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Doggybags #17

La BD!

Dix-septième et dernier tome de la série d’anthologie créée par RUN, avec Nikho, Florent Maudoux, Diego Royer au scénario, Nikho, Allanva et Petit Rapace au dessin. Parution le 21/05/21 au Label 619 des éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

This is the end

Clap de fin pour la série phare du Label 619, qui aura su au fil des numéros s’iconiser toujours plus tout en conservant son crédo d’origine, à savoir intégrer et mettre en avant de jeunes auteurs désireux de revisiter le genre grindhouse.

Ce chant du cygne version 619 nous réserve trois histoires courtes, dans autant de genres différents: De Monocerote, Birds of a Leather et Ténéré.

Le premier chapitre nous ramène chez ces bons vieux vikings, qui se disputent, de gentille arnaque en trahison fratricide, une corne prise à une créature légendaire : la Licorne. Lui prêtant des vertus magiques, les guerriers norrois vont se la disputer égoïstement, aveuglés par leurs désirs de grandeur, avec de bien funestes résultats. Ce récit met en exergue l’avidité intrinsèque de l’homme et la toxicité de ce dernier au sein même des sociétés qu’il a érigées. Le dessin de Nikho s’est amélioré depuis Horseback 1861, mais contient toujours des approximations anatomiques, que l’on pardonne davantage sur un format court tel que celui-ci. On ne peut toutefois s’empêcher de noter que l’auteur a du recourir au script doctoring de Mathieu Bablet, ce qui, conjugué à sa marge de progression manifeste sur Horseback, nous laisse penser qu’il n’est pas encore tout à fait mûr pour se lancer en solo et livrer un album qualitatif.

Le second chapitre, nous plonge dans les méandres de la folie, à travers le regard d’Helen, une femme de sénateur vivant dans l’ombre de la défunte épouse de ce dernier, et victime d’une sorte de délire lui faisant endosser les forces totémiques des fourrures animales qu’elle aime arborer. Ce récit-là nous rappelle un cruel paradoxe qui veut que seuls les humains sont capables d’actes inhumains, les animaux, régis le plus souvent par l’instinct (mais aussi par des émotions, détrompons-nous), n’agissant quant à eux jamais par malice. Si l’on prolonge la réflexion, on s’aperçoit alors qu’il est un tant soit peu malhonnête d’affubler des caractéristiques animales à des traits exclusivement humains (les vautours pour l’opportunisme et l’ambition crasse, par exemple, ou la vanité pour le paon). Au niveau de la narration, Bird of a Leather souffre d’un certain hermétisme lors de la première lecture, mais gagne néanmoins à être lu une seconde fois pour en saisir les subtilités.

La troisième partie prend place au cœur du Sahara, où une famille de touristes inquiets et leur guide sont traqués par des Touaregs. L’attrait de cette dernière histoire réside moins dans son twist final, décelable dès les premières pages, que dans son ambiance inquiétante et son rythme enlevé.

Cette charge finale rend honneur à l’ensemble de la série sans toutefois la transcender. Ce dernier numéro nous rappelle malgré tout l’impact important du Label 619 dans le paysage éditorial français, et l’espace que laisse Doggybags, après dix ans d’existence tonitruante, devra certainement être comblé d’une façon ou d’une autre.

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Doggybags One Shot #4: Dirty Old Glory

La BD!

Histoire complète en 97 pages, écrite par Mud et dessinée par Prozeet. Parution le 23/04/2021 au sein du Label 619 d’Ankama.

La survie du plus fou

D.O.G nous plonge dans une Amérique ravagée par une nouvelle guerre civile. Après l’élection contestée du président Holster, le pays s’est embrasé dans les flammes de la dissension jusqu’à ce que six états proclament leur sédition. Cet acte à conduit le président à ordonner une intervention armée, qui a rencontré une forte résistance.

Parmi les milices encore actives, se trouve Chuck Hudson, qui a réuni autour de lui une communauté de survivants grâce à ses connaissances pointues en matière de survie. En effet, Hudson est ce que l’on nomme un « prepper« , un individu se préparant assidument à la chute des institutions et à la défaillance des structures étatiques, qui exposeront fatalement les individus à la loi du plus fort et à des dangers constants.

