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Odyssée sous contrôle

La trouvaille+joaquim

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BD de Dobbs et Stephane Perger
Ankama (2016), 54p., one-shot, collection « Les univers de Stefan Wul »

Avant de débarquer sur la planète Emeraude, l’agent Michel Maistre fait la rencontre de la belle Inès Darle, dont il va tomber éperdument amoureux. Malheureusement ils vont se retrouver tous deux impliqués dans un complot extra-terrestre. Lancé à la recherche de la belle kidnappée, l’agent va vite se retrouvé confronté à une réalité parallèle qui va remettre en question jusqu’à son être même…

badge numeriqueJ’ai découvert l’immense qualité graphique de Stephane Perger sur la série Luminary qui vient de s’achever et souhaitais découvrir ses précédentes productions. La très inégale collection Les univers de Stefan Wul n’a pas donné que des chefs d’œuvre (sans doute du fait d’adaptations de romans pas forcément géniaux bien qu’ayant eu une immense influence sur une génération d’artistes) même si elle permet d’apprécier les traits de Vatine, Adrian, Varanda, Reynès ou Cassegrain et je ne vais pas le cacher, cette Odyssée sous contrôle vaut principalement pour les planches somptueuses de Perger. Alors que d’autres romans ont été adaptés en plusieurs volumes celui-ci, du fait de son traitement, aurais sans doute dû en passer par là…

Odyssée sous contrôle – Artefact, Blog BDLa faute sans doute à une ambition scénaristique un peu démesurée sur une base pulp. Dobbs fait ainsi le choix de troubler le lecteur dès la première page en ne suivant aucune structure séquentielle logique afin de créer un effet de confusion similaire à celui du héros. Hormis les poulpes alien qui semblent fasciner Wul (voir Niourk) on n’a pas grande chose auquel se rattacher, les personnages changeant d’identité, des seconds couteaux apparaissant de nulle part sans que l’on sache si l’on est censé les connaître et le déroulement du temps se faisant de façon très chaotique. La volonté est évidente. Certains apprécieront cette lecture compliquée. Il n’en demeure pas moins que comme album BD on aura fait plus lisible. Peut-être également en cause la technique de Perger qui si elle est très agréable à l’œil, ne permet pas toujours de compenser les ellipses et devinettes narratives que nous jette le scénariste. Lorsque le scénario est flou il faut un dessin extrêmement clair et évocateur (comme sur le sublime Saison de sang) pour garder le lecteur dans les rails.

Au final on a un album assez frustrant habillé de superbes séquences et de quelques idées terrifiantes, d’un design rétro très fun et d’une promesse d’espionnage vintage, ensemble de propositions qui surnagent avec une impression de pages perdues. Une fausse bonne idée en somme qui à force de ne pas dérouler son histoire ne la commence jamais vraiment. Dans la collection on ira plutôt voir du côté de La mort vivante ou Niourk.

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****·East & West·Nouveau !

The Shadow Planet

Récit complet en 80 pages, écrit par Giovanni Barbieri et dessiné par Gianluca Pagliarani. Parution le 06/05/22 aux éditions Komics Initiative.

Je suis pas venu ici pour survivre !

Comment ne pas aimer le cinéma de genre ? A la fois bon et mauvais, foisonnant et ultra codifié, il aura connu des périodes fastes, des échecs critiques suivis de véritables cultes, dans plusieurs domaines et jusqu’à aujourd’hui. Cependant, on ne va pas se mentir, l’âge d’or du cinéma de genre se situe bel et bien dans les années 80. Les auteurs de Shadow Planet le savent bien, et annoncent tout de suite la couleur avec ce titre accrocheur dont les connaisseurs saisiront immédiatement les références.

L’histoire débute à un moment crucial pour les personnages: après cinq ans de mission spatiale, ils ont enfin obtenu une permission pour rentrer sur Terre. Pour cela, ils ont 36 heures pour quitter le quadrant et rejoindre le point d’extraction de la flotte. Mais, bien évidemment, l’équipage reçoit un signal de détresse émanant d’une petite planète perdue, qui se trouve être dans leur secteur. L’équipage n’est pas très enthousiaste, car le signal provient d’un vaisseau qui s’est crashé il y a trente ans, mais le règlement de la fédération spatiale est très clair, ignorer un appel de détresse est passible de la cour martiale.

Qu’à cela ne tienne, un petit détachement est envoyé pour cette dernière mission avant des vacances bien méritées. Mais en fiction, qui dit « dernière X« , ou « Y de routine« , doit forcément s’attendre à une catastrophe…

Une fois arrivés, la commandante et son équipage vont rapidement se rendre compte que quelqu’un a survécu à la catastrophique mission qui a eu lieu il y a trente ans. La survivante qu’ils trouvent dans un caisson cryogénique va les mettre au parfum: son père est possédé par une entité extraterrestre depuis qu’il est entré en contact avec une inquiétante brume. Va s’en suivre un jeu de massacre qui n’épargnera rien ni personne, avec au milieu une ou deux paires de fesses, parce que pourquoi pas ?

