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Supergroom #1: justicier malgré lui

La BD!

BD de Fabien Vehlmann et Yoann
Dupuis (2020), 86 p., série en cours.

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mediathequeA l’annonce d’une nouvelle série envoyant Spirou chez les super-héros mon cœur a fait tilt! J’adore les variations sur des thèmes connus (comme le récent et très bon Luminary) et je cherche depuis quelques années une occasion de raccrocher avec un personnage que j’ai laissé, nostalgique, au départ de Tom et Janry. Çà commence à remonter me direz-vous, oui, mais comme toute une génération a grandi biberonnée au Blueberry de Giraud, j’ai découvert la BD avec les Spirou de ce duo, les meilleurs albums pour moi (même face à Franquin, si, si!), tellement pleins d’aventure, d’humour et d’un dessin génial… Bref, je n’ai jamais pris le train de Yann et Vehlmann et suis encore plus perdu depuis que l’éditeur a axé le développement de la série sur les Spirou par… Avant toute chose je précise donc que Super groom est bien une nouvelle série parallèle et non un one-shot. Cela veut dire que ce volume démarre une intrigue voulue comme aussi conspirationniste et tordue qu’un James Bond. Ca tombe bien, on est là pour ça!

UMAC - Comics & Pop Culture: SuperGroom

On a donc un Spirou très réussi qui navigue entre crise de l’age adulte, boboisation et (idée géniale) perte d’intérêt du public pour ses aventures face à la vague super-héroïque dans les BD! J’adore cette mise en abyme du personnage à la fois héros de BD et personnage sorti du cadre et soumis au réalisme des auteurs. Poussé malgré lui à endosser le rôle d’un justicier masqué, plus tendance, il fait appel à Champignac pour lui concevoir équipement et pouvoirs adaptés à la tache. Et l’on se dit que le bonhomme en livrée rouge n’a décidément jamais eu à rougir devant un homme chauve-souris… Équipé de son jet-pack il se met à parcourir une Bruxelles soumise aux manigances de politiciens et de magnats du bâtiment véreux. Nouvelle mise en abyme avec cette capitale belge victime comme toutes les grandes villes de la spéculation immobilière… qui mets les populations fragiles en difficultés devant tant de rapacité. Et il n’en fallait pas moins pour que Spirou, en super-héros ou pas, se sente tenu par le devoir! A série spécifique, très peu de personnages secondaires habituels dans cet album mais beaucoup de scènes d’action très bien dessinées, de l’humour qui fonctionne, bref un très bon spirou. La première moitié est particulièrement efficace avec un mode « la vie quotidienne d’un héros » et l’album faiblit un peu dès que les aventures de Super-groom débutent, du fait de cet alter-ego pas très intéressante car un peu cliché. Spirou n’est jamais aussi bon que quand il est face à un vrai méchant patibulaire type Zorglub ou Vito la déveine et cet album manque un peu d’adversité. Ce qui risque d’être réglé dès le prochain épisode au vu de l’épilogue très… percutant! Au final une aventure qui satisfera les amateurs de Bruxelles et de Spirou mais qui pourra avoir du mal à convaincre de nouveaux lecteurs.

Lire l’avis de Dahaka.

****·Comics·Nouveau !

Black Hand & Iron Head #1

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Premier tome de 168 pages en format à l’italienne, écrites et dessinées par David Lopez, parution le 25 octobre 2019 aux éditions Urban Comics.

Sister Act(ion)

Alexia est une impétueuse jeune femme sur laquelle beaucoup d’espoirs sont placés. En effet, son père, le célèbre Iron-Head, est parvenu à mettre fin aux incessantes guerres entre super-héros et super-vilains grâce à sa Fondation, et canalise désormais les pulsions violentes de ces êtres surhumains par le biais de combats en cage retranscrits à la télévision, à mi-chemin entre les personnalités extravagantes du catch et la brutalité du MMA.

Le rôle d’Alexia dans tout ceci est très simple: reprendre le flambeau de son père à la tête de la Fondation, afin de maintenir la paix tout en entretenant le mythe d’un âge d’or des super-héros. Cependant, la jeune femme rêve d’autre chose, elle brûle de se jeter dans le feu de l’action pour réparer les injustices qui demeurent partout autour d’elle. Mais son père ne l’entend pas de cette oreille. Vieillissant, il compte bien prendre sa retraite après avoir confié les rênes à sa fille unique.

Après son décès soudain, Alexia, souhaitant respecter les dernières volontés de son père, va se retrouver propulsée à la tête de la Fondation. Mais elle découvrira durant les obsèques que son paternel cachait bien des secrets !

Je suis ta sœur !

Alors que les obsèques suivent leur cours, une jeune femme vindicative fait irruption dans la salle, clamant qu’elle est la fille illégitime…d’Iron Head ! Plus choquant encore, la jeune femme clame également être la fille de Black Hand, l’ennemie jurée d’Iron Head !

Ces révélations, corroborées par l’entourage d’Alexia, vont jeter une ombre sur cette figure paternelle bienveillante. Si Iron Head a menti quant à l’existence de sa propre fille, qu’a-t-il pu cacher d’autre sur sa vie et son accession au pouvoir ?