Parmi ses partisans les plus fervents, on trouve l’équipage du Pin-Up, un tank lourdement armé qui défend les dissidents contre les troupes du Président: Carl, Enapay, Ben, Pulp et Fritz. Lorsqu’une mission de sauvetage tourne mal, les cinq combattants vont se retrouver piégés dans leur tank, sous une montagne de débris. Commence alors pour eux un huis clos éprouvant, durant lequel chaque heure écoulée diminue d’autant leurs chances d’être secourus. Sous la pression, les personnalités vont se révéler, les secrets jalousement gardés par chacun vont refaire surface, avec des conséquences, on s’en doute, dramatiques.

What you are in the dark

Dans un pays qui s’est effondré, il n’est pas étonnant de croiser des femmes et des hommes aux destins brisés. Cependant, les apparences sont proverbialement trompeuses: les âmes les plus torturées ne sont pas celles que l’on croit. Les jours s’écoulant au sein du cercueil blindé, les failles de chacun vont se faire jour, et l’enjeu de la survie va bientôt éclipser les idéaux politiques et la camaraderie redneck.

Doggybags-One shot 4 : Dirty Old Glory – SambaBD

L’album s’ouvre sur une séquence d’action nerveuse et brutale qui donne le ton de l’album: une logique inique et cruelle, qui ne donne pas aux personnages ce qu’il leur faut, mais au lecteur ce qu’ils méritent. A l’image de sa conclusion, tout aussi cruelle et retorse, et qui s’inscrit dans la droite lignée de la collection Doggybags. Sur le plan graphique, Prozeet fait un excellent travail, qui oscille entre traitement réaliste de la violence et outrance caricaturale. Mud, vis à vis du scénario, puise encore une fois dans son vivier d’idées américaines pour créer un contexte dystopique glaçant de plausibilité. La tension du huis clos peut retomber par moments du fait des flash-back qui entrecoupent le calvaire de nos anti-héros, mais l’angoisse demeure présente sur l’ensemble de l’album malgré tout.

Dirty Old Glory mêle donc huis clos et dystopie pour livrer un nouvel album coup de poing dans l’escarcelle de Doggybags.

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Les Lames d’Ashura

Histoire complète en 180 pages, écrite et dessinée par Baptiste Pagani. Parution le 29/01/2021 aux éditions Ankama.

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Merci aux  éditions Ankama pour leur confiance.

Les Larmes de la Chourave

Le vaste territoire de Kalandra a été modernisé par l’apparition du transport ferroviaire. Reliant des régions jusque-là isolées, le train a permis des échanges commerciaux autant que culturels favorisant l’essor du pays. Cependant, si les villes ont prospéré, les steppes ont continué d’accueillir les désœuvrés et des troupes de brigands se sont mises à écumer les rails pour dévaliser les wagons de passagers et de marchandises. 

Parmi les Lames d’Ashura, on ne trouve que des femmes, à l’exception d’Osman, l’un des enfants de la matriarche qui a donné son nom à la troupe. Pillardes sauvages et expérimentées, les Lames font trembler les armateurs de trains de tout le pays. Toutefois, malgré leur réputation de farouches pirates des rails, les Lames sont à l’aube de leur plus grand schisme, une discorde meurtrière qui mettra chacune d’entre elles à l’épreuve. 

Parmi les héritiers potentiels d’Ashura, on trouve donc Osman, qui ne rêve que de quitter les steppes pour rejoindre une troupe de danseurs, Shota, au caractère spartiate et inflexible, et enfin Ikari, baroudeuse bravache et impétueuse. Le schisme prendra forme lorsque Ashura, souhaitant partir avec les honneurs avant de laisser les rênes à l’une de ses filles, va mettre sur pied une attaque ambitieuse visant une icône religieuse en or. 

Pour Shota, fervente adepte du Tigre Blanc de Duraga, c’en est trop: se retournant contre sa mère, elle provoque un putsch matricide qui aura de lourdes conséquences sur l’avenir du clan.

Alors on danse

A première vue, l’intrigue des Lames d’Ashura est en trompe-l’œil.  L’on pourrait croire le scénario centré sur Osman et son ardent désir de quitter la piraterie pour devenir danseur et vivre son rêve. Ici, pourtant, point de Billy Elliot: les camarades/sœurs d’Osman portent toutes d’emblée un regard, au pire, amusé, au mieux, admiratif sur les talents du jeune homme, qui les divertit soir après soir grâce à ses prouesses. 

