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Streamliner

BD du mercredi
Bd de ‘Fane (+ Isabelle Rabator à la couleur)
Rue de sèvres-comix buro (2020)- intégrale couleur, 291 p. +XXI p. de dossier graphique final. Album broché couverture à rabat.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

streamliner_integraleCette intégrale reprend en un très gros pavé format comics les deux volumes parus en 2017 en grand format cartonné. Si la maquette et design général sont superbes (suivi par Vatine et le Comix Buro oblige), j’avais trouvé les couvertures des éditions originales comme de cette intégrale vraiment mal mises en valeur, avec par exemple ce titre qui pourrait sortir des années 60… Sans doute une envie de rétro de l’auteur mais commercialement je suis surpris que l’éditeur n’ait pas insisté sur quelque chose de plus accrocheur. Pour dix euros de moins que les deux albums on perd en taille et en qualité de reliure même si on gagne un (faux) cahier documentaire et graphique. J’imagine que la très grosse pagination a obligé Rue de sèvres à maintenir un prix de vente raisonnable mais étant donnée la qualité de cette œuvre il est vraiment dommage d’avoir une édition aussi réduite. Pour le reste cette intégrale est juste un énorme ride plein de bruit et de fureur, de testostérone, d’odeur d’essence et de graisses, des moteurs surchauffés et de pépées enragées…

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Désert continental, 1963. La paisible station service Lisa Dora située sur la route 666 est soudain envahie par une horde de pilotes et de bikers attirés par ce qui s’annonce comme la course sauvage du siècle. Cristal O’Neil, fille du légendaire pilote Evel O’Neil se retrouve au cœur d’un maelstrom qui bouleverse son quotidien: entre G-men, criminels en fuite, journalistes voraces et gangsters prêts à tout pur remporter la mythique winchester de chef des Red Noses elle devra sortir de son rôle de gentille hôtesse s’engager dans la rage de la course et de l’esprit Sex-drugs & Rock’n’roll pour préserver sa station…

‘Fane a roulé sa bosse dix ans sur la reprise de Joe Bar Team et partage un héritage graphique entre le cartoon et l’Ecole Vatine. Tout au long de ce monumental album on sent cette influence tiraillée entre des habitudes esthétiques et un besoin d’aller vers plus de réalisme (sa dernière création, Hope One confirme cette évolution). Si ce tiraillement contre nature peut faire réagir sur les premières planches, on se retrouve bien vite emporté par l’envie communicative et le talent brut du récit de ce long métrage sur papier, envie de cinéma que les bonus nous expliquent en fin d’ouvrage.

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Comme le carton de Petrimaux, Streamliner a comme projet principal de faire revivre une nostalgie de USA des années 60, celles de la route 66, des voitures tunées, des gangs de bikers et de pilotes autant hors-la loi que libres penseurs. L’Amérique des expérimentations mécaniques, des barbouzeries du FBI et des chevauchées sanglantes de tueurs motorisés… Cette Amérique est ici fictive, en une sorte de réalité alternative qui perturbe un peu lors du récit sur Evel O’Neill où l’on suit le B52 de retour d’une mission à la Guerre et qui atterrit directement dans le grand désert, semblant compresser les distances! Je vous préviens donc, Streamliner ne se passe pas en Amérique pas plus que dans les années soixante. Il se passe dans un univers fantasmé, reconstruit, permettant d’aligner les archétypes, clichés et images d’Épinal.

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Dès les premières pages au cadrage absolument cinématographique, on est happé par une ahurissante galerie de personnages, par un agencement d’intrigue qui se superposent pour nous diriger vers un unique but: la course! A force de nous dire qu’elle sera sauvage l’attente monte et je dois dire qu’on n’est pas déçus! Disposant d’une luxueuse pagination, ‘Fane prends le temps de poser les séquences dont il a envie et prends l’espace d’imager ce ride motorisé en grand format. Le nuage de poussière du départ nous rappelle ainsi le Fury road de Miller, dans une envie graphique absolue. La légère approximation du trait de l’auteur est bien vite oublié dans l’envie de BD qu’il nous propose. Étonnamment les couleurs d’Isabelle Rabarot sont très estompées, un peu lavées, parfois proches du sépia. Là encore on imagine le souhait de vintage mais quand on sait ce que la dame a produit par le passé, le vif de ses rouges, on se dit qu’un peu plus d’éclatant n’aurait pas fait de mal…

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Streamliner est un magnifique album qui donne autant de plaisir qu’un Ramirez ou un Indes fourbes et qui loupe de très peu les cinq Calvin en raison d’une édition qu’on aurait aimé plus classieuse. Des BD comme ça font aimer la BD et rendent beaucoup plus difficile la lecture du tout venant. Un grand merci à l’auteur pour ce Rock!

