****·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Huntr #2: la Brousse

Second tome de la série écrite par Sarah Morgan, Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Publication chez Albin Michel le 05/01/2022.

Retour au bercail

Après avoir fait leurs preuves de chasseurs de xémons, Morgan, sa colocataire Annie, son ami d’enfance Van et le doux rêveur Mitch sont désormais associés dans la chasse aux monstres afin de préserver les habitants de la Bulle. Mandatés par Bonnie, directrice de Tandem, le groupe se prépare à faire une excursion dans la Brousse, le monde hostile empli de monstres extraterrestres, afin de remettre la main sur une pierre radioactive extrêmement dangereuse, subtilisée par le père de Morgan, un survivaliste de la Brousse qui a appris à Morgan tout ce qu’elle sait.

Mais si la chasse aux monstres au sein de la Bulle n’était déjà pas une partie de plaisir, survivre à la Brousse relève du défi ! Nos quatre joyeux drilles seront-ils à la hauteur ? Et plus inquiétant encore, peut-on faire confiance à Tandem ?

Changement de décor pour ce second tome de la comédie d’action concoctée par Sarah Morgan et Jordan Morris. Après avoir exploré le cadre urbain de la Bulle, les auteurs plongent ainsi notre quatuor de héros hipsters en pleine nature hostile, revisitant par la même occasion le passé de Van et Morgan.

C’est donc l’occasion pour la protagoniste de se confronter à son père et aux valeurs qu’il lui a inculqué, approfondissant ainsi son background. Les interactions entre les personnages sont tout aussi savoureuses que dans le tome 1, et les séquences de combat toujours aussi divertissantes. On est donc dans la continuité du premier tome, parfait mélange entre comédie et action, mais les auteurs n’oublient pas d’incorporer un message critique sur les travers de la start-up nation et de ses codes.

Considéré dans sa globalité, Huntr est donc une vraie réussite, foncez, vous ne serez pas déçus !

Comics·Nouveau !·East & West·**

3Keys #1

Premier tome de 144 pages, écrit et dessiné par David Messina. Parution en France aux éditions Shockdom le 14/01/2022.

Les Grands Anciens, c’est plus ce que c’était

Randolph Carter, le voyageur du Multivers, est parvenu, au cours de ses aventures, à entrer en possession des trois Clés d’Argent, trois armes capables de vaincre les Grands Anciens et leurs innommables rejetons. Après s’être volatilisé, ces armes semblaient perdues, mais elles ont été retrouvées par les trois derniers guerriers d’Ulthar. Ces armes ne pouvant être utilisées que par la lignée des Carter, les trois guerriers se sont séparés, pour retrouver les trois dernières descendantes de Randolph, et ainsi les seconder dans la tâche ardue qu’est la défense du Multivers.

Sacrés arguments de vente

En effet, les Grands Anciens sont de retour, et la Contrée du Rêve, dont sont issus les trois guerriers, a été ravagée. Peu à peu, les monstres s’insinuent dans notre réalité, en passant pas les rêves et les cauchemars des humains, qui sombrent peu à peu dans la folie. Il est donc urgent pour les cousines Carter d’intervenir ! Mais Noah, accompagnée de son mentor Theon, n’a pas toujours la tête à combattre des monstres…

Le dessinateur italien David Messina s’est fait connaître dans l’industrie du comics, chez Marvel, DC, IDW Publishing, avant de se lancer en tant qu’auteur complet avec 3Keys. En guise de worldbuilding, il reprend le mythe de Cthullu, en y ajoutant des guerrières sexy et des hommes-tigres, pour créer un univers décalé.

Néanmoins, si l’aspect graphique est indéniablement sublime, avec une maitrise évidente du trait et des postures, des créatures bien travaillées et des scènes d’action, il paraît clair que l’écriture ne suit pas. La mise en scène, passable par moments, ne sert en rien l’intrigue ni l’évolution des personnages, qui est ici quasi inexistante. Ce point ne serait pourtant pas rédhibitoire si le second degré et l’aspect cartoon étaient plus assumés, voire outranciers. Ici, on se retrouve avec un duo certes improbable, mais dont la dynamique tombe un peu à plat. L’héroïne badass et (trop) sûre d’elle peut être un atout, voire une base solide pour un arc narratif intéressant, mais ici, l’auteur ne semble pas saisir la pleine mesure des enjeux de son récit et passe vite d’une scène à l’autre, éparpillant d’autant plus l’intérêt du lecteur.

Cela donne donc des scènes d’action parfois brouillon, quelques tentatives d’humour qui ne font pas toujours mouche, et bien entendu, des retournements de situation pour lesquels on peine à trouver du sens.

Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur ce 3Keys, si ce n’est qu’il contenait tous les éléments d’une recette efficace, mais que l’auteur n’a pas eu les moyens entiers de sa politique. On peut donc proposer l’octroi de deux Calvin, éventuellement un troisième pour les fans de Lovecraft et pour la qualité des dessins.

