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Radiant Black #1

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Comic collectif.
Delcourt (2022), Ed US Image comics (2021), 1/3 tomes parus.

Dur d’être un écrivain en devenir. Nathan veut vivre de son écriture, mais n’en a ni les moyens ni la discipline. Contraint de retourner vivre chez ses parents, il se retrouve soudain doté de grands pouvoirs après la rencontre avec un artefact. Entre l’apprentissage de ses nouvelles capacité, le doute quand à son avenir et bientôt l’apparition d’autres super-humains, ses journées ne vont pas être de tout repos…

Attention spoilers!

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH1021/radiant-black-01-p05-7d0a5.jpg?1655103420Le scénariste Kyle Higgins se passionne pour les collants et les Power Rangers. Récemment à l’œuvre sur une résurgence d’Ultraman (qui avait fortement plu à Dahaka!), celui qui a passé l’essentiel de sa carrière sur des séries de commande se plonge dans la création originale au sein du grand creuset du comics indé, les incontournables Image comics. Soyons honnête, ce n’est pas vraiment terra incognita puisqu’en compagnie du brésilien Marcelo Costa (qui a commencé avec Higgins sur les Power Rangers justement) il nous propose une origin story où un jeune américain devient un super-héro après avoir touché une sorte de « trou noir miniature » avant de se retrouver confronté à d’autres personnages dotés du même costume. On peut faire plus original comme pitch et personnellement j’étais sceptique avant de me lancer, plus friand des variations politiques  (comme sur Ignited ou Alienated) et absolument pas nostalgique du kitschissime sextuor.

Pourtant on peut dire que ce premier tome de lancement fonctionne plutôt bien et nous accroche même franchement lorsqu’au dernier épisode on bascule dans l’histoire de « force rouge ». Ce ne sont pas les dessins (honnêtes) qui font de Radiant black une bonne histoire, c’est tout simplement le doute d’un personnage d’auteur en difficulté, puis celui de son alter-ego trahie. Car bien que la Radiant Black - Tokunationtrame du gros de l’album soit assez linéaire et attendue, la révélation du cinquième chapitre puis l’ouverture d’une histoire qui laisse entendre qu’on va découvrir ses comparses progressivement rehaussent fortement l’intérêt. Malgré l’absence d’un véritable antagoniste et d’un drama solide sur l’essentiel du tome, on bascule entre le fun pur des expérimentations de pouvoir avec le pote déglingué et les jolies mises en scènes des tentatives d’écriture de Nathan. C’est touchant, réaliste et on imagine le miroir avec la quasi-totalité des scénaristes de BD à un moment de leur vie.

Jouissant d’un design très élégant sur une base archi-classique, Radiant Black sait pourtant se sortir du tout venant grâce à une sympathique écriture et un sens du rythme qui permettent de rester en haleine chaque fois que la maigre intrigue commence à s’enliser. Pour un tome de lancement c’est déjà pas mal et on peut faire confiance aux auteurs pour ouvrir les perspectives sur les épisodes suivants, avec pourquoi pas l’ajout de thématiques sociétales qui pourraient donner de la densité à l’ouvrage. L’ambition semble présente. Y’a plus qu’à…

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Rorschach

Histoire complète en 320 pages, écrite par Tom King et dessinée par Jorge Fornès. Parution en France chez Urban Comics, collection DC Black Label, le 03/06/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Armageddon et compromis

Trente-cinq ans après la conclusion de la saga Watchmen, qui voyait le plan minutieux d’Ozymandias se réaliser, le monde a poursuivi sa route, évitant, de peu, l’apocalypse nucléaire que promettaient les projections les plus pessimistes de la Guerre Froide.

Pour cela, Ozymandias, l’homme le plus intelligent du monde, avait du commettre un acte ignoble, à savoir lâcher secrètement une créature artificielle sur la ville de New York, qui tua des millions d’américains. Face à cette tragédie causée par un ennemi commun, supposément extraterrestre, les nations les plus puissantes du monde, qui jusque-là étaient prêtes à s’envoyer des pluies d’ogives nucléaires sur le coin de la tête, ont mis de côté leurs différends pour créer enfin un monde meilleur, comme le prévoyait Ozymandias. Et trente-cinq ans après ce compromis, que reste-t-il de ces velléités utopistes ? Pas grand-chose, c’est ce que nous allons voir.

En 2020, le monde n’a certes pas été englouti dans les cendres d’une guerre nucléaire, mais l’ambiance et les esprits sont plus désespérés que jamais. Depuis seize ans maintenant, le président Redford mène le pays dans une certaine hégémonie, soutenu par le 51e état qu’est devenu le Vietnam, après la victoire obtenue grâce aux pouvoirs du Dr Manhattan. En cette période d’élection, les regards se tournent vers l’adversaire le plus sérieux de Redford, le Gouverneur Gavin Turley, qui mène une campagne au vitriol contre le Président Redford.

Lors d’un meeting de campagne, l’impensable survient. Deux individus sont abattus, alors qu’ils s’apprêtaient à assassiner le gouverneur Turley. Compte tenu des profils atypiques des deux terroristes, à savoir un vieux dessinateur de 80 ans déguisé en Rorschach et une jeune cowgirl de 20 ans, un détective, dont nous n’apprendrons jamais le nom, est dépêché pour mener une enquête parallèle à celle du FBI.

Qui étaient Wil Myerson et Laura Cummings, et qu’est-ce qui a pu les pousser à planifier ce crime ? Cette question lancinante va mener le détective au cœur d’une enquête troublante où les lignes qui séparent le bien et le mal vont se brouiller irrémédiablement.

Une enquête qui tache(s)

On ne présente plus le chef d’œuvre d’Alan Moore qu’est Watchmen, le roman graphique qui a révolutionné le genre en cassant les codes super-héroïques. Doté de plusieurs niveaux de lecture, Watchmen offrait alors au public de multiples interrogations politiques et philosophiques, sur le mythe du surhomme et sur ce qu’impliquerait leur présence dans un monde traité de façon réaliste.

