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Blue period #8/9 – La guerre des mondes #3 – Dragonball Super #16

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Salut la compagnie! retour des mangas avec deux belles séries que j’aime suivre chez deux éditeurs toujours qualitatifs. Pas mal de retard sur Blue period qui malgré mon enchaînement de deux tomes commence à voir son intérêt se tasser, à l’inverse de la Guerre des mondes qui m’a procuré un grand plaisir assez inattendu qui confirme le flair de ki-oon pour dénicher des pépites presque à chaque publication. Les aventures de Goku passent elles sans grand intérêt mais sans inquiétude non plus sur un probable rebond dès le mois prochain.

  • Blue period #8 et 9 (Yamaguchi/Pika) – 2022, 208p./volume, 9/12 vol. parus.
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Merci aux éditions Pika pour leur confiance!

 

blue_period_8_pikaVolume 8: ce huitième tome se partage en deux parties. Une première voit Yatora rencontrer un nouveau camarade un peu pot de colle et avec qui le courant ne passe pas vraiment. Le voilà embarqué dans des beuveries un peu contre sa volonté alors que les premières années doivent rendre un travail qui demande à notre peintre de se documenter sur le quartier de Shibuya qui l’avait tant inspiré lors de sa préparation du concours. Par la suite il découvre que les vacances estivales sont destinées à préparer la grande parade de l’Ecole en Septembre, exigeant un énorme travail d’équipe pour réaliser un char de toutes pièces. Si la créativité de ces jeunes artistes est tous les jours impressionnante, l’épuisement guette néanmoins ces passionnés. Tome un peu moins prenant du fait des séquences culturelles sur Tokyo, ses quartiers, sa gastronomie, qui n’intéresseront peut-être moins les lecteurs qui suivent Blue Period avant tout pour l’apprentissage artistique. Heureusement la seconde partie retrouve la fluidité et l’interaction entre personnages qui font tout le charme de cette série depuis le début.

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blue_period_9_pikaVolume 9: on enchaîne sur la fin de la construction du char et la fête qui s’ensuit puis après un épisode de découverte de Velasquez les étudiants entament un travail sur les techniques de la fresque et de la mosaïque. Toujours mal dans ses pompes Yatora navigue entre doute artistique et relations toujours faciles avec ses camarades… hormis avec le très complexe Yotasuke. Ce volume continue ainsi d’explorer les différentes facettes psychologiques du monde de l’art, avec les figures de professeurs parfois très originaux et des questionnements sur le moment où l’on devient un artiste, la différence entre profs et étudiants dans la relation à l’art (des étudiants ne peuvent-ils pas être plus doués que des prof?). L’enchaînement des séquences reste assez brutal et n’aide pas à suivre le cheminement de l’autrice qui par moment semble perdue dans ses pensées et souvenirs d’étudiante en école d’art. Ça reste intéressant et cohérent avec l’état psychologique un peu chaotique de son personnage mais on perd un peu en intérêt didactique.

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    • La guerre des mondes #3 (Yokoshima/Ihata/Wells) – 2022, 192 p./volume, 3/3 volumes parus, série finie.
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Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

guerre-des-mondes-3-ki-oonCette très belle série, beaucoup plus ambitieuse qu’il n’y parait, se termine donc sur ce troisième tome qui parvient à accentuer l’intérêt scénaristique alors que la conquête semble passer à un nouveau stade et que le héros découvre la source des terrifiants engins martiens et leur méthode génocidaire. Les deux précédents volumes décrivaient principalement des destructions et la sidération de certains personnages. Un peu moins de scènes de destruction ou de bravoure ici mais le constat de la perte de santé mentale de certains et une avancée certaines dans l’intrigue puisque l’on découvre l’organisation d’une forme de résistance aux martiens. En se basant sur le matériau d’origine les auteurs gardent une certaine contrainte qui explique la brutale conclusion, mais le tout est très intelligemment mené et fait de cette trilogie l’une des versions les plus intéressantes que l’on ait pu lire de ce grand classique de la littérature SF.

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  • Dragonball Super #16 (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2022, 176 p./volume, 16 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance!

dragon_ball_super_16_glenatOn continue sur ce nouvel arc original de la série bientôt quarantenaire (!!!)… qui malheureusement fait retomber les ardeurs perçues sur le quinzième tome. Pendant que Goku s’entraîne avec l’Ange Whis, Vegeta s’entraîne avec Beerus le dieu de la destruction… vous comprendrez comme moi vers quoi on s’oriente, notamment dans l’optique d’une fin possible (quand-même) de la série. L’idée est fort séduisante et aurait l’intérêt de la cohérence après tant de combats contre les plus dangereuses menaces de la Terre/galaxie/Univer(s)…  A côté de cela on nous fait suivre l’itinéraire de ce nouveau personnage « céréalien » qui va se retrouver doté de capacités gigantesques grâce à une des plus grosses feignantises scénaristiques de l’histoire de la saga. Pendant ce temps toujours pas de Freezer à l’horizon et on se demande bien comment Toriyama va se débrouiller pour éviter la redite en annonçant un nouvel affrontement contre « l’armée de Freezer ». Bref, ce tome ne brille vraiment pas par son scénario et n’a ni personnage charismatique ni combat rageur pour nous réveiller. Hormis le jeu avec Beerus et Whis qui fonctionne toujours bien on est donc franchement sur un intermède paresseux.