BD·Nouveau !·***

Dans le ventre du dragon #1: Udo

Premier tome de 54 pages d’une trilogie écrite par Mathieu Gabella, dessinée par Christophe Swal et mise en couleurs par Simon Champelovier. Parution chez Glénat le 23/02/2022.

L’aventure intérieure

Il y a bien des siècles, le héros Siegfried terrassa le dragon Fafnir, armé de son courage et de son épée. Mais cette victoire, dit-on, eut un prix. Tenté par les vaines promesses de la créature, Siegfried conclut un marché avec elle, promettant de l’épargner en échange d’un grand pouvoir qui le rendrait invincible face aux dragons.

Siegfried n’avait semble-t-il pas lu toutes les histoires qui nous mettent en garde contre les voeux que l’on est tenté de faire, si bien que son souhait s’est retourné contre lui d’une cruelle façon. Sous l’influence de la magie de Fafnir, Siegfried est bien devenu invincible face aux dragons, mais ce pouvoir l’a transformé en escogriffe difforme et s’est transmis depuis à tous ses descendants, qui sont de facto devenus de redoutables chasseurs.

Udo Von Winkelried use lui aussi de ce don familial pour perpétuer la tradition. Un beau jour, il est convié au château d’un certain Phylogène d’Esquamate, un savant qui consacre son temps à l’étude des dragons comme l’avaient fait ses parents. Ce dernier a un plan dont l’ambition est inversement proportionnelle aux chances de succès. Aidé de Wei, un pirate chinois capable de dresser les petits dragons, Phylogène compte traquer le plus grand de tous les dragons marins jamais répertorié. Comme la cuirasse de ce monstre est quasi impénétrable, l’équipe devra le tuer de l’intérieur, et donc, se faire avaler au préalable. Face à la perspective de terrasser un tel ennemi, et séduit par la promesse de montagnes d’or issues de la dépouille, Udo s’embarque lui aussi pour cette périlleuse mission. Mais c’est bien connu, aucun plan ne survit au contact de l’ennemi…

Swallowed Whole

Le dragon est une figure mythique incontournable, présente dans de nombreuses cultures et porteuse de symboles très divers. En occident, le dragon représente plus généralement des forces obscures et chtoniennes, des pulsions mortifères et négatives combattues par de vertueux héros. Empruntant leur caractéristiques aux reptiles ils ont marqué l’imaginaire jusqu’à aujourd’hui, et ce n’est visiblement pas près de s’arrêter.

Dans l’univers imaginé par Mathieu Gabella, les dragons sont métamorphes, et leur corps produit toutes sortes de matières précieuses, comme des joyaux en guise d’excréments, ou une mue qui se change en or. L’avidité dont on affuble généralement les dragons a donc changé de camp, puisque ces créatures féroces et agressives sont traquées pour les richesses que leur capture promet aux hommes. L’auteur prend donc son temps pour distiller toutes les informations nécessaires à la bonne exposition de son intrigue, pour introduire tous ses concepts et ses personnages principaux.

Règle n°1 du héros nordique: Toujours se fier aux promesses de pouvoirs faites par un reptile géant.

On aurait pu s’imaginer au premier abord que l’intrigue aurait la même structure qu’un film de casse (un caper en anglais), qui commencerait par le recrutement de l’équipe, la préparation du plan puis son exécution, avec la partie consacrée à l’improvisation ou à la révélation d’éléments connus des personnages mais pas du lecteur et qui expliqueraient le succès final de l’opération (structure typique des films Ocean’s Eleven/Twelve etc). Ici, l’auteur semble prendre une autre voie, et démarre son premier tome avec le plan déjà établi, et l’équipe quasiment réunie à l’exception d’Udo, et se ménage de la place pour des flash back qui viennent enrichir le passé du protagoniste, dépeignant l’effet de la malédiction de Siegfried sur ses descendants. Puis, une fois la mission lancée, l’auteur nous emmène dans les entrailles de ce Léviathan et nous conduit de surprise en surprise, promettant en fin d’album une aventure épique mais éloignée des codes du récit de braquage.

On ne peut donc s’empêcher de penser à des récits tels que Jonas et la Baleine dans l’Ancien Testament, qui semble être l’exemple le plus ancien de ce type de ressort dramatique (si l’on excepte Cronos et ses enfants dans la mythologie grecque, nulle mention n’y étant faite du point de vue des olympiens à l’intérieur du Titan, alors que l’épreuve de Jonas est décrite de son point de vue après qu’il ait été avalé), ou encore le film l’Aventure intérieure, où le héros explore un corps…de l’intérieur.

L’album est de bonne facture, tant narrativement que graphiquement, on attend donc la suite prévue pour le mois de mai 2022.

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Huntr #1 La Bulle

Premier tome de 123 pages, du diptyque écrit par Sarah Morgan et Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Parution chez Albin Michel le 01/09/2021.

