Cinéma

MCU phase 4: bilan d’étape

Salut les amis! Après le gros guide de lecture estival de Dahaka sur les X-men je vais de mon côté vous proposer une analyse que je prépare depuis longtemps sur la situation du Marvel Cinematic Universe. Je pensais publier ce billet bien avant mais le calendrier du blog l’a repoussé ce qui n’est pas un mal puisque ne restant plus qu’un film à sortir sur la Phase 4 je vais pouvoir me permettre une synthèse globale et prospective.

Je viens de relire avec un peu de satisfaction mes billets de synthèse post-Infinity Wars et post-Endgame en constatant que mes réflexions de l’époque avaient vu plutôt juste. D’abord sur mon anticipation concernant l’arrivée des Illuminati, introduits sur le second Dr. Strange. Avec moins d’ambition qu’espéré mais les dernières annonces de Kevin Feige semblent confirmer cette orientation et notamment la conclusion logique des trois phases en cours sur le crossover Secret wars.

Malheureusement pour nous l’année écoulée confirme ce que je pressentais, à savoir que Disney a repris les commandes sur le créatif avec une vision à court terme faisant des films du MCU de simples teasers pour les séries en cours et à venir. La faute va jusqu’à l’aberration de contraindre pratiquement les spectateurs à visionner les séries pour capter ce qu’il se passe dans les films (comme dans le Multiverse of Madness). Dans le même sens un Thor Love and Thunder semble là pour justifier de nouvelles attractions pour Disneyworld et assume totalement le registre teen voir jeunesse de cette production où la présence du méchant Gorr semble complètement à côté de la plaque (pour qui a lu les comics du Massacreur de dieux). Cette reprise en main était déjà annoncée sur le Multiverse of Madness où la présence de Sam Raimi n’a pas suffi à assumer un registre adulte voir épouvante. Le retour de Taika Waititi en toute puissance sur le quatrième Thor semble acter la bascule d’un esprit sombre introduit par les frères Russo à un esprit plus compatible avec Disney pour les créations à venir. Inquiétant.

Si l’on reprend la phase dans l’ordre que constate t’on? L’ouverture par un Black Widow anachronique semble étonnamment nous rattacher à l’esprit des précédents films et déçoit surtout par son absence d’ambition et par l’incongruité de nous jeter un film (très correcte) centré sur un des personnages disparus dans le diptyque Infinity. On peut imaginer une affaire contractuelle obligeant Disney à faire un film avec le personnage de Scarlet Johansson, seule explication à cela. Suit un Shang-Chi également correcte comme simple film, qui a le mérite de proposer un nouveau personnage (et occasionnellement d’ouvrir le marché de Disney vers la Chine…) mais qui laisse un peu sur sa faim en matière d’ambition et de liaison avec l’univers existant. Les fans diront que sur la première phase les liens étaient également ténus.

Les Eternels sont la première bonne surprise de la phase. Outre une direction artistique juste sublime, un rythme et une lisibilité remarquables, le film introduit tout à la fois une mythologie entière, une ribambelle de personnages hautement puissants et la première évolution majeure de l’univers depuis l’affrontement contre Thanos. Ce que l’on attend d’un film Marvel en somme, plein de promesses en devenir… et qui restent lettres mortes lorsque l’on constate que les films suivant ne semblent pas tenir compte de l’évènement majeur introduit par le film de Chloé Zhao (l’émergence du Céleste).

Spider-man no way home reproduit un peu l’accident scénaristique du précédent (Far from home) qui nous ouvrait magistralement le Multivers, avant de nous dire que c’était une blague… pour nous dire enfin dans la suite directe qu’il existe bien. Quel autre studio peut se permettre ainsi de se contredire sans sourciller? Outre de ridiculiser le plus puissant personnage du MCU (Strange) et de se vautrer dans un fan-service certes fun, le film referme ensuite ce multivers sans conséquence. Et c’est là la première faute de cette phase: tous les films sont réversibles, sans incidence, ne faisant au final rien avancer de la trame générale qui semble destinée à être traitée dans les séries. Illustration de cela avec un Doctor Strange and the multiverse of Madness où l’élément principal (l’évolution de la Sorcière rouge en méchante) est traité dans la série WandaVision ou avec Loki qui introduit le méchant de la Saga du Multivers. Jouant le (très) chaud et le froid le film de Sam Raimi n’est pas franchement raté mais énormément bancal, lorsqu’il nous jette une phénoménale séquence de traversée du Multivers, qu’il introduit le très réussi personnage d’America Chavez et les Illuminati, qu’il propose un duel entre deux Strange et assume la magnifique idée du Strange Zombie, mais qu’il sait aussi rendre foireuse la baston de Reed Richards et sa bande contre Wanda, le personnage de Christine (les femmes n’étant décidément pas flattées dans le MCU) où donner un rôle WTF aux sorcières et leur Nécronomicon maison.

Aussi attendu que le second Strange, premier personnage à être doté d’un quatrième film, dernier survivant des premiers Avengers, Thor love and Thunder laisse les mains libres à un Taika Waititi en roue libre qui semble décidé à faire n’importe quoi avec son joujou, ayant envoyé le grand ordonnateur Kevin Feige en vacances pendant qu’il charcutait tout à la fois les potentiels de la série Mighty Thor et le mythique Massacreur de dieux de Jason Aaron. Loin de moi tout esprit légitimiste, j’ai toujours considéré que des adaptations ciné étaient faites pour réinterpréter les œuvres précédentes. Pourtant l’utilisation des deux grandes saga récentes du personnage en comics est faite en débit du bon sens scénaristique, sans aucun effort, transformant le magnifique et dramatique Gorr en simple croquemitaine pour enfants et Nathalie Portman en simple faire-valoir féminin sur une tendance à la mode. Les chèques pour elle et le pauvre Christian Bale ont dû être bien gros… Sans doute la plus grosse catastrophe de tout le MCU (avant même un premier Thor bien faible), ce Love and Thunder, passé la blague des premières minutes, me laisse très inquiet sur la destinée de cette formidable construction.