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Le Convoyeur #3 – Les veuves électriques #2 – Travis #16

La BD!

Hello les lecteurs! Cette semaine on va faire des rattrapages tous azimuts sur des séries en cours qui sortent des sentiers battus, avec le post-apo Convoyeur, la satire politico-écolo Veuves électriques et le grand ancien Travis qui conclut le dernier cycle.

  • Le convoyeur #3 (Armand-Roulot/Lombard) – 2022, 54p./volume, 3 vol. parus.

Attention Spoilers!

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Accueillie un peu froidement à sa sortie, la série du Convoyeur se rapproche de sa conclusion maintenant que le secret du personnage a été dévoilé de façon choquante sur le cliffhanger du précédent opus. Le genre post-apo trouve toujours des détracteurs mais il est indéniable que tant graphiquement (les design comme le style de Dimitri Armand) que dans la création d’univers cette série ne laisse pas indifférent et revêt un travail qui force le respect. Chaque tome apporte beaucoup de nouveauté et si la construction inhabituelle surprend, on se laisse porter avec une forme de satisfaction dans cette incertitude permanente. Rarement le traitement des personnages aura été si dérangeant pour le lecteur habitué à des schémas archétypaux… Sur ce troisième volume nous avons donc une une bascule majeure entre héro et antagoniste puisque le personnage de Minerva découverte juste avant devient centrale et nous narre son histoire familiale tragique qui la lie au Convoyeur. Par ce processus risqué les auteurs perdent ainsi un personnage central extrêmement charismatique, laissant le lecteur un peu démuni. On perd également la richesse du décors médiéval-steampunk, sacrifice nécessaire pour faire fortement avancer l’intrigue qui repart sur de nouvelles bases à la conclusion. Sommes nous seulement au mitan d’une longue série ou proche de la fin, seules les auteurs peuvent le dire mais on reste bien accroché sur une saga qui aura su se démarquer sérieusement de la concurrence et nous enivre sur les planches toujours sublimes d’Armand.

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  • les veuves électriques #2 (Relom-Geoffroy-Degreff/Delcourt) – 2022, 62 p., 2/2 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_448226Le premier tome était une franche surprise au vitriol et j’avais hâte de connaître le dénouement de cette grosse farce très critique. Ce tome enchaîne directement en flirtant par moment avec du Fabcaro dans le genre n’importe quoi. C’est mieux dessiné, souvent drôle et on monte encore d’un cran dans la critique du président des riches qui se retrouve soumis à un chatelain-milliardaire décidant de la politique de la Nation au sein d’un aréopage de chefs à plumes tous corrompus. On aura droit à la privatisation de l’eau, au comportement prédateur des milliardaires, la collusion de l’Etat avec les milieux d’affaire, la précarisation d’EDF et sa gestion des centrales,… L’attaque sur Macron et sa politique est toujours aussi violente et les auteurs ont l’intelligence de ne pas chercher ni circonstances atténuantes ni héros qui irait sauver cette satire… noire jusqu’à la dernière page. On peut se demander si la fin en est bien une mais le fait est que les auteurs tirent à balles réelles et que ça fait du bien de rire pour dérider notre actualité si sombre.

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    • Travis #16 : opération Gorgone (Quet-Duval/Delcourt) – 2022, 46 p./, cycle 5 acheté en 3 tomes.

couv_445280Bon, on ne va pas se mentir, un mauvais album de Travis ce n’est pas vraiment possible (un mauvais Duval en revanche…). On a quitté la bande de Vlad sur Terre en pleine action pendant que Travis faisait dodo en direction de Ceres. Cela fait quelques albums maintenant que Fred Duval utilise cette technique pour faire cohabiter les deux faces héroïque de sa série en alternant albums full-action et albums spatiaux et techno… et ça marche. Juste que l’intrigue spatio-politique étant condensée en un unique album de quarante-six planches on peine un peu à s’y retrouver entre les multiples factions qui interviennent dans ce balkan spatial alors que certains cherchent à récupérer la première forme de vie extra-terrestre en provenance d’Europe, que les pourritures Fulci-Baxter&Martin (il faudra l’émergence d’une sacrée puissance pour contrer l’alliance des plus belles ordures terrestres) visent à dominer les astéroïdes, que les mutants cherchent leur indépendance et que… Carmen MacCallum s’en mêle… Enfin, juste en théorie puisque toutes ces portes ouvertes se finissent un peu en eau de boudin après de très belles séquences de bataille en apesanteur qui rappellent combien le duo Quet-Duval est à l’aise dans l’exercice. On ressort de cet épisode un peu confus (avec l’envie de relire le cycle d’affilée pour voir si on s’en sort mieux), très motivé par le cycle à venir (ce cycle semble bien inachevé malgré toutes ses promesses) et convaincu qu’on pourrait suivre le camionneur spatial jusqu’au bout du système solaire.

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Invisible Kingdom #3: les confins du monde

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Dernier tome de la série écrite par G.Willow Wilson et dessiné par Christian Ward. Parution en France chez Hicomics le 17/11/2021.

A-foi-fée de pouvoir

Dans le tome 1 et le tome 2, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune rooliane qui, poussée par sa foi, s’engageait sur la voie du Sentier, que propose la grande congrégations des Non-Uns, adeptes de l’église de la Renonciation.

