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Shanghaï Red

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Histoire complète avec Christopher Sebela au scénario, Joshua Hixson au dessin. Parution en France le 21/04/2021 aux éditions Hicomics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’enfer n’est rien face à la femme qu’on a shanghaïée

Molly « Red » Wolfram est une femme marquée par la vie à plus d’un titre. Après le départ de son père, Red a du assumer seule le rôle du soutien de famille, veillant sur sa mère et sa sœur tandis qu’elles faisaient route vers Portland. La particularité de la jeune femme est que pour subsister aux besoins des siens et intimider d’éventuels prédateurs, elle a pris l’habitude de se grimer en homme, se faisant appeller Jack.

Un soir où « Jack » alla noyer ses turpitudes dans l’alcool, il fut piégé par des hommes peu scrupuleux qui l’ont drogué, et emmené contre son gré sur le Bellwood, un navire où Jack et d’autres ont travaillé de force deux années durant. Après tous ces mois d’infernale navigation, le capitaine du Bellwwod laisse une alternative à ses marins captifs: débarquer à Shanghaï et rentrer par leurs propres moyens en Amérique, ou poursuivre leur odyssée déplaisante sur le bateau, cette fois sous contrat.

Ce choix ne satisfait pas du tout Jack/Red, qui choisit une troisième option: se rebeller et massacrer tout l’équipage, à l’exception des autres esclaves. Désormais maîtresse de son destin et capitaine de son âme, pour paraphraser Henley, Red se met en tête de regagner Portland pour retrouver sa famille, et obtenir sa vengeance contre ceux dont l’avidité l’ont condamnée à ces deux ans de supplice.

Red is raide

La vengeance et la double identité sont décidément deux items narratifs complémentaires tant on les retrouve en fiction (Le Comte de Monte Cristo et ses adaptations, par exemple). Comme beaucoup d’autres œuvres auparavant, Shanghaï Red choisit la voie sanglante comme catharsis pour son héroïne aux deux visages, qui va trancher, empaler, brûler ses ennemis les uns après les autres sur le chemin qu’elle s’imagine devoir emprunter.

Car en effet, après avoir vu la dévastation causée par son absence, Red ne concevra alors plus qu’un tonitruant massacre en guise de vengeance, seule façon pour elle d’obtenir réparation pour le grief subi sur le Bellwood.

L’histoire nous embarque rapidement dans cette épopée vengeresse, dans laquelle l’auteur donne à voir une Amérique corrompue et violente, tout juste sortie de la Conquête de l’Ouest. On peut toutefois regretter que la dichotomie entre Red et Jack ne soit pas davantage exploitée au service de l’intrigue. Elle est certes mentionnée et évoquée longuement au cours du récit, mais ne sert pas vraiment d’élément moteur pour ce dernier, car si l’on y réfléchit, l’intrigue se serait déroulée sensiblement de la même manière si Red était restée Red. L’alter-égo Jack est donc une bonne idée, mais sous-exploitée dans l’ensemble.

En revanche, la prose et les dialogues de Sebela sonnent rudement juste, chose suffisamment rare pour être mentionnée. Les dessins de Hixson, quant à eux, donnent aux texte une manifestation sombre, grâce à des enrages lourds et des palettes de couleur savamment choisies. Côté édition, on peut s’interroger sur l’utilité de mettre en avant le lettreur de la version originale, tout en sachant que la version française-pas terrible, avouons-le-est venue détricoter son travail.

Shanghaï Red est un récit de vengeance amer et sombre, qui noie les tourments de son héroïne dans un tourbillon de sang et une prose talentueuse.

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Jupiter’s legacy: l’adaptation Netflix

Jupiter's Legacy - Série TV 2021 - AlloCiné

Ça a mis le temps mais on y est: le chef d’oeuvre de Mark Millar et Frank Quitely, le diptyque qui a révolutionné la BD de super-héros est visible depuis aujourd’hui sur Netflix pour une série live. En attendant de voir ce que donne cette première concrétisation du rachat des œuvres de l’écossais (à l’origine de Superman Red Son, Old man logan, Civil War, Kick ass, The magic order ou encore Kingsman…!!!) par la plateforme (Magic Order, Sharkey et Space bandits sont également en travaux) je vous rappelle les billets chroniquant le comic que vous devez impérativement lire si ce n’est déjà fait!

