***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Rick et Morty tome 10

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Dixième tome de la série inspirée du show du même nom crée par Dan Harmon et Justin Roiland. Tini Howard et Kyle Starks au scénario, Marc Ellerby au dessin, parution le 17 mars 2021 aux éditions HiComics

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

This is a Rick’s world

En apparence, le scientifique Rick Sanchez a tout d’un savant fou. Alcoolique, irresponsable, il vit aux crochets de sa fille Beth et méprise copieusement son gendre Jerry. Rick repousse même les limites de l’inconséquence puisqu’il embarque, depuis 4 saisons maintenant, son petit-fils Morty dans des aventures spatiales et dimensionnelles toutes plus dangereuses les unes que les autres. 

Toutefois, Rick n’est pas qu’un ivrogne sans vergogne. On pourrait même dire que tout ceci n’est qu’une façade, visant à cacher les blessures profondes d’un homme esseulé, que son génie isole encore davantage du reste du monde. Le show nous montre ainsi, entre deux blagues potaches et deux situations abracadabrantes, les tourments internes de cet homme brillant, qui est si lucide sur la vacuité de la vie et de l’univers qu’il se réfugie dans l’alcool et la contrebande inter dimensionnelle. 

A n’en pas douter, donc, Rick & Morty redéfinit et redynamise la série animée, en allant plus loin encore qu’une série comme Futurama. 

En parallèle de cet indéniable succès, le comic Rick & Morty tente de prolonger le plaisir en couchant les aventures du duo générationnel sur papier. 

Un Rick-anement Morty-fère

Ce dixième tome nous fait découvrir un énième délire de Rick, qui, pour souffler et catharsiser  ses émotions négatives, a construit un parc parcouru par des androïdes, sur lesquels il peut se défouler, à la manière d’un certain parc à thème mettant en scène des cyborgs dans l’Ouest Sauvage… 

Le comic book marche donc sur les traces de son ainé télévisuel en reprenant un concept SF déjà usité et en y ajoutant une bonne dose d’impertinence, voire de cynisme. La philosophie nihiliste de Harmon et Roiland semble avoir contaminé les scénaristes du comic book, qui reprennent donc allègrement les parangons de pop culture (ici, la série Wesworld, vous l’aurez compris) pour les tordre, les détourner de façon drôlement cruelle, ou cruellement drôle. 

Mention particulière pour l’épisode spécial, qui en l’espèce reprend verbatim le concept d’un épisode de la série, dans lequel Morty redécouvre les souvenirs traumatisants que Rick lui a retirés à sa demande. Comme dans l’animé, c’est l’occasion de rire face aux mésaventures tantôt humiliantes, tantôt horrifiantes du jeune paltoquet, qui est toujours condamné à revivre de façon récursive les mêmes traumas. 

Entre détournement des poncifs SF et cruauté froide d’un univers indifférent, les amateurs de la série animée sauront savourer ce tome 10 en attendant la prochaine saison du show !

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Poussière #3

La BD!

Troisième tome de 86 pages d’une série écrite et dessinée par Geoffroy Monde. Parution le 27/01/2021 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Attack of the Fifty-Foot Whatever

Mettez-y une femme revancharde, des titans anthropophages, des kaijus ou des cyclopes, dès qu’il s’agit de gigantisme, mon œil de lecteur est immédiatement attiré. 

Poussière nous raconte l’histoire d’une jeune guerrière éponyme, qui affronte depuis quelques années d’énigmatiques cyclopes, qui ravagent inlassablement sa planète, Alta, dont l’écosystème est régi par ce que l’on nomme l’Essence. Jusqu’ici pacifiques, les cyclopes sont devenus comme fous et se sont mis à piétiner tout ce qui se trouvait sur leur passage, provoquant une hécatombe et une série de cataclysmes écologiques dont Obel, le royaume dominant sur Alta, peine à se remettre. 

Pourtant, il est possible pour les guerriers d’Obel de lutter contre ces créatures, au prix de lourds sacrifices, qui paraissent vains tant la marche des géants est inexorable. En effet, les cyclopes font partie intégrante de l’écosystème et sont renvoyés à l’Essence après chaque défaite, pour mieux revenir ensuite, plus forts que jamais. 

D’après les rumeurs, cette lutte perpétuelle a commencé lorsque est apparu un certain Homme Noir dans les rues de la capitale d’Alta. Silhouette indéchiffrable, l’Homme Noir est apparu plusieurs fois de façon apparemment aléatoire, entraînant dans son sillage les terrifiants cyclopes. C’est donc à lui que l’on impute la catastrophe, sans savoir d’où vient cet homme ni pourquoi il agit ainsi. 

Entre deux attaques de cyclopes, Poussière veille sur son frère Pan et sa sœur Ayame, qui disposent de capacité les mettant en lien direct avec l’Essence. Et si tous ces événements étaient liés ? Quels secrets dissimule le gouvernement d’Obel à ses sujets terrifiés ? 

Gaïa’s Revenge

Les deux premiers tomes, sortis respectivement en 2018 et 2019, livrent les premières clefs du mystère grâce à quelques révélations choc: Suite à un accident de laboratoire, Alta a subi un échange de matière avec une planète nommée la Terre, qui est une jumelle d’Alta située dans une autre dimension. Ces transferts ont perturbé l’Essence, si bien que les conséquences des outrages des humains envers la nature ne se répercutent plus sur Terre mais bel et bien sur Alta. L’Homme Noir n’est lui aussi qu’un accident, un dommage collatéral qui a obtenu la faculté de passer furtivement d’un monde à l’autre. 

A l’issue du tome 2, des enfants d’Alta, incluant Ayame, capables de contrôler les cyclopes, furent envoyés sur Terre pour mener une expédition punitive et détruire l’Humanité, tandis que Poussière se retrouvait elle aussi piégée sur Terre. 