L’un des personnages emblématiques de Watchmen est bien évidemment Rorschach, le justicier au masque taché rappelant le fameux test du même nom. Ce personnage ambigu, violent et psychotique, est inspiré à la fois de Mr A et de Question deux créations de Steve Ditko, génie des comics plus connu pour avoir cocrée Spider-Man et Doctor Strange.

Au moment de la création de Mr A et Question, Steve Ditko était un partisan de la doctrine objectiviste, un mouvement de pensée philosophique qu’Alan Moore avait en horreur. L’auteur anglais a donc amalgamé ces personnages qu’il abhorrait pour en faire Rorschach, un fanatique violent dont la philosophie est une version caricaturale de l’objectivisme.

A son tour, Tom King s’empare du mythe Rorschach pour dresser un portrait de son époque, et traite le personnage davantage comme un concept qu’un être pensant. Dans le scénario, le Rorschach original est mort depuis longtemps, mais son héritage demeure, un héritage sanglant qui réfute toujours toute compromission. King nous plonge, au cours des 300 pages qui composent son enquête, dans la psyché torturée de personnages désespérés, qui n’ont rien à perdre. La folie qui grignote les fondations du monde de Watchmen semble tout droit sortie de notre monde à nous, où la vérité à perdu son V majuscule pour se subdiviser en considérations, en opinions travesties en faits (soit tout le contraire de l’objectivisme).

Il est plaisant également de constater que l’auteur a su conserver la veine uchronique, en extrapolant les éléments qui découlaient de la première mouture. Ici, la victoire au Vietnam permise par l’intervention du Dr Manhattan a engendré la création d’un 51e état, sur lequel s’appuie le Président Redford pour ses multiples réélections. Nous avons aussi quelques pivots majeurs de l’Histoire contemporaine, tel que le 11 septembre, qui sont affectés par cette version alternative. L’auteur nous permet aussi de constater la vacuité relative du sacrifice consenti par les héros, notamment Ozymandias, Manhattan et Rorschach, en faveur de la paix.

En effet, le mensonge originel, concocté par Ozymandias, soutenu par Manhattan mais conspué par Rorschach, qui consistait à simuler une attaque extraterrestre dans les plus grandes villes du monde afin d’unifier les nations qui s’apprêtaient à se faire la guerre, n’aura eu qu’un succès relatif, puisqu’il aura engendré paranoïa et désespoir, au point que des décennies plus tard, les citoyens les plus radicaux croient encore qu’une attaque est imminente et que les « calmars » continuent de s’insinuer dans les cerveaux humains.

Gageons que « l’homme le plus intelligent du monde » n’avait pas anticipé cette issue, ni les complications qu’elle engendrerait. Pourtant, Ozymandias n’était pas ce que l’on pourrait qualifier de naïf, bien au contraire, mais sa foi en l’Humanité était sans doute déjà trop grande, ou ses standards trop élevés pour le commun des mortels, tandis que des personnages comme le Comédien ou Rorschach avait percé le voile de la prétendue civilisation pour scruter la véritable nature humaine, celle que l’on tente vainement de dissimuler derrière un vernis normatif.

Pour en revenir au sujet, King écrit une enquête au long cours qui détonne par rapport à ses travaux habituels. On n’y retrouve ni ses formats de planche favoris, ni le style particulier de ses dialogues. Le protagoniste en lui-même est un canevas vierge, comme si, à la façon de Rorschach dont le masque change constamment, c’était au lecteur d’y projeter sa conscience et ses a priori politiques et philosophiques.

Graphiquement, le style de Fornès est tout à fait en phase avec le ton de l’œuvre, et rappelle le travail de Michael Lark sur Gotham Central.

RORSCHACH est donc, vous l’aurez compris, une œuvre pertinente écrite par un auteur concerné, à lire absolument si vous vous êtes intéressé à Watchmen.

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Spider-man: le cauchemar

La trouvaille+joaquim

Comic de Paul Jenkins et Umberto Ramos
Panini (2022)- Marvel (1999), 112p., collection anniversaire Spider-man, volume #8.

Spider-Man : Le Cauchemar – Par Paul Jenkins & Humberto Ramos – Panini ComicsAu choix totalement dérisoire ou moment original de la saga du Tisseur, ce cauchemar est principalement porté par les dessins si particuliers et clivants du mexicain Umberto Ramos. Au début des années quatre-vingt-dix apparaissent les éditions Image, nées d’un départ d’auteurs majeurs de l’époque de Marvel ou DC tels Todd MacFarlane, Jim Lee ou Marc Silvestri. Devenu aujourd’hui le principal éditeur des comics indépendants, Image lance toute une génération de jeunes auteurs, dont Umberto Ramos avec son style cartoon qui détonne à l’époque sur des séries aussi radicales que Dv8 ou Crimson, mais encore un certain Joe Madureira ou autre David Finch. Ce Cauchemar marque l’arrivée sur la licence Spidey de Ramos, alors une des superstars du comics US sur une narration qui dénote ans son approche adulte qui parle de mort (de Gwen Stacy), de folie (du Bouffon vert), de couple en crise. Une vision loin du Spider-man éternel adolescent qu’ont choisi de reprendre les studio Disney dans son MCU.

L’intrigue est assez maigre: il s’agit d’un affrontement très violent entre Spider-man et son pire ennemi, bien décidé à créer un tel choc chez Peter Parker qu’il ira jusqu’à le tuer, mettant fin à leur affrontement et brisant définitivement la morale du héros. Cela permet pourtant des planches et une atmosphère qui nous rappelle furieusement Batman dans son conflit éternel contre sa moitié folle, le Joker. Des encrages en ombre et lumière Top 10 Green Goblin Storylines: #4à la rage du Tisseur lorsqu’il décroche la mâchoire de son adversaire, des provocations verbales permanentes de Norman Osborn qui menace ses proches, beaucoup de marqueurs des histoires de Batman apparaissent dans un album qui se démarche franchement du canon Marvel. Alors on pourra trouver que les dessins ont vieilli (Ramos s’est amélioré depuis, jusqu’à l’incroyable diptyque ecclésiastique réalisé chez Soleil avec le même scénariste quelques années plus tard), il maîtrise pourtant remarquablement l’action et des cadrages étonnants semblant plonger la camera au cœur de la mêlée dans des heurts rageurs. Avec un principe proche de Spider-men, j’ai trouvé cet opus bien plus ambitieux et intéressant dans ce qu’il propose.

