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Le tueur – Affaires d’Etat #1

BD du mercredi
BD de Jacamon et Matz
Casterman (2020), 56 p., série en cours, 1 vol. paru.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette lecture.

9782203191143Après trois cycles de la série originale, les auteurs reviennent avec leur héros dans une nouvelle série qui reprend sa numérotation à zéro… bien qu’il s’agisse bien d’une suite. On ne va pas chipoter, personnellement je trouve cela plus clair qu’une série en cinquante tomes. Le sous-titre « affaires d’Etat » est précis tout en se rattachant à la série mère. La couverture montrant le tueur au bureau est raccord avec l’album bien qu’elle ne soit pas la plus réussie de la série, pas hyper accrocheuse. Sur le plan éditorial c’est propre et bien mené. Rien à dire. A noter qu’avec moins de douze euros par album le Tueur reste une série assez peu chère au regard des tarifs actuels de la BD.

On ne disparaît jamais vraiment quand on a été un effaceur. Dans une carrière qui l’a amené à travailler avec tout type de pouvoir, mafieux comme politique, rien d’anormal pour le tueur d’entrer (malgré lui) au service des renseignements français. Mais comme toujours sa couverture de col blanc dans une société portuaire lui fait constater beaucoup de zones d’ombres entre ce qu’on lui raconte et la réalité. Aux trousses d’un élu corrompu on va bientôt lui demander d’utiliser ses talents au service de la raison d’Etat…

J’ai découvert le Tueur sur le tard et lu l’intégralité de la série en plusieurs phases en bibliothèque. Cette série est remarquable par sa qualité générale sur la durée avec pas moins de treize albums faisant la jonction entre deux époques spécifiques de la BD sur une décennie entière, avec une marque de fabrique, celle du découpage très inspiré et des monologues cyniques et philosophes du héros. Si le premier cycle était plutôt urbain et assez novateur, le second était ensoleillé et marqué par la lumière et les couleurs de la tablette graphique de Jacamon.

Ce nouveau cycle/série revient à la grisaille des cités françaises, ce qui n’est pas forcément un gain graphique puisque le dessinateur semble avoir du mal à trouver un angle d’attaque dans ces décors mornes et monotones. Du coup il saute sur les occasions pour rajouter des touches de couleur vives. Comme sur les derniers tomes le dessin est donc tout à fait maîtrisé, plutôt précis, technique dans les décors (ce que j’aime), plus brut sur les personnages mais moins intéressant par manque de sujets graphiques vraiment accrocheurs. Le découpage reste rythmé, avec quelques scènes Résultat de recherche d'images pour "traitement négatif jacamon""d’action, mais à la fin de l’album on ressent autant visuellement que scénaristiquement que nous avons affaire à une mise en place qui doit se développer. Volontaire ou non, cette relative monotonie sert l’ambiance puisque l’on se retrouve dans l’état d’esprit du tueur, animal à sang froid qui a besoin de mouvement.

L’idée de Matz saute très vite aux yeux et l’on pense tout de suite aux récentes séries d’espionnage réaliste comme le Bureau des légendes. Cela tombe bien car ce rythme d’attente réflexive, d’anti-blockbuster a toujours été dans l’ADN du Tueur qui continue ainsi de nous entraîner sur son analyse froide et critique du mode de vie de ses contemporains. Si l’histoire de politiciens véreux peine à nous accrocher faute d’os à Résultat de recherche d'images pour "le tueur affaire d'etat""ronger du fait de la rétention volontaire d’informations par le scénariste, on aime toujours autant lire ces vérités en miroir sur le monde très proche qui nous entoure, sur nos vies rangées, nos vies de famille, etc. L’album arrive ainsi à nous maintenir en éveil avec un cahier des charges risqué et instille des doutes, des hypothèses chez le lecteur, basées sur des détails qui nous font douter de tout. Tels le Tueur on en devient paranoïaque en cherchant le loup dans cette normalité, cette simplicité apparente. Touché juste ou non, on aime ça et l’on referme l’album un peu frustré d’en savoir si peu et impatients de savoir si le Tueur a été doublé par celui-là ou par celui-ci…

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Darnand, le bourreau français

BD du mercredi
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Rue de sèvres (2018-2019), série finie en 3 volumes.