L’auteur choisit donc de se départir d’une source d’opposition qui aurait pu justifier à elle seule une histoire et consacre avant tout son exposition à la découverte de l’univers fictif de Kalandra, sorte de melting-pot de plusieurs influences indo-asiatiques.

Loin de mettre le focus exclusif sur Osman, le récit devient rapidement choral, tentant de retracer les parcours fracassés de la fratrie d’Ashura, dont les membres vont s’entre-déchirer dans une thématique tout à fait shakespearienne. Alors que le pitch initial promet à Osman un conflit de loyauté, entre sa passion et sa famille, à aucun moment le jeune danseur androgyne n’a à faire de choix cornélien entre ces deux items d’égale importance pour lui, ce qui relègue finalement la passion d’Osman à un second plan, forçant Baptiste Pagani à compter en priorité sur les lignes externes d’antagonisme, à savoir la guerre entre Shota et Ikari. 

En revanche, si l’accomplissement du rêve d’Osman (intégrer la troupe du Samsara) se fait sans belligérance, il conserve un certain prix pour le héros, ce qui nous laisse penser que l’auteur n’a pas complètement perdu de vue ses thématiques. On regrette néanmoins le caractère somme toute passif du brigand-danseur, qui subit la plupart des événements durant la grande majorité de l’album (excepté lors du final où il fait un choix important).

D’un point de vue graphique, Baptiste Pagani assure avec brio une partition maîtrisée dont on perçoit sans peine l’empreinte nippone. On s’étonnera simplement dans certaines cases d’un trait plus « relâché« , sans doute du à la charge de travail importante que représente un album solo. 

Grâce aux Lames d’Ashura, Baptiste Pagani confirme son talent d’auteur complet, même si cet album laisse le lecteur sur sa faim quant aux conflits plus intimes qu’il aurait pu développer pour gagner en profondeur. 

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Trenchfoot

Troisième numéro de 80 pages de la collection Doggybags One Shot, des éditions Ankama. Mud au scénario, Nicolas Ghisalberti au dessin, parution le 15/01/2021.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

A pieds joints dans la gadoue

Habitué aux histoires délicieusement sordides, la Label 619 d’Ankama nous attend une nouvelle fois au tournant avec sa nouvelle sortie, Trenchfoot.

Trenchfoot, c’est le nom d’une sinistre bourgade Louisiane, baptisée ainsi en référence à un mal qui touchait les soldats de la Grande Guerre, dont les pieds pourrissaient littéralement à force de patauger dans les tranchées nauséabondes. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que cette contrée délaissée du bayou soit emplie d’êtres malhonnêtes, désœuvrés, et généralement vicieux.

Le vice, Sid Widow connaît. Individu peu recommandable à la trajectoire brisée, il vivote dans son patelin natal, pathétique, et coutumier de la moiteur inique dans laquelle baignent tous ses pairs. Un soir de futile privation et d’errement, Sid trouve un chien, qu’il nommera Veinard. Ce n’est bien évidemment pas la compassion qui pousse le jeune péquenaud à recueillir l’animal, mais bien l’argent qu’il pourrait se faire grâce aux combats de chiens clandestins.

Comme dans toutes les bonnes histoires de ce genre, ce choix va inexorablement entraîner une cascade d’embrouilles et de règlements de compte, dont Sid va devoir se sortir. Sa chance va néanmoins culminer lorsqu’il mettra la main sur un ticket gagnant du Méga Million, appartenant à un individu peu fréquentable.

This is a Mud’s World

Malgré la pléthore d’anti-héros qu’a offert la BD jusque là, rares sont ceux dont l’ignominie égale celle de Sid Widow. Cynique et dépourvu de qualité rédemptrice, il est de ceux qui se laissent porter par la vie tout en lui portant un regard acerbe et ingrat. Conscient de sa médiocrité, Sid navigue entre un boulot sordide et une vie vide de sens, dans un environnement crasseux qui ne fait que traduire, à la manière du Roi Pêcheur, la corruption interne de ses habitants. A moins que ce ne soit l’inverse, et que Sid ne soit en définitive que le produit de son environnement.

Pour vérifier cette assertion, il n’y a qu’à voir le désœuvrement qu’il exprime après l’acquisition de son magot: lui qui n’avait jusqu’ici aucune ambition ni aucun désir particulier, il se trouve bien incapable de savoir quoi en faire !

