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Astra, lost in space 2-5

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Manga de Kenta Shinohara
Nobi-Nobi (2016) 2019, 240 p./volume, série finie en 5 volumes.

Un billet de découverte du premier volume est disponible ici. La maquette nobi-nobi est très didactique en proposant en fin de jaquette un résumé, la tomaison des cinq volumes, l’âge recommandé et les thématiques abordées. L’intérieur comporte des séquences dont le texte a été détourné humoristiquement. En début d’albums nous avons droit à un résumé général, un rappel des personnages et une jolie double illustration couleur à chaque tome. Également chaque volume se termine par quelques strips humoristiques reprenant les personnages dans des situations décalées. Globalement une édition très solide qui accompagnement parfaitement la lecture. A noter que la série a fait l’objet d’une adaptation animée.

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bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

J’avais accueilli favorablement le premier tome de cette série déjà un peu ancienne, parue chez Nobi-nobi, label des éditions Pika développant un catalogue jeunesse. A ce titre, si Astra est indiqué en jeunesse on peut noter que les thématiques traitées au final des révélations sont relativement pointues dans la gamme SF et touchent résolument le Seinen. Ainsi la particularité de cette série remarquablement maîtrisée est de proposer en simultané deux genres assez éloignés: le récit de lycée et d’apprentissage sur un ton léger, et un thriller spatial et SF qui va assez loin dans les réflexions sur notre futur et assez sombre dans son traitement adulte. Et ce qui étonne le plus c’est que cet alliage très improbable fonctionne presque parfaitement tout le long des volumes de taille inégale (le dernier comporte plus de deux-cent cinquante pages quand les autres tournent autour de deux-cent).

Ainsi l’aventure commence sur un ton léger en nous promettant la visite de planètes tout à fait exotiques permettant d’imaginer faunes, flores et systèmes planétaires crédibles. L’aspect pédagogiques du shonen est très bien mené en donnant plein d’explications scientifiques simples sur la biologie via le personnage de Charce, spécialiste scientifique. La répétition de ces explorations planétaires serait sans doute devenue lassante si l’auteur n’avait pas adopté un rythme assez rapide, ne traînant pas sur les intermèdes plutôt dédiés aux relations entre personnages. Et en la matière il y a de quoi faire puisque avec neuf membres d’équipage les interactions sont nombreuses, que ce soit la résolution de sous intrigues, de tensions ou les découvertes de leurs passés… qui sont bien entendu directement liés à l’intrigue principale.

Si on constate quelques longueurs (selon l’âge auquel on va lire le manga, j’imagine que des adolescents seront plus pris que moi par les relations (amoureuses?) entre personnages) notamment sur le second volume, bien vite des éléments de résolution du thriller s’ajoutent et font monter la tension et l’envie d’avancer. Kenta Shinohara montre un remarquable talent pour disséminer les informations choc parfaitement réparties pour éviter que chacun des éléments de sa série ne prenne le dessus sur les autres. Auteur d’une précédente série de lycée humoristique, il est à l’aise dans son traitement des personnages et l’humour fonctionne ici encore très bien pour maintenir un esprit léger même après les moments les plus dramatiques. On est surpris de l’ambition du projet et de la profondeur des problématiques dans une série aussi courte, sans jamais avoir le sentiment d’un trop ou d’éléments inaboutis. Après la longue conclusion du cinquième volume (à l’entrée duquel on est un peu inquiet tant les révélations sont nombreuses) on referme cette série avec l’assez rare Astra Lost in Spaceimpression que tout a été dit, traité, conclu. Il est difficile de vous parler des problématiques au cœur de l’intrigue sans déflorer l’intérêt du manga mais l’identité que l’on se construit, la norme sociale et la liberté individuelle de se choisir un avenir sont bien l’essence du message que veut porter l’auteur. Ce sont les bases de tout manga de lycée mais en situant ses personnages dans un contexte de crise et de SF cela permet d’aller plus loin que les simples tempéraments archétypaux de départ. En post-face l’auteur indique qu’il voulait se mettre en danger avec ce manga en abordant un contexte SF qu’il maîtrisait mal. Et l’on peut dire que son projet est sur ce point parfaitement maîtrisé en rendant intéressant un traitement d’un futur possible assez original.

