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Wild West

Un auteur...
BD de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
Financement participatif sur Kisskissbankbank (2020), 166p. n&b., one-shot(?).

couv_386333L’ouvrage est en format à l’italienne avec tranche toilée, titre à vernis sélectif. La BD proprement dite comprend trois « rocambolesques aventures du Juge Laudermilk » intercalée par des illustrations réalisées par Ronan Toulhoat lors d’un Ikntober. Outre les illustrations intérieures, un carnet de croquis de vingt-deux pages est inséré à la fin, ainsi qu’une page de remerciement suivant les « gains » choisis par les enchérisseurs.

Le financement original prévoyait 8500€ et a été financé à 200%. Le palier raté prévoyait une histoire supplémentaire.

Cela fait quelques temps que je regarde passer des projets de financement participatif, souvent pour des artbook, parfois pour des BD. Très attaché à l’idée de création collaborative, de Libre et de circuits courts et alternatifs, ces financements autonomes de projets créatifs me donnent envie d’aider. Malheureusement beaucoup de ces projets ne sont pas vraiment professionnels et parfois un peu chers (comme ce  gros artbook de Frank Cho que j’ai laissé passer en raison de son coût, prouvant que même les plus grands passent par ces circuits). Ces financements permettent en outre à de petits éditeurs de préfinancer des suites de séries souvent excellentes.

Je me suis donc laissé tenter par celui-ci car (vous ne serez pas surpris si vous suivez ce blog depuis quelques temps), Ronan Toulhoat est un de mes dessinateurs favoris. J’ai découvert son duo à l’époque du semi-professionnel, j’ai suivi toutes ses séries depuis, toujours excellentes, et suis toujours sidéré par les progrès et la quantité de dessins/travail qu’il produit et qu’il montre en ligne. Je ne m’aventurerais pas à juger l’activité de certains auteurs mais il est très satisfaisant de voir qu’un dessinateur autodidacte parvienne à publier aussi régulièrement, parfois plusieurs albums dans l’année et qu’il rencontre un succès mérité. Certains ont un talent évident, certains sont des bûcheurs. Au final les lecteurs que nous sommes comparent ce qu’ils voient. Et Ronan Toulhoat en montre de sacrées quantités. J’ai parfois été déçu par ses partis pris graphiques, notamment en matière de colorisation. Mais la qualité de ses encrages, son sens du mouvement, du cadrage et du ressenti en font pour moi un des meilleurs dessinateurs actuels, même si d’autres peuvent paraître plus techniques.Ronan Toulhoat - Graceful par Ronan Toulhoat - Illustration

Et cet album alors? Le dessinateur présente régulièrement des illustrations dans des univers balisés que ne lui permettent pas d’explorer ses séries en cours. C’est le cas du Western donc, mais aussi du Napoléonien, Victorien, bref, partout où son univers noir et rageur se trouve bien. Je regrette que le duo travaille depuis si longtemps sur l’époque médiévale (spécialité de Vincent Brugeas) et j’ai trouvé cette occasion d’aller voir du côté de l’Ouest à point nommé. Le premier point positif est l’excellent personnage Ronan Toulhoat (@RonanToulhoat_) | Twitterimprobable de juge itinérant que nous découvrons au travers de courtes BD humoristiques inégales. Le Juge Laudermilk troisième du nom parcourt les contrées sauvages et villes nouvelles dans sa diligence servant de bureau comme de tribunal, accompagné de Chochanna, pilote de l’attelage et fine tireuse avec sa carabine à lunette, ainsi que son aide de camp chicanos Igor, pas bien malin, à peu près muet et toujours utile pour profiter des situations et engranger des dollars dans la mise en place de belles arnaques… Si la première histoire est très chouette, la seconde m’a laissé sur ma faim avec une impression de redite. Chacune de ces trois histoires annonçant la fin de l’épisode, on peut imaginer une future série en bonne et due forme pour peu qu’un éditeur suive. L’équipe fictive du juge a du potentiel pour une courte série de one-shots ou en format histoires courtes.

Juicy par Ronan Toulhoat - IllustrationLes illustrations « Inktober » qui s’intercalent entre les BD sont très réussies et inspirées. Les textes qui les accompagnent en regard sont en revanche très dispensables et apparaissent vraiment forcés. C’est dommage car Vincent Brugeas sait écrire et pouvait produire quelques courtes nouvelles d’ambiance… qui auraient entraîné une plus grosse pagination mais enrichi le projet. Je suis surpris par ce choix qui utilise très peu la page de regard donc.