Alexia, déterminée marcher dans les traces de son père, devra d’abord déterrer ses secrets, tout en apprivoisant sa nouvelle sœur. Sacré programme !

Héritages et successions

Black Hand & Iron Head traite bien évidemment du thème de la transmission intergénérationnelle, de la façon que nous avons de nous conformer -ou pas- aux diktats familiaux et aux cases dans lesquelles les figures parentales veulent parfois faire entrer l’individu.

La famille est donc le paradigme utilisé par David Lopez pour développer son récit, durant lequel on prend plaisir à voir ces deux sœurs que tout oppose, apprendre à se connaître et se refléter en opposition à leur père.

Ce comics pourrait s’inscrire dans la même veine que Jupiter’s Legacy de Mark Millar, principalement par les thématiques abordées, l’ambiance du récit mais aussi par la disruption qu’il opère sur le compas moral habituellement attribué aux histoires de super-héros.

En outre, David Lopez nous offre un très beau comics au format à l’italienne, dans lequel il déploie tout le talent qu’il avait déjà mis au service des Big Two, durant une carrière étonnamment fournie.

 

****·Comics·Numérique·Rapidos·Rétro

Injustice – les dieux sont parmi nous #3-4

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 2, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015couv_253967

badge numeriqueLe kiff continue sur cette série qui commence à ressembler à tout ce que j’ai toujours voulu lire chez DC… Ce début de seconde année simplifie (ou densifie) encore l’intrigue et les dessinateurs puisqu’on se retrouve avec seulement deux artistes et l’impression d’une très grande cohérence graphique tout le long de la centaine de pages centrées autour de l’intervention du Green Lantern corp pour raisonner Superman. Batman et Wonder Woman, laissés mal en point à la fin du premier arc, sont absents et laissent donc la place à différents green lantern (qui ne pensent pas tous pareil bien entendu!) et une résistance au pouvoir totalitaire qui s’organise à Gotham. Les morts des héros dans les précédents volumes ont laissé des traces indélébiles qui cristallisent un affrontement qui va encore s’annoncer très violent. L’épisode a en outre le mérite de représenter une véritable porte d’entrée vers la thématique des Green lantern en étant très didactique pour les nouveaux venus dans cet univers et on s’aperçoit progressivement que le scénariste fait un gros travail de pédagogie permettant à tout un chacun d’entrer dans l’univers DC via cette dystopie fascinante. On continue!

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 2, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015couv_257190

badge numeriqueInjustice est un peu le Game of Thrones des super-héros… Le taux de mortalité de héros majeurs est très élevé et bouleverse tous les codes de l’univers. Il est impressionnant de voir combien la seule bascule psychologique de Superman (le drame originel) ouvre un infini des possibles dès lors que l’on a renoncé au manichéisme des codes du héro. Si l’on peut à la longue s’interroger sur ce qui peut faire basculer autant de braves à la morale d’airain (Superman est un être troublé par son origine, mais Wonder Woman? Flash? …), on participe très volontiers à cet affrontement cosmique qui fait monter d’un cran les enjeux avec l’arrivée du Green lantern corp, du corp de Sinestro et la conclusion franchement inattendue et énorme de cette seconde année. L’équilibre est parfait entre les enjeux terriens (la résistance sous l’égide de Batman), le tourment de Kal-el et le rôle des Gardiens de l’ordre et des Green lantern. Car à chaque intervention dramatique, si les actes de Superman sont d’évidence injustifiables, les remises en question qu’il porte sur le rôle des héros qui l’affrontent sont souvent pertinentes. Toujours beaucoup d’action mais là encore beaucoup plus équilibrée que dans la plupart des comics débordant de testostérone. Jouant sur la psychologie des héros, sur la fuite en avant totalitaire et on peut le dire, démoniaque de Superman (on se demande toujours après quatre volumes ce qui pourrait bien rompre cette dynamique), cette série reste en tout point exemplaire et parvient brillamment à faire ce que le Batman Metal de Scott Snyder n’a pas réussi, bouleverser tranquillement, intelligemment, l’univers DC.

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****·BD·Comics·East & West

Black Hammer

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Black Hammer est une série écrite par Jeff Lemire et dessinée par Dean Ormston, parue aux US dès 2017 chez Dark Horse. La publication française est assurée par Urban Comics, avec un premier tome paru le 28/10/2017, un second tome paru le 13/04/2018, et un troisième tome paru le 05/07/2019.

Champions Oubliés

Notre histoire débute dans une ferme typique américaine, habitée par une famille quelque peu dysfonctionnelle mais que l’on sent unie par des liens profonds, plus profonds sans doute que les liens de sang.

