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Perdus dans le futur #1: La Tempête

Premier tome d’une série en 4 parties, écrit par Damian et dessiné par Alex Fuentes. Parution le 04/06/2021 aux éditions Dupuis.

Le Breakfast Club voyage dans le temps

Pour Sara, Mei, Driss et Arnold, ce qui devait être une sortie de classe tranquille se transforme bien vite en aventure cauchemardesque, à cause de l’intervention de Piero, la terreur de la classe dont le passe-temps principal consiste à rendre la vie impossible à nos quatre amis.

Il faut bien l’avouer, ces pas-si-joyeux drilles ont tout de cibles faciles si l’on se fie aux critères du Harcèlement scolaire pour les nuls: Sara est victime d’un handicap qui l’oblige à se déplacer en béquilles, Arnold est en surpoids, Mei est une HPI affublée de doubles-foyers et Driss, un peu trop basané au goût de certains. Ils sont donc malheureusement des cibles toutes indiquées pour l’aimable Piero.

En voulant leur faire peur une nouvelle fois, la brute provoque une chute qui les entraine tous les cinq au fonds d’un puits, qui se remplit dangereusement durant la tempête qui frappe les ruines du château que la classe visite. En ressortant, les miraculés s’aperçoivent à leur grand désarroi qu’ils ne sont plus chez eux. Toujours sur Terre, semble-t-il, mais dans un futur hostile où rôdent de dangereuses bêtes ! Nos quatre victimes et leur bourreau sauront-ils mettre leurs différends de côté pour sortir de ce mauvais pas ?

Péril jeune face à vieux templiers

En explorant plus avant ce nouveau territoire, nos naufragés du temps vont s’apercevoir que des humains parviennent contre toute attente à subsister dans cet environnement hostile. En effet, le château était autrefois le dernier bastion des Templiers, qui, traqués et persécutés, ont choisi d’utiliser leurs savoirs pour ouvrir un tunnel temporel qui les emmènerait loin de leurs bourreaux. Le problème, c’est que le tunnel est une voie à sens unique, et que les habitants du village de Templiers ne voient pas leur arrivée d’un très bon œil.

En effet, les conditions de vie difficiles ont contraint les templiers à adopter une philosophie malthusienne, voulant que chaque arrivée dans la communauté soit synonyme d’un départ.

Ce premier tome de Perdus dans le Futur nous plonge prestement dans l’action sans ménagement, pour nous faire ensuite découvrir son groupe de personnages attachants. Bien évidemment, les aventures temporelles rocambolesques ne sont finalement que l’écrin dans lequel ces protagonistes vont pouvoir se développer et renforcer leur liens, et l’on assiste au fil de l’album à la rédemption d’une brute antipathique, laissant entrevoir de belles évolutions sur le reste de la série. On apprécie également les thématiques écologiques en sous-texte, bienvenues dans le cadre d’un récit jeunesse.

Le graphisme est lui aussi résolument orienté jeunesse, et fait des étincelles, notamment grâce aux couleurs. En bref, ce premier tome a pour lui une narration fluide et des graphismes agréables, sous tendues par un réseau de personnages attachants et dotés d’une certaine profondeur. A lire !

***·BD·Jeunesse·Rapidos

Harmony #6: metamorphosis

La BD!
BD de Mathieu Reynès
Dupuis (2021), 2 cycles achevés (6 volumes).

couv_401449Je rattrape mon gros retard sur l’excellente série « jeunesse » Harmony avec ce dernier chapitre du second cycle… qui laisse un peu sur sa faim! Si Mathieu Reynes a montré qu’il savait parfaitement placer des cliffhangers redoutables dans sa série, il semble ici temporiser avec un flashback tout à fait artificiel qui a vocation à nous expliquer (un peu) comment Payne s’est transformé en homme-tigre à la fin du précédent opus. Du coup l’intrigue n’avance pas d’un iota pendant cet intermède et on rate complètement la chute de cycle qui aurait dû nous hyper à mort pour connaître la suite… Si le processus des flashback Harmony - BD, informations, cotess’inscrit très logiquement dans la structure des scénarii de l’auteur, on dira que c’était ici plutôt malvenu sur un sixième tome. Bref. A part ça les qualités de la série sont toujours là à commencer par des planches toujours superbes et qui doivent particulièrement plaire aux ado. C’est hyper référencé (on voit les affiches d’Akira et Avengers dans une chambre d’ado), l’auteur ne se dérange pas avec l’utilisation de noms de marques réelles (tant mieux) et place ses personnages de jeunes dans une relation compliquée avec les adultes. Harmony se retrouve dans cet épisode hébergée dans la famille d’un des chefs de l’organisation mutante et confrontée au fils de ce dernier, un peu couillon, mais qui souhaite entrer en contacte avec cette belle et mystérieuse blonde. On bascule donc totalement en teen-story et ça apporte une fraicheur fort sympathique à la série, avec des grimaces et scènes humoristiques efficaces. Reynès aime jouer avec ses planches et crée des effets visuels très sympa (floutés et autre grain lors de séquences de basse lumière) qui accentuent une mise en scène déjà fortement cinématographique. Et toujours ces couleurs magnifiques! Harmony est une valeur sure qui réussit le petit exploit d’être aussi qualitative pour de vieux briscards que pour des ado à l’univers desquels elle me semble matcher. On commence à voir arriver la conclusion (probablement au prochain cycle soit dans trois tomes) et si la série continue à éviter les fautes de goût à l’heure où les gros pouvoirs risquent de débarquer elle se confirmera comme un must-read!