Toulhoat, Ronan - Para-BDEnfin, la partie « illustrations libres » est très diverse, entre des crayonnés à peine posés, de superbes encrages et quelques couleurs. C’est vraiment du carnet de croquis encore chaud. Cela permet de voir une authenticité qui conviendra aux vrais fans que sont certainement les participants à ce projet.ronan.toulhoat

Il ressort de ceci le plaisir du graphisme « direct from the pen » et le rappel que les éditeurs servent parfois aussi à modeler un projet. Par les temps qui courent où l’on voit sur les rayonnages des librairies des albums pas finis et qui semblent avoir loupé l’étape éditoriale, on pourra difficilement reprocher ces quelques manques à un travail très pro et fidèle à ce qui était annoncé. A coup sur si les deux inséparables poursuivent cette initiative sur d’autres thèmes Inktober, ça peut devenir aussi indispensable qu’un Sketchbook Comixburo

ronan.toulhoat

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Hate, chroniques de la haine

La trouvaille+joaquim
Comic d’Adrian Smith,
Glénat (2017) -Top Cow, 249 p. n&b, one-shot.

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Adrian Smith est l’un des designers de l’univers Warhammer. Il y a trois ans il proposait aux amateurs de BD de découvrir une odyssée barbare dans la quintessence de la Dark Fantasy que les joueurs de wargames Game Workshop connaissent bien. Libre de toute contrainte il nous narrait l’itinéraire de Ver, insignifiante créature humanoïde, difforme, pourvue de trois jambes, que le destin a placé en possession d’un parchemin capable de libérer la Déesse Nature, emprisonnée par des rois-barbares sanglants… A noter que l’album comprend un cahier final de portraits de guerriers, très poussés… souvent plus que les pages de l’album lui-même…

Il serait abusif de parler de Bande-Dessinée à Hate, l'heroic fantasy sombre et violente d'Adrian Smithpropos de Hate. D’une par car il faut bien l’avouer, le scénario est totalement insignifiant et simple prétexte à dessiner les pérégrinations du très sympathique personnage au sein de landes terrifiantes, de batailles sanglantes et de cavernes putrides. Étonnamment c’est ce petit personnage muet et insignifiant qui est la première réussite du livre! On peut se demander pour quelle raison l’auteur a tout de même voulu placer de-ci de-là quelques bulles agrémentées de borborygmes ou de phrases le plus souvent réduites à un mot. Des récits graphiques totalement dépourvus de texte existent déjà  (genre Saccage ou Tremen) et la page préliminaire résumant l’intrigue se suffit à elle-même, d’un texte bien écrit pour nous mettre dans l’atmosphère sombre et désespérée de ce monde. Pour résumer, le héros doit récupérer plusieurs clés destinées à libérer Gaïa et reconquérir le monde naturel de la pourriture des empires guerriers humains. Frêle et seulement capable de fuir, il affronte des hordes démoniaques et des guerriers chaotiques féroces… bien.HATE - LES CHRONIQUES DE LA HAINE (Adrian Smith) - Glénat Comics ...

Ce que recherche l’auteur c’est nous livrer les visions de son monde noir, dégénéré, fait de perversions corporelles. L’ouvrage aurait pu s’appeler Hell tout aussi bien tant on a rarement été aussi près d’une vision infernale en BD (hormis sans doute le Requiem de Ledroit). Aux férus de Warhammer qui attendent des légions guerrières rangées et leurs champions chevauchant des dragons, on est plus près de l’univers de Brom fait de racines vivantes, de vomissures et de créatures difficilement reconnaissables comme humaines. Cela notamment car Smith adopte une technique toute numérique, travaillant principalement sur les ombres et reflets, qui parfois est difficilement lisible. Adoptant une brosse en peigne, il crée un effet de flou très perturbant lorsqu’on ouvre le livre pour la première fois, en se demandant si l’on n’a pas attrapé une impression ratée. Il faut donc lire le livre en pleine lumière, pas trop près (ça tombe bien, le magnifique tirage de Glénat est grand format et très confortable). Le bénéfice ressort sur certaines planches par l’impression d’une quasi photo, de reflets métalliques qui nous rapprochent… des figurines Warhammer!

