****·BD·Documentaire·Rapidos

Homicide #2-3

Le Docu du Week-End

BD Philippe Squarzoni
Delcourt (2016-2020), série en cours, 4 volumes parus sur 5.

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Lire la critique du premier volume.

Totalement accroché par le premier volume je n’ai pas eu l’occasion de mettre la main sur le reste de la série depuis un an… ce qui est terrible étant donnée la structure de la narration, en format journal. Je ne saurais donc trop vous conseiller d’attendre la sortie du (a priori) dernier tome en octobre pour lire l’intégralité de la série d’une traite. Ma reprise a été compliquée car on saute rapidement d’un enquêteur à un autre, reprenant les problématiques laissées au volume précédent mais séparées par plusieurs enquêtes et personnages depuis. A moins des faire des fiches de lecture on est ainsi un peu perdu lorsque après plusieurs pages immergé dans la traque d’un violeur de fillette on saute sans prévenir sur une autre affaire. Le suspens est suspendu mais on ne sait pas quand on va y revenir et c’est un peu frustrant. Ce qui est intéressant dans le choix de l’auteur Homicide, tome 3 – Philippe Squarzonic’est que chaque agent permet de développer une des multiples problématiques du métier, entre les découvertes liées à l’enquête elle-même, la morale personnelle du flic impliqué personnellement ou la pression de la hiérarchie qui revient sur les statistiques de résolution catastrophique de la brigade. Dans ces quelques jours où tous les moyens sont mis sur la recherche du violeur (en déshabillant Paul pour habiller Pierre) on continue d’être passionné par ces réflexions intimes d’officiers droits, professionnels avec quelques passages particulièrement sympathiques comme ces interrogatoires successifs où l’agent nous montre ses ficelles psychologiques et le véritable jeu d’acteur nécessaire pour parvenir à faire se condamner le prévenu de lui-même… On navigue sur ces deux tomes entre l’enquête principale (qui ne s’achève pas ici), les états d’âme de l’agent travaillant sur l’exécution d’un collègue et quelques autres affaires. Les albums se dévorent comme les films de police réalistes mais avec l’avantage de ne jamais tomber dans le pathos lourdingue de vies ratées de policiers qui vivent dans la fange. Chez Squarzoni les policiers sont juste des fonctionnaires qui font leur boulot dans un contexte difficile. Presque jamais on nous parle de leur vie privée, de leurs névroses. Le documentaire se porte sur l’enquête, rien que l’enquête. Et on en redemande.

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****·Manga·Nouveau !·Service Presse

La couleur tombée du ciel

Histoire complète en 184 planches, écrite et dessinée par Gou Tanabe, d’après le roman du même nom de H.P. Lovecraft. Parution le 05/03/2020 aux éditions Ki-oon dans la collection Les Chefs-d’œuvre de Lovecraft.Blondin avait critiqué les Montagnes hallucinées et Dans l’Abime du temps.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

La chose au fond du puits

Un jeune technicien venu de la ville enquête sur la Lande Foudroyée, lopin de terre que les habitants de la région redoutent et décrivent comme maudit. Pour glaner encore quelques informations en vue de la construction prochaine d’un barrage destiné à engloutir la région, le technicien va se rendre auprès d’Ammi, un vieil homme esseulé et à la raison vacillante. Toutefois, Ammi, loin d’être totalement fou, va révéler à notre protagoniste une singulière histoire défiant la logique…

Ainsi, il y a cinquante ans, un mystérieux corps céleste s’est écrasé dans la propriété des Gardner, au grand étonnement de Nahum, le chef de famille. D’abord enthousiasmé par la gloriole qu’il peut retirer de ce phénomène, Nahum accueille avec une gouaille innocente les scientifiques venus étudier le phénomène. Mais bientôt, les choses vont dégénérer pour les Gardner: Alors que le météore se désagrège, la nature tout autour commence à changer, lentement, horriblement, pour ne finalement plus être qu’un reflet corrompu de ce qu’elle fut. La nuit, il se dégage de la végétation une lueur inconnue, une couleur impossible que nul n’a jamais contemplé.

L’horreur cosmique au pas de la porte

Lovecraft est un des auteurs dont l’influence a traversé les décennies et s’est exportée à travers différents médium, si bien qu’on lui attribue aujourd’hui la paternité d’un genre (rien que ça), celui de l’Horreur Cosmique. En effet, toute l’œuvre de H.P. Lovecraft est centrée autour de créatures extraterrestres à l’apparence indescriptible, aux motivations malsaines et hostiles, et dont la simple vue peut plonger un homme dans la folie, cette thématique ayant été reprise ensuite par de nombreux artistes.

Le souci qui pouvait se poser à l’adaptation d’un récit de Lovecraft est celui de la fidélité. Comment retranscrire à l’image une telle horreur ? Comment donner forme à l’indicible ? Certains auteurs comme John Carpenter s’y sont risqués avec un certain succès dans leurs propres travaux (The Thing, principalement), cependant, la gageure demeure pour ce qui est des adaptations littérales.

Concernant La Couleur tombée du ciel, la difficulté résidait justement dans cette couleur inconnue, et impossible à décrire. Gou Tanabe, fort de ses précédentes adaptations de Lovecraft, a géré cette problématique en conservant le noir et blanc propre au manga, rendant ainsi caduque la question chromatique.

