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Manga en vrac #28: La Métamorphose – La Divine comédie – L’Iliade et l’Odyssée

Le Docu BD

Format mixte aujourd’hui puisque je vous propose une fournée de manga documentaires issus des différentes collections des éditeurs Kurokawa et Soleil, collection dont vous avez probablement déjà entendu parler en parcourant ce blog…

  • La métamorphose (Sugahara-Kafka/Kurokawa) – 2022, 176p., collection Kurosavoirs, one-shot.

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Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

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Après quelques très bonnes pioches chez Kurosavoirs, notamment avec la nouvelle sous-collection des Grandes figures de l’Histoire et sa réalisation de grande qualité, on tombe très bas avec cette « adaptation » de la Métamorphose de Kafka dont les dessins sont franchement rebutant. En choisissant de transposer l’intrigue de cette fable absurde dans le Japon contemporain, on perd en outre l’aspect documentaire et historique qui aurait pu permettre de s’appuyer sur des éléments vintage. Si l’histoire suit assez fidèlement le court roman, aucune analyse ne vient aider à comprendre l’intérêt de cette absurdité. Le choix de cette œuvre pour une adaptation manga aurait justement nécessité soit des dessins de qualité soit une variation dans l’horreur. Or les auteurs ont choisi la forme d’un manga semi-humoristique grossier. La lecture en devient pénible et on ne garde pas grand chose, encore moins l’envie de lire l’original, c’est un comble!

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  • La divine comédie (team Banmikas/Soleil) – 2021 (2008), 192p./volume, one-shot, collection « Classiques en manga ».

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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La Team Banmikas s’est spécialisé depuis plus de dix ans dans l’adaptation manga de grands classiques de la littérature ou de la pensée scientifique. Si leurs manga ne brillent pas par une technique graphique très sophistiquée, ils ont acquis l’expérience de rendre (souvent) accessibles des œuvres pointues, comme cette Divine Comédie, Chant médiéval en huitains  développant autant l’importance de la foi chrétienne que les actions de nombreux personnages contemporains de Dante. La bonne idée du studio est d’avoir regroupé dans un manga court les trois chants (L’Enfer, le Purgatoire et le paradis)  en synthétisant à l’extrême, ce qui aboutit à une grande partie du volume dédiée aux cercles de l’Enfer. Cette première partie de l’œuvre est en effet la plus « graphique » et propice à quelques visions des peines que subissent les pécheurs. Le récit est donc totalement linéaire, Dante n’étant qu’un spectateur de son propre voyage accompagné du poète latin Virgile, à la recherche de son âme sœur Beatrice. Sans grand intérêt graphique, cette proposition aura néanmoins le mérite de permettre facilement à un large public d’avoir une idée de ce qu’est cet ouvrage majeur de la littérature mondiale, faute de montrer son influence (là aussi majeure) sur l’imaginaire graphique jusqu’à aujourd’hui. Une lecture facile bien que très modeste. Pour info Go Nagaï (l’auteur de Goldorak) a déjà proposé une version de la Divine Comédie.

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  • L’iliade et l’Odyssée (Banmikas/Soleil) – 2021 (2011), 224p./volume, série finie en 4 tomes.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

iliade_odyssee_soleilOn termine par une bonne surprise, cette version (très) compacte des deux récits d’Homère, qui fait un très bon boulot de vulgarisation en condensant à l’extrême les quarante-huit chants des deux œuvres. Si les dessins sont minimalistes mais tout à fait acceptables, le travail de condensation a impliqué des coupes assez franches qui surprennent parfois la lecture. Cela est renforcé par l’articulation narrative originellement entrecroisée, voir chaotique, des œuvres, ainsi lorsqu’on commence l’Odyssée sans grande explication de ce que fait Ulysse sur l’ile de Calypso. Il ne faut donc pas en vouloir aux auteurs du manga même s’ils auraient pu retravailler leur intrigue pour la rendre plus fluide. On reconnaîtra donc une démarche de grande fidélité au matériau d’origine tout en permettant une lecture assez accessible malgré la profusion de personnages et de peuples. L’adaptation partie de la source n’a pas dû être facile! Certaines coupes franches ont en revanche été faites sur la partie la plus sympa, l’aventure d’Ulysse, où sont passés sous silence le passage de l’Hadès, les Lotophages, Circé ou Charybde et Sylla pour n’aborder que le retour à Ithaque. Un peu frustrant sur la seconde partie donc mais l’Iliade permet de réviser ses classiques et à certains de découvrir ces récits majeurs de la littérature mondiale.

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Manga en vrac #27: Alpi #6 – Radiant #16- Ashidaka #4 – L’atelier des sorciers #9

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Salut les sushi! Gros retard (comme d’hab 🙂 ) sur les manga et je vous propose une fournée de séries magistrales pour la plupart, avec un gros loupé au milieu tout de même (ça arrive). Si vous n’avez pas encore commencé ces séries précipites-vous, c’est le très haut du panier…

  • Alpi the soul sender #6 (Rona/Ki-oon) – 2022, 208p., série finie, 6/7 tomes parus.

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Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

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Mauvaise nouvelle, nous abordons la conclusion de cette très bonne série puisque le septième sera le dernier! C’est frustrant car depuis le tome cinq l’intrigue s’est fortement intensifié et cet avant-dernier tome confirme avec un long flashback qui nous narre l’origine de la rencontre entre Alpi et Pelenaï, en laissant presque totalement de côté les rituels. Du coup ce déroulé classique prend le temps d’installer un relationnel avec un très joli découpage qui nous guide dans la lecture. Ces explications densifient l’univers et permettent de mieux comprendre les derniers évènements. Le cliffhanger final rajoute une couche à l’envie, bien que je reste sceptique sur la possibilité de conclure correctement…dès le prochain tome, cette histoire qui démarre juste. On n’en voudra pas à l’autrice qui pour une première création flirte avec la qualité des mangas ethnologiques type Bride story ou L’Atelier des sorciers.

