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Dans l’abîme du temps

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour cette découverte.

couv_374328Les éditions Ki-oon continuent leur adaptation des manga de Gou Tanabe sur Lovecraft avec une qualité éditoriale toujours aux petits oignons: couverture simili-cuir (… que j’aurais préféré couleur cuir comme pour les Montagnes Hallucinées), cahier couleur en début d’ouvrage, titres de chapitres en anglais et français. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage. Seule remarque, qui était difficilement corrigeable par l’éditeur français (comme pour le précédent ouvrage) les bulles n’ont pas de queue, aussi il est parfois malaisé de savoir qui parle lorsque plusieurs personnages se côtoient dans une case.

Alors qu’il donne un cours d’économie à l’université, le professeur Peaslee est victime d’un malaise. Il reprends connaissance… cinq ans plus tard et découvre qu’il a été victime d’une amnésie aussi longue, pendant laquelle son esprit a eu accès à des visions monstrueuses. A l’orée de la folie, soutenu par son seul fils aîné, il entreprend de comprendre ce qui lui est arrivé et d’où lui viennent ces visions dantesques…

Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Étonnante série que ces adaptations de Lovecraft par un mangaka que je n’aurais sans doute pas lu sur un autre sujet… Au premier abord j’avais tiqué sur les visages lors de ma lecture de la précédente adaptation. C’est le style du dessinateur et il ne changera probablement pas, aussi soit on s’y fait soit il s’avérera compliqué de continuer. Assez statiques hormis lors des séquences de sidérations (fréquentes dans le fantastique), ces personnages étaient difficiles à identifier dans le décors antarctique. Ici c’est moins problématique car nous sommes pour l’essentiel dans des décors de la Nouvelle Angleterre, des maisons et de l’université. Surtout les personnages sont réduits à Peaslee, son fils Wingate, quelques médecins et, surprise, le professeur Dyer. Cette présence (je ne sais pas s’il est cité dans la nouvelle originale) indique donc très rapidement que nous nous situons dans la suite chronologique et le même espace-temps que les Montagnes hallucinées. C’est une très bonne idée puisque cela permet de structurer les ouvrages de Tanabe comme une série à suivre, avec la révélation progressive du Mythe de Ctulhu.

Résultat de recherche d'images pour "the shadow of time tanabe"Construit en incessants aller-retour entre le voyage psychique de Peaslee dans un futur indicible (le fameux Abîme du temps) et le présent, à mesure qu’il se remémore des passages de son amnésie, l’album alterne pages classiques de l’homme ravagé par le doute, la recherche de ce qui lui est arrivé et de longues itinérances sur fonds noir dans le monde de la Grande race de Yith, laissant libre cours à la force du dessin de l’auteur sur les décors et architectures. Sur ce plan Tanabe a une vraie qualité appuyée sur la bizarrerie des formes pas toujours compréhensibles, ce qui correspond totalement à l’idée des mondes de Lovecraft où la conscience humaine ne peut interpréter ce qu’elle voit. Notamment du fait de trames dont la finesse et la précision sont pour moi du jamais vu. Cette « colorisation » par dégradés tout à fait spécifique au genre du manga Résultat de recherche d'images pour "gou tanabe shadow of time"reste particulière mais dans le domaine on atteint du très haut niveau et cela joue grandement de l’étrange en créant des reflets, des arrondis qui perturbent le regard.

Bien plus que dans les Montagnes Hallucinées racontées sur une ligne très cartésienne, nous sommes conviés à partager l’esprit d’un homme au bord de la folie, ne sachant jamais où ni quand il se situe. Le concept de créatures voyageant psychiquement sur l’espace-temps est assez fascinant et me rappelle l’un des meilleurs films de SF de ces dernières années, le Premier Contact de Denis Villeneuve qui proposait l’idée que le langage pouvait modifier la perception du temps et donc provoquer de fait une sorte de voyage temporel en distordant la réalité par la seule perception. Dès lors Gou Tanabe nous raconte l’histoire de cette race sur le même mode que le précédent ouvrage nous relatait l’histoire de la planète et des Anciens. Il n’est pratiquement pas fait référence aux divinités maudites du Mythe ici. On a une petite impression de redite par rapport à l’histoire précédente mais ce n’est pas très gênant tant l’univers est riche et le récit fluide. Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Rassemblée en un seul volume j’ai trouvé cette histoire plus concentrée et de ce fait à la fois plus facile à lire, sans temps morts et dont plutôt meilleure. Les visions ne rivalisent pas avec les incroyables cités noires de l’Antarctique mais les personnages et le récit, moins linéaire, plus intellectuel, sont supérieurs. Juste de quoi nous donner envie de replonger dans le monde de Lovecraft en espérant visiter bientôt la cité de R’lyeh…