Son graphisme reste sage mais joue habilement sur les ombres et lumières pour suggérer l’horreur. A plusieurs reprises, l’auteur semble mettre l’accent sur les réactions des personnages, employant le gros plan pour nous permettre de calquer nos impressions sur celles des protagonistes.

Signalons enfin la beauté du livre en tant que tel, avec sa couverture en imitation de cuir de toute beauté. Une lecture indispensable pour les fans du genre !

**·Comics·Nouveau !·Service Presse

Rick et Morty: Pocket Mortys, soumettez-les tous !

esat-westHuitième tome de la série inspirée de la série animée créée par Dan Harmon et Justin Roiland. Scénario de Tini Howard et dessin de Marc Ellerby, parution en France le 27/05/20 aux éditions Hicomics.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

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Un Morty peut (doit?) en cacher un autre

Morty Smith pourrait être un adolescent comme un autre, si son grand-père Rick Sanchez ne le trainait pas derrière-lui dans des missions périlleuses aux confins de l’espace, et parfois même, dans d’autres dimensions.

Rick est un génie, un savant fou qui a tout vu, tout vécu, et dont le cynisme n’a d’égal que sa propension à absorber du gin en quantités industrielles. Avec Morty, il s’embarque dans des aventures psychédéliques et bigarrées, qui convoquent adroitement tous les lieux communs de la SF, au travers de quatre saisons d’une série animée plébiscitée par le public.

Ce succès a engendré des déclinaisons en jeux vidéos, en comics, et dans le cas présent, en comics adaptés du jeu vidéo ! Le jeu, Pocket Mortys, parodie le célèbre Pokémon® et exploite le concept du multivers qui fait tout le sel de la série animée: remplacez les dresseurs par des Rick interdimensionnels sadiques et les petites bêtes par des Morty apeurés et vous obtenez Pocket Mortys !

Rick-upérez-les tous !

Notre protagoniste pour ce tome est un Morty venant d’un univers non-identifié, qui découvre avec effroi que des Rick traquent et collectionnent des Mortys, pour les faire s’affronter dans des combats à mort.

Comme dans la série originale, Morty s’efforcera d’être la boussole morale de son grand-père (interdimensionnel) mégalomane en lui faisant comprendre la portée de ses actes, et en lui rappelant qui sont les ennemis de toujours: le Conseil des Rick, un groupe réunissant les plus puissants Rick venus de toutes les dimensions.

L’histoire en elle-même pourrait être intéressante, mais il faut avouer que ce tome est en deçà du reste de la série papier, certainement par le côté forcé de l’intrigue. En effet, on sent ici que la scénariste Tini Howard accomplit ici un travail de commande, dans lequel elle ne semble pas s’épanouir pleinement.

Le tout conserve donc un gout d’inachevé, bien que des thèmes chers à la série et quelques références soient abordés. Les scènes et les péripéties s’enchainent sans trop de fluidité, délaissant l’amertume en demi-teinte propre à l’écriture de Harmon. Néanmoins, il est plaisant de croiser certains personnages déjà aperçus dans la série, ce qui donne un sentiment de continuité assez bienvenu.

Sur le plan graphique, la cohésion entre ce tome et les précédents est assurée par Marc Ellerby, qui réussit très bien à adapter son trait aux graphismes de la série signée Adult Swim.

Pocket Mortys tente de capitaliser à la fois sur le succès de la série et sur le jeu vidéo Rick et Morty, mais peine à se hisser au niveau de son modèle. Malgré tout, un bon divertissement pour patienter entre deux saisons du show !

****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Fatale

La trouvaille+joaquim

BD de Doug Headline et Max Cabanes
Dupuis-Air Libre  (2014), 136p., One-shot.
D’après Jean-Patrick Manchette.

Après le polar italien des années de plomb par De Metter, le cauchemar expressionniste de Bonne et la dernière sortie des adaptations de Manchette par Cabanes, je vais vous parler de mon préféré, une trouvaille « Fatale« …

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Elle s’appelle Mélanie Horst, ou Aimée Joubert, ou… Elle est belle et inaccessible, mystérieuse. Lorsqu’elle débarque à Bléville son arrivée ne passe pas inaperçue dans la bourgeoisie locale. Que veut cette femme indépendante qui s’introduit rapidement au sein des notables de Bléville? Les petits secrets inavouables de ce milieu clos et satisfait n’auront bientôt plus de secrets pour elle…

Rarement une BD n’avait décrit aussi précisément un portrait de femme. Tant graphiquement que dans son caractère, la constance impressionne tant qu’on croit voir un film. Si les dessins de Nada (et dans une moindre mesure La princesse de sang) étaient frustrant, jouant le très bon et le très passable, cet album est un régal visuel où le dessinateur alterne les plans, les textures, les lumières, parfois jusqu’à l’expérimental comme cette dernière séquence dans une lumière bleue crue, gonflée. La maîtrise est certaine. Chaque case présentant l’héroïne, quel que soit le plan, est incroyablement vrai, dès cette couverture étonnante, hypnotisante, ce regard qui nous happe… Max Cabanes est très fort pour croquer des visages. On aimerait connaître le modèle de son Aimée…

Tout le long les auteurs nous laissent en suspens, imaginant le but mystérieux de cette femme prête au meurtre dès les toutes premières pages. Finalement assez peu de dialogues dans ce récit d’une femme délicatement manipulatrice, magnifiquement supérieure. Pourtant seul le lecteur semble sous le charme, le microcosme provincial de Bléville semblant trop occupé dans son fonctionnement nombriliste pour se questionner sur les motivations de cette indépendante surgie de nulle part. Alors on pronostique, on spécule. Est-elle une veuve noire visant le mariage de ce notaire veuf? Est-elle une vengeresse ayant des choses à cacher? On ne le saura qu’à la toute fin, le temps d’une Cabanes / Manchette - LM magazinedescription minutieuse de cette bourgeoisie consanguine et corrompue que l’écrivain d’extrême-gauche se plait autant à décortiquer que ses barbouses de la Princesse ou ses anarchistes de Nada.

