héritage, mais aussi d’espoir et des symboles qui le portent. Les jeunes héros ont donc le choix entre la simple survie où le poids supplémentaire des responsabilités que leur donnent leurs pouvoirs. 

Être à la hauteur de ses aînés est un défi conséquent, surtout quand il s’agit de remettre le monde sur les rails. Le récit est bien construit autour de cette thématique et contient suffisamment de rebondissements pour conserver l’intérêt du lecteur. En revanche, les scènes d’actions peuvent se montrer un tantinet répétitives, mêmes si elles bénéficient d’un dessin de qualité. On aurait aimé voir une progression plus nette dans la coopération des héros, qui auraient pu commencer leur mission de façon dysharmonique pour former peu à peu, au fil du récit, une équipe fonctionnelle. Ce n’est pas vraiment le cas ici, et il est dommage de noter que les combats se ressemblent un peu tous. 

Ces Avengers des Terres Perdues restent une lecture agréable qui prolonge le concept d’Old Man Logan en y apportant une touche d’espoir bienvenue. 

Comics·East & West·Guide de lecture·Rétro

Sentry, un héros compliqué

Aujourd’hui, une rapide aparté sur un personnage Marvel singulier et pourtant assez méconnu, voire mésestimé. L’histoire de Sentry débute en 2000 par une campagne de marketing viral dans le magasine Wizard, dans lequel Stan Lee himself explique s’être rappelé d’un personnage qu’il avait crée au même moment que ses fameux Fantastiques, oublié pour une obscure raison.

Ce point d’entrée meta ouvre la voie à la première mini-série The Sentry, signée Paul Jenkins et Jae Lee. On y fait la rencontre de Robert Reynolds, quadragénaire désemparé par la vacuité de son existence. Le pauvre homme est hanté par les réminiscences d’une vie de super-héros, et finit par être persuadé qu’il fut autrefois celui que l’on nommait Sentry, le gardien doré.

Il s’est avéré que Bob avait raison: suite à l’ingestion d’un sérum, il est devenu l’homme le plus puissant de la Terre, et a côtoyé les Quatre Fantastiques, Spider-Man et bien d’autres au cours de sa croisade protectrice. Cependant, on apprend aussi durant cette mini-série que Sentry ne va pas sans Void: pour chaque acte bienveillant du héros, Void commet une atrocité d’égale importance.

La vérité, qui éclate à la fin de la mini-série, est dévastatrice pour Bob: Sentry et Void ne font qu’un, ils sont deux facettes de son esprit qui s’affrontent depuis le début, avec en jeu rien de moins que le sort du monde. Face à cette impasse, Robert avait fait le choix qui s’imposait: avec l’aide de Reed Richards et de Stephen Strange, Sentry a activé un mécanisme qui l’avait effacé de toutes les mémoires de la planète, neutralisant Sentry pour tenir Void à l’écart. Son retour était donc un erreur monumentale, si bien que Bob réitère son sacrifice et s’efface à nouveau des mémoires pour retourner dans l’oubli.

Ce nouveau sacrifice, en plus de marquer l’abnégation du personnage, concluait son histoire de façon assez péremptoire. C’était sans compter sur Brian Michael Bendis et ses Nouveaux Vengeurs.

En effet, en 2005, Sentry fait une nouvelle apparition, qui va complexifier son histoire. Suite à la séparation des Avengers, causée par la douloureuse trahison de la Sorcière Rouge, une nouvelle équipe se forme pour faire face à une évasion en masse de super-vilains. Ainsi, Captain America, Iron-Man, Spider-Woman, Luke Cage, Spider-man et Daredevil se réunissent-ils, bien vite rejoints par l’un des prisonniers, celui qui se nomme Sentry mais que personne ne connaît.

Bien vite après la formation de l’équipe, il devient clair que le cas de Sentry va poser un sérieux problème. En effet, les Avengers ne se sont pas encore remis du breakdown de la Sorcière Rouge, et il faut avouer que le comportement de Sentry, conjugué à sa puissance démesurée, inquiète les pontes du marvelverse, Stark en tête.

Confronté à son passé, Bob découvre qu’il a été manipulé des années auparavant par un vilain nommé le Général, secondé par le Cerveau, qui ont induit dans son esprit l’idée d’un croque-mitaine, dont il ne pourrait se défaire qu’en disparaissant des mémoires. Ces révélations font revenir Bob à lui, mais n’effacent pas pour autant le problème de Void, dont l’ombre plane encore de façon menaçante au-dessus du héros.