Dans tout le système solaire, la Renonciation fait face à la toute puissante Lux, une corporation industrielle et commerciale qui livre ses produits sans délais à travers le cosmos. Entre détachement spirituel et attachement matériel, les habitants du système doivent choisir, mais ce qu’ils ignorent, Vess comprise, c’est que ces deux entités ne sont que les deux faces d’une même pièce, deux conspirateurs qui feignent l’antagonisme pour mieux manipuler les foules.

Après avoir compris cela, Vess se voit traquée par la Renonciation et par Lux, et se voit contrainte de fuir, à bord du Sundog, le vaisseau brinquebalant de Grix, une livreuse Lux qui ne s’en laisse pas conter. Aidée de son équipage, Grix tente d’abord de se débarrasser de cet encombrant paquet, avant de s’apercevoir que la jeune prêtresse dit vrai. N’écoutant que son courage, Grix décide alors de soutenir Vess et choisit de révéler la vérité à tout le système, s’attirant les foudres des deux géants.

Toutefois, nos rebelles se retrouvent le bec dans l’eau, poursuivies de toutes part sans pour autant avoir provoqué le raz-de-marée escompté. Que faudra-t-il faire pour éveiller les consciences ?

Alors qu’elle échappent in extremis au Point de Non Retour, Vess et Grix sont abordées par une frange extrémiste de la Renonciation, les soeurs de la Résurrection, qui semble bien décidée à nettoyer toute cette corruption par le feu. Littéralement. Vess est désormais contrainte de choisir entre sa foi envers le Sentier et son amour récent pour Grix.

Invisible Kingdom avait tous les atouts de son côté pour être une excellente série. Un univers riche et attractif, des thématiques actuelles et puissantes, telles que l’autodétermination, la lutte contre le consumérisme, la Vérité, la Foi, et l’Amour. Le premier tome exploitait très bien ces thématiques, avec une mise en place impeccable et un cliffhanger magistral dans le genre.

Cependant, le soufflet est quelque peu retombé avec le deuxième tome, qui plaçait les protagonistes dans une situation passive durant un temps suffisant pour laisser l’excitation retomber. Confrontées à des réalités cruelles, Grix et Vess ont du se compromettre pour atteindre leur but, permettant à leurs sentiments amoureux d’éclore, mais le tout paraissait déséquilibré, et il en résultait une perte d’élan.

Ce tome 3 poursuit dans la même veine, bien que le rythme reprenne de façon plus dynamique. On demeure sur une sensation de survol, de décousu, tant sur le traitement des personnages que sur la résolution de l’intrigue en elle-même. La question de la Foi est abordée, le dogme de la Renonciation paraît finalement bien abscons, assez fade le plus souvent, surtout dans la bouche du grand gourou dont Vess fait la rencontre dans ce tome.

Quant à la romance entre Grix et Vess, elle n’est pas à jeter mais semble écrite avec les yeux trempés dans la mélasse, à base de « je-me-sens-abandonnée-mais-je-me-sacrifie-quand-même-par-amour », et autres joyeusetés du même acabit. Quant à l’aspect révolutionnaire, on a bien sûr droit à la scène du réveil des consciences, mais l’intrigue s’est trop dispersée entre temps pour que l’on en saisisse toute la portée à ce moment-là.

Vous l’aurez donc compris, je n’ai pas été convaincu par l’ensemble de la trilogie, malgré un excellent premier tome qui semait les graines de l’excellence, sans les arroser suffisamment sur les deux tomes suivants.

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Nourrir l’humanité

La BD!
BD de Sylvain Runberg et Miki Montllo
Delcourt (2022), 123p., one shot. Collection « Les futurs de Liu Cixin » #4.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

Hua Tang est un assassin. Le meilleur. Lorsque les plus riches magnats de la planète font appel à lui pour éliminer trois personnes il s’interroge. Pourquoi d’aussi puissants personnages veulent-ils effacer d’insignifiants inconnus? Alors qu’un Premier contact a lieu, entraînant des bouleversements de l’ordre social, Hua va devoir interroger son passé et sa morale pour déterminer ses prochains actes…

Nourrir l'humanité (par Sylvain Runberg, Miki Montlló et Liu Cixin)Runberg et Montllo nous avaient enchanté sur la superbe saga Warship Jolly Rogers, où l’espagnol proposait un étonnant travail numérique issu de l’Animation. Toujours dans la SF mais dans un style beaucoup plus classique, ils décrivent ici à la suite de Liu Cixin le dilemme d’un tueur élevé dans la crainte du parrain et la violence de sa condition dès l’enfance. Alors que très loin dans le cosmos une révolte survient au sein d’ouvriers opprimés, nous allons suivre l’itinéraire d’un enfant-tueur plongé dans le monde du crime, des trafics et des mendiants dès son plus jeune âge. Le schéma est connu et le cœur devra être bien accroché à suivre les méthodes barbares du mafieux Dent et sa scie qu’il ne quitte jamais.

LES FUTURS DE LIU CIXIN - NOURRIR L'HUMANITÉ (Sylvain Runberg / Miki  Montlló) - Delcourt - SanctuaryOn retrouve dans Nourrir l’humanité une problématique écologique et sociale (comment cohabiter à plusieurs milliards sur une même planète tout en résolvant les injustices les plus criantes) et la structure classique de l’écrivain en juxtaposant une trame space-opera avec un quotidien trivial de notre époque. Comme sur Les trois lois du monde, l’auteur nous fait suivre l’évasion d’un peuple parti loin dans l’espace à la recherche d’une solution à son problème en même temps que la dureté de la vie sur terre pour les gens de peu. On troque l’instituteur pour l’assassin mais les deux se retrouvent sur le refus des injustices et le sacrifice pour le bien commun.