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  • Radiant #16 (Valente/Ankama) – 2022, 192p./volume, série en cours.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

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Arrivés tranquilou au cœur de l’Inquisition en la cité de Bôme, Seth et ses amis se retrouvent désormais confrontés à la redoutable puissance des hommes de Torque. Seth emprisonné, Dragunov gravement blessé, Melie plongée dans sa torpeur psychopathe, bien malin celui qui dira comment se sortir de ce mauvais pas. A moins que… le mystérieux Grimm revient se rappeler à notre bon souvenir, fort de sa puissance monumentale, alors que les Domitor se rassemblent autour de leur chef Adhès… Ce tome est un poil moins marrant que ce à quoi Tony Valente nous a habitué mais compense allègrement par un dessin et un design redoutables d’efficacité. Surtout, le plaisir de l’auteur de jouer avec ses pouvoirs magiques et son univers est totalement jouissif et terriblement addictif. La peur qu’il se noie dans la profusion de concepts, personnages et sous-intrigues est toujours là à mesure que les tomes avancent sans que l’on sache bien vers quoi on va mais l’envoutement demeure suffisamment fort pour ne vraiment pas se préoccuper des finalité d’un manga qui reste toujours dans le top 5 des shonen les plus agréables à suivre. Avec les quelques indiscrétions que l’on peut piocher dans le cahier final au milieu de plein de n’importe quoi, on a suffisamment d’envie pour continuer à faire monter l’impatience à lire la suite.

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  • Ashidaka, the iron hero #4 (Sumiyoshi/Glénat) – 2022, 224p./volume, série finie en 4 tomes.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

ashidaka_4_glenatAshidaka se conclut piteusement et confirme la fausse bonne idée d’une autrice dont les envies graphiques n’ont jamais trouvé d’histoire pour créer un intérêt. Par manque d’idée, manque d’ambition ou surestimation de sa capacité à assumer deux séries simultanées, la pourtant formidable Ryo Sumiyoshi s’écrase dans un gloubi-boulga de traits qui l’ont pas l’avantage de ce que le crayonné peut apporter à un dessin rapide. Si le premier tome permettait de s’accrocher à l’origin story et à la découverte d’un monde post-apo, ce manga n’aura jamais pu dépasser l’idée de bras robots accrochés aux dos des humains et de cette xénophobie pourtant si porteuse de drama. On termine donc la série aussi difficilement que l’autrice semble l’avoir réalisé, avec un combat final qui arrive maintenant mais aurait pu arriver deux tomes avant. Pour ne pas être complètement injuste on trouve encore quelques visions intéressantes et un épilogue qui montre le souhait de finir correctement. Mais c’est loin de suffire à justifier la lecture de plus que le premier tome, même pour les fans de l’autrice de Centaures. Dommage, vraiment dommage quand on connaît son talent et le potentiel de tout univers steampunk.

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  • L’atelier des sorciers #9 (Shirahama/Ki-oon) – 2021, 160p., 10 tomes parus au Japon.

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Merci aux éditions Pika pour leur confiance!

atelier-sorciers-9-pikaCoup de coeur! (1)Chronique très tardive pour ce dernier tome paru en fin d’année dernière, qui retrouve le grandiose des précédents volumes avec une richesse de mise en scène de chaque instant, un graphisme d’une minutie folle sur chaque case et un univers qui s’étoffe fortement avec la découverte de la Fête de la nuit d’argent. Après la pause du tome 8 l’autrice profite de chaque intermède pour nous présenter des créatures, des sorts et des costumes d’une esthétique incroyable qui donnent l’impression de naviguer dans un atelier de créateur de mode. Si les planches sont un très gros point fort de cette série majeure, l’aspect seinen prend le dessus avec l’évocation de violences, des arrestations musclées par la Milice et des des débats politiques qui nous font entrer plus avant dans la découverte du monde « moldus ». La bande de Coco reste un peu en retrait lors de ces premières heures dans la cité qui héberge la fête et on ne sait plus où donner de la tête devant la profusion de personnages, d’objets et de créatures qui font de ce manga un véritable Star Wars des magiciens. La lecture en est très rapide et l’on redoute l’attente du prochain tome, les japonais venant tout juste de le découvrir…

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Le Journal, les premiers mots d’une nation

Histoire complète en 56 pages écrite par Patrice Ordas et dessinée par Philippe Tarral.

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Origines du quatrième pouvoir

En 1781, le jeune Nathan Prius combat les anglais lors de la guerre d’indépendance. Étant l’un des seuls soldats de sa compagnie capable de lire et écrire, il se voit confier la tâche de tenir le journal de bord pour le compte du général La Fayette. Et ça tombe bien, car Nathan a des ambitions journalistiques. En effet, Nathan, au civil, travaille pour Georges Ellis, le propriétaire du Richmond News, journal renommé en Virginie.

Cependant, Ellis est un homme intéressé, vil, et corrompu, qui exploite le talent de Nathan sans le rétribuer à sa juste valeur. Profitant du succès de ses articles, Ellis entend bien s’enrichir sur le dos du jeune soldat journaliste sans se soucier de son devenir. Mais de retour du front, Prius réclame la reconnaissance qui lui est due, ce qui fait naître entre les deux hommes une rivalité qui s’envenimera au fil des ans, l’un tentant de fonder son propre journal tandis que l’autre n’aura de cesse de torpiller ses efforts.

Le sujet de Le Journal arbore une juste résonance avec des thématiques actuelles. Alors que le partage et la fiabilité de l’information sont sans cesse remis en question, ce qui a ébranlé les fondations de certaines démocraties, il était de bon ton de se plonger dans le passé du contre-pouvoir le plus important, à savoir la presse. La réalité étant souvent plus épique encore que la fiction, cela aurait pu donner une chronique captivante sur les coulisses des grands empires éditoriaux américains.

Malheureusement, le conditionnel restera de mise pour cet album. En effet, il m’a paru difficile de ne pas m’ennuyer à la lecture de cette histoire de rivalité, sur fond de dynamique persécuteur/persécuté. Ce genre de ressort scénaristique n’est pas mauvais en soi, bien au contraire, il se trouve que nous avons tous une sympathie naturelle envers les outsiders. Cependant, ici, la narration décousue, à base d’ellipses régulières, et le manque de caractérisation de la majorité des personnages rendent le tout assez indigeste.

