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Sushi & Baggles #20

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  • All-new Captain America (Remender/Immonen/Panini) – 2015 (2017).

badge numeriquecouv_305326Très impressionné par le talent de Stuart Immonen je poursuis mon rattrapage de sa biblio, après All-new X-men et Empress. L’opportunité de découvrir le nouveau Captain (paru en BD plus de cinq ans avant qu’il n’advienne dans le MCU) avec le Faucon Sam Wilson qui hérite du fameux bouclier avec Immonen au dessin et Remender au scénario m’emplissait d’envie… Las! Hormis des dessins effectivement très bons (au niveau des All-New X-men) avec des encrages toujours énormes de Wade von Grawbadger, on retombe dans les travers des publications Marvel, à savoir un scénario indigent qui nous propulse en plein milieu d’une intrigue probablement débutée dans dix séries parallèles et qui voit l’Hydra encore une fois lancée dans un plan machiavélique employant moultes méchants que je ne connais pas. On ne comprend rien, ça se téléporte de-ci de-là, ça meurt mais pas vraiment… après quinze rebondissements de ce type on est fortement lassé, pas du tout impliqué et on se demande vraiment ce qu’est allé faire l’auteur de Seven to Eternity et Tokyo Ghost dans cette galère. Pour les dessins et le travail graphique de l’équipe je laisse deux Calvin mais c’est déjà généreux.

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  • Tsugumi Project  #2 (Ippatu/Ki-oon) – 2019, 2 vol. parus.

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A peine quelques semaines après la parution du premier volume nous voici de nouveau en compagnie de Léon (le héros est français, en lien avec le fait que l’édition originale de ce manga soit faite chez nous!), Dudu et Tsugumi dans un Tokyo dévasté. Cette fois opérationnel après son atterrissage en catastrophe et sa retrouvaille avec son acolyte musculeux, le héros part à la recherche de documents sur l’arme secrète à l’origine de la mission. Après avoir aidé Tsugumi à sauver son lion géant d’un effondrement sismique, il réalise bientôt que cette dernière est plus dangereuse qu’il n’y paraît. Hormis le fait qu’il ne se demande pas un instant si ce ne serait pas elle l’arme secrète, le volume se lit d’une traite, avec assez peu de textes et beaucoup de décors délabrés et majestueux à la Néo-Tokyo (Akira), des pérégrinations aériennes de la jeune fille et les grimaces facétieuses du copain Dudu. J’avoue que j’ai vaguement tiqué sur la représentation vaguement raciste du pote noir marrant, très fort et un peu con que reprennent un certain nombre de mangas (comme beaucoup de films hollywoodiens du reste). Mais la série reste très bien dessinée, pleine d’action, de mystères autour du passé et de cette arme. Très équilibré le volume fait réellement avancer la connaissance de l’univers et donne envie de continuer.

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  • Docteur Strange: sorcier suprême de la galaxie #1 (Waid/Saiz/Panini) – 2019.

bsic journalismbadge numeriqueCritique réalisée pour le programme Superlecteurs Iznéo.

Ce que j’aime avec Iznéo c’est que ça permet de tenter des comics Marvel de temps en temps sans trop de risque (financier et en place sur l’étagère). Au milieu d’une majorité de déceptions, je tombe régulièrement sur de très bonnes surprises (par exemple, ici, , et ici.) et ce Docteur Strange en fait partie. Pourtant parti sur une idée totalement WTF (le sorcier part dans la galaxie sur un vaisseau que lui a prêté son pote Tony Stark comme une thérapie pour retrouver ses pouvoirs perdus), l’album propose en cinq épisodes de lire des aventures exotiques auprès d’extra-terrestres plus ou moins belliqueux, mais surtout de savourer des échanges avec le personnage de la technomancienne et l’idée principale de l’opus: la magie a différentes sources et peut être collée sur des artefacts. Certains peuples la considèrent ainsi comme une simple science physique au même titre que l’électricité… L’album n’a pas d’ambition mais est fun, très joliment dessiné par un Jesus Saiz dont la technique rappelle l’Ariel Olivetti qui avait fait des miracles sur X-O manowar. On peut trouver ça trop numérique mais ça donne tout de même de très jolies planches. Si comme moi vous avez découvert les aventures de Stephen Strange avec le MCU et trouvez le personnage super cool, vous pouvez sans soucis tenter la lecture de cet album sympathique.