Projet risqué et hybride, Astra – lost in space s’avère une grande réussite thématique et scénaristique légèrement freiné par des dessins un peu simples (notamment pour les arrières-plans) malgré un chara-design très sympathique. Cela ne gène pourtant en rien un plaisir de lecture qui vous fera dévorer ces cinq tomes que vous soyez féru de SF ou novice dans le thème. Et en cela aussi c’est une fort belle découverte.

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Doggybags One Shot #4: Dirty Old Glory

La BD!

Histoire complète en 97 pages, écrite par Mud et dessinée par Prozeet. Parution le 23/04/2021 au sein du Label 619 d’Ankama.

La survie du plus fou

D.O.G nous plonge dans une Amérique ravagée par une nouvelle guerre civile. Après l’élection contestée du président Holster, le pays s’est embrasé dans les flammes de la dissension jusqu’à ce que six états proclament leur sédition. Cet acte à conduit le président à ordonner une intervention armée, qui a rencontré une forte résistance.

Parmi les milices encore actives, se trouve Chuck Hudson, qui a réuni autour de lui une communauté de survivants grâce à ses connaissances pointues en matière de survie. En effet, Hudson est ce que l’on nomme un « prepper« , un individu se préparant assidument à la chute des institutions et à la défaillance des structures étatiques, qui exposeront fatalement les individus à la loi du plus fort et à des dangers constants.

Parmi ses partisans les plus fervents, on trouve l’équipage du Pin-Up, un tank lourdement armé qui défend les dissidents contre les troupes du Président: Carl, Enapay, Ben, Pulp et Fritz. Lorsqu’une mission de sauvetage tourne mal, les cinq combattants vont se retrouver piégés dans leur tank, sous une montagne de débris. Commence alors pour eux un huis clos éprouvant, durant lequel chaque heure écoulée diminue d’autant leurs chances d’être secourus. Sous la pression, les personnalités vont se révéler, les secrets jalousement gardés par chacun vont refaire surface, avec des conséquences, on s’en doute, dramatiques.

What you are in the dark

Dans un pays qui s’est effondré, il n’est pas étonnant de croiser des femmes et des hommes aux destins brisés. Cependant, les apparences sont proverbialement trompeuses: les âmes les plus torturées ne sont pas celles que l’on croit. Les jours s’écoulant au sein du cercueil blindé, les failles de chacun vont se faire jour, et l’enjeu de la survie va bientôt éclipser les idéaux politiques et la camaraderie redneck.

Doggybags-One shot 4 : Dirty Old Glory – SambaBD

L’album s’ouvre sur une séquence d’action nerveuse et brutale qui donne le ton de l’album: une logique inique et cruelle, qui ne donne pas aux personnages ce qu’il leur faut, mais au lecteur ce qu’ils méritent. A l’image de sa conclusion, tout aussi cruelle et retorse, et qui s’inscrit dans la droite lignée de la collection Doggybags. Sur le plan graphique, Prozeet fait un excellent travail, qui oscille entre traitement réaliste de la violence et outrance caricaturale. Mud, vis à vis du scénario, puise encore une fois dans son vivier d’idées américaines pour créer un contexte dystopique glaçant de plausibilité. La tension du huis clos peut retomber par moments du fait des flash-back qui entrecoupent le calvaire de nos anti-héros, mais l’angoisse demeure présente sur l’ensemble de l’album malgré tout.

Dirty Old Glory mêle donc huis clos et dystopie pour livrer un nouvel album coup de poing dans l’escarcelle de Doggybags.

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L’homme sans sourire

La BD!
BD de Stéphane Louis, Stéphane Hirlemann et Vera Daviet (coul.)
Grand Angle (2021), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

BD L'HOMME SANS SOURIRE

Dans la ville du roi le rire est interdit et réprimé par la Police du rire. Nourrisson rigolard, Hubert s’est retrouvé torturé à sa naissance et recousu pour lui interdire tout sourire. Des années plus tard le frère déchu du roi fomente depuis les bas-fonds une révolution qui nécessitera l’implication de la princesse et de son amoureux secret, le pauvre Hubert…

Résultat de recherche d'images pour "hirlemann homme sans sourire"Cette couverture, une des plus réussies de l’année dernière et ce titre m’avaient accroché dès sa première annonce de sortie sans connaître particulièrement le pitch de cet album d’un scénariste très éclectique et qui propose régulièrement des projets originaux. Les fables dystopiques sont souvent intéressantes par leur propos politique et contestataire en miroir de notre société.

