Comics·Rétro

Justice League: crise d’identité

Comic de Brad Meltzer et Rags Morales
Urban (2013) – US DC (2005).

NB: les illustrations trouvées pour ce billet sont d’assez mauvaise qualité et reflètent mal l’étalonnage des couleurs de l’album.

justice-league-crise-d-rsquo-identite

Comme d’habitude chez Urban, très gros boulot éditorial qui justifie les tarifs parfois un peu chers. L’unité de la ligne graphique (tranches noires avec le logo de la série/personnage) plait beaucoup aux amateurs de comics. Il y a donc l’ensemble des superbes couvertures originales faites par le regretté Michael Turner, un textes introductif à la continuité et aux personnages DC (… pas suffisant malheureusement étant donnée la complexité du DCverse), la fiche technique de chaque fascicule, trois histoires annexes en fin d’album (très très old school, perso je passe mon chemin) et une grosse analyse de l’histoire par les auteurs eux-même. Chez DC ces documents complémentaires sont totalement indispensables pour tout lecteur non habitué. On aimerait parfois en avoir autant dans les intégrales de BD franco-belge.

La femme d’Extensiman a été atrocement assassinée. La famille de la Justice League est en deuil. Mais ce n’est que le début: un mystérieux tueur qui déjoue tous les systèmes de sécurité s’attaque aux proches des héros, mettant en péril leur identité secrète et leur intimité. Des failles apparaissent sur les méthodes des différents héros alors que la tension monte…

Résultat de recherche d'images pour "justice league crise d'identité"JL crise d’identité jouit dans l’univers des comics d’une très forte réputation et apparaît très favorablement lorsque l’on cherche les « 10 comics de super-héros qu’il faut avoir lu ». Très rapidement lorsque l’on commence la lecture on comprend que l’on a affaire à quelque chose de différent de la narration habituelle issue du Comics Code authority: le stress est apparent chez ces êtres tout puissants, il y a de vrais morts, du sang, les méchants sont torturés… Je connais assez mal l’univers DC hormis les albums Batman mais j’ai trouvé une proximité avec le pilier du comic adulte qu’est Watchmen. D’abord le style de dessin qui fait assez années 80-90 (Dave Gibbons, l’illustrateur de Watchmen oeuvre sur un épisode de la série). Il est dommage que l’on ne puisse lire cet album en N&B car Morales a une certaine technique, classique de l’illustration américaine, qui rappelle le travail de Gary Gianni. Les couleurs peu subtiles et très informatiques n’apportent en revanche rien au dessin qui s’intéresse quasi uniquement aux visages, assez torturés, ce qui est inhabituel pour une BD de super-héros; les arrières plans et décors sont tout a fait industriels et sans intérêt. Pour résumer l’illustrateur est bon mais la colorisation et le design très rétro et (franchement ridicule par moments) n’aident pas à entrer dans cet univers. Dommage.Résultat de recherche d'images pour "justice league crise d'identité"

Pour revenir au scénario et au traitement, on est dans de la pure enquête policière, avec interrogatoire, autopsie et jeu sur les ombres. Les comics DC (qui signifient, pour rappel, « Detective comics« ) nous ont habitué à des filatures impuissantes de serial killer, du Silence de Jeph Loeb et Jim Lee au Long Halloween du même Loeb et Tim Sale ou encore (et ben oui), Watchmen. Par contre j’ai ressenti la même difficulté que sur Kingdome Come avec l’univers et les personnages DC qui me sont pour la plupart inconnus et que les auteurs (pour accentuer l’effet fan) nomment par leur patronyme au lieu de leur nom de héros… Du coup on a beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire et comprendre qui parle (les fameuses narrations avec code couleur typiques des comics) avant le premier rebondissement. C’était la force de Watchmen que de recréer un panthéon de toute pièce en évitant de trier entre ses lecteurs familiers et les novices. L’univers DC demeure lui assez hermétique aux non-fans.

Résultat de recherche d'images pour "justice league crise d'identité morales"La seconde partie est plus aérée, linéaire, compréhensible et rehausse l’ensemble avec une chute totalement imprévisible. Le thème de la famille est central dans cet album et trouve des échos dans le Deuil de la famille (du cycle Snyder/Capullo sur le Dark Knight): quand les scénaristes osent des incidences radicales pour des personnages c’est toujours percutant. Du reste les auteurs mettent le focus sur des méchants et héros relativement mineurs; Superman, Batman, Wonder Woman ne font que des apparitions. Seul Flash occupe une position centrale en incarnant une certaine morale.  Car ces évènements (c’est la deuxième force du récit) provoquent un véritable conflit interne à la JL quand aux méthodes (radicales?) à adopter face à des évènements extrêmes. Encore un fois c’est la rigueur morale des super-héros qui est questionnée. C’est intéressant mais on commence à en avoir l’habitude. Personnellement je préfère les histoires assumant justement une part sombre (depuis le Dark Knight de Miller au cycle de Snyder) des personnages. La face privée des héros est en revanche intéressants, notamment la relation de Robin avec son père.

Au final on a un comics plutôt haut du panier, avec un illustrateur classique mais qui mériterait que son travail soit mieux mis en valeur. La complexité inhérente aux histoires DC enchevêtrées et un design très daté empêchent ce comic d’être vraiment excellent et c’est dommage tant le traitement et les questionnements posés  renouvellent plutôt le genre.

note calvinnote calvinnote calvin

Publicités
Comics

Jupiter’s Legacy

Comic de Mark Millar et Frank Quitely
Publié chez Panini (2016). Première publication US chez Image (2013)
2 volumes parus.