L’amoralité du récit, dans lequel la rétribution se fait toujours attendre, a quelque chose de jouissif et de révoltant à la fois, car les auteurs ne se posent pas en compas moral, loin de là. Au contraire, ils laissent vivre leurs personnages, poussant l’histoire jusqu’à sa suite logique en offrant un final glaçant de cynisme.

Mud et Nicolas Ghisalberti atteignent donc des sommets en mettant les deux pieds dans la fange.

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Horseback 1861

La BD!

Album de 142 pages, écrit par Hasteda et dessiné par Nikho. Série en cours. Parution le 11/09/2020 au sein du Label 619 des éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Danse avec les Rouges

A première vue, Redford Randall pourrait être votre cowboy typique: cliquetis des santiags dans la poussière du désert, moustache badass et dégaine rugueuse de ceux ayant vécu la conquête de l’Ouest. Cependant, Randall n’a pas vécu dans le même monde que nous. Son Amérique a lui n’est pas parvenue à exterminer les amérindiens, qui se sont soulevés en masse contre les colons et ont fini par former la Nation Indienne, occupant ainsi farouchement une partie du territoire Nord-américain.

Les états américains, trop occupés par cette menace pour s’écharper au cours d’une Guerre de Sécession, ont formé les États Unifiés d’Amérique, avec à sa tête un Président Clarks bien déterminé à mettre à bas la Nation Indienne.

L’album débute donc assez rapidement sur ces bases uchroniques. Randall, épuisé et marqué par l’horreur des guerres indiennes, décide de prendre enfin sa retraite et de se retirer des combats et de la chasse à la prime. Souhaitant rester auprès de sa fille Jackie, Randall crée son entreprise de convoyage, s’imaginant sillonner paisiblement le Michigan pour livrer des marchandises diverses.

Sa première livraison, commanditée par le Département de l’Agriculture, consistera en quelques caisses d’un engrais spécial, destiné aux propriétaires terriens de Californie dont les terres ont été mises à rude épreuves par les dernières saisons. Qu’à cela ne tienne, Randall mobilise sa flamboyante équipe de bras cassés pour cette livraison, mais la Randall Delivery risque de regretter d’avoir accepté cette mission…

Du sang et de l’engrais

Horseback 1861 a pour lui l’habileté avec laquelle l’auteur Hasteda manie l’uchronie, le genre fictionnel consistant à construire un univers en partant sur une modification chronologique et en tirant les conséquences logiques. Ici, c’est l’assassinat d’Abraham Lincoln, qui a lieu des années plus tôt que dans notre réalité, ce qui évite la fameuse Civil War américaine.

Le reste se construit sur le modèle du road trip, avec les péripéties que l’on peut s’attendre à trouver dans un western de ce genre. L’auteur ne boude pas son plaisir, et insère çà et là des références à d’autres œuvres western, parfois transmédia (Red Dead Redemption, par exemple), le tout mis en exergue par une violence graphique assez brute mais loin d’être outrancière.

Le casting est varié et de bonne composition, toutefois, si les héros ne s’en sortent pas trop mal en termes de caractérisation et de développement, les antagonistes, eux, souffrent d’une écriture bancale et peut-être un peu grossière. Certains sont difficilement distinguables de par leur design, d’autres sont d’un manichéisme exacerbé, d’autres encore jouent la carte complotiste sans vraiment convaincre.

Les séquences d’action manquent parfois de clarté, car elles demandent un effort supplémentaire pour distinguer tel ou tel protagoniste, même si l’ensemble du casting a droit à ses moments de bravoure. Il n’en demeure pas moins que l’ensemble manque de fluidité, rendant la lecture parfois laborieuse.

En résumé, Horseback 1861 offre un univers intéressant mêlant western et uchronie, toutefois son exécution contient quelques faiblesses pouvant entraver le plaisir de lecture.

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Doggybags 15: Mad In America

Quinzième album de la série d’anthologie du Label 619 des éditions Ankama. 120 planches réparties sur trois récits, avec RUN et Peter Klobcar au scénario, Jérémie Gasparutto, Ludovic Chesnot et Klobcar au dessin. Sortie le 29/05/2020.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

 

I had a nightmare

L’Amérique est une nation jeune, mais dont l’histoire recèle suffisamment de strates morbides pour alimenter les histoires les plus acerbes et les plus critiques. RUN et son Label 619 régurgitent ici les lieux communs des pulps et du courant Grindhouse, pour mettre en exergue le pan le plus sombre de l’histoire des États-Unis d’Amérique: le racisme, qui remonte jusqu’aux racines mêmes de cet empire hégémonique.