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Les Avengers des Terres Perdues

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Recueil de 112 pages comprenant les cinq épisodes de la mini-série Avengers of the Wastelands, écrite par Ed Brisson et dessinée par Jonas Scharf . Parution le 17/02/2021 aux éditions Panini Comics.

Les Avengers sont morts, vivent les Avengers

Il y a des décennies, les pires criminels de l’univers Marvel ont pris la meilleure décision de leurs vies: s’organiser à grande échelle, et mettre en commun leurs ressources afin de mettre à bas leurs ennemis jurés. Ainsi, en une nuit, les plus grands héros de la Terre sont tombés, quasiment sans coup férir, laissant l’Amérique aux mains de mégalomanes nazis tels que Crâne Rouge. 

Puis, les vilains se sont partagés les territoires, donnant naissance à un nouvel ordre mondial basé sur les rivalités entre seigneurs de guerre, conduisant le monde à sa ruine. Plus aucun Avenger, plus aucun X-Men ni Fantastique pour les arrêter. Le rêve des super-vilains s’était enfin réalisé, mais le rêve de quelques uns peut vite se révéler le cauchemar de tous. 

Plus qu’aucun autre, Logan a fait les frais de cette catastrophe. Piégé par Mysterio, il a lui-même massacré ses frères d’armes mutants lors de la grande purge des super-vilains. Dès lors, Logan s’est retiré du monde des super-héros, et a pris sa retraite. Bien des années plus tard, alors qu’il a fondé une famille et qu’il fait de son mieux pour survivre, Logan est rattrapé par son passé. Sa famille est menacée par les rejetons dégénérés de Hulk, si bien qu’il doit s’embarquer dans un périlleux road trip avec le vieil Hawkeye afin de la sauver. Après moult péripéties, qui le conduiront à éliminer le Président Crâne Rouge, Logan rentre chez lui pour trouver sa famille massacrée. Ce traumatisme épouvantable va le conduire à faire ce qu’il se refusait jusqu’alors, et sort ses griffes d’adamantium pour massacrer le clan Banner, Bruce compris. 

Old Man Logan, initié par Mark Millar, nous montrait un monde désolé et impitoyable, qui est ici repris, après les mini-séries Old Man Quill et Dead Man Logan. La majorité des héros s’en est sans doute allée, mais elle a vocation à être remplacée par de nouveaux héros, entre nostalgie des temps passés et foi en un avenir meilleur. 

Après la chute de Crâne Rouge, c’est Fatalis qui s’est installé sur le trône, régnant avec la poigne de fer qu’on lui connait. Bien décidé à assurer sa suprématie, il entreprend de retirer de l’échiquier tous ses anciens conjurés, et écrase cruellement tous ceux qui pourraient lui causer du tort. Qui pourra détrôner le tyran sanguinaire ?

Teenage Wasteland

Ed Brisson met au centre de son récit Danielle Cage, fille du super-héros Luke Cage et de la super-détective Jessica Jones. Cette dernière est à la tête d’une communauté paisible de survivants, épaulée par Bruce Banner Jr, seul survivant du massacre causé par le regretté Logan. Non contente d’être la fille de ses prestigieux parents, Danielle est également la dernière détentrice de Mjolnir, le mythique marteau de Thor, ce qui lui permet d’irriguer efficacement les cultures destinées à nourrir le groupe. 

Ce quotidien relativement serein est perturbé par l’irruption de Dwight, successeur d’Ant-Man, dont la communauté a fait les frais de la cruauté de Fatalis. Ensemble, Dwight, Danielle et Bruce Junior vont se dresser contre la tyrannie, forts de l’héritage glorieux des Avengers. Ils seront bien vite rejoints par Grant, un ancien soldat de Fatalis ayant survécu à l’injection du Sérum du Super-soldat, puis par Viv, fille du regretté Vision. Captain, Thor, Hulk et Ant-Man, on peut dire sans se tromper que c’est une bonne base pour une équipe d’Avengers. 

L’idée d’une équipe de jeunes héros succédant aux Avengers n’est pas nouvelle, loin s’en faut. Il n’y a qu’à regarder du côté des Young Avengers, qui réunit de la même façon des personnages jeunes et tous liés aux héros adultes. S’agissant de la trame narrative futuriste, on trouve également A-Next, version adolescente et future des Avengers apparue dans la série Spider-Girl au début des années 2000, ou encore la version que l’on découvre dans Avengers volume 4 n°1. Et il est ici inutile d’évoquer Avengers Forever et son casting méta-temporel. 

