BD·Jeunesse·Nouveau !·****

Masques #1: le masque sans visage

Premier tome de la série écrite par Kid Toussaint et dessinée par Joël Jurion. 83 pages, parution chez Le Lombard le 27/05/22.

Crises d’identité(s)

Durant la célèbre fête des morts, au Mexique, Hector et son frère font ce qu’ils savent faire de mieux: rouler des naïfs dans la farine, prospérant de petites combines ça et là. Sans le savoir, les deux roublards s’attaquent à plus dangereux qu’eux.

En effet, un groupe d’hommes patibulaires, poursuivis par la police, leur proposent un marché plus qu’intéressant: garder pour eux deux caisses de bois quelques heures seulement, contre pas moins de mille pesos. Pour les deux nécessiteux, c’est une occasion inespérée. Après avoir donné un portefeuille volé en guise de gage, Hector décide d’ouvrir les caisses, misant sur le fait que le contenu des caisses doit valoir bien plus que mille pesos.

Et Hector n’a pas tort, car il met la main sur un masque mésoaméricain, aztèque plus précisément, en or, rien que ça ! A la fois par curiosité et par cupidité, Hector enfile le masque, mais ne parvient plus à l’enlever. Les gangsters ont tôt fait de revenir, et veulent récupérer leur marchandise pronto. Sous l’effet de la panique, Hector utilise alors sans le vouloir le pouvoir du masque, provoquant la mort de son frère. Loin d’être effrayés, les bandits y voient une opportunité d’accéder au pouvoir et vont contraindre Hector à travailler pour eux en prenant sa mère et sa sœur en otage.

En France, pendant ce temps, Siera est rattrapée par son passé lorsqu’elle reçoit un mystérieux colis, contenant un masque. Poursuivie pas les services de l’immigration, elle se rend compte que le masque lui donne la faculté de devenir invisible ! Au même moment, en Belgique, Al vit une crise existentielle, car il doit cacher sa transidentité à sa petite amie, et à ses amis, sous peine de subir leur rejet. Lui aussi va se réfugier sous un masque, un masque magique qui va le transformer littéralement en un homme surpuissant, capable de défendre les opprimer, ce que Al, entravée par le corps d’Alison, n’ose pas faire. Les destin de ces trois adolescents, éparpillés à travers le monde, vont se télescoper car l’enjeu autour de ces masques est très important. Le père d’Al en sait quelque chose, car il tente depuis des années de tous les rassembler pour éviter qu’un mauvais usage en soit fait.

Le prolifique Kid Toussaint (Ennemis, Hella et les Hellboyz, Magic 7, Absolument Normal, Elles,Love Love Love, etc) s’associe aujourd’hui au dessinateur de la série à succès Klaw pour une nouvelle série jeunesse qui surprend par son fort potentiel. Comme Magic 7, l’histoire nous met en relation avec une groupe d’adolescents qui vont se retrouver dotés de multiples pouvoirs, chaque masque octroyant une capacité différente. Le trio de ce premier tome est bien campé, chacun des protagonistes étant défini par une problématique sociétale d’actualité: Al lutte pour faire accepter sa transidentité, Siera fuit la guerre et la pauvreté mais n’a pas d’avenir garanti en France, Hector survit comme il peut dans un milieu pauvre et assailli par la criminalité. Ces éléments contribuent à rendre les personnages sympathiques, ce qui est, nous l’avons vu précédemment, crucial pour maintenir l’attention et l’adhésion du lecteur.

Pour le reste, j’ai toujours tendance à reprocher à Kid Toussaint le manque de subtilité de ses expositions, qui sont certes cruciales pour délivrer au lecteur la quantité d’informations nécessaires à la bonne compréhension du récit mais qui paraissent, par certains aspects, un peu forcées et littérales. Cependant, le reste de l’intrigue demeure clair, et conserve suffisamment d’interrogations et de ressorts exploitables pour ne pas s’essouffler.

