BD·Guide de lecture·Numérique

Méta-Baron, cycle 3

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2016-2017), série terminée en 3 cycles.

Couverture de Méta-Baron -5- Rina la Méta-GardienneLe troisième cycle est la suite directe du second… avec un retour de Valentin Sécher au dessin… et l’annonce d’un quatrième cycle. Ce que je craignais dans ma chronique du cycle 2 est donc arrivé, avec une série qui risque de se prolonger plus que de raison… Non qu’il s’agisse d’une mauvaise BD, bien au contraire, les auteurs sont parvenue à transformer un projet assez bancal en un récit plutôt courageux qui parvient à respecter le matériau en le transmutant.

Le Méta-Baron a percé à jour le mystère de l’Epiphyte et s’est translaté sur un autre univers où la Méta-gardienne, son alter-égo, veille sur l’équilibre du Cosmos et de la substance primordiale, incarnée en une planète. Sur ce monde paradisiaque il croit un moment avoir trouvé le repos… jusqu’à ce que la menace Techno-Techno ne réapparaisse…

Ce qui m’a surpris sur ce diptyque c’est le décalage entre les sublimes et très inspirées couvertures du dessinateur et l’intérieur qui semble révéler ses quelques limites (il en faut bien) à transposer certains univers. Est-ce le scénario ou le dessin qui est en cause,? …toujours est-il que la description de cette planète-Nature où les peuples sont en osmose avec leur environnement (antithèse évidente avec le thème de l’empire technologique) paraît un peu brouillonne, étonnamment sombre et confinée, alors que c’étaient les larges espaces et trajectoires spatiales qui nous avaient singulièrement ravi dans le premier cycle. Valentin Sécher semble avoir un peu changé de technique, peut-être moins numérique, plus organique… cela convient effectivement au thème mais je trouve personnellement cela moins beau. De même lorsque survient l’infâme armada Techno l’ampleur du combat semble bien timide au regard de l’échelle cosmique des affrontements de la saga des Méta-Barons. Il en résulte un enthousiasme graphique moindre à la lecture de ces pages, dans une BD où la force principale reposait sur le talent du dessinateur d’origine. La folie de Jodo manquerait-elle pour un tel projet?

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron rina"La thématique de l’amour se prolonge dans ce cycle avec un Méta-Baron qui a pris le dessus sur ses penchants nihilistes, en quittant un univers détestable pour un paradis où la Méta-Gardienne semble d’une naïveté touchante. On passera sur le fait qu’elle tombe en pâmoison aussi facilement et sur sa faiblesse guerrière… L’idée de confronter le Méta-Baron à son alter-Ego après l’avoir fait affronter son clone raté était bonne et aurait pu donner lieu à un affrontement dantesque. Méta-Baron est une BD de garçon, c’est ainsi! On constate ici un petit manque d’ambition graphique comme thématique, Jerry Frissen revenant en fin de compte à un méchant tout à fait abominable qui questionne sur l’avenir de l’humanité en tant que corps physique. Les ficelles sont malheureusement un peu grosses et l’on tombe dans le syndrome « méchant invincible/méchant vaincu » un peu trop rapidement. Comme si le rythme était difficilement géré. L’on a assez vite l’impression de voir une transposition d’Avatar avec ses gentils indigènes bleus confrontés à une Image associéeinvasion technologique. Le principe des cowboys et des indiens, très archétypal mais pas assez original ici pour booster l’intérêt. L’auteur oublie ainsi l’un des personnages principaux du cycle précédent (pourtant très intéressant) sans que son absence vienne alimenter l’intrigue.