Danielle Cage, quant à elle, était apparue en 2006 sous la plume de Brian Bendis. Encore enfant dans l’univers classique, elle a néanmoins bénéficié d’une autre version future dans laquelle elle reprend le rôle de Captain America (Avengers: Ultron Forever). Quelle que soit le futur, il semblerait donc que la jeune Danielle soit appelée à un destin héroïque. Dans ces Avengers des Terres Perdues, il est donc question d’héritage, mais aussi d’espoir et des symboles qui le portent. Les jeunes héros ont donc le choix entre la simple survie où le poids supplémentaire des responsabilités que leur donnent leurs pouvoirs. 

Être à la hauteur de ses aînés est un défi conséquent, surtout quand il s’agit de remettre le monde sur les rails. Le récit est bien construit autour de cette thématique et contient suffisamment de rebondissements pour conserver l’intérêt du lecteur. En revanche, les scènes d’actions peuvent se montrer un tantinet répétitives, mêmes si elles bénéficient d’un dessin de qualité. On aurait aimé voir une progression plus nette dans la coopération des héros, qui auraient pu commencer leur mission de façon dysharmonique pour former peu à peu, au fil du récit, une équipe fonctionnelle. Ce n’est pas vraiment le cas ici, et il est dommage de noter que les combats se ressemblent un peu tous. 

Ces Avengers des Terres Perdues restent une lecture agréable qui prolonge le concept d’Old Man Logan en y apportant une touche d’espoir bienvenue. 

*·Nouveau !

Spider-Man: De père en fils

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Intégrale reprenant les cinq numéros de la mini-série Spider-Man: Bloodline, écrite par JJ et Henry Abrams, dessinée par Sara Pichelli. Parution en France chez Panini Comics, le 17 février 2021.

Appren-Tissage adolescent

Il y a douze ans, l’impensable s’est produit pour Spider-Man: vaincu et mutilé par Cadavérique, un nouvel adversaire qui lui en voulait personnellement, le héros a vu l’amour de sa vie, Mary Jane, périr des mains du monstre. Mortifié par le deuil, Peter s’est éloigné de son fils Ben, qui ignore tout du passé de son père et de la cause du décès de sa mère. 

Ne voyant qu’un père lâche et absent, Ben rumine son mal-être adolescent en rejetant l’image paternelle. Un jour, Ben se découvre de stupéfiantes facultés, similaires à celle du héros arachnéen d’autrefois. Ce sera l’occasion pour l’adolescent d’explorer ses origines et de faire face à son deuil, tout en apprenant le poids des responsabilités. Malheureusement, cette quête initiatique ne fera pas dans la quiétude, car Cadavérique est de retour, plus déterminé que jamais à obtenir ce qu’il désire. 

On ne présente plus JJ Abrams, devenu en quelques années une figure inévitable de la pop culture. Star Trek, Star Wars, Mission Impossible, mais également Cloverfield, le producteur/réalisateur/scénariste a étendu son répertoire jusqu’aux confins de la galaxie Pop, avec plus ou moins de succès. Titillé depuis quelques années par l’envie d’écrire pour la BD, Abrams donne suite à un appel du pied de plusieurs années d’un « senior editor » de chez Marvel pour entamer un récit hors-continuité sur Spider-Man, secondé par son fils Henry. 

Venant d’un auteur prolifique et fin connaisseur du genre, ce récit avait de quoi susciter les attentes les plus élevés en terme de qualité, d’autant plus que l’homme écrit avec son fils un récit évoquant les générations, ce qui promettait une alléchante mise en abyme pleine d’émotion. 

La scène d’ouverture du récit donne le ton en nous faisant assister à une cuisante défaite pour Spider-Man, aux prises avec un colossal homme-cyborg-zombie, qui l’attaque pour des raisons que nous ne connaissons pas encore. Mary Jane est prise entre deux feux, et meurt empalée par le monstre, sans raison apparente. Les funérailles qui suivent sont déchirantes, et permettent d’échanger le point de vue, en passant à celui de Ben, le fils de Peter et MJ. 

Douze ans plus tard, on découvre que Ben a grandi seul avec Tante May, Peter ayant décidé de partir travailler à l’étranger pour le Daily Bugle. Il hait son père pour l’avoir abandonné, et entre dans une phase de rébellion qui le mène à rencontrer Faye Ito. Viendront ensuite les pouvoirs et la découverte qu’en fera Ben avec les aléas prévisibles dans ces situations. 

Le reste du récit sombre ensuite dans la confusion, se concentrant sur une intrigue aux circonvolutions à la fois attendues et déconcertantes. Il y a dans ce De père en Fils un sentiment de dispersion et de futilité qui fait perdre le fil dès le second chapitre. Il est en effet assez difficile, à mon sens, d’écrire des personnages adolescents intéressants tout en évitant l’écueil de les aliéner au lecteur. 

C’est toutefois ce qui se produit ici, car Ben, bien que l’on puisse s’identifier à ses tourments au premier abord, perd vite de sa substance et ne donne alors plus qu’à voir angoisse existentielle et passivité mal employée. Rien n’est juste dans les deuxième et troisième actes, si ce n’est la quête de Ben pour secourir son père, mais même celle-ci est entrecoupée de dialogues maladroits, décousus, et de tartines d’exposition pivotale censées nous éclairer sur les motivations du méchant. 