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mediathequeLes deux premiers tomes comprennent des unes de journaux d’époque sur Darnand, le troisième comprend un dossier documentaire. Les trois couvertures sont très efficaces, reprenant la même thématique (le personnage de Darnand) en suivant son évolution. J’aime beaucoup les couvertures qui déclinent une idée sur l’ensemble de la série. Comme a son habitude, Rue de sèvres présente la tomaison complète de la série dès le premier volume, ainsi que les illustrations de couvertures. C’est confortable pour le lecteur qui sait où il va. Je note simplement que le sous-tire « le bourreau français » n’apporte pas grand chose et peut être trompeur sur l’objet de la série.

Héros de la première guerre mondiale, décoré des plus hautes distinctions nationales, Joseph Darnand, comme d’autres mais sans doute pas à ce niveau, choisira la Collaboration en prenant la tête de la Milice aux plus sombres heures de la Guerre. Entre les deux c’est une personnalité complexe que nous découvrons au travers du regard de son ami Ange. une histoire qui se coule dans la complexité de l’histoire nationale…

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Je réalise avec ce Darnand que je suis sans le vouloir la biblio du scénariste Pat Perna, dans ma recherche de BD documentaires. Un peu à la manière d’un Fabien Nury mais dans un style plus journalistique, plus précis et moins nihiliste, Perna aborde album après album les creux noirs ou gris de notre histoire. Des moments ou des personnages dont le vernis est connu mais dont pas grand monde n’est allé creuser le fonds (en BD tout au moins). Pour cela il s’est associé depuis 2015 (avec un album sur le médecin d’Himmler) la collaboration de l’impressionnant Fabien Bedouel dont l’énergie sèche fait claquer ses dessins aux encrages très précis. Que ce soit sur le très bon Morts par la France (avec Otero) où il exhumait un massacre perpétré par l’armée française sur ses propres soldats… noirs, dans les colonies ou dans l’excellent Forçats où il arborait l’étendard immaculé d’Albert Londres dans sa lute pour la réhabilitation d’un condamné au Bagne, le scénariste se fait une vocation de gratter là où ça fait mal. Si Nury excelle dans la noirceur de son excellent Katanga traitant de la Françafrique en mode cinoche, le duo de Darnand recherche plus la précision que l’explication…

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Et c’est l’une des limites du style de Perna, déjà éprouvé sur son précédent album sur le Bagne. Il ne s’encombre pas de continuité narrative et saute sans soucis d’une époque à une autre. Cela ne facilite pas la lecture mais concentre l’intensité sur des dialogues, des séquences juxtaposées. Le dessin millimétré de Bedouel est du coup d’une grande aide puisque l’on reconnaît immédiatement lieux et personnages. Si les dialogues sont très claires et le récit se suit bien, c’est bien la chronologie qui rend la lecture cahoteuse sitôt passé le premier tome. Celui-ci, plutôt facile d’accès, nous présente le héros de la Grande Guerre et l’installation de sa relation d’amitié fraternelle avec Ange, qui structurera toute la suite du récit. Est-ce pour le pas tomber dans les poncifs ou par-ce que ce n’est pas ce qui l’intéresse, le scénariste saute ensuite à la période cagoularde de Darnand (organisation mafieuse qui visait à renverser la troisième République juste avant la seconde guerre mondiale) puis nous envoie directement dans la Milice (tome deux) pour finir sur l’exécution de Darnand (tome trois). Si l’itinéraire du personnage fascine bien sur, il n’est finalement pas le seul héros national a avoir permis Vichy et faute de discours créant le malaise ou le doute, on finit la série en se demandant un peu ce que les auteurs ont voulu montrer.