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Empress

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Comic de Mark Millar et Stuart Immonen
Panini (2017), 179 p., One-shot.

couv_303880Le moins que l’on puisse dire c’est que j’attendais de le lire celui-là! Lors de sa sortie beaucoup de battage avait été fait et pour cause, les deux auteurs que je ne connaissais pas sont parmi ce qui se fait de mieux dans le circuit du comic indépendant. L’abominable couverture m’avais fait passer à côté et je ne comprends toujours pas comment un dessinateur aussi talentueux que Stuart Immonen a pu produite un dessin aussi banal et de mauvais goût, surtout quand on connaît la propension des américains à survendre une série sur ses couvertures… Comme a son habitude Pannini propose l’album avec ses sept chapitres et leurs couvertures originales, un texte d’introduction, une bio des auteurs en fin d’album ainsi qu’une galerie des (superbes) couvertures alternatives d’Immonen. L’album est encré par le collaborateur habituel du dessinateur canadien, Wade von Grawbadger, l’un des meilleurs en activité et qui participe grandement à la qualité des planches d’Immonen.

Il y a bien longtemps… l’empire du roi Morax qui a son siège sur la planète Terre domine une grande partie de la galaxie. Tyran sanguinaire, il est marié à une jeune et magnifique femme, Emporia qui, lassée de cette violence et de son absence de liberté, va s’enfuir avec ses enfants et son garde du corps…

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"Allons droit au but, Empress est loin du chef d’oeuvre qu’il aurait pu être et jouit des mêmes qualités et des mêmes défauts que les autres créations du scénariste écossais: un dessinateur majeur, un pitch impérial, un traitement classique autour de la famille, de la trahison, une mise en image monstrueuse et globalement un aspect jamais vu. Millar a du talent, on le sait. Il est feignant, on le sait aussi et déroule des intrigues classiques sur des one-shot fort agréables mais qui ratent toujours le coche de l’album qui fera date. Manque d’ambition, de concentration, je trouve dans Empress les mêmes sentiments que sur le récent Magic Order avec Olivier Coipel: d’abord Waou! puis Ah bon?

La grande réussite de l’album ce sont les personnages, décalés, inattendus et qui se révèlent très progressivement. Il y a un côté fun chez cet auteur qui sait mieux que quiconque ce que l’on a envie de voir en BD. Il se fait plaisir et nous fait plaisir (dans cet ordre ou dans l’autre…). Pas de longues mises en places et de temporisations verbeuses chez Millar, il va droit au but pour placer son contexte et commencer l’action. Là où ça pèche c’est dans le procédé utilisé, facile, trop facile, comme sur Magic Order ou sur Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"La faute au format trop court sans doute (des séries de trois volumes siéraient mieux aux super idées du scénariste), il transbahute sa famille de fuyards de lieux en lieux grâce à un téléporter. Du coup on se rapproche du concept d’un Black Science qui m’avait lassé justement en raison de ce manque de constance dû aux multiples environnements. Millar est gonflé et arrive toujours à nous placer une scène grandiose, inattendue et donc qui fait mouche. Mais à la fin de la lecture on a la désagréable sensation d’avoir été trimbalé passivement dans une histoire qui n’a pas d’intrigue. On ne peut pas dire que la fin soit bâclée, mais à force de placer un gros twist final dans ses albums on finit par ne plus être surpris.