En effet, les États-Unis se sont bâtis grâce à des vagues successives d’immigration, à commencer par les Pionniers, et ont , comme d’autres nations dont ils ne sont finalement qu’un transfuge, tiré leur prospérité en grande partie grâce à l’esclavage des femmes et des hommes noirs dont les ancêtres avaient été extraits de leurs terres natales africaines.

Bien que l’esclavage fut aboli après la Guerre Civile, il n’en demeure pas moins que de nombreux états américains, les perdants de la guerre, ont conservé en leur sein un esprit revanchard, une défiance systématique envers le pouvoir fédéral, et bien évidemment, un racisme non dissimulé envers les citoyens noirs. Lorsqu’on construit une nation sur des bases aussi gangrénées, il n’est pas étonnant d’assister encore aujourd’hui, à des conflits sociétaux, voire à des violences.

L’autre pan historique amenant la controverse, et sur lequel ce Mad In America repose, est le rapport des États-Unis aux armes. Là encore, l’explication se retrouve dans la genèse de ce pays qui s’est construit sur la conquête et la violence, les nouveaux habitants ayant longtemps conservé le besoin de se défendre dans un vaste pays où le pouvoir bénéfique et régulateur de la Loi a eu bien du mal à s’imposer. Le droit de porter et d’utiliser des armes est inscrit dans le Second Amendement de la sacro-sainte Constitution Américaine, si bien qu’encore aujourd’hui, il est pratiquement impossible à tout dirigeant politique, tout Président qu’il fût, de contrevenir ou même d’espérer abroger cet amendement en s’opposant aux tous-puissants lobbies des armes. C’est notamment ce qui explique le nombre élevé de tueries de masse aux États-Unis. Conjuguez ces deux phénomènes (oppression des afro-américains et disponibilité des armes) et vous obtenez des rivières de sang, qui pour le coup, a toujours la même couleur, quelle que soit la personne qui le verse.

Pulp Frictions

La première histoire de ce numéro 15 de Doggybags Manhunt, nous plonge dans l’enfer marécageux du bayou de Louisiane, un soir où Sidney se retrouve, et c’est un euphémisme, en fâcheuse posture. Pris en chasse et capturé par deux rednecks, il est sur le point d’être pendu, dans ce qui s’apparente vraisemblablement à un lynchage en bonne et due forme. Toutefois, on le sait, dans le bayou, rôdent des créatures à mêmes de transformer les rednecks eux-mêmes en proie, et Sidney va devoir une fois de plus courir pour sauver sa vie.

La seconde partie, Conspi-racism, traite à la fois du racisme et de l’insidieuse thématique du complotisme. Après une nouvelle tuerie de masse dans une église, le médiatique Alex Jones, gourou abreuvant ses millions de followers de théories conspirationnistes, concocte une nouvelle sortie haineuse pour dénoncer ce qu’il pense être une manœuvre du gouvernement américain pour abroger le 2e Amendement. C’est sans compter sur l’inspecteur Witko, qui, las que ces élucubrations influencent néfastement son fils, décide de prendre les choses en main.

La troisième et dernière partie de cette anthologie s’intitule Héritage et met en scène une vengeance, comme héritage mortifère de l’histoire de l’Amérique profonde.

Les trois histoires ont en commun un ton décomplexé, des traits graphiques exagérés, confinant parfois à la caricature. Le but est sans doute de confronter le lecteur à ce qu’il y a de plus vil dans la Bannière Étoilée, et, conformément au cahier des charges de Doggybags, les auteurs n’hésitent pas à appuyer leur propos à grand renfort de gore et de violence déchaînée.

Cette quinzième excursion fantasmée dans l’horreur bien réelle du racisme en Amérique tient ses promesses, un pierre de plus à l’édifice du Label 619.

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Midnight Tales #4

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 4 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

couv_377282Fin de saison pour Midnight Tales et l’occasion d’un premier bilan de cette expérience hybride assez motivante bien qu’inégale. L’ouvrage en format comics avec couverture brochée à rabat propose comme d’habitude quatre histoires, un épilogue dessiné par Bablet, une excellente nouvelle (la meilleure des quatre volumes) et quatre articles de background et de développement thématique. Une courte biblio conclut l’ouvrage. La taille des BD est très inégale et j’ai été déçu que la meilleure (celle de Neb studio) soit la plus courte… La couverture est dessinée par Bablet comme d’habitude.

