East & West·Guide de lecture·Nouveau !

Bloodshot – intégrale

Comic collectif,
Bliss (2018) / Valiant, 904 pages.
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La très grosse intégrale (50€ les 900 pages, on peut dire que c’est rentable!) de Bliss comics comprend les séries Bloodshot, Harbringer wars, Bloodshot & H.A.R.D corps et un épisode d’Archer et Armstrong. L’agencement des séries permet de suivre au mieux l’intrigue croisée entre différentes publications. Personnellement je ne suis pas fan de celle choisie quand on connaît la qualité de ce qu’ont produit des illustrateurs de renom (genre Esad Ribic…), mais bon, c’est une histoire de goûts. Très chouette travail d’éditeur qui fait oublier les quelques coquilles de relecture. A noter que l’album contient le crossover Harbringer wars que j’avais critiqué ici, mais la version de cette intégrale est plus complète. Enfin, pas moins de 70 pages de planches n&b, de couvertures alternatives, croquis etc et comme d’habitude en fin d’ouvrage un guide de lecture ordonné pour progresser dans les publi Valiant. Du tout bon.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot"Cette intégrale est sans doute ce que j’attendais, ce qui me manquait depuis ma première lecture d’un album Valiant. Ce qu’il y a de frustrant dans les comics c’est l’impression d’avoir toujours loupé un épisode tant les fils sont éparpillés en une multitude de publication. C’est le cas chez Valiant donc, mais avec le gros avantage d’un univers plus restreint, d’un nombre de héros moindre et par conséquent d’une possibilité de proposer un fil conducteur. Et bien ce fil conducteur c’est cette intégrale, qui réussit le pari de nous faire rencontrer progressivement, étape par étape les différents protagonistes de l’univers Valiant: le Projet Rising Spirit (une black op américaine qui a mis en place notamment le supersoldat Bloodshot), la fondation Harbringer du psiotique (mutant) Toyo Harada, le H.A.R.D. corp (des soldats modifiés pour recevoir des capacités spéciales et envoyés contrer les mutants de Harbringer). Ne sachant pas jusqu’ici par où commencer mes lectures Valiant, je peux vous l’annoncer: c’est par Bloodshot qu’il faut démarrer.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot"Outre cette démarche pédagogique appréciable, le personnage de Bloodshot est vraiment chouette à suivre. Sorte de mélange de Wolverine (pour le côté bourrin increvable) et XIII (pour l’amnésie et la manipulation de l’armée), on apprend finalement assez vite que sa véritable identité n’est pas le sujet de la série: le projet PRS et le supersoldat Bloodshot sont anciens ; la problématique est finalement plus celle de la part d’humanité restant (on se rapproche de Ghost in the shell) et de la capacité vengeresse de ce monstre envers ceux qui l’ont exploité. On a bien sur le côté fun et assez crado du bonhomme qui se fait démanteler et prends des balles en pleine poire sans jamais mourir. Mais ce sont les motivations et la psychologie relationnelle de Bloodshot qui le rendent original et intéressant à suivre, dans une intrigue somme toutes assez bourrin et simple (une chasse à l’homme et assaut des forteresses des grands antagonistes de Valiant). Le personnage est devenu un électron libre, un tueur au passé sans âme découvrant l’humanité dans un monde où il n’y a ni cause juste ni héros. Du tout puissant Harada au PRS en passant par le H.A.R.D corps (équipe d’humains optimisés grâce à des capacités empruntées aux psiotiques, centrale dans l’intrigue de Bloodshot), tout le monde justifie ses exactions et ses morts et personne n’est sympathique.

Résultat de recherche d'images pour "harbinger wars"L’intrigue suit des sauts temporels (en avant/en arrière) mais retombe toujours sur ses pattes et l’on sent juste un besoin de se plonger dans la foulée dans l’intégrale Harbringer pour combler la seule petite lacune de l’intrigue.

Graphiquement comme d’habitude chez Valiant une ligne cohérente est tenue avec maximum trois styles graphiques et aucun mauvais dessinateur dans le tas. C’est plutôt joli, toujours précis avec quelques planches vraiment fortes visuellement. Les encrages sont très réussis notamment et les (nombreuses) séquences d’action sont très efficaces. Étant donné le sujet, les scènes sanglantes voir gore sont assez fréquentes, âmes sensibles s’abstenir.Présenter un Bloodshot en lambeaux n’est pourtant pas l’objectif des scénaristes qui visent plutôt à développer ses relations tantôt avec des psiotiques (Harbringer wars), tantôt avec des humains (HARD corps).

