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Manga en vrac #20: Carol & Tuesday #1-2 – The cave king #1 – Alma #2-3

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  • Carole & Tuesday (Yamataka/Nobi-Nobi) – 2019-2021, série terminée en 3 tomes.

mediathequeCarole & Tuesday est à l’origine une série d’animation  en une saison, du studio d’animation Bones (qui produit My Hero Academia et autrefois Fullmetal Alchemist), visible en France sur Netflix. Simultanément une version manga est lancée, faisant de la licence un crossmedia.

Série très courte, C&S m’a attiré par son graphisme et l’univers de la musique. Et j’ai été très surpris en déroulant les premières pages (le manga se lit très vite) de voir un contexte SF puisque l’environnement est une planète Mars colonisée et où l’intégralité des industries culturelles sont le fait d’IA. Avant d’entamer les aventures très Shojo des deux filles issues de milieux radicalement opposés (l’une est une émigrée, l’autre une fille de la haute bourgeoisie), on saisie directement la critique très intéressante des industries musicales actuelles qui imposent à une jeunesse formatée des tubes formatés à coups d’Autotune. Si le titre reste bien gentil et très prévisible, le graphisme est plutôt élégant et l’idée de suivre deux jeunes passionnées confrontant leur passion et leur sincérité à une industrie déshumanisée m’a bien plu. Au final C&S est un titre sans prétention mais qui plaira à son public cible (une histoire de copines…) avec quelques perches pour les faire réfléchir un peu à ce qu’elles consomment.

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  • The cave king (Demise-Naehara/Doki Doki) – 2021, série en cours, 2/2 volumes parus.

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Merci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance!

thecaveking-1-dokiAprès le sympathique Shangri-la Frontier chez Glénat je tente un autre shonen formaté pour les gamers avec ce Cave King qui ambitionne de proposer une histoire manga reprenant les codes des Mining-games comme Minecraft. Et je dois dire que sur ce premier volume le concept prend plutôt bien en évitant les longueurs dans une mise en place extrêmement simple (aussi basique qu’un scénario de jeu vidéo) mais très fun. En sautant carrément l’étape d’introduction on comprend que les auteurs ne vont pas traîner en route et enchaînent les découvertes de pouvoirs qui permettent au héros de se comporter comme un joueur de Minecraft et de miner et façonner son île (on devrait plutôt dire « rocher »). Le dessin n’a rien de transcendant mais reste lisible, dans le style type de la fantasy avec quelques bébêtes et une bande de gobelins qui fait office de compagnons pour le personnage. Du coup même s’il manque une intrigue on ne s’ennuie pas, ça rebondit sur une bonne dizaine d’étapes sur le modèle de DR. Stone et la lecture avance sans forcer, à fortiori pour un public Shonen et encore plus pour de jeunes gamers. Très sincèrement, si l’on enlève la comparaison graphique, ce titre n’a pour le moment pas grand chose à envier à la série post-apo de Boichi. A suivre…

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  • Alma #2-3 (Mito-Panini) – 2019-2021, série terminée en 4 tomes.

couv_431117Toujours partant pour une nouvelle aventure SF post-apo avec des machines, j’avais plutôt accroché avec le premier Alma, série courte qui se termine en novembre avec le quatrième tome. Bon format pour une histoire simple je dirais. Je dois dire que si l’introduction, assez linéaire, était fort alléchante, le second tome se complexifie en développant l’univers post-apo fait d’une post-Union européenne dominée par la Russie, la Turquie et l’Allemagne, dans une dernière cité humaine protégeant les quelques centaines de milliers de survivants aux grandes guerres du passé contre les Gajin, ces androïdes dont le système de sécurité a sauté jadis, ce qui a provoqué le génocide… On pardonnera à l’auteur dont c’est le premier manga les quelques difficultés du dessin, notamment anatomiques pour se concentrer sur une volonté de décrire de très beaux designs de vaisseaux et bâtiments et de densifier le background. Côté construction en revanche, comme souvent en SF, la structure faite de visions déstructurées et de bulles à l’auteur pas toujours clair complique la lecture pour pas grand chose mais en créant un ralentissement inutile. Quelques scènes d’actions (pas toujours justifiées) viennent pourtant mettre du rythme jusqu’à l’assaut final du tome trois qui nous rappelle la rage désespérée du final de Matrix. L’épilogue attendu viendra apporter des réponses finales attendues après un cliffhanger assez sympa et des révélations pas révolutionnaires mais cohérentes. Oeuvre perfectible, Alma manque quelque peu de questionnements philosophiques pour hisser son propos, mais arrive à sortir du tout venant par quelques qualités réelles qui plairont aux amateurs de SF. Les autres pourront plutôt se reporter sur des oeuvres plus matures comme Heart gear ou Origin.

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Le Dernier Atlas #3

La BD!

Dernier tome de 254 pages de la série écrite par Fabien Vehlmann, Gwen De Bonneval et dessinée/designée par Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard, et Laurence Croix. Parution le 03/09/21 aux éditions Dupuis.

Le poids du monde sur les épaules

Coup de coeur! (1)
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Ismaël Tayeb, truand nantais dont l’ingéniosité et le charisme lui avaient permis de grimper les échelons du banditisme, a eu une révélation lors d’une mission en apparence peu commune. Chargé par le dangereux Legoff de récupérer la pile nucléaire contenue dans la carcasse du Georges Sand, le dernier des robots Atlas aujourd’hui tombés en désuétude, il a entrevu une catastrophe à même d’entraîner la chute de l’Humanité.