LES FUTURS DE LIU CIXIN - NOURRIR L'HUMANITÉ (Sylvain Runberg / Miki  Montlló) - Delcourt - SanctuaryComme sur le précédent Cixin nous présente les problématiques de surpopulation, de sacrifice juste pour le grand nombre et de l’inéluctabilité du rôle social… sans que l’on entende une critique. Conscients ou non du problème Runberg et Montllo se contentent d’une illustration certes efficace dans son aspect action (on aime toujours les lone-soldiers stylés et leur vengeance légitime contre les pires ordures que peut porter la Terre!) mais qui aurait pu proposer une variation critique. On ne peut cependant complètement rejeter la thèse de l’écrivain qui apporte une véritable problématique que l’on pourra prendre comme cynique. Reste que le système n’est jamais combattu et les hommes restent soumis à l’ordre social légal sans jamais vraiment s’en extraire… Une lecture en forme de beau polar social mâtiné de SF et solidement réalisé. Pas révolutionnaire mais intéressant pour qui veut lire à la fois une création du pape de la SF et une vision non occidentale de problématiques universelles.

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Huntr #2: la Brousse

Second tome de la série écrite par Sarah Morgan, Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Publication chez Albin Michel le 05/01/2022.

Retour au bercail

Après avoir fait leurs preuves de chasseurs de xémons, Morgan, sa colocataire Annie, son ami d’enfance Van et le doux rêveur Mitch sont désormais associés dans la chasse aux monstres afin de préserver les habitants de la Bulle. Mandatés par Bonnie, directrice de Tandem, le groupe se prépare à faire une excursion dans la Brousse, le monde hostile empli de monstres extraterrestres, afin de remettre la main sur une pierre radioactive extrêmement dangereuse, subtilisée par le père de Morgan, un survivaliste de la Brousse qui a appris à Morgan tout ce qu’elle sait.

Mais si la chasse aux monstres au sein de la Bulle n’était déjà pas une partie de plaisir, survivre à la Brousse relève du défi ! Nos quatre joyeux drilles seront-ils à la hauteur ? Et plus inquiétant encore, peut-on faire confiance à Tandem ?

Changement de décor pour ce second tome de la comédie d’action concoctée par Sarah Morgan et Jordan Morris. Après avoir exploré le cadre urbain de la Bulle, les auteurs plongent ainsi notre quatuor de héros hipsters en pleine nature hostile, revisitant par la même occasion le passé de Van et Morgan.

C’est donc l’occasion pour la protagoniste de se confronter à son père et aux valeurs qu’il lui a inculqué, approfondissant ainsi son background. Les interactions entre les personnages sont tout aussi savoureuses que dans le tome 1, et les séquences de combat toujours aussi divertissantes. On est donc dans la continuité du premier tome, parfait mélange entre comédie et action, mais les auteurs n’oublient pas d’incorporer un message critique sur les travers de la start-up nation et de ses codes.

Considéré dans sa globalité, Huntr est donc une vraie réussite, foncez, vous ne serez pas déçus !

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Rage #1: le rideau de Titane

La BD!
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BD de Tome et Dan
Kennes (2020), 78p., série en cours.

Le Rideau de Titane est une barrière infranchissable qui sépare les terres désolées de la mythique An-Ahm. Dans ce monde mort les réfugiés tentent le tout pour le tout dans le but de reprendre une vie meilleure dans la cité que l’on dit paradisiaque. Mais avant cela il y a le Mur. Les laser. Les drones. La mort. Jin crains la mort, comme tout le monde. Mais il n’a plus le choix car son aimée Saakhi est passée de l’autre côté. Il doit braver le danger et tenter le tout pour le tout…

Rages - BD, informations, cotesLe monde de l’édition est rempli de petites maisons qui tentent de trouver la perle rare qui comme Lanfeust en son temps lui permettra de trouver une place sur les présentoirs de des librairies. Assez mineures en BD puisque hormis les deux succès critiques Putain de chat et Ninn peu de leurs séries sont connues, les éditions belges Kennes ont réussi à attirer un vétéran, le mythique Tome, scénariste de Soda et surtout de la meilleure période de Spirou avec son compère Janry avant de lancer Ralph Meyer (actuel cador du dessin sur Undertaker) sur l’excellent polar Berceuse assassine. Pour rester en famille, le dessinateur de ce Rages n’est autre que l’assistant de Janry sur les petit Spirou. Tout ça pour dire que vous trouverez dans cette ouverture d’une série conçue sur plusieurs volumes énormément de l’esprit des Spirou version Tome&Janry dans son aspect le plus sombre et adulte. Cela avant la disparition soudaine du scénariste à soixante-deux ans seulement en 2019…

Dans cette introduction à un monde post-apo animalier dépressif les planches claquent au visage avec la fraîcheur des premiers albums. Un souvenir du Block 109 de Toulhoat ou du Brane zéro de Mathieu Thonon où malgré quelques lacunes techniques on sentait une passion pour la mise en scène et une entièreté créative qui ne calcule pas. L’alchimie de cet album repose ainsi sur la science du découpage hautement cinématographique Rages - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comde Tome et sur la passion de Dan qui propose une étonnante variation de techniques dans ce survival. Car si le début nous narre une expédition pour franchir le mur infranchissable on arrive très rapidement dans le cœur de cet album plus d’ambiance qu’explicatif: l’arène des gladiateurs. On retrouve ainsi le désespoir et la rage d’une autre série dépressive: Solo. On connaît les ressorts: une aimée perdue, un eldorado qui n’est qu’un mirage, une dictature qui s’appuie sur des jeux du cirque pour apaiser sa population, un héro qui sait montrer la vertu de la collaboration dans un monde d’égoïsme et de violence.