Sur la partie graphique il en est de même. On sent à chaque case poindre le très grand talent du rare Stuart Immonen mais également la facilité et l’économie de moyens. Pour une fois ce n’est pas le dessin du canadien qui rehausse l’album car il reste assez en retrait, notamment du fait d’une colorisation flashy pas vraiment bien pensée. C’est parfois un peu brouillon et si la gamme reste de haut niveau on n’a pas la claque de la collaboration de Millar avec Quitely ou Coipel.

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"L’intro éditoriale présente l’album comme la contribution « Star Wars » de Mark Millar à l’univers des comics. On sent en effet l’envie de grand space Opera. Mais le chois d’axer l’intrigue autour de la famille et le tic du scénariste de tenter de prendre le lecteur à contre-pied empêche l’aventure de prendre une dimension épique qui aurait dû être. On se retrouve alors avec une très bonne course-poursuite qui nous fait visiter des lieux, races alien improbables, des lumières techno entrecoupés par des dialogues parfaitement orchestrés. Mais il manque un petit quelque chose qui fasse étincelle. Les deux signatures peuvent légitimement faire monter les enchères des attentes des lecteurs et en cela ils seront vaguement déçus. Si l’on exclut cela Empress reste une très sympathique aventure spatiale avec son lot de scènes d’action endiablées et d’acrobaties quantiques.

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Sushi & Baggles #19

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  • Radiant #12 (Tony Valente/Ankama) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

couv_372451Attention le nouveau Radiant est arrivé, avec une jaquette toujours aussi belle, centrée sur les personnages… qui sont la grande réussite de la série. Tony Valente aime ses personnages et les développe tous à fonds , si bien que lui comme nous ne sait plus où donner de la tête tant les possibilités sont nombreuses. Qui est un personnage principal, secondaire, tertiaire? …impossible de le dire tant tous ont leur moment de bravoure. D’ailleurs ce volume est l’un des rares à être quasi exclusivement centré sur un side-kick, à savoir l’anti-héros Doc, aux prises avec les affreuses sorcières de la Mesnie. Dans des dessins toujours aussi virtuoses et minutieux, l’auteur nous fait hurler de rire avec ses millions de mimiques et jeux de langues (donc Doc, si vous vous souvenez, est le spécialiste). Un volume axé baston qui se termine explosivement à Bôme et nous propose, encore, plusieurs nouveaux personnages de grande qualité. Tony Valente a déjà confessé dans ses discussions de fin de volume que son univers était assez riche pour plusieurs dizaines de volumes et on le croit volontiers tant on a plaisir à replonger et découvrir le monde de Radiant à chaque volume. Déjà douze et on a l’impression que l’on vient juste de commencer… Vivement la suite!

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  • Atomic Robo #2 (Clevinger/Wegener/Casterman) – 2019, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour leur confiance.

couv_366465Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Le Robot le plus bourrin du XX° siècle revient chez Casterman Paperback… et surement pour longtemps puisque l’éditeur original IDW en est actuellement à 13 volumes publiés. Ceci explique pourquoi le background se révèle aussi progressivement sans explication particulière au sein des épisodes que contient chaque volume relié et construits comme des séquences quasi autonomes. A noter que les couvertures originales sont très jolies et que Casterman serait bienvenu de les intégrer (ce qui se fait habituellement en comics) dans les prochains tomes. Ce second épisode est beaucoup plus structuré que le premier avec une intrigue qui suit Atomic Robo lors du débarquement en Sicile. On découvre différents alliés, deux nouveaux méchants nazi, des machines, des soldats monstrueux et un verbiage incessant entre deux balles et trois explosions. J’ai trouvé du coup l’histoire plus sympa à suivre car moins hachée mais un peu plus sérieuse jusqu’à la dernière portion qui introduit un étonnant soldat québécois qui a dû donner beaucoup de mal aux traducteurs et qui nous propose des expressions qui vous laisseront aussi pantois que Robo… Voyons voir donc quel format nous réserve la suite que je suivrais personnellement avec beaucoup d’envie tant les dessins (quasi uniquement découpés en cases pleine largeur format cinémascope!) comme l’esprit de cette série qui ne se prend absolument pas au sérieux sont de petites sucreries bien agréables.

