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Maestros #1

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Comic de Steve Skroce
Hi Comics (2019) – Image (2018), 167 p. 1 volume paru, série en cours.

badge numeriquecouv_357320Le Maestro et toute sa famille ont été massacrés après la libération du plus dangereux démon enfermé par celui qui était le plus puissant sorcier de l’univers. L’héritier est un fils humain, banni il y a des années. Le problème c’est que le Maestro était une ordure, un tyran, macho, dominateur, imbu de sa personne, et que son fils le déteste…. Une révolution des pratiques se prépare dans les différents mondes où cet humain désormais doté de pouvoirs absolus a bien l’intention d’appliquer les utopies politiques humaines à un univers basé sur la force… 

Steve Skroce n’a pas une très longue biblio, ayant fait ses armes chez Marvel et du storyboard de cinéma (notamment sur Matrix!) avant de partir sur de l’indé qui semble bien mieux lui convenir quand on voit le plaisir qu’il a à insérer des scènes gores et vaguement chaudes dans ses planches. Avant Maestros il a dessiné avec Brian K Vaughan une uchronie où les USA envahissent le canada. On saisit déjà l’amour des renversements.

Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"Comme dessinateur Skroce s’en tire plus qu’honorablement, livrant des dessins assez classiques (on pense parfois à du Frank Quitely) mais très propres techniquement et très au-dessus de la moyenne des dessins de comics. Le gars sait tenir un crayon et se permet des expérimentations formelles en habillant ses pages un peu à la manière d’un Olivier Ledroit. Car son univers est basé sur les codes de la Fantasy avec magiciens à chapeau pointu, dragons, ogres et monstres en tous genres. C’est assez cliché mais c’est voulu, afin de créer un clivage entre ces images de contes et un langage très fleuri, des exécutions tout sauf douces et un univers noyé dans la violence, la force brute et le sexe.

Du coup, si l’univers est vraiment sympa (même s’il reprend pas mal l’idée de décalage d’un Millar sur Jupiter’s Legacy), une fois passés les premiers chapitres vraiment réussis, on tombe progressivement dans une pseudo histoire d’amour un peu mièvre et irréelle au regard de l’univers et du projet. Plusieurs fois on se dit que l’auteur va nous balancer une chute destabilisante pour constater qu’il ne s’agit bien que d’une banale vengeance du vizir contre son sultan… on a connu idée plus novatrice.Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"

Du coup ce premier tome d’une série annoncée commence de façon tonitruante pour finir assez sagement, comme si Skroce avait oublié en cours de route qu’il était dans du comic indé adulte et n’avait plus à se censurer. Un peu dommage tant l’ouvrage commence sous de très bons auspices tant graphiques que scénaristiques en se livrant à de très joyeux et nombreux massacres bien rouges et bien réalistes que tous les amateurs de films d’horreur apprécieront. Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"On se marre pas mal sur les dialogues de sales gosses, profite des jolis dessins et se demande quel sort galactique le Maestro et ses adversaires vont s’envoyer à la tronche. Construit en allers-retours entre la nouvelle vie du héros et son difficile et douloureux apprentissage, le comic se lit assez rapidement et avec plaisir. Il est juste dommage qu’il arrive après un certain Jupiter’s Legacy dont la comparaison en nombre d’idées et de radicalisme n’ira pas en faveur de l’ouvrage de Steve Skroce. Ce n’est pas honteux tant le maître est haut et de nombreux auteurs ont fait les éloges de cet album clairement au-dessus de la moyenne mais qui n’est pas non plus le choc que certains ont annoncé. Peut-être que la suite sera plus délirante encore, c’est tout ce qu’on peut souhaiter à cette série.

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Skyward

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Comic de Joe Henderson, Lee Garbett et Antonio Fabela
Hi comics (2019) – Image (2018), 1 vol paru en France. Série achevée en 3 volumes aux USA. 136 pages/volume.

bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur fidélité.

skywardComme souvent dans les comics les illustrations de couverture et de chapitre sont très appétissantes. La série est très récente aux Etats-Unis mais comporte déjà trois volumes reliés, on peut donc s’attendre à une parution rapprochée chez l’éditeur français. La contrepartie de cette parution rapide (un chapitre par mois) c’est un dessin un peu rapide (j’y reviens plus bas). A l’intérieur c’est assez maigre côté bonus avec seulement des couvertures alternatives du dessinateur. Pas même la classique bio. On a vu mieux.