Le méchant, justement, entre dans la catégorie des « monstres tragiques »  mais ne parvient à aucun moment à émouvoir ni à effrayer, ce qui le rend totalement oubliable. Pire encore, le mystère qu’apportaient les zones d’ombres sur ses motivations, laisse place à la confusion une fois révélées, ce qui tire encore davantage la mini-série vers le bas. Ne parlons même pas de la véritable antagoniste, sorte de boss de fin WTF, qui n’apporte pas grand-chose non plus.

La relation entre Ben et Peter a quelque chose de touchant, en revanche là encore, elle est parasitée par l’intrigue qui peine à tenir debout et un rythme décousu qui ne permet pas de s’attarder réellement dessus.

Le casting semble acceptable à première vue, mais les personnages sont sous-utilisés (Riri Williams) ou employés de façon si maladroite (Tony Stark, Peter Parker) que cela en devient gênant pour la lecture. La palme revient malheureusement à Faye, acolyte/love interest de Ben, qui a tout de la fameuse « Manic Pixie Dream Girl « déjà décrite dans des précédentes chroniques. Certes, elle décrit un intérêt pour les causes sociales qu’elle défend et offre un point de vue intéressant sur le célèbre leitmotiv de Spidey, mais son intérêt semble s’arrêter là, ce qui la réduit à un stéréotype, comme souvent dans des histoires pour les garçons écrites par des garçons, ou encore dans les fan fictions, ce dont relève finalement ce scénario. 

Ce qui ressort de ce fiasco est le terrible gâchis qui est fait des talents de Sara Pichelli, qui fait ici ce qu’elle peut pour rehausser le tout malgré le sabotage en règle des Abrams père et fils. Ce qui est d’autant plus irritant au vu du potentiel que pouvait avoir un comic book écrit par un scénariste et producteur de cinéma.

Spider-Man: De père en fils nous aide au moins à réaliser que talent et succès ne sont apparemment pas liés, en tout cas pas outre-Atlantique. 

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Hella et les Hellboyz #1: Tout droit en Enfer

Premier tome de 48 pages d’un diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Luisa Russo. Parution le 03/03/2021 aux éditions Drakoo.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Hella elle a…

Hasard de calendrier ou stratégie de dumping artistique, on retrouve encore une fois Kid Toussaint pour ce premier tome horrifique, qui nous conte les mésaventures de Hella, jeune adolescente en phase de rébellion. Alors qu’elle dégrade rageusement la voiture de son acariâtre professeur de maths en compagnie de son cher et tendre bad boy Kieran, Hella passe devant la maison située au 21 rue Duroc. Cette sinistre demeure éloigne généralement les curieux, en raison des nombreuses tragédies dont elle fut le théâtre depuis sa construction. Certains la disent même hantée !

Qu’à cela ne tienne, Kieran décide d’y entrer afin de se faire oublier après son méfait, mais il n’en ressortira jamais… Éplorée, Hella va à la recherche de son petit-ami. Quelle n’est pas sa stupéfaction lorsqu’en passant la porte, elle atterrit dans les limbes infernales !

Hella fait donc une double découverte: Comme tous ceux qui s’y sont aventurés avant lui, Kieran est maintenu prisonnier dans les limbes, dont personne n’est capable de s’échapper, hormis…Hella. La jeune fille semble être la seule capable de regagner le monde normal, et donc la seule en mesure de retrouver Kieran. Pour ce faire, elle devra venir à bout de tous les seigneurs des lieux, toujours avant le lever du soleil.

Hell-ène et les garçons

Dans sa quête infernale, Hella saura se dégoter des alliés locaux, notamment trois garçons, Zack, Billy et Tony, prisonniers depuis plusieurs décennies à en croire leur style vestimentaire. Leur présence prolongée dans ces lieux, comme les autres humains, a perverti leur apparence pour faire d’eux des démons, mais leur innocence leur a évité une totale corruption, faisant d’eux des alliés de choix. Ainsi entourée, il ne reste plus à Hella qu’à s’élancer à la poursuite de son aimé pour le libérer des limbes, si elle le peut.

Soyons honnêtes, le titre du nouveau Kid Toussaint interpelle par sa ressemblance avec un certain comic traitant justement des liens de son protagoniste avec l’Enfer… A priori, la comparaison s’arrête là, gageons cependant que le second tome explorera plus avant les origines de Hella afin d’expliquer a)ce nom si particulier, et b)sa faculté à passer à volonté entre Terre et Enfer. L’ambiance est horrifique bien que le ton reste grand public, l’auteur sachant doser les éléments d’épouvante en parsemant le tout de team drama.

Cependant, le scénario s’emballe assez rapidement en plongeant Kieran dans la demeure maudite dès les premières pages, sans prendre le temps d’augmenter le capital sympathie de son héroïne. Avant de séparer les tourtereaux, rien de significatif ne vient nous démontrer leur attachement, si bien que la quête éperdue de Hella ne nous est pas ancrée émotionnellement. L’auteur prend tout de même le temps d’étoffer son personnage principal, mais il aurait été moins préjudiciable à l’intrigue d’axer la recherche sur un membre de sa famille plutôt que sur un petit copain random dont on a pas eu le temps d’admirer les qualités.