On note aussi une petite vibe de X-men, avec un adulte (chauve!) réunissant autour de lui une bande d’adolescents multinationaux dotés de super-pouvoirs pour lesquels il fait office de mentor.

Côté graphique, les fans de Klaw savent déjà que Joël Jurion est très bon dans les scènes d’action, grâce à un trait dynamique et un découpage qui ne laisse pas la place aux temps morts. Il n’est pas non plus en reste pour les scènes plus intimistes, où l’expressivité des personnages rend la lecture plus immersive.

Ce premier tome de Masques par Kid Toussaint et Joël Jurion est donc un très bon début, une série à suivre !

****·BD·Jeunesse·Service Presse

PUNCH! saison#2: Catharsis

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BD  de Jonathan Garnier et Camille Letouzé
Kinaye (2022), 40p., one-shot. Collection Punch!, saison 2.

image-13Merci aux éditions Kinaye pour leur confiance

Après la parution de la première anthologie thématique de Punch! nous voici reparti pour une nouvelle Saison qui semble axée Dark-fantasy. Et on monte d’un cran puisque les auteurs de cette histoire courte de Nécromancien sont le scénariste de Bergères Guerrières et la storyboardeuse de la magistrale série Netflix Arcane. On s’éloigne donc un peu de l’idée de jeunes auteurs à lancer mais reste la liberté créative.

Punch! Saison 2 - Catharsis - Editions KinayeJ’ai beaucoup aimé cette courte itinérance pleine d’humour noir à base de zombies crado, qui prend la forme de dialogues proches d’un Tarantino, alors que monstres surgissent de partout, murs s’effondrent et flammes jaillissent. L’idée de proposer une histoire de dark-fantasy pour les jeunes (via un format court, un propos accessible sans verser dans le gnagna avec le personnage-transfert d’enfant-guerrier) est excellente mais sans même la cible visée cette aventure touche juste sur tous les plans, y compris pour un adulte donc.

D’abord par une maîtrise graphique qui impressionne. Camille Letouzé propose dans un style simpliste, des détails, une profondeur de champ dans des décors de cathédrale en ruine et globalement une mise en scène où l’on sent l’inspiration de l’Animation. Comme chez Sanlaville ou sur les Midnight tales (autre anthologie, plus adulte, chez Label 619) on sent le mouvement et la dynamique de l’action et une très grande lisibilité. Les encrages sont profonds, omniprésents (ça tombe bien on est dans des caves et dans les ombres), et le design des personnages très élégant. Publication destinée à la jeunesse, les auteurs ont eu la très bonne idée de proposer des fiches personnages en fin d’album, comme dans un jeu vidéo (un peu ce que l’on trouvait sur le génial Ultralazer)

Si la première saison proposait de jolies expressions de qualité inégale, cette reprise surprend par sa qualité générale qui aurait tout à fait pu donner lieu à un format long tant le projet comporte un background et un travail préparatoire très pro. Une BD qui fait envie et qui fait honneur au genre jeunesse.

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****·Jeunesse·Nouveau !

Perdus dans le futur #2: piégés

Deuxième tome sur quatre de la série écrite par Damian et dessinée par Alex Fuentes. Parution chez Dupuis en mars 2022.

De mal en pis

Dans le tome 1, nous faisions la rencontre de Sara, Mei, Driss, et Arnold, quatre camarades de classe aux personnalités variées, mais soudés par une forte amitié. Harcelés par Piero, la brute locale, ils sont pris au piège d’un château en ruines et finissent projetés dans un futur hostile dans lequel se sont réfugiés des Templiers du Moyen-Âge.

Les cinq collégiens, aidés par un Templier, sont parvenus à emprunter de nouveau le tunnel temporel, espérant rentrer enfin chez eux. Mais ils ne sont pas encore tirés d’affaire ! Loin d’être revenus à leur époque, ils sont encore dans le futur, cette fois juste après l’effondrement de la civilisation.