Monde Sauvage

Fairhaven a tout d’une bourgade tranquille: des rues paisibles, des habitants aimables et souriants, un parc pour faire son jogging… et de terribles Xémons au crocs acérés qui ne rêvent que de vous mordre sauvagement à la jugulaire. Car voyez-vous, Fairhaven est en réalité situé dans ce que l’on nomme la Bulle, un espace protégé au milieu d’une planète à l’environnement hostile, colonisé par les humains.

Et il se trouve toujours une créature ou une autre pour trouver une brèche et s’introduire dans la Bulle. Ce matin-là, Morgan fait son petit jogging quotidien lorsqu’un Xémon surgit entre elle et un joggeur-slash-dragueur-importun. Qu’à cela ne tienne, Morgan ne cède pas à la panique, mais laisse plutôt parler ses réflexes de chasseuse. En effet, ayant grandi dans ce que les habitants de la Bulle nomment la Brousse, la jeune femme est clairement familière de ce genre de chose.

Néanmoins, elle ne souhaite qu’une chose: laisser derrière elle cette partie pénible de sa vie et mener une réconfortante routine, même s’il lui arrive de braconner les carcasses de Xémons qu’elle tue pour en extraire des composés chimiques utiles à la fabrication de drogues de synthèses avec sa colocataire Annie.

Le reste du temps, Morgan se contente de son petit boulot alimentaire, lorsque sort sur le marché l’appli Huntr, sur laquelle il est possible de trouver les chasseurs de Xémons les plus proches de chez soi pour une mission express. En somme, un mélange entre UBER et une société de dératisation.

C’est ainsi que Morgan fait la connaissance de Mitch, chasseur en herbe maladroit mais attachant, et qu’elle va retrouver son amour d’antan Van, issu tout comme elle de la Brousse. La concurrence est rude, la chasse est ouverte !

Start-up vs aliens

Sorti discrètement en France chez Albin Michel, Huntr est une bonne surprise issue du talent de l’écrivaine britannique Sarah Morgan secondée par l’auteur américain Jordan Morris. Mêlant avec humour chasse aux monstres et regard satirique sur le monde capitaliste, le duo parvient à livrer un premier tome d’ouverture très accrocheur. Les enjeux du récit ainsi que les éléments relatifs au worldbuilding sont posés sans aucune lourdeur et de façon dynamique, grâce à une galerie de personnages résolument millenials.

Les auteurs injectent donc dans leur récit des thématiques sérieuses, comme la quête de soi dans un monde hostile et en perte de sens, et parviennent à les rehausser en dressant le portrait de jeunes aux personnalités originales, excentriques et geeks en phase avec le monde d’aujourd’hui. Les références à la pop-culture sont donc omniprésentes, et sont même le prétexte à quelques vannes savoureuses entre deux bastons contre des monstres mutants.

Les auteurs n’oublient pas non plus d’imposer un certain rythme à leur récit, qui ne se contente pas d’aligner les séquences de chasse de façon aléatoire, comme pourrait le faire une simple chronique. Ils y sèment au contraire les graines d’un conflit à venir, un conflit qui promet d’être intéressant à suivre car prenant racine dans une opposition idéologique.

Humour, sujets de société, bastons contre des monstres, vous l’aurez compris, Huntr est une sortie discrète, la manquer vous serait préjudiciable.

***·Comics·East & West·Nouveau !

Redfork

Histoire complète en 160 pages, écrite par Alex Paknadel et dessinée par Nil Vendrell. Parution aux US chez TKO Studios, publication en France chez Panini Comics le 23/03/2022.

Boule(s) de suif meurtrière(s)

Après une longue peine de prison, Noah revient dans sa ville natale de Redfork, retrouver ses proches et tenter de s’amender pour ses erreurs passées. Ce que peu savent, c’est que Noah est tombé à la place de son frère Cody, qu’il a couvert pour le meurtre accidentel d’un docteur durant un cambriolage.

Noah et Cody à l’époque, cherchaient chez le bon docteur quelque chose de suffisamment fort pour se défoncer, comme une majorité de jeunes à Redfork. Huit ans plus tard, la situation n’a pas véritablement changé, les aiguilles passant de bras en bras pour distribuer du bonheur artificielle, directement dans la veine.

Désormais clean, Noah espère renouer avec sa famille, notamment son ex Unity et leur fille Harper, dont Cody a pris soin du mieux qu’il pouvait en allant travailler dans les mines de charbon exploitées par Amcore. Alors qu’il vient juste de revenir, Noah assiste à un accident dans la mine, un coup de grisou qui provoque l’effondrement de plusieurs galeries et la mort de tous les mineurs, à l’exception de Cody, qui est remonté avec l’aide d’un mystérieux inconnu. Alors que Redfork est déjà ravagée par les luttes de classes et le fléau de la drogue, un mal qui aurait du rester enfoui va resurgir et transformer la ville à jamais…

Ville tentaculaire (littéralement)

Une bourgade isolée, une jeunesse désabusée, un secret industriel et des monstres enfouis, vous connaissez la chanson. La partition était exactement la même sur Immonde ! le mois dernier, pour un résultat plaisant mais qui aurait pu aller plus loin dans son bestiaire et dans ses effets horrifiques.

