*****·East & West·Manga·Rapidos

Department of truth #1-2

esat-west

couv_441684
Comic de James Tynion IV et Martin Simmons
Urban (2022) – 2020, 152, p./volume, 3 volumes parus sur 4.

image-15

L’agent Cole Turner travaille pour le FBI et s’est spécialisé dans l’étude des mouvements conspirationnistes. Un jour son univers bascule lorsqu’il se retrouve confronté à une réalité différente. Sa conscience bascule: est-il fou? A-t-il été manipulé par des forces supérieures? En intégrant le mystérieux Département de la vérité il va comprendre que la vérité est ailleurs…

badge numeriqueSi vous passez un œil de temps en temps dans l’univers des comics vous savez que James Tynion IV (oui, nous sommes aux Etats-Unis…) est le golden-boy du moment. Après dix ans passés comme employé de l’écurie DC sur une foultitude de titres où son nom est resté anonymisé par le rouleau compresseur de l’éditeur, son heure semble venue… du côté de l’éditeur indépendant Image, comme bien d’autres avant lui. Le bonhomme semble avoir trouvé son créneau puisque le voilà soudain multi-nominé aux Eisner awards et raflant coup sur coup le titre de meilleur scénariste en 2021 et 2022 sur Department of truth, les titres de la collection de Joe Hill, Something is killing the children, Nice house on the lake, et Wynd, série jeunesse qui a enthousiasmés Dahaka. Et alors que propose ce nouveau génie de l’industrie?

The department of Truth (2020) - BD, informations, cotesJ’ai tendance à dire que les Eisner ont tendance à être l’Angoulême américain: intello, vaguement élitiste et graphiquement discutables. Bon, maintenant que je me suis fait des amis, je vais pouvoir préciser… Department of truth est une sorte de crossover entre X-files pour l’aspect « le gouvernement vous ment » et l’excellente série de romans d’Antoine Bello Les falsificateurs où une administration souterraine mondiale fabrique des faux pour orienter la marche du monde. La différence entre les deux repose sur l’aspect fantastique, assumé dans l’un, absent dans l’autre. Dans la série de Tynion on commence sur un schéma connu de l’insider naïf qui se voit révéler la vérité, sur le modèle des films Men in Black. Très rapidement on nous plonge dans une réalité alternative où la Terre est véritablement plate et où un immense mur de glace s’étend du pôle à l’Espace. Sauf que… sauf que ce n’est pas tout à fait vrai puisque l’on nous explique aussitôt que le plus grand secret du monde est que la réalité fluctue en fonction de la quantité de personnes persuadées de cette réalité. Et c’est là la plus grande idée de Tynion (un peu abordée dans l’excellentissime Black monday murders) que d’évacuer l’aspect fantastique qui ne devient qu’une possibilité au même titre que le divin, les aliens ou la Terre creuse. Ce concept est franchement passionnant et donne furieusement envie de tourner les pages de la série pour savoir où l’on va nous mener. Car comme dans tout bon récit conspirationniste on n’aura de cesse de nous expliquer qu’en fait ce n’est pas tout à fait vrai puis que les méchants sont les gentils et inversement avant de se demander qui est vraiment le héros etc.

The Department of Truth - The Comics JournalSi vous aimez le genre vous risquez de vous régaler, même si une fois dépassé le concept original le traitement et ce qu’il y a derrière ne révolutionne pas la poudre. Et le problème principal repose sur un traitement graphique très particulier basé sur un aspect collage papier et peinture sur documents officiels. Assez vaporeux le trait de Martin Simmons a l’avantage de créer une atmosphère proche des films d’horreur mais qui empêche de bien comprendre ce que l’on est censé voir. Et c’est assez problématique puisque les récits manipulateurs reposent sur un jeu entre le texte et l’image, entre deux réalités. Or ici on aura bien du mal à croire des images très abstraites, entre David Mack et Dave Mackeane.

Après la lecture de deux volumes j’avoue que j’ai eu des hauts et des bas avec une petite nostalgie de la série de Chris Carter lorsqu’on nous balance le rôle réel de Lee Harvey Oswald, ou ce qu’il y a vraiment sous l’aéroport de Dallas… Le petit piment contextuel étant bien sur le lien entre cette envie du scénariste et le monde dément dans lequel vis son pays depuis la présidence de Donald Trump (et avant…) et qui a le mérite de rendre très créatifs les artistes Etats-uniens. En alliant la dénonciation du monde alternatif que développe une partie importante des américains et la réflexion sur le principe même de réalité à l’ère du sur-média et de l’image omniprésente, Department of truth réussit très bien son rôle de série de loisir intelligente. Selon que l’on accroche ou non à l’atmosphère particulière des planches on alternera entre trois et quatre Calvin, ce qui reste très honnête.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·***

La compagnie rouge

image-3

BD de Simon Treins et Jean-Michel Ponzio

Delcourt (2023), 128p., one-shot.