Vous l’aurez compris, Shadow Planet est un agglomérat de tout ce qui a fait le sel du cinéma de genre durant ces dernières années, et qui a inspiré une part non négligeable des auteurs d’aujourd’hui. Un équipage de vaisseau spatial qui va investiguer à ses dépens un signal de détresse ? Adressez-vous à Alien. Une brume menaçante ? The Fog, voire encore Le Prince des Ténèbres, de Carpenter. Un monstre qui assimile et copie l’apparence de ses victimes ? The Thing sans hésitation. Ajoutons la série familiale Lost in space et une secte lovecraftienne en diable… D’autres références sauteront certainement aux yeux des plus avertis, mais l’essentiel est là: l’album fonctionne autant comme un hommage pur et dur que comme une histoire à part entière et ne souffre pas un instant de cette abondance de références.

Si l’on peut reprocher une chose, c’est que les auteurs, sans doute trop focalisés sur les aspects fun de leur histoire, négligent un tant soit peu la construction des personnages, ce qui en fait davantage des accessoires de l’intrigue et moins des figures centrales. Si l’on compare à Alien, par exemple, on s’aperçoit que Ridley Scott s’attarde d’abord sur son groupe de personnage avant de lancer les hostilités. La longue scène du réveil, suivie de celle du repas, sont autant d’occasions pour a)identifier clairement les personnages: sexe, fonction, caractère, et b)s’attacher à eux, ce qui renforce l’implication dans le récit, ou au moins pronostiquer qui mourra en premier.

Ici, l’introduction est vite expédiée, ce qui fait que l’on a quand même un peu de mal à se rappeler clairement qui est qui (effet combi spatiale en sus). Le reste de l’intrigue est néanmoins fluide, avec un mystère suffisamment bien dosé pour maintenir l’intérêt de lecture et une mécanique du « thriller » parfaitement maîtrisée (manquent plus que les petits coups d’archer!).

Graphiquement, on a droit à un trait réaliste et maîtrisé, avec un accent mis sur le pulp, notamment vis à vis des vaisseaux et des combinaisons spatiales. Le design des créatures, que Rob Bottin ne renierait pas, est la cerise gore sur le gâteau SF de cet album. A noter que l’ensemble des éléments techniques (décors, vaisseaux, robot,…) ont été modélisés en 3D, ce qui procure aux planches une solidité technique redoutable, comme on peut le voir dans le superbe cahier graphique composé d’hommages, de croquis préparatoires et donc de modèles 3D des objets.

Shadow Planet est donc un pur concentré d’adrénaline et d’hémoglobine, un petit bijou de références SF et horreur qui ravira les fans du genre avec l’éternel regret pour ce genre d’histoire que de n’avoir qu’un unique volume.

Billet rédigé à 4 mains par Dahaka et Blondin.

****·Comics·East & West·Nouveau !

We Live

Premier tome de la série écrite et dessinée par Roy et Inaki Miranda. Parution initiale aux US chez Aftershock, publication en France chez 404 Comics le 03/02/2022.

Et si on partait ?

Au cas où on ne vous l’aurait pas déjà répété, la planète Terre est foutue. Pour de vrai. Après des millénaires d’anthropocène abusifs, notre monde nous a sorti un bon et gros middle finger, sous la forme de catastrophes naturelles, qui ont conduit à des guerres, puis à une mutation de toute la faune et la flore, partout à travers le globe, dont le seul et unique but était désormais d’étriper des humains. Jusqu’ici, il n’y avait que trois façons de mourir en masse, les épidémies, les guerres, ou les famines, il y a désormais des lions mutants.

Un peu comme un aristocrate qui vous propose un jus d’orange à la fin d’une exquise soirée, la Terre nous pousse donc discrètement vers la sortie, mais il n’est pas évident de trouer une planète aussi accueillante. Pas de souci, l’Humanité a trouvé une issue, ou plutôt, une issue de secours, sous la forme d’un message extraterrestre. Plus qu’un message, c’était une promesse, celle qu’un certain nombre d’élus serait évacués, pour peu qu’ils soient présents autour d’une balise à la fin d’un compte à rebours. Ces élus sont ceux et celles qui ont trouvé un bracelet spécial, issu d’une technologie extraterrestre, tous des enfants.

Depuis la mort de leurs parents, Tala veille du mieux qu’elle peut sur Hototo, son jeune frère espiègle et encore innocent malgré les horreurs qu’il a vécues. Lorsqu’elle a trouvé un des fameux bracelets, Tala n’a pas hésité une seule seconde et a l’a enfilé au bras de son frère, se sacrifiant ainsi pour lui offrir une vie meilleure, sur une planète lointaine.

