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Shadowman (2019)

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Comic de Andy Diggle, Doug Braithwaite, Renato Guedes et Stephen Segovia
Bliss (2019) / Valiant (2018), 312 pages.

bsic journalismbadge numeriqueMerci aux éditions Bliss pour leur confiance.

couverture_shadowman8rgb-1-600x923Shadowman est l’un des premiers comics Valiant que j’ai lu et j’ai été immédiatement attiré par le côté sombre, par le charisme du méchant et par une approche graphique très artistique, notamment grâce à l’apport de Roberto de la Torre. Sur cette nouvelle série on est plus classique dans le dessin pour un traitement qui semble viser un élargissement du public. Sur ce point je dirais que l’arrivée de nouveaux lecteurs sera facilitée bien qu’il ne s’agisse pas d’un reboot à proprement parler, ce Shadowman 2019 prenant la suite directe de Rapture.

La Pie n’est plus. Après des années d’errements dans le monde des morts à la recherche de reliques pour Maître Darque, le serviteur est libéré et de retour dans notre monde. Confronté au Baron Samedi et ses plans obscures, il va devoir apprendre à connaître le Loa auquel il est attaché pour reconquérir sa puissance et combattre la société secrète qui œuvre dans l’ombre au retour de Darque…

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série marquait une sorte de descente aux enfers de Jack Boniface, hanté par un Loa, un esprit autonome du monde des morts transmis de génération en génération. L’affrontement avec le nécromant surpuissant Maître Darque se terminait par la disparition de ce dernier en même temps que l’asservissement volontaire de Shadowman sous la forme de La Pie, écumant le monde des morts. Les différentes séries Valiant ont ainsi convoqué ce personnage important sur des apparitions dans Ninjak, Bloodshot ou Rapture. Ainsi l’album commence avec l’expulsion d’un Boniface libéré de l’emprise de Darque et revenu auprès de sa chérie  Alyssia elle-même devenue la remplaçante de la sorcière Punk Mambo. On voit que les liens sont très étroits entre cette nouvelle série et la précédente, ce qui peut rendre difficile l’immersion pour les nouveaux venus. Pourtant on reste sur un schéma simple, avec la Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"société secrète cherchant à ressusciter le grand méchant, le Baron Samedi (toujours aussi cool) qui joue le rôle du vilain canard dans le panthéon des esprits, jamais vraiment méchant mais jamais vraiment fiable non plus et les deux protecteurs du Loa qui cherchent à rendre sa stabilité émotionnelle à Boniface tout en lutant contre la sœur de Darque, nouvelle méchante. On l’avait vue précédemment, la puissance maléfique de son frère avait entraîné Sandria à lier un Loa à son amant noir, ancêtre de Jack Boniface. Il y a donc une histoire de famille dans cette intrigue… qui m’a un peu déçu dans le fait de transformer cette sœur très intéressante jusqu’ici en une simple méchante manipulatrice. C’était la complexité de la famille Darque qui faisait la force de la première série. Ici c’est plutôt le passé du Shadowman et de ses précédentes incarnations qui nous est proposé.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série s’était terminée sur l’affrontement de Jack avec son père. L’intermède Rapture permettait la résolution de ce conflit intérieur. Désormais apaisé Jack Boniface, le dernier détenteur du Shadowman va pouvoir rechercher dans le passé, à l’époque de la guerre de Sécession, pendant la Prohibition, et jusqu’à l’aube des temps, l’origine de l’alliance du Loa et de l’homme au travers des différentes incarnation de Shadowman. Classiquement ces différentes époques comme les dimensions de la réalité permettent facilement à différents dessinateurs de proposer des graphismes variés. Au milieu de certaines expérimentations, Renato Guedes, dont les images du monde des mort sur Bloodshot salvation ne m’avaient pas convaincu, propose ici des pages absolument affolantes de beauté, de technicité et d’atmosphère. Si sa participation aux univers Valiant avait marqué les esprits sur X-O Manowar, je crois que ce volume est peut-être ce qu’il a proposé de plus réussi. Un très grand artiste.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman segovia"Hormis le problème sur la méchante expliqué plus haut cet album est une vraie réussite assez grand public même si les combats du Shadowman ont déjà été plus nerveux. S’il est surprenant de ne pas voir Punk Mambo (personnage original et assez central depuis plusieurs publications), le fait de revoir le personnage de Docteur Mirage est une excellente surprise tant ce personnage est sympathique et son interfaçage avec l’univers de Shadowman évident. La précédente intégrale était perturbante en ce qu’elle nous plongeait au cœur d’une intrigue déjà en cours et dont les rideaux se levaient progressivement autour des séquences sur la famille Darque. Cet nouvel album a plus la forme d’une origin story et en cela plus accessible. Comme tous les relaunch Valiant depuis quelques temps la ligne graphique est Résultat de recherche d'images pour "shadowman braithwaite 2018"somptueuse et le traitement plus grand public, au risque de tomber par moment dans la facilité classique des comics de super-héros. Il faudra attendre pour voir ce que cela peut donner, si l’ambition est affadie ou si le combat que l’on anticipe contre le retour de Darque sera mémorable avec un shadowman enfin libéré de ses tourments et en harmonie avec son Loa. Les auteurs devront trouver des aspects sombres pour maintenir l’originalité de ce personnage qui reste l’un de mes préférés de l’univers Valiant.

