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Lost Lad London #1 – Clevatess #2 – Fool night #3

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Salut les mangavores! On monte en qualité sur ce billet avec trois volumes sortis récemment: une déception sur la pourtant grosse com’ de Ki-oon sur Lost Lad London, un Clevatess confirme la qualité de son ouverture et un Fool Night qui confirme sur ce dernier volume de l’année qu’il est peut-être la série de 2022…

  • Lost Lad London #1 (Shinya/Ki-oon) – 2022 (2019), 224p., volume, 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

lost_lad_london_1_ki-oonLe maire de Londres a été assassiné dans le métro. Au mauvais endroit au mauvais moment, Al se retrouve avec le couteau du crime dans la poche et un des plus fins limiers de New Scotland Yard sur le dos. Mais le vieil inspecteur a du flair et ne sent pas de coupable dans ce jeune étudiant. Il décide de faire équipe avec ce qu’il faut bien appeler le principal suspect du meurtre…

Une fois n’est pas coutume, cette nouvelle série courts lancée par les très bons Ki-oon… m’a parue vraiment un ton en dessous de leurs habitudes. En annonçant une approche très européenne du fait du séjour de l’autrice en Angleterre l’éditeur semble justifier un dessin absolument minimaliste qui empêche selon moi de parler véritablement de BD, voir de manga. Le scénario et les personnages sont assez sympathique bien que l’on ne saisisse pas encore tout à fait l’intérêt de cet attelage entre un flic bourru dans le plâtre et un jeune adulte issu d’adoption. On lit donc l’album sans aucun soutien graphique et si l’on ne s’ennuie pas il faut avoir une vraie vibration soit pour les polar, soit pour le graphisme de l’autrice, pour trouver un intérêt de poursuivre sur la série. Pas mauvais mais manquant cruellement de quelque chose de plus, Lost Lad London est une surprise, mais pas dans le sens attendu…

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    • Clevatess #2 (Iwahara/Ki-oon) – 2022 (2020), 224p., 2/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

clevatess_2_ki_oonLe premier tome de cette nouvelle série de Dark-fantasy Ki-oon avait fait l’effet d’un électrochoc! Très curieux de voir ce que pouvait donner ce switch initial qui voit la toute puissance du Démon (dans un esprit qui rappelle Le dernier des dieux) j’avais été surpris à la fois par des dessins aux encrages magnifiques et par une rudesse inhabituelle. On reprend immédiatement après le premier opus qui avait laissé l’héroïne démembrée juste revenue à la vie par le sang maléfique du démon. S’ensuit une première partie de manga très énergique alors qu’Alicia tente d’éliminer les redoutables bandits. Cela nous donnera l’occasion de découvrir la détermination, les talents guerriers de cette championne mal en point mais aussi un artefact très puissant qu’elle devra conquérir en affrontant un démon ancien tapi au fond du lac. Totalement pris par le rythme on bascule ensuite dans des considérations stratégiques moins rythmées et qui, si elles permettent de développer l’univers (avec l’émergence d’un grand méchant très réussi), font un peu retomber la hype de lecture. Alors que le manga en est déjà à son cinquième tome au Japon on patientera en se disant que le passage du second volume est souvent synonyme de ralentissement et qu’avec une telle qualités moyenne basée sur un potentiel très riche on n’est pas du tout inquiet sur l’ambition de l’auteur de bâtir une mythologie et un récit fort en personnages et disruptif.

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  • Fool night #3 (Yasuda/Glénat) – 2022 (2020), 208p., 3/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

fool_night_3_glenatEn assumant l’orientation Polar de la série, Katsumi Yasuda développe les différentes factions de cette société, entre la police bien décidée à éliminer le sanctiflore assassin, l’Institut de transfloraison lancé dans la récupération de ce spécimen unique grâce à une milice privée ou l’arrivée d’un nouveau venu dans ces militants anti-transfloraison… juste évoqués. Est-ce que l’auteur est en train de construire un projet au grand format en prenant le temps de poser son cadre? Toujours est-il que si le personnage de Yomiko (et le duo un peu gnan-gnan qu’elle formait avec Toshiro) est absent de ce volume pour cause d’hôpital suite à l’agression précédente, ce volume reste plein d’action et surtout de planche absolument à tomber dans son style aussi technique que minimaliste. On savoure chaque ombre et la minutie des détails pour un niveau de précision loin des canons de l’édition manga. La corolaire de cela c’est que la parution s’étire et qu’il faudra attendre le mois de mai pour connaitre la suite des aventures dramatiques de Toshiro. On serait proche du 5 Calvin si ce n’était la très surprenante arrivée du méchant qui sonne vraiment baclée, tellement que l’on revient en arrière pour s’assurer que l’on n’a pas loupé des pages. Vraiment étrange au regard de très grande maitrise générale de Yasuda depuis le début. Erreur de jeunesse sans doute qui n’obère en rien le statut de révélation de l’année manga pour ce Fool Night.

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Manga·Rétro·East & West·****

Planetes

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Manga de Makoto Yukimura
Panini (2022), 1040 p., série terminée.

mediathequeL’édition lue est la Perfect de 2022 (en 3 volumes) qui inclut outre les pages couleurs, des textes documentaires rédigés en lien avec le CNES. La série était auparavant parue en 4 volumes en 2002, puis en Deluxe (2011) qui correspond à cette Perfect. En 2015 une intégrale est parue, option la plus économique pour cette pagination.