Après avoir survécu à toutes sortes de dangers, il est temps pour le duo fraternel de tout quitter pour se mettre en route vers la balise la plus proche, situé dans une des 9 mégalopoles, derniers bastions humains sur une Terre devenue hostile au genre homo. Ce sera là une dangereuse odyssée pour Tala et son frère, car les obstacles sont nombreux et veulent généralement déchiqueter tout ce qui marche et parle dans leur champs de vision.

On l’a vu récemment avec No One’s Rose et d’autres sorties récentes, la thématique écologique, en plus d’être une urgence planétaire bien réelle, fournit une source actuelle et non négligeable d’inspiration pour la fiction, notamment pour le genre SF/Anticipation. Bien évidemment, les frères Miranda maîtrisent bien leurs codes narratifs, puisqu’avant d’être un énième récit de fin du monde, We Live compte avant tout l’histoire d’une fratrie, l’attrait du récit réside principalement dans les liens qui les unissent plutôt que dans le cadre post-apo, qui n’est finalement qu’un écrin pour l’évolution de ses personnages.

  • Les deux auteurs connaissent donc bien leur recette:
  • a) des personnages bien définis et pour lesquels les lecteurs ressentent de l’empathie: On ne peut que valider la cause de Tala, surtout lorsqu’on apprend qu’elle a privilégié la survie de son frère au détriment de la sienne.
  • b) un objectif simple avec des enjeux compréhensibles: survivre, ça reste, a priori, à la portée de tout le monde.
  • c) des obstacles de taille et un compte à rebours: comme on l’a dit, un environnement hostile rempli de monstres, pas évident à surmonter pour des enfants. Quant au compte à rebours, il est littéralement mentionné dans le récit puisque le duo n’a que quelques heures pour rejoindre le lieu d’extraction, sans quoi Hototo restera coincé sur une Terre mourante.

Le final fait basculer l’histoire du survival SF à un récit plus super-héroïque, ce qui est un peu désarmant il faut l’avouer, mais cela n’enlève rien à l’intérêt de l’album, et promet même une suite plutôt palpitante. Un des autres aspects questionnants est le caractère foisonnant de l’univers du récit, qui part dans plusieurs directions avec des animaux mutants, des zombies fongiques, des méchas, etc… Mettons-ça sur le compte d’un univers baroque, la richesse n’étant pas nécessairement un défaut. We Live est donc une quête initiatique bien construite, avec des personnages sympathiques, un univers violent mais poétique.

BD·Nouveau !·****

Sorunne

Histoire complète en 108 pages, écrite par Diego Reinfield et dessinée par Guille Rancel. Première édition chez Spaceman Project le 21/09/2021, seconde édition le 25/03/2022.

Pentalogue

Le monde étrange de Gidru répond à cinq commandements, cinq lois primordiales qui émanent du dieu Arduk, et qu’il ne faut en aucun cas enfreindre, la Sorunne. Ces cinq lois interdisent aux habitants de Gidru de lire des écritures, de porter un nom, de manger une fleur de Duyia, de briser une statuette sacrée, et de s’emparer d’un masque de l’arbre des morts.

Les esprits rebelles ou orgueilleux qui s’affranchissent de ces règles reçoivent une marque spéciale pour chaque commandement violé, et, une fois le pentalogue foulé au pied dans son intégralité, sont exécutés sommairement par un mystérieux guerrier en armure, qui les pourfend aux yeux de tous sans autre forme de procès.

Un beau jour, après qu’une nouvelle rebelle ait trouvé la mort des mains de l’exécuteur, un objet non identifié s’écrase sur Gidru, sous le regard médusé du jeune Personne, un petit être innocent engoncé dans sa confortable routine. Personne, respectueux de la Sorunne, va néanmoins se rendre du les lieux du crash pour voir ce qui s’y trouve. C’est là qu’il fait la rencontre d’un étrange voyageur en scaphandre, un homme flottant entouré de fumée, qui écume le cosmos à la recherche de sa divinité. Personne va alors s’embarquer dans une singulière odyssée qui l’amènera à questionner ses croyances et à s’interroger sur sa place dans l’ordre du monde.

Sorunne attire l’œil d’emblée par son graphisme issu de l’animation et ses couleurs dynamiques. Derrière la qualité des ses planches, on retrouve une thématique intéressante relative à la force des croyances et aux dangers de l’ignorance, ces deux éléments conjugués n’ayant jamais rien donné de positif au cours de l’Histoire.

En effet, le récit nous montre bien que, si un dogme religieux suivi à la lettre peut permettre aux individus une vie paisible et sans tourment, il peut aussi dissimuler des vérités essentielles au bien-être l’individu. On le sait tous, la libre-pensée et la religion ont toujours eu quelque chose d’incompatible, il n’est donc pas illogique que tout dogme religieux qui cherche à se perpétuer tente de la combattre. D’où les chasses aux sorcières, d’où les bûchers et les accusations d’hérésie, d’où les exécuteurs en armure qui pourfendent les rebelles en deux avec des épées géantes.