Le rythme est calme dans Fatale, il coule comme les jours de cette femme n’ayant pas de besoins financiers, vivant à l’hôtel, passant ses journées à s’entretenir, lire le journal et entretenant ses fréquentations mondaines. Mais jamais l’on ne s’ennuie tant le découpage est fluide, soutenu par des descriptions narratives qui nous rapprochent du texte original, comme sur les autres albums.

De loin le plus abouti des trois adaptations de Manchette par Max Cabanes et Doug Headline, cet album est un parfait spécimen de la brillante collection Air Libre, one shot au format idéal où un récit surprenant, intelligent, allie texte littéraire et élégance graphique en donnant envie de découvrir le texte original. Et malgré une chute un poil décevante, on aimerait revoir vite cette Aimée Joubert…

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***·BD

Nada

La BD!

BD de Doug Headline et Max Cabanes
Dupuis-Air Libre  (2018), 88., One-shot.
D’après Jean-Patrick Manchette.

C’est avec grand plaisir que je me suis remis dans les adaptations en BD des ouvrages de Jean-Patrick Manchette par Max Cabanes et le fils de l’écrivain, Doug Headline. J’avais découvert tout ce beau monde via un cadeau, la Princesse de sang (première des trois adaptations sorties) qui m’avait beaucoup plu et intrigué. Comme je le dis régulièrement concernant des adaptations de livres en BD ou sur des documentaires, la présence de bonus faisant le lien avec le matériau d’origine me semble une évidence. C’était le cas sur la Princesse qui jouissait d’une documentation très fournie et agrémentée d’illustrations magnifiques de ce très bon artiste. Sur Fatale comme sur Nada il n’en est rien et l’on nous balance une fin abrupte. Franchement désolant et incompréhensible, d’autant qu’avec l’héritier de l’écrivain dans l’équipe il ne devait pas être très compliqué de trouver des manuscrits, photos et autres explications… Nada est le quatrième roman de Manchette, paru en 1972, soit contemporain des événements racontés, et la seconde adaptation BD (après la Princesse de sang et Fatale donc). Il a été adapté au cinéma par Claude Chabrole en 1974.

couv_344610Au début des années 70 un groupe d’anarchistes au parcours divers et aux convergences politiques variables décide de passer à l’action en enlevant l’ambassadeur des Etats-Unis. Entre professionnalisme terroriste et insouciance violente, ils organisent leur enlèvement avant d’être pris en chasse par le redoutable commissaire Goémond, chien enragé d’un pouvoir politique qui n’entend pas l’extrême-gauche mener à terme son coup d’éclat…

Nada + ex-libris offert de Max Cabanes, Doug Headline, Jean ...Étrange ouvrage que ce Nada dont la très jolie couverture suggère une intrigue autour d’une femme… cette Véronique Cash, superbe femme libre qui participera à l’odyssée sanglante du groupe Nada. Or il n’en est rien puisque ce personnage, très charismatique, n’arrive que tardivement dans l’histoire après une bonne soixantaine de pages de mise en place un peu laborieuse. Le roman n’est pourtant pas très volumineux et si l’on regarde l’album en entier on ressent un manque de concision, sans doute cinquante pages de trop. Si je prends le temps de parler du format c’est parce que les faiblesses de cet album sont pour beaucoup liés à la pagination et l’économie de moyens qu’elle implique. J’y reviens.

L’ouvrage prend le format et le rythme des longues chroniques criminelles des films des années soixante-dix, suivant lentement l’ennui de personnages médiocres, désœuvrés, pour lâcher par moment des orages de violence soudaine et définitive. Cette efficacité est à double tranchant car elle renforce l’action mais rallonge la narration. Celle-ci, adoptée par le duo dès la Princesse de sang, utilise des encarts supposés découpés du texte original, apportant une authenticité en même temps qu’un style de roman policier très à propos. C’est important car l’on profite du style de Manchette  (que l’on soit féru de l’écrivain ou simplement de BD) et que cela compense certaines cases parfois très frustes du fait du style de Max Cabanes.

