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Manga en vrac #18: Toilet Bound Hanako-Kun #3 – Elio le fugitif #2 et 3 – La guerre des mondes #2

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  • Toilet-Bound Hanako-Kun #3 (Aidalro/Pika) – 2021 série en cours, 3/15 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

toilet-bound-hana-kun-3-pikaLa chronique des deux premiers volumes se trouve ici.

J’avais été comme mes camarades de blog assez enjoué par ma découverte des deux premiers volumes sortis cet été. En entamant ce troisième tome je découvre que contrairement aux précédents le mystère des archives de 16h s’étale sur plusieurs chapitres qui forment l’intégralité de ce volume, ce qui change pas mal la donne en matière de rythme. Ce qui était présenté comme des histoires courtes avec rotation rapide de l’action et des personnages s’installe plus dans la durée, avec approfondissement notamment dans la recherches qu’entreprend Nene sur son maître-allié Hanako. Ce jeune esprit qui nous est décrit ici comme ni plus ni moins que le chef des Mystères de l’école est depuis le début fort mystérieux et on va ainsi se retrouver dans son passé pour comprendre comment il est devenu un esprit. Les pages du volumes sont toujours très agréables dans leur mise en scène destructurée et fourmillant de détails. L’humour et l’action sont en revanche un peu en retrait et j’ai découvert cette intrigue un peu moins enthousiaste, je dois le reconnaître. La difficulté de ce format était dès le début de parvenir à s’inscrire dans la longueur car autant on a regretté le format très court d’un Tetsu & Doberman autant pour Toilet Bound une tomaison sur les doigts de la main aurais sans doute suffi. Je dis cela alors qu’aucune intrigue au long court n’a eu le temps de se mettre en place, aussi il faudra voir (je rappelle que la série compte déjà quinze volumes au japon, ce qui laisse à Pika le temps de développer sa licence)

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  • Elio le fugitif #2-3 (Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-fugitif-2-glenatImpression mitigée et assez tranchée sur les deux volumes, qui recoupent au final le sentiment du premier volume. Le second tome est très faible (du niveau d’un calvin) même s’il met enfin en place une véritable intrigue liée à des vengeances dynastiques. Ce qui était attendu jusqu’ici s’étoffe donc un peu avec un descriptif politique de l’époque qui habille un peu une fuite tout à fait linéaire et que les quelques combats très hachés et coins d’humour shonen ne suffisent pas à rythmer. On attendait soit un récit historique à la Vinland Saga soit un prétexte en mode baston avec des personnages de jeux vidéo… on est au final entre deux et ce n’est guère satisfaisant, d’autant que les dessins juste correctes ne relèvent pas vraiment l’intérêt. Le personnage d’Elio dont le second degré touchait plutôt juste (un jeune gamin hyper-fort qui semble à peine réaliser dans quelles situations il est et s’en sort toujours haut la main) est ici plutôt effacé.

Sur le troisième volume on reprend de l’intérêt avec une histoire qui devient beaucoup plus structurée, simple mais cohérente avec une progression, des flashback sur les personnages et un final qui prépare un affrontement d’arène que l’on imagine aboutir la série sur les deux prochaine volumes. Si du coup le manga se laisse lire plus agréablement, les combats tout à fait rageurs, exagérés (les personnages sont presque aussi forts que dans Dragon ball!) souffrent d’un montage très haché et peu lisible, le lecteur devant fréquemment revenir en arrière avec l’impression d’avoir manqué des cases. Il ressort de tout cela l’impression d’une série de grande consommation destinée à ravir les boulimiques en attendant un prochain tome de Vinland Saga mais sans aucune ambition particulière.

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  • La guerre des Mondes (Ihara-Yokoshima/Ki_oon) – 2021, 170p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

guerre_des_mondes_2_ki-oonLa chronique du premier volume (détallant notamment la très jolie édition) est ici.

Ce second tome continue sur la même tonalité que le premier à savoir une course du personnage principal (témoin-photographe) parmi les populations fuyant devant l’avancée meurtrière des martiens. L’intrigue est donc tout à fait linéaire et construite autour des destructions terrifiantes et des quelques lueurs d’espoir qui surgissent avant d’être étouffées. Quelques morceaux de bravoure humaines (un peu désespérées) viennent donc pimenter ce qui pourrait devenir redondant et on enchaîne ces cent-soixante-dix pages à grande vitesse et un plaisir non feint. Les dessins, pas virtuoses mais très correctes et portés par des cardages  qui appuient le désespoir et le drame absolu portent ainsi bien ce récit qui confirme sa qualité et intrigue (pour qui ne se souviendrait pas par cœur du récit original) quand à son dénouement…

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #159

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

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Salut à tous et bienvenue pour cette nouvelle semaine…

… assez maigre en quantité mais plutôt qualitative. Les brumes écarlates, sublime saga chinoise entre diplomatie médiévale et combats magico-steampunk est une vraie révélation graphique pour moi, un des candidats au titre de plus bel album de cette année et une envie d’aller voir les réalisation précédentes de son auteur. Avec une maquette toujours soignée par Glénat, l’éditeur grenoblois a beau planquer son argent aux Seychelles, sa maison est toujours au top pour dénicher de sacrés talents des quatre coins du monde. Je vous invite vraiment à jeter un œil à ce très bel album. Le coup de cœur de la semaine est le tout à fait inattendu Zizi de l’ange qui outre son titre très marquant propose une magnifique chronique sociale de gens normaux ou presque puisqu’ils sont artistes circassiens. C’est très drôle, passionnant, humain et fort joliment dessiné, je me suis régalé et ai obligé toute la petite famille à le lire dans la foulée (et vous pourrez lire mon avis dès mercredi)! Sur la fin de semaine j’attendais beaucoup la nouvelle pépite de Hicomics et ai été un peu déçu. Non par les planches, vraiment superbes (l’éditeur semble maintenir une barre graphique très haut dans ses sélections) mais par une intrigue one-shot finalement très classique hormis le fait de transposer les vampires dans un contexte SF. Je vous en parle plus en détail dimanche.