 

Kiriar20191122_140835chie (The neb studio): première petite claque avec cette histoire qui n’est pas reliée à l’ensemble mais très bien dessinée dans un style dessin-animé familier du Neb studio (qui a réalisé La valise et une section du troisième Midnight tales). Très politique, très liée à l’actualité, elle place une jeune fille dans un métro fantôme en proie à des démons l’agressant sexuellement… Rien de sexy dans ces pages mais clairement une tribune contre la violence faite aux femmes, le harcèlement et notamment ces pratiques déviantes dans le métro. C’est pertinent, très bien tourné et assez marquant.

– Maymaygwashi (Secheresse/Rizzo) – 34 p.: grosse histoire située dans les années soixante-dix avec un lac hanté par des créatures aquatiques. On est pas loin de Ctulhu et on reprend le thème de la bande de Midnight girls qui prennent des décisions rapides et se trompent parfois… J’ai beaucoup de mal avec ce dessin et les thématiques me semblent un peu redondantes. Oubliable.

20191122_140908.jpg Zoltar le magnifique (Neyef/Bablet) – 25 p.: l’histoire la plus orientée background avec la jeunesse d’un des agents spéciaux qui seront au cœur de la seconde saison. Dessin très correcte et très dynamiques, histoire simple et intéressante de surgissement démoniaque et final punchy en diable avec l’arrivée du Bourreau, force spéciale de l’Ordre qui donne lieu à une belle séquence d’action badass.

– Devil’s garden #3 (Gilbert/Bablet) : – 42 p. : le plat de résistance de l’ouvrage tombe un peu à plat avec cette vraie-fausse histoire de vampires en Roumanie. On sent l’envie de développer le thème des croyances, la magie à papa en face du vrai surnaturel, mais on passe les deux-tiers de l’histoire à suivre une bande de MG avant de voir arriver les fameuses Johnson et Sheridan qui bouclent avec le background… de très loin. Du coup on ne comprend pas bien en quoi cette troisième partie de Devil’s garden fait avancer l’intrigue… Dommage.

– Epilogue (Bablet): un peu comme pour le précédent, l’épilogue, si il nous montre à nouveau le QG des forces de Minuit et les Midnight trop puissantes retirées du jeu dans les précédents volumes, nous laisse un peu sur notre faim…

Résultat de recherche d'images pour "midnight tales neb studio"Pour conclure cette saison, ce volume est à l’image de l’ensemble, inégal et peut-être victime de sa forme hybride, voulant associer des choses compliquées à mettre ensemble. Si les séquences action et baston démoniaque sont toujours excellentes, si les textes de background sont dans l’ensemble intéressants et nous apprennent des choses, si les histoires one-shot, selon les dessinateurs qui officient, permettent d’élargir les thématiques, on a tout de même régulièrement des histoires pas franchement passionnantes ou pas très bien dessinées. La diversité des dessinateurs complique également les liaisons sur les fils rouges tissés par Mathieu Bablet avec des personnages qui reviennent mais sont parfois difficiles à reconnaître.

Je continue à trouver le projet très motivant dans cette volonté de développer un univers large qui ne soit pas que fantastique mais il faudrait penser à resserrer sur une intrigue plus suivie qui facilite la lecture au lecteur. Si c’est bien cela qui est prévu et que cette première saison avait pour objet l’immersion dans un univers c’est plutôt sur de bons rails…

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Midnight Tales #3

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 3 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Après la chronique des tomes 1 et 2 de ces histoires de l’Ordre de Minuit, voici un tome 3 spécial japon et qui semble préparer de futurs autres tomes thématiques (sur l’Inde?). La couverture est signée Bablet et présente le Kaiju d’Hiroshima. Comme d’habitude, l’intérieur sera composé de cinq courtes BD d’auteurs différents, une nouvelle et des articles de background toujours intéressants, que ce soit sur les thématiques abordées (la place des femmes au Japon, les Kaiju, l’Île fantôme) ou l’univers occulte de l’Ordre de minuit.