Cette catastrophe prit la forme d’un être étrange et d’origine inconnue, ayant la faculté d’altérer son environnement , de causer des tremblements de terre, des ondes électromagnétiques ainsi que des retombées radioactives, sans parler des altérations génétiques chez des nouveau-nés.

Pour Ismaël, la vision qu’il a eue, alors qu’il se tenait au bord du gouffre qui vit émerger la créature, était on ne peut plus claire. Le destin du dernier Atlas n’était pas de satisfaire les lubies d’un baron du crime, mais de servir une dernière fois pour stopper cette menace, surnommée l’UMO. Tayeb s’est donc entouré d’une équipe, constituée d’anciens pilotes d’Atlas et d’ingénieures indiennes, afin de remettre le mécha sur pied pour la grande bataille, toujours surveillé par Legoff.

Pendant ce temps, Françoise Halfort, reporter d’investigations, assiste aux perturbations provoquées par l’UMO, et en fait même personnellement les frais. Malgré une ménopause intervenue des années auparavant, Françoise tombe enceinte, d’une enfant qui se révélera très particulière. Alors qu’elle fuit le gouvernement français qui souhaite mettre la main sur sa fille Françoise va croiser la route de David et Hamid, alliés d’Ismaël, qui cherchent à échapper à Legoff et à ses hommes.

Après moult péripéties, le Georges Sand et son équipage feront face à l’UMO en Algérie. La créature, profondément inhumaine et insondable, ne montrera pas de réel signe d’hostilité lors de cette première confrontation et finira même par disparaître assez rapidement, au grand désarroi de l’équipage, qui entre temps s’est déchiré, littéralement, sur la meilleure stratégie à adopter.

Heal the world

Alors que le monde sombre peu à peu dans le chaos, l’UMO surprend tout le monde en réapparaissant, en France cette fois. Mue par une force invisible, la créature/structure mobile se déplace, attirée semble-t-il par la fille de Françoise Halfort, laissant dans son sillage radiations et perturbation telluriques en tous genres. Le dernier Atlas doit donc se préparer pour un second round. Mais Tayeb, lui, doit manœuvrer pour se soustraire au courroux de Legoff, qui n’en a pas fini avec celui qu’il considérait déjà comme son protégé, sinon son successeur.

En effet, vexé d’avoir été doublé par Tayeb, Legoff retient en otage son père ainsi que son épouse, contraignant le gangster algéro-nantais à jouer à un jeu de dupes.

Après quinze longs mois d’attente, voici la conclusion du récit-fleuve mêlant habilement polar, SF et intrigues politiques. Sur fond d’uchronie, les auteurs nous plongent dans un récit haletant et addictif, dont les enjeux augmentent progressivement au fil des chapitres qui le ponctuent. Cet aspect feuilletonesque permet un développement sans faute des nombreux personnages, dont les destins se croisent de sorte à former une toile cohérente et dense.

La conclusion du récit, vient apporter des éléments de réponse obtenus assez logiquement dans sa diégèse sans alourdir le propos. On regrette simplement que Tayeb, désigné assez naturellement comme le protagoniste, ne soit toutefois pas celui qui mette un terme au règne de Legoff. La dernière séquence, cependant, rattrape cette impression en nous offrant un final digne du Parrain, rien que ça.

Ce dernier volume reste donc dans la lignée des deux précédents, et son contenu a de quoi le faire entrer dans le panthéon de la franco-belge de ces dernières années.

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Rick et Morty tome 11

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Onzième tome de la série crée par Justin Roiland et Dan Harmon. Kyle Starks, Tini Howard et Magdalene Visaggio au scénario, Marc Ellerby, Philipp Murphy et Ian Mc Ginty au dessin. Parution le 15/09/21 aux éditions HiComics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Le Rick, c’est chic

Si vous connaissez Rick et Morty, cela signifie très probablement que vous vous êtes départi de vos douces illusions sur la vie et sur votre place dans l’Univers, pour ensuite embrasser une philosophie joyeusement nihiliste. La série animée des studios Adult Swim, s’est en effet faite connaître pour le traitement cruel et amer de ses personnages dans un univers SF totalement déjanté, qui laissait néanmoins la part belle à leur développement.

Avec quatre saisons complètes (disponibles sur Netflix) et un succès qui ne dément pas, R&M se sont offert une adaptation BD, qui reprend les codes et les gimmicks de la série principale pour extrapoler les aventures ironiquement ubuesques de la famille Smith/Sanchez. Pour ceux qui ne connaitraient pas encore, la série raconte les tribulations de Morty Smith, entraîné bien malgré lui par son grand-père Rick Sanchez, scientifique fou, dans des missions et aventures spatio-temporelles assez baroques.

Ce qui fait le sel de la série, c’est bien évidemment le personnage de Rick Sanchez, sexagénaire rude et cynique au génie inégalé, qui lui confère à la fois une vision tristement lucide sur les affres de l’Humanité et une bonne dose d’humour noir. Dans ce tome 11, vous verrez un Morty et une Summer « ricktifiés« , un Jerry Smith toujours aussi loser, et des gags cruels dont seul Adult Swim a le secret. Le comics singe donc correctement son homologue animé, bien que toutes les histoires n’affichent pas le même attrait. Sur cet album, seuls les chapitres mettant en scène Jerry aux prises avec une arnaque pyramidale cosmique et celui des « ricktifications » évoqué plus haut, se détachent du reste, bien que l’ensemble conserve un intérêt du fait des personnages et de leurs traits d’esprit. Le reste est constitué essentiellement de scénettes courtes qui ne comprennent pas nécessairement de chute.

En conclusion, la version comics de Rick et Morty offre de bons moments de rire et permet de patienter entre deux saisons du show.

