***·BD·Jeunesse·Nouveau !

La Chevaleresse

Récit complet d’Elsa Bordier (scénario), et Titouan Beaulin (dessin). Parution le 15/09/22 aux éditions Jungle, collection Ramdam.

Mulan en côte de mailles

La vie n’est pas simple pour Héloïse. Ou du moins, la vie d’Héloïse n’est pas tout à fait ce dont elle rêve. Si son quotidien ne reflète ni ses impétueuses aspirations ni son caractère de feu, c’est principalement à cause de la société patricarcale et belliqueuse dans laquelle elle vit.

Car oui, chers lecteurs de l’Etagère: le Moyen-Âge, ce ne sont que des ponts-levis, des troubadours et la Peste Noire. C’est aussi une hiérarchie sociétale verticale, qui impose aux individus une place prédéterminée qui ne peut souffrir aucune exception.

Pour Héloïse, cela se manifeste par la désapprobation de ses parents, qui ne souhaient pour elle qu’un mariage avantageux afin qu’elle perpétue la noble lignée. Ce qui signifie que plutôt que d’apprendre à se battre, comme elle le souhaite si ardemment, elle doit se contenter de la broderie et d’autres activités insignifiantes à ses yeux mais normalement dévolues aux femmes. Qu’à celà ne tienne, notre jeune fille en mal d’aventures va apprendre à se battre, par mimétisme, en observant les garçons lors de leurs entrainements. Quelques temps plus tard, c’est le Maître d’Armes en personne qui l’entraînera, en secret, bien sûr, jusqu’à faire d’Héloise une combattante virtuose.

Un jour, alors que la nécessité du mariage pèse de plus en plus lourd sur ses épaules, Héloise fait la rencontre d’Armand, noble comme elle, avec qui elle partage le sentiment d’être étouffée par la société. Armand n’aime ni la violence des combats, ni les armures que son père espère lui faire porter, et préfèrerait passer son temps à parfaire son art du dessin. Alors Héloïse a une idée: s’ils se fiancent, ils pourront alors s’associer pour donner satisfaction à leur deux familles, au prix d’une supercherie très simple.

Héloise n’a qu’à se faire passer pour Armand en revêtant son armure lors des entrainements et des joutes, lui épargnant ainsi l’harassement qu’il redoute tout en permettant à la jeune femme de croiser le fer comme elle l’a toujours voulu. Bien vite, la réputation d’Armand s’étend rapidement, si bien qu’un jour, un émissaire du Roi vient au chateau, pour le recruter dans sa campagne militaire contre un Baron rebelle. Armand n’a pas le choix: il doit partir faire la guerre, lui qui n’a jamais tenu une épée de sa vie.

Héloise s’en veut terriblement: elle a provoqué la perte de son meilleur ami, par pur égoïsme. Pour le sauver, il ne lui reste plus qu’à fausser compagnie à ses parents et rattraper la garnison, pour enfiler une nouvelle fois l’armure et faire parler ses talents. Mais le chemin sera long et semé d’embûches pour le petite comtesse qui n’a jamais mis les pieds hors de son château !

Comme le laisse deviner son titre, La Chevaleresse est un album féministe, mettant en scène une héroïne impétueuse face aux carcans patriarcaux qui veulent la cantonner à une place bien précise sans lui laisser l’opportunité d’exploiter son potentiel.

Malgré le contexte médiéval, on peut dire sans se tromper que le message véhiculé par Elsa Bordier porte une marque intemporelle, puisqu’elle parle d’accomplissement personnel, d’amitié, et d’amour. Il est donc aisé de transposer les difficultés vécues par Héloise au monde moderne, ce qui ajoute à l’accessibilité de l’intrigue. L’idée de base rappelle d’ailleurs d’autres oeuvres comme Mulan, lorsque la jeune fille s’entraîne par mimétisme, ou encore Wonder Woman (le film) lorsque le jeune Diana est entrainée en secret par sa tante à l’insu de sa mère autoritaire. Si on cherche bien, on peut même faire le parralèle avec Patrocle, le cousin d’Achilles, qui revêt son armure pour aller se battre à sa place lors de la Guerre de Troie.

La scénariste ne se contente pas d’un récit féministe qui mettrait en avant la bravoure et le courage féminins, elle habille également son récit d’une réflexion sur la guerre et la violence, ce qui est souvent le cas dans ce type d’oeuvre. En effet, lorsque l’on veut mettre en avant les qualités intrinsèques du Féminin , il n’y a rien de plus aisé que de le placer en contraste avec les défauts notoires du Masculin, à savoir la violence. L’auteure parvient à faire exister ses personnages tour à tour sans déséquilibre, créant des relations engageantes et crédibles.

Coté graphique, la trait de Titouan Beaulin, dont c’est le premier album, rest naïf, avec un côté hésitant, mais il sied bien au contexte médiéval et au ton de l’album.

J’ai néanmoins une réserve sur la résolution de l’intrigue [ATTENTION SPOILER !]