Cabanes & Headline: Manchette dans le sang | BoDoï, explorateur de ...La première qualité de l’album est sa reconstitution de l’époque, très impressionnante de vérité, faite de mille et un détails insignifiants, qu’ils soient verbaux, référence géographique ou style des personnages (en mode pattes d’eph et coiffures à la con). Je ne suis pas franchement fana de la décennie soixante-dix et je me suis pourtant plongé avec délice dans cette vision d’une époque qui nous apparaît tellement vraie. La portée politique, elle, tarde un peu. On nous présente bien sur par moment quelques altercations idéologico-révolutionnaires de ces bandits anarco-alcooliques avec de vives piques de Manchette sur le n’importe quoi de ces logorrhées des personnages. Mais il faut attendre la dernière séquence pour comprendre le message, l’emballage général du projet. Car l’auteur original tape autant sur ses « héros » que sur les autorités. Si la bande est composée d’un révolutionnaire international romantique, d’un alcolo nihiliste, d’un philosophe fils à papa violent ou d’un vieux-beau de l’ancien temps, le pouvoir alterne entre ce commissaire adepte de la torture et des exécutions sommaires et un cabinet ministériel bien éloigné du respect de Splitter Verlag - Comics und Graphic Novels - Nadala loi… En militant d’extrême-gauche, Manchette dénonce ainsi la version terroriste (active à l’époque) de son courant politique autant qu’une France bourgeoise, vaguement raciste et tout à fait disposée à se laisser trousser par un Etat aux méthodes pas si éloignées du régime de Vichy.

Dès la seconde moitié de l’album le rythme change totalement, s’accélère pour entrer dans une longue odyssée vers une mort qu’on sent assez vite inéluctable sans encore savoir ni qui ni comment. Le réequilibrage avec l’apparition du grand méchant (le commissaire Goémond) se fait sentir en donnant plus de consistance à l’action, plus de simplicité aussi. Il faut dire que le lettrage des bulles n’aide pas, bien élégantes mais assez peu lisibles et que le choix de découpage laisse parfois dubitatif dans les enchaînements. Malgré un retard à l’allumage on se retrouve happé sur le reste de l’album.

Entretien avec Max Cabanes à Quai des Bulles 2018 - Comixtrip -Le dessin de Max Cabane est toujours aussi surprenant, capable de sublimes visions, souvent en portraits, comme de vagues croquis assez laids. Il est difficile de comprendre comment des cases aussi disparates peuvent se juxtaposer dans un même album. La technique de l’auteur est évidente et parfois donc magnifiques. Mais le style ne suffit pas à justifier des rough qui n’apportent rien. J’avais déjà fait le constat sur la Princesse de sang et le confirme sur Fatale. On peut bien entendu accepter des choix graphiques d’un auteur mais lorsqu’il montre ce dont il est capable, lorsqu’on voit la grosse pagination de l’album, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’une gestion du temps qui aboutit à un ouvrage graphiquement à demi fini. Vraiment dommage.

Il ressort de cette lecture une impression mitigée d’un projet pas bien ficelé. Les adaptations ne sont jamais faciles de par le carcan qu’elles imposent. Le dessinateur a fréquemment indiqué le grand plaisir qu’il prenait à travailler sur ces ouvrages de Manchette (un quatrième est en préparation). Pour peu qu’il peaufine un peu plus la totalité des planches sur des formats plus classiques il a le matériau et le talent pour proposer des albums majeurs à l’avenir. Nada n’est pas le meilleur album de la collection. Trop gros, trop lent à démarrer, il garde néanmoins des atouts lorsqu’il se simplifie à l’extrême dès la séquence de la fermette où point l’ombre de Sam Peckinpah ou de Verneuil.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

J’irai cracher sur vos tombes

La BD!
BD de JD Morvan et collectif,
Glénat (2020),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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La collection Boris Vian de Glénat prévoit, à l’occasion des cent ans de la naissance de l’artiste la publication de quatre albums « Vernon Sullivan« , tous scénarisés par Jean-David Morvan, déjà directeur de collection sur les Conan et dessinés par une équipe de dessinateurs argentins. Les albums paraîtrons en deux fournées, au printemps et à l’automne. Ils comprennent une introduction de Nicole Bertolt, directrice du patrimoine de Boris Vian et reprennent la même maquette de couverture inspirée clairement des designs du roman noir à l’ancienne. Pas forcément le plus esthétique mais c’est parlant et tout à fait dans l’esprit recherché. Il faut enfin préciser (c’est raconté dans la petite vidéo en pied d’article) que le projet est issu d’une commande de l’éditeur des œuvres de Vian.

Lee Anderson est ce qu’on appelle un étalon. Beau, costaud et empli de désir sexuel, il va vite apparaître comme une icône dans la petite communauté étudiante de Buckton, petite bourgade du sud profond ségrégationniste. Prêt à tout, sans retenue ni pudeur, il va pénétrer la petite comme la haute société sans perdre de vue sa vengeance. Car Lee a du sang noir. Et l’un de ses frères a été lynché…

J'irai cracher sur vos tombesDe Vian je n’ai lu que L’écume des jours et L’arrache cœur. Je ne suis donc pas familier ni de l’auteur ni du polar des années cinquante. C’est sans doute ce qui m’a empêché de tomber pleinement dans cette odyssée sanglante. Car le projet d’adaptation des ouvrages de « Vernon Sullivan » (pseudo utilisé par Vian pour ses romans noirs) est profondément littéraire et s’inscrit nécessairement dans l’histoire culturelle que représente la vie de Vian. Le texte introductif rappelant le contexte de parution de ces ouvrages, de leur radicalité thématique (la violence, le sexe), les problèmes de l’auteur avec la censure, est à ce titre indispensable pour appréhender l’ouvrage. Comme toujours dans les adaptations BD on ne sait si l’intérêt est de permettre à des « non lecteurs » de découvrir des ouvrages majeurs en version graphique ou bien à des amateurs de voir une variation d’ouvrages lus. Car assurément le travail de Jean-David Morvan (présenté sur la page de l’éditeur comme un grand amateur de Vian) est technique, fidèle, respectueux.