Abe, le patriarche de ce singulier aréopage, s’échine à faire tourner son exploitation tout en portant à bout de bras sa tribu de marginaux excentriques. Toutefois dire que les apparences sont trompeuses serait ici un monumental euphémisme. En effet, Abe, Gail, Mark et les autres ne sont pas de simples citoyens, mais des êtres surhumains, des super-héros, qui, en pensant se sacrifier pour sauver la Terre du sinistre Anti-Dieu, ont finalement échoué dans cette banale bourgade américaine. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient pas prisonniers de cette petite ville, incapables d’en quitter le périmètre sous peine de disparaitre, à l’instar de leur leader Black Hammer , qui tenta dès le premier jour de rentrer chez lui et en fit les frais, laissant son éponyme marteau derrière lui.

Les héros désemparés ont donc passé 10 ans dans cet univers, cachant leurs véritables identités au reste des habitants, gérant ou fuyant leurs problèmes, selon leur caractère. Mais, alors que certains d’entre eux, tel Abe, voient dans cet exil forcé une chance de vivre une vie normale, d’autres, comme Gail, piégée dans le corps enfantin de son alter-égo, ne rêvent que de s’échapper pour retrouver le sel de leur ancienne existence.

Héros déconstruits

Dès les premières pages de Black Hammer, le lecteur accoutumé aux comics percevra les références assumées par l’auteur Jeff Lemire. Abe, le vieux combattant, est un hommage à Captain America et aux héros du Golden Age des comics. Barbalien est sans aucun doute un ersatz du Martian Manhunter de DC Comics, tandis que Golden Gail nous rappelle Shazam. Le Colonel Weird serait alors un Adam Strange sous acide. Black Hammer, quant à lui, serait un amalgame en Thor et Superman, sans oublier des références aux New Gods de DC.

Le reste de l’histoire se construira autour d’un enjeu principal: celui pour les héros de rentrer chez eux, dans leur monde d’origine. Alors que ces derniers luttent face à la normalité et à leurs propres démons, sur Terre, Lucy, la fille de Black Hammer, mène sa propre enquête pour ramener son père, et se faisant, se rapproche de la vérité.

Au fil des tomes, on se prend d’amitié pour ces héros désabusés, ces êtres extraordinaires contraints de revêtir un masque par-dessus le masque, exilés après un brave sacrifice. Plus que l’enquête de Lucy et les mystères de Mme Dragonfly, ce sont les liens et les tourments des personnages principaux qui font l’intérêt de cette série.

Le tome 3 est certes un peu plus orienté vers l’action et tend vers la résolution de l’intrigue grâce à quelques révélations, mais le tout reste cohérent et centré sur les personnages.

S’agissant de la partie graphique, Dean Ormston paraît être l’architecte idéal pour cette univers à la fois étrange et familier, livrant un dessin qui sort des carcans du comics pour embrasser des univers et des références plus variés.

Black Hammer a reçu un Eisner Award de la meilleure nouvelle série en 2017, et cette récompense n’est absolument pas usurpée !

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Vision: un peu moins qu’un homme, à peine mieux qu’une bête

Réédition de la mini-série Marvel Vision, écrite par Tom King et dessinée par Gabriel Hernandez Walta. Recueil de 280 pages couleur, paru le 05/02/2020 chez Panini Comics.

 

Behold…the Vision !

couv_386345La Vision est un personnage à part dans l’univers Marvel, et notamment parmi les Avengers. En effet, lors de sa création dans les pages de la série en 1968, les Avengers ne réunissaient pour l’essentiel que des personnages préexistants dans l’univers partagé, en premier lieu des têtes d’affiche telles que Hulk, Thor et Iron Man, pour ensuite accueillir des seconds couteaux comme Œil-de-Faucon, Vif-Argent et la Sorcière Rouge, tous déjà apparus en amont dans d’autres séries.

En revanche, La Vision est le premier vengeur crée spécifiquement dans le cadre de la série, dont l’existence résulte principalement de sa continuité interne. Vision est un être artificiel (un synthézoïde), une création de l’androïde Ultron, ennemi mortel des Avengers, lui-même fruit des travaux de Hank Pym, membre fondateur du groupe plus connu sous le nom d’Ant-Man, l’Homme Fourmi.

Cet acte malencontreux de Pym, sorte de pêché originel pour les plus grands protecteurs de la Terre, reviendra longtemps hanter le héros, et aura également engendré des fruits inattendus, comme la création de Vision, prêtant ainsi au comic book des aspects de dynastie tragique s’étalant sur plusieurs générations.

Vision a initialement été conçu pour détruire les Avengers au nom de son créateur, contre lequel il finira toutefois par se rebeller, usant de sa conscience pour défaire sa programmation. Puis il sera envisagé plus tard par Ultron comme un cheval de Troie, grâce à des commandes secrètes, enfouies profondément dans son intelligence artificielle au moment de sa création. Cela fait de Vision l’illustration parfaite de la lutte entre l’inné et l’acquis, le synthézoïde devant sans cesse lutter entre sa conscience et sa programmation.

Ce qui a également caractérisé La Vision au fil des années, c’est sa relation amoureuse avec la Sorcière Rouge, qui aura longtemps été un des fils rouge de la série. Au travers de cette romance et de ses dramatiques conséquences (Mariage–Impossibilité d’avoir des enfants–Folie de la Sorcière Rouge–Destruction de la Vision et Séparation des Avengers–House of M–Décimation des Mutants), les auteurs ont également exploré la thématique de l’humanité, qu’elle soit acquise, perdue ou retrouvée.