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Sushi & Baggles #21

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  • Bloodshot reborn #1 (Lemire/Alen, Suayan, Martin/Bliss) – 2016.

badge numeriquecouv_279990J’avais chroniqué l’intégrale Bloodshot il y a environ un an avec un très bon ressenti. Avec le nombre de séries en retard chez Valiant je ne m’étais pas précipité, privilégiant Ninjak. J’ai eu tort tant ce premier volume de Bloodshot Reborn est une belle claque et pour l’instant ma meilleure lecture de l’univers Valiant! D’abord par les dessins de Mico Suayan que l’on a pu voir sur Bloodshot Salvation et Harbringer wars, est juste sublime. Je suis pourtant généralement réticent à ce genre de style souvent très figé. Ici l’expressivité, le mouvement, l’encrage sont totalement dans l’esprit de ce badass de bloodshot, c’est beau et ça crée un univers. En outre il introduit visuellement des dialogues mentaux du monstre avec le personnage de Bloodsquirt, sorte de surmoi violent en mode dessin-animé. Car ce qui fait la grande force de ce volume c’est à la fois la grande simplicité de l’intrigue et la focale mise sur la perturbation mentale de cet homme dévasté qui s’affronte avec ses pulsions intérieures entre humanité et inhumanité, entre rêve et réalité. C’est bien écrit, drôle, puissant, passionnant! L’album nous avertit qu’il s’agit de la suite directe de The Valiant, à la fin duquel [ATTENTION SPOILER] Lire la suite « Sushi & Baggles #21 »

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Shadowman (2019)

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Comic de Andy Diggle, Doug Braithwaite, Renato Guedes et Stephen Segovia
Bliss (2019) / Valiant (2018), 312 pages.

bsic journalismbadge numeriqueMerci aux éditions Bliss pour leur confiance.

couverture_shadowman8rgb-1-600x923Shadowman est l’un des premiers comics Valiant que j’ai lu et j’ai été immédiatement attiré par le côté sombre, par le charisme du méchant et par une approche graphique très artistique, notamment grâce à l’apport de Roberto de la Torre. Sur cette nouvelle série on est plus classique dans le dessin pour un traitement qui semble viser un élargissement du public. Sur ce point je dirais que l’arrivée de nouveaux lecteurs sera facilitée bien qu’il ne s’agisse pas d’un reboot à proprement parler, ce Shadowman 2019 prenant la suite directe de Rapture.

La Pie n’est plus. Après des années d’errements dans le monde des morts à la recherche de reliques pour Maître Darque, le serviteur est libéré et de retour dans notre monde. Confronté au Baron Samedi et ses plans obscures, il va devoir apprendre à connaître le Loa auquel il est attaché pour reconquérir sa puissance et combattre la société secrète qui œuvre dans l’ombre au retour de Darque…