En 2075 Hachi est récupérateur de débris spatiaux sur l’orbite terrestre. Ce métier hautement risqué est essentiel en cette période d’essor de l’humanité dans son environnement proche: installés sur la Lune comme sur Mars, les hommes projettent un premier voyage habité sur Jupiter. Tout à son rêve de grands espaces et inconfortable dans les relations humaines complexes, Hachi est décidé à intégrer l’élite qui formera ce premier équipage jupitérien…

Planètes - BD, informations, cotesTout juste la vingtaine et diplômé d’une des plus prestigieuses universités des Beaux-arts du Japon, Makoto Yukimura publie avec Planètes sa première œuvre en quatre volumes et impressionne par la maturité de sa réflexion, de sa narration et la précision de son dessin. Avant d’enchaîner sur Vinland Saga qui vient de se terminer au vingt-sixième tome, le mangaka est dès sa première publication une des figures majeures de la BD japonaise, sur des années qui voient paraître un certain Eden, 20th century boys ou FMA

Commençant sur les rails du film L’étoffe des héros qui ambitionnait de décrire l’entraînement des premiers astronautes américains, Planètes montre rapidement que le propos de l’auteur n’est pas un récit d’aventure mais bien une réflexion passionnante sur les relations humaines et la proximité immédiate de notre Terre, à la fois dans l’Espace et le Temps. Appartenant sans hésitation au genre de l’Anticipation, le manga est très efficace dans sa description réaliste des navettes des récupérateurs et jusqu’aux forces spatiales tentées comme sur le plancher des vaches de se lancer dans des folies martiales en orbite. Car tout au long de ces mille page flotte ce danger majeur qui semble avoir marqué Yukimura: le syndrome de Kessler. Que ce soient les actions terroristes dans la base lunaire permanente, les accidents en orbite terrestre ou la préparation du voyage vers Jupiter, les séquences narrant les rêves et les risques de la conquête spatiale sont passionnantes… et frustrantes.

Car très vite on comprend que le rythme du scénario est syncopé avec des flashback brutaux en revenant progressivement sur le passé des membres de l’équipage de Fée Carmichael, la très charismatique capitaine du vaisseau de nettoyage. Ainsi on saute fréquemment et sans Planetes | ComicCriticonprévenir du sol lunaire à la maison des parents sur Terre. Sans véritable guide narratif, il faut se laisser porter en toute confiance, comme un astronaute et son cordon ombilical, au fil de ces chapitres toujours immersifs et passionnants. Yukimura a un sens du rythme et un talent d’écriture qui explosent littéralement aux yeux du lecteur. Les joutes verbales sont nombreuses et il excelle autant dans les séquences introspectives, philosophiques et psychologiques que dans les vannes terriblement drôles. J’ai rarement autant rigolé dans un manga qui n’est pourtant pas du tout orienté comique.

Je parlais de frustration car si le décors est bien celui de la conquête spatiale prochaine, la focale du mangaka est sur ses personnages. Comme Hiroki Endo sur Eden il semble se laisser porter par ceux-ci sans plan précis et semble divaguer au fil de ses réflexions et de la vie que prennent ses acteurs sur la page. C’est perturbant mais terriblement accrocheur en donnant une densité très forte au cœur au manga. Sans lien évident entre les parties, le tout prend finalement un sens (ou des sens) en prenant du recul une fois la lecture achevée.

Remarquablement maîtrisé, non linéaire et passionnant à chaque instant, Planètes est l’œuvre d’un auteur à l’intelligence flagrante qui s’adresse à nos âmes autant qu’à nos yeux. Un grand auteur!

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Manga·Service Presse·Nouveau !·East & West·*****

Intraitable #5 & 6

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Manga de Choi Kyu-sok

Rue de l’échiquier (2022), 232 p, série achevée en 6 volumes.

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bsic journalismMerci aux  éditions Rue de l’échiquier  pour leur confiance.

image-10Après le billet sur le nouveau Château des Animaux, on continue la thématique Lutte sociale avec la conclusion de la magistrale série coréenne qui aborde de l’intérieur le combat syndical et les équilibres complexes que nécessite cette alliance de radicalité, de collectif et de rigueur.

Dans le billet précédent on voyait la construction ex-nihilo d’un syndicat de la grande distribution en Corée du sud au sein d’un contexte évoqué d’une ancienne dictature dont les ressorts de soumission surgissent encore aujourd’hui. Alors que les deux derniers tomes vont se concentrer sur la grève très dure que vont lancer les syndiqués, la très grande force du scénario de Choi Kuy-sok est de refuser systématiquement tout manichéisme en cherchant pour chaque personnage et situation à comprendre les motivations dans ce conflit, avec une évidence de toujours: malgré tous les abus un conflit se mène à deux. Avec par moment des sauts de séquence un peu perturbants, l’auteur montre à la fois l’aspect impitoyable des dirigeants des Fourmis et le rôle politique de la Justice du Travail qui dissuade les syndicalistes de se lancer dans un conflit large. Les conséquences sont lourdes puisque outre la suspension de salaire, les grévistes voient la justice saisir leurs logements lorsque l’entreprise porte plainte. La pression est terrible. Dans le même temps on nous montre les dérapages des cadres dirigeants du syndicat comme l’attitude haineuse de certains grévistes envers des cadres qui ne font que leur travail. L’affaire est complexe et se concentre in fine sur des principes moraux et un respect de la loi, ce qui déclenche au départ la lutte.