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The Resistance

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Album de 141 pages comprenant les six épisodes de la série écrite par J. Michael Straczinsky et dessinée par Mike Deodato Jr. Parution le 17/03/2021 aux éditions Panini Comics

Pandémie, Pan ! T’es mort !

Depuis l’an dernier l’éditeur Panini, connu pour distribuer les comics Marvel, s’est donné pour mission d’élargir son panel en dénichant des comics indépendants issus d’éditeurs américains moins connus du grand public français. En ce début d’année, le thème des Indy est clairement d’actualité, puisqu’après Year Zéro, qui nous rejouait l’apocalypse zombie, on trouve The Resistance, qui traite une nouvelle fois d’une pandémie mondiale touchant l’Humanité. 

L’histoire débute lors de l’apparition du virus XV1N1, un pathogène mortel à plus de 95% dont l’apparition et la propagation demeurent un mystère. En quelques mois, le virus qui a pris tous les gouvernements au dépourvu (tiens, tiens) a fait 400 millions de victimes, et laissé le monde dans un état plus précaire encore qu’avant la pandémie. Le plus préoccupant, c’est que personne ne parvient à comprendre pourquoi ni comment la pandémie a pris fin. Du jour au lendemain, les personnes infectées, qui jusque là mourraient en quelques heures, se relèvent, exemptes de symptômes. 

Cerise dramatique sur le gâteau médico-scientifique, il s’avère qu’une certaine frange de la population ayant survécu au virus a développé des capacités surhumaines. L’Humanité se réveille donc de cette tragédie avec 400 millions d’âmes en moins, mais avec 10 millions de mutants dotés de super pouvoirs. Quels sont les rouages de cette évolution ? Quels phénomènes sinistres cache-t-elle ? Comment l’ordre mondial va-t-il se réorganiser après tout ça ? Les masques seront-ils toujours obligatoires ? 

Un remède à la vie ?

JM Straczinsky est un auteur reconnu pour ses travaux sur Amazing Spider-Man, Supreme Power ou encore Rising Stars. Malheureusement, ce qui fait un bon auteur peut aussi le défaire, puisque dans le cas présent, The Resistance souffre de la comparaison avec chacun de ses précédents travaux. Un événement singulier qui donne des pouvoirs en masse (Rising Stars et son météore, Supreme Power et le nanovirus apporté par Hyperion, l’auteur se permet même d’opérer un mix des deux!), des héros nouveaux qui doivent trouver leur place face à des gouvernements suspicieux voire carrément fascistes (idem, Rising Stars et SP sont en plein dedans), et ainsi s’organiser, l’héroïne rédemptrice qui se sacrifie pour le bien commun…  

Le pitch reste intéressant notamment par sa résonance avec l’actualité et le traitement pseudo-réaliste qu’il fait de la place du super-héros dans le monde et du danger qu’il représente en vérité. D’autres œuvres s’y sont déjà essayées: Watchmen et Miracleman d’Alan Moore, Injustice, Supreme Power encore, The Authority, Planetary, No Hero, Black Summer, de Warren Ellis, Irrécupérable de Mark Waid, The Boys de Garth Ennis, la liste est longue et montre bien que le genre super-héroïque n’a pas attendu The Resistance pour s’autodigérer et opérer une remise en question. 

De surcroît, le débat philosophique est d’ailleurs relativement fade puisque l’on s’éparpille dans plusieurs thématiques sans que se dégage un protagoniste fort ni un discours cohérent. On passe par la peur des gouvernements (Watchmen, Authority), à la volonté de contrôler les êtres dotés de pouvoirs (Supreme Power) puis à la coercition, avec un bref passage par l’instrumentalisation et l’entertainement (The Boys). Tout cela sent donc le réchauffé, même si un début de réflexion lancé par l’auteur sur le fait que les pouvoirs ne sont finalement qu’un amplificateur de la nature profonde de celui qui les possède, n’est pas réellement exploité, à tort. 

Le dessin de Deodato Jr, s’il comporte un gimmick distrayant, celui de doter ses personnages des traits de certaines célébrités (j’ai repéré Ed Harris en POTUS, notamment), comporte depuis quelques temps déjà des incongruités anatomiques qui vont à rebours de l’immersion ciné génique qu’induit son style réaliste. 

En conclusion, JMS nous sert une version COVID de ses précédents travaux, un argument de vente osé de la part de Panini qui jusque là avait sur dégoter des petites pépites indé. 