Dans ce nouveau monde, presque tous les adultes ont disparu, pour la plupart en se laissant mourir, car ils étaient perdus dans l’univers virtuel qu’ils utilisaient pour fuir la réalité. Parmi les enfants survivants, beaucoup sont devenus féroces et sauvages, privés des normes sociétales et d’empathie. Notre groupe de voyageurs temporels va devoir accomplir des exploits pour se tirer de ce pétrin ! D’autant que le parchemin sur lequel figure la formule du voyage dans la temps leur a échappé, et que leurs différends, notamment ceux avec Piero, ne sont pas tout à fait réglés.

Après un premier tome dynamique et inventif, Damian et Alex Fuentes remettent le couvert pour nos cinq collégiens et leurs imposent de nouveaux déboires temporels. L’intrigue demeure simple, le scénariste ne jouant pas (encore?) la carte du paradoxe temporel et autres schémas temporels alambiqués.

On note également une évolution dans le propos: si le premier tome utilisait le voyage pour sensibiliser le lecteur quant aux harcèlement scolaire, ou encore sur la préservation de la nature, ce second tome tente une mise en abîme et une réflexion sur la technologie et l’omniprésence des écrans et de ses effets préoccupants.

Cependant, Perdus dans le futur est moins une BD à message qu’une BD avec un message. Le ton reste léger et divertissant, et les auteurs ont l’élégance de ne pas verser dans la leçon de morale, laissant à chaque lecteur le soin de se faire sa propre opinion. Les relations entre personnages sont également bien exploités, même si leur nombre relativement important pourrait créer un déséquilibre, l’auteur parvient néanmoins à les faire exister de manière plutôt égale au long de l’album.

Les dessins d’Alex Fuentès sont toujours aussi attractifs, l’empreinte très design de ses personnages et de ses décors fait mouche à chaque planche. Attendue au tournant après le premier tome, la série Perdus dans le Futur ne déçoit pas sur ce second tome !

***·BD·Jeunesse

Le roi louve #1: la rébellion de Petigré

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BD de Denis Lapierre, Emilie Alibert et Adrian.
Dupuis (2022), 54p., série en cours.

Le Loi dynastique est claire: l’héritier du royaume doit être mâle pour pouvoir régner. Pourtant, comme tous les Loups, Petigré change de sexe à chaque lune et se sent fondamentalement femme… D’un tempérament rebelle, elle décide de fuir avec son amoureux le brave Rum en attendant que son genre se fixe pour toujours!

Le Roi Louve : nouvel épisode ! | spirou.comCela faisait longtemps qu’un univers fantasy ne m’avait pas autant intrigué après un tome d’ouverture. Sur un sujet classique de l’héritier(e) rejetant la tradition et partant pour acquérir sa liberté, les auteurs utilisent le vernis magique pour aborder le thème très d’actualité mais pas si simple à traiter en BD de l’identité sexuelle. A une époque où nombre de jeunes s’interrogent sur ce qu’ils sont et où la barrière classique garçon/fille est plus mouvante que jamais (Maudoux en avait parlé dans son très bon Vestigiales et des œuvres sur l’Intelligence artificielle abordent également régulièrement la question) au grand dam de la galaxie réac qui alimente l’actu, il est intéressant d’apporter cette nouveauté sous le prisme simplifié d’une race hominidé dont le genre ne se stabilise qu’à la puberté. A lire la quatrième de couverture on sent d’ailleurs la volonté des auteurs de créer un monde fort complexe qui rebat la plupart des constantes de notre monde: les humains sont ovipares, les insectes ont muté et le climat semble bien perturbé. Si on n’évoque qu’une partie de ces questions dans ce premier tome cela suffit à déstabiliser nos habitudes de lecteur en se demandant quelles conséquences ces facteurs pourront bien avoir sur l’intrigue qui débute. Comme tome d’ouverture l’histoire se focalise en effet principalement sur la découverte des personnages et l’équipée héroïque qui doit se constituer pour démarrer la grande Quête. Avec un général félon qui rentre tout à fait dans le rôle du grand méchant, des conflits dynastiques et une guerre larvée, le contexte est suffisamment explosif pour nous emporter dans ce monde lointain. Le Roi Louve [Émilie Alibert / Denis Lapière / Adrián Fernández Delgado]

