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Festival des gazettes#2: Le Château des étoiles/La Gazette du Château

Je suis un grand fan des éditions au format Gazette (vous pouvez retrouver sur le blog la quasi intégralité des épisodes du Château des étoiles, du Château des animaux et du Sang des Cerises de Bourgeon). Cette année marque un changement important pour deux d’entre elles. La périodicité, pour la série star de Delep et Dorison (qui a raflé plusieurs prix cette fin/début d’année), avec un retour à la normale après une parution chaotique des épisodes du premier volume. Et l’arrivée d’une série parallèle pour le Château des étoiles, scénarisée par un Alain Ayroles qu’on a adoré sur le scénario des Indes Fourbes. Si vous ne connaissiez pas ces éditions il est toujours temps d’embarquer sur ces très grands formats agrémentés de rédactionnels immersifs très réussis

  • Le château des étoiles #13: Terres interdites, suivi de Les chimères de vénus 1/5. Parution mensuelle.

Edition « interplanétaire » regroupant Le château des étoiles et Les chimères de vénus.

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Je ne tarie pas d’éloges sur les éditions Rue de sèvres qui font un formidable boulot depuis quelques années. Une fois n’est pas coutume l’augmentation ni vu ni connu des gazettes de cinquante centimes ne fait pas plaisir. On me dira que la pagination augmente avec l’arrivée de deux histoires dans chaque fournée mais bon…

La guerre contre les martiaux bat désormais son plein avec un corps expéditionnaire prussien qui fait des ravages sur une population dotée de pouvoirs psychiques mais pacifiste. Les propriétés physiques de la planète et de l’Ether contrecarrent cependant les plans des allemands dont certains commencent à douter de l’honnêteté des objectifs du régime. La migration vers le pôle continue et l’on nous reparle du Château des étoiles du roi… Pendant ce temps sur Terre les capitalistes français préparent la colonisation de Vénus, où la Nature reste relativement indomptable… Si la BD d’Alice continue son bonhomme de chemin, la nouvelle venue change assez franchement et le ton et le graphisme pour se tourner vers un style très proche du design des films d’animation Disney. Pas forcément ce que je préfère mais ça reste agréable à lire et très bien écrit en permettant une respiration par le changement de camp (partie de France, la série est depuis restée très centrée sur le monde germanique) et de thématiques. Plutot un bon point pour cette série dérivée et le format gazette permet de limiter e risque d’une série parallèle, toujours dangereuse à lancer.

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  • La gazette du château #4 (3° année, janvier 2020) – Parution trimestrielle:

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A l’inverse du précédent, celui des animaux baisse de cinquante centimes avec une baisse de pagination… Les voies de l’édition sont décidément impénétrables. Le seuil de 3€ pour 1/3 d’album non relié me semble un ratio à ne pas dépasser. Cette nouvelle année Casterman ne s’engage pas sur une périodicité de sa gazette, échaudé par un très gros retard sur les précédentes. Vu le rendu final de Delep on serait malhonnêtes de râler et je pense que cette solution est plus sage et plus rassurante pour tout le monde. Le prochain épisode est néanmoins annoncé pour mai.

On retrouve donc Misse B et ses amis lapin et rat à la tête d’une révolte qui a bien ébranlé l’assurance du pouvoir dictatorial du président Silvio. L’hiver arrive et passé l’effet de surprise, il devient nécessaire de convaincre les animaux du pouvoir de la non-violence et d’actions des plus intelligentes…. Si les rédactionnels de la première saison étaient très agréables à lire, je trouve que l’esprit « propagande années trente » perd l’effet nouveauté et tourne un peu en rond avec une simple reprise textuelle de ce qui se passe dans l’album. IL serait bien que les auteurs développent le background, le hors-champ afin que cette édition enrichisse vraiment la série. En attendant c’est toujours aussi (plus?) magnifique, notamment dans la gestion des couleurs et textures. Delep est un véritable virtuose, les textes de Dorison font mouche et on est toujours happés par cette série qui se révèle ici une suite quasi officielle de la Ferme des animaux. On se demandait, c’est confirmé!