Si l’Homme est la mesure de toute chose

Après avoir purgé de son système d’exploitation les émotions liées aux souvenirs traumatiques de son passé, Vision entreprend de démarrer une nouvelle vie. Pour cela, il fonde une famille synthézoïde à son image, composée de son épouse Virginia, sa fille Viv et son fils Vin, puis part s’installer en Virginie afin de mener une vie ordinaire, et ainsi, se prouver, enfin, qu’il peut être un Homme.

Cependant, il est bien connu que les bonnes intentions à elles seules ne suffisent pas. Épiés par un voisinage inquiet de voir débarquer ces êtres étranges, les Visions ne vont pas tarder à être confrontés à une forme symbolique de racisme, dont les conséquences seront tout sauf plaisantes.

…quelle est la mesure de l’Homme ?

Tom King ne fait pas dans la demi-mesure et va pousser le protagoniste synthétique dans ses retranchements, mettant à mal sa foi en cette Humanité dont il rêve de faire Résultat de recherche d'images pour "vision king hernandez"partie depuis sa première apparition en 1968. Singulièrement bien écrit par King, Vision va s’obstiner dans sa quête de la normalité et de l’humain, lui qui finalement, pourrait aspirer à bien plus. Car ce que nous apprend cette mini-série, c’est qu’en fin de compte, être autre chose qu’un humain ne signifie pas nécessairement être moins qu’un humain.

On est d’emblée pris d’empathie pour ces personnages atypiques et attachants, et l’on vit leurs douloureuses épreuves avec eux. Certains personnages, particulièrement Virginia, l’épouse modèle conçue sur mesure afin de satisfaire les désirs d’intégration de son créateur, ont même une consistance tout à fait tragique oscillant entre le mythe de Pygmalion et la créature de Frankenstein.

Côté graphique, Hernandez pose avec maestria le décor faussement idyllique de la banlieue idéale tout en campant des personnages à la fois colorés et crédibles.

Vision, par Tom King et Gabriel Hernandez est une excellente mini-série, un must-have que Panini a eu la clairvoyance de rééditer en intégrale !

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Supergroom, Justicier malgré lui

Premier tome de 82 pages, écrit par Fabien Vehlmann, dessiné par Yoann et mis en couleur par Fabien Alquier, paru le 07/02/2020 aux éditions Dupuis.

Ne vous êtes-vous jamais posé la question: pourquoi les mégapoles américaines auraient-elle le monopole des super-héros ? Pourquoi, après tout, ne verrions nous pas fleurir ces héros endimanchés dans les rues des capitales du Vieux Monde ?

C’est une prémisse certes déjà traitée, grâce à des séries comme Les Brigades Chimériques, mais qui conserve encore à ce jour tout son potentiel, surtout si on embrigade le célèbre Spirou !

Justicier pour exister

Spirou, l’iconique aventurier de la BD franco-belge, a connu la gloire à travers les épreuves, mais il ne peut aujourd’hui se départir de l’idée qu’il n’est plus dans le coup. En effet, il lui est difficile de continuer à briller dans un monde où tout va toujours plus vite, où les exploits sont oubliés avec un empressement sans cesse croissant, et où les jeunes, l’avenir de nos sociétés, ne jurent plus que par les nouvelles technologies et par les monolithiques super-héros, preuve supplémentaire de l’hégémonie culturelle de l’Amérique.

De surcroît, le jeune groom commence à réaliser que le mode de vie d’un aventurier, parcourant la planète à grands renforts de kérosène et de vols longs courrier, laisse une empreinte négative sur l’environnement, ce qui le conduit à repenser sérieusement ses habitudes afin qu’elles soient en adéquation avec ses convictions.

L’émergence de tous ces éléments fait douter Spirou, ce qui va faire converger son esprit vers une (pas si) brillante idée: devenir un super-héros, et profiter de l’effet d’émulation généré par ses efforts pour revenir dans les bonnes grâces du public, tout en adoptant un mode de vie plus sain.

Ce qui sonnait comme un plan parfaitement pensé va bien évidemment dérailler, car, comme nous l’a souvent appris la fiction, on est toujours puni pour une bonne action, et il n’y a aucune raison pour que Spirou soit exempté de cette maxime.

Tout va rapidement déraper pour notre groom favori. Après avoir revêtu un équipement spécial acquis pour la cause auprès de son ami le Comte de Champignac, Spirou va compléter sa métamorphose en Supergroom et se lancer dans le feu de l’action.

Malheureusement pour lui, on a beau être rompu à l’action et aux aventures en tous genres, on ne s’improvise pas pour autant bienfaiteur public. Ainsi, ses premières interventions en tant que Supergroom vont vite dégénérer en catastrophes publiques, occasionnant des dégâts que le jeune homme n’est pas forcément prêt à assumer…

Résultat de recherche d'images pour "supergroom"C’est donc une retraite forcée qui l’attend assez vite, même si Spirou est finalement assez soulagé de laisser cette sombre période derrière lui.