Malheureusement sous le vernis tout à fait référencé (on pense évidemment au Roi et l’Oiseau ainsi qu’à la galaxie de paraboles sur le totalitarisme) se cache un projet tout à fait personnel (voir autobiographique) de l’auteur qui en oublie du coup ses gammes dans le déroulé d’une bonne histoire. Le projet porte une certaine ambition dans l’originalité du récit, basé sur un narrateur omniprésent et un jeu de rimes, pas forcément brillant mais qui donne une touche sympathique aux textes. Comme souvent dans ce genre de cas d’histoire simple la pagination ne fait pas forcément du bien, avec presque un double album qui étire ces effets de langue et ces architectures vertigineuses dans une ville rétro-futuriste.

Pour son premier album Stephane Hirlemann s’en sort plutôt bien avec des personnage de farce dans un design totalitaire fait d’éléments industriels, d’uniformes de cuir et de zeppelins parcourant le ciel d’une ville très réussie. La verticalité des planches est efficace bien que seulement graphique, le rôle du dessin se perdant un peu dans un propos qui tarde à venir.

Résultat de recherche d'images pour "hirlemann homme sans sourire"Car le principal problème de cet album est qu’il tarde à se dévoiler. Jusqu’aux toutes dernières pages. Le scénariste en est conscient en nous reprenant en main plusieurs fois via son narrateur pour nous dire de ne pas nous lasser, que la conclusion arrive et que tout est prévu. Du coup on se retrouve titillé par cette adresse directe qui rompt le quatrième mur et l’on tient bon… sans autres élément auquel s’intéresser, faute d’un héros (ou anti-héros) identifié et avec une intrigue annoncée très vite (le coup d’État du frère) et qui traîne franchement à arriver. Rien n’est fait pour nous intéresser à la princesse malgré son tempérament lumineux, Hubert est insignifiant jusqu’au bout et les deux frères n’évoluent pas suffisamment pour nous donner envie de suivre leur affrontement. Du coup seule la promesse du narrateur nous tient un tant soi peu en haleine, jusqu’à un épilogue surprenant… mais qui ne m’a pas du tout convaincu à titre personnel, comme vous l’avez compris en lisant cette chronique.

Le concept gonflé pourra intéresser certains lecteurs mais sur le plan du récit l’auteur passe à côté de son public, laissant son dessinateur malheureusement un peu démuni. Le potentiel graphique aurait pu maintenir le projet mais de bonnes idées (visibles dans le cahier graphique) semblent avoir été écartées pour un design plus habituel dans la thématique dystopie totalitaire. On ressort à la fin de la lecture avec l’impression d’avoir assisté à une thérapie personnelle qui ne s’adresse pas à un public, avec un certain ennui. Dommage.

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Undiscovered Country #1

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Premier tome de 192 pages, réunissant les 6 premiers numéros de la série écrite par Scott Snyder et Charles Soule, dessinée par Giuseppe Camuncoli. Parution le 06/012021 aux éditions Delcourt.

bsic journalism

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Mutated States of America

Après de nombreux revers subis aux 20e et 21e siècles, les États-Unis d’Amérique ont unilatéralement décidé de la fermeture complète de leur territoire. Frontières, communications, tout fut subitement clos lors d’un évènement que le reste du monde, 30 ans après, nomme le Scellage. Depuis, les spéculations vont bon train alors que le pays le plus puissant du monde n’a plus donné signe de vie, retranché derrière un mur gigantesque qui couvre tout son littoral.

Pendant ce temps, le monde a été ravagé par un virus nouveau dénommé l’Azur, qui a forcé les deux grandes puissances, l’Alliance Euro-africaine et la Zone de Prospérité Panasiatique, à conclure une alliance instable pour éviter la catastrophe. En effet, les USA ont formulé un message cryptique pour inviter les deux blocs à leur envoyer une délégation, à qui ils donneront le remède à l’Azur…

Undiscovered Country #3 - Read Undiscovered Country Issue #3 Page 19

Terra Incognita ou Terra Non Grata ?

Le Dr Charlotte Graves, qui est sur le front sanitaire depuis deux ans au détriment de sa santé, est recrutée sans tarder parmi un aréopage hétéroclite afin de se rendre sur ce territoire désormais inconnu. Elle y retrouve son frère, le major Daniel Graves, avec lequel elle est brouillée depuis la disparition de leurs parents en Amérique. Le reste du groupe, deux diplomates rivaux, un héros de guerre, une journaliste et un expert complotiste de la culture américaine, s’embarque donc avec les deux frangins en quête du remède miracle. Mais ce qu’il les attend sur le nouveau-nouveau continent dépasse de loin ce qu’ils auraient pu imaginer… Les murs furent-ils érigés pour empêcher le reste du monde de pénétrer, ou pour empêcher la folie américaine de s’y déverser ?