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot HARD corp"A la fin de la lecture on pourra avoir un petit sentiment d’inachevé (un peu comme pour la série XIII) car peu de révélations sur le passé de Bloodshot sont venues. C’est me semble-t’il plu l’objet de la suite Bloodshot Reborn et Bloodshot Salvation, dessinée par l’excellent illustrateur de X-O Manowar , que Bliss vient de sortir.

Si vous voulez tous les détails de l’univers Valiant je vous invite à aller jeter un œil à l’antre des psiotiques, blog dédié à ces comics.

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Comics·Nouveau !·Numérique·Service Presse

War Mother

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 Comic de Fred Van Lente, Stephen Segovia et Tomas Giorello
Bliss (2018) /Valiant (2017), 144 p.

couv_warmother_rvb-1-600x922War Mother s’annonçait puissant, avec notamment de superbes couvertures de David Mack et un Tomas Giorello au dessin très texturé qui était pour beaucoup dans la qualité du nouveau X-O Manowar. Après avoir bouclé la lecture je dois dire que je suis assez déçu, du manque d’ambition et de contexte d’une histoire qui se présente finalement essentiellement comme une succession de scènes d’action avec une fâcheuse tendance à être redondant avec X-O: même action non-stop qui prend le dessus sur l’histoire et le « drama », même, relation compliquée entre le porteur et l’arme (ici Warmother et le fusil intelligent, là-bas entre Aric et l’armure)…

C’est dommage car, outre les dessins, nombre de concepts sont vraiment intéressants dans cette vision très écolo du Post-apo (inscrit dans la chronologie du comic Rai, qu’il est probablement préférable de lire avant pour apprécier Warmother) où la Terre a repris ses droits en faisant évoluer la vie dotée d’une forme d’intelligence et de technologie géno-organique en opposition au monde techno de l’orbite. Dans ce monde Gaïa se protège de toute manifestation technologique, cette dernière étant capable via des matériaux synthétiques extrêmement évolués, de reproduire à peu près n’importe quoi. Ce premier thème de l’opposition entre nature et technique, en sorte de miroir, est un thème classique mais toujours passionnant pour voir comment se comportent les humains (et qui est humain?) dans cet environnement clivé.

Ensuite le personnage de Warmother, sorte de guerrier ultime badass et à peu près invincible (comme Aric…) notamment grâce au fusil intelligent qui lui est attribué en début d’album sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Malgré un niveau graphique globalement bon (sans être exceptionnel), certains choix de design laissent perplexes, comme ces coiffures iroquois généralisées ou les androïdes en mode « XVIII° siècle un peu WTF…).

Surtout, l’intrigue est sommes toutes très maigre. Bien que la pagination soit relativement réduite, la centaine de pages devrait permettre de complexifier un peu l’intrigue de ce qui est présenté comme un one-shot. On ne sait pas vraiment comment ça commence ni où ça finit et cette quête d’un nouveau Nid paraît finalement assez dérisoire puisque l’on sait assez rapidement ce qu’il va advenir. L’auteur peine à poser des scènes dramatiques et différentes séquences individuellement intéressantes (la relation des deux gamins, celle de warmother avec son chéri,…) se trouvent assez dissociées pour empêcher une montée dramatique. Surtout, le personnage principal (on en revient toujours là!), étant invincible, nous laisse dubitatif devant le danger.

Cet album nous laisse finalement l’impression d’avoir raté un épisode (d’où le conseil de lire Rai au préalable… album que je n’ai malheureusement pas encore lu) et de voir un amoncellement de bonnes idées graphiques ou thématiques juxtaposées sans objectif clair de la part du scénariste. Tout ceci nous laisse extérieur à un album pas mauvais au demeurant mais qui se lira vite et sera vite oublié. Dommage.

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BD·Edition·Nouveau !