Toutefois, malgré les maladresses dont il a pu faire preuve, le courage manifesté par Supergroom va l’amener à être plébiscité de nouveau par le public. Son identité sera même usurpée par un imitateur, initiant une nouvelle vague de super-héroïsme amateur dans Bruxelles. Spirou va donc rendosser son costume pour faire éclater la vérité et tenter d’endiguer les conséquences de ses actes.

Fabien Velhmann et Yoann continuent de s’approprier l’univers et le personnage de Spirou en utilisant cette fois le prisme super-héroïque, détournant les codes pour nous faire sourire tout en tissant une intrigue accrocheuse contenant son lot de mystères et de rebondissements.

Le Supergroom quant à lui, fleure bon les héros pulp et nous rappelle sans mal le fameux Rocketeer filant dans les airs à l’aide de son jet-pack. On peut regretter une fin un peu trop abrupte malgré un épilogue ouvrant sur un univers nouveau aux multiples possibilités.

Supergroom est donc une variation intéressante et amusante sur notre héros franco-belge, mâtinée de culture comics, à lire !

Lire l’avis de Blondin.

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La Reine Oubliée

Récit complet en 106 pages de la mini-série Valiant intitulée « The Forgotten Queen« , avec Tini howard au scénario, Amilcar Pinna au dessin, et Ulises Arreola aux couleurs. Parution le 14/02/2020 aux éditions Bliss.

On poursuit notre parcours parmi les publications des éditions Bliss, avec La Reine Oubliée, récit qui traite de la genèse et du retour en force de la Belliciste, une antagoniste qu’ont déjà affronté les héros de l’univers Valiant.

Vexana n’est pas une femme comme les autres. En effet, elle parcourt les siècles, et voit défiler les millénaires sans être affectée par les ravages du Temps: c’est une immortelle, aux origines obscures mais dont l’empreinte s’est faite sentir aux quatre coins du globe, au sein des empires les plus puissants que compte l’Histoire.

Car si Vexana s’est faite connaître sous de nombreux noms, c’est celui de la Belliciste qui l’a rendue notoire dans l’univers Valiant. En effet, elle a le pouvoir de littéralement provoquer la guerre, en éveillant chez les hommes autour d’elle une inextinguible soif de violence et de sang. Par ce biais, elle a généré d’innombrables conflits, aidant des empires comme celui de Genghis Khan à s’étendre.

Cependant, même une immortelle ne peut se soustraire longtemps aux affres de l’ennui, et Vexana ne fera pas exception. Se lassant des hommes faibles et pathétiques qui n’arpentent son chemin que pour succomber à son pouvoir, elle octroie ses « services » à des rois ambitieux sans en retirer de satisfaction particulière, jusqu’à tomber sur celle qui fera chavirer son cœur…

La Reine Oubliable

L’univers Valiant contient de nombreuses séries innovantes et intéressantes, comme Faith, Divinity, Harbinger, ou encore Bloodshot. Malheureusement, cette introduction au personnage de la Belliciste ne s’avère pas aussi convaincante. Les quatre numéros de la mini-série ne permettent pas au personnage de briller réellement, ni par sa psychologie, ni par sa prestance.

A la lecture, on a quelques difficultés à voir où Tini Howard veut en venir en racontant le parcours de cette maîtresse de la guerre. Certes, il est intéressant de constater le poids qu’aurait l’immortalité sur l’âme humaine, mais c’est un sujet déjà maintes fois traité. On notera que l’histoire d’amour entre Vexana et Khutulun aide à ajouter une dimension salvatrice au personnage, qui par ailleurs, ne brille pas par son charisme.

Les dessins d’Almicar Pinna rappellent le trait d’un Salvador Larroca, en plus précis cependant. L’artiste maîtrise bien les sauts dans le temps entre présent et passé, et ses personnages sont correctement caractérisés.

La Reine Oubliée n’est a priori pas le point d’orgue de l’univers Valiant, diffusé en France avec le concours de Bliss Éditions, bien qu’il détaille les origines d’un personnage récurrent. Ce récit complet sera donc destiné avant tout aux amateurs des séries concernées qui souhaiteraient approfondir leurs précédentes lectures.

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Shadowman (2019)

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Comic de Andy Diggle, Doug Braithwaite, Renato Guedes et Stephen Segovia
Bliss (2019) / Valiant (2018), 312 pages.

bsic journalismbadge numeriqueMerci aux éditions Bliss pour leur confiance.

couverture_shadowman8rgb-1-600x923Shadowman est l’un des premiers comics Valiant que j’ai lu et j’ai été immédiatement attiré par le côté sombre, par le charisme du méchant et par une approche graphique très artistique, notamment grâce à l’apport de Roberto de la Torre. Sur cette nouvelle série on est plus classique dans le dessin pour un traitement qui semble viser un élargissement du public. Sur ce point je dirais que l’arrivée de nouveaux lecteurs sera facilitée bien qu’il ne s’agisse pas d’un reboot à proprement parler, ce Shadowman 2019 prenant la suite directe de Rapture.

