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Amazing Grace #1

BD d’Aurélien Ducoudray, Bruno Bessadi et Fabien AlquierGlénat (2019), 91p., série en cours, collection Grindouse.

Après l’Agent que nous a présenté Dahaka mardi, on continue dans la nouvelle collection pop de Glénat avec un récit post-apo à la fois tendre et courageux.

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La couverture reprend l’esthétique crado Grindhouse popularisée par les films de Tarantino et de laquelle de plus en plus d’éditeurs proposent une collection dédiée. Vernis sélectif sur le titre et bonus très fournis de pas moins de 44 pages incluant des interviews des deux auteurs, des croquis et une série de recherches très intéressantes pour la couverture. De jolis albums aussi léchés c’est toujours sympa et ça met dans de bonnes conditions pour découvrir l’album.

On ne sait pas ce qui a provoqué la fin du monde, mais la première incidence a été la naissance d’enfants différents, semblant appartenir à une autre espèce humaine… Grace est de ceux-la. Petite fille elle aime les histoires qui lui raconte son papa, tout en cachant une force et une rage démesurée, animale… Dans ce monde d’après où l’homme est un loup pour l’homme, ce papa et cette petite fille vont essayer de survivre en gardant leur humanité…

Amazing GraceJ’avais eu de très bons échos de ce gros album sorti l’été dernier et pour cause, avec ses faux airs de La route (le film traumatisant  avec Viggo Mortensen) il arrive à créer quelque chose d’original dans le genre très fourni du post-apo dévasté. Commençant sur un chantier du bâtiment alors que le père court assister à l’accouchement de sa femme, l’album nous propulse ensuite très vite dans les jours d’après. Le projet vise à transposer un amour filial et paternel inconditionnel dans un monde où les haines et les pulsions de rejet individualiste ont repris le dessus. Ce premier tome ne nous présente ainsi pas réellement d’intrigue mais plutôt des séquences nous permettant tantôt de découvrir la nature de la fillette, tantôt d’éprouver les relations humaines lorsque l’autre devient monstrueux, surtout quand c’est votre progéniture qui est concernée! Les décors sont surtout ne nature dévastée mais lorsque le duo arrive dans l’hacienda d’un cultivateur d’oranges on se prend, rendus paranoïaques, à attendre le loup dans cette bienveillance surprenante. Dans le monde de chaos apparu les humains peuvent-il rester humains ou se comportent-ils tous comme des bêtes… en rejetant ces enfants qui leur font miroir par leur apparence monstrueuse?  nous questionne sur laquelle de l’apparence ou du comportement est le plus monstrueux en même temps que sur les principes civilisationnels qui distinguent l’homme de l’animal: le père rappelle sans cesse la loi primordiale à sa fille, on ne tue pas! Manière de tirer l’identité duale de sa fille vers son côté humain… alors que les autres s’en exonèrent.

Graphiquement c’est très propre. Bruno Bessadi, dans un style très comic à la fois précis et caricatural a adopté (comme il l’explique dans l’interview) une technique non encrée dont les effets de crayons permettent de contrebalancer les couleurs très franches. Ce qui surprend le plus c’est la taille des cases, énormes, proposant un découpage de trois à cinq cases maximum par planche. On n’est pas habitué à une telle aération et cela nous permet de profiter du style très agréable du dessinateur.

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L’Agent #1: initiation

Cet article est le premier d’une série consacrée à la nouvelle collection « pulp » Grindhouse de l’éditeur Glénat. Il sera suivi d’Amazing Grace jeudi et Red Clay Chronicles samedi.


BD de Mathieu Gabella, Fernando Dagnino et Carlos Morote
Glénat (2019), 144 p., série en cours, collection Grindouse.

Le thème du monde caché est une source inépuisable d’histoires, et L’Agent en fait ici doublement la démonstration.

En effet, l’idée qu’il existe un univers superposé au notre, un monde dans le monde, obéissant à ses propres règles, s’en tenant à l’écart tout en l’influençant, se retrouve dans de nombreuses œuvres, et vient très certainement venir étancher notre soif naturelle d’occulte, dans un environnement moderne où tout ou presque vient à être expliqué et décortiqué.

Je pense ici à des œuvres issues de genres hétéroclites, telles que Bleach (manga), A Certain Magical Index (manga), mais également Wanted (comics), ou Fables (comics), et enfin, et de façon plus évidente encore, Harry Potter ou Men In Black.