Graphiquement, rien de honteux mais un style plutôt désuet (en phase avec le thème historique me direz-vous), qui finit d’opacifier le tout. En résumé, Le Journal tape un peu à côté, ce qui est bien dommage compte tenu du sujet abordé et de son lien avec l’actualité.

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The Banks

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Histoire complète en 152 pages, écrite par Roxane Gay et dessinée par Ming Doyle pour TKO Studio. Parution en France chez Panini Comics le 25/08/2021

Family Business

Dans le Chicago des années 60, Clara fait la rencontre de Melvin Banks, un jeune homme charmeur immédiatement séduit par le charisme de la jeune femme. Mais le sympathique courtisant s’apercevra que Clara ne s’en laisse pas compter, ce qui ne fait qu’ajouter à sa détermination. Au fil du temps, Clara se laisse apprivoiser, mais finit par découvrir la vérité sur Melvin: c’est un cambrioleur, plutôt futé et doué de ses mains, qui ne volent qu’aux blancs et ne se laisse jamais guider par la cupidité.

Bientôt, Clara et Melvin forment un couple uni, ayant promis de ne jamais se mentir et de rester fidèles à leurs principes. Alors que naît leur fille Cora, Melvin et Clara poursuivent leur carrière criminelle, enchaînant les vols avec grâce et maîtrise, jusqu’au jour où Melvin se sacrifie lors d’un cambriolage qui tourne court. Après quelques mois de prison, le jeune Melvin retrouve les femmes de sa vie, et reprend le cours de sa chapardeuse existence.

Les années passent, Cora se marie et donne naissance à une fille, Celia, qui grandit en ignorant tout du business familial. Bien que toujours fidèle à son crédo, Melvin assume les risques du métiers lorsqu’il est contraint de travailler pour un baron de la drogue qui cherche à récupérer de la marchandise perdue. Un cambriolage raté plus tard, le voici redevable à l’un des pires criminels du coin, qui se venge de façon sanglante. Désormais veuve, Clara Banks doit utiliser tout son savoir faire pour poursuivre son mode de vie, avec sa fille Cora. Mais la petite-fille Celia, qui est devenue entre-temps une financière à succès, s’est éloignée d’eux pour suivre sa route. Lorsque Celia subit un revers professionnel, elle a l’idée de se venger en utilisant les compétences familiales, pour un coup juteux, mais aussi très dangereux, qui mettrait la famille à l’abri tout en rendant justice à Melvin.

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Repue depuis quelques années déjà grâce à son monopole sur l’adaptation des comics Marvel, Panini poursuit son exploration des catalogues indés, entamée auparavant par des éditeurs comme Urban, Glénat ou Delcourt.

TKO Studio est aux US, un éditeur dynamique et touche-à-tout, dont on a pu voir l’an dernier quelques titres de très bonne facture, comme Sara ou encore Sentient. Ici, TKO donne sa chance à Roxane Gay, auteure, essayiste éditorialiste américaine. Cette dernière optimise donc cette tribune pour mettre en exergue des thèmes sociétaux comme le racisme, le sexisme et le harcèlement au travail, en enveloppant le tout dans une intrigue criminelle.

Malheureusement, si le scénario en lui-même semble convenable, on note une faiblesse importante du côté des personnages, qui manquent d’épaisseur autant que de crédibilité. Cela commence par la motivation de Celia, qui, à la manière d’un Michael Corleone, commence l’histoire en étant éloignée autant que possible de sa famille criminelle, pour ensuite plonger elle-même dans le crime et prendre la tête des opérations. Or, si le futur parrain est doté d’une psychologie crédible et d’un parcours qui l’amène malgré lui à devenir un criminel, ici, la pauvre Celia échoue dans le crime de façon trop soudaine, à la suite d’une déception professionnelle que l’on a d’ailleurs du mal à justifier. Ce point de départ foireux laisse plus tard la place à la vengeance, mais de façon trop tardive, si bien que l’on a à ce stade ni attachement ni sympathie pour la cause familiale.

Certaines incongruités d’écriture et de mise en scène, comme par exemple la fâcheuse habitude qu’ont plusieurs personnages de penser à voix haute pour décrire leurs intentions de façon assez plate, finissent de nous sortir d’un récit qui se voulait pourtant immersif, comme la majorité des polars.

On tombe aussi assez facilement dans le fameux piège du show, don’t tell, notamment lorsqu’il s’agit des skills de la famille Banks. On comprend que ce sont de talentueux voleurs parce que la scénariste nous le dit, mais sans nécessairement le montrer: en introduction, on voit le couple Celia/Melvin rentrer sans grande difficulté dans une maison, ouvrir un coffre comme qui rigole, sans qu’aucun obstacle n’ait besoin d’être surmonté.

Prenez d’autres films de casse, comme L’affaire Thomas Crown, ou même Ant-Man. On ne nous dit pas seulement que Crown et Scott Lang sont des cambrioleurs géniaux, on nous le montre au travers de séquences inventives, au cours desquels les protagonistes déploient des trésors d’ingéniosité, d’inventivité, et de préparation pour mener à bien leurs méfaits. Dans The Banks, on a droit aux obligatoires rebondissements, genre « le coffre est vide », « la cible est au courant », etc, sans que cela n’amène rien coté suspense et cambriolage. Tout ça pour mener à un happy end confondant de naïveté.

Et que dire des antagonistes, qui ne sont définis que par un ou deux traits distinctifs (cupidité et priapisme, plutôt caricatural). Coté graphique, Ming Doyle nous sort la totale: proportions inappropriées, personnages inexpressifs ou dont l’expression n’est pas en adéquation avec les dialogues…il en ressort une sensation d’amateurisme qui finit d’achever l’album. Bref, quand c’est raté, c’est raté !