Intraitable tome 6 - Bubble BD, Comics et MangasCe qui marque également sur ces volumes plus réflexifs c’est l’histoire coréenne, très largement oubliée dans l’image d’un pays moderne tourné vers l’avenir: pendant la plus grande partie de la Guerre froide la Corée du Sud, profitant de l’appui inconditionnel des Etats-Unis comme dernier front chaud, est restée une dictature militaire, usant de répression violente contre toute contestation politique ou sociale. On oublie combien tant de pays restent encore aujourd’hui peuplés de gens ayant vécu, soit eux-mêmes soit leurs proches, les affres de la dictature: Grèce, Espagne, Portugal, Brésil, Chili… et donc Corée du Sud. Ce contexte est essentiel pour comprendre, au-delà des difficultés de tout corps social à se mobiliser collectivement, le tour de force qu’est ce conflit du travail. Les conséquences psychologiques et la maladie de Gu issus des séances de tortures qu’il a subi impactent sa détermination, de même que la carrière militaire du cadre Su-in jouent squr ses doutes quand à son rôle de chef et sa responsabilité dans les difficultés matérielles subies par les grévistes.

La finesse de traitement des personnages est remarquable, du cadre servile au procureur en passant par les salariés qui ont tous leurs faiblesses, rages, individualisme. La série aborde la problématique des intérêts divergeant entre les branches du syndicat: quand doit-on renoncer et accepter une offre de la direction? Quel équilibre entre justice et victoire raisonnable? Autant de questions qui parlent à tout travailleur tant l’universalité des abus du Capitalisme est pérenne. Et si la narration de ces deux albums de clôture paraît plus heurtée, ils ne manquent pas de rebondissements, de dialogues très fins, jusqu’à une conclusion pas évidente à trouver et qui paraît à la fois logique et intéressante. Lorsque une série BD est aussi appliquée jusqu’à son terme on peut parler de coup de cœur.

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Sakamoto days #1

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Manga de Yuto Suzuki

Glénat (2022), 192, 5/9 volumes parus.

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Taro Sakamoto est un assassin légendaire qui s’est retiré du monde après avoir rencontré l’amour. Vivant désormais paisiblement comme épicier avec sa femme et sa fille, il va soudain voir débarquer la fine fleur des tueurs de la pègre mondiale bien décidés à lui faire la peau. L’étrange bonhomme cache pourtant encore bien des talents que vont découvrir les candidats à sa succession…

mediathequeParé d’excellents avis et d’une com’ en grandes pompes de Glénat lors de la sortie des deux premiers volumes au printemps dernier, je me suis laissé tenter par l’expérience Sakamoto days lors d’un passage en médiathèque. L’esprit décalé et le look wtf du super-tueur épicier avaient du potentiel et sans beaucoup d’exigence il suffisait d’un bon enchaînement d’action pour combles les attentes. Et je dois dire que mon envie a été assez rapidement douchée en constatant qu’on était loin des glorieux ainés du shonen… Bien Sakamoto Days (tome 1) - (Yuto Suzuki) - Shonen [CANAL-BD]que le design global des personnages et de Sakamoto soit sympathique, un chara-design ne suffit pas à faire une bonne série et on constate rapidement d’importantes lacunes dans un dessin approximatif, y compris dans les séquences de baston (nombreuses). Mais le nerf d’une bonne BD étant toujours son scénario, c’est là que le bas blesse le plus puisque dans la volonté d’aller vite, on ampute toute progressivité en balançant en quelques pages l’origin-story du personnages pour ensuite enchaîner sur des chapitres presque one-shot qui ont vocation à constituer une « Team Sakamoto » faite d’anciens assassins ou mafieux repentis. Du coup aucune trame longue n’est proposée et le volume enchaîne les combats sans enjeux du fait de la toute puissance du personnage et de la reproductivité des assassins lancés à ses trousses. Le seul point qui pourrait titiller l’envie repose sur l’étonnante capacité de télépathe de l’acolyte de Sakamoto, qui permet quelques jolies trouvailles humoristiques lorsque ce dernier ne cesse de « tuer en pensées » de la plus affreuse manière tout ce qui se trouve autour de lui. Malheureusement, si des DR. Slump, Tortue génial et mille autres petits-gros redoutables parsèment le monde du manga, Sakamoto semble manquer de bien des atouts pour creuser son sillon hormis comme seule consommation Shonen. Doté de trop peu d’atouts et de trop d’incohérences, c’est une vraie mauvaise pioche et la quantité de parutions manga ne justifient pas d’y passer plus de temps.

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Eighty-six #1 -Les amants sacrifiés #1 – Coffee Moon #1 – The far east incident #1

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On commence à rattraper le retard manga, ce qui permet de vous proposer de tous frais avis de quatre premiers tomes fort alléchants chez trois éditeurs dont j’apprécie particulièrement les sélections manga et une excellente découverte chez Vega-Dupuis.

  • Eighty-six #1 (Asato-Yoshihara/Delcourt) – 2022 (2018), 192p., volume, 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Manga - 86 Eighty SixLe marché des Light novel est un phénomène de masse au Japon avec un essor important depuis les années 2000, qui permet à de jeunes auteurs de se faire publier. La particularité est le transmédia puisque ces histoires destinées aux young adults. Cet « Eighty-six » relate ainsi le destin croisé d’un commandant d’escouade issu d’une caste de parias et d’une brillante officier appartenant à l’élite, liés dans une guerre présentée comme sans victimes puisque officiellement uniquement menée par des drones. Bien entendu la réalité est toute autre dans cette histoire de SF militaire fortement inspirée par les guerres créées par les fascismes pour souder une population derrière son régime. Une tendance à l’utilisation de la 3D se développe dans le Manga, permettant des décors et habillages très techniques et des visuels alléchants, comme sur Egregor ou Ex-arm. Profitant donc de très sympathiques design mecha, ce tome d’ouverture présente le cadre général, abordant pas mal de sujets intéressants comme les drones, le nationalisme, les guerres lointaines, le racisme et les mensonges d’Etat. Assez brouillonnes, les séquences d’action se concluent sur une très épique attaque du héros qui nous réveille opportunément au moment d’enchaîner sur la suite. Destiné donc à un public ciblé, 86 a du potentiel qui nécessitera de ne pas trop tarder à lancer une intrigue pour l’heure cantonnée à l’exposition.

