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PUNCH! saison#1: dans la Nature

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BD collective.
Kinaye (2022), 144p., anthologie de 4 histoires.

Le très dynamique éditeur Kinaye, outre le fait d’avoir réussi à se maintenir malgré la difficulté de lancer de nouvelles maisons d’édition, malgré le COVID, croit lentement mais sûrement puisque après des sorties régulières de traductions de comics indé jeunesse depuis 2019, l’éditeur lançait en début d’année dernière une collection de créations originales franco-belges. Restant dans le champ jeunesse mais avec des formats courts souples rappelant les comics, l’éditeur propose à une jeune génération travaillant déjà dans le graphisme mais n’ayant pas ou peu publié de BD de se lancer sur des histoires courtes, avec une thématique par année. Le galop d’essai avait été proposé à Valentin Seiche sur The world qui avait soulevé un intérêt des chroniqueurs lors de sa sortie. En mars dernier est donc sortie l’intégrale de la première saison, qui permet de découvrir ces jolies créations dans un format BD broché plus classique, sur le thème de la Nature.

Merci aux éditions Kinaye pour leur confiance

Punch – Saison 1 – Tome 1 – Minimage – Yohan Sacré | 22h05 rue des DamesUnivers le plus construit du recueil, cette histoire prend un aspect très original pour un propos connu: deux peuples (les légumineuses et les puissants Mages) se détestent depuis la nuit des temps sans plus savoir pourquoi. Lorsqu’un bébé Mage est découvert par une bande de légumineuses, s’ensuit un périple plein d’aventure et de danger entre les racines de la forêt et les crocs du méchant loup Sport, jusques paye des Mages où ils vont braver le danger ennemi pour restituer un enfant à son peuple. Le ton est enfantin, le dessin simple mais très agréable sur des tons pastelle et l’idée des graines et racines crée une esthétique résolument originale. L’auteur maîtrise très bien son scénario pour une histoire qui ravira les plus jeunes.

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  • Moineau (Elsa Bordier/Sourya)

Punch! Saison 1 - Moineau - Editions KinayeLe duo a déjà travaillé ensemble chez Ankama sur l’anthologie Midnight tales. Abordant le thème de l’exclusion et de la différence, on suit une jeune fille à l’apparence différence des autres enfants, qui aime communier avec la nature et les animaux et se fait harceler pour cela. Plus proche des adultes que des enfants de son age, elle va apprendre à assumer sa différence en comprenant que la majorité de ceux qui la moquent sont craintifs de l’avenir et se contentent de suivre les rails tracés pour eux. Assumer ses choix différents est difficile et exige d’accepter de déranger le conformisme social, la différence menaçant la faiblesse des majorités en leur renvoyant un miroir de leurs propres lâchetés… Un très beau message

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  • Cratère (Mélanie Allag), 40p.

Cratère (par Mélanie Allag) Tome 3 de la série Punch ! présenteAventure post-apo la plus construite du recueil. Si le dessin enfantin ne m’attire guère, l’intrigue et la galerie de personnages permettent un récit complet qui ne laisse pas sur sa faim: sur une planète envahie par des insectes géants les humains se sont réfugiés dans des cratères protégés par des dômes géants. Là, entre deux expéditions guerrières à l’extérieur, des savants se livrent à des expériences sur des enfants afin de matérialiser leurs rêves, sorte de dimension parallèle. Jusqu’à ce que l’une d’eux décide de s’enfuir à l’extérieur et de révéler a réalité sur ces nuisibles. Les schémas sont classiques, l’interaction entre la bande de gamins fonctionne bien et les adultes sont archétypaux comme nécessaire. Pas révolutionnaire mais très solide histoire. Je salue toujours les tentatives de genre dans la BD jeunesse.

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Ma séquence préférée! Manifestement inspirée par l’esprit de l’Atelier des sorciers, l’autrice nous propose la très tendre insertion d’une jeune fée atypique (et un peu rebelle) au sein d’une équipe d’apprenties dirigées par l’impressionnante mais humaine Baba Yaga. Le graphisme est très maîtrisé, la colo superbe et on s’intéresse immédiatement à cette jeune magicienne qui refuse de dessiner les pentacles exigés par la corporation. L’histoire est très simple mais, portant sur les choix individuels, propose un joli message aux jeunes lecteurs et nous touche. Une autrice à surveiller sur un format plus long!