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Je ne voudrais pas laisser croire que Darnand est une mauvaise série, elle en est très loin! D’abord ces dessins donc, à la fois très contrastés et nerveux, des magnifiques décors montagnards et ces personnages que le dessinateur sait habiter, cet Ange avec sa gueule cassée qui parcours tout le récit, comme l’âme damnée de Darnand, sa conscience qui ne veut admettre les choix de son ami. Car finalement il s’agit plus d’une histoire d’amitié impossible, de deux frères d’armes ayant choisi des chemins opposés que de montrer les égouts de la grande Histoire. Je parlais du sous-titre qui laisse penser à une BD historique, documentaire… ce qu’elle n’est pas, raison pour laquelle je n’ai pas proposé cette chronique dans la rubrique Docu. Ce triptyque, en tant que BD se laisse remarquablement lire, avec grande fluidité, intérêt, Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"avec ses moments de tension où l’on se sent happé. Mais dans cet entre-deux, avec des coupures de presse, ces personnages historiques de la Résistance, ces références documentées, on aurait aimé une mise en perspective plus grise, une présentation plus complexe de Darnand au lieu du simple militaire réactionnaire qu’il fut. On nous parle finalement peu de Résistance, on n’a aucune explication sur une évolution, sur des doutes éventuels du « bourreau ». La seule interrogation qui perdure est celle de l’attitude de la Nation, ses doutes éventuels sur le héros d’avant ou le criminel d’après. Là-dessus les auteurs ne laissent pas la place au moindre malaise, sans doute car il n’y avait pas à en avoir. Comme Pétain Darnand était persuadé d’être un sauveur de la Nation. En simple pion de son époque fasciste. Si le Katanga de Nury m’a mis très mal à l’aise il apportait cet aspect dérangeant que le scénario de Pat Perna ne veut pas donner. Bonne série BD de d’un excellent duo, Darnand reste ainsi en deçà du précédent Forçats en restant trop attaché à la figure historique.

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BD en vrac #13

BD du mercredi

  • Mata Hari (Greiner/Roman/Comixburo) – 2019, collection Rendez-vous avec X vol. 3.

couv_373546badge numeriqueAvec cet album je met le nez dans la nouvelle collection de Comix Buro (en partenariat avec Glénat), l’éditeur d’Olivier Vatine… qui produit la jolie couverture pour l’occasion. Malheureusement comme souvent lorsque l’on fait appel à un autre pour la première illustration cela vise à camoufler des lacunes ici rapidement évidentes. L’idée de transposer la série radiophonique à succès tombe vite à plat et n’apparaît inintéressante que sur les pages du dossier documentaire final, pour peu que l’on s’intéresse à ce personnage qui est présenté par les auteurs comme une pauvre fille, prostituée de luxe qui court après la gloire et l’argent. Assez triste et pas franchement passionnante que la BD en elle-même dont les dessins sont agréables mais ne proposent aucune séquence notable. On lit les épisodes amoureux de la belle comme une succession de séquences identiques vaguement intégrées au contexte politique de la première guerre mondiale. Ce qui aurait pu -du!) être présenté sous la forme du thriller d’espionnage nous fait donc bailler et l’on oublie cet album assez vite. A réserver aux collectionneurs d’albums sur la pseudo-espionne…

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  • Le scorpion #12: le mauvais augure (Desberg/Marini/Dargaud) – 2019

couv_377352Sortie évènement puisque le dernier volume, La neuvième famille remonte à cinq ans et relançait incroyablement la série avec l’arrivée d’un personnage très réussi en la personne du chevalier au trèfle et un soupçon de fantastique. Mais pour qui suit le formidable dessinateur qu’est Enrico Marini l’on savait que l’arrêt ou la passation de témoin se préparait et que l’auteur italien s’émancipait de scénaristes. La bonne nouvelle c’est que c’est toujours aussi bien dessiné, agréable à lire et que le repreneur, Luigi Critone (que j’avais grandement apprécié sur le très bon Je françois Villon) peut s’insérer très facilement dans le style posé par Marini. Je dois cependant avouer ma petite déception car cet album n’arrive pas à résoudre son statut, en ne clôturant pas la série (on a déjà vu ce genre de cliffhanger dans d’autres albums et l’on n’est plus vraiment dupes) ni en la relançant. La liaison se fait mal avec le précédent album qui supposait un combat de longue haleine avec le nouveau méchant et de nouvelles pistes. Or Desberg se contente de tirer un nouveau tiroir, jeu classique du scénariste manipulateur qui peut faire plaisir un moment mais devient lassant à force. Quelques pistes nouvelles sont tissées mais je dirais que ce Mauvais augure est bien trop frileux dans la prise de risque alors qu’il avait une occasion en or de décisions radicales. Si vous êtes de ceux qui continuent Thorgal et XIII quoi qu’il advienne cela ne vous dérangera pas mais pour moi ce tome douze marque peut-être le dernier volume d’une de mes séries préférées… Le risque de la poursuite commerciale et des changements d’auteurs, qui prouvent une fois encore que la BD est un art de créateurs.

