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Sleeper #1: En territoire ennemi

Intégrale qui comprend les douze premiers épisodes de la série Sleeper, écrite par Ed Brubaker et dessinée par Sean Philips . En préambule, on trouve les cinq épisodes de la série Point Blank, du même auteur, avec Colin Wilson au dessin. Parution chez Urban Comics dans la collection Black Label, le 26/08/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Ne dormir que d’un œil

Holden Carver est un criminel. Du moins c’est qu’il est parvenu à faire croire, grâce à l’aide de Jack Lynch, un super-espion qui s’est donné pour mission, entre-autre, de démanteler l’organisation criminelle de Tao, un mystérieux personnage à l’intelligence redoutable dont on ignore les motivations véritables.

Pour ce faire, Lynch a fabriqué de toute pièce la défection d’un agent d’élite, Carver, avant de l’envoyer dans la nature, comptant sur le fait que Tao ne laisserait pas passer un telle opportunité. Carver, qui a été accidentellement doté de super-pouvoirs, constitue donc une recrue de choix pour Tao. Il ne reste donc plus pour notre agent qu’à rentrer dans le rôle, et collecter des informations qui permettront de mettre à bas les terroristes.

Cependant, le déroulé des missions d’infiltration n’est jamais un long fleuve tranquille. Bien évidemment, Lynch, le commanditaire de la mission, sorte de Nick Fury, est le seul à être au courant du statut réel de Carver. Lorsque le vieil espion paranoïaque tombe dans le coma suite à une tentative d’assassinat, l’agent double se retrouve livré à lui-même, agneau déguisé en loup en plein milieu d’une meute affamée.

Agneau ? Peut-être pas tout à fait, car plus le temps passe, plus il est difficile pour Carver de faire la différence entre le bien et le mal, de distinguer entre ce qui relève de sa mission et de la survie au sens strict. Et si en plus du reste, vous ajoutez des sentiments amoureux, alors vous obtenez une recette parfaite pour le désastre.

Pour cette rentrée 2022, Urban va piocher dans les classiques, en déterrant cette série, créée en 2003, issue de la fertile collaboration d’Ed Brubaker et Sean Philips, duo à qui l’on doit entre autre les séries Criminal, Kill or Be Killed, Pulp, Fatale et Incognito.

Il faut signaler que l’action se déroule dans l’univers Wildstorm, label érigé à la grande époque des comics indé (Image Comics, Dark Horse, etc) par Jim Lee, et qui abrite notamment les Wild C.A.T.S, Stormwatch, et The Authority, des séries qui ont commencé timidement, avant de connaître leur heure de gloire grâce à l’intervention d’auteurs comme Alan Moore, Warren Ellis et Mark Millar, rien que ça.

Le label Wildstorm a plus tard été racheté par DC Comics, mais en 2003, au moment de la création de Sleeper, il s’agit encore d’un label indépendant, dans lequel les auteurs jouissent d’une marge créative importante. Les lecteurs réguliers de comics n’auront aucun mal à se rappeler l’appétence d’Ed Brubaker pour les intrigues sombres, liées au monde de l’espionnage et du crime. Sleeper est donc l’un de ses faits d’armes, dans lequel il utilise tous les atouts du récit d’espions: la double-identité, les faux-semblants, le sexe, le sous-texte de chaque personnage, notamment de Tao, dont on ne peut pas déterminer les réelles motivations ni le niveau d’information dont il dispose: ignore-t-il vraiment le rôle de Carver ? Ou attend-il simplement son heure pour l’éliminer au moment opportun ?

Vous l’aurez compris, Sleeper pose les jalons du genre espionnage-super-héros, en maintenant son héros dans un étau constant dont il tente désespérément de sortir, en utilisant son ingéniosité et ses super-pouvoirs.

Avis aux amateurs, toutefois, par souci de clarté, Urban a opté pour intégrer en préambule les cinq numéros de la mini-série Point Blank, qui détaille la tentative d’assassinat de Lynch qui est à l’origine de l’intrigue de Sleeper. Il faudra donc patienter plus d’une centaine de page avant d’entrer dans le vif du sujet, mais une fois entamée, la série produit son effet feuilletonesque et vous poussera à tourner les pages à un rythme effréné.

Sleeper est donc une réussite en terme de comics indé et récit d’espionnage super-héroïque, contrairement au Leviathan que nous chroniquions dans la douleur cet été. Vivement le second volume !

***·Comics·East & West·Nouveau !

Amazing Fantasy

Histoire complète en 144 pages, écrite et dessinée par Kaare Andrews chez Marvel Comics. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Voyage en terre inconnue

Ils sont trois à se réveiller sur l’île de la Mort. Steve Rogers, alias Captain America, alors qu’il se trouvait sur un navire de guerre, durant la Seconde Guerre Mondiale, Natasha Romanoff, durant la Guerre Froide, alors qu’elle termine sa formation de Veuve Noire, puis Peter Parker, durant ses jeunes années en tant que Spider-Man.

Tous trois voient la mort en face puis se réveillent, échoués à différents endroits de cette île mystérieuse, qui est arpentée par des Orcs, des Dragons, des Sorciers et autres Griffons. Que font-ils ici, quel est cet endroit ? Nos trois héros pourront-ils fuir cet enfer pour rejoindre leur époque d’origine ?

Kaare Andrews, que l’on avait remarqué chez Marvel suite à son passage sur la série Iron Fist, signe ici une mini-série amoureuse et nostalgique des années 60-70, et des débuts de la maison Marvel, dont les premiers récits étaient effectivement empreints de fantasy et de magie. L’auteur décide de prendre trois héros iconiques dans des périodes qui ne le sont pas moins, pour les projeter sans ménagement dans cet univers brutal, aux antipodes de ce qui leur est familier.

Le choix de Black Widow, Captain America et Spider-Man n’a rien de choquant en soi, et permet même, par le truchement des époques différentes, de créer des quiproquo, notamment autour de Captain, qui ignore encore le rôle qu’il jouera à l’époque de Spider-Man. L’action est au rendez-vous, bien sûr, mais on peut regretter que l’auteur n’exploite pas tous les lieux communs de la fantasy, et surtout, qu’il n’ancre pas davantage son récit sur le plan émotionnel pour tous les personnages.

Je pense notamment à Black Widow, qui est ici une adolescente, supposément encore novice puisqu’elle termine sa formation à la Chambre Rouge. Et bien la chère Natasha, malgré ce postulat, se comporte souvent comme un vétéran de l’espionnage et de la manipulation, et l’auteur semble aussi oublier la jeunesse du personnage lorsqu’il la place dans des interactions sensuelles avec des personnages adultes. Il en va de même pour Peter, qui est adolescent, et qui a une romance avec une farouche guerrière qui semble elle aussi adulte… A ces moments gênants s’ajoutent d’autres plus tendres entre l’Oncle Ben et Peter, par exemple, mais le tout se noie quelque peu dans une vague de confusion, au regard de l’intrigue et de la mise en scène.