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Actualité·BD·Edition

Actu: grève des auteurs BD à Angoulême

Actu

Le quarante-septième festival international de la BD d’Angoulême s’est clôturé hier et l’on peut dire que cette année a été historique par l’irruption du mouvement de contestation des auteurs dans ce grand événement médiatisé. Ceux qui suivent l’actualité littéraire savent que depuis plusieurs années la profession s’organise pour faire remonter des revendications argumentées auprès des décideurs et assumer un bras de fer avec des éditeurs dont le secteur économique se concentre chaque année plus avant. Ainsi, outre les tribunes (notamment celle, remarquée, du directeur artistique du festival), un « débrayage » a eu lieu samedi avec une manifestation très remarquée. Sur les Résultat de recherche d'images pour "manifestations auteurs angoulême""réseaux sociaux certains festivaliers s’agacent de ce mode d’action… je ne ne peux pour ma part que constater la conjonction d’une grogne nationale de plus en plus visible et radicale et de mouvements (comme celui des auteurs, mais c’est loin d’être la seule profession dans ce cas) voyant leur situation devenir de plus en plus précaire. Il est très compliqué de savoir la réalité, tant les situations sont diverses, la pudeur (ou le mensonge) des uns et des autres (auteurs, éditeurs) n’aidant pas à savoir qui touche quoi. Le grand public ne peux que regarder les phénoménaux chiffres de vente des grandes séries en imaginant difficilement que même sur une logique de « ruissellement » les auteurs n’en bénéficient pas. Le problème c’est que la profusion de sorties entraîne, ce n’est pas nouveau), une baisse des tirages, des ventes par album et mécaniquement une concentration des achats sur les grosses séries. Dans un modèle libéral (littéralement « non réglementé »), comme dans tous les autres secteurs, un oligopole économique débouche sur l’enrichissement de ceux qui vendent déjà bien et un appauvrissement d’une majorité. Se pose alors la question du rôle des éditeurs.Renaud Scheidt

La tribune du directeur du festival pointe des éléments intéressants que je rejoins (à mon très modeste niveau) en notant seulement un angle mort, celui de la lecture numérique. Adepte de ce type de lecture via la plateforme Iznéo (vrai modèle économique vertueux s’apparentant à l’idée d’une licence globale) pour des raisons très pratiques, je constate que ce mode de lecture plait et marche sans doute bien mieux que celui de la lecture de romans dont les éditeurs n’ont jamais voulu et qui reste à des tarifs incompréhensibles au regard du papier. J’imagine que les éditeurs objecteront que les chiffres de consommation du numérique sont sans commune mesure avec ceux du papier, mais entre l’amélioration des coûts d’impression (très attentif à la fabrication des ouvrages je remarque que nombre d’éditeurs, pas toujours gros, tirent en Europe si ce n’est en France), les ventes numériques et les chiffres globaux, la question de leur stratégie se pose. Depuis plus de dix ans l’édition française est tirée par la BD. Avec cet afflux d’argent, un éditeur doit-il fournir au lecteur ce qu’il demande ou lui proposer des nouveautés? Jamais autant de séries commerciales n’ont vu le jour (entre les séries soleil, les labels Luc Ferry ouvrant les portes de l’Education Nationale et les séries thématiques), ce qui signifie qu’elles vendent bien. Sans juger de la qualité artistique, on peut bien parler de commercial. Si le réseau d’éditeurs doit permettre l’expérimentation et l’émergence de jeunes (souvent chez de petits éditeurs avant de monter), je pense que l’éditeur a un rôle à jouer sur l’orientation des financements, vers un plus petit nombre d’albums sortis afin de consolider la rémunération des artistes. Ce qui posera la question à la corporation de la difficulté pour un jeune à commencer une carrière. Il semble compliqué (hormis à subventionner massivement, ce qui est plus ou moins demandé par certains acteurs) d’avoir et l’un et l’autre. Boris Golzio

Au-delà de la question, technique, des retraites d’une profession indépendante fragile (sujet qui rejoint la question générale de la réforme du gouvernement), le mode de rémunération est le sujet discuté par la profession et sur lequel on n’a que peu entendu les grande éditeurs, hormis à pousser des cris d’orfraie en disant qu’ils ne veulent pas financer seuls… comme tout patron qui se respecte. La question de la rémunération de la présence des auteurs en salons est réelle: si l’on considère que c’est l’auteur qui fait venir le public et non l’éditeur, les ventes réalisées sur le salon se font sur une personne présente bénévolement. Cela semble aberrant et assez simple à régler. Pour peu qu’un rapport de force soit installé. D’où la grève des auteurs. La boucle est bouclée… On imagine mal ce gouvernement imposer au patronat (pas plus à celui de la BD que de l’industrie) un tel financement. L’idée d’un paiement des dédicaces sur le modèle américain reviendrait à taper un lectorat qui peut effectivement assumer cela mais au risque de voir baisser sa capacité d’achat. Ce serait une fausse solution qui aurait pour seul mérite de sortir les éditeurs de l’équation… ce qui peut paraître pour le moins décalé. L’Etat a comme toujours un rôle à jouer, sur la fiscalité des rémunérations annexes par exemple. Mais la balle me semble bien dans le camp des éditeurs qui doivent lâcher du leste pour retrouver un équilibre économique et artistique.Witko