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  • Coyotes #1 (Lewis/Yarsky/Hicomics) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

displayimageMon expérience avec les albums Hicomics (la branche comics de l’éditeur Braguelonne) n’avais pas été très fructueuse jusqu’ici. Generation Gone ne m’avait pas totalement convaincu et le réputé Invisible Republic m’a laissé sur le côté… Heureusement Coyotes arrive et marque chez moi un intérêt soudain, non forcé, pour une oeuvre résolument originale, mêlant discours politique (un féminisme agressif faisant assez directement référence au comportement prédateur sexuels des hommes), une revisitation du mythe du Petit Chaperon rouge (l’héroïne est appelée Rouge et combat des loups…) et le principe de la guerre secrète entre deux entités ancestrales incarnant la force masculine et la féminité naturelle. Une base théorique très solide pour un premier tome (sur deux parus aux USA et qui doit conclure la série) construit façon puzzle, sans linéarité temporelle claire mais avec une recherche dans la narration, les dialogues et l’esthétique générale  qui accroche fortement le lecteur blasé des comics indé. Souvent le dessin me fait tolérer des intrigues pas toujours fabuleuses et je suis aux anges quand l’équilibre est trouvé entre le trait et le récit. Caitlin Yarsaki a un réel talent qui se ressent sur son premier album malgré des dessins un peu rapides par momentRésultat de recherche d'images pour "coyotes yarski". Ses visages (qui ont la particularité d’être très cernés… juste un style ou un reflet de la fatigue générale dans ce monde violent?) sont incroyablement expressifs et esthétiques, même quand elle dessine des mamies hystériques vociférant et la subtilité de ses planches réponds à celle de l’écriture qui joue délicatement de graphie (avec cette Duchesse dont les bulles sont habillée d’élégantes arabesques) et parfois presque de poésie. Dans cette histoire antique des hommes transformés en loups par d’anciennes reliques chassent les femmes. Un groupe de survivantes, les Filles perdues se réunit, se forme aux arts guerriers et part combattre son ennemi… Cette histoire mythologique permet de se dispenser de réalisme géographique comme temporel et l’on se plait à suivre ces personnages très forts dans une mise en forme où chaque case est travaillée. Coyotes a des lacunes comme tout premier album, mais il respire le talent et sort résolument du lot des comics indépendants. La bonne pioche de l’éditeur.

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Sushi & Baggles #18

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  • Spider-man (Brian Bendis/ Pichelli/Pannini) – 2017

couv_313191Cet album est le premier de la série Marvel NOW!, que je rattrape album après album avec toujours autant de plaisir. Étant très méfiant envers les multiples reboot, relaunch etc de Marvel, je constate simplement que les dessinateurs de cette collection sont globalement excellents (cela m’a permis depuis plusieurs années de découvrir de petits scribouillards comme Esad Ribic, Stuart Immonen ou Sara Pichelli…) et les scénarios s’accommodent très bien du cahier des charges éditorial pour proposer des aventures rafraîchissantes pour le lecteur occasionnel de comics que je suis. Simplement, les choix de couvertures et de présentation de l’éditeur Pannini brouillent toujours autant la compréhension des suites et collections. Le mieux est donc de se reporter sur les fiches BDgest qui permettent de distinguer les séries homonymes par années notamment. J’ai découvert le personnage de Miles Morales, le nouveau spider-man afro-latino dont l’idée a été inspirée à Bendis par l’élection de Barack Obama dans le film Into the Spider-verse. Cet album très sympathique se déroule après l’arrivée de Morales dans l’univers commun, où il y a donc désormais deux spider-man. On constate que le MCU a fusionné le personnage de Moralès avec Peter Parker notamment dans ses relations avec son pote. Ce volume est assez surprenant car il présente des X-men comme parcourant ouvertement le monde, fait des allusions aux événements des Inhumains. Un plutôt bon album très agréable à lire et assez didactique. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il peut constituer une entrée en matière mais le lecteur occasionnel de Marvel y trouvera son compte.

