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#Blacklivesmatter: la ségrégation aux USA en BD

Actu

Le sujet n’est pas nouveau, les crimes racistes aux Etats-unis parsèment l’histoire du pays sans que l’on ne voit de changement fondamental poindre. La mort de George Floyd a provoqué une vague de fonds sans précédent dans le pays mais également dans le monde. Pour m’associer modestement à ce combat de dénonciation je voulais vous signaler quelques billets du blog traitant d’albums de grande qualité qui abordent frontalement la question raciale aux Etats-unis, du documentaire historique au fantastique…

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****·Comics·East & West·Guide de lecture·Nouveau !

RUMBLE

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Rumble est une série écrite par John Arcudi et dessinée par James Harren, éditée aux US chez Image Comics. La série est publiée en France par Glénat, avec un premier tome paru le 13/04/2016, un deuxième tome paru le 28/09/2016, et un troisième tome paru le 29/05/2019.

Urban Fantasy déjantée

Bobby LaRosa est un jeune adulte embourbé dans sa médiocrité. Derrière son bar miteux, il se lamente sur la vacuité de son existence morose auprès de son habitué Cogan, jusqu’à ce qu’un épouvantail vivant débarque armé d’une épée géante pour mutiler le vieil homme, qui s’enfuit, laissant derrière lui une mare de sang et un grand nombre de questions…

Ainsi débute la série Rumble, lancée en 2014 par le prolifique John Arcudi et le talentueux James Harren, reconnus tous deux pour leur passage sur la série B.P.R.D., le premier en étant l’un des architectes.

Face à ce déchainement soudain de violence, Bobby va devoir compter sur l’aide impromptue de son ami Del, et découvrir l’identité et les motivations de cet épouvantail: autrefois un grand guerrier immortel nommé Rathraq, il combattit des millénaires durant contre les Esus, une race de monstres malfaisants vouée à subjuguer les humains primitifs peuplant la Pangée. Après la trêve conclue entre les deux camps, le féroce et dévoué Rathraq avait perdu sa raison d’être, et fut banni, son âme immortelle dépouillée de son cadre charnel. Ce n’est que des millénaires plus tard qu’il s’est échappé de sa prison, déterminé à obtenir sa vengeance.

C’était (pas) sa guerre

Dans Rumble, Bobby, et dans une moindre mesure, le truculent Del, représentent notre ancrage, et se substituent en quelque sorte au lecteur, qui se plonge à travers eux dans cet univers dangereusement fantastique peuplé de monstres bigarrés. Le thème du monde caché, de la mascarade, est encore une fois exploité de telle sorte que nous suivons avec délectation les tourments de nos deux loosers aventureux, alors qu’une guerre antédiluvienne entre monstres et demi-dieux fait irruption dans la ville.

Toutefois, Bobby et Del ne sont pas les seuls à provoquer l’empathie. Le grand Rathraq, qui continue se se battre alors qu’il n’est plus qu’un écho pathétique de l’invincible guerrier qu’il fut, a de quoi nous émouvoir également, sûrement du fait du paradoxe entre sa fragilité physique et la force de son esprit.

James Harren fait ici un travail formidable en incarnant des personnages expressifs au look unique et marquant, des monstres difformes mais possédant chacun leur identité. Les scènes de combat sont dynamique et n’oublient jamais d’être gores à souhait, ce qui colle parfaitement au style du dessinateur, qui avait déjà fait des merveilles sur B.P.R.D. Ses planches décompressées plongent le lecteur dans une ambiance singulièrement glauque tout en maintenant un niveau de qualité constant sur toute la série.

Rumble est un comic indy qui donne à lire une histoire unique sortant des terrains battus du mainstream, à lire bien évidemment !

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Thorgal: le cycle du pays Qâ

La trouvaille+joaquim

 

 

 

 

BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (1986-1988), cycle de 4 volumes.
Edité en intégrale au Lombard (épuisé) et dans le second volume de l’intégrale nb chez Niffle.

Second billet sur cette série hors norme qui ne vieillit pas, cette Trouvaille porte sur le troisième cycle de la série, un cycle majeur de Thorgal et sans doute l’un des cycles les plus réussis de l’histoire de la BD franco-belge, tout simplement! Correspondant aux années les plus fastes de Jean Van Hamme (celle des cinq premiers XIII, du Chninkel,…), certains considèrent que les auteurs auraient pu stopper les aventures de l’enfant des étoiles à ce stade…

Rentré sur son île en compagnie de ses nouveaux amis, Tjall le fougueux et Argun pied d’arbre, Thorgal ne peut se poser longtemps puisque la redoutable Kriss de Valnor surgit pour lui annoncer la terrible nouvelle: elle a fait enlever son fils et Pied d’arbre! S’il veut les retrouver vivants il va devoir l’accompagner dans une mission périlleuse, au-delà de la grande eau, au pays Qâ dirigé par le sanguinaire Ogotaï, qui serait dit-on, doté de pouvoirs divins… C’est un voyage vers ses origines qu’entreprend alors Thorgal en compagnie d’Aaricia, de Tjall… et de Kriss.