Au final si le double album reste très lisible et propose quelques pages très chouettes (notamment le passage à l’action du Méta-Baron), on sent un certain flottement tout au long de ce qui aurait dû clôturer cette saga. Un manque d’inspiration probablement dû à la difficulté de gérer un autre univers avec d’autres lois… Cela ressemble fortement à une fausse bonne idée qui fait de ce cycle le plus faible des trois. Le potentiel était pourtant là et la réduction de la perversité des personnages pouvait rendre cette saga grand public. On attendra la conclusion sur ce que j’espère (encore) comme le dernier cycle (j’ai souvent parlé du format idéal de 6 tomes).

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

Publicités
BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Numérique

Méta-Baron, cycle 2

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2016-2017), série terminée en 3 cycles.

Couverture de Méta-Baron -3- Orne-8 le Techno-CardinalDu premier cycle de cette nouvelle saga ressortait l’incroyable dessin de Valentin Sécher et une intrigue sympa qui laissait le grand héros galactique un peu de côté. Je craignais beaucoup le changement de dessinateur, l’écart entre Henrichon et Sécher étant assez rude.

L’univers est en fin de course, les galaxies entrent en collision, montrant à l’humanité son destin. Le nouvel empire Techno-Techno refuse de voir arriver la fin, aveuglé par sa quête de l’Epiphyte, substance primordiale qui daterait d’avant la Création… Alors que le Méta-Baron accepte avec son nihilisme habituel le sort de l’univers, un étrange néo-cardinal est envoyé en mission secrète pour éliminer l’adversaire du Techno-Pape. Mais la rencontre entre les deux personnages ne va pas se dérouler comme prévu…

Couverture de Méta-Baron -4- Simak le TranshumainJe dois dire qu’encore une fois je suis agréablement surpris par le traitement du scénariste Jerry Frissen qui parvient à développer l’intrigue générale en se raccrochant à la genèse de la Caste des Méta-Barons (jusqu’à reprendre des scènes entières redessinées par Henrichon) pour développer l’intrigue dans un univers connu mais vers un horizon à la fois logique et intéressant. Il est toujours risqué de faire évoluer un personnage aussi iconique et monolithique que le Méta-Baron et je dois dire que Frissen a le grand mérite de ne pas ressentir l’ombre du créateur et d’agir avec une grande liberté en même temps qu’une bonne connaissance de ce monde. Si le scénario se trouve débarrassé des tics de Jodorowsky (cela apporte un soupçon de subtilité), il reste très cohérent avec les personnages de cet univers immonde. Ainsi lorsque le Méta-Baron décide de renoncer à sa semi-immortalité et succombe aux plaisirs de la chaire le fait est accepté simplement par le lecteur comme une thématique crédible. La violence du premier cycle s’estompe pour plus de sensualité, bien que les dessins d’Henrichon ne s’y prêtent guère.

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron henrichon"Le dessinateur canadien (qui avait produit l’excellent Pride of Bagdad) rends une partition très correcte, plutôt réussie pour ce qui concerne les décors, vaisseaux et environnements spatiaux (qui sont une part importante de cet univers visuel), moins pour les personnages. Là où Sécher excellait justement dans ces visages très expressifs où chaque personnage était très caractérisé, son successeur est moins à l’aise et doit « habiller » ces derniers pour les distinguer. Il n’y a pas grand chose à reprocher au dessinateur qui rends deux albums très sérieux… simplement son style est relativement banal et ne permet pas de hisser ce Space-Opera là où il pourrait être.

Ce que j’ai apprécié dans ce cycle c’est une réelle ouverture par rapport à un premier diptyque qui se contentait de proposer simplement un nouvel adversaire au Méta-guerrier. Le thème de l’amour parcourt tout le cycle de la Caste et nécessitait de revenir habiter l’univers du Méta-Baron. Résultat de recherche d'images pour "meta-baron henrichon orne 8"Le thème de l’Epiphyte également est développé, renforçant le lien déjà très fort entre le monde du Méta-Baron et Dune (et son Epice). Si le premier tome est un peu poussif, le second est très réussi en révélant de nouveaux personnages et en rendant intelligemment le héros de nouveau vulnérable, permettant de développer un « drama ». Un changement dans la linéarité, un adversaire efficace, un héros vulnérable, une perspective énorme à l’échelle galactique, tout est réuni pour relancer la machine du Méta-Baron. Le format en trois cycles de deux tomes est parfait pour conclure cet univers, en espérant que l’éditeur sache refermer définitivement la saga du personnage en résistant aux sirènes des lecteurs et de l’argent.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

BD·Rapidos

Renaissance #1: les déracinés

BD du mercrediBD de Fred Duval et Emem
Delcourt (2018), Série Renaissance T1.