Festival des gazettes: Le Château des étoiles/La Gazette du Château/Le Sang des cerises

J’avais fait une déclaration d’amour au format gazette (même si je trouve les éditeurs gonflés de pratiquer un tel prix pour un tirage véry économique…) et à l’occasion de l’arrivée d’une nouvelle série sous ce format je vais faire un triplé…

  • Le château des étoiles #10: Les prisonniers de Mars.
Saison 2, les chevaliers de mars, épisode 4/6 (mai 2018)

Après une saison des chevaliers de l’Ether (2 volumes reliés, 6 gazettes), Seraphin et ses amis ont embarqué malgré eux pour un extraordinaire voyage vers Mars à la recherche du père du héros, enlevé par les hommes de Bismarck.

Alternant intelligemment les séquences (politiques) sur Terre, auprès des héros et d’autres concentrés sur le corps expéditionnaire germanique sur la planète rouge, cet épisode soulève de nombreux mystères, en découvrant certaines propriétés physiques de la planète et de ses possibles habitants: êtres intelligents? Leviathans? Les brumes de Mars cachent beaucoup de secrets et de dangers très sérieux. Comment les enfants pourront-ils gérer l’arrivée sur la planète avec le Chambellan à bord?…

Les textes additionnels qui font tout le charme et l’intérêt de ces éditions gazettes dévoilent sans détours ce qui constituera la troisième saison: la France est la première nation à avoir mis ne pied sur Vénus !… Année après année ce Château des étoiles renoue avec ce qui a inventé les histoires d’aventure: les feuilletons de Dumas et Jules Verne au XIX° siècle et les magazines fantastiques. Alors que Glénat célèbre Conan et que Ankama publie depuis quelques temps des adaptations de Stephan Wul, je trouve formidable que les éditeurs retrouvent ainsi l’esprit libre et imaginatif de l’aventure qui ne se prend pas au sérieux et vaguement kitsch. En plus la BD d’Alex Alice a le grand mérite de plaire de 7 à 177 ans…

  • La gazette du château #1 (juin-aout 2018):

Résultat de recherche d'images pour "gazette chateau dorison"Très bonne découverte que ce nouveau scénario de Dorison avec un petit nouveau extrêmement talentueux aux dessins. Je m’attendais à une transposition de la Ferme des animaux adaptée aux enfants… et je me retrouve avec un pamphlet très violent et sans détours sur l’exploitation et le totalitarisme que n’aurait pas renié un Lupano… Les dessins, donc sont assez impressionnants même si dans le registre animalier beaucoup de dessinateurs savent rendre des planches très sympa. Je vous laisse aller faire un tour sur le blog de l’illustrateur pour voir de quoi il est capable… On a donc un château occupé par des animaux abandonnés par les hommes et où un Taureau assisté d’une bande chiens féroces à instauré une dictature sanglante où le culte du chef est érigé en obligation et où toute rébellion est punie d’une mort atroce. Pas de mise en place ici, on entre dès la première séquence dans le vif du sujet avec une vieille oie révoltée qui tente de faire se réveiller une chatte blanche qui encaisse les coups pour subvenir aux besoins de ses chatons.

Les deux pages de rédactionnel alternent horoscope, météo et tractes dignes des meilleures plumes de Staline ou d’Hitler, de quoi vous mettre dans l’ambiance. Sinon, je préviens, c’est sanglant, du coup si vous voulez le lire avec vos pitchou je conseille pas avant 10 ans.

  • Le sang des cerises (journal) #2/4:
Série Les passagers du vent T.8 (Livre 1 « Rue de l’abreuvoir).

La césure entre le premier et le second épisode n’est pas idéale puisque l’on reprend la fin de la séquence de retrouvailles entre Clara/Zabo et Klervi (qui reforment le duo féminin blonde/brune présent dans toutes les séries de Bourgeon hormis Les compagnons du Crépuscule)… Pendant la découverte de l’histoire de la bretonne (en français cette fois-ci…) l’auteur se fait plaisir en illustrant en plans large un quartier et un pâté de maisons de Montmartre, justifiant le long entretien passionné sur la maquette qu’il a réalisé pour la création de l’album. L’épisode est posé, espacé avec de nouveaux sauts chronologiques et articulant narration de la vieille Klervi et dialogue enjoué entre les deux filles au XIX° siècle. Clara est l’un des personnages les plus forts de Bourgeon (ne serait-ce que par son expressivité incroyable) et l’on sent son envie de la dessiner et de la faire parler. Les deux filles retrouveront ensuite le personnage au visage de Gabriel Byrne lors de l’Exposition Universelle.