On voit donc bien que l’auteur a ancré son récit dans le réel, malgré l’aspect onirique et le graphisme animation. En atteste le simple fait que la planète Gidru soit régie par une version écourtée des Dix Commandements, composée de cinq lois qui rappellent les Cinq Piliers de l’Islam.

L’ensemble demeure plutôt cryptique si l’on n’est pas familier des religions, mais le final proposé par l’auteur apporte une dimension métaphysique convaincante, qui n’est pas sans rappeler la philosophie nietzschéenne et sa volonté de puissance. On serait tenté au premier abord de proposer Sorunne dans la catégorie Jeunesse, mais le niveau de violence ainsi que la profondeur du thème sont plutôt en faveur d’un public un peu plus mature, disons adolescent.

Encore une fois, Spaceman Project a permis la publication d’un album très intéressant, à lire !

BD·Nouveau !·****

Elecboy #3: la data croix

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BD de Jaouen Salaün
Dargaud (2022), 62 p., 3/4 tomes parus.

Attention Spoilers!

Joshua est un androïde. La révélation est violente psychologiquement mais également pour son entourage qui le rejette comme un ennemi. Réfugié au sein d’une communauté religieuse très organisée dans une société qui semble utopique il va découvrir les secrets de son origine et de ce qui a provoqué l’apocalypse…

Data croix (La) (par Jaouen Salaün) Tome 3 de la série ElecboyOn ne l’attendait plus, Jaouen Salaün lâche enfin les freins dans cet album charnière tout en révélations. Ce qui nous fait nous demander pour quelle raison il a opté pour un format en quatre plutôt qu’une trilogie plus équilibrée… passons. Outre le titre un peu wtf on a tout bon dans ce troisième volume qui aurait été un carton s’il avait été le premier. Gageons qu’il n’est jamais trop tard pour découvrir une série lancée!

Cette accélération de rythme nous prend de cours puisque les premières pages forment un surprenant flashback en mode rapide qui détonne diablement avec la torpeur et le contre-temps sur lequel était construite la série jusqu’ici. On nous raconte ainsi l’élimination brutale de cet être par ses proches avant les longues révélations que lui procurent un être synthétique au sein de la Bibliothèque de la Connaissance passée, logée dans une formidable croix formée par un séquoia géant. Le lien entre Joshua, les wastlands, les séquences spatiales et les combats épiques vus jusqu’ici se fait enfin pour notre plus grand plaisir!

Elecboy tome 3 - La Data Croix - Bubble BD, Comics et MangasOn bascule ainsi résolument dans de la grande SF qui précise son propos sur le Transhumanisme ou le post-humanisme (sujet également abordé dans la récente réédition d’Eden en version Perfect ou encore le grand album récent qu’est Carbone & silicium). Le récit devient alors très classique mais passionnant grâce aux images toujours magistrales de l’auteur. On regretterait presque que la séquence passe si vite tant le déroulé de cette fin du monde nous happe par la richesse des thématiques abordées. Les séquences d’action ne sont pas en reste puisque si cette fois il n’y a pas trace de moins guerrier, l’affrontement mécanisé entre les puiseurs et le clan de Sylvio est tonitruant en une bataille tout à fait explosive. Entre les deux Salaün nous glisse une dénonciation du totalitarisme religieux, plus habituel mais logique dans cet univers, le tout avec un design aux élégances qui montent encore d’un cran.

Bref, on passe pas loin du coup de cœur pour un tome qui coche toutes les cases de la bonne et belle SF et qui réhausse très fortement l’intérêt d’une série qui, si elle maintient ce niveau pour son ultime volume pourrait bien être assez vite réévaluée comme une quadrilogie majeure…

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*****·East & West·Manga·Rapidos

Eden, It’s an endless world (perfect) #8

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, 8 volumes parus sur 9 (1,5 tomes/volume).

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Il vaut mieux être à jour sur la série pour lire cet article!

L’exfiltration de Mana se poursuit lors d’un affrontement qui voit les forces redoutables du Propater et d’Elijah se neutraliser avec des dommages irrémédiables dans chaque camp. Bientôt l’IA Maya intervient, alors qu’une catastrophe mondiale se prépare, qui va bouleverser les équilibres…

Coup de coeur! (1)

Si vous ne l’avez pas encore compris Eden est un manga absolu, un miracle qui se hisse au-dessus de tout ce qui a été fait dans le pays de Tezuka. Pour que ce soit clair, à l’approche de la conclusion cette série dépasse par son ambition et sa réalisation Akira et tous les manga que je concevais comme des chefs d’œuvres…

Chapter 99 - Eden: It's an Endless World! - Manga1s.com - Read and download  Manga Online for Free!Je ne reviendrais pas sur les schémas narratifs de l’auteur qui continuent ici avec toujours autant d’efficacité pour me concentrer sur les thèmes de cet avant-dernier volume. Si on a largement abordé précédemment les déviances urbaines que sont la prostitution, les drogues et les mafias mais également les guerres civiles africaines, ici le scénario approfondit la question des religions en lien avec le concept d’IA et du Colloïde comme nouvelle entité de l’Evolution qui fusionne les questions de la singularité humaine et du rôle de Dieu.