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Sushi & Baggles #16

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  • Hit-Girl à Rome (Scavone/Albuquerque/Panini) – 2019

couv_364209Cet album a été lu dans le cadre du programme SuperlecteursRésultat de recherche d'images pour "iznéo"

Après la Colombie et le Canada, la plus bourrine et tarée des Vigilante débarque à Rome pour botter des culs et trancher des têtes! Le relaunch de la série initiée par Mark Millar va ainsi voyager avec une équipe différentes pour chaque one-shot. Si le premier volume était loin d’être inoubliable, notamment par son côté sadique un peu poussé, ici on reste dans les canons du personnage (à savoir de l’action brutale à base d’un mort par page et un langage très fleuri de la demoiselle) mais la course-poursuite initiée avec une sorte de Catwoman permet des scénettes drôles et plus structurées. On ne va pas se mentir, Hit-Girl ce n’est pas de la poésie ni Usual Suspects. C’est une lecture rapide, de la baston, super bien dessinée (par un Raphael Albuquerque qui prépare la série Prodigy avec Millar) avec des étoiles qui donnent un aspect cartoon… et des découpages de méchants bien sanglants! Ici les affreux sont une mafia de religieux timbrés, nonnes et moines en robes de bure armés d’Uzi et de masses d’armes, commandés par une vieille peau aussi psychopathe que bigotte, à la recherche d’une relique. Le cliché italien est assumé, le personnage est toujours aussi foutraque et primaire mais l’ensemble est très sympathique dans le genre, notamment grâce aux dessins (bien que les décors soient assez vides). Du coup on attend la suite, surtout que des pointures sont annoncées aux crayons…

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  • All-new X-men #4: La bataille de l’Atome (Collectif/Pannini) 2013 (US)/2015

couv_255426Je poursuis la série Marvel NOW! des All-new X-men entamée par Brian Michael Bendis et Stuart Immonen au dessin qui m’avait fait forte impression sur les trois premiers volumes. L’écriture des premiers et les somptueux dessins d’Immonen se retrouvent partiellement dans cet affrontement entre X-men d’hier, de maintenant et du futur bien que l’équipe créative ait grossie: si les dialogues sont toujours très savoureux et le découpage, avec de nombreuses doubles pages, percutant, l’histoire tourne un peu en rond avec ces interminables interrogations de qui est qui, faut-il renvoyer Jean et Cyclope à leur époque contre leur gré et que font-ils ici?… Même chose pour les dessins, parfois superbes (Immonen toujours sur les quelques planches qu’il réalise, Bachalo étonnant) mais pour l’essentiel moyens (y compris sur les quelques planches de la bataille finale dessinées par Esad Ribic un peu en service minimum sur ce coup, Frank Cho pas très à l’aise dans l’univers super-héroïque). C’est dommage car sur le papier on a quand-même une sacrée dream-team, mais le concept semble s’essouffler et viser surtout les quelques pleines pages d’offensive collective X-men dont sont friands les fans et les dessinateurs. A noter tout de même le superbe design général des versions des X-men et notamment cette Xorg à la tête de mort, terriblement originale et réussie. On ne sait pas si cet arc est une transition vers quelque chose de plus grand mais malgré un plaisir certain entrecoupé de longueurs, on a le sentiment que la série aurait pu s’arrêter aux trois premiers, cohérents en tant que tels.

