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Avengers #2: Tour du monde

Deuxième tome de la série écrite par Jason Aaron, et dessinée par David Marquez et Ed McGuiness, dont un épisode dessiné par Sara Pichelli. L’album comprend les épisodes 7 à 12, parution le 21/10/2020 aux éditions Panini

Lames de fond

Après leur combat cataclysmique contre les Célestes, les Avengers reprennent leur souffle alors que retombent les poussières cosmiques de leur affrontement. 
Suite à cette crise sans précédent, un nouveau groupe d’Avengers s’est formé: le trio de tête composé de Captain America, Iron Man et Thor, suivi de près par des piliers du groupe tels que Black Panther, Doctor Strange, Captain Marvel et Miss Hulk, et un petit nouveau en la personne du tout récent Ghost Rider, Robbie Reyes. 

A peine installés dans leur nouveau QG, qui n’est rien de moins que la carcasse éternelle du tout premier Céleste ayant foulé le sol terrestre, les Avengers s’organisent pour mieux protéger le monde en évitant si possible de reproduire les erreurs du passé. Mais sauver le monde est une tâche ingrate, et les Avengers ne tarderont pas à le découvrir lorsqu’un ancien allié va faire surface, littéralement. 


Namor, souverain du royaume d’Atlantis et ancien avenger, refait parler de lui avec grand fracas. Connu pour son caractère ombrageux peu prompt aux concessions, le Sub-Mariner ne supporte plus les dégâts causés aux océans par les hommes de la surface, et entend bien leur en interdire l’accès, quitte à faire quelques victimes au passage. Pour cela, il a réuni son propre groupe de surhumains aquatiques, s’opposant directement aux Avengers. 

Namor est un personnage ambigu aux allégeances changeantes. D’abord vu comme un antagoniste, il finira par rejoindre les héros qu’il aura tenté de détruire, avant qu’il ne soit révélé qu’il combattait déjà les nazis aux cotés de Captain America au sein des Envahisseurs. Plus récemment, Namor avait cédé à l’influence du Phoenix lors de son arrivé sur Terre (Avengers vs X-men) et utilisé son pouvoir pour noyer le Wakanda sous un tsunami, ce qui lui a valu la haine inextinguible de Black Panther, qu’il retrouve dans cet album en sa qualité de président du groupe. 

L’affrontement écologique prend donc ici une tournure toute personnelle, sachant que les héros ne seront pas dans leur élément, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Avengers, passés et présents

Après un démarrage aux enjeux dantesques, Jason Aaron poursuit sa saga vengeresse en revoyant l’échelle cosmique à la baisse pour un arc plus terre à terre. Il n’en oublie toutefois pas de glisser des petits implants çà et là, pour bien rappeler au lecteur que quelque chose de grand se prépare. 

L’album s’ouvre avec un flash-back explorant le concept-phare du scénariste, à savoir les Avengers Préhistoriques. Peu utile pour la compréhension de l’ensemble, ce flash-back aura au moins le mérite d’éclaircir un tant soit peu les origines de ces héros précurseurs. Aussi fun soit ce concept d’Avengers préhistoriques, le seul bémol qui demeure après lecture est le côté parfois trop invraisemblable qui s’en dégage. Certes, tout fan de comics est plus que largement habitué à suspendre son incrédulité, il n’en reste pas moins que certains éléments auraient pu être mieux amenés (je pense à certains détails de temporalité, ou au langage qui est vu comme un don qui aurait émergé soudainement chez une certaine catégorie d’individus, sans plus de détails). 

Le cœur de l’album, à savoir la bataille contre Namor, remet immédiatement les choses à leur pas de course et nous amène une myriade de nouveaux personnages, dont la Winter Guard, héros russes souvent rivaux des Avengers, et se paye même le luxe d’introduire (de nouveau) l’Escadron Suprême, ce qui promet son lot de batailles épiques. 

Jason Aaron n’en a toutefois pas que pour l’action et prend du temps pour développer certaines intrigues interpersonnelles, comme le duo Miss Hulk/Odinson, Stark/Danvers, et nous surprend même avec un duo Ghost Rider/Odin ! 

L’introduction de Blade en guise de cliffhanger nous laisse entrevoir un troisième volume axé sur le surnaturel. La suite bientôt !

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Batman: Curse of the White knight

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Comic de Sean Murphy et Matt Hollingsworth (coul.)
Urban (2020) – DC (2019), One-shot.

Suite directe de White Knight.

Parmi la foultitude de sublimes cover de l’auteur, Urban a choisi quelque chose d’assez banal… Franchement dommage! L’ouvrage s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut par un gros cahier comportant les huit cover alternatives, seize planches de l’album crayonnées, six pages de recherches graphiques, cinq illustrations originales et une bio des auteurs. N’en jetez plus! Comme sur le précédent ouvrage c’est très gourmand! A noter qu’une histoire sur Freeze est insérée en intermède avant le chapitre final (… coupant franchement le rythme et sans lien avec l’histoire, je vous conseille clairement de ne le lire qu’à la fin de l’album).

