****·BD·Nouveau !

Leonard 2 Vinci

BD de Stéphane Levallois
Futuropolis (2019), 84 p. nb+couleur, one-shot

couv_371481mediathequeAttention, avec cet album expérimental vous allez découvrir une pointure! Un auteur que je ne connaissais pas et qui, doté d’une technique sans faille propose un projet très ambitieux dans le seul genre qui peut permettre ce type d’hypothèse: la Science-fiction… Je suis venu à lire cet ouvrage dans un second temps, freiné par l’aspect « catalogue d’exposition » de la couverture et le logo du Louvre, craignant d’avoir affaire à un ouvrage un peu « culturel » sur Léonard. Soyons donc clair: il s’agit bel et bien d’un vrai bon gros morceau de Science-fiction à tendance intellectuelle… L’ouvrage est  en grand format, papier épais rendant très bien les dessins à la technique traditionnelle et les pleines pages. Un cahier graphique est proposé en fin d’ouvrage avec quelques explications sur le projet et le travail de recherche de l’auteur dans la section des manuscrits du Louvre sur les œuvres de Léonard.

Quatorzième millénaire de notre ère. La terre n’existe plus que par des fragments flottant dans le vide spatial. Une ombre gigantesque s’approche: il s’agit du vaisseau spatial rassemblant ce qu’il reste de l’humanité. Pourchassés par un peuple extra-terrestre redoutable les sages n’ont plus qu’un espoir: cloner le plus grand génie de tous les temps, Léonard de Vinci. Car seule la vision d’avant-garde du génie peut trouver la solution avant l’extinction…

Image associéeLa science-fiction est un genre particulier, à la fois le seul permettant des innovations visuelles associées à des réflexions intellectuelles poussées, mais très difficile quand à l’imagination de ce qui pourrait être dans très longtemps. le défaut est souvent de ne pas parvenir à s’extraire de nos concepts et formes contemporaines. Ainsi il y a la hard-science et l’anticipation, sur laquelle excelle un Fred Duval. Parfois certains tentent des innovations, comme Christophe Bec sur son récent assez réussi Crusaders. D’autres partent en space-opera (le plus facile) ou en expérimental au risque de perdre les marqueurs de la BD. Avec cet ouvrage Stephane Levallois, fort de son expérience en design et de son parti-pris d’extrapoler les improvisations du génie de la Renaissance parvient à nous proposer de la SF particulièrement crédible car novatrice dans ses formes (qui échappent à nos concepts immédiats) en associant le mythologique, la nature (le travail sur les rose de Jéricho) et l’architecture. En situant son histoire très loin dans le temps il s’exonère de tout réalisme technologique en assumant (comme cet hommage à Ridley Scott en préambule) des vaisseaux de taille phénoménale et pose par-ci par-là des formes connues (la pyramide du Louvre conservée sur un bout d’astéroïde, reste de l’ancienne Terre) sans tenir compte du temps et de l’espace.

Résultat de recherche d'images pour "levallois leonard 2 vinci"Pour garder son lecteur en main et construire une véritable intrigue il pose le postulat d’un clonage du génie (Léonard2) par l’aréopage qui préside au destin des derniers humains réfugiés dans le vaisseau. A partir de là la réalité de la menace, du temps, importent peu et nous sommes projetés dans les expérimentations techniques du clone qui explore le passé et les inventions de son original pour y trouver l’idée salutaire. Levallois propose alors différentes techniques selon les séquences, le noir de charbon et les traits d’architecture pour le futur, la sanguine à la manière de Léonard de Vinci pour les séquences sur sa vie. Si certaines pages ne sont pas toujours très lisibles, la lecture dans son ensemble est fascinante par la proximité des planches avec les pages des carnets originaux de l’artiste (que l’on peut comparer dans le cahier final). Par moments une peinture en couleur éclaire l’album, sans que l’on sache s’il s’agit d’une photographie ou d’une copie de l’auteur de l’album.

Image associéeAu final d’un projet très casse-gueule Stephane Levallois s’en tire remarquablement bien (évitant l’intellectualisme dont un Monsieur Mardi-gras pouvait souffrir) en proposant une intrigue simple, fantasme de tout amateur de science-fiction, sans se perdre en errements ésotériques. En collant à l’oeuvre formelle de Léonard il se sauve en justifiant toutes ses créatures et objets, comme ce démon disséqué qui incarne à la fois le divin, le diable et l’adversaire extra-terrestre. Il manie des concepts classiques et passionnants de la SF comme le clonage, l’intelligence artificielle, la création, en l’habillant de l’univers visuel de Vinci considéré alors comme le premier auteur de SF (ce qu’il est pour un certain nombre de penseurs de la SF). Tout ceci donne un ouvrage qui évite l’élitisme et pourra plaire à la fois aux amateurs d’art et des dessins de Léonard de Vinci comme aux lecteurs de BD de SF et de cinéma. Un remarquable album qui allie intérêt intellectuel et visuel. Il n’y en a pas tant que cela.

Résultat de recherche d'images pour "bd levallois leonard 2 vinci"

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s