Avec une intrigue encore bien brumeuse ce sont donc les personnages, les dialogue et l’humour qui font le boulot pour nous accrocher très efficacement. Le style graphique de l’école hispanique rappelle Munuera,  ou Ruiz dans un aspect hyper-dynamique au trait léger mais à la mise en case fort inspirée. Certains pourront trouver le dessin trop fruste mais il est indéniable que la maîtrise technique permet d’évoquer en quelques traits et une colorisation là aussi simple mais diablement efficace. On ressort de cette introduction neigeuse assez envoûté, encore bien incertain quand à ce qu’on va découvrir mais très motivé pour accompagner le duo Louve-Humain dans des aventures épiques.

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Katsuo #1: Le Samouraï Noir

Premier tome de 58 pages de la série écrite par Franck Dumanche et Stéphane Tamaillon, dessinée par Raoul Paoli. Parution chez Jungle le 23/09/2021.

Kat sue, sang et eau

Le jeune japonais Katsuo n’a pas une existence trépidante, mais elle lui convient tout à fait comme elle est: chiller dans sa chambre et jouer aux jeux vidéos, telles sont ses aspirations du moment. Cependant, sa mère et son grand-père ne le voient pas de cet œil. Pour eux, Katsuo gâche son potentiel, alors qu’il pourrait poursuivre son entraînement au Kendo et ainsi reprendre, le moment venu, la direction du dojo familial.

En effet, le grand-père, quelque peu rigide et à cheval sur les traditions, insiste pour que Katsuo se plie au sacerdoce de la famille, et veille sur l’institution fondée par leur ancêtre Honjo il y a plusieurs siècles. L’adolescent, lui, traîne des pieds en allant s’entraîner et préfère ses écrans aux sabres de bois.

Un soir cependant, Katsuo est intrigué par les allées et venues de son grand-père au sous-sol du dojo, et décide d’aller y jeter un oeil. Alors qu’il pose la main sur le sabre révéré par le vieil homme, il se retrouve mystérieusement transporté dans le japon médiéval, où il fait la rencontre d’un jeune homme nommé Honjo, qui n’a alors rien d’un farouche guerrier, et qui est lui-même confronté aux attentes démesurées de son père.

Car il se trouve que le grand-père d’Honjo, et donc l’ancêtre de Katsuo, était parmi les quatre valeureux guerriers qui ont mis fin au règne de terreur du Samouraï Noir, un guerrier affublé d’une armure magique qui a semé le chaos dans l’achipel sous l’ère d’Azuchi Momoyama (1582). Katsuo a donc voyagé dans le temps, alors même que les quatre vieux guerriers sont attaqués et tués les uns après les autres. Le Samouraï Noir serait-il de retour ?

Aventures à la sauce Samouraï

A priori, le lecteur ne sera pas dépaysé à la lecture du pitch de Katsuo: un jeune garçon a priori lambda mais attachant, va sortir de sa zone de confort et être confronté à une situation extraordinaire qu’il devra résoudre en utilisant un pouvoir magique. Rien de bien neuf sous le soleil, même si l’on ajoute le paramètre du voyage dans le temps, qui promet des situations cocasses de décalage et d’incongruité.

Le thème des traditions et de l’impact qu’elles doivent et peuvent avoir sur la jeune génération reste néanmoins intéressant, la culture nippone, elle-même partagée entre tradition et modernité, étant un terreau idéal pour exploiter cette dichotomie.

On pourra reprocher un manque d’originalité dans l’antagoniste, qui, sous ses airs assumés de Shredder, n’apporte pas grand chose à la thématique du récit. On aurait sans doute préféré un adversaire plus étoffé, et qui, pourquoi pas, aurait lui-même été confronté à une sorte de pression familiale. Au lieu de ça, on a quelque chose de plus basique, et donc, de moins mémorable.