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L’épisode Napier a rebattu les cartes à Gotham où Bruce Wayne semble plus déterminé que jamais à en finir avec sa double identité en se révélant à la population comme le Dark knight. Mais lorsque le Joker lance sur l’univers du Batman un chasseur mortel et fanatique, Bruce voit son monde s’effondrer et doit remonter aux sources d’un conflit séculaire à Gotham city…

Sean Murphy avait marqué un grand coup avec son White Knight et la suite très tôt annoncée était un sacré pari au vu du risque de s’embourber dans des prolongations commerciales qui risquaient d’affadir la prise de risque originale. La mythologie Batman a grandement évolué ces dernières années, plus que jamais sans doute pour un personnage vieux de quatre-vingt ans tout de même, et Murphy a avec son dernier ouvrage entamé rien de moins qu’une proposition de conclusion de cette histoire…

Napier a fait beaucoup de bien. Mais il m’a détruit pour y arriver…

Batman: Curse of the White Knight (2019) -8- Book EightDisons-le tout de suite ce second volume est un peu en retrait par rapport au précédent, la surprise en moins sans doute. Si la partie graphique reste de haut vol, notamment avec la présence très charismatique du méchant Azrael, variation DC du Punisher, mais surtout par le talent indéniable de l’auteur à croquer des expressions dans les scènes de dialogues (Harley et le Joker sont à ce titre tout à fait charmants!), l’intrigue est moins innovante. En faisant le choix de mettre au cœur de son intrigue l’histoire secrète d’Edmond Wayne et de la fondation de la dynastie Wayne, Murphy alterne les séquences entre le XVII° siècle et aujourd’hui. Cette fondation est intéressante mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on nous a déjà fait le coup environ un million de fois, ne serait-ce que dans la Cour des Hiboux. Du coup l’auteur se retrouve, un peu pris à son propre piège de courir après les coups de théâtre pour compenser une intrigue secondaire (l’historique) nécessairement lente puisque calée pour se révéler progressivement jusqu’à la conclusion. Et à ce niveau on peut dire qu’on va être servi avec un Sean Murphy qui assume comme dans le précédent tome une radicalité et une liberté de traitement des personnages assez bluffant. Pour le dire clairement, ça saigne dans Curse of the white knight, ça saigne beaucoup et ça ne s’arrête pas! On pourra dire à nouveau que Game of Thrones est passé par là, ça devient la ritournelle dans un monde de l’Entertainment tellement habitué depuis si longtemps à avoir des personnages increvables. Des morts il y en a déjà eu, exceptionnellement, chez DC, mais toujours de façon réversible. Ici on est pourtant suffisamment décroché du canon officiel pour envisager un côté définitif aux décisions scénaristiques de l’auteur. Surtout c’est l’essence même du projet que de déconstruire, détruire le mythe. Ainsi, Jack Napier a révélé les failles du système Batman et cet album vise à achever cette destruction.

J’ai gâché ta vie Dick…

Ce sont ainsi les liens avec le premier volumes qui posent les séquences les plus intéressantes. Si on perd l’aspect politique sulfureux on va plus loin dans l’exploration du batverse et de son questionnement adulte. Le personnage de Harleen est en cela passionnant comme une sorte d’insertion rationnelle dans un monde de fou, ses interventions sont diablement drôles, sexy, fortes. Bruce est abimé comme jamais, affaibli psychologiquement en nous montrant tantôt Barbara, tantôt Nightwing, tantôt Harleen seuls à même de penser la situation. Le doute a été instillé par le Chevalier blanc plus encore dans l’esprit du Chevalier noir que dans celui de la population. L’ouvrage aurait pu s’intituler Batman Apocalypse car nous assistons à la destruction d’un monde et sa renaissance. Projet sacrément audacieux, cohérent et intelligent.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH551/batman_cotwk_-_01-7cfbe.jpg?1603631934

Difficile de dire si Sean Gordon Murphy aurait dû s’arrêter au White Knight. Il a pris un vrai risque et s’il ne parvient pas à égaler ce désormais mythique album fondateur, il propose une suite sacrément burnée, graphiquement superbe et profondément dépressive (comme tout bon Batman?). Il enfonce un avant-dernier clou dans un univers dont il se propose d’être un magnifique fossoyeur en offrant une courageuse conclusion à tous ceux qui pensent qu’une histoire doit avoir une fin. Des renouvellements de personnages il y en a toujours eu chez les super-héros, Marvel est un spécialiste de cela et personne n’a d’inquiétude sur la possibilité de repartir avec un nouveau personnage. La véritable conclusion de la trilogie doit arriver après que Murphy aura lancé son nouveau projet indé en crowdfunding, avec Beyond the white Knight. Mais Murphy croit à sa fin et moi, je le suis très volontiers.

Le « Murphyverse » prévoit d’autres histoires dans cette chronologie, avec prochainement un album dessiné par Matteo Scalera sur Harley Quinn mais également des ouvrages sur Nightwing et Batgirl annoncés.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Kim Trauma #1: silicon carne

BD du mercredi
BD de Florent Maudoux et Rebeca Morse
Ankama (2020), 128p. couleur. Série en cours, univers Freaks’ squeele

bsic journalismMerci à Ankama pour leur fidélité.

