*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

L’escadre frêle

BD du mercredi
BD de Eric Henninot
Delcourt (2019), 74p., La Horde du contrevent t2., série en cours

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Pour ce second volume on reprend le même format avec six planches de moins. Comme l’ensemble de l’album, Eric Henninot semble avoir eu conscience de na nécessité d’éclairer un peu sa série et la couverture est bien plus lumineuse, colorée, accrocheuse. La structure de la Horde est toujours présente en début d’ouvrage (les personnages), avec un résumé du tome précédent. A noter que l’intérieur de couverture varie à chaque tome, reprenant une case en format avant découpe (et ici très belle). L’édition grand-format NB est renouvelée comme pour le tome un.

Lorsque le navire amiral fréole plante soudainement ses ancres dans la prairie au milieu de la Horde, son univers est bouleversé: à la solitude succède la fête, le danger du vent fait place à celui des hommes et bientôt se profile sur leur route la Flaque de Lapsane, vaste étendue d’eau qu’aucune Horde n’a jamais traversée…

20191210_221158.jpgLors de ma critique du tome un j’avais conscience de mon manque d’objectivité tant l’ouvrage source m’avait marqué, le seul fait d’adapter avec concentration le livre suffisait à me combler. Au risque de passer sous silence les qualités intrinsèques de cette série qui très discrètement commence à marcher sur les traces de ce qui est pour moi la saga majeure des dix dernières années, le Servitude de Bourgier et David. L’immense sérieux de l’écriture comme du dessin, le temps pris pour peaufiner chaque case, chaque rythme se ressent sur les deux séries qui donnent une profondeur globale que très peu de séries de BD ont. Je l’avais déjà dit, les personnages et leurs dialogues étaient la grande réussite de l’adaptation, même si le lecteur pouvait trouver austère cette succession d’échanges à couteau tiré. Si les bases (du roman…) restent les mêmes ce second opus monte franchement d’un cran en rectifiant cette sobriété, en rajoutant de l’action et une couverture dramatique très touchante en appuyant là où ça fait mal: le pourquoi du Contre, le pourquoi de vies passées à remonter à pied sans autre espoir de vie que de voir le bout du monde…

20191210_221101.jpgLa séquence des fréoles était dans le livre l’une des plus fortes, avec ce vaisseau que l’on imaginait difficilement. Henninot a fait ses choix graphiques que certains n’aimeront pas mais qui s’avèrent totalement cohérents, d’un design redoutabelement élégant (comme en réponse à la rigueur de la roche et des paysages désolés du premier volume) et en introduisant via les fréoles nombre de questions de fonds sur l’univers de la Horde du contrevent, les factions à l’œuvre à Aberlas, les différentes confréries humaines sur ce monde redoutable et un aperçu de ce qui les attend en extrême-amont.  Les pistes sont tissées pour la suite et le background s’étoffe fortement, dès l’introduction qui reprend (comme le premier volume) une séquence de la formation initiale des enfants qui deviendront la trente-quatrième Horde. J’ai trouvé que l’auteur réussissait ici à élargir son lectorat qui peut désormais se passer complètement de la lecture du roman et découvrir cet univers d’une richesse folle et au scénario très accrocheur. On dévore la BD d’une traite malgré les très nombreux textes. On se passionne pour ces personnages dont Henninot sacrifie la plupart en arrière-plan pour se concentrer sur le scribe (personnage central), Oroshi (personnage magnifique!), le redoutable et ombrageux Golgoth et Callirohé qui apportera un doute terrible qui prends aux tripes. Cela faisait longtemps qu’une BD ne m’avais autant accroché émotionnellement. Là encore il y a un 20191210_221027.jpgmatériau, mais l’auteur de l’album a totalement digéré cet écosystème relationnel, cette famille faite de compétences, de nécessités, de violence impitoyable et d’amour profond et réciproque.

Effaçant les quelques difficultés du premier volume (je ne parlerais pas de défaut mais de passage obligé de l’adaptation), L’escadre frêle fait soudainement passer La Horde du contrevent de bonne adaptation à grande série BD! Et c’était loin d’être évident. L’inventivité visuelle, la finesse du trait (et n’oublions pas le remarquable travail sur la couleur de Gaétan Georges tout en douceur!) et surtout la richesse des relations interpersonnelles font de cet album un magnifique moment de lecture qui ne donne qu’une envie, de retourner dans le Fer en rêvant de Norska…

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****·BD·Nouveau !