Nous voici donc à la conclusion de l’odyssée dimensionnelle de Geoffroy Monde, qui avait apporté un point de vue innovant et atypique pour une série  de SF. Les thématiques abordées, à savoir la revanche de la nature et le voyages dimensionnels, ne sont pas inédites mais traitées avec révérence et habileté, grâce à une alternance des points de vue entre Terre et Alta. Le discours écologique est donc tout à fait de mise, l’auteur s’amusant ici à la mettre en abîme puisque l’Humanité est ici jugée par sa jumelle Altienne qui subit injustement les conséquences de nos actions. 

Poussière tome 3 - BDfugue.com

Il convient également d’imputer à l’auteur un travail sérieux sur la construction de son monde fictif, exercice périlleux s’il en est qui est ici réussit haut-la-main. Les concepts philosophiques et religieux qui sous-tendent le monde d’Alta sont riches mais aussi complexes, ce qui pourrait perdre en route le lecteur tant il est parfois nécessaire de raccrocher les wagons avec les tomes précédents. 

Pour sa conclusion, on peut dire que Geoffroy Monde ouvre les vannes et va au bout de sa thématique, même si cela peut paraître abrupt. 

Poussière est donc une trilogie SF qui vaut le détour, tant sur le plan graphique que scénaristique, ce grâce à des influences évidentes mais qui n’en sont pas moins maîtrisées. 

****·Manga·Nouveau !·Service Presse

Adam l’ultime robot #1-3

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Manga de Ruyko Azuma
Pika (2020-2021), 212 p./volume, série finie en 4 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

Tetsuwan Adam (en référence au Tetsuwan Atom, le culte Astroboy de Tezuka) est a priori le premier manga de Ryuko Azuma, commencé en 2016 au Japon et conclu en quatre tomes. Entre chaque chapitre l’auteur se lace dans de passionnantes discussions de vulgarisation sur des sujets scientifiques aussi variés que le rôle de l’alcool pour les humains, la disparition des Dinosaures ou la Fusion nucléaire, tout en lien avec le manga. Une référence d’ouvrage sur le sujet est ensuite proposée avec un court strip d’humour décalé utilisant les personnages. Sous les superbes illustrations de la jaquette nous trouvons un personnages en tête dessiné tout le long de la couverture. Edition très élégante et complète.

2045. Depuis quelques mois l’espère humaine a découvert une existence extra-terrestre par des attaques d’entités appelées Psyché, des créatures semi-humanoïdes envoyées comme super-bombes pour exploser à la surface de la Terre. Le dernier espoir de notre planète réside dans le programme Adam, un robot doté d’une IA émotionnelle et seul capable jusqu’ici de résister à ces attaques. Mais bien entre les manigances de l’armée américaine pour récupérer la direction du programme et d’étranges liens qui semblent exister entre le concepteur d’Adam et les Psyché, les assauts de ces dernières se rapprocher à chaque attaque d’un succès synonyme d’extinction pour la race humaine…

ない暇つぶし: 鉄腕アダム#23感想La vulgarisation scientifique semble en vogue dans les manga depuis quelques temps, avec notamment les deus séries phares de Boichi, Dr. Stone et Origin (également chez Pika). Si ce dernier faisait des efforts, notamment sur les premiers tomes, pour rendre accessibles les concepts parfois très techniques de SF, le Shonen pétrificateur reste le mètre-étalon de la vulgarisation en s’amusant! Eh bien les aventures de Senku ont aujourd’hui leur pendant Seine, avec Adam l’Ultime Robot! Se rangeant humblement dans les pas de ses aînés (on nous explique rapidement la référence au chef d’œuvre d’Osamu Tezuka avant de citer Dr. Stone), l’auteur ne cherche pas à révolutionner un genre déjà couru mais à aborder des sujets scientifiques en apportant sa propre réflexion. Ainsi les pages de journal dialogué abordant un des thèmes traité dans le chapitre précédent sont à la fois très agréables à lire et passionnantes. Les personnages de la série, des scientifiques très pointus, sortent ainsi de l’intrigue pour développer le background effleuré dans les pages assez épurées à la fois graphiquement et textuellement. Du coup ces séquences, si elles hachent un peu la lecture, deviennent indispensable pour densifier un manga qui aurait été un peu léger sans elles.

La surprise viens des dessins. Plutôt élégants, en évoquant à la fois le Bertrand Gatignol des Ogres-dieux et le Gou Tanabe des adaptations de Lovecraft, je les attendais plus impressionnant… Les pages sont plutôt froides sous un blanc cru avec des trames très légères. Si le design technique est franchement réussi j’ai eu un peu de mal avec celui des aliens issus de l’influence organique des monstres de manga. Les séquences d’affrontement spatiales, un peu répétitives faute d’explication (et pour cause, ce thriller sf distille très progressivement les graines de son intrigue…), jouent sur un montage brutal, affichant soudainement chaque nouvelle variante de Psyché en quasi-pleine page pour alterner avec le ballet propulsé d’Adam. Avec peu de textes, ces séquences sont à la fois impressionnantes par ce superbe contraste entre le noir spatial et la blancheur des dessins et parfois peu lisibles du fait d’une anatomie métamorphe des créatures et d’une mise en planches très graphique. Chacun trouvera cela à son goût ou pas mais disons que l’action n’est pas la force première de ce manga.Les Trésors du Nain: Tetsuwan Adam, tome 1 | Gaak

Comme je le disais, assumant ses références avec discrétion, Ryuko Azuma ne craint pas la comparaison avec Evangelion (l’invasion désespérée par des créatures à peu près invincibles), et s’approche de la finesse du récent Carbone & Silicium en proposant dès les premières pages la spécificité de cette IA conçue pour ressentir des émotions. L’auteur vise ainsi bien le cinéma SF intello dans le sillage de Kubrick (2001 évidemment) ou du Alex Garland d’Ex Machina (la relation Adam l'ultime robot #1 • Ryuko AzumaCréature/créateur). De ce fait la lecture s’avère exigeante, notamment sur un premier tome assez austère. La progression globale sur les trois premiers volumes est tout à fait bien gérée et il est conseillé (comme souvent sur des séries courtes) d’enchaîner les quatre volumes pour profiter de la conception fort maîtrisée et réfléchie.