Dans cette histoire le lecteur de BD a un rôle, celui d’être vigilant et d’accompagner tout ce qui déconcentre l’édition, notamment les financements participatifs et s’interroger sur l’assistance à la prolongation de séries qui ne durent que par l’apport d’argent qu’elles engendrent en provoquant des aberrations de plus en plus fréquentes d’albums qui n’auraient jamais du voir le jour. L’article pointe également la baisse des ventes de frano-belge et la hausse des deux autres secteurs, ce qui ne m’étonne en rien. Dans mon activité de blogueur j’ai très souvent lu des avis de lecteurs trouvant tel album (les Indes Fourbes pour ne pas le nommer) ou la BD franco-belge en général trop chère. J’ai toujours trouvé cela surprenant de la part de lecteurs qui achètent des séries souvent longues à 7-9€ l’album. Je comprend l’argument prix/page mais si chacun peut préférer la BD japonaise, américaine ou franco-belge, je trouve l’argument financier un peu léger (n’hésitez pas à m’interpeller en commentaires si vous vous sentez concerné, ça m’intéresse!). Ainsi le consommateur de BD (je sais c’est un gros mot mais c’est une réalité que je m’applique…) doit être conscient de son rôle comme acteur économique. Leurs achats permettent surtout à de petits éditeurs d’apparaître avec un budget léger reposant sur le seul achat de licences étrangères. Editeurs qui sont la plupart du temps rachetés assez vite par un gros… Voici donc une conclusion inattendue à ce billet d’actu: j’invite tous les lecteurs de comics et de manga à s’intéresser à la BD franco-belge dans laquelle ils trouveront des choses fabuleuses et souvent très proches de ce qu’ils connaissent.

Voir le site sur l’année de la Bande décimée.

Pour finir sur une note plus artistique, je vous colle ci-dessous le palmarès de l’édition 2020 du festival:

Découvrez le palmarès 2020 !

BD·Edition

Les financements participatifs en BD

ActuA l’heure où les réseaux sociaux et internet en général bruissent autour des problématiques de droit d’auteur, de surproduction du livre alors même que la BD est (depuis des années maintenant) un secteur moteur  de l’Edition, les projets de financement participatif se multiplient, à mon grand plaisir. Ce système est à mon sens une des incarnations du renouveau démocratique du système capitaliste dans lequel nous nous mouvons et une des avancées majeures permises par internet. Pour ceux qui ne connaissent pas ce que les anglo-saxons appellent « crowdfunding », il s’agit ni plus ni moins de couper court à tout intermédiaire (ou presque) en lançant (pour un auteur, pour un petit éditeur, pour un projet spécifique) un appel à financement directement auprès des clients. C’est la base du système boursier en quelque sorte mais revenu à une taille maîtrisable et limitée par des participations indiquées en différentes catégories.

Les plateformes de financement participatif sont nombreuses: le porteur du projet pose un délai pour atteindre un objectif financier, avec des paliers de participation liés à des récompenses. C’est là où c’est le plus intéressant car cela permet d’aller généralement pour un album BD de la cotisation minimum avec le pdf de l’album à la plus classique 1 album + son nom dedans etc, jusqu’aux paliers collector incluant des bisous de l’auteur, un carambar dédicacé et que sais-je autres joyeusetés. Surtout le projet prévoit généralement une montée en gamme pour le produit proposé, avec une qualité de papier, vernis sélectif, fourreau etc selon que l’on atteint 150%, 200%, … Ceci permet d’impliquer tout le monde sans distinguer les gros contributeurs des petits puisqu’au final tout le monde aura un produit plus ou moins qualitatif selon le nombre de participants.

Capture.PNGPar exemple le projet d’art-book de Pierre-Mony Chan, très talentueux dessinateur de la série Cross-Fire dons les expériences avec ses éditeurs ont été difficiles et qui a atteint 1106% lors de sa clôture. Visiblement l’auteur avait anticipé le succès et les incertitudes portaient surtout sur la qualité finale du package. S’il permet de financer en totalité de beaux projets, le financement participatif implique aussi pour le porteur de réaliser toute la fabrication des fichiers et la recherche d’imprimeur… ce qui semble du reste être le lot de la plupart des auteurs de BD et qui peut les pousser à se passer d’un éditeur.