En effet, beaucoup d’éléments sont peu clairs, sans doute pas creusés par l’auteur, ce qui tend à banaliser une mini-série qui se voulait épique et grandiose, exempte de complexes car hors continuité. Toutefois, malgré ça, l’aspect purgatoire/au-delà/expérience de mort imminente reste intéressant à creuser, et permet sans doute de combler les trous du scénario. Cette version de nos héros à la sauce Conan le Barbare reste donc divertissante, mais manque l’occasion de nous transporter réellement, et finira sans doute parmi les innombrables « What-If » chers à Marvel.

Côté graphique en revanche, Kaare Andrews casse la baraque et fait la démonstration habile de la versatilité de son trait, s’adaptant aux différentes ambiances qu’il évoque et à chaque personnage. Comme quoi, scénariste et dessinateur sont effectivement deux métiers bien différents et complémentaires. On met 3 Calvin pour le dessin et le grand format, qui offre un bel objet et un confort de lecture indéniable.

**·Comics·Rapidos·Rétro

Secret invasion

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Comic de Brian M. Bendis et Leinil Francis Yu
Panini (2022), one-shot.

Comme tous les albums de la collection Must-have, l’album comprend une introduction de contexte, les huit parties (plus un prologue) et un riche cahier explicatif comprenant notamment un guide de lecture.

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En découvrant qu’Elektra, la redoutable cheffe de l’organisation criminelle La Main est une métamorphe Skrull, les Nouveaux Avengers comprennent que le pire est en route: infiltré parmi les héros, l’empire extra-terrestre Skrull a commencé son invasion. Une conquête qui passe par la paranoïa, la manipulation et la peur, alors que plus aucun héro ne sait quel compagnon est authentique ou ennemi…

Secret invasion, un des event les plus réputés des dernières décennies Marvel, conclut (ou presque) la saga entamée par Michael Bendis sur La séparation qui voyait les Avengers se dissoudre. Suite à cela dans House of M ce sont les mutants qui disparaissent avant le Civil War de Millar qui achève de démanteler la solidarité défensive des héros de la Terre, laissant la porte ouverte à cette invasion. La véritable conclusion de la période sera celle de Siège après l’épisode du Dark Reign qui voit les méchants de Norman Osborn piloter la sécurité de la planète.Secret Invasion T. 4 à 6 - Par Brian. M. Bendis & Leinil F. (...) - ActuaBD

Paru en 2008, ce crossover commence à ressentir les effets de l’âge avec des dessins et couleurs assez qualitatifs pour l’époque mais qui font aujourd’hui datés. Surtout, hormis les très nombreuses séquences de pugilat superhéoïque où Leinil Francis Yu est un peu plus appliqué, les planches sont assez mineures voit délaissées, comme illustrant la faiblesse d’un scénario qui n’a d’autre motif que ces bastons. Défaut majeur des crossover, cet album semble être la partie émergée de l’Iceberg, la plus sexy, la plus visible, laissant les ressorts de l’intrigue dans les très nombreux épisodes des séries annexes. Plus encore que Siège où les dessins de Coipel marquaient la rétine, Bendis fait ici le service minimum.Secret Invasion #2 y #3 | Wiki | •Cómics• Amino

On remarquera tout de même l’atmosphère paranoïaque généralisée parmi les héros et notamment la séquence réussie entre la reine Skrull et Tony Stark inscrite dans une démarche pour que chaque séquence instille sa goutte de parano supplémentaire.  C’est là le concept scénaristique principal de l’album que de placer son armée pléthorique de héros dans la sidération. On nous l’explique depuis des décennies, ce qui fait la force des héros de la Terre c’est leur solidarité (la très naïve et très américaine idée positive). Du coup lorsque le chef (Stark) est éliminé et que l’on ne sait plus à qui on peut se fier la digue tombe et permet aux ennemis de s’introduire. Il faut reconnaître le fun de voir certains personnages que l’on découvre être des Skrull depuis peut-être toujours (car oui, les métamorphes copient également les pouvoirs!).

Secret Invasion T 7 & 8 - Par Brian Michael Bendis et Leinil (...) - ActuaBDMalheureusement beaucoup trop d’éléments viennent miner ces quelques bonnes idées, à commencer par la fréquence des Deus ex machina qui lasse assez rapidement et place le lecteur dans un état de consommation passive. Je passerais sur la physionomie très enfantine des Skrull (qui ressemblent tout simplement à des gobelins issus de Donjons & Dragons) et sur le fan-service du débarquement des héros Skrull, sortes d’anti-avengers graphiquement très feignants, pour pointer l’abus grossier de séquences de pugilat de masse. On retrouve cela sur tous les crossover (du Spiderverse à Siege ou aux All-new X-men du même Bendis) mais ici la double page survient à chaque chapitre voir plusieurs fois par chapitre. Etant donné l’intérêt uniquement graphique de ces séquences on aboutit à du remplissage qui dispense de remplir un scénario à la vacuité rarement vue. Il ne se passe absolument rien d’autre que le déroulé de la victoire inéluctable des Skrull jusqu’à l’intervention (héroïque) finale qui sauve tout le monde. Je doute que les explications manquantes soient toutes à trouver dans les séries liées et quand bien même la sortie de cet album unique ne se justifie pas vraiment hormis avec un bien plus gros texte explicatif.

Bref, cette invasion secrète est une franche déception, une lecture que pas grand chose ne sauve hormis pour les fans hard-core de Marvel et les complétistes. Espérons que Disney saura alimenter ce matériau pour la série qui sort cet automne. Le potentiel est bien entendu immense. Bendis est passé clairement à côté. L’avantage c’est qu’un autre peut reprendre le pitch de zéro sans crainte d’une cabale des fans.

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Comics·East & West·Guide de lecture

Des écoles, des îles et des planètes: quel est le meilleur avenir pour les mutants ?

Depuis des décennies maintenant, les X-Men sont un fleuron du comics, un incontournable fer de lance de Marvel, pensés initialement par Stan Lee comme une allégorie du racisme qui avait alors pris racine dans l’Amérique des années 60. Il est communément admis, de la bouche même de leur créateur, que le Professeur Charles Xavier, puissant télépathe pacifiste, fut inspiré par Martin Luther King, tandis que son antithèse, le dangereux Magnéto, fut adapté de Malcom X, qui prônait une vision plus radicale de la cohabitation, à savoir l’autodéfense des opprimés.

Depuis, le succès des X-Men s’est rarement démenti, et les lecteurs ont passé des décennies à assister à la lutte de Charles Xavier en faveur d’une coexistence pacifique entre Homo Sapiens et Homo Superior. Si vous le voulez bien, aujourd’hui, point de critique d’album, mais un comparatif des différentes initiatives destinées à assurer l’avenir des mutants, et de leur impact sur cette partie importante sur marvelverse. C’est parti !

L’Institut Charles Xavier pour jeunes surdoués

Dès 1964, Charles Xavier, animé par le rêve d’une coexistence pacifique entre les hommes et les mutants, a utilisé la propriété familiale pour fonder un Institut, dédié à l’accueil et l’éducation de tous les mutants qu’il trouverait. Ainsi, les premiers élèves furent Jean Grey, Scott Summers, Warren Worthington III, Bobby Drake et Henry McCoy , les premiers X-Men.

