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La Brigade Chimérique: Ultime Renaissance

La BD!

Histoire complète en 260 pages, écrite par Serge Lehman et dessinée par Stéphane De Caneva, assisté de Lou aux couleurs. Parution le 05/01/2022 aux éditions Delcourt.

Aux héros d’autrefois

Après avoir atteint le statut de BD culte il y a de ça une décennie, la Brigade Chimérique fait son grand retour, entre fiction et réalité.

Alors que Carl Von Clausewitz nous soutenait que « la guerre n’est pas un but en elle-même« , Jean-Luc Goddard, lui, nous affirmait que la guerre ne se résumait finalement qu’à une chose: « faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair« . Ce point de vue, qui peut être perçu comme cynique, n’en conserve pas moins une certaine teinte de vérité.

Mais quand la chair visée par la guerre l’utilise pour se transcender, cela donne La Brigade Chimérique, univers étendu arpenté par une galerie de surhommes nés des champs de bataille de la Grande Guerre, entre 1914 et 1918. Métamorphosés par l’aura quasi surnaturelle du radium et des gaz militaires répandus dans les tranchés, de nombreux hommes et femmes se sont relevés, dotés de capacités extraordinaires qui ont fait d’eux des surhommes.

Réunis à L’Institut du Radium par Marie Curie, pionnière française de la science qui a payé de sa vie le besoin de découvertes de l’Humanité, les surhommes ont formé une ligue dédiée à la protection de Paris, de 1918 à 1934. Durant cette période, un étrange quatuor, apparu initialement dans les brumes radioactives des tranchées, a secondé Marie Curie dans sa quête de l’Hypermonde et du salut de Paris: La Brigade Chimérique, composée du Soldat Inconnu, de Matricia, du Baron Brun et du Docteur Sérum. Cependant, du jour au lendemain, la Brigade s’est évaporée sans laisser de trace, contraignant Marie Curie à laisser Paris entre les mains du Nyctalope. Deux décennies plus tard, durant l’entre-deux-guerres, les tensions croissantes entre les différentes puissances, menées notamment le Docteur Mabuse, vont inciter les héros parisiens à faire front de nouveau, cette fois sous la houlette d’Irène Joliot-Curie. Puis une série d’évènements va conduire à la nouvelle émergence de la Brigade, dont on découvrira la véritable nature au fil de la série.

La série nous apprenait ainsi que la Brigade Chimérique était la manifestation des différents archétypes psychiques d’un officier français nommé Jean Séverac, qui échangeait ainsi sa place, façon Captain Mar-Vell, avec ses avatars chimériques. Héros malgré lui, Séverac se sacrifie à la fin de la série afin d’arrêter Mabuse et son gang, qui ne sont rien de moins que l’antithèse de la Brigade et…les avatars psychiques d’un certain Adolf, qui mènera son pays vers le destin que l’on connaît.

Retour aux sources

Alors que l’inévitable spectre de la Seconde Guerre Mondiale s’étendait sur l’Europe, les surhommes, menés par le Golem, choisirent l’exil vers l’Amérique, amputant par là-même la mémoire collective du souvenir de leur existence, qui s’est lentement altéré pour ne laisser que les écrits rédigés par leurs biographes de l’époque. C’est ainsi que des figures historiques furent reléguées au rang de personnages fictifs, comme nous l’explique Lehman au cours de la première série.

Près de 70 ans plus tard, alors que le monde est devenu plus complexe encore, le Professeur Charles Deszniak, dit Dex, mène des recherches sur ce que l’on nommait déjà à l’époque l’Hypermonde, en exhumant des preuves matérielles de l’existence de ces surhommes européens que tout le monde a oublié. Il est alors contacté par Nelly Malherbe, jeune fonctionnaire sous les ordres du Préfet, pour une mission toute particulière: après avoir passé des années à chercher les chimères, Dex va devoir en réunir le plus possible afin de faire face à une menace surnaturelle qui grouille depuis peu dans le métro parisien.

Commence alors une course contre la montre pour Dex, qui va retrouver certaines des icônes d’antan, mais peut-être pas sous la forme qu’il leur connaissait: l’Homme Truqué, Félifax, et même la Brigade. Seront-ils de taille pour affronter des dangers plus grands encore que la guerre ?

Durant la dernière décennie, La Brigade Chimérique s’est taillée une solide réputation, vue comme étant la réponse française aux pontes du comics que sont Watchmen et la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d’Alan Moore. On sent en effet d’emblée la filiation avec Watchmen dans le ton crépusculaire et le discours métafictionnel employé par les deux auteurs. Tout comme le fait Lehman, Moore implémente dans son œuvre une fiction dans la fiction qui vise à brouiller les pistes quant à la nature véritable de l’univers dans lequel se déroule l’action. Et comme dans la Ligue, la Brigade utilise de très nombreux personnages fictifs passés dans domaine public, en les mettant en abîme.

Ces deux similarités structurelles n’empêchent toutefois pas la série de se démarquer, même si cette suite tient davantage du blockbuster vitaminé que de la relecture méta de la figure originelle du surhomme. On peut certes déceler çà et là les multiples références faites par l’auteur à la culture américaine des super-héros, dont il nous a bien expliqué les véritables racines, mais il faut admettre que la mise en abîme est moins profonde que dans le précédent volume.

Une bonne partie de l’album est consacrée à la réunion du groupe, sans grand obstacle à surmonter d’ailleurs, avant que l’histoire n’entre dans le vif du sujet avec la bataille contre le Roi des Rats. Puis on passe dans une dernière partie qui élève les enjeux mais qui tombe littéralement du ciel, ce qui lui donne un aspect quelque peu artificiel.

L’arrivée de l’antagoniste final a certes été préparée en amont, dès les premières pages, mais elle a tout de même des airs de coïncidence, à moins que quelque chose m’ait échappé en première lecture. Là où le premier volume nous surprenait par la nature véritable des antagonistes de la Brigade, en en faisant l’antithèse parfaite du protagoniste, ici, on se retrouve avec une créature qui certes appartient au domaine public, mais qui n’a finalement rien de spécifique à l’intrigue ni aucun lien concret avec les héros.

Le plaisir de lecture reste néanmoins élevé, et c’est aussi du au talent de Stéphane de Caneva, qui accomplit une prouesse avec ces 260 pages au style réaliste, qui empruntent tant au style américain qu’à notre bon vieux découpage franco belge. Le tout offre une lecture résolument cinématique et pourra même séduire les quelques-uns qui n’étaient pas familiers de la première Brigade.

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4 commentaires sur “La Brigade Chimérique: Ultime Renaissance

  1. Je suis trés partagé sur la première série.

    Le pitch de départ et l’ambiance générale sont trés bons. Mais malgré deux lectures, je trouve finalement la série assez décevante et creuse… Devrais-je lui donner une troisième chance, avant de tenter cette seconde série…?

    J’aime

    1. Il faut en effet être féru de concepts métafictionnels pour apprécier La Brigade Chimérique, ce qui n’est pas nécessairement du goût de tout le monde. Et si l’on s’attend à du super-héros pur jus, je pense qu’il vaut mieux se tourner vers les productions US. Le tour de force principal de Lehman est d’avoir évité l’émulation au profit d’un propos plus cérébral, qui a sans doute pris le pas sur le reste.

      Aimé par 1 personne

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