Undiscovered Country (Image comics - 2019) -INT01- Undiscovered country  vol1 - destiny

Après avoir marqué le Chevalier Noir, Scott Snyder s’attaque cette fois à un univers crée de toute pièce avec la complicité de Charles Soule. Imaginatifs, les deux compères installent dans ce premier tome le contexte géopolitique, avant de s’attaquer au microcosme déjanté qu’est devenue l’Amérique. Non sans rappeler Mad Max et son fameux wasteland empli de fous furieux sanguinaires régis par la loi du plus fort, Undiscovered Country nous fait le coup de l’excentrique métaphore de l’histoire des USA, en reprenant de nombreux symboles et thématiques chers au pays de l’Oncle Sam.

Bien qu’elle soit parsemée de quelques lourdeurs nécessaires (il ne faut hélas pas lésiner sur l’exposition avec un univers aussi complexe), la narration de ce premier tome embarque le lecteur en même temps que les personnages, avec qui il va découvrir l’étrange mutation de ce pays autrefois glorieux. L’idée de faire des USA, pays qui fut autant salué (WW2) que critiqué (Vietnam, Afghanistan, Irak) pour ses interventions extérieures, une enclave impénétrable est délicieusement ironique. Ce renversement de paradigme offre ici des possibilités de satire déguisée qui ne sera pas pour déplaire aux lecteurs en quête de sens et de sous-textes. Attention toutefois, les lecteurs trop perspicaces pourront vite déceler ça et là les foreshadowings insérés par les auteurs quant au mystère derrière le Scellage.

Le thème de la pandémie, s’il est étrangement d’actualité, sert surtout à installer une pression supplémentaire grâce au fameux compte à rebours. L’habillage post-apocalyptique que l’on doit principalement à Giuseppe Camuncoli, connu pour ses travaux arachnoïdes chez Marvel, est à la fois surprenant et franchement fun (des requins qui rampent, sérieusement ?).

Undiscovered Country fait donc une entrée remarquée en ce début d’année. Une fois les bases posées grâce à quelques inévitables séquences d’exposition quelque peu pondéreuses, le reste de l’intrigue se révèle palpitant, et promet une odyssée désaxée et palpitante !

*****·BD·Rapidos

Renaissance #3: permafrost

La BD!
BD de Fred Duval, Emem et Fred Blanchard (design)
Dargaud (2018-2020), 54p./album, premier cycle terminé en 3 volumes.

couv_401413

badge numeriqueIl y a trois ans le dessinateur Emem, formé sur les séries de Fred Duval publiait une illustration de couverture sur fonds de langage alien, qui marquait les esprit par un design et une composition parfaitement fascinants. S’en suivent deux autres albums aux couvertures structurées de la même façon, tout aussi magnifiques, et un premier cycle se termine déjà. Quand nombre de séries s’étirent indéfiniment sur plusieurs décennies, la science de Duval lui dicte de concentrer à l’essentiel pour donner de la force, de l’ambition à son projet.

Renaissance tome 3 - BDfugue.comCertaines BD respirent l’alchimie parfaite entre scénariste et dessinateur(s). C’est le cas de Renaissance qui dans cette conclusion parvient à nous captiver en résolvant tranquillement les quelques intrigues ouvertes précédemment, en n’oubliant pas de réfléchir à chaque case sur le devenir de notre planète, les comportements sociaux humains ou la prospective du fonctionnement d’une société parfaite. Avec cette série Duval invente la dystopie utopique, en bon humaniste il ne se contente pas de nous proposer une vision cataclysmique et totalement crédible de notre futur mais par l’existence même de cette force extra-terrestre nous montre l’espoir. Sans mièvrerie, sans mauvais goût, il montre qu’on peut dénoncer une situation en indiquant qu’elle n’est pas inéluctable. La SF est souvent très nihiliste. Pas ici.