Des pages des New Avengers, Sentry repasse à une nouvelle mini-série, de Paul Jenkins cette fois secondé de John Romita Jr. On y apprend que Robert est atteint de schizophrénie et d’addiction, et qu’il a ingurgité le fameux sérum en pensant se procurer une dose de paradis artificiel. Les pouvoirs de Sentry et de Void ne seraient donc que la manifestation survitaminée des troubles dissociatifs de Robert, qui ne pourra donc jamais se débarrasser vraiment de ses deux identités antithétiques. La série reprend la mise en abyme initiée dans New Avengers, à savoir que Bob a inconsciemment inspiré un artiste de comics, nommé…Paul Jenkins, à raconter ses aventures sur papier.

Les années qui suivent voient Sentry participer aux missions des Avengers sous leurs différentes incarnations, tout en menant son combat intérieur contre Void. De plus en plus instable, il effraie son épouse Lindy, qui ne voit plus en lui qu’un monstre potentiel et incontrôlable, d’autant que les pouvoirs de Sentry semblent varier selon les auteurs, mais gagnent généralement en intensité. D’homme fort et volant, il se rapproche peu à peu de l’omnipotence, jusqu’à être capable de ramener sa femme d’entre les morts !

Vient ensuite la partie Dark Reign, durant laquelle Norman Osborn prend le pouvoir. L’ancien Bouffon Vert utilise le pouvoir de Sentry à son avantage, tout en manœuvrant pour offrir le contrôle à Void, notamment en ordonnant l’assassinat de Lindy. Osborn joue à un jeu très dangereux, et ne tardera pas à en payer le prix lors du Siège d’Asgard en 2010. Hors de contrôle, Sentry cède progressivement à l’influence de son alter-égo et tue l’avenger Arès, puis détruit Asgard avant de révéler son véritable visage.

Void sera vaincu par les Avengers, réunifiés pour la première fois depuis Civil War, puis jeté dans le Soleil par Thor. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il reviendra, dans les pages d’Uncanny Avengers, par Rick Remender, Steve McNiven et Daniel Acuna. Ramené par les Jumeaux de l’Apocalypse en tant que Cavalier de la Mort, Bob se dit débarrassé du Void, qui, lassé du cycle sans fin de résurrection au cœur du Soleil, s’en est allé. Désormais persuadé d’être l’héritier d’Apocalypse, Sentry affronte Thor et les Avengers, avant de changer de camp en aidant les héros à repousser les Célestes.

Notre héros réapparaîtra ensuite dans les pages du Docteur Strange, qui requiert son aide pour retrouver son titre de Sorcier Supreme. Bien que cette apparition passe sous silence les événements d’Uncanny Avengers, elle prépare le terrain pour la mini-série de Jeff Lemire, qui va concocter en 2018 un nouveau paradigme pour le héros doré.

Côté analyse, il est aisé d’affirmer que Sentry représente une sorte de reflet Marvel de Superman. Il est souvent dit que la particularité qui est à la racine de la Maison des Idées est d’avoir des héros à problèmes. Il est donc tout à fait logique que le Superman sauce Marvel ait des problèmes à la mesure de son pouvoir. Ici, il s’agit tout simplement de la folie. Sentry est fou, dérangé, déséquilibré.

Ce qui est fascinant avec ce personnage est donc de constater l’impact qu’aurait un tel pouvoir sur la psyché d’un homme déjà fragile. Cela ajoute un aspect plus vraisemblable, malgré le caractère résolument invraisemblable de ses pouvoirs. On remarque aussi, de façon également plus réaliste, la défiance que provoque une tel puissance de la part des autres personnages, qui redoutent Sentry plus qu’ils ne le respectent. Là où Superman est souvent admiré dans la continuité classique, Sentry est craint, voire détesté pour ses actes commis en tant que Void. A ce titre, un élément symbolique assez fort concernant le personnage apparaît dans l’une des miniséries appréciées du public, Marvel Zombies. Dans cet univers en effet, Sentry est la source de l’infection, dans une ingénieuse boucle temporelle qui laisse penser que Sentry, transfuge malgré lui de l’univers DC, vient « contaminer » Marvel.