9782413038740-001-x

image-5Depuis des siècles les guerres ont laissé place à des conflits commerciaux où des compagnies de mercenaires s’affrontent par robots interposés. Pourtant dans cette économie du combat certains désaccords politiques continuent d’employer des Condotta pour départager les différents. La Compagnie rouge est la plus ancienne de ces compagnies de soldats…

C’est peu de dire que cet album s’est fait attendre, depuis la diffusion il y a bientôt un an de la sublime couverture et des premiers visuels fort alléchants et promettant un acme du space-opera militaire. Après moultes reports voici donc arriver ce gros volume équivalent à trois tomes de BD et qui malgré l’absence de tomaison s’annonce bien comme une série au vu de la conclusion.

LA COMPAGNIE ROUGE t.1 (Jean-Pierre Pécau / Jean-Michel Ponzio) - Delcourt  - SanctuaryCommençons par ce qui fâche: le style de l’auteur, Jean-Michel Ponzio. Conscient de sa maîtrise numérique, le dessinateur ouvre sa série sur des planches qui font baver tout amateur de SF, avec un design et une mise en scène diablement efficaces et qui n’ont rien à envier aux plus grands films spatiaux. Accordons-lui également la qualité des textures sur un aspect qui montre souvent des définitions grossières, pixélisées ou floues. Malheureusement aussitôt les personnages humains apparus on tombe de sa chaise et dans un véritable roman-photo qui détricote rapidement toute la puissance des objets techniques. Je ne cache pas que ce problème est ancien et commun à à peu près tous les auteurs qui travaillent en photo-réalisme à partir de photos d’acteurs. D’immenses artistes en subissent les affres comme Alex Ross et récemment j’ai pu constater à la fois le talent artistique d’un Looky et l’immense différence entre son travail numérique (sur Hercule) et un autre plus traditionnel (Shaolin, dont le troisième tome vient de sortie et très bientôt chroniqué sur le blog). Mais outre le côté figé des expressions et mouvements, Ponzio ajoute des costumes kitschissimes qui semblent nous renvoyer à de vieux sérials SF des années cinquante ou aux premiers jeux-vidéos filmés des années quatre-vingt-dix. Cet aspect semble tragiquement recherché puisque le bonhomme sait parfaitement redessiner ses formes et la différence entre le plaisir des combats spatiaux et les séquences avec personnages s’avère assez rude.

LA COMPAGNIE ROUGE t.1 (Jean-Pierre Pécau / Jean-Michel Ponzio) - Delcourt  - SanctuarySur le plan de l’intrigue on est dans du très classique (une compagnie de mercenaires recherchant des contrats et victimes de manigances) avec des personnages fort fonctionnels (le chef de guerre fun, la sage capitaine mais réussis, le novice qui permet de faire avancer l’histoire et notre connaissance de l’univers,…) et les pérégrinations d’un équipage sur le même modèle que le récent Prima Spatia. Le récit passe beaucoup par des dialogues très dynamiques que l’on a paradoxalement plaisir à suivre en faisant abstraction des « photos ». On excusera un découpage parfois brutal dans les sauts temporels et on ralentit le rythme sur les concept-arts grandioses de trous de ver, de stations spatiales et de croiseurs de guerre au design fort inspiré si ce n’est des hommages un peu trop appuyés à Star Wars.

On se retrouve ainsi avec une BD bipolaire qui nous enchante par son aspect technique et un univers hard-science franchement attrayant et une façade de roman-photo kitsch qui fait rapidement sortir du récit. Si vous parvenez à dissocier ces deux aspects vous pourrez passer un excellent moment à bord de l’Argos, mais pour les allergiques à ce type de dessins il vaut mieux passer votre chemin. Très grosse déception…

*****·East & West·Manga

Eden, It’s an endless world (perfect) #9

esat-west

BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, série « Perfect » terminée en 9 volumes.

eden_9_perfect_edition_panini

Coup de coeur! (1)

Il y a peu de billets qui approchent son auteur d’une forme d’émotion. Après tout, si l’on tente de partager nos lectures sur ce blog ce ne sont que des moments, des fragments remplaçables. Pourtant certaines œuvres vous touchent dans votre vie de lecteur et revenir sur les derniers moments d’une lecture majeure fait quelque chose, comme le fait de refermer une porte sur une séquence qui vous aura changé. Modestement mais changé quand-même. Finir Eden est un peu de cela…

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 9) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Conclure une série est le plus difficile, rarement réussi, rarement cohérent. Il manque toujours quelque chose. Après plus de quatre mille pages d’apocalypse glissant Hiroki Endo réussit là encore sa fin, sans surprise tant il aura maitrisé sa saga en free-style de bout en bout. Chronique majeure de l’Apocalypse, description chirurgicale de la pègre et de ses interactions psycho-sociales, pensée philosophique immensément supérieure à l’essentiel des manga SF, voici qu’Endo nous livre sur cette conclusion parmi les plus intéressants concepts scientifiques alors qu’il nous révélè l’origine de ce pilier gigantesque construit par le Colloïde. Et quand on a une ambition comme la sienne on n’aborde pas moins que le sens de l’origine du monde et de sa fin. Beaucoup ont émis des hypothèses associant la physique quantique, le multivers, le big Crunch, peu l’ont fait avec autant de clarté et de finesse.

