****·BD·Nouveau !·Service Presse

Les gardiennes d’Aether

La BD!

Premier tome de 46 pages d’une série écrite par Olivier Gay, dessinée par Jonathan Aucomte. Parution aux éditions Drakoo le 01/09/2021. 

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

The Unchosen One

Le Royaume de Valania jouit d’une paix qui va de pair avec la prospérité de ses habitants. Cette paix ne va bien entendu pas durer, puisqu’elle sera fortement perturbée par le déferlement de monstres insectoïdes insensibles à toutes les armes conventionnelles de Valania, qu’elles soient magiques ou technologiques. 

Aether, un gentil nicodème, qui officie en tant que serviteur pour la famille royale, passe innocemment sa serpillère quotidienne tout en se faisant houspiller par la princesse Tatianna Louisdottir, lorsque surgissent les monstres dans le palais. Meeri, amie d’enfance d’Aether et garde royale de son état, ne tarde pas à débouler pour sauver celui qu’elle aime, et accessoirement, la capricieuse princesse aux pouvoirs magiques. 

Lorsque le trio se retrouve encerclé et que ni les talents de bretteuse se Meeri ni la magie de Tatianna ne parviennent à les sortir de ce mauvais pas, Aether, dans le feu de l’action, saisit une épée qui prenait la poussière dans un couloir du palais, pour se défendre. Et il fait bien plus que se défendre. En effet, l’épée se révèle être le seul moyen de tuer les créatures. Seul problème, l’épée ne s’active plus que pour Aether, lui qui n’a jamais été un combattant et semble pas prêt de le devenir… 

Le trio parvient néanmoins à fuir le palais, ravagé par les cafards géants et se retrouve aux mains d’Opale, une pirate roublarde habituée à tirer parti de toute situation, aussi inattendue soit-elle. Ce quatuor improbable est donc le seul espoir de sauver ce qu’il reste de Valania. 

Olivier Gay, connu pour ses travaux littéraires, s’est récemment mis à la BD sous la houlette d’Arleston et de son label Drakoo. Comme vu précédemment dans Démonistes, l’ombre du créateur de Lanfeust planait encore au-dessus des créations prétenduement originales de Drakoo, menaçant d’annihiler son concept-même. On constate ici avec un certain soulagement que l’empreinte se fait moins forte, on sent que l’auteur prend ses marques et parvient à imposer son style. Un style qui n’est cependant pas complètement étranger à celui d’Arleston, certes, mais qui a le mérite d’exister par lui-même sans s’échiner à singer « le maître ». 

C’est toutefois dans les thématiques que se devine le plus l’influence arlestonienne. Un héros naïf, presque inepte, entouré de femmes fortes se disputant plus ou moins son affection, cela nous ramène immédiatement à ce bon vieux Lanfeust de Troy. Le fait qu’il possède un pouvoir/Macguffin le rendant unique n’arrange rien, et pourtant, le tout demeure digeste sans verser dans le déjà-vu. L’auteur évite cet écueil grâce à une finesse d’écriture qui transparaît autant dans les dialogues qu’au travers des récitatifs, à l’humour bien senti et jamais lourdingue. 

De façon générale, sur le plan narratif, il est toujours opportun de mettre au centre de l’intrigue le personnage qui est le moins bien placé pour la résoudre, ou, s’il est tout de même compétent, de lui ajouter des handicaps importants. On pense par exemple à Frodon, le paisible hobbit qui n’a jamais quitté sa Comté natale, qui doit amener l’Anneau Unique, soit l’objet le plus dangereux de l’univers de Tolkien, à la Montagne du Destin se trouvant sur les terres les plus dangereuses. On peut aussi se rappeler de John McLane, policier astucieux, qui doit arrêter des terroristes et sauver sa femme…pieds nus dans une tour de verre. 

Il est par conséquent très astucieux de la part d’Olivier Gay de confier la seule arme en mesure de juguler la menace à Aether, qui ne sait pas se battre, l’ironie s’en trouvant décuplée lorsqu’on compend que son amie Meeri est la plus fine lame du pays.  Le quatuor fonctionne très bien malgré la brièveté du format, l’auteur parvenant à mettre en scène des personnalités fortes et distinctes. Pour les amateurs de pop-culture, attendez vous à de nombreuses références, diverses mais bien choisies.