Ici, l’angle abordé concerne également des problématiques sociétales et humaines, en l’occurrence la lutte ouvrière et l’addiction. Cela permet à l’auteur de creuser son propos et ses personnages, en faisant de l’élément surnaturel un catalyseur de leurs problématiques internes.

Sur la forme, on retrouve une structure similaire à celle des Sermons de Minuit (Midnight Mass), en cela qu’un personnage de prêcheur va « convertir » les habitants d’une ville à sa foi monstrueuse dans une créature d’outre-monde, avec une première phase de miracles, puis une seconde phase de body horror.

D’ailleurs, les amateurs de gore seront servis, avec ce qu’il faut de barbaque humaine malmenée dans ses fondements. Les effets gores sont tout à fait palpables, grâce au style réaliste de Nil Vendrell et aux couleurs bien choisies de Giulia Brusco. Sorti de façon presque confidentielle chez Panini, qui avait pourtant mis le paquet pour la promotion des autres titres de TKO Studios, Redfork est un récit horrifique de bonne facture, qui aurait sans doute mérité un fin un peu plus vicieuse, mais qui opte pour une conclusion douce-amère.

****·Comics·East & West·Nouveau !

Ultraman: les origines

Premier tome de 144 pages de la série Marvel écrite par Kyle Higgins et Mat Groom, et dessinée par Francisco Manna. Parution en France le 06/04/22 chez Panini Comics.

« Gaffe où je mets les pieds… »

Sur les épaules des géants

Vous ne le savez sans doute pas, mais notre monde est foutu. Enfin, pas tout à fait, disons plutôt qu’il est au bord d’un gouffre intersidéral d’où se déversent sans discontinuer des hordes de kaijus, des monstres géants qui ne rêvent que de piétiner rageusement toute zone habitée par des petits êtres insignifiants qu’on appelle des humains, qui agitent leurs bras pathétiques et impuissants alors que leur monde s’embrase.

Bien heureusement, le commun des mortels n’est pas au fait du danger, et peut continuer sa vie paisible et relativement courte sans se soucier de rien d’autre, grâce aux héros de la PSU, la Patrouille Scientifique Unie. Chaque jour, nos agents de la PSU se lèvent de leur petit lit et trouvent en eux la résolution de combattre ces monstres, grâce à une technologie avancée qui leur permet de lutter efficacement et en toute discrétion.

Depuis qu’elle a réussi le concours d’entrée, Kiki Fuji est cantonnée au Quartier Général, et se contente d’essayer de comprendre comment fonctionnent les armes de la PSU, sans parvenir à grand chose. Personne ne peut lui révéler la provenance de cette technologie, mais l’astucieuse Kiki commence à subodorer quelque chose de singulier derrière tous ces mystères. Un jour, elle est conviée en intervention, et ne doit son salut qu’à l’intervention impromptue de Shin Hayata, son meilleur ami casse-cou qui aimerait bien se la jouer lui aussi Men In Black. Malheureusement, Shin n’a pas réussi le concours d’entrée et ne peut donc pas rejoindre l’effort collectivement secret de lutte contre les kaijus.

Cependant, un concours de circonstances fait qu’il est appelé pour intervenir avec Kiki sur les lieux d’un crash, qui rappelle celui qui a eu lieu en 1966 et qui a coûté la vie au meilleur agent de la PSU. Shin va alors commettre une erreur qui pourrait mettre en danger la planète entière, en blessant mortellement un allié inattendu alors qu’il s’extirpe de son vaisseau. En faisant la rencontre de cet être céleste nommé Ultra, Shin va devoir mettre sa vie en jeu pour le sauver et réparer son erreur. Ce faisant, il endossera une responsabilité bien plus grande que ce qu’il aurait pu imaginer et devenir Ultraman, dernière ligne de défense de la Terre face au kaijus !

La taille, ça COMPTE !

Ultraman est une icône pop de la culture nippone, un précurseur du genre Tokusatsu, créée par Eiji Tsuburaya en 1966. Cette série télé feuilletonesque a initié le format du « monster of the week« , dans lequel chaque épisode est une histoire auto contenue mettant en scène un antagoniste différent. Ultraman est donc en quelque sorte le premier superhéros japonais, et il est intéressant de noter qu’Eiji Tsuburaya est également connu pour avoir co-crée le célèbre Godzilla.

Le personnage rouge et blanc, sorte de titan qui affronte des monstres géants, a été décliné en dessins animés, en mangas, et en série, la dernière en date étant diffusée sur la plateforme au grand N rouge. Face à une telle icône pop, que vaut cette adaptation chez Marvel ?

Eh bien, il faut avouer que le pari est sensiblement gagnant, grâce au travail des scénaristes, qui parviennent à recréer une dynamique intéressante entre le protagoniste humain et son binôme venu des étoiles. Toutes les composantes de bases du personnage se retrouvent donc dans le comic book, à commencer par la fusion entre les deux héros. Il faut noter cependant que la tendance est ici renversée par les auteurs, car initialement, c’était Ultra qui, responsable de la mort de Hayata, le ressuscitait en fusionnant avec lui. On retrouve aussi la fameuse limite de temps, qui ne donnait dans la série télé que 3 minutes à Ultraman pour vaincre son ennemi, sous peine de voir son énergie vitale disparaître.