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Seizième printemps

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BD de Yunbo
Delcourt (2022), 120p., one-shot.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

Lorsque ses parents se séparent Yeowoo est emmenée par son père à la campagne pour habiter chez son grand-père et sa tante. Dans l’attente de voir son papa venir la récupérer, elle découvre un nouvel environnement et la difficulté de vivre avec une vieille personne et une vieille fille. Surtout, elle réalise bientôt que son séjour risque de durer plus que prévu…

Drôle d’album que cette BD jeunesse réalisé par une coréenne formée en France. Ou plutôt triste album, qui nécessite de vous avertir sur le public ciblé, pas évident lorsqu’on regarde le fond et la forme. Sur la forme pas de doute, avec ses couleurs pastelles, ses personnages d’animaux anthropomorphes et cette enfant qui va apprendre à vivre à la campagne, on a tout l’habillage du livre jeunesse. Pourtant, la dureté du sujet, l’abandon pur et simple d’une gamine de cinq ans par ses parents, interroge sur la pertinence de le lire avec un enfant, quand on sait l’importance des craintes d’appartenance et d’amour parental pour la construction de l’identité. Car si l’apparence est légère, parfois drôle et tendre lorsque la poulette qui s’est prise de tendresse pour elle devient une mère d’adoption, la souffrance ne quitte jamais cette enfant au cours des dix années qu’elle passera dans cet environnement mortifère, entre un vieux bonhomme un peu paumé et une tante qui semble restée à un âge mental de dix ans.

En cinéma on parlera de drame social, volontiers inséré dans l’univers des films belges sur la misère sociale. Pas gai. Il est possible que l’enveloppe facilite l’approche. Mais le choix de l’autrice de ne jamais vraiment compenser la dureté d’une gamine que personne n’aime, touche au moral. Alors bien sur les jolis moments de complicité avec la poule, autour de tartes aux fruits et de câlins dans une serre emplie de beaux végétaux apaiseront un peu les âmes. On se demande pourtant comment la fille ne finit pas sociopathe avec tant de maltraitance.

Sur des planches vraiment très belles, Yunbo nous plonge ainsi dans un drame de l’enfance que vous prendrez selon votre sensibilité comme un joli conte sur la résilience ou comme une claque misérabiliste trop dure émotionnellement. Pas forcément très rigolo mais un album qui indéniablement ne laisse pas indifférent.

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Harmony #7: In fine

La BD!
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BD de Mathieu Reynès
Dupuis (2021), 58p., premier cycle achevé en 7 tomes.

Alors, alors, alors… Que dire de cette conclusion (officiellement) qui fait indéniablement le job tout en nous laissant un peu sur notre faim. On peut mettre le verre à moitié plein en se disant que meilleure est la série plus triste est la fin, ou à moitié vide en estimant que Reynès n’a pas complètement transformé son bel essai. Sur le plan graphique on est dans la continuité de toute la série, avec des planches qui claquent et des affrontement explosifs qui lorgnent vers le manga. Avec une structure étrange, entre une ouverture faisant Harmony tome 7 - BDfugue.compenser à une évolution X-men avec le méchant qui « capte » des êtres partout dans le monde et une conclusion ouverte sur un probable nouvelle « saison », on a du 100% action-aventure. L’album est entièrement tourné sur la baston finale, plutôt réussie avec ses effets pyrotechniques et son kung-fu nimbé de contre-pouvoirs. On regrettera juste une monotonie des décors qui minore un peu la portée via un cadrage hyper-serré des combats.

Le regret porte sur l’aspect conspirationniste qui a totalement disparu des derniers albums pour être remplacé par la dimension mystique. C’était attendu mais on en perd une partie du sel du début. Reste une réalisation sans faille depuis le premier tome et on ne va pas faire la fine bouche! Mathieu Reynès a annoncé une pause avant de revenir, on l’espère, dans une version plus adulte des aventures d’Harmony. Entre temps vous pouvez découvrir son nouveau projet numérique qui lorgne vers le manga et Lastman. Le tarif pratique me paraît un peu élevé pour du numérique et rappelle les débats sur le juste prix et la juste rémunération des auteurs. Le crowdfunding est quoi qu’il en soit toujours une bonne chose.. attendons de voir.

