Comics·Rétro·East & West·*****

Batman: Amère victoire

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Comic de Jeff Loeb et Tim Sale
Urban (2012) – DC (2000), 392p., série terminée.

L’édition chroniquée est la première version reliée chez Urban, après les quatre volumes SEMIC souples parus en 2002 juste après l’édition originale. Une version n&b « anniversaire 75 ans » est sortie en 2014 toujours chez Urban. Il s’agit de la suite directe de Un long Halloween, mythique album et Prix Eisner du meilleur album. L’édition comprend une préface de Tim Sale (malheureusement disparu l’an dernier…), un résumé du volume précédent, deux pages de croquis et l’épisode bonus « Un chevalier servant« . Édition correcte qui mérite surtout pour la qualité de fabrication des éditions Urban et l’histoire elle-même.

Il y a un an (lors des évènements relatés dans Un long Halloween) le tueur se faisant appeler Holliday a terrorisé Gotham. Lors de l’enquête le procureur Harvey Dent, défiguré par de l’acide, est devenu Double-face, un psychopathe schizophrène. Alors que Batman et le commissaire Gordon n’ont pas fait le deuil de leur amitié avec Dent, des crimes reprennent, ciblant cette fois la police de Gotham. Holliday est-il de retour?

image-10Batman - Amère victoire (Dark Victory) - BD, avis, informations, images,  albums - BDTheque.comQue vous découvriez les BD de Batman ou soyez novice en comics de super-héros, vous tenez une pépite. Lorsque j’ai commencé à lire du  Batman j’ai recherché les albums les plus faciles d’accès parmi les plus cités, la difficulté étant la subjectivité des fans pas toujours lucides sur l’accessibilité de leurs monuments. Et je peux vous dire que le diptyque de Loeb et Sale est un véritable miracle tant graphique que dans l’écriture, qui condense la substantifique moelle de l’univers gothique de Batman, de l’origin story fluide, en proposant le même plaisir à des nouveaux venus, aux spécialistes et aux amateurs d’indé. La seule réserve sera peut-être pour de jeunes lecteurs biberonnés aux dessins très techniques d’un Jorge Jimenez ou de Capullo, qui pourront tiquer sur l’ambiance rétro.

Amère victoire reprend les mêmes qualités que le volume précédent en les simplifiant dans une épure encore plus accessible. Sous la forme d’une enquête autour d’un serial killer qui reprend le même schéma narratif que les meurtres aux fêtes nationales du Long Halloween (ici concentrés sur des membres véreux du GCPD), les auteurs continuent subtilement d’introduire le personnage de Robin sur la fin de la série, en Batman (tome 1) - (Tim Sale / Jeph Loeb) - Super Héros [BDNET.COM]parallèle évident avec le deuil du jeune Bruce Wayne. Si le monde mafieux est toujours très présent (le récent film The Batman reprend à la fois la famille Falcone et le lien de Catwoman avec ces criminels), le découpage se veut moins complexe en atténuant un peu le formidable jeu des séquences simultanés et amputées qui instillaient brillamment le doute sur l’identité du tueur. Ici ce sont Harvey Dent, la nouvelle procureur et même Catwoman qui sont dans le viseur du lecteur…

Beaucoup plus technique qu’il n’en a l’air, le dessin de Tim Sale est mis en valeur par le format large du volume Urban où l’on profite des grandes cases (à ce titre, la grosse pagination ne doit pas vous effrayer, l’album se lit assez rapidement du fait d’un découpage aéré et de textes favorisant les ambiances), voir de doubles pages et où les très élégants aplats de couleurs font ressortir le travail de contrastes du dessinateur (agrémenté de quelques lavis sur des flashback). Avec un montage diablement cinématographique (Loeb a scénarisé un certain nombre de séries de super-héros et produit les séries Daredevil et Defender de Netflix) on plonge dans les bas-fonds, les bureaux éclairés de lames de stores et les gargouilles des sommets de Gotham avec un plaisir permanent.

Amère Victoire – Comics BatmanProposant autant de suspens que d’action, utilisant à l’envi le freakshow d’Arkham sans en faire le centre de l’histoire, Amère victoire offre une galerie de personnages aussi archétypaux que le nécessite la mythologie Batman, avec un joyau super: Catwoman, aussi pétillante que touchante malgré son absence d’une bonne partie de l’histoire (… pour cause d’aventures à Rome narrées dans le chef d’œuvre du même duo, Catwoman à Rome, tout juste réedité). L’art de Loeb est de prêter un style oral à chaque personnage, reconnaissable et que l’on a envie de retrouver. Et finalement la résolution du coupable deviens assez secondaire dans le projet tant il y a de prétendants et une atmosphère que l’on regrette dans les récents comics Batman. On pourra d’ailleurs des liens à travers les âges en trouvant des proximités avec le récent White Knight: Harley Quinn… dont les couleurs sont réalisées par le grand Dave Stewart… qui avait officié sur Catwoman à Rome. Les grande se retrouvent!

Chef d’œuvre parmi les chef d’œuvres, bien moins cité et bien meilleur que le Dark Knight de Miller, cet Amère Victoire est un classique à avoir impérativement bien au chaud dans sa bibliothèque.

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***·Cinéma·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman Le Film 1989

Histoire complète en 60 pages, adaptation du film éponyme de 1989 réalisé par Tim Burton. Dennis O’Neil au scénario, Jerry Ordway au dessin. Parution chez Urban Comics le 10/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avec le Diable au clair de lune

Vue d’en haut, la ville de Gotham City a tout d’une ville magnificente, une métropole gothique qui porte en elle les germes de la modernité. Mais si vous plongez un peu plus profond, si vous vous risquez à explorer ses entrailles, ses rues sombles et malfamées, vous vous apercevrez qu’elle n’est en réalité qu’un cloaque suintant, une cour des miracles où les gorges se tranchent aussi vite que les réputations se font et se défont.