A noter un carton rouge à Panini qui pour rentrer dans le tarif promo de la collection a cru bon de scinder ce triptyque pour ne proposer que le premier affrontement contre le Bouffon, brisant l’enchaînement qui faisait probablement partie du projet du scénariste au même titre que la saga des couleurs de Tim Sale et Jeff Loeb. Le goût d’inachevé à la lecture de l’épisode du Bouffon est est sans-doute atténué par les épisodes sur Octopus et Venom, dont la physionomie too-much rend tout à fait intéressant le style d’Umberto Ramos… Je ne saurais trop vous conseiller donc d’opter plutôt pour la version intégrale des trois affrontements… pour peu que le trait du dessinateur vous convainque.

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Age of Ultron

Intégrale de 320 pages comprenant les épisodes #1 à #10 de la mini-série Age of Ultron, écrite par Brian Michael Bendis, et dessinée par Bryan Hitch, Carlos Pacheco, Brandon Peterson et Butch Guice. Parution en France chez Panini Comics le 14/09/2016.

Robot pas bô

Si vous connaissez vos classiques, alors vous savez déjà sûrement que l’IA, ça craint. La science fiction regorge en effet d’exemples édifiants de monumentaux ratages lorsqu’il s’agit pour l’Homme de créer la vie à son image, en commençant par le Golem jusqu’à Skynet en passant par Frankenstein.

Il est possible que ce soit parce que l’Homme, étant foncièrement corrompu, ne peut finalement rien créer d’autre qu’une engeance défectueuse et abjecte. En tout état de cause, les Avengers ne peuvent que partager ce sentiment, puisque depuis les années 60, ils sont harcelés par une intelligence artificielle tantôt guignolesque, tantôt génocidaire, nommée Ultron.

Ultron a de particulier qu’il est une création de Hank Pym, alias l’Homme-Fourmi, génie scientifique et Avenger fondateur quelque peu instable qui a, par erreur, donné naissance à l’un des ennemis les plus acharnés de nos héros. En effet, Ultron au fil des ans, connaît maintes incarnations et mises à jour qui le rendent chaque fois plus dangereux, et, à chaque fois, les héros arrachent une victoire sur le fil, en ignorant s’ils y parviendront la fois suivante. Parmi eux, les plus visionnaires, comme Tony Stark, savent que Ultron finira par atteindre un point au delà duquel il sera impossible de l’arrêter, et qu’il atteindra inexorablement son but, à savoir exterminer l’Humanité (très original…).

En 2013, année de la publication de Age of Ultron, Brian Michael Bendis est en fin de course, après avoir présidé aux destinées des Avengers durant quasiment dix ans. Le scénariste, multirécompensé, aura engendré des sagas telles que Avengers Disassembled (2004), puis House of M (2005), Secret Invasion (2008), Siege (2010), avec toujours plus ou moins de succès.

En 2010 après la fin de Dark Reign (le règne sombre de Norman Osborn), l’auteur mettra d’emblée les héros face au robot tueur dans la V4 de la série Avengers, après une petite escarmouche dans la série Mighty Avengers en 2006 . Il implantera alors l’idée de son retour inévitable et de sa victoire éventuelle, et montrera ainsi toutes les extrémités auxquelles il faudra consentir pour tenter de l’arrêter. En effet, dans Avengers V4, les héros constatent que Kang le Conquérant, voyageur temporel, a tout tenté pour empêcher l’ascension d’Ultron dans le futur, en vain. Ce dernier remporte la victoire dans toutes les versions, forçant le Voyageur du Temps à tenter encore et encore de le vaincre jusqu’à briser le flux temporel. On voit donc déjà que l’idée de départ de Age of Ultron était déjà présente chez l’auteur auparavant. Recyclage ou exploitation avisée ?

Il faut admettre que le bilan est mitigé pour cette Ere d’Ultron (dont le titre sera repris pour le second opus de la saga Avengers au cinéma). La première partie dépeint un monde post-apocalyptique, dans lequel ce que craignaient les Avengers est arrivé: Ultron est revenu, est il a gagné. Secondé par une armée de robots à son image, l’entité artificielle s’est bâtie une forteresse gigantesque, d’où il observe maintenant les ruines fumantes du monde qu’il rêvait de dévaster.

Ce qu’il reste des héros vit terré dans des souterrains, démoralisés et hagards. Même Captain America, parangon de vertu et de courage, a baissé les bras face à l’ampleur de son échec et n’ose pas envisager une riposte. Certaines personnes, en revanche, comme Hawkeye et Black Widow, résistent et espèrent trouver une solution au problème. Cette solution va vite se présenter, sous la forme d’une plateforme temporelle, qui appartenait autrefois à Victor Fatalis. Les héros, enhardis par cette perpsective, se scindent en deux groupes: le premier va dans le futur, pour stopper l’ultime Ultron qui tire les ficelles, tandis que Wolverine décide de prendre le problème à la racine en allant supprimer Hank Pym avant la création d’Ultron.

Comme on peut s’en douter, lorsque vous mêlez voyage temporel et univers bâti sur des décennies de continuité, et que vous ôtez de surcroît un personnage fondateur, cela donne lieu à un petit festival d’effets papillon qui pourrait être exploré sur une bonne douzaine de chapitres. Wolverine se réveille donc dans un présent débarrassé d’Ultron, mais gouverné par quelque chose de pire, évidemment. Le mutant griffu va donc devoir payer de sa personne pour remettre le flux temporel sur les rails et réparer ses erreurs.

En effet, sans la présence d’Hank Pym dans l’univers Marvel classique, beaucoup d’événements majeurs n’auraient pas eu la même tournure, et les répercussions cumulées ont de quoi donner le vertige. En fouillant un peu, on peut même trouver la liste des effets de la mort d’Hank Pym sur la timeline Marvel, écrite par Bendis en personne.