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Janardana

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BD d’Antoine Ettori
Delcourt (2022), 152p., one-shot.

La première édition au format comics propose un cahier de recherches graphiques final, comprenant des projets de couvertures… qui pourront donner des idées pour de prochaines éditions, celle choisie étant (étrangement) loin d’être la plus percutante!

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

Lorsque le vigoureux Marcel Piton reçoit un courrier de son ami Dev il n’hésite pas un instant en part pour l’Inde. Là il retrouve les senteurs, les lumières inoubliables qui ont nimbé ses jeunes années d’aventure. Une époque qu’il aurait pourtant voulu voir rester derrière lui… Sa recherche de son ami va le voir confronté à de mystérieux adversaires et à ses choix passés…

Coup de coeur! (1)Comme la littérature jeunesse propose plus de perles que la littérature classique, la BD jeunesse nous envoie assez fréquemment de petites pépites inattendues, des projets de pleine fraîcheur où la créativité de jeunes artistes nous éclate au visage. Après avoir fait ses gammes dans l’animation et sur le diptyque Perséus, Antoine Ettori se lance ensuite dans ce magnifique one-shot bien entendu biberonné au style Miyazaki mais qui sait s’en détacher pour proposer une histoire originale d’une maturité impressionnante et d’une réalisation sans faille.

Janardana, bd chez Delcourt de EttoriDès les premières planches en France on ressent l’atmosphère que cherche à retranscrire l’auteur avec sa technique d’aquarelle excellemment maîtrisée. L’auteur a un vrai don (et une technique coriace issue d’Emile Cohl et de l’Animation) pour nous plonger dans des décors vivants, très détaillés malgré une apparence de dessin jeunesse. On sent le fourmillement des marchés, les senteurs et l’éblouissement d’une lumière blafarde réfléchie sur les murs des bâtiments ciselés. Et c’est vers la grande Aventure qu’il nous convie dans cette Inde mystérieuse où chaque jungle cache des temples obscures et où les sociétés secrètes manœuvrent dans l’ombre. Parfaitement à l’aise dans sa progression scénaristique, Ettori enchaîne les séquences entre temps forts et respirations, sans aucun ennui et avec une galerie de personnages archétypaux mais tout à fait agréables qui nous renvoient là encore au maître de l’animation japonaise.

Avec son drôle de nom, Marcel Piton est un vrai héros comme on n’en voit plus guère, à l’ancienne, avec juste Janardana de Antoine Ettori - BDfugue.comce qu’il faut d’ombre mais surtout un talent, un courage et une force qui ne le font frémir devant aucun adversaire. Utilisant idéalement les cent-cinquante pages de l’album, l’auteur nous plonge dans un vrai film via une mise en scène absolument cinématographique. La lisibilité des planches, y compris lors des nombreuses séquences d’action, est étonnante de précision au regard de la technique aquarelle. Après moultes rencontres avec des pirates rigolos, dans une touchante relation avec une jeune fille débrouillarde, le héros va se retrouver confronté à un soupçon de fantastique jusqu’à un final explosif mais de très bonne tenue. Ce n’est pas si fréquent.

Avec son titre mystérieux et son héros en acier qui n’a peur de rien, Janardana est une nouvelle pépite réussie de bout en bout, qui plaira aux jeunes comme aux plus grands et noue permet de découvrir un auteur très solide à suivre dans la suite de ses projets!

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Les Sauroctones #2/3

Deuxième tome de 233 pages, de la trilogie écrite et dessinée par Erwann Surcouf. Parution le 18/06/21 chez Dargaud.

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Suite, mais pas fin, des aventure des Sauroctones, un trio improbable de jeunes chasseurs de monstres, dans un monde post-apocalyptique déjanté et pétri de références diverses à la pop-culture.