L’Agent prend donc le parti, comme les œuvres citées plus haut, de propulser sans ménagement sa protagoniste, Rhym, au cœur d’un monde obscur où la magie règne en maître, et où elle va devoir repenser sa conception du monde si elle veut espérer y survivre. La jeune policière va donc se retrouver, ironiquement, derrière un miroir sans teint dont il n’était pas prévu qu’elle conçoive l’existence.

Comme je l’ai dit, on trouve ça et là des histoires dans lesquelles le héros est jeté hors de sa zone de confort, dans un monde nouveau où il aura un rôle spécifique à jouer et dont il découvrira les règles progressivement, souvent en même temps que le lecteur. Là où L’Agent apporte son originalité, c’est dans le croisement de deux univers différents dont on ne soupçonnerait pas, au premier abords, les similitudes: la magie et les services secrets.

Mathieu Gabella s’amuse ici à fondre ces deux univers, imaginant un monde dans lequel la magie est une ressource incontournable dans les différents conflits géopolitiques, comme le seraient l’armement ou le contre-espionnage.

Ainsi, Rhym va-t-elle découvrir qu’elle est issue de la caste disparue des Sourciers, ce qui lui confère des capacités hors du commun et surtout, une immunité à certaines pratiques magiques. C’est ce qui lui vaudra d’être recrutée par une cellule occulte des services de renseignements français, débutant ainsi la traque d’un dangereux criminel utilisant la magie à des fins néfastes.

L’intrigue de L’Agent s’avère palpitante, comprenant son lot d’exposition, bien sûr, mais également de rebondissements, permettant de tenir le lecteur en haleine tout au long de l’album. A titre personnel, j’aurais souhaité un traitement de la magie un peu plus systémique, intégrant des règles et des cadres plus stricts, ce qui aurait accru davantage encore la plausibilité du scénario.

Côté graphique, Fernando Dagnino, rompu à l’exercice du comics, livre des planches dynamiques avec un encrage lourd qui accentue les aspects sombres de l’intrigue.

En résumé, L’Agent est un très bon album, qui ravira les amateurs de récits d’espionnages autant que les sorciers en herbe !

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Mister miracle

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Comic de Tom King et Mitch Gerads
Urban (2019), one-shot., 264 p.

couv_367135badge numeriqueA peu près à chacune de mes incursions sur des albums DC je me dis que l’on ne m’y reprendra plus. Parfois quelques chefs d’œuvres ou anomalies (White Knight par exemple) vient contrarier ma résolution. Ce Mister Miracle n’aurait normalement jamais dû tomber dans ma besace: j’avais été très déçu par le récent Sheriff of Babylon du même duo et la mythologie spatiale de DC autour des planètes Neo-Genesis et Apokolypse m’a toujours parue totalement désuète. Pourtant le feuilletage de l’album, son travail graphique original, son découpage en gaufrier intégral et les très bons échos de la blogosphère m’ont fait tenter la lecture de ce très gros volume. Avec un résultat déconcertant…

Scott Free est un dieu. Le fils du Haut-Dieu de Néo-génésis, la planète paradisiaque et fils adoptif du terrible Darkseid sur l’enfer d’Apokopypse a trouvé refuge sur Terre sous le costume du roi de l’évasion Mister Miracle, sorte de champion de cirque où il coule le parfait amour avec Big Barda, elle aussi élevée dans les fosses ardentes de l’enfer. Un jour il tente de se suicider… avant que les évolutions guerrières des deux planètes divines ne lui tombent sur le nez. Or Scott n’a qu’un envie, vivre simplement avec ses t-shirt de super-héros et la guerrière géante qu’il aime…

Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"En librairie cette couverture m’avait fait de l’œil (en même temps que Omega men). Si vous vous posez la question je vous confirme qu’il ne s’agit aucunement d’une BD de super-héros et que l’insertion dans l’univers DC est totalement artificiel. Mister Miracle raconte avant tout l’histoire d’un type naïf, qui veut une vie simple avec son amoureuse et à qui la vie ne fait pas de cadeaux. C’est la chronique d’une vie, des joies et des peines, du rôle paternel, bref de tout un chacun… transposé dans l’univers too much des néo-dieux. Les auteurs des Big-Two s’amusent depuis la nuit des temps avec les slip, les séquences décalées entre l’attitude et le style absolument iconique de ces personnages et la trivialité du quotidien. Ainsi le volume se déroule en aller-retour entre la Terre et les deux planètes divines via les tunnels-boom, sorte de portails dimensionnels instantanés et nous montrent ces dieux menant une bataille homérique tout en se préoccupant de la température du biberon de bébé… Scott n’a visiblement aucun pouvoir et se fait dérouiller chaque fois qu’il affronte quelqu’un… mais il reste l’héritier du Haut-dieu et absolument revanchard Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"envers Darkseid, le grand méchant que l’on ne voit pratiquement pas de l’album. Scott est sous la protection de Big Barda, la valkyrie bad-ass géante qui est très touchante dans ses attentions envers son petit chéri si faible. Ça regorge de saynètes très drôles, jouant souvent du même registre de décalage entre dialogues très terre à terre qui nous rappellent vaguement du Woody Allen et visuel gore, guerrier ou totalement WTF, comme quand Darkseid se retrouve à manger une assiette végétarienne…

Tout cela est aidé par un découpage en simple gaufrier (oui-oui, un gaufrier exacte sur presque trois-cent pages!) qui accentue l’aspect strip classique, au risque de lasser. On pourra le prendre comme un exercice de style (plutôt réussi) ou comme une facilité un peu banale, tout dépend des goûts. En tout cas cela colore la narration en instillant cette platitude, cet anti-héroïsme jusqu’à reprendre par moment (lors des combats entre les deux armées) l’esprit Deadpool avec notre Mister-Miracle qui sort du cadre tout en Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"parlant ou qui enfile son collant avec difficulté… Le dessin de Gerads est très maîtrisé même si personnellement je coince un peu sur cette école qui fait dégrader des dessins très beaux par des trames un peu pourries et des couleurs délavées. L’utilisation en continue d’effets de distorsion (pour instiller une inquiétude sur la réalité de ce que l’on voit) ne m’a pas convaincu surtout que jusqu’à la conclusion pas très compréhensible on n’en connait pas la raison (ou alors j’ai raté quelque chose…).

Déstabilisant mais intellectuellement très intéressant, Mister-Miracle parvient à nous émouvoir en observant ce gentil gars mis sur des responsabilités qu’il n’a pas demandé. J’ai également aimé cette chose rare qui veut qu’il n’y ait pas de drame, pas de trahison, pas de lâchetés… Scott aime Barda. Barda aime Scott. CA ressemblerait presque à du Riverdale chez les dieux si ce n’était le visuel un peu foutraque qui décale encore un peu l’histoire. Cent pages de moins n’auraient pas été gênantes mais même en l’état l’album se lit plutôt bien et sort du lot du tout-venant comic en produisant l’improbable: un véritable comic indé chez les héros DC.

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Bilan 2019: compte à rebours…#6

Le Bilan 2019

Le design c’est important, surtout dans la Fantasy et la SF.  On retrouve un peu de tout ça dans cette sélection où l’univers visuel créé par les auteurs sort vraiment du lot et compense parfois un scénario ou un dessin moyen et fait des planches un bon voir très bon album.


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Bertail avait déjà montré sur Ghost Money sa capacité à produire des formes à la fois réalistes et futuristes. Il reproduit cela ici dans ce thriller d’anticipation où à la manière d’un Spielberg sur Minority Report, les auteurs imaginent à quoi peut ressembler le Paris de 2119. C’est crédible et très chouette à regarder.


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Cette semi-déception (en raison d’un scénario un peu trop contemplatif) est modérée par un dessin superbe et un design à tomber, que ce soient les métamorphoses, les armures ou les trognes des personnages, le travail préparatoire de mise en place est tout à fait remarquable et pas assez mis en valeur par les planches. On espère une renaissance au prochain tome.


Pour un premier album les auteurs des Métamorphoses proposent un Steampunk (déjà j’adore!) agrémenté d’un découpage aux petits oignons et très novateur. Si les dessins comportent encore quelques lacunes, la mise en couleur compense pas mal mais surtout l’univers visuel proposé est tout en immersion. Et ajouté à cela les couvertures, très pensées, sont superbes. Très joli et un des cartons de l’année!