Hate - Les chroniques de la haine de Adrian Smith - BDfugue.comLa taille du projet, la pagination énorme, entraîne malheureusement Smith à privilégier certaines pages en laissant d’autres pratiquement à l’état de rough. Cela peut s’entendre par moment mais ici on aurait aimé que l’ouvrage soit plus resserré (le scénario le permettait clairement) pour permettre à Adrian Smith de se concentrer sur plus de beaux tableaux poussés à fond. On débouche ainsi sur les défauts classiques de nombre d’ouvrages de dessinateurs un peu trop gourmands et qui oublient qu’un récit nécessite une narration, qu’elle soit graphique ou textuelle. L’insertion d’une galerie de guerriers à la fin est tout à fait éclairante sur, peut-être, la conscience de l’auteur qu’il n’est pas totalement parvenu à ses fins et qu’il n’est jamais meilleur que sur de l’illustration libre. Il n’en demeure pas moins que le projet est phénoménal et propose une intrusion dans le monde noir de l’auteur et de toute une facette de l’imaginaire collectif. Personnellement je reste plus féru d’artistes qui concluent tels Brom ou Frazetta mais si vous aimez la Dark Fantasy, la lecture de ce pavé vaut le coup.

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Hate, l'heroic fantasy sombre et violente d'Adrian Smith

Lush & Bloody War In CHRONICLES OF HATE, BOOK 2 Preview - MATURE ...

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Visionnage: La passion Van Gogh

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Film d’animation anglo-polonais de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (2017)

Les films d’animation j’adore ça et il y en a beaucoup! Le problème c’est que les dessinateurs et réalisateurs aiment à expérimenter des formes novatrices qui ne s’accommodent pas toujours d’une narration fluide (un film reste un film et pas simplement de belles images, un peu comme pour la BD). Récemment j’ai chroniqué la Tortue rouge, film novateur, ambitieux, primé et assez contemplatif. De plus en plus j’ai constaté qu’une technique impressionnante est mise en avant (grâce à l’ordinateur souvent), parfois en privilégiant trop la forme. Dans le même temps l’ordinateur permettant à peu près tout, on est régulièrement perturbé par une forme visuelle qui nous interpelle en se demandant la part de technique physique et numérique. Ainsi sur Adama qui avait tout d’une très belle technique 3D et s’avérait finalement d’une technique mixte de sculpture modélisée ensuite à l’ordinateur.Image associée Lorsque j’ai vu la bande annonce de « Loving Vincent » j’ai bien entendu été impressionné par le rendu d’une grande fluidité mais également convaincu qu’il s’agissait d’animation informatique… ce qui n’est pas le cas. Le projet du film est dès l’origine de réaliser le premier métrage entièrement peint à l’huile dans le style de Vincent Van Gogh. La peintre polonaise Dorota Kobiela envisageait à l’origine un court-métrage étant donnée l’immensité de la tâche et a été convaincue par son ami le producteur primé Hugh Welchman et l’arrivée de financement inattendus (tout ceci est expliqué dans le making-of passionnant inclu dans le DVD). S’est alors mise en place une logistique entre Londres et la Pologne prévoyant un tournage avec acteurs anglo-saxons (relativement connus) sur fond vert puis une véritable usine à peinture rassemblant à terme une centaine de peintres expérimentés dans la technique à l’huile qui ont produit pas moins de 65.000 peintures… Image associéeVous avez bien lu! Sur le fonds ce film utilise donc une technique très connue, le principe de la rotoscopie  qu’utilisait Disney sur ses premiers films et qui permet une fluidité sans égal puisque l’on dessine sur la pellicule tournée avec acteurs. L’animation est très gourmande en dessins puisque plus c’est fluide plus il y aura eu de dessins. Peut-être que l’ordinateur permet aujourd’hui de calculer des transitions plus économiques mais en traditionnel il n’y a pas d’autres alternative.Résultat de recherche d'images pour "loving vincent"