Zone, Jan et Ursti ont échappé à la confrérie des Meuniers, et au terrible Tamarro, qu’ils sont parvenus à vaincre in extremis. Malheureusement, cette victoire s’est faite au prix du barrage de la Rambleur, qui a cédé à l’issue de l’affrontement contre la bête, inondant la vallée au passage. Notre Trio Fantastico, dont on chante désormais les aventures au travers des terres désolées, se remet donc en route, afin de trouver la fusée légendaire qui permettra à Zone de quitter la planète.

Mais encore une fois, l’odyssée loufoque des nos jeunes sauroctones va les mener de charybde en scylla, et mettra sur leur chemin diverses congrégations plus ou moins éclairées, des citées en guerre et bien sûr, des monstres.

Erwann Surcouf transforme l’essai avec ce tome 2 des Sauroctones. Le plaisir de lecture est toujours aussi grand car l’auteur est parvenu à rendre ses protagonistes attachant, au travers de péripéties rocambolesques qui peuvent sembler loufoques mais qui conservent un objectif final très clair. C’est aussi ce sentiment d’assister à une épopée en bonne et due forme qui fait la qualité de la série, et l’attachement vient donc de l’aspect feuilletonnesque, renforcé par le découpage en chapitres, agrémenté des couvertures (diégétiques) des aventures de notre trio.

L’univers des Sauroctones, dont les bases étaient déjà posées dans le premier tome, continue de s’étoffer, grâce aux différentes villes et communautés traversées. L’ensemble a un aspect familier, puisque les personnages évoluent dans les ruines du monde contemporain, ce qui ouvre la porte à moult références visuelles ou textuelles qui donnent immanquablement au lecteur un rôle de « sachant », par opposition aux personnages qui ne saisissent pas le véritable sens de ces icônes. L’investissement du lecteur s’en trouve donc décuplé, puisque c’est bien connu, le lecteur adore être flatté dans son égo !

Plaisanteries mises à part, il est vrai que ce mécanisme aide à l’immersion dans le récit, mais l’on peut regretter que l’univers ne s’étende pas davantage sur le bestiaire prometteur (qui fait penser au très bon Love and Monsters) mais il reste encore à ce stade un troisième tome pour pouvoir apprécier la pléthore de créatures dangereuses et de situations mortelles.

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Gravity Level #1/2: désertion

Série en deux tomes, écrite par Lorenzo Palloni et dessinée par Vittoria Macioci. Parution aux éditions Sarbacane le 08/01/20 et le 05/02/20. Lecture conseillée à partir de 10-12 ans.

Une grave idée de la gravité

Prenons cinq minutes pour revenir sur ce diptyque paru en 2020, et qui mérite certainement le détour. Depuis quelques siècles, la gravité a cessé de s’exercer sur Terre, provoquant la fin du monde tel que l’Humanité le connaissait. Les animaux, les humains, les océans, tout a été emporté vers la stratosphère, inexorablement. Une communauté de survivants s’est ainsi réfugiée sous terre, protégée par une bulle artificielle de gravité ainsi que des équipements conçus pour en contrer l’absence.

Bien entendu, nous savons tous que lorsque des humains ont besoin de sécurité, cela ne peut se faire qu’au détriment de la liberté. Et plus grand est le besoin de sécurité, plus grandes seront les atteintes liberticides. Zero-City, la ville des survivants, est donc une parfaite petite dictature inégalitaire, dans laquelle tout ce qui sort du cadre ne peut prospérer.

Vikt, Ibu, Waka, Bek et Pwa, sont cinq adolescents rebelles, qui, après un terrible accident causé par leur insouciance, sont contraints à l’exil. Obligés de quitter Zéro-City, les cinq gamins vont devoir s’aventurer dans le monde extérieur, que personne n’a osé explorer depuis l’apocalypse. Nos pieds-nickelés zéro-G survivront-ils à ce périple insensé ?

A force de chercher des causes possibles à la fin du monde, (virus, guerres, astéroïdes, robots, zombies), il paraissait inévitable qu’on en vienne à puiser dans le terreau SF pour imaginer une planète sans gravité. Ce pitch était déjà celui de Skyward, et peut poser des soucis en terme de suspension d’incrédulité. En effet, il semble assez piégeux d’exploiter un tel concept en prenant bien en compte tous les paramètres hypothétiques qu’il engendrerait.