Certains de ses auteurs, Jenkins en tête, ont également utilisé la dichotomie Sentry/Void pour explorer la thématique de l’identité, mais aussi celle de la responsabilité et du repentir. A partir du moment où Bob ne reconnaît pas les actes de Void comme étant les siens, puisqu’il n’en conserve pas le souvenir, peut-il en être jugé responsable? Si oui, à quel point ?

Du point de vue purement narratif toutefois, il peut être reproché beaucoup de choses au personnage, mais surtout aux auteurs qui l’ont utilisé. En premier lieu, ses origines, volontairement ou involontairement, ne sont pas seulement drapées de mystère, elles ont floues, voire sur certains détails, incohérentes. Bendis lui-même explique que Void n’est que la résultante d’une manipulation mentale antérieure dans l’esprit de Bob, avant de sous-entendre, dans les pages de Dark Avengers, que le Void a une dimension biblique en le comparant à l’Ange de la Mort… Lemire, quant à lui, met de côté des événements importants (la mort de Lindy, la résurrection de Sentry en héritier d’Apocalypse…) pour se concentrer sur la relation de Bob avec ses alter-égos.

En second lieu, un grande partie de ses apparitions reste anecdotique, les scénaristes ne sachant généralement que faire avec un personnage aussi puissant: écarté ou gentiment ignoré durant Civil War et Secret Invasion, il finit en boss de fin de Siege avant d’être finalement sacrifié dans un soulagement presque général. Sa résurrection quant à elle offrait de nouvelles perspectives qui n’ont pas porté leurs fruits. Espérons que Marvel rebondira et saura exploiter ce personnage à son plein potentiel.

Lectures conseillées pour découvrir/suivre le personnage:

-Sentry, La Sentinelle, parution le 12/06/2019 chez Panini Comics

-Dark Avengers, éditon Deluxe, 2 volumes parus en 2012 et 2013 chez Panini Comics

-Siege, édition Deluxe, un volume paru en 2012 aux éditions Panini Comics

-Uncanny Avengers, éditions Deluxe, 2 volumes parus en 2020 et 2021 chez Panini Comics

*****·Actualité·Cinéma·Comics·East & West·Rétro

Jupiter’s legacy: l’adaptation Netflix

Jupiter's Legacy - Série TV 2021 - AlloCiné

Ça a mis le temps mais on y est: le chef d’oeuvre de Mark Millar et Frank Quitely, le diptyque qui a révolutionné la BD de super-héros est visible depuis aujourd’hui sur Netflix pour une série live. En attendant de voir ce que donne cette première concrétisation du rachat des œuvres de l’écossais (à l’origine de Superman Red Son, Old man logan, Civil War, Kick ass, The magic order ou encore Kingsman…!!!) par la plateforme (Magic Order, Sharkey et Space bandits sont également en travaux) je vous rappelle les billets chroniquant le comic que vous devez impérativement lire si ce n’est déjà fait!

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**·Comics·East & West·Nouveau !

The Resistance

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Album de 141 pages comprenant les six épisodes de la série écrite par J. Michael Straczinsky et dessinée par Mike Deodato Jr. Parution le 17/03/2021 aux éditions Panini Comics

Pandémie, Pan ! T’es mort !

Depuis l’an dernier l’éditeur Panini, connu pour distribuer les comics Marvel, s’est donné pour mission d’élargir son panel en dénichant des comics indépendants issus d’éditeurs américains moins connus du grand public français. En ce début d’année, le thème des Indy est clairement d’actualité, puisqu’après Year Zéro, qui nous rejouait l’apocalypse zombie, on trouve The Resistance, qui traite une nouvelle fois d’une pandémie mondiale touchant l’Humanité. 

L’histoire débute lors de l’apparition du virus XV1N1, un pathogène mortel à plus de 95% dont l’apparition et la propagation demeurent un mystère. En quelques mois, le virus qui a pris tous les gouvernements au dépourvu (tiens, tiens) a fait 400 millions de victimes, et laissé le monde dans un état plus précaire encore qu’avant la pandémie. Le plus préoccupant, c’est que personne ne parvient à comprendre pourquoi ni comment la pandémie a pris fin. Du jour au lendemain, les personnes infectées, qui jusque là mourraient en quelques heures, se relèvent, exemptes de symptômes. 

Cerise dramatique sur le gâteau médico-scientifique, il s’avère qu’une certaine frange de la population ayant survécu au virus a développé des capacités surhumaines. L’Humanité se réveille donc de cette tragédie avec 400 millions d’âmes en moins, mais avec 10 millions de mutants dotés de super pouvoirs. Quels sont les rouages de cette évolution ? Quels phénomènes sinistres cache-t-elle ? Comment l’ordre mondial va-t-il se réorganiser après tout ça ? Les masques seront-ils toujours obligatoires ? 