Comme d’habitude chez Ankama et Label 619 l’édition est superbe et pleine de goodies. La couverture est moins alléchante que les précédentes propositions de Maudoux (pourtant un des meilleurs « couverturistes » du circuit!) et annonce dès la quatrième que l’on a affaire à un spin-off de la série mère Freaks’ squeele avec des histoires courtes qui peuvent se lire séparément et dans n’importe quel ordre. L’intérieur de couverture comporte quatre sublimes illustrations reprenant les personnages de l’album habillés à la façon des illustrations art Nouveau. Quel dommage de ne pouvoir en profiter en couverture… Une préface de la psychologue clinicienne Marion Haza, spécialiste des troubles de l’adolescence ouvre l’album en nous signalant que Florent Maudoux a illustré son ouvrage sur le sujet. Puis se présentent les deux histoires, l’une intégralement réalisée par Maudoux, l’autre scénarisée par lui et dessinée par Rebeca Morse (à l’œuvre sur Dragons et poisons), séparées par un texte de sept pages (carnet de visites du Traüma center, moyennement intéressant) et une double page d’idées de scénarii pour le jeu de rôle Freaks’ Squeele. Le tout se termine par une planche de stickers illustrés par Maudoux.

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Comme toute université, la FEAH a une infirmerie où l’on peut soigner ses petits bobo. Mais a public particulier, remèdes particuliers… Kim la tatoothérapeute, Val l’infirmière de choc et Castor/pollux le psy utilisent eux-aussi leurs pouvoirs/déviances pour soigner l’âme compliquée des êtres surpuissants qui peuplent cette université des héros…

Si vous êtes nouveau venu dans l’univers si particulier de Flaurent Maudoux, pas de panique, Kim Traüma est une très bonne porte d’entrée pour découvrir si vous êtes compatibles avec ce monde de super-héros truffé de références, de problématiques young-adult et de l’univers personnel de l’auteur. Depuis maintenant douze ans l’auteur formé dans l’animation et creuset des cultures BD des trois mondes (franco-belge, Comics, Manga) développe l’univers de Freaks squeele. J’ai déjà parlé (voir eu début d’article) de la cohérence étonnante entre les auteurs qui composent le Kim Traüma : Silicon Carne (0), bd chez Ankama de Morse, MaudouxLabel 619 et leurs créations qui recouvrent des préoccupations loin d’être mainstream. Après avoir conclu sa série mère, bien entamé sa préquelle héroïque il développe quelques spin-off au gré de ses envies comme le formidable Vetsigiales qui abordait dans une virtuosité graphique folle la question de l’identité sexuelle complexe des générations Y et Z. C’est là qu’arrive Kim Traüma, conçu comme une série et qui prolonge un peu l’envie de jeu de rôle de l’auteur après la publication du jeu basé sur son univers.

Auteur rapide mais très détaillé, Florent Maudoux fait le choix à la fois « économique » (le gain de temps) et essentiel (la conception du travail comme un partage avec d’autres créateurs) de ne réaliser que la moitié de l’album et reprend sa pratique d’insérer des textes au cœur de ses BD. J’avoue que si le concept est cohérent dans une anthologie comme Midnight Tales de son camarade Bablet j’ai trouvé que cela faisait un peu remplissage en apportant très peu au concept hormis, comme les aides de jeu, à développer l’esprit jeu de rôle de son univers hybride. Ce qu’il y a de particulier chez Maudoux c’est la liberté totale, apportant littéralement des Super-Sayan dans une séquence avant de placer les personnages de Breaking Bad ou Captain Marvel sans autre justification que son envie de dessin. Il en va de même pour le design général des décors et des personnages, intégrant un salon de dinner 60′ avec une référence au https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH1068/kmt5-039f5.jpg?1603450938Fonzie de Happy days avant de voir la Valkyrie adopter une tenue issue de Macross… On est en pleine pop-culture et il est toujours très agréable de voir une telle profusion de références, d’imagination, de bon goût (quoi que…) sans besoin de fil conducteur. Il en ressort souvent une impression de foutraque et de WTF mais c’est ce qu’on appellera l’esprit Rock’n’roll du XXI° siècle!

Sur le plan du scénario le premier est tout à fait sympathique, notamment avec l’éclairage psychanalytique de la préface, et associe fonds et forme avec comme souvent dans Freaks Squeele un tout qui aboutit à un combat comme on n’en a jamais vu! On y découvre une cadette de famille de super-guerriers tout droit issus de Dragon-ball qui ne parvient pas à déclencher ses pouvoirs, écrasée par le poids de sa famille… Les marqueurs de Maudoux sont là (les grosses, le tatouage, le mysticisme et la médecine chinoise,…) et mine de rien si nombre d’auteurs franco-belges se sont essayés à des variations françaises du genre super-héroïque, je pense que peu ont réussi autant que Florent Maudoux à créer de la nouveauté en reprenant le thème des adolescents mutants (X-men) mal dans leur peau avec la maîtrise compliquée de leurs pouvoirs dans un contexte hyper-moderne quand aux thématiques abordées (la sexualité, le couple, l’identité, la fonction,…). La seconde histoire, outre qu’on perd la découverte et la présentation des trois personnages fort sympathiques de la clinique, est moins accrocheuse avec ce vampire plein de sève amoureux littéralement d’un Regard Critique - Bandes dessinées - Critique Kim Trauma T.1 de Florent  Maudoux & co.sac d’os en la personne de Gunther, la fille squelette au cœur d’artichaud. Hormis l’étrangeté permanente dans FS et l’idée d’équiper le squelette d’une peau de poupée gonflable, la réflexion est moins profonde et les dessins moins forts.