**·***·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #19: Shangri-la frontier #1 – Eden #4 – 008:Apprenti espion #3

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  • Shangri-la  (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021 série en cours, 1/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_432073Sunraku est un hardcore gamer un peu particulier: il ne joue qu’à des « bouses », ces jeux buggés ou trop lourds qui font planter les serveurs des jeux en réseau. Lorsqu’on lui propose de s’essayer à Shangri-la, blockbuster des jeux massivement multi-joueurs, il est d’abord sceptique, avant de redécouvrir les plaisirs simples de la découverte d’un jeu fonctionnel et très bien conçu…

Digne représentant du sous-genre phare des Shonen, les Isekai, Shangri-la frontier est aussi un crossmedia puisque la scénariste est également autrice d’un roman participatif du même nom publié en ligne depuis 2018 et dont ce manga est l’adaptation. Assez peu friand de ce genre ciblé sur un public très particulier j’étais un peu inquiet et surpris du plan com’ important déployé par Glénat pour accompagner une de ses grosses sorties de septembre. A la lecture je reconnais que j’ai passé un très bon moment sur des dessins dans la moyenne haute qui mettent bien sur l’accent sur le chara-design et la fluidité des séquences d’action. Le gros avantage de ce manga c’est le fait de s’inscrire dans un jeu vidéo (où chacun trouvera ou pas des références selon sa culture propre de gamer) et donc de justifier tous les manichéismes et archétypes inhérents au média. Étonnamment on se prend au jeu de regarder le héros découvrir ce système de jeu, sur le même mode que la série française Bolchoi Arena, et s’il serait abusif de dire que l’intrigue nous happe, même totalement extérieur au monde des jeux vidéo on pourra apprécier cette série (au moins au démarrage) par un calibrage grand public qu’oublient trop souvent les Isekai…

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  • Eden, it’s an endless world #4 (Endo/Panini) – 1998/2021, 4/9 tomes parus (edition Perfect).

eden-perfect-4-paniniVous pouvez trouver mon billet de découverte.. et coup de cœur ici.

Après une entrée en matière aussi dantesque que les deux premiers volumes, le troisième entamait ensuite l’arc de la prostitution et des narcotrafiquants. Ce quatrième volume continue donc sur le même ton, à la fois très réaliste, cru parfois, mais assez éloigné des préoccupations SF avancées jusqu’ici. Une sorte d’intermède alors que la mère d’Elijah et l’escouade de Nazarbaïev sont convalescents. C’est donc l’occasion pour l’auteur d’approfondir son regard sur une société violente où ceux qui ne veulent pas être des agneaux sacrifiés décident d’intégrer des meutes, de mafieux, de prostituées, de miliciens,… L’intrigue tourne donc autour d’Helena après son agression par le mafieux Perdo. Confirmant son refus obstiné du manichéisme, Hiroki Endo va ainsi nous raconter comment cet affreux salopard en est arrivé là, comment la drogue pousse des mères à vendre leurs enfants, comment certains ne veulent tout simplement pas être sauvés. Et s’il faut le reconnaître, ce volume est beaucoup plus posé et moins prenant que les précédents, la série n’en perd pas sa force qui réside dans une complexité de tous les instants interdisant le lecteur à pouvoir anticiper quoi que ce soit tant les pulsions humaines poussent tous ces protagonistes dans leurs actions. On ne peux pas parler de pessimisme mais plutôt d’un réalisme froid tant dans la représentation des copulations en maison close que dans les assassinats qui sont légion… Alors qu’on découvre enfin Enoia Ballard, on profite de cette relative accalmie comme un reportage sombre sur les bas-fonds de l’âme humaine et des bas-fonds des grandes villes. En retenant notre respiration pour le prochain tome qui sera sans aucun doute un nouveau choc!

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  • 008: Apprenti espion #3 (Matsuena/Kurokawa) – (2018) 2021 série en cours, 3/14 volumes parus.

Manga - Manhwa - 008 Apprenti Espion Vol.3En revenant dans le lycée on s’attend à découvrir les différents professeurs découverts au volume précédent, tous plus délirants les uns que les autres. Le volume remplit partiellement cet office puisque après un cours avec la prof de guerre psychologique (comprendre: utilisation des charmes féminins pour déstabiliser l’adversaire) on va trouver Eight et ses amis affronter quelques épreuves et partir en mission sur le terrain avec l’un des prof. Si le tome ne tombe pas dans la douleur du second volume, on comprend pourtant que la gestion du second degré reste difficile (puisqu’il faut tenir une série au long cours) et l’articulation entre fan-service, humour et intrigue-action reste laborieuse. Quelques séquences rigolotes, quelques personnages sexy ou bad-ass… et c’est à peu près tout. On a décidément du mal à s’intéresser à cet anti-héros et si précédemment les actions d’éclat de la ninja à forte poitrine permettait de rester dans la course, on finit par se lasser d’attendre quelque chose qui nous décroche un peu la mâchoire. Pour ma part je pense m’arrêter là. Les adolescents pré-pubères (japonais si possibles…) pourront trouver quelque intérêt mais au regard de la concurrence pléthorique, cet agent 008 reste tout de même très faible…

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Space Bastards

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Récit complet de 256 pages, écrit par Joe Aubrey et Eric Peterson, et dessiné par Darick Robertson.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Going Postal

Si aujourd’hui, certaines personnes en viennent aux mains pour obtenir certains biens très convoités, demain, ce seront les livreurs qui s’entretueront pour avoir l’insigne honneur d’apporter aux clients leur précieuse marchandise.