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  • Les amants sacrifiés (Kakizaki/Ki-oon) – 2022 (2020), 144p., 1/2 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

amants_sacrifies_1_ki-oonSi certains auteurs se cantonnent à un genre exclusif, voir passent leur carrière sur une unique série, on ne peut pas dire que Masasumi Kakizaki soit du genre casanier! Auteur complet, il enchaine depuis 2010 des séries courtes sur des genres aussi variés que l’horreur, le western, le peplum et désormais le thriller policier historique. Sur un diptyque court (que Ki-oon aurait été inspiré de publier en one-shot) qui adapte un film de Kyoshi Kurosawa (sans rapport avec son illustre homonyme), il aborde une des faces sombres de l’histoire impériale du Japon et plus précisément les atrocités commises par l’armée d’occupation de la Mandchourie depuis les années 1930. Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur son dessin se caractérise par un travail des volumes et des textures très particulier qui fait littéralement sortir les formes de la page et peut donner un aspect de marionnettes à certains visages. Avec ce style beaucoup plus évident sur des genres horreur et fantastiques il est surprenant de le voir dans une intrigue contemporaine, qui manœuvre remarquablement bien la tension de cette période fascisante du Japon nationaliste et des hésitation d’une partie de la population modernisée sur une capitulation morale ou un refus de la ligne nationaliste. Le couple en question va ainsi se retrouvé confronté à ce dilemme. Et l’ensemble fonctionne parfaitement avec une économie et une densité qui devrait faire réfléchir pas mal d’auteurs de manga. Du tout bon, de l’inhabituel, qui se lit avec plaisir en attendant la conclusion au printemps 2023!

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  • Coffee Moon #1 (Bota/Doki-Doki) – 2022 (2020), 164p., 1/4 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

Dans une cité à la nuit éternelle et à la pluie noire, Pieta vit chaque jour la même journée, enfermée dans une boucle temporelle. Avec on amie Danae elles commencent à s’interroger et cherchent à sortir de cette routine d’évènements. Mais sortir d’un « scénario » a un coût…

coffee-moon-1-dokiToujours très attentifs à la qualité des dessins, le label manga des éditions Bamboo nous lance une nouvelle série à l’ambiance ténébreuse et incertaine qui rappelle le récent SinOAlice sorti cet été chez Kurokawa. Il s’agit du premier manga de cet auteur qui n’a publié jusqu’ici qu’un recueil d’histoires érotiques. Et bien on peut dire que graphiquement c’est une sacrée claque! Que ce soit la technique de dessin, le design, ou l’atmosphère poisseuse de cette cité, c’est un régal graphique de bout en bout pour qui aime les encrages profonds et les ambiances contrastées. Je me suis toujours interrogé sur la qualité générale et l’intérêt des trames utilisées habituellement en manga et je dois dire que ce volume est une bannière à lui seul pour la finesse et la force de ces dégradés de volumes. Niveau scénario je dois dire que tout cela reste encore un peu vaporeux même si l’on sent l’envie de l’auteur de ne pas trop tarder sur la redondance de la boucle temporelle. Un univers commence doucement à apparaître (notamment dans le journal de conclusion), qui laisse penser à un développement à la Dark City ou Matrix ou lorgne vaguement du côté de Promised neverland en manga . Un premier tome absolument convaincant donc qui demande à avancer rapidement pour voir si l’auteur a une belle grosse idée derrière la tête…

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  • The far east incident #1 (Ohue/Vega) – 2022 (2019), 164p., 1/4 tomes parus.

Lors de son occupation de la Mandchourie, les forces d’occupation japonaises se livrèrent à des expériences sur des civils au sein de l’unité 731. Après la capitulation du Japon et alors que les soldats démobilisés affluent de toute l’Asie pour retrouver leur pays dévasté, l’armée américaine combat dans l’ombre une milice terroriste visant à réinstaurer un Etat fort dans le pays vaincu. Des deux côtés combattent des « variants », humains mutants dotés d’une résistance hors du commun. Ils ont tous comme point commun d’avoir été victimes des expériences de l’unité 731…

Prenant pour base les exactions de la véritable unité 731 en Chine, ce manga à la parution lente (un volume par an environ) nous accroche dès les premières pages pour ne plus nous lâcher jusqu’à la conclusion. Alors qu’il s’agit de sa première publication, Aguri Ohue marque la rétine dans une technique graphique qui rappelle les manga de Miyazaki mais doté d’encrages très précis et efficaces et d’un respect physique et des éclairages qui jouent beaucoup dans la dynamique des séquences. Profitant d’une galerie de personnages restreinte l’auteur se concentre sur la relation entre le héros, super-combattant démobilisé, et une gamine mutante dans un esprit tragi-comique. La force de ce tome réside dans la profondeur d’un contexte assez sombre (l’unité 731, le fascisme japonais, la récupération des criminels par les américains à la fin de la guerre,…) allié à une action endiablée à coup de fusillades sanglantes et explosives et à un humour noir très efficace. Sans tomber dans une farce déplacée, on a un parfait équilibre entre interaction avec des personnages marquants et un thriller uchronique avec un très gros potentiel. Le seul point noir réside dans la lenteur de publication qui se comprend par l’aspect artisanal et auteur du manga, ce dont on ne va pas se plaindre. Et au final un des manga marquants de cette année, tout simplement!

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Trillion game #1

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Manga de Riichiro Inagaki et Ryoichi Ikegami
Glénat (2022), 208p., 1/4 tomes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux  éditions Glénat pour leur confiance.