L’intelligence est omniprésente dans cette BD, que ce soit dans des dessins très détaillés et extrêmement lisibles, tant des les scènes d’actions convaincantes que dans les débats diplomatiques subtiles entre grands pontes de l’Agora alien qui devisent dans un mémorial des guerres passées. Nous parlions récemment d’une certaine lourdeur appuyée sur le second tome des Dominants. C’est l’inverse ici où les auteurs savent jouer de l’apparence, parfois étrange, parfois repoussantes des aliens, qui ne reflétera pas forcément leur caractère. La richesse de cette série est à l’aune de toute la bibliographie d’un scénariste qui arrive à traiter simplement un grand nombre de sujets dans cent cinquante pages de BD, sur des thèmes aussi larges que l’intelligence artificielle, le libre arbitre, la dualité nature/culture, sans oublier de s’amuser avec l’Histoire de notre planète. Sans déflorer une intrigue riche qui sait se conclure de façon satisfaisante en ouvrant la porte à de futurs cycles, on arrive naturellement à la résolution du drame familiale d’une des deux humaines et à l’arrestation des fautifs. La perfection de la société-Renaissance n’est pas si évidente et pousse les aliens à l’humilité dans un échange civilisé, alors que ce qu’il reste des Nations du monde finissent par réagir à cette irruption sidérante. En se permettant, cerise sur le gâteau, de l’humour linguistique, Duval montre une nouvelle fois qu’il est l’empereur de l’Anticipation. Et on l’espère pour longtemps!

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*****·BD·Nouveau !·Service Presse

Jusqu’ici tout allait bien

La BD!

BD d’Ersin Karabulut
Fluide Glacial (2020), 63 p.

bsic journalism Merci aux éditions Fluide glacial pour cette découverte.

L’album s’ouvre sur une préface très intéressante de Pierre Christin et propose neuf contes séparés par une page de titre. L’ouvrage est titré « les contes ordinaires d’Ersin Karabulut » faisant suite aux « Contes ordinaires d’une société résignée », parus chez Fluide glacial en 2018. Le titre et la quatrième de couverture comportent un vernis sélectif. La couverture à elle seule donne très envie de lire cet album à l’édition simple mais au design élégant. Une petite interview politique de l’auteur aurait pu prolonger l’ouvrage…

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Ersin Karabulut est un dessinateur turc réputé et figure de la contestation de gauche au pouvoir via le magazine satirique « Uykusuz ». Ce qu’il y a de passionnant dans cet album c’est l’ouverture qu’il nous donne sur une société cousine, si loin si proche, dont beaucoup d’occidentaux ne veulent pas au sein de l’Union européenne mais dont les déboires autoritaires avec leurs dirigeants nous peinent. En croquant ces contes satiriques on reconnaît nos vies Les contes ordinaires d'Ersin Karabulut -2- Jusqu'ici tout allait bien...quotidiennes enfermées dans une addiction technologique aux smartphone, dans des démocraties de basse intensité qui s’accommoderaient finalement bien d’une prise en charge des affaires publiques par des sociétés internet avec des consultations populaires via des appli… mais aussi des marqueurs plus étrangers, ceux de sociétés encore traditionnelles, étirées entre d’anciennes générations aux mœurs très conservatrices et des jeunes occidentalisées. Ce qu’on imagine de la Turquie, à savoir ce qu’il peut y avoir de plus moderne dans les sociétés musulmanes orientales. La variété des contes est saisissante. D’une ligne graphique relativement homogène et fort agréable, l’auteur aborde avec une noirceur que ne renierait pas le Franquin des Idées noires sa société autant que le monde capitaliste mondialisé. D’une ironie très drôle dans les tronches croquées, il sait être plus sombre et poétique lorsqu’il parle des mirages de l’occident pour des migrants pas toujours dupes de ce qu’ils perdent et de l’acculturation qui les guette.

Le dessin est semi-réaliste avec une très grande maîtrise technique sublimée par une mise en couleur vraiment élégante. Karabulut est clairement un grand coloriste et rarement un album d’humour aura été aussi joli. De quoi attendre un projet plus réaliste, un jour peut-être… Il illustre essentiellement des environnements familiaux dont les aspects fantastiques et absurdes permettent d’éviter la redite et sait utiliser l’art graphique à l’excellence lorsqu’il raconte une « Histoire pour enfants » terriblement drôle où l’on évolue de dessins plats issus de l’enfance avant que ses personnages ne reprennent la forme habituelle en grandissant quand ils ne deviennent pas tout à fait réalistes, permettant d’admirer la maîtrise des visages de l’auteur.Fluide Glacial (@LeFluideGlacial) | Twitter

Comme pour les BD documentaires, les albums au propos politique fort acquièrent une grande force lorsqu’ils associent un dessin de haut niveau. Souvent associés (dans la tradition du dessin de presse caricaturiste) à des styles peu graphiques, les albums satiriques oublient généralement ce qu’est une BD. Utilisant brillamment le format court pour densifier ses sujets et la force de ses uppercuts, Ersin Karabulut réussit un formidable album humaniste, diablement politique et à la portée universelle. Une lecture pour le monde d’aujourd’hui, indispensable!