Néanmoins, si l’idée est bien pensée, son exécution reste quelque peu en deçà de ce que l’on pouvait espérer. Après de longs moments de confrontation pas très fructueux, Wolverine et son alliée de circonstance sont capturés, par des héros qui ne les reconnaissent pas ou les prennent pour des imposteurs, tandis que certains commencent à entrevoir ce qu’il se joue réellement. Ce passage un peu décevant ne sert finalement qu’à donner à Wolverine la solution idoine à son problème de paradoxe temporel, qu’il se presse de mettre en œuvre sans trop d’obstacles sur son chemin. Quant à la partie action, la mission-suicide de Captain America et consorts dans le futur ? Pas un mot, pas une case sur son issue, l’apparence de cet Ultron Ultime n’étant révélée que dans les couvertures variantes.

Il peut parfois être salutaire de défier et prendre à revers les attentes des lecteurs, mais quand ces manœuvres confinent davantage de la roublardise fainéante que de la véritable subversion, cela pose un problème. Toute une ligne narrative tuée dans l’œuf, et une autre ligne narrative qui se contente d’un aller-retour dystopique sensé donner tort à la philosophie radicale de Wolverine, ce ne sont là que les symptômes d’une écriture en fin de course, comme nous le disions plus haut, qui rendaient d’autant plus opportun le passage de flambeau de Bendis sur les séries Avengers.

Et puis, avec le recul, il y avait peut être plus intéressant comme personnage principal que Wolverine, le mutant dont le pouvoir caché semble être l’ubiquité, tant il était surexploité et omniprésent dans les productions globales du Marvelverse.

Maintenant que l’on sait tout ça, tentons de résumer cet Age of Ultron: un pitch intéressant mais recyclé, une exécution sommaire et finalement peu inspirée, un protagoniste bateau déjà-vu, un antagoniste invisible, une écriture hasardeuse et une conclusion expéditive. Clairement pas le meilleur event de Brian Bendis et une assez triste façon de clôturer un run monumental de dix ans qui figure parmi les meilleures périodes des Avengers.

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Spider-men

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Comic de Brian M. Bendis et Sara Pichelli
Panini (2022), Marvel (2012), one-shot.

Album présenté dans la collection anniversaire du printemps des comics Panini 2022.

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Lors d’une patrouille Peter-Parker tombe sur Mystério… qui le propulse dans une autre dimension. Dans ce monde semblable au sien il va faire la rencontre d’un autre spider-man…

A Spoiler-Free Review of Bendis and Pichelli's 'Spider-Men' #1Dans la recherche permanente de nouveaux publics et de renouvellement, Marvel a lancé dans les années deux-mille un nouvel univers nommé Ultimate permettant de réinventer ses personnages hors de la continuité historique. Jusqu’en 2015 et le crossover Secret wars on a pu ainsi voir apparaître plein de nouvelles versions des super-héros, dont ce fameux Miles Morales, une des initiatives les plus rafraichissantes depuis pas mal de décennies dans le monde des super-slip.  Avant de donner naissance au Spider-verse deux ans après, cet album sélectionné dans la très historique collection anniversaire Spider-man de cette année a surtout valeur patrimoniale pour plusieurs aspects.

D’abord les auteurs. A peu près inconnu lorsqu’il crée l’univers Ultimate, Brian M. Bendis est aujourd’hui un des grands manitou de l’industrie, à l’origine notamment Spider-Man Artdes event majeurs House of M (chez les X-men) et Secret invasion (dont la série adaptée s’apprête à sortir sur les écrans Disney). Sara Pichelli est elle une débutante dans l’industrie et deviendra une des principales dessinatrice du tisseur toutes ces années, considéré comme une des dessinatrices les plus importantes dans le genre super-héroïque? Ensuite la création du personnage de Miles Morales est un évènement historique: d’une part en assumant de changer radicalement l’identité du personnage le plus iconique de la Maison des idées les auteurs ouvrent la porte à toute une série de bascules que nous voyons encore aujourd’hui, y compris au MCU avec le passage de témoin du bouclier de Capitain America ou Jane Foster devenant Thor. Ce changement crée en outre un nouveau héros noir, ce qui est encore très loin d’être le cas, rajeunissant encore un peu plus le juvénile Spidey. Enfin en créant de fait le multivers moderne (on sa connaissance par Nick Fury et les Avengers), ce spider-men est une charnière majeure de l’histoire récente des super-héros et de leur interface avec le MCU.Spider-Men » par Brian M.Bendis & Sara Pichelli | 9emeArt.fr

Pour l’album en tant que tel l’intrigue tient sur un timbre-post et ne revêt pas grande émotion, retournement ou action marquante. Les dessins de Pichelli sont très agréables, les personnages et les dialogues comportent leur lot de fun, le méchant est pathétiquement insignifiant, bref, nous avons là la parfaite excuse en pilote automatique pour consommer du spider-man. Un peu le pendant graphique du récent film No way home et son fan-service totalement inutile. Pour la réinvention et l’originalité on foncera plutôt sur le Spider-Verse de Coipel et le Spider-Island de Ramos et Camuncoli.

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Crossover #1: Kids love chains

Premier tome de 184 pages comprenant les six premiers chapitres de la série écrite par Donny Cates et dessinée par Geoff Shaw. Parution le 15/04/22 chez Urban Comics.

Une lecture qui pique les yeux.
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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

La réalité écrase la fiction

Vous ne le savez surement pas, mais l’univers coloré et spectaculaire des comic books a fait irruption chez nous, dans ce bon vieux monde réel que nous autres lecteurs cherchons justement à fuir lorsque nous ouvrons un album. Cette anomalie s’est produite à Denver, Colorado, et a provoqué rien de moins que la destruction de la ville, ainsi qu’un nombre incalculable de morts.

Aujourd’hui, tous ces personnages fictifs qui ont pris vie sont circonscrits derrière un dôme d’énergie, épargnant au reste du monde leurs incessants et destructeurs combats. Mais la vie quotidienne n’a pas repris son cours pour autant. Ce cataclysme, connu sous le nom de Crossover, a marqué les esprits et jeté l’opprobre sur les comics et leurs aficionados. Des mouvements réactionnaires ont gagné en popularité, et le gouvernement s’est mis à étudier le phénomène dans l’espoir d’éviter un nouveau crossover.