Thorgal - Les Yeux de Tanatloc par Grzegorz Rosinski, Jean Van ...Le cycle du Pays Qâ commence réellement avec le one-shot Les Archers, considéré par beaucoup comme le meilleur album de Thorgal, notamment par-ce qu’il s’agit de celui où apparaît le personnage mythique de Kriss de Valnor. Cette méchante deviendra intime de Thorgal dans le cycle de Shaïgan (moins réussi) avant de donner naissance à une série dérivée quand l’éditeur a lancé (pour des raisons bien commerciales…) le principe des Mondes de Thorgal, différentes séries traitant de la jeunesse de personnages importants. Bien que ce ne soit pas indispensable, il peut être intéressant de lire avant L’enfant des étoiles, série d’histoires courtes dont une raconte la genèse du héros.

La richesse du cycle du Pays Qâ repose sur trois éléments: l’exotisme de voir transposé Thorgal sur plusieurs albums dans un univers totalement différent (cela n’a plus jamais été le cas malgré les espoirs déçus d’aventures orientales sur le dernier cycle, de Ka-Aniel), l’importance relationnelle entre des protagonistes très riches, enfin le rattachement avec l’origine du personnage et cet aspect SF subtile et tellement original dans cette série. La très grande intelligence de Jean Van Hamme a toujours été de laisser dans l’ombre cette dimension pourtant annoncée dès le premier diptyque. Thorgal reste pourtant une série de fantasy et d’aventure. En faisant grandir la famille de Thorgal les auteurs ont créé un lien puissant avec le lectorat. Je n’ai pas souvenir d’un autre héros dont la famille est si présente et où les membres évoluent, vieillissent, jusqu’à pouvoir consacrer des albums entiers sans qu’apparaisse le héros.

Thorgal - Tome 10 - Le Pays Qâ - Grzegorz Rosinski, Jean Van Hamme ...La structure du cycle est ici en deux parties qui se répondent très intelligemment: d’un côté la mission dangereuse qui envoie Thorgal voler le casque du Dieu vivant sanguinaire, de l’autre son fils va rencontrer Tanatloc, un autre Dieu protecteur du dernier peuple résistant à la folie d’Ogotaï. Alors que la vipère Kriss tisse sa toile, bien entendu amoureuse du héros, Thorgal comprend vite que cette mission est plus intime qu’il ne le croyait. Du côté de Jolan (a qui les auteurs ont sans doute prévu très tôt une destinée particulière à en croire les albums Alinoë et Brek Zarith) c’est le passage de l’enfance, de la toute puissance (symbolisée par son pouvoir hérité du peuple des étoiles), à celle d’une meilleure compréhension de son environnement, qui est relaté dans cette histoire. Lié de loin à son père, jusqu’à le sauver, il est tiraillé entre des passions antagonistes, manipulé par les Xinjin alors que Pied d’arbre, occupé à batifoler en oublie de le protéger…

Thorgal – La cité du dieu perdu : 40 ans de mythe ! | NouvellesduglobeComme toujours dans cette série, ce sont les aspects dramatiques, tragiques (ici en plaçant les schémas grecs œdipiens) qui font monter la tension et l’attention du lecteur. La fascination pour ces vaisseaux volants, pour cette cité sanglante sortie des marécages, ne sont que des amuse-bouche vers une confrontation entre l’homme et le dieu. Celui qui sera amené tout au long de sa carrière de héros à côtoyer et courroucer les Ases n’affrontera en réalité qu’un faux dieu. Thorgal aura démis nombre de tyrans mais jamais avec une dimension symbolique si forte. Usant d’un découpage subtile, millimétré, Van Hamme ose naviguer à travers les distances et les ellipses temporelles sans jamais nous perdre, au contraire en renforçant la puissance de son récit.

Thorgal - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comGraphiquement Rosinski est à l’acme de son art. La coloration est parfois un peu datée, parfois très réussie. On se souviendra que les techniques de l’époque n’étaient pas toujours formidables et on lit sans difficulté la qualité des seuls dessins, que la récente édition n&b permettra d’apprécier de façon très confortable. Le dessinateur polonais assume la totalité de ses planches, sans attendre la couleur (qui ne donne aucune information supplémentaire), ce qui donne une qualité inégalée aux dessins. C’est d’ailleurs exactement à cette époque que sort Le grand pouvoir du Chninkel, monument absolu du 9° art. Lorsque de tels dessinateurs parviennent à sortir plusieurs albums en simultané, de cette qualité, de cette pagination, c’est qu’ils se régalent et sont en pleine maîtrise de leur art. C’est le cas sur ce cycle.

Tout est parfait dans cette aventure, jusqu’au format en cinq volumes progressifs et parfaitement équilibrés. Très rares sont les séries pouvant être relues à l’infini. Cet arc narratif est ce qu’il se fait de mieux en BD, tout simplement. Indémodable, indépassable. Parfait. De ce qui vous fait aimer passionnément la BD et remercier infiniment ces deux grands messieurs pour ces moments.

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Hunter x Hunter: en faveur de la saga des Chimeras Ants

esat-westHunter x Hunter: manga shonen écrit et dessiné par Yoshihiro Togashi. 36 tomes parus en France, aux éditions Kana.

Une série à part

Depuis 2000, Hunter X Hunter représente une série à part parmi le paysage Shonen publié en France. Yoshihiro Togashi, connu pour la série Yuyu Hakusho, y a crée un univers étrange et cruel peuplé de personnages bigarrés mais attachants, le tout autour de concepts originaux qu’il a développé au fil des tomes.