Le SPI, le Service Postal Intergalactique, est une entreprise florissante qui loue les services de milliers de livreurs qui écument la galaxie pour satisfaire les envies des consommateurs, qu’ils vivent sur Terre où sur l’une de ses nombreuses colonies. Les livreurs sont payés en fonction du nombre de mains par lesquelles transitent les colis, si bien que les coups-bas sont légion et provoquent souvent des dégâts considérables, étrangement tolérés par les autorités.

Au milieu de tout ce chaos, Dave Proton, qui était sûr d’obtenir une promotion après des années de bons et loyaux services chez Powers, concurrents acharnés du SPI, se retrouve finalement licencié sans préavis. Désabusé, désespéré, Proton se lance dans cette activité dont tout le monde parle et qui rapporterait gros: livreur pour le SPI !

Cependant, Dave risque d’avoir du mal à s’adapter aux méthodes violentes des livreurs. A moins que, contre toute attente, l’ancien comptable ait ça en lui ? Aurait-il finalement trouvé sa voie ? Comment survivra-t-il dans ce monde impitoyable ?

Deliver or die trying

La société de consommation, paroxysme des mondes civilisés, est omniprésente et conditionne les vies et les mentalités de millions de personnes. Il n’est donc pas étonnant de voir fleurir, dans la pop culture, des satires qui attaquent et vilipendent, plus ou moins subtilement, ce mode de vie. Déjà à son époque, Robocop et son OCP, montraient une vision acerbe du futur et de la consommation.

L’ultralibéralisme, censé garantir la prospérité de tous, laisse beaucoup de gens sur le carreau et n’a donc généralement pas bonne presse non plus dans les œuvres de fiction. Récemment, par exemple, nous évoquions The Invisible Kingdom, qui mettait également en scène des livreurs de l’espace soumis aux affres d’une société toujours plus avide de possessions matérielles.

Space Bastards ne cache donc aucunement son affiliation avec la satire, qu’il déguise sous une bonne quantité de violence et de gore irrévérencieux. Ici, uberisation rime avec atomisation, si bien que la violence intrinsèque du système se traduit sur les pages par une violence tout à fait explicite entre les pauvres livreurs, ces rouages fongibles et sacrifiables, qui ne trouvent d’accomplissement que dans ce boulot mortellement dangereux.

Pourtant, à bien y regarder, la critique n’est pas dirigée que vers l’uberisation, car l’on s’aperçoit bien vite que beaucoup de livreurs adorent leur job, et y voient une catharsis de leurs pulsions violentes. En effet, être payé pour dégommer d’autres gens, qui n’en a jamais rêvé ? Cet aspect cathartique est finalement assez culpabilisant, si bien que dans Space Bastards, la critique n’est pas double, mais triple, puisqu’elle critique une société de consommation dont l’expansion la pousse à phagocyter des planètes entières et pousse des gens désespérés à faire un travail dangereux et précaire, puis vient la critique de ces gens, qui utilisent ce travail comme prétexte pour laisser libre cours à leurs pulsions, et enfin, elle nous critique, en sous-texte, nous qui apprécions ce spectacle.

L’intérêt principal de ce Space Bastards réside donc dans ce sous-texte et cette mise en abîme de la satire politico sociétale. L’intrigue en elle-même ne transcende pas les poncifs du genre, et reste même étrangement sage par certains aspects, surtout si on la compare, comme le fait le joli sticker de couverture, à The Boys, cocréée par Darick Robertson. Les personnages, comme c’est souvent le cas dans les œuvres misant tout sur leur pitch, sont un peu lisses, et se cantonnent pour certains à un rôle caricatural.

Space Bastards gagne donc à être lu pour sa vision cynique du phénomène de l’ubérisation et de l’ultralibéralisme, mais cette vision limite malheureusement ses propositions narratives.

***·BD·Nouveau !

La Tour #1

La BD!

Premier tome de 62 pages, d’une série en trois parties écrite par Jan Kounen et Omar Ladgham, et dessiné par Mr Fab. Parution chez Comix Buro le 09/06/2021.

La Tour de la question

Dans un futur relativement proche, la civilisation humaine s’est (encore!) effondrée, anéantie par une bactérie ravageuse à laquelle seuls 2746 humains sont parvenus à échapper. Ces miraculés doivent leur survie à quelques milliers de tonnes de béton, d’acier et de verre, qui prennent la forme d’une immense tour.

Conçue pour être autonome, cet édifice, géré par l’ordinateur Newton, abrite donc les derniers survivants de l’Humanité depuis une trentaine d’années, dernier rempart se dressant entre l’Humanité et l’anéantissement. Certaines excursions sont organisées et menées par les chasseurs, dont la mission est de ramener du gibier tout en évaluant l’hostilité de l’environnement. Malgré tout, le temps passe et accomplit son œuvre sur la Tour, qui, de fleuron technologie européen, est passé lentement à cloaque vétuste menaçant de s’effondrer.

Si le matériel a subi les outrages du temps, les habitants ne sont pas en reste non plus. Confinée depuis trois décennies, la population vieillissante ne promet pas un avenir des plus radieux pour le genre humain. Seulement, voilà, il existe désormais toute une frange de la population qui n’a connu que le confort reclus de la Tour, et qui n’a jamais mis les pieds à l’extérieur. Ces « intras » comme on les surnomme, ont en eux une fougue et un ressentiment qui pourrait semer le chaos dans l’équilibre toujours plus précaire de la Tour.

Nul ne peut se prévaloir de sa propre Tour-pitude

Dans un bref préambule, Jan Kounen et Omar Ladgham, issus tous deux du monde audiovisuel, précisent que La Tour était initialement un projet de série TV, qui a plus tard été adapté en BD. On a tendance à les croire, tant ce premier tome fait ressurgir des images et des lieux communs (plus ou moins) emblématiques issus de longs métrages du même genre.