Pour conclure, cette nouvelle série est totalement dans la ligne de la série mère Freaks Squeele avec les mêmes qualités et devrait plaire sans réserve aux amateurs de Maudoux de la première heure. L’idée d’un spin-off sans trame et pouvant se lire isolément est plutôt une bonne idée qui pourrait élargir le lectorat. Avec son univers très défini et résolument original, Florent Maudoux peut bien entendu faire peur à un lectorat adulte éloigné des préoccupations d’adolescents en construction. A eux il offrira ses planches et encrages toujours superbes, bonne compensation! Cet univers n’est pas facile d’accès et pas destiné à tout le monde malgré l’omniprésence de la pop-culture. Mais la variété de ce que propose l’auteur lyonnais peut permettre de découvrir une facette ou l’autre d’un monde unique dans la BD.

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Naomi, #1

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Comic de Brian M. Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell
Urban (2020) – (DC (2019), série en cours.

Dans sa recherche de renouvellement DC a confié au grand manitou Brian Michael Bendis la charge d’une nouvelle collection Wonder Comics qui se destine clairement aux teen/young adults en axant ses histoire sur de jeunes super-héros avec des planches particulièrement colorées. Le troisième et dernier album sorti en France est ce Naomi, dont le volume 1 est intitulé « saison un » en référence aux séries TV. L’album s’ouvre sur une préface de Bendis racontant la genèse du projet (assez pompeux et autocentré comme souvent dans les préfaces de comics) et se termine sur un cahier de recherches graphiques de quatre pages, deux illustrations et une interview assez creuse du dessinateur. Très formaté et sans grand intérêt niveau éditorial.

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Lorsque Superman s’écrase sur la bourgade de Port Oswego dans un affrontement avec Mongul, toute cette petite population tranquille s’en retrouve échauffée. Naomi, elle, découvre à cette occasion que ce n’est pas la première fois qu’un extra-terrestre survient dans ce lieu paisible et que ce qu’elle croyait connaître de son existence est bien différente…

MYSTERY COMICS: NAOMI #1, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal  CampbellEn terminant ma lecture de ce premier tome mon sentiment est ambivalent, entre l’impression d’être tombé dans le piège commercial du lancement très joli d’une nouvelle série calibrée pour son public cible et le réel plaisir graphique d’un personnage réellement neuf (ce n’est pas si fréquent) dans une galaxie DC surchargée. La lecture des préface et post-face confirment le produit très peu artistique d’un producteur qui tel un Mark Millar, va piocher dans le vivier des jeunes prodiges de l’industrie ce qui va caresser les yeux de lecteurs amoureux de graphisme, sans aucun travail de collaboration entre le scénariste et le dessinateur qui œuvre ici comme simple employé.

Une fois cela dit le démarrage de l’album est alléchant et titille la curiosité. Dès la couverture, très réussie, on repère la maitrise formelle inhabituelle de Jamal Campbell avec cet effet de flou et la gestion des informations sur différents plans y compris derrière le quatrième mur. Et dès les premières pages on est accroché par un découpage innovant comme cette alternance de gaufrier en mode témoignage qui rappelle le récent Mister Miracle et le jeu sur les cases dans le repas de famille où le cadre se rétrécit à mesure que Naomi sort de la conversation. De Superman il est question physiquement sur les toutes premières pages de l’histoire puis uniquement en références dans les dialogues, de façon lointaine comme pour le reste de la mythologie DC. Les connaisseurs repèreront sans doute des éléments connus mais pour le grand public il n’est absolument pas handicapant de ne rien connaître à ces univers puisque les explications sur le contexte se font de façon très didactiques et progressives. Il faut reconnaître une maîtrise scénaristique très propre avec une progression à la fois régulière, progressive et sans ces révélations brutales qui deviennent vite lassantes en comics.

Naomi (2019) No.5 - Comics de comiXology: WebEn seulement cent-soixante pages la mise en place psychologique de Naomi, enfant adoptée s’interrogeant sur ses origines, reste assez simple pour permettre de beaux combats et une conclusion dès cette première saison. On pourra trouver cela trop rapide mais force est de constater que l’on en a pour son argent, tant visuellement que dans le déroulé d’une histoire avec un début, une progression et une fin, sans fautes, sans ventre mou. C’est beau, c’est pro.

On pourra noter une expressivité assez limitée de l’héroïne qui découvre des révélations plus incroyables que la survenue de Superman sans beaucoup de réaction mais sur toute la première partie le lecteur est franchement pris par cette jeune fille qui voit se croiser son histoire personnelle de simple humaine adoptée avec celle de l’orphelin le plus célèbre de la Terre et de Krypton sans que l’on sache pendant longtemps si nous assistons simplement à un miroir psychologique du personnage. Comme souvent c’est la petite histoire rencontrant le fantastique qui fait le sel du genre super-héroïque. Par la suite on bascule dans un grand space-opera rappelant les Gardiens de la Galaxie, certes superbe au niveau des design et des dessins en général ce qui ramène Naomi à plus de banalité.

Pour le démarrage d’une nouvelle série et d’un tout nouveau personnage le produit est parfaitement calibré et réussit son office en proposant ce qui se fait de mieux en dessins de comics super-héroïques. Si l’étincelle d’originalité peine à se maintenir une fois la grande révélation sortie, on pourra aisément prendre cette première saison de Naomi comme un one-shot en espérant, sait-on jamais un rebond ambitieux dès le prochain tome.

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Luminary #2: Black power

La BD!
BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2020), 120 p., série en cours, 2 vol. paru.