Mon chouchou Ronan Toulhoat, pourtant bon vendeur de séries grand public, passé sans difficultés d’Akileos, petit éditeur qui l’a lancé et a vu sa notoriété monter grâce à Block 109 ou le Roy des Ribauds chez Dargaud, a lancé un projet perso d’artbook sur le thème du western, auquel j’ai participé. Il n’a franchi que le second palier sur quatre, ce qui exclue l’impression améliorée. Tant pis… La page du projet permet en outre un véritable échange et work in progress  avec un artiste et nous donne à voir les étapes d’un travail qui habituellement est dans l’ombre jusqu’à l’arrivée en librairie.Capture du 2019-07-24 18-25-09.pngL’éditeur Sandawe a fonctionné pendant dix ans sur ce principe, proposant des projets d’auteurs que les « édinautes » finançaient, ce qui permettait de déterminer quel projet allait aboutir ou non. Plus que du financement participatif il s’agissait d’une formule mixte de co-édition avec les acheteurs finaux. D’excellentes séries comme Dessous ou Sara Lone ont ainsi vu le jour et permis à des auteurs de naître sur le marché très concurrentiel de la BD. L’éditeur a malheureusement cessé son activité au printemps dernier sans que cela ne remette pourtant en question la viabilité de ce modèle.

Plus récemment l’éditeur Kamiti (qui est mon partenaire sur le blog et dont les projets sont remarquablement variés et matures) a lancé un financement sur la plateforme Ulule afin de minimiser ses risques sur le tome 2 de l’ambitieuse série SF Red Sun dont le premier volume m’avait fait très bonne impression. Dessinée par la « débutante » et pourtant très impressionnante Alessandra de Bernardis  et scénarisée par Stephane Louis (auteur de nombreuses BD SF et d’aventure chez Soleil-Delcourt notamment) la série a son prochain tome (à paraître en 2020) garanti avec déjà 150% atteints mais je vous invite à y participer pour découvrir cette BD soutenir l’initiative d’un petit éditeur qui peine à voir ses albums placés sur les présentoirs des librairies face au renouvellement incessant des gros catalogues d’éditeurs…

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J’ai constaté que auteurs comme éditeurs semblent particulièrement attirés par cette formule pour les art-book, ce qui semble logique étant donné le marché de niche que cela représente et le caractère relation-fans que le processus enclenche autour d’un objet justement destiné aux personnes particulièrement amatrices d’un dessinateur.

A noter que le blogueur Yradon soutient une grande quantité de projets et en parle régulièrement sur son blog dans une rubrique dédiée. Je suis impressionné par son activisme et trouve formidable que la blogosphère puisse ainsi aider le travail artisanal à petite échelle par des passionnés et pour des passionnés! Maintenant vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Bilan·Edition·Littérature·Numérique

Amazon et les librairies

ActuUne fois n’est pas coutume je vous propose un billet de fonds sur le problème de la librairie et globalement du marché de la création graphique, avec chaque fois depuis pas mal d’années maintenant un acteur majeur (… titanesque) au cœur d’à peu près tous les débats au point d’empêcher de réfléchir: Amazon.

Comme bibliothécaire je connais bien le sujet des acteurs du numérique et de la diffusion du contenu sur internet. Depuis que je bosses  le grand méchant loup Google est montré du doigt par-ce que vous allez voir quand il sera tout seul il passera tout payant et ce sera l’horreur et on sera tous clients et les créateurs n’auront plus un rond etc. En attendant, sans être naïf sur la nature de l’ogre en question, je constate que hormis sur la question environnementale (et fiscale) avec ses fermes de serveurs qui font fondre la glace du pôle, Google a basé depuis le début son modèle économique sur la semi-gratuité et surtout l’omniprésence quel qu’en soit le coût pour lui. Il veut être indispensable et l’est devenu. En attendant il numérise à tour de bras, crée des bibliothèques numériques, des musées, des planisphères à la puissance dingue et tout ça gratuitement pour le commun des mortels (ou pour les Etats). Je ne parlerais pas des revenus qu’il génère sur les données personnelles, c’est un autre débat.Résultat de recherche d'images pour "usine amazon"

Amazon en revanche est ce qu’on peut appeler un vampire. Même objectif (être omniprésent), sauf qu’en matière de nuisance, en France on a des librairies, on est très attachés au livre papier et Amazon tue les librairies. Blam, c’est envoyé… mais plus précisément? On a régulièrement des appels de libraires ou de membres du gouvernement qui crient au loup contre le grand méchant Amazon. Alors oui c’est vrai Amazon bouffe les parts de marché des petits libraires. La librairie est un secteur difficile avec de très petites marges qui créent une vulnérabilité très grande aux aléas économiques. Mais la librairie est aussi une entreprise avec les impératifs de gestion et son insertion dans la loi de l’offre et de la demande. Historiquement très soutenu par les pouvoirs publics, ce secteur a un statut à part qui pose question: est-il public ou privé?