Mokusatsu (Pagani/Bablet): le volume s’ouvre sur une origin story avec le combat d’une équipe de Midnight girls contre le Kaiju libéré par les occultistes américaines à Hiroshima. C’est bien mené graphiquement bien qu’un peu facile (l’origine cachée des grandes catastrophes on commence à connaître…). Surtout cela va lancer toutes les autres histoires de ce volume trois qui en découleront. Les dessins de Baptiste Pagani rappellent ceux de Singelin et sont assez sympa bien que les décors atomiques d’Hiroshima laissent peu de place à la virtuosité.

20190524_225919_resized.jpgParasites (Rouzière/Bordier): nouvelle équipe, menée par la fille de l’héroïne d’Hiroshima (Kyoko), qui va combattre des Yokaï (esprits) parasites, alors que sa mère a sombré dans l’alcoolisme et rejette toute sa frustration sur la pauvre jeune fille. Pas franchement convaincu par les dessins alors que le dessinateur Thomas Rouzière présente des illustrations vraiment superbes sur son blog

Bâton de cendre (Maudoux): le comparse Maudoux propose l’histoire la plus forte à la fois graphiquement (peut-être une de ses histoires visuellement la plus réussie?) et scénaristiquement. La construction complexe est très bien menée, lisible et touchante avec ces jeunes japonaises prises entre tradition et modernité… auxquelles s’ajoute le devoir de protection qu’impose l’Ordre. Cette section symbolise totalement le projet Midnight Tales (et plus globalement celui du Label 619) d’allier pop culture et analyse des faits de société. La sensibilité de Maudoux (allez voir Vestigiales, ça vaut le coup!) sur l’altérite est toujours aussi intéressante.

20190524_230117_resized.jpg Les sœurs de Selene (Neb studio/Bablet): très jolie séquence dans un pure style Anime dessinée par les auteurs de La Valise, avec de superbes couleurs, de l’action, du bizarre, bref, du tout bon. Surtout elle ouvre beaucoup l’univers avec l’apparition de cette confrérie inconnue jusqu’ici, qui a opté pour la collaboration avec les esprits dans une sorte de refuge, et qui sont attaquées par leurs ennemies, les Magical Girls… menées par Kyoko, en suivant donc toujours cette filiation de la séquence originelle.

– Epilogue (Bablet): qui conclue cette histoire familiale de Kyoko rendant visite à la tombe de sa mère. Anecdotique mais ces quelques pages permettent de conclure joliment cet album.

 

Au final ce troisième volume des Midnight tales est assez différent des autres par son homogénéité. J’aimais bien l’idée de volumes thématiques mais (peut-être par manque de temps pour la développer) l’histoire de cette Magical Girl est finalement moins accrocheuse que les histoires de chaque séquences racontées jusqu’ici. Mathieu Bablet continue néanmoins avec ses comparses (en nous permettant de très belles découvertes!) à développer une mythologie assez riche et qui mériterait d’ici quelques temps des albums entiers. A savoir que la trame principale de la série est écrite sur plusieurs volumes et devrait se recentrer sur certains personnages maintenant que le background est installé.

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Midnight Tales #1 et #2

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2018), 2 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Ankama fait partie des éditeurs que j’aime bien car ils soignent leurs productions et lancent des projets originaux, même si je n’accroche pas avec toutes leurs publications. On a donc ici de gros volumes au format comics et papier épais non glacé, une table des matières, couverture à rabats et bibliographie pour aller plus loin. La maquette est très sympa et donne envie avec une alternance de courtes BD, de nouvelles et de textes documentaires ou pseudo-journalistiques qui participent grandement à la matière de cet univers, comme sur le Chateau des Etoiles par exemple. Une bibliographie est insérée sur le rabat à la fin des ouvrages. Hormis deux-trois pages avec un problème de chevauchement d’impression des textes (à moins que ce soit fait exprès pour l’ambiance trouble?) c’est nickel et mérite un Calvin pour l’édition.

Depuis la nuit des temps l’Ordre de Minuit rassemble les sorcières sur la planètes pour protéger notre réalité des puissances d’entre les mondes, ce qu’on appelle les esprits ou démons. En différents points du globe ces jeunes filles voient se chevaucher leurs vies personnelles, leurs difficultés et les dangers de leurs missions de protectrices. Ce sont les chroniques de l’Ordre qui vous sont relatées ici.