Il y a vingt ans la gravité a soudainement cessé. Depuis toute la vie humaine des survivants a changé, certains profitant de la nouvelle situation pour devenir très riches. Pour d’autres le malheur a emporté leurs proches vers l’espace et la mort. Willa était bébé lors du jour G et a vu sa mère emportée. Jeune femme optimiste, elle parcourt les cieux avec aisance pendant que son père, traumatisé, vit terré dans leur appartement. Jusqu’au jour où ils sont retrouvés par l’ancien associé de celui-ci…

Résultat de recherche d'images pour "skyward garbet"Lorsque je suis tombé sur le pitch et la couverture de cette série Image il y a quelques mois je me suis dit que l’on tenait une pépite US pour les prochaines années. L’idée juste géniale montre que les créateurs n’ont jamais fini de dénicher des concepts « et si… » très motivants. En France un album de Mickey avait déjà abordé cette idée d’une toute autre manière. Et comme souvent en matière de comics on est un peu refroidis du fait du rythme et circuit bien différent de chez nous qui implique (hors romans graphiques et projets bien spécifiques type White Knight) des dessins concentrés sur l’essentiel, une focale sur l’action et un rythme de révélations étiré entre les multiples cliffhangers.

Skyward souffle ainsi le chaud et le froid avec nos envies et le potentiel de ce projet. Les dessins d’abord. Lee Garbet a du talent et un style indéniable que l’on voit sur les couvertures et certaines planches. Malheureusement les arrières-plans sont totalement délaissés pour arriver souvent sur des fonds monocolore à la Astérix, qui font assez étrange. Il est à peu près certain qu’il s’agit là d’une économie de temps pour assurer le rythme de publication. Personnellement je ne me ferais jamais à ces impératifs qui réduisent la qualité graphique d’une série pour assouvir la fièvre de consommation des fans de comics. C’est vraiment dommage car notamment on aurait beaucoup aimé voir plus en détail les incidences matérielles de ce nouvel univers en apseanteur, hors des chaussures magnétiques et des orages.

Résultat de recherche d'images pour "skyward garbet"Du côté du scénario il en est de même. On effleure souvent des idées juste géniales (comme donc cette gestion de l’eau en apesanteur, certains comportements punks (les types qui lissent en l’air…!), la propulsion par balle et l’absence de poids ou encore la couverture des cités par des dômes… sans les voir exploitées ni visuellement ni dans le scénario. Ce dernier est ainsi assez simplifié à la relation de Willa avec son père et le grand méchant. C’est frustrant et à mettre, j’espère, sur le compte du démarrage de la série (qui ne compte que trois volumes, il ne faudra donc pas traîner!).

Cette série a beaucoup d’atouts dans sa manche et comme souvent on jugera la qualité finale au développement du hors champ, du background et au travail de l’univers. Les premiers aperçus de la suite laissent penser que l’on s’oriente vers un voyage hors villes qui donne des possibilités de gagner en graphisme et en couleurs avec les insectes qui s’annoncent majeurs pour la suite. Pour l’heure si ce premier tome n’est pas mauvais, il est extrêmement frustrant de par l’utilisation très maigre de cet univers riche en possibilités d’action et d’idées saugrenues. Espérons que les auteurs sauront se sortir de leur seul pitch aussi talentueux soit-il.