Alors qu’il se fait agresser par des loubards, le timide Gaku voit voler à son secours le charismatique Haru. D’un tempérament que tout oppose, les deux jeunes gens vont se retrouver associés dans un étonnant pari, pour le meilleur et pour le pire: devenir milliardaires!L’un dispose d’un toupet et d’une tchatche hors du commun, l’autre est un génie de l’informatique. Ensemble ils vont renverser la table en partant de rien et sauter toutes les barrières sociales qui mènent au sommet…

052-053_TRILLION_GAME_T01_1Quel plaisir de retrouver le style Ikegami avec deux albums sortis à trente ans d’écart. Et l’on peut dire que si ses dessins se sont légèrement affinés et que ses textures sont autrement moins frustes que sur Sanctuary (chroniqué hier), les gueules d’anges qui font sa marque de fabrique sont toujours aussi efficaces pour nous charmer. Toujours dans le même schéma du duo masculin en Yin/Yang le maître se cale dans le rythme désormais connu du scénariste de DR.Stone. Alchimie parfaite des marques de fabriques des deux auteurs, on est finalement guère surpris de l’alliance de Inagaki avec un dessinateur qui n’est finalement pas si loin de Boichi, capables tous deux d’un très grand réalisme technique mais également de ruptures cartoon très drôles. Car si les anciennes œuvres polar d’Ikegami sont très premier degré, on se surprend à rire franchement grâce au personnage de Haru qui n’hésite pas à tomber dans le scato et dont l’absence totale de limite crée des situations rendues encore plus poilantes par les trognes de séries télé du dessinateur.

201 TRILLION_GAME_T01_1Ne perdant pas de temps les auteurs nous montrent dès les premières pages Gaku semblant désemparé dans le luxe de son gratte-ciel, avant de nous raconter comment il en est arrivé là au cours du jeu du Billion (… car comme vous le savez l’anglais ne connaît pas cette unité et passe du milliard au trilliard). On se demandera bien entendu où est passé Haru, histoire d’instiller un soupçon de tension dramatique. Car le ton reste de bout en bout celui de la farce légère, marque de fabrique qui a permis à DR. Stone de combler des millions de lecteurs.

Proposant un thème très moderne (l’immense richesse et le capitalisme boursier), les auteurs ne vont probablement pas s’embêter de réflexion écologique ou de justice sociale (point déjà fort absent dans la série de Boichi) et assumer le statut de série de pure loisir pour Trillion Game. Doté d’un dessin brillant et d’une recette scénaristique parfaitement rodée, la série a absolument toutes les clés en main pour être une des prochaines locomotives de l’industrie Manga. Il faudra juste voir si le rythme de parution endiablé proposé par Boichi pourra être suivi par son successeur auprès d’un public devenu très exigeant…

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****·East & West·Manga·Nouveau !·Numérique

Ex-arm #14

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Manga de Shinya Komi et HiRock
Delcourt (2022), 232 p., série terminée.

Alors que la menace de Beta semblait éliminée définitivement, les armes lancées par les armées japonaises et américaines pour confiner le danger se retrouvent piratées. Les alliés d’Akira sont épuisés par tous ces affrontements et la capacité même du certeau de l’adolescent a atteint ses limites, alors que se profile rien de moins qu’un apocalypse nucléaire mondial…

badge numeriqueQuel final mes aïeux, et quelle montée en puissance pour cette série! Rembobinons un peu: En 2015 l’ancien assistant du grand Masakazu Katsura (qui partage avec l’auteur de DNA2 et Zetman) publiait un one-shot que l’éditeur Delcourt/Tonkam teasait avec le titre de la nouvelle de Philippe K.Dick à l’origine du film Blade Runner. Devant le succès le Ex-Arm 14 (par Shinya Komi et HiRock) Tome 14 de la série Ex-Armone-shot devenait l’année suivante une série qui s’achève donc au bout de quatorze volumes… pour ce premier arc, un nouveau (baptisé Ex-Arm EXA) venant de débuter avec la même équipe au Japon et devrait suivre très vite en France au vu de la réactivité de Delcourt sur cette série depuis le début. Tant mieux pour nous! Entre temps des romans et un Anime sont sortis, suivant le circuit classique des manga à succès.

Pourtant on peut dire que la mangasphère comme l’éditeur n’ont étonnamment jamais été en ébullition autour de cette série qui comporte certes des défauts mais que la qualité technique incroyable et les références rendent hautement sympathique. D’autant plus surprenant qu’avec cet habillage techno-robotique, militaire et sexy la série a tout pour plaire à un très large public.

CaptureSur un format idéal de moins de vingt tomes, la série aura su monter en puissance, débutant sur des sortes d’enquêtes solo à la Ghost in the shell pour installer progressivement son intrigue au long court ajoutant à chaque étape couche sur couche pour faire d’une gentille récréation une forme de tentative syncrétique d’hommage à toutes les meilleures références manga et SF des trente dernières années. Si Otomo et Shirow restent tout le long les grands mentors d’Ex-Arm, ce dernier volume tout orienté vers un chaos terroriste déclenché par des IA lorgne vers la radicalité folle d’Ajin et son inéluctable supériorité des méchants…

Ce qu’on aura pu reprocher à cette série c’est son inconstance, avec l’impression d’une construction progressive qui densifie et complexifie les thèmes de l’intrigue brique par brique. Ainsi sur les questions d’IA nous avons vu apparaître de l’espionnage, des manipulations financières et autres conflits géopolitiques, les questions familiales et les équilibres criminels de la pègre asiatique. Rarement les combats SF auront été si léchés dans un manga, ce qui me fait dire que techniquement  Ex-Arm apparaît aujourd’hui comme une des références en la matière, ayant su s’inspirer de Shirow pour le sublimer.Ex-Arm T. 14 - Par HiRock & Shin-ya Komi - Delcourt/Tonkam - ActuaBD

Il faudrait se replonger en détail sur l’ensemble des volumes pour tirer toutes les qualités de cet imparfait chef d’œuvre(?)… mais le mieux est de rattraper votre retard en enchaînant cette luxueuse enquête de l’unité anti ex-arm avant l’arrivée de la suite!