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  • Largo Winch #22: les voiles écarlates (Giacometti/Franck/Dupuis) – 2019

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Déception pour ce nouveau Largo qui a mis pour une fois deux ans à être réalisé. Les craintes du précédent se confirment d’autant plus que ce tome doit résoudre l’intrigue commencée sur le diptyque précédent… de façon assez artificielle puisque le scénariste nous balade pas mal avec des faux secrets reliés les uns aux autres. Garder ce diptyque comme une histoire solo aurait été tout aussi pertinent. L’intérêt de cette histoire résidait dans l’approche des 1% et de la finance par ordinateur. Dans Les voiles écarlates on bascule dans la plus classique histoire de méchants oligarques russes  que l’on a déjà vue mille fois. C’est toujours aussi bien dessiné, les couleurs sont très agréables mais cet album nous rappelle malheureusement le talent unique de Jean Van Hamme pour raconter de façon fluide des histoires compliquées. L’alchimie est perdue et le lecteur se prend à relire de nombreuses fois les multiples explications économiques qui le font décrocher des élucubrations du milliardaire en blue-jeans. Également une évolution dans l’esprit de la série puisque ce héros au grand cœur qui est ici totalement ballotté sans aucune anticipation et sauvé par moultes Deus Ex Machina se retrouve à tuer de sang froid de vils pourris. C’est mine de rien un vrai basculement et avec tous ces changements je ne suis pas certain que les auteurs parviennent à se hisser par la suite au niveau des meilleures histoires de Largo. Zut…

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Jules Verne et l’astrolabe d’Uranie

BD du mercredi
BD d’Esther Gil et Carlos Puerta
Ankama (2019), intégrale des deux volumes, 92 p., cahier graphique final.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

couv_376818L’album reprend les deux volumes de la série agencés sans coupure. L’éditeur a oublié d’insérer les très belles illustrations de couvertures originales mais nous propose un cahier graphique très sympathique qui permet de mieux décortiquer extrêmement mystérieux dessin de Carlos Puerta et propose quelques textes de background intéressants mais qui ne révolutionnent pas la lecture de l’album. Si j’apprécie la carte ancienne en intérieur de couverture, l’illustration de cette intégrale est complètement ratée, à la fois illisible, pas très esthétique et créant un effet pixelisé (dû à la technique du dessinateur) très gênant. C’est d’autant plus gênant que la couverture du tome un notamment était superbement évocatrice et très graphique. Ce détail ne va pas aider à faire connaître une BD qui revêt pourtant beaucoup de choses intéressantes…

Alors que le monde s’apprête à découvrir les incroyables innovations de l’exposition universelle de Paris, Jules Verne peine à écrire, frappé d’une mélancolie liée à la perte d’un amour fugace. Son frère Pierre décide de l’embarquer avec lui sur le plus gros bateau jamais construit, traverser l’Atlantique et découvrir le Nouveau Monde. Là-bas il va vivre des aventures qui alimenteront plus tard l’imaginaire de ses romans…

Résultat de recherche d'images pour "puerta jules verne astrolabe"J’ai découvert le dessinateur Carlos Puerta sur le premier tome de la trilogie Maudit sois-tu qui m’avait à la fois fasciné et pas mal perturbé de par une technique indéfinissable. Depuis je me suis un petit peu documenté et le fait que cette série soit plus ancienne permet de voir quelques différences, notamment, je pense dans l’utilisation du numérique (plus léger sur Jules Verne). Après des crayonnés poussés où l’on note sa technique très classique et sans faute vers le réalisme, Puerta travaille à la peinture traditionnelle en même temps qu’au numérique, sans que l’on puisse distinguer les deux. C’est assez perturbant car il crée des effets de flou qui peuvent par moment rappeler de mauvaises textures numériques mais créent dans le même temps un effet de matière et de lumière ultra-réalistes. Sur cette série les planches semblent plus traditionnelles et créent un effet cinématographique très efficace. L’album est indéniablement même si le style ne plaira pas à tout le monde.