Leonard 2 Vinci

BD de Stéphane Levallois
Futuropolis (2019), 84 p. nb+couleur, one-shot

couv_371481mediathequeAttention, avec cet album expérimental vous allez découvrir une pointure! Un auteur que je ne connaissais pas et qui, doté d’une technique sans faille propose un projet très ambitieux dans le seul genre qui peut permettre ce type d’hypothèse: la Science-fiction… Je suis venu à lire cet ouvrage dans un second temps, freiné par l’aspect « catalogue d’exposition » de la couverture et le logo du Louvre, craignant d’avoir affaire à un ouvrage un peu « culturel » sur Léonard. Soyons donc clair: il s’agit bel et bien d’un vrai bon gros morceau de Science-fiction à tendance intellectuelle… L’ouvrage est  en grand format, papier épais rendant très bien les dessins à la technique traditionnelle et les pleines pages. Un cahier graphique est proposé en fin d’ouvrage avec quelques explications sur le projet et le travail de recherche de l’auteur dans la section des manuscrits du Louvre sur les œuvres de Léonard.

Quatorzième millénaire de notre ère. La terre n’existe plus que par des fragments flottant dans le vide spatial. Une ombre gigantesque s’approche: il s’agit du vaisseau spatial rassemblant ce qu’il reste de l’humanité. Pourchassés par un peuple extra-terrestre redoutable les sages n’ont plus qu’un espoir: cloner le plus grand génie de tous les temps, Léonard de Vinci. Car seule la vision d’avant-garde du génie peut trouver la solution avant l’extinction…

Image associéeLa science-fiction est un genre particulier, à la fois le seul permettant des innovations visuelles associées à des réflexions intellectuelles poussées, mais très difficile quand à l’imagination de ce qui pourrait être dans très longtemps. le défaut est souvent de ne pas parvenir à s’extraire de nos concepts et formes contemporaines. Ainsi il y a la hard-science et l’anticipation, sur laquelle excelle un Fred Duval. Parfois certains tentent des innovations, comme Christophe Bec sur son récent assez réussi Crusaders. D’autres partent en space-opera (le plus facile) ou en expérimental au risque de perdre les marqueurs de la BD. Avec cet ouvrage Stephane Levallois, fort de son expérience en design et de son parti-pris d’extrapoler les improvisations du génie de la Renaissance parvient à nous proposer de la SF particulièrement crédible car novatrice dans ses formes (qui échappent à nos concepts immédiats) en associant le mythologique, la nature (le travail sur les rose de Jéricho) et l’architecture. En situant son histoire très loin dans le temps il s’exonère de tout réalisme technologique en assumant (comme cet hommage à Ridley Scott en préambule) des vaisseaux de taille phénoménale et pose par-ci par-là des formes connues (la pyramide du Louvre conservée sur un bout d’astéroïde, reste de l’ancienne Terre) sans tenir compte du temps et de l’espace.

Résultat de recherche d'images pour "levallois leonard 2 vinci"Pour garder son lecteur en main et construire une véritable intrigue il pose le postulat d’un clonage du génie (Léonard2) par l’aréopage qui préside au destin des derniers humains réfugiés dans le vaisseau. A partir de là la réalité de la menace, du temps, importent peu et nous sommes projetés dans les expérimentations techniques du clone qui explore le passé et les inventions de son original pour y trouver l’idée salutaire. Levallois propose alors différentes techniques selon les séquences, le noir de charbon et les traits d’architecture pour le futur, la sanguine à la manière de Léonard de Vinci pour les séquences sur sa vie. Si certaines pages ne sont pas toujours très lisibles, la lecture dans son ensemble est fascinante par la proximité des planches avec les pages des carnets originaux de l’artiste (que l’on peut comparer dans le cahier final). Par moments une peinture en couleur éclaire l’album, sans que l’on sache s’il s’agit d’une photographie ou d’une copie de l’auteur de l’album.