Chaque volume rassemble l’équipe du Label 619 dans un ensemble de BD et de contenu hétéroclite fidèle à ce que propose Ankama depuis quelques temps avec Doggy Bags et Gorcery par exemple. Le projet est chapeauté par Mathieu Bablet (qui produit presque tous les scénarii) en visant à développer un univers global autour de cette confrérie et du monde parallèle. L’originalité du projet, outre de rassembler textes et BD est de s’intéresser à des questions sociétales en différents points du monde et d’aborder les sorcières via leurs problèmes humains. Les personnages étant essentiellement des filles le focus est mis sur la perception féminine, les relations mères-filles, l’enfantement, etc. Je constate d’ailleurs que beaucoup de publications du label 619 semblent adopter ce point de vue féminin.

C’est orienté jeunes adultes et c’est particulièrement bien écrit! La maturité créative de ces jeunes auteurs est assez impressionnante, quand aux dessins si quelques cadors mettent le curseur très haut, l’ensemble est plus qu’honnête. Je ne suis pas forcément féru d’ouvrages multi-auteurs mais j’ai été totalement conquis pas le projet, son ambition et le sérieux de sa réalisation.

  • Volume 1

Le volume comprend quatre histoires de fantômes liées à l’Ordre de Minuit, une nouvelle et des articles traitant des femmes en Inde, des mythes des cités englouties, d’un type de fantôme et des sources historiques de la magie.

The last dance: la première histoire relate les aventures d’un groupe de jeunes lycéennes en proie aux problèmes de leur âge alors qu’un Esprit annonciateur de malheurs apparaît. Le dessin de Guillaume Singelin, de type manga, est très propre, dynamique et efficace. On entre bien dans ce monde de spirit slayers.

Samsara: la seconde, dessinée par Sourya voit une équipe de sorcières indiennes accompagner les âmes des morts vers leur dernier voyage. Je ne suis pas passionné pas la société indienne et suis un peu resté en retrait, même si la variation orientale des démons reste originale.

  • Nightmare from the shore: Mathieu Bablet seul aux commandes nous propose un petit apocalypse autour d’un couple d’amies un peu perturbées par leurs conditions sociales et qui passent un pacte avec un démon sorti des eaux… pour le pire. Toujours ces fascinantes pérégrinations urbaines décadentes dont il a le secret.

  • Devil’s garden #1: enfin Gax nous raconte l’histoire de la fille du Diable, Lilith, sur le point de rejoindre son géniteur alors qu’un chevalier de l’Ordre surgit pour empêcher la catastrophe. Très bonne ouverture de l’univers fantastique, un peu brouillon visuellement (l’esprit graph du Label 619, on aime ou pas) mais qui dessine de très bonnes perspectives.

  • Volume 2

Midnight-tales-volume-2-ankama-extraitWitch O’Winchester: histoire de maison hantée dessinée par le génial Florent Maudoux, la première BD du recueil nous raconte la chronique de la veuve de la famille Winchester (la carabine) contrainte de bâtir une maison tentaculaire si elle ne veut pas mourir. C’est très beau comme d’habitude même si l’on aurait aimé en savoir plus sur cette jeune guide membre de l’Ordre.

  • L’étrange cas de M. Bartholomew: des sorcières égyptiennes sont contactées par un riche occidental envoûté et rendu minuscule. L’histoire est un peu anecdotique et permet surtout de parler de la mythologie égyptienne, du monde des morts et de l’histoire coloniale de l’Egypte.

L’amulette: retour de Bablet tout seul pour une assez courte histoire qui donne lieu à quelques fascinantes visions de l’autre monde. Trop court pour être vraiment marquant mais cela permet d’introduire le plus intéressant article depuis le lancement de la série, celui sur la Society for Psychical Research.

Résultat de recherche d'images pour "mathilde kitteh midnight tales" Devil’s garden #2: la suite du précédent, dessiné cette fois par Mathilde Kitteh, nous présente une Midnight girl Thaï extrêmement puissante et qui ne parvient à contrôler son pouvoir qu’en s’épuisant dans les drogues et l’activité. Elle se retrouve contrainte de cohabiter avec l’âme de l’une de ses victimes avant l’intervention de l’Ordre. La séquence est un peu redondante mais permet de développer un peu le background de l’Ordre de Minuit.

Le volume s’achève sur une passionnante réflexion sur le passage des esprits à la religion et de la religion à la science dans l’Égypte antique.

 

La critique du T3 est ici.

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