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Ultralazer #2

BD du mercredi
BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2020),  121 p. , série en cours, deux tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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Magnifique couverture que celle de ce second tome de mon coup de cœur jeunesse de l’an dernier. Comme pour le premier volume, l’ouvrage comporte une carte de la planète Rok en intérieur de couverture, une planche de cartes à découper indiquant les caractéristiques de certaines pierres de pouvoir et la dernière page annonce le dernier volume à paraître l’an prochain. L’ouvrage est en format compact avec un titre en papier brillant. On retrouve également les icônes de bas de page indiquant l’utilisation possible de l’appli de l’éditeur pour du contenu augmenté. Travail éditorial nickel.

Après une victoire inespérée sur Topoï nos héros se sont retrouvés propulsés dans l’espace en direction de la planète aride Rok. Là ils découvrent que la problématique environnementale et la menace des hommes-oiseaux est commune à trois planètes et que Horb, désormais détenteur du pouvoir suprême va devoir se trouver de nouveaux alliés pour restaurer l’équilibre du roi des animaux…

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"Allons droit au but: ce second volume de la saga écolo Ultralazer confirme en tout point la réussite du premier! En élargissant le champ (nouvelle planète, nouvel univers, nouveau contexte) les auteurs renouvellent les idées déjà excellentes de Horb et Bouko. L’immense réussite de cette série jeunesse c’est sa richesse dans un cadre simplifié pour pouvoir parler aux plus jeunes. Ainsi si les dessins sont à la fois simples, relativement plats, mais chatoyants de couleurs et de décors magnifiques et variés, la richesse des personnages, des design et des thématique se maintiennent à un très haut niveau.

Le trio ne se contente pas de reprendre les méchants du premier volume, ils conservent cette base rassurante pour les lecteurs et la complexifient avec une nouvelle interaction avec le seigneur de Rok (corrompu bien entendu). Dès les premières pages on nous explique que le roi des ultralazer_la_bd. 2 cases du tome 2 !  On avance doucement mais sûrement !  On se donne animaux n’est pas seul et que le peuple des hommes-oiseaux (reprenant la thématique SF classique du peuple destructeur d’un écosystème fragile) voyage de planète en planète pour les assécher à la recherche de pierres de pouvoir. La thématique écologiste de l’hyperexploitation de notre planète devrait ainsi parler très fort aux jeunes! Si l’arrivée dans la cité est un peu confuse scénaristiquement (l’histoire et le découpage avancent vite et l’on ne voit absolument pas passer les cent-ving pages!), on découvre bien vite que sous terre cohabitent avec la classe bourgeoise un Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"peuple d’exclu s’amusant dans des combats de gladiateurs. L’occasion de belles séquences d’action bien bourrines où l’on retrouve l’esprit manga déjà présent dans le tome un (comme cette séquence de repas très alléchant tout droit sortie de DragonBall..). Très équilibré, l’album introduit sur un premier tiers la problématique du roi des animaux fossilisé qu’il faut libérer, puis se prépare la révolte des opprimés dans un second tiers et la grande bataille finale sur le dernier tiers très ambitieux dans sa dramaturgie. Jamais l’on ne sent de manichéisme malgré l’approche jeunesse et c’est véritablement un plaisir de voir que l’on peut parler aux enfants sans les prendre pour des idiots. Si certains adultes pourront bloquer sur le type de dessins, le développement scénaristique n’a rien à envier aux grandes séries fantasy Soleil-Delcourt.

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La générosité émotionnelle, graphique et thématique est totale sur cet album d’auteurs qui semblent mettre tout leur amour de l’aventure et de la BD sans aucune retenue. Déjà marquante l’an dernier, la série Ultralazer se confirme comme La série BD jeunesse majeure depuis bien longtemps! Vivement l’an prochain.