Bien décidé à maintenir le rythme hebdo sur les Trouvailles du vendredi je vais m’atteler au très réputé Photographe de Mathausen, par ailleurs dispo en version ciné sur Netflix, avant de faire un rattrapage sur le manga bourrin Elio le fugitif dont le premier tome m’avait paru sympathique et l’anthologie Harley Quinn en retard sur ma PAL. Pour finir je vais essayer d’entamer le gros album luxueux sur la résistante Madeleine Riffaud dont vous avez sans doute entendu parler vue la couverture médiatique et que ne peut être que bien vu que c’est chez Air Libre, par Morvan et dessiné par Bertail

Pour finir ce C’est lundi je vais vous parler des adaptations et de leur perception par le public, après être allé voir le Dune de Denis Villeneuve. Je ne vais pas décortiquer le film mais trouve très intéressant cette occasion de revenir sur le lien entre adaptations, attentes des différents publics et vision subjective au final. Fan absolu du roman qui a été pour moi une révélation tant intellectuelle qu’esthétique et littéraire je n’ai jamais compris que le film de David Lynch soit autant voué aux gémonies depuis si longtemps. J’avais visionné également l’adaptation en mini-série il y a quelques années, qui allait bien plus loin en prolongeant jusqu’aux Enfants de Dune et proposait une vision encore autre. Cela me permet de vous signaler également la version BD dont on dit le plus grand bien, sortie par le très bon duo qui avait travaillé dans l’univers Valliant. Si l’aspect graphique du film de Villeneuve est absolument magistral, j’ai trouvé qu’il restait timide quand à l’univers large décrit dans le bouquin, contrairement à David Lynch qui développait beaucoup plus les personnages centraux et la société-technologie de Dune. Confirmant sa vision ethnologique, Villeneuve cherche à saisir l’ambiance, la lumière, la saveur de l’air, remarquablement décrits. Et lorsqu’on lit les premier échos spectateurs/presse, je suis surpris des éloges qui semble croire à une fidélité de ce film par rapport au matériau d’origine, ce qui n’est selon moi pas plus le cas du précédent film. Seulement, deux auteurs très différents qui ont tenté de poser leurs propres visions de pages de texte sur un grand écran. Ceci rejoint certains débats sur des déceptions de lecteurs sur des séries mythiques (comme une gueule cassée et un gros nez) en oubliant qu’une création est avant tout une proposition personnelle sans cahier des charges, faute de quoi on tombe dans l’industrialisation sans risque mais souvent sans saveur… Une bonne occasion de rappeler que selon moi le spectateur/lecteur devrait se mettre en situation de réception avant d’entamer une lecture faute de quoi il y a de très grandes chances d’être déçu. Dans Dune le vivier de fans aux attentes variables est très important et un certain nombre criera au scandale par exemple sur le changement de sexe du docteur Kynes. Si je n’ai pas saisi le sens de ce changement adopté par Villeneuve, je pense qu’il faut accepter cela comme part d’un tout que nous propose le réalisateur…

 

Je vous laisse sur ces réflexions et vous souhaite une excellente semaine!


 

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Manga en vrac #17: Ex-arm #13 – Tetsu et Doberman #3 – Centaures #5

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  • Ex-arm #13 (Collectif/Delcourt – 2021 13/14 tomes parus.

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badge numeriqueAlors que nous entamons l’avant-dernier tome de cette série qui aura su proposer le meilleur comme le plus commercial, je vous mentirais en vous disant que le meilleur reste à venir. La quasi-totalité des protagonistes ayant été révélés il ne reste plus que cette terrible IA bien décidée à anéantir Tokyo, voir l’humanité toute entière! Cette vraie-fausse fin se résume donc à cette simple question: comment oblitérer le cœur de ce golem d’acier qui commence à dévorer toute l’île olympique sans avoir recours aux bombardiers nucléaires déjà en route? Malgré la puissance de l’Ogre Akira semble bien peu de choses, à moins qu’une aide inattendue vienne lui procurer la puissance infinie des ex-arm…

Le scénario tente de recouper la boucle de l’origine d’Akira et de son frère en apportant une intrigue plus importante que sur la plupart de la série, avec par conséquent moins d’action dantesque. On sent le souffle retomber (il faut bien!) même si le volume continue de nous enchanter par des panorama grand luxe avec force pleines pages voir doubles pages. Comme dit précédemment on n’est pas dans une folle originalité (le monstre gargantua on a déjà vu cela mille fois!), pourtant cette série a ce charme des blockbusters hollywoodiens qui copient la formule de leurs aînés avec les moyens de nous en jeter plein la vue. L’histoire aurait pu s’achever là mais un ultime cliffhanger vient nous redonner une décharge, sans doute histoire de donner à Alma un dernier baroude d’honneur…

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  • Tetsu et Doberman #3 (Ohno/Doki-Doki) – 2021 série finie en 3 volumes..

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

tetsu_doberman_3_dokiTrès grosse déception que ce tome de conclusion d’une série que l’on regrettait courte surtout au vu des grandes qualités tant graphiques que de potentiel, vus sur les deux premiers tomes. Il est totalement incompréhensible de comprendre l’objectif de l’auteur et de l’éditeur que une trilogie qui a pris soin de développer un univers, de nombreux personnages (à peine entrevus) et de créer une frustration très efficace en lançant des mystères autour du grand héros Big One Kurogan, les liens familiaux avec le héros, le clan ninja vu dans le #2 ou encore l’histoire de l’orphelinat… Tout cela permettait sans forcer de partir pour une série d’au moins dix volumes, appuyés sur une technique graphique vraiment élégante et des séquences d’actions très fun… Eh bien non content de s’arrêter au bout de trois volumes, l’auteur se contente de clôturer rapidement l’histoire du navire fantôme du volume précédent puis nous balance une histoire solo sans même les héros dont on se demande ce qu’elle vient faire là… En clair il aurait été préférable de se contenter d’historiettes avec des personnages différents sans prendre soin de bâtir un héros… On a quand-même une histoire bonus très réussie et drôle bien que totalement découplée de Tetsu & Doberman, illustrant là encore la difficulté à finir un projet bizarrement monté.