Comme tout Shonen qui se respecte, Hunter x Hunter raconte pour l’essentiel le parcours initiatique de Gon Freecs, un jeune garçon ingénu souhaitant marcher sur les traces d’un père qu’il n’a pas connu, et ainsi devenir un Hunter afin de le retrouver. Ces derniers sont une caste d’aventuriers exceptionnels pouvant parcourir le monde entier et embrasser n’importe quelle cause, ou se mettre à la poursuite de n’importe quel trésor, souvent au péril de leurs vies. Pour être adoubé en tant que Hunter, Gon devra néanmoins réussir les épreuves notoirement difficiles de l’examen, et se fera en route autant d’amis que d’ennemis.

Pour pouvoir parler de la très décriée saga des Chimeras Ants, il convient de dresser un rapide portrait des arcs narratifs précédents, afin de mieux saisir le cheminement de la série et de ses protagonistes.

L’Examen: C’est le premier arc de la série. Gon quitte son île natale pour se rendre aux épreuves, et fait ainsi la connaissance de Kirua, de Leolio et de Kurapika, chacun d’entre eux ayant ses raisons de passer l’examen: Kirua appartient à une redoutable famille d’assassins et souhaite tracer sa propre voie; Leolio aspire à devenir médecin et compte sur l’argent qu’il gagnera en revendant sa licence; Kurapika, enfin, n’a qu’un seul désir, celui de venger son clan, dont il est le dernier survivant. L’amitié du groupe va se forger dans le feu des épreuves, jusqu’à l’épreuve finale.

Au secours de Kirua: Il s’avère que Kirua a échoué à l’épreuve finale de l’examen. Il rentre donc au domaine des Zoldick, sa famille d’assassins. Gon et les autres décident d’aller le chercher et découvrent l’environnement dans lequel Kirua a grandi, ainsi que l’influence néfaste de son frère Illumi. Finalement, le père de Kirua l’autorise à partir.

La Tour Céleste: Gon et Kirua commencent leurs aventures en duo et se rendent à la Tour Céleste, où ils rencontrent leur mentor Wing, qui leur apprendra le secret de la force des Hunters: les techniques du Nen. Gon y affrontera Hisoka, un Hunter de sa promotion aussi doué que sadique, et qui présente un intérêt malsain pour le jeune héros.

York Shin City: Gon reçoit un message de son père Gin le mettant au défi de le rejoindre sur Greed Island, un jeu mythique qui ne s’acquiert qu’aux enchères à prix d’or à York Shine City. Là, ils retrouveront Kurapika, qui se prépare à affronter les assassins de sa famille, la Brigade Fantôme, à laquelle appartient Hisoka. Le chassé croisé est tendu et très périlleux, mais Gon et Kirua s’en sortent in extremis.

Greed Island: Gon et Kirua parviennent à entrer dans le jeu, qui a été crée par Gin. Là, ils rencontreront Biscuit, qui les aidera à compléter leur maîtrise du Nen, juste assez pour pouvoir affronter Boomer, un joueur cruel qui n’hésite pas à assassiner les autres participants afin de remporter le jeu. Après un brutal combat au cours duquel Gon montre sa détermination, le jeune garçon parvient à remporter le jeu, mais s’aperçoit que cela ne lui donnera pas pour autant le droit de rencontrer son père, qui est décidément aussi facétieux qu’insaisissable.

Chimeras Ants: la quintessence de HxH ?

La saga des Fourmis-Chimères débute sans ambages après la conclusion de Greed Island. Espérant enfin être en présence de Gin, Gon et Kirua tombent nez à nez avec Kaito, disciple de Gin et figure paternelle de substitution pour le jeune garçon. Les deux Hunters vont donc profiter de l’occasion pour se former auprès de leur aîné en le suivant sur une nouvelle mission.

C’est là que tout va dégénérer: Dans un pays protectionniste et obscurantiste, Kaito, Gon et Gin vont tomber sur une nouvelle race de super prédateurs, les Fourmis-Chimères, dont les attributs leur permettent d’absorber les caractéristiques de ceux qu’elles dévorent, y compris les humains, et y compris les utilisateurs de Nen… Après une cuisante déroute qui les force à fuir en laissant Kaito derrière eux, Gon et Kirua vont devoir se remettre en question et progresser encore davantage s’ils veulent pouvoir espérer se joindre à l’effort de guerre contre les Chimères et vaincre le Roi.

Cette saga, elle-même divisée en plusieurs parties, a été assez décriée parmi les fans de la série: trop longue, trop éclatée, dessins en dessous du niveau habituel… et pourtant, à mon sens, elle représente la quintessence de la série, même si elle laisse de côté certains protagonistes qui étaient centraux lors du premier arc.

On peut à plusieurs égards comparer Gon à San Goku, le célèbre héros de Dragon Ball. A ceci près que, là où Goku démontre un compas moral manichéen dont l’échelle passe du noir au blanc, celui affiché par Gon tout au long du manga paraît bien plus complexe, et passerait plutôt du bleu à l’orange. En effet, Gon a une idée toute particulière de ce que représentent le bien et le mal, et l’arc narratif des Chimeras illustre tout à fait ce principe. Toutes les épreuves traversées par le jeune Hunter mettent son sens moral à l’épreuve (le combat contre Knuckle, la rencontre avec Meléoron, et l’affrontement final contre Neferupito) complétant son parcours jusqu’à un climax autant physique qu’émotionnel.