Bruce Wayne le sait bien. Cette ville l’a vu naître, dans une position privilégiée, mais elle lui a aussi tout pris, lors d’une nuit tragique où ses parents ont trouvé la mort, de façon aussi banale que tragique. Depuis lors, l’orphelin héritier n’a plus montré en public qu’une vaine façade de lui-même, celle d’un play-boy inconséquent dont les quelques accès de prodigalité philanthrope ne visait qu’à soulager sa conscience.

Ce que la ville ignore cependant, c’est que Bruce Wayne n’a pas remisé son traumatisme dans les tréfonds de sa conscience, ni dans les affres d’une vie dissolue, au contraire. Il ne vit désormais plus que pour venger ses parents, et tous les autres parents morts à cause du crime et de la corruption. Poussé par sa soif de vengeance, Bruce a crée le personnage de Batman, un justicier sombre et invincible qui hante les rues de Gotham pour y traquer les criminels. Et il y a de quoi faire à Gotham City…

Durant sa croisade contre le crime, Bruce va faire la rencontre de Jack Napier, un dangereux criminel, dont la psychose explosera au grand jour après sa première rencontre avec Batman. Ce sera le début d’une lutte sans merci entre le héros chauve-souris et celui qui se fait désormais appeller le Joker.

Il est indéniable que le film Batman de 1989, réalisé par Tim Burton, s’est hissé au rang de film culte, un immense succès commercial et culturel de l’époque. Bien que Tim Burton soit revenu depuis sur la hype provoquée par son oeuvre, le film est resté l’une des meilleures adaptations audiovisuelles du personnage (surtout si l’on prend en considération d’autres entrées ultérieures, comme Batman & Robin).

L’adaptation par O’Neil et Ordway, parue à l’époque du film, opte pour la fidélité totale envers le script original. On y retrouve donc l’ensemble des séquences, jusqu’aux dialogues. Graphiquement, Ordway s’inspire bien sûr des fameux décors du film, qui empruntaient à des classiques comme Brazil et Métropolis, et imprime les visages bien connus, et donc bien reconnaissables, des acteurs.

Tout est donc fait pour reproduire l’ambiance et le succès du support audiovisuel. Le récit en lui-même est plutôt condensé, mais les 60 pages du comic sont suivies des 60 pages de crayonné du dessinateur, elles-mêmes agrémentées des recherches préparatoires. Si un cahier graphique est toujours un bonus très appréciable pour une BD, la pertinence de l’ajout de l’intégralité des crayonnés ne me paraît pas si évidente, puisqu’elle double la pagination pour offrir une redite, en V.O., ce qui peut rebuter les lecteurs non anglophones. Le prix de l’album a du aussi en pâtir, ce qui, du point de vue éditorial, peut relever du faux-pas.

Il n’en demeure pas moins que Batman Le Film est une bonne adaptation, certes datée mais qui bénéficie du capital nostalgie dont le métrage jouit encore. La preuve par l’exemple, Michael Keaton est supposé reprendre le rôle dans le prochain film The Flash, qui traitera du Multivers. Côté comics, l’univers créé par Tim Burton a aussi eu droit à une continuation en 2021, avec la mini-série Batman ’89, écrite par Sam Hamm et illustrée par Joe Quinones, pas encore disponible en VF.

**·Comics·East & West·Nouveau !

Devil’s Reign #1 et #2

Premier et second volumes de la mini-série écrite par Chip Zdarsky. Le premier contient les épisodes US: Devil’s Reign (2022) #1-3, Devil’s Reign : Superior Four (2022) #1, Devil’s Reign : Villains For Hire (2022) #1, Daredevil : Woman Without Fear (2022) #1, Devil’s Reign : X-Men (2022) #1.

Le second contient  les épisodes US: Devil’s Reign (2022) #4, Devil’s Reign : Superior Four (2022) #2, Devil’s Reign : Villains For Hire (2022) #2, Daredevil : Woman Without Fear (2022) #2, Devil’s Reign : Winter Soldier (2022) #1, Devil’s Reign : Spider-Man (2022) #1, Devil’s Reign : Moon Knight (2022) #1. Parution le 07/09/22 et le 05/10/22 chez Panini Comics.

Here it goes again

Dans l’univers Marvel, les super-héros ne sont pas toujours bien perçus, et ce malgré leur dévouement et leur abnégation. Car voyez-vous, ils ont aussi une fâcheuse tendance à provoquer des dégâts, et, allez savoir, ramènent aussi sans doute le commun des mortels à leur condition et à leur impuissance.

En 2006, il y a seize ans pour nous mais un peu moins au sein de l’univers 616, un incident grave impliquant de jeunes super-héros avait conduit les autorités à promulguer la Loi de Recensement, qui obligeait les super-héros en activité à dévoiler leur identité et à travailler pour le SHIELD, ce qui impliquait un contrôle hiérarchique, une formation et une sanction de leurs actes. Ulcéré par cette atteinte aux libertés fondamentales, Captain America s’opposa vivement à cette Loi, entrant de facto dans la clandestinité avec tous ses partisans. De l’autre côté, Iron Man, plus pragmatique, considéra que le compromis était raisonnable et opta pour la coopération. Cette divergence de point de vue engendra la célèbre CIVIL WAR, la guerre civile des super-héros, qui eu des conséquences et des ramifications durables, faisant entrer une frange non négligeable de héros dans la clandestinité durant plusieurs années.