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  • Talli, fille de la lune #2 (Sourya/Ankama) – 2019, 2 vol/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

couv_370344Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Nous retrouvons Talli et sa troupe de guerriers mal assortis dans un second volume qui fleure bon l’action et se présente essentiellement comme une confrontation avec une entité démoniaque increvable appelée « le roi de la forêt »: une sorte de loup géant corrompu qui nous rappelle celui du récent Nils mais on imagine que les références de l’auteur se tournent plutôt du côté des sangliers de Princesse Mononoké. Je dois dire que si le premier tome m’avais plutôt accroché avec le développement d’un univers intéressant avec cette guerre ancienne et ses invocatrices capables de faire apparaître des créatures géantes extrêmement puissantes (l’atmosphère rappelle par moment le comic Monstress), la linéarité de ce volume, si elle apporte de nouveaux personnages, m’interroge pour une série prévue assez courte. L’histoire n’ayant pas avancé (hormis pour Lélo et Alan) dans la compréhension des personnages, on se demande comment Sourya va boucler son affaire en un unique volume. Les séquences d’actions sont toutefois maîtrisées et assez efficaces alors que les paysages de montagne enneigée et de la tour de garde sont assez inspirants. Pour une création originale d’un jeune auteur la série est honnête. On n’a pas la déception d’un Nils mais cela reste bien moins efficace qu’un Radiant (d’un auteur qui a beaucoup plus de bouteille). J’imagine que la collaboration de Sourya avec un scénariste chevronné sur un album complet lui aurait été profitable avant de se lancer seul, ses collaborations sur les collectifs Doggybags et Midnight tales restant sur de petits formats.

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  • Tsugumi project #1 (Ippatu/Ki-oon) – 2019

couv_369819Démarrant rarement une nouvelle série avant sa clôture (j’évite les longues séries Manga), je me suis néanmoins laissé tenter par ce Tsugumi project à la couverture très réussie et intrigante. A lire l’interview de fin de volume il semble que ce soit une création originale en première édition chez Ki-oon, ce qui confirme le poids du marché français dans le Manga: si des auteurs hexagonaux commencent à être traduits au Japon (après l’expérience malheureuse de Jean Giraud avec Taniguchi sur ICARE), des orientaux font le choix de publications hors de leur pays d’origine. Tsugumi a beaucoup d’atouts, à commencer par son originalité, avec un concept post-apo classique (une arme terrifiante doit être ramenée du Japon dévasté par un commando après deux-cent ans d’une guerre nucléaire) qui vire très vite au survival avec un univers peuplé de créatures mystérieuses, à commencer par cette jeune fille aux pattes d’oiseau. Cela aurait pu être totalement WTF mais dans un univers graphique sombre, fouillé, ça passe totalement. L’auteur dont c’est un des premiers manga solo reconnaît son perfectionnisme qui se voit sur des planches de cité dévastée et réoccupée par la nature. C’est beau, très beau et ce premier volume se lit avec grand plaisir comme une mise en place d’une série que l’on imagine relativement courte. Tsugumi project apporte suffisamment d’originalité pour donner envie de continuer et constitue une réussite pour cette introduction.