A ce titre J’irai cracher sur vos tombes est donc sans doute une grande réussite, en parvenant à retranscrire une atmosphère, l’époque délurée d’une jeunesse qui ne s’interdit rien. Les premières pages montrant les ébats de Lee avec les filles du coin vont droit au but. L’aspect sexuel de l’oeuvre de Boris Vian est connu et le fait que équipe graphique constituée sur ce projet comprenne un certain Ignacio Noé (très doué dessinateur argentin longtemps spécialisé dans les BD porno-humoristiques) atteste de la dimension semi-érotique des albums. Attention, je parle bien d’esthétique générale, le scénario de ce premier volume ne comportant pas plus de scènes de sexe ou de nu qu’une BD franco-belge classique.

Amazon.fr - J'irai cracher sur vos tombes - Morvan, Jean-David ...Le background général m’a cependant paru un peu éthéré. Est-ce du à ce grand blond que l’on a beaucoup de mal à imaginer métisse ou au sujet de la ségrégation que l’on aborde finalement moins que la vie des grands bourgeois du Sud américain? L’ouvrage porte surtout sur le rôle de prédateur, manipulateur sexuel que représente ce Lee auquel aucune donzelle ne résiste. L’essentiel de l’album nous montre les échappées alcoolisées et les orgies d’une jeunesse qui n’a pas d’autres préoccupations. Finalement assez peu de critique de la société, du carcan familial ou du racisme omniprésent.

Graphiquement c’est beau, notamment une colorisation très agréable. Le fait que les planches soient réalisées à plusieurs crée quelques quelques étrangetés de visages pas toujours identiques et un aspect un peu formaté. Le style des auteurs est très classique et cette BD aurait pu être réalisée dans les années soixante. C’est un style voulu pour rechercher une fidélité à une époque historique et artistique précise.

Je ne suis pas très lecteur de ce type d’histoire ni de ce type de graphisme. Je ne me suis pourtant pas ennuyé dans la lecture de ce gros album qui aurait peut-être pu rester sur un format classique de 46 planches pour une plus grande densité. On sent que les auteurs voulaient prendre le temps de s’immerger, de poser une narration lente, littéraire. Les amateurs de polar à l’ancienne, de Vian et des années cinquante seront probablement comblés. Les amateurs de BD pourront découvrir un pan culturel qui leur échappe au travers de cette adaptation efficace.

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

L’escadre frêle

BD du mercredi
BD de Eric Henninot
Delcourt (2019), 74p., La Horde du contrevent t2., série en cours

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Pour ce second volume on reprend le même format avec six planches de moins. Comme l’ensemble de l’album, Eric Henninot semble avoir eu conscience de na nécessité d’éclairer un peu sa série et la couverture est bien plus lumineuse, colorée, accrocheuse. La structure de la Horde est toujours présente en début d’ouvrage (les personnages), avec un résumé du tome précédent. A noter que l’intérieur de couverture varie à chaque tome, reprenant une case en format avant découpe (et ici très belle). L’édition grand-format NB est renouvelée comme pour le tome un.

Lorsque le navire amiral fréole plante soudainement ses ancres dans la prairie au milieu de la Horde, son univers est bouleversé: à la solitude succède la fête, le danger du vent fait place à celui des hommes et bientôt se profile sur leur route la Flaque de Lapsane, vaste étendue d’eau qu’aucune Horde n’a jamais traversée…

20191210_221158.jpgLors de ma critique du tome un j’avais conscience de mon manque d’objectivité tant l’ouvrage source m’avait marqué, le seul fait d’adapter avec concentration le livre suffisait à me combler. Au risque de passer sous silence les qualités intrinsèques de cette série qui très discrètement commence à marcher sur les traces de ce qui est pour moi la saga majeure des dix dernières années, le Servitude de Bourgier et David. L’immense sérieux de l’écriture comme du dessin, le temps pris pour peaufiner chaque case, chaque rythme se ressent sur les deux séries qui donnent une profondeur globale que très peu de séries de BD ont. Je l’avais déjà dit, les personnages et leurs dialogues étaient la grande réussite de l’adaptation, même si le lecteur pouvait trouver austère cette succession d’échanges à couteau tiré. Si les bases (du roman…) restent les mêmes ce second opus monte franchement d’un cran en rectifiant cette sobriété, en rajoutant de l’action et une couverture dramatique très touchante en appuyant là où ça fait mal: le pourquoi du Contre, le pourquoi de vies passées à remonter à pied sans autre espoir de vie que de voir le bout du monde…

