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Doggybags 15: Mad In America

Quinzième album de la série d’anthologie du Label 619 des éditions Ankama. 120 planches réparties sur trois récits, avec RUN et Peter Klobcar au scénario, Jérémie Gasparutto, Ludovic Chesnot et Klobcar au dessin. Sortie le 29/05/2020.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

 

I had a nightmare

L’Amérique est une nation jeune, mais dont l’histoire recèle suffisamment de strates morbides pour alimenter les histoires les plus acerbes et les plus critiques. RUN et son Label 619 régurgitent ici les lieux communs des pulps et du courant Grindhouse, pour mettre en exergue le pan le plus sombre de l’histoire des États-Unis d’Amérique: le racisme, qui remonte jusqu’aux racines mêmes de cet empire hégémonique.

En effet, les États-Unis se sont bâtis grâce à des vagues successives d’immigration, à commencer par les Pionniers, et ont , comme d’autres nations dont ils ne sont finalement qu’un transfuge, tiré leur prospérité en grande partie grâce à l’esclavage des femmes et des hommes noirs dont les ancêtres avaient été extraits de leurs terres natales africaines.

Bien que l’esclavage fut aboli après la Guerre Civile, il n’en demeure pas moins que de nombreux états américains, les perdants de la guerre, ont conservé en leur sein un esprit revanchard, une défiance systématique envers le pouvoir fédéral, et bien évidemment, un racisme non dissimulé envers les citoyens noirs. Lorsqu’on construit une nation sur des bases aussi gangrénées, il n’est pas étonnant d’assister encore aujourd’hui, à des conflits sociétaux, voire à des violences.

L’autre pan historique amenant la controverse, et sur lequel ce Mad In America repose, est le rapport des États-Unis aux armes. Là encore, l’explication se retrouve dans la genèse de ce pays qui s’est construit sur la conquête et la violence, les nouveaux habitants ayant longtemps conservé le besoin de se défendre dans un vaste pays où le pouvoir bénéfique et régulateur de la Loi a eu bien du mal à s’imposer. Le droit de porter et d’utiliser des armes est inscrit dans le Second Amendement de la sacro-sainte Constitution Américaine, si bien qu’encore aujourd’hui, il est pratiquement impossible à tout dirigeant politique, tout Président qu’il fût, de contrevenir ou même d’espérer abroger cet amendement en s’opposant aux tous-puissants lobbies des armes. C’est notamment ce qui explique le nombre élevé de tueries de masse aux États-Unis. Conjuguez ces deux phénomènes (oppression des afro-américains et disponibilité des armes) et vous obtenez des rivières de sang, qui pour le coup, a toujours la même couleur, quelle que soit la personne qui le verse.

Pulp Frictions

La première histoire de ce numéro 15 de Doggybags Manhunt, nous plonge dans l’enfer marécageux du bayou de Louisiane, un soir où Sidney se retrouve, et c’est un euphémisme, en fâcheuse posture. Pris en chasse et capturé par deux rednecks, il est sur le point d’être pendu, dans ce qui s’apparente vraisemblablement à un lynchage en bonne et due forme. Toutefois, on le sait, dans le bayou, rôdent des créatures à mêmes de transformer les rednecks eux-mêmes en proie, et Sidney va devoir une fois de plus courir pour sauver sa vie.

La seconde partie, Conspi-racism, traite à la fois du racisme et de l’insidieuse thématique du complotisme. Après une nouvelle tuerie de masse dans une église, le médiatique Alex Jones, gourou abreuvant ses millions de followers de théories conspirationnistes, concocte une nouvelle sortie haineuse pour dénoncer ce qu’il pense être une manœuvre du gouvernement américain pour abroger le 2e Amendement. C’est sans compter sur l’inspecteur Witko, qui, las que ces élucubrations influencent néfastement son fils, décide de prendre les choses en main.

La troisième et dernière partie de cette anthologie s’intitule Héritage et met en scène une vengeance, comme héritage mortifère de l’histoire de l’Amérique profonde.

Les trois histoires ont en commun un ton décomplexé, des traits graphiques exagérés, confinant parfois à la caricature. Le but est sans doute de confronter le lecteur à ce qu’il y a de plus vil dans la Bannière Étoilée, et, conformément au cahier des charges de Doggybags, les auteurs n’hésitent pas à appuyer leur propos à grand renfort de gore et de violence déchaînée.

Cette quinzième excursion fantasmée dans l’horreur bien réelle du racisme en Amérique tient ses promesses, un pierre de plus à l’édifice du Label 619.