Passé ce constat on peut imaginer des hypothèses sur la cause du délitement alors que le même boss est toujours aux manettes. Le très chaotique développement de cette phase concomitante avec l’apparition de Disney +, l’embauche tardive des réalisateurs et le calendrier bousculé par le Covid peuvent donner des pistes. La déclaration de Feige annonçant l’abandon du principe de Phases avant de le confirmer en majesté ce printemps illustre aussi certaines hésitations. Espérons que la mauvaise qualité des derniers films force les producteurs à lâcher la bride créative à Feige et ses équipes. Si l’on regarde du côté de la franchise Star Wars on peut être très inquiet. Si l’on regarde les enjeux du MCU pour Disney on peut espérer un recadrage en sachant que tous les films ne seront pas nécessairement nécessaires (je pense à Blade ou Thunderbolts qui semblent ne se raccrocher à rien).

Pour finir et comme toujours avec Marvel, la récente Bande Annonce du Wakanda forever confirmant l’arrivée tant attendue de Namor donne encore de l’espoir. Tout peut basculer cette fin d’année et enfin enclencher la dynamique. Si le métrage se plante je pense qu’il faudra se faire une raison et acter le décès d’une des plus ambitieuses innovation d’Hollywood depuis des décennies.

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Movie Ghosts

Premier tome du diptyque écrit par Stephen Desberg et dessiné par Attila Futaki. 72 pages, parution le 27/04/2022 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur fidélité.

Les étoiles ne meurent jamais

Jerry Fifth est un détective privé qui écume les boulevards de Los Angeles. Depuis le temps, il connaît tous les sales petits secrets de ses habitants les plus fortunés, des divas d’Hollywood ou même des prostituées de Sunset Boulevard. Jerry Fifth gagne son pain en retrouvant des victimes, des bourreaux, des époux infidèles et des enfants illégitimes. La ville des stars lui a montré son vrai visage, mais ce n’est pas ce qui tourmente notre enquêteur.

Depuis aussi longtemps qu’il se souvienne, Jerry est parasité par des acouphènes, des sons qu’il ne parvient pas à étouffer. Lorsqu’il s’y penche de plus près, Jerry constate que ce ne sont pas de simples bruits parasites mais bien des voix, évanescentes et désincarnées, qui appellent à l’aide.

Malgré ce qu’il pourrait croire, le détective n’est pas fou: il entend bien des voix fantomatiques, celles d’anciennes stars décédées au faîte de leur gloire ou bien dans la déchéance, mais toujours avec des regrets et des secrets honteux. Alors qu’il explore ce don particulier, Jerry fait la rencontre des fantômes d’Hollywood auxquels il décide de venir en aide. Il va ainsi explorer le passé de Los Angeles et découvrir que ce qu’il savait déjà n’était que la partie émergée de l’iceberg…

Fantômes sur pellicule

Les lecteurs réguliers de polars connaissent bien la formule et ses éléments incontournables: son détective désabusé, sa ville tentaculaire, parfois corrompue mais toujours emplie de secrets, et sa voix-off aussi amère que sombre. Ajoutez-y une demoiselle en détresse et/ou une femme fatale, mélangez le tout et vous obtiendrez la recette consacrée du polar.

Stephen Desberg (IRS, Le Scorpion, Empire USA) se plie à l’exercice et semble bien connaître ses gammes. Son protagoniste Jerry Fifth se conforme en effet à l’archétype du détective solitaire et désabusé (sans le côté alcoolique), et Los Angeles représente le terrain idéal (voir sine qua none) de tout polar qui se respecte.

La cité des Anges y est représentée comme un personnage à part entière, fondée sur l’âge d’or d’Hollywood, l’auteur nous faisant traverser ses lieux emblématiques, du Sunset Boulevard à l’Observatoire Griffith. Les personnages qu’on y croise sont tantôt fascinants, tantôt inquiétants, et rappellent tous des figures archétypales de la ville, des acteurs, des magnats du cinéma, des malfrats…

L’intrigue prend néanmoins du temps à décoller, Jerry menant au cours de l’album deux enquêtes distinctes, ce qui peut créer un sentiment de césure à même de nuire à la globalité et au rythme. Alors que le pitch promet une rencontre entre Sixième Sens et Chinatown, l’aspect surnaturel n’est pas encore le point de mire du scénariste dans ce premier album, qui préfère se concentrer sur l’ambiance toute particulière du L.A. by night.

L’histoire d’amour que l’on voit naître dans les pages de ce tome 1 est bien pensée, mais, elle paraît quelque peu forcée et prétexte au regard du rythme et de la direction que semble prendre l’intrigue. L’idée d’une romance entre un être immatériel et un être de chair et de sang a déjà été explorée avec brio dans des films tels que Her ou Blade Runner 2049, et il faut avouer que la mise en image du lien entre Jerry et son love interest spectral n’a pas la même puissance que dans ces deux récits.

Sur le plan graphique, l’histoire de Stephen Desberg est magnifiquement servie par le dessin crépusculaire d‘Attila Futaki, que l’on avait déjà croisé l’an dernier dans le Tatoueur.