Proposant quelques superbes visions dystopiques, Rages est une enthousiasmante entrée en matière qui propose ce qu’on aime dans la BD SF: des références en veux-tu en voilà au cinoche des années quatre-vingt, de la radicalité dépressive, des combats d’arène rageurs, violents, désespérés. La conclusion aussi logique qu’engageante pour la suite nous laisse dans l’attente d’un développement de l’univers vers ce qu’on imagine comme une révolte populaire à l’issue des exploits de notre panda-guerrier. Toutes les bases sont posées, teasées, pour une grande série post-apo. Pour peu que la disparition du scénariste et les ventes incitent l’éditeur à poursuivre l’aventure.Certaines séries ont particulièrement besoin des lecteurs pour se poursuivre. Rages en fait partie et je vous invite vivement à tenter le combat.

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**·Comics·East & West·La trouvaille du vendredi·Rétro

Age of Ultron

Intégrale de 320 pages comprenant les épisodes #1 à #10 de la mini-série Age of Ultron, écrite par Brian Michael Bendis, et dessinée par Bryan Hitch, Carlos Pacheco, Brandon Peterson et Butch Guice. Parution en France chez Panini Comics le 14/09/2016.

Robot pas bô

Si vous connaissez vos classiques, alors vous savez déjà sûrement que l’IA, ça craint. La science fiction regorge en effet d’exemples édifiants de monumentaux ratages lorsqu’il s’agit pour l’Homme de créer la vie à son image, en commençant par le Golem jusqu’à Skynet en passant par Frankenstein.

Il est possible que ce soit parce que l’Homme, étant foncièrement corrompu, ne peut finalement rien créer d’autre qu’une engeance défectueuse et abjecte. En tout état de cause, les Avengers ne peuvent que partager ce sentiment, puisque depuis les années 60, ils sont harcelés par une intelligence artificielle tantôt guignolesque, tantôt génocidaire, nommée Ultron.

Ultron a de particulier qu’il est une création de Hank Pym, alias l’Homme-Fourmi, génie scientifique et Avenger fondateur quelque peu instable qui a, par erreur, donné naissance à l’un des ennemis les plus acharnés de nos héros. En effet, Ultron au fil des ans, connaît maintes incarnations et mises à jour qui le rendent chaque fois plus dangereux, et, à chaque fois, les héros arrachent une victoire sur le fil, en ignorant s’ils y parviendront la fois suivante. Parmi eux, les plus visionnaires, comme Tony Stark, savent que Ultron finira par atteindre un point au delà duquel il sera impossible de l’arrêter, et qu’il atteindra inexorablement son but, à savoir exterminer l’Humanité (très original…).

En 2013, année de la publication de Age of Ultron, Brian Michael Bendis est en fin de course, après avoir présidé aux destinées des Avengers durant quasiment dix ans. Le scénariste, multirécompensé, aura engendré des sagas telles que Avengers Disassembled (2004), puis House of M (2005), Secret Invasion (2008), Siege (2010), avec toujours plus ou moins de succès.

En 2010 après la fin de Dark Reign (le règne sombre de Norman Osborn), l’auteur mettra d’emblée les héros face au robot tueur dans la V4 de la série Avengers, après une petite escarmouche dans la série Mighty Avengers en 2006 . Il implantera alors l’idée de son retour inévitable et de sa victoire éventuelle, et montrera ainsi toutes les extrémités auxquelles il faudra consentir pour tenter de l’arrêter. En effet, dans Avengers V4, les héros constatent que Kang le Conquérant, voyageur temporel, a tout tenté pour empêcher l’ascension d’Ultron dans le futur, en vain. Ce dernier remporte la victoire dans toutes les versions, forçant le Voyageur du Temps à tenter encore et encore de le vaincre jusqu’à briser le flux temporel. On voit donc déjà que l’idée de départ de Age of Ultron était déjà présente chez l’auteur auparavant. Recyclage ou exploitation avisée ?

Il faut admettre que le bilan est mitigé pour cette Ere d’Ultron (dont le titre sera repris pour le second opus de la saga Avengers au cinéma). La première partie dépeint un monde post-apocalyptique, dans lequel ce que craignaient les Avengers est arrivé: Ultron est revenu, est il a gagné. Secondé par une armée de robots à son image, l’entité artificielle s’est bâtie une forteresse gigantesque, d’où il observe maintenant les ruines fumantes du monde qu’il rêvait de dévaster.

Ce qu’il reste des héros vit terré dans des souterrains, démoralisés et hagards. Même Captain America, parangon de vertu et de courage, a baissé les bras face à l’ampleur de son échec et n’ose pas envisager une riposte. Certaines personnes, en revanche, comme Hawkeye et Black Widow, résistent et espèrent trouver une solution au problème. Cette solution va vite se présenter, sous la forme d’une plateforme temporelle, qui appartenait autrefois à Victor Fatalis. Les héros, enhardis par cette perpsective, se scindent en deux groupes: le premier va dans le futur, pour stopper l’ultime Ultron qui tire les ficelles, tandis que Wolverine décide de prendre le problème à la racine en allant supprimer Hank Pym avant la création d’Ultron.