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Planeta Extra

BD du mercredi
BD de Diego Agrimbau et Gabriel Ippoliti
Sarbacane (2020) – Planeta deAgostini (2009), 78 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Sarbacane pour cette découverte.

couv_384966L’album est grand format avec vernis sélectif sur le titre et la tranche. Il est indiqué que l’album, sorti en 2009, a remporté le premier prix de la BD du grand groupe d’édition espagnol Planeta deAgostini. L’éditeur Sarbacane indique que l’ouvrage a parcouru seulement 410 km entre son lieu de fabrication (impression Pollina en France) avant livraison au distributeur. C’est la première fois que je vois cela et c’est tout à fait louable! En revanche le résumé en dos d’album comporte une erreur puisque la base Luna Europa est indiquée à 640 millions de km et non à « plusieurs années-lumières de la Terre »… A noter que l’image finale est placée dans l’intérieur de quatrième de couverture.

La Terre est une poubelle. Tous ceux qui en ont les moyens et la chance se sont réfugiés dans l’espace, sur la Lune ou sur Luna-Europa, une station luxueuse et utopique située à plusieurs années de voyage. Kiké a une entreprise de déménagement et magouille ce qu’il peut pour faire vivre sa famille. Lorsque sa fille aînée débarque avec un gendre dont il se passerait bien, il se retrouve embarqué dans un très mauvais plan. La jalousie est un vilain défaut…

Résultat de recherche d'images pour "planeta extra"Gabriel Ippoliti (ainsi que son comparse Agrimbau avec qui il travaille depuis leur premier album) est un auteur majeur de la sphère histanique. Étonnamment méconnu, il réalise le tour de force de voir presque tous ses huit ouvrages publiés en France chez un éditeur différent… Planeta Extra est le troisième album du duo (même s’il s’agit bien d’une première parution en France grâce à Sarbacane) et si l’on y trouve encore quelques tâtonnements expérimentaux dans la mise en couleur, le trait y est déjà affirmé, entre  très grande maîtrise technique et jeu avec les corps et les formes aboutissant à un design futuriste résolument réussi. L’album Guarani sorti il y a deux ans chez Steinkis et qui avait été un vrai coup de cœur reste donc pour l’heure la dernière œuvre du dessinateur argentin.

Résultat de recherche d'images pour "planeta extra"Le thème de l’album est un grand classique vu mille fois et permettant d’aborder l’humanité et le futur dans une vision hautement pessimiste. L’originalité de cette vision est justement son origine argentine, qui change résolument la coloration et la focale des auteurs. On ressent ainsi l’atmosphère langoureuse des cités argentines, entre chaleur et rythme calme. Kikké le colosse et son énorme bedaine promène son camion de petits arrangements en repas de famille. Bon macho il n’accepte pas la modernité d’une fille résolue à quitter le berceau de l’humanité avec un compagnon bien plus âgé qu’elle. Celui-la appartient à la haute société argentine faite de réceptions grand luxe dans des villa occupée par des majordomes et des maîtresses de maison retendues et décolorées directement issues des telenovela. Comme souvent en SF c’est donc bien la société argentine contemporaine qui semble croquée par les compères avec force caricature, choisie comme style par Ippoliti. On est dans de la BD loisir semi-réaliste où on prend un grand plaisir à voir cette galerie de trognes déformées, du menton Scwarzyesque de Kikké à la face de singe de son beauf en passant par les moultes moustaches et calvities des fonctionnaires Résultat de recherche d'images pour "planeta extra ippoliti"divers croisés dans l’aventure…

En un seul album l’intrigue avance vite et n’a pas vraiment le temps de se poser une fois l’action démarrée. Pourtant on ne s’ennuie jamais, basculé d’une poursuite à une arnaque, le tout sous couvert d’un sous-texte de contestation terroriste et de chronique sociale avec ses fonctionnaires véreux et ses huissiers impitoyables. On saute d’un lieu à un autre rapidement et l’on n’a pas trop le temps de chercher d’éventuelles incohérences tant la structure semble simple à l’épure et d’une grande efficacité. Pour une œuvre de « jeunesse » les qualités de l’album, tant graphiques que scénaristiques, sont très nombreuses et l’on s’amuse beaucoup en compagnie de ces bras cassés de la truande dont le héros a parfois du Stan de Slots. Avec la maturité graphique atteinte désormais par le dessinateur argentin cet album serait à coup sur en tête de gondoles et dans les meilleures ventes de BD. C’est ce qu’on lui souhaite et je vous invite vivement à découvrir cet auteur et sa biblio déjà riche.