Avec, donc une explication de la méthode de travail de Bourgeon qui a toujours travaillé sur maquettes (ce qui explique aussi sa productivité lente) et des rappels historiques sur l’Exposition  de 1889 et le contexte politique, ce second épisode nous fait vraiment rentrer dans une très belle BD aux dessins plus beaux que jamais chez le dessinateur breton. Je sens une série qui fera date…

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Cinéma

Visionnage: Ghost in the shell (2017)

Film de Rupert Sanders
(2017), 1h47
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En 1989 le mangaka Masamune Shirow publie Ghost in the Shell (suivi de deux albums quelques temps plus tard), ouvrage qui va révolutionner les concepts cyberpunk et déboucher sur ce que certains considèrent un dépassement absolu du manga: l’adaptation en film d’animation par Mamoru Oshii ( qui a notamment traumatisé les Wachowski et leur a directement inspiré Matrix…). Après de très longues années (l’adaptation live remonte à l’achat des droits pas Spielberg en 2008) et plusieurs actrices et réalisateurs, le film hollywoodien voit enfin le jour, accompagné d’une bande-annonce qui fascine les journaux mais fait craindre un copier-coller de la version de Oshii

Je n’ai vu que les deux films d’Oshii et lu le manga (GITS compte deux séries animées et d’autres films d’animation ayant développé l’univers avec l’implication plus ou moins directe de Shirow) et craignais l’adaptation comme toutes les adaptations de Manga, rarement réussies et chaque fois américanisées. Le premier mérite que l’on peut rendre à Rupert Sander et à son film c’est son respect de l’univers d’origine et notamment la localisation asiatique. C’était loin d’être évident et dans un monde cyberpunk où un visage ne signifie rien la présence d’acteurs américains ne pose pas problème outre mesure. Mais le premier défaut du film est… son respect de l’univers d’origine et surtout du film d’Oshii. Très clairement, ce que laissait envisager la bande-annonce se produit: la version 2017 est une adaptation très fidèle du film d’animation et non du manga. Ce respect va jusqu’à la reprise de la musique de Kenji Kawaï (notamment sur la séquence d’introduction et le générique de fin) et de séquences entières. C’est troublant car on ne saisit pas trop l’intérêt hormis de représenter un sas pour le grand public américain qui n’a jamais vu un film d’animation japonais…

Résultat de recherche d'images pour "ghost in the shell 2017"Le film a certaines vertus, comme d’expliquer certains certains éléments du manga (les yeux de Batou) et du film d’animation. Mais globalement c’est un étrange objet qui ne vise qu’à rendre hommage, sans apporter grand chose de neuf, sans vision d’auteur. Peut-être est-ce le problème des remake hollywoodiens, quand un Ridley Scott parvient à se réadapter lui-même, la plupart des remake ne sont vus que comme des machines à cash remettant à neuf des films SF un peu défraîchis à cause des effets spéciaux ou pour profiter de l’aura de jeunes acteurs bankables.

Résultat de recherche d'images pour "ghost in the shell 2017"Du reste, pris seul, ce n’est pas un mauvais film, le travail esthétique, tant sonore que de design général est intéressant même si les séquences en images de synthèse sont étonnamment laides pour un film si récent (et pour Weta, société fondée par Peter Jackson pour le Seigneur des Anneaux et qui a remplacé ILM comme référence). Cela pose surtout problème quand on adapte un film d’animation particulièrement réussi esthétiquement et que l’on va jusqu’à en reprendre des plans entiers. Du coup, lorsque l’image capte des décors et des acteurs réels c’est intéressant, dès que l’on bascule dans l’image numérique on perd toute originalité pour dégrader des images déjà vues chez Mamoru Oshii en mieux. De même, énormément de l’ambiance graphique est une redite plus colorée  de Blade Runner. On peut difficilement reprocher au réalisateur de si bonnes références, mais encore une fois, citer Ghost in the shell et Blade Runner fait-il un film? Même Blade Runner 2049 (situé dans le même univers donc) était parvenu à dépasser sa source à la fois thématiquement et graphiquement. Mais tout le monde n’est pas un auteur…

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La dernière partie du film assume une certaine divergence avec le métrage original et le manga en simplifiant une trame particulièrement philosophique au départ par l’évacuation de la question de l’Intelligence Artificielle (pour rappel le manga tourne autour de la chasse d’une IA ayant acquis son autonomie et débouche sur la question de ce qu’est le plus humain entre une nouvelle forme de vie numérique ou un cyborg). Cela permet de faciliter la compréhension et d’élargir le public, mais y gagne t’on sur le plan filmique et artistique? Pas sur.