Côté graphique, on est très agréablement surpris par le talent de Jonathan Aucomte, dont c’est ici le premier album. Décors soignés, expressions travaillées, tout y est pour mettre en images l’univers du scénariste et son humour.  

Pour cette nouvelle série, Olivier Gay monte d’un cran et expose son talent de façon plus affirmée, ce que l’on doit sans doute à une prise de distance de l’éditeur, ou à une émancipation du romancier.

****·Comics·East & West

Oblivion Song #4

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Quatrième tome de la série écrite par Robert Kirkman et dessinée par Lorenzo De Felici. Parution le 20/01/2021 aux éditions Delcourt.

Par delà le voile

Il y a plusieurs années maintenant, un événement surnommé « la transférance » a permuté une portion de la ville de Philadelphie avec une portion équivalente d’Oblivion, une dimension étrangère et hostile régie par d’autres règles.

Cette catastrophe fut causée par les recherches du scientifique Nathan Cole et son équipe, et condamna des milliers de personnes aux affres d’Oblivion, qui se sont retrouvés catapultés là-bas, à la merci des créatures monstrueuses qui l’habitent.

Pendant des années, Nathan a utilisé ses connaissances et sa technologie pour se rendre sur Oblivion et tenter de ramener autant de victimes que possible. Cependant, il s’est vite aperçu que certains des rescapés de la transférance s’étaient étonnamment bien adaptés à leur nouvel environnement. Une partie d’entre eux refusaient même d’être rapatriés, menés par nul autre qu’Ed, le frère de Nathan.

Finalement, Nathan, qui entre temps a révélé au grand jour sa responsabilité dans l’incident, a purgé sa peine de prison, et découvre à sa sortie que l’exploitation de sa technologie de transfert a permis des découvertes sur Oblivion et des avancées technologiques. Toutefois, il semble que toutes les menaces de cette dimension hostile n’aient pas encore été dévoilées.

Nous sommes les envahisseurs

Oblivion est en effet habitée par les Sans-visages, créatures intelligentes qui sont restées en retrait jusque-là, mais qui intensifient depuis peu leur traque des humains installés sur Oblivion. Ces derniers sont donc traqués enfermés et étudiés par les sans-visages, dont le but semble être de trouver un moyen de se rendre sur Terre.

Nathan , qui se remet à peine de sa dernière rencontre avec l’une de ces créatures, voit ainsi débarquer Ed, dont la femme et le fils ont été enlevés. C’est donc le début d’une guerre des nerfs et d’un chassé-croisé tendu entre les humains et les aliens, avec pour enjeu la survie de l’Humanité mais aussi celle de la famille de Nathan.

Après trois excellents tomes, Oblivion Song revient en force. L’intrigue, grâce à une habile ellipse, change de direction pour nous offrir un nouveau conflit plein de promesses. Les Sans-visages sont effrayants, leurs motivations mystérieuses mais en partie compréhensibles, et, mieux encore, l’auteur ne les uniformise pas pour autant en leur donnant des personnalités et des agendas distincts.

L’action n’est pas en reste mais moins présente sur ce quatrième tome, qui sert notamment a instaurer la tension entre les deux factions. Kirkman ne néglige pas pour autant ses héros et continue de développer leurs relations. Afin de relancer la machine, il termine aussi l’album sur un cliffhanger percutant qui laisse présager des belles turpitudes pour la suite.

**·BD·Jeunesse

Green Class #3: Chaos Rampant

La BD!

Troisième tome de la série écrite par Jérôme Hamon et dessinée par David Tako. Parution aux éditions du Lombard le 23/04/2021.

Rempart K.O.

Pour Naïa, Noah, Lucas, Sato, Beth et Linda, le temps de l’insouciance est loin, si tant est que ces jeunes marginaux canadiens aient déjà été insouciants. Retenus malgré eux en Amérique durant une classe verte, ils ont assisté à l’avènement d’un virus mortel transformant ses victimes en créatures mi-fongiques, mi-bestiales.