Résultat de recherche d'images pour "puerta jules verne astrolabe"L’idée de départ n’est pas neuve, a été exploitée ailleurs… mais fonctionne plutôt bien sur cette série. Transposer un des génies de l’imaginaire dans son propre univers est un pitch toujours alléchant mais pas toujours abouti. Sur l’Astrolabe d’Uranie on a un découpage assez différent entre les deux tomes, ce qui a un peu dérangé les lecteurs avant l’intégrale et ce volume comble clairement un reproche fait alors: la première moitié se concentre presque exclusivement sur Jules, ses relations avec son éditeur, son frère et son histoire d’amour, mais aussi le paris Haussmanien, les avancées technologiques (on est alors proche de l’ambiance de Blake et Mortimer) et l’action démarre ensuite de façon ininterrompue sur toute la seconde moitié de l’album. Le rassemblement en un seul tome fluidifie grandement la lecture en faisant monter progressivement la tension et et nous plongeant ensuite dans un grand cinémascope du film d’aventure hollywoodien sans répit. L’histoire aurait probablement mérité un troisième volume pour avoir le temps de mieux gérer les transitions (un peu brutales), mais l’ensemble se laisse lire avec plaisir. On peut en revanche reprocher un déclenchement franchement téléphoné. C’est dommage car toute la séquence chez Hartman est assez fascinante autant que belle visuellement, en nous montrant l’origine de Némo et de toutes les futures inventions littéraires du romancier. Comme si les Résultat de recherche d'images pour "puerta jules verne astrolabe"auteurs avaient construit toute leur série autour de cette seule séquence. Du coup on a le sentiment d’une affaire un peu expédiée, ce qui en affaiblit la portée. Esther Gil est néanmoins parvenue à faire coïncider dans une BD d’aventures un peu désuète les idées politiques de Hetzel sur l’éducation de la jeunesse, un contexte politique très réel du bellicisme prussien ou des guerres indiennes, des éléments techniques comme le navire transatlantique ou l’astrolabe, tout en adaptant les écrits de Jules Verne au monde réel.

Malgré quelques défauts de montage Jules Verne et l’Astrolabe d’Uranie est donc un très beau voyage digne de l’auteur nantais, à la fois hommage et variation sur son univers. On prendra le caractère improbable comme un esprit série B assumé en profitant des peintures d’un illustrateur vraiment à part et qui par moment fait sortir ses créations de l’écran…

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L’escadre frêle

BD du mercredi
BD de Eric Henninot
Delcourt (2019), 74p., La Horde du contrevent t2., série en cours

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Pour ce second volume on reprend le même format avec six planches de moins. Comme l’ensemble de l’album, Eric Henninot semble avoir eu conscience de na nécessité d’éclairer un peu sa série et la couverture est bien plus lumineuse, colorée, accrocheuse. La structure de la Horde est toujours présente en début d’ouvrage (les personnages), avec un résumé du tome précédent. A noter que l’intérieur de couverture varie à chaque tome, reprenant une case en format avant découpe (et ici très belle). L’édition grand-format NB est renouvelée comme pour le tome un.

Lorsque le navire amiral fréole plante soudainement ses ancres dans la prairie au milieu de la Horde, son univers est bouleversé: à la solitude succède la fête, le danger du vent fait place à celui des hommes et bientôt se profile sur leur route la Flaque de Lapsane, vaste étendue d’eau qu’aucune Horde n’a jamais traversée…

20191210_221158.jpgLors de ma critique du tome un j’avais conscience de mon manque d’objectivité tant l’ouvrage source m’avait marqué, le seul fait d’adapter avec concentration le livre suffisait à me combler. Au risque de passer sous silence les qualités intrinsèques de cette série qui très discrètement commence à marcher sur les traces de ce qui est pour moi la saga majeure des dix dernières années, le Servitude de Bourgier et David. L’immense sérieux de l’écriture comme du dessin, le temps pris pour peaufiner chaque case, chaque rythme se ressent sur les deux séries qui donnent une profondeur globale que très peu de séries de BD ont. Je l’avais déjà dit, les personnages et leurs dialogues étaient la grande réussite de l’adaptation, même si le lecteur pouvait trouver austère cette succession d’échanges à couteau tiré. Si les bases (du roman…) restent les mêmes ce second opus monte franchement d’un cran en rectifiant cette sobriété, en rajoutant de l’action et une couverture dramatique très touchante en appuyant là où ça fait mal: le pourquoi du Contre, le pourquoi de vies passées à remonter à pied sans autre espoir de vie que de voir le bout du monde…