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  • Zetman #1 (Masakazu Katsura/Delcourt-Tonkam)  – 2004 – 20 tomes parus, série finie.

zetman01Je suis un grand fan de Masakazu Katsura, un des premiers mangaka, que j’ai découvert au travers de DNA2 à l’époque où l’éditeur-libraire Tonkam se lançait en premier (avec Glénat) dans l’aventure du Manga en France… Il est pour moi l’un des meilleurs dessinateurs japonais et si j’ai finalement lu peu de ses séries, j’avais depuis longtemps très envie de lire ce Zetman originellement issu de short-stories parues en 1997. La série a depuis été transcrite en dessin-animé.

Jin est un jeune orphelin vivant avec les sans abri. Élevé par son « grand-père » il est doté d’une force peu commune et s’occupe en défendant les gens contre les bandits. Lorsqu’une étrange créature non-humaine tue son grand-père, le naïf petit garçon se retrouve propulsé dans un univers violent où une étrange organisation semble le rechercher activement…

Je ne reviens pas sur les dessins vraiment chouettes, les nombreux tics et auto-références de l’auteur (la série animée Wingman qui l’a lancé, les petites culottes, les cheveu en pétard,…). Zetman commence vraiment bien avec un premier volume déjà plein d’action, de mystère fantastique un peu gore (la série est annoncée « mature ») et des personnages intéressants. L’auteur lance de nombreuses pistes qui ont vocation à se développer et nous mènent vers des expériences scientifiques monstrueuses liées à un enfant qui semble être un être doté de capacités hors norme. Ça va a cent à l’heures avec force cliffhangers entre les douze chapitres du volume avec pour objectif une première crise qui sort le héros de son état naïf initial pour l’emmener vers le statut de super-héros. Très riche mise en bouche qui donne envie d’enchaîner cette série finie à la taille maîtrisée.

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***·BD·Cinéma

Série: Daredevil Saison 1

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Ça y est, je l’ai enfin vue la première saison de ce Daredevil dont on dit tant de bien! J’avais beaucoup de réticences tant les autres séries de super-héros sont de très piètre qualité jusqu’ici, pourtant le diable rouge est le personnage que je préfère dans le catalogue Marvel, notamment via les albums dessinés par Joe Quesada (… qui est producteur exécutif sur la série!) ou le Yellow de Sale/Loeb. Du coup j’ai eu un peu de mal sur l’apparence du costume que l’on voit poindre à la toute fin de la saison, qui est bâti sur le modèle réaliste du Dark Knight de Nolan plutôt que sur le modèle « collant » historique. C’est dommage car si les collants n’étaient plus à la mode, le retour de Spidey dans le MCU aurait permis de garder ce design du diable bondissant.

