****·Cinéma·Graphismes

Blade runner 2049

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L’Etagère étant un blog surtout centré sur la BD, je précise lorsque je m’éloigne du 9° art que vous trouverez aussi ponctuellement ici des billets sur des films ou des artistes dont le caractère graphique sont indéniables. Le premier billet de ce type fut pour Georges Hull et son incroyable travail sur Jupiter Ascending des Wachowski (… et sur Blade Runner 2049, si-si!).

Blade Runner n’a jamais été mon film SF préféré (bien que je reconnaisse son immense qualité graphique, que je sois un fan absolu de Ridley Scott et que BR fut à l’époque une étape majeure dans l’avancée vers une SF moderne au cinéma). L’intrigue m’avait toujours parue un peu trop intellectuelle et obscure, les débats sur la nature de Replicant de Deckard, sur les cocotes en papier et sur les différents montages du film confirmant mon impression. Pour moi la grande saga SF est et reste Alien (du même bonhomme, tiens tiens). C’est d’ailleurs sur ce dernier que Ridley Scott a fait sa première expérience d’un nouveau concept: l’auto-remake-suite-préquelle… Ayant intégré les impératifs de fructification des franchises par Hollywood, l’auteur a préféré s’occuper lui-même des remakes de ses films (avec les moyens qui accompagnent généralement le lancement d’un nouveau culte pour une nouvelle génération!) en leur intégrant une véritable démarche artistique. Quoi de plus fascinant que de revisiter soi-même ce que l’on a créé il y a 30 ans en en changeant le prisme pour développer de nouveaux thèmes? Sur Blade Runner, s’il ne s’est pas occupé de la réalisation, Scott reste la cheville ouvrière de cette véritable et passionnante suite.

statueMais revenons à nos moutons graphiques. Si l’articulation scénaristique entre les deux films est parfaitement agencée, c’est sur le plan graphique que le film de Denis Villeneuve surpasse assez largement son aîné. J’avais remarqué sur Sicario et Premier Contact la tendance à la lenteur et aux plans très graphiques (notamment aériens) du réalisateur canadien. Celui qui travaille déjà sur la nouvelle adaptation de Dune apporte à l’univers de Blade Runner une cohérence et une exigence d’univers graphique à la fois beau et cohérent qui happe pendant 2h40 (c’est long, je ne suis pas le premier à le dire).

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 Rarement un si long métrage a ainsi généralisé l’ambition graphique sur chaque plan, ce qui donne très envie d’aller regarder du côté des designers qui ont travaillé sur le film. La principale différence avec le film de 1982 est l’exploitation du jour (précédemment tout se déroulait de nuit pou en intérieur). Cela permet de travailler des aplats de blanc, d’orange, de bleu beaucoup plus fins que les noirs profonds du film de Ridley Scott. La séquence à Las Vegas est à ce titre sublime, tant par les décors que par la lumière. Alors oui l’intrigue est cérébrale, lente, longue, mais comment se plaindre d’une telle plénitude oculaire pendant près de 3h?

 

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BD·Nouveau !·Service Presse

Souterrains

BD de Romain Baudy
Casterman (2017)
9782203094482

Pour sa seconde BD, Romain Baudy dispose chez Casterman d’un très large format avec une pagination de 113 pages et un cahier graphique de 9 pages en clôture, très intéressant par-ce qu’il montre les hypothèses graphiques en regard des choix finaux. L’album est séparé en plusieurs chapitres indiqués par une page de garde entière. La couverture est efficace.

Dans un coron du Nord de la France, c’est la lutte des classes entre mineurs syndiqués, patron capitaliste et porions. L’un d’eux va accepter de participer, pour l’argent, au test d’une machine révolutionnaire au fond de la mine. Embarqué avec une équipe « d’élite », ils vont découvrir un monde souterrain peuplé de créatures fantastiques…