Cet ultime tome s’attaque à refermer la plupart des personnages et intrigues secondaires laissées ouvertes (pas toutes bien sur, un projet d’une telle ampleur reste frustrant par l’incapacité à tout aboutir), à la mode Endo: expéditive. Si vous avez lu la saga jusqu’ici vous savez de quoi nous parlons. Ainsi de grands méchants meurent comme des cons, de nouveaux méchants apparaissent et disparaissent, d’autres apparus il y a longtemps reviennent pour le baroud d’honneur, bref, dans Eden on a l’habitude d’être surpris. Alors que la focale revient (histoire de boucler la boucle) sur Enoa, héros du premier comme du dernier tome, et que tout converge vers le pilier, les séquences d’action sont toujours aussi efficaces… mais bien plus Eden - It's an Endless World! -18- Invasionpauvres graphiquement. Ce sera le seul défaut de cette conclusion où l’on sent la lassitude d’un forçat au bout de son effort. A comparer les planches des premiers tomes fourmillant de détails, celles du tome neuf semblent pas moment dessinées par un stagiaire en manque de temps. On ne blâmera pas Endo en souvenir des moments de lecture inoubliables qu’il nous aura offert.

Procurant des séquences d’explication scientifiques jouissives, parvenant à proposer un combat final respectant les canons attendus mais original, cet ultime opus est donc encore un (quasi) sans faute pour une œuvre totale qui est un coup de cœur immédiat de la première à la dernière page. De mémoire de lecteur je ne suis pas sur d’avoir lu un tel monument de BD SF depuis Universal War one. Merci Hiroki Endo

Et merci Panini d’avoir pensé à ressortir les histoires courtes de l’auteur histoire de prolonger le plaisir encore quelques moments!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

BD·Nouveau !·Rapidos·***

Les cœurs de ferraille #1: Debry, Cyrano et moi.

image-3

BD de BéKa, José-Luis Munuera et Sedyas (coul.)

Dupuis (2022), 68p., série anthologique en cours.

couv_447952

Iséa est une rếveuse qui compense l’absence d’amour de sa mère par la tendresse de sa nourrice Debry et ses relations numériques. Mais lorsque sa génitrice décide de renvoyer le robot qui l’a élevée elle se retrouve obligée de s’allier avec un jeune garçon pour la retrouver. Un voyage au cœur de l’injustice de cette société qui a fait des serviables assistants robots de véritables esclaves…

mediathequeJosé Luis Munuera promène son talent cartoonesque sur la BD franco-belge depuis maintenant trente ans en compagnie de Joan Sfar, et JD Morvan, ayant endossé l’immense responsabilité de reprendre Spirou sur quatre albums après l’indépassable ère Tom&Janry. Depuis quelques années il semble s’orienter vers une esthétique rétro, adaptant des classiques de la littérature (Bartleby de Melville puis cette année Un chant de Noël de Dickens) avec une esthétique plus réaliste. A la manière d’un Umberto Ramos l’auteur semble tiraillé entre des racines cartoon marquées et une envie de textures et d’histoires plus sombres.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH1024/bek16-9b259.jpg?1656939955Avec un deuxième album cette année, il s’engage sur une anthologie d’histoires one-shot sur le thème des robots dans une ambiance rétro-futuriste en compagnie du duo de scénaristes BéKa. Outre la qualité indéniable des dessins (et des couleurs/textures) c’est l’analogie entre ce monde classique habité de technologies poussées et les Etats-Unis esclavagistes du début du vingtième siècle qui intéresse. En transformant les esclaves noirs en robots les auteurs parlent subtilement des problématiques d’alors, de cette proximité avec des serviteurs et nourrices de l’autre couleur, considérés dans la famille mais pas dans la société, de ces réseaux d’esclaves en fuite, des collaborateurs noirs qui virent dans le service aux maitres un moindre mal à leur condition, mais aussi de thématiques plus modernes comme la place des femmes ou l’émancipation par la culture et l’imaginaire.

Au sortir de cette histoire simple de poursuite on a le sentiment d’avoir passé un agréable moment sur un travail solide bien qu’il manque sans doute un peu d’ambition, notamment dans la justification du thème SF. Il faudra voir après plusieurs albums si la série permet de donner un intérêt plus large sur des albums dont la tonalité jeunesse peut se discuter. En attendant on savoure une intelligente parabole et des planches si agréables.

***·BD·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Gurvan

Histoire complète en 120 pages, écrite par Mathieu Mariolle, d’après le roman éponyme de PJ Hérault. Livia Pastore au dessin, parution le 05/01/2023 chez les Humanoïdes Associés, en partenariat avec les éditions Critic.

Merci aux Humanos pour leur confiance.

Bienvenue à War-Tacca

Gurvan est un jeune homme ambitieux, qui rêve de fuir son quotidien pour mener enfin la vie dont il rêve. Gurvan ne rêve ni de gloire ni de richesse, il aspire en fait à une vie simple, sur une lointaine planète que l’on nomme la Terre, berceau légendaire du peuple dont il est issu. Gurvan n’est pas un humain classique, il est né dans un Materédu, un complexe enfoui profondément sous le sol d’une planète hostile, dans lequel naissent artificiellement les soldats comme lui. Notre jeune héros est un pilote, conçu dans le but de participer à une guerre spatiale séculaire, si ancienne que les belligérants en ont oublié les raisons.