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All-New X-men #5-6

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  • All-new X-men #5: (Collectif/Pannini) 2013 (US)/2015

couv_257680badge numeriqueAttention, ce volume a une construction pour le moins étrange puisqu’il commence directement à la suite du volume 4 sur les dessins (toujours superbes d’Immonen) après que les x-men du passé aient rejoint Cyclope. Puis un nouvel arc s’ouvre avec le sauvetage de X-23 (le clone féminin de Wolverine aperçu dans le film Logan) en nous faisant découvrir un nouvel antagoniste en la personne du fils Stryker qui a organisé des commando de chasseurs de mutants avec des technologies poussées… Le dernier gros tiers de l’album est composé d’historiettes sans aucune portée, aux dessins banals.

Outre la baisse sensible du niveau graphique, on a donc un album qui justifie difficilement la cohérence d’une version reliée tant il mélange des histoires sans rapport. Si les dialogues restent bons tout au long des textes de Bendis, ce cinquième opus des All-new X-men version 2014 reste très dispensable et à réserver aux fans des X-men qui veulent tout lire des aventures des mutants.

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  • All-new X-men #6: (Bendis, Immonen, Pichelli/Pannini) 2013 (US)/2015

couv_280095badge numeriqueJe ne lis pas souvent des arcs complets de comics de super-héros et avoue être assez surpris par le côté inégal de ces publications… Ce dernier volume de All-new X-men dessiné par Immonen (les deux ultimes tomes sont pris en charge par l’assez bon Mahmud Asrar) revient à la qualité des trois premiers… et les dépasse même en raison d’un scénario plus mature, construit et structuré sur l’affrontement entre méchants et gentils, plus facile à lire. Non que j’évite la complexité mais souvent en matière de X-men, de voyages et paradoxes temporels, les auteurs semblent aimer nous faire des nœuds dans le cerveau. Les dessins sont simplement parmi les meilleurs que j’ai lu sur un album de super-héros! Immonen nous fait baver à chaque planche (les coloristes et encreurs font également un boulot tout à fait remarquable!) et Pichelli se hisse à son niveau si bien qu’il est difficile de distinguer les deux participations. La cohérence des dessins (et donc des découpages) fait beaucoup pour élever le niveau quand le scénario de Bendis se concentre sur un explicatif des motivations du fils Xavier et une certaine maturité acquise par Jean Grey. Ce qui pouvait ainsi agacer un peu dans le début de l’arc (les multiples versions des X-men, amusantes mais finalement un peu futiles) disparaît ici avec notamment l’absence du jeune Cyclope (parti dans l’espace lors de l’intermède Gardiens de la Galaxie/All-new X-men qu’il n’est pas indispensable d’avoir lu pour comprendre celui-ci). Cet album se présente donc bien comme une résolution (… partielle) de l’intrigue qui peut s’arrêter là même si le cliffhanger final peut donner envie de continuer. L’équipe changeant je ne suis pas sur de prolonger et pense me concentrer plutôt sur l’aventure spatiale citée plus haut (et réalisée par le même trio juste génial). Après un cinquième volume vraiment mineur cet album redonne confiance dans la capacité de Marvel à proposer des équipes créatives inspirées. A noter, une première séquence faite d’images mentales du Fauve et permettant à toute une brochette d’invités de proposer une illustration intégrée à l’histoire. Très sympa et original.

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Death or glory #1

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Comic de Rick Remender et Bengal
Urban (2019) – Image (2018), 137 p.
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Depuis Tokyo Ghost je suis les publications de Rick Remender presque les yeux fermés. Lorsque les premiers visuels de Death or Glory sont sortis je n’avais pas particulièrement d’attente pourtant, les histoires autour de la culture de la route US ne m’attirant pas vraiment, malgré une couverture très réussie niveau cadrage et colorisation. Le fait d’avoir un frenchie aux dessins a sans doute joué dans la promotion de ce titre et le traditionnel prix de lancement à 10€ chez Urban m’a convaincu de tenter le coup.