Le pitch est clairement gonflé et c’est sans doute ce qui a plu à l’éditeur. Mélanger BD historico-politique, sociologie du monde des mineurs, voyage au centre de la terre et steampunk, tout ceci donne envie d’en savoir plus. Proche d’un Blake et Mortimer de par son univers et son traitement (y compris graphique) Souterrains  jouit de belles idées et d’un bon découpage. Le prologue est réussi, en montrant d’emblée le versant fantastique et tire sur l’impatience avec une première partie plutôt historique, portant sur les questions de domination dans la mine. 2232_p8.jpgL’introduction du mystère technologique est bien amenée jusqu’à l’arrivée dans le sous-monde. La suite est assez linéaire, l’explication restant un peu décevante et l’auteur n’apporte aucune attention particulière à ses créatures pourtant graphiquement totalement fascinantes ! L’ambition de renouveler le mythe des nains est pourtant excellente, mais romain Baudy ne va pas au bout de son ambition SF steampunk et ne parvient pas vraiment à donner un souffle épique à cet album malgré la place dont il dispose. Aucune précision non plus sur la magie ni sur le robot ne sont données (peut-être l’idée d’une suite, bien que le format choisi soit plus celui du one-shot), ce qui est frustrant. Côté dessin c’est très correcte, avec couleurs un peu criardes (là encore proches de Blake et Mortimer), l’auteur semble hésiter entre deux styles: celui des gros nez et celui du réalisme. Du coup on a un peu les deux.

2232_p3Dans un autre style, Mathieu Thonon, aussi débutant sur un gros diptyque one-shot, avec les mêmes défauts inhérents à un début de carrière, était porté par une plus grande ambition (trop peut-être). Au final, Souterrains ressemble à une bonne idée de départ qui n’aurait pas sue être exploitée jusqu’au bout. Peut-être peut-on destiner cet album plutôt à de jeunes adolescents qui seront intéressés par des thématiques (politiques) auxquelles ils n’ont pas l’habitude et traitées de façon relativement simples. L’auteur mérite des encouragements pour avoir su trouver un thème a priori jamais abordé en BD et pour avoir mis une vraie implication dans son projet.

 

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***·Comics·East & West

Descender 1 – Etoiles de Métal

East and west
Jeff Lemire, Dustin Nguyen
Urban comics 2016
(première publication US Image comics 2014)

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Carnet de 14 pages en fin de volume, reprenant des couvertures alternatives, les biographies des deux auteurs, des croquis préparatoires et une sélection de comics indépendants publiés par Urban. Le contenu canonique (de très bonne qualité) chez Urban Indies. L’ouvrage est fabriqué en Roumanie.

Descender relate l’immersion de Tim 21, robot-enfant dont la fonction principale est l’empathie pour les humains, dans un monde au bord de la destruction, depuis que les Moissonneurs, robots planétaires ont fait une irruption destructrice dans le Conglomérat Unifié Galactique…

L’on est face à un vrai grand Space-opera comme je les aime et ce tome de mise en place entre dans le vif du sujet sans longues introductions, amenant déjà des thèmes classiques de la SF (quelques éléments de la suite de Dune par Brian Herbert, la société ancienne, l’origine des robots,…). Les personnages sont bien caractérisés, graphiquement attrayants, l’antagonisme intéressant et le mystère intriguant. Tout est en place pour nous donner envie de connaître rapidement la suite des aventures de Tim-21. Niveau dessin en revanche, si c’est très maîtrisé et apporte une originalité certaine, la technique de Nguyen donne souvent un aspect brouillon, non achevé, à la va-vite. L’aquarelle sur crayonné crée cela bien entendu, mais tout de même… planchea_305195L’on connaît les rythmes imposés aux auteurs américains et cette tendance (déjà vue sur Low de Remender, paru chez Urban) aux dessins « légers » ne me convainc pas du tout. Ce qui est dommage car cette technique étant assumée, l’on n’est pas en présence d’un auteur en progression, la suite sera du même tenant et personnellement je me contenterais de lire cette série (qui reste de très bonne qualité) en bibliothèque.

MAJ tome 2 aout 2017: La lecture du tome 2 confirme les premières impressions. Le dessin est vraiment léger alors que l’intrigue, le design et le découpage sont vraiment chouettes. Les sujets SF sont du reste assez classiques mais on se laisse prendre par cette histoire avec dans cette suite la question familiale de Tim-21 qui se renforce.

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Fiche BDphile