Premier élément: la loi. La France a une relation particulière au livre depuis la loi fondatrice de Jack Lang sur le prix unique qui interdit toute concurrence tarifaire et oblige Amazon ou Carrefour à vendre au même prix que La Librairie de la fontaine de votre commune. Sauf que la loi ça doit évoluer car la société évolue et se créent des fissures dans lesquelles s’engouffrent allègrement les vampires. Exemples: lorsque Amazon vend un petit classique comme Phèdre à 2.50€ avec frais de port gratuit, qui peut croire qu’il ne s’agit pas de vente à perte? Amazon n’est pas en cause, c’est un vampire et la nature du vampire est de se nourrir. En revanche comment se fait-il qu’aucune administration ne retape le vendeur pour non respect de la loi? Or on touche là le cœur du problème puisque le jour où les frais de port seront payants sur Amazon, personne n’aura plus d’intérêt à acheter sur Amazon que chez le libraire du coin… pour peu que ce dernier fasses le job.

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Ensuite la plateforme. Cela fait plusieurs années que des initiatives appuyées par le ministère sont lancées pour mutualiser les catalogues des petites librairies. Entre Chez mon libraire, feu 1001 libraires et le nouveau www.lalibrairie.com, l’idée est la même: mutualiser en permettant de récupérer gratuitement l’ouvrage chez son libraire de proximité. Malheureusement certains « détails » font tiquer, comme les délais réels de livraison, la limite du catalogue, absence d’appli, l’absence de remise ou carte de réduction (les fameux 5%). Considérant souvent que les consommateurs amoureux du livre doivent avoir une consommation solidaire et faire l’effort, ils oublient qu’il s’agit d’un secteur concurrentiel et qu’ils doivent apporter une plus-value… pourtant évidente par rapport à des plateformes numériques comme FNAC.com ou Amazon. La logistique ne devrait pas être un problème. Aujourd’hui un libraire doit être en mesure de fournir un ouvrage sous 7 jours maximum, fidéliser son client avec des remises et être capable de conseiller. Combien de fois me suis-je vu retourner un simple » je ne l’ai pas » en demandant une BD de plus de 2 ans…Résultat de recherche d'images pour "libraire sympa"

Enfin, vous, chers lecteurs! On parle souvent du pouvoir du consommateur pour faire changer les choses. J’y crois fermement et si on ne peut faire porter au seul acheteur la responsabilité de faire grossir Amazon, il a celle de s’interroger cinq secondes sur la nécessité de cliquer sur une commande Amazon. Personnellement j’utilise la plateforme comme panier permanent où je peux ajouter très rapidement des ouvrages que j’irais commander chez mon libraire réel. Les gros lecteurs ont souvent une PAL copieuse qui ne justifie pas un besoin de recevoir un ouvrage dans sa boite sous 24h. J’habite à la campagne mais peux aller régulièrement sur Lyon chercher ma liste de BD et je crois que c’est le cas de la majorité des lecteurs. On ne peut demander aux lecteur d’être tous des militants de la cause des librairies, mais une consommation raisonnable ne vous coûtera rien et participera à contrôler le vampire qui se joue allègrement du droit du travail et de l’impôt. Et puis si certaines librairies sont un peu feignantes, la majorité sont tenues par des passionnés qui se feront un plaisir de vous faire découvrir plein de trucs, par exemple de passer du Manga à la BD ou de Satrapi à Jim Lee…

Voilà, j’espère que je vous aurais convaincu à réfléchir sur votre « consommaction » et que vous retrouverez le plaisir d’aller papoter avec un libraire et y dénicher des achats imprévus! Par exemple ce que je vais vous faire découvrir dès samedi avec un nouveau Sushi & Baggles

BD·Edition·Graphismes

Interview: Bones

L’excellente découverte de la série Dessous que j’ai chroniqué mercredi m’a donné envie d’en savoir plus sur la fabrication d’un album en crowdfunding et sur son auteur, Frederic Bonnelais alias Bones. Ce dernier a gentiment accepté de répondre à quelques questions.