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Privé de ses pouvoirs, Darby se retrouve seul et sans ressources dans un monde hostile. Il trouve refuge dans un squat de junkies où il trouve un réconfort inattendu. Côtoyant la misère, il ne réalise pas les évènements graves qui se produisent alors qu’une véritable guerre civile couve entre noirs et blancs depuis la mise en accusation des Black Panther pour l’explosion de la clinique polytraumatique de New-York…

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryLuminary avait été un de mes coups de cœur de l’année passée tant ce premier gros opus transpirait l’inspiration des séries sures de leur réussite. Et bien pour ne pas faire durer le suspens le second tome, malgré une magnifique couverture d’un graphisme et d’une efficacité  folle, déçoit assez fortement… Plus haut on est monté plus dure est la chute comme on dit, tout au long de la lecture de cet album de transition (je crois que la série est prévue en trois tomes de cent-vingt pages tout de même, soit l’équivalent de quatre albums) on a le sentiment que Luc Brunschwig laisse le frein à main en souhaitant ménager ses effets après une conclusion du premier volume tonitruante. L’auteur aime parle du social et de politique, il aime parle des pauvres, des démunis, des parias. En proposant l’histoire d’un infirme bossu, d’une prostituée junkie et d’un jeune noir dans une Amérique uchronique très raciste il sait tenir la face sombre et dense de son histoire de super-héros. Malheureusement si dans l’introduction l’équilibre était parfait entre ces deux faces, on bascule dans « Black power » dans une chronique sociale pure où la plus grande noirceur des films américains des années soixante-dix ressurgit violemment. C’est intéressant bien que très nihiliste (un Fabien Nury aurait pu écrire ce scénario)… mais sur l’équivalent de presque trois albums cela fait beaucoup et hormis la conspiration militaire qui aboutit au gros (et efficace) coup de théâtre de l’album on finit par se lasser. La promesse de Black panther n’arrive jamais vraiment et l’histoire de cette junkie se liant avec le personnage principal a du mal à passionner. Le propos du premier volume était éminemment politique et l’on perd cet aspect en même temps que pratiquement toute la charge fantastique qui revient dans les toutes dernières pages sans plus qu’on l’attende.

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryCôté graphique si le trait et la technique sont toujours aussi forts, avec une variété de tons jouant sur différentes époques pour proposer une belle variété de mise en couleur, niveau découpage c’est également très sage. Finies les cases en étoile et autres explosions qui déstructuraient magnifiquement les doubles pages. Dans ce récit classique on a droit à un cadrage classique jusqu’au retour de Luminary qui désorganise ces cases sur la fin. L’esthétique générale reste tout à fait impressionnante quand on connait la propriété rebelle de l’aquarelle (comparez les planches de Stephane Perger avec celles de Dustin Nguyen sur Descender pour vous en rendre compte) et le dessinateur peut produire des visions magnifiques à tout moment… et notamment lorsque surgit le fantastique! Les pages de chapitre empruntées aux épisodes de comics suffisent à montrer la puissance graphique de l’auteur.

L’équilibre entre le grand spectacle et l’intime et réflexif est toujours compliqué à trouver dans les BD de genre. Alan Moore ou M. Night Shyamalan ont montré depuis longtemps que c’est par le fonds que les œuvres super-héroïques se hissaient au chef d’œuvre. Luc Brunschwig connait ses gammes et s’intéresse aux humains abimés avant tout, c’est tout à son honneur. Il reste que ce second volume souffre d’un manque de souffle, d’un rythme parfait qu’il avait su trouver dans le précédent avec cette narration en décompte. On attend les moments forts que les quelques scènes d’action ne parviennent pas à combler et le pathos très lourd du squat et de la prostituée semblent un peu trop appuyés dans une BD dont ce n’est pas le sujet. Du coup on survole à peine le très réussi personnage de Mila et on finit par se lasser du langage de prolo qui accroche la lecture à force de contractions. Le réveil des dernières pages semble un peu tardif et l’on espère que ce n’est là qu’un petit loupé intermédiaire avant un épilogue grandiose.

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Supergroom #1: justicier malgré lui

La BD!

BD de Fabien Vehlmann et Yoann
Dupuis (2020), 86 p., série en cours.

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mediathequeA l’annonce d’une nouvelle série envoyant Spirou chez les super-héros mon cœur a fait tilt! J’adore les variations sur des thèmes connus (comme le récent et très bon Luminary) et je cherche depuis quelques années une occasion de raccrocher avec un personnage que j’ai laissé, nostalgique, au départ de Tom et Janry. Çà commence à remonter me direz-vous, oui, mais comme toute une génération a grandi biberonnée au Blueberry de Giraud, j’ai découvert la BD avec les Spirou de ce duo, les meilleurs albums pour moi (même face à Franquin, si, si!), tellement pleins d’aventure, d’humour et d’un dessin génial… Bref, je n’ai jamais pris le train de Yann et Vehlmann et suis encore plus perdu depuis que l’éditeur a axé le développement de la série sur les Spirou par… Avant toute chose je précise donc que Super groom est bien une nouvelle série parallèle et non un one-shot. Cela veut dire que ce volume démarre une intrigue voulue comme aussi conspirationniste et tordue qu’un James Bond. Ca tombe bien, on est là pour ça!