Au fil des décennies, l’Institut a représenté un havre pour les mutants, un lieu ou nombre d’entre eux, persécutés par les humains, ont pu retrouver une famille et un sentiment d’appartenance, tout en ayant l’occasion de comprendre leurs pouvoirs surnaturels. Cette première initiative, qui a longtemps constitué le statu quo des mutants, en a engendré d’autres du même genre, comme celle du Massachussetts dirigée par Emma Frost et le Hurleur, ou encore l‘Institut Jean Grey fondé par Wolverine, voire même la X-Corporation qui avait pour ambition d’ouvrir des succursales à travers le monde.

Cependant, si le principe d’offrir aux mutants un lieu où se réunir et apprendre à utiliser leurs dons reste une saine initiative, l’idée prônée par Xavier, à savoir la cohabitation à tout prix, l’a conduit à mettre ses élèves en danger maintes fois, et l’a même poussé à de nombreux sacrifices, comme on le découvre dans X-Men: Deadly Genesis. L’école en elle-même a été attaquée et détruite, à plusieurs reprises, par Xorn, Quentin Quire, Cassandra Nova, Mr Sinistre, Onslaught ou encore les Sentinelles, et le tout a failli péricliter lors du Jour M, où la majorité des mutants fut dépossédée de ses pouvoirs (voir la saga House of M). Force est donc de constater que le tout n’est pas très safe, ni constructif sur le long terme, surtout lorsqu’on doit faire face à la haine et la suspicion d’à-peu-près tout le monde.

Pour en savoir plus:

Genosha, on ne t’oubliera pas

Genosha est une île au nord de Madagascar, située non loin des Seychelles. Nation florissante à partir du XIXe siècle, elle s’est bâtie sur l’esclavage des mutants, qui y subissaient torture, lavage de cerveau et autres sévices intrinsèques au statut d’esclave. Après une guerre civile initiée par Magnéto et ses Acolytes, les humains évacuèrent l’île, laissant le maître du magnétisme seul à la tête de la toute première nation-mutante. Malheureusement, Magnéto n’était à cette époque par encore passé par la roue du changement, et conservait sa philosophie radicale visant à assurer l’avenir des mutants par la conquête et la violence.

C’est alors que se produit l’une des plus grandes catastrophes du genre mutant: A l’initiative de Cassandra Nova une sorte de jumelle maléfique de Xavier) Genosha fut rasée par une armée de Sentinelles. Les robots-tueurs de mutants massacrèrent en quelques heures 16 millions de mutants, sous les yeux indifférents de la communauté internationale. Ce génocide porta un coup supplémentaire, presque fatal, au rêve de cohabitation de Xavier.

Comme on peut le voir, l’initiative de Magnéto à Génosha n’a pas permis d’assurer un avenir durable aux mutants, et s’est conclue par un massacre de masse, ce qui est plutôt bof-bof comme bilan de fin de mandat pour un dirigeant, vous en conviendrez.

Pour en savoir plus:

Le monde des Phoenix, ou la solution unilatérale

Alors que la population mutante avait été neutralisée par Wanda Maximoff lors du Jour M, les mutants avaient quitté leur école pour se réfugier sur Utopia, l’ancienne île d’Alcatraz réaménagée en havre pour les mutants survivants. Durant cette période, Cyclope avait pris la tête des opérations et collaborait même avec Magnéto pour assurer la survie des mutants. Le leader des X-Men, autrefois candide et fervent défenseur de la cause de Xavier, s’était entre-temps radicalisé et adoptait des mesures de plus en plus drastiques pour atteindre ses objectifs, recourant ainsi aux secrets, mensonges et éliminations secrètes, outrepassant de loin les compromissions que l’on avait pu reprocher autrefois à Xavier.

Lorsque la Force Phénix s’est manifestée une nouvelle fois sur Terre, tous les regards se sont tournés vers Hope Summers, la première (et seule) mutante à être née depuis le Jour M. Dotée d’extraordinaires pouvoirs, elle était, comme la défunte Jean Grey avant elle, l’hôte désignée du Phénix, ce qui promettait, aux yeux des mutants, l’espoir d’un renouveau pour toute leur espèce. Mais les Avengers, craignant une catastrophe, se sont interposés, initiant une guerre entre les deux factions (voir Avengers vs X-men, 2012).

Après une première escarmouche, Tony Stark tente de détruire le Phénix mais il échoue. L’entité de divise en cinq fragments qui investissent chacun un ou une mutante: Cyclope, Emma Frost, Magnéto, Colossus et sa soeur, Magik. Imbus de ce nouveau pouvoir, Cyclope entend désormais réparer le monde pour qu’il soit conforme à sa vision de l’utopie: il met fin aux conflits armés en détruisant toutes les armes, donne accès à l’eau aux populations qui en ont besoin, bref, un gouvernement par les mutants, pour les mutants et les humains. Mais les choses tournent mal, bien évidemment, puisque Cyclope accapare tous les fragments de la force Phénix et devient le Phoenix Noir (comme Jean Grey avant lui) puis tue le Professeur Xavier lors de la bataille finale. Après cet acte regrettable, il est dépossédé du Phenix, qui est utilisé pour réactiver le gène X chez tous les mutants qui en étaient dépossédés, ouvrant la voie à une nouvelle ère.

Là encore, on constate que lorsqu’un seul mutant prend les rênes pour imposer sa vision d’un avenir mutant, les choses tournent mal. Alors où est la solution ?

Pour en savoir davantage:

Planète-X, un peu plus près des étoiles

A la suite de la guerre entre X-men et Avengers, Captain America se remet en question (tiens?) et fait le constat qu’il n’a pas assez œuvré pour les droits des mutants. Il crée donc la Division Unité, composée pour moitié de X-men et pour l’autre moitié d’Avengers. Après avoir affronté Crâne Rouge doté des pouvoirs de Xavier, la Division Unité fait face à un autre ennemi faisant la synthèse entre Avengers et X-men: les Jumeaux Apocalypse.

Uriel et Eimin, enfants d’Archangel, héritiers du trône d’Apocalypse (le gardien de l’évolution choisi par les Célestes) ont été enlevés bébés par Kang le Conquérant, le voyageur temporel qui a juré la perte des Avengers. Désireux de s’assurer un avenir sans mutants à affronter lors de ces conquêtes, Kang a écarté de la ligne temporelle leurs futurs défenseurs, à savoir les Jumeaux, qui éradiquent Crâne Rouge et prennent le pouvoir dans toutes les versions tentées par Kang. Prenant le mal à la racine, Kang les garde avec lui, et les endoctrine pour les persuader que l’avenir des mutants n’est pas sur Terre. Mais Uriel et Eimin, prenant exemple sur leur père adoptif, retournent le complot contre le comploteur et fomente un plan où ils gagnent sur tous les tableaux.

Après avoir utilisé Jarnborn, la hache enchantée de Thor, Eimin et Uriel tuent un Céleste, ce qui attire les foudres d’Exitar le Bourreau. Alors que le Céleste en colère s’apprête à détruire la Terre, Eimin manipule Wanda Maximoff (encore elle) pour ravir tous les mutants dans une arche, qui échappera à l’Armageddon. Pour Eimin, qui a le pouvoir de lire l’avenir et qui avait arrangé toutes les pièces à sa convenance, c’est une victoire totale: plus de Terre à conquérir pour Kang dans le futur, plus d’humains, et un peuple mutant qui s’établit sur Planète X, un monde terraformé par les pouvoirs conjoints des mutants et des graines de vie arrachées aux Célestes.