Sans pouvoir rien y faire, le groupe s’est retrouvé enfermé dans une zone de quarantaine supposée contenir, derrière une immense muraille, l’infection galopante. Malheureusement, Noah a été infecté, et s’est inexorablement transformé, au grand désespoir de sa sœur. Au fil du temps, Noah a développé d’étranges facultés lui permettant de contrôler les autres infectés. Bien vite, l’armée a mis son grain de sel, laissant nos héros penser qu’elle n’était pas étrangère à l’apparition de ce virus.

A l’issue du tome 2, Noah était cependant brutalement démembré par d’autres infectés, plongeant nos héros juvéniles dans le désespoir le plus total. Que vont faire les survivants maintenant que leur ami n’est plus ? Vers qui se tourner dans un monde hostile où chaque faction semble avoir des choses à cacher ?

Lovecraft va à l’H.P. (SPOILER)

Pour ce troisième tome, Jérôme Hamon change de braquet et prend les attentes du lecteur à rebours en dévoilant les origines de la pandémie. Attention spoiler, l’auteur va lorgner directement et sans concession dans le lore lovecraftien pour expliquer les événements des deux premiers tomes. Ce qui s’annonçait comme un teenage survival post-apocalyptique devient donc un space horror directement inspiré du créateur du genre.

Plus tôt cette année, Créatures, de Stéphane Betbeder et Djief, amorçait également ce virage lovecraftien sur un terrain jeunesse. La révélation intervenait cependant dès le premier tome, ce qui empêchait le lecteur de se projeter et d’anticiper sur la suite du scénario.

Jérôme Hamon prend donc ici un risque considérable puisqu’il fait prendre à sa série un virage susceptible d’en altérer à la fois le message et la portée. En effet, introduire cet élément au troisième tome implique d’implémenter des règles et des concepts qui nécessiteront forcément une nouvelle exposition, ce qui risque de brouiller le lecteur.

Après vérification, il semblerait que les œuvres de H.P. Lovecraft soient tombées dans le domaine public il y a déjà quelque temps, ce qui permettra à d’autres auteurs d’intégrer l’écrivain de Providence dans leurs propres récits.

Si la référence directe est la principale preuve d’amour que l’on puisse faire à Lovecraft, elle peut aussi être à la longue perçue comme le signe d’une paresse scénaristique ou d’un manque d’originalité. Perdu dans un scénario pandémique dont on ne sait pas comment se dépatouiller ? Pas envie de passer les origines du mal sous silence, comme dans The Walking Dead ou Y, The Last Man ? Pas de problème, sortez votre Lovecraft en poudre pour une solution instantanée !

Les fans du genre seront contents, les autres y verront peut-être un éclair de génie, et, avantage ultime, il devient superfétatoire de caractériser les antagonistes, puisqu’après tout, un Grand Ancien reste un Grand Ancien, sa malveillance cosmique intrinsèque suffit pour avoir envie de détruire la planète.

Sur le reste de l’intrigue, alors que les deux premiers tomes étaient centrés sur la protection de Noah, on doit avouer ici que sa disparition plonge le scénar dans un gentil chaos (haha) qui force nos héros soit à la neurasthénie (deuil oblige), soit à une course ventre-à-terre dont les enjeux s’aliènent (sauver Noah, sauver le monde ? empêcher le méchant prêcheur de remplir son objectif…).

Il faudra donc lire la suite de la série pour voir si l’auteur parvient à faire fructifier sa référence au maître de l’horreur cosmique pour remettre son récit sur les rails.

**·BD

Ion Mud

La BD!

Histoire complète en 274 pages, écrite et dessinée par Amaury Bundgen, parue aux éditions Casterman le 20/01/2021.

Le vieil homme et l’Espace

Perdu dans un vaisseau-monde aux proportions cyclopéennes, Lupo oscille entre survie et exploration depuis bien longtemps, probablement des décennies. Marqué par les années d’errance spatiale, le vieil homme semble néanmoins avoir un objectif, celui de retrouver ses amis, desquels il fut séparé suite à des événements dont nous ne connaîtrons pas la teneur exacte.