Ce petit manichéisme mis à part, le rythme de l’album reste dynamique, avec une introduction rapide, même si l’exposition est quelque peu pataude, ou en tous cas, très explicite, par moments. Difficile de déterminer si les auteurs ont pris ce parti en raison du lectorat cible ou bien par maladresse, toujours est-il que certains éléments auraient du être amenés avec plus de subtilité.

Une fois Katsuo projeté dans le passé, les actions s’enchaînent de façon fluide et rapide, amenant à un climax bref mais survitaminé. Côté graphique, Raoul Paoli fait le choix de la clarté et de la décompression pour ses planches, usant d’un trait résolument orienté manga, avec des expressions typiques de ce médium et des poses dynamiques.

En bref, un album jeunesse agréable à lire, quand bien même il ne révolutionne pas le genre.

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***·BD·Jeunesse·Service Presse

PUNCH! saison#1: dans la Nature

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BD collective.
Kinaye (2022), 144p., anthologie de 4 histoires.

Le très dynamique éditeur Kinaye, outre le fait d’avoir réussi à se maintenir malgré la difficulté de lancer de nouvelles maisons d’édition, malgré le COVID, croit lentement mais sûrement puisque après des sorties régulières de traductions de comics indé jeunesse depuis 2019, l’éditeur lançait en début d’année dernière une collection de créations originales franco-belges. Restant dans le champ jeunesse mais avec des formats courts souples rappelant les comics, l’éditeur propose à une jeune génération travaillant déjà dans le graphisme mais n’ayant pas ou peu publié de BD de se lancer sur des histoires courtes, avec une thématique par année. Le galop d’essai avait été proposé à Valentin Seiche sur The world qui avait soulevé un intérêt des chroniqueurs lors de sa sortie. En mars dernier est donc sortie l’intégrale de la première saison, qui permet de découvrir ces jolies créations dans un format BD broché plus classique, sur le thème de la Nature.

Merci aux éditions Kinaye pour leur confiance

Punch – Saison 1 – Tome 1 – Minimage – Yohan Sacré | 22h05 rue des DamesUnivers le plus construit du recueil, cette histoire prend un aspect très original pour un propos connu: deux peuples (les légumineuses et les puissants Mages) se détestent depuis la nuit des temps sans plus savoir pourquoi. Lorsqu’un bébé Mage est découvert par une bande de légumineuses, s’ensuit un périple plein d’aventure et de danger entre les racines de la forêt et les crocs du méchant loup Sport, jusques paye des Mages où ils vont braver le danger ennemi pour restituer un enfant à son peuple. Le ton est enfantin, le dessin simple mais très agréable sur des tons pastelle et l’idée des graines et racines crée une esthétique résolument originale. L’auteur maîtrise très bien son scénario pour une histoire qui ravira les plus jeunes.

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  • Moineau (Elsa Bordier/Sourya)

Punch! Saison 1 - Moineau - Editions KinayeLe duo a déjà travaillé ensemble chez Ankama sur l’anthologie Midnight tales. Abordant le thème de l’exclusion et de la différence, on suit une jeune fille à l’apparence différence des autres enfants, qui aime communier avec la nature et les animaux et se fait harceler pour cela. Plus proche des adultes que des enfants de son age, elle va apprendre à assumer sa différence en comprenant que la majorité de ceux qui la moquent sont craintifs de l’avenir et se contentent de suivre les rails tracés pour eux. Assumer ses choix différents est difficile et exige d’accepter de déranger le conformisme social, la différence menaçant la faiblesse des majorités en leur renvoyant un miroir de leurs propres lâchetés… Un très beau message

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  • Cratère (Mélanie Allag), 40p.