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Midnight Tales #4

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 4 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

couv_377282Fin de saison pour Midnight Tales et l’occasion d’un premier bilan de cette expérience hybride assez motivante bien qu’inégale. L’ouvrage en format comics avec couverture brochée à rabat propose comme d’habitude quatre histoires, un épilogue dessiné par Bablet, une excellente nouvelle (la meilleure des quatre volumes) et quatre articles de background et de développement thématique. Une courte biblio conclut l’ouvrage. La taille des BD est très inégale et j’ai été déçu que la meilleure (celle de Neb studio) soit la plus courte… La couverture est dessinée par Bablet comme d’habitude.

 

Kiriar20191122_140835chie (The neb studio): première petite claque avec cette histoire qui n’est pas reliée à l’ensemble mais très bien dessinée dans un style dessin-animé familier du Neb studio (qui a réalisé La valise et une section du troisième Midnight tales). Très politique, très liée à l’actualité, elle place une jeune fille dans un métro fantôme en proie à des démons l’agressant sexuellement… Rien de sexy dans ces pages mais clairement une tribune contre la violence faite aux femmes, le harcèlement et notamment ces pratiques déviantes dans le métro. C’est pertinent, très bien tourné et assez marquant.

– Maymaygwashi (Secheresse/Rizzo) – 34 p.: grosse histoire située dans les années soixante-dix avec un lac hanté par des créatures aquatiques. On est pas loin de Ctulhu et on reprend le thème de la bande de Midnight girls qui prennent des décisions rapides et se trompent parfois… J’ai beaucoup de mal avec ce dessin et les thématiques me semblent un peu redondantes. Oubliable.

20191122_140908.jpg Zoltar le magnifique (Neyef/Bablet) – 25 p.: l’histoire la plus orientée background avec la jeunesse d’un des agents spéciaux qui seront au cœur de la seconde saison. Dessin très correcte et très dynamiques, histoire simple et intéressante de surgissement démoniaque et final punchy en diable avec l’arrivée du Bourreau, force spéciale de l’Ordre qui donne lieu à une belle séquence d’action badass.

– Devil’s garden #3 (Gilbert/Bablet) : – 42 p. : le plat de résistance de l’ouvrage tombe un peu à plat avec cette vraie-fausse histoire de vampires en Roumanie. On sent l’envie de développer le thème des croyances, la magie à papa en face du vrai surnaturel, mais on passe les deux-tiers de l’histoire à suivre une bande de MG avant de voir arriver les fameuses Johnson et Sheridan qui bouclent avec le background… de très loin. Du coup on ne comprend pas bien en quoi cette troisième partie de Devil’s garden fait avancer l’intrigue… Dommage.

– Epilogue (Bablet): un peu comme pour le précédent, l’épilogue, si il nous montre à nouveau le QG des forces de Minuit et les Midnight trop puissantes retirées du jeu dans les précédents volumes, nous laisse un peu sur notre faim…

Résultat de recherche d'images pour "midnight tales neb studio"Pour conclure cette saison, ce volume est à l’image de l’ensemble, inégal et peut-être victime de sa forme hybride, voulant associer des choses compliquées à mettre ensemble. Si les séquences action et baston démoniaque sont toujours excellentes, si les textes de background sont dans l’ensemble intéressants et nous apprennent des choses, si les histoires one-shot, selon les dessinateurs qui officient, permettent d’élargir les thématiques, on a tout de même régulièrement des histoires pas franchement passionnantes ou pas très bien dessinées. La diversité des dessinateurs complique également les liaisons sur les fils rouges tissés par Mathieu Bablet avec des personnages qui reviennent mais sont parfois difficiles à reconnaître.

Je continue à trouver le projet très motivant dans cette volonté de développer un univers large qui ne soit pas que fantastique mais il faudrait penser à resserrer sur une intrigue plus suivie qui facilite la lecture au lecteur. Si c’est bien cela qui est prévu et que cette première saison avait pour objet l’immersion dans un univers c’est plutôt sur de bons rails…

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Midnight Tales #3

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 3 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Après la chronique des tomes 1 et 2 de ces histoires de l’Ordre de Minuit, voici un tome 3 spécial japon et qui semble préparer de futurs autres tomes thématiques (sur l’Inde?). La couverture est signée Bablet et présente le Kaiju d’Hiroshima. Comme d’habitude, l’intérieur sera composé de cinq courtes BD d’auteurs différents, une nouvelle et des articles de background toujours intéressants, que ce soit sur les thématiques abordées (la place des femmes au Japon, les Kaiju, l’Île fantôme) ou l’univers occulte de l’Ordre de minuit.