Ce gigantesque vaisseau, composé d’innombrables niveaux, tous dotés d’une technologie à peine entendable, n’est pas habité que par Lupo. En effet, une armée de drones en assure la maintenance, et d’autres espèces vivantes, plus ou moins hostiles et venues d’autres systèmes semblent avoir été embarquées contre leur gré, comme notre vieux passager. Comme si cela ne suffisait pas, une xéno-forme de vie infecte l’ensemble des passagers et se répand de façon pandémique, forçant les drones à confiner certaines zones du vaisseau pour éviter le crash.

Lupo cherche une Torana, une porte noire pouvant le mener à ses amis. Pour survivre et atteindre son objectif, l’explorateur devra donc compter sur son expérience, son ingéniosité et sa bonhommie. Cela lui suffira-t-il à encaisser les révélations quant aux raisons de sa présence sur le vaisseau et sa véritable destinée ?

Blame ! it on the Boogey

Convenons-en d’emblée: pour ce premier album, Amaury Bundgen se révèle meilleur dessinateur que scénariste. A l’image de son protagoniste Lupo, l’auteur donne l’impression de s’être perdu dans les vastes méandres de son scénario, qui s’étale sur plus de 200 pages mais dont la narration hachurée déconcerte plus qu’elle n’happe.

Le premier acte, notamment, comporte bien des problèmes puisqu’il n’introduit qu’à grand peine l’univers développé par l’auteur, qui semble confondre mystère bien dosé et confusion. En effet, il se passe une cinquantaine de pages avant qu’un objectif ne soit clairement défini, bien que sur le plan diégétique, Lupo a commencé sa quête quarante ans auparavant. De nombreuses scènes, dont certaines rencontres faites par Lupo, déconcertent car elles n’amènent rien de spécifique à l’intrigue, que ce soit en terme de distillation de l’information (essentielle lors d’un premier acte), ou de caractérisation, et n’ont pas d’impact sur le reste de l’intrigue. Au contraire, d’autres rencontres relancent le rythme de façon plutôt artificielle, pour mener à un final convenable mais tout de même hâtif car composé essentiellement de réponses péremptoires.

L’auteur ne semble donc pas avoir bien saisi l’intérêt de préparer en amont ses péripéties et ses révélations, si bien que certaines d’entre elles semblent abruptes jusqu’en en perdre leur saveur. Le personnage principal demeure néanmoins sympathique, ce qui fait que l’on adhère plus ou moins à sa cause par la force des choses.

Ce constat est bien frustrant, car Ion Mud portait les germes d’un récit de genre à l’univers captivant, mais dont l’exécution hasardeuse manque de maîtrise, ce qui nuit à la qualité de l’ensemble. Il semble d’ailleurs très étonnant, de la part de l’éditeur qui a repéré Amaury lors d’un salon BD, que ce dernier n’ait pas bénéficié d’un suivi éditorial plus resserré qui aurait permis d’éviter les écueils narratifs qu’affiche l’album.

Graphiquement, Amaury Bundgen livre toute l’étendue de son talent en proposant des somptueuses planches en noir et blanc, dans lesquelles il fait montre de maestria quant aux décors.

**·BD·Nouveau !

Terra Prohibita #2: Patient Zéro

La BD!

Second tome de 48 pages de la série écrite par Denis-Pierre Filippi est dessinée par Patrick Laumond. Parution le  14/04/2021 aux éditions Glénat

Zone de Quarante-Haine

Au début du XXe siècle, l’Angleterre a été ravagée par l’expansion incontrôlée d’une faune et d’une flore mutantes, ce qui a conduit à l’évacuation de l’île et sa mise en quarantaine.  Dans ce laps de temps, l’étude de ces mutations et des nouveaux matériaux qu’elles engendrent à permis des avancées techniques impressionnantes, parmi lesquelles des cités flottantes et des véhicules au look résolument steampunk.