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Sushi & Baggles #22

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Exceptionnellement pas de comics sous la main du coup une spéciale manga (une fois n’est pas coutume…):

  • The promised neverland #1 (Shirai/Demisu/Kazé) – 2018, 15 vol parus (10 vol en France)

9782820332233-475x500-1mediathequeThe promised Neverland est l’un des phénomènes manga de l’année 2018 et remporte des prix au Japon depuis sa sortie en 2016. Il y a donc deux ans de décalage avec l’édition française, au rythme de cinq albums par an, que l’éditeur Kazé suit. Une série animée a commencé à être diffusée et un film live est prévu l’an prochain (… comme pour à peu près tous les mangas qui marchent bien du reste). La couverture très réussie et le titre (faisant référence au Pays perdu de Peter Pan), sont un peu trompeurs puisque la série prends plutôt comme référence les histoires d’évasion et la série Prison Break à laquelle elle m’a immédiatement fait penser. Le lecteur est en effet très surpris de découvrir le pot aux roses dès le premier chapitre: le merveilleux orphelinat plein d’amour est en fait un élevage de bétail pour des démons vivant au dehors… Objectif évasion pour trois jeunes pensionnaires qui vont passer ce premier tome à réfléchir aux risques, pièges tendus par leur « maman », les raisons de ceci ou de cela. La structure du récit faisant une grande place à l’illustratif pendant les analyses des enfants ne permet pas un grand dynamisme, l’action proprement dite étant réduite à la portion congrue. Si l’on s’adresse à un public jeunesse la seule personnalité des enfants et les discussions en mode « club des cinq » peuvent soulever l’enthousiasme. Pour des ado ou des adultes ça fait un peu court. En outre sur ce premier tome les dessins (assez petits) n’ont rien d’extraordinaires. Bilan mitigé donc pour ce premier volume au regard d’autres séries contemporaines comme Docteur Stone on Dragon ball Super. Je continuerais probablement quelques tomes pour voir mais pour l’instant pas de grand enthousiasme.

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  • Zetman #3 (Katsura/Tonkam) – 2005, série finie en 20 vol. 12 chapitres par volume.

badge numeriquezetman03Bon, je vous rassure (un peu), ce troisième volume reprends les qualités du premier en gardant ses défauts: l’histoire avance à petits pas, avec beaucoup de mystères, de gros éclats fantastiques marquants qui montrent la qualité du dessin de Katsura mais on alterne souvent entre plusieurs personnages, plusieurs moments et plusieurs intrigues que l’on devine devoir se rejoindre progressivement. Ça peut lasser à la longue si ça reste trop séparé entre les histoires du frère et de la sœur de la riche famille d’industriel et l’intrigue principale de Zet et se ses mystérieux pouvoirs. La dureté visuelle et thématique sont étonnantes et bienvenues. Bref, on sent à la lecture que la structure de l’histoire se construit progressivement et ça peut donner quelque chose d’assez bon. A noter le côté rigolo d’une époque pas si lointaine où les téléphones portables n’étaient pas des ordinateurs miniatures et les mails avaient la forme de SMS…

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  • Ex-Arm #1 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2016.

Série finie en 14 volumes (10 vol. parus en France)

couv_281534badge numeriqueEx-Arm est une série SF, voir Cyberpunk que l’on peut classer dans le registre Ecchi soft. L’inspiration évidente est Ghost in the Shell du grand Masamune Shirow, dont le concept même est repris à l’envers: ici un jeune adolescent dont le cerveau est sauvé et qui se réveille quinze ans plus tard dans cette coquille (shell)… On laisse ici de côté toutes les réflexions philosophiques voir ésotériques de Shirow pour donner un grand spectacle SF sexy, action et techno avec une fliquette mignonne, une copine androïde super forte et peu pudique et un cerveau expert en hacking de tout type. De ce que j’en ai vu on retrouve un peu du Origine de Boichi, avec un dessin plus classique mais franchement dans le haut du panier. Le dessinateur abuse bien entendu de contre-Résultat de recherche d'images pour "ex-arm tome 1 komi"plongées, de vues sur les culottes et de prétextes à dénuder les poitrines des demoiselles… ça s’adresse à un public ado japonais et c’est un peu le passage obligé. Mais ici rien de vulgaire, pas beaucoup plus coquin que pas mal de BD franco-belges, c’est bien dessiné, très rythmé et on ne s’embarrasse pas (pour une fois!) d’intrigues et de tirades interminables. Pour ce premier tome Ex-Arm est très efficace et perturbe un peu par sa construction avec des sauts temporels brefs qui créent une complexité totalement artificielle. On sent que la lecture de la préquelle one-shot Ex-Vita serait un plus permettant de connaître les deux héroïnes mais rien d’indispensable non plus. Personnellement cela fait longtemps que j’attends quelque chose de la trempe des mangas de Shirow et cette introduction à tout de l’héritière décomplexée, jolie à regarder, bourrée d’action et de thématiques typiques du Cyberpunk. Série à suivre.