Meruem | Hunterpedia | FandomLes autres personnages ne sont pas en reste durant cette saga, et on peut suivre les aventures simultanées de tous les héros sans que l’on sente de déséquilibre au fil des chapitres. Certes, le tome 22, qui met le focus sur la Brigade Fantôme, paraît à première vue dispensable, le tout n’en demeure pas moins cohérent, l’auteur démontre sa capacité à gérer un casting choral et à faire monter progressivement la tension jusqu’au combat final.

Le combat contre le Roi et sa garde rapprochée, envisagé dès le tome 20, débute au tome 25 et se conclue au tome 30, et comprend les affrontements les plus spectaculaires de la série, des combats où l’auteur exploite très adroitement les règles du système qu’il a lui-même établies (quoi qu’on en dise,le Nen de HxH est un des systèmes hard magic les mieux conçus du genre Shonen).

Pour conclure, ce qui fait selon moi de la saga des Chimeras l’arc emblématique et quintessentiel de la série, c’est, outre les enjeux colossaux, la parfum de conclusion qu’il apporte pour son protagoniste, qui atteint pour ainsi dire son objectif lors d’un épilogue émouvant, à l’issue duquel la série aurait très bien pu se terminer.

N’hésitez pas à nous donner votre avis en commentaire !

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Thorgal: le cycle de Brek Zarith

La trouvaille+joaquim

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BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (1982-1984), cycle de trois volumes.
Disponible également dans la première intégrale NB.

Résultat de recherche d'images pour "rosinski galère noire"Thorgal est peut-être la plus grande série au long cours jamais produite. Née à cheval entre l’époque de la BD classique et du renouveau graphique des années soixante-dix, elle apporte tant dans la narration adulte de Van Hamme que dans le trait unique de Rosinski une révolution qui débouche sur au moins deux cycles majeurs et le one-shot christique indépassable Le grand pouvoir du Chninkel. Les premiers albums des aventures de l’enfant des étoiles sont encore imparfaits, le dessinateur polonais ayant encore un trait inégal et les intrigues sont structurées sur le format de parution dans le journal Spirou. Avec le second cycle des aventures de Thorgal le triptyque La galère noire, Au dela des ombres et la Chute de Brek Zarith, les auteurs proposent une aventure majeure de la BD franco-belge alliant tout à la fois la démesure dans un univers par très loin de Conan, un grand méchant extrêmement réussi dans sa cruauté et sa froideur, une action fantastique et comme toujours dans Thorgal, cette émotion qui touche au cœur, peut-être comme jamais après, avec cette jeune fille dans la fleur de l’âge, jalouse au point de commettre une faute irréparable.

Thorgal coule des jours heureux dans un petit village d’agriculteurs avec sa douce Aricia, quand un jour un détachement de soldats vient demander des informations sur un prisonnier évadé. Lorsque la jeune Shaniah, amoureuse de Thorgal annonce que ce dernier a aidé à s’évader le fugitif elle provoque le drame. Thorgal est emmené comme forçat sur une galère du puissant Brek Zarith, cruel despot. En recherchant son aimée, le viking entraînera dans son sillage la mort et le sang, mais aussi l’amour impossible de Shaniah…

La progression narrative est très classique entre les trois albums, avec un premier tome qui crée le drame et le choix mortifère de Shaniah (qui préfigure ce que sera ou aurait pu être Kriss de Valnor), un second tome de résolution qui emmène le héros tel Ulysse aux portes de la mort et un troisième volume de résolution fait d’action, de décadence et crée ce qui fera la grande particularité de la série: le rôle de la famille. Si La galère noire est assez classique de la BD d’aventure, Au-delà des ombres est pour moi peut-être le meilleur album de la série, le plus émouvant dans cette odyssée mythologique et le rôle de la jeune Shaniah, dont le crime est irrécupérable alors qu’elle ne fait que commencer sa vie et découvrir un amour profond pour un homme unique qui en fera tomber plus d’une dans ses aventures…

Résultat de recherche d'images pour "rosinski brek zarith"Le seul reproche que l’on pourrait faire à ce triptyque qui porte en lui les germes du cycle majeur du Pays Qâ est ses couleurs tout à fait datées. L’initiative de l’éditeur d’une édition noir est blanc est bonne mais si d’autres albums de Rosinski ont été colorisés ou recolorisés depuis, il ne serait pas tout à fait inutile, tant qu’à multiplier les éditions commerciales, de proposer une nouvelle mise en couleur plus actuelle de ces premiers tomes. Car le dessin en lui-même est déjà au niveau de Tanatloc, d’une précision et d’une finesse incroyables. Il suffit (comme souvent) de regarder les détails des arrières plans dans les couloirs de la forteresse de Brek Zarith ou la minutie de la fête orgiaque pour montrer un dessinateur plein d’envie et dans la pleine maîtrise de son art. Ce cycle lance en outre le principe d’aventures dramatiques plongeant un homme dans des quêtes bigger than life contre sa volonté, loin de sa famille, avec l’apparition dans ce troisième tome de son fils Jolan. La spécificité de Thorgal est sans doute en grande partie liée à cette évolution personnelle et familiale. Si Thorgal ne semble jamais vieillir, ses enfants grandissent jusqu’à l’âge adulte (dans l’album très particulier La couronne d’Ogotaï) et est, je crois la seule série a avoir assumé une telle radicalité sur un long terme, avec dans une moindre mesure Buddy Longway, à qui Thorgal doit beaucoup.Résultat de recherche d'images pour "rosinski brek zarith"

Sorte de genèse, le cycle de Brek Zarith propose déjà le thème de l’amnésie (repris dans le cycle de Shaïgan), celui du voyage outre-mer, du grand tyran (la cité du dieu perdu), le personnage d’amoureuse vengeresse (Shania/Kriss) comme les voyages dans l’autre monde. Tout ceci en condensé, sans faute, fait de ce cycle une lecture obligatoire et un moment majeur de la BD franco-belge.

