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Mortel imprévu

La BD!
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BD de Dominique Monféry
Rue de sèvres (2022), 96p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur fidélité.

Femme déterminée et dotée de principes, Edith fuit son Angleterre et son mari pour la liberté d’Outre-Atlantique. Là elle découvre une vie simple, l’amour, les grands espaces. Mais l’absence de société n’a pas que des avantages. Au cœur du Grand Nord canadien la vie peut s’avérer fragile, les relations humaines à vif et les principes intenables…

Très belle découverte que ce one-shot qui ambitionne de proposer un thriller psychologique dans le cadre de Jack London. D’une mise en place rapide, sur un découpage aéré et peu verbeux qui permet de profiter des superbes planches de l’auteur tout en couleur directes, on plonge sans attendre dans l’aventure canadienne des chercheurs d’or. Sans rien savoir (ou presque) de notre héroïne, on suit son itinéraire de pionnière avec plaisir et l’envie de la voir profiter de la vie… jusqu’à la bascule soudaine, violente, brutale.

Maitrisant remarquablement ses gammes scénaristiques, Dominique Monféry nous laisse patauger, un brin manipulateur, dans une incertitude sur la menace elle-même. Utilisant la technique du huis-clos permettant le déclenchement de la sauvagerie dans un environnement sans cadre social il nous fait douter, cherchant à pénétrer les esprits de nos deux personnages d’amoureux que la réalité crue va projeter sur un mur d’incompréhension. Construit en trois parties dont il est impossible de prédire la suite, le scénario devient vraiment passionnant lorsque le conflit psychologique et moral survient, enfermés dans cette cabane en compagnie d’un meurtrier que rien n’explique. On sent parfois la tension du Polanski de La jeune fille et la mort quand seule la morale sociale peut décider de la vie ou de la mort d’un homme.

La finesse de l’auteur est d’éviter les lieux communs du genre et par là de nous maintenir en éveil par le suspens de savoir comment (et si!) les deux tourtereaux parviendront à s’accorder sur leur conflit moral. Comme souvent dans ce genre de débats, les questions philosophiques posées sont innombrables: ai-je le droit de tuer? qu’est-ce qui est juste entre la survie d’un assassin et l’absence de justice? l’amour peut-il triompher des principes? la liberté exonère t’elle de règles sociales?

Emballé dans un très bel habit bleuté dans un style qui peut rappeler Sorel par moment, variant les techniques, les cadrages et les éclairages pour créer l’angoisse de l’enfermement, Dominique Monféry réussit parfaitement son album en proposant une belle réflexion non cynique qui fait de son schéma de genre un grand plaisir graphique autant qu’intellectuel.

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3 commentaires sur “Mortel imprévu

  1. J’ai aussi beaucoup aimé l’expérience en particulier l’ambiance graphique mais également le scénario cousu de fil blanc et pourtant surprenant pour l’absence de discours moralisateur qu’il propose. Ça donne envie de relire l’auteur !

    Aimé par 1 personne

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