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série marquait une sorte de descente aux enfers de Jack Boniface, hanté par un Loa, un esprit autonome du monde des morts transmis de génération en génération. L’affrontement avec le nécromant surpuissant Maître Darque se terminait par la disparition de ce dernier en même temps que l’asservissement volontaire de Shadowman sous la forme de La Pie, écumant le monde des morts. Les différentes séries Valiant ont ainsi convoqué ce personnage important sur des apparitions dans Ninjak, Bloodshot ou Rapture. Ainsi l’album commence avec l’expulsion d’un Boniface libéré de l’emprise de Darque et revenu auprès de sa chérie  Alyssia elle-même devenue la remplaçante de la sorcière Punk Mambo. On voit que les liens sont très étroits entre cette nouvelle série et la précédente, ce qui peut rendre difficile l’immersion pour les nouveaux venus. Pourtant on reste sur un schéma simple, avec la Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"société secrète cherchant à ressusciter le grand méchant, le Baron Samedi (toujours aussi cool) qui joue le rôle du vilain canard dans le panthéon des esprits, jamais vraiment méchant mais jamais vraiment fiable non plus et les deux protecteurs du Loa qui cherchent à rendre sa stabilité émotionnelle à Boniface tout en lutant contre la sœur de Darque, nouvelle méchante. On l’avait vue précédemment, la puissance maléfique de son frère avait entraîné Sandria à lier un Loa à son amant noir, ancêtre de Jack Boniface. Il y a donc une histoire de famille dans cette intrigue… qui m’a un peu déçu dans le fait de transformer cette sœur très intéressante jusqu’ici en une simple méchante manipulatrice. C’était la complexité de la famille Darque qui faisait la force de la première série. Ici c’est plutôt le passé du Shadowman et de ses précédentes incarnations qui nous est proposé.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série s’était terminée sur l’affrontement de Jack avec son père. L’intermède Rapture permettait la résolution de ce conflit intérieur. Désormais apaisé Jack Boniface, le dernier détenteur du Shadowman va pouvoir rechercher dans le passé, à l’époque de la guerre de Sécession, pendant la Prohibition, et jusqu’à l’aube des temps, l’origine de l’alliance du Loa et de l’homme au travers des différentes incarnation de Shadowman. Classiquement ces différentes époques comme les dimensions de la réalité permettent facilement à différents dessinateurs de proposer des graphismes variés. Au milieu de certaines expérimentations, Renato Guedes, dont les images du monde des mort sur Bloodshot salvation ne m’avaient pas convaincu, propose ici des pages absolument affolantes de beauté, de technicité et d’atmosphère. Si sa participation aux univers Valiant avait marqué les esprits sur X-O Manowar, je crois que ce volume est peut-être ce qu’il a proposé de plus réussi. Un très grand artiste.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman segovia"Hormis le problème sur la méchante expliqué plus haut cet album est une vraie réussite assez grand public même si les combats du Shadowman ont déjà été plus nerveux. S’il est surprenant de ne pas voir Punk Mambo (personnage original et assez central depuis plusieurs publications), le fait de revoir le personnage de Docteur Mirage est une excellente surprise tant ce personnage est sympathique et son interfaçage avec l’univers de Shadowman évident. La précédente intégrale était perturbante en ce qu’elle nous plongeait au cœur d’une intrigue déjà en cours et dont les rideaux se levaient progressivement autour des séquences sur la famille Darque. Cet nouvel album a plus la forme d’une origin story et en cela plus accessible. Comme tous les relaunch Valiant depuis quelques temps la ligne graphique est Résultat de recherche d'images pour "shadowman braithwaite 2018"somptueuse et le traitement plus grand public, au risque de tomber par moment dans la facilité classique des comics de super-héros. Il faudra attendre pour voir ce que cela peut donner, si l’ambition est affadie ou si le combat que l’on anticipe contre le retour de Darque sera mémorable avec un shadowman enfin libéré de ses tourments et en harmonie avec son Loa. Les auteurs devront trouver des aspects sombres pour maintenir l’originalité de ce personnage qui reste l’un de mes préférés de l’univers Valiant.

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Sushi & Baggles #19

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  • Radiant #12 (Tony Valente/Ankama) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

couv_372451Attention le nouveau Radiant est arrivé, avec une jaquette toujours aussi belle, centrée sur les personnages… qui sont la grande réussite de la série. Tony Valente aime ses personnages et les développe tous à fonds , si bien que lui comme nous ne sait plus où donner de la tête tant les possibilités sont nombreuses. Qui est un personnage principal, secondaire, tertiaire? …impossible de le dire tant tous ont leur moment de bravoure. D’ailleurs ce volume est l’un des rares à être quasi exclusivement centré sur un side-kick, à savoir l’anti-héros Doc, aux prises avec les affreuses sorcières de la Mesnie. Dans des dessins toujours aussi virtuoses et minutieux, l’auteur nous fait hurler de rire avec ses millions de mimiques et jeux de langues (donc Doc, si vous vous souvenez, est le spécialiste). Un volume axé baston qui se termine explosivement à Bôme et nous propose, encore, plusieurs nouveaux personnages de grande qualité. Tony Valente a déjà confessé dans ses discussions de fin de volume que son univers était assez riche pour plusieurs dizaines de volumes et on le croit volontiers tant on a plaisir à replonger et découvrir le monde de Radiant à chaque volume. Déjà douze et on a l’impression que l’on vient juste de commencer… Vivement la suite!