Comme on peut s’en douter, lorsque vous mêlez voyage temporel et univers bâti sur des décennies de continuité, et que vous ôtez de surcroît un personnage fondateur, cela donne lieu à un petit festival d’effets papillon qui pourrait être exploré sur une bonne douzaine de chapitres. Wolverine se réveille donc dans un présent débarrassé d’Ultron, mais gouverné par quelque chose de pire, évidemment. Le mutant griffu va donc devoir payer de sa personne pour remettre le flux temporel sur les rails et réparer ses erreurs.

En effet, sans la présence d’Hank Pym dans l’univers Marvel classique, beaucoup d’événements majeurs n’auraient pas eu la même tournure, et les répercussions cumulées ont de quoi donner le vertige. En fouillant un peu, on peut même trouver la liste des effets de la mort d’Hank Pym sur la timeline Marvel, écrite par Bendis en personne.

Néanmoins, si l’idée est bien pensée, son exécution reste quelque peu en deçà de ce que l’on pouvait espérer. Après de longs moments de confrontation pas très fructueux, Wolverine et son alliée de circonstance sont capturés, par des héros qui ne les reconnaissent pas ou les prennent pour des imposteurs, tandis que certains commencent à entrevoir ce qu’il se joue réellement. Ce passage un peu décevant ne sert finalement qu’à donner à Wolverine la solution idoine à son problème de paradoxe temporel, qu’il se presse de mettre en œuvre sans trop d’obstacles sur son chemin. Quant à la partie action, la mission-suicide de Captain America et consorts dans le futur ? Pas un mot, pas une case sur son issue, l’apparence de cet Ultron Ultime n’étant révélée que dans les couvertures variantes.

Il peut parfois être salutaire de défier et prendre à revers les attentes des lecteurs, mais quand ces manœuvres confinent davantage de la roublardise fainéante que de la véritable subversion, cela pose un problème. Toute une ligne narrative tuée dans l’œuf, et une autre ligne narrative qui se contente d’un aller-retour dystopique sensé donner tort à la philosophie radicale de Wolverine, ce ne sont là que les symptômes d’une écriture en fin de course, comme nous le disions plus haut, qui rendaient d’autant plus opportun le passage de flambeau de Bendis sur les séries Avengers.

Et puis, avec le recul, il y avait peut être plus intéressant comme personnage principal que Wolverine, le mutant dont le pouvoir caché semble être l’ubiquité, tant il était surexploité et omniprésent dans les productions globales du Marvelverse.

Maintenant que l’on sait tout ça, tentons de résumer cet Age of Ultron: un pitch intéressant mais recyclé, une exécution sommaire et finalement peu inspirée, un protagoniste bateau déjà-vu, un antagoniste invisible, une écriture hasardeuse et une conclusion expéditive. Clairement pas le meilleur event de Brian Bendis et une assez triste façon de clôturer un run monumental de dix ans qui figure parmi les meilleures périodes des Avengers.

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Far sector

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Comic de NK Jemisin et Jamal Campbell
Urban (2022), DC (2021), one-shot, collection Black label.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

La Cité éternelle est une utopie située dans un secteur éloigné de la galaxie, hors de la juridiction des Green Lantern. Pourtant c’est là qu’est envoyée Jo Mullein, sur demande de la Trilogie dirigeant cette base spatiale, afin de résoudre un meurtre. Le premier depuis des siècles… Loin de tout, dans une société qu’elle ne comprend pas, de codes sociaux indéchiffrables, perdue dans sa propre morale, la Green Lantern Mullein va devoir puiser dans toute son humanité pour comprendre ce qui se trame dans ce grand étranger…

Far Sector (par Jamal Campbell et Nora Keita Jemisin)Pour sa traditionnelle fournée pré-estivale les éditions Urban comics ont fait les choses en grand, avec un planning extrêmement ambitieux et pas moins de deux Black label potentiellement majeurs. Après un Strange Adventures qui a mis la barre très haut en matière d’enquête détournant les codes classiques des personnages DC, nous voilà avec rien de moins que le premier album de N.K Jemisin. Je m’arrête deux seconde pour ceux qui ne lisent pas du tour de littérature science fiction pour préciser que celle-ci est une des plus importantes autrices de SF anglo-saxonne depuis plusieurs décennies et qui a remporté coup sur coup trois prix Hugo (les prix Nobel de la littérature fantastique) pour sa trilogie de la terre Fracturée. Ce prix que des Arthur Clarke ou Isaac Asimov ont moins remporté, n’avait jamais été attribué successivement à trois œuvres de la même série et du même auteur. Tout ça pour dire que c’est là une sacrée prise pour l’éditeur DC, qui l’accompagne du très qualitatif Jamal Campbell, un des jeunes artistes les plus prometteurs qui nous avait déjà ébloui sur Naomi.