On touche ici à une originalité qui plaira ou pas, de faire de Daredevil une grosse brute formée aux arts martiaux couleur « baston de rue ». Les combats, nombreux, sont rudes, secs, trapus. Le diable en prends plein la tronche malgré son agilité mais joue plus des muscles et de l’encaissement des coups, comme son boxeur de paternel. Il y a de la cohérence dans cela, toute la première partie revenant longuement sur les liens entre Matt Murdock et son papa « Battling » Jack, le plus doué pour encaisser les coups… et se coucher dans des combats truqués. En ce la la proximité avec Bruce Wayne est grande, faisant du décès de son paternel l’origine de sa hargne, de sa noirceur et de son envie de protéger sa ville. Mais contrairement au milliardaire de Gotham, Murdock est fauché, aveugle et petit avocat des causes perdues.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Le personnage urbain de Hell’s Kitchen est étonnamment absent de la première saison, sans doute pour des questions de budget (les tournages en extérieur sont beaucoup plus chers qu’en studio) et n’est représenté que par la fameuse église, le loft de Murdock et les lumières de néons nocturnes qui percent les vitres opaques des intérieurs. Comme dit plus haut, le Dardevil de Netflix est très terrien, ne serait-ce que par son apparence trapue et nerveuse, loin des acrobaties aériennes sur les toits de la ville qui font la marque de la BD. C’est un choix artistique, original, même si je trouve qu’on y perd en élégance.

L’histoire suit en parallèle la lutte de Daredevil (doté d’une tenue qui a plus du Vigilant que du superhéro) et de Wilson Fisk, le futur Caïd, incroyablement incarné par un Vincent D’onofrio qui n’a jamais été aussi bon depuis ses débuts dans Full Metal Jacket. Le héros est déjà en action au premier épisode et applique des méthodes violentes loin de la morale d’un héros. Car Murdock, orphelin jeune, aveugle, a eu une vie rude, en partie élevé et formé par Stick, un Scott Glenn toujours aussi sec et charismatique en vieux ninja aveugle. L’enjeu de cette première saison et ce qui lui donne tout son sel, c’est l’évolution du personnage, tiraillé entre ses deux pères, le prêtre et sa morale quasi laïque d’un côté, Stick de l’autre pour qui la fin justifie les moyens et n’autorise pas la compassion. Au commencement Daredevil est Stick. Les événements de la saison vont le faire évoluer vers le prêtre. Notamment le personnage de Claire Temple, la magnifique Rosario Dawson, trop peu vue dans cette saison et qui apporte beaucoup plus à l’intérêt psychologique qu’une Karen Page qui surjoue et occupe bien trop de temps d’écran en comparaison. Globalement le jeu est de qualité sur cette saison, mais très tiraillé entre l’excellent (D’onofrio, Dawson, Charlie Cox qui incarne le héros ou l’acteur qui incarne le journaliste Ben Urich, une vraie découverte) et l’assez mauvais (Karen Page donc, Foggy Nelson mais aussi étonnamment Ayelet Zurer qui en fait des caisses). Du coup on a beaucoup de scènes redondantes, mal jouées autour des larmes de Karen Page et quelques perles d’émotion brute dont la plupart autour de Fisk.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Car un peu comme le Thanos d’Avengers Infinity War, Wilson Fisk attire la quasi totalité de l’intérêt de la première saison, de par l’implication, la voix, la gestuelle de l’acteur et de toute évidence l’intérêt des scénaristes. L’axe de compréhension est celui de la relation au Mal qu’entretiennent Fisk et Murdock, en miroir. Si le second est du côté de la justice on lui fait assez vite remarquer qu’il a la même morale jusqu’auboutiste que son adversaire. La cohérence du parcours de Fisk fascine. Son père violent l’a forgé, traumatisé et il cherche sincèrement (comme Thanos) à faire le bien, contre l’avis des habitants s’il le faut. Sa recherche de l’amour est touchante et ses éclats de violence impressionnants.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Cette première saison est sans doute un peu longue et aurait gagné à être concentrée en huit ou dix épisodes en élaguant dans les longueurs. Esthétiquement c’est un peu cheap, du niveau moyen des séries super-héroïques. Les combats sont assez sympa et proposent une hargne bienvenue, mais c’est bien le personnage du méchant qui permet à la série de nous tenir en haleine. On reste loin de la qualité HBO mais pour un démarrage c’est encourageant et sachant que la série s’est terminée avec trois saisons j’espère que les producteurs (au rang desquels tout ce qui compte chez Marvel: Jeph Loeb, Joe Quesada, Stan Lee, excusez du peu) auront su clôturer joliment les aventures d’un personnage qui le mérite.

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Luminary #1: Canicule

BD du mercredi
BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2019), 120 p., série en cours, 1 vol. paru. Annexes de 10 p.