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Year Zero #1

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Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.

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Coda Omnibus (avis 2)

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Devant la masse de nos lectures nous nous efforçons avec Dahaka de ne pas doubler nos avis sur les mêmes albums. Lorsque cela se présente soit nous publions un billet à quatre mains soit un second avis rapide qui complète dans le même billet.

Cet album et cette lecture sont cependant suffisamment marquants et particuliers pour justifier un « reblog » que je vais m’efforcer de faire bref. Mais je tenais à vous faire part des multiples émotions et impressions qui m’ont parcouru lors de cette aventure décidément à nulle autre pareil! Le premier billet (de Dahaka donc) est visible ici.

Au premier abord (graphique) je reconnais que j’ai eu du mal à entrer dans cet univers déglingos dont l’effet foutraque est renforcé par la mode décidément tenace de l’autre côté de l’Atlantique à coloriser en mode rétro les planches de comics. Les grands aplats de couleurs criardes nous remémorent les glorieuses heures des Blueberry ou Asterix. On a fait du chemin depuis et ce type de colo me gâche souvent le plaisir, même avec de très grande dessinateurs. Bergara est-il un grand dessinateur? Je ne saurais le dire très franchement, tant il propose tout autant un gros bordel parfois niveau maternelle que de magistrales pages d’une minutie folle. De la technique il en a quand on voit la cohérence de ce bordel. S’il y a une certaine originalité classique dans le design de cette féerie post-apo, ne j’ai pas été marqué hormis par une certaine démesure assez rare et très puissante.

Mais c’est bien le récit et le ton, tout à fait originaux et d’une immense sensibilité, qui m’ont perturbé. Le héros est un barde et le poids de ses récits est imposant, occupant parfois un peu trop l’attention pour pouvoir déchiffrer les pages que l’on a sous les yeux. Il faut prendre le temps dans la lecture des douze chapitres de CODA pour endurer les moments obscures, ultra-verbeux, car tout est cohérent et construit. La mise en abyme du barde narrant la geste de sa dulcinée et de ce monde mort s’installe lentement et atteint sa force sur la fin. De même sur le propos: non il ne s’agit pas du récit épique d’un chevalier avec sa licorne foutraque (celle-ci est bien moins centrale qu’attendu) mais bien d’une grande histoire d’amour passionnée et impossible. Le cœur de l’intrigue (enrobé par un machiavélique plan manipulatoire) est la passion entre ce héros vaguement dépressif et sa femme… particulière: elle est un guerrier berserk d’une race créée par les seigneurs des ténèbres avant leur victoire préambule! On est au-delà de l’effet « bad-ass » puisque cette héroïne d’une grande tendresse avec son « époux » est une combattante à peu près invincible mais dépendante de pulsions naturelles la poussant vers la destruction. Un chéri dépressif disais-je, une chérie bipolaire, cet attelage m’a fait penser au très réussi Mister Miracle qui mettait en scène un héros central mais impuissant et sa chérie Big Barda indestructible.

Soufflant le chaud et le froid, cette grosse épopée regorge de références, de sous-texte, d’un humour second degré très fin et procure de vraies émotions. Pas si souvent en BD! Il est peu probable que vous vous y sentiez en terrain connu et elle mérite franchement de sortir de sa zone de confort pour apprécier une sacrée œuvre d’un auteur, Simon Spurrier qui m’avait déjà franchement impressionné par son écriture et son iconoclasme dans le récent Alienated, rappelant la richesse d’un autre grand, Rick Remender.

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Rick et Morty tome 10

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Dixième tome de la série inspirée du show du même nom crée par Dan Harmon et Justin Roiland. Tini Howard et Kyle Starks au scénario, Marc Ellerby au dessin, parution le 17 mars 2021 aux éditions HiComics

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

This is a Rick’s world

En apparence, le scientifique Rick Sanchez a tout d’un savant fou. Alcoolique, irresponsable, il vit aux crochets de sa fille Beth et méprise copieusement son gendre Jerry. Rick repousse même les limites de l’inconséquence puisqu’il embarque, depuis 4 saisons maintenant, son petit-fils Morty dans des aventures spatiales et dimensionnelles toutes plus dangereuses les unes que les autres. 