La Pie n’est plus. Après des années d’errements dans le monde des morts à la recherche de reliques pour Maître Darque, le serviteur est libéré et de retour dans notre monde. Confronté au Baron Samedi et ses plans obscures, il va devoir apprendre à connaître le Loa auquel il est attaché pour reconquérir sa puissance et combattre la société secrète qui œuvre dans l’ombre au retour de Darque…

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série marquait une sorte de descente aux enfers de Jack Boniface, hanté par un Loa, un esprit autonome du monde des morts transmis de génération en génération. L’affrontement avec le nécromant surpuissant Maître Darque se terminait par la disparition de ce dernier en même temps que l’asservissement volontaire de Shadowman sous la forme de La Pie, écumant le monde des morts. Les différentes séries Valiant ont ainsi convoqué ce personnage important sur des apparitions dans Ninjak, Bloodshot ou Rapture. Ainsi l’album commence avec l’expulsion d’un Boniface libéré de l’emprise de Darque et revenu auprès de sa chérie  Alyssia elle-même devenue la remplaçante de la sorcière Punk Mambo. On voit que les liens sont très étroits entre cette nouvelle série et la précédente, ce qui peut rendre difficile l’immersion pour les nouveaux venus. Pourtant on reste sur un schéma simple, avec la Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"société secrète cherchant à ressusciter le grand méchant, le Baron Samedi (toujours aussi cool) qui joue le rôle du vilain canard dans le panthéon des esprits, jamais vraiment méchant mais jamais vraiment fiable non plus et les deux protecteurs du Loa qui cherchent à rendre sa stabilité émotionnelle à Boniface tout en lutant contre la sœur de Darque, nouvelle méchante. On l’avait vue précédemment, la puissance maléfique de son frère avait entraîné Sandria à lier un Loa à son amant noir, ancêtre de Jack Boniface. Il y a donc une histoire de famille dans cette intrigue… qui m’a un peu déçu dans le fait de transformer cette sœur très intéressante jusqu’ici en une simple méchante manipulatrice. C’était la complexité de la famille Darque qui faisait la force de la première série. Ici c’est plutôt le passé du Shadowman et de ses précédentes incarnations qui nous est proposé.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série s’était terminée sur l’affrontement de Jack avec son père. L’intermède Rapture permettait la résolution de ce conflit intérieur. Désormais apaisé Jack Boniface, le dernier détenteur du Shadowman va pouvoir rechercher dans le passé, à l’époque de la guerre de Sécession, pendant la Prohibition, et jusqu’à l’aube des temps, l’origine de l’alliance du Loa et de l’homme au travers des différentes incarnation de Shadowman. Classiquement ces différentes époques comme les dimensions de la réalité permettent facilement à différents dessinateurs de proposer des graphismes variés. Au milieu de certaines expérimentations, Renato Guedes, dont les images du monde des mort sur Bloodshot salvation ne m’avaient pas convaincu, propose ici des pages absolument affolantes de beauté, de technicité et d’atmosphère. Si sa participation aux univers Valiant avait marqué les esprits sur X-O Manowar, je crois que ce volume est peut-être ce qu’il a proposé de plus réussi. Un très grand artiste.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman segovia"Hormis le problème sur la méchante expliqué plus haut cet album est une vraie réussite assez grand public même si les combats du Shadowman ont déjà été plus nerveux. S’il est surprenant de ne pas voir Punk Mambo (personnage original et assez central depuis plusieurs publications), le fait de revoir le personnage de Docteur Mirage est une excellente surprise tant ce personnage est sympathique et son interfaçage avec l’univers de Shadowman évident. La précédente intégrale était perturbante en ce qu’elle nous plongeait au cœur d’une intrigue déjà en cours et dont les rideaux se levaient progressivement autour des séquences sur la famille Darque. Cet nouvel album a plus la forme d’une origin story et en cela plus accessible. Comme tous les relaunch Valiant depuis quelques temps la ligne graphique est Résultat de recherche d'images pour "shadowman braithwaite 2018"somptueuse et le traitement plus grand public, au risque de tomber par moment dans la facilité classique des comics de super-héros. Il faudra attendre pour voir ce que cela peut donner, si l’ambition est affadie ou si le combat que l’on anticipe contre le retour de Darque sera mémorable avec un shadowman enfin libéré de ses tourments et en harmonie avec son Loa. Les auteurs devront trouver des aspects sombres pour maintenir l’originalité de ce personnage qui reste l’un de mes préférés de l’univers Valiant.