Mokusatsu (Pagani/Bablet): le volume s’ouvre sur une origin story avec le combat d’une équipe de Midnight girls contre le Kaiju libéré par les occultistes américaines à Hiroshima. C’est bien mené graphiquement bien qu’un peu facile (l’origine cachée des grandes catastrophes on commence à connaître…). Surtout cela va lancer toutes les autres histoires de ce volume trois qui en découleront. Les dessins de Baptiste Pagani rappellent ceux de Singelin et sont assez sympa bien que les décors atomiques d’Hiroshima laissent peu de place à la virtuosité.

20190524_225919_resized.jpgParasites (Rouzière/Bordier): nouvelle équipe, menée par la fille de l’héroïne d’Hiroshima (Kyoko), qui va combattre des Yokaï (esprits) parasites, alors que sa mère a sombré dans l’alcoolisme et rejette toute sa frustration sur la pauvre jeune fille. Pas franchement convaincu par les dessins alors que le dessinateur Thomas Rouzière présente des illustrations vraiment superbes sur son blog

Bâton de cendre (Maudoux): le comparse Maudoux propose l’histoire la plus forte à la fois graphiquement (peut-être une de ses histoires visuellement la plus réussie?) et scénaristiquement. La construction complexe est très bien menée, lisible et touchante avec ces jeunes japonaises prises entre tradition et modernité… auxquelles s’ajoute le devoir de protection qu’impose l’Ordre. Cette section symbolise totalement le projet Midnight Tales (et plus globalement celui du Label 619) d’allier pop culture et analyse des faits de société. La sensibilité de Maudoux (allez voir Vestigiales, ça vaut le coup!) sur l’altérite est toujours aussi intéressante.

20190524_230117_resized.jpg Les sœurs de Selene (Neb studio/Bablet): très jolie séquence dans un pure style Anime dessinée par les auteurs de La Valise, avec de superbes couleurs, de l’action, du bizarre, bref, du tout bon. Surtout elle ouvre beaucoup l’univers avec l’apparition de cette confrérie inconnue jusqu’ici, qui a opté pour la collaboration avec les esprits dans une sorte de refuge, et qui sont attaquées par leurs ennemies, les Magical Girls… menées par Kyoko, en suivant donc toujours cette filiation de la séquence originelle.

– Epilogue (Bablet): qui conclue cette histoire familiale de Kyoko rendant visite à la tombe de sa mère. Anecdotique mais ces quelques pages permettent de conclure joliment cet album.

 

Au final ce troisième volume des Midnight tales est assez différent des autres par son homogénéité. J’aimais bien l’idée de volumes thématiques mais (peut-être par manque de temps pour la développer) l’histoire de cette Magical Girl est finalement moins accrocheuse que les histoires de chaque séquences racontées jusqu’ici. Mathieu Bablet continue néanmoins avec ses comparses (en nous permettant de très belles découvertes!) à développer une mythologie assez riche et qui mériterait d’ici quelques temps des albums entiers. A savoir que la trame principale de la série est écrite sur plusieurs volumes et devrait se recentrer sur certains personnages maintenant que le background est installé.

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Midnight Tales #1 et #2

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2018), 2 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Ankama fait partie des éditeurs que j’aime bien car ils soignent leurs productions et lancent des projets originaux, même si je n’accroche pas avec toutes leurs publications. On a donc ici de gros volumes au format comics et papier épais non glacé, une table des matières, couverture à rabats et bibliographie pour aller plus loin. La maquette est très sympa et donne envie avec une alternance de courtes BD, de nouvelles et de textes documentaires ou pseudo-journalistiques qui participent grandement à la matière de cet univers, comme sur le Chateau des Etoiles par exemple. Une bibliographie est insérée sur le rabat à la fin des ouvrages. Hormis deux-trois pages avec un problème de chevauchement d’impression des textes (à moins que ce soit fait exprès pour l’ambiance trouble?) c’est nickel et mérite un Calvin pour l’édition.

Depuis la nuit des temps l’Ordre de Minuit rassemble les sorcières sur la planètes pour protéger notre réalité des puissances d’entre les mondes, ce qu’on appelle les esprits ou démons. En différents points du globe ces jeunes filles voient se chevaucher leurs vies personnelles, leurs difficultés et les dangers de leurs missions de protectrices. Ce sont les chroniques de l’Ordre qui vous sont relatées ici.