UMAC - Comics & Pop Culture: SuperGroom

On a donc un Spirou très réussi qui navigue entre crise de l’age adulte, boboisation et (idée géniale) perte d’intérêt du public pour ses aventures face à la vague super-héroïque dans les BD! J’adore cette mise en abyme du personnage à la fois héros de BD et personnage sorti du cadre et soumis au réalisme des auteurs. Poussé malgré lui à endosser le rôle d’un justicier masqué, plus tendance, il fait appel à Champignac pour lui concevoir équipement et pouvoirs adaptés à la tache. Et l’on se dit que le bonhomme en livrée rouge n’a décidément jamais eu à rougir devant un homme chauve-souris… Équipé de son jet-pack il se met à parcourir une Bruxelles soumise aux manigances de politiciens et de magnats du bâtiment véreux. Nouvelle mise en abyme avec cette capitale belge victime comme toutes les grandes villes de la spéculation immobilière… qui mets les populations fragiles en difficultés devant tant de rapacité. Et il n’en fallait pas moins pour que Spirou, en super-héros ou pas, se sente tenu par le devoir! A série spécifique, très peu de personnages secondaires habituels dans cet album mais beaucoup de scènes d’action très bien dessinées, de l’humour qui fonctionne, bref un très bon spirou. La première moitié est particulièrement efficace avec un mode « la vie quotidienne d’un héros » et l’album faiblit un peu dès que les aventures de Super-groom débutent, du fait de cet alter-ego pas très intéressante car un peu cliché. Spirou n’est jamais aussi bon que quand il est face à un vrai méchant patibulaire type Zorglub ou Vito la déveine et cet album manque un peu d’adversité. Ce qui risque d’être réglé dès le prochain épisode au vu de l’épilogue très… percutant! Au final une aventure qui satisfera les amateurs de Bruxelles et de Spirou mais qui pourra avoir du mal à convaincre de nouveaux lecteurs.

Lire l’avis de Dahaka.

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Black Hand & Iron Head #1

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Premier tome de 168 pages en format à l’italienne, écrites et dessinées par David Lopez, parution le 25 octobre 2019 aux éditions Urban Comics.

Sister Act(ion)

Alexia est une impétueuse jeune femme sur laquelle beaucoup d’espoirs sont placés. En effet, son père, le célèbre Iron-Head, est parvenu à mettre fin aux incessantes guerres entre super-héros et super-vilains grâce à sa Fondation, et canalise désormais les pulsions violentes de ces êtres surhumains par le biais de combats en cage retranscrits à la télévision, à mi-chemin entre les personnalités extravagantes du catch et la brutalité du MMA.

Le rôle d’Alexia dans tout ceci est très simple: reprendre le flambeau de son père à la tête de la Fondation, afin de maintenir la paix tout en entretenant le mythe d’un âge d’or des super-héros. Cependant, la jeune femme rêve d’autre chose, elle brûle de se jeter dans le feu de l’action pour réparer les injustices qui demeurent partout autour d’elle. Mais son père ne l’entend pas de cette oreille. Vieillissant, il compte bien prendre sa retraite après avoir confié les rênes à sa fille unique.

Après son décès soudain, Alexia, souhaitant respecter les dernières volontés de son père, va se retrouver propulsée à la tête de la Fondation. Mais elle découvrira durant les obsèques que son paternel cachait bien des secrets !

Je suis ta sœur !

Alors que les obsèques suivent leur cours, une jeune femme vindicative fait irruption dans la salle, clamant qu’elle est la fille illégitime…d’Iron Head ! Plus choquant encore, la jeune femme clame également être la fille de Black Hand, l’ennemie jurée d’Iron Head !

Ces révélations, corroborées par l’entourage d’Alexia, vont jeter une ombre sur cette figure paternelle bienveillante. Si Iron Head a menti quant à l’existence de sa propre fille, qu’a-t-il pu cacher d’autre sur sa vie et son accession au pouvoir ?

Alexia, déterminée marcher dans les traces de son père, devra d’abord déterrer ses secrets, tout en apprivoisant sa nouvelle sœur. Sacré programme !

Héritages et successions

Black Hand & Iron Head traite bien évidemment du thème de la transmission intergénérationnelle, de la façon que nous avons de nous conformer -ou pas- aux diktats familiaux et aux cases dans lesquelles les figures parentales veulent parfois faire entrer l’individu.

La famille est donc le paradigme utilisé par David Lopez pour développer son récit, durant lequel on prend plaisir à voir ces deux sœurs que tout oppose, apprendre à se connaître et se refléter en opposition à leur père.

Ce comics pourrait s’inscrire dans la même veine que Jupiter’s Legacy de Mark Millar, principalement par les thématiques abordées, l’ambiance du récit mais aussi par la disruption qu’il opère sur le compas moral habituellement attribué aux histoires de super-héros.

En outre, David Lopez nous offre un très beau comics au format à l’italienne, dans lequel il déploie tout le talent qu’il avait déjà mis au service des Big Two, durant une carrière étonnamment fournie.