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Leviathan #2 -Fool night #2 – Le Molosse – Shigahime #4-5

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Salut les mangavores! Fournées de suites récentes et globalement excellentes, qui montrent que la passion des jeunes auteurs a encore beaucoup à apporter et le dernier Chef d’oeuvre de Lovecraft de Tanabe.

  • Leviathan #2 (Kuroi/Ki-oon) – 2022, 224p., volume,2/3 tomes parus. Série originale Ki-oon.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

leviathan_2_kioonLe premier tomeLeviathan #1 sorti en début d’année nous avait happé dans un graphisme glacial tout à fait européen pour un huis-clos de survie spatiale en deux temporalités. Ici on s’attarde très peu sur les pilleurs dépave qui ne servent qu’à maintenir le suspens de qui est le survivant pour plonger résolument dans un Battle Royal qui évacue les éléments relationnels du précédent volume et tranche à tout va entre différents groupes et caïds du cerveau et des muscles. L’aspect le plus intéressant reste cette jeune fille qui mine de rien arrive à manipuler tout le monde pour viser le graal sans se salir les mains. Plus rythmé, plus linéaire mais tout aussi impliquant, ce deuxième épisode d’une série au format raisonnable coche donc toutes les cases d’efficacité dans le thriller spatial. Sacré performance pour une première œuvre et encore un strike pour cette création Ki-oon!

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  • Fool Night #2 (Yasuda/Glénat) – 2022, 208p., 2/4 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

fool_night_2_glenatPour sa première œuvre le mangaka Kasumi Yasuda avait impressionné sur un premier tome au dessin très inspiré et maîtrisé et qui demandait à confirmer. C’est chose faite avec ce second volume qui gagne directement un Calvin en simplifiant son intrigue vers une chasse au sérial killer. Pour une fois l’auteur évite ainsi d’étirer inutilement son entrée en matière et le cadre et les personnages étant posés il peut lancer son enquête paranormale avec comme vous vous en doutez un être transfloré qui semble avoir gardé la capacité de mouvement et décime la population, obligeant la police à collaborer avec l’Institut de Transfloraison en la personne de notre héros aux pouvoirs spéciaux. Tirant parti de cette atmosphère en clair-obscur alliant dynamisme issue de l’Animation et esthétique très polar, ce manga impressionne et convainc parfaitement en parvenant à garder un subtile équilibre entre cette mélancolie liée à la fin prochaine de ces êtres transformés et thriller classique très efficace. Aussi ne vous fiez pas à ces jaquettes atroces et à ce titre qui (pour l’instant) semble incongru et plongez dans une des plus jolies découvertes manga de cette année!

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  • Le Molosse (Tanabe/Ki-oon) – 2022, 176p., collection Les chef d’œuvres de Lovecraft.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

couv_453273Avec sa frénésie de publications Ki-oon a rejoint avec ce recueil les publications japonaises de Tanabe, ce qui signifie qu’il faudra attendre un peu avant de voir paraitre l’Abomination de Dunwich qui est parue fin 2021. Étranges choix éditoriaux que de sortir coup sur coup la dernière parution en date de Tanabe (Le Cauchemar d’Innsmouth) puis sa première tentative chez Lovecraft. Du coup l’intérêt pour ces trois courtes nouvelles qui auront les mêmes limites que Celui qui hantait les ténèbres, à savoir leur brièveté et leur aspect d’ébauche. Surtout, ce sont des histoires antérieures au Mythe de Ctulhu puisque ce dernier s’étale de 1926 à 1936 quand les trois nouvelles ici adaptées sont publiées au tout début des années vingt. Ce qui est étonnant c’est que Tanabe n’a pas encore figé le style tramé qui fait le succès des autres publications de cette collection, avec des visages plus classiques du manga, plus agréables aussi. Il commet en outre quelques erreurs comme ce drapeau nazi sur un sous-marin allemand en 1920. Si La cité sans nom peut paraitre assez redondante avec Dagon et Le Molosse un peu précipité, le Temple nous rappelle que Lovecraft est à l’origine d’à peu près tous les thèmes de l’épouvante fantastique moderne, cette nouvelle ayant été adaptée dans Sanctuaire et ayant inspiré à peu près toutes les histoires de fantômes en sous-marins, notamment le magique Namor d’Esad Ribic qui ressort enfin cet automne chez Panini.

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  • Shigahime #4 et #5 (Hirohisa/Mangetsu) – 2022, 208., série terminée en 5 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Mangstsu pour leur confiance.

shigahime_5_mangetsuVoici la série bouclée après moins d’un an pour cette série d’un jeune auteur (qui annonce travailler seul, sans assistant, en post-face) qui a le grand mérite d’une pleine sincérité dans ce qu’il fait. Assumant le format court il nous a ainsi proposé une intrigue simple dont la conclusion prend très pertinemment le temps d’un long épilogue qui donne tout son sens au manga en lui évitant de se limiter à une simple orgie de démembrements et de relations perverses. Car on peut dire qu’en matière d’atmosphère dérangeante Sato Hirohisa est parvenu en peu de volumes à instiller un malaise et une noirceur qui joue sur le cliché romantique du trio amoureux et de la vampire manipulatrice. Si les trois premiers volumes développaient le personnage d’Osamu, le quatrième tome voit l’arrivée de la sœur de Miwako dont l’affrontement avec sa frangine va permettre à Soichi de retrouver ses capacités mais aussi entraîner un dénouement tragique. Je n’en dis pas plus mais sachez que ça éviscère plus que ça ne se dépoile sur les deux derniers volumes où l’on surprend l’auteur à proposer une intrigue à plusieurs niveaux et bien plus subtile que les planches ne semblent l’illustrer. Loin se de contenter comme nombre de mangas à un fan-service déviant, il cache sous son univers ultraviolent une parabole sur la solitude du monde moderne… Je vous laisse découvrir cette très jolie découverte que nous a proposé Mangetsu!