Le tome 1 nous introduisait le personnage de Dorian Singer, un biologiste slash tueur à gages lancé dans une quête obscure visant à explorer les origines de la mutation, quitte à sacrifier des innocents avec un brin de sadisme froid. Dans le sillage morbide de Singer, on trouve l’inspecteur Melville, de la sureté parisienne, déterminé à stopper le tueur, quitte à lui-même sacrifier quelques règles au passage.

En parallèle, la détective Valérie Kerveillan se lance dans une périlleuse enquête, mandatée par une veuve éplorée souhaitant retracer le parcours de son époux disparu en zone de contamination. Lors d’une exploration impromptue, Singer, Melville, Kerveillan et compagnie se retrouvent et se voient forcés de collaborer, afin d’échapper aux forces gouvernementales qui souhaitent maintenir une chape de plomb sur les événements liés à la contamination.

Patience Zéro

Comme vue dans la chronique du premier tome, Terra Prohibita souffre de problèmes d’écriture qui peuvent rendre la lecture laborieuse, mais disposait tout de même du matériau nécessaire à une bonne aventure. L’univers riche mêlant des thèmes SF et horreur au souffle steampunk des œuvres de Jules Verne, n’est malheureusement pas adroitement exploité, la faute à des objectifs peu clairs et des personnages-fonctions qui parcourent l’intrigue sans l’impacter de façon significative.

Le résultat est un diptyque qui aurait pu être complexe mais qui n’est finalement que confus, des lignes narratives qui auraient pu être iconiques mais qui demeurent anecdotiques. Même le retournement de situation du dernier acte ne suffit pas à rehausser le tout, puisqu’il ne change pas la lecture ni la perspective de l’histoire.

S’agissant du mystère qui est au cœur de la série, et qui était sensé être révélé à l’issue de ce second album, il est délayé et remis à un troisième album, l’éditeur ayant apparemment décidé de poursuivre. Cette manœuvre est un tant soit peu malhonnête, puisqu’elle aliène aux lecteurs qui pensaient s’être engagés dans un diptyque la résolution de l’intrigue (si bancale soit-elle).

Les dessins de Patrick Laumond sont toujours aussi beaux, et peuvent à eux seuls constituer un prétexte d’achat, toutefois, ils ne suffisent pas à rattraper les failles du scénario.

***·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

The Plot #1

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Premier tome comprenant les 4 premiers chapitres (sur 8) de la mini-série écrite par Tim Daniel, Michael Moreci, et dessinée par Josh Hixson. Parution en France chez HiComics le 19/05/2021.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

La hantise du Bayou

Après la mort brutale de son frère et sa belle-soeur, Chase Blaine se voit confier la garde de sa nièce Mackenzie et de son neveu Zach. En plus de devoir gérer le deuil de ce frère qu’il ne voyait plus depuis des années, Chase va donc devoir faire de la place à cette nouvelle famille, qu’il ne connait pas davantage. Ces événements vont le ramener sur la parcelle familiale, où se situe la maison des Blaine. Très vite, des secrets enfouis dans les marécages environnants, et les fondations même de la demeure, vont tenter de refaire surface. Des secrets liés de près à la mort de son frère et au destin de sa famille…

Le récit d’horreur est un exercice périlleux, surtout si l’on prend en compte les contraintes du médium utilisé. Le thème du retour à la maison est un lieu commun presque inévitable du genre, qui est presque indissociable de celui des secrets de famille, qui sert de colonne vertébrale à The Plot, sans que l’auteur ne donne, pour le moment, d’indice prégnant quant à la nature du pêché à l’origine du récit. Le deuil, bien sûr, est toujours un terrain propice à l’horreur et au surnaturel, tout comme l’exploration des dynamiques familiales (l’oncle éloigné qui récupère la garde de ses jeunes neveux orphelins rappelle le film Mama).

Vous l’aurez donc compris, The Plot s’inscrit dans le genre horrifique sans le révolutionner nécessairement. La tension est pourtant bien présente, au moyen de jump scares séquentiels bien utilisés, et d’une ambiance graphique immersive due à l’encrage lourd de Hixson et aux couleurs de Jordan Boyd.