La séquence d’ouverture, par exemple, nous évoque immédiatement des films comme Je suis une légende, grâce au décor urbain envahi par la nature. La tour éponyme, son design et les tensions qui croissent entre les habitants semblent émaner du film High-Rise, tandis que le thème du dernier refuge de l’Humanité, de la survie confinée et de la lutte des classes nous rappelle le célèbre univers du Snowpiercer. Les auteurs opèrent donc un mélange de plusieurs concepts sans qu’il s’en dégage nécessairement une impression de déjà vu.

Néanmoins, là où Snowpiercer établissait clairement et dès le premier acte les enjeux humains et politiques à bord du train, La Tour se permet de rester plus évasive sur les réalités du pouvoir au sein de de son édifice. Qui détient le pouvoir ? Est-ce un régime autocratique ? Peu d’éléments permettent de répondre à cette question, si bien que la révolte des intras ne parvient pas à se hisser au niveau de la révolution des sans-classe du Transperceneige, étant donné que les jeunes révoltés n’ont pas vraiment d’adversaire politique ni d’oppresseur désigné.

Certes, les conditions de vie dans la Tour sont de plus en plus difficiles, mais on ne ressent pas à la lecture d’injustice ni de différences de traitement. Lorsqu’un étage devient inhabitable, on sent l’urgence et le manque de moyens, mais à aucun moment on ne nous présente d’éléments venant justifier la rébellion des intras.

Il aurait donc fallu autre chose que le « teen spirit » pour faire adhérer le lecteur à la cause intra. D’autant plus que, et c’est pourtant un des points positifs de l’album, une partie de l’exposition est consacrée à démontrer la dangerosité du monde extérieur et le risque mortel encouru par tous les survivants. Avec cette information en tête, on a donc d’autant plus de mal à adhérer à cette révolte, qui fait jette effectivement une lumière défavorable sur les jeunes confinés.

Côté graphique, le style réaliste de Mr Fab est tout à fait opportun, même s’il surprend parfois sur quelques cases, étrangement dépouillées. Sur d’autres plans, notamment les plans de foule, les visages, pourtant bien dessinés et détaillés, on a tout de même une impression d’interchangeabilité. En revanche, le design de la tour et les décors urbains décrépits permettent à l’artiste d’exprimer son talent.

Espérons que la suite de la série approfondira davantage et de façon plus cohérente l’univers riche promis par son concept.

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Hot space #2: Rage

BD du mercredi
BD de Le Pixx et Celestini (coul.)
Kamiti (2021), 78p./album. Série en cours 2/3 parus.

Avant toute chose je tiens à vous rassurer: oui cette couverture est affreuse et totalement incompréhensible vu le sérieux général de l’auteur et de son éditeur depuis le début de cette série. Autant la couv’ du premier tome était franchement élégante et dans l’esprit SF bad-ass, autant celle-ci, non seulement rate le coche de l’appel à ouvrir l’album sur l’étalage de la librairie, mais donne l’impression d’avoir affaire à une auto-édition amateure avec ses aplats de jaune un peu grossiers. Je m’excuse d’avance auprès de Pierre Le pivain dont je respecte beaucoup le travail et des dessins de grande qualité sur les deux albums parus, mais comme toujours sur ce blog on essaye d’être honnêtes (c’est d’autant plus facile quand l’avis final est positif comme vous allez le voir…). Et pour le coup j’appelle cette couverture une faute de goût et un risque pour les ventes d’une série peu connue, chez un petit éditeur. Autant je critique les méthodes de confier à un tiers la couverture d’un album pour attirer le chaland, autant le rôle d’une couverture est tout de même de faire joli. Bref, je souhaite à Kamiti et Le Pixx que cela ne portera pas préjudice à la carrière de cet album.

couv_426496bsic journalismMerci aux éditions Kamiti pour cette belle découverte!

Alors que l’officier Spector continue son enquête pour démanteler la conspiration militaire elle se retrouve victime d’étranges rêves. Pendant ce temps Kovalski voit le tueur lancé à ses trousses se rapprocher et découvre les étonnantes propriétés du cristal local qui lui a sauvé la vie. Une odyssée mystique commence sur cette planète située au cœur de forces insoupçonnées…

Hot Space - Rage, BD et tomes sur ZOOOn avait laissé la pauvre Kovalski bien mal en point avec un bras robot et un redoutable assassin aux trousses… Après deux ans d’attente on entame cette suite d’étonnante manière, par un prologue nous expliquant le contexte de la conquête spatiale. Comme si l’auteur avait réalisé que son démarrage en trombe en hommage à Aliens dans le premier volume nécessitait quelques explications préalables. En fait de prologue on en aura deux puisque après cette introduction on a droit à une scène qui renforce l’aspect magique de la fin du précédent, autour de cet étrange cristal. Ces précisions sont donc plutôt bienvenues en densifiant le contexte même si elles ressemblent un peu à une V2 contournant l’envie d’action effrénée qui marchait pourtant si bien dans l’ouverture.

Ce deuxième volume est donc assez différent sur plusieurs points. D’abord de Kovalski on n’entendra reparler pratiquement que sur le dernier tiers de l’album. A la place on a droit à une succession de scènes avec la technicienne qui avait découvert la conspiration et le tueur qui devient à son tour une cible pour une Armée qui ne veut pas laisser de traces. Le fond de l’affaire se développe franchement et on y voit plus clair sur le rôle que les personnages tiennent dans ce mic-mac. Cela entrecoupé de plusieurs scènes de rêves ou de visions franchement bien tournées et qui maintiennent un voile de mystère autour de cette planète. Il ressort de ce montage une impression de complexité et de ne plus trop savoir quand et où on est. Ce n’est pas problématique car l’esprit de manipulation est recherché et les personnages sont bien caractérisés et donc reconnaissables, aidant le lecteur à se raccrocher à ces bouées. Bien sur l’action prédomine toujours avec son lot d’explosions gores.