Toutefois, Rick n’est pas qu’un ivrogne sans vergogne. On pourrait même dire que tout ceci n’est qu’une façade, visant à cacher les blessures profondes d’un homme esseulé, que son génie isole encore davantage du reste du monde. Le show nous montre ainsi, entre deux blagues potaches et deux situations abracadabrantes, les tourments internes de cet homme brillant, qui est si lucide sur la vacuité de la vie et de l’univers qu’il se réfugie dans l’alcool et la contrebande inter dimensionnelle. 

A n’en pas douter, donc, Rick & Morty redéfinit et redynamise la série animée, en allant plus loin encore qu’une série comme Futurama. 

En parallèle de cet indéniable succès, le comic Rick & Morty tente de prolonger le plaisir en couchant les aventures du duo générationnel sur papier. 

Un Rick-anement Morty-fère

Ce dixième tome nous fait découvrir un énième délire de Rick, qui, pour souffler et catharsiser  ses émotions négatives, a construit un parc parcouru par des androïdes, sur lesquels il peut se défouler, à la manière d’un certain parc à thème mettant en scène des cyborgs dans l’Ouest Sauvage… 

Le comic book marche donc sur les traces de son ainé télévisuel en reprenant un concept SF déjà usité et en y ajoutant une bonne dose d’impertinence, voire de cynisme. La philosophie nihiliste de Harmon et Roiland semble avoir contaminé les scénaristes du comic book, qui reprennent donc allègrement les parangons de pop culture (ici, la série Wesworld, vous l’aurez compris) pour les tordre, les détourner de façon drôlement cruelle, ou cruellement drôle. 

Mention particulière pour l’épisode spécial, qui en l’espèce reprend verbatim le concept d’un épisode de la série, dans lequel Morty redécouvre les souvenirs traumatisants que Rick lui a retirés à sa demande. Comme dans l’animé, c’est l’occasion de rire face aux mésaventures tantôt humiliantes, tantôt horrifiantes du jeune paltoquet, qui est toujours condamné à revivre de façon récursive les mêmes traumas. 

Entre détournement des poncifs SF et cruauté froide d’un univers indifférent, les amateurs de la série animée sauront savourer ce tome 10 en attendant la prochaine saison du show !

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Avengers #3: La guerre des vampires

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Troisième tome de la série Marvel écrite par Jason Aaron et dessinée par David Marquez. Comprend les numéros 13 à 17, parution le 20/01/2021 chez Panini.

Bon sang ne saurait mentir

Retour des Avengers version Jason Aaron. Depuis leur reformation, les Avengers ont repoussé la dernière Armée des Célestes, combattu leur ancien allié Namor ainsi que leurs homologues russes, la Garde d’Hiver. Mais ce qui les attend cette fois va les plonger dans les coulisses ténébreuses de notre monde et révéler un microcosme qui préfère d’ordinaire demeurer caché. 

Les nations vampires qui prospèrent dans l’ombre sont en plein chaos. Partout sur Terre, les différents clans sont en ébullition et s’affrontent dans une guerre sans merci qui risque de mettre en danger bien des vies humaines. Parmi cette débâcle, le Colonel de l’Ombre fait son apparition, secondé par sa Légion des Morts, et cherche à retrouver le roi des vampires, le célèbre Dracula, afin de le détrôner et prendre sa place. 

Le vieux monarque, sentant le danger, sollicite refuge auprès de la Garde d’Hiver, de quoi attiser les tensions déjà existantes entre Avengers et héros russes ! Heureusement, les plus puissants héros de la Terre vont pouvoir compter sur l’aide d’un spécialiste, en la personne de Blade, le diurnambule, chasseur de vampires. Ce qui tombe plutôt bien sachant que le jeune Robbie Reyes, nouveau détenteur du pouvoir du Ghost Rider, est passé malgré lui à l’ennemi. 

Jason Aaron poursuit son run sur la série phare de Marvel, en creusant davantage certains de ses personnages fétiches, comme Ghost Rider, qui s’offre ici une virée en Enfer sensée l’éclairer davantage sur la nature de ses pouvoirs. Le paradigme de départ est assez intéressant, avec un Dracula prisonnier en mode Hannibal Lecter, sournois et sûr de lui, avant de subir un changement et placer le roi des vampires en position de victime de la cruauté de la Garde d’Hiver. 