Néanmoins, il apparaît évident que ces quatre premiers chapitres présentés tels quels font office de premier acte, les quatre derniers ayant certainement davantage de révélations et autres coups de théâtres en réserve (on soupçonne un pacte avec une entité engendrant une dette des Blaine). Il n’aurait donc pas été incongru de proposer les huit chapitres d’emblée en intégrale, au lieu de se contenter d’un premier tome d’exposition en espérant avoir accroché le public pour le second tome.

Étant donné sa nature essentiellement introductive, il n’y a donc pas énormément de choses à souligner sur ce premier tome de The Plot, si ce n’est sa correcte exécution et un mystère qui donne envie d’être découvert.

****·Comics·East & West·Nouveau !

Big Girls

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Récit complet en 144 pages, écrit et dessiné par Jason Howard. Parution le 01/04/2021 chez 404 Comics

You are beautiful

Le monde tel qu’on le connaît s’en est allé (encore!). Un virus protéiforme nommé « le Mega Organisme » s’est attaqué aux enfants, notamment aux mâles, pour en faire des monstres dont la difformité n’a d’égale que la taille. Ces créatures, que l’on surnomme les « Jack« , ont ravagé la planète, obligeant les survivants à se retrancher au sein de zones sécurisées, dont la plus grande est la Réserve

Toutefois, aucun rempart, aucune muraille ne saurait retenir ces colosses destructeurs. La seule arme viable, ce sont les Big Girls, des femmes touchées par le Mega Organisme, ce qui leur confère une taille gigantesque, préservées des horribles mutations grâce à leurs gènes XX. Emberline, jeune fille de la campagne, est découverte enfant par l’officier Tannik, qui en la recrutant l’emmène à la Réserve, loin des siens. Là bas, elle est entraînée et conditionnée à repousser toutes les attaques de Jacks, aidée dans sa tâche par deux autres guerrières géantes, qui forment le seul rempart entre les humains et l’anéantissement. 

Malgré les ravages causés par ces monstres, Ember ne peut s’empêcher de ressentir la tragédie des Jacks. Enfants innocents, leur seule alternative est d’être supprimé par Tannik et ses hommes ou de se transformer en géant sans âme. Sans-âme ? Ember se pose souvent la question, car, en observant de plus près leurs comportements violents et destructeurs, il semble à la jeune femme que quelque chose cloche, comme s’il y avait encore quelqu’un sous la carapace mutante… 

Attack of the Fifty Foot Woman

Jason Howard, que l’on connaissait jusque-là pour The Astounding Wolf Man et Trees, construit un récit au pitch délirant mais basé sur des thèmes sérieux et d’actualité. En effet, depuis quelques années maintenant, il est devenu nécessaire de mettre en lumière les écarts de l’engeance masculine, et les tourments qu’ils causent à la Femme. Pour cela, Howard met en place une métaphore, certes pas très subtile, mais qui a le mérite de la clarté: les Hommes sont des monstres dont la violence a ravagé les sociétés, et seules les femmes peuvent se dresser face à eux pour espérer les endiguer. Et, vous ne l’ignorez pas, ajouter des géants est un facteur instantané de coolitude pour n’importe quelle histoire (je vous invite d’ailleurs à vérifier, allez-y ! Imaginez du géant dans n’importe quelle histoire, et vous verrez !)

En lisant le pitch, j’ai immédiatement pensé au hashtag #éduquetonporcelet, qui avait suivi le fameux (et nécessaire) #balancetonporc. Ce hashtag laissait entendre, malheureusement, que les dérives dénoncées par BTP étaient la résultante de traits intrinsèques au genre masculin, et que, si certains hommes sont bel et bien des porcs, alors les garçons, qui ne sont finalement que des hommes miniatures, ne peuvent être considérés que comme des futurs porcs en puissance. L’ajout de la notion d’éducation vient instaurer la célèbre dichotomie de l’inné contre l’acquis, ce qui présuppose qu’un garçon nait avec des caractéristiques violentes et sexistes, et que seule une éducation adéquate permettra de le sauver des affres du sexisme. Si on poursuit le raisonnement, il apparaît que le #éduquetonporcelet vient planter l’idée que la bonté et la décence ne peuvent être que les fruits d’une éducation propice et en aucun cas de qualités intrinsèques à l’individu. 