Un remède à la vie ?

JM Straczinsky est un auteur reconnu pour ses travaux sur Amazing Spider-Man, Supreme Power ou encore Rising Stars. Malheureusement, ce qui fait un bon auteur peut aussi le défaire, puisque dans le cas présent, The Resistance souffre de la comparaison avec chacun de ses précédents travaux. Un événement singulier qui donne des pouvoirs en masse (Rising Stars et son météore, Supreme Power et le nanovirus apporté par Hyperion, l’auteur se permet même d’opérer un mix des deux!), des héros nouveaux qui doivent trouver leur place face à des gouvernements suspicieux voire carrément fascistes (idem, Rising Stars et SP sont en plein dedans), et ainsi s’organiser, l’héroïne rédemptrice qui se sacrifie pour le bien commun…  

Le pitch reste intéressant notamment par sa résonance avec l’actualité et le traitement pseudo-réaliste qu’il fait de la place du super-héros dans le monde et du danger qu’il représente en vérité. D’autres œuvres s’y sont déjà essayées: Watchmen et Miracleman d’Alan Moore, Injustice, Supreme Power encore, The Authority, Planetary, No Hero, Black Summer, de Warren Ellis, Irrécupérable de Mark Waid, The Boys de Garth Ennis, la liste est longue et montre bien que le genre super-héroïque n’a pas attendu The Resistance pour s’autodigérer et opérer une remise en question. 

De surcroît, le débat philosophique est d’ailleurs relativement fade puisque l’on s’éparpille dans plusieurs thématiques sans que se dégage un protagoniste fort ni un discours cohérent. On passe par la peur des gouvernements (Watchmen, Authority), à la volonté de contrôler les êtres dotés de pouvoirs (Supreme Power) puis à la coercition, avec un bref passage par l’instrumentalisation et l’entertainement (The Boys). Tout cela sent donc le réchauffé, même si un début de réflexion lancé par l’auteur sur le fait que les pouvoirs ne sont finalement qu’un amplificateur de la nature profonde de celui qui les possède, n’est pas réellement exploité, à tort. 

Le dessin de Deodato Jr, s’il comporte un gimmick distrayant, celui de doter ses personnages des traits de certaines célébrités (j’ai repéré Ed Harris en POTUS, notamment), comporte depuis quelques temps déjà des incongruités anatomiques qui vont à rebours de l’immersion ciné génique qu’induit son style réaliste. 

En conclusion, JMS nous sert une version COVID de ses précédents travaux, un argument de vente osé de la part de Panini qui jusque là avait sur dégoter des petites pépites indé. 

*·Nouveau !

Spider-Man: De père en fils

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Intégrale reprenant les cinq numéros de la mini-série Spider-Man: Bloodline, écrite par JJ et Henry Abrams, dessinée par Sara Pichelli. Parution en France chez Panini Comics, le 17 février 2021.

Appren-Tissage adolescent

Il y a douze ans, l’impensable s’est produit pour Spider-Man: vaincu et mutilé par Cadavérique, un nouvel adversaire qui lui en voulait personnellement, le héros a vu l’amour de sa vie, Mary Jane, périr des mains du monstre. Mortifié par le deuil, Peter s’est éloigné de son fils Ben, qui ignore tout du passé de son père et de la cause du décès de sa mère. 

Ne voyant qu’un père lâche et absent, Ben rumine son mal-être adolescent en rejetant l’image paternelle. Un jour, Ben se découvre de stupéfiantes facultés, similaires à celle du héros arachnéen d’autrefois. Ce sera l’occasion pour l’adolescent d’explorer ses origines et de faire face à son deuil, tout en apprenant le poids des responsabilités. Malheureusement, cette quête initiatique ne fera pas dans la quiétude, car Cadavérique est de retour, plus déterminé que jamais à obtenir ce qu’il désire. 

On ne présente plus JJ Abrams, devenu en quelques années une figure inévitable de la pop culture. Star Trek, Star Wars, Mission Impossible, mais également Cloverfield, le producteur/réalisateur/scénariste a étendu son répertoire jusqu’aux confins de la galaxie Pop, avec plus ou moins de succès. Titillé depuis quelques années par l’envie d’écrire pour la BD, Abrams donne suite à un appel du pied de plusieurs années d’un « senior editor » de chez Marvel pour entamer un récit hors-continuité sur Spider-Man, secondé par son fils Henry. 