Très grosse frustration donc, quand à un potentiel gâché et sur un auteur de talent qui semble avoir du mal à produire régulièrement… Au prix où sont les manga il n’est pas superflu de faire l’investissement des trois tomes, ne serait-ce que pour l’histoire bonus.

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  • Centaures #5 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021 série finie, 5/6 tomes parus.

centaures-5-glenatNous avions laissé cette très belle série sur une conclusion en 2020. Le second cycle n’était pas prévu à l’origine, le troisième pas plus. Si le précédent apportait une autre tonalité à la dureté des débuts, les tomes cinq et six sont un « cycle du passé », nous renvoyant dans la jeunesse de Matsukaze. Si l’apprentissage de la vie naturelle dans les montagnes avec son père et son frère sont très intéressantes bien qu’assez classiques, il en est tout autre du graphisme. La maîtrise de Ryo Sumiyoshi nous avait impressionné dès les premières planches du premier volume, de même que ses expérimentations dans les styles. L’autrice sait toujours manier ses crayons… mais semble avoir du composer avec un emploi du temps très serré ou un impératif éditorial qui aboutit à beaucoup de dessins que l’on n’ose considérer comme bâclés mais qui sont clairement peu finis. L’usage original des trames ne cache pas la misère et si les problèmes de lisibilité constatés sur l’autre série Ashidaka ne sont pas présents ici, on reste frustrés devant un potentiel immense, un thème qui donnait envie de retourner dans cet univers primordial et un style de l’autrice qui enchante autant que sa collègue de l’Atelier des sorciers. On poursuivra sur un sixième opus qui sera très certainement le dernier, avec quelques regrets tout de même…

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****·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Manga·Rétro·Un auteur...

20th century boys #11-22

Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Attention spoilers!

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Pour ce dernier billet en mode marathon sur la seconde moitié de la série, je vais faire un petit décorticage de la structure. Après une sorte de prologue originel et fondamental pour poser l’ambiance de cette bande de garçons par qui tout à commencé (cinq premiers tomes), l’histoire commence vraiment avec Kanna, la nièce de Kenji, dix ans après le Grand bain de sang de l’an deux-mille, pendant dix tomes. Le tome quinze marque une nouvelle rupture essentielle et le début d’un nouvel arc en élargissant franchement le périmètre de la conspiration et en rappelant pas mal de personnages vus très tôt. On peut ainsi dire que le cœur de la série commence à ce stade, concentrée, moins erratique maintenant que l’on connait les protagonistes et les perspectives de AMI et son organisation.

Serie 20th Century Boys (Édition Deluxe) [KRAZY KAT, une librairie du  réseau Canal BD]Et après cette lecture échevelée de ce qui a tous les atours d’une série TV, je reconnais que l’auteur a eu du mal à conclure son grand oeuvre… C’est du reste le problème de la quasi-totalité des grandes saga chorales et déstructurées qui à force de vouloir surprendre leur lecteur/spectateur finissent par s’enfermer dans un cercle infini. Comme Game of Thrones qui a noyé son auteur avant sa conclusion (pour le roman), à force de cliffhangers permanents et de croisements d’intrigues à la révélation sans cesse repousser, Urasawa ne savait plus trop bien comment achever son récit après la dernière pirouette du tome quinze. Conscient du risque de redite, l’auteur troque son grand méchant énigmatique AMI pour le retour du héros. Et autant que la renaissance christique d’AMI, le choc est là, tant l’attente a été longue, l’incertitude permanente et l’effet recherché parfaitement réussi. Pourtant les très nombreuses portes ouvertes et mystères créés nécessitent d’être refermés, ce qui devient compliqué à moins de changer complètement de rythme et de structure au risque de tomber dans quelque chose de plus manichéen.

Ainsi la dernière séquence post-apocalyptique, si elle reste saisissante 20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 8) - (Naoki Urasawa) - Seinen  [CANAL-BD]notamment en ces temps de COVID et de perméabilité des foules à toute sorte de croyance avec une sorte d’abolition du raisonnement humain, elle est bien moins prenante avec le sentiment de partir tous azimuts et de continuer à maintenir un suspens qui demande à se finir. Comme une prolongation de trop, comme un épisode superflu, le cycle situé entre les tomes seize et vingt-deux tourne un peu en boucle. Ce n’est pas faute de sujets accrocheurs, le rassemblement de la bande à Kenji, esquissé jusqu’ici, est une bonne idée de même que l’itinéraire autour de la mère de Kanna. Si la question de l’identité d’AMI fait un peu réchauffé, Urasawa a suffisamment de bons personnages, qui ont vieilli et donc plein de choses à nous raconter, pour tenir jusqu’à la fin. Mais certains effets de style commencent à peser, comme cette technologie faire de bric et de broc et ces forces de sécurité bien piteuses pour un Gouvernement du monde aux ressources théoriquement infinies. Quelques incohérences commencent également à se voir et la course effrénée des héros vers on ne sait quoi tout comme la lenteur avec laquelle Kenji finit par endosser son rôle finissent par lasser.