Empruntant à la Divine Comédie (voyage dans les différents cercles de l’Enfer) autant qu’à Orphée et Eurydice (le protagoniste va chercher l’être aimé en Enfer) avec une évidente référence structurelle à Saint Seya (un long escalier reliant différents sanctuaires, avec des boss à vaincre à chaque étape), Hella et les Hellboyz reste une lecture sympathique, charge à l’auteur d’approfondir ses personnages grâce à un second tome tout en évitant les écueils promis par la linéarité de la prémisse.

A partir de 10 ans. 

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Folklords #1

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Premier tome de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Matt Smith, qui comprend les 5 premiers épisodes du comic initialement publié par BOOM! Studios. Parution en France chez Delcourt le 03/02/2021.

La quête des quêtes

Ansel n’est pas un garçon comme les autres. Alors que tous les jeunes de son âge se questionnent sur la Quête qu’ils choisiront de mener à bien, Ansel connaît déjà la sienne. Pour lui, point de Toison d’Or, ni de trésor caché, ni de dragon, ni princesse à délivrer. Bercé par ses rêves récurrents, dans lesquels il voit un monde étrange, fait de hauts bâtiments, de charriots sans chevaux et d’engins volants, il ne rêve que de quitter son village pour trouver le « Maître-Peuple » et ainsi découvrir ce monde caché.

Tout serait plus simple pour Ansel si son village n’était pas sous le joug autoritaire des Bibliothécaires, une secte qui bannit la simple mention de ce « Maitre-Peuple ». S’il souhaite mener à bien sa quête, et ainsi trouver des réponses, Ansel va devoir braver l’interdit, ce qu’il fera accompagné de son ami elfique Archer. Leur mission va les confronter au secret le mieux gardé du monde, que tous, elfes, trolls ou gnomes, sont loin d’envisager.

Désenchantement du monde

Sur la route, les péripéties vont s’enchaîner pour les deux héros débutants. Peu rompus aux principes de la quête fantastique, Ansel et Archer vont d’abord rencontrer Laide, une force de la nature qui espère rencontrer le prince charmant qui la soulagera du « sortilège » qui la prive de sa beauté. Mais avant de s’en faire une alliée, il leur faudra échapper au tueur qui sévit dans la Forêt…

Rien d’étonnant à ce que l’on retrouve une nouvelle traduction d’une œuvre signée Matt Kindt, tant ce scénariste a su s’imposer grâce à des séries originales et bien pensées (Ether, Black Badge, Mind MGMT). Avec Folklords, il s’empare des contes de fées et de la fantasy (ce qu’il faisait déjà avec Ether dans une certaine mesure) et provoque un effet miroir qui retourne le paradigme habituel. Ici, ce n’est pas un garçon ordinaire qui va découvrir un monde fantastique, mais un garçon issu d’un monde fantastique qui rêve de notre monde.

Matt Kindt plonge donc son héros dans un abîme de perplexité et sème les graines d’une révélation méta comme les auteurs de comics indé aiment en faire depuis un certain temps. En lisant le quatrième chapitre, j’ai eu l’impression de retrouver le concept développé il y a quelques années par Mark Millar dans son controversé Unfunnies. Bien entendu, Matt Kindt y ajoute sa patte en se détournant in extremis de cette conclusion attendue.

Comme de coutume, Kindt sait travailler ses personnages pour les rendre attachants dès les premiers chapitres. Ainsi, Ansel, a-t-il tout du protagoniste sympathique, ayant tout de même suffisamment de particularités pour ne pas devenir générique. L’auteur altère suffisamment les clichés fantasy pour que chaque concept soit original, ce qu’il devra néanmoins faire pour conserver l’intérêt durant la seconde partie.

La partie graphique de Matt Smith apporte une touche efficace de simplicité à la mise en abyme de Kindt. Son trait à des similitudes avec celui de Duncan Fregedo, qui de façon assez ironique, est aussi présent dans la galerie d’illustrations faisant office de bonus.

Folklords est une aventure exploitant des lieux communs galvaudés pour produire un récit inédit et innovant.

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Elecboy #1: Naissance

La BD!

Premier tome de 62 pages d’une série écrite et dessinée par Jaouen Salaün. Parution le 15/01/2021 aux éditions Dargaud.

Apocalypse How

S’il y a bien une chose que l’Homme réussit à tous les coups, en fiction, c’est détruire la Terre. Dans Elecboy, il y est parvenu une fois de plus, ne laissant à ses héritiers qu’une terre stérile, dans laquelle leurs bas instincts auront le loisir de faire loi. Dans un hameau perdu à la frontière du désert, le jeune Joshua survit comme il le peut.