Bonjour et bravo pour votre série Dessous, dont le tome 2 viens de sortir, trois ans après le premier volume. Pouvez-vous nous présenter le parcours artistique qui vous a amené à cette édition participative chez Sandawe?

Bonjour, tout d’abord merci pour l’invitation. Mon parcours artistique est assez récent car, même si je dessine depuis que je suis en âge de tenir un crayon, mes divers essais pour percer dans la BD durant des années n’ont pas étés concluants. Je me suis donc tourné comme beaucoup vers un boulot alimentaire. J’ai travaillé comme bibliothécaire, vendeur en grands magasins, agent de voyage… rien de bien passionnant.

C’est lors du licenciement massif pour délocalisation dans la dernière boite dans laquelle j’ai bossé que j’ai de nouveau saisi ma chance. En effet, ils offraient quelques heureux avantages ainsi qu’une formation au choix pour reconversion professionnelle.

Je me suis donc inscrit à l’école Jean Trubert, à l’époque la seule école de BD sur Paris. La formation s’est déroulée sur une année très intensive avec au bout, l’obtention d’un diplôme (qui dans ce métier ne veux pas dire grand chose cela dit…).

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Durant cette année il fallait bosser un projet personnel à présenter en fin de cycle… Un projet présenté devant un parterre de professionnel. C’est là que j’ai développé Dessous. J’ai donc eu ce fameux diplôme en présentant Dessous.

L’image contient peut-être : dessinEn sortant de l’école j’ai tout de même repris tout ce que j’avais dessiné pour le remanier car je n’en étais pas satisfait. C’est au bout de quelques mois que je me suis décidé à envoyer le dossier un peu partout… j’ai essuyé beaucoup de refus (quand on prenait la peine de me répondre) et deux réponse positive.

L’une d’elle ne payait pas, ou très peu, l’autre, celle de Patrick Pinchart m’en offrait plus à condition que le financement se fasse. J’ai donc choisi l’option financement participatif.

Le financement s’est bien déroulé, on a mis un peu moins d’un an pour récolter la somme et j’ai pu enfin commencer le bouquin. Il m’a fallu un an et demi pour le faire, c’est long je le sais… mais pour ma défense je suis au scénario, au dessin et à la couleur, j’ai les trois casquettes.

Dessous s’insère très fort dans l’univers du Mythe de Ctulhu et graphiquement celui de Mignola. Quand avez-vous découvert l’un et l’autre et qu’est-ce qui vous a donné envie de proposer votre propre histoire dans ce genre?

Pour ce qui est de Lovecraft cela vient des parties de jeu de rôle de mon adolescence, c’est un univers que je j’affectionne particulièrement contrairement à l’Heroic Fantasy qui me gonfle passablement.

J’ai découvert Mignola et beaucoup d’autres lors des premières éditions françaises d’Hellboy, ça collait vraiment à ce que j’aimais. En revanche si le graphisme de Mike me hante encore, il y a des choses qui m’ont marquées plus durablement comme La Ligue de Gentlemen extraordinaires de Moore et O’Neill et La Brigade Chimérique de Lehman et Gess.

La série est-elle prévue en 3 volumes dès l’origine?

J’ai pensé Dessous comme une trilogie dès le départ, mais c’était assez chaud de lancer le crowdfunding d’une série de trois tomes comme ça. J’ai donc fait en sorte que le premier tome puisse se lire seul. Quand nous avons constaté que le financement du premier tome marchait bien on a pu lancer la suite.

 

Votre style est très particulier. Travaillez-vous en numérique ou « à l’ancienne » et quelles sont vos influences graphiques ?

Je fais mes planches à l’ancienne, sur du lavis technique 300g, je les scan ensuite pour bosser la couleur sur photoshop.

Mes influences graphiques sont Mignola (évidement), Kevin O’ Neill, Miller, Gess, Andreas, Bonin… Il y en a d’autres mais ce serait long de tous les énumérer.

Story board / Planche definitive

Quelle a été la part de l’éditeur sur la fabrication ?

Chez Sandawe j’ai eu une liberté totale de conception, jamais Patrick n’est intervenu pour me faire retoucher, par exemple, le scénario ou changer la couverture. En revanche, une fois tous les éléments en main, ils font le boulot d’un éditeur normal. Les planches, la couverture et tout le matériel sont envoyés à des graphistes qui s’occupent de la mise en page avant impression.