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Bloodshot Reborn #2-4

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Comic de Jeff Lemire, Butch Guice, Mico Suayan, Lewis Larosa et Tomas Giorello
Bliss (2016)-Valiant (2015), série terminée en 4 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Bliss pour leur fidélité.

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badge numeriqueSuite de la saga Reborn après un premier volume brillant. Que va donner la suite de cette série en quatre volume seulement?

Disons que chaque album est très différent, et pas uniquement en matière graphique. Il est certain que Mico Suayan et Lewis Larosa mettent le niveau très haut sur les épisodes qu’ils mettent en image et comme à son habitude Valiant fait en sorte que chaque volume soit dessiné en intégralité par un même dessinateur. Ce n’est pas exactement le cas pour toutes leurs sorties récentes mais ici cela tient et c’est très agréable.

  • Résultat de recherche d'images pour "bloodshot reborn guice"Le deuxième volume est le plus faible. Le dessin très classique de Butch Guice fait très bien le job mais n’apporte pas le truc en plus qui enthousiasme sur les autres épisodes. Surtout, il clôture l’intrigue lancée par le premier tome mais sans le gros plus qu’étaient les voix intérieures de Bloodshot incarnées par la géomancienne et l’excellent Bloodsquirt. On a donc une bonne intrigue qui reprends l’enquête de l’agent Festival (quel nom!) qui cherche à en savoir plus sur le Rising Spirit Project et les bastons de Bloodshot sans le côté psychologique. Ça reste sympa mais dans la grande moyenne des comics Valiant.
  • Le troisième volume nous bouscule en nous envoyant directement trente ans dans le futur, dans une dystopie post-apocalyptique où la nano-technologie a pris le pas sur la civilisation et où une élite s’est retranchée dans des cités fortifiées et alimentées en eau. Le reste? Désertique et parcouru par des bandes sauvages… On est en plein Mad-Max ou plutôt Old-man Bloodshot (en référence au culte Old-man Logan de Mark Millar dont il reprend exactement le principe, avec un vieux Ninjak qui vient demander l’aide du soldat ultime pour sauver un monde devenu fou…). Le dessin et le découpage incroyable du grand Lewis Larosa (que l’on retrouvera sur la série suivante Salvation) font le reste pour vous mettre une bonne grosse claque dans la tronche. Un monument du niveau de l’ouvrage de Millar et Steve MacNiven, dont la seule faiblesse est de paraître comme une repompade. Mais quel plaisir de voir transposé ce concept dans l’univers Valiant!

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot reborn larosa"

  • Le quatrième volume intitulé Bloodshot Island, est une grosse baston sur une île, avec le retour de Mico Suayan aux dessins. C’est très beau (malgré un personnage de Deathmate très numérique avec des effets pas terribles) et permet de découvrir les différents bloodshot créés au travers de différentes guerres. Ce principe (déjà vu notamment sur la dernière série Ninja-K) commence à sentir le réchauffé mais ça permet au dessinateur de créer des variations sympathiques. Du reste on est dans le dialogue de bidasse testostéroné, ce n’est pas très subtile. Cet épisode permet de découvrir différentes séquences des Bloodshot passés, avec un Tomas Giorelo bien moins en forme que sur le X-O Manowar mais cela reste très agréable à lire.