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BD en vrac #28: Aquablue #17 – U.C.C. Dolores #4 – La horde du contrevent #3

Fournée SF aujourd’hui avec trois séries très différentes qui trustent les têtes de ventes à chaque opus. Justifié ou pas, je vous donne mon avis sur le dernier Aquablue, le troisième Horde du Contrevent et un surprenant redémarrage de la série Spaceop des Tarquin

    • Aquablue #17: la nuit de la miséricorde (Hautière-Reno/Soleil) – 2021, 62p., série en cours, second cycle achevé.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_433437Aquablue c’est un peu la madeleine de Proust d’une génération d’auteurs et de lecteurs (quarantenaires). Un album fantasme qui été un choc qui m’a lancé dans la passion de la BD: le Corail noir (tome 4) sorti en 1993 et qui reste aujourd’hui encore un absolu de ce que peut être une folie de BD SF. Vatine n’a jamais pu conclure (j’avais ouï dire à l’époque qu’il s’était engueulé avec le scénariste Cailleteau) et le premier cycle a été bouclé un peu laborieusement par Tota. Vingt ans et quelques one-shot plus tard l’éditeur décida de lancer un second cycle qui s’achève ici après six albums d’une tenue graphique très rarement vue en BD. Reno est un fou furieux et si les plus puristes pourront lui reprocher son aspect très numérique (voir photoréaliste), chacun est obligé d’admettre qu’on a rarement été si proche d’un film en BD. Avec le changement de scénariste on pouvait espérer un nouveau souffle, appuyé sur une base d’univers magnifiquement riche. Malheureusement on constata vite que le syndrome des suites au cinéma s’applique aussi en BD avec un double effet de timidité à exploiter (voir exploser) le matériau et les personnages, et un aspect remake qui se termine par cette fin qui certes conclue rapidement les très nombreuses pistes complexes développées cinq tomes durant, mais nous laisse un peu avec un sentiment de gâchis. Trop long ou trop court, ce cycle aura patiemment développé une trame obscure en restant très timide en action. Hormis les grandioses dessins et la séquence de la prise d’otage du tome 15, il aura manqué un effet Waou indispensable, une dynamique des séquences, une énergie dont regorgeait le premier cycle. Du coup les révélations choc n’en sont pas vraiment à force d’étirer les allusions et la grande bataille attendue n’a pas vraiment lieu. De telles difficultés sont étonnantes de la part d’un scénariste chevronné comme Hautière et se pose la question de l’initiative et de l’objet de cette renaissance… que l’on a du mal à penser comme autre chose que commerciale et nostalgique. Un peu court pour proposer une grande série aux lecteurs très exigeants sur une série comme Aquablue. Résultat en demi-teinte donc, en attendant une suite, pour Aquablue comme pour Reno.

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  • UCC Dolores #4: la dernière balle (Tarquin/Glénat) – 2021, 46p., one-shot, série en cours.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_436435Après un petit retard à l’allumage, la série SF de Tarquin s’est très joliment conclue l’an dernier par un gros album très dramatique et épique comme il faut, de quoi redonner une envie de space-cowboys. Et voilà que nous tombe ce volume totalement déstabilisant. Quel est le projet du couple Tarquin concernant la série? Alors que la conclusion de la trilogie laissait entendre des aventures de pirates de l’espace avec un nouvel équipage constitué autour de Mony, voilà t’y pas qu’on nous envoie nous crasher sur une planète neigeuse, l’héroïne ayant tout juste accouché (ah bon elle était enceinte?) et embarquée dans une quête pour récupérer son nouveau né. Quelle ellipse galactique! Aucun lien n’est tissé avec les évènements précédents et l’impression d’avoir raté plusieurs tomes reste tenace. En outre si le style Tarquin reste agréable, l’intrigue est tout de même fort court, même pour un western spatial et on termine l’album comme on l’a commencé, stoïque, ne comprenant pas ce qu’on vient de lire et où nous emmène le dessinateur. Le potentiel est clairement présent et les dialogues sont toujours aussi savoureux en mode desperados. J’ai lu que le projet d’Albator de Tarquin était avorté et qu’il aurait pu donner naissance à cet album, qui s’avère assez Frankenstein. L’auteur n’a jamais eu de problème avec l’aspect commercial de certaines parutions et j’espère sincèrement qu’il a de vrais projets pour la suite de sa série car avec tout l’amour du monde pour le spaceop ses plus fidèles lecteurs risquent de finir par se lasser…

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  • La Horde du contrevent #3: la flaque de Lapsane (Henninot/Delcourt) – 2021, 76p., one-shot, série en cours.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Quel choc les amis! On savait le roman un des plus pissants de la SF française jamais écrit. On avait constaté le talent d’Eric Henninot dès le premier tome. J’avoue ma surprise sur la concentration d’un tome entier sur la traversée de la Flaque de Lapsane, ne me souvenant pas de l’importance de ce passage dans le livre. Ce petit détail laisse imaginer une série en au moins six tomes et je pressens déjà un très gros dernier opus pour arriver à boucler ce monument. Pour rappel aux non initiés: il s’agit pour la Horde de traverser en « trace directe » une vaste étendue marécageuse dont le centre est un lac aux fonds variables et surtout parcourus de Chrones, entités redoutables qui dévient le temps et l’espace…

Le tour de force de ce volume est de nous happer malgré des décors absolument ternes, monotones, et par moment (la traversée centrale à la nage) vides! Mais la richesse des personnages, la tension dramatique et la maitrise narrative impressionnants de Henninot nous plongent dans ce maelstrom émotionnel de bout en bout sans nous laisser respirer et en procurant des sensations comme le permet rarement la BD. La tension permanente entre la hordière enceinte et le redoutable Golgoth respire sur les interventions quasi-surnaturelles du maître d’Erg le protecteur, d’un siphon qui agit sur le Temps puis d’une énigmatique tour que l’auteur passe avec une surprenante rapidité. Il faut bien faire des choix! La force de cette histoire c’est de nous faire (par moments) oublier l’aberration du projet en nous plongeant dans le cœur de l’Humain épicé de réflexions philosophiques sur l’être, le Temps, l’âme et l’individu. Un immense roman a donné naissance à une immense BD qui prends la suite de Servitude et Azimut comme étalon de la plus grande série BD en cours. Tout simplement.

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BD en vrac #24: Les Artilleuses #3 – Parias #1 – Les vacances de Donald

La BD!