Dans ce monde dévasté (et qui ne finit pas de l’être dans les mains de Hiroki Endo) Maya interroge plusieurs personnages sur le sens de leur vie comme entité individuelle et sur la proposition de fondre sa personnalité dans le collectif du Colloïde. Il pointe en cela directement la promesse non aboutie des religions qui laissaient transparaître dans l’Au-Delà une telle fusion. Dieu restant invisible et son action sur le monde manifestement peu efficace, le Colloïde convainc un nombre croissant d’humains qui voient dans sa matérialité et sa propagation une réalité tangible.

Eden: It's an Endless World! - Chapter 110L’auteur aboutit ainsi sur ce volume l’apport de la Gnose sur son œuvre (que hormis les théologiens et les érudits bien peu avaient pu percevoir jusqu’ici). Cette vision/réflexion est encore passionnante par sa modernité très concrète et son lien avec l’idée SF d’IA. Dans le paradigme futuriste on aura vu les cerveaux transférés dans des corps robotiques et des IA se matérialiser inversement. Il ne reste plus qu’à imaginer un transfert de l’esprit d’un humain dans un cyberespace collectif (idée vue récemment dans l’excellent Chappie de Neill Blomkamp) pour boucler avec le relativisme de la singularité démiurgique de l’Homme. Sans aucun prosélytisme, uniquement poussé par sa curiosité et son cartésianisme absolu, l’auteur ne cesse de jongler entre le plaisir de la BD et l’expression de ses analyses sur l’histoire des hommes, sur l’état du monde lorsqu’il écrit son œuvre (… qui n’a malheureusement guère évolué depuis). En lisant Eden on se sent plus intelligent, on réfléchis sans cesse aux vies très réalistes de cette multitude de personnages, à notre monde et au caractère très mortel et remplaçable des humains. Eden est une œuvre profondément nihiliste, froide, mais d’une richesse folle. Il ne reste plus qu’à conclure…

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****·Comics·East & West·Nouveau !

Zojaqan

Histoire complète écrite par Jackson Lanzing et Collin Kelly, dessinée par Nathan Gooden. Parution aux US chez Vault comics, publication en France grâce au concours de Komics Initiative le 25/02/2022.

Shannon la Barbare

Bercée par les vagues, Shannon Kind s’éveille, et elle ignore où elle est. Rassérénée par la douce chaleur qui l’enveloppe, elle pense d’abord rêver, jusqu’à ce qu’elle atteigne un étrange rivage qui semble bien éloigné de sa contrée natale.

Bientôt, Shannon doit se rendre à l’évidence: elle ne rêve pas, et elle n’est pas sur Terre. Après quelques temps d’exploration, la jeune femme endeuillée s’aperçoit qu’elle foule une terre primordiale, hostile, parcourue par une dangereuse race de prédateurs, des créatures vicieuses qui se délectent de la peur qu’elles provoquent chez leurs victimes.

Mais depuis le décès de son fils Luther, Shannon n’a rien à perdre. Donc, Shannon n’a pas peur. Qu’à cela ne tienne, elle fera tout pour survivre dans ce nouveau monde, ne serait-ce que pour priver les monstres de la satisfaction de la voir baigner dans une marre de son propre sang. Sur son chemin, Shannon va croiser de fragiles créatures, qui n’ont pas encore de nom mais qui vont rapidement s’attacher à elle, elle qui est la seule à tenir tête aux prédateurs. Peu à peu, la jeune femme va s’ériger en protectrice de ces petits animaux aux allures porcines, dont la peau rosée ne servait jusque-là que de festin à des créatures plus fortes et plus déterminées.

Cependant, Shannon est frappée par un étrange phénomène: régulièrement, elle perd connaissance, et à son réveil, le temps semble avoir accéléré sa course, si bien qu’elle ne reconnaît ni les paysages, ni ses petits camarades, qui ont entre-temps évolué de façon stupéfiante. Désormais doués d’intelligence, elle s’aperçoit que ses amis, baptisés les Zojas, ont bâti grâce à elle une civilisation, dont elle est la pierre angulaire, « Shan« . Vénérée comme une déesse depuis des milliers d’années, Shannon va, au gré de ses sauts dans le temps, assister à l’évolution de ses protégés, qui connaitront grandeur et décadence, toujours en tentant d’interpréter les messages de leur guide Shan.