Ellie, de son vrai nom Ellipse, est une jeune cosplayeuse qui travaille en périphérie du dôme, dans la boutique de bandes dessinées d’Otto. Assumant son statut de paria, elle est néanmoins incapable de faire le deuil de ses parents, dont elle a été séparée lors des évènements de Denver. Un jour, alors que des fanatiques attaquent la boutique pour y mettre le feu, Ellie rencontre Ava, une jeune fille issue du crossover, séparée comme elle de ses parents fictionnels. La jeune femme va donc s’embarquer dans une quête effrénée pour ramener Ava chez ses parents, mais il faudra pour cela traverser le dôme réputé impénétrable…

Après nous avoir quelque peu désarçonnés il y a peu avec King In Black, l’auteur prolifique Donny Cates nous avait redonné le sourire avec The Paybacks, sa série indé parue chez Urban Comics an même temps que ce Crossover.

Si Paybacks était déjà déjanté, on peut dire que Crossover est un projet pharaoniquement méta ! Imaginez un peu, tous les personnages de fiction que l’on adore, faisant irruption dans notre monde, sans les barrières éditoriales qui les empêchent généralement de se rencontrer. Cette prémisse est quasiment identique à celle de la mini-série 1985, écrite par Mark Millar, mais Cates n’est ici aucunement limité au marvelverse, puisque c’est avec des personnages de tous les horizons éditoriaux (Image, Dark Horse, IDW, etc) que l’auteur a le droit de jouer. L’intrigue en soi reste plutôt simple dans ce premier tome, et permet de poser les bases délirantes pour une suite que l’on espère encore plus barrée et spectaculaire.

Le ton demeure malgré tout grave, ou en tous cas moins léger que sur The Paybacks, dont les héros font d’ailleurs une apparition remarquée. L’auteur sait poser ses enjeux rapidement et développer ses personnages, ce qui permet une immersion rapide dans le récit et un gain de temps pour sa dynamique.

Avec cette nomenclature méta, Donny Cates saisit l’occasion de traiter de la place des comics dans la culture populaire américaine, que ce soit l’opprobre et la censure qu’ils ont subis à leur hégémonie actuelle, ainsi que la façon dont la société absorbe et digère ses traumas les plus meurtriers. Ainsi, il ne se prive pas d’évoquer les dérives extrémistes, voire sectaires, vers lesquelles le collectif blessé se tourne en guise de refuge, à défaut de résilience. On peut même deviner, dans le ressort narratif du passeur qui aide des personnes dans le besoin à passer des « frontières », que le scénariste en a profité pour filer sa métaphore sur la politique américaine.

S’agissant de la mise en scène, les lecteurs assidus de comics retrouveront de sacrées doses d’easter eggs et autres références plus ou moins cachées, mais il faut savoir que les caméos en bonne et due forme sont issus pour l’essentiel des catalogues Image Comics et Dark Horse. Les personnages des grandes écuries sont quant à eux simplement évoqués ou pastichés.

Ce premier tome de Crossover est donc un démarrage réussi, ambitieux dans sa forme autant que dans ses thématiques.

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The Paybacks

Histoire complète en 216 pages, écrite par Donny Cates et dessinée par Geoff Shaw. Parution le 15 avril aux éditions Urban Comics.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Les bons comptes font les bons zarbis

Comme bon nombre de lecteurs l’a découvert en dévorant des pages de comics, les super-héros, sous leurs airs graves et leurs statures de parangons de vertu, portent tous un message, caché plus ou moins subtilement entre les cases. Et pour une partie d’entre eux, ce message va en faveur d’une société libérale, libre de toute contrainte si ce n’est un sens aigu de la justice et de la morale, versions américaines bien entendu, et donc, d’une société capitaliste.

Batman, par exemple, nous montre bien que pour combattre le crime efficacement, il ne faut pas simplement un lourd passé traumatique, il faut beaucoup de détermination, et aussi, et surtout, une fortune colossale, ayant vocation à acheter tous les biens matériels et les compétences utiles au justicier. Imaginez un monde rempli de batmen en puissance, tous désireux de brandir le poing incorruptible de la justice dans les rues malfamées d’une mégapole occidentale anonyme. Tout le monde n’étant pas Bruce Wayne ni Tony Stark, comment feraient ces âmes volontaires pour se lancer dans une carrière de justicier ? Ils se tourneraient sans conteste vers le système bancaire, afin de faire financer leur matériel ou autre amélioration génétique.

S’il y a bien une chose à retenir au cœur du système capitaliste, c’est que l’argent n’est rien d’autre que le mètre-étalon de la valeur travail. Si quelqu’un parvient à obtenir de l’argent sans travail, c’est que quelque part à l’autre bout de la chaine économique, il y a eu du travail sans argent. C’est ainsi que la finance prospère et que les usuriers s’engraissent toujours plus.

Pour nos pauvres super-héros endettés, il est donc difficile de joindre les deux bouts, puisqu’ils empruntent des sommes pharaoniques pour financer des activités qui par définition ne leur rapportent pas d’argent, tandis que les intérêts s’accumulent. Argent sans travail, travail sans argent. CQFD.

Parmi tous les usuriers, le pire est sans doute Pierce, un mystérieux mécène pour super-héros dont la générosité n’a d’égale que la perfidie. A sa botte, une équipe surnommé les Impayés, constituée d’anciens s

uper-héros en banqueroute, qui tentent vainement de rembourser leurs dettes à Pierce en capturant pour lui d’autres super-héros débiteurs. Une fois leur cible désignée, les Impayés surgissent et saisissent tous les biens du héros appauvri, et l’intègrent manu militari à leurs rangs, avec une bombe au poignet façon Suicide Squad.