Sur ce premier tome, Movie Ghosts marque des points sur l’ambiance, mais doit encore se démarquer sur le second tome en prenant une direction plus originale et en explorant davantage l’aspect surnaturel de sa prémisse.

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Ed Gein, autopsie d’un tueur en série

Le Docu BD
Comic de Harold Schechter et Eric Powell
Delcourt (2022), 288p., one-shot.

L’album comprend un dossier final comprenant 7 pages d’interviews, références et biographie des auteurs et 17 pages de croquis préparatoires.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Eric Powell est connu pour sa série The Goon où il décrit un univers de monstres en tout genre dans le style des comics pulp des années cinquante. La suite était toute naturelle pour illustrer cette enquête d’un éminent spécialiste des serial killers et de littérature des mythes, sur le plus iconique des monstres-assassins, sorte de matrice de tout ce que l’Amérique pourra ensuite créer de tueurs malades issus de ses déviances sociétales.

Ed Gein : Atopsie d'un tueur en série (0), comics chez Delcourt de  Schechter, PowellSi l’album commence sur l’évènement que fut la sortie du Psychose d’Alfred Hitchcock au cinéma, le mécanisme qui aboutit à la naissance de ce monstre est malheureusement tout à fait documentée. Par la sidération de ce que découvrirent les enquêteurs en pénétrant dans la demeure d’Ed Gein, on comprend combien l’imaginaire collectif fut touché par ce dossier, se traduisant dès les premières heures de son arrestation par mille rumeurs et tentatives de montages d’affaires sur l’attraction morbide que le procès créa sur la population. Par la suite les artistes l’utilisèrent naturellement, Hitchcock en premier pour créer son Norman Bates lié à sa mère folle, puis Tobe Hooper pour son Leatherface, enfin, Jonathan Demme pour sa création d’Hannibal le cannibal dans le Silence des Agneaux.

Pourtant, si les actes de ce simplet furent en tout point extrêmes, le mécanisme disais-je est fort classique: une mère aigrie par son déclassement et maltraitée par son père devient le tyran de la famille, humiliant quotidiennement son mari devenu alcoolique, imposant une chape bigote sur ses deux fils dans un contrôle absolument castrateur. Si l’aîné tenta de s’en sortir à la mort du père, le cadet était devenu la chose de sa mère, sa psychologie détruite et dépendante en totalité de son bourreau dans l’interdiction de tout contacte social. Lorsque la mère disparut l’enfant se retrouva sans boussole et, démuni de contrôle social et moral, rechercha des mères de substitution en utilisant un imaginaire trouvé dans les comics d’horreur et d’aventures exotiques où les indigènes coupeurs de têtes dépècent leurs victimes et vouent des cultes à des entités surnaturelles. C’était l’univers d’Ed Gein, vieux garçon à la libido interdite qui passa le cap de l’assassinat tout naturellement et se créa une enveloppe de substitution pour devenir sa mère en dépeçant ses victimes dans de véritables combinaisons de peau…

Did You Hear What Eddie Gein Done? by Eric Powell and Harold Schechter is  Coming! – Craig ZabloLa structure de l’album est très intéressante puisqu’elle ne s’appesantit par sur l’aspect morbide hormis l’unique séquence de découverte de l’antre (très travaillée par Eric Powell comme en témoigne le cahier graphique final). Commençant sur les commentaires d’Alfred Hitchcock, il prend le temps de nous décrire ce que fut probablement la jeunesse du monstre (dans la partie la plus BD du volume) avant de se transformer en un véritable dossier, fait d’interviews, témoignages du tueur comme des psychiatres. Le graphisme tout en crayonnés permet de visualiser les idées mais l’ensemble reste assez sage, les auteurs n’ayant pas voulu tomber dans un esprit gore qui aurait détourné le lecteur du sujet.

Car ce qui passionne dans ce livre c’est le côté extrême, primordial de ce que les déviances d’une religion et d’une société peuvent créer une fois sorti de tout code moral. L’attitude très enfantine de Gein surprend autant que son QI tout à fait banal. La responsabilité individuelle est toujours questionnée dans les crimes et ici l’énormité du fait empêche de penser à la seule « action d’un fou ». En filigrane, sans rien excuser, les auteurs interrogent ainsi sur ce qui crée le crime et la folie passionnelle (car il s’agissait au fond de cela: une passion névrotique pour sa mère-déesse). Il en sort une lecture passionnante, relativement accessible, sur des planches où l’on aurait souhaité Powell plus minutieux tant l’artiste aurait pu apporter bien plus dans une technique (certes chronophage) plus réaliste. Un bien bel ouvrage remarquablement construit et une belle découverte sur l’origine d’un mythe.

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Mezkal

La BD!
BD de Steve D et Jef
Soleil (2022), 184p., one shot

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Vananka a ce qu’on peut appeler une vie de merde… Sang mêlé d’une Amérique mal en point, son père l’ayant abandonné voilà que sa pauvre mère calanche en lui laissant une vie de dettes sur les épaules. Il part alors sur les routes poussiéreuses du Mexique, sans but autre que de survivre. Jusqu’à ce qu’il rencontre la magnifique Leila, avec qui la vie semble vouloir prendre une tournure magnifique! Enfin, c’est sans compter sur les cartels sanglants, les flics véreux et cette chienne de vie qui ne semble pas vouloir le laisser tranquille…

Mezkal - LeVif/L'Express sur PC - FocusVifJef a passé pas mal de temps sur les routes d’Amérique en compagnie du mythique Walter Hill et du scénariste chevronné Matz. C’est peu de dire que de la bouteille il en a, des cadrages ciné il en a fait son ADN et que le pays de l’Oncle Sam il l’a dans le sang. Quand l’an dernier Glénat nous offrait le complètement dingue diptyque Gun crazy (sorti coup sur coup grâce aux reports Covid, pour une fois qu’on peut remercier ce sale virus!) on n’attendait pas un retour si rapide au pays des guns et des timbrés. Enfin je parle des Etats-Unis, je devrais plutôt dire « désert centre-américain » puisque techniquement Mezkal passe le Rio Grande et place ce road movie initiatique dans cette vaste étendue sans frontière, sans loi et sans limites qui départage Mexique et sud des Etats-Unis.