En effet, sans gravité, il n’y aurait déjà pas d’atmosphère pour commencer, l’air se serait donc carapaté bien avant les océans, sans parler des rayonnements cosmiques face auxquels l’atmosphère fait guise de rempart. Bref, vous l’aurez compris, à moins d’avoir été écrit par un docteur en physique un peu cinglé, il ne faut pas trop chercher de plausibilité dans le traitement de ce pitch, mais plutôt se laisser porter.

La confrontation entre innocente jeunesse et rudesse d’un monde apocalyptique est un thème souvent abordé dans ce genre pléthorique, mais il fonctionne ici suffisamment bien pour tenir en haleine au fil des deux albums. La quête initiatique et le prix qu’elle induit pour notre groupe de mauvais élèves sont donc ce qui donne au diptyque tout son intérêt, mais les graphismes ne sont pas pour autant en reste.

Vittoria Macioci fait carton plein sur le design des personnages, très cartoonesque, ainsi que sur la mise en scène des décors, tantôt claustrophobes (la ville et son régime dictatorial), tantôt angoissants d’ampleur (le monde extérieur). Une série courte qui se lit donc facilement !

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Les Contrées de l’Elphyne

Histoire complète en 128 pages, écrite et dessinée par Michael Walsh. Parution en France le 16/03/2022 chez les Humanoïdes Associés. Lecture envisageable à partir de 8-10 ans.

Merci aux Humanos pour leur confiance!

Vers l’infini et dans l’au-delà

Ben, Lynn, et Beth Oates sont à un tournant de leur vie. Suite au licenciement de leur mère, l’adelphie se voit contrainte de déménager de l’Ontario pour retourner vivre à Newfoundland chez leur grand-mère. Ils y retrouvent ainsi la maison familiale et de nombreux souvenirs, mais également Jen, leur cousine orpheline depuis le décès de l’oncle Mike.

A peine sont-ils arrivés de leur long périple que Beth, la benjamine, disparaît mystérieusement dans les bois. Les sentiments de culpabilité et d’impuissance poussent Ben, puis Lynn, à vouloir participer à leur façon aux recherches. Ainsi, le duo s’aventure dans les bois à son tour, muni d’une lampe torche, d’une épée en bois et du pendentif de Saint-Christophe offert par la Grand-Mère, et c’est là que les choses basculent. En effet, Beth a bien été enlevée, par une créature magique qui rôdait dans la forêt, et qui l’a emmenée dans un monde surnaturel nommé l’Elphyne. Ben et Lynn vont alors être guidés par Elsy, habitante de l’Elphyne, pour sauver cette étrange contrée et ramener leur petite sœur.

Les deux enfants vont alors découvrir que tout ce que l’on rapporte du monde matériel obtient des propriétés magiques en Elphyne, ce qui va leur permettre d’affronter toutes sortes d’épreuves, comme affronter un dragon, des crabes fous et finalement, l’entité maléfique qui a projeté le royaume tout entier dans les ténèbres.

Influences et inspirations

Autant le reconnaître d’emblée, Les Contrées de l’Elphyne est un très bon album. A première vue cependant, on peut vite déceler des influences qui peuvent laisser craindre un manque d’originalité. En effet, une fratrie endeuillée voyageant par accident dans un monde fantastique peuplé de créatures féériques vous rappellera certainement quelque chose, et on peut même aller chercher du côté de Peter Jackson pour l’aspect traitement du deuil et influence du monde réel sur le monde fantastique et l’au-delà.

Néanmoins, le travail de Michael Walsh conserve bien une patte toute personnelle, tant dans la construction de l’aventure que dans son final riche en émotions et en poésie. On y trouve une fraîcheur dans les dialogues, une naïveté dans les dessins qui donnent sans cesse envie de tourner la page pour lire la suite. La richesse de l’album ne vient d’ailleurs pas que du traitement de l’action et de l’émotion liée aux personnages, elle vient également des thématiques abordées, telles que le deuil familial et les peurs infantiles liées aux traumatismes.