Ce schisme ébranla le rampart formé par les héros et ouvrit la voie à l’Invasion Secrète des Skrulls (Secret Invasion), puis au règne sombre (Dark Reign) de Norman Osborn, lorsque ce dernier, profitant d’une vague favorable de publicité, fit croire à sa rédemption et devint le nouveau directeur du SHIELD, permettant aux criminels de tout bord de prospérer. Pourquoi vous raconter tout ça ? Parce que Devil’s Reign reprend quasiment au mot le pitch de Civil War, qu’il l’assaisonne avec du Dark Reign, pour nous resservir la recette en trois volumes.

Petit récapitulatif: Après quelques années passées sous l’égide de l’irascible Jonah Jameson, la mairie de New York passe aux mains de Wilson Fisk. Ce dernier, connu pour être l’empereur du crime connu sous le nom du Caïd, est parvenu, avec habileté, à laver sa réputation lors d’une invasion d’Hydra (voir Secret Empire) pour se hisser vers le fauteuil du Maire. Le Caïd a longtemps lutté sans merci contre Matt Murdock, alias Daredevil, ces derniers se rendant coup pour coup dans un déluge sans fin de violence et de vengeance. Devenu Procureur, Murdock a poursuivi sa lutte contre son ennemi juré, qui depuis quelques années détient jalousement le secret de sa double identité.

Pour garder un coup d’avance, Fisk a réuni des preuves, des pièces à conviction, non seulement sur Daredevil, mais aussi sur d’autres héros susceptibles d’entraver ses projets. Mais lors de son petit check-up mensuel dans son coffre-fort, Fisk s’aperçoit que le dossier a disparu. Et ce n’est pas tout, il est désormais incapable de se rappeler du véritable nom de Daredevil, ni de faire le lien avec Matt Murdock. Fou de rage d’avoir été ainsi berné, l’ancien Caïd décide de prendre les choses en main et fait promulguer une loi interdisant les super-héros, et par extension toute personne détentrice de pouvoirs surhumains dans l’enceinte de la ville.

Cette initiative force les héros urbains à se regrouper: Luke Cage et Jessica Jones reprennent du service, avec leur ami Iron Fist, Spider-Man bien entendu, mais également des francs-tireurs tels que Moon Knight ou le Punisher, personne ne sera épargné. Pour couronner le tout, Fisk enrôle des criminels notoires en les amnistiant, pour former les Thunderbolts, une milice chargée de traquer les contrevenants.

Il y a des lectures qui vous font sentir le poids des années. Il y a des lectures qui vous font réaliser que les comics et leurs histoires, c’est avant tout une machine à mouvement perpétuel, qui tend à reproduire des cycles, comme l’Histoire avec un grand H. Et enfin, il y a des lectures qui vous font réaliser que vous lisez depuis assez longtemps pour voir les cycles narratifs se suivre et se répéter.

Chip Zdarsky combine donc des éléments déjà vus dans d’autres séries et sagas, sans que l’intention réelle derrière cette resucée ne soit très claire: remettre les thématiques au gout du jour ? Se les approprier ? Est-ce plutôt une commande de Marvel qui souhaite réinterpréter ses classiques ? Allez savoir. Il n’en demeure pas moins que tout dans Devil’s Reign a déjà été vu ou revu:

  • Un méchant qui se rachète une bonne réputation et se hisse au sommet ? Norman Osborn l’a déjà fait lors de Dark Reign, avec des effets plus pernicieux et à une échelle sensiblement plus grande.
  • Une loi qui empêche les super d’être des héros ? Plus ou moins la même chose dans Civil War, avec néanmoins plus de nuance quant aux implications politico-sociétales. Là où Civil War donnait à chaque camp des arguments entendables sur la façon de réagir à la Loi de Recensement, Devil’s Reign ne s’embarrasse pas d’une telle réflexion et admet sans embage le caractère inique de l’initiative de Fisk.
  • Des méchants utilisés pour traquer les super-héros rebelles ? Là aussi, les Thunderbolts sont un copier-coller, avec US Agent pour les encadrer, ce qu’il faisait déjà en 2011.
  • Le Caïd qui tient un dossier sur Daredevil et d’autres super-héros ? L’idée fait exactement écho au Rapport Murdock , à l’époque où Brian Bendis écrivait la série.
  • Bon sang, même le concept d’utiliser l’Homme Pourpre pour contrôler en masse les populations a déjà été utilisée !

Néanmoins, on peut accorder à Devil’s Reign un élément de sa prémisse qui soit original, ou du moins peu courant, à savoir la bataille électorale dans laquelle se lancent nos héros pour espérer battre Fisk sur son propre terrain. Après Jameson et Fisk, l’idée de voir un super-héros à la tête de New York serait, avouons-le, plutôt cool.

A côté de ça, on ne peut pas ignorer certains défauts éditoriaux, qui prennent leur source chez Marvel, mais qui sont confirmés par Panini: l’histoire principale, qui est magnifiquement dessinée et qui tient globalement la route malgré les redites précitées, est littéralement parasitée par une floppée de tie-ins, des épisodes annexes se déroulant en parallèle de l’intrigue dominante. Ces épisodes se concentrent sur Elektra, qui soit dit en passant est devenue la nouvelle Daredevil, ainsi que sur les Thunderbolts, et l’on trouve aussi des épisodes mettant en scène Moon Knight, le Soldat de l’Hiver, et le Docteur Octopus cherchant à assimiler ses doubles à travers le Multivers.

Oui, vous avez bien lu, une partie non négligeable de ces deux premiers volumes n’a rien à voir avec le sujet. D’une qualité qui va du franchement médiocre au tout à fait passable, ces tie-ins, qui se paient en plus le luxe de ne pas être disposés dans le bon ordre chronologique, auraient pu disparaître sans que l’ensemble n’en soit affecté, bien au contraire. L’histoire principale, qui va à l’essentiel, aurait gagnée à être publiée seule.