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Depuis le premier tome j’avais noté les très belles couvertures de cette série mais n’avais pas accroché aux dessins… dont la première qualité est un design réellement impressionnant (surtout pour du Space-Op où l’on pense souvent avoir tout vu). L’imagination et le bon goût de Serge Pellé sur toutes les formes qu’elles soient architecturales, costumes ou aliens sont fascinants!


Rendez-vous mardi pour la meilleur édition!

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Bilan 2019: compte à rebours…#5

Le Bilan 2019

L’humour c’est difficile, surtout vers la fin. Peu d’albums parviennent à assumer comédie et esprit de sale gosse…


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Après le très inspiré Retour et le délirant Jamais, nouvelle saillie tordante et grinçante de Bruno Duhamel sur l’effet de rumeur des réseaux sociaux et notre société hyper-moderne en générale. Attention, vous ne twitterez plus jamais comme avant!


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Eric Herenguel nous emmène dans des scénettes très inspirées par la Dunan Nuts et son copain Briaréos… en mode complètement barré! Fuites urinaires de robots et autres fusillades politiquement incorrectes procurent une BD jouissive par une équipe de dessinateurs détonante.


… et voilà pour ce second round. Rendez-vous samedi pour les meilleurs design!

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Bilan 2019: compte à rebours…#4

Le Bilan 2019

Certains ouvrages nous interrogent, soit par leur format étrange soit par leur technique originale. Cette année trois albums m’ont saisi par leur caractère novateur et graphiquement intéressant.


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Transformer un reportage photo historique en album de BD était une gageure… Le photographe Michel Setboun y est parvenu par un étonnant travail graphique de saturation de ses photos qui aboutit à des images qui semblent dessinées tout en portant la vérité du cliché de l’instant. Porté par la puissance de l’événement (la révolution iranienne de 1979), il questionne à la fois le statut d’image et la narration. Passionnant album.


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J’ai découvert Frederik Peeters sur cet album, enchaîné depuis plusieurs albums et reste fasciné à la fois par sa maîtrise technique et son univers graphique vraiment étonnant. Cet ouvrage en format à l’italienne propose un cheminement imaginaire, une sorte de rêve dans les visions de Peeters, sans réelle narration mais une réelle progression narrative qui justifie le statut de BD et fait de cet ouvrage un OLNI assurément. Mais un magnifique OLNI!


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Quand un génie du dessin et du design convie Léonard de Vinci à une odyssée space-opera de grande ampleur cela donne un album entre le charbon et la sanguine, entre les vaisseaux titanesques et les machines volantes de l’inventeur toscan et un ouvrage où l’intelligence de l’art rejoint le plaisir de la BD.


… et voilà pour ce second round. Rendez-vous Jeudi pour les plus délire !

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Bilan 2019: compte à rebours…#3

Le Bilan 2019

Il y a de bons albums, de magnifiques albums… et il y a quelques chocs, qui ne vous laissent pas indemnes et vous font rouvrir les pages pour rester immergés. Ce peut être graphique, ce peut être violent, ce peut être émotionnel, bref, des BD qui marquent:

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Il y a des séries que l’on a ratées et que l’on prend comme un uppercut en les lisant d’une traite. C’est le cas de Rio, série rêche, portée par le dessin impressionnant de Corentin Rouge qui n’est dépassé cette année que par celui de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier. les séries fortes n’ont pas un thème mais de multiples et tout au long des quatre tomes on parle de magie noire, d’amour, de tiers-monde, d’enfance, de corruption,… bref, de la réalité dure du Brésil d’aujourd’hui. En arrivant à proposer une série aussi sociale qu’action, les auteurs transposent le grand film La Cité de Dieu dans le neuvième art et marquent un ouvrage majeur, complexe et passionnant!


9782711201839_1_75    Couverture de Le vagabond des Étoiles -1- Première partie

Bien évidemment les bonnes BD documentaires sont propices aux chocs et le formidable travail de documentation de Pat Perna traitant autant de l’indispensable insoumission du journaliste Albert Londres que du rôle du système carcéral dans la démocratie est marquant, tout autant que les puissants dessins noirs de Fabien Bedouel. Peu de BD arrivent à allier la profondeur du sujet et la qualité des dessins. Sur un thème très proche, le premier tome du Vagabond des étoiles, adapté de Jack London par Riff Reb’s aurait également pu apparaître dans ce top.


… et voilà pour ce troisième round. Rendez-vous lundi pour les plus originales !