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X of Swords volume 4/4

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Suite et fin du crossover Marvel X of Swords, avec Jonathan Hickman aux commandes. Parution en France le 06/10/21 chez Panini Comics.

On ne compare pas les épées-sœurs

La nation mutante de Krakoa est en grand danger. Confrontée à sa jumelle Arakko, peuplée de mutants cruels et endurcis par des siècles de lutte contre les démons d’Amenth, la population krakoane est contrainte de participer à un tournoi au coeur de l’Outremonde, royaume magique et instable, au cours duquel il affronteront leur homologues arakkii.

Pour cela chaque combattant se dote d’une épée bien spécifique, que la prophétie de Saturnyne, l’organisatrice du tournoi, lui a attribué. Après deux tomes de tension croissante, le volume 3 du Dix d’Epées prenait les attentes du lecteur à rebours en plaçant les x-men et leurs alliés dans des situations où le combat à l’épée n’était pas nécessairement de mise. Certaines épreuves se révélèrent même assez rocambolesques, donnant un ton sensiblement plus léger que celui auquel on pouvait s’attendre.

Le tournoi se poursuit donc dans ce quatrième volume, avec toujours ce changement de ton, qui peut être perturbant par moments. Il est possible que cela soit du à la multiplicité des équipes créatives qui sont intervenues sur l’event, car on sent bien la différence de traitement entre les séries comme Excalibur ou Hellions, et la série principale X-Men.

La final, en revanche, reste dynamique et surfe sur une vague épique mettant à profit les éléments préparés en amont. Les rebondissements pré-climax, la cavalerie de dernière minute (plusieurs!), nous avons droit à tous les ingrédients qui font un bon chapitre final.

Pour résumer ce X-marathon, nous avons là un event relativement long (22 chapitres), qui met en place une menace crédible (Amenth et les Quatre Cavaliers), sans oublier d’approfondir des personnages passionnants (Apocalypse), tout en modifiant encore le statu quo des mutants. On peut cependant s’interroger sur le changement de ton durant le second acte, notamment au cours des épreuves, qui peut faire perdre de vue les enjeux et faire que le lecteur ne redoute plus, ou moins, les conséquences du tournoi. Heureusement, le chapitre final replace adéquatement les choses et promet de belles pistes pour la suite.

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X of Swords volume 3/4

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Troisième volume de la saga X-men X of Swords, parution en France chez Panini Comics le 06/10/2021.

Tranchera bien qui tranchera le dernier

Autrefois unies, les îles vivantes Arakko et Krakoa sont aujourd’hui adversaires et séparées par l’Outremonde, un royaume magique où convergent toutes les réalités. Les mutants qui les peuplent se livrent une guerre sans merci pour la suprématie, jusqu’à ce que la régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, ne décide d’arbitrer le conflit à ses propres fins en organisant un tournoi.

Dix combattants de chaque île, munis de dix épées spéciales, doivent donc se faire face dans l’arène de l’Outremonde. Wolverine, Tornade, Cable, Cypher, Captain Britain, Captain Avalon, Magie, Gorgon, et Apocalypse s’en vont donc en guerre contre les redoutables Premiers Cavaliers d’Apocalypse. Mais le tournoi risque de réserver quelques surprises à nos chers mutants.

Et des surprises, on en a bel et bien au cours de ce tournoi pour le moins singulier. Opal Luna Saturnyne étant une puissante magicienne, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle agisse en trickster et qu’elle détourne les règles du tournoi selon son bon vouloir, en fonction de l’issue qui arrange le mieux ses affaires.

Après deux tomes passés à anticiper, jusqu’à se languir, des combats, on a droit à quelques événements inattendus et des épreuves qui ne se déroulent pas comme prévu. Ce genre de retournement est à double tranchant: d’une part, il peut aliéner certains lecteurs, qui attendaient des duels sanglants entre mutants et pourraient ainsi quitter la série en cours (comme ce type qui quitte la séance de cinéma en plein milieu parce que « ça bombarde pas assez! »), et d’autre part, il permet de subvertir ce type d’attente, qui une fois comblée, entraine généralement la déception ou la lassitude. C’est vrai, après tout, qu’y a-t-il de plus ennuyeux de se voir servir exactement ce qu’on a demandé ?

