****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Western

La trouvaille+joaquim

couv_2189
BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (2001), 62p., one-shot, collection « Signé ».

Quand on est orphelin dans l’Ouest il n’y a pas trente-six solutions pour s’en sortir. Être fort ou malin. Les frères Chisum pensent appartenir à la seconde catégorie lorsqu’ils tentent d’usurper l’identité d’un jeune héritier pour toucher une rançon. L’affaire tourne mal et Jess se retrouve seul, estropié et survit tant bien que mal. Lorsqu’il resurgit à la civilisation c’est avec la ferme intention de se venger. Et un plan machiavélique…

Western - BD, informations, cotesLe tournant des années deux-mille marque la dernière vague de Western au cinéma avec Danse avec les loups, Impitoyable ou Tombstone. Forcément la BD a suivi son grand-frère de toujours avec des auteurs confirmés qui ont voulu faire leur grand album western. Parmi eux Hermann tira le premier avec son On a tué Wild Bill chez Air Libre (Dupuis) en 1999 avant que le duo star de l’époque, les papa de Thorgal Rosinski et Van Hamme ne sortent deux ans plus tard leur album Signé, de cette collection du Lombard qui avait vocation à rassembler sur des albums très sélectifs la crème des meilleurs auteurs confirmés du neuvième art. Si je relie les deux c’est parce que les deux intrigues sont proches, leur traitement aussi et que si Hermann père et fils ont depuis fait de cette autrefois prestigieuse collection leur maison, l’arrivée du duo Rosinski-Van Hamme marquait un sacré évènement en sortant de leur confort de série pour un one-shot ambitieux, juste avant son passage à la peinture sur La vengeance du comte Skarbek en 2004.

On sent cette envie de nouveauté artistique sur cette intrigue très classique du genre et de Jean Van Hamme, scénariste qui adore et excelle à plonger ses personnages dans des paradoxes et choix cornéliens. Ainsi, avec sa détermination sans faille, son talent à la gachette (remplaçant l’arc) et ses tourments du destin qui semblent lancés par les Dieux, le héros de Western est pleinement le petit frère moderne de Thorgal et pleinement un héros Vanhammien. Articulant de façon originale son histoire en plusieurs parties entrecoupées (une première et une singularité que je n’ai jamais revue depuis en BD) par des peintures muettes double-page de Rosinski, le scénariste narre plusieurs étapes de la vie de Jess Chisum avec une fluidité et un sens du récit toujours impériaux. Quand beaucoup d’albums aujourd’hui enflent sur plusieurs centaines de pages comme pour montrer le poids artistique, Jean Van Hamme sait toujours être concis, efficace et propose une tragédie sur moins d’un double album, qui se lit facilement et sans impression de manque. Un rappel dont devraient s’inspirer un certain nombre d’auteurs aujourd’hui.

Western. rosinski - van hamme. extra color nº 1 - Sold through Direct Sale  - 139299765Graphiquement je disais que Grzegorz Rosinski semble se chercher vers la nouveauté. On sait qu’il peint depuis longtemps mais tous ses précédents albums sont colorisés par un autre. Les panorama intercalaires sont une forme d’expérimentation séparant le reste des pages dans des tons sépia où il se lance pour la première fois dans la couleur directe. Pas encore en peinture mais c’est une première. On sent l’envie d’une approche proche du lavis pour retranscrire les vieilles photos de l’Ouest. C’est partiellement convainquant car cela atténue la précision des décors, comme écrasés dans des tons monotones. Rosinski est à l’économie (presque à l’épure sur certaines cases) quand il propose par ailleurs des scènes ciselées de détails. Étonnante, sa technique semble marquer des expérimentations qui permettront par la suite certains sublimes albums de Thorgal. Et c’est bien sur les visages et plans serrés que son talent éclate sur le découpage encore une fois parfait de son compère.

Au final, s’il marque une étape artistique majeure pour le dessinateur, Western prends la forme d’une expérimentation graphique pas totalement aboutie en ce qu’elle écrase un peu la brillance du scénario de Van Hamme. Ce dernier dans ses petits souliers compense ce manque de grands espaces par un art sans pareil du dialogue et du récit qui font néanmoins de cet album assez bref un grand western classique, un peu oublié dans un monde de la BD où Blueberry semble écraser toute autre proposition.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

2 commentaires sur “Western

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s