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Avant de commencer cette critique je tiens à féliciter l’éditeur Glénat qui fait un boulot assez remarquable sur ses albums depuis quelques temps, avec par exemple la collection Conan l’exceptionnel Ramirez l’an dernier et donc cet album: alors que nous avons l’habitude, dans le monde de la BD, du marketing un peu facile sur des vrais-faux TT, les versions noir et blanc pas toujours sérieuses niveau tirage et des bonus maigrelets pour des prix de vente conséquents, l’éditeur grenoblois propose ici pour vingt euros un album de cent-vingt pages avec une superbe reliure et un cahier alliant entretien avec les auteurs et illustrations superbes. Ce que j’appelle une édition collector pour le prix classique vue la pagination. L’amateur de BD en a pour son argent et le sentiment d’être dorloté. Un album qui vous met dans des conditions optimales et qui mérite amplement un calvin éditeur!

A New-York, à l’été 1977 la canicule bat des records. Soudain une lumière aveuglante éclate. en arrivant sur zone les soldats découvre ce qui ressemble à une attaque nucléaire en plein cœur de Manhattan… Qu’ont à voir avec cette explosion Darby le bossu volontaire pour des expérimentations médicales avant-gardistes et Billy, le jeune noir qui semble communiquer avec les animaux? Alors que la haine raciale semble poussée par l’événement et la chaleur, des êtres aux pouvoirs inimaginables vont se révéler…

Résultat de recherche d'images pour "luminary perger"Luminary est presque une découverte totale pour moi. J’ai lu quelques séries de Luc Brunschwig qui est pour moi un scénariste de qualité, très régulier et dont la dimension politique me plait. En revanche je n’ai jamais lu la série de super-héros française Photonik, éditée par les éditions LUG dans les années quatre-vingt et ne connaissais pas le travail assez impressionnant de Stephane Perger. Et puisqu’il faut bien commencer par un côté, les dessins de l’illustrateurs, tout en couleur directe avec très légère retouche numérique à la marge sont un régal pour les yeux de la première à la dernière page. Et comme tout album peaufiné avec amour, les auteurs ont apporté un soin à l’ensemble du bouquin, d’un titre au design très original à la composition en chapitres, reprenant très clairement le format des comics US tout en restant dans la taille franco-belge. Dès la double page de titre on est jeté dans l’image, immense, immergente, explosive. Les auteurs prennent leur temps et c’est efficace pour nous conter cette origin story qui ne veut pas se presser (sans que cela soit ennuyeux). Car en conteur d’expérience, Brunschwig utilise a peu près la même structure en rétroplanning alterné que Bec sur son récent Crusaders mais avec une beaucoup plus grande efficacité. Si ce dernier perdait le lecteur dans son introduction par une trop grande opacité, ici le scénariste reste dans la simplicité, indiquant les bornes temporelles à chaque saut et suivant une structure finalement assez linéaire. Cela fonctionne très bien en nous donnant envie de comprendre tout le long comment ce bossu un peu débile a pu provoquer cette explosion d’énergie… De la même manière l’alternance avec l’histoire du gamin noir, sans être reliée jusqu’ici à notre héros, permet de doubler l’intrigue en maintenant le suspens. Des recettes simples mais toujours efficaces pour qui sait les manier.

Dans un schéma d’histoire de super-héros (peu originale donc), la mise en scène a une importance capitale et je dois dire que les planches sont bluffantes. Pourtant la technique d’aquarelle de Perger est peu évidente, comme le montre la série à succès Descender Dustin Nguyen ne parvient pas à préciser ses arrières plans et donne une impression trop brouillonne. Le dessinateur de Luminary arrive lui à être remarquablement proche d’un dessin classique de la BD, d’abord par son trait précis (les annexes nous montrent l’évolution d’une page du crayonné à la couleur) mais surtout car sa colorisation éclate, dans des tons chaleureux de jaunes ou de rose. La taille des cases permet sans doute cela, mais toujours est-il que la maîtrise graphique est impressionnante et justifie à elle seule la lecture de cet album.