Ce que Shannon ignore toutefois, c’est que les prédateurs, de leur côté, poussés par la pression évolutive provoquée par l’hécatombe de Shannon dans leurs rangs, vont eux aussi profiter des siècles pour s’organiser, muter, et devenir eux aussi autre chose que ce qu’ils était destinés à devenir. Et en parallèle se pose la question: Shannon rêve-t-elle ? Est-elle morte ? Ce qu’elle voit et ressent dans ce monde étrange résulte-t-il d’une interprétation faite par son cerveau agonisant de ce qui s’apparenterait à l’au-delà ?

Depuis quelques temps déjà, les éditions Komics Initiative dénichent des comics indépendants échappant au carcan des grandes maisons d’édition américaines, à savoir Marvel et DC. Entre les deux géants, fourmille un monde dans lequel les auteurs sont libres d’explorer des concepts originaux, comme c’est le cas avec Zojaqan. Dès le début de l’histoire, nous adoptons le point de vue de Shannon, qui découvre en même temps que le lecteur le monde étrange dans lequel elle a été parachutée. Nous avançons donc pas à pas avec elle, et devons recoller les morceaux de l’intrigue en usant des bribes d’informations et des déductions dont nous disposons.

Les deux scénaristes utilisent le thème du deuil et de la nécessité de le surmonter, d’évoluer, et mettent ce thème en abyme en montrant Shannon aux prises avec une quête d’identité et de rédemption poignante. La trame de l’album est aussi l’occasion de prendre du recul sur l’évolution humaine, sur l’ascension et la chute des civilisations, mais aussi sur le rapport qu’entretient l’Homme avec ses icônes.

En effet, on constate au fil de la lecture et des époques qui défilent, que des propos et des concepts religieux peuvent être facilement détournés, extrapolés, voire déviés de leur intention originelle, par des gens qui ont en tête leur intérêt propre, ou qui agissent par ultracrépidarianisme. Bien qu’aucun de nous n’ait dans son CV une expérience en tant que prophète, on peut du coup imaginer le désarroi de Shannon lorsqu’elle voit ses enseignements détournés par les Zojas.

Sur le plan graphique, nous avons droit grâce à Nathan Gooden à de très belles planches, dynamiques, qui font la part belle aux décors étranges et oniriques du monde de Shannon, sans oublier des designs très réussis concernant les monstres. Une belle découverte !

***·Comics·East & West·Nouveau !

No One’s Rose

Histoire complète en 160 pages, écrite par Emily Horn et Zac Thompson, dessinée par Alberto Albuquerque. Parution aux US chez Vault Comics, parution française avec le concours de Komics Initiative le 25/02/2022.

L’Arbre et la Vie

L’Homme le savait, et pourtant, l’Homme n’a rien fait. Lentement mais sûrement, l’Anthropocène aura détruit l’équilibre fragile de la nature, jusqu’à ce que cette dernière ne soit plus en mesure de sustenter la vie. Devenue inhospitalière, puis carrément hostile, la planète Terre a agonisé dans un dernier soubresaut qui promettait l’extinction du genre humain, mais aussi de toutes les autres formes de vie qui avaient passé des milliards d’année à s’adapter.

C’était sans compter sur l’ingéniosité humaine, qui ne réalise son potentiel que lorsqu’elle a atteint le précipice ou lorsqu’elle peut en retirer un gain immédiat. Les derniers scientifiques humains sont parvenus à maintenir la vie dans un périmètre restreint, une bulle hermétique dans laquelle le moindre atome d’oxygène ou la moindre molécule d’eau fait l’objet d’une attention particulière, un dôme où tout est recyclé de manière durable et où chacun à un rôle à jouer.

Ainsi, quelques dizaines de milliers d’humains ont survécu à l’apocalypse, a l’abri d’un microcosme qui représente tout ce que le genre humain aurait du faire depuis bien longtemps. Malheureusement, la survie de tous a toujours un prix, et elle ne peut se faire sans le sacrifice de quelques valeurs, et au passage, de quelques (milliers) de gens. Comme vous ne l’ignorez pas, la gestion durable de ressources (à savoir la raison d’être de la civilisation selon les anthropologues) entraîne nécessairement l’établissement d’une hiérarchie sociétale et d’un système normatif. C’est la raison pour laquelle les derniers humains de ce monde en décrépitude sont répartis en différentes castes: ceux qui travaillent en bas, dans les racines de l’arbre Branstokker, organisme génétiquement modifié pour assurer la subsistance des survivants, et l’élite qui vit sur la canopée, qui conçoit et maintient les systèmes de traitement et de gestion des ressources, et qui, accessoirement, vit dans l’opulence.