L’esprit timbré de Gun Crazy reste présent chez le dessinateur mais accompagné d’un scénariste inconnu au bataillon Jef ambitionne quelque chose de plus poussé, plus réflexif, plus profond. Car si la précédente création était un délire sous acide en pure divertissement (et quelques très « subtiles » attaques contre l’Amérique de Trump…), ici on est plutôt dans le western moderne ou le très touchant Vananka ère entre les timbrés de la police, les timbrés des cartels et globalement une race humaine qui ne mérite pas grand chose. Mais lui est en quête d’identité et de but, bien plus que de bonheur. La fuite du père le laisse vide à l’intérieur et ce n’est pas le rêve d’amour qui comblera longtemps ce trou dans le cœur.

Chez Jef ça saigne et l’action est cash avec de fréquentes saillies délirantes qui déforment ses personnages en mode Toon. Ca fait bizarre la première fois mais on s’y fait! C’est surtout terriblement efficace pour exprimer rapidement et simplement un état d’esprit ou une émotion. Côté graphique c’est plus calme que précédemment même si les eyefish et perspectives perturbées viennent environner une galerie humaine vaguement monstrueuse qui semble piochée chez David Lynch autant que chez les frères Cohen. L’album est très généreux avec son format large, et l’auteur est à l’aise dans ce film sur papier qui sait utiliser l’espace pour évoquer une guitare de blues et un vent de sable.

Ce qui démarque cet album et lui donne une âme comparativement aux délires à la Ramirez ou Valhalla ce sont des personnages que l’on a envie de voir réussir, eux qui semblent soumis à l’acharnement du sort et des salauds de tout poil qui peuplent cette terre. La mise en place douce de l’itinéraire de ce jeune demi-sang est très réussie en dressant une certaine mélancolie qui parcourt tout l’album (entre deux pétarades de moteur et de mitrailleuse). L’aspect mystique n’est pas forcé, et amené par le vieillard et le jeune frère aveugle, indiens bien sur, qui reviennent épisodiquement aider ou sauver Vananka dans son road trip. Et si l’esthétique de ces visions est toujours très plaisante, comme souvent la conclusion laisse un peu interrogatif. Difficile de conclure hors happy end un objet qui vise autant l’introspection que le délire cinoche. Chacun se fera son idée mais jusqu’à ces dernières pages Mezkal nous emporte avec très grand plaisir dans le sillage de ce voyageur solitaire, ce demi-mariachi qui mérite tant de retrouver son âme. Un des premiers chocs de cette nouvelle année.

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La Tour #1

La BD!

Premier tome de 62 pages, d’une série en trois parties écrite par Jan Kounen et Omar Ladgham, et dessiné par Mr Fab. Parution chez Comix Buro le 09/06/2021.

La Tour de la question

Dans un futur relativement proche, la civilisation humaine s’est (encore!) effondrée, anéantie par une bactérie ravageuse à laquelle seuls 2746 humains sont parvenus à échapper. Ces miraculés doivent leur survie à quelques milliers de tonnes de béton, d’acier et de verre, qui prennent la forme d’une immense tour.

Conçue pour être autonome, cet édifice, géré par l’ordinateur Newton, abrite donc les derniers survivants de l’Humanité depuis une trentaine d’années, dernier rempart se dressant entre l’Humanité et l’anéantissement. Certaines excursions sont organisées et menées par les chasseurs, dont la mission est de ramener du gibier tout en évaluant l’hostilité de l’environnement. Malgré tout, le temps passe et accomplit son œuvre sur la Tour, qui, de fleuron technologie européen, est passé lentement à cloaque vétuste menaçant de s’effondrer.

Si le matériel a subi les outrages du temps, les habitants ne sont pas en reste non plus. Confinée depuis trois décennies, la population vieillissante ne promet pas un avenir des plus radieux pour le genre humain. Seulement, voilà, il existe désormais toute une frange de la population qui n’a connu que le confort reclus de la Tour, et qui n’a jamais mis les pieds à l’extérieur. Ces « intras » comme on les surnomme, ont en eux une fougue et un ressentiment qui pourrait semer le chaos dans l’équilibre toujours plus précaire de la Tour.

Nul ne peut se prévaloir de sa propre Tour-pitude

Dans un bref préambule, Jan Kounen et Omar Ladgham, issus tous deux du monde audiovisuel, précisent que La Tour était initialement un projet de série TV, qui a plus tard été adapté en BD. On a tendance à les croire, tant ce premier tome fait ressurgir des images et des lieux communs (plus ou moins) emblématiques issus de longs métrages du même genre.

La séquence d’ouverture, par exemple, nous évoque immédiatement des films comme Je suis une légende, grâce au décor urbain envahi par la nature. La tour éponyme, son design et les tensions qui croissent entre les habitants semblent émaner du film High-Rise, tandis que le thème du dernier refuge de l’Humanité, de la survie confinée et de la lutte des classes nous rappelle le célèbre univers du Snowpiercer. Les auteurs opèrent donc un mélange de plusieurs concepts sans qu’il s’en dégage nécessairement une impression de déjà vu.