Image associéeAu final d’un projet très casse-gueule Stephane Levallois s’en tire remarquablement bien (évitant l’intellectualisme dont un Monsieur Mardi-gras pouvait souffrir) en proposant une intrigue simple, fantasme de tout amateur de science-fiction, sans se perdre en errements ésotériques. En collant à l’oeuvre formelle de Léonard il se sauve en justifiant toutes ses créatures et objets, comme ce démon disséqué qui incarne à la fois le divin, le diable et l’adversaire extra-terrestre. Il manie des concepts classiques et passionnants de la SF comme le clonage, l’intelligence artificielle, la création, en l’habillant de l’univers visuel de Vinci considéré alors comme le premier auteur de SF (ce qu’il est pour un certain nombre de penseurs de la SF). Tout ceci donne un ouvrage qui évite l’élitisme et pourra plaire à la fois aux amateurs d’art et des dessins de Léonard de Vinci comme aux lecteurs de BD de SF et de cinéma. Un remarquable album qui allie intérêt intellectuel et visuel. Il n’y en a pas tant que cela.

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***·East & West·Manga·Numérique·Rapidos·Rétro

Sushi & Baggles #23

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Exceptionnellement pas de comics sous la main du coup une spéciale manga (une fois n’est pas coutume…):

  • Magical girl Holy shit! #1 (Souryu/Akata) – 2018, série en cours (7 vol Jap/6 vol fr).

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couv_338211L’ami Xander, blogueur-testeur qui se rapproche dangereusement de l’exhaustivité en matière de publication de manga avait conseillé cette série de la bien nommée collection WTF (What the fuck!) chez Akata, collection sur laquelle j’avais déjà testé Saltiness. Le pitch en mode très décalé m’a plu et n’a pas été déçu par ma lecture. On a donc une entrée en matière très rapide avec une sorte d’ange en forme de pokémon qui jette son dévolu sur une jeune fille semblant correspondre aux critères des Magical Girls… et s’avère être une fille complètement barrée qui fume comme un pompier et adepte des bourre-pif pour résoudre tous les problèmes. Dans ce premier volume on a droit à bien quatre-cinq démons qui se font immédiatement latter sans que l’auteur ne se préoccupe trop de mettre en place un scénario. On nous présente les bribes de background de la fille et on rencontre les autres anges qui expliquent à leur congénère que tous les démons convergent vers la Terre attirés par l’énergie négative de la nouvelle magical girl. C’est plutôt bien dessiné, ça bastonne à mort à coups de « putain de sa race » et de nuages de clopes. L’héroïne est timbrée et tire une tronche super flippante chaque fois qu’elle combat… bref, le contrat est totalement rempli sur ce volume qui se moque allègrement des codes des mangas de jeunes filles jusque dans les vues de petites culottes qui sont ici loin du Ecchi mais plutôt ironiques. A voir si ça tient la route sur sur plusieurs volumes. Personnellement je vais continuer un peu car la bonne déconne il n’y en a pas tant que ça!

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  • Ex-Arm #2 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2016.

Série finie en 14 volumes (10 vol. parus en France)

badge numeriquecouv_286695Le billet sur le premier volume est lisible ici.

Ce volume clôture l’affaire des bombes humaines (en deux tomes donc) et souffre des mêmes problèmes de découpage trop rapide qui oublie totalement les ellipses. Dommage car graphiquement ça dépote toujours autant avec des trames très fines, un dessin vraiment élégant et un super-design. L’intrigue reste minimaliste et les enquêtes se résolvent en deux coups de cuillère à pot. Mais franchement, pour une série très grand public, c’est le grand luxe, on en prend plein les mirettes, les personnages sont sympathiques (bien que très basiques) et l’ambiance techno très bien rendue. C’est formaté à mort mais un peu comme un bon Marvel, quand c’est réussi, pourquoi bouder son plaisir? Moi je continue!

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Travis #14: Europe

BD de Fred Duval et Christophe Quet
Delcourt (2019), Travis tome 14, série en cours, arc 5.

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Cet album entame un cinquième cycle des aventures du camionneur de l’espace, une longévité remarquable même si tous les cycles ne se valent pas. Comme pour les derniers volumes la couverture est réalisée à quatre mains avec Nicolas Siner et est plutôt réussie. A noter que cet album a la particularité de tisser de très nombreux liens avec la série parallèle de Fred Duval, Carmen Mac Callum, ce qui est nouveau et ouvre des pistes originales pour cette série de hard-anticipation.