Dans ce nouveau monde, où les mutants ne sont plus pourchassés ni détestés, Eimin réécrit l’Histoire (comme tout bon tyran) pour s’ériger en messie des mutants, qui sont désormais dirigés par un X-Conseil, composé de Magnéto, Cyclope, Tornade, Cable, Jean Grey, Psylocke et Vif Argent.

Ce monde en apparence idyllique, où les mutants vivent harmonieusement loin du joug rétrograde de l’Homo Sapiens, s’est bâti sur les cendres de l’ancien monde, au prix de milliards de vie, et ne se maintient que sur la base d’un mensonge concocté par Eimin. Pour l’utopie, vous repasserez.

Ce passage met d’ailleurs les héros face à un dilemme moral fort intéressant, puisqu’au moment de remonter dans le temps pour changer le cours des choses, après plusieurs années passées sur Planète X, ils s’aperçoivent que tout ce qui a été bâti, tout ce que les mutants ont obtenu, tous les enfants nés dans l’intervalle, tout sera effacé s’ils empêchent la destruction de la Terre. Là encore, le paradigme met humains et mutants en porte-à-faux, les uns ne pouvant prospérer qu’au détriment des autres. Et là encore, les mutants finissent perdants puisque Planète X est effacée, plongeant les mutants dans de vieux schémas de persécution et de haine.

Pour en savoir plus:

Krakoa: aucun homme n’est une île, mais les mutants sont un continent

Puis, en 2019, c’est le choc, le raz-de-marée. Un beau jour, tous les humains de la planète reçoivent un message télépathique du Professeur X, leur annonçant l’établissement de la nation souveraine de Krakoa, où tous les mutants sont accueillis à bras ouverts. Pour asseoir son existence officielle, Krakoa s’engage à offrir à tout État qui la reconnaît un ensemble de médicaments révolutionnaires tirés de la flore krakoane. Évidemment, cette nouvelle n’est pas du goût de tous les dirigeants humains, qui voient d’un mauvais œil cette nouvelle tentative des mutants de s’ériger en nation.

Sauf que cette fois, il ne s’agit pas d’une initiative personnelle, ni d’une décision unilatérale. Xavier, Magnéto et Moïra McTaggart ont œuvré secrètement à ce projet depuis de nombreuses années, exploitant le pouvoir caché de Moïra, à savoir la réincarnation et les connaissances du futur qu’elle en retire.

En aparté, je souligne que c’est là un bel exemple de continuité rétroactive, car ces faits sont censés s’intercaler avec la continuité de ces 40 dernières années. Il faut donc désormais voir ces événements passés sous un angle différent, en ce disant que depuis tout ce temps (quasiment depuis le relaunch des X-Men par Chris Claremont en 1975), Xavier et compagnie savaient ce qu’ils faisaient. Cela soulève bien évidemment de nombreuses questions (le génocide de Génosha était-il évitable ? La première mission des X-men sur Krakoa était-elle en réalité une première tentative de Xavier de rallier l’île vivante à sa cause ?) qui à ma connaissance, ne sont pas adressées par Hickman et les autres scénaristes.

La nation de Krakoa est une révolution pour les mutants, qui atteignent pour ainsi dire leur apogée depuis des décennies. Les anciennes inimitiés sont oubliées, au profit d’un avenir constructif, et la mise en commun de leurs pouvoirs les rend pour ainsi dire immortels (bien que cela soit débattable d’un point de vue philosophique. Peut-être le sujet d’un autre article ?). Ainsi unis, les mutants ne peuvent craindre des représailles humaines, à moins que l’émergence impromptue de l’intelligence artificielle ne jette une ombre sur cette utopie, où que les dissensions internes ne mettent à mal la nation.

A beaucoup d’égards, Krakoa représente donc l’initiative la plus aboutie et la plus profitable pour les mutants, depuis la création de la série en 1963, qui change irrémédiablement le statu quo, mais il suffit de gratter un peu le vernis pour s’apercevoir que même les œuvres les plus abouties possèdent leurs failles (plus d’informations près X-men Inferno, à paraître en septembre chez Panini). Car, comme Planète X, Krakoa s’est bâtie sur des secrets et des mensonges, qui risquent de rattraper Xavier de la pire des façons.

Existe-t-il la solution idoine, ou bien Homo Superior est-il condamné à l’échec ?

Pour en savoir plus:

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Leviathan #1/2

Série en deux volumes, écrite par Brian Michael Bendis et Greg Rucka, et dessinée par Steve Epting, Yannick Paquette et Mike Perkins (volume 1), puis par Alex Maleev et Szymon Kudranski (volume 2). Parution chez Urban Comics en mars 2020 et juin 2020.

Les vies à temps

Comme vous le savez déjà sûrement, espions et super-héros ne font pas souvent bon ménage, les uns œuvrant dans l’ombre tandis que les autres enfilent masques et capes rutilantes pour semer la justice et récolter l’admiration. Qu’à cela ne tienne, DC et Marvel ont chacun leurs lots d’espions et de justiciers, et même des fournées de personnages qui sont pour ainsi dire les deux.

Chez Marvel, on a par exemple Nick Fury, directeur du SHIELD, un espion archétypal, tantôt ours mal léché, tantôt roublard paranoïaque, qui fraye souvent avec les justiciers masqués de la Maison des Idées. Chez DC, on pourrait y trouver un équivalent en la personne d’Amanda Waller, qui manipule à sa guise les super-héros et super-vilains du monde pour servir ses intérêts propres, et éviter d’avoir les mains sales.

Si tous les amateurs de comics connaissent le SHIELD, l’HYDRA et l’AIM, il n’en sera pas nécessairement de même pour l’ARGUS, le DEUS, SPYRAL et autres LEVIATHAN. Chez DC comics, l’univers du contre-espionnage semble fourmiller de petites organisations dont les prérogatives s’avèrent floues, ce qui n’est pas évident à suivre pour qui ne serait pas expert en ce domaine. C’est peut-être pour cette raison que Brian Bendis, grand architecte du monde Marvel durant plus d’une décennie, s’est mis en tête de faire le ménage peu de temps après son arrivée chez DC.

L’histoire débute par une série d’attaques terroristes de grande ampleur. Ces frappes minutieusement préparées rayent de la carte toutes les organisations citées plus haut, et semblent revendiquées par Léviathan. Cependant, nul n’est capable de discerner les motivations réelles de cette organisation, ni qui est à sa tête. Certains accusent Talia Al Ghul, mais la fille du Démon, qui fit autrefois tourner la tête à Batman, ne paraît plus être aux commandes.

Lois Lane et Clark Kent, duo de reporters intrépides, se lance donc dans une course contre la montre pour découvrir les motivations de Léviathan, et surtout, découvrir l’identité de son dirigeant. Absent du premier volume, Batman, secondé par d’autres héros détectives, rejoint l’intrigue pour tirer tout cela au clair.