Et donc sur La passion Van Gogh les dessins sont remplacés par des peintures à l’huile, avec la différence de temps de réalisation que vous imaginez entre les deux. C’est proprement hallucinant et il semble que le film n’ait pas mis plus de temps à être réalisé (six ans) qu’un film en Stop Motion, une des techniques d’animation les plus gourmandes en temps. Avec un budget économe (étant donné le temps de peinture à payer cent personnes à temps plein) de 5.5 millions de dollars pour une recette de 42 millions, il est très agréable de voir qu’une telle aventure peut plaire au publie et devenir rapidement rentable et faciliter mécaniquement les projets ambitieux d’autres personnes. Cela car les auteurs ne se sont pas contentés de reprendre les thèmes graphiques de l’oeuvre de Van Gogh, partant de ses tableaux pour les lieux, de ses personnages pour construire une histoire policière: le fils d’un ami du peintre part à Auvers pour interroger les dernières personnes à l’avoir vu vivant et mets en doute la thèse du suicide… Image associéeSi la grande ressemblance des personnages animés avec leur acteur et la fluidité de l’animation peut parfois nous sortir un peu de l’univers graphique de Van Gogh, le résultat final est très enthousiasmant et fascinant quand à l’imaginations sans fin des artistes et du cinéma d’animation en général. Je ne saurais que trop vous conseiller ce visionnage qui en outre vous donnera peut-être comme à moi l’envie de mieux connaître la peinture du néerlandais à l’oreille coupée!

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Graphismes

Jeu de société: Shadows

Résultat de recherche d'images pour "shadows libellud"Exceptionnellement je vais m’aventurer dans le domaine du jeu de société. Ce n’est pas la vocation de ce blog mais comme le monde ludique touche de plus en plus à l’illustration et souvent à l’imaginaire, ma découverte de ce jeu m’a paru justifier un billet sur l’Etagère.

Shadows fait partie des jeux d’imagination visuelle, le plus connu étant Dixit mais beaucoup de jeux plus ou moins directement basés sur le principe de l’association peuvent rappeler la création de Mathieu Aubert.

L’univers est très fortement inspiré du film Zootopia, tellement que l’on peut sans hésiter considérer qu’il s’agit de l’adaptation ludique non officielle! Ainsi vous incarnez deux équipes concurrentes de détectives, parcourant une Amsterdam version animaux à la recherche de trois indices. Le plateau est organisé de telle manière que vous vous promeniez autour des obstacles centraux, un peu comme les quartiers de Zootopia. Deux équipes jouent en simultané dans une course contre la montre, la première rassemblant trois indices étant déclarée vainqueuse d’une manque. Le jeu se joue en trois manches et les parties sont assez rapides. J’aime beaucoup les jeux de coopération et Shadows en fait partie puisque à la fois vous êtes en concurrence avec l’autre équipe mais le joueur qui incarne le guide va choisir des images sensées rappeler la case illustrée où, ses collègues doivent se rendre. Bien entendu plus vous êtes nombreux par équipe plus cela va susciter le débat…

Résultat de recherche d'images pour "shadows m81 studio"Le rôle des illustrations, très nombreuses, magnifiques et absolument centrales dans le mécanisme, vous transporte dans toute la puissance évocatrices du graphisme, que les suiveurs de comptes RS d’illustrateurs et d’artbook connaissent bien. Je reprochais à Dixit un style visuel un peu trop désuet et onirique. Ici ce sont des scènes de la vie de la cité qui sont proposées et si des thèmes reviennent les liens sont souvent très tirés par les cheveux, ce qui oblige à des contorsions favorisées par le timing et la pression de l’autre équipe. Super ambiance en perspective et envie de découvrir cette ville où il se passe beaucoup de choses!

Si vous avez un peu d’imagination, aimez être en groupe et vous envoler dans les univers graphiques de très bons dessinateurs, lancez-vous dans Shadows, l’un des jeux que j’apprécie le plus depuis le best seller 7Wonders.

Si vous aimez les illustrations du M81studio ils bossent actuellement sur un jeu post-apo à sortir bientôt.