20191210_221101.jpgLa séquence des fréoles était dans le livre l’une des plus fortes, avec ce vaisseau que l’on imaginait difficilement. Henninot a fait ses choix graphiques que certains n’aimeront pas mais qui s’avèrent totalement cohérents, d’un design redoutabelement élégant (comme en réponse à la rigueur de la roche et des paysages désolés du premier volume) et en introduisant via les fréoles nombre de questions de fonds sur l’univers de la Horde du contrevent, les factions à l’œuvre à Aberlas, les différentes confréries humaines sur ce monde redoutable et un aperçu de ce qui les attend en extrême-amont.  Les pistes sont tissées pour la suite et le background s’étoffe fortement, dès l’introduction qui reprend (comme le premier volume) une séquence de la formation initiale des enfants qui deviendront la trente-quatrième Horde. J’ai trouvé que l’auteur réussissait ici à élargir son lectorat qui peut désormais se passer complètement de la lecture du roman et découvrir cet univers d’une richesse folle et au scénario très accrocheur. On dévore la BD d’une traite malgré les très nombreux textes. On se passionne pour ces personnages dont Henninot sacrifie la plupart en arrière-plan pour se concentrer sur le scribe (personnage central), Oroshi (personnage magnifique!), le redoutable et ombrageux Golgoth et Callirohé qui apportera un doute terrible qui prends aux tripes. Cela faisait longtemps qu’une BD ne m’avais autant accroché émotionnellement. Là encore il y a un 20191210_221027.jpgmatériau, mais l’auteur de l’album a totalement digéré cet écosystème relationnel, cette famille faite de compétences, de nécessités, de violence impitoyable et d’amour profond et réciproque.

Effaçant les quelques difficultés du premier volume (je ne parlerais pas de défaut mais de passage obligé de l’adaptation), L’escadre frêle fait soudainement passer La Horde du contrevent de bonne adaptation à grande série BD! Et c’était loin d’être évident. L’inventivité visuelle, la finesse du trait (et n’oublions pas le remarquable travail sur la couleur de Gaétan Georges tout en douceur!) et surtout la richesse des relations interpersonnelles font de cet album un magnifique moment de lecture qui ne donne qu’une envie, de retourner dans le Fer en rêvant de Norska…

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Dans la tête de Sherlock Holmes #1

BD du mercredi
BD de Cyril Liéron et Benoit Dahan
Ankama (2019), 47 p., 1 vol/2 paru.

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mediathequeJ’adore les expérimentations formelles en BD (comme Wika ou Saccages dernièrement) et avec cet album j’ai été servi! Dès la couverture (qui est l’une des plus réussies de l’année) on a une invitation à ouvrir l’album qui est construit à la manière des livres jeunesse mêlant histoire et jeu. La tête du détective que vous voyez sur l’illustration est découpée en laissant voir l’intérieur de couverture illustré présentant la bibliothèque intérieure du héros! Le design général est un dessin à lui tout seul  et l’album se termine par un petit résumé graphique des indices glanés avant de pouvoir lire la conclusion de l’enquête dans le tome deux. Chapeau bas aux auteurs et à l’éditeur pour un objet aussi sympa qui nous mets dans des conditions idéales pour entrer dans la tête de Sherlock Holmes!

Un professeur de médecine errant en chemise de nuit dans une Londres endormie… il n’en faut pas plus pour attirer l’attention du célèbre Sherlock Holmes qui va se mettre en chasse et en réflexion pour résoudre cette nouvelle affaire qui semble impliquer une compagnie de théâtre asiatique…

Résultat de recherche d'images pour "dahan dans la tête de sherlock holmes"Je l’avais vu passer à sa sortie, entendu beaucoup de bien… mais bon. L’album est peut-être sorti sur une mauvaise période et le premier regard aux dessins ne m’avait pas attiré. Et quelle erreur, tant Dans la tête de Sherlock Holmes procure un plaisir de lecture jubilatoire en poussant le jeu du découpage très loin. Le principe avait été exploré précédemment par les auteurs mais semble ici idéalement adapté à cette enquête classique de l’habitant du 221 b Baker Street, qui se place juste après la nouvelle La ligue des rouquins. Dans des tons marron-orangé inspirant le bois et les cartes jaunies des vieux ouvrages, l’album fourmille de détails, que ce soit dans un style graphique fait de mille traits ou dans les décors proprement dits conçus pour permettre ce jeu de piste qui Résultat de recherche d'images pour "dahan dans la tête de sherlock holmes"fait de cet album un mélange entre BD et livre-jeu. Afin de permettre une grande fluidité dans la lecture et la compréhension d’une intrigue forcément complexe les auteurs ont créé littéralement un fil rouge que nous suivons et nous indique quelle zone suit quelle zone. Car avec de fréquentes doubles pages à lire dans leur ensemble, Dans la tête de Sherlock Holmes  brise totalement les cases classiques de la BD!