 

  • Raven #2: les contrées infernales (Lauffray/Dargaud) – 2021, 62p./volume, 2/3 tomes parus.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

couv_433410C’est la conclusion de cette fort sympathique trilogie qui aura su être une vraie locomotive pour le jeune éditeur Arleston et sa maison Drakoo. Un guide pour tous les futurs projets lancés assurément!

Les deux précédents tomes arrivaient à allier stabilité et une certaine différence de structure. C’est encore plus le cas ici où le scénario nous surprend tout le long en enchaînant un faux-rythme retardant une conclusion en nous maintenant sous pression jusqu’à la grande bataille finale. Si le tome est moins axé action que les autres, les révélations très progressives et remarquablement bien expliquées confirment l’excellente tenue de la conspiration diplomatique, en référence aux feuilletons policiers et aux Brigades du Tigre. L’attelage improbable entre fantasy, braquage et politique s’avère absolument concluant et encore une fois la richesse de l’univers permet à Pierre Pevel de n’utiliser qu’avec parcimonie une galerie de personnages très foisonnante et que l’on sent solide. Surtout, une fois la conclusion de l’intrigue – tout à fait satisfaisante – aboutie, on sent fortement une envie des auteurs et une grande probabilité de prolonger l’aventure sur de nouvelles enquêtes maintenant que l’organisation derrière tout ça a été dévoilée et que la collaboration entre les Artilleuses et les Renseignements français est installée. Cette trilogie aura tout réussi (avec peut-être une petite progression du dessin à souhaiter) et installé un contexte qui permet d’envisager avec grand plaisir une série au long court.

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  • Parias #1:  (Emeriau-Bezelin/Komics initiative) – 120p., 2021

Cet album est sorti au début de l’été après un financement participatif auquel j’ai participé et qui m’alléchait pas mal. J’aime beaucoup ce type de publication où de jeunes auteurs restent très libres de créer sans certaines contraintes commerciales que peuvent poser les éditeurs. Encore faut-il que l’album soit bon… or ce n’est pas le cas de celui-ci qui malgré un travail d’habillage et de maquette sympathique où l’on trouve des textes de développement d’univers type feuilleton et journaux, le texte comme le dessins sentent malheureusement plus l’amateur que l’auteur professionnel. Je soutiens toujours les premiers albums malgré leurs défauts, y compris graphiques. Le problème c’est que les deux auteurs ici présents n’en sont pas à leurs débuts et que Boris Beuzelin a proposé par le passé des planches beaucoup plus abouties.

On comprend parfaitement l’envie de pulp steampunk ambiance Ligue des gentlemen extraordinaires. Du coup on ne cherche pas forcément l’originalité mais plutôt une atmosphère, comme sur les Artilleuses chroniquées ci-dessus. Le problème ce sont bien les texte très appuyés et une intrigue qui n’avance guère après la seule exposition de ces freaks contraints de voler pour le compte d’un milliardaire machiavélique. Sans parler des quelques coquilles que l’on pardonnera volontiers, les dialogues sont lourds et les textes de développement peu inspirés malgré une passion certaine. Au final et à grand regret (en attendant un hypothétique dernier tome du, lui, excellent Dessous, lui aussi issu du crowdfunding) j’en resterais là…

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  • Les vacances de Donald (Brremaud-Bertolucci/Glénat) – 49p., 2021

couv_432577En attendant un nouvel album de leur magnifique série documentaire animalière Love (après leur passage chez Glénat), les compères Brrémaud et Bertolucci nous proposent une nouvelle aventure Disney, avec cette fois Donald qui ne supporte plus le bruit et la violence de la ville et s’échappe pour une escapade forestière. Malheureusement ses vacances ne vont pas être si idylliques puisqu’il va découvrir que la cohabitation avec les animaux sauvages n’est pas évidente…

Ce one-shot muet s’inscrit totalement dans le canon Disney avec ses séquences d’humour, un peu de sadisme sur le pauvre Donald et une interaction en mode plan/poursuite avec les animaux, pour certains familiers (Tic et Tac). On pourrait par moment presque croire à une variation jeunesse du thème de Love, ces longs passages contemplatifs sur la nature et la vie sauvage qui semblent tant inspirer les auteurs. On n’est donc pas dépaysé et les planches restent superbes même si je les trouve un ton en dessous de ce que Bertolucci a produit sur Love. On retrouvera tout de même une thématique écologique et une critique de la société bruyante plutôt de bon ton. Un très chouette album donc qui pourra se lire très tôt, avec ou sans les parents.

Dès 6 ans.

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Infinity Wars

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Intégrale Deluxe de la mini-série en six chapitres écrites par Gerry Duggan et dessinée par Mike Deodato Jr. 233 pages, parution chez Panini le 30/12/2020.

Vers l’infini, et en-deçà

L’univers Marvel a subi, à la fin de Secret Wars, une déflagration purificatrice suivie d’une renaissance. Ce renouveau a permis l’émergence d’un nouveau batch de pierres d’infini, ces joyaux primordiaux qui contrôlent l’Espace, le Temps, le Pouvoir, l’Esprit, la Réalité et l’Âme. Bien évidemment, un tel pouvoir ne passe pas inaperçu et attire bien vite la convoitise de quelques initiés.

Déjà rompu à l’exercice grâce à ses nombreuses années d’Illuminati, le Docteur Strange convoque les nouveaux détenteurs des pierres afin de parer à toute menace éventuelle. Et par menace éventuelle, le Sorcier Supreme entend bien sûr Thanos, le titan fou, qui a déjà usé des pierres avec grand fracas par le passé (Infinty Gauntlet), et qui cherche bien sûr à retrouver sa gloire d’antan.

Évidemment, ni Strange, ni Thanos n’ont prévu ce qui va vraiment se produire. Le Titan fou est attaqué et occis dans sa propre forteresse, alors qu’il n’avait même pas achevé son premier « Mouahahahaha » diabolique. L’assaillant, qui œuvre masqué mais dont on sait très bien que c’est Gamora, la fille de Thanos, qui après l’avoir décapité se met en quête des pierres pour son propre compte.

De l’autre côté de l’univers, Loki, le prince de la discorde, le roi des mensonges et détenteur du copyright de la fourberie, traverse une crise existentielle. Il s’interroge en effet les raisons de ses échecs chroniques, et, biais d’autocomplaisance oblige, les impute à une force extérieure malveillante (quoique, tout bien réfléchi, une force qui vous empêche de faire le mal devrait logiquement être bienveillante).