Lorsque la villa de Dario Fulci, le tout puissant patron de la multi-continentale Transgenic est occupée par un commando d’EGM (humains génétiquement modifiés), c’est le sort des ouvriers de la ceinture d’astéroïdes qui se retrouve sur le devant de la scène. Dans le même temps sur la Lune Travis apprend que la mission scientifique de retour de la lune Europe a été victime d’une mutinerie…

Résultat de recherche d'images pour "travis europe quet""On constate en compulsant les premiers albums que Christophe Quet a perdu en qualité et en minutie sur ses planches, ce qui est surprenant et peut laisser penser à une lassitude après vingt ans passés sur cette série. L’arrivée de Siner en aide sur les couvertures serait-elle un signe de passation prochaine du crayon au dessinateur du très bon Horacio D’alba? Si le design général reste de grand qualité on perd ainsi en précision des arrières-plans et de l’environnement général comme sur les personnages dans un album de lancement d’un arc que l’on peut imaginer long et qui nous emmène des capitales européennes à la Lune en passant par le vaisseau de la mission Europe. Après un arc mexicain très terrestre on va passer un bon moment en apesanteur.

Passée cette relative déception, j’ai retrouvé dans un scénario complexe la richesse du cycle des Cyberneurs avec le retour en grande forme des pourritures préférées de Fred Duval à commencer par le milliardaire Fulci, véritable Machiavel moderne dont le vol des données secrètes va mettre au jour les pratiques probablement illégales de Transgenics dans l’emploi des mineurs clonés. Déjà on retrouve cette alliance de juridique, de technologique et d’éthique qui font le sel de la série. Je disais complexe d’abord par-ce que pour qui n’aurait pas suivi les aventures de Carmen Mac Callum (dont je fais partie, hormis les deux premières aventures il y a fort fort longtemps…) l’arrivée d’humains génériquement modifiés aux bras multiples et aux corps semi-animaux risque de brouiller les repères. Je ne suis pas certain du reste que cette perméabilité entre les deux univers (Travis est habituellement plus terre à terre que son alter-égo irlandais) soit une bonne idée tant on brise ici les barrières du scientifiquement crédible. Laissons à Duval le loisir de développer ses idées scientifiques mais on est sur un fil qui pourrait faire basculer l’intérêt. Comme souvent on est sur le premier tome en déséquilibre entre les personnages de Travis et de Vlad, ce dernier n’intervenant qu’en toute fin d’album où l’on devine une structure binaire avec Travis dans l’espace et son comparse sur Terre pour les aventures qui s’ouvrent.

Chaque arc de la série a ses spécificités et une thématique politique mise en avant (les réseaux, l’aménagement rapace des promoteurs, la gestion de l’eau, le Chiapas et les narco-etats, le droit du travail). L’effort pour coller à l’actualité mondiale récente est constant dans cette série et un grand plaisir tant la Science-fiction se doit d’être toujours rattachée à une part de réalité. Je trouve que ce nouveau cycle commence sur d’excellentes bases, mieux que les précédents, même si cet album manque un peu d’action. J’ai en revanche une petite inquiétude sur les constantes réalistes bousculées en plusieurs endroits et qui risquent de faire perdre la spécificité hard-anticipation à la série pour de la SF plus classique. A moins que maître Fred Duval ne nous prépare quelque coups de théâtres…

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****·Cinéma·Manga·Nouveau !

Visionnage: Alita, Battle angel

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Comme beaucoup j’étais très sceptique à la sortie de cette adaptation du célèbre manga Gunm (l’un des premiers sortis en France par Glénat dans les années 1990, à l’époque d’Akira, Appleseed et autres Dragonball) tant, de mémoire, aucune adaptation live de manga n’a jamais été faite suffisamment sérieusement pour mériter un visionnage. Les noms de Robert Rodriguez et de James Cameron à la production ne suffisaient pas pour justifier une adaptation réussie et le débat sur les yeux surdimensionnésyeux surdimensionnés de l’héroïne à la sortie n’ont pas aidé à donner plus envie que cela.