Néanmoins, là où Snowpiercer établissait clairement et dès le premier acte les enjeux humains et politiques à bord du train, La Tour se permet de rester plus évasive sur les réalités du pouvoir au sein de de son édifice. Qui détient le pouvoir ? Est-ce un régime autocratique ? Peu d’éléments permettent de répondre à cette question, si bien que la révolte des intras ne parvient pas à se hisser au niveau de la révolution des sans-classe du Transperceneige, étant donné que les jeunes révoltés n’ont pas vraiment d’adversaire politique ni d’oppresseur désigné.

Certes, les conditions de vie dans la Tour sont de plus en plus difficiles, mais on ne ressent pas à la lecture d’injustice ni de différences de traitement. Lorsqu’un étage devient inhabitable, on sent l’urgence et le manque de moyens, mais à aucun moment on ne nous présente d’éléments venant justifier la rébellion des intras.

Il aurait donc fallu autre chose que le « teen spirit » pour faire adhérer le lecteur à la cause intra. D’autant plus que, et c’est pourtant un des points positifs de l’album, une partie de l’exposition est consacrée à démontrer la dangerosité du monde extérieur et le risque mortel encouru par tous les survivants. Avec cette information en tête, on a donc d’autant plus de mal à adhérer à cette révolte, qui fait jette effectivement une lumière défavorable sur les jeunes confinés.

Côté graphique, le style réaliste de Mr Fab est tout à fait opportun, même s’il surprend parfois sur quelques cases, étrangement dépouillées. Sur d’autres plans, notamment les plans de foule, les visages, pourtant bien dessinés et détaillés, on a tout de même une impression d’interchangeabilité. En revanche, le design de la tour et les décors urbains décrépits permettent à l’artiste d’exprimer son talent.

Espérons que la suite de la série approfondira davantage et de façon plus cohérente l’univers riche promis par son concept.

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Gun Crazy #2 – Elric #4

La BD!

Aujourd’hui deux sorties récentes de chez Glénat, deux séries qui se clôturent, rapidement pour la première, après neuf ans pour la seconde! Et comme vous le savez elles ne sont pas si nombreuses les séries qui parviennent à maintenir une cohérence et une qualité de bout en bout. C’est le cas pour Gun Crazy et Elric. Allez on part entre Vegas et Melniboné pour deux virée saglantes…

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

  • Gun crazy #2 (Steve D-jef – Glénat) – 2021, 117p., diptyque achevé.

couv_422214Le premier volume sonnait comme une superbe déclaration d’amour aux VHS pirates des années 80. Si Ramirez est la version Tony Scott luxueuse du concept, Gun Crazy est plus proche de l’univers défoncé de Michael Sanlaville et son Lastman. Maintenant que tous nos protagonistes sont à Vegas, il n’y a plus qu’à… Et en bon scénario tarantinesque ça ne se passe pas totalement comme prévu avec d’improbables incidents qui perturbent les plans biens huilés de ces anti-héros, à commencer par ce chien (le chien indiens-phobe de Chuck Norris pour rappel) redoutable et imprévisible. Jef se fait toujours autant plaisir à travailler ses planches par des couleurs baveuses délavées et autres effets eyefish qui laissent intrigués sur les optiques utilisés pour la réalisation du bidule… Après une mise en place si bien construite les personnages secondaires se retrouvent un peu relégués face à l’affrontement attendu entre Superwhite-man et les deux lesbiennes. Dans la continuité du premier tome on a de nouveau droit à un intermède publicitaire toujours aussi délirant et le tout se termine bien entendu dans des morts bien gores. Le cahier des charges était posé et on en a pour son argent pour peu que l’on accroche à ce délire graphique totalement maîtrisé bien qu’esthétiquement douteux. Une fois qu’on sait à quoi s’attendre il n’y a plus qu’à savourer cette série Z avec une bonne bière en regrettant peut-être que le « montage » ait pris le pas sur un scénario qu’on aurait pu attendre plus surprenant. Mais ne boudons pas le plaisir devant un boulot si rondement mené, maintenant qu’il est compliqué de pouvoir lire ce qu’il reste de vos vieilles K7…

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  • Elric #4: la cité qui rêve (Blondel – Cano – Telo/Glénat) – 2021, 55p., premier cycle de 4/4 achevé

Pour l’avis sur les trois premiers tomes c’est ici.

Après les révélations du tome précédent sur le passé des Melnibonéens, Elric, plus décidé que jamais à détruire la civilisation qui l’a faite empereur et à émanciper sa belle de l’idéologie du chaos monte une expédition pour aller aux sources de son peuple, là où tout commence, là où Arioch corrompit les hommes… Le premier cycle qui se termine ici a mis huit ans à se réaliser, faisant rouler les dessinateurs de Recht à Telo, en solo sur cet opus, tout en parvenant à maintenir une relative homogénéité graphique sur les quatre volumes. Car comme tout gros projet tenu par un maître d’œuvre (je pense aux 5 terres) le travail de storyboard et de préparation graphique crée un liant important. J’avais un peu décroché sur les deux précédents tomes et je dois dire que j’ai apprécié le retour à Melniboné dont la démesure est un élément indéniable dans l’intérêt de cette adaptation par rapport à la ribambelle de BD de fantasy. La relation entre Elric, son épée et le dieu Arioch est particulièrement retorse et pathétique (littéralement) et crée un vrai intérêt bien que l’on reste toujours un peu sceptique devant cet empereur déchu d’un peuple ultra-violent devenu presque pacifique dans son adversité envers les dieux. En seulement cinquante pages l’histoire avance vite dans une construction dotée d’un prologue enchevêtré très originalement mis en scène par Blondel et Cano, où les morts seront bien sur nombreux, avant d’aborder une énième confrontation (sanglante) entre le dieu et l’albinos. Le thème du temps est abordé ici (sujet toujours passionnant) avant une attaque de l’île aux dragons un peu rapide bien que graphiquement flamboyante… Bref, on pourra principalement reprocher à cet album de ne faire que la taille d’un album normal au vu de la quantité de lieux et d’actions à entreprendre. On imagine qu’une pagination doublée aurait encore prolongé la production qui reste d’une très grande tenue en parvenant à vulgariser une œuvre classique dotée de sa personnalité propre.