Avant la conclusion du tome quatre, l’origine des monstres reste bien énigmatique mais le nombre et la qualité des thèmes abordés et l’élégance de l’écriture de Ryuko Azuma suffisent à nous emporter dans ce futur proche dans une aventure dont l’originalité est d’utiliser les mathématiques et des concepts physiques poussés pour créer la problématique à priori basique (l’extermination de l’humanité par une attaque apocalyptique). Comme je le disais, la trame d’Evangelion n’est qu’une coquille où mille auteurs différents peuvent insérer leurs problématiques. C’est donc d’apparence répétitif mais recouvre une grande intelligence réflexive autour de l’énigme sur l’origine du robot et son lien avec ces créatures que les journaux intermédiaires peuvent rattacher à n’importe quel concept, du multivers quantique à la physique atomique en passant par le rôle de l’information dans la trame de l’univers… rien de moins. Si vous aimez la SF sophistiquée et vous cultiver via l’imaginaire, n’hésitez pas une seconde pour plonger dans cette œuvre remarquablement maîtrisée pour une première création.

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**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #18

La BD!

Salut les bdvores! Pour démarrer cette jolie (et froide) semaine je vous propose une fournée spéciale SF avec une nouveauté Drakoo, le retour de Travis, ma série chouchou de chez Duval, la suite de la reprise Sillage par le virtuose Pierre-Mony Chan  et une découverte one-shot bien sympa…

  • Akkad (Clarke/Le Lombard) – 2021, 120p., one shot.

En 2027 la Terre n’est plus qu’un champ de ruine, depuis l’apparition d’aliens géants surgissant d’un autre espace-temps et « gelant » des pans entiers de la planète… La dernière chance de l’Humanité réside dans un programme secret visant à doter de jeunes gens de capacités intellectuelles dépassant les normes de l’espèce…

Cet album fait partie des inspirations librairies, ces feuilletages rapides qui vous disent « prends moi » sans rien en savoir, avec un résultat à quitte ou double. Avec l’activité du blog et le suivi de l’actualité ces moments deviennent rares et j’en profite chaque fois que cela se présente… Si la couverture reflète très bien ce one-shot de SF « temporelle » (genre que j’adore, au même titre que Brane Zéro, Unité Z ou Alter), présentant les cinq « enfants » mutants, un ton gris bien froid qui habille toutes les cent pages du volume, et la grosse bébête… elle en résume aussi les limites comme pas mal de blockbusters ciné qui mettent tout dans leur affiche. Bon public, j’ai beaucoup aimé le trait épuré mais précis de Clarke qui rappelle les bonnes SF Delcourt des années 2000 (la seule première page montre la maîtrise technique du dessinateur sur les éléments mécaniques et architecturaux) et n’ai pas souffert d’une certaine monotonie des décors de destruction du fait de cadrages serrés provoquant le huis-clos et mettant en valeur des encrages Akkad - BDfugue.comprofonds très chouettes. Les quelques séquences d’action pas du tout centrales donnent une respiration à une narration construite sur le mystère constant, la technique scientifique et les allusions cryptiques des scientifiques. Les codes du récit conspirationniste sont maîtrisés et le tout est heureusement porté par un art des dialogues tout à fait percutant. Et bien tout ça semble bien sympa vous dites vous! Oui, avec les limites inhérentes au genre et au format. Tout le monde n’est pas Bajram et à ma connaissance hormis quelques adaptations de romans SF magistraux, UW1 reste une singularité dans un genre qui exige une maîtrise scientifique et scénaristique très élevée. Comme les volumes cités plus haut Akkad jouit des mêmes atouts pour qui aime les concepts SF sophistiqués mais aussi des mêmes manques à savoir une conclusion frustrante qui fait tirer la moue devant le nombre de questions laissées en suspens et quelques facilités dans la résolution d’une intrigue par définition compliquée. Reste pourtant une réalisation sans faute, élégante, rythmée, fort alléchante et assez lisible qui titille suffisamment notre envie d’énigmes spatio-temporelles.

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  • Teleportation .inc #1: perdus en translation (Latil-Sordet/Drakoo) – 2021, 48p., tome 1/2 paru.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Drakoo alterne entre les très bonnes surprises issues des collaborations avec des auteurs de romans reconnus et des séries à la qualité et à l’originalité plus discutables dans le sillage du grand manitou Arleston. Teleportation inc. me faisait plutôt envie au vu des premières planches et du pitch qui proposait une idée assez novatrice, celle d’agent de récupération d’usagers de téléporteurs en fuite. Après lecture, si les dessins sont plutôt rigolo et efficaces malgré un aspect un peu plat (… ce qui n’avait pas empêché le Warship Jolly Rogers de Miki Montllo d’être une superbe série) et des des décors vides, c’est surtout sur le déroulé de l’intrigue que ça coince avec une enquête à laquelle on a du mal à accrocher du fait d’ellipses et d’une narration assez erratiques. Si l’humour et l’action sont au rendez-vous, les auteurs ne nous donnent pas franchement les clés pour suivre les séquences qui s’enchaînent sans qu’on comprenne bien de quoi il retourne. On finit la lecture un peu frustré avec l’impression d’une lecture-consommation. Laissons une chance au tome deux qui arrive très vite (au mois d’août prochain) et qui pourra peut-être donner une cohérence à l’ensemble.