Cratère (par Mélanie Allag) Tome 3 de la série Punch ! présenteAventure post-apo la plus construite du recueil. Si le dessin enfantin ne m’attire guère, l’intrigue et la galerie de personnages permettent un récit complet qui ne laisse pas sur sa faim: sur une planète envahie par des insectes géants les humains se sont réfugiés dans des cratères protégés par des dômes géants. Là, entre deux expéditions guerrières à l’extérieur, des savants se livrent à des expériences sur des enfants afin de matérialiser leurs rêves, sorte de dimension parallèle. Jusqu’à ce que l’une d’eux décide de s’enfuir à l’extérieur et de révéler a réalité sur ces nuisibles. Les schémas sont classiques, l’interaction entre la bande de gamins fonctionne bien et les adultes sont archétypaux comme nécessaire. Pas révolutionnaire mais très solide histoire. Je salue toujours les tentatives de genre dans la BD jeunesse.

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Ma séquence préférée! Manifestement inspirée par l’esprit de l’Atelier des sorciers, l’autrice nous propose la très tendre insertion d’une jeune fée atypique (et un peu rebelle) au sein d’une équipe d’apprenties dirigées par l’impressionnante mais humaine Baba Yaga. Le graphisme est très maîtrisé, la colo superbe et on s’intéresse immédiatement à cette jeune magicienne qui refuse de dessiner les pentacles exigés par la corporation. L’histoire est très simple mais, portant sur les choix individuels, propose un joli message aux jeunes lecteurs et nous touche. Une autrice à surveiller sur un format plus long!

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***·BD·Jeunesse·Service Presse

Seizième printemps

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BD de Yunbo
Delcourt (2022), 120p., one-shot.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

Lorsque ses parents se séparent Yeowoo est emmenée par son père à la campagne pour habiter chez son grand-père et sa tante. Dans l’attente de voir son papa venir la récupérer, elle découvre un nouvel environnement et la difficulté de vivre avec une vieille personne et une vieille fille. Surtout, elle réalise bientôt que son séjour risque de durer plus que prévu…

Drôle d’album que cette BD jeunesse réalisé par une coréenne formée en France. Ou plutôt triste album, qui nécessite de vous avertir sur le public ciblé, pas évident lorsqu’on regarde le fond et la forme. Sur la forme pas de doute, avec ses couleurs pastelles, ses personnages d’animaux anthropomorphes et cette enfant qui va apprendre à vivre à la campagne, on a tout l’habillage du livre jeunesse. Pourtant, la dureté du sujet, l’abandon pur et simple d’une gamine de cinq ans par ses parents, interroge sur la pertinence de le lire avec un enfant, quand on sait l’importance des craintes d’appartenance et d’amour parental pour la construction de l’identité. Car si l’apparence est légère, parfois drôle et tendre lorsque la poulette qui s’est prise de tendresse pour elle devient une mère d’adoption, la souffrance ne quitte jamais cette enfant au cours des dix années qu’elle passera dans cet environnement mortifère, entre un vieux bonhomme un peu paumé et une tante qui semble restée à un âge mental de dix ans.

En cinéma on parlera de drame social, volontiers inséré dans l’univers des films belges sur la misère sociale. Pas gai. Il est possible que l’enveloppe facilite l’approche. Mais le choix de l’autrice de ne jamais vraiment compenser la dureté d’une gamine que personne n’aime, touche au moral. Alors bien sur les jolis moments de complicité avec la poule, autour de tartes aux fruits et de câlins dans une serre emplie de beaux végétaux apaiseront un peu les âmes. On se demande pourtant comment la fille ne finit pas sociopathe avec tant de maltraitance.

Sur des planches vraiment très belles, Yunbo nous plonge ainsi dans un drame de l’enfance que vous prendrez selon votre sensibilité comme un joli conte sur la résilience ou comme une claque misérabiliste trop dure émotionnellement. Pas forcément très rigolo mais un album qui indéniablement ne laisse pas indifférent.

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***·BD·Jeunesse·Rapidos

Harmony #7: In fine

La BD!
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BD de Mathieu Reynès
Dupuis (2021), 58p., premier cycle achevé en 7 tomes.