Le bilan de ces deux premiers tomes est donc plus que mitigé, notamment du fait des égarements éditoriaux de Panini, ce qui est d’autant plus dommage que la série principale, bien que pompant allègrement dans les classiques, présente tout de même certaines qualités.

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Special Ki-oon: Alpi #7 – Clevatess #3 – Tsugumi #5

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Salut les mangavores! (encore) un gros retard côté manga qui me permet de proposer aujourd’hui un billet spécial Ki-oon, un de mes éditeurs préférés qui ne sort pas que des cartons (le récent Lost Lad London m’a franchement laissé sur ma faim) mais dont la stratégie du peu mais bien leur permet autant de dénicher des pépites que tout simplement lancer des manga originaux qui confirment le statut de troisième marché au monde pour l’édition française de manga.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

  • Alpi the soul Sender #7 (Rona/Ki-oon) – 2022 (2019), 208p., série finie en 7 volumes.

alpi_the_soul_sender_7_kioonOn touche au but de cette très jolie série qui aura simplement péché par manque d’expérience et de construction d’une intrigue qui n’aura débuté que tardivement. Cet ultime épisode prend la forme d’une attaque finale sur le temple des soulsenders en mode Kaiju. La gestion de l’action manque parfois de lisibilité dans le mouvement mais l’ensemble reste très agréable et notamment sur les points forts du manga, les dessins des décors et des costumes. L’autrice a le mérite de refermer (un peu rapidement) les intrigues de fond (notamment l’histoire des parents) sans hésiter à aller dans le dramatique. Le volume en tant que tel est très honnête et l’on sent un vrai effort pour achever correctement le manga. Pour une première œuvre publiée en ligne on ne tiendra donc pas rigueur à Rona pour cette ambition modérée et cette progression au fil de l’eau. Alpi th soulsender restera une très belle lecture relativement courte, pas la plus impressionnante du catalogue Ki-oon mais très recommandable.

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    • Clevatess #3 (Iwahara/Ki-oon) – 2022 (2020), 224p., 3/5 tomes parus.

clevatess_3_kioonToujours très axé action ce volume voit Alicia lutter contre le redoutable chef des sorciers entouré d’une nuée d’insectes. L’absence de Clevatess (parti affronter l’armée de l’envahisseur Dorel) permet au personnage de l’héroïne de se développer en la sortant du contexte d’outil aux mains du démon qui prévalait depuis le premier volume. En parallèle se déroule la bataille à grande échelle entre les deux armées et la réaction de la princesse de Hiden lorsque la rumeur concernant la survie de l’enfant héritier du pouvoir des Hiden survient.

Ce qui est intéressant dans cette série c’est la constance de l’auteur à essayer de renverser les canons de la fantasy en questionnant ce qui est habituellement acquis. Ici la position des héros est rattachée par le peuple à celle de la noblesse d’Ancien Régime qui revendiquait une gloire de principe alors que la plèbe toute attachée à sa survie ne faisait que constater les effets des guerres sur leur quotidien. En rappelant ainsi que le nationalisme monarchique (ou héroïque) fut souvent imposé, le mangaka dresse une véritable analyse politique dans ce cadre dark-fantasy, qui apporte un vent de fraîcheur au-delà du retournement initial du récit fantasy qui voit le mal gagner. On avait compris jusqu’ici une problématique des liens entre humains et rois-démons (qui assument un rôle similaire aux rois des animaux ou Gaïa dans les récits écologiques type Miyazaki) pas aussi binaire qu’attendue et nous voici questionné au sein d’un monde humain qui aussitôt vaincu se remet en guerre les uns contre les autres.

Si le dessin très foisonnant est parfois un peu brouillon et les dialogues dans le standard manga c’est donc bien le déroulé et les rôles assumés par les personnages qui apportent une vraie originalité, faisant de ce titre un succès critique mérité. En espérant que le roi Clevatess (ici étonnamment mis en difficulté!) ne tombe pas dans une mièvrerie incohérente, si l’auteur assume l’esprit sombre qui recouvre le titre depuis le tome un on  est parti pour une sacrée saga fort ambitieuse.

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  • Tsugumi project #5 (Ippatu/Ki-oon) – 2022, 208p., 5 tomes parus, série originale.

tsugumi_project_5_kioonDepuis le dernier tome le rythme et le déroulement de la série ont fortement évolué en densité et en construction d’univers. L’impression d’une bascule dans une sorte de fantasy post-apo se confirme ici puisque nous voyons débarquer notre escouade mal assortie sur l’île où doit se trouver le centre de recherche, objectif de la mission de Léon. Comme au précédent épisode qui nous voyait découvrir la société des singes, nous voilà cette-fois projetés dans un monde d’hommes-oiseaux qui ont un lien très fort avec Tsugumi, l’occasion pour l’auteur de nous raconter sans temps mort la naissance de la jeune créature. On sent ainsi que l’on avance très fortement vers la conclusion de l’intrigue, ce qui n’empêche pas Ippatu de proposer des complications avec un héros très mal en point. Dans ce monde très hostile on n’oublie pas que le Japon radioactif reste une mission suicide, que nous avait fait oublier le ton farceur des relations avec Doudou. L’auteur avance donc étape par étape, avec une structure très carrée faite de rebondissements, d’intrigues politiques approfondies, de designs travaillés et spécifiques à chaque peuple et d’une dualité technologie d’avant/fantasy d’après qui ne cesse de surprendre. Ippatu aime de plus en plus son univers et nous régale de décors incroyables de finesse, si bien que l’on ne sait si les révélations majeures de ce tome indiquent que la fin est proche ou si l’envie de continuer à explorer son worldbuilding va inciter le mangaka à prolonger très loin l’aventure… Du tout bon et peut-être le meilleur volume depuis le début. Vite la suite!