20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 11) - (Naoki Urasawa / Takashi  Nagasaki) - Seinen [CANAL-BD]Attention, 20th century boys reste une oeuvre d’exception qui mérite la lecture ne serait-ce que pour le talent de scénariste indéniable de Naoki Urasawa. Malheureusement la série semble une nouvelle fois confirmer le fait que les plus grandes œuvres sont relativement compactes et à l’intrigue simple. Sorte de concept scénaristique employant toutes les techniques d’addiction du spectateur mises en place par les séries américaines à l’orée des années 2000 (l’époque de Lost, The Wire, Breaking Bad, The Shield, 24H chrono ou Prison Break…), 20th century boys marque par l’amour de l’auteur pour ses personnages, le refus du grand spectacle et l’utilisation (parfois abusive) des points de suspension. Niveau efficacité c’est impérial, on dévore les 2/3 de la saga avec envie et autant de plaisir de retrouver tel personnage trente ans après. Le second arc est pour moi le meilleur et aurait pu être une conclusion (noire) très acceptable même si il aurait laissé bien des portes ouvertes. En assumant la vraie disparition de Kenji il aurait assumé jusqu’au bout le concept tout à fait original d’histoire sans héros et du rôle du mythe. Balayant un nombre incalculable de sujets de société avec courage et parfois une certaine rage, Urasawa livre une oeuvre de SF presque Kdickienne, du Philip K. Dick réalisé par Wong Kar Wai, plein de nostalgie pour une belle époque de simplicité, de franchise et de Rock’n roll. Son propos dès l’an 2000 sur la manipulation des foules est particulièrement percutant aujourd’hui et l’on se dit par moment que la réalité a rattrapé la fiction lorsque l’on voit le pilotage au forceps d’une pandémie par des gouvernements qui s’assoient sur certains principes et des foules prêtent à tout accepter par peur et panurgisme. Si sa saga est donc imparfaite, Naoki Urasawa reste un grand bonhomme, un des mangaka les plus intéressants et sa dernière création encours laisse une sacrée envie lorsque l’on voit la maturation de son trait comme de son récit.

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #158

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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tetsu_doberman_3_dokitoilet-bound-hana-kun-3-pikaCouverture de 20th Century Boys -18- Tome 18

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Couverture de 20th Century Boys -21- Tome 21Manga - Manhwa - 20th century boys Vol.22

3. Que vais-je lire ensuite ?

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Bienvenue sur le blog pour démarrer une nouvelle semaine!

La précédente a été assez éreintante pour moi puisque j’ai lu l’éprouvant La Cellule, documentaire retraçant l’année précédent les attentats du Bataclan. Je vous renvoie à la critique parue samedi (et sur l’édition Mediapart) mais ce livre est à la fois passionnant à la fois très difficile car il nous donne le sentiment de vivre le quotidien de ces assassins et de pénétrer dans un autre monde, un monde manichéen où la mort n’existe que comme porte vers un paradis des bons croyants, un monde fanatisé à l’extrême où toute rationalité a disparu et où les techniques du Renseignement étatique sont largement contrebalancées par celles de ces timbrés tout à fait compétents dans leurs projets meurtriers… Glaçant mais essentiel pour se forger sa conscience de citoyen dans ce monde complexe où la seule vengeance ne résout rien.

A part ça j’ai lu surtout des manga et enfin achevé (ou presque…) mon marathon 20th century boys avec une révélation: oui on peut faire une grande saga sans héros et 20th est une des plus grandes œuvres post-apo qui ait été proposée… Sur le reste j’ai beaucoup apprécié la série réputée des Quatre de Baker street, en revanche les autres manga ont été diversement décevants comme je vous l’expliquerais samedi.

Je vais reprendre pas mal de lectures BD et comics en attente dans les tiroirs avec le Harley Black White Red, anthologie de short-stories avec pas mal de très grands noms et que j’ai tardé à chroniquer, la nouvelle pépite chinoise chez Glénat Les brumes écarlates qui sent bon le coup de cœur et une BD semi-docu sur une troupe de cirque qui me fait bien envie dans un esprit tragi-comique qui fonctionne souvent bien pour parler de sujets sociétaux.

Je termine sur un petit commentaire sur notre ministre de la culture préférée qui a gentiment expliqué à propos du pass culture (vous savez, l’aumône du gouvernement pour que les jeunes majeurs pensent à voter pour lui s’ils traînent vers un bureau de vote en avril prochain!) que ce n’était pas grave s’ils achetaient des BD avec car cela pourrait les amener vers la Culture…. J’évite de tirer sur des ambulances et on peut difficilement attendre mieux d’une pharmacienne reconvertie en animatrice tv. Mais sans entrer dans la défense de la BD ce que je déplore le plus c’est que la ministre n’ait pas une once de conscience du débat insoluble mais réel sur ce qu’est la culture. Sujet que connaissent bien les bibliothécaires (dont je suis) ainsi que les enseignants. Sur le fonds elle a raison, la BD peut amener des gens vers du théâtre ou Proust comme le Hip-Hop peut vous envoyer à une représentation de l’Opéra Garnier, un jour peut-être. J’ai tendance à penser que l’inverse est rarement vrai ou alors seulement vers la sélection des BD d’Angoulême. Mais ce qui est terrible c’est l’illustration permanente de cette certitude de classe qui n’envisage que la « haute culture ». Si la question peut véritablement se poser au cinéma, industrie du divertissement ou l’aspect culturel peut parfois sembler lointain sur un Fast and Furious, je me garderais bien de parler d’absence de création (il y a bien des designers, des compositeurs, des artisans à l’oeuvre sur la réalisation). La BD est elle bien loin de cet aspect industriel et même sur une saga on ne peut plus organisée, les 5 Terres, on est pleinement dans la culture que ce soit graphiquement ou dans l’écriture. En voulant être positive sur l’aspect éducateur de la BD, Bachelot se ramasse totalement dans sa robe de soirée et on n’a même pas envie ni de la plaindre ni de lui taper dessus. Juste de la laisser profiter de son entre-soi et de nous laisser avec notre culture graphique si formidable…

Sur ces réflexions toutes personnelles je vous souhaite une bonne semaine et n’hésitez pas à partager également vos bonnes découvertes (et aussi les lectures à éviter!). 