En tant que que tel ce second opus fait franchement bien son boulot en nous tiraillant entre une trame simple recouvrant un développement tortueux qu’on aime découvrir par bribes. Si on regrette un peu l’absence de la super Kovalski ce qui perturbe le plus c’est donc le décalage avec le tome précédent avec une intrigue ici plus sophistiquée. On reste pourtant bien accroché par ces dessins tout à fait sympathiques bien que l’encrage reste un peu épais par moment. Surtout, le découpage et cadrage de Le Pixx sont très inspirés par une envie de cinéma évidente et très bien assumés, avec des design techniques très classes (notamment les plans spatiaux). A mesure que l’aspect mystique prend de l’importance on se demande si l’auteur va basculer dans un délire new-age avec le risque de tomber dans le grandiloquent. Son bon gout jusque ici et sa capacité à digérer ses multiples influences laissent optimistes tant il semble bien mener sa barque au bout de ces deux très sympathiques tomes d’une aventure SF que l’on n’attendait pas si ambitieuse. Assurément une belle découverte de ces dernières années dans un genre pourtant chargé.

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Eden, It’s an endless world (perfect) #1-3

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BD de Hiroki Endo
Panini (2021) – 1998, 484 p./volume, 4 volumes parus sur 9 (doubles tomes).

Cette édition d’un classique de la SF me permet une petite remarque sur la culture des éditions spéciales entre manga et franco-belge. Pour ne pas tirer sur une ambulance je ne pointerais pas Panini en particulier mais remarque simplement que si cette habitude de ressortir les meilleurs mangas (et plus grosses ventes passées…) en Perfect édition est une très bonne chose pour vulgariser auprès d’un public jeune assez marqué par l’immédiateté des sorties du moment, elle reste très peu ambitieuse en se restreignant la plupart du temps à simplement éditer les manga dans une impression et un format correcte. Le format manga est à la base peu qualitatif, de fait puisque les œuvres sont publiées dans des journaux. Adapter les volumes à un format plus proche de nos habitudes européennes (comme la démarche d’Urban de sortir certains titres de comics indé en format franco-belge) est cohérente et permet à un marché assez saturé de continuer à croître sur des titres anciens. De bonne guerre dirais-je. Pourtant accompagner les volumes de dessins couleur, croquis, interviews, analyses et autres ajouts ne coûterait pas bien plus cher et justifierait l’appellation d’édition spéciale. Au regard des collectors de la franco-belge, le surcoût est moyennement justifié. Bref…

Concernant Eden on a donc une jaquette avec vernis sélectif, résumé avec quelques personnages du volume en main, table des matière des chapitres et deux intéressants mais anecdotiques textes de réflexions de l’auteur sans aucune mise en perspective. Sur un matériaux aussi riche on aurait voulu des commentaires sur l’univers ou les thèmes abordés. Edition juste correcte donc.

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Coup de coeur! (1)

Le virus Closure a éradiqué 15% de la population mondiale, provoquant un effondrement des états tels que nous les connaissions et l’émergence de narco-états. Face à eux l’organisation du Propater entre en chasse d’un adolescent héritier de données informatiques que tous semblent convoiter. Alors que seule la force militaire et numérique semblent pouvoir régenter ce monde de chaos, des combattants et victimes se retrouvent associés dans un Grand jeu qui les dépasse…

Mon grand âge fait que j’ai eu le privilège de découvrir les premiers manga en France avec l’arrivée d’Akira en kiosque dans les années quatre-vingt-dix, un choc adolescent que j’ai prolongé sur les œuvres de Masamune Shirow et notamment Appleseed. Akira est largement cité pour présenter Eden et l’influence de son auteur. Shirow également mais en citant de manière erronée Ghost in the shell… que je trouve loin thématiquement même si certains aspects cyberpunk peuvent y faire penser. Je confirme après lecture des trois premiers numéros que l’oeuvre de Hiroki Endo est un parfait mélange entre Akira et Appleseed, une vraie création de fan qui a mis tout ce qu’il a adoré dans ses glorieux ancêtres. Il est marquant de voir comme certains styles graphiques sont datés en Manga, comme en franco-belge. C’est le cas avec Eden dont la technique semi-réaliste se précise avec les volumes et propose par moment des planches vraiment impressionnantes et d’une précision chirurgicale y compris dans les décors (point de repère pour évaluer la profondeur du travail sur tous les ouvrages que je lis).

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 2) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Il y a plusieurs types d’auteurs de manga. Les otaku (Boichi), les techniciens sur des productions industrielles, les artisans (Urasawa) et les intello. Endo fait partie de cette dernière catégorie, avec une ambition et réflexion globale sur son projet rarement vus. Ainsi la construction des premiers tomes est surprenante et déstabilisante. Un très gros prologue d’une centaine de pages nous plonge dans cet univers en nous présentant Enoa Ballard après la Chute, avant de nous projeter vingt ans plus tard avec seulement quelques épisodes de flashback sur pages noires qui développeront épisodiquement certains personnages dans le passé. Nous avons donc l’histoire d’une famille, du père Chris impliqué dans l’apparition du virus, à son fils devenu devenu patron d’un des plus gros narco-cartels de la planète et que l’on ne voit pas adulte au cours des trois premiers tomes de l’édition Perfect (équivalent à six tomes donc) et suivons le dernier descendant, Elijah, jeune homme faible ballotté dans des conflits qui le dépassent et gérant difficilement son héritage familial. Le nom du héros n’est pas anodin, la série est parsemée de références bibliques et de réflexions philosophiques plus accessibles que chez Shirow. A ce titre l’équilibre entre les thématiques scientifiques et cyberpunk pointues (l’auteur s’est remarquablement documenté et est très précis), les commentaires sur la civilisation, l’homme et Dieu, les équilibres géopolitiques et sujets sociétaux comme la pauvreté ou la prostitution… est incroyablement solide! C’est le cœur et l’intérêt des œuvres de SF me direz-vous. Oui bien sur, mais c’est très rarement maîtrisé à ce point.