Et bien, pour être honnête, on ne sait pas trop quoi penser de ce Leviathan. La perspective de lire Brian Bendis loin de son fief marvelien avait quelque chose d’excitant, d’autant plus que le second volume promettait un duo avec Alex Maalev, ce qui rappelait les heures de gloire du scénariste lors de son run sur Daredevil. Le premier tome, dont on se doit de souligner la couverture quelque peu mensongère, se concentre sur le duo Superman/Lois Lane, qui enquête alors que la poussière des premières attaques n’est pas encore retombée. Il y a dans ce volume-là un sentiment d’urgence et de mystère qui donne envie de poursuivre la lecture, mais l’arrivée du tome 2 fait s’éterniser l’intrigue et la recherche des différents suspects, sans que cela n’apporte d’intensité à la révélation finale quant à l’identité de Leviathan.

Ce sentiment est d’autant plus frustrant que l’intrigue est entrecoupée, du moins dans le second volume, par des épisodes de Action Comics qui n’ont pas grand chose à voir avec la ligne narrative principale, à savoir l’enquête de Batman et consorts. Le choix éditorial d’Urban se révèle donc hasardeux, car une compilation des six numéros de la série Event Leviathan aurait semble-t-il, largement suffi.

Brian Michael Bendis réussit donc à instaurer une ambiance d’espionnage super-héroïque comme à sa grande époque chez Marvel (Secret War, Secret Invasion, Dark Reign, Secret Warriors, etc), et profite du talent de son compère de longue date Alex Maleev (du moins sur les épisodes dédiés). Néanmoins, le choix éditorial d’inclure des épisodes annexes rompt quelque peu la fragile dynamique du récit et se termine sur un vari-faux cliffhanger qui décevra sûrement plus d’un lecteur. On y met trois calvin, pour le premier tome notamment, mais aussi pour la participation d’Alex Maleev.

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DC Infinite Frontier: Justice Incarnée

Recueil des cinq chapitres de la mini-série écrite par Joshua Williamson et Dennis Culver et dessinée par Andrei Bressan et Brandon Peterson. Parution en France chez Urban Comics le 08/07/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Comme vous le savez, le Multivers a le vent en poupe. Si vous suivez l’actualité comics et celle des adaptations cinématographiques, vous saurez alors que le concept d’univers parallèles ne date pas d’hier et qu’il offre aux scénaristes a) des possibilités narratives très vastes et b)la possibilité de créer des ponts entre les différentes sagas et univers, ce qui peut dégénérer, dans le cas cinématographique, vers le fanservice.

Chez DC comics, on peut affirmer sans se tromper que le multivers est inscrit dans son ADN, puisque l’éditeur a du, très tôt dans son histoire, justifier les différentes incarnations de ses héros phares, qui avaient changé entre le golden age et le silver age. Les lecteurs de comics sont donc supposément familiers du concept de terres parallèles et des variations multiples d’un même personnage.

S’agissant de DC Infinite Frontier, on peut la résumer comme une nouvelle saga cosmique impliquant le multivers. La Ligue de Justice Incarnée, qui s’est formée spécialement à l’occasion de cette crise cosmique, réunit plusieurs héros issus de mondes différents, comme le Président Superman de Terre-23 ou le Batman de Flashpoint. Autour de cette variation du world’s finest, on trouve Aquawoman (variation féminine d’Aquaman), Captain Carrot (hein?), Mary Marvel (soeur de Captain Marvel/Shazam), Thunderer et Dino-Flic (ersatz de Savage Dragon). Face à l’ampleur de la crise, le groupe sera rejoint par Docteur Multivers (là aussi, un erzatz de Captain Universe, pour ceux qui ont lu les Avengers de Jonathan Hickman), qui est une sorte de système de défense du Multivers contre les menaces externes.

Lors des événements précédents, Darkseid a utilisé Psycho-Pirate afin qu’il manipule Barry Allen, l’incontournable Flash, dont la vitesse, issue de la Force Véloce, est l’un des rares pouvoirs capables de percer la membrane qui sépare les univers. Sous cette néfaste influence, Flash a déchiré le multivers et crée la Plaie, que le seigneur d’Apokolips compte bien utiliser pour son propre bénéfice. Afin de pouvoir l’arrêter, la Justice Incarnée doit elle aussi compter dans ses rangs son propre Flash. Ce sera Avery Ho de Terre-0, ressortissante chinoise possédant la Force Véloce, et qui voit notre bon vieux Barry comme son ami et mentor. Ce groupe ainsi formé parviendra-t-il à stopper les plans de Darkseid, et de quiconque tire les ficelles en coulisse ?

Dr Manhattan, pion multiversel. Je n’aimerais pas être celui qui a du annoncer ça à Alan Moore…

Cette mini-série en cinq chapitres poursuit la saga initiée par Josh Williamson sensée secouer une nouvelle fois la ruche DC Comics. Si l’intrigue avance rapidement, c’est certainement au détriment de certains personnages et de certaines interactions, qui sont mises de côté au profit de grandes révélations qui seront certainement exploitées plus tard.

En effet, l’équipe se retrouve rapidement divisée, et les pérégrinations de la première moitié, coincée dans la Maison des Héros qui sert de QG au groupe, ne portent pas le même impact que celles du trio formé par Président Superman, Batman Flashpoint et Docteur Multivers. D’ailleurs, en parlant de ces trois-là, il faut vous avertir qu’il est conseillé d’avoir lu les oeuvres précédentes, comme Multiversity ou Flashpoint, pour mieux appréhender les personnages qui en sont issus et qui constituent la Justice Incarnée. A minima, il faudra être au fait des différents archétypes que représentent ces personnages dans la mythologie DC pour en apprécier les variations et comprendre leurs motivations.

L’intérêt principal de l’album réside dans les révélations qu’il apporte sur les différentes crises traversées par l’univers DC, de Crisis on Infinite Earths à Final Crisis en passant par Doomsday Clock, voire même des classiques comme Kingdom Come. En effet, si l’on se réfère à ce qui est révélé dans ces pages, toutes les crises citées ont été initiées par les Grandes Ténèbres pour détruire l’Omnivers, ce qui induit que Superboy Prime, Magog, Extant et même Dr Manhattan ont été manipulés par cette entité. Dans le jargon, on s’approche de ce qui se nomme un retcon, ce qui signifie continuité rétroactive, lorsqu’un auteur introduit un élément qui influence ou remet en question des éléments préétablis de continuité.

Quoi qu’il en soit, l’album reste de bonne facture, mais ne sera conseillé qu’aux lecteurs réguliers de DC Comics en raison d’un encrage assez profond dans la continuité récente et passée.

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Luminary #3: The No War Man

image-19BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2022), 120 p., série finie en 3 volumes.
Attention Spoilers!

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bsic journalism

 

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Darby à retrouvé ses pouvoirs. Cible du gouvernement qui l’a désigné responsable de l’assassinat du président il essaye d’aider Billy et Paolita à retrouver une vie digne, loin des turpitudes de cette Amérique gangrenée par le racisme et la violence. Pourtant lorsque son frère reprend contact avec le journal militant anti-guerre No War Man il réalise que la puissance du Cinquième pouvoir pourrait à la fois faire chanceler les mensonges de Washington et éviter une véritable guerre civile entre noirs et blancs…

Luminary tome 3 - The No War Man - Bubble BD, Comics et MangasC’était annoncé en trois tomes et se conclut en trois tomes, équivalents à une série de neuf, avec des volumes où l’on n’a pas senti de longueurs, sauf sur celui du milieu. Avant toute chose je précise que la fin ouverte (mais très correctement menée) devait laisser la place à un ou deux cycles de plus. Les ventes mitigées laissent peu d’espoir pour cela, aussi il vous faudra savourer ce tome.