Fred Duval est le grand Manitou de la SF d’anticipation. Depuis des années il propose régulièrement des ouvrages et des séries qui sont toujours rattachées à l’histoire ou au principe même de l’anticipation et de son « et si… ». Uchronies, dystopies, anticipation sont des variantes d’un principe: utiliser des variations pour parler d’aujourd’hui.

C’est ce qu’il fait dans sa nouvelle série (courte) avec le dessinateur de la saga Carmen Mac Callum, le talentueux Emem (qui a remplacé Gess, dessinateur d’origine). La couverture vraiment réussie et intrigante a beaucoup fait parler d’elle et la communication efficace (avec une couverture au texte « extra-terrestre » par exemple) donne très envie de savoir ce que sont ces extra-terrestres.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Le travail de préparation graphique est conséquent. Ce n’est jamais évident en SF tant le mauvais goût et le déjà-vu peuvent très vite pointer le bout de leur nez… Ici pas de faute de goût même si le choix assez classique d’un univers E.T. très coloré peut paraître facile. Le projet étant une BD SF grand public les auteurs n’ont vraisemblablement pas cherché à déranger mais plutôt à assurer un design classieux, aidé par la jolie patte du dessinateur. Le plus intéressant visuellement repose sur la science des visiteurs et notamment les vaisseaux asymétriques.

Le grand intérêt de cet album est de nous proposer à la fois une inversion (les humains sont colonisés en tant qu’êtres inférieurs) et une projection de l’interventionnisme onusien et occidental sur notre monde actuel. Dans une Terre dévastée par les catastrophes climatiques issues (on ne suppose) de l’action débridée du capitalisme industriel et mercantile, une civilisation supérieure vote l’intervention (dans le cadre d’un protocole très stricte), afin de sauver la civilisation humaine car elle dispose d’un élément particulier qui pourrait enrichir toutes les espèces: la capacité artistique des humains. Ce premier tome est très linéaire bien qu’il superpose l’intrigue en cours avec un long flashback expliquant comment le protagoniste extra-terrestre en est venu à participer à ce corps expéditionnaire.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Le contexte planétaire est très proche de l’univers pessimiste et cynique de Travis/Carmen Mac Callum. Deux familles humaines seront les témoins de l’intervention et aux premières loges des écueils d’une préparation naïve. Duval touche là les déboires des interventions américaines mal préparées en mode « zéro morts » et où la violence basique à l’arme blanche peut remettre en cause l’armée la plus moderne en attaquant au moral. Malgré leur supériorité scientifique et technique absolue, les envahisseurs doutent de la pertinence de leur arrivée, de l’accueil sombre qui leur est réservé malgré leur pacifisme affiché… On ne peut forcer une population malheureuse à être secourue. C’est en substance cette constante que Fred Duval nous rappelle avec cet album hautement politique qui donne envie de connaître la suite.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

BD·Mercredi BD·Nouveau !

Travis #13: serpent à plume

BD du mercrediBD de Fred Duval et Christophe Quet
Delcourt (2018), Travis tome 13, série en cours, arc 4.