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Seuls – Cycle 2

Rufus Stewart

On continue l’analyse de cette géniale série avec le cycle 2, toujours avec le fiston…

  • Mon fils c’est « Jean pédrovitch » (c’est un pseudo): à treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch, Radiant,…

BD de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann
Dupuis (2006-),  54 p. couleur. 2 cycle parus, cycle 3 en cours.

couv_314741Nous avons lu le second cycle sur les albums individuels, l’intégrale n’étant pour l’heure plus disponible (mais un retirage est prévu d’ici Noël), du coup aucun commentaire sur l’édition…

Après les événements marquants qui ont suivi la chasse vers le monolithe, deux clans se font face dans les Limbes. Maintenant que les lois régissant ce monde sont connues la donne a changé et nos héros vont bientôt devoir s’aventurer hors de la ville pour découvrir que les enjeux et les forces en présence sont bien plus complexes qu’ils ne le pensaient…


Toi qui a lu tous les albums jusqu’ici, parle-nous du changement entre le premier et le second cycle? A la lecture du début du cycle 3 on approche de la fin?

Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 9"Jean-pédrovitch: Sur ce cycle l’intrigue avance beaucoup plus vite. Les personnages ne sont plus « seuls »…: il y a beaucoup de personnages et de clans qui s’affrontent. Le premier était plus mystérieux et dans celui-ci on a beaucoup de révélations. Le groupe se sépare progressivement et on perd un peut l’esprit d’équipe. Globalement je l’ai préféré même si tous les volumes ne sont pas aussi bons. Le tome sept (l’échappée de Fortville) est clairement le meilleur de la série pour l’instant!

Sur le cycle trois, les deux premiers tomes ne font pas avancer l’intrigue et je trouve que ça baisse d’intérêt: les albums sont centrés sur un ou deux personnages.

On avait déjà abordé la dictature avec le clan du Requin, mais là on passe à un autre cap avec Néosalem…

Jean-pédrovitch: Oui. Dans le clan de Saul c’était la personnalité de Saul qui organisait le groupe et les autres étaient des enfants qui le suivaient aveuglement. A Neosalem c’est une vraie société, il y a des lois inégalitaires mais elles s’appliquent à tous. L’ambiance est romaine avec des moyens de changer de caste.

Préfères-tu le mystère morbide du premier cycle ou l’action fantastique du deuxième? Il fait moins peur, non?

Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 9"Jean-pédrovitch: Je ne sais pas trop. Je ne dirais pas qu’il ne fait pas peur, le tome sept avec la brume et les enfants zombies est quand-même flippant! Les trucs mystérieux et de fantômes ont un peu disparu. En fait je pense que ce sont les épisodes entre les deux cycles, du 3 au 7 lorsqu’ils sont à Fortville, qui font le plus peur, sont mystérieux et sombres. Par contre je suis d’accord qu’il y a beaucoup plus d’action.

Tes pronostiques sur la suite: plutôt un développement de l’univers et de ses règles ou un retour à la survie et aux inventions du groupe de héros?

Jean-pédrovitch: Le début du cycle trois revient clairement à la survie. Le rythme se ralentit, il y a quelques ponts avec Néosalem. Le sort de Camille va être assez central mais je pense qu’on est parti encore pour au moins deux cycles car l’intrigue n’est vraiment pas bouclée! En tout cas c’est toujours aussi accrocheur.

Les auteurs ont trouvé un bon moyen de changer notre vision des personnages (certains étaient centraux au début, d’autres montent en puissance).

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Le papa: Avec ce second cycle la série Seuls bascule du survival pour enfants à un monde fantastique plus classique bien que très intéressant. Inévitablement les révélations (qui se poursuivent tout au long du cycle) sur le monde des limbes et le destin des enfants qui a laissé place aux seules hypothèses d’Yvan et Anton font baisser le mystère. Les auteurs compensent cela par beaucoup d’action et la description d’un monde très riche et beaucoup plus ancien que les protagonistes le pensaient, avec des Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 7"clans dominants et des castes plus ou moins écrasées par les autres.  On a finalement un peu le même mécanisme que sur le cycle un avec le gang du requin mais en montant d’un cran puisque nous savons désormais que la « magie » fait partie de ce monde d’après. On reste happé tout le long avec une grosse envie d’en savoir plus avant que de nouveaux mystères nous tombent sur le nez comme cette main vivante et le maître-fou, encapuchonné de rouge et dont la tête renferme des araignées… Le thème principal du cycle reste néanmoins la dictature de ces premières familles contre lesquels on attend avec impatience de voir une résistance s’organiser. La grande force de cette série est la richesse de ses très nombreux personnages, tous très travaillés et dotés de motivations crédibles, comme ce Toussaint qui survient en toute fin de cycle et doté d’un charisme redoutable…

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***·BD·Guide de lecture·Nouveau !·Service Presse

Midnight Tales #4

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 4 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

couv_377282Fin de saison pour Midnight Tales et l’occasion d’un premier bilan de cette expérience hybride assez motivante bien qu’inégale. L’ouvrage en format comics avec couverture brochée à rabat propose comme d’habitude quatre histoires, un épilogue dessiné par Bablet, une excellente nouvelle (la meilleure des quatre volumes) et quatre articles de background et de développement thématique. Une courte biblio conclut l’ouvrage. La taille des BD est très inégale et j’ai été déçu que la meilleure (celle de Neb studio) soit la plus courte… La couverture est dessinée par Bablet comme d’habitude.

