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Zojaqan

Histoire complète écrite par Jackson Lanzing et Collin Kelly, dessinée par Nathan Gooden. Parution aux US chez Vault comics, publication en France grâce au concours de Komics Initiative le 25/02/2022.

Shannon la Barbare

Bercée par les vagues, Shannon Kind s’éveille, et elle ignore où elle est. Rassérénée par la douce chaleur qui l’enveloppe, elle pense d’abord rêver, jusqu’à ce qu’elle atteigne un étrange rivage qui semble bien éloigné de sa contrée natale.

Bientôt, Shannon doit se rendre à l’évidence: elle ne rêve pas, et elle n’est pas sur Terre. Après quelques temps d’exploration, la jeune femme endeuillée s’aperçoit qu’elle foule une terre primordiale, hostile, parcourue par une dangereuse race de prédateurs, des créatures vicieuses qui se délectent de la peur qu’elles provoquent chez leurs victimes.

Mais depuis le décès de son fils Luther, Shannon n’a rien à perdre. Donc, Shannon n’a pas peur. Qu’à cela ne tienne, elle fera tout pour survivre dans ce nouveau monde, ne serait-ce que pour priver les monstres de la satisfaction de la voir baigner dans une marre de son propre sang. Sur son chemin, Shannon va croiser de fragiles créatures, qui n’ont pas encore de nom mais qui vont rapidement s’attacher à elle, elle qui est la seule à tenir tête aux prédateurs. Peu à peu, la jeune femme va s’ériger en protectrice de ces petits animaux aux allures porcines, dont la peau rosée ne servait jusque-là que de festin à des créatures plus fortes et plus déterminées.

Cependant, Shannon est frappée par un étrange phénomène: régulièrement, elle perd connaissance, et à son réveil, le temps semble avoir accéléré sa course, si bien qu’elle ne reconnaît ni les paysages, ni ses petits camarades, qui ont entre-temps évolué de façon stupéfiante. Désormais doués d’intelligence, elle s’aperçoit que ses amis, baptisés les Zojas, ont bâti grâce à elle une civilisation, dont elle est la pierre angulaire, « Shan« . Vénérée comme une déesse depuis des milliers d’années, Shannon va, au gré de ses sauts dans le temps, assister à l’évolution de ses protégés, qui connaitront grandeur et décadence, toujours en tentant d’interpréter les messages de leur guide Shan.

Ce que Shannon ignore toutefois, c’est que les prédateurs, de leur côté, poussés par la pression évolutive provoquée par l’hécatombe de Shannon dans leurs rangs, vont eux aussi profiter des siècles pour s’organiser, muter, et devenir eux aussi autre chose que ce qu’ils était destinés à devenir. Et en parallèle se pose la question: Shannon rêve-t-elle ? Est-elle morte ? Ce qu’elle voit et ressent dans ce monde étrange résulte-t-il d’une interprétation faite par son cerveau agonisant de ce qui s’apparenterait à l’au-delà ?

Depuis quelques temps déjà, les éditions Komics Initiative dénichent des comics indépendants échappant au carcan des grandes maisons d’édition américaines, à savoir Marvel et DC. Entre les deux géants, fourmille un monde dans lequel les auteurs sont libres d’explorer des concepts originaux, comme c’est le cas avec Zojaqan. Dès le début de l’histoire, nous adoptons le point de vue de Shannon, qui découvre en même temps que le lecteur le monde étrange dans lequel elle a été parachutée. Nous avançons donc pas à pas avec elle, et devons recoller les morceaux de l’intrigue en usant des bribes d’informations et des déductions dont nous disposons.

Les deux scénaristes utilisent le thème du deuil et de la nécessité de le surmonter, d’évoluer, et mettent ce thème en abyme en montrant Shannon aux prises avec une quête d’identité et de rédemption poignante. La trame de l’album est aussi l’occasion de prendre du recul sur l’évolution humaine, sur l’ascension et la chute des civilisations, mais aussi sur le rapport qu’entretient l’Homme avec ses icônes.

En effet, on constate au fil de la lecture et des époques qui défilent, que des propos et des concepts religieux peuvent être facilement détournés, extrapolés, voire déviés de leur intention originelle, par des gens qui ont en tête leur intérêt propre, ou qui agissent par ultracrépidarianisme. Bien qu’aucun de nous n’ait dans son CV une expérience en tant que prophète, on peut du coup imaginer le désarroi de Shannon lorsqu’elle voit ses enseignements détournés par les Zojas.

Sur le plan graphique, nous avons droit grâce à Nathan Gooden à de très belles planches, dynamiques, qui font la part belle aux décors étranges et oniriques du monde de Shannon, sans oublier des designs très réussis concernant les monstres. Une belle découverte !

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