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  • Atomic Robo #2 (Clevinger/Wegener/Casterman) – 2019, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour leur confiance.

couv_366465Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Le Robot le plus bourrin du XX° siècle revient chez Casterman Paperback… et surement pour longtemps puisque l’éditeur original IDW en est actuellement à 13 volumes publiés. Ceci explique pourquoi le background se révèle aussi progressivement sans explication particulière au sein des épisodes que contient chaque volume relié et construits comme des séquences quasi autonomes. A noter que les couvertures originales sont très jolies et que Casterman serait bienvenu de les intégrer (ce qui se fait habituellement en comics) dans les prochains tomes. Ce second épisode est beaucoup plus structuré que le premier avec une intrigue qui suit Atomic Robo lors du débarquement en Sicile. On découvre différents alliés, deux nouveaux méchants nazi, des machines, des soldats monstrueux et un verbiage incessant entre deux balles et trois explosions. J’ai trouvé du coup l’histoire plus sympa à suivre car moins hachée mais un peu plus sérieuse jusqu’à la dernière portion qui introduit un étonnant soldat québécois qui a dû donner beaucoup de mal aux traducteurs et qui nous propose des expressions qui vous laisseront aussi pantois que Robo… Voyons voir donc quel format nous réserve la suite que je suivrais personnellement avec beaucoup d’envie tant les dessins (quasi uniquement découpés en cases pleine largeur format cinémascope!) comme l’esprit de cette série qui ne se prend absolument pas au sérieux sont de petites sucreries bien agréables.

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  • Coyotes #1 (Lewis/Yarsky/Hicomics) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

displayimageMon expérience avec les albums Hicomics (la branche comics de l’éditeur Braguelonne) n’avais pas été très fructueuse jusqu’ici. Generation Gone ne m’avait pas totalement convaincu et le réputé Invisible Republic m’a laissé sur le côté… Heureusement Coyotes arrive et marque chez moi un intérêt soudain, non forcé, pour une oeuvre résolument originale, mêlant discours politique (un féminisme agressif faisant assez directement référence au comportement prédateur sexuels des hommes), une revisitation du mythe du Petit Chaperon rouge (l’héroïne est appelée Rouge et combat des loups…) et le principe de la guerre secrète entre deux entités ancestrales incarnant la force masculine et la féminité naturelle. Une base théorique très solide pour un premier tome (sur deux parus aux USA et qui doit conclure la série) construit façon puzzle, sans linéarité temporelle claire mais avec une recherche dans la narration, les dialogues et l’esthétique générale  qui accroche fortement le lecteur blasé des comics indé. Souvent le dessin me fait tolérer des intrigues pas toujours fabuleuses et je suis aux anges quand l’équilibre est trouvé entre le trait et le récit. Caitlin Yarsaki a un réel talent qui se ressent sur son premier album malgré des dessins un peu rapides par momentRésultat de recherche d'images pour "coyotes yarski". Ses visages (qui ont la particularité d’être très cernés… juste un style ou un reflet de la fatigue générale dans ce monde violent?) sont incroyablement expressifs et esthétiques, même quand elle dessine des mamies hystériques vociférant et la subtilité de ses planches réponds à celle de l’écriture qui joue délicatement de graphie (avec cette Duchesse dont les bulles sont habillée d’élégantes arabesques) et parfois presque de poésie. Dans cette histoire antique des hommes transformés en loups par d’anciennes reliques chassent les femmes. Un groupe de survivantes, les Filles perdues se réunit, se forme aux arts guerriers et part combattre son ennemi… Cette histoire mythologique permet de se dispenser de réalisme géographique comme temporel et l’on se plait à suivre ces personnages très forts dans une mise en forme où chaque case est travaillée. Coyotes a des lacunes comme tout premier album, mais il respire le talent et sort résolument du lot des comics indépendants. La bonne pioche de l’éditeur.