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Planeta ExtraRésultat de recherche d'images pour "planeta extra ippoliti"

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Funerailles #6: Bad moon on the rise

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #6
BD de Florent Maudoux
Ankama (2020), 87 p. 6 volumes parus.

bsic journalismMerci à Ankama pour leur fidélité.

couv_384511Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas aimé l’illustration de couverture de cet album, pourtant bizarre comme l’univers qu’elle couve mais loin du classicisme épique et de la thématique trinitaire qu’utilisaient les autres volumes. La rupture esthétique est nette, c’est dommage tant cette série avait jusqu’ici peut-être les plus belles couvertures de BD jamais réalisées…

Après la grande bataille contre les guerriers d’Isis et le sacrifice de Mammouth, la XIII° Légion vogue vers la victoire finale à Rem à bord d’une flotte de ballons. Alors que les généraux devisent sur la stratégie pour faire tomber le pouvoir de la Mante Religieuse, Funerailles étudie le processus d’immortalité en recueillant les histoires des soldats de la Légion…

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bad moon on the rise"Ce sixième album de la série dérivée de Freak’s Squeele marque la fin du premier arc… mais la série va se prolonger! Depuis le début de la saga Florent Maudoux n’avance qu’au gré de ses envies, de ce dont il a envie de parler, de ce qu’il a envie de dessiner. C’est là toute l’originalité de ses créations (comme de toute la production du label 619) de proposer des albums extrêmement personnels, sans aucun compromis. Cela peut parfois déstabiliser, comme ces récits textuels sur cinq pages qui coupent la narration BD. Les nouvelles sont bien écrites et intéressantes, en nous plongeant dans le passé des personnages comme une sorte de Requiem d’un auteur qui sait que leur histoire va s’arrêter. Si la démarche (qui s’inscrit logiquement dans le scénario de cet album) est louable, son insertion rompt à mon sens la dynamique de la BD qui aurait mérité de voir ces textes compilés en fin d’ouvrage au lieu d’un texte final assez étonnant où l’auteur nous parle des Chevaliers du Zodiaque (Saint Seya en VO) en forme de résumé de la saga…

Hormis cela l’histoire est dans la ligne des précédents, bien construite, centrée sur des personnages et des créations visuelles toujours originales et réussies avec un design général où le plaisir du dessinateur se ressent. Il n’est jamais simple de conclure une histoire et si celle de la XIII° légion l’est très bien, il demeure pas mal de questions sur l’articulation avec la série d’origine. Funerailles aura été plus centrée sur Scipio et Mammouth que sur Pretorius dont on attend toujours de savoir comment il devient le redoutable guerrier de Freak’s Squeele. Gageons que Florent Maudoux sait où il va et a Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bad moon on the rise"prévu dès l’origine la liaison entre les deux séries qui restent à l’heure actuelle assez éloignées (univers contemporain pour FS, plus épique et Fantasy pour Funerailles).

La furie du précédent tome provoquera en comparaison une impression de calme qui atténue la force du combat final pourtant très réussi contre Psamathée de la Mantis. La gestion du rythme a toujours été très étonnante, inhabituelle, chez Maudoux, auteur qui a énormément de choses à dire, choses qu’il insère dans des dialogues toujours fournis et rehaussés de bons mots et de vannes de caserne (et pour cause!). Cette construction novatrice nous donne une petite impression d’être au milieu du gué achevant une révolution sans bien savoir sur quoi elle débouchera. A l’image de ces dernières pages de conclusion toutes en couleur et aux visions apocalyptiques, proches des films Hellboy, aussi belles qu’hermétique. Étonnant.