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BD en vrac #8

  • Les métamorphoses 1858 #2

Ouvrage lu en numérique sur Résultat de recherche d'images pour "iznéo"

couv_361238Ce second tome arrive seulement quelques mois après le premier volume de cette aventure steampunk sous la forme d’une enquête dans l’imaginaire fantastique du XIX° siècle, où l’on passe de l’Ile du Docteur Moreau à Jack l’éventreur en passant bien sur par Jules Verne… On a laissé les deux frères embarqués dans une société secrète d’érudits, sur un aéronef en route vers le Portugal. Dès l’ouverture du second album on est replongé dans ce qui marque cette série: son découpage très innovant qui participe à un habillage général et donne du corps à l’histoire. L’histoire familiale des deux héros se détaille avec des flash-back où l’on apprend les relations orageuses avec le paternel, alors que les objectifs des différents membres de la société secrète s’avèrent troubles. Lorsque nos héros se retrouvent agressés par des créatures encore plus étranges que les « cyborgs » rencontrés à Paris la réalité bascule  et l’on ne sait plus trop bien ce qui est explicable et ce qui frôle le démoniaque… Les auteurs Alexie Durant et Sylvain Ferret connaissent leurs gammes en matière de fantastique et d’effets horrifiques (… bien gores!). « Tournée » comme un film, cette BD apporte un dynamisme certain en jouant sur nos références imaginaires en sachant titiller nos envies d’aventure steampunk et de fantastique sans tomber dans le plagiat de ce qui a déjà été fait. La fabrication sent la passion, du titre en latin jusqu’aux annexes qui prolongent l’intrigue. Quand originalité rime avec efficacité, il ne faut pas bouder son plaisir!

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  • Saccage (Peeters/Atrabile) 2019

couv_361269Saccage est un rêve… ou un cauchemar? Dans sa préface Frederik Peeters explique le pourquoi de cet album et quelques grilles de lecture (malgré son caractère très personnel, ce texte vous aidera un peu à saisir ce que vous vous apprêtez à découvrir). Cette lecture, toute fascinante qu’elle soit n’en reste pas moins totalement hermétique malgré les quelques lignes de suivi qui nous sont données, principalement cet homme jaune et l’enfant qui l’accompagne. L’album, qui est pour moi plus un art-book qu’une BD, a cela de fascinant qu’il semble donner une matière aux visions intérieures d’un artiste, avec toutes ses références plus ou moins évidentes (un inca de Tintin par ci, Bruegel par là en passant par les animaux-insectes de Dali…). Il est d’ailleurs intéressant de prolonger la lecture jusqu’à la page de remerciements où l’auteur s’essaye à une liste non exhaustive de ses inspirations, beaucoup dans l’art classique, un peu dans la BD. Résultat de recherche d'images pour "saccage peeters"C’est cet aspect conscient qui est le plus intéressant dans l’expérience de lecture de ce pandémonium graphiquement sublime. Je n’avais rien lu de Frederik Peeters et je découvre l’un des dessinateurs les plus talentueux du moment. Utilisant le stylo-bille comme un retour confortable à une technique qui semble le satisfaire (pour le travail des textures), Peeters nous propose une immersion visuelle où l’étrange se mélange au sublime dans un itinéraire fatigant tant le nombre d’éléments par page nous donne parfois l’impression de parcourir un album Où est Charlie?… Une expérience visuelle vraiment superbe que je conseille à tout amoureux du dessin.

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  • La saga de Grimr (Moreau/Delcourt) 2017

couv_308484Gros carton critique de l’année 2017 (Fauve du meilleur album à Angoulême 2018), cet album en solo de l’auteur du très réussi Singe de Hartlepoole nous présente la misère de l’Islande, terre désolée victime de la fureur de la Terre, ses volcans et ses geysers, ses tremblements de terre, la rigueur de son climat… Cette histoire assez sombre d’un orphelin doté d’une force colossale, volcan humain décidé à être quelqu’un, repose beaucoup sur le dessin, très particulier, des paysages d’Islande, ses coulées de lave, ses névés, ses landes caillouteuses. Sur Le Singe le style de Jérémie Moreau passait par-ce que c’était une farce. Ici on est dans la Saga, le récit mythique des héros islandais, ce qui peut justifier ce trait grossier. Mais j’ai eu néanmoins beaucoup de mal avec ces planches épaisses, ces personnages bovins et ces couleurs très ternes. Je reconnais la technique (issue de l’animation) de Moreau sur les plans et mouvements des personnages. Mais cela reste trop fruste pour moi. L’album a de toute évidence nécessité un gros boulot et une implication de son auteur (comme tous les albums de la collection Mirages de Delcourt), l’idée d’une Saga en cours de construction, avec ce poète qui reconnaît la destinée de Grimr malgré les heurts d’une époque et société très violentes, injuste, superstitieuse, tout cela est plutôt intéressant mais la partie graphique entache trop le projet pour en faire véritablement un bon album…

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Iran, Révolution

Le Docu du Week-End
BD Christian Staebler, Sonia Paoloni, Thibault Balahy
Les Arènes (2019),

bsic journalismMerci aux éditions Les Arènes pour cette découverte.