744bbe9d1e48496f5b4d5d8699699005

La série Travis a déjà vingt ans et clôture avec Serpent à plumes le quatrième arc narratif de la série, après les Cyberneurs (tomes 1 à 5), Le Hameau des Chênes (tomes 6 à 7) et le cycle de l’eau (8 à 10). A savoir que chaque cycle est disponible dans une intégrale, bonne formule pour apprécier la série et que tout les éditeurs devraient proposer généralement. La couverture est réalisée depuis le tome 11 par un autre que Christophe Quet, ce que je trouve dommage car ce dernier a produit dans la série de très belles couvertures et que cela trompe toujours un peu le lecteur, même si l’illustration de Nicolas Siner (que j’aimerais retrouver comme illustrateur sur une série BD…) est magnifique.

Enfermés dans un bunker de l’UNESCO où se trouve la preuve de la collusion entre une IA et les cartels de la drogue, Travis et ses compagnons vont devoir échapper à la horde de robots tueurs qui les encerclent en même temps qu)aux redoutables tueurs à gage envoyés à leurs trousses. Pendant ce temps Pacman et son puissant employeur discutent avec le Président des Etats-Unis de la réalité de la menace des cartels sur les intérêts des multinationales au Mexique… Business as usual!

Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume"Fred Duval est l’un de mes scénaristes préférés car il a su, discrètement mais avec constance, construire un univers cohérent de SF d’anticipation aux enjeux à la fois techniques et hautement politiques, de la bonne SF qui parle au futur des problèmes d’aujourd’hui. Non content d’être un très bon metteur en scène (déjà sur le cultissime 500 fusils avec le comparse Vatine). Si ses séries reprennent souvent les mêmes thèmes (y compris sur le récent et réussi Renaissance), l’univers partagé de Travis/Carmen MacCallum est ce qui illustre le mieux cette volonté de réalisme dans un monde où la technologie est réaliste et où les multicontinentales et l’ultra-libéralisme a gagné…

Dans l’arc mexicain qui s’achève les auteurs, à la manière d’un Lupano, parviennent à nous rappeler la rébellion du Chiapas du sous-commandant Marcos des années 90 au sein d’une BD SF d’action à grand spectacle! C’est tout l’intérêt de l’anticipation que de permettre à la fois au dessinateur de se faire plaisir par des designs futuristes tout en parlant de l’hyperactualité, la quasi totalité des inventions scientifiques de la série provenant de techniques existantes aujourd’hui et les idées thématiques prenant leurs sources dans les problématiques actuelles. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Si les méchants de ce volume peuvent sembler un peu décevants, l’intrigue techno-géopolitique est toujours aussi redoutable et pointue chez Duval, les dialogues entre Pacman et le président étant le genre de choses que l’on relit pour être certain d’avoir saisi les tenants et aboutissants. A ce titre, je vous suggère de reprendre votre lecture au début de l’arc (Les enfants de Marcos), voir carrément le cycle de l’eau pour vous remémorer les influences de l’IA Dolly sur le scénario de ces derniers tomes. C’est ce que j’aime dans cette série, cette complexité d’intrigues solides qui reprennent toujours les mêmes fondamentaux et habillées par la technologie design et l’action la plus débridée.

La petite déception  viens du dessin de Quet… Rassurez-vous, il est exactement au même niveau que sur les précédents albums et maîtrise toujours parfaitement les scènes d’action rapide, très lisibles malgré les angles de caméra parfois gonflés. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Mais justement, son dessin n’a que peu évolué depuis le premier Travis et j’aurais aimé une progression technique ou des expérimentations chez cet auteur que je trouvais prometteur. Certaines petites faiblesses passent en début de carrière, moins après vingt ans. Il reste que j’ai toujours un faible pour ses personnages, leurs visages, le design général de cet auteur pour lequel j’ai une petite tendresse graphique.