 

Kiriar20191122_140835chie (The neb studio): première petite claque avec cette histoire qui n’est pas reliée à l’ensemble mais très bien dessinée dans un style dessin-animé familier du Neb studio (qui a réalisé La valise et une section du troisième Midnight tales). Très politique, très liée à l’actualité, elle place une jeune fille dans un métro fantôme en proie à des démons l’agressant sexuellement… Rien de sexy dans ces pages mais clairement une tribune contre la violence faite aux femmes, le harcèlement et notamment ces pratiques déviantes dans le métro. C’est pertinent, très bien tourné et assez marquant.

– Maymaygwashi (Secheresse/Rizzo) – 34 p.: grosse histoire située dans les années soixante-dix avec un lac hanté par des créatures aquatiques. On est pas loin de Ctulhu et on reprend le thème de la bande de Midnight girls qui prennent des décisions rapides et se trompent parfois… J’ai beaucoup de mal avec ce dessin et les thématiques me semblent un peu redondantes. Oubliable.

20191122_140908.jpg Zoltar le magnifique (Neyef/Bablet) – 25 p.: l’histoire la plus orientée background avec la jeunesse d’un des agents spéciaux qui seront au cœur de la seconde saison. Dessin très correcte et très dynamiques, histoire simple et intéressante de surgissement démoniaque et final punchy en diable avec l’arrivée du Bourreau, force spéciale de l’Ordre qui donne lieu à une belle séquence d’action badass.

– Devil’s garden #3 (Gilbert/Bablet) : – 42 p. : le plat de résistance de l’ouvrage tombe un peu à plat avec cette vraie-fausse histoire de vampires en Roumanie. On sent l’envie de développer le thème des croyances, la magie à papa en face du vrai surnaturel, mais on passe les deux-tiers de l’histoire à suivre une bande de MG avant de voir arriver les fameuses Johnson et Sheridan qui bouclent avec le background… de très loin. Du coup on ne comprend pas bien en quoi cette troisième partie de Devil’s garden fait avancer l’intrigue… Dommage.

– Epilogue (Bablet): un peu comme pour le précédent, l’épilogue, si il nous montre à nouveau le QG des forces de Minuit et les Midnight trop puissantes retirées du jeu dans les précédents volumes, nous laisse un peu sur notre faim…

Résultat de recherche d'images pour "midnight tales neb studio"Pour conclure cette saison, ce volume est à l’image de l’ensemble, inégal et peut-être victime de sa forme hybride, voulant associer des choses compliquées à mettre ensemble. Si les séquences action et baston démoniaque sont toujours excellentes, si les textes de background sont dans l’ensemble intéressants et nous apprennent des choses, si les histoires one-shot, selon les dessinateurs qui officient, permettent d’élargir les thématiques, on a tout de même régulièrement des histoires pas franchement passionnantes ou pas très bien dessinées. La diversité des dessinateurs complique également les liaisons sur les fils rouges tissés par Mathieu Bablet avec des personnages qui reviennent mais sont parfois difficiles à reconnaître.

Je continue à trouver le projet très motivant dans cette volonté de développer un univers large qui ne soit pas que fantastique mais il faudrait penser à resserrer sur une intrigue plus suivie qui facilite la lecture au lecteur. Si c’est bien cela qui est prévu et que cette première saison avait pour objet l’immersion dans un univers c’est plutôt sur de bons rails…

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BD·Guide de lecture

La sélection Angoulême 2020

Elle est sortie la sélection… non que je l’attende car je suis toujours aussi dubitatif sur la ligne de la sélection avec essentiellement des albums surement très bons mais qui oublient un peu le dessin et quelques gros albums grand public qui semblent là pour faire plaisir aux éditeurs sans que l’on sache le lien entre ceux-ci et ceux-là… Bref, j’en profite pour vous rappeler mes billets sur certains très bons albums de cette sélection:

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*****·BD·Guide de lecture·Jeunesse

Seuls – Cycle 1

Rufus Stewart

La rubrique a quelques mois et semble plaire tant dans sa formule que sur les albums traités, tant mieux. Je vais tenter une autre formule pour le cycle 1 de la série phénomène « Seuls« . J’en entends parler depuis longtemps, les jeunes en sont archi acro et je viens de comprendre pourquoi tant cette série a de qualités. Mon fiston de 13 ans écrit un peu et avait envie de tenter une critique croisée en parallèle et non en question-réponse comme ce que l’on fait jusque là.