Ce premier volume de Rise of Ultraman offre aussi des révélations métas sur la nature véritable des kaijus, qui ne sont pas sans rappeler leur signification réelle et sur le plan artistique. La présence d’Ultra, un être issu d’une civilisation très avancée, est l’occasion de regarder de haut nos travers humains, avec tout de même un espoir de rédemption, procédé également utilisé dans Renaissance, que nous chroniquions le mois dernier.

Sur le plan graphique, Francisco Giuseppe Manna s’en sort avec les honneurs grâce à un trait moderne et agréable qui emprunte ce qu’il faut aux codes du manga sans en faire trop. Entre batailles spectaculaires contre des monstres géants, clins d’oeils et références à la série d’origine et modernisation du mythe, ce premier tome ouvre correctement le bal, et nous rappelle que la sortie d’Ultramega chez Delcourt est pour très bientôt.

***·BD·Nouveau !

Immonde !

Histoire complète en 233 pages, écrite et dessinée par Elizabeth Holleville. Parution chez Glénat le 12/01/2022. Lecture conseillée à partir de 16 ans.

Horrifique nostalgie

Morterre est une petite bourgade comme en voit très souvent dans les récits de genre: isolée, et pourvue d’un nom qui devrait faire fuir toute personne censée. Pour Jonas et Camille, Morterre représente toutefois la seule perspective d’avenir. Pour tuer le temps en dehors du lycée, les deux ados regardent des films d’horreur et tournent des canulars vidéos qu’ils diffusent sur internet. Leurs parents, comme l’essentiel de la population d’ailleurs, travaille au sein de la grande usine d’Algemma, à côté du site d’extraction du tomium, un minerai radioactif servant désormais à alimenter les centrales nucléaires.

En résumé, Algemma fait vivre Morterre, dans un équilibre nécessaire auquel tout le monde semble contribuer. De son côté, Nour, qui ne se remet pas du décès de sa mère, emménage avec son frère, et son père et va se lier d’amitié avec le duo marginal. Mais tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît à Morterre, car l’Agemma semble cacher bien des choses à ses employés, à commencer par les effets du tomium sur la population…

Teenage wasteland

La nostalgie est ce qui transparait en premier à la lecture d’Immonde ! d’Elizabeth Holleville. D’emblée, la comparaison avec des classiques comme les Goonies ou d’autres œuvres traitant du désarroi adolescent, saute aux yeux du lecteur, comme avec des séries comme Stranger Things. Le scénario emprunte donc çà et là l’essentiel de ses éléments pour construire un tout fleurant résolument le déjà-vu.

Comme on vient de le dire, la petite bourgade dont un groupe d’adolescents se sent prisonnier et dont il s’évade grâce à la pop-culture, est un élément maintes fois traité, mais qui constitue encore aujourd’hui une base solide pour construire un récit d’ambiance. On peut aussi voir du côté des références la conspiration militaro-industrielle, dont l’inconséquence et la cupidité provoquent l’éruption de l’innommable, qui déferle dans les rues de la ville comme un tsunami.

Heureusement que le fond de l’album ne se résume pas à ces éléments de forme, car l’horreur et l’épouvante ne semblent être qu’un habillage pour l’auteure, qui s’en saisit pour mieux traiter en toile de fond des problématiques sociétales et environnementales. En premier lieu, les troubles adolescents et la découverte de soi, mais également l’identité et le genre, ou encore des sujets économiques comme le chantage à l’emploi, font partie des thèmes phares de l’album.

La première moitié s’avère très efficace pour instiller une ambiance pesante et accroître progressivement la tension, avant le réel basculement dans l’horreur pour la seconde moitié.

Néanmoins, on ressort tout de même de cette lecture avec un petit sentiment d’inachevé, car si les thématiques sont visibles et traitées tout au long de l’album, d’autres éléments, mentionnés de façon ostentatoire et donc forcément perçus comme importants par le lecteur, ne sont ensuite pas exploités comme il se doit par l’auteure.

Je prends pour exemple principal les capacités extrasensorielles de Nour, qui sont évoquées mais ne servent en rien le récit, puisqu’elles ne jouent aucun rôle dans la résolution de l’intrigue, qui se serait donc déroulé de la même manière sans cet élément. Il y avait pourtant matière à quelque chose de plus dynamique (cet élément est sûrement inspiré de Eleven dans Stranger Things), mais cela donne finalement l’impression que la scénariste ne savait plus quoi faire de cet élément une fois lancée dans la production du récit.