Une fois la fameuse bataille terminée, Héloise, blessée, retrouve sa compagne Isaure et Armand. Héloise a sauvé le Roi d’une mort certaine, mais a pu constater que son désir d’aventures était assez éloigné des réalités de la guerre. Armand, quant à lui, décide qu’on doit lui couper un pouce, afin de maintenir la mascarade et être certain d’être renvoyé chez lui.

Une fois la besogne accomplie, Armand revient au camp, et constate que le départ précipité du Roi a laissé l’armée en pleine débâcle, et que beaucoup de soldats sont rentrés chez eux. Il est lui-même remercié, ce qui à mon sens, rend le sacrifice du pouce totalement inutile, puisqu’Armand aurait de toute façon été renvoyé… A moins qu’Armand ait vu sur le long terme et qu’il ait souhaité s’assurer qu’on ne lui demanderait plus jamais de porter une épée, auquel cas il lui aurait suffit de simuler une claudication…

Il n’en demeure pas moins que la Chevaleresse est un bel album jeunesse, traitant de sujets d’actualité par le prisme médiéval.

****·BD·Jeunesse·Nouveau !

La Brigade des Cauchemars #6: Ariane

Sixième tome de la série écrite par Franck Thilliez et dessinée par Yomgui Dumont, avec Drac aux couleurs. Parution le 15/09/2022 aux éditions Jungle, collection Frissons.

Circulez, Ariane à voir

Après les évènements du tome 5, la Clinique du sommeil du Professeur Albert Angus a fermé ses portes. La technologie expérimentale créée par les époux Angus a été pillée par l’armée, mais pas avant que le professeur, aidé de son fils Tristan, de son ami Esteban ainsi que de Sarah, la première patiente qui a rejoint l’équipe, ne l’aident à libérer son épouse Alice, qui était piégée depuis des années dans l’esprit torturé d’un ancien patient nommé Léonard.

Contraints de faire table rase du passé, Alice et Albert en profitent pour se lancer dans de nouvelles recherches. Mettant leurs génies en commun, ils créent une fois encore une technologie révolutionnaire, sensiblement différente de la précédente. Plutôt que d’explorer physiquement les rêves de leurs patients endormis, les membres de la Brigade vont cette fois plonger littéralement dans les souvenirs de jeunes gens tourmentés, afin de les aider à surmonter leurs traumatismes.

Cependant, cette nouvelle machine, si elle offre des possibilités médicales sans précédent, reste encore expérimentale, et ses règles, encore floues. Tristan, Sarah et Esteban devront faire preuve de la plus grande circonspection lorsqu’ils entreront dans l’esprit d’Ariane, meilleure amie et crush de Tristan, pour la guérir d’un traumatisme qui lui gâche la vie depuis deux ans.

Pour cette première mission d’un genre nouveau, les dissenssions entre les époux Angus risquent de causer des difficultés supplémentaires, chacun ayant des convictions différentes quant à l’utilisation de la machine et la façon d’en protéger le secret.

Après un premier arc narratif pour le moins haletant, la Brigade revient avec une mission similaire, mais des méthodes différentes. L’auteur a donc changé de direction et centre son récit sur un autre concept phare, celui d’explorer les souvenirs. Là où la Brigade donnait la part belle à l’onirisme des espaces explorés, l’accent sera mis ici sur l’opacité des souvenirs, particulièrement sur leur caractère fallacieux et intrinsèquement subjectif.

Le thème du traumatisme et de sa capacité à passer de génération en génération dans une famille, de façon inconsciente, est une idée forte qui donne tout son intérêt à cette résurgence de la Brigade des Cauchemars, qui cette fois, mériterait plus le titre de Brigade des Traumas (en effet, la Brigade des Souvenirs existe déjà, sur un thème tout aussi fort en émotion mais plus terre à terre). Ce point rappelle une franchise comme Assassin’s Creed, qui utilise peu ou prou la même idée, celle d’explorer des souvenirs hérités d’ancêtres. Assez étrangement, on se rapproche encore plus ici de la prémisse d’Inception, ou en tous cas de certains de ses rouages scénaristiques, dans le sens où l’auteur met bien en place le fait qu’intéragir avec les souvenirs peut radicalement les modifier et ainsi altérer la perception du patient de certains événements de sa vie.

Au regard de la mise en scène, Yomgui Dumont fait encore des merveilles, et retranscrit avec beaucoup de pertinence le dédale de l’inconscient, auquel la fameuse machine confère une tangibilité. On ne peut s’empêcher de noter, à ce titre, l’ironie d’explorer l’esprit d’Ariane, qui prend la forme d’un Labyrinthe dans lequel il est aisé de s’égarer.

S’il fallait chercher des points de frictions dans ce sixième tome, on pourrait relever l’imprécision des nouvelles règles relatives à l’exploration des souvenirs, et de ce que cela induit chez notre couple de savants fous. En effet, on peut imaginer qu’après avoir traversé tous les évènements des cinq précédents tomes, le Professeur Angus se montrerait plus prudent ou en tous cas plus réticent à plonger son fils et deux autres ados dans une machine dont il semble ignorer le fonctionnement exact.