Serpent à plume est un bon cru dans une série dont seul l’arc du Hameau des chênes était un peu faiblard par son ampleur. Travis reste une série qui maintient une qualité très élevée au fil des ans et qui ne voit aucun essoufflement tant le scénariste parvient à tisser des liens entre ses albums et à introduire de nouveaux personnages et problématiques à suivre régulièrement. Ici se termine pour notre héros l’enfer mexicain avant de rempiler dans sa chasse aux IA et aux capitalistes affreux pour encore de longues années probablement.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

Comics·Graphismes·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le temps des sauvages

La trouvaille+joaquim

 

BD de Sébastien Goethals
Futuropolis (2016), 264 p., n&b.

Couverture de Le temps des sauvages - Le Temps des sauvagesLes éditions Futuropolis proposent toujours de très jolis livres, bien fabriqués et généralement dotés de couvertures percutantes. C’est le cas ici et le seul regret (pour une adaptation de roman) est qu’il n’y ait pas plus d’explication sur le travail d’adaptation et sur l’univers dans lequel se place cette BD, nécessairement plus concentrée qu’un roman.

Dans un futur indéterminé les multinationales ont pris le relais des structures étatiques et déterminent la vie des individus, de la conception à la mort: le vivant a été breveté, permettant tous les contrôles des puissances économiques. Quand un concours de circonstance aboutit à la mort d’une employée de grande surface, Jean, salarié aliéné dévoré par sa compagne, va se retrouver au cœur d’une chasse qui va remettre toute son existence en question.

Le temps des sauvages est une BD perturbante. Tout d’abord car Sebastien Goethals (qui sort justement cette semaine un nouvel album) ne nous donne que très peu d’informations (souvent délivrées de façon cryptique) sur cette société dystopique où tout est marchandisé et les seules valeurs sont celles de la concurrente et du succès. L’aboutissement absolu de l’idéal néo-libéral. Et pour cela déjà la BD vaut le coup d’être lue car c’est un gros coup de poing, de gueule ou de tout ce qu’on veut, un peu dans la même optique mais dans un autre genre que le Renato Jones de Kyle Andrews.

On peine à rentrer dans cette histoire à la construction un peu compliquée, passant sans que l’on sache si c’est une volonté ou non d’une séquence à l’autre, souvent aux tons très différents. La temporalité est parfois dure à suivre, comme ces quelques pages qui nous relatent de façon quasi muette la vie du personnage principal. Les images doivent nous donner les clés mais restent parfois obscures. De même, les personnages sont assez nombreux, présentés de façon très progressive au fil de la lecture (l’album est assez épais) si bien que l’on tarde à comprendre qui est au cœur de l’action. Sans doute l’auteur a souhaité exprimer une société déstructurée, mais cela ne facilite pas forcément la lecture. L’album commence par une remarquable séquence d’action, proche d’une mise en scène manga, avec ces personnages de loups humanoïdes donnant l’assaut à un fourgon bancaire. Puis le rythme se rompt pour entrer dans des séquences d’illustration de ce futur affreux. Si l’évolution sociétale est comprise rapidement, le thème de la manipulation générique permettant des croisements entre humains et animaux n’est abordé que factuellement, à mesure de l’exposition des scènes qui nous font comprendre cette réalité pourtant fondamentale. Cela explique des séquences sinon improbable dans un monde cartésien et seulement humain.Résultat de recherche d'images pour "goethals le temps des sauvages"

Je ne veux pas dresser un tableau trop négatif de cet album qui est doté de beaucoup de qualités, notamment graphiques, mais dont la structure est souvent bancale. Les thématiques sont riches, assumées et souvent originales. Ainsi le thème de l’addiction aux jeux vidéo, aux mondes virtuels, qui se transforme à mesure que l’on comprend mieux l’intrigue en un choix de vie contestataire, de reprise en main paradoxale de sa vie dans un univers où vous ne vous appartenez plus. Bien sur également la critique d’une société ultra-libérale extrapolée plus loin encore que ce que Fred Duval, le grand scénariste de l’anticipation à la sauce Delcourt produit formidablement depuis des années. La thématique de la famille est pour moi l’élément le plus faible car à la fois central et trop peu exploré. La meute des hommes loups est au cœur du récit face à un Jean insipide, creux, faible et auquel on se demande bien ce que les femmes peuvent trouver. Le décalage est cruel entre ces deux antagonistes (les loups veulent se venger en tuant Jean) et l’auteur laisse le lecteur seul pour juger de quel côté il veut se placer. Les femmes sont finalement les seules à même de garder le contrôle et de prendre des décisions dans cette histoire, comme la mère des loups assumant sa liaison, la compagne de Jean, otage volontaire de la meute ou Blanche de Castille (sic) à la fois instrument du système et totalement indépendante.