Heureusement (pour moi en tout cas) les réserves pointées sur le second volume sont toutes balayées pour retrouver les qualités du premier, à savoir un parfait équilibre entre super-héro, politique et social. Luc Brunschwig est un amoureux de la grande histoire américaine, celle des années soixante et soixante-dix qui ont fait la grandeur de la lutte pour les droits civiques, de l’âge d’or du journalisme citoyen et de la remise en cause d’un versant fasciste du pays de l’Oncle Sam. Il est aussi un amoureux de cinéma et  avisé à produire un grand film de super-héros moderne d’aujourd’hui. Avec le risque d’oublier que le son n’existe que peu en BD et que le texte garde ses propres codes. Ainsi le défaut principal, noté depuis les premières pages de la série c’est cette fausse bonne idée de nous noyer sous des contractions visant à exprimer le langage populaire de tous les personnages principaux (Darby, Mila, Billy, Paolita). Le problème c’est que dans un film on finit par oublier ce style qui intègre le personnage. En BD on accroche sur beaucoup de bulles qui empêchent une lecture fluide et même de se concentrer sur le fond du texte. Sans ce problème on atteignait la qualité générale d’un cinq Calvin synonyme de coup de cœur…Luminary (T3) The No War Man en bouquet final - YOZONE

Car pour le reste c’est vraiment grandiose, à commencer par les planches de Stephane Perger comme un poisson dans son bain. Aussi à l’aise dans l’action, la technique historique des décors que dans des personnages (presque) toujours bien reconnaissables, il laisse libre cour à de sublimes compositions qui jouent sur le découpage très libre, les couleurs comme élément de narration et bien sur les pouvoirs de Billy et des êtres de Lumière. Avec son esprit cinématographique le duo envoie bien sur des références qui nous parleront, des Oiseaux d’Hitchcock à La Ligne verte en passant bien sur par les films sur le Vietnam.

20220722_193952Comic de super-héros européen, Luminary apporte donc ce que trop peu de comics osent encore malgré la grande modernisation de ces dernières années: de vraies morts tragiques, le refus total de happy-end et de facilités scénaristiques. Au risque de laisser son héros assez faible au regard de la galerie qui l’accompagne. Ainsi on pourra regretter que le gamin ou Mila (bien plus intéressants) n’aient pas plus de place. Abordant un très grand nombre de sujets la série pourra bien sur être vue comme trop rapide sur certaines trames et le fonctionnement des pouvoirs pourrait être discuté. Mais ce serait chipoter tant le fond égale la forme dans une qualité générale assez rare dans un projet blockbuster de cette envergure. Pour boucler avec l’introduction il est vraiment surprenant que (comme toutes les séries de Brunschwig?) le lectorat ne reconnaisse pas plus rapidement la force de cette série. Malgré son association avec de très grands dessinateurs, l’auteur d’Urban et des Frères Rubinstein ne cherche pas la facilité et ses séries sont reconnues avec le temps. Espérons que la mode super-héroïque et le talent bankable de Stephane Perger permettront aux ventes de permettre une suite. Ils le méritent et cette série le demande.

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Dark Ages: l’Âge Sombre

Mini-série en 6 chapitres, pour un total de 160 pages, écrite par Tom Taylor et dessinée par Iban Coello. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Rejoins-moi du côté obscur, on a plus d’électricité

Ce n’est pas un scoop, le monde moderne est désespérément dépendant de la technologie. Le monde Marvel ne fait évidemment pas exception, avec sa ribambelle de héros dont les capacités accrues sont issues de l’usage direct ou indirect d’une forme de technologie. Que se passerait-il si la technologie, avec une grand T, venait à être abolie ?

C’est le postulat choisi par Tom Taylor pour la mini-série Dark Ages. Après une bataille désespérée contre le Décréateur, une machine antédiluvienne retenue prisonnière au centre de la Terre, les héros ont obtenu une victoire à la Pyrrhus, en ouvrant un portail dimensionnel qui a rendu inutilisable l’électricité et la technologie sur toute la planète. Cette catastrophe en a bien sûr entrainé d’autres, telles que des guerres et des morts en masse. Mais après une période de trouble, le monde a fini par se reconstruire, en apprenant à se passer de technologie. De façon assez surprenante, ce monde nouveau et florissant s’est bien développé, mais c’était sans compter sur les maléfices concoctés par En Sabah Nur, alias Apocalypse, qui règne depuis sur l’Europe toute entière. Nos héros parviendront-ils à empêcher Apocalypse de provoquer… l’apocalypse ?

Après une longue lignée d’events spectaculaires qui promettent des bouleversements en trompe l’œil, Marvel s’est décidé à faire preuve d’un peu plus de franchise dans son marketing en proposant Dark Ages, un récit global impliquant tous les super-héros de la maison, mais qui a la chance de ne pas être inclus dans la continuité classique. Ce qui signifie que le scénariste, Tom Taylor a pour ainsi dire carte blanche. Et c’est une bonne nouvelle, car Tom Taylor a gagné en notoriété après être passé chez DC pour y faire un brin de ménage par le vide, lors de sagas telles que DCseased. Lorsqu’il le peut, l’auteur n’hésite donc pas à sacrifier des personnages, ce qui apporte généralement un impact supplémentaire à ses histoires.

Le tout commence de façon assez classique, et selon un modèle déjà utilisé par d’autres auteurs: un mal ancien, antédiluvien est enfoui au plus profond de la planète (confère le premier volume des Avengers par Jason Aaron, où il se passe plus ou moins la même chose avec un Céleste), et se réveille pour tout détruire. Ce qui suit est une bataille désespérée pour le vaincre, mais le combat en lui-même est brossé en quelques pages. C’est ici que l’auteur fera le plus de victimes, afin de bien nous montrer la gravité du danger qu’il a concocté pour cette saga.

Le coeur de la mini-série explore ensuite les conséquences de cette bataille, narrées par Spider-Man en personne, et montre comment une civilisation globalisée et interdépendante, basée sur l’exploitation massive des ressources et la circulation des biens, parvient à se réinventer pour s’adapter au nouveau paradigme. Pour le reste, on ne peut se départir d’une certaine impression de manichéisme, avec un méchant très méchant qui veut devenir encore plus méchant, et tutti quanti.

Le choix d’Apocalypse comme antagoniste dans ce futur post-apocalyptique n’est pas en soi inopportun ni dénué de sens, mais il ignore les évolutions récentes du personnages vues dans les X-men de Jonathan Hickman, et pose également un voile sur le nouveau statu quo des mutants. En effet, on voit dans les séries X-men depuis House of X, que la nation de Krakoa ne dépend pas des formes actuelles de technologie ni de l’électricité, ce qui aurait modifié le cours des événements prévus par Tom Taylor.