Ce qu’il trouve lors de ses recherches le pousse à partir lui aussi en quête des pierres. La fille de Thanos qui s’est auto-orphelinisée ou le Roi des mauvais tour, qui prévaudra ? Et surtout, qui paiera les pots cassés ?

Pierre qui roule n’amasse Thanos

C’est avec un brin d’appréhension que nous avons abordé cet énième event, ces fameuses sagas qui promettent beaucoup pour ne livrer pas grand chose au final. Dès les premières pages, voir Thanos délivrer un monologue dégoulinant de cliché sur son grand retour n’est pas de nature à rassurer le lecteur. Effectivement, Thanos et les pierres d’infini sont étroitement liées, presque indissociables, mais le personnage a connu par la suite d’autres interprétations et des évolutions qui sont ici complètement ignorées.

C’est sans doute un choix audacieux de la part du scénariste, qui choisit de se détacher (sans mauvais jeu de mot) du célèbre Titan pour construire une antagoniste inattendue. Bien que les motivations de Gamora soient initialement entendables (retrouver une partie d’elle restée prisonnière de la gemme de l’Âme), ses actions, elles, le sont beaucoup moins. C’est sans doute la faute à une prémisse trop lourdingue et des enjeux qui ne sont pas clairement établis. Tuer Thanos ? pourquoi pas, s’il s’agit pour Gamora de s’assurer que les pierres ne tombent pas entre de mauvaises mains. S’emparer brutalement des pierres ? C’est là que le bât blesse, puisqu’on n’imagine pas Docteur Strange ni Adam Warlock refuser de l’aide à Gamora si elle leur demandait pacifiquement. Je veux dire, Strange était prêt il y a quelques années à ressusciter Tante May, bon sang, pourquoi il refuserait d’aider Gamora à retrouver son morceau d’âme ?

Partant de cette défaillance, il n’est pas étonnant que le reste de l’intrigue ne tienne pas debout. Faire fusionner la moitié des âmes de l’univers avec l’autre moitié, pourquoi pas (cela peut donner des fusions intéressantes, comme dans la série Amalgam back in the day), mais le tout est forcé et finalement, sans grand intérêt. C’est d’autant plus ennuyeux que Gamora, autour duquel cet event est centré, ne montre aucun signe d’évolution. Ce qu’elle fait durant IW ne lui apprend donc rien, ni sur elle-même, ni sur les autres, elle ne semble tirer aucune leçon de ce qu’elle vient de faire (elle a tout de même bousillé la réalité !).

D’ailleurs, les autres non plus, puisqu’à la fin, lorsque tout est rentré dans l’ordre, les autres personnages ne semblent pas lui en tenir rigueur plus que ça. Il suffit que Star-Lord mette son véto (alors qu’elle l’a techniquement tué deux fois) pour que chacun renonce à une quelconque forme de châtiment. De là où il est, un personnage comme Hank Pym doit se râcler amèrement la gorge, lui qui a été flandérisé pour ne plus être que le type qui a crée Ultron puis frappé son épouse il y a 40 ans.

Les six chapitres d’Infinity Wars se révèlent donc longs, bruyants, et inconsistants, la palme revenant au dernier numéro, qui nous fait nous demander à quoi tout ceci a bien pu servir. Du simple divertissement ? Bien trop confus. Une réflexion ? On se demande bien sur quel sujet. Une morale ? Allons bon.

*·***·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #16: Dragonball Super #14 – Fullmetal Alchemist #7 (perfect) – Dr. Stone #16-17

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  • Dragonball Super #14 (Toriyama-Toyotaro – Glénat) – 2021, série en cours, 14/16 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Bon, ce billet va être court: le quatorzième tome de DB Super est intégralement consacré à l’affrontement entre Végéta, Goku et Moro… Comme expliqué précédemment je ne tenterais pas de vous convaincre d’une révolution scénaristique, on a un copier-coller des multiples combats ultimes de la saga et si les jeunes lecteurs seront comblés et pourquoi pas un peu étonnés, les anciens se contenteront du plaisir graphique de ces baston épiques de mieux en mieux dessinées. C’est d’ailleurs l’élément que je retiendrais de ces chapitres: Toyotaro atteint un niveau technique vraiment chouette et s’il est depuis le début difficile de faire la différence avec les pages dessinées autrefois par le maître, je me demande même si ce dernier n’a pas été dépassé. La finesse des traits habille les cases et flatte les rétines. A part ça le combat est rageur, avec son lot de morts et de pseudo-retournements, mais un peu feignant en épique à base de Kaméha. L’humour est absent, l’exotisme aussi, du coup à part de se demander qui de Végéta ou Goku va terrasser le méchant on est moyennement enjoué et si une irruption (prévisible?) redonne un peu de piment aux deux-tiers de l’album, on se dit qu’il est temps de penser à conclure, surtout qu’au stade atteint on voit mal comment continuer hormis à sortir un dieu du néant à opposer à maître Zen-o. Ayant renoncé à embarquer les Sayan dans des aventures galactiques de moindre envergure, Toriyama se retrouve pris à son propre piège de la course en avant impossible à renouveler. Bref, toutes les bonnes choses ont une fin, même DB et je gage que tout finira d’ici au vingtième tome…