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Alter #2

La BD!

BD de Philippe Pelaez, Laval NG et Daniel Florent (coul.)

Drakoo (2020),104p., série finie en deux tomes.

Nouvelle édition de la série Parallèle parue en 4 tomes chez feu Sandawe.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

La maquette du premier album est reprise avec une couverture élégante. Voir la critique du premier volume pour les éléments d’édition. Le cahier graphique final est moins intéressant que dans le premier tome et propose plutôt les prouesses graphiques de Laval NG et du matériau d’ambiance qui n’aide pas vraiment à mieux pénétrer cet univers faute d’explications des auteurs.

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Sylan Kassidy a récupéré sa femme… ou plutôt ce qu’il en reste, convaincu qu’il peut lui rendre sa forme humaine en revenant dans sa réalité. Pendant ce temps sur Terre le temps s’écoule en tenant compte des découvertes de la Terre alternative, dite « Alter ». Mais sans la solidité morale de l’ex-président Saint-John et du capitaine Kassidy, les projets des scientifiques risquent de mener la Terre à un chaos définitif…

Parallèle -3- Moitié, moitiéNous avions laissé le très héroïque capitaine Kassidy abandonnant son équipage pour partir au secours de sa femme. L’album reprend sur un gros flash-back relatant les événements qui ont amené au début du premier tome, déflorant un peu plus l’événement physico-spatial qui a provoqué la projection dans l’univers parallèle. La structure de ce second volume est bien plus complexe que le précédent qui avait le mérite de nous faire suivre l’équipage uni en réduisant les sauts de narration à un unique passé. La grande difficulté des récits de réalité alternative et de paradoxes temporels est qu’ils exigent une très grande lisibilité et une rigueur scénaristique de tous les instants. Sur le premier point le dessin de Laval NG, s’il est toujours aussi élégant, ne permet pas toujours de s’y repérer entre les personnages, surtout que son scénariste complique la tâche en proposant différentes variantes de certains personnages et que d’autres apparaissent sans avoir été introduits (la nouvelle présidente). Du coup la lecture en devient compliquée et nécessite sans doute plusieurs passages pour bien saisir les subtilités du récit.

Le texte en lui-même est toujours aussi agréable et montre que le succès de Philippe Pelaez n’est pas dû au hasard tant son écriture a une fluidité  au-dessus de la moyenne. Alter est un projet ambitieux, surtout pour un scénariste Parallèle tome 4 - BDfugue.comdébutant et sa conclusion me laisse un peu la même impression que sur Brane zéro de Mathieu Thonon: un projet passionnant, très complexe, sur lequel les auteurs ont mis toutes leur passion… mais qu’un peu plus d’expérience aurait sans doute huilé un peu. Sans doute qu’une lecture d’affilée des deux volumes amoindrirait cette impression. Ce volume se concentre sur les conséquences sur les différentes réalités de ce qu’a provoqué le bombardement magnétique de 2070. L’action est bonne, les dessins agréables et les manigances politico-scientifique du Pouvoir nous font basculer d’un récit techno-scientifique (tome un) à un aspect plus conspirationniste. L’histoire est passionnante, mais le montage rend le suivi compliqué, si bien que je ne suis pas certain d’avoir compris la fin qui nous emmène dans une thématique carcérale. Il y a de l’idée pourtant dans ces alternances de pages en regard nous montrant les événements simultanément dans les deux réalités, comme cette excellente séquences initiale nous faisant vivre l’événement des deux vaisseaux. Alter fait partie de ces albums qui demandent au lecteur de travailler et personnellement j’adore. Peut-être que l’ajout d’un narrateur aurait pu accompagner la lecture…

On termine la lecture un peu décontenancé, avec l’impression d’avoir vécu une aventure généreuse, intelligente, ambitieuse et gourmande. Sans doute l’envie de jeunes auteurs de mettre tout ce qui leur plait dans un récit déjà complexe finit-t’il par un léger trop plein. Alter reste pourtant dans le club des très bonnes séries SF et n’a rien à rougir face aux albums de maître Fred Duval.