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Cette série, comme on m’en avait averti le spécialiste de l’Antre des psiotiques, est l’une des meilleurs choses qu’ait produit Valiant, même si l’on peut regretter la mauvaise habitude générale à l’ensemble des comics d’en garder vraiment beaucoup  sous le coude. Beaucoup d’éléments de construction d’univers et bien peu de réponses. Le principe de Bloodshot restant celui de la manipulation conspirationniste, on se rapproche de XIII et l’on s’éloigne des fusillades bourrin avec destruction corporelle gore auxquelles nous avait habitué le tueur aux yeux rouges. On est ainsi surpris de le voir très peu mourir. Est-ce une réorientation complète ou un simple intermède? Le gros apport de cette saga est la relation amoureuse et la culpabilité de Ray Garrison (qui sera prolongée dans la suite Salvation). Sur le PRS et le GATE on n’en sait pour l’instant que bien peu, c’est dommage. Mais pour peu que la mini-série Bloodshot USA clôture enfin cet arc (je vous dis ça très vite), l’ensemble est de haut niveau et une bonne façon de découvrir en douceur les éléments de cet univers super-héroïque.

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Dans l’abîme du temps

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour cette découverte.

couv_374328Les éditions Ki-oon continuent leur adaptation des manga de Gou Tanabe sur Lovecraft avec une qualité éditoriale toujours aux petits oignons: couverture simili-cuir (… que j’aurais préféré couleur cuir comme pour les Montagnes Hallucinées), cahier couleur en début d’ouvrage, titres de chapitres en anglais et français. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage. Seule remarque, qui était difficilement corrigeable par l’éditeur français (comme pour le précédent ouvrage) les bulles n’ont pas de queue, aussi il est parfois malaisé de savoir qui parle lorsque plusieurs personnages se côtoient dans une case.

Alors qu’il donne un cours d’économie à l’université, le professeur Peaslee est victime d’un malaise. Il reprends connaissance… cinq ans plus tard et découvre qu’il a été victime d’une amnésie aussi longue, pendant laquelle son esprit a eu accès à des visions monstrueuses. A l’orée de la folie, soutenu par son seul fils aîné, il entreprend de comprendre ce qui lui est arrivé et d’où lui viennent ces visions dantesques…

Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Étonnante série que ces adaptations de Lovecraft par un mangaka que je n’aurais sans doute pas lu sur un autre sujet… Au premier abord j’avais tiqué sur les visages lors de ma lecture de la précédente adaptation. C’est le style du dessinateur et il ne changera probablement pas, aussi soit on s’y fait soit il s’avérera compliqué de continuer. Assez statiques hormis lors des séquences de sidérations (fréquentes dans le fantastique), ces personnages étaient difficiles à identifier dans le décors antarctique. Ici c’est moins problématique car nous sommes pour l’essentiel dans des décors de la Nouvelle Angleterre, des maisons et de l’université. Surtout les personnages sont réduits à Peaslee, son fils Wingate, quelques médecins et, surprise, le professeur Dyer. Cette présence (je ne sais pas s’il est cité dans la nouvelle originale) indique donc très rapidement que nous nous situons dans la suite chronologique et le même espace-temps que les Montagnes hallucinées. C’est une très bonne idée puisque cela permet de structurer les ouvrages de Tanabe comme une série à suivre, avec la révélation progressive du Mythe de Ctulhu.

Résultat de recherche d'images pour "the shadow of time tanabe"Construit en incessants aller-retour entre le voyage psychique de Peaslee dans un futur indicible (le fameux Abîme du temps) et le présent, à mesure qu’il se remémore des passages de son amnésie, l’album alterne pages classiques de l’homme ravagé par le doute, la recherche de ce qui lui est arrivé et de longues itinérances sur fonds noir dans le monde de la Grande race de Yith, laissant libre cours à la force du dessin de l’auteur sur les décors et architectures. Sur ce plan Tanabe a une vraie qualité appuyée sur la bizarrerie des formes pas toujours compréhensibles, ce qui correspond totalement à l’idée des mondes de Lovecraft où la conscience humaine ne peut interpréter ce qu’elle voit. Notamment du fait de trames dont la finesse et la précision sont pour moi du jamais vu. Cette « colorisation » par dégradés tout à fait spécifique au genre du manga Résultat de recherche d'images pour "gou tanabe shadow of time"reste particulière mais dans le domaine on atteint du très haut niveau et cela joue grandement de l’étrange en créant des reflets, des arrondis qui perturbent le regard.

