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Gung Ho #5: Mort Blanche

BD de Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant. Ce tome 5 comporte 100 pages, parution chez Paquet le 09/06/2021.

Péril jeune

Dans les précédents tomes de la série, on découvrait un monde ravagé par les hordes inextinguibles de rippers, des créatures mi-simiesques, mi-plantigrades qui traquent le peu de survivants qui arpentent encore la Terre.

Pour se protéger, des colonies ont été fondées, afin de regrouper les vivres et les survivants derrière des fortifications à même de repousser les créatures. Dès leur plus jeune âge, les habitants des colonies sont formés au maniement des armes et à la chasse, afin de perpétuer la communauté et augmenter ses chances de survie.

Zack et Archer sont deux orphelins que l’on transfère à Fort Apache, une colonie reculée mais encore préservée, qui n’est pas forcément prête à accueillir les deux rebelles. En effet, si Zack est plus prompt à faire des concessions pour s’intégrer, Archer est une forte tête allergique à toute forme d’autorité, ce qui lui vaut bien vite l’inimitié de Bagster, l’un des gérants de Fort Apache.

Bagster est un homme vil, qui profite de son statut, qui lui octroie la mainmise sur les denrées, pour extorquer des faveurs sexuelles à des jeunes femmes en détresse. Parmi ses victimes, Pauline, toxicomane, qu’il malmène comme bon lui semble dans la plus totale impunité. Pauline se lie d’amitié avec Archer, qui constate bien vite la perfidie de Bagster. Pour se débarrasser de lui, le vieux pervers s’arrange pour faire accuser Archer, ce qui conduit à son bannissement de la colonie. Zack, livré à lui-même, ne croit pas une seconde à la culpabilité de son frère, mais n’ayant pas d’autre choix, il reste à Fort Apache et se lie d’amitié avec d’autres adolescents de la colonie. Pendant ce temps, les hordes de rippers rôdent toujours à la recherche de chair fraîche, et les bannis des différentes colonies préparent un assaut de grande ampleur.

Sa majesté des louches

Si la série Gung Ho s’est démarquée, ce n’est pas par sa prémisse, ni par sa thématique accrocheuse. En effet, vous ne devez pas ignorer la pléthore d’histoires prenant place dans un monde post-apocalyptique, qui sont si nombreuses qu’elles ont fini par former un genre en soi. Certaines, comme The Walking Dead, ont eu un succès tel qu’elles ont laissé une empreinte durable sur le genre. L’aspect feuilletonnant, les dynamiques interpersonnelles et la grande morale voulant que l’Homme sera toujours ce qu’il y a de plus dangereux pour l’Homme, sont donc autant d’ingrédients incontournables que l’on retrouve encore aujourd’hui dans toutes les tentatives qui ont succédé.

Gung Ho peut également subir la comparaison avec d’autres œuvres centrées autour de jeunes personnages dans un cadre apocalyptique: Green Class, Seuls, Créatures, Kidz, les Sauroctones… les exemples ne manquent pas, et pourtant, on ne peut pas nier que Gung Ho sort du lot. Série débutée en 2013 avec un album tous les deux ans depuis, elle a su mettre en scène des personnages attachants et très identifiables, dotés de psychologies complexes toutes en nuances de gris.

Les auteurs, en évitant le manichéisme (sauf peut-être Bagster, qui ne possède bien évidemment aucune qualité rédemptrice. Vous noterez en aparté, chers lecteurs, qu’en fiction, le viol est toujours considéré comme un crime impardonnable et particulièrement monstrueux, les personnages qui s’y adonnent sont par conséquent toujours dépeints comme tels et sans arc narratif de rédemption), rendent leur univers tridimensionnel et donc plus palpable. Certains reprocheront sans doute l’aspect teen drama parfois outrancier, mais il participe selon moi à la thématique principale de l’œuvre, à savoir l’affranchissement de l’autorité par des jeunes en décalage avec leurs aînés.

Ce tome final conserve un plus-value émotionnelle tout en dégageant suffisamment d’espace pour l’action, trouvant ainsi un équilibre qui manque parfois à d’autres séries. Pour poursuivre sur cette fin de série, j’entends assez souvent les lecteurs reprocher l’absence d’explication quant aux causes de l’apocalypse dans ces séries (Walking Dead, Y The Last Man, etc). Si je partage en partie cette frustration, je dois dire qu’elle ne gâche pas nécessairement la cohérence de la série, elle peut même être considérée comme superflue dans certains cas. En effet, tout ce que l’on a besoin de savoir, c’est que le monde est parti en vrille, savoir pourquoi n’arrangera pas le calvaire des protagonistes.

Concernant la partie graphique, le père Blondin vous en a déjà vanté les mérites lorsqu’il a chroniqué les trois premiers albums. Rien de changé par rapport aux précédents albums, la patte graphique est toujours aussi singulière et qualitative, un raison supplémentaire de vous pencher sur cette série !

2 commentaires sur “Gung Ho #5: Mort Blanche

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