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La chute #1

La BD!

BD de Jared Muralt
Futuropolis (2020), 56 p., série en cours.

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La sortie en pleine crise de COVID de cet album dystopique décrivant la chute de la civilisation a marqué les esprit et profité d’un excellent buzz médiatique. Avec un peu de recul que faut-il penser de cette série dont le thème n’est pas franchement neuf mais dont j’adore lire et voir les variations de différents auteurs? Ainsi j’ai récemment critiqué la très bonne adaptation de Julia Verlanger L’autoroute sauvage, mais aussi la version Grindhouse Amazing Grace (avec l’aspect famille), Soleil froid et Les Dominants dont le tome deux sort ce mois d’août.

La chute de Jared Muralt : une série prémonitoire ? - ComixtripLe dessin d’abord est assez classique, pas affolant, mais l’auteur propose un détail remarquable sur ses décors et arrières-plans. Son travail de description réaliste d’une hypothétique pandémie aux conséquences majeures s’appuie ainsi sur des éléments de vrai permettant de raccrocher ce que nous lisons à notre quotidien. Le thème de la famille évidemment, assez éculé depuis le choc La Route mais toujours marquant en nous faisant ressentir (pour ceux qui ont des enfants) le drame de voir ses plus proches subir cela avec la tentation de cacher une vérité pourtant patente. La femme est emportée par cette grippe et l’on voit rapidement l’Etat se déliter avec une préoccupation première pour les personnages, celle de trouver à manger alors que rapidement des groupes structurés se mettent en place pour compenser l’absence d’autorité. Sur le pourquoi de l’évolution on ne saura rien, nous laissant dans le même expectative que Liam, le héros.

La chute, le cauchemar luxueux et actuel de Jared Muralt, paru ...

Le rythme est assez lent, avec très peu d’action, presque contemplatif en portant un regard presque journalistique sur ces dernières heures de la civilisation au travers du regard de Jared en père devant tenir le choc. Si le travail de fonds est notable et la réalisation sans faute notamment sur le domaine émotionnel, ce premier album est donc tout à fait classique, sans apport majeur à un genre déjà très fourni. La suite nous le dira mais sa particularité semble être le refus de tout fantastique ou SF, ce qui est louable. Beaucoup d’albums de ce genre évoluent progressivement en Mad Max, ce qui serait dommage. L’aspect Covid peut apporter un plus en montrant la qualité de l’analyse de l’actualité de notre monde par l’auteur, mais personnellement j’essaye de regarder les albums pour ce qu’ils sont et ce qu’ils seront dans dix ans. Sur ce point pour son second album de BD Jared Muralt réussit donc son pari, un peu sage peut-être, quelques scènes choc ou d’action auraient pu renforcer l’accroche du lecteur à ce drame. Mais l’album mérite amplement le détour surtout si vous n’êtes pas familiers avec ce genre.

**·Comics·Nouveau !·Rétro

Batman: last knight on earth

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Comic de Scott Snyder et Greg Capullo
Urban (2020) – (DC (2019), one-shot.

L’album est paru dans la collection Black label de DC. Il comprend un texte introductif relatant le contexte éditorial dans lequel paraît cette histoire, étrangement découpée en trois livres de neuf chapitres.

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Bruce Wayne se réveille, ligoté dans une chambre blanche. Un étrange docteur au sourire appuyé lui dit qu’il est enfin soigné et sorti de son délire paranoïaque. Toutes ces années il s’est construit une image mentale de vengeur masqué, terré dans une folie que les psy d’Arkham n’étaient jamais parvenu à réduire…