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Gun Crazy #1

La BD!
BD de Steve D et Jef
Glénat (2021), 117p., 1 tome sur 2paru.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Comme pour son grand frère Il faut flinguer Ramirez, la maquette générale de Gun Crazy, conçue comme une véritable VHS pourrave, fait partie intégrante du projet et revêt une importance égale aux dessins! Pas de contenu additionnel à proprement parler mais tout l’habillage comportant fausses pub, effets visuels vidéo et design de logos qui nous plongent résolument dans cette atmosphère que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…. A noter une étrangeté: un copyright indiqué sur la page de titre en chiffres romains en… 1997! Mystère et boule de gomme…

Il y a d’abord Lanoya et Dolly, belles comme le plomb, semant la mort dans les boui-boui crasseux de l’Amérique trumpiste. John Saint-Pierre verse lui dans la punition des méchants prêtres. Le truc de Superwhiteman c’est la purge des races inférieures.  Le Sheriff Nolti enfin, se débat avec la notion de justice… Tout ce beau monde se dirige vers Vegas, cité du péché, pour une réunion… explosive!

Gun Crazy T1, bd chez Glénat de Steve D, JefDécidément, Glénat se spécialise dans le Grindhouse! A côté de la très qualitative collection éponyme (qui tirerait plutôt sur le fantastique), l’éditeur collectionne ainsi les gros albums d’auteurs désireux de se défouler dans des projets complets travaillant autant le fond que la forme. Les réjouissances avaient été lancées en 2018 par le génial Il faut flinguer Ramirez (et sa suite). Cette année on passe la quatrième avec un album plus classique mais encore plus déjanté avec le Valhala Hotel de Perna et Bedouel chez Comixburo (distribué par Glénat) qui nous amène à ce Gun crazy. A noter que les deux derniers ont été conçus en one-shot et voient leurs deux volumes sortir à quelques mois d’écart. Et pour le coup on  ne reprochera pas un coup commercial à l’éditeur puisque le découpage correspond totalement au concept cinoche.

Si vous avez déjà lu l’un ou l’autre de ces albums (sinon il faut vous dépêcher sous peine d’être blacklisté de ce blog!) vous connaissez la formule: des filles (lesbiennes si possible), des flingues (des gros et en grand nombre), des chicanos/nazis/rednecks au choix, une grosse dose d’humour troisième degré matinée de gore et d’explosions thermonucléaires (dans ces univers issu du ciné B la moindre balle provoque une déflagration de 15 pétajoules minimum) et une grosse louche de mauvais goût tendant vers l’immoral… Ramirez est plutôt l’option luxueuse. Valhalla se rapproche de ce Gun Crazy en plus graphique (Bedouel est quad-même un sacré morceau niveau dessin!) dans un esprit débile/tordu. L’album qui nous intéresse va également chercher son inspiration dans le monument du Z: le mythique Shaolin Cowboy. Bon, maintenant que je vous ai assommé sous les références, est-ce que c’est bien?

Gun Crazy (tome 1) - (Jef / Steve D) - Policier-Thriller [LEGEND BD, une  librairie du réseau Canal BD]Oui et sacrément! Si le scénariste est inconnu, le dessinateur Jef, autodidacte, est de l’école artisanale lorgnant vers les années quatre-vingt. Il a faut ses classes en compagnie de Matz sur des adaptations de polars de Walter Hill (déjà du cinéma…). S’il ne coure pas dans la même catégorie que ses comparses Pétrimaux, Darrow et Bedouel, il s’en sort sacrément bien notamment en matière de mise en scène sur une colo tradi un peu old school. Pas forcément ma tasse de thé au départ mais l’ambiance générale colle parfaitement avec le style recherché, vieillot, usé comme une vieille VHS pleine de grain. Si Petrimaux usait déjà allègrement de fausses pub et background divers pour renforcer l’immersion, Jef va plus loin en « montant » son album avec intermède débilissimes de speakerine alanguie et générique où l’on entend presque le vieux rock redneck. L’histoire? Pas franchement importante puisqu’elle est plutôt un prétexte pour faire se rencontrer une galerie de personnages qui font tout le sel de l’album. Si on reste un poil sur notre faim en matière de pétarades, les protagonistes sont eux diablement foutraques avec une pointe d’actualité puisque si les auteurs clament en introduction leur amour pour le Nouvel Hollywood, ils parlent aussi de l’Amérique trumpiste (là on tire vers le Shaolin Cowboy) avec sa bigoterie, sa sous-culture sudiste et ce superwhiteman et au chapeau de KKK et sa moustache adolfienne… terrible!

Bien sur c’est un genre vaguement déviant qu’on a le droit de ne pas aimer. Mais l’emballage général respire tellement l’amour du projet qu’on savoure tout le long ce doube-album cinémascope qui n’a jamais été si proche du vrai cinéma. Ce n’est pas (plus) original, mais il n’y a pas tromperie sur la marchandise et perso, moi j’adore!