Bien plus que dans les Montagnes Hallucinées racontées sur une ligne très cartésienne, nous sommes conviés à partager l’esprit d’un homme au bord de la folie, ne sachant jamais où ni quand il se situe. Le concept de créatures voyageant psychiquement sur l’espace-temps est assez fascinant et me rappelle l’un des meilleurs films de SF de ces dernières années, le Premier Contact de Denis Villeneuve qui proposait l’idée que le langage pouvait modifier la perception du temps et donc provoquer de fait une sorte de voyage temporel en distordant la réalité par la seule perception. Dès lors Gou Tanabe nous raconte l’histoire de cette race sur le même mode que le précédent ouvrage nous relatait l’histoire de la planète et des Anciens. Il n’est pratiquement pas fait référence aux divinités maudites du Mythe ici. On a une petite impression de redite par rapport à l’histoire précédente mais ce n’est pas très gênant tant l’univers est riche et le récit fluide. Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Rassemblée en un seul volume j’ai trouvé cette histoire plus concentrée et de ce fait à la fois plus facile à lire, sans temps morts et dont plutôt meilleure. Les visions ne rivalisent pas avec les incroyables cités noires de l’Antarctique mais les personnages et le récit, moins linéaire, plus intellectuel, sont supérieurs. Juste de quoi nous donner envie de replonger dans le monde de Lovecraft en espérant visiter bientôt la cité de R’lyeh…

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Sushi & Baggles #21

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  • Bloodshot reborn #1 (Lemire/Alen, Suayan, Martin/Bliss) – 2016.

badge numeriquecouv_279990J’avais chroniqué l’intégrale Bloodshot il y a environ un an avec un très bon ressenti. Avec le nombre de séries en retard chez Valiant je ne m’étais pas précipité, privilégiant Ninjak. J’ai eu tort tant ce premier volume de Bloodshot Reborn est une belle claque et pour l’instant ma meilleure lecture de l’univers Valiant! D’abord par les dessins de Mico Suayan que l’on a pu voir sur Bloodshot Salvation et Harbringer wars, est juste sublime. Je suis pourtant généralement réticent à ce genre de style souvent très figé. Ici l’expressivité, le mouvement, l’encrage sont totalement dans l’esprit de ce badass de bloodshot, c’est beau et ça crée un univers. En outre il introduit visuellement des dialogues mentaux du monstre avec le personnage de Bloodsquirt, sorte de surmoi violent en mode dessin-animé. Car ce qui fait la grande force de ce volume c’est à la fois la grande simplicité de l’intrigue et la focale mise sur la perturbation mentale de cet homme dévasté qui s’affronte avec ses pulsions intérieures entre humanité et inhumanité, entre rêve et réalité. C’est bien écrit, drôle, puissant, passionnant! L’album nous avertit qu’il s’agit de la suite directe de The Valiant, à la fin duquel [ATTENTION SPOILER] Lire la suite « Sushi & Baggles #21 »

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Shadowman (2019)

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Comic de Andy Diggle, Doug Braithwaite, Renato Guedes et Stephen Segovia
Bliss (2019) / Valiant (2018), 312 pages.

bsic journalismbadge numeriqueMerci aux éditions Bliss pour leur confiance.

couverture_shadowman8rgb-1-600x923Shadowman est l’un des premiers comics Valiant que j’ai lu et j’ai été immédiatement attiré par le côté sombre, par le charisme du méchant et par une approche graphique très artistique, notamment grâce à l’apport de Roberto de la Torre. Sur cette nouvelle série on est plus classique dans le dessin pour un traitement qui semble viser un élargissement du public. Sur ce point je dirais que l’arrivée de nouveaux lecteurs sera facilitée bien qu’il ne s’agisse pas d’un reboot à proprement parler, ce Shadowman 2019 prenant la suite directe de Rapture.