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Comme d’habitude les Arènes produisent un très beau livre relié comprenant la préface d’un historien et en fin d’ouvrage une carte de l’Iran avec une post-face de l’auteur rappelant le contexte dans lequel il a réalisé le travail photo original et la note d’intention sur cet ouvrage: essentielle pour comprendre le passage de la photo à ces « dessins » numériques qui font toute la richesse et la spécificité artistique de l’album. La couverture reprend le style des documentaires journalistiques chocs. Pas forcément la plus belle qui soit pour une BD mais ici nous sommes plus dans le reportage journalistique

En 1978 lorsque commence la Révolution iranienne qui donnera naissance à la République Islamique Michel Setboun est un photographe de presse, l’un des rares présent sur place tout au long des événements. Quarante ans après il reprend ses photos pour les travailler numériquement afin de leur donner un aspect jamais vu à la croisée de l’impressionnisme et du réel…

Résultat de recherche d'images pour "iran révolution setboun"Attention, cet ouvrage est un événement! En faisant cette proposition artistique unique avec un thème à la fois si fort historiquement et si actuel lorsque l’on regarde dans le rétroviseur, il procure au lecteur un coup de poing exigeant. Car l’ambition est haute. Tout d’abord graphiquement: Iran, Révolution est un exemple de tentative de déconstruction d’une oeuvre par son créateur. Dans l’aboutissement de sa réflexion sur la photographie qu’il considère comme une interprétation de la réalité contrairement à l’image véhiculée d’instants saisis, Michel Setboun a joué sur les curseurs de ses logiciels de retouche numériques pour saturer les images noir et blanc originales. Le résultat, sorte de dessins cubistes est très déstabilisant en ce que l’on retrouve le mouvement, l’action prise sur le fait mais avec l’aspect de dessins à l’encre (alors qu’aucune retouche manuelle n’a été faite). Les photos deviennent une expression hautement graphique mais issues du réel. Beaucoup de dessinateurs travaillent en retouchant à la main des photos. Ici c’est la technique qui fascine puisque c’est le seul logiciel qui a transformé l’image. Et le fait de savoir que derrière ces ombres et contrastes il y a une scène et des humains réels donne encore plus de force au graphisme.

Résultat de recherche d'images pour "iran révolution setboun"Cette portée graphique ne serait pas si forte sans un tel sujet. Evènement majeur du XX° siècle et de l’histoire de la Perse, la Révolution de 1979 est vécue de l’intérieur, jour après jour par Michel Setboun en nous faisant rencontrer Khomeini, le Shah et les différents moments du conflit. L’ouvrage a le mérite pédagogique de nous raconter le déroulement de cette Révolution, l’une des dernières destitutions populaires d’un régime tyrannique avec une portée sans doute aussi fondamentale pour l’Iran que celle de notre Grande Révolution de 1789. Le fait que cela ait abouti à la seule théocratie (avec le Vatican si on le considère comme un Etat…) au monde, considérée par beaucoup comme une dictature, déstabilise le lecteur occidental. Or l’auteur (qui n’est pas journaliste mais bien photographe) reste à sa place d’œil, de gardant bien de juger en ne commentant que le caractère inouï de l’événement hors de ce qu’il est devenu. L’album s’achève néanmoins sur les premières heures du nouveau régime en nous rappelant que comme souvent après des révolutions la répression s’installe…

Résultat de recherche d'images pour "iran revolution setboun"Cet ouvrage, aussi intéressant visuellement que pour son propos, nous rappelle le pourquoi de la Révolution et donne envie de se documenter plus en détail sur les fondements de cette République à nulle autre pareil: on découvre alors un régime totalement démocratique (le suffrage est universel pour les deux sexes) en même temps qu’une autocratie totalement dictatoriale, un régime bicéphale et schizophrène qui tente d’allier des normes démocratiques modernes pour la gestion politique (exigence de la Révolution menée autant pas les religieux que par les partis de gauche) avec une prédominance du religieux qui condamne toute évolution, ouverture et modernisation possible du fait de la supériorité absolue du Guide et des conseils d’ayatollah. Si on regarde en détail sur le seul plan institutionnel pas mal de nations occidentales ne sont pas mieux armées en matière de contre-pouvoir… Je vous invite donc vivement à lire ce livre impressionnant et qui demande d’ouvrir sa focale, de sortir de son confort d’analyse. Et ça fait du bien!