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***·Comics·East & West

November #1: La fille sur le toit

Premier volume de 124 pages de la série écrite par Matt Fraction et dessinée par Elsa Charretier, avec Matt Hollingsworth aux couleurs. Parution le 01/06/2022 aux éditions Sarbacane.

Polar Givré

Un beau matin, alors qu’elle est occupée à gâcher sa vie, Dee est accostée par un homme à l’allure débonnaire, qui se présente comme étant un certain M. Mann.Ce dernier semble l’avoir préalablement observée et étudiée, et il a une proposition à lui faire. Contre une rémunération conséquente, Dee accepte de traduire un code secret puis d’en diffuser le résultat sur une radio à fréquence courte, et ce quotidiennement.

Bien que son quotidien ait de quoi s’améliorer, Dee ne saisit toutefois pas la balle au bond et reste vautrée dans ses vieilles addictions, jusqu’au jour où aucun code secret ne lui parvient….

De son côté, Kowalski, reléguée au centre d’appels du 911, fuit une vie de couple morose en enchaînant les heures sup’. Sa routine sera bousculée lors d’une nuit fatidique durant laquelle la ville va plonger dans le chaos. Quel rapport entre ces deux histoires ? Quels liens unissent ces deux parcours chaotiques ? Existe-t-il une conspiration pouvant donner sens à tout ça ?

Sur l’Etagère, on connaît Matt Fraction pour son travail chez Marvel (Fear Itself, Hawkeye, Iron Fist,) mais aussi en indépendant, comme Sex Criminals. Ici, l’auteur plonge dans le polar sombre et opte pour un récit choral, moyen idéal de brouiller les pistes tout en semant des indices ça et là. Comme dans tout polar qui souhaite se distinguer dans cette catégorie, le récit commence par un mystère, qui une fois détricoté mènera les personnages et les lecteurs à une conspiration qu’on devine déjà vaste et tentaculaire.

Néanmoins, il faut vous attendre à ce que le scénariste ne vous prenne pas par la main pour vous conduire jusqu’à sa conclusion. Il faudra rester attentif-ve, et parfois même revenir sur vos pages pour relire certains passages afin de reconstituer vous-même le puzzle. Certains éléments de mise en scène peuvent donc paraître opaques au premier abord, voire abscons, d’où le constat que ce premier volume est une lecture exigeante. La structure chorale renforce encore ce constat, avec plusieurs protagonistes féminines dont les destins vont se croiser de façon tragique ou inattendue.

Il faudra attendre le second tome, paru en novembre, pour pouvoir juger cette intrigue à tiroirs dans son ensemble.

*****·East & West·Manga·Rapidos

Department of truth #1-2

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Comic de James Tynion IV et Martin Simmons
Urban (2022) – 2020, 152, p./volume, 3 volumes parus sur 4.

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L’agent Cole Turner travaille pour le FBI et s’est spécialisé dans l’étude des mouvements conspirationnistes. Un jour son univers bascule lorsqu’il se retrouve confronté à une réalité différente. Sa conscience bascule: est-il fou? A-t-il été manipulé par des forces supérieures? En intégrant le mystérieux Département de la vérité il va comprendre que la vérité est ailleurs…

badge numeriqueSi vous passez un œil de temps en temps dans l’univers des comics vous savez que James Tynion IV (oui, nous sommes aux Etats-Unis…) est le golden-boy du moment. Après dix ans passés comme employé de l’écurie DC sur une foultitude de titres où son nom est resté anonymisé par le rouleau compresseur de l’éditeur, son heure semble venue… du côté de l’éditeur indépendant Image, comme bien d’autres avant lui. Le bonhomme semble avoir trouvé son créneau puisque le voilà soudain multi-nominé aux Eisner awards et raflant coup sur coup le titre de meilleur scénariste en 2021 et 2022 sur Department of truth, les titres de la collection de Joe Hill, Something is killing the children, Nice house on the lake, et Wynd, série jeunesse qui a enthousiasmés Dahaka. Et alors que propose ce nouveau génie de l’industrie?

The department of Truth (2020) - BD, informations, cotesJ’ai tendance à dire que les Eisner ont tendance à être l’Angoulême américain: intello, vaguement élitiste et graphiquement discutables. Bon, maintenant que je me suis fait des amis, je vais pouvoir préciser… Department of truth est une sorte de crossover entre X-files pour l’aspect « le gouvernement vous ment » et l’excellente série de romans d’Antoine Bello Les falsificateurs où une administration souterraine mondiale fabrique des faux pour orienter la marche du monde. La différence entre les deux repose sur l’aspect fantastique, assumé dans l’un, absent dans l’autre. Dans la série de Tynion on commence sur un schéma connu de l’insider naïf qui se voit révéler la vérité, sur le modèle des films Men in Black. Très rapidement on nous plonge dans une réalité alternative où la Terre est véritablement plate et où un immense mur de glace s’étend du pôle à l’Espace. Sauf que… sauf que ce n’est pas tout à fait vrai puisque l’on nous explique aussitôt que le plus grand secret du monde est que la réalité fluctue en fonction de la quantité de personnes persuadées de cette réalité. Et c’est là la plus grande idée de Tynion (un peu abordée dans l’excellentissime Black monday murders) que d’évacuer l’aspect fantastique qui ne devient qu’une possibilité au même titre que le divin, les aliens ou la Terre creuse. Ce concept est franchement passionnant et donne furieusement envie de tourner les pages de la série pour savoir où l’on va nous mener. Car comme dans tout bon récit conspirationniste on n’aura de cesse de nous expliquer qu’en fait ce n’est pas tout à fait vrai puis que les méchants sont les gentils et inversement avant de se demander qui est vraiment le héros etc.