La Pie n’est plus. Après des années d’errements dans le monde des morts à la recherche de reliques pour Maître Darque, le serviteur est libéré et de retour dans notre monde. Confronté au Baron Samedi et ses plans obscures, il va devoir apprendre à connaître le Loa auquel il est attaché pour reconquérir sa puissance et combattre la société secrète qui œuvre dans l’ombre au retour de Darque…

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série marquait une sorte de descente aux enfers de Jack Boniface, hanté par un Loa, un esprit autonome du monde des morts transmis de génération en génération. L’affrontement avec le nécromant surpuissant Maître Darque se terminait par la disparition de ce dernier en même temps que l’asservissement volontaire de Shadowman sous la forme de La Pie, écumant le monde des morts. Les différentes séries Valiant ont ainsi convoqué ce personnage important sur des apparitions dans Ninjak, Bloodshot ou Rapture. Ainsi l’album commence avec l’expulsion d’un Boniface libéré de l’emprise de Darque et revenu auprès de sa chérie  Alyssia elle-même devenue la remplaçante de la sorcière Punk Mambo. On voit que les liens sont très étroits entre cette nouvelle série et la précédente, ce qui peut rendre difficile l’immersion pour les nouveaux venus. Pourtant on reste sur un schéma simple, avec la Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"société secrète cherchant à ressusciter le grand méchant, le Baron Samedi (toujours aussi cool) qui joue le rôle du vilain canard dans le panthéon des esprits, jamais vraiment méchant mais jamais vraiment fiable non plus et les deux protecteurs du Loa qui cherchent à rendre sa stabilité émotionnelle à Boniface tout en lutant contre la sœur de Darque, nouvelle méchante. On l’avait vue précédemment, la puissance maléfique de son frère avait entraîné Sandria à lier un Loa à son amant noir, ancêtre de Jack Boniface. Il y a donc une histoire de famille dans cette intrigue… qui m’a un peu déçu dans le fait de transformer cette sœur très intéressante jusqu’ici en une simple méchante manipulatrice. C’était la complexité de la famille Darque qui faisait la force de la première série. Ici c’est plutôt le passé du Shadowman et de ses précédentes incarnations qui nous est proposé.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série s’était terminée sur l’affrontement de Jack avec son père. L’intermède Rapture permettait la résolution de ce conflit intérieur. Désormais apaisé Jack Boniface, le dernier détenteur du Shadowman va pouvoir rechercher dans le passé, à l’époque de la guerre de Sécession, pendant la Prohibition, et jusqu’à l’aube des temps, l’origine de l’alliance du Loa et de l’homme au travers des différentes incarnation de Shadowman. Classiquement ces différentes époques comme les dimensions de la réalité permettent facilement à différents dessinateurs de proposer des graphismes variés. Au milieu de certaines expérimentations, Renato Guedes, dont les images du monde des mort sur Bloodshot salvation ne m’avaient pas convaincu, propose ici des pages absolument affolantes de beauté, de technicité et d’atmosphère. Si sa participation aux univers Valiant avait marqué les esprits sur X-O Manowar, je crois que ce volume est peut-être ce qu’il a proposé de plus réussi. Un très grand artiste.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman segovia"Hormis le problème sur la méchante expliqué plus haut cet album est une vraie réussite assez grand public même si les combats du Shadowman ont déjà été plus nerveux. S’il est surprenant de ne pas voir Punk Mambo (personnage original et assez central depuis plusieurs publications), le fait de revoir le personnage de Docteur Mirage est une excellente surprise tant ce personnage est sympathique et son interfaçage avec l’univers de Shadowman évident. La précédente intégrale était perturbante en ce qu’elle nous plongeait au cœur d’une intrigue déjà en cours et dont les rideaux se levaient progressivement autour des séquences sur la famille Darque. Cet nouvel album a plus la forme d’une origin story et en cela plus accessible. Comme tous les relaunch Valiant depuis quelques temps la ligne graphique est Résultat de recherche d'images pour "shadowman braithwaite 2018"somptueuse et le traitement plus grand public, au risque de tomber par moment dans la facilité classique des comics de super-héros. Il faudra attendre pour voir ce que cela peut donner, si l’ambition est affadie ou si le combat que l’on anticipe contre le retour de Darque sera mémorable avec un shadowman enfin libéré de ses tourments et en harmonie avec son Loa. Les auteurs devront trouver des aspects sombres pour maintenir l’originalité de ce personnage qui reste l’un de mes préférés de l’univers Valiant.

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