On sait bien que la sérendipité a souvent fait avancer la science, toutefois, tant de témérité de la part des deux savants peut laisser perplexe un lecteur trop incrédule. Un autre point susceptible de chiffoner les lecteurs pointilleux, est le traitement superficiel de certains personnages principaux. J’en reviens ici à une critique que j’avais faite sur le précédent tome, concernant Esteban, dont tout le monde semble avoir oublié, ou passé sous silence, le fait qu’il est un être artificiel issu de la machine, son « modèle » réel étant décédé dans le vrai monde. Ce vertige existentiel ne semble plus le perturber outre-mesure, en tous cas il n’est plus mentionné nulle part. On aurait aimé en savoir davantage sur sa nature véritable, sa composition moléculaire, ou encore, les intéractions imprévues qui pourraient résulter d’un contact entre un rêve matérialisé et la psyché d’Ariane.

Vous l’aurez compris, pour trouver des défauts à la Brigade des Cauchemars, il faut se creuser la tête, et pas qu’un peu !

BD·Jeunesse·Service Presse·Nouveau !·****

Terror-Island

image-1
couv_457566
BD d’Alexis Nesme
Glénat (2022), 52 p., one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

Respectant la charte de la très jolie collection Mickey de Glénat, l’album reprend la maquette du précédent album d’Alexis Nesme (en compagnie de Trondheim): une tranche toilée, vernis sélectif sur la couverture et le dos, ainsi que de superbes croquis en intérieur de couverture, qui montrent la grande technique du dessinateur sous ses peintures chatoyantes.

Terror Island - cartonné - Alexis Nesme - Achat Livre | fnacAprès avoir sauvé le chat de madame Gravier à Horrifikland, l’agence de détectives deMickey, Dingo et Donald partent au grand large pour retrouver M. Peppermint, explorateur disparu à la recherche du crâne de diamant! Découvrant une ile mystérieuse, les trois amis sont bien sur suivis par l’abominable Pat Hibulaire…

On ne change pas une recette qui gagne! Après le « terrifiant » séjour au parc Horrifikland, l’auteur des Enfants du Capitaine Grant repart pour une escapade référentielle, en solo cette fois. Les marqueurs qui ont fait le succès du précédent sont là dès les premières pages: une enquête simple, un Mickey en chef de troupe rationnel, un Donald peureux comme pas deux et un Dingo toujours aussi maladroit et dont la désinvolture permettra bien sur de déjouer tout un tas de chausse-trappes.

Voilà nos amis embarqués sur les traces du plus grand des aventuriers: Indiana Jones! Cet album est en effet truffé de références aux quêtes de l’homme au fouet et les plus fins connaisseurs des films de Spielberg et Lucas se poileront à voir cumuler les scènes bien connues. TERROR-ISLAND (Alexis Nesme) - Glénat (Zenda / Drugstore) - SanctuaryAjoutez à cela un peu de King Kong et évidemment les confrontations explosives attendues avec l’abominable Pat Hibulaire. Alexis Nesme s’amuse comme un petit fou en alignant sketch en mode strip et jeu sur les cases comme cet énorme labyrinthe en double page qui rappelle un jeu de plateau. Chaque page contient au moins un gag, regorge de petits détails que les plus jeunes s’amuseront à décortiquer et surtout, éblouie par sa beauté! C’est simple, on peut lire et relire l’album mille fois pour savourer les dessins, la technique, le design ou simplement le découpage généreux de créativité.

En cette fin d’année ce Terror-Island apparait comme un bonbon magnifique où le plaisir est partout. A lire à tout âge, seul ou en famille, un classique immédiat.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Avatar, le dernier maître de l’air #2: Recherche

Second volume de la série initiée en 2013 chez Dark Horse, publication en France chez Hachette le 17/08/2022. Gene Luen Yang au scénario, Gurihiru au dessin.

bsic journalism

Merci aux  éditions Robinson pour leur confiance.

Mamaoutai

Après avoir œuvré pour la paix, Aang et Zuko partent à la recherche d’Ursa, la mère de Zuko qui a disparu de façon inexpliquée il y a des années. Dans le premier tome, le jeune seigneur de la Nation du Feu s’aperçut qu’un monarque ne peut régner correctement que s’il est équilibré, ce qui dans son cas signifie qu’il doit renouer avec ses racines et comprendre pourquoi sa mère a choisi l’exil.

Cependant, cette quête aura un prix pour Zuko: s’allier avec Azula, sa soeur sadique et psychotique, dont la cruauté n’a d’égale que sa dangerosité. Qu’à cela ne tienne, Zuko est déterminé, d’autant plus qu’il peut compter sur le soutien sans faille de son ami Aang, l’Avatar, ainsi que de Katara et Sokka.

Leur quête va les mener au cœur d’une forêt magique, au sein de laquelle les secrets de famille de Zuko seront peu à peu révélés.