20191210_221101.jpgLa séquence des fréoles était dans le livre l’une des plus fortes, avec ce vaisseau que l’on imaginait difficilement. Henninot a fait ses choix graphiques que certains n’aimeront pas mais qui s’avèrent totalement cohérents, d’un design redoutabelement élégant (comme en réponse à la rigueur de la roche et des paysages désolés du premier volume) et en introduisant via les fréoles nombre de questions de fonds sur l’univers de la Horde du contrevent, les factions à l’œuvre à Aberlas, les différentes confréries humaines sur ce monde redoutable et un aperçu de ce qui les attend en extrême-amont.  Les pistes sont tissées pour la suite et le background s’étoffe fortement, dès l’introduction qui reprend (comme le premier volume) une séquence de la formation initiale des enfants qui deviendront la trente-quatrième Horde. J’ai trouvé que l’auteur réussissait ici à élargir son lectorat qui peut désormais se passer complètement de la lecture du roman et découvrir cet univers d’une richesse folle et au scénario très accrocheur. On dévore la BD d’une traite malgré les très nombreux textes. On se passionne pour ces personnages dont Henninot sacrifie la plupart en arrière-plan pour se concentrer sur le scribe (personnage central), Oroshi (personnage magnifique!), le redoutable et ombrageux Golgoth et Callirohé qui apportera un doute terrible qui prends aux tripes. Cela faisait longtemps qu’une BD ne m’avais autant accroché émotionnellement. Là encore il y a un 20191210_221027.jpgmatériau, mais l’auteur de l’album a totalement digéré cet écosystème relationnel, cette famille faite de compétences, de nécessités, de violence impitoyable et d’amour profond et réciproque.

Effaçant les quelques difficultés du premier volume (je ne parlerais pas de défaut mais de passage obligé de l’adaptation), L’escadre frêle fait soudainement passer La Horde du contrevent de bonne adaptation à grande série BD! Et c’était loin d’être évident. L’inventivité visuelle, la finesse du trait (et n’oublions pas le remarquable travail sur la couleur de Gaétan Georges tout en douceur!) et surtout la richesse des relations interpersonnelles font de cet album un magnifique moment de lecture qui ne donne qu’une envie, de retourner dans le Fer en rêvant de Norska…

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Dracula

BD du mercredi
BD de George Bess
Glénat (2019), 200 p., One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_375261Très monumental album de deux-cent pages illustrées en noir et blanc sur papier glacé, le tout découpé en seize chapitres avec pages de titres illustrées (superbes de finesse!) et quelques illustrations d’ambiance à la fin. C’est ce qu’on appelle un album très généreux où l’auteur semble avoir épuisé jusqu’au dernier centimètre de papier pour y dessiner son univers gothique. Le format est néanmoins assez compact, proche d’un comic… justifiant la sortie d’une édition grand format pour quatorze euros de plus. Ce n’est pas choquant au regard des pratiques des éditeurs mais le format original suffit amplement pour apprécier les superbes planches.

Le roman épistolaire de Bram Stoker sort en 1897 en pleine veine littéraire gothique et va inspirer tout ce qui suit d’inventeurs de l’imaginaire, au travers du cinéma, de la BD et de l’imaginaire collectif. Le réputé film de Francis Coppola va lui aussi poser sa marque comme une tentative d’adaptation très proche du roman visant à s’éloigner de l’iconographie posée par les figures de Bela Lugosi et Christopher Lee. A noter qu’en BD les versions de Pascal Croci et de Mike Mignola (adaptée du film de Coppola) semblent les plus notables.

Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"Jonathan Harker est clerc de notaire et envoyé pour un étrange voyage en Transylvanie pour les affaires d’un mystérieux comte reculé dans son château. Sur place il va découvrir que les forces du Mal occupent la bâtisse et que son hôte n’est autre qu’un mort-vivant se repaissant du sang de ses victimes… un vampyre!

Il est peu évident d’entreprends une adaptation « fidèle » d’un tel roman dont on ne sait plus ce que le texte ou les adaptations suivantes ont provoqué comme images dans la tête de George Bess. Le magnifique auteur du Lama Blanc semble tout à la fois inspiré par l’atmosphère gothique victorienne qui se dégage du roman mais aussi beaucoup par les images de Coppola dans plusieurs scènes ou encore par le Nosferatu de Murnau dont il reprend la forme physique dans certaines séquences. Le fait est que le projet a été de produire une somme graphique, à la lisière de l’art-book et de la bande-dessinée où la générosité de l’auteur est stupéfiante. Hormis l’insertion de textures de fond de page d’intérêt très douteux et de qualité graphique assez moyenne qui mettent un bémol, l’ouvrage fera néanmoins date en matière de qualité de dessin où tout fait honneur aux encrages, noirs et formes fantastiques les plus communes au fantastique et les plus fascinantes. Je ne m’explique pas ce souhait de l’auteur (peut-être pour gagner du temps sur les fonds de page?) alors qu’un tel objet aurait amplement toléré des fonds noirs ou blancs en faisant ressortir encore plus les sublimes dessins. Si les éditeurs sortent des TT noir et blanc pourquoi ajouter des textures numériques sur un album conçu en N&B… mystère?Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"

L’album a une structure variable selon les chapitres, commençant par d’énormes claques visuelles en doubles-pages où l’envie d’entrer en matière rapidement se ressent avec ce décors de cimetière, d’abbaye en ruine et d’oiseaux sombres pour rapidement basculer dans la section la plus proche de l’adaptation littérale lors du voyage de Jonathan sous Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"une forme quasi totalement épistolaire. C’est très agréable, juste, mais les lecteurs familiers avec le livre et le films de Coppola pourront ressentir un manque d’intérêt et se focaliseront sur les dessins. Dès le retour à Londres l’album reprends une forme plus typique de la BD avec beaucoup de dialogues et des interactions de personnages qui permettent à l’album de se démarquer du film. La liberté de l’auteur est totale et fascine par la variété de cadrages, de découpages, de techniques utilisées, tantôt par de simples encrages légers sur fonds blancs, tantôt jouant de pages noires, parfois sortant un pinceau pour des lavis allégeant les ombres… On joue ainsi sur des cases rectilignes, sur des doubles pages mangées par une forme maléfique ou sur des portraits proches d’illustrations de recherche poussés. Tout ceci se mets en place en menant fluidement le lecteur au fil des textes malgré ce maelstrom de dessins.