Ainsi, on fait la connaissance d’Emory Rains, Bloodpouch, le Nunchuck Russe, Skisquatch, Le Chauffeur, Miss Aventure et Doctor Blaqk dans leur routine d’agents de recouvrement à la fois blasés et impitoyables. Leur quotidien sera bouleversé lorsque leurs cibles seront systématiquement éliminées avant même de pouvoir procéder à la saisie, ce qui est en mesure de déstabiliser Pierce et le pousser dans ses retranchements.

Argent, trop cher

Nous avions croisé Donny Cates en début d’année à l’occasion de King In Black, qui était une franche déception. Pourtant, avant ce petit crash éditorial, l’auteur s’était fait un nom hors des comics mainstream, avec de très bonnes séries comme Buzzkill (publié en France chez Delcourt) ou God Country (publié chez Urban), qui montraient un réel talent du scénariste à amplifier les émotions grâce à des personnages complexes et attachants ou encore sur l’étonnant Silver surfer black.

Donny Cates revient à ce qu’il sait faire avec The Paybacks, mais délaisse le ton grave de God Country pour plonger dans un humour grinçant qui n’oublie pas une violence débridée. La critique du capitalisme est ici évidente, comme dans Space Bastards, mais le ton est moins irrévérencieux (et moins gaulois) et plus axé autour de l’amour des comics de Cates et Shaw. En effet, l’ensemble du récit est hyper référencé, que ce soit dans les dialogues, l’apparence des personnages ou des caméos inattendus. D’ailleurs, le fait le plus notable est que The Paybacks se déroule dans le même univers que Buzzkill, ce qui promet de nouvelles aventures potentielles.

Un récit d’action satyrique comme on les aime !

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Batman: Imposter

Recueil de 152 pages de la mini-série écrite par Matson Tomlin et dessinée par Andréa Sorrentino. Parution en France aux éditions Urban Comics, collection Black Label, le 25/02/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Beware the Bat

Depuis trois ans, la ville de Gotham subit une campagne violente, menée par un homme anonyme dont certains doutent même de l’existence. Le but apparent de cette figure nocturne est de lutter contre la criminalité et la corruption qui gangrènent la cité depuis des décennies, quitte à se mettre à dos la police et se mettre au ban d’une société devenue apathique.

Cet homme, déterminé, entraîné et disposant de ressources considérables, n’est autre que Bruce Wayne, héritier de la fortune colossale de ses défunts parents, assassinés sous ses yeux dans une ruelle sordide. Mû par une colère dévorante, Bruce est devenu le Batman, le justicier de l’ombre craint par les criminels et méprisé par le système.

Batman est peu à peu devenu le symbole d’une justice alternative, qui ne fait pas de compromis, remportant une certaines adhésion populaire malgré la traque officielle qui lui est donnée. Et contre toute attente, les efforts colossaux de Bruce ont fini par porter leurs fruits, car pour la première fois depuis 54 ans, le crime recule à Gotham. C’est même la première fois, ce soir-là, qu’aucun crime violent n’est répertorié dans la cité. Une vraie consécration, que tout homme censé aurait pris le temps de célébrer.

Mais vous l’aurez compris, Bruce n’a rien d’un homme censé. Noyé dans sa croisade, il ignore sciemment ses limites jusqu’à être grièvement blessé, par deux crétins anonymes qui s’en vont sans demander leur reste. A cours d’options, Bruce échoue chez la Docteure Leslie Thompkins, qui l’avait suivi enfant. Leslie découvre ainsi avec effroi que le jeune patient qu’elle connaissait est en réalité un justicier ultra violent. Partagée entre sa volonté de sauver Bruce de lui-même et les enjeux liés à sa croisade contre le crime, elle décide de l’aider en lui imposant des séances de psychothérapie, auxquelles le jeune homme devra se plier au risque d’être dénoncé par sa psy.

Malheureusement, ce n’est pas le seul problème que va devoir affronter notre héros. Un autre justicier, arborant lui aussi le symbole de la chauve-souris, exécute des criminels, franchissant ainsi la seule limite que le véritable Batman s’impose. Harcelé de tous cotés, traqué par le GCPD et par les élites corrompues de Gotham, Batman n’aura peut-être pas l’occasion de laver son nom et d’attraper l’imposteur.

Le film le plus attendu de l’année, The Batman, débarque dans nos salles obscures, poussé par une vague de hype comme en voit que pour les icones de la pop-culture. Ça tombe bien, l’Homme Chauve-Souris en est une, avec ses éléments clés, ses poncifs et piliers, que de nombreux auteurs, en 80 ans de continuité, se sont amusés à manier et remanier. Après des interprétations toujours plus excentriques (Batman, la série télé avec Adam West, Batman Forever et le trèèès controversé Batman & Robin), Christopher Nolan est entré en scène et a livré une trilogie qui a redéfini en profondeur le personnage et sa mythologie aux yeux du public.

Son leitmotiv ? Une approche sombre et réaliste, centrée sur les tourments et la psychologie ambigüe de son héros. Dans quel but un homme peut-il se lancer dans une telle croisade ? Quelle motivation, quelles ressources et quel entrainement cela requiert-il ? Narrativement parlant, Nolan n’est bien sûr par le premier à tenter cet angle d’approche, puisque des auteurs comme Frank Miller l’avaient déjà envisagé 20 ans auparavant (Batman Year One, The Dark Knight Returns, etc). Ces œuvres ont d’ailleurs servi de base de référence à Nolan pour sa trilogie.

Aujourd’hui, c’est Matt Reeves qui s’attaque au problème Batman, après une brève passade de Zack Snyder, avec le concours d’un Ben Affleck qui n’a pas fait l’unanimité parmi les fans. Le scénario du film de Reeves est cosigné par Mattson Tomlin, jeune auteur et réalisateur américain qui s’est d’abord fait la main sur The Imposter, dans lequel il développe la vision réaliste en vogue pour le justicier de Gotham.

Il s’agit donc ici d’explorer le coût personnel de la croisade du Chevalier Noir contre le crime, avec le plus de vraisemblance possible. Première idée imposée par le scénariste, son Batman est seul: ni Alfred, ni Gordon pour le soutenir ou appuyer ses actions. En effet, il est assez difficile d’imaginer que les proches d’un justicier, à plus forte raison un homme en colère comme Bruce, cautionneraient un tel comportement. Idem pour Gordon: un fonctionnaire de police qui collaborerait avec un homme en marge de la loi n’y laisserait-il pas sa carrière ?