Certes, l’aspect hors-continuité permet de prendre des libertés, mais il y a d’autres éléments, plus classiques, que l’auteur semble avoir ignoré ou omis. Par exemple, le nombre de personnages dont les pouvoirs sont basés sur l’électricité, qui auraient pu jouer un rôle dans l’histoire mais qui ne sont pas mentionnés: Thor ? Electro ? L’Eclair Vivant ? Zzzax ? Spectrum ? Il y en a toute un ribambelle, mais l’auteur semble sciemment les ignorer pour une obscure raison, d’autant plus obscure qu’il montre par ailleurs que l’usage de l’électricité et toujours possible, via le personnage de Tornade. Un groupe de personnages dotés de tels pouvoirs, dans ce monde privé d’électricité, aurait sûrement représenté un enjeu de taille, tant pour les héros que pour notre Apocalypse régressif, qui est sensé croire en la survie du plus apte et à l’évolution.

Outre ces défauts (antagoniste bateau et concept sous-exploité), il y a un autre point sur lequel l’auteur était attendu et sur lequel il nous laisse sur notre faim, c’est le taux de mortalité des personnages. S’il y a bien une hécatombe initiale, le reste de l’intrigue se déroule assez sagement, avec certes un mort ça et là, mais pas grand-chose de plus…

En revanche, la partie graphique est assurée avec brio par Iban Coello, qui fait partie d’une génération d’auteurs repérés par Marvel pour constituer la nouvelle garde de leurs dessinateurs attitrés.

Pour résumer, Dark Ages, malgré quelques défauts, est un récit d’action simple et divertissant, une lecture pop-corn qui contient néanmoins un message intéressant sur l’usage de la technologie et la dépendance qu’elle provoque.

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Jupiter’s Legacy #3 : Requiem

Troisième et pénultième tome de la série écrite par Mark Millar. Cette fois, Frank Quitely a cédé sa place à Tommy Lee Edwards et Matthew Dow Smith pour le dessin. Parution en France chez Panini Comics le 03/06/2022.

Un monde (presque) trop parfait

Pour les amateurs de comics, difficile d’être passé à coté de Jupiter’s Legacy en 2017. Cette nouvelle déconstruction du mythe super-héroïque, fomentée par le sale gosse des comics Mark Millar, raconte l’avènement d’une famille d’êtres surhumains, les Sampson, et les conflits générationnels et idéologiques qui vont les opposer. A noter l’adaptation audiovisuelle malheureusement mort-née diffusée sur Netflix depuis l’an dernier.

En 1929, Sheldon Sampson, son épouse Grace et leur entourage plus ou moins proche, sont revenus d’une expédition dans le pacifique, dotés de super-pouvoirs faramineux. Devenus Utopian et Lady Liberty, Sheldon et Grace ont formé l’Union, avec tous les autres surhumains revenus de l’expédition. A eux seuls, les héros de l’Union ont sauvé l’Amérique de la Grande Dépression, puis plus tard de la Seconde Guerre Mondiale. Dans le présent, les héros vieillissants mais toujours actifs espèrent que leurs enfants, notamment Brandon Sampson et sa sœur Chloé, reprendront le glorieux flambeau.

Cependant, être l’enfant du plus grand héros de la Terre n’est pas chose aisée. En effet, malgré toute sa bonne volonté, Utopian reste un homme du passé, un héros enclavé dans un système de valeurs si élevées que ses enfants ne sont jamais à la hauteur, du moins pas à ses yeux. Du coup, plutôt que de s’échiner en vain à satisfaire les attentes irréalisables de leur père, Brandon et Chloé ont plus ou moins lâché la rampe, en adoptant un style de vie hédoniste centré autour de leur image de marque et de quelques rails de cocaïne. Si Brandon espère encore être malgré tout à la hauteur, Chloé, elle, s’enfonce dans ses addictions, influencée sans doute par son petit copain Hutch, qui se trouve être le fils du plus grand supervilain de l’histoire, Skyfox [Il est intéressant de noter les similitudes entre la personnalité de Chloé et celle de l’actrice Carrie Fisher, qui a elle aussi connu un parcours chaotique, écrasée par la notoriété de ses parents]. Dans les coulisses, Walter Sampson, le frère d’Utopian, fomente un coup d’État et se prépare à renverser le gouvernement américain, et devra pour cela éliminer son plus grand rival.

La suite relève de la tragédie shakespearienne dans les grandes lignes: corrompu par son oncle Walter, Brandon se retourne contre ses parents et tue son père, laissant le champ libre au maléfique tonton, qui pense que les humains ne méritent pas le libre-arbitre et que toutes les décisions importantes doivent être prises par les surhommes. Chloé est contrainte à l’exil, juste après qu’elle ait appris qu’elle était enceinte de Hutch. Des années plus tard, Chloé, Hutch et leur fils Jason font profil bas, mais vont finir par se dresser contre la dictature malavisée de Walter et Brandon, pour finalement les renverser et rétablir la république. Le reste aurait pu relever du happy end utopique, mais ce serait mal connaître Mark Millar…

Nous reprenons le fils de l’histoire plus de trente ans après la conclusion du tome 2. Grâce au renouveau incarné par Chloé et Hutch, les nouveaux Lady Liberty et Skyfox, la planète a atteint l’apogée de la civilisation. La nature a été maîtrisée, les guerres et le crime sont redevenus marginaux, bref, le rêve de Sheldon et Grace Sampson s’est réalisé à titre posthume.

Chloé et Hutch ont eu d’autres enfants après Jason: Otto, un activiste des droites de l’Homme, Sophie, femme d’affaire influente dotée de pouvoirs psychiques, et Barney, qui se voit comme le vilain petit canard en raison de son absence de super-pouvoirs. Les années et une carrière de super-héros plus tard, voilà les deux époux séparés. Chloé poursuit son travail tandis que Hutch, désormais sexagénaire, retombe dans ses anciens travers.

L’utopie qu’est devenue la Terre subit encore quelques attaques de temps à autre, mais rien que Jason, le nouvel Utopian, ne saurait gérer, même en l’absence de sa mère Chloé, qui part en mission humanitaire sur une autre planète. Bien évidemment, ce statu quo ne va pas durer et le sol va commencer à se dérober sous les pieds de notre famille héroïque, et on peut même dire que certains vont se manger des ponts sur le dessus de la tête.

Une question d’héritage(s)

Y-avait-il besoin d’une suite à Jupiter’s Legacy ? Cette question est délicate, car la conclusion en forme de happy end, si elle était satisfaisante pour le lecteur, ne correspondait pas nécessairement à son auteur, connu pour développer des points de vue cyniques sur le monde, plutôt deux fois qu’une.

D’un autre côté, il était plus qu’intéressant de savoir si la nouvelle génération de héros serait enfin à la hauteur des enjeux et des défis rencontrés par l’Humanité. Après Utopian et son code moral strict interdisant toute ingérence, puis Walter et sa dictature maladroite qui n’a fait qu’aggraver la situation, l’histoire nous ouvrait la voie au compromis, à la synthèse pour ainsi dire, avec la coopération entre humains et surhumains.