Il me semble aussi avoir vu des approximations quant au sujet en lui-même (Morterre est un lieu d’extraction de minerai, mais on parle ensuite de traitement des déchets radioactifs, qui sont deux activités différentes et séparées dans le temps, voir cet article qui détaille le tout), qui aurait mérité une meilleurs documentation ainsi qu’une exposition plus détaillée. En effet, si l’un des objectifs est de dénoncer la pollution nucléaire, mieux vaut savoir de quoi on parle. Les autres points qui auraient mérité un traitement plus approfondi, ce sont les différentes mutations provoquées par la radioactivité au sein de la population, qui sont sans lien apparent avec les créatures qui arpentent les galeries de la mine souterraine et qui apparemment résistent aux radiations.

Immonde ! peut donc être rangée dans la catégorie des œuvres citant des œuvres qui sont elles-mêmes des références, ce qui peut provoquer des déperditions en terme de message et de puissance narrative, malgré des thématiques vitales et bienvenues.

****·BD·Jeunesse

Les Sauroctones #2/3

Deuxième tome de 233 pages, de la trilogie écrite et dessinée par Erwann Surcouf. Parution le 18/06/21 chez Dargaud.

Sots-Rock-Tonnes aguerris

Suite, mais pas fin, des aventure des Sauroctones, un trio improbable de jeunes chasseurs de monstres, dans un monde post-apocalyptique déjanté et pétri de références diverses à la pop-culture.

Zone, Jan et Ursti ont échappé à la confrérie des Meuniers, et au terrible Tamarro, qu’ils sont parvenus à vaincre in extremis. Malheureusement, cette victoire s’est faite au prix du barrage de la Rambleur, qui a cédé à l’issue de l’affrontement contre la bête, inondant la vallée au passage. Notre Trio Fantastico, dont on chante désormais les aventures au travers des terres désolées, se remet donc en route, afin de trouver la fusée légendaire qui permettra à Zone de quitter la planète.

Mais encore une fois, l’odyssée loufoque des nos jeunes sauroctones va les mener de charybde en scylla, et mettra sur leur chemin diverses congrégations plus ou moins éclairées, des citées en guerre et bien sûr, des monstres.

Erwann Surcouf transforme l’essai avec ce tome 2 des Sauroctones. Le plaisir de lecture est toujours aussi grand car l’auteur est parvenu à rendre ses protagonistes attachant, au travers de péripéties rocambolesques qui peuvent sembler loufoques mais qui conservent un objectif final très clair. C’est aussi ce sentiment d’assister à une épopée en bonne et due forme qui fait la qualité de la série, et l’attachement vient donc de l’aspect feuilletonnesque, renforcé par le découpage en chapitres, agrémenté des couvertures (diégétiques) des aventures de notre trio.

L’univers des Sauroctones, dont les bases étaient déjà posées dans le premier tome, continue de s’étoffer, grâce aux différentes villes et communautés traversées. L’ensemble a un aspect familier, puisque les personnages évoluent dans les ruines du monde contemporain, ce qui ouvre la porte à moult références visuelles ou textuelles qui donnent immanquablement au lecteur un rôle de « sachant », par opposition aux personnages qui ne saisissent pas le véritable sens de ces icônes. L’investissement du lecteur s’en trouve donc décuplé, puisque c’est bien connu, le lecteur adore être flatté dans son égo !

Plaisanteries mises à part, il est vrai que ce mécanisme aide à l’immersion dans le récit, mais l’on peut regretter que l’univers ne s’étende pas davantage sur le bestiaire prometteur (qui fait penser au très bon Love and Monsters) mais il reste encore à ce stade un troisième tome pour pouvoir apprécier la pléthore de créatures dangereuses et de situations mortelles.

*****·BD

Gung Ho #5: Mort Blanche

BD de Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant. Ce tome 5 comporte 100 pages, parution chez Paquet le 09/06/2021.

Péril jeune

Dans les précédents tomes de la série, on découvrait un monde ravagé par les hordes inextinguibles de rippers, des créatures mi-simiesques, mi-plantigrades qui traquent le peu de survivants qui arpentent encore la Terre.

Pour se protéger, des colonies ont été fondées, afin de regrouper les vivres et les survivants derrière des fortifications à même de repousser les créatures. Dès leur plus jeune âge, les habitants des colonies sont formés au maniement des armes et à la chasse, afin de perpétuer la communauté et augmenter ses chances de survie.

Zack et Archer sont deux orphelins que l’on transfère à Fort Apache, une colonie reculée mais encore préservée, qui n’est pas forcément prête à accueillir les deux rebelles. En effet, si Zack est plus prompt à faire des concessions pour s’intégrer, Archer est une forte tête allergique à toute forme d’autorité, ce qui lui vaut bien vite l’inimitié de Bagster, l’un des gérants de Fort Apache.