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Les spectaculaires dépassent les bornes

BD du mercredi
BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin, couleurs de Christophe Bouchard.
Rue de sèvres (2020), série en cours les Spectaculaires , vol. 4., 54 p. par volume.

bsic journalismMerci à Rue de Sèvres pour leur confiance.

couv_381490La série, constituée de one-shots, est toujours habillée de la même maquette élégante et art-déco. Depuis le troisième volume le titre évolue avec un jeu de mot autour des Spectaculaires, confirmant un work in progress de cette série. L’intérieur de couverture présente un papier-peint avec les personnages principaux et cet album est pour la première fois introduit par un prologue autour du méchant Arsène Lapin avant la page de titre. Très propre comme d’habitude, rien à redire. L’album est imprimé en Belgique.

Le mystérieux gentleman-cambrioleur Arsène Lapin a encore frappé et dérobant des documents confidentiels à l’Elysée! L’État confie aux Spectaculaires la périlleuse mission de retrouver Lapin… en participant à la course automobile Paris-Berlin: s’ils remportent l’épreuve le gredin a promis de leur restituer les documents…

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires dépassent les bornes"Déjà un classique de la BD familiale, les Spectaculaires est une lecture attendue à la fois pour la familiarité et pour la qualité de sa réalisation. Mine de rien il devient compliqué de créer une série humoristique qui se démarque, sans réciter ses classiques. Sur les bases désormais installées de l’équipe de bras cassés au sein desquels surnagent juste la fille Pétronille et l’aérien Evariste, les albums arrivent à être spécifiques en jouant sur des registres différents.

Si le précédent album était plutôt terne graphiquement du fait de séquences plutôt nocturnes et urbaines, dans cet opus les couleurs éclatent (les champs de tulipe hollandais sont très réussis) au grand air. Les décors ne sont pas le fort du dessinateur, un peu délaissés. En revanche les trognes, et les plans serrés en général ont un excellent dynamisme et par moment une texture à l’ancienne très agréables. On comprend l’économie nécessaire à la réalisation d’un album, mais les quelques plans fourmillants de détails laissent un petit goût de déception en imaginant ce qu’aurait pu être l’album avec un peu plus de temps.

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires dépassent les bornes poitevin"Les spectaculaires est une BD d’humour et c’est sur ce plan que les auteurs se font plaisir et nous avec. Les dialogues sont en mode ping-pong, avec une petite mention à l’esprit toujours décalé d’un féminisme rentre dedans qui fusille les mœurs d’une époque bien rétrograde. A noter que si les précédents tomes avaient déjà commencé à introduire des références et des personnages historiques, c’est ici un véritable festival de personnages de BD plus ou moins cachés dans la foule des spectateurs de la course, passage vers Bruxelles oblige!  On se retrouve aux grandes heures des délires d’Arleston et Tarquin dans les premiers Lanfeust où les auteurs jouaient allègrement avec leurs lecteurs. L’intrigue, très simple, suit donc les pérégrinations des héros entre les étapes de la course, entre sabotages et interactions avec les autres concurrents tous plus clichés les uns que les autres: le terrible teuton au casque à pointe Gerhard Schlüssen von Mumuth, le bellâtre italien Silvio Malipoli ou la comtesse Moldypudding et son chien… Les gags sont attendus mais efficaces et on rit très spontanément. On regrettera tout de même une révélation totalement téléphonée (sauf peut-être pour les plus jeunes lecteurs) mais l’ensemble de l’album est suffisamment amusant et punchy pour atténuer la faute. Le final se permet en outre une première ouverture vers un méchant récurent et une implication plus grande des personnages dans les intrigues à venir. Si ce quatrième épisode est légèrement en deçà par rapport au précédent, les Spectaculaires reste en définitive une série qui fonctionne et dont on attend très volontiers la prochaine aventure.

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Identités troubles

BD du mercredi
BD de Benoit Rivière et philippe Scoffoni
Les humanoïdes associés (2020), intégrale.

bsic journalismMerci aux Humanos pour cette découverte.

couv_381448Cette intégrale est une ressortie de la série Milo, parue en trois volumes chez Delcourt entre 2008 et 2011. Le format est plus compact que les albums d’origine, ce qui n’est pas gênant. Une illustration originale plutôt inspirée et dans l’esprit de l’album habille la couverture et la page de titre reprend la couverture du tome deux d’origine. Le volume se termine par quatre pages de recherches graphiques poussées. Une plutôt belle édition, qui aurait pu être un peu plus aboutie en matière de bonus mais qui propose pour vingt-cinq euros un très agréable one-shot. A noter que le renommage de cette trilogie est une très bonne idée tant le héros éponyme est loin d’être central dans l’intrigue.