A l’issue de son entraînement, Gurvan sera appelé à quitter son Materédu pour prendre part aux combats, espérant survivre assez longtemps pour gagner son droit à la retraite. Mais ce qu’il va découvrir sur lui-même et sur son ennemi au coeur de la bataille va ébranler ses convictions et le forcer à revoir ses plans.

En effet, cet ennemi qu’on lui a appris à haïr ne semble pas si différent de lui, et, comme souvent dans les guerres, la frontière qui sépare le bien et le mal s’obscurcit. Gurvan va donc devoir naviguer en eaux troubles, entre une hiérarchie qui utilise son engeance à ses propres fins et un adversaire redoutable mais loin des clichés véhiculés par la propagande.

Une fois de plus, les Humanos s’associent avec les éditions Critic pour proposer l’adaptation BD d’un roman de SF. On avait ainsi pu lire Peaux-épaisses, Le Sang des immortels, ou encore Sapiens Impérium, qui développaient des thématiques différentes mais toujours sous un habillage space-opéra.

Dans Gurvan, on adopte le point du vue du protagoniste naïf, qui se lance dans un conflit qui le dépasse et qui va broyer ses illusions. Il est intéressant de voir que le scénariste parvient à nuancer les rôles des belligérants pour éviter le manichéisme, et ainsi initier sa réflexion sur la guerre et ses affres. Ce que nous dit finalement l’auteur, c’est que les hommes n’ont pas vraiment besoin d’une raison valable pour s’entretuer en masse, et que le cloisonnement des esprits et de l’information représente le meilleur moyen d’influence. Sur un autre thème, Mathieu Mariolle nous sert une sauce plus optimiste, en nous montrant que le déterminisme génétique n’est rien face au libre-arbitre et à la volonté individuelle.

En effet, le moteur de l’histoire réside dans l’opposition entre la nature de Gurvan, créé artificiellement puis conditionné pour être un pilote dévoué et obéissant, et sa volonté de faire éclater la vérité. On a aussi droit au conflit entre institution et individu, ce qui renforce le capital sympathie du héros.

Graphiquement, Livia Pastore livre de très belles planches, qui se distinguent par une mise en couleur soignée. On peut s’interroger toutefois sur la qualité de la mise en scène en ce qui concerne les batailles spatiales, le dynamisme de tels combats étant délicat à retranscrire en dessin. Il en résulte des affrontements quelque peu répétitifs qui ne sont clairement pas le point fort de l’album.

*****·Comics·East & West

Beta Ray Bill: Étoile d’Argent

Récit complet en 5 chapitres, écrit et dessiné par Daniel Warren Johnson. Parution chez Panini Comics le 13/10/2021.

Remède de Cheval

Thor et Beta Ray Bill, c’est une histoire d’amitié virile comme on les aime, qui débute comme il se doit, c’est-à-dire par un festival de mandales bien corsées. Lorsque Thor rencontre le guerrier à tête de cheval, ce dernier est le héros de son peuple, les Korbinites, dont la planète a été détruite par Surtur, le démon du Feu ennemi d’Asgard. Sans planète pour les abriter, les Korbinites ont désigné un champion, Bill, qui a l’insigne honneur de recevoir des modifications cybernétiques, qui, en plus de le défigurer, lui donnent une force exceptionnelle. Condamnés à l’exil interstellaire, le peuple de Bill se met en stase dans une flotte de vaisseaux, qu’il est chargé de guider vers une nouvelle planète, secondé par son propre vaisseau, Skuttlebutt.

Bien évidemment, les deux héros vont s’affronter, ce qui va donner l’occasion à Bill de prouver qu’il est digne de soulever le fameux Mjolnir (un fait qui relevait encore de l’exploit dans les années 80). Impressionné, Odin ordonne un duel à mort en bonne et due forme, que Bill remporte avec brio. Prouvant encore davantage sa valeur en épargnant le dieu du Tonnerre, il gagne les faveurs du Roi d’Asgard, qui lui fait forger son propre marteau, Stormbreaker.

Dès lors, Beta Ray Bill devient un frère d’armes de Thor, l’épaulant dans ses combats et le remplaçant même si nécessaire. Il mène ensuite ses propres aventures cosmiques, jusqu’à ce qu’il s’oppose à Thor, dans le dernier volume de sa série. Ce nouvel affrontement ne se passe pas comme le précédent. Thor, imbu du pouvoir cosmique en plus de la Force d’Odin, brise le Stormbreaker, privant ainsi son ami de son arme enchantée, celle-là même qui lui permettait de retrouver son apparence d’origine.