Alt236 Twitterissä: "Ensuite : "Eden Its an Endless World" de Hiroki Endo.  Ca parle Pandémie et trucs pas net, mercenaire et post-infection, si j'ai  bien compris. A voir mais les images interpellent !…Eden est radical sur tout les plans et c’est une de ses très grandes qualités. Endo montre et dit ce qu’il souhaite sans se censurer. Il en découle des séquences gores et violentes qui participent à créer un univers sombre et réaliste, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le fan-service. Si l’on voit des nus ce n’est jamais montré de façon sexy, de même que la violence militaire illustre simplement (comme dans Akira) la rudesse de ce monde. Ambitionnant de montrer les effets du nouveau contexte entre deux scènes d’action, Endo tisse une trame qui va se densifier en un tout.

Je parlais de construction déstabilisante. Ainsi après le prologue on entre dans une phase militaire avec une équipe de mercenaires chargés de récupérer des données informatiques et qui entrent en contact avec Elijah. S’ensuit une longue séquence de conflit techno-militaire d’une réalisation magistrale. La galerie de personnages d’Eden est impressionnante et leur disparition (par la mort ou le changement de contexte du récit) est très efficace pour nous maintenir en haleine. De la même manière que le personnage d’Enoa Ballard est présent en filigranes tout le long sans jamais se montrer, l’auteur joue de son lecteur qui ne sait jamais quels personnages vont durer ou non. Si la séquence mafieuse du troisième tome est un peu en retrait au niveau de l’intérêt, chaque chapitre reste intéressant en tant que tel et nous implique émotionnellement sans jamais pouvoir anticiper l’intrigue ou le destin d’un personnage.

Eden Volume 1: It's an Endless World! TPB :: Profile :: Dark Horse ComicsContrairement à Shirow qui pouvait devenir un peu soporifique dans ses digressions philosophiques Hiroki Endo ne laisse jamais l’action bien loin. De façon crue et très létale,  il montre des adversaires redoutables, jusqu’au troufion de base. Chez Endo la force des héros ne repose pas sur la faiblesse de leurs adversaires. Il en ressort des affrontements magistraux où même les crac ne ressortent pas indemne.

L’aspect cyberpunk commence à peine avec l’irruption d’une IA extrêmement puissante. Avant cela nous sommes confrontés à des cyborgs chargés de la guerre électronique en support aux troupes et de terrifiants humanoïdes guerriers issus de manipulations génétiques. Si l’on nous parle de l’organisation religieuse Propater depuis les premières pages on ne sait toujours pas quel est son but hormis qu’il se confronte à plusieurs organisations, dont une confédération musulmane et une zone « agnostique » structurée par les organisations mafieuses.

Oeuvre impliquante, s’intéressant autant à des sujets de garçons (les super-soldats, la technologie militaire, les robots) qu’aux drames humains (on parle des indiens, mais aussi de filles-mères, des relations familiales et des problématiques du tiers-monde…), Eden est comme toutes les grandes œuvres de science-fiction un projet global impressionnant de solidité tant graphique que dans son écriture. Aucune faute de goût n’est à relever et on dévore les centaines de pages avec le plaisir de savoir que Panini a prévu une publication serrée des neuf tomes. Maintenant il ne vous reste plus qu’à foncer en librairie pour vous plonger dans ce must-read pour tout lecteur de manga!

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*****·BD·Nouveau !

Le château des étoiles (Gazette) #17-18-19

La BD!

BD d’Alex Alice
Rue de sèvres (2021), cycle III, volume 2.

Après le dernier album relié je reprend la série en format Gazette sur ce qui constituera le dernier volume de ce cycle. Consultez le précédent billet pour une explication sur le montage compliqué des dernières gazettes, le #19 revenant à l’édition classique avec plus de pages du Château après la fin des Chimères de Vénus.

Sept mois se sont écoulés depuis la rencontre avec l’Empereur et l’incarcération de Séraphin… Alors que l’Exposition interplanétaire de Paris s’ouvre, les Chevaliers de l’Ether ont mis en place un plan pour contraindre les dirigeants européens à intervenir pour le sort des populations martiales…

LE CHÂTEAU DES ÉTOILES – TOME 6 | Rue de SèvresCes trois derniers épisodes confirment le sentiment précédent: en revenant sur Terre les Chevaliers de l’Ether renouent avec ce qui avait tant plu sur le premier cycle lunaire! Les intrigues techno-coloniales colorées de rivalités historiques entre Prusse et France, l’aspect uchronique et steampunk avec ce paradigme ethérique qui en bouleversant les bases physiques permet une infinité de séquences originales. Appuyé sur une grande galerie de personnages tout relativement complexes, Alex Alice arrive à ne pas se diluer en restant concentré sur une intrigue relativement simple et linéaire qui prend la forme d’un braquage.