L’impression finale est celle d’un univers très riche, débordant d’idées, de sujets, lancés de façon un peu chaotique sans clé de lecture, sans fil de fer. Selon le lecteur, cela pourra déranger ou plaire comme une liberté de participer à la construction mentale de cette dystopie. Personnellement j’ai trouvé cela frustrant tout en me donnant bien envie de lire le roman à l’origine de l’ouvrage, qui permet probablement de structurer ce projet aussi rageur et sauvage que les hommes-loups qui en sont le cœur.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

badge-cml

Le toujours bien fourni blog Branchés culture propose également une critique (différente de la mienne) qui pourra vous éclairer sur les liens entre le roman et la BD.

Comics·East & West·Nouveau !·Numérique·Service Presse

X-O Manowar #2: D’empereur à Wisigoth

esat-westComic de Matt Kindt, Clayton Crain, Renato Guedes, Ryan Bodenheim, Ariel Olivetti
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 2 (épisodes 7-14), 224 p.

xo-2018-2-couv-2-600x924

Le volume comprend un résumé des épisodes précédents, un sommaire (que j’apprécie beaucoup car il indique très clairement quels auteurs officient sur quelles sections), les couvertures de chaque fascicule original et en fin de tome des croquis et explications d’intentions passionnantes. Tout cela est habituel chez Bliss mais pas toujours aussi intéressant.

Après avoir gravis les échelons de l’armée Azur au cour d’une guerre permanente semée de trahisons, le voilà empereur de la planète Gorin. Mais lorsqu’un adversaire d’outre-espace survient, la difficulté de maintenir une cohésion entre tous ces peuples antagonistes se fait jour. Aric de la Térre est-il capable d’autre chose que de faire la guerre? Se coupant de tous ses proches, trahis, pourchassé par une bande de mercenaires, loin de la Terre, qu’espère t’il encore de la vie?

Résultat de recherche d'images pour "renato guedes manowar"Lorsque j’avais ouvert le très joli premier tome du reboot de X-O Manowar, j’avais cru avoir loupé un épisode expliquant ce que le héros faisait sur la planète Gorin. Il n’en est rien et dans les bonus de ce second tome les auteurs expliquent justement que l’objectif était de sortir Aric de son confort et le lecteur avec, de le placer dans un environnement totalement nouveau (mais guerrier…) afin d’explorer la psychologie du personnage. Sur ce plan la série est une vraie réussite et après les relations avec l’armure dont il est dépendant mais qu’il ne souhaite pas utiliser, sorte de voix intérieur de sa conscience, il doit affronter ses choix et le vide de sa vie. Rarement un héros aura été aussi malmené émotionnellement, jusqu’au bout du volume. Si je maintiens mes quelques regrets sur une série qui reste essentiellement axée sur la guerre rageuse (ce qui finit par devenir un peu redondant), le travail sur le personnage et la réflexion politique sur l’impossibilité d’imposer la paix par la guerre (ce qu’ont argumenté nombre de conquérants à travers l’Histoire) sont vraiment intéressants.