Résultat de recherche d'images pour "alita battle angel movie concept art"Pour rappel, le manga Gunm (intitulé Alita, Battle Angel aux Etats-Unis) se déroule sur trois séries: Gunm, Last Order et Mars Chronicles. Le film de Rodriguez, en développant assez largement le background (bien plus que le premier manga il me semble) semble vouloir s’orienter vers une saga reprenant l’univers global de la BD et c’est la première bonne nouvelle. Le manga d’origine proposait une version très trash de Rollerball en mode cyberpunk avec des cyborg dans un univers où la limite entre robot et humain est bien faible et où toute morale organique a disparu. L’ambiance glaçante du manga se retrouve étonnamment dans ce film grand public où les deux auteurs (réalisateur et producteur) ont recherché une grande fidélité avec le matériau d’origine en aucunement une transposition dans des codes susceptibles de plaire au public nord-américain.Image associée C’est la second réussite du film. Si l’on reste sur l’intrigue du premier arc avec ce tronc semi-humain reconstruit par le professeur Edo, génie de la robotique et déchu de la cité haute de Zalem, et qui devient la plus redoutable des chasseuse de prime et joueuse de Motorball. La quantité de sujets issus plus ou moins directement du manga est impressionnante pour un film d’action et la gestion du rythme est à ce titre assez impressionnante, en parvenant sans ennui, sans ventre mou, à lier l’ensemble, sans frustration et avec une grosse envie de découvrir plus. La troisième réussite du film est de dépasser visuellement le manga (je n’ai personnellement jamais accroché avec le style du mangaka) avec un univers, certes tout à fait numérique, cohérent, un jeu des acteurs convaincants et une tension dramatique qui n’a pas l’artificialité de beaucoup de films à images de synthèses. Pour un métrage porté par une actrice numérique c’est un sacré succès et une nouvelle preuve que WETA est la meilleure compagne d’effets spéciaux du monde.

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Le box-office a très logiquement abouti à un semi échec directement issu de cette ambition artistique: les américains ont boudé le film, le reste du monde s’est laissé tenter. Les journalistes cinéma envisagent difficilement une suite facilement négociée avec les studios mais plutôt une possibilité selon les envies de James Cameron (qui porte le projet depuis de très nombreuses années) après le pactole que ne manqueront pas de rapporter les suites d’Avatar. On ne peut donc qu’attendre avec frustration tant personne n’attendait rien de ce projet et tant ce film a montré qu’avec de la passion et un respect créatif (contrairement à la citation qu’a été le Ghost in the shell de Rupert Sanders) une adaptation de manga est possible. Sachant qu’un certain Akira est en production…

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Soleil froid

BD du mercredi
BD de Pecau et Damien,
Delcourt (2016-2019), série terminée en 3 vol.

couv_278256couv_308804Couverture de Soleil froid -3- L'armée verte

Dans la série « mais que fait l’éditeur » je voudrais Soleil froid… Avec un titre accrocheur décliné visuellement sur les trois illustrations de couvertures, on réalise à la clôture de cette trilogie qu’il n’y a juste rien à voir! Je ne sais pas ce que les auteurs entendaient comme référence mais si vous pensez avoir une SP post-apo glaciaire ce n’est pas du tout ça. Cela n’enlève rien à la qualité de la série mais il est tout de même étrange que le responsable de la promotion et de la vente de l’album n’ait pas incité les auteurs à plus de précision… Ceci étant j’aime bien les couvertures qui déclinent une thématique proche.

Nous sommes en 2030 et une grippe aviaire a décimé les trois-quart de la population mondiale. Jan, ancien militaire, parcourt la France accompagné de sa « mule », robot porteur doté d’une intelligence artificielle. A mesure des rencontres qu’il fait avec les dernières communautés humaines, il découvre que des scientifiques seraient parvenus à développer un vaccin. Mais Jan n’a pas l’âme d’un messie et ce nouveau monde sauvage pose bien des problèmes quotidiens…