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  • Travis #15: La femme qui en savait trop (Quet/Duval) – 2021, 46p., cycle 5 tome 2.

Bon, je vous préviens tout de suite, Travis fait partie de mes séries chouchoutes mitonnées par l’orfèvre Fred Duval dont le talent commence à ressembler à celui d’un Van Hamme quand on voit ce qu’il arrive à faire sur des thèmes a priori tout à fait déjà vus… Après un cycle mexicain en demi-teinte, Travis repartait pour l’espace il y a un an vers la Mission Europe dont on entend parler depuis le tout premier cycle. De l’art de jointer des trames diverses et surtout de réunir les deux univers jumeaux, celui du camionneur rouquin et celui de la plus mortelle des hispano-irlandaises, Carmen MacCallum. Car l’équipe créative de Travis n’avait jamais été aussi loin dans le crossover, si bien qu’on se demande si Carmen ne va pas finir par pointer le bout de son nez sous les dessins toujours parfaitement efficaces de Quet. Ce volume est très orienté action puisqu’il consiste en une chasse (très prenante) de la blondasse transformée en serveur biologique des données cryptées du machiavel Dario Fulci par la tueuse Thundercat… Sous la protection de Vlad qui s’en prend plein la poire sans ses nanomachines, on traverse l’Europe, on bave devant les joujou techno de la tueuse et on réfléchit (quand-même) aux implications des manipulations génétiques qui ont abouti à la création de véritables créatures fantastiques (Centaures entre autres!) dans un univers SF. On pourra tiquer, les lecteurs de la série Carmen ne seront pas surpris, mais il reste que Travis est toujours une valeur sure de l’anticipation grand public et un vrai bon plaisir de BD! Ce cycle s’avère plutôt bon et on a hâte de lire la suite!

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  • Travis #15: La femme qui en savait trop (Quet/Duval) – 2021, 46p., cycle 5 tome 2.

La série Sillage se vend très bien depuis son premier tome et a mené à l’apparition d’une galaxie de séries parallèles qui risquent de vous perdre comme moi si vous n’êtes pas un habitué malgré un avertissement en page de titre indiquant que ce tome se situe entre les tomes 2 et 3 de la série mère. Pour résumer: la série principale suit les enquêtes de l’agent spécial Nävis et compte 20 tomes. Les Chroniques de sillage fait venir une ribambelle de guest graphiques pour des short-stories (6 tomes). Nävis raconte la jeunesse de l’héroïne avec Munuera aux dessins (6 tomes).

Ces Premières armes sont des histoires solo présentant les premières missions de l’agent Nävis et dont le mérite premier est de permettre un retour du virtuose Pierre-Mony Chan, tellement apprécié sur l’excellente série Cross fire. Ce second opus se situe dans l’univers des pirates de l’espace et s’adresse clairement à un public Young adult avec une jeune Nävis invincible, directe, irrespectueuse, bien décidée à régler cette affaire qui lui fait perdre son temps… C’est donc bien sur les planches que vous allez baver devant une technique et un design parfaits du dessinateur qui semble se régaler en proposant des cases d’une minutie… encore améliorée par la colorisation sublime d’Alice Picard. L’attelage des deux auteurs est clairement une pépite graphique derrière laquelle se range le vétéran Morvan sur des textes un peu (trop) bavards et langage d’jeunz. Quand on voit la dynamique du dessin très influencé par le Manga, on est surpris que le format manga n’ait pas été essayé par l’éditeur pour élargir le public dans une démarche proche de celle d’Urban.

On prend donc un superbe plaisir visuel autant que thématique avec tout de même une perte d’informations croisées pour ceux qui ne suivent pas la série principale à laquelle on fait fréquemment référence… Une bonne série, qui a le mérite du format one-shot mais sur laquelle les auteurs devraient faire attention à ne pas réserver leurs intrigues au seul public fidèle.

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***·BD·Nouveau !

Olympus Mons #7: Mission Farout

La BD!

Septième tome de 48 pages de la série écrite par Christophe Bec et dessinée par Stefano Raffaele. Parution le 14/10/2020 aux éditions Soleil

Par delà les nouvelles frontières

Quelques années plus tôt, la Terre a frôlé l’annihilation après avoir découvert au fond de la Mer des Barents l’Anomalie 1, qui se révéla être un vaisseau extraterrestre échoué muni d’un système d’autodestruction dévastateur. 

Ce n’est qu’avec les efforts et les sacrifices conjugués d’Elena Chevtchenko, cosmonaute russe en mission sur mars, et d’Aaron Goodwin, médium hanté par des visions macabres, que l’apocalypse fut évitée de justesse. Ainsi, l’Humanité découvrit qu’elle n’était pas seule dans l’univers, et que le système solaire avait autrefois été le théâtre d’une guerre entre deux civilisations très puissantes dont notre bonne vieille Terre avait recueilli les débris militaires à l’issue de quelques escarmouches. 

Fortes de ces révélations et de leurs conséquences, les pays du monde entier, autrefois rivaux, ont mis leurs différends de côté pour travailler enfin de concert vers un but commun, l’expansion et la prospérité du genre humain, aidés en cela par des fragments de technologie alien récupérés dans des épaves, qui mettent enfin à portée de main des coins de l’espace jusque-là inaccessibles. 

C’est à stade que nous plongeons dans ce nouveau cycle de la série Olympus Mons, donc nous avions déjà brossé le portrait ici. Nouvelles connaissances rimant avec nouveaux enjeux, nous retrouvons Elena, qui s’apprête à embarquer de nouveau vers les étoiles, après que l’androïde Einstein, qui avait participé au sauvetage de la Terre, révèle l’existence d’une ressource précieuse pour l’Humanité, enfouie quelque part sur Farout, objet céleste situé aux confins de notre système solaire. 