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****·BD·Nouveau !

Il faut flinguer Ramirez, Acte II

La BD!
BD de Nicolas Petrimeaux
Glénat (2020), 144 p.

Bon, si vous avez lu le premier Acte vous savez qu’il n’est pas besoin de détailler l’édition, c’est gavé de trucs et de machins, Petrimaux utilise jusqu’au dernier millimètre disponible de page (sans parler des fausses pub et publications) et est allé jusqu’à créer une bande originale (chanson country très sympa!) accessible comme le résumé et I et la bande annonce du II sur le site web bien fourni. Dans le genre généreux difficile de faire mieux. A noter une superbe édition Canal BD dont il ne doit plus rester d’exemplaires à l’heure qu’il est…

[Attention spoilers du Tome 1]

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Ramon est énervé. Très énervé. Ramirez lui a filé sous le nez en faisant exploser la moitié de Falcon city. Alors que le vendeur d’aspirateur se demande encore dans quelle galère il est embarqué, les deux plus sexy braqueuses d’Arizona reprennent la route avec leur butin, le Vacumizer2000 et son protecteur avec dans son sillage un assassin bien résolu à laisser une trace de sang jusqu’au Mexique…

Il faut flinguer Ramirez, acte II, c'est de la dynamique ! - Le blog de  Bulles de MantesJ’ai déjà parlé du syndrome des tomes deux. Ils n’ont plus l’effet de surprise pour eux et la qualité de leur prédécesseurs les oblige à aller plus loin, plus fort. Après Luminary et Curse of the White knight, suites de deux des meilleurs albums de l’an dernier, arrive enfin le chouchou des lecteurs, la suite de l’album qui a dynamité les ventes BD 2018…

La première réussite de Petrimaux est d’avoir réussi à maintenir un suspens malgré la révélation  de la chute précédente. L’ouvrage s’ouvre sur un prologue qui confirme ce que l’on avait cru comprendre il y a deux ans avec le père de Jacques, ce fameux Sicario que tous les cartels craignent. Le truc éventé on risquait de revenir à une classique chasse à l’homme. Or l’auteur, grâce au mutisme de son héros notamment, maintient un certain mystère autour du fameux aspirateur (on est en plein dans « l’effet mallette » de Pulp Fiction) mais surtout relance le juke-box avec une nouvelle intrigue très bien sentie et levée par l’enquête policière autour de l’explosion du siège de Robotop. Dans toute intrigue c’est le mystère qui tient en haleine et Nicolas Petrimaux joue les équilibristes en faisant (beaucoup) parler la poudre au risque de banaliser son intrigue. Sur ce point il s’en sort pas trop mal. Jamais on ne s’ennuie au long des cent-quarante pages, hormis peut-être sur quelques rédactionnels où il s’éclate mais qui sont un peu appuyés maintenant qu’on a l’habitude. Les fausses pub sont bien plus efficaces pour insérer des éléments du background et à moins que comme l’auteur vous soyez des maniaques du détail il n’est pas forcément utile de lire tous ces à-côtés.Il Faut Flinguer Ramirez (Édition Collector CANAL BD) - (Nicolas Petrimaux)  - Policier-Thriller [CANAL-BD]

Cet Acte II est beaucoup plus tonique, action, explosif que le précédent, au risque de masquer un petit sur-place de l’intrigue. Il vaut sans doute mieux freiner un peu pour arriver à la bonne vitesse à l’Acte III (surtout que Petrimaux indique dans les interviews être arrivé carbonisé au bouclage de ce gros volume). Du coup ce sont la mise en scène, toujours impériale, et les relations entre les personnages qui compensent (sans difficulté). Le rythme des dialogues est toujours aussi jouissif et les scènes d’action (qui finissent à peu près toutes dans une explosion de napalm…) nous transportent dans un Hong-Kong movie sans compromis. L’habillage reste génial comme attendu et participe grandement à la qualité générale du projet. Je dirais que les dialogues à la con marquent un peu le pas en s’éloignant du Tarantino pour aller flirter avec du Robert Rodriguez.  Si tout cela reste proche du n’importe quoi qu’on aime tant l’auteur oublie un peu l’humour qui se concentre sur les pub parfois assez lourdingues et revient au sérieux de l’action débridée…

Comme dit en préambule, le tome deux est le plus dur et on est plus durs avec le tome deux… Mais l’essentiel est là: on s’éclate comme des petits fous devant ce blockbuster et la passion de Nicolas Petrimaux reste absolument communicative! Les goodies compensent avantageusement cette normalisation et comme le lecteur normal se pose rarement la question tordue des chroniqueurs BD de savoir si ce tome-ci est mieux ou moins bien que celui-là, on attend toujours impatiemment la conclusion (forcément explosive) de cette trilogie comme nulle autre pareille qui aura réussi le pari de réhabiliter les moustaches et de montrer qu’un muet peut être le héros d’un polar bavard. Sur ce, moi je vais aller me jeter un p’tit M.B.U 860…

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**·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Hope one #2

La BD!
BD de ‘Fane et Grelin
Comix Buro/Glénat (2020), 68p. couleur, 2/2 volumes parus.