Comme pour les deux premiers tomes, ce qui fait paradoxalement l’intérêt de X of Swords n’est pas le tournoi à l’épée, mais les enjeux liés aux sorts de Krakoa et Arakko, leur réunification éventuelle, ainsi que les émotions des personnages, tels qu’Apocalypse, qui tire décidément son épingle du jeu dans cette saga. Les révélations relatives au sort de son épouse et de ses enfants est certes quelque peu attendue mécaniquement parlant, mais permet d’approfondir la traitement du personnage et de la thématique de la séparation/réunification.

Ce troisième tome n’est donc pas la clé de voute de la saga, mais il contient déjà son lot de rebondissements, de combats, d’émotion, et même des morts. Suite et fin dans le quatrième tome !

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X of Swords volume 2

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Second volume comprenant l’ensemble des séries reliées à l’évènement. 130 pages, parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Quand faut y aller, faut y aller

Il faut croire que le sort s’acharnera toujours contre les mutants. C’est ce qu’avait d’ailleurs découvert Moira McTaggert, l’alliée des X-men que l’on pensait humaine mais qui est en réalité une mutante dont la faculté est de pouvoir vivre dix vies successives en revenant systématiquement à son point de départ après sa mort.

Lors de la saga House of X/Powers of X, Moira s’était servi de ce pouvoir pour chercher une issue favorable au conflit qui oppose depuis toujours humains et mutants, et se trouvait immanquablement confrontée à une implacable réalité: les mutants seront toujours persécutés jusqu’à l’extinction, que ce soit par l’Humanité ou par l’intelligence artificielle qui la supplantera. C’est la raison pour laquelle elle s’est servie de ces différentes vies pour arranger l’échiquier selon la meilleure combinaison, manipulant Xavier pour qu’il abandonne ses rêves pacifistes et prenne les choses en main.

C’est ce qu’il fit en fondant la nation mutante de Krakoa, havre de paix pour tous les mutants du monde. Sur cette île vivante, les mutants sont accueillis à bras ouverts, et sont invités à y vivre selon les lois mutantes et non humaines. Parmi tous les bienfaits de Krakoa, le plus grand est la capacité pour les mutants de ressusciter (enfin, d’une certaine façon qui a fait couler beaucoup d’encre sur l’internet), faisant de ces parias des nouveaux dieux, selon les termes de Magneto.

Malheureusement, ce cadre idyllique ne va pas durer pour les mutants. En effet, l’histoire de Krakoa est pour le moins complexe et va venir rattraper nos pauvres malheureux mutants. En effet, Krakoa a une « soeur jumelle », l’île d’Arakko, dont elle a été séparée il y a très longtemps, lorsqu’elle était sous la garde du mutant Apocalypse, vieil adversaire des X-men aujourd’hui ressortissant Krakoan.

L’île d’Arakko, tout comme Krakoa, forme un pont vers l’Outremonde, sorte de nexus vers lequel convergent toutes les réalités. Les habitants d’Arakko, dont font partie les Quatre premiers Cavaliers d’Apocalypse, ses propres enfants, sont venus en découdre avec leurs homologues Krakoans et rêvent de conquête. Mais la Majestrix Opal Luna, régente de l’Outremonde, préfère régler le conflit selon ses termes et décide d’organiser un tournoi entre les champions des deux îles. Chaque champion a trois jours pour retrouver l’épée qui lui a été attribuée par la prophétie et se présenter dans l’arène. Le seul hic, c’est que les mutants, qui s’étaient fort bien accommodés de la résurrection, ne pourront plus compter dessus, car qui meurt dans l’Outremonde ne revient pas.