Son père Joseph, responsable d’un petit groupe, a la responsabilité de trouver de l’eau pour la communauté, ce qui est un défi de tous les instants. Mais, même en pleine crise apocalyptique, il semblerait qu’un adolescent reste un adolescent. Joshua, qui entretient avec son père des rapports délétères, est amoureux de Margot, qui appartient au clan des seigneurs locaux, qui imposent à tous un règne de terreur. 

Cet amour impossible est souvent contrarié par Sylvio, le frère de Margot, brute arrogante qui voit en sa sœur bien plus que des liens de sang. La vie de Joshua n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de privilégiée, et c’est sans compter sur les mystérieuses créatures qui écument la région, tuant tous les survivants qu’elles croisent. Ces êtres, d’apparence vaguement mécanique, semblent être à la recherche de quelque chose, ou de quelqu’un, sur qui elles ne parviennent pas à mettre la main. 

Jaouen Salaün, remarqué jusque-là pour ses collaborations avec le scénariste Christophe Bec, se lance dans sa première aventure solo, avec cette sage fantastique/SF, dont ce premier album pose les jalons de façon plutôt efficace. L’auteur met en place un univers post-apo où la survie de tous est loin d’être garantie, le tout mâtiné d’une ambiance grandiloquente de tragédie. Ce n’est certainement pas pour rien que les antagonistes, le Clan tyrannique qui impose sa loi à la communauté de survivants, porte majoritairement des noms italiens, rappelant ainsi la dynastie décadente des Borgia. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque le patriarche du Clan est une figure mystique proche de celle d’un Pape, tandis que le plus jeune fils nourrit des velléités incestueuses. 

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Post-Apo oblige, Jaouen puise également dans les fondateurs du genre, Mad Max en tête, en utilisant la thématique de l’eau manquante comme moteur pour une partie de son intrigue. Les créatures, dont le design rappelle celui du personnage de l‘Ingénieur dans le comics The Authority, semblent être à la fois divines et mécaniques. J’ai personnellement toujours eu une appétence pour ces thématiques mêlant transcendance et technologie, comme la théorie des anciens astronautes, aussi ce point-là représente-t-il un atout à mon sens. 

A la fin de cet album, le lecteur en saura davantage sur les liens qui unissent les différents protagonistes, les enjeux de leur survie, cependant, le mystère demeure encore quant à cette engeance énigmatique qui semble jouer sa propre survie sur Terre. Gageons que la suite de cette tétralogie saura nous abreuver de ces réponses ! 

Graphiquement, on peut dire que Jaouen a trouvé ici les arcanes de son art, qu’il exprime magnifiquement sur chaque planche, sans fausse note. Le détail des visages et des expressions est saisissant, les décors ne sont pas en reste. On est ici sur une claque visuelle. 

L’avis de Blondin:

Je rejoins Dahaka sur la qualité d’écriture et bien évidemment de dessins de Jaouen qui claquent fort, notamment sur cette séquence d’introduction particulièrement marquante… mais qui garde les promesses un peu trop sous le coude malgré un format assez confortable de soixante pages. Ces incursions SF dans un récit post-apo poussiéreux de Wasteland sont il est vrai rêches et intrigantes mais on sent l’influence (pas forcément pour un bien) de Christophe Bec et sa culture des récits trèèèèèès délayés. Sur un premier tome de mise en place on peut entendre la nécessité de construire des personnages et un univers (sur ce plan c’est fort réussi) mais j’espère sincèrement que l’auteur n’oubliera pas de lâcher le frein dès le prochain volume pour une histoire qui ne semble pas révolutionner la SF mais dont le design et le sérieux de la réalisation sont suffisamment intéressants pour donner envie de poursuivre.

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Ignited

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Comic de Mark Waid, Kwanza Osajyefo et Phil Briones

Les Humanos (2020-2021), 156p./vol., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux  Humanos pour leur confiance.

Tome 1 accompagné d’une très intéressante préface et  d’une post-face du scénariste. Les deux volumes comprennent outre des galeries, des témoignages de victimes de tueries d’établissements scolaires américains.

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Suite à une fusillade dans leur lycée, des adolescents se retrouvent dotés de capacités surnaturelles. Alors que l’Etat s’enflamme autour de la question du port d’armes et de la protection des enfants, les nouveaux héros se rassemblent pour débattre de l’utilisation qu’ils pourraient faire de leurs pouvoirs pour rendre l’Amérique meilleure…

Read Ignited Issue #1 Online Page 14Après avoir expérimenté Omni dans le genre super-héroïque et Nicnevin dans l’horreur fantastique, nous profitons de la sortie du tome deux d’Ignited pour nous lancer dans cette découverte qui enrichit la collection H1 des Humanos. Immédiatement on est marqué par le traitement frontal d’un problème majeur du contrat social américain: le port des armes garanti (selon la frange républicaine) par le second amendement à la Constitution. Le comic n’aborde pas véritablement le débat historico-constitutionnel sur la portée de cet amendement (signifiait-il le droit individuel de porter une arme ou le droit du corps social de se défendre contre un envahisseur?), mais plutôt le conservatisme ancré qui empêche une jeunesse de se développer. On trouve de plus en plus d’ouvrages abordant cette problématique dans les BD, comme le récent Alienated. Si le thème des jeunes héritant de pouvoirs est un schéma ultra-classique il est très intéressant de voir la direction prise assez différente de celle des X-men. Si la grande saga de Marvel a toujours parlé des problèmes de la jeunesse et de la différence, ce n’est pas le propos de Mark Waid qui souhaite résolument affronter le carcan conservateur en pointant du doigt les foires aux armes à feux, les milices spontanées tout à fait tolérées ou les animateurs radio réactionnaires qui agissent comme des gourous à la portée criminelle (… et qui ont trouvé un prolongement inouï avec l’incident de l’invasion du Capitole en janvier dernier sous la poussée du président sortant).