Batman : Last Knight on Earth - BD, informations, cotesCe pitch est génial, et l’album commence franchement bien, nous plongeant immédiatement dans un doute que la publication de ce one-shot dans le black label avait toutes les raisons de confirmer… Hélas! Très clairement le logo noir apposé sur la couverture est absolument non pertinente tant il n’y a aucune différence d’approche entre ce livre et les précédentes productions de Snyder et Capullo. Comme beaucoup j’imagine, j’espérais que les auteurs profiteraient de la spécificité de la collection pour produire leur grand œuvre, un projet adulte chargé de changer notre regard sur le Dark Knight avec une prise de risque sur un récit innovant. L’idée est folle et aurait dû être poussée. Car depuis des années nombre de récits du Batman nous instillent le doute sur sa santé mentale, nombre d’auteurs travaillent sur cette question, celle de l’identité de Wayne, traumatisé, de son double maléfique aux cheveux verts et sur l’aberration de ce bestiaire impossible à Gotham. Ce sous-texte rend les histoires de Batman les plus intéressantes pour les conteurs et pour les lecteurs et récemment Sean Murphy est parvenu à pousser assez loin cette idée. Les premières pages de Last knight on earth nous poussent dans cette direction (avec une superbe couverture comme toujours!), celle d’une réalité réveillée nous expliquant comment Wayne a transformé tel personnel d’Arkham en méchant et sa propre identité idéalisée en Chevalier noir… Mais cela ne dure que quelques pages, avant de retomber dans les délires Dcesques proches de ce que Snyder a créé sur Metal.

Ten Page Preview of Batman: Last Knight On Earth by Scott Snyder ...Rien ne nous est proposé pour lier les deux parties, malgré un récit coupé sur plusieurs temporalités et complexifié sans raison, comme Snyder aime le faire. Rapidement on découvre une dystopie reprenant l’idée d’Old Man Logan, avec un double maléfique de Batman (on commence à connaître…) suite à l’intervention (encore une) de Darkseid. Le fait de voir des versions alternatives et abîmées de Wonder Woman, Superman et d’autres personnages est toujours sympathique et Greg Capullo sait toujours aussi bien produire des planches à la fois lisibles et dynamiques. Mais rapidement l’histoire devient lourde, trop hachée, répétitive et surtout sans explication intéressante. On en ressort avec une grande impression de gâchis et la certitude que Snyder n’est plus capable que de recycler ses formules sans grande créativité, se reposant sur le talent de son comparse… qui ferait bien de refléchir à la suite de sa carrière s’il ne veut pas s’enterrer dans son couple qui n’a plus rien à dire.

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Comics·Nouveau !·Numérique

Lazarus #7

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Comic de Greg Rucka et Michael Lark
Glénat (2020) – Image (2019), 132 p., série en cours.

badge numeriqueLe précédent volume commence à remonter puisque ma critique date d’un an et demi… Je n’ai pas lu le tome noté « 6 » chez Glénat, qui reprenait des épisodes spin-off apparemment peu intéressants. L’intrigue reprend donc bien au tome « 7 ». A noter que le nouveau cycle est sous-titré « Risen » chez l’éditeur original Image, Glénat ayant choisi de maintenir une continuité de tomaison. Espérons que cela n’oblige pas dans quelques volumes à une révision de la maquette sur les réeditions…

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Alors que la guerre des familles s’intensifie Forever noue un pacte avec sa sœur pour enfin rencontrer son clone. La défaite contre le Dragon a marqué les esprits et les alliances se font et se défont dans un monde sur le point de basculer…

Est-ce le fait d’avoir attendu un temps inhabituel entre le précédent opus et celui-ci? Le fait est que cette reprise, si elle est plus que jamais marquée du sceau de l’action (entre intervention commando hyper-technologique et affrontement primaire entre lazares), semble patiner un peu dans la résolution de l’affrontement géopolitique. Le nouveau contexte marqué par un réequilibrage interne à la famille est désormais connu mais les aller-retours géographiques avec des informations temporelles assez absentes pour le lecteur ne facilitent pas la compréhension. Une carte des noms des clans en début d’album aiderait grandement à contextualiser de qui on parle car dans ces discussions stratégiques on est un peu perdu. De même, le changement de coiffure de Forever rend parfois compliquée la lecture des actions entre des soldats tous harnachés de combinaisons de storm-troopers. Le style de Michael Lark peut diviser, personnellement j’ai du mal depuis le début de la série, ce qui ne m’empêche pas de’apprécier l’excellent scénario, très sombre, froid et psychologique de Greg Rucka. Hormis cela on assiste à des assassinats violents, à l’apparition de la matriarche Carlyle, au retour du Dragon et aux incidences de la guerre sur les populations civiles.

On attend toujours la série Amazon qui devrait propulser encore plus haut cette série dans la popularité geek et il faut reconnaître une solidité indéniable dans la progression dramatique (un peu lente….?) et des personnages forts. L’univers de Lazarus est noir, très très noir. Gageons que cette « résurrection » soit un chemin vers la lumière.

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