 

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Injustice – les dieux sont parmi nous #3-4

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 2, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015couv_253967

badge numeriqueLe kiff continue sur cette série qui commence à ressembler à tout ce que j’ai toujours voulu lire chez DC… Ce début de seconde année simplifie (ou densifie) encore l’intrigue et les dessinateurs puisqu’on se retrouve avec seulement deux artistes et l’impression d’une très grande cohérence graphique tout le long de la centaine de pages centrées autour de l’intervention du Green Lantern corp pour raisonner Superman. Batman et Wonder Woman, laissés mal en point à la fin du premier arc, sont absents et laissent donc la place à différents green lantern (qui ne pensent pas tous pareil bien entendu!) et une résistance au pouvoir totalitaire qui s’organise à Gotham. Les morts des héros dans les précédents volumes ont laissé des traces indélébiles qui cristallisent un affrontement qui va encore s’annoncer très violent. L’épisode a en outre le mérite de représenter une véritable porte d’entrée vers la thématique des Green lantern en étant très didactique pour les nouveaux venus dans cet univers et on s’aperçoit progressivement que le scénariste fait un gros travail de pédagogie permettant à tout un chacun d’entrer dans l’univers DC via cette dystopie fascinante. On continue!

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 2, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015couv_257190

badge numeriqueInjustice est un peu le Game of Thrones des super-héros… Le taux de mortalité de héros majeurs est très élevé et bouleverse tous les codes de l’univers. Il est impressionnant de voir combien la seule bascule psychologique de Superman (le drame originel) ouvre un infini des possibles dès lors que l’on a renoncé au manichéisme des codes du héro. Si l’on peut à la longue s’interroger sur ce qui peut faire basculer autant de braves à la morale d’airain (Superman est un être troublé par son origine, mais Wonder Woman? Flash? …), on participe très volontiers à cet affrontement cosmique qui fait monter d’un cran les enjeux avec l’arrivée du Green lantern corp, du corp de Sinestro et la conclusion franchement inattendue et énorme de cette seconde année. L’équilibre est parfait entre les enjeux terriens (la résistance sous l’égide de Batman), le tourment de Kal-el et le rôle des Gardiens de l’ordre et des Green lantern. Car à chaque intervention dramatique, si les actes de Superman sont d’évidence injustifiables, les remises en question qu’il porte sur le rôle des héros qui l’affrontent sont souvent pertinentes. Toujours beaucoup d’action mais là encore beaucoup plus équilibrée que dans la plupart des comics débordant de testostérone. Jouant sur la psychologie des héros, sur la fuite en avant totalitaire et on peut le dire, démoniaque de Superman (on se demande toujours après quatre volumes ce qui pourrait bien rompre cette dynamique), cette série reste en tout point exemplaire et parvient brillamment à faire ce que le Batman Metal de Scott Snyder n’a pas réussi, bouleverser tranquillement, intelligemment, l’univers DC.

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****·BD·Comics·East & West

Black Hammer

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Black Hammer est une série écrite par Jeff Lemire et dessinée par Dean Ormston, parue aux US dès 2017 chez Dark Horse. La publication française est assurée par Urban Comics, avec un premier tome paru le 28/10/2017, un second tome paru le 13/04/2018, et un troisième tome paru le 05/07/2019.

Champions Oubliés

Notre histoire débute dans une ferme typique américaine, habitée par une famille quelque peu dysfonctionnelle mais que l’on sent unie par des liens profonds, plus profonds sans doute que les liens de sang.

Abe, le patriarche de ce singulier aréopage, s’échine à faire tourner son exploitation tout en portant à bout de bras sa tribu de marginaux excentriques. Toutefois dire que les apparences sont trompeuses serait ici un monumental euphémisme. En effet, Abe, Gail, Mark et les autres ne sont pas de simples citoyens, mais des êtres surhumains, des super-héros, qui, en pensant se sacrifier pour sauver la Terre du sinistre Anti-Dieu, ont finalement échoué dans cette banale bourgade américaine. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient pas prisonniers de cette petite ville, incapables d’en quitter le périmètre sous peine de disparaitre, à l’instar de leur leader Black Hammer , qui tenta dès le premier jour de rentrer chez lui et en fit les frais, laissant son éponyme marteau derrière lui.

Les héros désemparés ont donc passé 10 ans dans cet univers, cachant leurs véritables identités au reste des habitants, gérant ou fuyant leurs problèmes, selon leur caractère. Mais, alors que certains d’entre eux, tel Abe, voient dans cet exil forcé une chance de vivre une vie normale, d’autres, comme Gail, piégée dans le corps enfantin de son alter-égo, ne rêvent que de s’échapper pour retrouver le sel de leur ancienne existence.

Héros déconstruits

Dès les premières pages de Black Hammer, le lecteur accoutumé aux comics percevra les références assumées par l’auteur Jeff Lemire. Abe, le vieux combattant, est un hommage à Captain America et aux héros du Golden Age des comics. Barbalien est sans aucun doute un ersatz du Martian Manhunter de DC Comics, tandis que Golden Gail nous rappelle Shazam. Le Colonel Weird serait alors un Adam Strange sous acide. Black Hammer, quant à lui, serait un amalgame en Thor et Superman, sans oublier des références aux New Gods de DC.

Le reste de l’histoire se construira autour d’un enjeu principal: celui pour les héros de rentrer chez eux, dans leur monde d’origine. Alors que ces derniers luttent face à la normalité et à leurs propres démons, sur Terre, Lucy, la fille de Black Hammer, mène sa propre enquête pour ramener son père, et se faisant, se rapproche de la vérité.

Au fil des tomes, on se prend d’amitié pour ces héros désabusés, ces êtres extraordinaires contraints de revêtir un masque par-dessus le masque, exilés après un brave sacrifice. Plus que l’enquête de Lucy et les mystères de Mme Dragonfly, ce sont les liens et les tourments des personnages principaux qui font l’intérêt de cette série.