The Department of Truth - The Comics JournalSi vous aimez le genre vous risquez de vous régaler, même si une fois dépassé le concept original le traitement et ce qu’il y a derrière ne révolutionne pas la poudre. Et le problème principal repose sur un traitement graphique très particulier basé sur un aspect collage papier et peinture sur documents officiels. Assez vaporeux le trait de Martin Simmons a l’avantage de créer une atmosphère proche des films d’horreur mais qui empêche de bien comprendre ce que l’on est censé voir. Et c’est assez problématique puisque les récits manipulateurs reposent sur un jeu entre le texte et l’image, entre deux réalités. Or ici on aura bien du mal à croire des images très abstraites, entre David Mack et Dave Mackeane.

Après la lecture de deux volumes j’avoue que j’ai eu des hauts et des bas avec une petite nostalgie de la série de Chris Carter lorsqu’on nous balance le rôle réel de Lee Harvey Oswald, ou ce qu’il y a vraiment sous l’aéroport de Dallas… Le petit piment contextuel étant bien sur le lien entre cette envie du scénariste et le monde dément dans lequel vis son pays depuis la présidence de Donald Trump (et avant…) et qui a le mérite de rendre très créatifs les artistes Etats-uniens. En alliant la dénonciation du monde alternatif que développe une partie importante des américains et la réflexion sur le principe même de réalité à l’ère du sur-média et de l’image omniprésente, Department of truth réussit très bien son rôle de série de loisir intelligente. Selon que l’on accroche ou non à l’atmosphère particulière des planches on alternera entre trois et quatre Calvin, ce qui reste très honnête.

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*****·East & West·Manga

Eden, It’s an endless world (perfect) #9

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, série « Perfect » terminée en 9 volumes.

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Coup de coeur! (1)

Il y a peu de billets qui approchent son auteur d’une forme d’émotion. Après tout, si l’on tente de partager nos lectures sur ce blog ce ne sont que des moments, des fragments remplaçables. Pourtant certaines œuvres vous touchent dans votre vie de lecteur et revenir sur les derniers moments d’une lecture majeure fait quelque chose, comme le fait de refermer une porte sur une séquence qui vous aura changé. Modestement mais changé quand-même. Finir Eden est un peu de cela…

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 9) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Conclure une série est le plus difficile, rarement réussi, rarement cohérent. Il manque toujours quelque chose. Après plus de quatre mille pages d’apocalypse glissant Hiroki Endo réussit là encore sa fin, sans surprise tant il aura maitrisé sa saga en free-style de bout en bout. Chronique majeure de l’Apocalypse, description chirurgicale de la pègre et de ses interactions psycho-sociales, pensée philosophique immensément supérieure à l’essentiel des manga SF, voici qu’Endo nous livre sur cette conclusion parmi les plus intéressants concepts scientifiques alors qu’il nous révélè l’origine de ce pilier gigantesque construit par le Colloïde. Et quand on a une ambition comme la sienne on n’aborde pas moins que le sens de l’origine du monde et de sa fin. Beaucoup ont émis des hypothèses associant la physique quantique, le multivers, le big Crunch, peu l’ont fait avec autant de clarté et de finesse.

Cet ultime tome s’attaque à refermer la plupart des personnages et intrigues secondaires laissées ouvertes (pas toutes bien sur, un projet d’une telle ampleur reste frustrant par l’incapacité à tout aboutir), à la mode Endo: expéditive. Si vous avez lu la saga jusqu’ici vous savez de quoi nous parlons. Ainsi de grands méchants meurent comme des cons, de nouveaux méchants apparaissent et disparaissent, d’autres apparus il y a longtemps reviennent pour le baroud d’honneur, bref, dans Eden on a l’habitude d’être surpris. Alors que la focale revient (histoire de boucler la boucle) sur Enoa, héros du premier comme du dernier tome, et que tout converge vers le pilier, les séquences d’action sont toujours aussi efficaces… mais bien plus Eden - It's an Endless World! -18- Invasionpauvres graphiquement. Ce sera le seul défaut de cette conclusion où l’on sent la lassitude d’un forçat au bout de son effort. A comparer les planches des premiers tomes fourmillant de détails, celles du tome neuf semblent pas moment dessinées par un stagiaire en manque de temps. On ne blâmera pas Endo en souvenir des moments de lecture inoubliables qu’il nous aura offert.

Procurant des séquences d’explication scientifiques jouissives, parvenant à proposer un combat final respectant les canons attendus mais original, cet ultime opus est donc encore un (quasi) sans faute pour une œuvre totale qui est un coup de cœur immédiat de la première à la dernière page. De mémoire de lecteur je ne suis pas sur d’avoir lu un tel monument de BD SF depuis Universal War one. Merci Hiroki Endo

Et merci Panini d’avoir pensé à ressortir les histoires courtes de l’auteur histoire de prolonger le plaisir encore quelques moments!

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*****·Comics·East & West·Guide de lecture·Nouveau !

X-Men: Inferno

Mini-série en quatre épisodes, avec Jonathan Hickman au scénario, et Valerio Schiti, Stefano Caselli, Silva R.B. au dessin. Parution en France chez Panini Comics le 05/10/2022.

La Fin des X-Temps

Depuis 2019, le scénariste Jonathan Hickman a modifié radicalement le paradigme des mutants, les plaçant sur la voie de la grandeur, mais aussi en intensifiant les forces antagonistes susceptibles de provoquer leur fin. Dans House of X, Charles Xavier et Magnéto fondent la nation mutante de Krakoa, sur l’île vivante du même nom. Protégé par ce nouveau foyer, le genre mutant peut s’affranchir des normes humaines et de l’oppression, et va même jusqu’à dompter la Mort grâce aux protocoles de résurrection.