Après un départ en grande pompe, le comic book adapté de la série animée poursuit son exploration des personnages, une nouvelle fois avec talent. Cette fois, l’intrigue sera plus intimiste, et moins centrée sur les conflits entre les quatre nations. Le focus sera donc naturellement mis sur Zuko, qui est, soit dit en passant, le personnage le mieux écrit de la série et qui bénéficie du meilleur arc narratif.

Le thème central est donc la famille, avec ce qu’elle porte de complications et de déchirements, mais aussi sur la sérénité et la force que l’on retire d’avoir une famille équilibrée et aimante, ce dont Zuko n’a malheureusement pas bénéficié mais qu’il peut atteindre s’il s’en donne la peine. Le tout est encore une fois très bien écrit, même si on aurait apprécié que l’auteur insiste davantage sur le fait que Zuko s’est aussi construit une famille sous le forme du clan Aang.

Le lien de Zuko avec sa sœur Azula est aussi au centre de l’intrigue, cette dernière nourrissant une forte rancœur envers son frère à cause des machinations de leur père. Là encore, cette relation houleuse est une illustration du thème central, en ce sens que l’un fait preuve de résilience et tente de se réconcilier avec son passé, tandis que l’autre blâme son frère et sa mère disparue de tous les maux qui frappent son existence.

En bref, ce second volume est à lire si vous avez aimé la série animée, car il en constitue la prolongation adéquate à de nombreux égards.

****·Comics·East & West·Jeunesse·Service Presse

Avatar, le dernier maître de l’air #1: La promesse

Intégrale de 216 pages, adaptée de la série animée du même nom. Gene Luen Yang au scénario, Gurihiru au dessin. Première publication en 2012 chez Dark Horse, parution en France le 01/09/2021 aux éditions Hachette.

Merci aux  éditions Robinson pour leur confiance.

Dans l’air du temps

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, Avatar, le dernier maître de l’air est une série animée produite par les studios Nickelodeon entre 2005 et 2008. Le phénoménal succès de la série est du en grande partie à ses qualités narratives, entre worldbuilding expert et arcs narratifs savamment orchestrés.

Le pitch: le monde est divisé en quatre peuples: la nation du Feu, les tribus de l’Eau, le royaume de la Terre et les nomades de l’Air. Comme leurs noms l’indiquent, chaque peuple a développé la maîtrise d’un de ces éléments. L’harmonie régnait jusqu’à ce que la belliqueuse nation du Feu n’entament une campagne de conquête et de domination des autres peuples.

Pendant des millénaires, l’équilibre était pourtant maintenu par l’Avatar, un être se réincarnant à chaque génération dans un peuple différent, capable de maîtriser les quatre éléments de façon simultanée. Protecteur de la paix tout autant qu’arme de dissuasion, l’Avatar a pourtant disparu avant la grande guerre, permettant à la nation du Feu d’instaurer son hégémonie. Jusqu’à ce qu’un jour, il refasse surface, presque par accident: extirpé d’un bloc de glace après 100 ans par Katara et Sokka, deux jeunes membres des tribus de l’Eau, le pas-si jeune Aang découvre un monde en guerre et constate qu’il a failli à sa mission et qu’il est bel et bien le dernier maître de l’Air.

S’engage alors pour le nouvel Avatar une quête pour la maîtrise des trois autres éléments, afin de rétablir la paix dans le monde. Se faisant, il se fera toute une ribambelle d’amis et d’ennemis, parfois les deux, comme en témoigne sa relation avec le prince héritier Zuko, de la nation du Feu.

Le comic book reprend précisément là où la série animée s’arrête, à savoir à la fin de la guerre. Le seigneur du Feu a été vaincu par Aang et remplacé par son fils Zuko. Cependant, après des années de conflit et de domination, il n’est pas évident d’envisager l’avenir et de faire germer l’idée de la paix entre les quatre peuples, surtout lorsque la rancœur est encore si fraîche. Cependant, il est temps pour nos héros de se retrousser les manches, car le plus dur rester à faire. En effet, Zuko, en tant que nouveau seigneur du Feu, doit décider du sort des colonies instaurées par ses aïeux dans les autres royaumes. Doit-il les démanteler et rapatrier tout le monde, où bien les conserver au risque de provoquer la colère des maîtres de la Terre ? Les choses vont d’autant plus se compliquer lorsqu’il constatera qu’annoncer à des gens qui vivent à un endroit depuis des générations qu’ils vont devoir rentrer dans un pays qu’ils ne connaissent pas n’est pas si évident que ça.

Divisé entre le devoir de veiller sur son peuple et la volonté de ne pas devenir comme son père, Zuko va devoir compter sur l’aide de ses amis pour l’aider à faire le bon choix.

Le constat ici est simple: Avatar le Dernier Maître de l’Air est une bonne franchise, quel que soit le média (je vous l’accorde, le film fait exception). Fort de personnages nuancés, le récit traite de thématiques sérieuses, politiques, sur un ton parfois décalé et adapté à tous les publics.