Résultat de recherche d'images pour "soleil froid damien"De Jean-Pierre Pécau j’ai lu l’une de ses premières séries, Nash, dont j’avais beaucoup aimé l’approche anticipation… et l’une de ses dernières, Wonderball, très bonne enquête conspirationniste. Membre de la fine équipe des premiers albums Série B, il se rapproche beaucoup de Fred Duval par l’idée que la SF peut être sérieuse et parler des problèmes actuels. Et c’est ce qui m’a plu, énormément, dans cette série (un peu courte vu le potentiel): l’anticipation crédible posant le cadre dans notre pays, laissant pour une fois les Etats-Unis loin de l’action, et l’omniprésence de technologie directement issue de notre époque avec quelques extrapolations. Ainsi les drones, l’intelligence artificielle un peu con de Marguerite la mule, les systèmes de tirs automatiques ou encore l’ascenseur spatial. Le background tout entier nous ramène au monde que l’on connaît, avec Google, le P4 lyonnais ou les réfugiés et écoterroristes. Ces sujets n’ont en eux-même rien de très originaux pour qui est habitué à la littérature SF, mais peut-être que nous arrivons à une époque charnière ou ces sujets abordés par les écrivains depuis le XIX° siècle rejoignent une réalité dont le miroir de la BD nous saisit. Surtout les auteurs ont la très bonne idée de ne pas placer de fantastique ou de zombies dans leur histoire. Tout est très terre à terre et crédible, avec une focale majeure mise sur les communautés.

Résultat de recherche d'images pour "soleil froid damien"L’autre point d’intérêt est le décors, souvent montagneux, permettant de superbes paysages que Damien aurait sans doute pu explorer de façon plus longue et contemplative avec un peu plus de place. Car il n’y a pas un instant de répit dans cette série qui aurait sans difficulté pu tenir six tomes. Est-ce qu’une faiblesse des ventes a incité l’éditeur à raccourcir? Vu le matériau et le nombre de thèmes, de pistes lancées, il est surprenant qu’un scénariste chevronné comme Pécau n’ait pas visé plus ambitieux. Surtout que la fin pourra en laisser certains sur leur faim. Pour ma part je la trouve cohérente mais tellement vite amenée que l’on a peut-être du mal à décortiquer une conclusion qui est induite par la dernière planche. Or, contrairement au dernier Jazz Maynard, l’auteur est ici en totale contrôle de son récit et de son aboutissement et pouvait simplement dérouler deux ou trois albums de plus pour bien terminer. Un peu frustrant.

Résultat de recherche d'images pour "soleil froid damien"Si l’intrigue est simple (l’itinérance d’un ex-soldat bourru) et construite en aller-retours entre maintenant, avant et après, elle nous tient en haleine tout le long en découvrant à chaque tome de nouveaux personnages qui enrichissent la compréhension du contexte et les décisions du héros. La qualité du récit est de nous surprendre à chaque instant en ne sachant jamais qui va continuer l’odyssée, qui est important, qui va mourir. Le coeur est incarné par Jan et sa mule, sorte de couple improbable d’un bourrin bavard et d’un robot que l’on se prend à aimer. Une sorte de syndrome RD2D où la forme boite anti-anthropomorphique au possible accouche d’une identification à cette chose stoïque qui réponds avec le sérieux d’une machine aux jurons de l’homme de chair. Les dialogues entre les deux zozo sont souvent drôles même si c’est finalement l’humain qui fait les questions-réponses.

L’aspect survie dans un monde hostile est réussi également avec un cadrage très efficace de Damien, qui nous fait ressentir le professionnalisme redoutable du soldat et la puissance de la technologie. Doté de dialogues forts, de personnages intéressants et nombreux et d’un monde cohérent, Soleil froid a bien peu de défauts. Si le dessin n’est pas mauvais et techniquement pro, il reste assez interchangeable avec nombre d’albums Soleil/Delcourt et, hormis sur les décors naturels et les rues désertées, n’aide pas à transformer cette série en gros carton. Soleil froid est au final une excellente surprise que je n’attendais pas et qui avec une économie de moyens parvient à nous faire ressentir l’atmosphère d’une triste époque. Une excellente BD de science-fiction que je conseille à tous les amateurs.