L’épée-ripéties des mutants

Comme on pouvait s’y attendre, ce second volume nous entraîne dans une quête effrénée des différentes épées que vont devoir utiliser les mutants lors du fameux tournoi. Tornade retourne au Wakanda pour convaincre son ex-mari, la Panthère Noire, de la laisser utiliser Brise-Ciel, une puissante épée de Vibranium. Wolverine a déjà récupéré le sabre Muramasa, Magie a également son épée, de même que Cable et Cypher. En revanche, le mutant capable de déchiffrer tous les langages n’est pas ce qu’on pourrait appeler un combattant, il doit donc profiter du peu de temps qu’il lui reste afin de s’entraîner. Pendant ce temps sur Avalon, le royaume magique qui constitue une province de l’Outremonde, les Captain Britain doivent déterminer lequel d’entre eux doit participer au tournoi.

Cette partie est un passage obligé dans le crossover, mais ne s’étire pas pour autant en longueur, puisqu’à la fin de ce second volume, l’ensemble des participants sera en possession des épées. Des idées intéressantes sont néanmoins distillées, comme par exemple le plan sournois de Mr Sinistre pour mettre fin au tournoi avant qu’il ne commence en sabordant les chances de l’ennemi d’y participer.

Il faut dire que le nouveau statu quo des X-men permet d’assister à des situations plutôt coquasses dont on aurait pas osé rêver il y a encore quelques années, comme voir des ennemis jurés se rallier à eux (je pense à Sinistre, Sebastian Shaw, ou Apocalypse). En parlant d’Apocalypse, ce dernier obtient une part congrue du temps d’écran, étant au tapis depuis sa défaite sur Arrako. Néanmoins, son apparition en fin de volume constitue la meilleure partie de l’album. Le mutant immortel et charismatique gagne en profondeur et en background, même si ce qui est révélé frôle davantage le retcon que la pure révélation. On ressent malgré tout la volonté des auteurs d’humaniser le personnage tout en faisant le lien avec ses éléments constitutifs, comme les racines de sa philosophie darwiniste et nietzschéenne (la « survie du plus fort »).

Comme je l’évoqué il y a peu dans l’article sur les Éternels, les passages successifs des scénaristes ajoutent des couches de background qui ne sont pas toujours digestes ou même cohérentes. En effet, on sait depuis plusieurs années déjà qu’En Sabah Nur était un gardien de l’évolution, un serviteur de la volonté des Célestes, supposé guider les mutants vers sa vision de l’excellence évolutive sous peine de voir la planète rasée par les dieux de l’espace. Or ici, l’explication de son approche darwiniste est, bien que compréhensible et humaine, bien plus prosaïque à mon sens. Malgré tout, cette exploration du nouveau passé d’Apocalypse constitue pour le moment tout le sel de l’intrigue de X of Swords.

Je ne sais pas encore ce que réserve la suite, mais il se dégage néanmoins quelques options si l’on prend en compte ce que l’on sait déjà. On sait par exemple que les Cinq et Professeur X peuvent ressusciter un mutant, en créant d’abord une nouvelle enveloppe corporelle identique à la précédente, puis en insufflant une copie des souvenirs du mutant décédé, faite par Cerebro, dans ce nouveau corps. Si une mort dans l’Outremonde corrompt la copie de Cérébro, il suffirait alors d’anticiper en créant une « copie » de chaque participant au tournoi, et de les envoyer combattre à la place des originaux (qui sont pour la plupart, déjà des copies en un certain sens, puisque déjà passés par le protocole de résurrection). En tout cas, c’est que je proposerai si j’étais chauve et télépathe. Wait and see !

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X of Swords volume 1/4

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Premier volume de 144 pages contant les épisodes X-men 12, X of Swords: creation 1, X-Factor 4, Wolverine 6, et X-Force 13. Parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Terra Incognita, Terra Separata

Lors de la saga House of X / Powers of X, l’espèce mutante, qui jusqu’ici avait frôlé l’extinction après des décennies de persécution, a connu une sorte d’épiphanie, sous l’égide de celui qui fut souvent traité de faux prophète par ses détracteurs, le Professeur Charles Xavier.