Los angeles 2050, lors d’une patrouille de routine, le criminagent Milo Deckman assiste à un assassinat en pleine rue. Balancé malgré lui dans une enquête qui lui glisse entre les doigts, il va devoir résoudre la double identité d’une jeune femme au destin tragique, alors que barbouzes et truands semblent s’intéresser également à ce dossier…

Résultat de recherche d'images pour "scoffoni milo"Dans un bon polar il faut un mort, un mystère et des truands tête de con. Identités troubles a les trois, et trois de très bon niveau… Si l’environnement est futuriste c’est à dose très homéopathique et très sincèrement cette histoire aurait pu être transposée en époque contemporaine tant elle est classique. Attention, d’un classicisme qu’on aime! Celui des villa de Mulhollande drive, des femmes mystérieuses et des amours contrariées. Celui des flics ripoux et des incorruptibles. Celui des agents d’Etat qui ont moins de morale que les barons de la drogue. Dans ce maelstrom, Milo, une gueule qui vous attire la sympathie (non sans rappeler la gueule d’ange de Slots), une ténacité qui en font un bon flic, aussi prêt à se jeter dans les emmerdes que oralement tenu de ne jamais laisser tomber. Le personnage n’est pas central mais il est absolument réussi en ce que l’on a envie de l’accompagner et de lui souffler à l’oreille d’aller voir derrière le rideau. Les auteurs maîtrisent suffisamment leur création pour éviter les fausses bonnes idées comme celle d’une histoire d’amour à laquelle on ne croirait pas. Non, Milo est un flic, juste un flic. Pas un super-flic. Pas un justicier. Juste un type payé pour résoudre des crimes et qui ne parvient pas à recoller les morceaux de cette histoire de morte à deux noms.

Résultat de recherche d'images pour "scoffoni milo"A côté du personnage, qu’on voit finalement assez peu, une bonne histoire. Celle d’une femme prise dans des filets sans échappatoire. Les filets de la lutte d’Etat contre la drogue. Placez une agence gouvernementale, des services de police qui se tirent dans les pattes et des barbouzes que le pouvoir sans limite à laissé loin de la ligne de la justice et vous aurez une histoire triste mais passionnante, une histoire humaine où tous les personnages sont réussis dans leurs motivations individualistes. Un monde d’hommes décidés à tout prendre. Un monde de cyniques qui ne croient pas à l’amour et une femme qui voulait y croire. Au milieu de cela le petit criminagent Milo, avec sa gueule de cocker apporte de l’humanité.

Pour sa première BD Philippe Scoffoni livre une partition impressionnante, du dessin à la couleur, notamment sur le premier volume. Progressivement la technique se normalise, épurant un peu le trait pour laisser une importance un peu trop importante à la colorisation venant remplir les vides. Le caractère traditionnel se perd pour quelque Résultat de recherche d'images pour "milo scoffoni"chose de plus plat. Mais on reste de bout en bout dans une grande élégance et précision technique qui maintiennent une harmonie que peu de jeunes auteurs ont sur leurs albums de démarrage. L’école rappelle celle des Servain ou Hirn de la fin des années 2000. C’est reconnaissable mais très loin d’avoir vieilli. L’esthétique urbaine vaguement anticipation est rehaussée de quelques séquences oniriques de réalité virtuelle qui permettent de faire respirer les pages et de montrer l’étendue du talent de Scoffoni. Très classe tout en présentant bien ces ambiances nocturnes illuminées des néons numériques. Que ce soit dans les séquences d’action, assez brèves, ou les dialogues, le dessinateur est à l’aide dans toutes les situations.

Excellente surprise, ce polar à l’ancienne attire une grande sympathie par des personnages fort réussis et dont le dessin colle parfaitement avec le texte. Les quelques coquilles surprenantes qui parsèment les bulles ça et là ne suffisent pas à nous faire lâcher l’attention. Sachant surprendre part des thématiques que l’on attendait pas dans ce genre, les auteurs nous livrent une randonnée nocturne autour de l’identité, du libre arbitre et de l’amour, tout simplement. Une bien belle BD.

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Sang royal

BD du mercredi
BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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