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Une petite vidéo illustrant les reprises littérales…

 

BD·Nouveau !·Service Presse

Red Sun

BD de Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2018), 54 p., volume 1/2.

couv_327358La superbe couverture nous mets sous de bons auspices pour la lecture du premier album d’un nouvel éditeur à qui on pardonnera les quelques coquilles de textes. La maquette est simple, rien d’exceptionnel mais rien à reprocher non plus. L’album est annoncé en deux parties (j’aime ça) et les auteurs expliquent en fin d’album les découvertes des systèmes d’exo-planètes, réalité scientifique qui leur a donné l’idée de ce projet. C’est original et intéressant. Enfin, un making of des étapes conception d’une page par l’illustratrice clôture le volume, ainsi qu’un aperçu d’une page du prochain tome. On sent l’effort éditorial pour développer l’après-lecture et c’est très bien.

En 2627 l’humanité a été asservie par un bloqueur génétique qui interdit toute violence, et donc toute révolte. Dans le système « Red Sun one » Cass et Bord’ sont frères et sœurs, mineurs travaillent dans des champs d’astéroïdes. Couvé par sa frangine, Bord’ ne rêve que de rejoindre la rébellion qui s’est émancipée du bloqueur génétique et combat pour la liberté des humains contre un mystérieux adversaire…

Dans la série « une couverture c’est (très) important », Red Sun se pose là! Reprenant les codes de l’affiche de cinéma, avec des personnages forts et ses teintes chaudes solaires, l’album a l’une des plus belles couvertures de l’année. Tant mieux pour l’éditeur tant il est difficile de faire son trou. Là où ça devient intéressant c’est que la couverture est réalisée par l’illustratrice de l’album (assistée d’Antonio Di Luca mais l’on n’est pas dans la démarche commerciale utilisée par beaucoup d’éditeurs sur le modèle des comics US et que je trouve détestable)… et surtout qu’elle n’est pas trompeuse puisque les dessins intérieurs sont largement du niveau de la peinture de cette couverture. Comme on dit, « on ouvre un album pour ses dessins, on l’aime pour son scénario »…

J’ai pris grand plaisir à la lecture de cette histoire SF qui sait instiller un mystère tenace tout au long du volume en induisant subtilement des informations sur les antagonismes. Les deux frangins sont attachants et crédibles par leurs options de vie opposés et les personnages secondaires (très peu développés, un peu dommage) appuient ce duo. L’intrigue progresse sans longueurs, essentiellement autour de ce frère que Cass va tout faire pour protéger et c’est justement au moment où l’on sent que l’on a besoin d’un événement pour progresser dans l’intrigue que survient la révélation finale. La tension est donc tout le long sur le fil et le côté tardif de l’accélération renforce l’envie de lire la suite. Gros cliffhanger, joli coup scénaristique, c’est très efficace.

Niveau graphique, pour un premier album c’est déjà très fort. Le making-of explique la technique essentiellement numérique d’Alessandra de Bernardis dont la maîtrise anatomique (les postures des personnages dans toutes les situations sont sans faute) et la caractérisation des visages est vraiment intéressante. Le côté très numérique des couleurs et des textures peut paraître un peu lisse mais cela apporte aussi une ambiance typique de la SF spatiale. Peut-être un peu trop d’effets de lumières mais franchement, beaucoup de dessinateurs chevronnés ne s’en tirent pas mieux. Pour peu qu’elle progresse en publiant, on tient là l’une des illustratrices à suivre de ces prochaines années et qui pourra sans doute dessiner dans tous les styles tant sa technique paraît solide.

Je suis vraiment content pour les auteurs et l’éditeur de parvenir à publier un premier album si costaud et qui pourra sans difficulté lancer une carrière à suivre.

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BD·Nouveau !

Warship Jolly Roger #4

BD de Sylvain Runberg et Miki Montllo
Dargaud (2018), série finie en 4 tomes.

couv_325028Warship Jolly Roger fait partie de ces belles découvertes de librairie, dont vous n’aviez pas entendu parler mais dont quelque chose vous a fait comprendre qu’il s’agit d’une série majeure à venir. Scénariste du réputé Orbital (que je n’ai pas lu), Runberg emmène son comparse l’espagnol Montllo dans une odyssée SF d’un héros de guerre parti se venger du président corrompu de la confédération humaine qui en seulement quatre tomes s’impose comme l’une des séries Space-opéra majeure de la BD.