Xavier, alias Professeur X, fondateur des X-Men, s’est accroché longtemps à son rêve de coexistence pacifique entre humains et mutants. Mais après de nombreux sacrifices, dont ceux de ses élèves, d’innombrables revers et défaites cuisantes, il a lui-même fini par céder et a abandonné ses anciennes méthodes, au profit d’un projet plus radical qui libèrerait les mutants de leurs entraves humaines.

Après un manifeste psychique annoncé à l’Humanité entière, le Professeur X a déclaré la création de la nation mutante. Cela avait déjà été tenté auparavant, sur Genosha et Utopia, avec les résultats tragiques que l’on connaît. Mais cette fois, Xavier était sur de lui: son nouveau foyer pour les mutants incompris et détestés, ce serait sur Krakoa qu’il prendrait forme.

Malheureusement, les humains n’ont pas dit leur dernier mot, et ne sont pas décidés à abandonner le combat évolutif qui les opposent à leurs rivaux génétiques. Orchis, l’organisation rassemblant des scientifiques de tous horizons, était sur le point de finaliser la Sentinelle suprême qui donnerait naissance à Nimrod, un cauchemar technologique synonyme de fin pour l’engeance mutante.

Krakoa est une île vivante, avec laquelle les X-men ont eu maille à partir par le passé (voir la saga Deadly Genesis par exemple). En s’entourant des bons mutants, Xavier est parvenu à communiquer avec Krakoa, lui permettant de mettre en place un pacte bénéficiant aux deux parties. Grâce à Krakoa, le leader mutant a pu mettre au point des remèdes miraculeux, des portails interdimensionnels et d’autres prodiges, qui garantissent la prospérité des mutants sur Terre.

Après un déchirant sacrifice, les X-men parviennent, au prix de la vie de nombre d’entre eux, à stopper l’émergence de Nimrod. Et c’est là que la véritable ascension des mutants fut révélée: dans le secret de Krakoa, Xavier et les Cinq (les mutants Proteus, Goldballs, Tempus Elixir, et Hope Summers) ont crée le Protocole de Résurrection, qui permet à n’importe quel mutant de revenir d’entre les morts.

Élevés au rang de dieux vivants, les mutants ont désormais leur place dans le monde. Xavier a laissé de côté sa naïveté sans pour autant céder à la violence, et est parvenu à unifier les mutants sous une même bannière. Mais les dangers continuent de guetter, et pourrait provenir des fondements même de la nouvelle société Krakoane.

Diplomatie et cartomancie

Plus récemment, Apocalypse, qui a rallié Krakoa, a également retrouvé son petit-fils, l’Invocateur, ce qui l’a forcé à révéler les liens ancestraux qui l’unissent à l’île vivante. Il y a des milliers d’années, Apocalypse a également tenté de créer un havre pour les mutants, mais sa quête s’est soldée par une guerre interdimensionnelle qui l’a forcé à séparer l’île en deux, Krakoa d’une part, Arakko d’autre part. Les mutants présents sur Arakko, parmi lesquels l’épouse et les enfants d’Apocalypse, ont du évoluer seuls, isolés du reste du monde et encerclés par les démons d’Amenth, une dimension hostile. Et ils reviennent aujourd’hui avec un fort sentiment d’amertume et une grosse envie de conquête.

Le théâtre de cette guerre est l’Outremonde, le nexus des différentes réalités, où l’ont peut transiter grâce aux portails des deux îles. La régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, décide de régler la querelle entre les deux îles au travers d’un tournoi. Dix combattants de chaque camp devront trouver dix épées, pour s’affronter dans l’Arène et ainsi décider du sort des deux peuples.

Petit souci, et pas des moindres, toute mort qui survient dans l’Outremonde ne peut être contournée par le biais de la résurrection, et sera donc frappée du sceau de l’irrévocabilité. Les enchères viennent donc d’augmenter sévèrement pour les mutants !