Howard, pour en revenir à notre sujet, ne fait pas l’écueil de la généralité dans son Big Girls. Tous les jeunes mâles ne se transforment pas en monstres, mais ceux qui le font sont soit éliminés, soit ostracisés pour ne vivre qu’en marge de la société. Il faudra alors à Ember toute la bonne volonté du monde pour faire éclater la dérangeante vérité autour des Jacks et du Mega Organisme, et instaurer un nouveau paradigme qui inclut ces êtres, certes dangereux, mais toujours humains. Outre la place de la Femme et les dangers induits par les comportements masculins, l’intrigue de Howard nous met en garde contre les dérives belliqueuses (tient, encore une résonnance avec l’actualité…) et les modes de pensée sectaires qui les accompagnent souvent.

Chaque personnage a de bonnes raisons pour agir comme il le fait, et le tout s’imbrique toujours adéquatement dans les thématiques de l’auteur (Tannik qui chasse les Jack pour des raisons personnelles en mode Achab tout en prétendant servir l’intérêt général, Ember qui doute de plus en plus de son crédo, Gulliver qui se sert des Jack, etc).

Big Girls est donc plus qu’un prosaïque divertissement, il nous interroge sur les fondements de notre société et nous pousse à les remettre en question. Le tout avec des GÉANTS.

 

***·BD

VilleVermine

La BD!

Diptyque de Julien Lambert, paru en 2018 et 2019 aux éditions Sarbacane

Pas de pitié dans la Cité

VilleVermine est un endroit anonyme, crasseux et tentaculaire, comme seule peuvent l’être les mégapoles modernes. Dans cet étouffant marasme, Jacques Peuplier vivote grâce à un commerce bien particulier qui met à profit un don qui ne l’est pas moins. En effet, Jacques a l’étrange faculté de parler aux objets, qui lui répondent et peuvent ainsi lui livrer de précieuses informations, dont il se sert pour retrouver d’autres objets perdus par leurs propriétaires. 

Solitaire et taciturne, Jacques ne noue de relation qu’avec les objets qu’il a secourus, se tenant bien à l’écart des autres humains qui l’entourent. Un jour, il est recruté pour retrouver la fille Christina Monk, fille innocente d’un clan de mafieux régnant sur les bas fonds de VilleVermine. Durant ses investigations, Jacques va croiser la route d’hommes-mouches, d’une troupe de gamins des rues et d’un scientifique fou nourrissant de terribles desseins, ce qui va mettre à l’épreuve ce qu’il a de plus précieux au monde.

Objets perdus et âme retrouvée

Dans son VilleVermine, Julien Lambert développe un univers sombre et poétique à la fois, en nous entraînant dans les affres de l’urbanisme galopant et de la déshumanisation qui en découle. En effet, dans la ville géante et moribonde de l’auteur, les gens se font rares, les rues sales et oppressantes n’étant occupées que par des détritus avec lesquels le héros converse. Les seules silhouettes humaines que l’on rencontre sont soit marginales (les enfants, façon Sa Majesté des Mouches) soit monstrueusement dévoyées (les hommes volants),  ce qui fait de Jacques Peuplier l’un des derniers bastions d’humanité dans cette cité monstrueuse. Paradoxalement, Jacques s’est retranché et coupé de sa propre humanité, s’isolant avec ses objets pour ne pas avoir à s’exposer à l’authenticité d’une relation humaine. 

La métaphore est filée également au travers de l’antagoniste, dont le but final est de refaçonner l’humanité dans son ensemble. Cependant, cette partie-là du récit est traitée de façon plus mécanique et ne se connecte pas totalement au développement émotionnel du héros. Sur le même point, il aurait été intéressant que l’auteur développe davantage la caractérisation de son héros, afin que l’on comprenne quelle blessure l’a amené à se replier ainsi sur lui-même, ce qui aurait ajouté du poids à son évolution personnelle. Présenté de cette manière, le climax, bien que spectaculaire, ne nous implique pas comme il le devrait.