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***·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

FMA (Perfect) #11 – Dragonball Super #17 – Dai Dark #2 – Le cauchemar d’Innsmouth #2

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  • Fullmetal Alchemist  – Perfect #11 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 354p., 11/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_11_kurokawaLe volume conclut la guerre (le génocide) Ishval avec le très grand mérite de clore enfin les révélations sur l’origine de Scar, ses motivations, la réalité du génocide qui nous place enfin dans de bonnes conditions pour saisir les motivations du (jusqu’ici) assez plat Mustang, mais aussi de la très charismatique Hawkeye, ainsi que l’apparition d’un nouveau méchant en la personne de l’Alchimiste d’Etat que nous découvrons en couverture. Après un retour à Central city pour remettre les pieds dans le contextes avant flashback (une petite révision trois tomes plus tôt ne fera pas de mal) on part pour le Nord, nouveau territoire où vont les frères Elric dans la recherche du mystère de l’alchimie de Xin et où ils vont rencontrer la sœur du commandant Armstrong…

Maintenant que toutes les pièces sont en place et les enjeux enfin posés (la restauration de la Démocratie dans ce régime militaire corrompu par les Homonculus) Arakawa semble décidée à nous faire voyager pour réunir ce qui devrait former la résistance au régime de King Bradley. Avec une galerie de personnages et d’intrigues secondaires faramineux mis en place on espère que la structure est bien préparée pour éviter de se perdre. La matière est là, les longueurs aussi dans ce tome qui semble être un pivot avant un dernier arc, mais cette série reste de très bon niveau pour peu que les belles séquences d’action ne soient pas trop rares pour dynamiser l’ensemble.

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  • Dragonball Super #17: le pouvoir du Dieu de la destruction (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2022, 192p./volume, 17/19 volumes parus.
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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

 dragon-ball-super-17-glenatAprès un quinzième très bon tome, un assez piteux seizième, ce volume exclusivement centré sur l’affrontement entre nos deux Sayan et Granola s’ouvre sur peut-être une des meilleures séquences de combat de toute la série! Dans une pleine maîtrise de son dessin et de la technique de matérialisation de la vitesse, Toyotaro propose des pages nerveuses de baston pure sans chichi de superpouvoirs et de fireballs. Mine de rien depuis les tournois des meilleurs combattants de la Terre on n’était jamais vraiment revenu à cet esprit arts-martiaux. Les coups sont secs, directs, le combat équilibré… avant de retomber dans l’habituel échange entre guerriers surpuissants et passages de niveaux cachés. On flirte sans cesse avec le stade ultime ce qui ne surprend guère. Chose étonnante en revanche, ce volume ne comporte pas les habituelles coupures scénaristiques. De ce fait si le combat seul est très réussi, le rythme de l’album (à la lecture fort brève) est un poil linéaire. Avec un Vegeta qui semble revenir à ses anciennes rancœurs maléfiques, on a comme souvent sur DB un enrobage fort classique et quelques fulgurances visuelles ou scénaristiques, très brèves. Mais on reste très tolérant avec cet ancêtre toujours fringant que sont les aventures de Son Goku.

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    • Dai Dark #2 (Q-Hayashida/Soleil) – 2022, 208 p./volume, 2/5 volumes parus.
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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

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Les aventures de Sanko Zaha, son robot-chien Spectrum, le Sakadoh Avakian et la redoutable Death Delamort se poursuivent alors que les tueurs de la Photoforce se sont lancés dans une chasse impitoyable pour détruire les quatre Fléaux…

Sur le même ton délirant que précédemment et sur des thèmes absolument typiques du shonen, Q-Hayashida envoie ses héros dans une sorte d’Ikea spatial pour faire leurs emplettes avant de se lancer dans une cuisine du futur faite de boulettes lyophilisées et de pain en boite. Comme sur le premier tome ce qui continue de surprendre dans ce manga c’est qu’il semble destiné à une catégorie très particulière de jeunes lecteurs, comme si des enfants de métalleux gothiques percés proposaient un manga issu de cet univers. Le contrats entre les dialogues très simples, les intrigues linéaires et l’univers graphique extrêmement noir et délibérément répugnant ne cesse de surprendre. Sans doute le même attrait que celui des films d’horreur et une certaine passion pour les insectes pourra donner envie de lire ce manga qui sort résolument des sentiers battus. Le lecteur adulte pourra s’impatienter devant ce manque d’intrigue qui nous laisse dans la même situation initiale après deux tomes même si l’imagination délirante de l’autrice et l’humour(noir) tout à fait efficace rendent la lecture sympathique.

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  • Le cauchemar d’Innsmouth #2 (Tanabe/Ki-oon) – 2022, 240p., collection Les chef d’oeuvres de Lovecraft.

cauchemar-dinnsmouth-2-ki-oonLe cauchemar d’Innsmouth est l’un des romans les plus connus de Lovecraft et son dernier publié. Si l’on peut comprendre l’intérêt économique pour Ki-oonde vendre deux volumes d’une pagination importante on rappellera que Dans l’abîme du temps (le meilleur pour l’instant) est paru en un unique volume pour une taille à peine moindre.