Bagster est un homme vil, qui profite de son statut, qui lui octroie la mainmise sur les denrées, pour extorquer des faveurs sexuelles à des jeunes femmes en détresse. Parmi ses victimes, Pauline, toxicomane, qu’il malmène comme bon lui semble dans la plus totale impunité. Pauline se lie d’amitié avec Archer, qui constate bien vite la perfidie de Bagster. Pour se débarrasser de lui, le vieux pervers s’arrange pour faire accuser Archer, ce qui conduit à son bannissement de la colonie. Zack, livré à lui-même, ne croit pas une seconde à la culpabilité de son frère, mais n’ayant pas d’autre choix, il reste à Fort Apache et se lie d’amitié avec d’autres adolescents de la colonie. Pendant ce temps, les hordes de rippers rôdent toujours à la recherche de chair fraîche, et les bannis des différentes colonies préparent un assaut de grande ampleur.

Sa majesté des louches

Si la série Gung Ho s’est démarquée, ce n’est pas par sa prémisse, ni par sa thématique accrocheuse. En effet, vous ne devez pas ignorer la pléthore d’histoires prenant place dans un monde post-apocalyptique, qui sont si nombreuses qu’elles ont fini par former un genre en soi. Certaines, comme The Walking Dead, ont eu un succès tel qu’elles ont laissé une empreinte durable sur le genre. L’aspect feuilletonnant, les dynamiques interpersonnelles et la grande morale voulant que l’Homme sera toujours ce qu’il y a de plus dangereux pour l’Homme, sont donc autant d’ingrédients incontournables que l’on retrouve encore aujourd’hui dans toutes les tentatives qui ont succédé.

Gung Ho peut également subir la comparaison avec d’autres œuvres centrées autour de jeunes personnages dans un cadre apocalyptique: Green Class, Seuls, Créatures, Kidz, les Sauroctones… les exemples ne manquent pas, et pourtant, on ne peut pas nier que Gung Ho sort du lot. Série débutée en 2013 avec un album tous les deux ans depuis, elle a su mettre en scène des personnages attachants et très identifiables, dotés de psychologies complexes toutes en nuances de gris.

Les auteurs, en évitant le manichéisme (sauf peut-être Bagster, qui ne possède bien évidemment aucune qualité rédemptrice. Vous noterez en aparté, chers lecteurs, qu’en fiction, le viol est toujours considéré comme un crime impardonnable et particulièrement monstrueux, les personnages qui s’y adonnent sont par conséquent toujours dépeints comme tels et sans arc narratif de rédemption), rendent leur univers tridimensionnel et donc plus palpable. Certains reprocheront sans doute l’aspect teen drama parfois outrancier, mais il participe selon moi à la thématique principale de l’œuvre, à savoir l’affranchissement de l’autorité par des jeunes en décalage avec leurs aînés.

Ce tome final conserve un plus-value émotionnelle tout en dégageant suffisamment d’espace pour l’action, trouvant ainsi un équilibre qui manque parfois à d’autres séries. Pour poursuivre sur cette fin de série, j’entends assez souvent les lecteurs reprocher l’absence d’explication quant aux causes de l’apocalypse dans ces séries (Walking Dead, Y The Last Man, etc). Si je partage en partie cette frustration, je dois dire qu’elle ne gâche pas nécessairement la cohérence de la série, elle peut même être considérée comme superflue dans certains cas. En effet, tout ce que l’on a besoin de savoir, c’est que le monde est parti en vrille, savoir pourquoi n’arrangera pas le calvaire des protagonistes.

Concernant la partie graphique, le père Blondin vous en a déjà vanté les mérites lorsqu’il a chroniqué les trois premiers albums. Rien de changé par rapport aux précédents albums, la patte graphique est toujours aussi singulière et qualitative, un raison supplémentaire de vous pencher sur cette série !

****·BD·Nouveau !

La Brigade Chimérique: Ultime Renaissance

La BD!

Histoire complète en 260 pages, écrite par Serge Lehman et dessinée par Stéphane De Caneva, assisté de Lou aux couleurs. Parution le 05/01/2022 aux éditions Delcourt.

Aux héros d’autrefois

Après avoir atteint le statut de BD culte il y a de ça une décennie, la Brigade Chimérique fait son grand retour, entre fiction et réalité.

Alors que Carl Von Clausewitz nous soutenait que « la guerre n’est pas un but en elle-même« , Jean-Luc Goddard, lui, nous affirmait que la guerre ne se résumait finalement qu’à une chose: « faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair« . Ce point de vue, qui peut être perçu comme cynique, n’en conserve pas moins une certaine teinte de vérité.

Mais quand la chair visée par la guerre l’utilise pour se transcender, cela donne La Brigade Chimérique, univers étendu arpenté par une galerie de surhommes nés des champs de bataille de la Grande Guerre, entre 1914 et 1918. Métamorphosés par l’aura quasi surnaturelle du radium et des gaz militaires répandus dans les tranchés, de nombreux hommes et femmes se sont relevés, dotés de capacités extraordinaires qui ont fait d’eux des surhommes.