 

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C’est lundi, que lisez-vous? #157

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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couv_113972couv_415832Couverture de 20th Century Boys -11- Tome 11

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

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Mes aïeux quelle semaine! J’ai littéralement explosé mon quotas de lectures, du fait notamment de mon marathon 20 century boys entamé et que je dois clôturer pour la semaine prochaine pour un gros billet des tomes 11 à 22 (soit juste la moitié de la série!). Si mon entrée dans la première moitié du grand œuvre de Naoki Urasawa a été un peu compliquée (comme pour tout le monde je pense, le bonhomme aime malmener ses lecteurs!), la bascule du tome 15 est franchement bluffante et colle la série dans ce que j’ai lu de plus gonflé et sophistiqué depuis Universal War one! Avant cela j’ai relu une autre très impressionnante série, américaine cette fois-ci, avec Le dernier des dieux dont le troisième tome est un nouveau coup de cœur (critique la semaine prochaine) et dont le quatrième devrait confirmer cette quadrilogie comme un des plus impressionnantes côté US depuis pas mal de temps! Coté FMA on reste dans la même veine, avec grande scènes choc et beaucoup de passages plus lents, moins prenants; quand à Chère justice league on dira que c’est une tentative très américaine, gentillounette et un peu loupée d’introduire les jeunes à la JL…

Comme on parle des BD des trois continents sur le blog, on est pas mal loti en franco-belge avec un excellent rétro de Ralph Meyer en mode polar introspectif… qui m’a permis d’enchaîner sur son dernier Undertaker (qui a nécessité une relecture du début de diptyque). Cette série est toujours très bonne, ce cycle un peu moins que le précédent selon moi et surtout, je vous en conjure, résistez au comparatif mis en exergue par tout le monde avec Blueberry. Cette série mérite d’être appréciée pour ce qu’elle est et je vous assure que niveau qualité on est dans le très haut niveau. Critique en vrac dimanche avec, par contraste, le franchement loupé Teleportation inc. et les 4 de Baker Street qui attendait sur ma PAL depuis un 48h BD de 2020… Pour finir ma semaine j’ai parcouru le diptyque Khaal du très impressionnant Valentin Sécher, avant son très attendu Conan. Moyennement convaincu par un certain monolithisme d’une non-intrigue que la force des planches et de l’univers graphique ne compense pas totalement. Critique ce vendredi.

La suite sera moins intense mais j’ai très bien démarré la semaine avec Ex-arm qui s’approche de sa fin et un docu totalement d’actualité puisqu’il revient sur les mois précédent l’attentat du Bataclan, alors que s’ouvre cette semaine ce procès historique.

Pas eu le courage de réintégrer les rappels des billets de la semaine passée mais comme vous êtes les meilleurs lecteurs de la blogosphère vous trouverez votre chemin en défilant la page ou via les menus. Avant cette semaine qui s’annonce particulièrement noire (avec Infinity wars demain, Pinard de guerre mercredi, Basketful of head jeudi et Khaal vendredi) je vous souhaite donc de très belles découvertes, en nouveautés comme en retro et comme d’habitude n’hésitez pas à partager ce que vous lisez et tout ça (et même parler de Shang-chi si vous insistez…)!


 

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Manga en vrac #16: Dragonball Super #15 – Fullmetal Alchemist #7 (perfect) – Dr. Stone #16-17

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  • Dragonball Super #14 (Toriyama-Toyotaro – Glénat) – 2021, série en cours, 14/16 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Bon, ce billet va être court: le quatorzième tome de DB Super est intégralement consacré à l’affrontement entre Végéta, Goku et Moro… Comme expliqué précédemment je ne tenterais pas de vous convaincre d’une révolution scénaristique, on a un copier-coller des multiples combats ultimes de la saga et si les jeunes lecteurs seront comblés et pourquoi pas un peu étonnés, les anciens se contenteront du plaisir graphique de ces baston épiques de mieux en mieux dessinées. C’est d’ailleurs l’élément que je retiendrais de ces chapitres: Toyotaro atteint un niveau technique vraiment chouette et s’il est depuis le début difficile de faire la différence avec les pages dessinées autrefois par le maître, je me demande même si ce dernier n’a pas été dépassé. La finesse des traits habille les cases et flatte les rétines. A part ça le combat est rageur, avec son lot de morts et de pseudo-retournements, mais un peu feignant en épique à base de Kaméha. L’humour est absent, l’exotisme aussi, du coup à part de se demander qui de Végéta ou Goku va terrasser le méchant on est moyennement enjoué et si une irruption (prévisible?) redonne un peu de piment aux deux-tiers de l’album, on se dit qu’il est temps de penser à conclure, surtout qu’au stade atteint on voit mal comment continuer hormis à sortir un dieu du néant à opposer à maître Zen-o. Ayant renoncé à embarquer les Sayan dans des aventures galactiques de moindre envergure, Toriyama se retrouve pris à son propre piège de la course en avant impossible à renouveler. Bref, toutes les bonnes choses ont une fin, même DB et je gage que tout finira d’ici au vingtième tome…