Le concept étant bien de suivre la mécanique du cerveau du génie, l’histoire est sommes toute linéaire puisque Sherlock parcourt étape par étape, méthodiquement rendant tout cela « élémentaire ». Dans une BD classique on se serait dit que tout est bien trop facile mais pas ici! Nous voyons donc régulièrement des indices formalisés comme document administratif que l’enquêteur monte ranger dans un tiroir de son cerveau-masure où tout est soigneusement trié, catalogué et classé. Il n’a donc plus qu’à récupérer l’information précédemment repérée pour déboucher sur la solution au problème. De la même manière, dans le champ du réel les pages sont habillées de différentes formes générales et les cases proprement dites ajoutées de zoom sur des éléments notables, comme le texte où sont soulignés en rouge les indices correspondant à l’objet visuel… On lit donc la page comme un jeu de piste, s’amusant à voir Sherlock Résultat de recherche d'images pour "dahan dans la tête de sherlock holmes"traduire avec son système mental les diarrhées verbales d’informations qui lui arrivent des témoins, où il filtre le stricte nécessaire…

Les dessins de Benoit Dahan ne sont pas les plus techniques qui soient mais montrent une passion, un plaisir à la réalisation minutieuse qui ne peut qu’être contagieux. Tout est réussi dans cet album, jusqu’au choix de l’intrigue en diptyque qui permet un cliffhanger tout à fait feuilletonesque de bon ton. Et quand on voit que la tomaison laisse envisager d’autres enquêtes sur le même modèle on ne peut que se réjouir. Dans la tête de Sherlock Holmes est l’excellente surprise de l’année, une jolie lecture rafraîchissante qui peut en outre (grâce à son système visuel) être lue assez jeune.

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Wika et la gloire de Pan

BD du mercredi
BD de Thomas Day et Olivier Ledroit
Glénat (2019), 92 p., série terminée en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_376133Olivier Ledroit est l’un de mes dessinateurs préférés. Non qu’il soit le plus fort en matière de dessin (bien d’autres le dépassent techniquement) mais il a installé depuis des années, avec constance, un univers d’une maestria visuelle, d’une finesse, d’une minutie que seul un Varanda atteinte peut-être dans la folie du détail. Son univers gothique et noir l’empêche malheureusement d’atteindre le très large public qu’il mérite et sa difficulté à tenir des séries en entier (un peu comme Olivier Vatine). Wika est ainsi la troisième série seulement à se conclure, après Xoco(deux tomes) et Sha (trois tomes). Originellement prévue en quatre opus, la série se clôture finalement en un gros dernier tome qui compte un tiers de pages de plus que les deux précédents. On ne peut que le remercier d’avoir pris le temps de clôturer une saga qui aurait tout à fait pu tomber dans la fuite sans fin qu’ont connu les Chroniques de la Lune noire et Requiem. Hormis donc la tomaison indiquée en quatrième de couverture qui change des deux précédents volumes (… ce qui fera à n’en pas douter gonfler la cote des éditions originales) l’album suit la maquette de la série, avec une couverture toujours aussi belle et dorée. Comme pour les autres volumes, une édition (très) grand format sort juste après avec seize pages supplémentaires et une couverture différente… pour quatre-vingt balles!!! Si certains ont tiqué sur le prix des Indes fourbes, les éditions spéciales à ce prix commencent à devenir un peu n’importe quoi…

Wika a été tuée par les loups d’Obéron, le tyran d’Avalon. Alors que le sacrilège ultime est commis, l’incendie d’Ygdrasil, l’arbre monde et siège du dieu Pan, l’ensemble des peuples des royaumes elfiques se mets en mouvement vers la dernière guerre de ce monde…