En parallèle, le projet Orchis, réunissant les esprits humains les plus brillants, travaille à la création de la Sentinelle suprême, Nimrod, dont les X-Men essayaient déjà d’empêcher l’émergence dans les années 80. Dans House of X, les mutants tentaient déjà le tout pour le tout afin de mettre hors-ligne le Moule Matrice qui lui donnerait naissance, octroyant à leur engeance un bref sursis.

Ce que la plupart des mutants ignore, c’est que l’idée de Krakoa est due à une mutante particulière, qui a œuvré seule à l’insu de tous et dans de nombreuses réalités, de façon si secrète que tous ignoraient sa nature de mutante. En effet, Moira MacTaggart, bien connue des lecteurs de longue date, s’avère être une mutante, ayant le pouvoir de se réincarner dans une nouvelle ligne temporelle à chaque fois qu’elle meurt, en conservant tous ses souvenirs. C’est elle qui, explorant les différentes possibilités qui s’offraient aux mutants dans le futur au cours de neuf vies, a entamé sa dixième vie avec une vision claire de ce qu’il fallait faire pour préserver les mutants de l’extinction. Forte de ses connaissances antérieures, Moira a recruté Xavier et Magnéto, en leur révélant son secret, afin de mettre sur pied la nation mutante, avec pour condition principale de ne pas ressusciter de mutant clairvoyant.

Après de nombreux conflits, les mutants arrivent à la veille de changements majeurs dans leur évolution. Le Conseil Secret, composé de mutants influents venus de tous bords, œuvre pour repousser les menaces mais n’est pas à la hauteur face à la Sentinelle Suprême, d’autant plus que son réveil intervient au moment où des dissensions fragilisent les bases de Krakoa.

Alors que Nimrod et la Sentinelle Oméga préparent leur assaut et apprennent des erreurs commises par les mutants, Mystique, dont la compagne Destinée a été privée de résurrection à cause de son don de voir le futur, complote comme elle sait le faire pour parvenir à ses fins. Mettant la pression au Conseil Secret, elle parvient à faire ressusciter sa bien-aimée, mettant ainsi en péril les plans de Moira. Krakoa est-elle vraiment vouée à disparaître ?

Inferno constitue le chant du cygne de Jonathan Hickman sur la franchise des X-Men. La mini-série vient en effet boucler des lignes narratives initiées dans House of X et Powers of X, et nous donne la réponse à de nombreuses questions sur les motivations de certains personnages clés. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur nous en donne pour notre argent et ne lésine pas sur les coups de théâtre et les révélations !

Attention, ça va spoiler plus bas.

Donc, Mystique et Destinée sont de nouveau réunis. A peine ses souvenirs téléchargés dans son nouveau corps via le Cerebro, Destinée se remémore les événements passés, et notamment sa dernière rencontre avec Moira lors d’une précédente vie. Avec l’idée de se venger en tête, les deux mutantes capturent Moira et s’arrangent pour que ses protecteurs, Xavier et Magnéto, tombent dans un piège au beau milieu d’une base d’Orchis.

Lors du face à face avec Moira, Mystique et Destinée apprennent les véritables intentions de cette dernière: soigner le genre mutant en les débarrassant en masse de leurs pouvoirs. Lassée de constater, vie après vie, que les mutants perdraient toujours face aux humains, aux machines, ou les deux (confère Powers of X), Moira en est arrivée à la conclusion que les mutants ne devraient tout simplement pas exister.

Cette situation est très ironique puisque la Sentinelle Oméga explique, un chapitre plus haut, qu’elle vient d’un futur dans lequel les mutants gagnent toujours, et qu’elle a été envoyée dans notre présent pour remédier à cet échec (tiens tiens, l’intrigue de l’IA menaçante qui remonte le temps pour assurer sa propre création et sa suprématie me rappelle vaguement quelque chose…). Ce qui signifie que le plan prévu par Xavier, Magnéto et Moira était voué au succès, du moins à l’issue de la dixième ou onzième vie de Moira. Avec le recul, le fait que Mystique prive Moira de ses pouvoirs mutants (grâce au Neutraliseur, une arme apparue dans Uncanny -Men en 1984) apparaît comme un pré-requis, puisqu’aucune ligne temporelle ne peut être considérée comme définitive tant que Moira possède son pouvoir.

Néanmoins, on peut imaginer que Moira continuera tant que son objectif n’est pas atteint. L’inconvénient, c’est que si elle meurt en tant qu’humaine, son histoire s’arrête là, et l’Histoire avec un grand H ne pourra pas être rebootée. Mais que se passerait-il si un nouveau corps mutant lui était reconstitué par les Cinq et qu’une sauvegarde Cerebro de son esprit y était intégrée ? Cela lancerait-il un nouveau cycle de dix réincarnations et reboots successifs ? Ou le cycle reprendrait-il là où il s’était arrêté ?

On ne le saura que si les auteurs futurs décident d’explorer cette piste. Encore faut-il d’ailleurs, que Moira accepte de mourir en tant qu’humaine pour ensuite laisser faire le Protocole de Résurrection.

Hickman termine son run en laissant ses héros en fâcheuse posture. Après leur défaite face à Nimrod, Xavier et Magnéto sont ressuscités par Emma Frost, mais n’ont pas en mémoire l’affrontement ni son issue. Ils ignorent donc l’existence du robot tueur de mutant, tandis que ce dernier continue d’amasser des données qui lui permettront de régner. Plus dommageable encore, Mystique et Destinée sont partie intégrante du Conseil Secret, et avec l’appui d’Emma Frost, ont affaibli la position de Xavier et Magnéto.