Bien évidemment, les lecteurs aguerris sauront dès les premières pages que l’utopie présentée dans ce Jupiter’s Legacy Requiem n’est pas faite pour durer. A ce stade, l’empathie envers les personnages n’est pas à son apogée, surtout pour les nouveaux (Otto, Sophie, Barney), mais le choc est bel et bien présent lorsque Millar commence à faire le ménage, à grands coups de latte dans le cocotier. Après quelques chapitres d’introduction ou de réintroduction, nous avons donc droit à une débâcle plus amère encore que celle du tout premier tome, et qui promettent de belles batailles en perspective.

Toutefois, si l’intrigue s’articule assez autour de la survie de la Terre et du genre humain, les questionnements éthiques et politiques qui sous-tendaient les deux premiers tomes semblent encore un peu plus effacés, puisqu’ici, point de méfiance envers la figure du surhomme, et pas de point de vue particulier à développer sur l’intervention d’une figure tutélaire dans les affaires humaines. Néanmoins, on se laisse emporter dans le tourbillon, et, comme à l’accoutumée, on reste accroché à son siège après la dernière page en attendant la suite (qui devrait arriver en aout prochain).

La partie graphique, si elle tranche avec le réalisme cru de Frank Quitely, laisse pantois de maîtrise, avec de très belles planches qui alternent trait épais et dessin sans trait, sur de superbes compositions aux couleurs très travaillées. On préfèrera la partie assurée par Tommy Lee Edwards, de par ses partis pris graphiques audacieux, mais les deux épisodes assurés par Matthew Dow Smith ne déméritent pas pour autant.

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The Cape

Histoire complète en 160 pages, écrite par Jason Ciaramella d’après une nouvelle de Joe Hill, avec Zach Howard au dessin. Parution en 2013 aux US chez IDW Publishing et Bragelonne-Milady, réédition en France le 15/06/22 chez Hicomics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Mes chers parents, je vole

Le mythe d’Icare vous dit surement quelque chose. Doté de la faculté de voler grâce aux prodiges de son père Dédale, Icare n’a pas tenu compte des avertissements de son paternel et a volé trop près du Soleil, si bien que ses ailes ont brûlé et précipité sa chute.

Et si Icare survivait à sa chute et qu’il devenait un psychopathe ? C’est le pitch choisi par Joe Hill pour sa nouvelle intitulée The Cape, publiée initialement dans son recueil 20th Century Ghosts. Éric passe son enfance à jouer aux super-héros avec son frère Nicky. Les deux jeunes garçons utilisent leur imaginaire pour s’évader d’une dure réalité, une réalité dans laquelle leur père n’est pas revenu de la guerre du Vietnam.

Soutenu par sa mère et son frère, Éric gère cette perte comme il le peut, drapé dans un plaid bleu faisant office de cape. Cependant, comme Icare qui vola trop près du Soleil, Éric a voulu grimper trop haut sur l’arbre qui lui servait de refuge, et la branche qui le soutenait à cédé. Mais avant sa chute vertigineuse, avant l’impact dramatique avec le sol, il s’est passé quelque chose d’étrange. Un phénomène fugace, à peine perçu par les deux frères: l’espace d’un instant, Éric, accroché à sa cape, a échappé à la gravité.

Quelques opérations plus tard, Éric se réveille, le crâne rafistolé par quinze agrafes. Sa cape a disparu, sans doute jetée par sa mère. Sa vie n’est plus la même, car avec ou sans son bout de tissu noué autour de ses épaules, Éric ne peut plus avoir les pieds sur terre. Sa vie défile alors sous ses yeux, sans qu’il ne puisse rien mener à bout. Privé d’initiative et du gout de vivre, Éric échoue dans tous les aspects de sa vie, jusqu’à s’aliéner sa fiancée Angie , qui le laisse tomber. Lui préfère-t-elle son frère Nicky, qui est devenu un brillant médecin ? Ou bien Éric devient-il parano ?

Sans logement, sans travail et sans le sou, Éric retourne vivre chez sa mère, et finit par remettre la main sur sa vieille cape, qu’il croyait perdue. L’enfilant sans trop y croire, le trentenaire loser est stupéfait de constater que grâce à elle, il peut flotter dans les airs, et même…voler. Il n’avait donc pas rêvé, sa cape avait bien des propriétés magiques, depuis le début.

Ainsi, il aurait pu éviter sa chute et ses blessures, et si sa mère ne l’en avait pas privé, il aurait pu avoir une vie spectaculaire, extraordinaire, loin du marasme dans lequel il s’est confiné. Éric décide alors qu’il est temps pour lui de prendre sa revanche sur la vie, ou plutôt sur tous les gens qu’il considère responsable de ses problèmes.

I’m the bad guy (duh)

Comme pour son père avant lui, il faut reconnaître à Joe Hill un talent particulier pour dresser des portraits psychologiques convaincants de ses personnages, ce qui confère à ses histoires une aura particulière et a tendance à en accentuer le ton horrifique. Bien souvent, en effet, les personnages que l’on trouve dans les récits de genre ne sont que des archétypes, parfois éculés, qui ne servent que de prétexte au contexte. Ce qui compte généralement, ce sont les éléments surnaturels, qui sont mis en avant au détriment des personnages.

La famille King prend donc le parti de mettre des personnages crédibles, fouillés, dans un contexte surnaturel, qui ne sert finalement pas de prétexte mais permet bel et bien de faire ressortir les traits des protagonistes. Dans le cas présent, le personnage d’Eric n’a en soi rien d’exceptionnel, mais c’est justement ce qui en fait un bon personnage: un homme lambda, pourvu de failles désespérément banales.

Après un accident tragique, qui a pour but de nous faire sympathiser avec lui, nous nous apercevons qu’il se rend responsable de ses propres échecs, en s’enfonçant dans l’immobilisme, puis dans l’alcoolisme et le ressentiment. Ses relations intrafamiliales, notamment celles avec son frère Nicky, sont elles aussi marquées du sceau du réalisme, avec le sentiment de rejet, la jalousie et le passif-agressif.

Et, comme le ferait une personne réelle, Éric est victime du biais d’autocomplaisance, ce trait intrinsèque qui nous fait attribuer nos échecs à des causes extérieures, et nos réussites à nos qualités propres (on peut aussi appeler ça le locus de contrôle externe). Il finit par tenir son entourage pour responsable de ses malheurs, ce qui le conduit sur une voie corrompue dont personne ne ressort généralement indemne.

Dans son déroulement, The Cape résonne avec le récent Brightburn, en ce sens qu’il dote un personnage initialement innocent mais troublé par un sentiment d’injustice, d’un pouvoir qui le corrompt et le retourne contre son entourage, pour finalement en faire une menace globale. A ceci près que le périmètre d’action de The Cape demeure plus intimiste, l’anti-héros en question n’étant pas doté des mêmes pouvoirs.

En revanche, si le scénario se concentre sur la psyché perturbée d’Eric, l’auteur ne s’attarde en rien sur les origines du pouvoir de la fameuse cape. Ce point sera abordé dans une préquelle, intitulée The Cape 1969, dont la parution est prévue en juillet 2022 chez Hicomics (des deux mêmes auteurs). La partie graphique est assurée avec brio par Zach Howard, qui livre des planches à la colorisation rétro, tout en conservant un style semi-réaliste.

En résumé, The Cape est un très bon one-shot, déconstruction habile du super-héros, doté d’un travail précis sur la psychologie de son personnage principal.