L’univers des X-men s’est sensiblement complexifié depuis la refonte opérée par Jonathan Hickman. Cette reprise en main, aisément comparable, en terme d’ampleur et d’impact à celle de Chris Claremont à l’époque, a introduit un nouveau paradigme, largement en faveur de nos mutants favoris. Ce bouleversement du statu quo est donc le bienvenu. A priori, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’entièreté de Dawn of X pour saisir les enjeux de ce cross over.

Ce premier volume sert avant tout à exposer le passé d’Apocalypse, étonnamment lié à Krakoa, ainsi qu’à établir les enjeux du tournoi. En Sabah Nur, le premier mutant, a toujours été un personnage charismatique de la galaxie X. Doté d’une identité graphique forte, ce colosse bleu et gris en armure se démarquait également par sa philosophie darwiniste, qui le plaçait au-delà d’un manichéisme pourtant de mise pour ce type de personnage. Cet aspect anti-héroïque fut d’autant plus marqué lorsqu’on apprit qu’il était un serviteur de la volonté des Célestes, chargé d’accompagner l’évolution sous peine d’annihilation totale par les dieux de l’espace. Toutefois, avec ce nouveau retcon, nul Céleste, nul darwinisme en jeu, mais un enjeu plus personnel pour Apocalypse. A la réflexion, il est un peu abusif de parler de retcon pour un personnage aussi vieux qu’En Sabah Nur, puisque les éléments biographiques révélés dans cette saga ne viennent pas nécessairement contredire les faits déjà en place.

Quant à l’intrigue en elle-même, il paraissait relativement évident, que pour un tournoi à mort, les auteurs auraient la clairvoyance de mettre hors-jeu le procédé qui permet, depuis deux ans maintenant, aux mutants de revenir. Cela a pour avantage non négligeable de nous faire redouter l’issue des combats, ce qui n’était plus le cas jusqu’alors (sauf si l’on considère que le protocole de résurrection n’est rien d’autre que du clonage).

Graphiquement parlant, Pepe Larraz nous démontre encore une fois qu’il est name of the game chez Marvel actuellement. En revanche, j’ai été assez surpris, en lisant la partie consacrée à la quête du sabre Muramasa par Wolverine, de constater que ce n’était pas Greg Capullo qui dessinait mais Viktor Bogdanovich.

En tout cas, ce premier volume s’il ne regorge pas encore de combats dantesques, a le mérite de nous faire saliver à l’évocation d’un tournoi qui promet d’être sanglant !

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Les Éternels: Braver l’Apocalypse

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Réédition de l’intégrale comprenant les 9 numéros de la série The Eternals, écrite par Charles Knauf et dessinée par Daniel Acuna et Eric Nguyen. Parution en France chez Panini Comics le 03/11/2021.

What if God was one one us

Surfant comme à son habitude sur la vague du Marvel Cinematic Universe, Panini a attendu le déferlement des Éternels au cinéma en novembre 2021 pour ressortir leurs sagas emblématiques. Après le run de Neil Gaiman et John Romita Jr, ce sont Charles Knauf, d’abord secondé de Daniel Acuna puis d’Eric Nguyen, qui s’attaquent au panthéon made in Marvel créée par Jack Kirby.

Trahis par l’un des leurs, les Éternels, ces êtres immensément puissants désignés gardiens de la Terre par d’incommensurables forces cosmiques nommées les Célestes, ont subi une perte de mémoire et une diaspora forcée, qui les a laissés quasi impuissants face à l’émergence d’un Céleste enfoui sous la surface, près de San Francisco.

Réveillés tour à tour par Ikaris, le plus valeureux d’entre eux, les Éternels ont pu in extremis éviter la destruction de la Terre et retrouver leurs pouvoirs. Néanmoins, le statu quo a changé, et le Céleste, demeuré sur Terre, s’est donné pour but d’étudier la Terre et la vie qui l’abrite pour rendre un jugement plus éclairé. Pendant ce temps, Ikaris et Théna parcourent le monde pour réveiller les Éternels restants, rivalisant avec Druig, l’Éternel retors qui compte lui aussi en rallier le plus grand nombre à sa cause.