Le thème de l’ethnocentrisme, par exemple, est abordé avec clairvoyance et recul, et au service de l’intrigue. Plus encore, il fait même l’objet d’une déconstruction et fait écho à l’histoire contemporaine, en simplifiant sans pour autant verser dans le cliché. L’histoire tournant autour des colonies en est une bonne illustration, puisqu’elle rappelle des événements récents: on a en tête la décolonisation de l’Algérie en premier lieu, avec la question du retour des pieds-noirs, ce qui fait le lien entre fiction et histoire contemporaine. On ne peut non plus s’empêcher de penser à Hong Kong, le parallèle avec la colonie de Yu Dao étant assez clair.

L’album a aussi le mérite d’apporter une touche supplémentaire de réalisme dans le traitement, notamment vis à vis de la fin de la série animée. Sans toutefois en détourner le happy end, le comic nous montre que tout n’est pas aussi simple qu’on le souhaiterait à la fin d’une guerre, et que finalement, après avoir enterré la hache de guerre, il faut se mettre à reconstruire, et que cette partie est sans doute la plus délicate.

Outre les réflexions politico-philosophiques, on trouve aussi dans Avatar des relations interpersonnelles bien travaillées et intéressantes, qui s’appuient sur les années de continuité de la série animée. Elles peuvent donc échapper aux néophytes, mais son globalement simples à saisir: l’amitié entre Aang et Zuko, la promesse que ce dernier lui fait faire s’il devenait comme son père, la romance entre Katara et Aang, ou encore le lien spirituel entre Aang et les précédents avatars.

En résumé, ce premier volume d‘Avatar le dernier maître de l’Air est une suite très appropriée à la série animée, dotée des mêmes qualités, le risque étant qu’elle ne parle qu’aux amateurs du matériau d’origine.

****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Lombric

image-15
BD de Mathieu Sapin, Patrick Pion et Cyrille Bertin.
Soleil (2022), 64p., one-shot, collection Métamorphose.

couv_454976

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur fidélité.

Monseigneur crapaud est à la poursuite d’un dangereux criminel lorsqu’il rencontre le simplet mulot. Pendant ce temps une étrange créature s’éveille au monde. Innocent, Lombric réalise qu’il peut se transformer au contact de son environnement. Ces trois petits êtres vont voir leur destin se croiser dans la comédie du Monde…

Patrick Pion est un brillant représentant de l’école Lauffray, ayant participé à certains albums du Troisième Testament et de Prophet. Formé aux Arts décoratifs, il n’a pas encore la notoriété de ses confrères mais produit des images très poétiques et évocatrice avec une remarquable maîtrise de l’art séquentiel, parfaitement aidé par les pastelles du coloriste Cyrille Bertin.

Ce talent entre parfaitement dans l’esprit très « à l’ancienne » et travaillé de la collection Metamorphose. Si la prestigieuse collection a tendance à perdre sa garantie de qualité en multipliant les projets, ce Lombric à la lecture rapide est bien un hymne au dessin, à l’imaginaire et à l’histoire de la BD, lorsqu’il se réfère au mythique Vent dans les Saules et son tordant baron Tetard. Très peu de textes et une moyenne de quatre cases par pages permettent de prendre le temps de cette itinérance  en mode roman d’apprentissage pour ce Lombric qui passera du stade de larve à celui d’hominidé à mesure qu’il découvre le monde, qu’il soit végétal ou minéral et la violence de l’état de Nature jusqu’à la bêtise des êtres humains.

Fable orientée jeunesse qui a le mérite d’être fort agréable à l’œil et très rythmée (tant dans l’enchaînement que dans les quelques dialogues savoureux), l’album de Pion et Sapin est un fort bel objet qui se laisse découvrir sans trop d’explication sur son motif ni sa conclusion qui laisse interrogatif: sans indication de tomaison, la maquette laisse entendre un one-shot quand la fin tout à fait ouverte suppose une suite. Espérons que les ventes permettront aux auteurs de donner une prolongation aux aventures de leur petite créature au faciès aussi mignon qu’un Sylvain de Miyazaki.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·BD·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Mimiphisto – le fils du diable

image-15
BD de Pierre-Henry Laporterie
Soleil (2022), 84p., one-shot, collection Metamorphose.

couv_455962

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur fidélité.