Du reste pour qui aime les super-héros on a ici une histoire de sensibilité européenne, jouant de politique, parlant de la ségrégation et des mécanismes de manipulation des foules à côté de l’histoire typique des expériences clandestines gouvernementales avec savant fou à la manœuvre. Le surgissement de Luminary est puissant, réussi, son affrontement avec sa consœur magnifique et l’histoire du jeune noir touchante. Les auteurs sèment les graines pour une série qui pourra durer longtemps et dont les bases sont suffisamment solides pour nous entraîner dans des aventures fantastiques tout au long des années 2020. Un poil trop formaté pour être un chef d’oeuvre mais assurément un coup de cœur quand à la qualité irréprochable du travail de bout en bout de cet album.

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*·**·****·Comics·East & West·Manga

Sushi & Baggles #14

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  • Iron man, Season one (Parel/Chaykin) – 2019

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Mauvaise pioche… J’ai découvert le talentueux Gerald Parel sur twitter où il publie régulièrement des fan-art de toute beauté. Du coup j’ai voulu tenter un des rares comics qu’il a dessiné… et comme pour nombre d’autres illustrateurs Parel est clairement plus attiré par les dessins de couvertures et autres concepts que par des albums complets. Celui qui doit publier une nouvelle version d’Astroboy très prochainement (on espère que Morvan saura cadrer) propose ici ce que je qualifierais de brouillon… Si l’histoire n’est pas inintéressante (bien que fortement reprise du scénario du film, avec un focus sur l’alcoolisme de Stark), si Parel excelle dans un style proche du rough tout numérique pour ce qui est des visages et premiers plans, les séquences action, arrière-plans et décors sont totalement brouillons, à peine esquissés et franchement pas chouettes à voir! Je suis dur mais quand on connait le talent du bonhomme on peu être assez choqué que l’éditeur ait accepté de publier cela. Je n’ai rien contre le dessin numérique esquissé, bien au contraire, et il est toujours impressionnant de voir combien en trois traits une silhouette lointaine prends vie. Mais tout de même… Est-ce le problème du calendrier imposé ou Parel qui n’a pas pris le boulot au sérieux, je n’en sais rien mais cela aboutit à un album que je déconseille clairement, même aux amoureux d’Iron-Man et du dessinateur.

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  • Dr Stone #5 (Boichi) – 2019

Couverture de Dr. Stone -5- Histoires du temps jadisDans cet épisode le tournoi pour déterminer le futur chef du village qui épousera la sœur de Kohaku bat son plein. L’arc du village touche à sa fin avec l’invention de la chimie et du médicament qui devra sauver la prêtresse. Je trouve que la série commence à s’essouffler en réduisant le côté world-building avec un combat où l’on retrouve les grimaces chères à Boichi mais pas très intéressant ni graphiquement ni thématiquement. Heureusement les auteurs savent rebondir régulièrement avec un cliffhanger assez costaud qui nous relate ce qui s’est passé juste après la pétrification… Je pense que je vais m’arrêter là pour ma part mais cette série reste de très bonne qualité pour les jeunes et peut aussi servir à introduire un lecteur (disons à partir de 10 ans?) au manga avec son aspect vulgarisation scientifique accélérée.

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  • Ajin #13 (Sakurai/ Glénat) – 2019

Couverture de Ajin : Semi-Humain -13- Tome 13Sa sent la fin! La vague finale de Sato est lancée pour détruire les institutions du pays après avoir pris le contrôle de la base d’Iruma dans une bataille dantesque! Ce volume comporte un peu moins d’action mais garde un rythme endiablé de révélations sur le fonctionnement des Ajin, de leurs fantômes et de leur « physique ». Gamon Sakuraï est un redoutable marionnettiste qui joue de ses personnages en recherchant toujours l’inattendu. Si quelques ficelles du plan de Sato s’avèrent un peu faciles, laissant les forces de défense et le gouvernement dans une sidération totale, on apprécie toujours autant ce diable se jouer de tout le monde avec une facilité déconcertante et une gestion de son corps totalement machiavélique. Au risque, depuis le début de la série, de vampiriser quelque peu l’attention du lecteur en laissant les personnages secondaires en retrait. On ne sait pas trop comment fait le héros Kei Nagaï pour parvenir à comprendre le raisonnement de Sato  mais c’est finalement un détail tant cette série continue tome après tome à nous aspirer dans ce tourbillon d’action géopolitique qui n’oublie pas de questionner la société japonaise sur son élitisme et son rapport à l’autre. Résolument un indispensable si vous appréciez les manga!