Qu’à celà ne tienne, Bill reste fidèle à Asgard et se réconcilie avec Thor, devenant même son conseiller. Lorsque Knull, le dieu du chaos, attaque l’univers (voir King in Black) en envoyant Fin Fang Foom (une longue histoire), notre équidé guerrier se dresse pour défendre Asgard. Mais il sera vite relégué au second plan par l’arrivée du tout-puissant Thor, qui abat la créature sans coup férir. Humilié une seconde fois, Bill ravale sa fierté en même temps que sa gloire passée et rumine cette nouvelle frustration. Lorsque Sif, la guerrier asgardienne, se refuse à lui après avoir compris qu’il ne pouvait plus changer d’apparence, Bill craque. Ces castrations successives sont plus qu’il ne peut en supporter. Il lui faut un nouveau marteau enchanté, qui puisse lui permettre de rivaliser à nouveau avec Thor et retrouver son apparence normale. Pour celà, il lui faudra d’abord retrouver l’ancien Roi d’Asgard, qui est parti en exil dans les confins interlopes du cosmos.

Daniel Warren Johnson s’était déjà brillamment illustré avec Wonder Woman: Dead Earth, dans lequel il livrait une version Elseworld (l’équivalent du What If? chez Marvel) post-apocalyptique de la célèbre Amazone. Ici, la Maison des Idées lui laisse le champ libre avec un personnage secondaire, ce qui pourrait être vu comme une décision plus frileuse, à ceci près que ce récit se situe bel et bien dans la continuité principale, puisqu’il s’intercale avec King in Black et la nouvelle série Thor.

Le héros viril à la musculature hypertrophiée étant déjà passé par la moulinette de l’auteur (je pense à la série Murder Falcon), il n’est rien d’étonnant donc à retrouver DWJ aux commandes d’une odyssée stellaire désabusée travestie en quête de soi. Beta Ray Bill, comme Thor dans Ragnarok, perd ses attributs, son marteau, symbole phallique s’il en est, sa force, mais aussi sa confiance en lui. N’ayant plus rien à perdre, il va donc remonter le cours de sa vie, jusqu’à la source véritable de son mal-être, à savoir la perte de son peuple aux mains de Surtur.

L’aspect cathartique du combat final n’en est que plus impactant, ce qui tend à nous démontrer que l’auteur a finalement bien saisi la nature du personnage, et nous prouve par la même occasion qu’un auteur ingénieux saura faire feu de tout bois et rendre intéressant même un obscur personnage relégué au rang de second couteau.

Graphiquement, il y a de quoi vous casser la rétine, avec des pleines-pages et des doubles-pages spectaculaires, qui s’enchaînent sans pour autant se galvauder. Le dessinateur injecte aussi un dynamisme déjanté dans ses séquences d’action, avis aux amateurs: vous aurez droit à des chorégraphies léchées, des prises de catch et des bastons bien bourrines.

Il est extrêmement plaisant, en tant que lecteur, de voir un auteur indé réussir de tels tours de force chez les grands éditeurs, sans perdre sa substantifique moelle.

****·BD·Nouveau !

Mundus #1

Premier volume de 136 pages de la série écrite par Laurent Queyssi et dessinée par Oriol Roig. Parution aux éditions 404 le 25/08/2022.

La Cuillère n’existe pas

L’année scolaire 1991 se termine de façon plutôt banale pour Ben, Matt et Anaïs. Alors qu’ils fêtent dignement la fin d’année, un black-out survient et provoque l’ouverture d’une faille dans le substrat du réel, projetant les trois adolescents dans un monde inconnu. Perdu sur une étrange planète de sable, ils ne survivent qu’à grand-peine à un conflit armé et finissent emprisonnés dans une sinistre geôle. Anaïs, loin de céder à la panique, ne peut se départir de l’idée que les évènements auxquels ils viennent d’assister lui rappellent quelque chose. Et en effet, une fois rentrés chez eux aussi soudainement qu’ils sont apparus, Anaïs se rue dans sa bibliothèque pour y trouver un livre. Qu’elle n’est pas sa stupéfaction lorsqu’elle constate que ce qu’ils viennent de vivre correspond en tout point au passage d’un de ses romans préférés !

Tentés d’expliquer tout ceci par un mauvais trip ou par une hallucination collective, Ben, Anaïs et Matt n’attendront pas longtemps pour voir l’étrangeté s’immiscer encore dans leurs vies. Alpagués par deux cyber terroristes répondant aux noms de Henry et Mélanie, responsables du black-out, ils vont de nouveau être projetés dans un monde étrange, qui cette fois sera un facsimilé d’un jeu de rôle dont Ben est un aficionado.

Que signifient ces incursions de mondes imaginaires dans leur réalité ? Ben, Anaïs et Matt trouveront-ils l’origine de ce phénomène ?

Laurent Queyssi nous propose un récit à tiroirs questionnant la nature de la réalité et la frontière très mince qui existe avec la fiction. Le scénariste, spécialiste de l’oeuvre de Philip K. Dick et de celle d’Alan Moore, s’inspire de ces deux grands auteurs pour brouiller les pistes entre réel et imaginaire. Les univers qu’ils nous fait visiter, en l’occurrence la planète Tonkis et le Londres Steampunk, sont suffisamment familiers pour que le lecteur puisse en saisir immédiatement les références, ce qui facilite à la fois le propos méta et l’immersion dans le récit.