Le dernier acte approche. Réunis à bord du vaisseau de guerre Jolly Roger, les comparses de Munro ainsi que le couple de roboticiens enlevés précédemment préparent l’assaut final sur le président Vexon qui doit se marier avec une star de cinéma en pleine campagne présidentielle qui l’oppose à son ancien aide de camp…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger 4"La trame principale de Warship Jolly Roger (WJR) est simple: une histoire de vengeance, d’un militaire discipliné contre un politicien pourri prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Dès le premier tome il emmène avec lui un équipage d’anti-héros absolus: un psychopathe, la fille de la cheffe de la résistance militaire à la confédération, un adolescent mutique semblant communiquer avec les machines… On a vu cela mille fois. Mais ce qui fait (sur le plan du scénario) la grande force de WJR c’est le traitement, l’itinéraire surprenant que prennent les personnages mais aussi cette trame. Par une infinités de décrochements par rapport à ce qu’on pourrait attendre, Runberg maintient notre intérêt au sein d’une atmosphère calée sur la psychologie de ce formidable héros qu’est Munroe: décidé, sombre, revanchard, l’on sait dès les premières planches que cette victime des plus terribles machinations, rouage abandonné à la cause du grand méchant, ne capitulera pas, quel que soit le prix. La cohérence des personnages est leur force et leur donne de l’épaisseur et aucun des trois acolytes n’est un faire-valoir. Le scénario évite ainsi subtilement tout cliché alors que l’enrobage y tendrait. Comme souvent ce sont donc bien les personnages et leur « vraie vie » (aucun ne glisse sur l’histoire sans heurts) qui constituent la force de cette histoire: un méchant abominable qui semble contre toute attente se laisser griser à l’amour malgré les abominations qu’il a commises, un anti-héros que le scénariste n’a pas fini d’assassiner psychologiquement, une jeune fille subissant les affres physiques de la guerre et décidée à combattre sa mère qui l’a remplacée pour une cause politique, un mutant autour duquel l’intrigue tourne étrangement, comme hésitant à en faire le véritable héros,… La galerie est réussie par-ce qu’ils vont jusqu’au bout de leurs décisions et que les auteurs aiment à leur donner du corps. Les soubresauts que vivent chacun des personnages rompt l’inéluctabilité de l’intrigue principale en nous faisant craindre réellement que le méchant puisse gagner à la fin…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Mine de rien les thématiques de WJR sont nombreuses: avant tout la politique et sa corruption, mais aussi la colonisation, le rôle de l’armée entre garante de l’ordre et la responsabilité en cas de morts, les manipulations scientifiques, la pollution des planètes, la rébellion (thème déjà vue dans Shangri-la avec une même optique), le rôle des médias,… Les thèmes sont familiers aux lecteurs de SF et répartis de façon très équilibrée dans les quatre albums dont les scènes d’action ne sont pas forcément les moments les plus réussis (hormis les batailles spatiales), au contraire des dialogues percutants. La découverte de ce régime pourri et le côté vicieux avec lequel le scénariste malmène ses héros sont passionnants et donnent envie de s’y immerger.

Le graphisme de Montllo produit exactement le même effet: avec une technique issue de l’animation, avec des textures très plates, le dessin pourrait passer pour simpliste, mais par sa maîtrise du mouvement, des visages (très travaillés, notamment dans leurs expressions), Montllo fait de WJR une série graphiquement très réussie et qui peut faire penser à Gung Ho. Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Petit bémol sur ce dernier album où l’auteur commence à utiliser une habitude des illustrateurs numériques: l’insertion d’images internet retouchées… dont la finesse laisse à désirer, ce qui est dommage. Mais ce sont des éléments mineurs dans ces planches aux cases larges, aux couleurs appuyées mais très réussies, toujours en clair-obscure (l’essentiel des scènes se passent dans l’espace, de nuit ou en intérieur). Si les décors et vaisseaux ont un effet « cartoon 2D », les gros plans de visages, les plans latéraux et même les anatomies (malgré le style simplifié) montrent la grande maîtrise technique de Miki Montllo, qui présente régulièrement sur les réseaux sociaux des vidéos de work in progres de ses planches.