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  • Fullmetal Alchemist #7 (Arakawa/Kurokawa) – (2002) 2021 série en cours, 7/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

fma-perfect-7-kurokawaAprès trois tomes au top niveau, ce septième volume marque un peu le pas avec quelques difficultés à assurer la transition. On commence par une belle grosse baston très réussie contre les Homonculus et son lot de morts et de blessés (dans FMA les très nombreux personnages secondaires prennent cher!)… puis l’intrigue cahote un peu malgré des informations tout à fait savoureuses qui font avancer notre connaissance de la conspiration, en se rapprochant des frères Elric. Le choix de suivre une construction tortueuse dans les arcanes de l’armée fait que l’on a par moment du mal à suivre l’ensemble des trames qui s’enchevêtrent. L’autrice profite de prétextes (un peu forcés) pour nous faire comprendre un peu plus les horreurs faites par l’armée pendant la guerre Ishval en reprenant la trame autour de la mort de Hughes (qui remonte au troisième volume). Par contre on n’a pratiquement pas d’interaction alchimiques (de celles qui permettent les magnifiques planches de Arakawa!) et les digressions autour des bobos des potes de Mustang prennent décidément beaucoup de places et délayent l’intrigue. Pour l’aspect shonen ça reste très bien et l’humour est omniprésent via quelques personnages comme Barry le Boucher. Une série ne peut maintenir le top niveau tout le long aussi on va prendre ça comme une transition avec le retour attendu du super alchimiste Ishval que l’on a perdu de vue depuis plusieurs tomes et qui orne la jaquette du huitième tome à paraître en septembre…

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  • Dr. Stone #16 -17 (Inagaki-Boichi– Glénat) – 2021, 16/22 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

ATTENTION SPOILER!dr-stone-16-glenat

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Le seizième volume marquent la fin de la guerre contre le royaume pétrificateur, après que l’ensemble de l’équipage ait été figé par un dernier coup tordu de Ibara. Comme tous les volumes de transition, après la résolution de haute volée de l’intrigue et la récupération de l’artefact Medusa, Senku prépare sans pause la suite du voyage vers la source du message de Why-man, avec une nouvelle surprise à la clé! On baisse donc d’un ton avec le rythme connu de cette série qui saute sans hésiter d’une séquence à l’autre dans une volonté de vitesse permanente. Le dix-septième tome marque ainsi l’arrivée en Amérique après une séquence de traversée que les auteurs ont voulu dédier à une partie de poker… et qui tombe franchement à plat malgré l’apprentissage de techniques de bluff, de magie et de manipulation de cartes. Pas grave, dès qu’on arrive à San-Francisco l’aventure reprend sous ce nouvel air qui fait franchement d bien tant il ouvre des perspectives tant dans l’intrigue générale que dans les découvertes naturelles et scientifiques que les petits périmètres explorés jusqu’ici rendaient un peu étriqués. Après nous avoir expliqué que l’émission du message se trouvait finalement sur la Lune (… façon de boucler avec les informations découvertes dans Byakuya?), on retrouve très rapidement l’action en montant d’un cran avec un adversaire contre lequel il ne faudra pas moins que toute l’équipe de super-guerriers du royaume des sciences. Et on attend avec impatience le dix-huitième tome le 17 novembre…

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*·***·*****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #15: Asadora #4 – Tetsu & Doberman #2 – 008: apprenti espion #2

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  • Asadora! #4 (Urasawa – Panini) – (2020) 2021, série en cours, 4/5 volumes parus.

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Le monstre a été vu en mer et les forces de sécurité s’activent pour lancer en urgence Asa et son avion en reconnaissance. Mais un enchaînement de hasards ralentissent la réunion de l’équipe…

2021 aura été pour moi une année Urasawa puisque en simultané de mon avancée sur sa nouvelle série Asadora! je découvre son grand œuvre 20th century boys et peux comparer les deux séries que vingt ans séparent. Et si le style graphique est resté assez simple, la précision et la lisibilité se sont affinées. Concernant le scénario je n’ai pas assez de recul pour dire si la simplification est ici une nouveauté mais l’auteur a mis la pédale douce sur les enchevêtrements temporels et d’intrigues. Il en résulte une forme d’épure de BD qui nous rapproche de ce qu’on pouvait trouver dans l’âge d’or de la franco-belge, celui de Franquin et de Spirou. Sans oublier les références nombreuses et précises aux années soixante, Urasawa reprend ses codes de l’espionnage, des chroniques culturelles, des concours de circonstances et de l’action improbable mais redoutablement efficace. Il en découle peut-être le meilleur tome depuis le démarrage et un cinquième Calvin qui vient illustrer une totale maîtrise du mangaka. Vite, la suite!

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  • 008: Apprenti espion #2 (Matsuena/Kurokawa) – (2018) 2021 série en cours, 2/14 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

008-apprenti-espion-2-kurokawaEn se réveillant dans un canot gonflable, Eight découvre que toute sa promotion a atterri sur une île déserte où certains proclament le « Battle Royal » pour éliminer les plus faibles. Confrontant ses valeurs d’entraide il va devoir compter sur ses alliés pour affronter un énigmatique homme à tête de lapin…

Le premier volume de cette série Ecchi m’avait plutôt conquis par son aspect parodique des aventures d’agents secrets et l’énormité des visions sexy. Malheureusement ce tome tombe dans un premier degré assez piteux dans la banalité et le déjà-vu des séquences et d’une intrigue minimaliste: affrontement des forts contre les faibles où l’entraide triomphe finalement, bons sentiments et poids des héritages sur les jeunes gens… Pour trouver un côté positif, la seconde partie de l’album revient à ce qui m’avait plu à savoir des épreuves plutôt amusantes dans le lycée et l’apparition de prof spécialisés chacun dans un domaine et forcément caractérisés de façon extrêmement caricaturale. La jeune ninja plantureuse est toujours au centre des épreuves et fait office de deus ex machina permanent. Volume donc franchement décevant mais qui est peut-être une mauvaise transition vers un gros délire potentiel.

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  • Tetsu et Doberman #2 (Ohno – Doki-Doki) – 2021, 2/3 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

testu-doberman-2-dokiFortement emballé par le premier volume, je suis parti avec Tetsu et Doberman pour une nouvelle mission mettant en jeu un clan ninja et un mystérieux commanditaire à escorter dans une vallée dangereuse. Si le background n’a guère le temps de se développer (pour rappel on est sur un triptyque), on prend un grand plaisir à découvrir les design de chaque méchant et des scènes d’action parfaitement huilées. Le fait de sortir de la cité permet de profiter de beaux décors épurés désertiques et d’imaginer les potentialités d’une série décidément frustrante au vu de son potentiel. Le tome se sépare ainsi en deux histoires : l’escorte et la recherche d’une cité mobile fantôme qui va lier Tetsu et le début de carrière de Big One Kurogan. Cette seconde intrigue est beaucoup plus attrayante avec de belles séquences d’affrontements et des énigmes techno-magiques qui permettent d’apprécier les superbes dessins de Ohno. Rendez-vous donc en septembre pour la conclusion de cette trilogie de grande qualité, en espérant qu’elle donne enfin envie à l’auteur de nous proposer une ambitieuse saga…

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*·Nouveau !