Résultat de recherche d'images pour "manowar clayton crain"Ce second volume démarre sur le même mode que le précédent, jusqu’à l’irruption des mercenaires, qui provoquent une vraie bouffée d’air. A la fois graphiquement par une bonne grosse claque de Renato Guedes, mais surtout car la section permet l’arrivée de personnages tout neufs, d’un univers très excitant loin de Gorin et de mettre enfin le héros en danger. L’intérêt est pleinement relancé et se poursuit jusqu’à la prise de conscience d’Aric que son destin n’est plus ici. On quitte donc l’action ininterrompue pour du fonds et un chemin qui nous donne soudait très envie de savoir comment va rebondir cette gueule cassée  au bord de la répression (on retrouve l’intérêt pour Bloodshot sur ce plan), avec notamment une conclusion très réussie et forme d’ouverture qui boucle cependant le cycle de Gorin. L’éditeur précise dans une fiche de lecture dont il est coutumier que la suite sera à lire dans le crossover Harbringer Wars 2 à paraître bientôt, avant un troisième volume de X-O Manowar. J’étais resté un peu sur ma faim dans le premier volume y compris sur un personnage que je trouvais un peu monolithique. Ce second tome relance vraiment la machine.

Le petit bémol que je mettrais est dans le graphisme. Paradoxalement, Clayton Crain, qui est capable du superbe sur Harbringer Wars, Dininity et sur pas mal de couvertures Valiant, peine ici clairement dans les scènes de bataille, fouillis et assez sombres, où sa technique numérique peine un peu en précision. A côté, Renato Guedes, dans une technique de peinture à l’eau peu évidente (proche du travail de Dustin Nguyen sur Descender) produit des planches magnifiques. Est-ce un manque d’intérêt ou une vraie limite de la technique de Crain, toujours est-il que ses planches sont les moins intéressantes. Contrairement au premier tome découpé entre deux illustrateurs au style très proche (et créant une vraie harmonie graphique), ici c’est plus divers, mais cela ne m’a pas dérangé. Tous sont très bons et si Guedes m’a énormément plu, Ariel Olivetti qui conclut l’histoire est une nouvelle énorme claque, une vraie révélation que je vais m’empresser de suivre! Résultat de recherche d'images pour "manowar olivetti"Dans une technique alliant dessin très précis et textures numériques discrètes proches du boulot de Reno sur Aquablue, l’argentin (tiens, est-ce que le secret de Valiant ne serait pas de faire appel à des dessinateurs non états-uniens?) fait exploser les rétines avec des séquences spatiales qui laissent pantois. J’espère vivement qu’il continuera son travail sur Manowar car sur ces planches on atteint clairement le top de ce qu’a produit Valiant jusqu’ici. Et comme je constate une montée graphique à chaque volume depuis l’an dernier, jusqu’où irons nous? J’ai beaucoup hésité à ajouter un quatrième Calvin à ma note en raison des planches de début d’album et d’un démarrage poussif, mais la clôture et la double révélation graphique justifient un 4 qui confirme que ce second album Manowar est meilleur que le premier.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Commandez le badge-cml

Comics·Graphismes·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Travis Charest

La trouvaille+joaquim

Travis Charest fait partie des dessinateurs frustrants, de ceux qui vous subjuguent de facilité à chaque dessin mais après lesquels il faut courir pour trouver des albums de BD. Le dessin est un art injuste où qualité ne va pas nécessairement avec rapidité ou lenteur. Un Marini ou un Frank Cho ont une productivité incroyable, un Charest ou un Varanda sont plus laborieux. Chacun son rythme et malheureusement pour nous, si l’industrie BD européenne permet à ces auteurs industrieux de trouver leur place dans des projets adaptés, les Etats-Unis ne s’y prêtent guère, cantonnant toute une ribambelle de très grands dessinateurs à l’illustration de couvertures ou à l’illustration libre.