Avez-vous d’autres projets et pensez-vous tenter l’aventure d’un éditeur plus classique ou cette formule crowdfunding vous convient-elle?

Dessous. : ...J’ai un projet avec un ami scénariste (toujours dans une veine comics) que nous aimerions placer chez un éditeur plus classique, oui. Non pas que je sois insatisfait de Sandawe. Ils sont tous adorables et abattent un travail monstrueux mais, c’est une petite structure, un petit éditeur et j’ai l’impression qu’ils ne sont pas pris au sérieux par la diffusion ou même certains libraires. Et puis, il faut avouer qu’animer le financement de ses bouquins durant des années est assez éreintant… J’aimerais donc voir comment ça se passe ailleurs.

Concernant les spécificités du Crowdfunding et se ses paliers, quels sont vos échanges avec les édinautes? Qui de vous ou de l’éditeur propose les bonus et à quel moment de la production les réalisez-vous?

Les échanges avec les édinautes sont bons et même plutôt sympas… j’en connais même pas mal « pour de vrai » maintenant.

Concernant les bonus, c’est un peu 50/50… certains sont proposés par l’éditeur, d’autres, comme le carnet de croquis ou le mini comics, sont des idées qui m’appartiennent.

La réalisation des contreparties se fait en parallèle à celle de l’album… du moins pour ma part car chacun fonctionne comme il le souhaite du moment que c’est fini à temps pour l’envoi des colis. Ça me fait penser que j’ai encore quatre dessins à réaliser et envoyer à des édinautes.

Le tome 3 est-il déjà avancé et avez-vous une idée de la période de sortie (Sandawe annonce la parution comme garantie)? Aura-t’il la même pagination?

Je n’en suis qu’à l’étape du storyboard qui devrait être terminé d’ici un mois et demi. L’album fera exactement le même nombre de pages et à ce stade je ne sais pas encore quand il sortira… Quelque part en 2020 très certainement. La parution était garantie une fois les 75% atteints, c’était une règle qui a maintenant disparue.L’image contient peut-être : texte

Enfin j’ai vu passer la couverture d’une histoire bonus sur Bär, en collaboration. Pouvez-vous nous en dire plus?

L’image contient peut-être : texteC’est l’une des contreparties. Cette toute petite histoire est axée sur l’Allemand Bär. Dedans on en sait un peu plus sur le pourquoi de son bras armé et d’où il connaît Andreas, en gros c’est une toute petite « origine story » qui fait prélude à La Montagne Des Morts.

Xavier Henrion est l’auteur de Toxic Boy (aussi sur Sandawe), série que je vous encourage à lire aussi, c’est bien barré! Il se trouve qu’on s’entend plutôt bien et que je voulais bosser avec lui. Je lui ai d’abord proposé un western post apocalyptique, sur lequel on est toujours, bien qu’il soit en stand-by. En attendant et en guise d’essai je lui ai demandé s’il voulait bien se charger de cette petite histoire et il a accepté. Le résultat est super intéressant et à des années lumière de ce que je fais, c’était tout l’intérêt de l’exercice et il s’en est tiré à merveille. Je me suis ensuite chargé des couleurs et de la mise en page du comics.

Ce petit bouquin a été tiré à très peu d’exemplaires, j’en aurai quelques-uns dans certains festivals, ça va partir très vite et il ne sera jamais réimprimé, du moins sous cette forme.

Merci beaucoup pour toutes ces informations et j’invite vivement les lecteurs à plonger dans cette trilogie d’horreur hautement graphique!

***·BD·Edition·Rapidos

Emma G. Wildford

BD de Zidrou et Edith
Soleil-Noctambule (2018), 100 p.
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Le coup éditorial était bien vu en proposant un très bel objet assez unique dans le genre: un album au format court proposé dans une couverture à rabats aimantés et de faux documents d’époques insérés dans les pages de l’album. La fabrication est remarquable et vous plonge dans l’univers romantique de l’Angleterre victorienne, de la société royale de géographie des jeunes héritiers explorateurs. La couverture est très élégante, … bref niveau éditorial c’est du tout bon.

Emma attend dans la chaleur de la campagne anglaise des nouvelles de son amant, explorateurs parti découvrir le sanctuaire d’un dieu norvégien. Dans cette société machiste, paternaliste, de l’Empire britannique triomphant, Emma apparaît comme une féministe, séchant son beau frère comme les vieux mandarins de la Royal geographical society lorsqu’elle décide de partir elle-même à la recherche de son fiancé, elle la poétesse méprisant les conventions mais jamais sortie des jardins britanniques. Est-elle une enfant trop gâtée ou une intelligence émancipée?