Nouvelles frontières, nouveaux défis

Après un premier cycle intéressant mais souffrant des défauts d’écriture de son auteur, à savoir une intrigue délayée qui aurait gagné à être plus concise, nous voilà repartis pour une nouvelle odyssée spatiale qui va remettre en question la place de l’Humanité dans l’univers. Dans ce tome au rythme plutôt efficace, point de révélation choc encore, mais une dose de mystère suffisante pour éveiller l’intérêt du lecteur. 

Le premier mystère est celui du fameux remède promis par l’androïde Einstein. Cette panacée existe-t-elle et en quoi consiste-t-elle ? Résoudra-t-elle la crise profonde que traverse le genre humain en 2030, ou tout du moins, lui permettra-t-elle d’y faire face ? Comme le veut la tendance actuelle de l’auteur, le récit est traversé de données scientifiques censées lui apporter un ancrage pragmatique, ce qui fonctionne, pour peu, j’imagine, que l’on ne soit pas astrophysicien (ce qui ne devrait toutefois pas empêcher de lire de la BD !). 

Encore une fois, cependant, le casting secondaire sonne assez creux pour le moment, un album n’étant pas suffisant pour caractériser autant de nouveaux personnages. Bien que ce soit compréhensible, cela a pour effet de diminuer l’attachement aux personnages, leurs sorts prochains nous étant relativement indifférents à ce stade du récit.

Autre bémol à souligner, la présence de flash-back/flash-forward qui visent à éclater le récit à la manière d’un Nolan, mais qui ne font, en fin de compte, que brouiller les pistes, car ils ne sont pas balisés de manière suffisamment claire à mon sens. 

Le tout demeure digeste cependant, ce qui est du aussi, et en grande partie, au travail graphique de Raffaele et à la mise en couleur inédite de Natalia Marques

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Hard rescue #1/ Amen #1

La BD!

bsic journalismMerci aux Humanos et à Glénat pour leur confiance.

BD de Harry Bozino et Roberto Melli
Humanoïdes associés (2021), 56., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman d’Antoine Tracqui.

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Les Humanos se sont associés aux éditions Critic pour adapter des romans de SF de l’éditeur littéraire. Après les livres de Julia Verlanger, l’éditeur BD confirme son souhait de s’appuyer sur des créateurs et des matériaux solides plutôt que sur des créations originales. Je ne connais pas le livre Point zero à l’origine de cette BD mais sous la forme d’un blockbuster scientifique musclé aux dessins assez efficaces (et très bien colorisés) on suit une équipe de barbouzes embauchés pour une expédition en Antarctique visant à mettre la main sur une expérience enfouie sous la glace. Les canons sont respectés avec une gallérie de fortes têtes qui se jaugent à coups de clés de bras et de big-boss résolus aux motivations secrètes. La surprise n’est pas vraiment ce pour quoi on vient et comme dans tout gros film d’action hollywoodien on apprécie une réalisation carrée qui alterne fusillades et révélations choc. Graphiquement c’est donc solide avec de jolis encrages et peu de défauts techniques. On tiquera un peu sur les designs des armures SF aux justifications pas évidentes hormis pour faire plaisir aux auteurs et sur un héros un peu passif (passage obligé pour maintenir le suspens). On dira donc que ce premier tome fait le job sans ennui et on attendra la conclusion pour se prononcer sur la qualité intrinsèque d’un scénario pour l’instant pas vraiment révolutionnaire.

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BD de Georges Bess
Glénat-Comix Buro (2021), 62p., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad.

Tout amateur de BD sait que Georges Bess, compagnon de route de Jodorowsky et amoureux de la culture indienne est un auteur important. Capable de tout dessiner, héritier de la génération Métal Hurlant, il nous avait offert un petit chef d’œuvre graphique et narratif avec son adaptation du Darcula de Bram Stoker. Aussi c’est très alléché que me survient ce diptyque adaptant le célébrissime et multi-adapté Heart of Darkness, roman de la toute fin du XIX° siècle qui a donné les mythiques Apocalypse Now et Aguire la colère de Dieu au cinéma. Qu’allait nous apporter cette variation SF? Tout d’abord Bess est déjà venu à la SF avec le délirant et très réussi Anibal Cinq aussi il n’est pas un débutant dans le genre. Pourtant, hormis quelques beaux design de vaisseaux ou de bâtiments, il se contente tout au long de ce long périple de très grossiers fusils et tronches de barbouzes, caricaturant la violence des mercenaires mais bien peu subtile dans ce qui n’est pas tout à fait une farce…

Ce voyage qui propose de suivre un jeune indien à la tête d’une troupe de l’Inquisition appuyée par des mercenaires issus des pires geôles de la galaxie regroupe les visions les plus éculées du fanatisme religieux, de la sf décadente et de la violence militaire. Très surprenant de la part d’un auteur aussi chevronné qui est tout à fait capable de créer ses propres scénarii malgré l’ombre du maître chilien sur sa carrière, cet album ne brille ni par un dessin un peu rapide (malgré des couleurs et un trait reconnaissable et toujours aussi agréable), ni par une intrigue franchement longuette et totalement linéaire faisant le choix étrange d’un flash-forward en introduction qui ne semble justifié par rien de ce que nous allons découvrir. Les dialogues voulus comme caricaturaux sont très lourdement appuyés et on a compris après une page la folie des soldats comme des religieux, qui nous font sourire quelques pages de plus avant de nous lasser franchement. Guère de surprises dans l’histoire lourdement soulignée et qui ne fait pas vraiment appel à l’intelligence des lecteurs… Laissons le bénéfice du doute à un second tome conclusif qui arrive pour cet été et qui, espérons-le redressera la barre mais pour ce volume introductif, l’auteur passe complètement à côté et finit presque par nous ennuyer sans les belles visions SF qui auraient pu faire patienter. A moins que vous ne soyez des fana de Bess il vaut sans doute mieux passer votre chemin…