Tenn et Serenn Gavrillo sont deux frère et soeur, orphelin, qui travaillent dans des castes différentes. Alors que Serenn trime au service des élites, Tenn, elle, rêve d’un monde meilleur grâce la bio-ingénierie. Leur quotidien déjà difficile sera bouleversé lorsque le jeune homme va entraîner sa soeur à son insu dans un mouvement de révolte, organisé par les Drasils, un groupe de radicaux qui fomente des actions violentes au service de leur cause. Les Drasils, qui utilisent une forme de technologique impliquant une fusion avec des organismes fongiques, pensent que Branstokker est fichu et que quitter la zone verte est inéluctable.

Convaincu, comme les autres Drasils, que les autorités mentent, Sorenn compte se joindre au mouvement, quitte à s’aliéner son ambitieuse sœur.

No One’s Rose nous amène dans un futur post apocalyptique, sur un thème écologique fort pertinent. L’idée d’une dystopie écologique est très bien exploitée, avec de forts airs de Métropolis: un cité avancée centrée autour d’une machine (ici un arbre, autrement dit une machine biologique), des ouvriers exploités en bas et une élite détachée des réalités en haut.

A cela, ajoutez la débat sur l’intelligence artificielle (on peut dresser un parallèle avec la Gynoïde de Métropolis), la bioéthique, la manipulation des masses, une fresque familiale parcourue par des conflits de loyauté, et vous obtiendrez un récit engageant et cohérent, même s’il est avare en coups de théâtre. Côté narration, on a droit à des dialogues fournis, détaillés, mais on peut rester perplexe face à quelques transitions quelque peu abruptes entre les différentes scènes.

Rien que ne gâche la lecture cependant, surtout si l’on prend en compte la qualité des dessins et de la mise en couleur (assurée par Raul Angulo). Un dystopie émouvante prenant la forme d’un avertissement sur les abus de l’Homme, qui ne peut s’empêcher de se débattre avec lui-même, même au bord de l’abîme.

***·BD·Nouveau !·Rapidos

Chloé Densité

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BD de Lewis Trondheim, Stan&Vinc, Walter &Julia Pinchuk (coul.)
Delcourt (2022), 328p., intégrale de la trilogie Density (2017-2021).

image-13Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

En voyage aux Etats-Unis avec son frère, sa sœur et une copine, Chloé se retrouve soudainement dotée de la capacité de modifier sa densité corporelle après une rencontre du Troisième type… Après un temps passé à apprivoiser ses nouveaux pouvoirs, la voilà elle et sa bande mêlée à des histoires de gangsters, à un braquage de casino et jusqu’à une invasion extra-terrestre! Mais Chloé n’est pas du genre à se laisser aller… 

Density T.1 "Comics BD" - Les Chroniques de MadokaLorsque les sales gosses de la BD Lewis Trondheim et Stan & Vince se lancent dans la série Density l’amateur de série B décomplexée avait tout pour sourire. Après trois tomes au succès mitigé Delcourt a la très bonne idée de ressortir la série en intégrale compact afin de lui donner une seconde chance. D’autres albums mériteraient un tel soutien. Il faut dire que le pitch trondeheimien pouvait laisser sceptique sur le format série et le démarrage est certes amusant  mais a dû laisser les lecteurs du premier album dubitatifs quand à l’évolution de ces saynètes illustrant les effets des pouvoirs de Chloé. Sans consistance lorsqu’elle allège sa densité, ultra-massive lorsqu’elle l’augmente, avec tout un tas de possibilités annexes :passe-muraille, vol, résistance à toute épreuve, les auteurs s’amusent comme des petits fous entre deux piques sur la débilité des policiers américains.

Le trio ne s’est jamais trop dérangé pour chercher des causes à leurs expérimentations et une fois l’évènement déclencheur balancé en deux pages aussi absurdes que la trogne de l’alien et ses motivations (il faut sauver le monde d’une invasion génocidaire d’outre-espace, tout simplement), voilà nos amis embarqués à la suite d’un survivaliste retors. Si le rythme est très soutenu tout le long, faisant passer les trois-cent pages aussi rapidement qu’une bonne comédie d’action sur Netflix, l’équilibre des personnages manque singulièrement de densité justement. Density T03 de Vince, Stan, Lewis Trondheim, Julia Leonidovna pinchuk -  Album | Editions DelcourtL’intrigue tourne autour de Chloé et son frère le super-geek mais les deux autres filles font office de pot de fleur et on se demande bien leur utilité dans toute cette aventure. On a d’ailleurs le sentiment que l’histoire progresse à mesure que les auteurs s’amusent avec leur jouet, sans plus de structure que cela.

Ce n’est pas très grave car on en a plein les mirettes entre une baston XXL à Tokyo en mode Kaiju, un petit tour de l’autre côté de la galaxie ou un assaut à la mode Scarface. Côte dessins Stan &Vince envoient un peu le service minimum pour aller vite et on se dit qu’on aurait pu avoir un superbe album en savourant certains gros plans ou séquences spatiales soignées. Au final on a une très sympathique aventure pleine d’action, de gore, de jeux sur les possibilités SF de la maîtrise de la densité et avec un peu plus d’ambition il y avait matière à un blockbuster majeur.