Mimiphisto est le fils du Diable, Méphistophélès. Futur héritier du trône des enfers il se doit d’apprendre à contrôler les âmes au travers de la musique. Mais pour apprendre il faut un peu de confiance, et Mimiphisto en manque diablement, surtout quand son terrible père reste si lointain…

Généralement la qualité moyenne des albums de BD jeunesse est assez élevée, de part la créativité très libre permise par le genre, l’histoire nécessairement condensée et le besoin de réflexions compréhensibles mais poétiques. La collection Métamorphose de Soleil est elle aussi gage de qualité sur quasiment tous ses albums. Aussi voir arriver un album regroupant les deux catégories et parlant du fils du diable, cela ne pouvait qu’être bon…

Mimiphisto - Le fils du Diable - BD, informations, cotesMalheureusement pour son premier album solo l’auteur Pierre-Henry Laporterie semble s’être trompé de format et aurait manifestement dû opter pour un album de littérature jeunesse plutôt qu’une BD. Car si l’on sent l’amour de la construction d’univers graphiques (il a été designer en jeux-vidéo et sur l’excellent film d’animation l’Illusionniste), niveau histoire c’est la grande confusion tant dans la finalité du propos que dans une narration qui nous présente l’évolution de l’histoire sur les pages de chapitres avant de lancer son personnage dans des pages certes très belles mais où rien ne bouge. Un album muet aurait pu profiter de l’imaginaire du lecteur et un album de littérature jeunesse classique justifier la simplicité de l’intrigue. Mais du début à la fin Mimiphisto est passif, déprimé et aucun évènement ne semble créer de causalité logique menant le personnage d’un point A à un point B… avec la très désagréable impression d’un auteur qui n’a pas su créer de récit entre des visions graphiques. Il en ressort une lecture assez ennuyeuse, moyennement originale graphiquement et surtout destiné à un lectorat très très jeune. Je n’ai pas pour coutume de parler aussi crument d’une création artistique qui demande un gros travail et de l’implication de l’auteur mais je suis obligé de pointer que sur cet album l’éditeur a manifestement raté quelque chose dans sa collaboration avec cet artiste…

note-calvin1note-calvin1

****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

The Ex-People

Premier tome de 74 pages d’une série écrite par Stephen Desberg et dessinée par Alexander Utkin. Parution chez Grand-Angle le 31/08/22.

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Ex-traordinaires

En 1271, soit 20 ans avant la fin des croisades, la cité de Jérusalem voit un groupe hétéroclite d’étranges individus traverser ses portes. Un grand dadais enchâssé dans une armure trop petite, une archère, un nain acariâtre, une fille en cendres, un cheval, un chat et un oiseau, voilà de quoi attirer l’attention sur ces pèlerins hors-normes.

Après s’être débarrassés d’une troupe de brigands, les pèlerins arrivent enfin à destination: une église dissimulée dans une impasse, où les sept énergumènes espèrent monnayer non seulement le salut de leurs âmes, mais également leur résurrection. Car ces êtres ne sont pas de simples pèlerins, vous l’aurez deviné: ce sont des âmes en perdition, des spectres dont la mort, parfois stupide, parfois abjecte, ne leur a pas permis de rejoindre l’au-delà.

Comment cet aréopage de revenants s’est-il constitué ? Qu’espèrent-ils vraiment à travers cette quête d’une seconde chance ? C’est que ce premier tome va nous faire découvrir.

On ne présente plus le scénariste belge Stephen Desberg. Auteur de séries comme I.R.S, Le Scorpion, ou plus récemment Écoline, il a aussi été capable de nous décevoir, puis de nous intriguer. Son idée phare sur cet album, à savoir des fantômes souhaitant retrouver leur intégrité physique, fonctionne globalement, mais l’on aurait aimé que l’accent soit davantage mis sur les difformités des protagonistes, ainsi que sur la malédiction que constitue leur condition. En l’état, j’ai trouvé que leur situation manquait d’urgence, voire de nécessité pour certains.

En effet, pour l’archère, le cheval ou le guerrier nain, on a du mal à concevoir le besoin impérieux de retrouver leur intégrité physique, puisqu’ils peuvent toujours interagir avec le monde qui les entoure, sans qu’un handicap particulier ne soit mis en lumière. En parallèle de ce problème, l’auteur semble également nébuleux quant au concept de fantômes dans l’univers qu’il a créé: comment devient-on un fantôme spécifiquement ? Y-a-t-il des conditions strictes ? Si tous les fantômes peuvent interagir avec le monde matériel, alors qu’est-ce qui les distingue précisément du commun des mortels ? On peut certes constater que Gertrude, la sorcière carbonisée, possède certaines aptitudes en lien avec sa mort, mais pour le reste cela demeure imprécis.

Si l’auteur conserve ces éléments pour le second tome, cela risque également de causer du souci, puisque l’on sait, bien sûr, que tout élément d’exposition qui intervient après le premier acte a tendance à casser le rythme global de l’histoire. Épineux casse-tête, donc.

On s’aperçoit donc que, comme dans son précédent album Movie Ghosts, Stephen Desberg rechigne à explorer plus avant et trancher avec plus de précision les règles relatives à sa prémisse surnaturelle. Néanmoins, on suit avec beaucoup de plaisir les pérégrinations (c’est le cas de le dire) de nos sept fantômes, qui sont, grâce à ce premier tome, tous attachants. Le tout n’est pas dépourvu d’humour, chaque péripétie convoquant quelque chose d’absurde ou décalé.