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  • Fullmetal Alchemist #7 (Arakawa/Kurokawa) – (2002) 2021 série en cours, 7/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

fma-perfect-7-kurokawaAprès trois tomes au top niveau, ce septième volume marque un peu le pas avec quelques difficultés à assurer la transition. On commence par une belle grosse baston très réussie contre les Homonculus et son lot de morts et de blessés (dans FMA les très nombreux personnages secondaires prennent cher!)… puis l’intrigue cahote un peu malgré des informations tout à fait savoureuses qui font avancer notre connaissance de la conspiration, en se rapprochant des frères Elric. Le choix de suivre une construction tortueuse dans les arcanes de l’armée fait que l’on a par moment du mal à suivre l’ensemble des trames qui s’enchevêtrent. L’autrice profite de prétextes (un peu forcés) pour nous faire comprendre un peu plus les horreurs faites par l’armée pendant la guerre Ishval en reprenant la trame autour de la mort de Hughes (qui remonte au troisième volume). Par contre on n’a pratiquement pas d’interaction alchimiques (de celles qui permettent les magnifiques planches de Arakawa!) et les digressions autour des bobos des potes de Mustang prennent décidément beaucoup de places et délayent l’intrigue. Pour l’aspect shonen ça reste très bien et l’humour est omniprésent via quelques personnages comme Barry le Boucher. Une série ne peut maintenir le top niveau tout le long aussi on va prendre ça comme une transition avec le retour attendu du super alchimiste Ishval que l’on a perdu de vue depuis plusieurs tomes et qui orne la jaquette du huitième tome à paraître en septembre…

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  • Dr. Stone #16 -17 (Inagaki-Boichi– Glénat) – 2021, 16/22 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

ATTENTION SPOILER!dr-stone-16-glenat

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Le seizième volume marquent la fin de la guerre contre le royaume pétrificateur, après que l’ensemble de l’équipage ait été figé par un dernier coup tordu de Ibara. Comme tous les volumes de transition, après la résolution de haute volée de l’intrigue et la récupération de l’artefact Medusa, Senku prépare sans pause la suite du voyage vers la source du message de Why-man, avec une nouvelle surprise à la clé! On baisse donc d’un ton avec le rythme connu de cette série qui saute sans hésiter d’une séquence à l’autre dans une volonté de vitesse permanente. Le dix-septième tome marque ainsi l’arrivée en Amérique après une séquence de traversée que les auteurs ont voulu dédier à une partie de poker… et qui tombe franchement à plat malgré l’apprentissage de techniques de bluff, de magie et de manipulation de cartes. Pas grave, dès qu’on arrive à San-Francisco l’aventure reprend sous ce nouvel air qui fait franchement d bien tant il ouvre des perspectives tant dans l’intrigue générale que dans les découvertes naturelles et scientifiques que les petits périmètres explorés jusqu’ici rendaient un peu étriqués. Après nous avoir expliqué que l’émission du message se trouvait finalement sur la Lune (… façon de boucler avec les informations découvertes dans Byakuya?), on retrouve très rapidement l’action en montant d’un cran avec un adversaire contre lequel il ne faudra pas moins que toute l’équipe de super-guerriers du royaume des sciences. Et on attend avec impatience le dix-huitième tome le 17 novembre…

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*****·East & West·Manga

Eden, It’s an endless world (perfect) #1-3

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BD de Hiroki Endo
Panini (2021) – 1998, 484 p./volume, 4 volumes parus sur 9 (doubles tomes).

Cette édition d’un classique de la SF me permet une petite remarque sur la culture des éditions spéciales entre manga et franco-belge. Pour ne pas tirer sur une ambulance je ne pointerais pas Panini en particulier mais remarque simplement que si cette habitude de ressortir les meilleurs mangas (et plus grosses ventes passées…) en Perfect édition est une très bonne chose pour vulgariser auprès d’un public jeune assez marqué par l’immédiateté des sorties du moment, elle reste très peu ambitieuse en se restreignant la plupart du temps à simplement éditer les manga dans une impression et un format correcte. Le format manga est à la base peu qualitatif, de fait puisque les œuvres sont publiées dans des journaux. Adapter les volumes à un format plus proche de nos habitudes européennes (comme la démarche d’Urban de sortir certains titres de comics indé en format franco-belge) est cohérente et permet à un marché assez saturé de continuer à croître sur des titres anciens. De bonne guerre dirais-je. Pourtant accompagner les volumes de dessins couleur, croquis, interviews, analyses et autres ajouts ne coûterait pas bien plus cher et justifierait l’appellation d’édition spéciale. Au regard des collectors de la franco-belge, le surcoût est moyennement justifié. Bref…

Concernant Eden on a donc une jaquette avec vernis sélectif, résumé avec quelques personnages du volume en main, table des matière des chapitres et deux intéressants mais anecdotiques textes de réflexions de l’auteur sans aucune mise en perspective. Sur un matériaux aussi riche on aurait voulu des commentaires sur l’univers ou les thèmes abordés. Edition juste correcte donc.

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Coup de coeur! (1)

Le virus Closure a éradiqué 15% de la population mondiale, provoquant un effondrement des états tels que nous les connaissions et l’émergence de narco-états. Face à eux l’organisation du Propater entre en chasse d’un adolescent héritier de données informatiques que tous semblent convoiter. Alors que seule la force militaire et numérique semblent pouvoir régenter ce monde de chaos, des combattants et victimes se retrouvent associés dans un Grand jeu qui les dépasse…

Mon grand âge fait que j’ai eu le privilège de découvrir les premiers manga en France avec l’arrivée d’Akira en kiosque dans les années quatre-vingt-dix, un choc adolescent que j’ai prolongé sur les œuvres de Masamune Shirow et notamment Appleseed. Akira est largement cité pour présenter Eden et l’influence de son auteur. Shirow également mais en citant de manière erronée Ghost in the shell… que je trouve loin thématiquement même si certains aspects cyberpunk peuvent y faire penser. Je confirme après lecture des trois premiers numéros que l’oeuvre de Hiroki Endo est un parfait mélange entre Akira et Appleseed, une vraie création de fan qui a mis tout ce qu’il a adoré dans ses glorieux ancêtres. Il est marquant de voir comme certains styles graphiques sont datés en Manga, comme en franco-belge. C’est le cas avec Eden dont la technique semi-réaliste se précise avec les volumes et propose par moment des planches vraiment impressionnantes et d’une précision chirurgicale y compris dans les décors (point de repère pour évaluer la profondeur du travail sur tous les ouvrages que je lis).