Glory a été élevée sur la route, dans la « famille » des routiers indépendants, sortes d’indiens hors de la société et tenant plus que tout à leur liberté. Lorsque son père tombe gravement malade elle décide de passer à l’action. Plongée dans les eaux troubles ds trafiquants d’organes et des policiers corrompus, elle ne pourra compter que sur son sang froid de pilote et son bolide…

Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"La couverture annonce clairement la couleur: Remender et Bengal vont vous envoyer au pays des routiers et des bolides tunés dans des rodéos endiablés sur l’asphalte du sud américain… sauf ce premier volume d’une série qui s’annonce relativement courte, s’il démarre effectivement sur les chapeaux de roue et ne nous laisse pas deux minutes de répit, est loin de proposer autant de bagnoles et de courses que par exemple le carton de l’an dernier Il faut flinguer Ramirez. Death or Glory se placerait plutôt dans l’esprit des films de Tarantino bien déglingos et trash, voir par certains côtés par Largo Winch et ses fuites endiablées à coup de cadrages décalés. On a donc une histoire de trafic d’organe particulièrement sordide qui se chevauche avec une héroïne décidée coûte que coût à sauver son paternel malade du foi. Foi, organe,… vous l’aurez compris le braquage original va vite dériver sur le terrain des gangs mexicains et notre jolie pilote va montrer tout au long de ces cent pages combien elle encaisse les pains et court plus vite que son ombre.

Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"L’album démarre dans un Diner par une scène improbable qui nous fait demander si nous ne sommes pas dans une histoire fantastique. Que nenni: si les méchants sont particulièrement dérangés (un batave équipé d’une sorte de lame à l’azote liquide et ses consœurs, l’une aveugle l’autre muettes mais toutes deux férues de machettes king size), Remender nous délivre une intrigue tout ce qu’il y a de plus terre à terre avec pour ambition première l’action et le plaisir. Il insère sur un chapitre le flashback qu’il affectionne (même formule que dans Tokyo Ghost par exemple), utilisant ces quelques pages pour régler le passé des héros et pouvoir reprendre sa course.

Niveau dessin j’avais beaucoup entendu parler de Bengal et dois dire que je suis légèrement déçu. Non que le dessinateur français ne sache dessiner, mais hormis les couleurs et la dynamique indéniablement réussies, le trait vaguement cartoon dans les expressions casse un peu l’aspect grave de l’histoire et nous présente plus Glory comme une énorme veinarde que comme une héroïne badass. Ce premier tome est très correcte, largement au-dessus des standards américains, mais ne brise pas non plus les rétines. Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"Dans une BD d’action le plus important étant du reste l’efficacité des découpages et sur ce plan c’est aux petits oignons.

Annoncé comme le carton comics de l’année, ce Death or Glory vous procurera du plaisir efficace en vous rappelant les films de gangsters cracra mais ne surprendra pas beaucoup. Disons que pour une mise en route le job est fait avec une galerie de personnages particulièrement réussis pour le panthéon des crapules et une héroïne un peu en retrait et passive. Faisons confiance à Rick Remender, excellent scénariste, pour gérer la progression de son intrigue qui pour l’heure ne dépasse pas de bonnes BD d’action de consommation comme les Hit-girl. Personnellement j’attends un peu plus de cet équipage.

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Seven to Eternity #3

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2019), Ed US Image comics (2018), 3 vol parus.

couv_367583Le troisième tome de l’odyssée mortifère d’Adam Osidis et du Roi fange arrive enfin et je peux vous rassurer de suite: Jerôme Opeña est de retour en intégralité sur ce volume après un intermède très dommageable sur le précédent livre. La couverture puissante invoque le retour du grand archiviste (la mort) entraperçu sur le premier tome. Comme d’habitude, après un lancement attirant avec un prix à dix balles et moultes bonus, Urban nous sert ensuite le service minimum: album, couvertures de chapitres en brut et quelques couv’ alternatives. Je parlais cette semaine de Daniel Maghen, on en est loin et on se demande en quoi consiste le boulot d’éditeur. Bref…