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Sushi & Baggles #18

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  • Spider-man (Brian Bendis/ Pichelli/Pannini) – 2017

couv_313191Cet album est le premier de la série Marvel NOW!, que je rattrape album après album avec toujours autant de plaisir. Étant très méfiant envers les multiples reboot, relaunch etc de Marvel, je constate simplement que les dessinateurs de cette collection sont globalement excellents (cela m’a permis depuis plusieurs années de découvrir de petits scribouillards comme Esad Ribic, Stuart Immonen ou Sara Pichelli…) et les scénarios s’accommodent très bien du cahier des charges éditorial pour proposer des aventures rafraîchissantes pour le lecteur occasionnel de comics que je suis. Simplement, les choix de couvertures et de présentation de l’éditeur Pannini brouillent toujours autant la compréhension des suites et collections. Le mieux est donc de se reporter sur les fiches BDgest qui permettent de distinguer les séries homonymes par années notamment. J’ai découvert le personnage de Miles Morales, le nouveau spider-man afro-latino dont l’idée a été inspirée à Bendis par l’élection de Barack Obama dans le film Into the Spider-verse. Cet album très sympathique se déroule après l’arrivée de Morales dans l’univers commun, où il y a donc désormais deux spider-man. On constate que le MCU a fusionné le personnage de Moralès avec Peter Parker notamment dans ses relations avec son pote. Ce volume est assez surprenant car il présente des X-men comme parcourant ouvertement le monde, fait des allusions aux événements des Inhumains. Un plutôt bon album très agréable à lire et assez didactique. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il peut constituer une entrée en matière mais le lecteur occasionnel de Marvel y trouvera son compte.

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  • Talli, fille de la lune #2 (Sourya/Ankama) – 2019, 2 vol/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

couv_370344Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Nous retrouvons Talli et sa troupe de guerriers mal assortis dans un second volume qui fleure bon l’action et se présente essentiellement comme une confrontation avec une entité démoniaque increvable appelée « le roi de la forêt »: une sorte de loup géant corrompu qui nous rappelle celui du récent Nils mais on imagine que les références de l’auteur se tournent plutôt du côté des sangliers de Princesse Mononoké. Je dois dire que si le premier tome m’avais plutôt accroché avec le développement d’un univers intéressant avec cette guerre ancienne et ses invocatrices capables de faire apparaître des créatures géantes extrêmement puissantes (l’atmosphère rappelle par moment le comic Monstress), la linéarité de ce volume, si elle apporte de nouveaux personnages, m’interroge pour une série prévue assez courte. L’histoire n’ayant pas avancé (hormis pour Lélo et Alan) dans la compréhension des personnages, on se demande comment Sourya va boucler son affaire en un unique volume. Les séquences d’actions sont toutefois maîtrisées et assez efficaces alors que les paysages de montagne enneigée et de la tour de garde sont assez inspirants. Pour une création originale d’un jeune auteur la série est honnête. On n’a pas la déception d’un Nils mais cela reste bien moins efficace qu’un Radiant (d’un auteur qui a beaucoup plus de bouteille). J’imagine que la collaboration de Sourya avec un scénariste chevronné sur un album complet lui aurait été profitable avant de se lancer seul, ses collaborations sur les collectifs Doggybags et Midnight tales restant sur de petits formats.

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  • Tsugumi project #1 (Ippatu/Ki-oon) – 2019

couv_369819Démarrant rarement une nouvelle série avant sa clôture (j’évite les longues séries Manga), je me suis néanmoins laissé tenter par ce Tsugumi project à la couverture très réussie et intrigante. A lire l’interview de fin de volume il semble que ce soit une création originale en première édition chez Ki-oon, ce qui confirme le poids du marché français dans le Manga: si des auteurs hexagonaux commencent à être traduits au Japon (après l’expérience malheureuse de Jean Giraud avec Taniguchi sur ICARE), des orientaux font le choix de publications hors de leur pays d’origine. Tsugumi a beaucoup d’atouts, à commencer par son originalité, avec un concept post-apo classique (une arme terrifiante doit être ramenée du Japon dévasté par un commando après deux-cent ans d’une guerre nucléaire) qui vire très vite au survival avec un univers peuplé de créatures mystérieuses, à commencer par cette jeune fille aux pattes d’oiseau. Cela aurait pu être totalement WTF mais dans un univers graphique sombre, fouillé, ça passe totalement. L’auteur dont c’est un des premiers manga solo reconnaît son perfectionnisme qui se voit sur des planches de cité dévastée et réoccupée par la nature. C’est beau, très beau et ce premier volume se lit avec grand plaisir comme une mise en place d’une série que l’on imagine relativement courte. Tsugumi project apporte suffisamment d’originalité pour donner envie de continuer et constitue une réussite pour cette introduction.