La seconde idée est que la santé mentale et l’équilibre d’un justicier seraient réellement compromis, au point que l’on puisse douter de la cohérence de ses actions. Pour le reste, Tomlin met en lumière les fondamentaux de Batman, à savoir la préparation mentale et physique, les talents d’enquêteur et la dangerosité de Gotham. Il marque aussi des points en faisant rapidement de Bruce Wayne le suspect n°1 de l’enquêtrice chargée de traquer Batman.

Sur le plan graphique, Andrea Sorrentino, passé maître dans l’art de poser des ambiances glauques, est ici tout à fait à son aise. Inventif dans son découpage, il laisse la mise en scène au service de l’écriture mais n’excelle pas véritablement lors des phases d’action.

En résumé, Batman the Imposter est une exploration immersive de la psyché batmanienne, un avant-goût prometteur du film !

****·BD·Nouveau !

La Brigade Chimérique: Ultime Renaissance

La BD!

Histoire complète en 260 pages, écrite par Serge Lehman et dessinée par Stéphane De Caneva, assisté de Lou aux couleurs. Parution le 05/01/2022 aux éditions Delcourt.

Aux héros d’autrefois

Après avoir atteint le statut de BD culte il y a de ça une décennie, la Brigade Chimérique fait son grand retour, entre fiction et réalité.

Alors que Carl Von Clausewitz nous soutenait que « la guerre n’est pas un but en elle-même« , Jean-Luc Goddard, lui, nous affirmait que la guerre ne se résumait finalement qu’à une chose: « faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair« . Ce point de vue, qui peut être perçu comme cynique, n’en conserve pas moins une certaine teinte de vérité.

Mais quand la chair visée par la guerre l’utilise pour se transcender, cela donne La Brigade Chimérique, univers étendu arpenté par une galerie de surhommes nés des champs de bataille de la Grande Guerre, entre 1914 et 1918. Métamorphosés par l’aura quasi surnaturelle du radium et des gaz militaires répandus dans les tranchés, de nombreux hommes et femmes se sont relevés, dotés de capacités extraordinaires qui ont fait d’eux des surhommes.

Réunis à L’Institut du Radium par Marie Curie, pionnière française de la science qui a payé de sa vie le besoin de découvertes de l’Humanité, les surhommes ont formé une ligue dédiée à la protection de Paris, de 1918 à 1934. Durant cette période, un étrange quatuor, apparu initialement dans les brumes radioactives des tranchées, a secondé Marie Curie dans sa quête de l’Hypermonde et du salut de Paris: La Brigade Chimérique, composée du Soldat Inconnu, de Matricia, du Baron Brun et du Docteur Sérum. Cependant, du jour au lendemain, la Brigade s’est évaporée sans laisser de trace, contraignant Marie Curie à laisser Paris entre les mains du Nyctalope. Deux décennies plus tard, durant l’entre-deux-guerres, les tensions croissantes entre les différentes puissances, menées notamment le Docteur Mabuse, vont inciter les héros parisiens à faire front de nouveau, cette fois sous la houlette d’Irène Joliot-Curie. Puis une série d’évènements va conduire à la nouvelle émergence de la Brigade, dont on découvrira la véritable nature au fil de la série.

La série nous apprenait ainsi que la Brigade Chimérique était la manifestation des différents archétypes psychiques d’un officier français nommé Jean Séverac, qui échangeait ainsi sa place, façon Captain Mar-Vell, avec ses avatars chimériques. Héros malgré lui, Séverac se sacrifie à la fin de la série afin d’arrêter Mabuse et son gang, qui ne sont rien de moins que l’antithèse de la Brigade et…les avatars psychiques d’un certain Adolf, qui mènera son pays vers le destin que l’on connaît.

Retour aux sources

Alors que l’inévitable spectre de la Seconde Guerre Mondiale s’étendait sur l’Europe, les surhommes, menés par le Golem, choisirent l’exil vers l’Amérique, amputant par là-même la mémoire collective du souvenir de leur existence, qui s’est lentement altéré pour ne laisser que les écrits rédigés par leurs biographes de l’époque. C’est ainsi que des figures historiques furent reléguées au rang de personnages fictifs, comme nous l’explique Lehman au cours de la première série.

Près de 70 ans plus tard, alors que le monde est devenu plus complexe encore, le Professeur Charles Deszniak, dit Dex, mène des recherches sur ce que l’on nommait déjà à l’époque l’Hypermonde, en exhumant des preuves matérielles de l’existence de ces surhommes européens que tout le monde a oublié. Il est alors contacté par Nelly Malherbe, jeune fonctionnaire sous les ordres du Préfet, pour une mission toute particulière: après avoir passé des années à chercher les chimères, Dex va devoir en réunir le plus possible afin de faire face à une menace surnaturelle qui grouille depuis peu dans le métro parisien.

Commence alors une course contre la montre pour Dex, qui va retrouver certaines des icônes d’antan, mais peut-être pas sous la forme qu’il leur connaissait: l’Homme Truqué, Félifax, et même la Brigade. Seront-ils de taille pour affronter des dangers plus grands encore que la guerre ?

Durant la dernière décennie, La Brigade Chimérique s’est taillée une solide réputation, vue comme étant la réponse française aux pontes du comics que sont Watchmen et la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d’Alan Moore. On sent en effet d’emblée la filiation avec Watchmen dans le ton crépusculaire et le discours métafictionnel employé par les deux auteurs. Tout comme le fait Lehman, Moore implémente dans son œuvre une fiction dans la fiction qui vise à brouiller les pistes quant à la nature véritable de l’univers dans lequel se déroule l’action. Et comme dans la Ligue, la Brigade utilise de très nombreux personnages fictifs passés dans domaine public, en les mettant en abîme.