250px-jupiterschildren2c1byfrankquitelyAttention événement ! Mark Millar est désormais une figure familière du monde des comics avec des séries à succès fréquemment adaptées au cinéma. Sa dernière création est pourtant partie pour être un séisme semblable à la sortie du Watchmen d’Alan Moore dans les années 80, excusez du peu ! Avec son acolyte Frank Quitely (vu notamment sur All-star Superman), il ambitionne de produire une relecture du mythe des super-héros, de leur apparition à leur disparition en lien avec la société humaine et la question du contrôle et de la sécurité. Des thèmes devenus fréquents depuis le Dark Knight de Miller ou le Kingdom Come d’Alex Ross. Outre la qualité du dessin et du traitement radical (ça saigne chez Millar, bien loin du comic code Authority), la grande claque vient de l’introduction d’une critique virulente des politiques économiques libérales dans le comic, rejoignant les thèmes très politiques du grand Watchmen. Un vent de fraîcheur apporté par le britannique pour des planches qui se dévorent de bout en bout en attendant impatiemment la suite. La barre est mise très haut… et c’est tant mieux !

Cette critique a été publiée sur mon compte Superlecteur Iznéo.

note calvinnote calvinnote calvinnote calvin

Fiche BDphile

Autre avis de blogueur chez Comics inside

Comics

Thor – le massacreur de dieux

Comic en 2 volumes de Jason Aaron et Esad Ribic
Panini (collection Marvel NOW) en 2014. Parution US 2012-2013.

couv_226115

Les éditeurs de super-héros ont pris l’habitude de rebooter leurs personnages régulièrement. La série « Marvel NOW! » lancée en 2012 visait à proposer des album plus on moins one-shot permettant aux novices de s’introduire dans une histoire sans posséder une thèse en super-héros. Cet « arc narratif » (continuité scénaristique ayant un début et une fin même si elle s’inscrit dans une chronologie plus vaste) propose donc les épisodes 1 à 5 (pour le volume 1) et 6 à 11 (volume 2) de « Thor: god of thunder », publié en fascicule aux états-unis. La série se poursuit sur des tomes 3 et 4 toujours chez Panini, mais dissociés au niveau de l’histoire.

La fabrication éditoriale du livre est propre comme d’habitude chez Panini, avec des volumes reliés format comics incluant un Ours de l’édition américaine, un texte introductif original permettant de se situer dans la 7994922815b5c57b6e7be9e5cc7acb82trame du personnage et les couvertures originales des volumes US ainsi que des couvertures alternatives incluant un Thor par Manara (si-si !). Rien à redire.

Comme beaucoup d’albums que je chronique, l’élément déclencheur est le dessin. Ici une recommandation d’un libraire m’expliquant que Thor n’était pas forcément sa tasse de thé mais qu’il tenait là une pépite tant graphique que thématique. En effet, si la découverte d’Esad Ribic, fabuleux illustrateur croate très inspiré par Frazetta, est un choc, l’histoire et sa construction se hissent au niveau des meilleurs one-shot de la BD tout genre confondu. Totalement en phase avec le personnage de dieu, le massacreur de Dieux  propose de suivre le dieu du tonnerre dans une enquête galactique à la poursuite de 176e7b9d4a087a4e9be423ed814d08f7Gorr, celui qui cherche à éliminer toute trace divine dans l’univers. Il est rare qu’un nouveau méchant atteigne un tel niveau de charisme et de noirceur et je peux dire que Gorr est à inscrire dans le panthéon maléfique de la BD! Ses motivations sont cohérentes, sa puissance infinie et les combats récurrents avec Thor sont à l’échelle planétaire voir galactique. La construction de l’histoire est très intelligente puisqu’elle entrelace les Thor de 3 périodes: le jeune loup n’ayant pas encore dompté le marteau Mjolnir, le Thor des Avengers et le roi Thor, borgne et manchot, ayant succédé à Odin et luttant contre l’infinité de créatures sombres envoyées par Gorr au faîte de sa puissance dans un combat éternel… L’agencement des trois linéarités permet un grand dynamisme ainsi qu’une interaction très intéressantes entre les trois personnalités du même dieu. Enfin, le caractère mythique assumé de l’intrigue permet de donner toute la puissance graphique de l’album dans des planches décomplexées en dispensant de toute cohérence rationnelle (puisque nous sommes chez les dieux!).

news_illustre_1417178388_127

Quelques séquences sont dessinées par des tacherons peux alléchants graphiquement mais l’essentiel du double album est illustré par Ribic, un vrai régal oculaire. Et cerise sur le gâteau, rarement une fin aura été aussi aboutie, montrant la cohérence totale du projet. Marvel est décidément toujours aussi fort à allier la créativité réelle à la lourdeur des projets industrio-éditoriaux. Si le massacreur de dieux se clôt en deux volumes, Jason Aaron poursuit l’intrigue sur un tome 3 et 4 dont seul le 4 est illustré par Ribic. Ce dernier bien que valant le détour pour le combat d’anthologie entre Thor et Galactus (sic), reste un peu feignant niveau crayons et histoire.

Personnellement cette découverte m’a lancé dans une quête des précédents ouvrages de Ribic, notamment Namor: voyage au fond des mers, Loki et Silver surfer Requiem.

note calvinnote calvinnote calvinnote calvinnote calvin

Fiche BDphile