Clipboard01.jpgCertains auteurs ont du mal à transposer leur liberté créatrice et technique de superbes dessins qui donnent parfois de moyens albums, Georges Bess n’a pas ce problème et semble avoir trouvé (grâce au support de l’adaptation cependant…) l’alchimie entre contraintes d’un album et liberté formelle totale. La qualité globale de l’album sidère avec un nombre de cases de qualité moyenne extrêmement faible au regard de la pagination imposante. De fait il est recommandé de lire l’ouvrage en plusieurs fois tant la taille pourrait faire perdre la concentration. Non que l’intrigue soit complexe (elle consiste en une chasse au vampire sur les deux-tiers de l’album) mais car la richesse visuelle demande de pouvoir passer du temps à contempler chaque page, comme en visite sur une exposition.

Si vous vous souvenez le film de Coppola vous retrouverez des scènes très proches, ce qui n’est guère étonnant car le film était lui-même fidèle au livre. Manquent l’introduction du film sur Vlad Teppes et surtout, le plus marquant, l’aspect romantique Résultat de recherche d'images pour "dracula bess"du comte qu’avait apporté le réalisateur et qui redevient ici une bête sauvage immonde prenant divers aspects, pas très originaux mais en phase totale avec l’esprit du mythe: tantôt vieux dandy dans les Carpates, puis chauve-souris affreuse proches du film ou le nosfératu aux longues incisives quand il ne redevient pas poussière ou cadavre ambulant. Le dessinateur dessine ce qu’il sait si bien faire, des personnages typés, burinés, de belles demoiselles blafardes et sexy en diable dans leur corset, des créatures de la nuit, ourses, loups, rats et bien sur, dans la dernière partie, les vastes étendues sauvages, enneigées et montagneuses des Carpates dans la chasse finale, qui sentent bon le western et permettent de superbes panoramas.

Dracula est un superbe cadeau que Georges Bess fait à ses lecteurs (ou qu’il se fait à lui-même, on ne sait pas vraiment…) et qui montre s’il en était besoin qu’il est un auteur majeur de la BD franco-belge. L’absence de couleur sur ce projet confirme que ses précédents albums dotés d’une colorisation un peu datée mériteraient peut-être des versions noir et blanc pour apprécier à sa juste valeur son travail. Malgré une histoire connue de beaucoup cet album se lit avec facilité et arrive par moments à enthousiasmer dans sa narration, ce qui n’était pas évident dans une adaptation littéraire, épistolaire, très classique et aux liaisons parfois brutales. Grace à cela il devient une excellente BD et la le seul ouvrage graphique qu’il aurait pu être.

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****·BD·Documentaire·Numérique·Service Presse

Homicide #1

Le Docu du Week-End

BD Philippe Squarzoni
Delcourt (2016-2019), série en cours, 4 volumes parus sur 5.

bsic journalismAlbum lu en numérique sur Iznéo.

badge numeriquecouv_279633Homicide propose la chronique d’une année de la brigade des homicides de la police municipale de la ville la plus violente des Etats-Unis. Adaptée d’un livre de David Simon qui a donné naissance à la mythique série TV The Wire (Sur Ecoute), la série de Philippe Squarzoni, spécialiste de BD documentaire, se mets à hauteur d’homme en nous livrant le quotidien de ces hommes, loin du show des films et séries policières. Quatre volumes sont parus (sur cinq prévus), chacun couvrant un ou deux mois d’activité de la brigade.

Dans les rues de Baltimore il y a en moyenne un meurtre deux jours sur trois. Pour résoudre ces meurtres la police municipale a deux brigades d’enquêteurs. Ainsi les affaires en cours s’accumulent avant que l’on ait le temps de les résoudre. Entre fonctionnement administratif, réalité des crimes et relations humaines, entrez dans le quotidien de ces policiers qui tâchent de confondre des criminels en se demandant pour qui, pour quoi…

J’avais été impressionné par la qualité documentaire de l’ouvrage Saison Brune que Philippe Squarzoni avait publié il y a quelques années à propos du réchauffement climatique, en adoptant le point du vue du novice. Ici la démarche est autre puisque l’on est sur l’adaptation d’un bouquin source qui n’envisage pas de récit de l’observateur mais agit plutôt comme la caméra d’un Depardon, captant froidement des scènes, des dialogues, des regards. Il y a bien une narration qui nous explique les dessous, des chiffres, mais toujours dans le sens didactique. N’ayant pas vu la série TV je ne savais pas à quoi m’attendre et ai été bluffé par l’intensité du récit, la profondeur des problématiques. Ce sont des tranches de vie qui nous sont ainsi montrées, entre différentes affaires dont on ne sait jamais la conclusion car elles ne se résolvent pas en quelques jours (ce premier tome couvre quelques semaines seulement de l’année 1988, année couverte par David Simon comme journaliste au sein de cette brigade). Mais très vite on nous explique qu’en raison de la profusion de crimes et des moyens limités certaines constantes doivent vite être intégrées par un enquêteur: premièrement que tout le monde ment pour différentes raisons, à différents degrés, ensuite que la plupart du temps les affaires sont réglées sur un coup de chance. La chance de tomber sur l’indice confondant, la chance d’un témoin qui craque, la chance d’un collègue qui fait bien son boulot… Les enquêtes ne tiennent qu’à des détails derrière une pression hiérarchique toute administrative: le maire, l’élu chargé de la sécurité, les différents échelons de la police et cette mise en concurrence des deux brigades.