Alors, alors, alors… Que dire de cette conclusion (officiellement) qui fait indéniablement le job tout en nous laissant un peu sur notre faim. On peut mettre le verre à moitié plein en se disant que meilleure est la série plus triste est la fin, ou à moitié vide en estimant que Reynès n’a pas complètement transformé son bel essai. Sur le plan graphique on est dans la continuité de toute la série, avec des planches qui claquent et des affrontement explosifs qui lorgnent vers le manga. Avec une structure étrange, entre une ouverture faisant Harmony tome 7 - BDfugue.compenser à une évolution X-men avec le méchant qui « capte » des êtres partout dans le monde et une conclusion ouverte sur un probable nouvelle « saison », on a du 100% action-aventure. L’album est entièrement tourné sur la baston finale, plutôt réussie avec ses effets pyrotechniques et son kung-fu nimbé de contre-pouvoirs. On regrettera juste une monotonie des décors qui minore un peu la portée via un cadrage hyper-serré des combats.

Le regret porte sur l’aspect conspirationniste qui a totalement disparu des derniers albums pour être remplacé par la dimension mystique. C’était attendu mais on en perd une partie du sel du début. Reste une réalisation sans faille depuis le premier tome et on ne va pas faire la fine bouche! Mathieu Reynès a annoncé une pause avant de revenir, on l’espère, dans une version plus adulte des aventures d’Harmony. Entre temps vous pouvez découvrir son nouveau projet numérique qui lorgne vers le manga et Lastman. Le tarif pratique me paraît un peu élevé pour du numérique et rappelle les débats sur le juste prix et la juste rémunération des auteurs. Le crowdfunding est quoi qu’il en soit toujours une bonne chose.. attendons de voir.

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*****·BD·Jeunesse·Service Presse

Janardana

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BD d’Antoine Ettori
Delcourt (2022), 152p., one-shot.

La première édition au format comics propose un cahier de recherches graphiques final, comprenant des projets de couvertures… qui pourront donner des idées pour de prochaines éditions, celle choisie étant (étrangement) loin d’être la plus percutante!

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

Lorsque le vigoureux Marcel Piton reçoit un courrier de son ami Dev il n’hésite pas un instant en part pour l’Inde. Là il retrouve les senteurs, les lumières inoubliables qui ont nimbé ses jeunes années d’aventure. Une époque qu’il aurait pourtant voulu voir rester derrière lui… Sa recherche de son ami va le voir confronté à de mystérieux adversaires et à ses choix passés…

Coup de coeur! (1)Comme la littérature jeunesse propose plus de perles que la littérature classique, la BD jeunesse nous envoie assez fréquemment de petites pépites inattendues, des projets de pleine fraîcheur où la créativité de jeunes artistes nous éclate au visage. Après avoir fait ses gammes dans l’animation et sur le diptyque Perséus, Antoine Ettori se lance ensuite dans ce magnifique one-shot bien entendu biberonné au style Miyazaki mais qui sait s’en détacher pour proposer une histoire originale d’une maturité impressionnante et d’une réalisation sans faille.

Janardana, bd chez Delcourt de EttoriDès les premières planches en France on ressent l’atmosphère que cherche à retranscrire l’auteur avec sa technique d’aquarelle excellemment maîtrisée. L’auteur a un vrai don (et une technique coriace issue d’Emile Cohl et de l’Animation) pour nous plonger dans des décors vivants, très détaillés malgré une apparence de dessin jeunesse. On sent le fourmillement des marchés, les senteurs et l’éblouissement d’une lumière blafarde réfléchie sur les murs des bâtiments ciselés. Et c’est vers la grande Aventure qu’il nous convie dans cette Inde mystérieuse où chaque jungle cache des temples obscures et où les sociétés secrètes manœuvrent dans l’ombre. Parfaitement à l’aise dans sa progression scénaristique, Ettori enchaîne les séquences entre temps forts et respirations, sans aucun ennui et avec une galerie de personnages archétypaux mais tout à fait agréables qui nous renvoient là encore au maître de l’animation japonaise.