Certains mystères s’épaississent, comme l’identité de la Veuve Rouge, et font anticiper de fracassantes révélations, dont on espère qu’elles seront à la hauteur de l’attente suscitée. L’action est bien présente dans cet arc court mais efficace, guidée par les dessins qualitatifs de David Marquez

Comme précédemment, on trouve également dans l’album une aparté consacrée aux Avengers préhistoriques, ici la première Iron Fist, Fan Fei. Un troisième album qui maintient la qualité de la série.

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Spider-Man (Mavel Legacy): Le retour des Sinister Six

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Album de 160 pages comprenant les épisodes 234 à 240 de la série Spider-Man. Brian Michael Bendis au scénario, Oscar Bazaldua et Sara Pichelli au dessin. Parution le 04/09/2019 aux éditions Panini Comics.

Araignée Nouvelle

Crée par Brian M. Bendis en 2011 dans les pages de Ultimate Spider-Man, Miles Morales a rapidement gagné une grande popularité aux yeux des fans de l’Araignée, qu’il avait été crée pour remplacer.

Quelques années plus tard, en 2015, l’univers Ultimate dans lequel Miles évoluait en tant que Spider-Man fut détruit lors de Secret Wars, mais le jeune héros échappa miraculeusement à l’annihilation, et intégra l’univers 616, soit la continuité Marvel classique. Ainsi, Miles a pu prouver sa valeur auprès du Spider-Man original (les deux personnages s’étaient toutefois déjà croisés lors d’un crossover entre univers parallèles) et même remplacer son aîné en tant que protecteur de New York lorsque ce dernier embarqua pour des aventures plus globales.

En tant que Spider-Man, Miles a également intégré les Avengers, avec Miss Marvel, Nova, Vision, Iron Man et Captain America. Cette collaboration fut de courte durée puisqu’elle pris fin l’année suivante lors de la seconde Guerre Civile des super-héros. Miles, déçu par le comportement des héros séniors, va dans la foulée former, avec d’autres jeunes héros, les Champions, désireux de s’affranchir de la tutelle des adultes.

En parallèle, Miles doit s’adapter à ce nouvel univers, en menant du mieux qu’il peut la vie d’un adolescent new-yorkais. Ce quotidien au fragile équilibre sera perturbé lorsque Miles verra resurgir une figure de son passé récent.

Affaires de Famille

Car Miles n’est pas le seul transfuge de l’univers Ultimate. Lorsqu’il lui a épargné l’effacement à l’issue de Secret Wars, Molecule Man a aussi permis aux proches du jeune homme de subsister. Ce qui inclue Aaron Davis, son oncle, malfrat autrefois connu sous le nom du Rôdeur.

Revenu à la vie, Aaron compte bien profiter de cette nouvelle chance et prépare un coup audacieux avec une équipe de Sinisters nouvellement constituée. Sa route va bien sûr croiser celle de son neveu, ce qui promet un conflit de loyauté pour la petite Araignée.

Brian Bendis est ici aux commandes de l’un de ses personnages fétiches, dont il préside à la destinée depuis plusieurs années, et pour lequel il raccroche ici les gants. Nous sommes donc en droit d’attendre une aventure épique et émouvante, condensant tous les meilleurs aspects du personnage, à l’instar de la fin du run de Dan Slott sur Amazing Spider-Man.

Néanmoins, rien dans l’album ne laisse transparaître l’amour du scénariste pour son personnage. L’arc en lui-même est plutôt banal, le scénariste nous ayant habitué à mieux en terme d’action et de rebondissements. L’équipe de méchants, menée par l’oncle de Miles, n’a rien de très impressionnant, et sert même par moment de ressort comique, ce qui nuit clairement à la tension dramatique. L’aspect « film de casse » que l’on pourrait attendre du pitch est mis de coté ou tout simplement bâclé, ce qui rend finalement ces nouveaux Sinister Six regrettablement anecdotiques.

Bien évidemment, on retrouve les tics habituels de l’auteur, notamment les dialogues vifs et ciselés, presque tarantiniens, et une intervention finale à la limite du deus ex machina (c’était le cas dans sa mini-série Spider-Woman, mais aussi dans la mini-série Moon Knight et d’autres exemples du même genre). Cependant, ces petits artifices, qui peuvent agrémenter le récit, ne parviennent pas à faire monter la mayonnaise.