Le tome 3 est certes un peu plus orienté vers l’action et tend vers la résolution de l’intrigue grâce à quelques révélations, mais le tout reste cohérent et centré sur les personnages.

S’agissant de la partie graphique, Dean Ormston paraît être l’architecte idéal pour cette univers à la fois étrange et familier, livrant un dessin qui sort des carcans du comics pour embrasser des univers et des références plus variés.

Black Hammer a reçu un Eisner Award de la meilleure nouvelle série en 2017, et cette récompense n’est absolument pas usurpée !

****·Comics·East & West·Nouveau !

Vision: un peu moins qu’un homme, à peine mieux qu’une bête

Réédition de la mini-série Marvel Vision, écrite par Tom King et dessinée par Gabriel Hernandez Walta. Recueil de 280 pages couleur, paru le 05/02/2020 chez Panini Comics.

 

Behold…the Vision !

couv_386345La Vision est un personnage à part dans l’univers Marvel, et notamment parmi les Avengers. En effet, lors de sa création dans les pages de la série en 1968, les Avengers ne réunissaient pour l’essentiel que des personnages préexistants dans l’univers partagé, en premier lieu des têtes d’affiche telles que Hulk, Thor et Iron Man, pour ensuite accueillir des seconds couteaux comme Œil-de-Faucon, Vif-Argent et la Sorcière Rouge, tous déjà apparus en amont dans d’autres séries.

En revanche, La Vision est le premier vengeur crée spécifiquement dans le cadre de la série, dont l’existence résulte principalement de sa continuité interne. Vision est un être artificiel (un synthézoïde), une création de l’androïde Ultron, ennemi mortel des Avengers, lui-même fruit des travaux de Hank Pym, membre fondateur du groupe plus connu sous le nom d’Ant-Man, l’Homme Fourmi.

Cet acte malencontreux de Pym, sorte de pêché originel pour les plus grands protecteurs de la Terre, reviendra longtemps hanter le héros, et aura également engendré des fruits inattendus, comme la création de Vision, prêtant ainsi au comic book des aspects de dynastie tragique s’étalant sur plusieurs générations.

Vision a initialement été conçu pour détruire les Avengers au nom de son créateur, contre lequel il finira toutefois par se rebeller, usant de sa conscience pour défaire sa programmation. Puis il sera envisagé plus tard par Ultron comme un cheval de Troie, grâce à des commandes secrètes, enfouies profondément dans son intelligence artificielle au moment de sa création. Cela fait de Vision l’illustration parfaite de la lutte entre l’inné et l’acquis, le synthézoïde devant sans cesse lutter entre sa conscience et sa programmation.

Ce qui a également caractérisé La Vision au fil des années, c’est sa relation amoureuse avec la Sorcière Rouge, qui aura longtemps été un des fils rouge de la série. Au travers de cette romance et de ses dramatiques conséquences (Mariage–Impossibilité d’avoir des enfants–Folie de la Sorcière Rouge–Destruction de la Vision et Séparation des Avengers–House of M–Décimation des Mutants), les auteurs ont également exploré la thématique de l’humanité, qu’elle soit acquise, perdue ou retrouvée.

Si l’Homme est la mesure de toute chose

Après avoir purgé de son système d’exploitation les émotions liées aux souvenirs traumatiques de son passé, Vision entreprend de démarrer une nouvelle vie. Pour cela, il fonde une famille synthézoïde à son image, composée de son épouse Virginia, sa fille Viv et son fils Vin, puis part s’installer en Virginie afin de mener une vie ordinaire, et ainsi, se prouver, enfin, qu’il peut être un Homme.

Cependant, il est bien connu que les bonnes intentions à elles seules ne suffisent pas. Épiés par un voisinage inquiet de voir débarquer ces êtres étranges, les Visions ne vont pas tarder à être confrontés à une forme symbolique de racisme, dont les conséquences seront tout sauf plaisantes.

…quelle est la mesure de l’Homme ?

Tom King ne fait pas dans la demi-mesure et va pousser le protagoniste synthétique dans ses retranchements, mettant à mal sa foi en cette Humanité dont il rêve de faire Résultat de recherche d'images pour "vision king hernandez"partie depuis sa première apparition en 1968. Singulièrement bien écrit par King, Vision va s’obstiner dans sa quête de la normalité et de l’humain, lui qui finalement, pourrait aspirer à bien plus. Car ce que nous apprend cette mini-série, c’est qu’en fin de compte, être autre chose qu’un humain ne signifie pas nécessairement être moins qu’un humain.

On est d’emblée pris d’empathie pour ces personnages atypiques et attachants, et l’on vit leurs douloureuses épreuves avec eux. Certains personnages, particulièrement Virginia, l’épouse modèle conçue sur mesure afin de satisfaire les désirs d’intégration de son créateur, ont même une consistance tout à fait tragique oscillant entre le mythe de Pygmalion et la créature de Frankenstein.

Côté graphique, Hernandez pose avec maestria le décor faussement idyllique de la banlieue idéale tout en campant des personnages à la fois colorés et crédibles.

Vision, par Tom King et Gabriel Hernandez est une excellente mini-série, un must-have que Panini a eu la clairvoyance de rééditer en intégrale !