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Sushi & Baggles #17

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  • The old Guard #1 (Rucka, Fernandez, Glénat) – 2019

bsic journalismCritique réalisée pour le programme Super-lecteurs Iznéo.

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Le design guerrier, le thème des immortels et le design de couverture associés à un très bon bouche à oreille m’avaient donné très envie de lire ce volume… qui, je dois l’avouer m’a pas mal déçu. Ceci principalement du fait de dessins qui peuvent rappeler ceux des pourtant bons Shipwreck et Moonshine et dont j’aime généralement le style d’encrages très contrastés, mais qui ici pèchent franchement par une technique des visages et des personnages en général. On ne peut pas dire que ces cadrages serrés soient agréables à l’œil alors que la BD porte essentiellement sur ces personnages. Je ne sais si c’est un style recherché ou si le dessinateur atteint ses limites mais c’est très dommageable à la lecture de cette histoire d’un commando immortel trahi par son commanditaire. On retrouve pas mal de Eternal Warrior et Ninjak de chez Valiant dans cet album qui semble être fait pour être décliné en film ou série TV. Une BD d’action, de sang où la Vieille garde en prend plein la tronche et où Greg Rucka (qui aime les immortels!) sait apporter des éléments originaux. Un peu frustrant, The old Guard pourra vous satisfaire si vous n’attachez pas trop d’importance aux dessins, sinon je vous conseille d’attendre la version Netflix qui sera très probablement une grande réussite avec un tel matériau.

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  • Dragon ball super #8 (Toriyama, Toyotaro, Glénat) – 2019

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Le titre de ce volume annonce la couleur avec l’éveil de Son Goku! Avec un Jiren qui semble invincible et des Sayan d’un univers 6 étonnant, les auteurs savent ménager un vrai suspens dans un arc qui ne s’y prête guère puisqu’il s’agit d’un Battle Royal où on imagine que Goku gagnera à la fin. Ce qui marche bien ici c’est de savoir dans quel nouvel état le héros parviendra à vaincre certains personnages qui semblent imbattables. Contrairement aux autres grands combats de l’univers DBZ le fait d’alterner entre des dizaines de combattants tous plus originaux (et qui donnent envie de les voir déclinés dans des séries parallèles tant leur design est réussi) permet de maintenir un attrait que les Kaméha et autres cassages de murs pourraient lasser. Le prochain volume terminera cet arc (alors qu’il ne reste plus que deux univers!) et annonce le retour de Jaco et la patrouille galactique. Excellente nouvelle!

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Sushi & Baggles #16

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  • Hit-Girl à Rome (Scavone/Albuquerque/Panini) – 2019

couv_364209Cet album a été lu dans le cadre du programme SuperlecteursRésultat de recherche d'images pour "iznéo"

Après la Colombie et le Canada, la plus bourrine et tarée des Vigilante débarque à Rome pour botter des culs et trancher des têtes! Le relaunch de la série initiée par Mark Millar va ainsi voyager avec une équipe différentes pour chaque one-shot. Si le premier volume était loin d’être inoubliable, notamment par son côté sadique un peu poussé, ici on reste dans les canons du personnage (à savoir de l’action brutale à base d’un mort par page et un langage très fleuri de la demoiselle) mais la course-poursuite initiée avec une sorte de Catwoman permet des scénettes drôles et plus structurées. On ne va pas se mentir, Hit-Girl ce n’est pas de la poésie ni Usual Suspects. C’est une lecture rapide, de la baston, super bien dessinée (par un Raphael Albuquerque qui prépare la série Prodigy avec Millar) avec des étoiles qui donnent un aspect cartoon… et des découpages de méchants bien sanglants! Ici les affreux sont une mafia de religieux timbrés, nonnes et moines en robes de bure armés d’Uzi et de masses d’armes, commandés par une vieille peau aussi psychopathe que bigotte, à la recherche d’une relique. Le cliché italien est assumé, le personnage est toujours aussi foutraque et primaire mais l’ensemble est très sympathique dans le genre, notamment grâce aux dessins (bien que les décors soient assez vides). Du coup on attend la suite, surtout que des pointures sont annoncées aux crayons…

