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Les Éternels: Seule la Mort est éternelle

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Recueil comprenant les premiers numéros de la série Marvel The Eternals (2021) écrite par Kieron Gillen et dessinée par Esad Ribic. Parution en France chez Panini le 03/11/2021.

Mytho-logique

En sus de la réédition des Éternels par Neil Gaiman puis des Éternels par les frères Knauf, Panini s’empresse de battre le geek tant qu’il est hype en publiant la récente mouture des Éternels par Gillen, qui sort concomitamment avec le film du même nom.

Chronologiquement, la dernière fois que les Éternels ont été vus, c’était dans la série Avengers par Jason Aaron, qui les avait sacrifiés sans ménagement sur l’autel de son run grandiloquent (mais efficace). En effet, après un million d’années passés à servir religieusement les dieux de l’espace et leur impénétrable dessein, les Éternels ont découvert que leur sacerdoce n’était qu’une farce, qu’ils ne protégeaient en réalité aucun équilibre cosmique immanent, mais qu’ils avaient été crées dans le seul but d’aider les Célestes à lutter contre leur ennemi naturel, La Horde. Cette révélation a rendu fou les homo immortalis, qui se sont retournés les uns contre les autres avant de mettre fin à leurs jours.

Ressusciter ? C’est comme se réveiller un lendemain de cuite.

Hélas ! Si l’immortalité peut être vue comme un don extraordinaire, elle peut en revanche se transformer en malédiction pour celui ou celle qui souhaiterait en finir avec une existence aussi longue que vide de sens. Car le propre des Éternels, c’est d’être ressuscité après chaque mort brutale, par une Machine d’une infinie complexité, qui se révèle être ni plus ni moins que la personnification de la Terre.

Voici donc nos immortels revenus une énième fois d’entre les morts, avec pour certains un changement radical d’apparence ou de genre (afin de matcher avec leurs homologues cinématographiques). Pour la plupart, le choc des dernières révélations fut aisé à digérer, pour d’autres, la Machine a du procéder à une réécriture mémorielle afin de corriger les éventuelles dissonances cognitives.

C’est alors que l’impensable se produit: Zuras, le chef suprême, le Premier Éternel, est sauvagement assassiné, par quelqu’un qui fait nécessairement partie de la maison puisqu’il emprunte le réseau de téléportation des Éternels. Ikaris et Sprite, fraîchement ressuscités, vont se lancer dans une course contre la montre pour trouver le coupable, alors même que la toute-puissante Machine dysfonctionne, rendant inopérante toute tentative de résurrection…

Les yeux dans les dieux

Le coupable est vite trouvé par notre héros: Thanos, le Titan fou, qui dans les comics est un parent proche des Éternels, issu de Titan, la lune de Saturne. Cette force de la Nature, maniaque génocidaire (voire omnicidaire, si vous me passez le néologisme) que même la Mort a rejeté, s’en prend aux immortels qui pour la première fois, font l’expérience de la mortalité. Que peut-il bien arriver de pire ?

Après la lecture des trois séries successives consacrées aux Éternels ces dernières années, on s’aperçoit de la forte empreinte biblique que présentent les personnages de Jack Kirby. En effet, ils peuvent être perçus comme des Anges, ces êtres créés de la main de Dieu pour veiller sur le monde. Initialement sans défaut, les Anges vont être progressivement influencés, voire infectés, par l’Humanité, au point pour certains, de se rebeller contre leur créateur. Dans la Bible, on peut citer sans hésitation Lucifer, qui dans un acte d’orgueilleuse rébellion va devenir le symbole du Mal. Chez les Éternels, on peut dresser un parallèle avec L’Oublié, ou encore Druig. Ikaris, lui, ferait plutôt officie d’Archange comme Gabriel ou Michael, dont la vertu ne sera jamais ternie dans les textes sacrés. Le parallèle est d’autant plus frappant qu’Ikaris rappelle par son nom un personnage ailé…

Concernant la série de Gillen, on peut ici parler de soft reboot, car si l’essentiel est là, l’auteur introduit tout de même de nouveaux concepts et de nouveaux personnages, qui sont détaillés au travers de diagrammes rappelant, ou pastichant, allez savoir, ceux qu’aime faire Jonathan Hickman dans plusieurs de ses séries. On y apprend donc davantage sur la Machine, mais également sur les mœurs et les systèmes politiques qui ont régi la vie des Éternels durant un million d’années.

Le ton adopté par Gillen est souvent ironique, second voie troisième degré, que ce soit dans les dialogues ou dans la narration pas si omnisciente de la Machine. Attention, certains lecteurs pourraient trouver que l’auteur en fait trop, peut être au détriment de l’implication du lecteur dans les enjeux de l’histoire.

Les lecteurs de plus longue date pourront dénicher un petit recyclage d’idée de la part de l’auteur, qui fait du personnage de Sprite une sorte d’écho de Kid Loki, jusque dans sa relation avec Ikaris, qui nous rappelle bien évidemment le tandem Thor/Kid Loki.

Toujours est-il que le scénariste sait où chercher les moteurs de l’histoire, il faut lui reconnaître ça. Des personnages immortels qui ressuscitent inévitablement après chaque mort ? Privez-leur de cet item narratif pour obtenir un enjeux plus élevé. Des croyances infaillibles qui ont récemment été réduites à néant ? Accentuez-en l’impact en ajoutant de nouvelles révélations choc qui ébranleront encore davantage les personnages. Bref, la série de ne manque pas d’enjeu ni de qualité, surtout si l’on ajoute les dessins d’Esad Ribic, qui fait encore un travail dantesque (mais qui loupe encore quelques visages çà et là).

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