Inferno marque donc un tournant dans la destinée des mutants, à suivre dans Immortals X-Men, avec Kieron Gillen aux commandes. Pour l’ensemble du run de Hickman sur les X-Men, on met 5 Calvin, pour l’intrigue complexe mais rigoureusement visionnaire, les concepts novateurs, la partie graphique toujours performante.

Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·****

TMNT #18: New-York, ville en guerre, 1ere partie

Dix-huitième volume de la série, par Tom Waltz, Kevin Eastman et Dave Wachter. Sortie le 07/12/2022 aux éditions HiComics.

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Peur sur la ville

Dans le tome précédent, les quatre frères ninja faisaient face à la Force de Protection de la Terre, menée par le redoutable et retors Agent Bishop, qui a lancé un assaut d’ampleur sur l’île de Burnow, où étaient réfugiés les derniers Utrom ainsi que les Tricératons et les Mutanimaux. Bishop disposait alors d’un atout de taille, à savoir le contrôle total du mutant Slash, ami des Tortues et membre des Mutanimaux.

Après une bataille sans merci, Slash s’est sacrifié pour sauver ses amis, dans un dernier moment de lucidité. La poussière étant à peine retombée, il est temps pour les mutants et leurs alliés de panser leurs plaies et d’entamer le deuil de leur ami. Mais le répit est un luxe que les braves ne peuvent s’accorder, surtout avec des ennemis de la trempe de Bishop.

Pourtant, un calme relatif règne à New York, surtout depuis que Maître Splinter a repris les rênes du Clan Foot. Loin de la tyrannie sanguinaire de Shredder, Splinter a su imposer un status quo en négociant avec les clans mafieux et le crime organisé, usant d’intimidation tout en limitant au maximum le recours à la violence.

Malheureusement pour nos héros, Oroku Karai, la petite-fille de Shredder, revient réclamer son dû, à savoir le contrôle du Clan Foot. La tenir à distance ne sera pas chose aisée, surtout que les TMNT doivent toujours gérer la menace de la FPT, et de bien d’autres ennemis qui trament leurs propres machinations dans l’ombre. Seront-ils de taille face à cet ultime défi ?

Que dire, si ce n’est que la tension monte crescendo dans ce 18e volume de TMNT. Après une bataille épique contre la FPT, voilà que toutes les lignes convergent vers les quatre frères mutants, qui doivent se battre sur plusieurs fronts à la fois. La guerre entre Karai et Splinter pour le contrôle des Foot est le noeud central de l’intrigue, à quoi vient s’ajouter le conflit contre Bishop, ce qui donne un rythme effréné et des situations de plus en plus tendues.

Les combats et les courses-poursuites désespérées pour sauver des amis n’empêchent pas la caractérisation des personnages de se poursuivre, on sent bien l’implication des auteurs dans le devenir de leurs petits poulains mutants. Attention toutefois, il est conseillé, pour apprécier cet arc final de la série, d’avoir une connaissance sinon intégrale, du moins suffisamment fournie du reste de la série, sous peine de se sentir un tant soit peu perdu. Vous serez prévenus !

***·*****·East & West·Manga·Rapidos·Service Presse

Soloist in a cage #1/3

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BD de Shiro Moriya
Ki-oon (2023) – 2018, 208p./volume, 1/3 tomes parus.

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image-5Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

La Cité-prison est le monde du crime, une société fermée par des murs infranchissables où a été isolée toute la lie de l’humanité. Mais comme dans toute société des couples se forment, des enfants naissent… Chloé et son jeune frère Locke se retrouvent seuls à survivre dans un appartement de la Cité-prison. Lorsque un groupe de prisonniers décide de tenter une évasion Chloé les suit. Malheureusement son frère chute dans l’opération. Passée de l’autre côté, elle décide de tout faire pour aller récupérer son frère…

Nouvelle création d’une jeune autrice chez Ki-oon, qui reprend le schéma bien connu de la cité-prison (New-York 1997,…) pour nous parler de cette jeune fille au tempérament bien trempé qui se forme auprès des meilleurs combattants pour se plonger dans la fange pour réaliser l’improbable. En effet, lors de l’incident initial le lecteur n’a aucune information sur l’éventuelle survie de ce nourrisson tombé d’une hauteur vertigineuse en pleine tempête de neige du siècle. Pourtant… C’est sur un pitch très simple que l’autrice condense son récit en se basant sur une atmosphère très solide portée par des décors fort réussis. Sur des séries courtes il vaut mieux aller à l’essentiel sans complexifier outre mesure et Shiro Moriya ne se perd pas en chemin, s’appuyant sur sa compétence graphique pour dresser une ambiance nocturne de coupe-gorge où la jeune Chloé est devenue une combattante hors-paire. En posant dès le départ une galerie de personnages réussie et en rompant sa chronologie très vite, l’autrice nous tient en haleine avec l’envie de savoir si les alliés de circonstance de la jeune fille reviendront l’aider. De même le background nous titille puisque ce qui est décrit (et présenté) à l’image comme une société d’assassins renferme manifestement aussi des innocents ou du moins des condamnés de droit commun comme ce militaire au passé trouble qui opèrera comme mentor de Chloé.Le manga Soloist in a Cage annoncé par Ki-oon, 03 Octobre 2022 - Manga news

Avec un démarrage prenant en tout point et sans temps mort, le premier volume ralentit ensuite pour poser  le retour de Chloé dans la prison et son enquête pour retrouver son frère. Les combats et séquences d’action sont très efficaces, les visages un peu moins précis que les décors font néanmoins le job et on a hâte de connaître la suite pour cette entrée en matière pas révolutionnaire mais très solidement bâtie.

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