  • Mon fils c’est « Jean pédrovitch » (c’est un pseudo): à treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch, Radiant,…

BD de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann
Dupuis (2006-),  54 p. couleur. 2 cycle parus, cycle 3 en cours.

couv_118641Le premier cycle comprend les cinq premiers tomes de la série avec la couverture intérieurs en séparation. Aucun bonus, c’est bien dommage, surtout pour une série jeunesse où cela pourrait expliquer à ces gros consommateurs de lecture comment fonctionne un scénario de BD. A noter que l’intégrale du second cycle était épuisée depuis quelques mois mais sera ressortie pour la fin d’année en même temps que le dernier album.

Un matin un groupe d’enfants se réveille seuls. Les adultes ont disparu. Errant dans une ville désertée, ils constatent que seuls les animaux sauvages et les enfants sont encore là. De nombreux évènements mystérieux de produisent mais ils doivent avant tout apprendre à survivre en apprenant ce que les adultes faisaient jusqu’ici. Une nouvelle vie commence…


Jean-pédrovitch: J’ai découvert Seuls chez un pote qui l’avait reçu à son anniversaire mais cela ne m’a, au début, pas donné envie. Je n’étais pas trop BD jeunesse à la Titeuf ou Louca et rien que de voir le dessin et le style de la couverture ne m’a pas inspiré du tout et m’a fait penser à ce style . Mes copains ne lisais que des BD comme ça et je ne me fiait pas trop à eux pour les choix de lecture et je ne pensai pas du tout que se serais du fantastique ou de l’action comme j’ai l’habitude de lire. Mais à force d’en entendre parler Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti"et de le voir partout, dans la cour, chez mes potes, à la médiathèque, j’ai d’abord feuilleté puis lu les premiers tomes, je m’y suis mit carrément à fond et ce que j’ai découvert m’a intrigué, ébahi, passionné, époustouflé, « suspensé », flippé, etc. Tout ce qu’on attend d’une BD. Le « seul » point négatif reste le dessin qui peut laisser penser que c’est une BD pour jeune, simple, gentille, rigolote… alors que la BD est un peu effrayante, flippante, compliquée, froide, plutôt pour ado,…

J’ai lu tous les Seuls sortis jusqu’au tome 11 ce qui fait deux cycles et demi. Le 1er cycle, à ce jour le plus gros, est composé de 5 tomes dont deux sont moyens car c’est le démarrage et la découverte des cinq personnages principaux. Les trois autres, surtout le dernier, sont vraiment super!!! Le 2ème cycle est fabuleux, le plus riche, révélateur et flippant et pourtant il est composé de 4 tomes à la différence du 1er cycle. Le 3ème est cependant le temps mort de la série et pour l’instant on a l’impression de n’avoir pas avancé d’un poil et que rien ne se passe.

Ce que j’ai préféré dans le 1er cycle ce sont les mystères cumulés et les choses inhabituelles inexpliquées qui sont en nombre importants. Ce sont des millions de petits détails en lien avec l’histoire comme les animaux de la zone rouge qui ont les yeux rouges, les insectes qui recouvrent le monolithe du centre de la zone rouge, les appareils électriques qui ne fonctionnent plus, ou comme la zone rouge elle même, mais qui n’ont, pour la plupart, même pas d’explications. Les personnages font eux-même pleins d’hypothèses et cela accapare l’attention même si ce n’est pas important. Les personnages sont très Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti"variés, il y a Terry qui a 5 ans et est très capricieux, Yvan qui est intello est peureux, Leïla qui est casse-cou et très dégourdie, Camille qui est un peu Gnan, Gnan, et qui fait princesse, et enfin Dodji, le héros qui était maltraité par ses parents et est du coup renfermé, solitaire, autoritaire et violent. Il y a aussi Saul et Anton, qui apparaissent en cours de cycle et seront très importants et impliqués dans l’histoire. Mon préféré est bien sur Dodji car il est fort et héroïque mais aussi car parfois il s’agit un peu d’un anti-héros. Comme on vit presque avec les personnages, on est assez proches d’eux et les connaissons parfaitement après avoir seulement lu le premier cycle, ce qui ajoute un côté assez intéressant.

Seuls me fait beaucoup penser à Autre monde, une série Best-seller de Maxime Chattam qui raconte aussi l’histoire d’adolescent qui doivent se débrouiller seuls dans un monde plein de nouveau dangers et phénomènes alors que les parents ont disparu. C’est ma série de roman préférée ce qui explique aussi mon point faible pour Seuls.

Je conseillerais de lire Seuls à partir de 9/10 ans.