Côté graphique, ceux qui ont lu et apprécié Le Roi des Oiseaux et La Princesse Guerrière seront ravis de retrouver Alexander Utkin aux pinceaux. Son trait épais et ses contours naïfs sont en parfaite harmonie avec le ton de l’histoire, les couleurs vives sont parfaitement maîtrisées, ce qui transcende les planches pour leur conférer un cachet particulier, comme sorties d’un film d’animation.

Grâce à l’harmonie entre le dessin d’Utkin et le ton de l’histoire imaginée par Desberg, ça vaut un 4 Calvin et demi, le cinquième aurait surgi si les contours surnaturels avaient été mieux définis. Peut-être un coup de cœur sur le second tome !

***·BD·Jeunesse·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Arsène Lupin contre Sherlock Holmes #1/2

Premier album du diptyque écrit par Jérôme Félix et dessiné par Alain Janolle, parution le 29/06/2022 aux éditions Grand Angle.

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Le (presque) gendarme et le (pas trop) voleur

On ne présente plus Arsène Lupin, création de Maurice Leblanc, monument national de littérature, ayant à son actif moult adaptations dans divers médias. Ce gentleman, redresseur de tort, est également connu pour ses talents de cambrioleur, lui qui aime s’introduire dans les demeures les plus luxueuses pour y dérober les biens les plus précieux des nantis de France et de Navarre.

Si vous connaissez le plus célèbre des voleurs français, alors vous devez également connaître le plus célèbre des détectives anglais, Sherlock Holmes de Baker Street, l’un des esprits les plus brillants de son époque, qui fit le succès de Sir Arthur Conan Doyle. figurez-vous que ces deux-là ce sont déjà croisés auparavant, mais il était grand temps de remettre des deux géants de la littérature face à face. De l’audace française ou du flegme britannique, qui l’emportera ?

Depuis des années, Sherlock Holmes traque l’insaisissable Arsène Lupin, sous ses différentes identités. En effet, alors que le gentleman cambrioleur nargue les forces de police et leur échappe grâce à son incroyable talent pour le déguisement, Holmes, lui, ne se laisse pas berner, grâce à son don pour la déduction et son esprit acéré. Sentant le sol se dérober sous ses pieds, et poussé par son amour pour Raymonde, Arsène prend la décision de raccrocher, et s’apprête à prendre sa retraite, échappant ainsi à ses poursuivants.

Mais Sherlock ne l’entend pas de cette oreille. Incapable d’envisager la défaite face à Arsène, le détective lâche la rampe et prend sa mère adoptive en otage. Il en résulte une confrontation violente durant laquelle Holmes laisse exploser sa rage, et tue accidentellement Raymonde alors que c’est le cambrioleur qu’il visait. Des années plus tard, alors que plus personne n’entend parler de Sherlock Holmes, Arsène Lupin, lui, continue de faire des étincelles. N’ayant plus aucune raison de sortir du crime, Arsène s’est replongé dans ses mesquineries, commettant des vols toujours plus audacieux, sans personne pour l’arrêter. Alors qu’il se rend à Rouen, Arsène découvre qu’un vieil alchimiste aurait, juste avant sa mort, percé à jour le secret de la transmutation du plomb en or. Il n’en faut pas davantage à notre cambrioleur pour faire ressortir son côté gentleman et à se mettre en chasse. Mais Sherlock risque bien de ressortir du bois, pour finir ce qu’il avait commencé, à savoir mettre un terme définitif à la carrière de Lupin.

En entamant la lecture de cet album, alléché par la perspective d’un duel au sommet entre deux personnages connus pour leur roublardise et leur esprit vif, j’ai été quelque peu étonné par le parti-pris affiché, de faire de Sherlock Holmes l’antagoniste revanchard. Cette image est en effet à contre-courant du rôle habituellement attribué à Holmes, dont l’intelligence et la froide analyse engendrent souvent un détachement émotionnel.

Le voir donc aux abois, prenant en otage une vieille dame innocente pour atteindre son adversaire en vociférant, a quelque chose de déroutant. Une fois passé cet élément de caractérisation surprenant, on est pas au bout de nos surprises, puisqu’après la fameuse ellipse de quatre ans, on a de nouveau droit à des choix hasardeux de caractérisation. Je m’explique.

Page 11, Arsène s’introduit dans une demeure, expliquant qu’il est venu chercher un bien spécifique, en l’espèce un tableau de Velasquez, et assène à son fidèle acolyte « c’est mon métier de savoir ». Cette phrase, prononcée sur un ton péremptoire, est supposée nous indiquer qu’Arsène est un professionnel du cambriolage, qu’il est bien informé et qu’il ne laisse vraisemblablement rien au hasard.

Puis, sur la même page, Arsène semble surpris de constater que le tableau est un faux. Cette révélation vient annihiler l’image du cambrioleur virtuose qui maîtrise tout, puisque si c’est « son métier de savoir », comment pouvait-il ignorer qu’il lorgnait sur un tableau contrefait ?