Wika est une série hors norme, aboutissement de la démesure d’un auteur d’une générosité sans borne qui compense allègrement les lacunes techniques qu’il traîne depuis ses premiers fanzines dans le jeu de rôle avec Froideval par une inventivité, une minutie et une liberté absolue de ses planches vis à vis des canons de l’édition, des codes de la BD. Sa marque de fabrique, dans Wika plus que jamais est sa propension à dépasser le cadre de mille manières possibles. Sa destruction des cases a commencé dès les Chroniques, adoptant des formes originales pour recomposer totalement la progression graphique de sa narration sur l’ensemble de la page ou de la double page. De mémoire il avait déjà également retourné ses planches pour adopter ponctuellement un format paysage qui bouleverse là encore la lecture en permettant des tableaux monumentaux. Ici l’intégralité de la première partie (soit seize pages), dans le Sidh, royaume immatériel de Pan, adopte ce format. Outre l’avantage graphique, c’est pertinent scénaristiquement en changeant la lecture comme on change d’univers, avec ses propres codes. L’acmé du processus est atteint lors de la bataille finale, sur les déjà célèbres pages 63 à 66 qui ne sont pas moins de quatre pages liées avec rabat, permettant sans doute la plus grande double page jamais publiée en BD… Certains seront lassés de la profusion de détails de cette furie visuelle où l’on n’ose imaginer le temps passé par Ledroit sur leur réalisation. Mais chacun reconnaîtra la passion de l’artiste et le détail de ses planches.Résultat de recherche d'images pour "wika la gloire de pan"L’autre apport de Wika est outre l’utilisation systématique d’habillages graphiques, non seulement sur les bandeaux de narration de type parchemin, mais sur l’entièreté des bordures de pages. Oubliez le gaufrier et les découpages sur fonds blanc, chez Ledroit il n’y a pas de fonds. Comme Georges Bess sur son Dracula l’auteur a dessiné jusqu’au dernier centimètre carré de papier disponible, ce qui donne parfois le sentiment de lire un art-book plus qu’une BD. Il a en outre ajouté sur cette série une nouvelle technique d’insertion d’éléments d’engrenages, de coins et de dentelles sur ses pages avant photographie. Le rendu est fabuleux en ajoutant une matière impossible à rendre par le seul dessin et rehaussant ses habillages graphiques. Dernière manifestation de l’imagination créatrice d’un auteur qui ne fait finalement plus vraiment de la BD, ou de la post-BD. On parle beaucoup de certains expérimentateurs comme Marc-Antoine Mathieu, Ledroit apporte pour moi autant (et pas que depuis Wika, son fabuleux Xoco proposait déjà des trouvailles phénoménales dans le découpage) à l’innovation en BD.

Résultat de recherche d'images pour "wika tome 3 ledroit"Et l’histoire me direz-vous? Et bien elle est dans la lignée de ses précédents ouvrages, au service du dessin, un peu punk, vaguement lourdingue par moments, totalement manichéenne comme le conte pour adultes qu’est Wika… On ne saura jamais quel découpage auraient eu les deux derniers tomes sur la tomaison originale de quatre mais le fait est que cette Gloire de Pan est une marche à la guerre sur soixante-dix pages où le dessinateur se fait plaisir en créant comme le gamin qu’il a toujours été les plus grands panorama guerriers dont rêvent tous les amateurs du monde de Warhammer. Comme aux batailles de Légo ou de Playmobile on ajoute mille canons à son robot et un combat n’a jamais trop d’explosions et de vaisseaux. Là encore les grandes personnes tiqueront sans doute sur la faiblesse de l’intrigue quand les lecteurs aux yeux d’enfants accepteront le cadre. Un cadre de conte assumé de la première page de la série à la dernière, construites en miroir total, permettant de refermer une bien belle aventure dépaysante, chatoyante comme jamais (ce qui manquait cruellement à son pourtant aussi flamboyante série de sales gosses Requiem, chevalier vampire) et que l’on imagine dans un bel écrin relié pour une intégrale mise en forme par monsieur Ledroit.

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Si vous ne connaissiez pas cet auteur, son univers, Wika est sa série la plus accessible (et complète, ce qui n’est pas un détail!). Que vous aimiez ou pas les combats titanesques vous ne pourrez que faire plaisir à vos yeux devant ces planches qui seront probablement celles de votre collection où vous passerez le plus de temps à observer chaque détail. En se demandant quel challenge Olivier Ledroit va désormais pouvoir se trouver…

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