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  • All-new X-men #4: La bataille de l’Atome (Collectif/Pannini) 2013 (US)/2015

couv_255426Je poursuis la série Marvel NOW! des All-new X-men entamée par Brian Michael Bendis et Stuart Immonen au dessin qui m’avait fait forte impression sur les trois premiers volumes. L’écriture des premiers et les somptueux dessins d’Immonen se retrouvent partiellement dans cet affrontement entre X-men d’hier, de maintenant et du futur bien que l’équipe créative ait grossie: si les dialogues sont toujours très savoureux et le découpage, avec de nombreuses doubles pages, percutant, l’histoire tourne un peu en rond avec ces interminables interrogations de qui est qui, faut-il renvoyer Jean et Cyclope à leur époque contre leur gré et que font-ils ici?… Même chose pour les dessins, parfois superbes (Immonen toujours sur les quelques planches qu’il réalise, Bachalo étonnant) mais pour l’essentiel moyens (y compris sur les quelques planches de la bataille finale dessinées par Esad Ribic un peu en service minimum sur ce coup, Frank Cho pas très à l’aise dans l’univers super-héroïque). C’est dommage car sur le papier on a quand-même une sacrée dream-team, mais le concept semble s’essouffler et viser surtout les quelques pleines pages d’offensive collective X-men dont sont friands les fans et les dessinateurs. A noter tout de même le superbe design général des versions des X-men et notamment cette Xorg à la tête de mort, terriblement originale et réussie. On ne sait pas si cet arc est une transition vers quelque chose de plus grand mais malgré un plaisir certain entrecoupé de longueurs, on a le sentiment que la série aurait pu s’arrêter aux trois premiers, cohérents en tant que tels.

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  • Zetman #1 (Masakazu Katsura/Delcourt-Tonkam)  – 2004 – 20 tomes parus, série finie.

zetman01Je suis un grand fan de Masakazu Katsura, un des premiers mangaka, que j’ai découvert au travers de DNA2 à l’époque où l’éditeur-libraire Tonkam se lançait en premier (avec Glénat) dans l’aventure du Manga en France… Il est pour moi l’un des meilleurs dessinateurs japonais et si j’ai finalement lu peu de ses séries, j’avais depuis longtemps très envie de lire ce Zetman originellement issu de short-stories parues en 1997. La série a depuis été transcrite en dessin-animé.

Jin est un jeune orphelin vivant avec les sans abri. Élevé par son « grand-père » il est doté d’une force peu commune et s’occupe en défendant les gens contre les bandits. Lorsqu’une étrange créature non-humaine tue son grand-père, le naïf petit garçon se retrouve propulsé dans un univers violent où une étrange organisation semble le rechercher activement…

Je ne reviens pas sur les dessins vraiment chouettes, les nombreux tics et auto-références de l’auteur (la série animée Wingman qui l’a lancé, les petites culottes, les cheveu en pétard,…). Zetman commence vraiment bien avec un premier volume déjà plein d’action, de mystère fantastique un peu gore (la série est annoncée « mature ») et des personnages intéressants. L’auteur lance de nombreuses pistes qui ont vocation à se développer et nous mènent vers des expériences scientifiques monstrueuses liées à un enfant qui semble être un être doté de capacités hors norme. Ça va a cent à l’heures avec force cliffhangers entre les douze chapitres du volume avec pour objectif une première crise qui sort le héros de son état naïf initial pour l’emmener vers le statut de super-héros. Très riche mise en bouche qui donne envie d’enchaîner cette série finie à la taille maîtrisée.

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