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Harbringer wars: Blackout

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De façon imprévue (… mais c’est ça le charme des blogs!) j’entame une semaine comics avec du Valiant, Du Esad Ribic, du MCU et du Gerald Parel.. Allez hop, c’est parti (euh pardon: Let’s Go folks!…)


Comic de Matt Kindt, Tholas Giorello, Patricia Martin et Renato Guedes
Bliss (2019) – Valiant (2017), 184 p.

bsic journalism Merci aux éditions Bliss pour cette lecture.

Blackout est intégré au relaunch Valiant après le très bon Secret Weapons (dont c’est la quasi suite directe), le récent Ninja-K (qui se déroule à peu près en même temps) et la trilogie en cours X-O Manowar.

La psiotique Livewire (dont on comprend qu’elle est destinée à devenir le personnage majeur de cet univers), capable de communiquer et contrôler tout ce qui est électronique, provoque un blackout total sur les Etats-Unis lorsque le gouvernement s’en prends à ses protégés, les jeunes psiotiques branques découverts dans Secrets Weapons. Le GATE envoie alors le héros Aric tout juste rentré de ses aventures spatiales pour contrer Livewire. Ninjak et Bloodshot se mêlent à la bataille ainsi que le HARD corp, dans un conflit sur le rôle que doivent jouer les héros, la liberté individuelle et l’attitude autoritaire des gouvernements.

Résultat de recherche d'images pour "harbinger blackout giorello"Un héros doit-il obéir au pouvoir ou est-il un contre-pouvoir? Les psiotiques sont-ils un danger pour l’humanité?… des thèmes classiques de l’univers X-men qui nous sont proposés ici de façon pas hyper originale donc mais très bien écrit et remarquablement dessinée. Car si j’aime toujours le traitement radical des héros Valiant, avec des caractères bien trempés et indépendants voir sombres, c’est bien le graphisme qui marque sur cet album et en fait sans hésitation le plus bel album de l’éditeur proposé jusqu’ici. J’ai déjà remarqué depuis plusieurs albums la barre mise assez haut en matière de dessins mais ici on arrive à un niveau rarement vu en comics. En effet les quelques quatre artistes qui officient sont tous très très forts et particulièrement inspirés. Résultat de recherche d'images pour "harbinger blackout guedes"Par exemple Renato Guedes qui m’avait estomaqué sur ses planches de X-O Manowar mais beaucoup déçu sur Bloodshot Salvation #2, impressionne fortement sur cet album. Idem pour Thomas Giorello dont le style semble plus adapté à  l’univers terrestre de Blackout (comme celui de Ninja-K) que le gros bordel guerrier d’Aric. Enfin, Patricia Martin reprends exactement le style, la colorisation et le découpage particulier de Secret Weapons pour notre plus grand bonheur. Une véritable dream-team sans aucune baisse de régime qui maintient un intérêt visuel sur une trame sans les ruptures qui avaient pu faire la marque de fabrique de certains albums Valiant (Bloodshot ou Ninjak). Du coup la lecture est aisée, sans réflexions permanentes sur qui est qui et on est quand et reste centrée sur l’intrigue principale. Ça se fout pas mal sur la gueule, l’évolution de Bloodshot est très intéressante et pour peu que vous soyez à jour dans les derniers albums publiés par Bliss vous prendrez grand plaisir à lire l’évolution émotionnelle de Ninjak et Livewire. L’image totalitaire des agences gouvernementales (déjà aperçue dans Ninja-K) étonne et pousse les héros à remettre en question leur rôle. Dès mes premières lectures Valiant j’ai aimé l’idée d’un Toyo Harada, sorte de Magneto œuvrant pour l’essor de la race psiotique tout en les persécutant, cette zone grise où personne n’est très propre. Avec de vrais questionnements qui laissent de côté les quelques délires fantastiques d’autres séries Valiant, Blackout est pour moi le deuxième album de l’éditeur où je prends autant de plaisir (… et qui donne envie de lire d’autres titres!) depuis The Valiant qui m’a fait commencer cet éditeur. Une grande réussite et une porte d’entrée/vitrine possible, relativement facile d’accès et rattachée à beaucoup de séries publiées en France par Bliss.