L’exemple ne s’arrête pas là, puisqu’à la page suivante, la page 12, Arsène poursuit son exploration de la maison et décide, qu’en lot de consolation, il volera l’argenterie et les bijoux…avant de se raviser après être tombé sur une médaille militaire qui prouve que le propriétaire des lieux est un héros de guerre, ce qui lui fait changer d’avis. Là encore, le voleur qui est supposé détenir toutes les informations nécessaires à la bonne exécution de son forfait ignorait paradoxalement le statut de sa cible, et repart bredouille !

Ce genre d’éléments peut paraître anecdotique au premier abord, mais il relève malheureusement d’une erreur d’écriture qui peut, si elle se répète, nuire à la qualité de l’ensemble. Je sais toutefois que l’auteur souhaitait avant tout montrer que Lupin vole selon un code moral strict auquel il ne déroge pas, ce qui le met en opposition directe avec Holmes, qui, bien qu’il soit situé du bon côté de la loi, n’hésite pas à commettre des actes répréhensibles pour atteindre son objectif. Mais cette dichotomie pouvait être montrée autrement, sans prendre le risque de se contredire sur la caractérisation et la cohérence des personnages.

Le reste de l’album se déroule néanmoins sans encombres, et se concentre sur la dynamique familiale autour du fameux alchimiste, ainsi que sur la mascarade employée par Lupin pour parvenir à ses fins. On s’amuse d’ailleurs en même temps que lui de la crédulité du « meilleur limier de France », et l’on attend avec impatience le retour de Sherlock, qui ne semble pas avoir complètement lâché la rampe.

**·BD·Jeunesse·Nouveau !

Green Class #4: l’Eveil

Jérôme Hamon au scénario, David Tako au dessin, Jon Lankry aux couleurs, 54 pages, parution aux éditions du Lombard le 26 aout 2022.

Y-a-t-il un Lovecraft pour sauver l’album ?

 NaïaNoahLucasSatoBeth et Linda sont cinq adolescents marginaux canadiens emmenés aux states par leur éducateur pour une classe verte. Les choses dégénèrent assez rapidement lorsque survient une mystérieuse pandémie, qui transforme les gens en créatures monstrueuses.

Peu de temps après, alors que la quarantaine a empêché nos jeunes sauvageons de regagner leur pays, Noah est infecté par le virus et devient un monstre, d’un genre tout particulier car il a le don de commander aux autres infectés. Cette particularité attire l’attention de l’armée, qui semble impliquée dans cette catastrophe nationale.

Les malversations du gouvernement conduisent ensuite à la mort tragique de Noah, tué par ses congénères infectés. Toutefois, son esprit semble avoir survécu dans un autre plan d’existence, comme le découvre Naïa, qui depuis le début fait tout ce qu’elle peut pour sauver son frère. Le groupe découvre finalement, dans le tome 3, que tout ça est le fait de Lyauthey, un méchant tout de noir vêtu qui a pour projet d’invoquer les Grands Anciens, des divinités cosmiques susceptibles d’annihiler le genre humain. Les infectés, qui répondent en fait au nom de Shoggoths, sont des créations de ces êtres omnipotents, mais leur rôle reste encore nébuleux.

Si vous suivez Green Class, alors vous savez que l’avis de l’Etagère sur la série s’est gentiment dégradé à l’occasion du tome 3. En effet, l’introduction du lore lovecraftien ne s’était pas faite sans mal, en l’espèce au détriment du rythme et de la cohérence de l’ensemble.

Le survival post-apo cède donc le terrain à l’horreur cosmique, mais le souffle de la série semble avoir disparu. L’action s’enlise, entre captures maladroites, fuites désespérées et recaptures, le tout sur un rythme qui se veut urgent mais qui relève finalement davantage de l’hystérie.

L’auteur semble avoir oublié que pour faire avancer l’intrigue, il faut introduire une nouvelle information, qui pousse un ou plusieurs personnages à prendre des décisions et agir en cohérence avec un objectif clair, avant de confronter lesdits personnages aux conséquences de ce choix, ce qui mène à une nouvelle information… et ainsi de suite. Ce tome 4 se révèle donc très laborieux, et le manque de charisme de l’antagoniste n’aide évidemment pas, à tel point qu’il est délicat après lecture de déterminer quel événement majeur est intervenu.

On note aussi un peu de flou concernant le plan du méchant, dont on se doute, sur la base d’une réplique et d’un regard larmoyant posé sur une photo de famille, qu’il a des raisons valables d’agir de la sorte. Son plan général paraît certes compréhensible (invoquer les Grands Anciens), mais sa méthode reste nébuleuse, à moins que je n’ai raté quelque chose. Par quel biais invoquer le portail ? comment compte-t-il communiquer avec eux, quel rôle précis jouent les Shoggoths ?

Malheureusement, sur ce coup, l’abondance des interrogations a tendance à diluer l’intérêt du lecteur plutôt que d’éveiller sa curiosité.

Côté graphique en revanche, David Tako demeure irréprochable et constitue l’atout principal en cette période délicate pour la série. L’intervention de Jon Lankry sur les couleurs permet d’ajouter un tonalité crépusculaire qui sied bien au ton de l’album.