First Look: Far Sector #1 From N.K. Jemisin and Jamal Campbell - GeekMomUne fois ce petit pedigree annoncé, que donne ce volumineux Far sector? Tout d’abord, comme souvent sur un Black Label (dont le principe est de proposer des one-shot hors continuité) le thème de Green Lantern est tout à fait décoratif puisque l’héroïne est une nouvelle venue et que la mythologie GL est totalement absente. En clair c’est bienvenue aux novices et c’est tant mieux! Ensuite nous avons la forme d’une classique enquête policière, avec narration intérieure du héros, intrigue vaporeuse et relations interpersonnelles centrales et compliquées. Si l’habillage ultra-futuriste change le style, la structure est totalement dans les codes du polar. Enfin pour ce qui est de la forme nous avons deux auteurs noirs qui suivent une héroïne noire et abordent naturellement quelques réflexions liées à la communauté afro-américaine, sans que cela en fasse pour autant l’objet central de l’intrigue.

First Look: Far Sector #2 | DCL’intérêt principal de Far Sector repose sur la grande habitude de Jemisin à soulever, comme tous les auteurs de SF, des questionnements intellectuellement très intéressants et référant à notre contexte terrien. Ainsi si l’intrigue va rapidement aborder les questions politiques de l’Etat autoritaire et du libre arbitre, la cohabitation de trois populations radicalement différentes (nature VS culture) et l’absence d’émotions décidée il y a longtemps pour permettre cette cohabitation va créer des problématiques originales. Outre les amourettes incertaines et bisexuelles de l’héroïne avec alternativement homme, femme et Intelligence Artificielle, la scénariste retranscrit bien l’atmosphère de perte totale de repères sociaux pour la green lantern avec le risque de perdre également le lecteur. Car c’est là la principale difficulté de cette lecture: sur trois-cent pages on patauge allègrement entre des noms aussi originaux que « Stevn du glacier des ténèbres vacillantes », des concepts technologiques très poussés, un complot aussi tarabiscoté que tout bon complot, le tout guère facilité par des planches certes graphiquement superbes mais fourmillant tant de détails et d’idées graphiques compliquées que l’image n’aide guère à se concentrer.

REVIEW: Far Sector #12 ends a maxiseries we can't wait to read in trade —  Comics BookcaseAinsi on parcourt cette grosse lecture avec un peu de difficulté et si les quelques séquences d’action sont très agréables, si le personnage principal (et les secondaires) est fort attachant et si l’image flatte continuellement les mirettes, on achève la lecture sans trop être sur d’avoir saisi les tenants et aboutissants et un peu épuisé de trop plein. Le passage du format roman à la brièveté de la BD a sans doute été compliqué pour Jemisin et la tentation de balancer foules d’idées passionnantes trop grande pour se restreindre véritablement à une trame simple à suivre. Il est alors compliqué de critiquer et d’émettre un avis sur cet album à la réalisation sans faille, débordant de générosité, mais dans lequel il ne sera pas aisé de s’immerger.Je ne suis pas certain que les lecteurs habituels de GL y trouvent leur compte et les lecteurs occasionnels de comics risquent d’être un peu perdus. Cette proposition d’une qualité rarement atteinte en BD (du niveau conceptuel d’un Carbone et Silicium) mérite pourtant qu’on y jette un œil et plus si vous avez envie d’une lecture intellectuellement riche et graphiquement novatrice.

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Les trois lois du monde

La BD!
BD de Xiaoyu Zhang
Delcourt (2022), 106p., one shot. Collection « Les futurs de Liu Cixin » #3.

couv_447502Montrant en parallèle une cataclysmique guerre galactique antédiluvienne et le rôle éducatif déterminant d’un enseignant de campagne dans une Chine minée par la pauvreté, Lui Cixin nous rappelle l’importance fondamentale de l’Education pour la construction d’une civilisation…

Trois Lois du monde (Les) (par Zhang Xiaoyu, Liu Cixin et PanL’heure est à l’incursion des auteurs majeurs de la SF mondiale en BD puisque avant le one-shot de N.K. Jemisin (vainqueur de trois prix Hugo consécutifs) sur les Green Lantern dans la fort qualitative collection Black Label de DC, c’est Delcourt qui lance sa collection d’adaptation de nouvelles de Liu Cixin, star littéraire chinois et lui aussi vainqueur du prestigieux prix Hugo.

Pour le troisième volume de la collection, c’est le chinois Zhang Xiaoyu qui s’y colle. Dessinateur très doué, il se spécialise très tôt dans la SF en livrant chez Mosquito ou les Humanos des albums solides, notamment sur une autre adaptation d’un classique de la SF, l’Autoroute sauvage qui m’avait plutôt impressionné. Auteur complet, il s’occupe ici du scénario et des dessins sur une nouvelle probablement assez courte puisque l’intrigue, si elle fait la part belle à de monumentaux plans spatiaux en double voir triple page (oui-oui!) garde un récit assez simple voir simpliste. Pour résumer (sans spoiler), l’Education est la mère des valeurs et permet tout, y compris de sauver une civilisation…

Les œuvres chinoises sont toujours un peu dérangeantes à prendre en main tant la société communiste s’est bâtie sur un formatage des esprits par une éducation très rigide qui influe forcément même les artistes les plus indépendants. J’avais ressenti cela lors de ma lecture du monument Le Problème à trois corps qui proposait déjà une double temporalité dans la ruralité « mythique » de la Chine communiste et dans un futur lointain. Sans juger Les Futurs de Liu Cixin (tome 3) - (Xiaoyu Zhang) - Science-fiction  [BDNET.COM]une société différente, on ne peut s’empêcher de voir transparaître une vision simpliste du monde qui promeut un imaginaire national de l’essor du citoyen prolétaire par l’Ecole et au service de la Nation. Ainsi les aliens qui se retrouvent à devoir choisir quelle civilisation ils vont protéger peuvent symboliser un État tout puissant qui a le pouvoir de vie et de mort sur ses compatriotes pour le bien du collectif. Est-ce que Cixin envisage une critique a demi-mots de son Régime ou est-il inféodé à l’idéal du Parti? En tout cas il est certain que le projet d’un Fred Duval sur Renaissance (qui revêt un peu la même idée d’une civilisation extra-terrestre qui vient en aide aux terriens) semble plus complexe et plus riche.