Spider-Man: De père en fils

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Intégrale reprenant les cinq numéros de la mini-série Spider-Man: Bloodline, écrite par JJ et Henry Abrams, dessinée par Sara Pichelli. Parution en France chez Panini Comics, le 17 février 2021.

Appren-Tissage adolescent

Il y a douze ans, l’impensable s’est produit pour Spider-Man: vaincu et mutilé par Cadavérique, un nouvel adversaire qui lui en voulait personnellement, le héros a vu l’amour de sa vie, Mary Jane, périr des mains du monstre. Mortifié par le deuil, Peter s’est éloigné de son fils Ben, qui ignore tout du passé de son père et de la cause du décès de sa mère. 

Ne voyant qu’un père lâche et absent, Ben rumine son mal-être adolescent en rejetant l’image paternelle. Un jour, Ben se découvre de stupéfiantes facultés, similaires à celle du héros arachnéen d’autrefois. Ce sera l’occasion pour l’adolescent d’explorer ses origines et de faire face à son deuil, tout en apprenant le poids des responsabilités. Malheureusement, cette quête initiatique ne fera pas dans la quiétude, car Cadavérique est de retour, plus déterminé que jamais à obtenir ce qu’il désire. 

On ne présente plus JJ Abrams, devenu en quelques années une figure inévitable de la pop culture. Star Trek, Star Wars, Mission Impossible, mais également Cloverfield, le producteur/réalisateur/scénariste a étendu son répertoire jusqu’aux confins de la galaxie Pop, avec plus ou moins de succès. Titillé depuis quelques années par l’envie d’écrire pour la BD, Abrams donne suite à un appel du pied de plusieurs années d’un « senior editor » de chez Marvel pour entamer un récit hors-continuité sur Spider-Man, secondé par son fils Henry. 

Venant d’un auteur prolifique et fin connaisseur du genre, ce récit avait de quoi susciter les attentes les plus élevés en terme de qualité, d’autant plus que l’homme écrit avec son fils un récit évoquant les générations, ce qui promettait une alléchante mise en abyme pleine d’émotion. 

La scène d’ouverture du récit donne le ton en nous faisant assister à une cuisante défaite pour Spider-Man, aux prises avec un colossal homme-cyborg-zombie, qui l’attaque pour des raisons que nous ne connaissons pas encore. Mary Jane est prise entre deux feux, et meurt empalée par le monstre, sans raison apparente. Les funérailles qui suivent sont déchirantes, et permettent d’échanger le point de vue, en passant à celui de Ben, le fils de Peter et MJ. 

Douze ans plus tard, on découvre que Ben a grandi seul avec Tante May, Peter ayant décidé de partir travailler à l’étranger pour le Daily Bugle. Il hait son père pour l’avoir abandonné, et entre dans une phase de rébellion qui le mène à rencontrer Faye Ito. Viendront ensuite les pouvoirs et la découverte qu’en fera Ben avec les aléas prévisibles dans ces situations. 

Le reste du récit sombre ensuite dans la confusion, se concentrant sur une intrigue aux circonvolutions à la fois attendues et déconcertantes. Il y a dans ce De père en Fils un sentiment de dispersion et de futilité qui fait perdre le fil dès le second chapitre. Il est en effet assez difficile, à mon sens, d’écrire des personnages adolescents intéressants tout en évitant l’écueil de les aliéner au lecteur. 

C’est toutefois ce qui se produit ici, car Ben, bien que l’on puisse s’identifier à ses tourments au premier abord, perd vite de sa substance et ne donne alors plus qu’à voir angoisse existentielle et passivité mal employée. Rien n’est juste dans les deuxième et troisième actes, si ce n’est la quête de Ben pour secourir son père, mais même celle-ci est entrecoupée de dialogues maladroits, décousus, et de tartines d’exposition pivotale censées nous éclairer sur les motivations du méchant. 

Le méchant, justement, entre dans la catégorie des « monstres tragiques »  mais ne parvient à aucun moment à émouvoir ni à effrayer, ce qui le rend totalement oubliable. Pire encore, le mystère qu’apportaient les zones d’ombres sur ses motivations, laisse place à la confusion une fois révélées, ce qui tire encore davantage la mini-série vers le bas. Ne parlons même pas de la véritable antagoniste, sorte de boss de fin WTF, qui n’apporte pas grand-chose non plus.

La relation entre Ben et Peter a quelque chose de touchant, en revanche là encore, elle est parasitée par l’intrigue qui peine à tenir debout et un rythme décousu qui ne permet pas de s’attarder réellement dessus.

Le casting semble acceptable à première vue, mais les personnages sont sous-utilisés (Riri Williams) ou employés de façon si maladroite (Tony Stark, Peter Parker) que cela en devient gênant pour la lecture. La palme revient malheureusement à Faye, acolyte/love interest de Ben, qui a tout de la fameuse « Manic Pixie Dream Girl « déjà décrite dans des précédentes chroniques. Certes, elle décrit un intérêt pour les causes sociales qu’elle défend et offre un point de vue intéressant sur le célèbre leitmotiv de Spidey, mais son intérêt semble s’arrêter là, ce qui la réduit à un stéréotype, comme souvent dans des histoires pour les garçons écrites par des garçons, ou encore dans les fan fictions, ce dont relève finalement ce scénario. 

Ce qui ressort de ce fiasco est le terrible gâchis qui est fait des talents de Sara Pichelli, qui fait ici ce qu’elle peut pour rehausser le tout malgré le sabotage en règle des Abrams père et fils. Ce qui est d’autant plus irritant au vu du potentiel que pouvait avoir un comic book écrit par un scénariste et producteur de cinéma.

Spider-Man: De père en fils nous aide au moins à réaliser que talent et succès ne sont apparemment pas liés, en tout cas pas outre-Atlantique.