Comme nous le disions plus haut, d’autres auteurs se sont déjà consacrés à l’exploration de la membrane qui sépare l’imaginaire de la réalité: Alan Moore, K. Dick, ou encore Grant Morrison. Ce ressort scénaristique permet de mettre en abîme nos références culturelles tout en mettant en exergue l’influence réciproque de la fiction sur le réel.

Pour le moment, l’intrigue n’en est qu’au démarrage et pose davantage de questions qu’elle ne pose de règles, aussi sommes-nous en droit de nous attendre à n’importe quoi à ce stade. Néanmoins, l’accroche est efficace et nous engage même dans le récit en tant que lecteur (impossible de détailler de point sans spoiler). Qu’est-ce qui relève du réel ? Nos protagonistes prendront-ils conscience de leur nature fictive ? Entrerons-nous en contact avec eux ?

Autant de questions qui nécessiteront d’attendre le second volume !

****·Comics·East & West·Nouveau !

Avengers #7: L’Ere de Konshou

Recueil des épisodes #31 à 38 de la série écrite par Jason Aaron et dessinée par Ed McGuiness, Javier Garron et Francisco Manna. Parution en France chez Panini Comics le 10/08/22.

Konshoote le premier

Nouveau volume de la saga Avengers par Jason Aaron. Après une mission mouvementée dans l’espace, les plus puissants héros de la Terre sont revenus avec… un bébé. Pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de l’actuel détenteur du Starbrand, un pouvoir incommensurable, manifestation d’un système de défense planétaire, dont l’un des précédents porteurs fut membre du groupe il y a plusieurs années.

Il s’agit donc pour eux de protéger cet enfant, mais aussi de protéger le monde de ce que pourrait faire cet enfant, avec ce pouvoir destructeur. Pour le moment, Iron Man, alias Tony Stark, n’a pas le loisir de s’en soucier puisqu’il est prisonnier de l’Âge de Pierre, un million d’années dans le passé. Seul et livré aux affres d’un monde hostile, il va d’abord faire la rencontre des Avengers Préhistoriques, déjà vus plusieurs fois dans la série.

Ce goupe hétéroclite comprend Odin, le Phoenix, Agamotto, la première Iron Fist, le premier Ghost Rider, le premier Starbrand, ainsi que le premier Black Panther. Leurs premiers exploits ont consisté à vaincre et repousser les Célestes, mais leur véritable ennemi, un être antédiluvien qui manigance à travers le temps et l’espace, ne s’est pas encore révélé. Iron Man va donc découvrir bien malgré lui l’identité de ce redoutable instigateur: Méphisto, plus connu comme le Seigneur des Enfers, ou encore, le Diaaaaaaaaable.

Ce dernier cherche à détruire les Avengers depuis leur formation il y a un million d’années, et cette fois, il pourrait bien arriver à ses fins: ayant tiré les ficelles à sa convenance, il a artificiellement allongé la liste des ennemis de nos héros favoris, des ennemis qui pourraient bien unir leurs forces pour les submerger.

Mais c’est sans compter Khonshou et son célèbre avatar, Moon Knight. Ce duo ambigu livre une justice expéditive depuis bien des années maintenant, avec plus ou moins de succés, et se lance cette fois encore dans un plan sans concession pour sauver le monde des griffes de Méphistophélès. Sans prévenir, le dieu égyptien de la Vengeance et de la Lune envoie son avatar récupérer de force les pouvoirs des précédents Avengers, aujourd’hui détenus par Danny Rand aka Iron Fist, le Sorcier Supreme Dr Strange, Robbie Reyes aka Ghost Rider, T’challa aka Black Panther, sans oublier Mjolnir, le Starbrand et le Phoenix.

Ainsi équipé, Moon Knight pourra instaurer l’Ere de Khonshou, afin que le dieu colérique puisse vaincre Méphisto et ainsi éviter la fin du monde. Mais est-ce vraiment une bonne idée d’affaiblir les plus puissants héros de la Terre au moment où ils sont le plus fragiles ?

Jason Aaron poursuit son grand-oeuvre sur les Avengers, et commence enfin à recouper toutes les lignes narratives qu’il a débutées dans les précédents volumes. Grâce à celà, le lien entre les Avengers Préhistoriques et les Avengers modernes apparaît enfin plus distinctement, et l’impact des deux époques l’une sur l’autre se profile également. La continuité de la série commence à se faire sentir, puisqu’il est maintenant nécessaire d’avoir lu la majorité des volumes précédents pour s’y retrouver ici: quand bien même le lecteur connaîtrait les bases du personnage de Moon Knight, ce ne sera pas suffisant ici pour comprendre tous les tenants et les aboutissants de l’intrigue, qui commence à se densifier.

Néanmoins, l’action reste omniprésente comme dans les précédents tomes, l’auteur continuant d’exploiter des concepts inédits comme le vol et le cumul de pouvoirs ancestraux par Moon Knight, ou leur utilisation plus tard par d’autres héros. L’auteur parvient aussi à créer une certaine attente, puisqu’on se doute que Méphisto ne va pas en rester là et que le pire reste à venir. Côté suspense, on ne frissonne pas vraiment pour l’ensemble des héros, puisque, si le danger reste global, rien ne laisse craindre à ce stade qu’un ou plusieurs héros soient sacrifiés.