Le déroulé est du reste assez classique et porté par un dessin et une colorisation plutôt élégants (malgré des couvertures loin d’être ce qu’on a vu de plus alléchant en comics…). Le type de pouvoirs et les relations entre les ado ne sont pas non plus hautement révolutionnaires, ce qui crée une certaine banalité, certes agréable, mais pas suffisamment marquante lors de la lecture. Je dirais que la production de l’album est sérieuse, solide mais ne sort pas de la masse des comics correctes publiés toutes les semaines…

Read online Ignited comic - Issue #3C’est donc bien dans le traitement frontal des sujets clivants que les auteurs marquent des points, en conformité avec le projet énoncé du label H1. Ces publications qui restent résolument destinées à un public américain (c’est important pour l’approche que nous européens pouvons en avoir) ont clairement pour objet de ne plus subir la censure ou l’autocensure que les Big Two imposent sur tout ce qui peut créer du débat. On pourra dire que les meilleurs auteurs ont toujours réussi à contourner ces blocages comme celui du Comic code authority autrefois en créant des paraboles bien compréhensibles par les lecteurs. Mais l’évolution récente des comics (notamment dans des projets comme le Black Label qui permet à un Sean Murphy de parler des quartiers pauvres et de la gentryfication) reste surtout ciblée sur les questions sociétales comme le genre ou la culture. Deux sujets pas franchement séditieux aux Etats-Unis, notamment côte Est/côte Ouest.

Sur un format court les auteurs d’Ignited arrivent à disrupter le schéma classique des adolescents à pouvoirs en proposant un propos adulte qui pointe du doigt l’Amérique conservatrice et la religion des armes à feu. Les témoignages de fin d’album, loin d’être anecdotiques appuient le propos en lui donnant une réalité bienvenue. Avec Ignited Mark Waid crée le premier comic de super-héros de gauche en sortant du cadrage fictif bien-pensant. L’essai est transformé et nous donne envie de plus!

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Alienated

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Comic de Simon Spurrier, Chris Wildgoose et André May (coul.)

Hicomics (2020) – Boom! studio (2020), 156p., One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’édition comprend la traditionnelle galerie de couvertures alternatives et trois pages de recherches graphiques de Chris Wildgoose. Jolie couverture qui reflète bien le sujet Edition sérieuse mais rien de particulièrement notable à mettre en avant.

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Samuel, Samantha et Samir sont trois lycéens abimés qui se sont construit une carapace sociale pour survivre dans le monde, ses normes, ses regards. Lorsqu’ils tombent sur un œuf alien ils se retrouvent soudain connectés les uns aux autres par la pensée. Ils découvrent vite que l’alien leur procure des pouvoirs jouant avec la réalité. Ce qui commence comme un jeu finit par prendre un tour plus dramatique quand les tensions intérieures des adolescents se retrouvent avoir des incidences physiques sur la réalité…

ALIENATED #1-6 (Simon Spurrier / Chris Wildgoose) - Boom! Studio - SanctuaryHicomics est décidément un éditeur particulier. Alors que les éditions Braguelonne (la maison mère) vient tout juste de lancer son label Manga, le versant comics publie peu mais avec un niveau qualitatif particulièrement remarquable dans le registre Indé. Piochant beaucoup chez l’excellent Boom! studio, Hicomics a traduit pas moins de deux lauréats des Eisner Awards 2020, excusez du peu… Avec une portée politique souvent appuyée, leurs comics donnent à réfléchir sur le monde moderne et les évidences dans lesquelles on vit via l’artifice du fantastique.

Ne vous arrêtez pas au pitch de ce magnifique album (des histoires sur les problèmes d’ado mal dans leur peau et d’artefact alien qui donne des pouvoirs on a effectivement déjà vu ça mille fois). Le premier choc (qui demande un peu de concentration) c’est le type d’écriture qui nous balance sans prévenir dans une voix off, celle de Samuel, youtuber sans grande audience qui rêve d’être sélectionné par la star des réseaux, Waxy. Très rapidement (puisque c’est l’idée centrale) les trois protagonistes vont se retrouvés liés par l’Alien et nous livrent leurs pensées avec une couleur différente par personnage. A ce stade la structure des planches se retrouve de plus en plus destructurées à mesure que l’emprise de l’entité sur les esprits tourmentés des ado augmente. Capables de tout, voir ailleurs, créer des objets ou faire disparaître des gens, cet extra-terrestre est encore un bébé avide de connaissance et d’émotions. C’est là toute la subtilité de l’album que de nous présenter l’utilisation de ces facultés toutes puissantes par des ado dans l’âge de la recherche, du doute et de la toute puissance justement, sans que l’on ne sache jamais si ce à quoi nous assistons n’est qu’issu de leur psyché ou influencée par l’alien. Dans un rythme ternaire, les trois personnages se retrouvent l’un après l’autre capable d’assouvir ses envies et ses pulsions, jusqu’au drame.  Ne voyant qu’un bébé alien passif et semblant subir la violence des pensées des humains, le lecteur est placé dans une incertitude permanente de la cause…