On passe d’un enquêteur à l’autre, chacun avec un profile et des problématiques différentes. On est loin du manichéisme des films en effet, malgré la moustache et le costume de rigueur. Pas de salauds, pas d’enquêteur pourri, pas de méchant capitaine qui vous empêche de faire votre boulot. Juste des policiers qui s’efforcent de résoudre des meurtres qui n’en sont pas toujours, une réalité de la rue qui fait que 90% des crimes sont liés à des noirs pauvres habitant dans des cités… La réalité des Etats-Unis des années 80.

Visuellement c’est plus poussé que les précédents albums de Squarzoni que j’ai pu lire. On reste dans du dessin très contrasté, très encré, pas très détaillé au niveau des visages mais moins illustratif que Saison Brune. Toujours pas mon truc au niveau graphisme mais le dessin apporte au récit pur et fait le job. Surtout la mise en scène, homicide_2froide, découpée, avec de jolies mises en page par moment, nous donne très envie de continuer notre cheminement avec ces hommes dont on ne fait qu’effleurer la vie, les tourments, l’activité de fonctionnaires de police.

La grosse réputation de cet album et sa série ne sont donc pas du tout usurpés et je reconnais que si je m’attendais à un livre intéressant j’ai terminé l’album totalement accroché, cherchant le second que je n’ai pas encore sous la main et marqué par la force de l’immersion. Sans doute trop court, ce récit aurait mérité d’être rassemblé en un unique volume tant la césure est artificielle et casse la lecture. Totalement addictif, Homicide donne envie de se jeter sur The Wire, de lire l’ouvrage de Simon et tout documentaire vidéo sur la police américaine… Une claque qui aurait pris cinq Calvin avec un dessin plus artistique.

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***·BD·Littérature·Numérique·Service Presse

20.000 lieues sous les mers

BD de Gary Gianni
Mosquito (2018) – Flesk publications (2009), 61 p.

couv_343981L’ouvrage édité par Mosquito reprends l’édition américaine de 2009 en supprimant la préface de Ray Bradburry et en ajoutant une nouvelle  de H.G. Wells illustrée par Gianni. La très belle couverture originale est reprise avec la maquette habituelle de l’éditeur grenoblois.

Je passerais sur l’intrigue que tout le monde connaît pour m’attarder sur le travail d’adaptation de Gianni et la proximité avec le matériau d’origine. Je vous confesse que je n’ai pas poussé le zèle jusqu’à relire l’ouvrage de Jules Verne à l’occasion de cette critique, néanmoins il me semble que l’auteur de l’album a recherché plus une reprise graphique des éditions originales de l’éditeur Hetzel qu’une fidélité totale au roman. A ce titre, le style de Gianni et ses aspirations graphiques correspondent parfaitement aux illustrations des ouvrages originaux et il est assez fascinant d’imaginer que si la BD avait existé à l’époque, nulle doute qu’elle aurait ressemblé à l’adaptation aujourd’hui proposée par Mosquito. Le travail de hachures, les positions héroïques et théâtrales ainsi qu’un design résolument rétro, tout concours à faire de cette BD une adaptation plus qu’une oeuvre originale. Les visions proposées pour l’Atlantide, les forêts sous-marines, l’Antarctique ou  les calamars sont saisissantes et nous replongent dans nos jeunes années.

Résultat de recherche d'images pour "20000 lieues gianni"Gary Gianni était semble-til conscient des lacunes du récit de Verne, terriblement naturaliste et linéaire, au risque de rendre la BD ennuyeuse. L’auteur américain s’est ainsi efforcé de concentrer son ouvrage sur les moments clés et les séquences d’action, plus que sur des personnages plutôt survolés. Il y a ainsi un paradoxe entre une oeuvre passée dans l’imaginaire collectif et dont on attend souvent une nouvelle version redigérée par des auteurs qui y introduiraient leurs propres visions (comme ce projet avorté de film porté par Mathieu Lauffray) et des adaptations fidèles, trop respectueuses, qu’on retrouve le plus souvent. C’est partiellement le cas ici même s’il me semble que certains éléments sont rajoutés, précisée au-delà du texte original. Résultat de recherche d'images pour "20000 leagues gianni"Nos cerveaux ont absorbés tellement d’images de films, d’illustrations, d’adaptations qu’il est difficile aujourd’hui (à moins de faire un comparatif texte en main) de distinguer ce qui vient de Verne et ce qui vient d’autres, jusque dans la personnalité de Némo.

J’ai trouvé cette version résolument agréable à lire et proposant une très bonne synthèse, au point que je la conseillerais volontiers aux CDI afin de pouvoir faire travailler les collégiens dessus. Entendons nous bien, l’intérêt n’est pas que pédagogique, à commencer par le trait classique d’un des meilleurs dessinateurs américains actuels, mais aussi une vraie fluidité de lecture de cette BD d’aventure autour du monde. Cet album respire la passion de Gianni pour cet univers, moins baroque que ce qu’il produit habituellement mais résolument élégant.

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