On reprend donc exactement là où le précédent s’arrêtait, avec cette fois une confrontation assez rapide avec les habitants pisciformes de la localité maudite, et c’est parti pour une fuite implacable du protagoniste devant une horde inouie de créatures maléfiques. C’est sombre comme jamais et un peu longuet dans un sens unique bien que la séquence très tendue de l’hotel soit redoutablement efficace pour nous faire stresser. Malheureusement les limites mythologiques très courtes sur cette histoire (pas d’archéologie, pas de Grand Ancien) atténuent sensiblement l’inétrêt jusqu’à oublier quelque peu le principe même du fantastique et les aller-retour entre la certitude de l’horreur et le doute rationel. Problème de rythme donc avec cette très longue découverte d’Innsmouth sur le tome un suivi d’une très longue échapée répétitive. Quelques planches feront leur effet terrifiant mais le sel de Lovecraft manque pour nous happer dans l’abîme indiscible recherché. On a au final une des histoires les plus faibles de la série, à réserver aux complétistes donc.

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SinOAlice #1 – Tsugumi project #4 – Appare Ranman #3

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  • SINoALICE #1 (collectif/Kurokawa) – 2022, 190p./volume, 1/4 volumes parus.
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Merci aux éditions Kurokawa pour cette découverte!

 Sine se réveille comme tous les matins pour se rendre au lycée où l’attend sa meilleurs amie. Sujette à un étrange rêve elle va se retrouver soudain entraînée dans un drame au sein du lycée. Lorsqu’elle se réveille la réalité semble avoir changé. Qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui est un rêve? Qui est elle et que veut-elle lui demandent ces étranges poupées mécaniques qui parlent à son esprit?…

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SINoALICE est une  adaptation de l’univers du concepteur de jeu vidéo derrière les célèbres NieR. Introduisant dès les premières pages un parallèle avec le monde de Lewis Caroll qui fascine tant les auteurs, le manga joue sur la typographie typique de Taro que l’on pourrait traduire par « Péché d’Alice » (Sin of Alice). Outre une ambiance très noire et graphiquement fort réussie faite d’une certaine épure jouant sur les contrastes avec certains décors hyper-détaillés, ce premier tome brise la narration en nous plongeant dans une forme de torpeur visant à brouiller la frontière entre les différentes réalités. Après une première séquence à la focale centrée sur l’héroïne on bascule dans une sorte de Loop à la Un jour sans fin qui voit l’horreur surgir dans le quotidien de Sine. Entre un découpage qui déstructure toute temporalité et des insertions de textes qui semblent retoucher les images elles-mêmes, on ne sait plus qui voit quoi, qui est où et quand… très immersif même s’il ne fait qu’effleurer la surface d’un univers complexe, ce premier tome fait le job de nous intriguer et par son aspect original et dérangeant. La qualité graphique et les références aux contes (version dark) suffisent à donner envie de continuer pour voir. Bonne pioche donc, avec un second tome qui permettra de confirmer ou non ces bonnes impression, dès ce début septembre.

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    • Tsugumi Project #4 (Ippatu/Ki-oon) – 2022, 224 p./volume, 4 volumes parus.
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Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

Deux ans et demi entre le troisième et ce quatrième tome de la série originale Ki-oon on peut dire que ça explose littéralement les rythmes habituels de parution en manga! Etant donnée la qualité et la minutie des dessins on comprend que ça prenne du temps et l’auteur nous rassure en expliquant qu’il a engagé des assistants. Car depuis le premier volume de cette série post-apo le niveau d’exigence nous rapproche plus d’un dessin franco-belge avec des arrière-plans somptueux et aucune case qui se contente d’un personnage en premier plan comme souvent sur ce format. Niveau histoire on a ici une assez nette rupture puisque pas moins de deux flashback nous racontent le passé de Léon et du « monstre » Satake et la constitution d’une équipe qui nous sort des seules explorations des humains et de leur interaction avec Tsugumi, ici assez en retrait. On est donc surpris par un changement de ton qui nous passe de l’exploration post-apo à ce qui ressemblerait plus à une sorte de fantasy avec créatures finalement pas si anormales. Ce tome se concentre donc principalement sur cette puissante Satake et ses motivations pour ainsi venir en aide aux explorateurs. La création d’êtres semi-humanoïdes passionne Ippatu et si la finalité de cette odyssée reste brumeuse, on continue très volontiers le voyage à la découverte du Japon d’après.

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  • Appare Ranman #3 (AHN Dongshik- Appercacing/Doki-Doki) – 2022, 176p./volume, série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance!

appare_ranman_3_dokiLigne d’arrivée en vue pour cette adaptation en trois tomes d’un animé populaire. Et comme souvent sur ce format très court, la qualité des dessins finissent pas être un peu courts pour compenser une intrigue… de dessin animé. Au menu grande révélation de l’identité cachée du gros méchant absolument méchantissime, alliances et trahisons et baston finale en trois temps. On peut dire que jusqu’au bout la mécanique du manga est très bien huilée, avec un scénario aux rebondissements réguliers. On pourra regretter un manque de folie sans doute à mettre sur le compte du carcan de l’adaptation. On est tout de même surpris par la place prise par les intermèdes et la brièveté des séquences d’action pourtant parfaitement fun. Hésitant toujours un peu entre course de bagnole steampunk et western, ce troisième tome se lit sans déplaisir mais avec un risque d’oublie une fois refermé le tome. Comme pour beaucoup de très bonnes séries Doki-Doki très dotées esthétiquement mais un peu courts pour une course de fond. Une trilogie donc portée par des personnages très charismatiques et qui fait le job pour une lecture-conso.

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