S’agissant de l’album en lui-même, on ne peut qu’affirmer que c’est un bel objet, d’abord par le format, la couverture colorée et le gaufrage argenté sur le titre. Un bon et gros coup de cœur !

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Wynd #2: Le Mystère des Ailes

Second tome de 235 pages de la série écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution aux US chez Boom! Studios, et chez Urban Comics en France, le 21/01/2022.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Tempête sous un crâne

Wynd est un jeune garçon introverti qui a passé sa jeunesse à Tubeville, mégapole fortifiée dans laquelle seuls les humains sont tolérés. Manque de chance, Wynd est un Sang-Blêt, un être infecté par la magie qui habite les immenses forêts qui enclavent Tubeville.

Recueilli très tôt par Mme Molly et sa fille Olyve, Wynd mène une existence discrète et doit constamment dissimuler les stigmates de sa condition, à savoir ses oreilles pointues qui pourraient le trahir au yeux de ses compatriotes. Rêveur, Wynd observe souvent la ville, bien à l’abri sur les toits, et s’est amouraché de Ronsse, le fils du jardinier en chef de la maison royale, qui est aussi le meilleur ami du Prince Yorik.

I Believe I can Fly

Yorik est a priori l’enfant gâté archétypal que l’on peut s’attendre à trouver au sein de n’importe quel palais: colérique, capricieux, et inepte, il n’en porte pas moins les espoirs de son peuple sur les épaules. En effet, promis à la succession du trône de Tubeville, Yorik pourrait abolir les Lois du Sang et permettre aux différents Royaumes de s’unir enfin au lieu de se faire la guerre. Malheureusement, les fanatiques sont partout, et le jeune prince devient la cible de partisans d’une cause extrême, tandis que Wynd est démasqué à l’occasion d’une purge.

Poursuivi par le redoutable Écorché, Wynd fait cause commune avec Olyve, Yorik et Ronsse pour s’échapper de Tubeville et rallier Norport, connue pour être plus cosmopolite et plus tolérante. Le quatuor poursuit donc sa quête et fait la rencontre du peuple des fées, et ainsi en découvrir davantage sur les origines du monde et le rôle que chaque espèce doit y jouer.

Néanmoins, le roi de Tubeville n’a pas dit son dernier mot. Prêt à tout pour récupérer son fils, il se compromet avec les dangereux Vampyres, risquant ainsi la sécurité de tous les royaumes.

Après nous avoir emportés avec le premier tome, James Tynion IV poursuit l’exploration de son univers mi-fantasy, mi-steampunk avec ce tome 2. Les personnages sont toujours aussi attachants, et permettent d’explorer les thèmes chers à l’auteur depuis le début de la série, à savoir le passage à l’âge adulte, l’amour, la tolérance et l’altérité.

La série déploie donc littéralement ses ailes, en même temps que le protagoniste, qui illustre avec d’autant plus d’impact la métaphore de l’adolescence et des transformations qu’elle favorise. Fait suffisamment rare pour être souligné, les dialogues sont très bien écrits, et donc bien traduits par l’éditeur, ce qui n’est pas souvent le cas chez d’autres (Panini, c’est toi que je regarde).

Les lecteurs les plus tatillons remarqueront toutefois quelques répliques coups-de-poing clairement destinées à notre monde moderne, mais à peine maquillées dans le contexte géo-politique de l’oeuvre. Il est vrai que l’on aurait pu s’attendre à davantage de subtilité de la part de l’auteur, mais l’ensemble est si qualitatif que ce petit défaut pâlit en comparaison.

Pas besoin d’en dire davantage, Wynd est, depuis la fin de Voro, l’une des meilleures séries jeunesse en cours !

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Le Sarcophage des âmes

Histoire complète en 48 pages, écrite par Serge Le Tendre et dessinée par Patrick Bouton-Gagné. Parution le 02/02/2022 chez Drakoo.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Les sorcières de Sal Aiment

A quelques jours de Noël, le comté de Shaalem est en pleine ébullition. Olivia Newton, jeune femme métisse ayant récemment perdu son époux, élève seule sa fille Mercy. Déjà méprisée par la population locale, qui la toise sans lui accorder le moindre respect, elle s’attire les foudres du comté lorsqu’elle obtient l’autorisation de procéder à des fouilles archéologiques près du cimetière.