Après la mort de la reine blanche, Garils, le roi fange est libéré de ses liens et peut maintenir son emprise sur Adam Osidis, de plus en plus convaincu qu’il doit lui faire confiance. La quête des sources de Zhal les conduits chez les pirates du ciel, dirigés… par le propre fils du roi Fange. Alors que ce dernier montre encore une fois sa capacité à prendre soin de ses dévoués, la fraternité continue la poursuite, sans savoir qui de Garils ou d’Osidis sera le plus dangereux…

Rick Remender est sans conteste pour moi le plus impressionnant des scénaristes américains en activité. Loin de la notoriété d’un Mark Millar qui peine souvent à aboutir ses exceptionnelles idées, il est une sorte d’aristocrate du comics, ayant officié sur beaucoup de séries de super-héros mais œuvrant depuis des années dans l’indépendant avec une exigence graphique et thématique assez hors du commun. Beaucoup ont pointé le caractère pessimiste, voir dépressif de ses bouquins, ce qui est vrai. Comme tout grand auteur il y a des constantes dans on œuvre, comme la filiation, la responsabilité paternelle et l’insoluble recherche du bon choix…

Il y a de tout cela dans Seven to eternity, série exigeante et dont on sent la recherche de difficulté à chaque choix d’écriture ou de dessin. Il en découle un univers visuel unique proposant des versions totalement originales de grands concepts tels que les pirates, la mort, les ancêtres… Surtout (je le dis dans une critique que deux!) cette série est dotée d’un méchant que je vais qualifier d’aussi charismatique et fascinant que le Thanos du film Infinity war! Sans être le seul moteur de cette histoire, le roi fange permet au scénario de maintenir une tension permanente autour des choix du héros, le torturé Adam Osidis qui tôt dans la série fera le choix de sauver le tyran pour se sauver et sauver sa famille.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity 3 opena tomber de haut"Dans les deux précédents tomes Osidis était un être en questionnement, assumant difficilement ses choix. L’intervention brutale du fils de Garils et la menace immédiate qu’il fait peser sur son « sauveur », de même que le sauvetage du clan Osidis par les hommes du dictateur poussent le héros à passer à l’action, résolument, pour sauver son « ami ». La subtilité de Remender est de ne pas surjouer le machiavélisme du méchant. Il juxtapose simplement les faits (l’action positive de Garils sur la vie d’Osidis) et les idées. Il confronte Osidis comme un pragmatique face aux idéologues incarnés par Gobelin et la reine blanche. Le lecteur est perturbé comme jamais, se retrouvant dans la peau du personnage sans aucun élément lui permettant de déterminer objectivement ce qui est bien et ce qui est mal. Complexe et intellectuellement passionnant!

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity image"Graphiquement Opeña est au top, même si on regrettera des arrière-plans assez vides. Mais ses personnages sont tellement travaillés et surtout le design de chaque créature, personnage, architecture, sont tellement originaux et réussis qu’on lui pardonne volontiers cette économie (… qui permet sans doute de tenir une cadence correcte entre chaque volume). Seven to eternity surprend constamment, que ce soit dans la violence crue, le décalage entre le récit a posteriori d’Osidis qui ouvre chaque chapitre et l’action que l’on découvre. Surtout, Remender nous propose un récit éminemment politique dans lequel on peut trouver sans difficulté un commentaire de notre monde, du rapport des citoyens au pouvoir et du rôle des élites entre esprit visionnaire dictatorial et réponse aux demandes des administrés. Dans une amérique trumpiste fascisante comme jamais on ne peut que saluer la capacité de cet auteur à dresser une analyse si adulte dans un habillage de dark fantasy de loisir. Ce n’est pas si souvent que l’on peut lire de la BD d’aventure à la réflexion si poussée. Pour moi il s’agit de la série la plus réussie de Remender avec le génial Tokyo Ghost.

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