Tout ceci donne un goût d’inachevé à ce qui aurait du être une histoire poignante et haletante, mais qui contrevient finalement à la réputation de l’auteur et de son personnage.

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Amazing Spider-Man (Marvel Legacy) #2: Fin de Ligne

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Second tome comprenant les épisodes 797 à 801 de la série Marvel Amazing Spider-Man, avec Dan Slott au scénario, Stuart Immonen, Humbertos Ramos, Giuseppe Camuncoli, Marcos Martin au dessin. Parution en octobre 2019 chez Panini Comics.

Les Toiles Montantes

Dans le précédent volume, nous étions témoins du creux de vague vécu par Spider-Man suite au désastre de la Conspiration des Clones. Plus de multinationale, plus de succès, Peter Parker était redevenu le loser arachnéen lambda luttant contre le crime les poches vides. 

Cependant, le propre d’un héros de la trempe de Spidey est de toujours se relever, même après avoir touché le fond. Et il ferait mieux, car ses ennemis de toujours n’attendent pas pour se remettre en scelle. En effet, alors que l’Araignée était occupé à déblayer les décombres de sa vie tout en continuant de veiller sur New York, Norman Osborn, dont la personnalité si exquise du Bouffon Vert avait été neutralisée, à continué à comploter pour prendre sa revanche sur son ennemi héréditaire. 

Ce bon vieux Norman est un personnage à l’historique complexe. Méchant emblématique de l’Araignée, l’un des seuls à connaître son secret, Osborn a toujours su frapper Peter là où ça fait le plus mal. En effet, son tableau de chasse n’est pas des moindres, puisque c’est lui qui jeta Gwen Stacy du haut d’un pont, affermissant sa réputation de psychopathe avec cet acte qui marqua tant Peter que le monde des comics dans son ensemble. Il y a quelques années, sous la houlette de Brian Michael Bendis, Norman Osborn avait su regagner sa popularité et était devenu « le premier flic d’Amérique« , régissant l’Initiative des super-héros et dirigeant même sa propre équipe d’Avengers

Après sa chute provoquée par sa tentative avortée d’envahir Asgard (Siège), Osborn avait été emprisonné quelques temps avant de revenir plus dangereux que jamais, cette fois à la tête d’un conglomérat de sociétés secrètes, l’Hydra, l’AIM et la Main. Nouvel échec pour l’ancien Bouffon, qui avait ensuite renoué avec son ancienne gloire faite de Planeurs et de Bombes Citrouilles. L’ami Normy a un nouveau plan pour se débarrasser de notre araignée favorite: le dangereux symbiote Carnage, qui a causé bien du soucis à bien des gens ces dernières années (se référer à Maximum Carnage, Carnage USA, la mini série Carnage de 2016 et plus récemment Absolute Carnage, qui se situe après les événements de ce tome). 

La fusion inédite de ces deux entités donne le Bouffon Rouge, plus meurtrier et plus instable que jamais. Le Bouffon Rouge va désormais y mettre du sien pour faire souffrir Peter, et va, on ne se refait pas, viser les êtres chers du héros. 

Araignée au pied du mur

Spider-Man en tant que personnage, noue très souvent des liens intimes avec les scénaristes de sa série, comme en témoigne le run de Bendis sur Ultimate Spider-Man, qui est ici au coude à coude avec Dan Slott en terme de longévité. Slott n’a jamais caché son amour inconditionnel du personnage, ce qui transparaît durant une quasi décennie marquée par les histoires les plus ambitieuses proposées au personnage depuis longtemps. 

Le numéro 800, qui compose le cœur de cet album, fait penser à plusieurs égards au numéro 700, déjà signé Slott, par le caractère survitaminé de l’action et la sensation d’urgence vécue par le Tisseur. Le scénariste convoque tous les items narratifs qu’il avait mis en place depuis son arrivée pour une impression de boucle bouclée des plus satisfaisantes. En effet, tout y passe pour les lecteurs de longue date, qui retrouveront une mention de nombreux événements liés au run de l’auteur. Le casting est donc assez large, mais chacun y a son utilité, ce qui rend l’affrontement final d’autant plus savoureux et la conclusion émouvante. 

Cerise sur le gâteau, ou devrais-je dire, Petite mouche juteuse au centre de la Toile, les artistes emblématiques ayant collaboré avec Slott depuis 2010 (voire avant pour certains), sont de retour, faisant de ce numéro 800 une sorte de madeleine arachnéenne pleine de nostalgie. 