Sans crier gare, une foule de villageois en colère, accusant Olivia de sorcellerie, débarque sur le pas de sa porte, avec torches et tout le toutim. Affolée, Olivia confie Mercy à son amie Abbie, fantasque tenancière d’une maison close, et tente de repousser ses agresseurs. Dans l’escarmouche qui s’en suit, Olivia doit se défendre et use d’un don particulier, un pouvoir magique qui lui permet de projeter des flammes.

Manque de chance, sa maison prend feu, et la voilà portée disparue. Déclarée coupable de sorcellerie de manière posthume, Olivia subit l’opprobre tandis que sa fille est placée sous la tutelle de Ruth Taylor, rigide épouse dévote du juge du comté de Shaalem. Et le pire est encore à venir, car la redoutable Ruth joue un double jeu elle aussi. Sous ses airs de bigote, elle dirige en réalité un culte dont le projet et de réveiller un mage maléfique dont l’âme fut damnée il y a des siècles. Olivia va donc devoir affronter les ennemis héréditaires de sa famille s’il elle veut pouvoir libérer sa fille.

Ma sorcière bien brûlée

C’est bien connu, depuis la fameuse Boîte de Pandore, il est devenu quelque peu commode, en fiction, d’enfermer de façon plus ou moins contigüe et originale toutes sortes de maux ou d’entités maléfiques: les Titans dans le Tartare, les fantômes dans Ghostbusters, La Momie dans le film éponyme, l’Antéchrist dans le Prince des Ténèbres, le Général Zod dans Superman II, les exemples sont bien sûr trop nombreux pour espérer en faire une liste exhaustive, mais après tout, un sarcophage, pourquoi pas.

L’histoire, qui ne compte que 48 pages, se lit donc très rapidement et ne demande pas un fol investissement, que ce soit en temps ou en émotions. Les bases sont rapidement posées, sans fioritures, et l’on peut pour cela compter sur l’expérience vertigineuse de Serge Le Tendre, qui rappelons-le, a tout de même forgé le game s’agissant du genre Fantasy en France. Le reste se déroule de façon plutôt linéaire, puisqu’en si peu d’espace, on peut imaginer qu’il fut difficile d’implémenter plus de péripéties et de rebondissements.

Il y a néanmoins quelques éléments qui m’ont chiffonné, j’en viens donc à une partie spoiler que je conseille d’éviter à celles et ceux qui souhaiteraient découvrir l’album par eux-mêmes.

On apprend donc qu’Olivia fait partie de la Guilde (j’imagine qu’il n’y avait pas plus générique comme nom pour un groupuscule… ah ben tiens, c’est pas si mal, ça: « le Groupuscule« ), une lignée de puissants mages liés aux forces de la nature dont la vocation était d’éclairer l’Humanité. Bien évidemment, un schisme idéologique se produit et l’un des Mages se rebelle (bonjour Lucifer, Voldemort et toutes les autres figures prométhéennes négatives), parce qu’il considère qu’il y a mieux à faire avec tout ce pouvoir. Il est vaincu, est exécuté, MAIS, son âme est enfermée dans ce fameux sarcophage afin de… tourmenter son âme ? l’empêcher de mourir définitivement ? Ce n’est pas très clair car il est simplement mentionné que ce mage « prétendait pouvoir dominer la mort ».

Ce qui m’a principalement gêné, c’est que cette Guilde, sensée représenter les forces capables du Bien, excommunie l’une des leurs qui tente d’empêcher la résurgence du Mal, puis se montre totalement absente et inepte lorsque le dit mal ressurgit, et surtout, ne trouve pas un moyen plus efficace, ou en tous cas pas aussi aisément corruptible ou détournable, d’enfermer ce méchant. A mon sens, ce sont ce genre de détails qui peuvent à terme nuire à la crédibilité d’un scénario, même sur un format court et peu exigeant de one-shot 48 pages.