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House of X/ Powers of X

East and west

Comic de Jonathan Hickman, Pepe Larraz et RB Silva.
Panini (2020). 228 p., série finie en quatre volumes, environ 80p./volume

La double série croisée House of X (dessinée par Larraz) et Powers of X (dessinée par Silva) est publiée en croisant les volumes dans un ordre irrégulier, agrémenté de nombreux graphiques et documents de background, assez indispensables pour raccrocher les wagons d’une narration chronologiquement volontairement chaotique.

couv_395737Après des décennies à combattre ses semblables en tentant de faire cohabiter l’homo sapiens et les mutants, le professeur Xavier a eu un rêve. Abandonnant sa naïveté sans pour autant admettre la violence de son amis Magneto, il rassemble le peuple mutant en une Nation reconnue par les gouvernements humains, située sur l’Ile de Krakoa. Ceci n’est que l’aboutissement d’une odyssée dans le temps et l’espace. Ceci n’est que le commencement…

MYSTERY COMICS: HOUSE OF X #3, de Jonathan Hickman et Pepe LarrazParmi la foultitude de groupes de héros Marvel les X-men ont toujours eu mes faveurs ce qui a peut-être facilité mon entrée dans les différents events des mutants. Ma lecture assez enthousiaste des All-new Xmen il y a quelques temps m’avait redonné envie de me tenter occasionnellement une série et ce relaunch annoncé comme historique et fort bien critiqué par les chroniqueurs m’a convaincu de tenter le coup, sur une série sommes toutes assez courte et jouissant d’une homogénéité graphique très proche du style Immonen.

Si je reconnais la qualité du travail du scénariste sur cette série je commencerais par dire que la pub faite par Marvel/Panini et reprise en chœur par mes confrères est clairement forcée et s’adresse avant tout aux habitués, à jour dans les séries X-men et sa complexissime chronologie. Hickman leur propose d’ailleurs une construction narrative fort ardue qui demande une grosse concentration. Si l’artifice peut avoir son attrait, il s’apparente au final à un gadget qui permet d’ailleurs assez facilement de relire la série à l’envers. Si l’idée (notamment au travers de l’histoire d’amour entre Xavier et Moira Mac Taggert) est très proche de Malgré tout, elle apparaît beaucoup plus artificielle et dispensable. L’auteur a d’ailleurs intégré de nombreux diagrammes et textes fort bien insérés au milieu des séquences graphiques. Cela réduit d’autant la pagination de BD à proprement parler et on peut s’interroger sur la nécessité d’expliquer dans des textes quelque chose qu’un scénario aurait été à même de développer. Pour autant la structure visant à sidérer le lecteur par des planches balancées sans contexte pour juste derrière préciser ce contexte est maline et donne le sentiment d’une BD sophistiquée.

House of X and Powers of X and Hickman - Imaginary WarsSi l’on regarde au global le récit est en fait très simple et linéaire, trop sans doute pour le laisser sous cette forme (d’où le croisement des trames proposé par Hickman). Ce qui est donc annoncé comme un event majeur est en fait une commande de relaunch qui refuse de lâcher la bride car il n’est là que pour lancer Dawn of X et X of Sword, les crossovers qui en découlent. Les spécialistes des X-men apprécieront peut-être mieux que moi la portée de HoX/PoX, pour les lecteurs occasionnels on a le sentiment, une fois finie la lecture, de juste débuter l’histoire. Frustrant.

HoX/PoX n’est pas pour autant mauvais, ne serait-ce que par des planches vraiment superbes et d’une harmonie impressionnante qui fait douter de changer de dessinateur entre les deux séries. House of X est de loin la plus intéressante car elle reste centrée sur des personnages que l’on a envie de suivre en se centrant sur la création de cette Nation mutante. Outre la très perturbante structure sur quatre temporalité dans Powers of X (de maintenant à +1000 ans), le saut permanent de période et de personnages qui n’ont pas toujours les mêmes noms/apparence empêche le lecteur de s’impliquer émotionnellement et MYSTERY COMICS: POWERS OF X #1, de Jonathan Hickman et R.B. Silvaaccentue l’hermétisme de l’univers. On a tout de même plusieurs très fortes séquences, notamment le second volume de HoX et les révélations vertigineuses sur Moira, ou les percées SF très profondes de PoX sur le post-humanisme et des hypothèses astrophysiques là aussi très puissantes. En extrapolant des réflexions sur l’avenir de machines biologiques, d’une utilisation génétique proche du processus informatique  et du classique thème des IA, la série ouvre il est vrai des portes assez fascinantes…

Très bien dessiné, d’une sophistication qui en laissera plus d’un sur le carreau, House of X/Powers of X est un projet de commande aussi ambitieux qu’industriel. En apportant des concepts motivants, il propose un roller-coaster temporel qui peut plaire mais s’adressera avant tout aux habitués de l’univers mutant et ceux qui envisagent sérieusement de continuer l’aventure sur les publications suivantes.  Pour les autres il vaudra mieux se reporter sur des publications plus anciennes et plus accessibles.

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***·East & West·Nouveau !·Service Presse

Decorum #1

East and west

Comic de Jonathan Hickman et Mike Huddleston
Urban (2021) – Image (2020), 184 p., 1/2 volumes parus.