Le contexte de l’exposition universelle parisienne donne lieu à des panorama gigantesques et incroyablement précis où l’auteur se régale à recréer la ville lumière dans son nouveau monde. L’abolition du problème de la gravité installe des escouades de dragons « volants » aux quatre coins des pages en oubliant de rendre ces soldats d’élite de Napoléon III idiots. Du coup les séquences d’action sont particulièrement dynamiques et tendues. A ce titre, contrairement à nombre de BD où le temps ne semble jamais avoir d’effets sur les organismes, Seraphin semble ici devenu presque adulte, déployant sa musculature devant une Sophie vaguement impressionnée et n’hésite pas à affronter à l’épée ses adversaires coriaces.

Le château des étoiles : Gazette N° 17.... de Alex Alice - Album - Livre -  DecitreArticulé autour de trois groupes (Sophie et Loïc le breton gueulard – la journaliste et l’officier prussien – Seraphin), l’opération de libération de la princesse martiale (en notant un nouveau jeu de langue d’Alice qui refuse de parler de « martien » comme pour confirmer la spécificité de son uchronie) se retrouve tout à fait épique et prenante. L’exotisme des paysages martiens trouve son pendant dans celui des technologies mises en œuvre par les forces impériales et colorent avantageusement la résolution de l’intrigue.

Le fait de voir réapparaître l’impératrice d’Autriche qui souhaite retrouver son roi Ludwig permet de retisser des liens avec les débuts de la série. Alors que la conclusion et les textes annexes commencent à évoquer Mercure et Jupiter, l’on réalise que la conquête du système solaire par les empires du XIX° siècle ne fait que commencer. Ce cycle est l’un des tous meilleurs de la saga en revenant à une simplicité scénaristique qui allie aventure, géopolitique et SF ambitieuse. Les équilibres entre personnages sont encore bien mobiles, permettant d’envisager encore bien des épisodes, tant Alex Alice semble se passionner pour cet univers, même s’il doit y passer encore une partie de sa carrière. Avec autant de panache et un héritage vernien si brillamment endossé on ne peut que dire oui!

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**·BD

Ion Mud

La BD!

Histoire complète en 274 pages, écrite et dessinée par Amaury Bundgen, parue aux éditions Casterman le 20/01/2021.

Le vieil homme et l’Espace

Perdu dans un vaisseau-monde aux proportions cyclopéennes, Lupo oscille entre survie et exploration depuis bien longtemps, probablement des décennies. Marqué par les années d’errance spatiale, le vieil homme semble néanmoins avoir un objectif, celui de retrouver ses amis, desquels il fut séparé suite à des événements dont nous ne connaîtrons pas la teneur exacte.

Ce gigantesque vaisseau, composé d’innombrables niveaux, tous dotés d’une technologie à peine entendable, n’est pas habité que par Lupo. En effet, une armée de drones en assure la maintenance, et d’autres espèces vivantes, plus ou moins hostiles et venues d’autres systèmes semblent avoir été embarquées contre leur gré, comme notre vieux passager. Comme si cela ne suffisait pas, une xéno-forme de vie infecte l’ensemble des passagers et se répand de façon pandémique, forçant les drones à confiner certaines zones du vaisseau pour éviter le crash.

Lupo cherche une Torana, une porte noire pouvant le mener à ses amis. Pour survivre et atteindre son objectif, l’explorateur devra donc compter sur son expérience, son ingéniosité et sa bonhommie. Cela lui suffira-t-il à encaisser les révélations quant aux raisons de sa présence sur le vaisseau et sa véritable destinée ?

Blame ! it on the Boogey

Convenons-en d’emblée: pour ce premier album, Amaury Bundgen se révèle meilleur dessinateur que scénariste. A l’image de son protagoniste Lupo, l’auteur donne l’impression de s’être perdu dans les vastes méandres de son scénario, qui s’étale sur plus de 200 pages mais dont la narration hachurée déconcerte plus qu’elle n’happe.

Le premier acte, notamment, comporte bien des problèmes puisqu’il n’introduit qu’à grand peine l’univers développé par l’auteur, qui semble confondre mystère bien dosé et confusion. En effet, il se passe une cinquantaine de pages avant qu’un objectif ne soit clairement défini, bien que sur le plan diégétique, Lupo a commencé sa quête quarante ans auparavant. De nombreuses scènes, dont certaines rencontres faites par Lupo, déconcertent car elles n’amènent rien de spécifique à l’intrigue, que ce soit en terme de distillation de l’information (essentielle lors d’un premier acte), ou de caractérisation, et n’ont pas d’impact sur le reste de l’intrigue. Au contraire, d’autres rencontres relancent le rythme de façon plutôt artificielle, pour mener à un final convenable mais tout de même hâtif car composé essentiellement de réponses péremptoires.

L’auteur ne semble donc pas avoir bien saisi l’intérêt de préparer en amont ses péripéties et ses révélations, si bien que certaines d’entre elles semblent abruptes jusqu’en en perdre leur saveur. Le personnage principal demeure néanmoins sympathique, ce qui fait que l’on adhère plus ou moins à sa cause par la force des choses.

Ce constat est bien frustrant, car Ion Mud portait les germes d’un récit de genre à l’univers captivant, mais dont l’exécution hasardeuse manque de maîtrise, ce qui nuit à la qualité de l’ensemble. Il semble d’ailleurs très étonnant, de la part de l’éditeur qui a repéré Amaury lors d’un salon BD, que ce dernier n’ait pas bénéficié d’un suivi éditorial plus resserré qui aurait permis d’éviter les écueils narratifs qu’affiche l’album.

Graphiquement, Amaury Bundgen livre toute l’étendue de son talent en proposant des somptueuses planches en noir et blanc, dans lesquelles il fait montre de maestria quant aux décors.