PREVIEW: Samantha confronts her ex in ALIENATED #3 - The BeatSam-Sam-Sam sont des ado perturbés qui ne reflètent pas la majorité bien entendu. Sous des airs plutôt cool ils cachent tous trois des failles béantes et pas forcément la solidité pour gérer leur nouveau pouvoir. Au travers de ses trois (anti?)héros, Simon Spurrier profite du récit pour envoyer aux adultes, aux décideurs de violentes charges sur la marche du monde. En phase avec le discours de rébellion adolescente, il pointe Trump au détour d’une case (c’est facile mais rapide) mais aussi la bigoterie de ses compatriotes… comme des migrants, l’addiction des jeunes aux réseaux sociaux et l’absence de personnalité qui les rend dépendants du regard des autres (les likes), etc. Dans leurs failles, les héros ne s’en vautrent pas moins dans un narcissisme de la souffrance et de la vengeance qui rend particulièrement subtile et intéressante cette expérience.

Cette complexité se transpose superbement dans les dessins de Chris Wildgoose, classiques mais très inspirés dans le design et surtout le jeu omniprésent sur la réalité. Tordant et déchirant les cases il n’en garde pas moins une lisibilité remarquable. C’est un tour de force car avec cette narration triple, ces trois voix à la temporalité pas toujours évidente et cette déstructuration de l’image on aurait pu se perdre dans les têtes de Sam-Sam-Sam. Loin de là on est hypnotisés par ces couleurs, ces bulles ouvragées et ces séquences graphiques qui renforcent le texte.

Dans un habillage tout ce qu’il y a de plus classique, Spurrier et Wildgoose nous proposent une fascinante immersion dans le monde des adolescents de 2020, d’une intelligence visuelle folle et empli de réflexions sur un monde fou. Loin de faire la morale ils utilisent le prétexte SF pour nous questionner sur notre égo et notre prise de responsabilité dans une société du regard et de l’irresponsabilité. Puissant, beau et intelligent, un coup de cœur!

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***·Comics·East & West

October Faction #2

Deuxième tome de 144 pages de la série écrite par Steve Niles et dessinée par Damien Worm. Il comprend les épisodes 7 à 12 de la série, publiée au US chez IDW. Parution en France chez Delcourt le 26/08/20. 

Family Business

Le premier tome de la série nous faisait rencontrer Fredrick et Deloris Allan, autrefois chasseurs de monstres réputés et craints par leurs ennemis. Quelques années plus tard, la venue au monde de leurs enfants aura eu raison de leur sacerdoce, et Fredrick, dorénavant reconverti en professeur, fit alors tout son possible pour laisser ce sanglant passé derrière lui. 

Cependant, Geoff et Vivian, impressionnés par les exploits passés de leurs parents, n’ont qu’une idée en tête: suivre leurs traces pour reprendre la chasse, comme leurs parents autrefois. Bien évidemment, les parents Allan ne voient pas cette vocation d’un très bon œil, mais pourront-ils réellement dissuader leur progéniture alors que les ennemis de la famille reviennent en force ?

Ce tome 2 débute avec un nouveau status quo. En effet, Lucas, ancien frère d’arme de Fredrick devenu loup-garou, et Dante, fils d’un ennemi de la famille et récemment adopté, ont rejoint le clan pour de nouvelles aventures. Cependant, Fredrick n’est pas décidé à lâcher prise, aussi, sous couvert d’un entraînement exigeant, cherche à décourager ses impétueux enfants. Ce que le père ignore, c’est que sa némésis, Merle Cope, conspire toujours contre lui, si bien qu’il pourrait avoir grandement besoin des chasseurs en herbe pour s’en sortir. 

Morts et déterrés

Encore une fois, les liens familiaux sont au cœur de cette série au ton décalé. Face à la parentalité, avec ce qu’elle a de délicat, les monstres et les malédictions font parfois office de simples distractions. Malgré les dissensions et les révélations difficiles à avaler, la cohésion reste tout de même de mise chez les Allan.

Comme pour le premier tome, on peut reprocher à l’histoire de se cantonner à quelques poncifs du surnaturel, la série n’offrant finalement rien de bien neuf de ce côté-là. Les dessins de Damien Worm conservent leurs caractéristiques, instaurant une ambiance toute particulière mais donnant sur ce second tome un léger goût d’inachevé. 

Attendons le troisième tome en espérant qu’il sera une apothéose pour cette famille unie dans la chasse aux monstres.