Decorum fait partie des premiers albums à être lancés dans une nouvelle collection au format BD destinée à briser les lignes entre public Comics et public Franco-belge (démarche que je ne peux que saluer!). Il s’agit donc d’un format plus grand, habillé d’un vernis sélectif en couverture et d’une tranche dont le 1/2 titre doit se rejoindre avec le tome deux. Toujours sympa ce type de design dans la bibliothèque! Si l’ouvrage ne comprend pas à proprement parler de cahier bonus, le projet lui-même entrecroise planches de BD, pages de design pure, diagrammes, plans et textes d’accompagnement. Le design général, partie intégrante du projet, est très classe et rejoint les récents projets de Hickman qui semble féru de ce genre de compositions.

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Jonathan Hickman est un scénariste pointu qui propose des concepts aussi brillants que difficilement accessibles. De Secret Wars à HoX/PoX (chronique demain) en passant par son chef d’œuvre Black Monday Murders, on peut dire que l’américain aime plonger son lecteur dans un océan de sidération qu’il aide très homéopathiquement à surmonter! Le point commun de ces créations c’est l’absence de linéarité ou plutôt l’explosion de tout cadre permettant de se poser des balises de compréhensions, que ce soit temporelles ou dans les concepts historiques ou scientifiques. Attention, je ne suis pas en train de dire que Hickman est inintelligible, simplement qu’il assume un certain élitisme intellectuel qui pourra soit fermer violemment la porte à certains lecteurs, soit fasciner les plus tenaces et amoureux de la sophistication.

DECORUM #1-6 (Jonathan Hickman / Mike Huddleston) - Image Comics - SanctuaryDecorum arrive à point nommé dans cette biblio en proposant au dessinateur virtuose Mike Huddleston un open-bar graphique avec pour mission de transposer sur papier un univers futuriste extrêmement lointain où les concepts d’humain, de dieu et de réalité n’ont plus de raison d’être. Dans sa promotion de ce diptyque tout récent (la publication s’est achevée au printemps 2020 aux Etats-Unis) l’éditeur annonce une référence à l’Incal. Autant la série de Jodo et Moebius a toujours été totalement hermétique pour moi, autant j’ai réussi à me laisser porter par la féerie visuelle très évocatrice de Decorum. Après une entrée en matière plutôt didactique et intelligible, on alterne entre des séquences suivant une jeune coursière chargée d’un transport hautement délicat qui va se retrouver à faire équipe avec la plus redoutable tueuse de la galaxie… et un conflit galactique, cosmogonique entre l’Eglise de la singularité, sorte d’IA ayant atteint un statut divin, et les mères célestes, groupe très obscure et pourchassé à travers le temps et l’espace… Sur ces séquences aux planches aussi belles que difficiles à comprendre, toute la narration devient graphique via une alternance de techniques aussi variées que poétiques. On pense  dans ces moments à l’œuvre de Druillet et son successeur qui parvenait l’an dernier à allier maestria hyper-graphique et space-opéra grandiose mais intelligible. Sur le plan graphique Decorum ressemble ainsi à un concept-album voir à un art-book tant le support du récit est essentiellement visuel ou juxtaposé, faisant parfois s’interroger sur la qualité de « récit séquentiel » de l’objet…

All of Decorum is a Group Effort": Mike Huddleston on the Style and Art of  Decorum - SKTCHDL’album bascule de façon assez équilibrée entre l’histoire des deux filles suivant une trame classique dans la SF, les nombreux documents iconographiques et textuels que Hickman insère sur le même modèle que ses précédentes séries (et qui vont soit achever de vous paumer soit vous aider à vous accrocher) et la poursuite inter-dimensionnelle des deux organisations occultes. A la conclusion de cette première partie, si la première ligne progresse raisonnablement, le background et la problématique galactique reste très brumeux. Encore une fois on n’est pas perdu pour autant, les séquences « humaines » proposant une technique graphique fort agréable, très lisibles et agrémentées de scènes d’action tout ce qu’il y a de plus savoureuses. Si l’on ne prenait que cette tranche on pourrait la résumer à une affaire maffieuse à la Tarantino avec une jeune fille balancée au mauvais endroit au mauvais moment. Que va faire la tueuse de cette créature bien gênante?

A cheval entre le récit mystique jodorowskyen et la chevauchée badass de deux space-girls, le premier volume de Decorum nous laisse dans l’expectative d’un liant qui permettra de donner du sens à tout ceci. Ébahi par une beauté graphique certaine, on attend de voir si l’expérimenté Jonathan Hickman s’est oublié dans les délires de son comparse ou s’il compte au dernier moment nous confier les clés d’un univers fascinant…

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***·****·BD·Nouveau !

Elecboy #1: Naissance

La BD!

Premier tome de 62 pages d’une série écrite et dessinée par Jaouen Salaün. Parution le 15/01/2021 aux éditions Dargaud.

Apocalypse How

S’il y a bien une chose que l’Homme réussit à tous les coups, en fiction, c’est détruire la Terre. Dans Elecboy, il y est parvenu une fois de plus, ne laissant à ses héritiers qu’une terre stérile, dans laquelle leurs bas instincts auront le loisir de faire loi. Dans un hameau perdu à la frontière du désert, le jeune Joshua survit comme il le peut.

Son père Joseph, responsable d’un petit groupe, a la responsabilité de trouver de l’eau pour la communauté, ce qui est un défi de tous les instants. Mais, même en pleine crise apocalyptique, il semblerait qu’un adolescent reste un adolescent. Joshua, qui entretient avec son père des rapports délétères, est amoureux de Margot, qui appartient au clan des seigneurs locaux, qui imposent à tous un règne de terreur. 

Cet amour impossible est souvent contrarié par Sylvio, le frère de Margot, brute arrogante qui voit en sa sœur bien plus que des liens de sang. La vie de Joshua n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de privilégiée, et c’est sans compter sur les mystérieuses créatures qui écument la région, tuant tous les survivants qu’elles croisent. Ces êtres, d’apparence vaguement mécanique, semblent être à la recherche de quelque chose, ou de quelqu’un, sur qui elles ne parviennent pas à mettre la main. 