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***·Comics·East & West·Rétro

Empress

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Comic de Mark Millar et Stuart Immonen
Panini (2017), 179 p., One-shot.

couv_303880Le moins que l’on puisse dire c’est que j’attendais de le lire celui-là! Lors de sa sortie beaucoup de battage avait été fait et pour cause, les deux auteurs que je ne connaissais pas sont parmi ce qui se fait de mieux dans le circuit du comic indépendant. L’abominable couverture m’avais fait passer à côté et je ne comprends toujours pas comment un dessinateur aussi talentueux que Stuart Immonen a pu produite un dessin aussi banal et de mauvais goût, surtout quand on connaît la propension des américains à survendre une série sur ses couvertures… Comme a son habitude Pannini propose l’album avec ses sept chapitres et leurs couvertures originales, un texte d’introduction, une bio des auteurs en fin d’album ainsi qu’une galerie des (superbes) couvertures alternatives d’Immonen. L’album est encré par le collaborateur habituel du dessinateur canadien, Wade von Grawbadger, l’un des meilleurs en activité et qui participe grandement à la qualité des planches d’Immonen.

Il y a bien longtemps… l’empire du roi Morax qui a son siège sur la planète Terre domine une grande partie de la galaxie. Tyran sanguinaire, il est marié à une jeune et magnifique femme, Emporia qui, lassée de cette violence et de son absence de liberté, va s’enfuir avec ses enfants et son garde du corps…

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"Allons droit au but, Empress est loin du chef d’oeuvre qu’il aurait pu être et jouit des mêmes qualités et des mêmes défauts que les autres créations du scénariste écossais: un dessinateur majeur, un pitch impérial, un traitement classique autour de la famille, de la trahison, une mise en image monstrueuse et globalement un aspect jamais vu. Millar a du talent, on le sait. Il est feignant, on le sait aussi et déroule des intrigues classiques sur des one-shot fort agréables mais qui ratent toujours le coche de l’album qui fera date. Manque d’ambition, de concentration, je trouve dans Empress les mêmes sentiments que sur le récent Magic Order avec Olivier Coipel: d’abord Waou! puis Ah bon?

La grande réussite de l’album ce sont les personnages, décalés, inattendus et qui se révèlent très progressivement. Il y a un côté fun chez cet auteur qui sait mieux que quiconque ce que l’on a envie de voir en BD. Il se fait plaisir et nous fait plaisir (dans cet ordre ou dans l’autre…). Pas de longues mises en places et de temporisations verbeuses chez Millar, il va droit au but pour placer son contexte et commencer l’action. Là où ça pèche c’est dans le procédé utilisé, facile, trop facile, comme sur Magic Order ou sur Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"La faute au format trop court sans doute (des séries de trois volumes siéraient mieux aux super idées du scénariste), il transbahute sa famille de fuyards de lieux en lieux grâce à un téléporter. Du coup on se rapproche du concept d’un Black Science qui m’avait lassé justement en raison de ce manque de constance dû aux multiples environnements. Millar est gonflé et arrive toujours à nous placer une scène grandiose, inattendue et donc qui fait mouche. Mais à la fin de la lecture on a la désagréable sensation d’avoir été trimbalé passivement dans une histoire qui n’a pas d’intrigue. On ne peut pas dire que la fin soit bâclée, mais à force de placer un gros twist final dans ses albums on finit par ne plus être surpris.

Sur la partie graphique il en est de même. On sent à chaque case poindre le très grand talent du rare Stuart Immonen mais également la facilité et l’économie de moyens. Pour une fois ce n’est pas le dessin du canadien qui rehausse l’album car il reste assez en retrait, notamment du fait d’une colorisation flashy pas vraiment bien pensée. C’est parfois un peu brouillon et si la gamme reste de haut niveau on n’a pas la claque de la collaboration de Millar avec Quitely ou Coipel.

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"L’intro éditoriale présente l’album comme la contribution « Star Wars » de Mark Millar à l’univers des comics. On sent en effet l’envie de grand space Opera. Mais le chois d’axer l’intrigue autour de la famille et le tic du scénariste de tenter de prendre le lecteur à contre-pied empêche l’aventure de prendre une dimension épique qui aurait dû être. On se retrouve alors avec une très bonne course-poursuite qui nous fait visiter des lieux, races alien improbables, des lumières techno entrecoupés par des dialogues parfaitement orchestrés. Mais il manque un petit quelque chose qui fasse étincelle. Les deux signatures peuvent légitimement faire monter les enchères des attentes des lecteurs et en cela ils seront vaguement déçus. Si l’on exclut cela Empress reste une très sympathique aventure spatiale avec son lot de scènes d’action endiablées et d’acrobaties quantiques.

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