Quoi qu’il en soit, on constate bien ici la maturation du trait de Julien Lambert depuis Edwin le voyage aux origines. L’artiste impose un style pulp, avec un héros grognon faisant penser à The Goon (le béret en moins) et des décors urbains tout à fait maîtrisés. Un diptyque fort agréable à lire et contenant son lot de poésie et de monstres. 

*****·Manga·Nouveau !

L’Attaque des Titans #33

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Comprend les chapitres 131 à 134 de la série écrite par Hajime Isayama.

Tabula Rasa

Eren l’avait promis, il l’a fait. Après s’être emparé in extremis du pouvoir incommensurable du Titan Originel, le jeune orphelin revanchard l’a utilisé pour déclencher le redouté Grand Terrassement, qui consiste à libérer simultanément tous les titans colossaux qui sommeillaient dans les murs d’enceinte de l’Île du Paradis. Le monde doit faire face une nouvelle fois à la colère des eldiens, sous la forme d’une implacable horde de titans qui piétinent tout sur leur passage. 

Après avoir jugé ce monde qui lui a tout pris, Eren l’a condamné à la ruine et se fait désormais le bourreau de sa propre sentence. Transformé en une créature lovecraftienne comme on en avait rarement aperçu dans le manga, il préside à son armée de titans, rasant l’empire Mahr sans broncher. Les seuls qui semblent être en mesure de le stopper sont un petit groupe constitué d’amis et d’anciens adversaires, parmi lesquels Armin et Mikasa, ses amis d’enfance, Hansi, Livaï et Conny, compagnons d’armes, puis Reiner, Peak et Annie, trois guerriers Mahr d’origine eldienne, eux aussi détenteurs de titans primordiaux. 

Cet escadron hétéroclite et autrefois ennemi s’est décidé à collaborer, non sans quelques grincements de dents. Ils ont du affronter, dans le tome précédent, les forces eldiennes partisanes d’Eren et de sa croisade. Ensemble, ils sont parvenus à quitter l’île, dans le sillage du Grand Terrassement, et espèrent aborder leur ami par la voie des airs afin de le faire changer d’avis, ou le cas échéant, l’abattre. Mais est-il seulement possible de vaincre un être aussi puissant et résolu qu’Eren avec un hydravion et quelques bombes ?

Guerre Fratricide

Fidèle à sa formule, Hajime Isayama nous offre un dosage parfait entre suspense et réflexion, grâce à un jeu d’alliance et une situation complexe dont les rouages ont été savamment mis en place dans les tomes précédents. L’auteur confronte encore une fois les points de vue autour de sa thématique de la liberté, et du cycle de violence inhérent à l’histoire humaine. Eren aura été de bout en bout un protagoniste fascinant, dont l’évolution est à la fois tragique et parfaitement cohérente.

Dans ce 33e tome, malgré les mesures extrêmes qu’il vient de prendre, il nous est encore donné de voir les doutes qu’il a pu avoir, et les éléments qui ont influencé son choix final. La cohérence thématique est encore de mise, puisqu’en chantre de la liberté, il laisse à ses amis celle de venir l’arrêter, alors qu’il aurait le pouvoir de faire taire, grâce à l’Originel, toute opposition parmi les eldiens. 

Coté intrigue, la tension atteint son paroxysme grâce à cet assaut désespéré et aux mille façons qu’il aurait d’échouer. Obstacles, sabotages, sacrifices, tout est mis en place pour maintenir le lecteur scotché en attendant le dénouement. L’affrontement fratricide n’en est donc que plus déchirant, surtout quand on regarde du côté des intrigues secondaires (Annie, Falco et Gaby) qui vont forcément converger pour le grand final. 

Comme vous vous en doutez, attendre le dernier tome confine à la torture, et il n’est pas question d’aller se spoiler !

***·Comics·East & West·Nouveau !

Year Zero #1

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Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.