Je parlais donc de coup éditorial… et c’est ce qui m’a finalement un peu agacé au final dans cet album pas extraordinairement original mais bien construit et aux personnages sympathiques (comme souvent chez Zidrou). La facture très spéciale de l’objet n’a finalement aucune justification scénaristique et apparaît comme un pure gadget qui aurait pu être adapté à n’importe quel album (pour un surcoût pas totalement bénin tout de même). Cela n’enlève rien à sa qualité ni au côté agréable mais c’est frustrant car avec un tout petit travail d’insertion des objets dans le scénario cela aurait permit de proposer de vraie interaction avec le lecteur, dans l’esprit de ce que certains ont essayé en format numérique.

Si l’on revient à la seule BD nous avons donc une histoire sympathique, moyennement dessinée mais aux jolies couleurs qui prennent leur intérêt dans la seconde partie située en Norvège. La principale qualité de l’album réside donc dans la personnalité très moderne d’Emma, dotée du soupçon nécessaire de complexité et créant quelques scènes amusantes aux dialogues vifs. Dans le genre classique du portrait féminin romantique on est plutôt dans le haut du panier mais sans révolutionner non plus le genre, ni graphiquement ni thématiquement.

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*****·BD·Edition·Mercredi BD·Nouveau !

La mille et unième nuit

BD du mercrediBD d’Etienne Le Roux et Vincent Froissard,
Soleil-Metamorphose (2017), 80 p., one-shot.

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Attention chef d’œuvre! Je croyais que la claque du printemps Il faut flinguer Ramirez était un objet rare, pourtant quelques mois plus tôt Étienne Le Roux et Vincent Froissard avaient sorti un album dont la couverture et le thème (les mille et une nuits) m’avait attiré… mais comme on ne peut pas tout lire j’ai laissé passer le temps! Le sujet donne lieu à des essais réguliers, pas toujours réussis. La sortie de l’album dans la très prestigieuse collection Métamorphose était un bon signe… totalement confirmé en devenant l’une des pièces maîtresses de la très graphique collection de Soleil. Cette collection me plait par-ce qu’elle est l’une des rares à mettre autant d’importance à l’aspect matériel de ses albums et à ses finitions. Cela a son revers, l’absence systématique d’infos sur les auteurs et de bonus.

Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La série Nils d’Antoine Carion s’était faite remarquer par son esthétique générale mais également par ses couvertures et maquette absolument sublimes. Sur La mille et unième nuit on est dans le même standard, qui vous fait pleurer les yeux avant d’ouvrir l’album avec une couverture et une tranche gaufrées et dorées, ceci étant harmonieusement accompagné par des cadres ouvragés revenant sur un certain nombre de pages de l’album. Le dernier album dont le travail de fabrication m’avait autant marqué c’était Les Ogres-Dieux.

Mais contrairement à ce dernier l’album de Le Roux nous propose une histoire impressionnante de simplicité, de fluidité et qui nous transporte littéralement au pays des Djinn. Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La bonne idée est d’imaginer une fin aux mille et une nuits mais de ne prendre finalement que le cadre (les personnages du Sultan Shéhérazade et sa sœur Dinarzad) pour partir sur une histoire libre mais totalement influencée par les contes orientaux. Ainsi il sera question de marchand voyant sa caravane prise dans une tempête pas si naturelle que cela, du roi des Djinn et du roi des lions, de fléaux naturels, de duplicité et de transformations…

Ces bonnes idées scénaristiques sont accompagnées par une voulez de détails rigolos et diablement esthétiques comme ces tapis volants aussi courants que des dromadaires. L’illustrateur a adopté une technique que je n’arrive pas à définir et qui semble utiliser un papier non lissé qui donne un relief incroyable aux planches. On a un mélange de crayon et de craie je pense mais je me demande s’il n’y a pas une retouche numérique (comme Chloé Cruchaudet sur Groenland-Manhattan) pour donner cet effet flou qui donne une folle classe a chaque case. J’ai passé un temps déraisonnable a lire cet album tant il n’y a pas une seule case banale!Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"

Les joyaux sont souvent simples et se laissent contempler a l’envi. C’est le cas avec ce magnifique album qui habille une histoire qui aurait pu faire partie du recueil des Mille et une nuit. De quoi hésiter à le ranger banalement au milieu de sa bdtheque…

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