Venant d’un auteur prolifique et fin connaisseur du genre, ce récit avait de quoi susciter les attentes les plus élevés en terme de qualité, d’autant plus que l’homme écrit avec son fils un récit évoquant les générations, ce qui promettait une alléchante mise en abyme pleine d’émotion. 

La scène d’ouverture du récit donne le ton en nous faisant assister à une cuisante défaite pour Spider-Man, aux prises avec un colossal homme-cyborg-zombie, qui l’attaque pour des raisons que nous ne connaissons pas encore. Mary Jane est prise entre deux feux, et meurt empalée par le monstre, sans raison apparente. Les funérailles qui suivent sont déchirantes, et permettent d’échanger le point de vue, en passant à celui de Ben, le fils de Peter et MJ. 

Douze ans plus tard, on découvre que Ben a grandi seul avec Tante May, Peter ayant décidé de partir travailler à l’étranger pour le Daily Bugle. Il hait son père pour l’avoir abandonné, et entre dans une phase de rébellion qui le mène à rencontrer Faye Ito. Viendront ensuite les pouvoirs et la découverte qu’en fera Ben avec les aléas prévisibles dans ces situations. 

Le reste du récit sombre ensuite dans la confusion, se concentrant sur une intrigue aux circonvolutions à la fois attendues et déconcertantes. Il y a dans ce De père en Fils un sentiment de dispersion et de futilité qui fait perdre le fil dès le second chapitre. Il est en effet assez difficile, à mon sens, d’écrire des personnages adolescents intéressants tout en évitant l’écueil de les aliéner au lecteur. 

C’est toutefois ce qui se produit ici, car Ben, bien que l’on puisse s’identifier à ses tourments au premier abord, perd vite de sa substance et ne donne alors plus qu’à voir angoisse existentielle et passivité mal employée. Rien n’est juste dans les deuxième et troisième actes, si ce n’est la quête de Ben pour secourir son père, mais même celle-ci est entrecoupée de dialogues maladroits, décousus, et de tartines d’exposition pivotale censées nous éclairer sur les motivations du méchant. 

Le méchant, justement, entre dans la catégorie des « monstres tragiques »  mais ne parvient à aucun moment à émouvoir ni à effrayer, ce qui le rend totalement oubliable. Pire encore, le mystère qu’apportaient les zones d’ombres sur ses motivations, laisse place à la confusion une fois révélées, ce qui tire encore davantage la mini-série vers le bas. Ne parlons même pas de la véritable antagoniste, sorte de boss de fin WTF, qui n’apporte pas grand-chose non plus.

La relation entre Ben et Peter a quelque chose de touchant, en revanche là encore, elle est parasitée par l’intrigue qui peine à tenir debout et un rythme décousu qui ne permet pas de s’attarder réellement dessus.

Le casting semble acceptable à première vue, mais les personnages sont sous-utilisés (Riri Williams) ou employés de façon si maladroite (Tony Stark, Peter Parker) que cela en devient gênant pour la lecture. La palme revient malheureusement à Faye, acolyte/love interest de Ben, qui a tout de la fameuse « Manic Pixie Dream Girl « déjà décrite dans des précédentes chroniques. Certes, elle décrit un intérêt pour les causes sociales qu’elle défend et offre un point de vue intéressant sur le célèbre leitmotiv de Spidey, mais son intérêt semble s’arrêter là, ce qui la réduit à un stéréotype, comme souvent dans des histoires pour les garçons écrites par des garçons, ou encore dans les fan fictions, ce dont relève finalement ce scénario. 

Ce qui ressort de ce fiasco est le terrible gâchis qui est fait des talents de Sara Pichelli, qui fait ici ce qu’elle peut pour rehausser le tout malgré le sabotage en règle des Abrams père et fils. Ce qui est d’autant plus irritant au vu du potentiel que pouvait avoir un comic book écrit par un scénariste et producteur de cinéma.

Spider-Man: De père en fils nous aide au moins à réaliser que talent et succès ne sont apparemment pas liés, en tout cas pas outre-Atlantique. 