Cette fin de ligne est le chant du signe d’un auteur méticuleux et amoureux de son personnage, dans laquelle on retrouve la quintessence de l’Araignée, à ne pas rater si vous aimez l’Araignée.

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Amazing Spider-Man (Marvel Legacy) #1: La chute de Parker

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Salut amis tisseurs! On entame avec cette critique une série Spider-man qui prendra tout le reste de la semaine jusqu’à dimanche. Et on démarre avec Monsieur Immonen…

Premier tome du relaunch Marvel Legacy de Amazing Spider-Man. Comprend les épisodes 789 à 796 de la série. Parution en août 2019 aux éditions Panini.

L’Araignée de Wall Street

Peter Parker en a connu de dures durant ses années de justicier. Le plus récent de ses déboires était sa mort (!) des mains de son ennemi juré Dr Otto Octavius, génie du crime qui était parvenu à s’emparer du corps de l’homme araignée afin de vivre une seconde vie. Marqué par les souvenirs de Peter, Otto avait perçu son sens des responsabilités et s’était donné pour mission d’être un Spider-Man Supérieur, plus à même de protéger le monde. Entre hommage et égo trip, Octavius a été durant quelques années le nouveau Spider-Man, à sa façon, ce qui n’a pas été sans conséquences dans la vie de Peter, dont les proches ont parfois eu du mal à saisir la nouvelle personnalité.

Otto a donc passé avec aisance le doctorat en sciences qui manquait à Peter (ironie du sort, il sera plus tard accusé d’avoir plagié un certain…Otto Octavius!) et ne tarda pas à fonder Parker Industries, multinationale au succès fulgurant. Otto a en parallèle rendu une justice beaucoup plus expéditive, toutefois une série d’événements a finalement ramené Peter Parker dans son corps légitime.

Voici donc l’Araignee 100% pur jus qui reprend le cours de sa vie, une vie sensiblement différente de celle qu’il connaissait. Vient ensuite la Conspiration des Clones, à l’issue de laquelle Parker doit prendre une décision qui met à mal Parker Industries. De fauché à milliardaire, il n’y avait qu’un pas, ce qui est aussi vrai à l’inverse.

Notre gentil voisin l’araignée repart donc de zéro, enfin pas tout à fait, puisqu’il doit assumer les conséquences de ses actes, responsabilités obligent.

Nouveau-nouveau départ

Les comics sont par définition attachés au statu quo, ce qui leur est souvent reproché, surtout par les fans de longue date qui se lassent de voir revenir inévitablement  les mêmes trames et les mêmes items autour du même héros. Spider-Man notamment, a souffert plusieurs fois de ces remaniements, qui annihilent de façon aussi péremptoire que cynique toute évolution que les auteurs se sont échinés à mettre en place.

A titre d’exemple, on peut (et l’on doit) citer le tristement célèbre One More Day/Brand New Day, qui avait typiquement ramené Spider-Man des années en arrière en effaçant sans vergogne tout un pan de la vie adulte de Peter. Effacé, littéralement.

Dan Slott, fan inconditionnel de l’Araignée, écrit la série depuis lors, et a mis dans son écriture tout son amour du personnage, n’hésitant pas à bouleverser en profondeur le statu quo du héros à plusieurs reprises (Spider man supérieur, et tout ce qui s’en suit).

Ici, l’on pourrait croire que Slott cède aux sirènes du remaniement mais ici, point de retcon ou de magie mais un revers de médaille. Certes, Parker redevient l’adulescent fauché et poissard qu’il fut des années durant, il n’en conserve pas moins son expérience et les amères leçons de ses récentes mésaventures.

Le relaunch est censé représenter un point d’entrée idoine pour les nouveaux lecteurs, qui doivent pouvoir raccrocher facilement les wagons et suivre la série sur le long court. Dans ce tome cependant, se trouvent beaucoup de références aux événements passés (ça remonte même à One More Day!) un novice devra donc faire quelques recherches sur le Marvel Wiki pour se mettre à jour. Rien de grave, la série à ce stade demeure abordable pour les novices. Les sous-intrigues soap propres au Tisseur sont toujours présentes, l’action est très bien servie par un Stuart Immonen en pleine forme.

Lecteurs novices ou expérimentés, ce tome tient ses promesses pour les fans du personnage.