S’agissant de l’écriture de Aaron en elle-même, elle demeure donc ambitieuse et réfléchie, mais elle a aussi tendance à utiliser la continuité rétroactive, redoutée par les fans, et par conséquent, marche donc sur les plates bandes d’autres auteurs. Exemple frappant: alors que beaucoup d’auteurs se sont échinés au fil des différentes séries Moon Knight à instiller le doute quant à l’existence réelle de Khonshou, Aaron met les pieds dans le plat en nous donnant une réponse sans ambiguité. Cela ne gâche pas le plaisir de lecture ni la cohérence de l’ensemble, mais montre bien que l’écriture chez Marvel peut être une affaire délicate, au vu de la pléthore de personnages et d’auteurs ayant travaillé dessus.

Ce septième volume des Avengers fait monter les enchères et laisse de profiler de nouveaux éléments cosmiques de grande ampleur, à lire si vous avez apprécié le reste de la série.

***·Comics·East & West·Nouveau !

Les Éternels #2: Gloire à Thanos

Deuxième volume de la série écrite par Kieron Gillen et dessinée par Esad Ribic, avec Guiu Vilanova en renfort. Parution chez Panini Comics le 14/09/2022.

Votez Thanos !

Suite et fin du diptyque de Gillen sur les Éternels. Après la résurgence de la dernière armée des Célestes, les Éternels ont appris que leur dogme était une mascarade. Leur rôle grandiose de protection de la Vie sur Terre n’était qu’un mensonge concocté à la fois par les dieux géants de l’espace et par leurs patriarches. A la suite de cette révélation, l’ensemble des Éternels perdait la raison avant de se donner la mort en masse.

Cependant, le suicide est un geste bien futile pour un être qui n’est pas fait pour mourir. En effet, il s’avère que tous les Éternels sont liés à la Machine, un système de défense personnifiant la planète Terre, qui les ressuscite automatiquement dès que leur corps est détruit, en téléchargeant une sauvegarde de leur esprit (un procédé qui rappelle celui des mutants de Krakoa). Tous les Éternels se sont donc réveillés comme un lendemain de cuite, certains gérant la nouvelle mieux que d’autres.

Toutefois, nos héros immortels n’ont pas eu le temps de s’appesantir sur leurs tourments philosophiques: des défaillances de la Machine et un mystérieux tueur d’Éternels ont quelque peu mis à mal les fondements de leur société, forçant Ikaris et Sprite à mener l’enquête. Le danger qu’ils ont découvert n’est pas des moindre, puisque le seul être capable de tuer des homo immortalis n’est autre que le terrifiant Thanos.

Thanos est un être hybride, un Éternel de Titan engendré naturellement par ses parents et pas directement par les Célestes, qui possède un gène Déviant, ennemis naturels des Éternels, ce qui le rend extrêmement dangereux. Thanos a pour but, après sa ruine dans les Gardiens de la Galaxie, de se rattacher à la Machine afin de pouvoir ressusciter dans un corps neuf, et ce, à l’envi bien évidemment, comme si être un monstre génocidaire invincible ne suffisait pas.

Mais affronter Thanos n’est pas le plus grand défi auquel ils aient à faire face. A la fin du premier volume, les Éternels apprennent une autre vérité dévastatrice: chacune de leur résurrection a un prix, celui d’une vie humaine. Ceux qu’ils ont tenté de protéger durant un million d’années ont donc fait directement les frais de leur inconséquence, eux qui se battaient sans se soucier de leur vie puisqu’ils avaient la garantie de revenir grâce à la Machine.

Bien sûr, Thanos n’aura pas ce genre de considération, et il est même prêt à détruire la Terre pour obtenir son nouveau corps.

Kieron Gillen poursuit son soft reboot de la franchise des Éternels, préparant ainsi l’évènement AXE, pas encore paru en France. L’auteur a repris des éléments issus des précédentes séries (notamment celle de Neil Gaiman et celle des Frères Knauf) en y implémentant ses propres concepts, ce qui donne une histoire intéressante, moins grandiloquente que ce que Kirby imaginait initialement mais plus en phase avec l’univers Marvel actuel. L’auteur n’a pas hésité à remettre en question les fondamentaux de ses personnages, créant ainsi une dynamique novatrice. En revanche, sa série se termine sur un cliffhanger mais sans réelle réponse apportée au problème posé par les résurrections.

On constate par ailleurs que l’auteur répond à un cahier des charges éditorial, certains des personnages continuant de subir des changements qui les alignent avec leurs homologues cinématographiques. Ce n’est pas gênant en soi, mais prouve bien que Marvel a toujours en tête de récupérer des lecteurs grâce à ses films, sans nécessairement se soucier de la continuité chère aux lecteurs de longue date.

Néanmoins, pas de quoi bouder son plaisir, ne serait-ce qu’en vertu de la présence d’Esad Ribic, qui continue de proposer des planches magnifiques avec son style pictural bien connu. L’intérim assuré par Guiu Vilanova fait un peu l’effet d’une douche froide pour les fans de Ribic, mais ne gâche pas l’album pour autant.