****·Comics·East & West

Amazing Spider-Man (Marvel Legacy) #2: Fin de Ligne

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Second tome comprenant les épisodes 797 à 801 de la série Marvel Amazing Spider-Man, avec Dan Slott au scénario, Stuart Immonen, Humbertos Ramos, Giuseppe Camuncoli, Marcos Martin au dessin. Parution en octobre 2019 chez Panini Comics.

Les Toiles Montantes

Dans le précédent volume, nous étions témoins du creux de vague vécu par Spider-Man suite au désastre de la Conspiration des Clones. Plus de multinationale, plus de succès, Peter Parker était redevenu le loser arachnéen lambda luttant contre le crime les poches vides. 

Cependant, le propre d’un héros de la trempe de Spidey est de toujours se relever, même après avoir touché le fond. Et il ferait mieux, car ses ennemis de toujours n’attendent pas pour se remettre en scelle. En effet, alors que l’Araignée était occupé à déblayer les décombres de sa vie tout en continuant de veiller sur New York, Norman Osborn, dont la personnalité si exquise du Bouffon Vert avait été neutralisée, à continué à comploter pour prendre sa revanche sur son ennemi héréditaire. 

Ce bon vieux Norman est un personnage à l’historique complexe. Méchant emblématique de l’Araignée, l’un des seuls à connaître son secret, Osborn a toujours su frapper Peter là où ça fait le plus mal. En effet, son tableau de chasse n’est pas des moindres, puisque c’est lui qui jeta Gwen Stacy du haut d’un pont, affermissant sa réputation de psychopathe avec cet acte qui marqua tant Peter que le monde des comics dans son ensemble. Il y a quelques années, sous la houlette de Brian Michael Bendis, Norman Osborn avait su regagner sa popularité et était devenu « le premier flic d’Amérique« , régissant l’Initiative des super-héros et dirigeant même sa propre équipe d’Avengers

Après sa chute provoquée par sa tentative avortée d’envahir Asgard (Siège), Osborn avait été emprisonné quelques temps avant de revenir plus dangereux que jamais, cette fois à la tête d’un conglomérat de sociétés secrètes, l’Hydra, l’AIM et la Main. Nouvel échec pour l’ancien Bouffon, qui avait ensuite renoué avec son ancienne gloire faite de Planeurs et de Bombes Citrouilles. L’ami Normy a un nouveau plan pour se débarrasser de notre araignée favorite: le dangereux symbiote Carnage, qui a causé bien du soucis à bien des gens ces dernières années (se référer à Maximum Carnage, Carnage USA, la mini série Carnage de 2016 et plus récemment Absolute Carnage, qui se situe après les événements de ce tome). 

La fusion inédite de ces deux entités donne le Bouffon Rouge, plus meurtrier et plus instable que jamais. Le Bouffon Rouge va désormais y mettre du sien pour faire souffrir Peter, et va, on ne se refait pas, viser les êtres chers du héros. 

Araignée au pied du mur

Spider-Man en tant que personnage, noue très souvent des liens intimes avec les scénaristes de sa série, comme en témoigne le run de Bendis sur Ultimate Spider-Man, qui est ici au coude à coude avec Dan Slott en terme de longévité. Slott n’a jamais caché son amour inconditionnel du personnage, ce qui transparaît durant une quasi décennie marquée par les histoires les plus ambitieuses proposées au personnage depuis longtemps. 

Le numéro 800, qui compose le cœur de cet album, fait penser à plusieurs égards au numéro 700, déjà signé Slott, par le caractère survitaminé de l’action et la sensation d’urgence vécue par le Tisseur. Le scénariste convoque tous les items narratifs qu’il avait mis en place depuis son arrivée pour une impression de boucle bouclée des plus satisfaisantes. En effet, tout y passe pour les lecteurs de longue date, qui retrouveront une mention de nombreux événements liés au run de l’auteur. Le casting est donc assez large, mais chacun y a son utilité, ce qui rend l’affrontement final d’autant plus savoureux et la conclusion émouvante. 

Cerise sur le gâteau, ou devrais-je dire, Petite mouche juteuse au centre de la Toile, les artistes emblématiques ayant collaboré avec Slott depuis 2010 (voire avant pour certains), sont de retour, faisant de ce numéro 800 une sorte de madeleine arachnéenne pleine de nostalgie. 

Cette fin de ligne est le chant du signe d’un auteur méticuleux et amoureux de son personnage, dans laquelle on retrouve la quintessence de l’Araignée, à ne pas rater si vous aimez l’Araignée.