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 2) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Il y a plusieurs types d’auteurs de manga. Les otaku (Boichi), les techniciens sur des productions industrielles, les artisans (Urasawa) et les intello. Endo fait partie de cette dernière catégorie, avec une ambition et réflexion globale sur son projet rarement vus. Ainsi la construction des premiers tomes est surprenante et déstabilisante. Un très gros prologue d’une centaine de pages nous plonge dans cet univers en nous présentant Enoa Ballard après la Chute, avant de nous projeter vingt ans plus tard avec seulement quelques épisodes de flashback sur pages noires qui développeront épisodiquement certains personnages dans le passé. Nous avons donc l’histoire d’une famille, du père Chris impliqué dans l’apparition du virus, à son fils devenu devenu patron d’un des plus gros narco-cartels de la planète et que l’on ne voit pas adulte au cours des trois premiers tomes de l’édition Perfect (équivalent à six tomes donc) et suivons le dernier descendant, Elijah, jeune homme faible ballotté dans des conflits qui le dépassent et gérant difficilement son héritage familial. Le nom du héros n’est pas anodin, la série est parsemée de références bibliques et de réflexions philosophiques plus accessibles que chez Shirow. A ce titre l’équilibre entre les thématiques scientifiques et cyberpunk pointues (l’auteur s’est remarquablement documenté et est très précis), les commentaires sur la civilisation, l’homme et Dieu, les équilibres géopolitiques et sujets sociétaux comme la pauvreté ou la prostitution… est incroyablement solide! C’est le cœur et l’intérêt des œuvres de SF me direz-vous. Oui bien sur, mais c’est très rarement maîtrisé à ce point.

Alt236 Twitterissä: "Ensuite : "Eden Its an Endless World" de Hiroki Endo.  Ca parle Pandémie et trucs pas net, mercenaire et post-infection, si j'ai  bien compris. A voir mais les images interpellent !…Eden est radical sur tout les plans et c’est une de ses très grandes qualités. Endo montre et dit ce qu’il souhaite sans se censurer. Il en découle des séquences gores et violentes qui participent à créer un univers sombre et réaliste, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le fan-service. Si l’on voit des nus ce n’est jamais montré de façon sexy, de même que la violence militaire illustre simplement (comme dans Akira) la rudesse de ce monde. Ambitionnant de montrer les effets du nouveau contexte entre deux scènes d’action, Endo tisse une trame qui va se densifier en un tout.

Je parlais de construction déstabilisante. Ainsi après le prologue on entre dans une phase militaire avec une équipe de mercenaires chargés de récupérer des données informatiques et qui entrent en contact avec Elijah. S’ensuit une longue séquence de conflit techno-militaire d’une réalisation magistrale. La galerie de personnages d’Eden est impressionnante et leur disparition (par la mort ou le changement de contexte du récit) est très efficace pour nous maintenir en haleine. De la même manière que le personnage d’Enoa Ballard est présent en filigranes tout le long sans jamais se montrer, l’auteur joue de son lecteur qui ne sait jamais quels personnages vont durer ou non. Si la séquence mafieuse du troisième tome est un peu en retrait au niveau de l’intérêt, chaque chapitre reste intéressant en tant que tel et nous implique émotionnellement sans jamais pouvoir anticiper l’intrigue ou le destin d’un personnage.

Eden Volume 1: It's an Endless World! TPB :: Profile :: Dark Horse ComicsContrairement à Shirow qui pouvait devenir un peu soporifique dans ses digressions philosophiques Hiroki Endo ne laisse jamais l’action bien loin. De façon crue et très létale,  il montre des adversaires redoutables, jusqu’au troufion de base. Chez Endo la force des héros ne repose pas sur la faiblesse de leurs adversaires. Il en ressort des affrontements magistraux où même les crac ne ressortent pas indemne.

L’aspect cyberpunk commence à peine avec l’irruption d’une IA extrêmement puissante. Avant cela nous sommes confrontés à des cyborgs chargés de la guerre électronique en support aux troupes et de terrifiants humanoïdes guerriers issus de manipulations génétiques. Si l’on nous parle de l’organisation religieuse Propater depuis les premières pages on ne sait toujours pas quel est son but hormis qu’il se confronte à plusieurs organisations, dont une confédération musulmane et une zone « agnostique » structurée par les organisations mafieuses.

Oeuvre impliquante, s’intéressant autant à des sujets de garçons (les super-soldats, la technologie militaire, les robots) qu’aux drames humains (on parle des indiens, mais aussi de filles-mères, des relations familiales et des problématiques du tiers-monde…), Eden est comme toutes les grandes œuvres de science-fiction un projet global impressionnant de solidité tant graphique que dans son écriture. Aucune faute de goût n’est à relever et on dévore les centaines de pages avec le plaisir de savoir que Panini a prévu une publication serrée des neuf tomes. Maintenant il ne vous reste plus qu’à foncer en librairie pour vous plonger dans ce must-read pour tout lecteur de manga!

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #156

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

fma-perfect-7-kurokawacouv_311595Couverture de Chère Justice League

Couverture de Le grand Mort -INT01- Intégrale I - Tomes I à IV

 

Salut les bdvores!