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Sea of stars

Histoire complète en 288 pages, écrite par Jason Aaron et dessinée par Stephen Green. Parution en France chez Urban comics, collection INDIES, le 01/07/2022.

bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Space is a place

Gil Starx est ce que l’on pourrait appeler un homme pressé. Constamment occupé par ses livraisons galactiques, il parcourt un océan d’étoiles pour satisfaire ses clients, toujours dans les temps. Et quand ont dit océan d’étoiles, il faut entendre littéralement cette expression.

En effet, l’environnement interstellaire visité par Gil Starx et d’autres humains est peuplé de créatures qui « nagent » dans le vide intersidéral, comme des poissons dans l’eau. Ainsi, on trouve des « baleines » de l’espace, des « requins-quarks », et toutes sortes d’animaux dont l’espace est le milieu naturel.

Cette fois-là, Gil transporte une marchandise désuète, le contenu d’un vieux musée, et voyage avec son fils Kadyn. Accaparé par son métier, Gil n’a jamais été très disponible pour sa famille, mais depuis la mort tragique de son épouse, il tente de reconnecter les liens avec son fils, qui s’ennuie ferme dans le vieux vaisseau de son paternel, qui a pris l’habitude d’éviter tout danger en ne naviguant que sans les secteurs cartographiés. Tout va basculer lorsque le duo sera attaqué par un gigantesque léviathan, qui détruira le vaisseau et séparera le père du fils.

Dès lors, Gil n’aura qu’un objectif: retrouver son fils. Le jeune garçon, en revanche, pense que son père est mort et doit s’acclimater aux mystérieux pouvoirs qu’il a obtenus dans l’accident.

On nage en plein délire

Alors que la tendance est à la hard SF, c’est à dire une science fiction basée sur les concepts et les théories scientifiques les plus pointus et avant-gardistes, Jason Aaron opte pour une SF fantasmagorique en reprenant les vieux codes de l’analogie maritime.

Ce lieux commun tire ses racines de la SF du début du 20e siècle, et ce qui était une métaphore est bien vite devenu littéral. Alors que John Fitzgerald Kennedy considérait déjà l’espace comme « le nouvel océan » lors de la fameuse « courses aux étoiles » avec l’URSS, les auteurs de SF se sont appropriés massivement cette analogie, en utilisant par exemple des termes techniques navals.

En effet, on parle de vaisseaux dans les deux cas, avec des croiseurs, des destroyers, des frégates, etc. Les vaisseaux spatiaux, à l’instar de leur homologues maritimes, ont des barques de survie, et il arrive même que des engins spatiaux soient munis de voiles (concept qui est validé par la science avec les fameuses voiles solaires, ce qui en fait un élément commun avec la hard SF). La comparaison ne s’arrête pas là, puisque les auteurs ont eu tendance à appliquer à l’espace des concepts et des contraintes typiquement navals, comme la bi-dimensionnalité du terrain, la friction, et des principes de navigations qui en réalité ne sont pas compatibles avec l’exploration spatiale.

Les planètes sont donc perçues comme des îles dans un vaste océan, et leur valeur stratégique y est même similaire. De Frank Herbert (Dune) à Pierre Boule (La Planète des Singes), en passant par Star Wars et Star Trek, ou La Planète au Trésor, rares sont les entrées littéraires et audiovisuelles à ne pas verser dans cette analogie. Alors pourquoi pas les comics ?

En ce qui concerne l’intrigue, on peut faire confiance à Jason Aaron, qui nous a déjà fait montre de son talent à de nombreuses reprises, pour construire un récit efficace centré autour de protagonistes intéressants et attachants. Le duo père/fils, Gil/Kadyn, fonctionne dès le début, et ne perd pas de son intensité même s’ils sont assez rapidement séparés. L’auteur, visiblement marqué par son long run sur Thor chez Marvel, insuffle également un souffle mythologique avec non pas des asgardiens, mais un autre peuple de l’espace, inspiré des Aztèques, et des divinités cosmiques qui se battent en détruisant des planètes. On n’en voudra pas au scénariste de recourir encore au fameux macguffin pour poursuivre son intrigue, qui est finalement assez simple mais néanmoins efficace.

A bien y regarder, on ne peut s’empêcher de percevoir dans la ligne narrative consacrée au père des airs d’Odyssée (Ulysse qui veut rentrer chez lui retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque), et dans celle du fils, comme un goût du Petit Prince. En terme de références, on aura vu pire, avouez. Sur le plan graphique, on retrouve avec plaisir Stephen Green, qui livre de très belles planches, qui alternent décors spatiaux grandioses et scènes de survie plus intimistes.

Sea of Stars puise ses références dans les racines de la science-fiction, autour d’une belle histoire d’amour entre un père et son fils.