Le papa: je suis totalement bluffé par cette série et m’interroge sur le choix de ce type de dessins et de la stratégie de l’éditeur Dupuis, plutôt spécialisé dans la BD jeunesse. Un peu comme avec Harmony, autre excellente série fantastique de l’éditeur, nous avons tous ce qui fait une bonne série de BD adulte mais avec des dessins de la veine Dupuis. Est-ce que les parents suivront, laisseront leurs enfants lire cette série résolument Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti"inquiétante, dérangeante par moments avec des thématiques comme la maltraitance infantile, la sexualité des enfants, la manipulation mentale, le totalitarisme et l’effet de groupe,…? Les auteurs assument la situation d’enfants placés dans la situation de devoir assumer des rôles d’adultes avec la disparition des règles et de l’autorité. Cela plaira aux jeunes qui pourront fantasmer sur cette fausse utopie mais nous montre également des scènes étonnantes avec des enfants alcoolisés, utilisant des armes, tuant d’autres enfants,… C’est une ligne éditoriale assez gonflée et pour ma part j’apprécie ce risque qui induit que la qualité et l’intelligence permettent de dépasser les codes d’age. La littérature (et la BD) jeunesse ont longtemps été soumis à une morale chrétienne assez conservatrice. Voir ce type de BD fait du bien en tant que parent. Nous avons de longs débats à la maison sur quelles BD montrer à quel âge. Est-ce que Thorgal est lisible par un enfant? Blake et Mortimer? Finalement on réalise que ce n’est pas l’aspect graphique qui détermine et que les enfants sont beaucoup plus ouverts que les adultes, moins enfermés dans des codes (d’où leur lecture de mangas autant que de Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti"franco-belge). Je pense que les auteurs ont conscience de leur responsabilité de ne pas dépasser une ligne choquante et assument une série très très ambitieuse à la fois artistiquement et thématiquement. La progression dramatique des révélations est très équilibrée, progressive en prenant les codes de la série télé avec apparition/disparition régulière de personnages. Les adultes pourront clairement bloquer sur les dessins mais je ne saurais que recommander cette lecture à tout âge (je dirais quand-même après 11 ans pour des jeunes qui seraient habitués aux Sisters ou à Ducobu) tant on est happé par un mystère aussi sophistiqué que sur des séries comme celles de Bec (qui devrait prendre exemple sur son collègue en matière de simplicité efficace).

J’adore la BD quand elle nous propose des choses aussi inattendues qu’ambitieuses en s’adressant à l’intelligence du lecteur. Un très grand bravo aux auteurs pour cette tentative de faire entrer un lectorat dans l’univers de l’épouvante et du fantastique. Seuls est la porte d’entrée idéale pour initier vos enfants à ce type d’univers imaginaires.

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Midnight Tales #3

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 3 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Après la chronique des tomes 1 et 2 de ces histoires de l’Ordre de Minuit, voici un tome 3 spécial japon et qui semble préparer de futurs autres tomes thématiques (sur l’Inde?). La couverture est signée Bablet et présente le Kaiju d’Hiroshima. Comme d’habitude, l’intérieur sera composé de cinq courtes BD d’auteurs différents, une nouvelle et des articles de background toujours intéressants, que ce soit sur les thématiques abordées (la place des femmes au Japon, les Kaiju, l’Île fantôme) ou l’univers occulte de l’Ordre de minuit.

Mokusatsu (Pagani/Bablet): le volume s’ouvre sur une origin story avec le combat d’une équipe de Midnight girls contre le Kaiju libéré par les occultistes américaines à Hiroshima. C’est bien mené graphiquement bien qu’un peu facile (l’origine cachée des grandes catastrophes on commence à connaître…). Surtout cela va lancer toutes les autres histoires de ce volume trois qui en découleront. Les dessins de Baptiste Pagani rappellent ceux de Singelin et sont assez sympa bien que les décors atomiques d’Hiroshima laissent peu de place à la virtuosité.

20190524_225919_resized.jpgParasites (Rouzière/Bordier): nouvelle équipe, menée par la fille de l’héroïne d’Hiroshima (Kyoko), qui va combattre des Yokaï (esprits) parasites, alors que sa mère a sombré dans l’alcoolisme et rejette toute sa frustration sur la pauvre jeune fille. Pas franchement convaincu par les dessins alors que le dessinateur Thomas Rouzière présente des illustrations vraiment superbes sur son blog

Bâton de cendre (Maudoux): le comparse Maudoux propose l’histoire la plus forte à la fois graphiquement (peut-être une de ses histoires visuellement la plus réussie?) et scénaristiquement. La construction complexe est très bien menée, lisible et touchante avec ces jeunes japonaises prises entre tradition et modernité… auxquelles s’ajoute le devoir de protection qu’impose l’Ordre. Cette section symbolise totalement le projet Midnight Tales (et plus globalement celui du Label 619) d’allier pop culture et analyse des faits de société. La sensibilité de Maudoux (allez voir Vestigiales, ça vaut le coup!) sur l’altérite est toujours aussi intéressante.

20190524_230117_resized.jpg Les sœurs de Selene (Neb studio/Bablet): très jolie séquence dans un pure style Anime dessinée par les auteurs de La Valise, avec de superbes couleurs, de l’action, du bizarre, bref, du tout bon. Surtout elle ouvre beaucoup l’univers avec l’apparition de cette confrérie inconnue jusqu’ici, qui a opté pour la collaboration avec les esprits dans une sorte de refuge, et qui sont attaquées par leurs ennemies, les Magical Girls… menées par Kyoko, en suivant donc toujours cette filiation de la séquence originelle.

– Epilogue (Bablet): qui conclue cette histoire familiale de Kyoko rendant visite à la tombe de sa mère. Anecdotique mais ces quelques pages permettent de conclure joliment cet album.

 

Au final ce troisième volume des Midnight tales est assez différent des autres par son homogénéité. J’aimais bien l’idée de volumes thématiques mais (peut-être par manque de temps pour la développer) l’histoire de cette Magical Girl est finalement moins accrocheuse que les histoires de chaque séquences racontées jusqu’ici. Mathieu Bablet continue néanmoins avec ses comparses (en nous permettant de très belles découvertes!) à développer une mythologie assez riche et qui mériterait d’ici quelques temps des albums entiers. A savoir que la trame principale de la série est écrite sur plusieurs volumes et devrait se recentrer sur certains personnages maintenant que le background est installé.

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