En parlant de détail, je passerai sous silence le faux-raccord qui s’est glissé en page 6 case 1, car je passerais certainement pour un tatillon 😉

En conclusion, cet album, qui marque la présence d’un auteur old-school et incontournable de la BD franco-belge chez un éditeur de taille modeste, finit d’asseoir une tendance que nombre d’entre vous auront sans doute déjà remarquée. En effet, de plus en plus d’auteurs reconnus se tournent vers les maisons d’édition indépendantes, voire vers le crowfunding, pour des projets plus petits, parfois moins ambitieux car plus récréatifs. Cela s’explique sans doute par une volonté de respirer artistiquement parlant, et ainsi créer des projets moins chronophages à coté de leurs productions majeures.

Le seul hic est que désormais, les petits éditeurs, qui jusque-là étaient plus prompts à s’engager auprès d’auteurs encore inconnus, sont accaparés par les pontes, et ont donc tendance à délaisser les débutants qui cherchent à faire leurs armes dans le secteur indé.

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Middlewest

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Comic de Skottie Young et Jorge Corona
Urban (2020-2021) env. 130p./album. Série finie en 3 volumes.
Info, Sélection officielle du 48e Festival d'Angoulême - Editions DupuisPrix jeunesse 12-16 ans Angoulême 2021

Série publiée en trois volumes chez Urban Link (label ado d’Urban comics) rassemblant les 18 chapitres de l’édition américaine publiée en 2018 chez Image. Les ouvrages sont au format comics, brochés, la première édition comportant les couvertures originales et des carnets de croquis.

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Abel est un p’tit gars du Middlewest qui n’a qu’une envie: que son paternel soit fier de lui. Il se lève tôt pour livrer le journal… mais rien n’est assez. Depuis le départ de sa mère, Dale maîtrise mal sa colère intérieure qui explose dans des accès de violence destructeurs. Abel se voit contraint de fuir à la recherche d’une enfance perdue…Middlewest, la recensione: di genitori, figli e tornado | Lega Nerd

mediathequeL’univers graphique coloré et géométrique du vénézuelien Jorge Corona claque immédiatement aux yeux. Si l’inspiration est celle du titre, ces plaines américaines balayées par les vents et cœur des Rednecks, ces populo qui habitent dans des caravanes et se constituent des communautés voyant les lois comme très lointaines, Skottie Young habille son monde d’un vernis steampunk et magique subtile qui Middlewest #15 | Image Comicspermet de basculer immédiatement dans la fable. Jamais loin du Magicien d’Oz et de tout l’imaginaire populaire américain, le scénariste vise néanmoins un propos relativement sombre, celui d’un jeune garçon victime de violences paternelle et qui doit partir en quête de sa propre identité. Afin de lui donner une magnifique concrétisation graphique, cette colère prend la forme d’une sorte de malédiction qui frappe cette famille, un mal d’amour qui transforme ses hôtes en des sortes de golems de tempête, des créatures de vent dont le potentiel destructeur ravage tous l’environnement, semant mort et désolation. Accompagné par un compagnon à la forme de renard parlant, une sorte de bon génie qui lui permet de rester maître de son corps, Abel est touchant dans sa fuite et sa recherche d’une famille d’adoption aimante, ce à quoi devrait avoir droit tout enfant.

L’idée de ces tempêtes est excellente puisqu’elle incarne dans un monde de magie cette réalité d’éléments du continent américain, cette nature indomptable, ces tornades qui deviennent des sortes d’esprits punitifs. L’approche psychanalytique du comic lui donne un propos à la lisière de la BD ado et adulte, le récit et l’univers graphique permettant toutefois une lecture très accrocheuse dans ces deux catégories de lecteurs. Pourchassé par ce père qui ne sait contrôler sa furie mais ne se pardonne pas son incapacité à aimer son fils, Abel se voit bientôt touché par ce « pouvoir » et seule l’amitié des forains qu’il va rencontrer lui permettra de maîtrises la malédiction. Comme dans tout bon conte, les drames relationnels, les failles intérieures se matérialisent.

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