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Sushi & Baggles #16

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  • Hit-Girl à Rome (Scavone/Albuquerque/Panini) – 2019

couv_364209Cet album a été lu dans le cadre du programme SuperlecteursRésultat de recherche d'images pour "iznéo"

Après la Colombie et le Canada, la plus bourrine et tarée des Vigilante débarque à Rome pour botter des culs et trancher des têtes! Le relaunch de la série initiée par Mark Millar va ainsi voyager avec une équipe différentes pour chaque one-shot. Si le premier volume était loin d’être inoubliable, notamment par son côté sadique un peu poussé, ici on reste dans les canons du personnage (à savoir de l’action brutale à base d’un mort par page et un langage très fleuri de la demoiselle) mais la course-poursuite initiée avec une sorte de Catwoman permet des scénettes drôles et plus structurées. On ne va pas se mentir, Hit-Girl ce n’est pas de la poésie ni Usual Suspects. C’est une lecture rapide, de la baston, super bien dessinée (par un Raphael Albuquerque qui prépare la série Prodigy avec Millar) avec des étoiles qui donnent un aspect cartoon… et des découpages de méchants bien sanglants! Ici les affreux sont une mafia de religieux timbrés, nonnes et moines en robes de bure armés d’Uzi et de masses d’armes, commandés par une vieille peau aussi psychopathe que bigotte, à la recherche d’une relique. Le cliché italien est assumé, le personnage est toujours aussi foutraque et primaire mais l’ensemble est très sympathique dans le genre, notamment grâce aux dessins (bien que les décors soient assez vides). Du coup on attend la suite, surtout que des pointures sont annoncées aux crayons…

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  • All-new X-men #4: La bataille de l’Atome (Collectif/Pannini) 2013 (US)/2015

couv_255426Je poursuis la série Marvel NOW! des All-new X-men entamée par Brian Michael Bendis et Stuart Immonen au dessin qui m’avait fait forte impression sur les trois premiers volumes. L’écriture des premiers et les somptueux dessins d’Immonen se retrouvent partiellement dans cet affrontement entre X-men d’hier, de maintenant et du futur bien que l’équipe créative ait grossie: si les dialogues sont toujours très savoureux et le découpage, avec de nombreuses doubles pages, percutant, l’histoire tourne un peu en rond avec ces interminables interrogations de qui est qui, faut-il renvoyer Jean et Cyclope à leur époque contre leur gré et que font-ils ici?… Même chose pour les dessins, parfois superbes (Immonen toujours sur les quelques planches qu’il réalise, Bachalo étonnant) mais pour l’essentiel moyens (y compris sur les quelques planches de la bataille finale dessinées par Esad Ribic un peu en service minimum sur ce coup, Frank Cho pas très à l’aise dans l’univers super-héroïque). C’est dommage car sur le papier on a quand-même une sacrée dream-team, mais le concept semble s’essouffler et viser surtout les quelques pleines pages d’offensive collective X-men dont sont friands les fans et les dessinateurs. A noter tout de même le superbe design général des versions des X-men et notamment cette Xorg à la tête de mort, terriblement originale et réussie. On ne sait pas si cet arc est une transition vers quelque chose de plus grand mais malgré un plaisir certain entrecoupé de longueurs, on a le sentiment que la série aurait pu s’arrêter aux trois premiers, cohérents en tant que tels.

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  • Zetman #1 (Masakazu Katsura/Delcourt-Tonkam)  – 2004 – 20 tomes parus, série finie.

zetman01Je suis un grand fan de Masakazu Katsura, un des premiers mangaka, que j’ai découvert au travers de DNA2 à l’époque où l’éditeur-libraire Tonkam se lançait en premier (avec Glénat) dans l’aventure du Manga en France… Il est pour moi l’un des meilleurs dessinateurs japonais et si j’ai finalement lu peu de ses séries, j’avais depuis longtemps très envie de lire ce Zetman originellement issu de short-stories parues en 1997. La série a depuis été transcrite en dessin-animé.

Jin est un jeune orphelin vivant avec les sans abri. Élevé par son « grand-père » il est doté d’une force peu commune et s’occupe en défendant les gens contre les bandits. Lorsqu’une étrange créature non-humaine tue son grand-père, le naïf petit garçon se retrouve propulsé dans un univers violent où une étrange organisation semble le rechercher activement…

Je ne reviens pas sur les dessins vraiment chouettes, les nombreux tics et auto-références de l’auteur (la série animée Wingman qui l’a lancé, les petites culottes, les cheveu en pétard,…). Zetman commence vraiment bien avec un premier volume déjà plein d’action, de mystère fantastique un peu gore (la série est annoncée « mature ») et des personnages intéressants. L’auteur lance de nombreuses pistes qui ont vocation à se développer et nous mènent vers des expériences scientifiques monstrueuses liées à un enfant qui semble être un être doté de capacités hors norme. Ça va a cent à l’heures avec force cliffhangers entre les douze chapitres du volume avec pour objectif une première crise qui sort le héros de son état naïf initial pour l’emmener vers le statut de super-héros. Très riche mise en bouche qui donne envie d’enchaîner cette série finie à la taille maîtrisée.

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***·BD·Cinéma

Série: Daredevil Saison 1

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Ça y est, je l’ai enfin vue la première saison de ce Daredevil dont on dit tant de bien! J’avais beaucoup de réticences tant les autres séries de super-héros sont de très piètre qualité jusqu’ici, pourtant le diable rouge est le personnage que je préfère dans le catalogue Marvel, notamment via les albums dessinés par Joe Quesada (… qui est producteur exécutif sur la série!) ou le Yellow de Sale/Loeb. Du coup j’ai eu un peu de mal sur l’apparence du costume que l’on voit poindre à la toute fin de la saison, qui est bâti sur le modèle réaliste du Dark Knight de Nolan plutôt que sur le modèle « collant » historique. C’est dommage car si les collants n’étaient plus à la mode, le retour de Spidey dans le MCU aurait permis de garder ce design du diable bondissant.