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badge numeriqueLe premier tome de  Hope One avait été une réussite dans le genre efficace du huis-clos spatial qui s’achevait par un twist en apnée. Le second a pris beaucoup de retard puisqu’il était annoncé la même année que le premier et on le retrouve donc après un délai plus classique… avec la surprise de voir un nouveau dessinateur prendre en charge les planches. Et la surprise ne s’arrête pas là puisque l’on change totalement de registre avec une très classique enquête policière dans l’Amérique profonde (et neigeuse) des années soixante-dix! Je ne sais si ‘Fane a très bien caché son jeu mais de mémoire de bdvore je n’ai jamais assisté à un tel retournement de style dans une même série. Pour gonflé c’est gonflé et passée la surprise on se laisse porter https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/08/Hope-One-2-1-800x1098.jpg.webppar cette recherche de disparus en suivant un agent du FBI alcoolique et tout à fait antipathique accompagné par une policière de bourgade plus habituée à régler les querelles de voisinage que de retrouver des morts. Surtout quand l’un des disparus est son cher papa… le sheriff du bled! On connait le talent de ‘Fane pour les dialogues et les personnages couillus depuis son excellent Streamliner. On retrouve cette patte ici et le changement de dessinateur perturbe un peu en matière de style (on n’est pas du tout dans le même registre que le tome 1) mais sans perte de qualité. La principale qualité de l’album est donc cette ambiance proche des frères Cohen et la dynamique verbale entre les personnages, franchement réussie. On en oublierait presque que les deux tomes sont liés. Malheureusement la jointure est parfaitement téléphonée (il aurait été compliqué de faire autrement au vu du Grand Canyon qui sépare les deux intrigues) et on repose l’ouvrage un peu nostalgique des promesses (déçues) du début de diptyque et sans bien comprendre ce qu’a voulu faire l’auteur. Une fausse bonne idée probablement…

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***·BD·Documentaire

La petite bdthèque des savoirs #7

Le Docu du Week-End
Le nouvel Hollywood
BD de Jean-Baptiste Thoret et Brüno
Le Lombard (2016), 98 p., La petite bdthèque des savoirs #7

couv_279621Dans mes prospections sur la BD documentaire j’avais repéré cette collection encyclopédique format BD au Lombard. Du coup je commence la collection par le volume 7 dessiné par Brüno, sur le Nouvel Hollywood.

La collection Bdthèque des savoirs a commencé en 2016 et sort quatre numéros par trimestre, en associant un spécialiste reconnu d’un sujet et un illustrateur de BD, avec pour ambition de ne pas se limiter sur les sujets. Des illustrateurs comme Brüno, Alfred, Guerineau ou Marion Montaigne ont déjà publié dans cette collection qui leur permet de sortir de la rigueur des cases de BD pour illustrer une thématique.

Résultat de recherche d'images pour "le nouvel hollywood brüno"Le numéro sur le Nouvel Hollywood est écrit par Jean-Baptiste Thoret, spécialiste du cinéma américain tendance « Inrockuptible ». Sa connaissance semble sans fin tant l’album raconte dans les plus grands détails cette période passionnante de Hollywood, entre la fin du classicisme et l’émergence de la Réaction reaganienne à l’arrivée des années 80. On y parle de films connus: Easy Rider, considéré comme le film qui lança cette tendance des golden-boys d’Hollywood souhaitant importer la Nouvelle vague française dans l’industrie des studios américains. Les Copolla, Scorsese, Friedkin, Peckinpah, Terrence Malick,… bref, ceux qui sont considérés aujourd’hui comme les monstres sacrés du cinéma américain mais qui ont connu pour la plupart des heures bien difficiles après cette poignée d’années de succès et de révolution culturelle.

Résultat de recherche d'images pour "le nouvel hollywood brüno"L’intérêt de ce récit est qu’il nous montre en quoi le cinéma a transposé des évolutions sociétales américaines sur les écrans, en concomitance avec le mouvement des droits civiques et le Flower Power. Ces réalisateurs ont été ensuite rejetés car ils ont cherché à briser le vernis du mythe américain en narrant les histoires de ratés, de déviants, celles du vrai peuple et non seulement des seigneurs et importants. Certains films ont été censurés et certains réalisateurs du Nouvel Hollywood ont totalement disparu par la suite. On découvre alors que pour Thoret celui qui a mis fin (malgré lui) à cet espoir c’est Georges Lucas (qui a pourtant imaginé sa production galactique hors des studios et donc bien dans l’esprit du Nouvel Hollywood): en produisant un succès mondial via une histoire archétypale, mythologique et manichéenne, en inventant le merchandising et la promo TV, il a remis toutes les clés dans les mains des producteurs…

Image associéeLa mise en image de Brüno est efficace et s’appuie sur l’imagerie contrastée des affiches des films des années 70-80. Je ne suis pas fan de son trait en général mais il faut reconnaître qu’ici ses planches sont très évocatrices. Sa documentation sur les photos et promo des films de l’époque est très importante et vaut pour l’aspect documentaire. Contrairement à des albums d’enquête ou de reportage (type Davodeau), je suis néanmoins dubitatif sur ce qu’apporte le dessin dans des bouquins de ce type. Une iconographie classique dans un livre encyclopédique aurait proposé des affiches et photos de films. Ici ces dernières sont désignées par la pattes de l’illustrateur mais a moins d’être fan de l’auteur cela ne donne pas franchement de valeur ajoutée. Il faudrait voir sur d’autres numéros de la Bdthèque des savoirs si la remarque vaut toujours…

Le projet est néanmoins très intéressant pour qui aime le dessin et la BD et personnellement je soutiens toujours les démarches qui aident à élargir le public BD via des ouvrages de ce type. Je conseille en outre vivement le bouquin à tout amateur de cinéma et d’histoire du cinéma, tant on y apprend de choses dans un récit parfaitement équilibré.

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