Réunis à L’Institut du Radium par Marie Curie, pionnière française de la science qui a payé de sa vie le besoin de découvertes de l’Humanité, les surhommes ont formé une ligue dédiée à la protection de Paris, de 1918 à 1934. Durant cette période, un étrange quatuor, apparu initialement dans les brumes radioactives des tranchées, a secondé Marie Curie dans sa quête de l’Hypermonde et du salut de Paris: La Brigade Chimérique, composée du Soldat Inconnu, de Matricia, du Baron Brun et du Docteur Sérum. Cependant, du jour au lendemain, la Brigade s’est évaporée sans laisser de trace, contraignant Marie Curie à laisser Paris entre les mains du Nyctalope. Deux décennies plus tard, durant l’entre-deux-guerres, les tensions croissantes entre les différentes puissances, menées notamment le Docteur Mabuse, vont inciter les héros parisiens à faire front de nouveau, cette fois sous la houlette d’Irène Joliot-Curie. Puis une série d’évènements va conduire à la nouvelle émergence de la Brigade, dont on découvrira la véritable nature au fil de la série.

La série nous apprenait ainsi que la Brigade Chimérique était la manifestation des différents archétypes psychiques d’un officier français nommé Jean Séverac, qui échangeait ainsi sa place, façon Captain Mar-Vell, avec ses avatars chimériques. Héros malgré lui, Séverac se sacrifie à la fin de la série afin d’arrêter Mabuse et son gang, qui ne sont rien de moins que l’antithèse de la Brigade et…les avatars psychiques d’un certain Adolf, qui mènera son pays vers le destin que l’on connaît.

Retour aux sources

Alors que l’inévitable spectre de la Seconde Guerre Mondiale s’étendait sur l’Europe, les surhommes, menés par le Golem, choisirent l’exil vers l’Amérique, amputant par là-même la mémoire collective du souvenir de leur existence, qui s’est lentement altéré pour ne laisser que les écrits rédigés par leurs biographes de l’époque. C’est ainsi que des figures historiques furent reléguées au rang de personnages fictifs, comme nous l’explique Lehman au cours de la première série.

Près de 70 ans plus tard, alors que le monde est devenu plus complexe encore, le Professeur Charles Deszniak, dit Dex, mène des recherches sur ce que l’on nommait déjà à l’époque l’Hypermonde, en exhumant des preuves matérielles de l’existence de ces surhommes européens que tout le monde a oublié. Il est alors contacté par Nelly Malherbe, jeune fonctionnaire sous les ordres du Préfet, pour une mission toute particulière: après avoir passé des années à chercher les chimères, Dex va devoir en réunir le plus possible afin de faire face à une menace surnaturelle qui grouille depuis peu dans le métro parisien.

Commence alors une course contre la montre pour Dex, qui va retrouver certaines des icônes d’antan, mais peut-être pas sous la forme qu’il leur connaissait: l’Homme Truqué, Félifax, et même la Brigade. Seront-ils de taille pour affronter des dangers plus grands encore que la guerre ?

Durant la dernière décennie, La Brigade Chimérique s’est taillée une solide réputation, vue comme étant la réponse française aux pontes du comics que sont Watchmen et la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d’Alan Moore. On sent en effet d’emblée la filiation avec Watchmen dans le ton crépusculaire et le discours métafictionnel employé par les deux auteurs. Tout comme le fait Lehman, Moore implémente dans son œuvre une fiction dans la fiction qui vise à brouiller les pistes quant à la nature véritable de l’univers dans lequel se déroule l’action. Et comme dans la Ligue, la Brigade utilise de très nombreux personnages fictifs passés dans domaine public, en les mettant en abîme.

Ces deux similarités structurelles n’empêchent toutefois pas la série de se démarquer, même si cette suite tient davantage du blockbuster vitaminé que de la relecture méta de la figure originelle du surhomme. On peut certes déceler çà et là les multiples références faites par l’auteur à la culture américaine des super-héros, dont il nous a bien expliqué les véritables racines, mais il faut admettre que la mise en abîme est moins profonde que dans le précédent volume.

Une bonne partie de l’album est consacrée à la réunion du groupe, sans grand obstacle à surmonter d’ailleurs, avant que l’histoire n’entre dans le vif du sujet avec la bataille contre le Roi des Rats. Puis on passe dans une dernière partie qui élève les enjeux mais qui tombe littéralement du ciel, ce qui lui donne un aspect quelque peu artificiel.

L’arrivée de l’antagoniste final a certes été préparée en amont, dès les premières pages, mais elle a tout de même des airs de coïncidence, à moins que quelque chose m’ait échappé en première lecture. Là où le premier volume nous surprenait par la nature véritable des antagonistes de la Brigade, en en faisant l’antithèse parfaite du protagoniste, ici, on se retrouve avec une créature qui certes appartient au domaine public, mais qui n’a finalement rien de spécifique à l’intrigue ni aucun lien concret avec les héros.

Le plaisir de lecture reste néanmoins élevé, et c’est aussi du au talent de Stéphane de Caneva, qui accomplit une prouesse avec ces 260 pages au style réaliste, qui empruntent tant au style américain qu’à notre bon vieux découpage franco belge. Le tout offre une lecture résolument cinématique et pourra même séduire les quelques-uns qui n’étaient pas familiers de la première Brigade.

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