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BD·Edition·Graphismes

Interview: Bones

L’excellente découverte de la série Dessous que j’ai chroniqué mercredi m’a donné envie d’en savoir plus sur la fabrication d’un album en crowdfunding et sur son auteur, Frederic Bonnelais alias Bones. Ce dernier a gentiment accepté de répondre à quelques questions.

Bonjour et bravo pour votre série Dessous, dont le tome 2 viens de sortir, trois ans après le premier volume. Pouvez-vous nous présenter le parcours artistique qui vous a amené à cette édition participative chez Sandawe?

Bonjour, tout d’abord merci pour l’invitation. Mon parcours artistique est assez récent car, même si je dessine depuis que je suis en âge de tenir un crayon, mes divers essais pour percer dans la BD durant des années n’ont pas étés concluants. Je me suis donc tourné comme beaucoup vers un boulot alimentaire. J’ai travaillé comme bibliothécaire, vendeur en grands magasins, agent de voyage… rien de bien passionnant.

C’est lors du licenciement massif pour délocalisation dans la dernière boite dans laquelle j’ai bossé que j’ai de nouveau saisi ma chance. En effet, ils offraient quelques heureux avantages ainsi qu’une formation au choix pour reconversion professionnelle.

Je me suis donc inscrit à l’école Jean Trubert, à l’époque la seule école de BD sur Paris. La formation s’est déroulée sur une année très intensive avec au bout, l’obtention d’un diplôme (qui dans ce métier ne veux pas dire grand chose cela dit…).

L’image contient peut-être : 1 personne

Durant cette année il fallait bosser un projet personnel à présenter en fin de cycle… Un projet présenté devant un parterre de professionnel. C’est là que j’ai développé Dessous. J’ai donc eu ce fameux diplôme en présentant Dessous.

L’image contient peut-être : dessinEn sortant de l’école j’ai tout de même repris tout ce que j’avais dessiné pour le remanier car je n’en étais pas satisfait. C’est au bout de quelques mois que je me suis décidé à envoyer le dossier un peu partout… j’ai essuyé beaucoup de refus (quand on prenait la peine de me répondre) et deux réponse positive.

L’une d’elle ne payait pas, ou très peu, l’autre, celle de Patrick Pinchart m’en offrait plus à condition que le financement se fasse. J’ai donc choisi l’option financement participatif.

Le financement s’est bien déroulé, on a mis un peu moins d’un an pour récolter la somme et j’ai pu enfin commencer le bouquin. Il m’a fallu un an et demi pour le faire, c’est long je le sais… mais pour ma défense je suis au scénario, au dessin et à la couleur, j’ai les trois casquettes.

Dessous s’insère très fort dans l’univers du Mythe de Ctulhu et graphiquement celui de Mignola. Quand avez-vous découvert l’un et l’autre et qu’est-ce qui vous a donné envie de proposer votre propre histoire dans ce genre?

Pour ce qui est de Lovecraft cela vient des parties de jeu de rôle de mon adolescence, c’est un univers que je j’affectionne particulièrement contrairement à l’Heroic Fantasy qui me gonfle passablement.

J’ai découvert Mignola et beaucoup d’autres lors des premières éditions françaises d’Hellboy, ça collait vraiment à ce que j’aimais. En revanche si le graphisme de Mike me hante encore, il y a des choses qui m’ont marquées plus durablement comme La Ligue de Gentlemen extraordinaires de Moore et O’Neill et La Brigade Chimérique de Lehman et Gess.

La série est-elle prévue en 3 volumes dès l’origine?

J’ai pensé Dessous comme une trilogie dès le départ, mais c’était assez chaud de lancer le crowdfunding d’une série de trois tomes comme ça. J’ai donc fait en sorte que le premier tome puisse se lire seul. Quand nous avons constaté que le financement du premier tome marchait bien on a pu lancer la suite.

 

Votre style est très particulier. Travaillez-vous en numérique ou « à l’ancienne » et quelles sont vos influences graphiques ?