On reprend tout doucement un rythme classique sur le blog avec les C’est lundi… et les rubriques habituelles ainsi qu’un rythme de parution quasi-quotidien. Si j’ai le temps j’aimerais bien profiter de cette rentrée pour procéder à quelques changements/simplifications d’organisation et de présentation d’ici septembre. Pour commencer vous trouverez désormais un picto « coup de cœur »Coup de coeur! (1) qui sera peut-être plus parlant que la simple notation à 5/5 Calvin (vous me direz ce que vous en pensez). Et pour le coup cette semaine de reprise passée a été chargée en magnifiques découvertes puisque je crois qu’on a rarement accumulé autant de coups de cœur sur une semaine: le superbe et monumental album de Golo Zhao samedi (qu’il faut impérativement lire!), puis le tordant Lucky boy hier. Et ça risque d’enchaîner dur puisque je suis en pleine lecture du très ambitieux volume deux du Dernier des dieux avant un troisième tome qui sort cette semaine… tout cela annonçant très probablement un nouveau coup de cœur. Cela après Eden et quelques rétro pris en médiathèque et tellement réputés qu’il faut s’attendre à de grosses notes. Sans parler du dernier Undertaker et des nouveautés orgiaques de la rentrée BD… 

A part ça mes autres lectures de la semaine écoulée ont été également très bonnes avec donc le one-shot Lydie de Zidrou et Lafebre, qui remonte un peu mais marque une douceur et un humanisme très marqués chez ces deux auteurs et annonce le magnifique Malgré tout paru l’an dernier. Malgré son affreuse couverture, le second tome de Hot space confirme ma très bonne réception du premier. Enfin, Son Goku est toujours au top avec une nouvelle couleur de cheveux comme on en a maintenant l’habitude!

Pour la suite j’essaye d’écouler mes déraisonnables emprunts médiathèque et copains (dont le Grand mort, série très réputée scénarisée par Loisel et que je dois lire depuis quelques années…) en plaçant mes derniers SP en souffrance avec notamment une prochaine fournée manga en vrac.

Je termine ce billet par une pensée vers un des auteurs qui m’a fait plonger dans la BD et qui s’est éteint à un bel âge: Raoul Cauvin. Le créateur des tordantes et très politiques Tuniques bleues (alors que le dernier Lucky Luke traitant de la ségrégation raciale après la Guerre de sécession a provoqué des débats très surprenants…) a produit pas moins de soixante-quatre albums depuis 1972, en faisant (je n’ai pas vérifié) probablement la série continue la plus longue de la BD franco-belge… Si j’ai décroché depuis pas mal de tomes, la verve, le cynisme et l’humour de Chesterfield et Blutch ont bercé mes jeunes années et m’ont donné envie de lire des BD en profitant des superbes dessins de Lambil. On pourra bien sur noter l’affaiblissement de la série antimilitariste depuis quelques temps mais les deux auteurs ont abordé un nombre incroyable de thèmes de l’époque, souvent de façon musclée et ont assumé leur série sans passer la main. Bravo les artistes et merci!

Raoul Cauvin, père des "Tuniques bleues" et de "Cédric", s'est éteint

BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #155

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

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Salut à tous et bienvenue pour cette reprise d’une activité presque normale sur le blog!

Tout d’abord je remercie à nouveau Dahaka pour avoir tenu la plupart des billets depuis le 15 juillet, ce qui me permet de rappeler que nous sommes bien deux sur ce blog même si ce n’est pas très visible dans l’interface. N’hésitez pas à commenter aussi ses billets et à nous faire part de vos remarques concernant le contenu et la forme de nos billets respectifs…

Pour ma part grosse coupure donc, avec des lectures essentiellement comics et manga qui m’ont permis de tomber un peu ma PAL, pas forcément sur beaucoup de volumes mais sur des gros. J’ai ainsi enfin pu lire le très célèbre Punk Rock Jesus, une des premières œuvres majeures de Sean Murphy, qui fait désormais partie du gratin des dessinateurs US. En comics j’ai aussi été impressionné sur le Justice league: la promesse d’Alex Ross que Dahaka avait chroniqué dans son édition estivale Urban de l’an dernier. La désormais légendaire fabrication déconstruite de l’opé 2020 avec feuilles hautement détachables n’empêche pas une immersion impressionnante dans ce qui est pour moi le plus réussi des albums du peintre réaliste qui trouve ici l’équilibre parfait entre statuaire iconique et vrai dessin de BD. Le drama de la chute des héros est parfaitement tendu si bien qu’on ne tique même plus sur les aspects les plus kitsch du monde d’Alex Ross. Une sacrée lecture, dans mon top 3 des Justice league.

Si le volume de Habibi choppé sur l’opération estivale Casterman attend toujours, j’ai entamé l’édition Perfect de Eden et suis absolument accro, comme rarement depuis ma lecture d’Akira et des séries de Masamune Shirow! Je ne sais pas si c’est le signe que les grands ancêtres sont un âge d’or du manga mais les œuvres magnifiques rappellent aussi qu’il n’y a jamais de raison de s’ennuyer dans une lecture! Empruntant à Akira comme à Appleseed ou Evangelion, Eden est déjà un choc sur le premier volume de cette très belle édition que je vais enchaîner pour un billet sur les trois premiers volumes, d’ici la semaine prochaine.

Côté manga je signale également la confirmation de la très bonne série Tetsu et Doberman (dont le troisième et dernier volume arrive d’ici septembre) qui me donne très envie d’aller jeter un œil sur la précédente série de l’auteur, Buchimaru Chaos. J’ai pu aussi enchaîner l’intégralité de la série Astra – Lost in space, qui sous une apparence de space-op rétro cache une très ambitieuse série SF proposant pas mal de réflexions assez profondes. Sa réputation n’est pas usurpée et c’est une valeur sure pour un lectorat ado (pas trop jeune tout de même). Enfin je ne peux pas oublier le coup de cœur qu’a été le dernier pavé de Golo Zhao, La plus belle couleur du monde, en écho au très joli Blue period chez Pika (chronique cette semaine).

En BD pas grand chose mais tout de même un très bon deuxième tome de la série batave Une histoire de voleurs et de trolls et le dernier tome du Château des étoiles lu à nouveau en format gazette et qui conclue, comme depuis six ans, magistralement cette saga unique.

Bonne semaine à vous et n’hésitez pas à partager également vos bonnes découvertes (et aussi les lectures à éviter!). Et à indiquer quelles sont les sorties de la rentrées qui vous font le plus baver d’impatience…