Alors laissez-vous entraîner dans l’équipage de Jon T Munro et apprécier ces moments comme dans toute bonne série télé où l’intrigue devient secondaire face à l’atmosphère et la proximité que l’on acquiert envers des personnages attachants et un méchant à qui on a très très envie de botter les fesses. La fin de Warship Jolly Roger, très réussie, permet en outre d’envisager une suite, que je suivrais très volontiers!

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

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X-O Manowar #1: De soldat à général

esat-westComic de Matt Kindt, Thomas Giorello et Doug Braithwaite
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 1 (épisodes 1-6), 232 p.

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De soldat à général est une suite/reboot de la saga X-O Manowar de Valiant. A mesure que je découvre les comics Bliss je suis impressionné par la qualité du travail éditorial (hormis l’horrible bandeau jaune de la couverture reprise de l’édition US… qui aurait mérité une infidélité au matériau d’origine, d’autant que l’illustration en elle-même est magnifique!).

Ayant découvert l‘ancienne série je peux comparer et constater le saut du niveau graphique avec cette nouvelle série, avec une subdivision néanmoins: les trois premier épisodes (Soldat) dessinés par Tomas Giorello sont très impressionnants avec notamment une colorisation vraiment agréable. J’aime beaucoup le trait à l’effet crayonné de l’illustrateur argentin (tous les bons dessinateurs de comics seraient-ils non américains?…). Sur la seconde partie (Général) Doug Braithwaite (pourtant assez bon sur les autres séries Valiant) fait un travail un peu rapide qui baisse le niveau graphique de l’album. Néanmoins on reste plutôt dans le très bon au regard de la moyenne des productions US et je dirais que les exigences graphiques de Valiant sont assez élevées (du fait d’une petite équipe d’illustrateurs habitués sans doute), avec notamment – mais ça c’est plus coutumier de l’industrie du comics – des couvertures vraiment attirantes.

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En outre j’ai beaucoup aimé le design général de cette planète en guerre, à la fois tribal et technologique et qui aurait mérité d’être développé (mais j’y reviens sur la partie scénario). Au regard des extra-terrestres insectoïdes de l’ancienne série on a un sacré saut esthétique et c’est tant mieux. L’ambiance générale me rappelle un peu l’univers de Seven to eternity.

Le problème de X-O Manwar est le « syndrome Superman »: l’armure Shanhara dote Aric de pouvoirs a peu près infinis, ce qui rend compliqué d’installer une intrigue dramatique et de nous faire nous intéresser au personnage qui ne craint aucun antagonisme… Le début de l’album est pourtant sur ce point très réussi: avec un corps ravagé, un visage sombre et un refus d’utiliser l’armure, le personnage nous accroche! Impliqué malgré lui dans une guerre étrangère il utilise sa rage et ses capacités pour faire remporter une victoire impossible à son camp. Au-delà des scènes de bataille épiques qui occupent l’essentiel de l’album (un peu trop à mon goût), plusieurs séquences de dialogue entre Aric (le porteur) et l’armure, sorte de Stormbringer, posent la question de savoir si c’est Aric, redoutable combattant, qui va malgré lui dans des combats interminables ou si c’est l’armure qui lui amène la mort…

Résultat de recherche d'images pour L’intrigue très linéaire et progressive relate l’ascension d’un homme du statut de chair a canon à empereur, à la (quasi) seule force de sa hargne. Le premier volume raconte son itinéraire jusqu’au statut de général et sa mise au jour de la dualité perverse de tous les peuples guerriers de cette planète. Pourquoi combat-il? Pour l’armure comme le prédit sa compagne? Comme une fin en soi? Il y a une ambiguïté scénaristique en voulant nous montrer un guerrier qui se dispense de la force ultime de l’armure… alors que sans elle on comprend qu’il ne survivrait pas a cette guerre impitoyable. Le prochain volume a paraître en fin d’année racontera comment il remplacera l’empereur de ce monde.

Résultat de recherche d'images pour "x-o manowar 2017"Partant sur un très bon rythme et niveau graphique, ce volume est un peu décevant. C’est un bon moment de lecture mais qui manque un peu d’originalité et n’atteint pas la richesse de The Valiant. Je lirais la suite de X-O Manowar mais j’attends de lire d’autres saga Valiant pour voir ce que cet éditeur a dans le ventre.

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Un autre avis chez Xapur.

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