Ces deux similarités structurelles n’empêchent toutefois pas la série de se démarquer, même si cette suite tient davantage du blockbuster vitaminé que de la relecture méta de la figure originelle du surhomme. On peut certes déceler çà et là les multiples références faites par l’auteur à la culture américaine des super-héros, dont il nous a bien expliqué les véritables racines, mais il faut admettre que la mise en abîme est moins profonde que dans le précédent volume.

Une bonne partie de l’album est consacrée à la réunion du groupe, sans grand obstacle à surmonter d’ailleurs, avant que l’histoire n’entre dans le vif du sujet avec la bataille contre le Roi des Rats. Puis on passe dans une dernière partie qui élève les enjeux mais qui tombe littéralement du ciel, ce qui lui donne un aspect quelque peu artificiel.

L’arrivée de l’antagoniste final a certes été préparée en amont, dès les premières pages, mais elle a tout de même des airs de coïncidence, à moins que quelque chose m’ait échappé en première lecture. Là où le premier volume nous surprenait par la nature véritable des antagonistes de la Brigade, en en faisant l’antithèse parfaite du protagoniste, ici, on se retrouve avec une créature qui certes appartient au domaine public, mais qui n’a finalement rien de spécifique à l’intrigue ni aucun lien concret avec les héros.

Le plaisir de lecture reste néanmoins élevé, et c’est aussi du au talent de Stéphane de Caneva, qui accomplit une prouesse avec ces 260 pages au style réaliste, qui empruntent tant au style américain qu’à notre bon vieux découpage franco belge. Le tout offre une lecture résolument cinématique et pourra même séduire les quelques-uns qui n’étaient pas familiers de la première Brigade.

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman Ego

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Recueil comprenant les épisodes Batman Ego, Batman Black & White, et Solo. Darwin Cooke à l’écriture et au dessin pour Ego, assisté de Paul Grist (scénario) et Bill Wray (dessin) pour les deux autres chapitres. Parution en France chez Urban Comics le 17 janvier 2022.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

La Grande Aventure (L)EGO: Batman en petits morceaux

Batman est devenue une figure hégémonique de la pop culture grâce à son ingérence répétée dans plusieurs médias: bande dessinée, films, jeux vidéos, séries d’animation…

Chacune de ses adaptations a été une occasion supplémentaire de faire entrer dans le cercle des fans toujours plus nombreux, marqués par l’imagerie gothique de ce héros sombre et torturé. Au fil du temps, les différentes interprétations du personnage, les univers distincts dans lesquels Batman évoluait ont connu des transfuges, plus ou moins heureux. C’est ainsi par exemple, que des personnages issus de la série animée, créée par Bruce Timm en 1992, ont fait ensuite leur apparition dans le comic book, ce qui est l’un des premiers exemples de canonisation transmédia.

Encore aujourd’hui, Batman the animated series est considérée comme une série culte et incontournable pour les fans de l’Homme Chauve-Souris, si bien que le comic book n’a pas pu faire autrement que d’intégrer encore davantage d’éléments du dessin animé au sein de ses pages.

En 2000, c’est Darwin Cooke, issu de l’animation, à qui on donne l’occasion de raconter sa version du mythe Batman. L’artiste concocte donc Batman Ego, une fable sous forme de dialogue interne qui met le héros masqué face à ses peur et à ses doutes.

Après avoir échoué à empêcher un homme de main du Joker de mettre fin à ses jours, Bruce, blessé et affaibli, se cloître dans sa fameuse batcave et s’y voit confronté à la manifestation de son alter ego. C’est à cette occasion que l’on se rend compte que le Batman est vu comme un croque-mitaine non seulement par les criminels de Gotham City, mais également par Bruce Wayne lui-même.

Darwin Cooke choisit de traiter le paradigme du héros en faisant de Batman et Bruce Wayne deux entités distinctes, forcées de cohabiter mais ayant chacun des objectifs propres. Ainsi, Bruce Wayne, écrasé par ce deuil qu’il n’a pas su faire et par le poids des responsabilités qu’il s’impose, s’en remet à Batman pour faire ce qu’il n’a pas pu, à savoir protéger tous ces parents qui sont symboliquement les siens et éviter autant d’orphelins potentiels. Batman, quant à lui, n’est que rage bouillonnante et pulsions de mort, et se sent de plus en plus contraint par les limites que lui impose Wayne. Ne tolérant qu’à peine ces freins, Batman presse de plus en plus pour que son hôte lui lâche la bride, et va profiter de ce moment de faiblesse pour le confronter à ses contradictions.

Le regretté Darwin Cooke déroule ici la théorie freudienne en découpant son personnage en trois parties distinctes: -Le Bruce Wayne milliardaire, la figure publique qui œuvre et investit pour le changement à Gotham, est le Surmoi, car il représente la morale qui pousse Bruce à agir. -Le Batman est ici représenté comme le Ça, siège des pulsions qui animent l’homme et le poussent à devenir un justicier violent et sans compromis. Et enfin, en lieu et place du Moi, nous avons le « vrai » Bruce Wayne, l’enfant orphelin qui a perdu ses parents dans Crime Alley, et qui doit faire la synthèse de toutes ces injonctions conscientes ou inconscientes.

Batman Ego est donc une plongée très immersive dans la psyché du Chevalier Noir, et nous pousse à nous interroger sur les implications réelles, en terme de santé mentale, qu’aurait la transformation d’un homme en justicier au ban de la société.

Le style saisissant de Darwin Cooke, reconnaissable grâce à son trait dynamique qui rappelle l’animation, conjugué à l’esthétique rétro futuriste digne d’un Fritz Lang, fait de ce Batman Ego une sorte d’hybride entre Batman the animated series de Bruce Timm, et Batman Year One, de Frank Miller.

En comparaison, les autres histoires courtes proposées dans ce même recueil paraissent moins impactantes, même si elles permettent d’apprécier le style de l’auteur et de ses comparses. On a par exemple un rapide crossover entre le célèbre Spirit de Will Eisner et Batman, qui, bien qu’il reprenne amoureusement les codes des comics pulp, reste un cran en dessous au niveau intensité dramatique. Néanmoins, ce Batman Ego, grâce au comics éponyme, vaut bien quatre Calvin.

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