Jaouen Salaün, remarqué jusque-là pour ses collaborations avec le scénariste Christophe Bec, se lance dans sa première aventure solo, avec cette sage fantastique/SF, dont ce premier album pose les jalons de façon plutôt efficace. L’auteur met en place un univers post-apo où la survie de tous est loin d’être garantie, le tout mâtiné d’une ambiance grandiloquente de tragédie. Ce n’est certainement pas pour rien que les antagonistes, le Clan tyrannique qui impose sa loi à la communauté de survivants, porte majoritairement des noms italiens, rappelant ainsi la dynastie décadente des Borgia. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque le patriarche du Clan est une figure mystique proche de celle d’un Pape, tandis que le plus jeune fils nourrit des velléités incestueuses. 

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Post-Apo oblige, Jaouen puise également dans les fondateurs du genre, Mad Max en tête, en utilisant la thématique de l’eau manquante comme moteur pour une partie de son intrigue. Les créatures, dont le design rappelle celui du personnage de l‘Ingénieur dans le comics The Authority, semblent être à la fois divines et mécaniques. J’ai personnellement toujours eu une appétence pour ces thématiques mêlant transcendance et technologie, comme la théorie des anciens astronautes, aussi ce point-là représente-t-il un atout à mon sens. 

A la fin de cet album, le lecteur en saura davantage sur les liens qui unissent les différents protagonistes, les enjeux de leur survie, cependant, le mystère demeure encore quant à cette engeance énigmatique qui semble jouer sa propre survie sur Terre. Gageons que la suite de cette tétralogie saura nous abreuver de ces réponses ! 

Graphiquement, on peut dire que Jaouen a trouvé ici les arcanes de son art, qu’il exprime magnifiquement sur chaque planche, sans fausse note. Le détail des visages et des expressions est saisissant, les décors ne sont pas en reste. On est ici sur une claque visuelle. 

L’avis de Blondin:

Je rejoins Dahaka sur la qualité d’écriture et bien évidemment de dessins de Jaouen qui claquent fort, notamment sur cette séquence d’introduction particulièrement marquante… mais qui garde les promesses un peu trop sous le coude malgré un format assez confortable de soixante pages. Ces incursions SF dans un récit post-apo poussiéreux de Wasteland sont il est vrai rêches et intrigantes mais on sent l’influence (pas forcément pour un bien) de Christophe Bec et sa culture des récits trèèèèèès délayés. Sur un premier tome de mise en place on peut entendre la nécessité de construire des personnages et un univers (sur ce plan c’est fort réussi) mais j’espère sincèrement que l’auteur n’oubliera pas de lâcher le frein dès le prochain volume pour une histoire qui ne semble pas révolutionner la SF mais dont le design et le sérieux de la réalisation sont suffisamment intéressants pour donner envie de poursuivre.

***·East & West·Littérature·Manga·Nouveau !·Service Presse

La guerre des mondes #1/3

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Manga de Daisuke Hihara et Hitotsu Yokoshima
Ki-oon (2021-),  200p./volumes, Série en 3 tomes, 1 vol. paru en France.

Ki-oon continue sa politique d’éditions de qualité à la suite de sa collection Lovecraft, avec cette édition reliée (mais sans pelliculage, donc assez fragile). L’édition comporte un sommaire et un joli cahier graphique de cinq pages qui permet de voir les intéressantes pistes visuelles pour les tripodes. L’album est classé Seinen. Je le qualifierais de Seinen pour jeune public (disons entre 9 et 16 ans) selon les habitudes de lecture.

Le siècle vient à peine de commencer lorsqu’une étrange météorite frappe la campagne de la petite ville de Maybury. C’est le commencement d’une guerre de colonisation… ou plutôt d’extermination de l’humanité…

La guerre des mondes fait partie des grands classiques que beaucoup (comme moi) n’ont probablement jamais lu mais que le nombre d’adaptation dans tout type de format rend totalement familier. Si Spielberg avait choisi une modernisation du récit, cette version manga se veut fidèle et rejoint la grande mode des adaptations de classiques de la littérature par les auteurs japonais.

L’histoire suit un photographe témoin de ce Premier contact, cet atterrissage du premier martien qui va très rapidement se transformer en génocide. Croisant comme dans tout bon récit de guerre les évènements généraux et les mésaventures d’un groupe de témoins (la petite histoire et la Grande Histoire), le manga a le mérite d’entrer très vite dans le vif du sujet avec ce qui intéresse bien entendu le lecteur: la trombine des vilains martiens belliqueux et de leurs monumentaux tripodes.

Le récit est techniquement très bien fait avec une introduction apocalyptique avant de revenir aux évènements qui ont généré cette Guerre des mondes. Avec le témoin-photographe, des scientifiques nous expliquent tout de suite les lois physiques qui s’imposent aux envahisseurs (notamment la gravité bien plus importante sur Terre) avant que les inévitables militaires et leur mentalité obtue croient pouvoir mater cette irruption d’outre-espace à coups de canons. Bien entendu la supériorité technologique martienne est incommensurablement supérieure et les évènements s’orientent vite vers la situation d’un enfant écrasant des fourmis…

Graphiquement on est dans du classique semi-réaliste avec décors simplistes aux bâtiments rectilignes mais la lecture reste agréable et fluide, surtout pour le public ciblé. Comme adaptation illustrative, l’ambition de ce manga n’est donc pas de revisiter l’ouvrage de H.G. Wells mais plutôt de proposer une lecture graphique fidèle et ludique à des pré-ado et ado. Sur ce plan c’est plutôt réussi avec malgré tout quelques visions assez dures (des corps démembrés) et une guerre qui s’affiche crument.