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****·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !

Les spectaculaires prennent l’eau

BD du mercredi
BD de Regis Hautière, Arnaud Poitevin (et Christophe Bouchard).
Rue de sèvres (2018), 54 p. série Les spectaculaires #3.

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Pour le travail d’édition je renvoie à ma critique du premier album.

Alors que la crue de la seine plonge les policiers du préfet Lépine les pieds dans l’eau, le criminel insaisissable « le Marsoin » se joue des forces de police pour piller banques et musées grâce à des machines fantastiques… Le préfet fait alors appel aux Spectaculaires, dont le succès dans l’affaire de a Divine Amante a fait grand bruit.

Les Spectaculaires est une série qui semble partie pour gagner en maturité et se bonifier à chaque album. Le second tome qui transposait l’action hors de la capitale apportait une fraîcheur qui manquait au premier, et avec ce troisième tome on monte encore d’un cran. Avec des personnages récurrents que les auteurs ont la bonne idée de faire légèrement évoluer (le plus souvent de par les améliorations de leurs costumes), on ne se repose pas sur ses lauriers des running-gags, présents mais sans l’insistance qui tuerait l’humour. On reste dans le registre qui fait le succès de la série: une bande de bras cassés qui surnagent grâce à l’intelligence de la fille du groupe, Pétronille. Hautière en profite pour placer une petite attaque féministe à l’encontre des mœurs bien paternalistes de l’époque incarnées par le Préfet de police de Paris Louis Lépine qui imagine difficilement une fille faire la nique à ses troupes et au grand méchant de l’histoire, le Marsoin.

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"Bien entendu, à côté de l’habillage historique (on retrouve des personnages réels et des lieux entrés dans l’imaginaire collectif dans chaque album), ce sont bien les personnages qui font le sel de la série. Avec un méchant très réussi (en mode Moriarty de Myazaki pour ceux qui connaissent), des héros totalement monolithiques pris individuellement mais proposant des scènes souvent tordantes lorsqu’ils rentrent en action, Les spectaculaires prennent l’eau est une vraie bonne lecture familiale où l’on rit sans se forcer. Signe de la prise de confiance et du plaisir des auteurs dans la réalisation de l’album, on trouve une nouveauté dans une habitude très Astérix: l’introduction de visages familiers donnés à des personnages de l’histoire (Blier ou De Funès par exemple). Dans ce monde rétro et vaguement steampunk tous les personnages semblent plus bêtes et les situations les plus absurdes les unes que les autres et le scénariste parvient néanmoins à proposer une véritable enquête policière qui se tient, à côté de Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"nombreux comiques de situation et de langue (les palabres autour du nom du méchant, les effets imprévus de la radio de Pipolet ou le Batmobile…).

Sur le dessin, les teintes sont plutôt ternes du fait des séquences nocturnes ou pluvieuses mais le design général est toujours aussi drôle, notamment les engins sur lesquels Arnaud Poitevin semble très concentrés. La colorisation de Bouchard apporte beaucoup à ce style crayonné et cartoon qui colle parfaitement à l’ambiance déglingue et débile de ce monde naïf.

On finit par prendre ses petites habitudes avec les Spectaculaires qui mine de rien au bout de trois albums est déjà devenue une série classique dont on imagine mal un album raté. Tant que le plaisir réciproque est là il y a peu de risque.

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