On touche ici à une originalité qui plaira ou pas, de faire de Daredevil une grosse brute formée aux arts martiaux couleur « baston de rue ». Les combats, nombreux, sont rudes, secs, trapus. Le diable en prends plein la tronche malgré son agilité mais joue plus des muscles et de l’encaissement des coups, comme son boxeur de paternel. Il y a de la cohérence dans cela, toute la première partie revenant longuement sur les liens entre Matt Murdock et son papa « Battling » Jack, le plus doué pour encaisser les coups… et se coucher dans des combats truqués. En ce la la proximité avec Bruce Wayne est grande, faisant du décès de son paternel l’origine de sa hargne, de sa noirceur et de son envie de protéger sa ville. Mais contrairement au milliardaire de Gotham, Murdock est fauché, aveugle et petit avocat des causes perdues.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Le personnage urbain de Hell’s Kitchen est étonnamment absent de la première saison, sans doute pour des questions de budget (les tournages en extérieur sont beaucoup plus chers qu’en studio) et n’est représenté que par la fameuse église, le loft de Murdock et les lumières de néons nocturnes qui percent les vitres opaques des intérieurs. Comme dit plus haut, le Dardevil de Netflix est très terrien, ne serait-ce que par son apparence trapue et nerveuse, loin des acrobaties aériennes sur les toits de la ville qui font la marque de la BD. C’est un choix artistique, original, même si je trouve qu’on y perd en élégance.

L’histoire suit en parallèle la lutte de Daredevil (doté d’une tenue qui a plus du Vigilant que du superhéro) et de Wilson Fisk, le futur Caïd, incroyablement incarné par un Vincent D’onofrio qui n’a jamais été aussi bon depuis ses débuts dans Full Metal Jacket. Le héros est déjà en action au premier épisode et applique des méthodes violentes loin de la morale d’un héros. Car Murdock, orphelin jeune, aveugle, a eu une vie rude, en partie élevé et formé par Stick, un Scott Glenn toujours aussi sec et charismatique en vieux ninja aveugle. L’enjeu de cette première saison et ce qui lui donne tout son sel, c’est l’évolution du personnage, tiraillé entre ses deux pères, le prêtre et sa morale quasi laïque d’un côté, Stick de l’autre pour qui la fin justifie les moyens et n’autorise pas la compassion. Au commencement Daredevil est Stick. Les événements de la saison vont le faire évoluer vers le prêtre. Notamment le personnage de Claire Temple, la magnifique Rosario Dawson, trop peu vue dans cette saison et qui apporte beaucoup plus à l’intérêt psychologique qu’une Karen Page qui surjoue et occupe bien trop de temps d’écran en comparaison. Globalement le jeu est de qualité sur cette saison, mais très tiraillé entre l’excellent (D’onofrio, Dawson, Charlie Cox qui incarne le héros ou l’acteur qui incarne le journaliste Ben Urich, une vraie découverte) et l’assez mauvais (Karen Page donc, Foggy Nelson mais aussi étonnamment Ayelet Zurer qui en fait des caisses). Du coup on a beaucoup de scènes redondantes, mal jouées autour des larmes de Karen Page et quelques perles d’émotion brute dont la plupart autour de Fisk.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Car un peu comme le Thanos d’Avengers Infinity War, Wilson Fisk attire la quasi totalité de l’intérêt de la première saison, de par l’implication, la voix, la gestuelle de l’acteur et de toute évidence l’intérêt des scénaristes. L’axe de compréhension est celui de la relation au Mal qu’entretiennent Fisk et Murdock, en miroir. Si le second est du côté de la justice on lui fait assez vite remarquer qu’il a la même morale jusqu’auboutiste que son adversaire. La cohérence du parcours de Fisk fascine. Son père violent l’a forgé, traumatisé et il cherche sincèrement (comme Thanos) à faire le bien, contre l’avis des habitants s’il le faut. Sa recherche de l’amour est touchante et ses éclats de violence impressionnants.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Cette première saison est sans doute un peu longue et aurait gagné à être concentrée en huit ou dix épisodes en élaguant dans les longueurs. Esthétiquement c’est un peu cheap, du niveau moyen des séries super-héroïques. Les combats sont assez sympa et proposent une hargne bienvenue, mais c’est bien le personnage du méchant qui permet à la série de nous tenir en haleine. On reste loin de la qualité HBO mais pour un démarrage c’est encourageant et sachant que la série s’est terminée avec trois saisons j’espère que les producteurs (au rang desquels tout ce qui compte chez Marvel: Jeph Loeb, Joe Quesada, Stan Lee, excusez du peu) auront su clôturer joliment les aventures d’un personnage qui le mérite.

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