Avec son drôle de nom, Marcel Piton est un vrai héros comme on n’en voit plus guère, à l’ancienne, avec juste Janardana de Antoine Ettori - BDfugue.comce qu’il faut d’ombre mais surtout un talent, un courage et une force qui ne le font frémir devant aucun adversaire. Utilisant idéalement les cent-cinquante pages de l’album, l’auteur nous plonge dans un vrai film via une mise en scène absolument cinématographique. La lisibilité des planches, y compris lors des nombreuses séquences d’action, est étonnante de précision au regard de la technique aquarelle. Après moultes rencontres avec des pirates rigolos, dans une touchante relation avec une jeune fille débrouillarde, le héros va se retrouver confronté à un soupçon de fantastique jusqu’à un final explosif mais de très bonne tenue. Ce n’est pas si fréquent.

Avec son titre mystérieux et son héros en acier qui n’a peur de rien, Janardana est une nouvelle pépite réussie de bout en bout, qui plaira aux jeunes comme aux plus grands et noue permet de découvrir un auteur très solide à suivre dans la suite de ses projets!

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****·BD·Jeunesse

Les Sauroctones #2/3

Deuxième tome de 233 pages, de la trilogie écrite et dessinée par Erwann Surcouf. Parution le 18/06/21 chez Dargaud.

Sots-Rock-Tonnes aguerris

Suite, mais pas fin, des aventure des Sauroctones, un trio improbable de jeunes chasseurs de monstres, dans un monde post-apocalyptique déjanté et pétri de références diverses à la pop-culture.

Zone, Jan et Ursti ont échappé à la confrérie des Meuniers, et au terrible Tamarro, qu’ils sont parvenus à vaincre in extremis. Malheureusement, cette victoire s’est faite au prix du barrage de la Rambleur, qui a cédé à l’issue de l’affrontement contre la bête, inondant la vallée au passage. Notre Trio Fantastico, dont on chante désormais les aventures au travers des terres désolées, se remet donc en route, afin de trouver la fusée légendaire qui permettra à Zone de quitter la planète.

Mais encore une fois, l’odyssée loufoque des nos jeunes sauroctones va les mener de charybde en scylla, et mettra sur leur chemin diverses congrégations plus ou moins éclairées, des citées en guerre et bien sûr, des monstres.

Erwann Surcouf transforme l’essai avec ce tome 2 des Sauroctones. Le plaisir de lecture est toujours aussi grand car l’auteur est parvenu à rendre ses protagonistes attachant, au travers de péripéties rocambolesques qui peuvent sembler loufoques mais qui conservent un objectif final très clair. C’est aussi ce sentiment d’assister à une épopée en bonne et due forme qui fait la qualité de la série, et l’attachement vient donc de l’aspect feuilletonnesque, renforcé par le découpage en chapitres, agrémenté des couvertures (diégétiques) des aventures de notre trio.

L’univers des Sauroctones, dont les bases étaient déjà posées dans le premier tome, continue de s’étoffer, grâce aux différentes villes et communautés traversées. L’ensemble a un aspect familier, puisque les personnages évoluent dans les ruines du monde contemporain, ce qui ouvre la porte à moult références visuelles ou textuelles qui donnent immanquablement au lecteur un rôle de « sachant », par opposition aux personnages qui ne saisissent pas le véritable sens de ces icônes. L’investissement du lecteur s’en trouve donc décuplé, puisque c’est bien connu, le lecteur adore être flatté dans son égo !

Plaisanteries mises à part, il est vrai que ce mécanisme aide à l’immersion dans le récit, mais l’on peut regretter que l’univers ne s’étende pas davantage sur le bestiaire prometteur (qui fait penser au très bon Love and Monsters) mais il reste encore à ce stade un troisième tome pour pouvoir apprécier la pléthore de créatures dangereuses et de situations mortelles.