Je ne me souviens plus quand je suis tombé pour la première fois sur une image de Travis Charest, sans doute sur une couverture d’une BD Image (l’éditeur est né en même temps que mon intérêt pour les comics). En revanche, j’ai immédiatement sauté sur les premières publications en français de sa trop rare biblio:

  • Couverture de WildC.A.T.S / X-Men -1- L'âge d'orWildCATS/X-men l’âge d’or (soleil): dans ce one-shot en quasi noir et blanc laissant toute sa place au dessin magnifique du canadien, la WildCAT Zealot, guerrière extra-terrestre absolue, fait équipe avec Wolverine pour botter des fesses de méchants nazis alliés aux créatures Daemonites autour d’un parchemin aux pouvoirs incommensurables. On est pas loin d’Indiana Jones, Charest se fait plaisir dans cet univers rétro. C’est pour moi le meilleur album de l’auteur, avec une simplicité assumée, de l’action, de l’humour et un dessin magnifique sur l’ensemble des planches.
  • Couverture de WildC.A.T.S (Semic Books) -1- Wildcats 1WildCATS (SEMIC): toujours dans l’univers de la série créée par Jim Lee, ce one-shot est une succession d’histoires courtes dans l’univers des WildCATS. Le graphisme est encore une fois superbe, mis en couleur de façon très sympa (bien que je préfère les lavis du précédent) mais pour celui qui ne connait pas les personnages on ne comprend pas grand chose. Restent de vraies fulgurances visuelles et le plaisir des yeux.
  • Les armes du Méta-baron (Humanoides associés): cet album a toute une (difficile) histoire. Après avoir terminé la série La caste des méta-barons avec Jimenez, Jodorowsky a embauché Travis Charest pour un album dérivé, dans le même univers. Résultat de recherche d'images pour "les armes du méta-baron"Sans délais mensuel de publication, l’artiste pouvait se sentir plus confortable que dans son pays, mais après une trentaine de pages dessinées (et quelles pages!) en sept ans, le fantasque chilien a simplement viré Charest et complété l’album par le dessinateur Janjetov qui avait lancé la série Les Technopères. Histoire de caractères ou réel problème de rythme, toujours est-il que ce volume finalement sorti est inabouti tant l’écart graphique entre Charest en Janjetov est grand. Heureusement, le scénario insert la partie Charest dans un récit, ce qui permet de justifier ce changement. L’intrigue est assez redondante avec la série de Jimenez mais l’album propose sans doute les planches les plus abouties réalisées par Travis Charest jusqu’à ce jour. Très impressionnant.
  • Couverture de Spacegirl -1- Volume 01Spacegirl: sans doute dégoutté par cette expérience Travis Charest publie un webcomic, Spacegirl, qui aboutit en deux volumes publiés en petit tirage aujourd’hui spéculés sur internet. Heureusement l’auteur publie ses planches sur son blog, de même que Les armes du méta-baron.

Le style de Charest est plutôt européen, calqué sur une technique noir et blanc hachurée qui peut ressembler par moments à Serpieri, Sicomoro ou du Giraud. Plutôt un style 70’s mais avec des envies de bricolages rétro-futuristes. Contrairement à d’autres auteurs hyper-réalistes (je pense à Alex Ross), il parvient cependant à insuffler un certain dynamisme dans ses séquences. Le dessin n’est pas exempt de défauts mais l’ensemble dégage une telle personnalité artistique et une spécificité dans les textures qui rendent son trait tout à fait identifiable. Il est dommage que l’écurie de Travis Charest soit celle des Wildcats, série relativement mineure au regard des Big Two et que l’artiste soit finalement assez peu visible en comparaison avec des cadors du même niveau. L’avantage est que la taille de sa biblio vous permettra d’en avoir très rapidement une vision exhaustive. Il est pour moi l’un des plus grands dessinateurs en activité et je guette avec envie un éventuel futur projet de BD…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Résultat de recherche d'images pour "travis charest"Résultat de recherche d'images pour "travis charest"

Another Dreamshifters PageImage associée

Image associée

Résultat de recherche d'images pour "travis charest"