**·***·****·East & West·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Lost Lad London #1 – Clevatess #2 – Fool night #3

esat-west

Salut les mangavores! On monte en qualité sur ce billet avec trois volumes sortis récemment: une déception sur la pourtant grosse com’ de Ki-oon sur Lost Lad London, un Clevatess confirme la qualité de son ouverture et un Fool Night qui confirme sur ce dernier volume de l’année qu’il est peut-être la série de 2022…

  • Lost Lad London #1 (Shinya/Ki-oon) – 2022 (2019), 224p., volume, 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

lost_lad_london_1_ki-oonLe maire de Londres a été assassiné dans le métro. Au mauvais endroit au mauvais moment, Al se retrouve avec le couteau du crime dans la poche et un des plus fins limiers de New Scotland Yard sur le dos. Mais le vieil inspecteur a du flair et ne sent pas de coupable dans ce jeune étudiant. Il décide de faire équipe avec ce qu’il faut bien appeler le principal suspect du meurtre…

Une fois n’est pas coutume, cette nouvelle série courts lancée par les très bons Ki-oon… m’a parue vraiment un ton en dessous de leurs habitudes. En annonçant une approche très européenne du fait du séjour de l’autrice en Angleterre l’éditeur semble justifier un dessin absolument minimaliste qui empêche selon moi de parler véritablement de BD, voir de manga. Le scénario et les personnages sont assez sympathique bien que l’on ne saisisse pas encore tout à fait l’intérêt de cet attelage entre un flic bourru dans le plâtre et un jeune adulte issu d’adoption. On lit donc l’album sans aucun soutien graphique et si l’on ne s’ennuie pas il faut avoir une vraie vibration soit pour les polar, soit pour le graphisme de l’autrice, pour trouver un intérêt de poursuivre sur la série. Pas mauvais mais manquant cruellement de quelque chose de plus, Lost Lad London est une surprise, mais pas dans le sens attendu…

note-calvin1note-calvin1


    • Clevatess #2 (Iwahara/Ki-oon) – 2022 (2020), 224p., 2/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

clevatess_2_ki_oonLe premier tome de cette nouvelle série de Dark-fantasy Ki-oon avait fait l’effet d’un électrochoc! Très curieux de voir ce que pouvait donner ce switch initial qui voit la toute puissance du Démon (dans un esprit qui rappelle Le dernier des dieux) j’avais été surpris à la fois par des dessins aux encrages magnifiques et par une rudesse inhabituelle. On reprend immédiatement après le premier opus qui avait laissé l’héroïne démembrée juste revenue à la vie par le sang maléfique du démon. S’ensuit une première partie de manga très énergique alors qu’Alicia tente d’éliminer les redoutables bandits. Cela nous donnera l’occasion de découvrir la détermination, les talents guerriers de cette championne mal en point mais aussi un artefact très puissant qu’elle devra conquérir en affrontant un démon ancien tapi au fond du lac. Totalement pris par le rythme on bascule ensuite dans des considérations stratégiques moins rythmées et qui, si elles permettent de développer l’univers (avec l’émergence d’un grand méchant très réussi), font un peu retomber la hype de lecture. Alors que le manga en est déjà à son cinquième tome au Japon on patientera en se disant que le passage du second volume est souvent synonyme de ralentissement et qu’avec une telle qualités moyenne basée sur un potentiel très riche on n’est pas du tout inquiet sur l’ambition de l’auteur de bâtir une mythologie et un récit fort en personnages et disruptif.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1


  • Fool night #3 (Yasuda/Glénat) – 2022 (2020), 208p., 3/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

fool_night_3_glenatEn assumant l’orientation Polar de la série, Katsumi Yasuda développe les différentes factions de cette société, entre la police bien décidée à éliminer le sanctiflore assassin, l’Institut de transfloraison lancé dans la récupération de ce spécimen unique grâce à une milice privée ou l’arrivée d’un nouveau venu dans ces militants anti-transfloraison… juste évoqués. Est-ce que l’auteur est en train de construire un projet au grand format en prenant le temps de poser son cadre? Toujours est-il que si le personnage de Yomiko (et le duo un peu gnan-gnan qu’elle formait avec Toshiro) est absent de ce volume pour cause d’hôpital suite à l’agression précédente, ce volume reste plein d’action et surtout de planche absolument à tomber dans son style aussi technique que minimaliste. On savoure chaque ombre et la minutie des détails pour un niveau de précision loin des canons de l’édition manga. La corolaire de cela c’est que la parution s’étire et qu’il faudra attendre le mois de mai pour connaitre la suite des aventures dramatiques de Toshiro. On serait proche du 5 Calvin si ce n’était la très surprenante arrivée du méchant qui sonne vraiment baclée, tellement que l’on revient en arrière pour s’assurer que l’on n’a pas loupé des pages. Vraiment étrange au regard de très grande maitrise générale de Yasuda depuis le début. Erreur de jeunesse sans doute qui n’obère en rien le statut de révélation de l’année manga pour ce Fool Night.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1