Je fais mes planches à l’ancienne, sur du lavis technique 300g, je les scan ensuite pour bosser la couleur sur photoshop.

Mes influences graphiques sont Mignola (évidement), Kevin O’ Neill, Miller, Gess, Andreas, Bonin… Il y en a d’autres mais ce serait long de tous les énumérer.

Story board / Planche definitive

Quelle a été la part de l’éditeur sur la fabrication ?

Chez Sandawe j’ai eu une liberté totale de conception, jamais Patrick n’est intervenu pour me faire retoucher, par exemple, le scénario ou changer la couverture. En revanche, une fois tous les éléments en main, ils font le boulot d’un éditeur normal. Les planches, la couverture et tout le matériel sont envoyés à des graphistes qui s’occupent de la mise en page avant impression.

Avez-vous d’autres projets et pensez-vous tenter l’aventure d’un éditeur plus classique ou cette formule crowdfunding vous convient-elle?

Dessous. : ...J’ai un projet avec un ami scénariste (toujours dans une veine comics) que nous aimerions placer chez un éditeur plus classique, oui. Non pas que je sois insatisfait de Sandawe. Ils sont tous adorables et abattent un travail monstrueux mais, c’est une petite structure, un petit éditeur et j’ai l’impression qu’ils ne sont pas pris au sérieux par la diffusion ou même certains libraires. Et puis, il faut avouer qu’animer le financement de ses bouquins durant des années est assez éreintant… J’aimerais donc voir comment ça se passe ailleurs.

Concernant les spécificités du Crowdfunding et se ses paliers, quels sont vos échanges avec les édinautes? Qui de vous ou de l’éditeur propose les bonus et à quel moment de la production les réalisez-vous?

Les échanges avec les édinautes sont bons et même plutôt sympas… j’en connais même pas mal « pour de vrai » maintenant.

Concernant les bonus, c’est un peu 50/50… certains sont proposés par l’éditeur, d’autres, comme le carnet de croquis ou le mini comics, sont des idées qui m’appartiennent.

La réalisation des contreparties se fait en parallèle à celle de l’album… du moins pour ma part car chacun fonctionne comme il le souhaite du moment que c’est fini à temps pour l’envoi des colis. Ça me fait penser que j’ai encore quatre dessins à réaliser et envoyer à des édinautes.

Le tome 3 est-il déjà avancé et avez-vous une idée de la période de sortie (Sandawe annonce la parution comme garantie)? Aura-t’il la même pagination?

Je n’en suis qu’à l’étape du storyboard qui devrait être terminé d’ici un mois et demi. L’album fera exactement le même nombre de pages et à ce stade je ne sais pas encore quand il sortira… Quelque part en 2020 très certainement. La parution était garantie une fois les 75% atteints, c’était une règle qui a maintenant disparue.L’image contient peut-être : texte

Enfin j’ai vu passer la couverture d’une histoire bonus sur Bär, en collaboration. Pouvez-vous nous en dire plus?

L’image contient peut-être : texteC’est l’une des contreparties. Cette toute petite histoire est axée sur l’Allemand Bär. Dedans on en sait un peu plus sur le pourquoi de son bras armé et d’où il connaît Andreas, en gros c’est une toute petite « origine story » qui fait prélude à La Montagne Des Morts.

Xavier Henrion est l’auteur de Toxic Boy (aussi sur Sandawe), série que je vous encourage à lire aussi, c’est bien barré! Il se trouve qu’on s’entend plutôt bien et que je voulais bosser avec lui. Je lui ai d’abord proposé un western post apocalyptique, sur lequel on est toujours, bien qu’il soit en stand-by. En attendant et en guise d’essai je lui ai demandé s’il voulait bien se charger de cette petite histoire et il a accepté. Le résultat est super intéressant et à des années lumière de ce que je fais, c’était tout l’intérêt de l’exercice et il s’en est tiré à merveille. Je me suis ensuite chargé des couleurs et de la mise en page du comics.

Ce petit bouquin a été tiré à très peu d’exemplaires, j’en aurai quelques-uns dans certains festivals, ça va partir très vite et il ne sera jamais réimprimé, du moins sous cette forme.

Merci beaucoup pour toutes ces informations et j’invite vivement les lecteurs à plonger dans cette trilogie d’horreur hautement graphique!