Restent de superbes planches dans une technique traditionnelle qui devient rare de nos jours et donne une texture fort agréable à ces dessins. Si l’éditeur Mosquito (qui choisis de grands dessinateurs mondiaux pour son catalogue) a déjà publié plusieurs albums de Xiaoyu ce n’est pas pour rien! Les trois lois du monde est donc un one-shot à la lecture assez rapide, fort agréable aux yeux et qui ne révolutionne pas la SF mais est une excellente introduction au style de Liu Cixin ainsi qu’à des créations chinoises, encore assez inhabituelles dans nos contrées. Cela exige du reste le même recul que sur nos lectures comics, qui semblent plus familières mais finalement pas moins exotiques sur une société américaine aussi nationaliste que celle de Liu Cixin.

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Hercule

La trouvaille+joaquim

BD de JD Morvan et Looky
Panini (2012-2014), 46p./tome, série finie en trois tomes.

Après une lecture fort enjouée sur la série Shaolin  (que je vous conseille!) j’ai comme toujours parcouru la biblio du très bon dessinateur (Looky) pour tomber sur cette adaptation Space-opéra du mythe d’Hercule dont les planches semblaient impressionnantes. JD Morvan proposant tout à la fois certaines folies créatives dont il a le secret et des projets trop rapidement construits du fait du nombre incalculable d’albums qu’il scénarise j’ai abordé cette lecture en terra incognita.

Hercule (Looky) (tome 3) - (Looky / Olivier Thill / Jean-David Morvan) -  Science-fiction [CANAL-BD]Tout d’abord il semble que la série ait bien été prévue en douze tomes (comme les Travaux) puisque ces trois albums suivent les thèmes du Lion de Némée, l’Hydre de Lerne et le sanglier d’Erimanthe. On a donc très vraisemblablement affaire à un arrêt précoce qui n’est guère surprenant à la lecture puisque outre des dessins tout à fait réussis mais à l’aspect fortement numérique qui rebutent généralement le grand public, l’intrigue peine à accrocher un lecteur qui suit plutôt les actions bourrines de cet avatar du demi-dieu sans vraiment de fil conducteur. Le premier tome suit pourtant la narration originelle avec une Hera cybernétique qui fait commettre l’irréparable à Hercule, ultime guerrier-esclave qui assassine femme et enfants dans un état second. Contraint de remplir des missions punitives pour une puissance mystérieuse il part donc de planète en station spatiale pour éliminer une menace, après des enquêtes parfois en mode polar, aidé de side-kick plutôt sympathiques…

Hercule (Morvan/Looky) - BD, informations, cotesLa construction de l’univers est absolument flamboyante avec un gros travail d’adaptation à la fois référencé et très libre pour faire coller la mythologie grecque à ce space-opéra proche de la Dark-fantasy, très sexy et très gore où les textures informatiques posées par Olivier Thill sur les superbes dessins de Looky nous plongent dans un univers techno proche de celui des Meta-Barons. On ressent à la lecture une interinfluence artistique puisque l’univers graphique très sombre et violent rappelle le premier album de Valentin Sécher, Khaal. La création des design est vraiment inspirée et on aurait aimé embarquer dans ce monde cohérent où les dieux sont remplacés par une caste dominante et la magie par une ultra-technologie permettant toute distorsion spatiale et temporelle. On savoure les jeux de termes, les noms mythologiques techno-ifiés et certaines idées pas brillantes mais très savoureuses (les cornes du sanglier).

Bref, tout était en place pour proposer une grande série SF. Mais EXCLUSIVE: First look at interior art from Hercules: Wrath of the Heavensle scénariste est victime comme souvent d’un frein lié à l’adaptation, qui empêche par soucis de fidélité de se libérer complètement. Très porté sur les adaptations, Morvan subit les mêmes affres récemment sur ses Princes-démons. En oubliant d’héroïciser son Heraklès il le transforme en pantin du scénario, sorte de biker bad-ass en diable mais qui perd l’attrait de la toute puissance herculéenne. On suit alors ses aventures comme un beau décors et l’on oublie en fin d’album ce qu’on vient de lire. Manque d’ambition sans doute également car en segmentant par trop ses travaux et en partant sur un tome par épreuve on sérialise tout cela sans donner de l’empathie pour le personnage et l’on saute littéralement d’une aventure à une autre. Objet étrange, à la fois superbe, créatif, mais un peu hermétique, comme si la froideur des planches transpirait sur le texte, cette fausse trilogie Hercule mérite surtout pour la découverte d’un dessinateur et sur le potentiel qu’elle pouvait produire. Comme nombre d’autres ouvrages de dessinateurs du reste les amoureux d’univers et de dessins se régaleront, ceux qui attendent une vrais BD passeront sans doute leur chemin.

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