Chaque volume rassemble l’équipe du Label 619 dans un ensemble de BD et de contenu hétéroclite fidèle à ce que propose Ankama depuis quelques temps avec Doggy Bags et Gorcery par exemple. Le projet est chapeauté par Mathieu Bablet (qui produit presque tous les scénarii) en visant à développer un univers global autour de cette confrérie et du monde parallèle. L’originalité du projet, outre de rassembler textes et BD est de s’intéresser à des questions sociétales en différents points du monde et d’aborder les sorcières via leurs problèmes humains. Les personnages étant essentiellement des filles le focus est mis sur la perception féminine, les relations mères-filles, l’enfantement, etc. Je constate d’ailleurs que beaucoup de publications du label 619 semblent adopter ce point de vue féminin.

C’est orienté jeunes adultes et c’est particulièrement bien écrit! La maturité créative de ces jeunes auteurs est assez impressionnante, quand aux dessins si quelques cadors mettent le curseur très haut, l’ensemble est plus qu’honnête. Je ne suis pas forcément féru d’ouvrages multi-auteurs mais j’ai été totalement conquis pas le projet, son ambition et le sérieux de sa réalisation.

  • Volume 1

Le volume comprend quatre histoires de fantômes liées à l’Ordre de Minuit, une nouvelle et des articles traitant des femmes en Inde, des mythes des cités englouties, d’un type de fantôme et des sources historiques de la magie.

The last dance: la première histoire relate les aventures d’un groupe de jeunes lycéennes en proie aux problèmes de leur âge alors qu’un Esprit annonciateur de malheurs apparaît. Le dessin de Guillaume Singelin, de type manga, est très propre, dynamique et efficace. On entre bien dans ce monde de spirit slayers.

Samsara: la seconde, dessinée par Sourya voit une équipe de sorcières indiennes accompagner les âmes des morts vers leur dernier voyage. Je ne suis pas passionné pas la société indienne et suis un peu resté en retrait, même si la variation orientale des démons reste originale.

  • Nightmare from the shore: Mathieu Bablet seul aux commandes nous propose un petit apocalypse autour d’un couple d’amies un peu perturbées par leurs conditions sociales et qui passent un pacte avec un démon sorti des eaux… pour le pire. Toujours ces fascinantes pérégrinations urbaines décadentes dont il a le secret.

  • Devil’s garden #1: enfin Gax nous raconte l’histoire de la fille du Diable, Lilith, sur le point de rejoindre son géniteur alors qu’un chevalier de l’Ordre surgit pour empêcher la catastrophe. Très bonne ouverture de l’univers fantastique, un peu brouillon visuellement (l’esprit graph du Label 619, on aime ou pas) mais qui dessine de très bonnes perspectives.

  • Volume 2

Midnight-tales-volume-2-ankama-extraitWitch O’Winchester: histoire de maison hantée dessinée par le génial Florent Maudoux, la première BD du recueil nous raconte la chronique de la veuve de la famille Winchester (la carabine) contrainte de bâtir une maison tentaculaire si elle ne veut pas mourir. C’est très beau comme d’habitude même si l’on aurait aimé en savoir plus sur cette jeune guide membre de l’Ordre.

  • L’étrange cas de M. Bartholomew: des sorcières égyptiennes sont contactées par un riche occidental envoûté et rendu minuscule. L’histoire est un peu anecdotique et permet surtout de parler de la mythologie égyptienne, du monde des morts et de l’histoire coloniale de l’Egypte.

L’amulette: retour de Bablet tout seul pour une assez courte histoire qui donne lieu à quelques fascinantes visions de l’autre monde. Trop court pour être vraiment marquant mais cela permet d’introduire le plus intéressant article depuis le lancement de la série, celui sur la Society for Psychical Research.

Résultat de recherche d'images pour "mathilde kitteh midnight tales" Devil’s garden #2: la suite du précédent, dessiné cette fois par Mathilde Kitteh, nous présente une Midnight girl Thaï extrêmement puissante et qui ne parvient à contrôler son pouvoir qu’en s’épuisant dans les drogues et l’activité. Elle se retrouve contrainte de cohabiter avec l’âme de l’une de ses victimes avant l’intervention de l’Ordre. La séquence est un peu redondante mais permet de développer un peu le background de l’Ordre de Minuit.

Le volume s’achève sur une passionnante réflexion sur le passage des esprits à la religion et de la religion à la science dans l’Égypte antique.

 

La critique du T3 est ici.

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