Makkari, pendant ce temps, communie avec le Céleste Rêveur afin de mieux comprendre ses motivations, ce qui lui donne accès à des révélations cruciales pour l’avenir de la Terre. Mais ce que Makkari ignore, c’est que son nouveau rôle de prophète cosmique pourrait lui coûter très cher, et que l’ancien prophète, Ajak, est jaloux de lui, au point peut-être de commettre l’irréparable.

Difficile de passer après Neil Gaiman lorsqu’on veut laisser sa patte en tant qu’auteur. Néanmoins, Charles Knauf s’en sort ici avec les honneurs, en nous comptant une saga cosmique de grande ampleur, qui revisite et approfondit encore davantage la cosmogonie Marvel. Les énigmatiques Célestes nous livrent ici davantage de leurs motivations et de leur rôle dans le grand ordre des choses, alors qu’une menace cosmique, reprise plus tard dans le run de Jason Aaron sur les Avengers, est introduite.

Avec le recul, on constate que la série, parue en 2008-2009, fait écho au run de JM Staczinsky sur Thor, paru la même année, et dans lequel le dieu du tonnerre partait lui aussi en quête de ses frères asgardiens réincarnés en humains après le Ragnarok. On pourrait croire, qu’en 2008, après quelques années centrées autour de la Guerre Civile des Super-Héros, Marvel avait souhaité se tourner de nouveau vers ses différents panthéons, perdus ou balayés par la saga phare de Mark Millar et ses conséquences.

Sur un plan purement geek et technique, je constate aussi qu’il est assez difficile de s’y retrouver, au milieu de ce que chaque auteur ajoute sur tel ou tel élément du marvelverse, en l’occurence les Célestes. Jusque là, ils étaient vus comme d’énigmatiques précurseurs, qui manifestaient au mieux un intérêt curieux, au pire de la malveillance pour la Terre. Puis l’on a découvert qu’ils jouaient un rôle dans l’ascension des espèces intelligentes, et par là même, servaient eux-mêmes une force qui les dépassaient.

D’un autre côté, d’autres auteurs nous apprenaient que des personnages comme En-Sabah Nur, alias Apocalypse, étaient adoubés par les Célestes eux-mêmes pour favoriser l’évolution, et recevaient ainsi des items et des pouvoirs supplémentaires, comme de la technologie Céleste ou encore des graines de vie et de mort (confère la série Uncanny X-Force par Rick Remender). Or, je ne suis pas parvenu à trouver trace d’une interaction entre Apocalypse et les Éternels, qui servent pourtant les mêmes maîtres, et dont les rôles de surveillance/protection de la vie sur Terre peuvent sembler redondantes.

Plus tard, Aaron nous apprendra que la race des Célestes est finalement bien à l’origine de l’apparition de la vie sur Terre, bien que par accident. Tout ces éléments n’entrent pas nécessairement en contradiction mais ne sont pas aisément emboitables en un tout parfaitement cohérent.

Toujours est-il que le scénario de cette seconde série des Éternels est bien ficelé, entre plusieurs intrigues se rejoignant de façon ingénieuse tout en maintenant des enjeux forts tout du long. La plume d’Acuna, qui est résolument un de mes dessinateurs préférés, fait exploser les pages durant les 6 premiers numéros, tant et si bien que les quatre autres épisodes, assurés par Eric Nguyen, font l’effet d’une douche froide. Mais alors, très froide. On peut reprocher, comme souvent, une conclusion en demi-teinte qui ne reflète pas la qualité de l’ensemble, mais on peut considérer le défi comme relevé.

Une intégrale qui sort opportunément du lot pour ceux qui souhaiteraient prolonger l’aventure éternelle et faire des comparaisons entre le film et les comics. 3 calvins, plus 1 pour Daniel Acuna !

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Les Éternels: Seule la Mort est éternelle

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Recueil comprenant les premiers numéros de la série Marvel The Eternals (2021) écrite par Kieron Gillen et dessinée par Esad Ribic. Parution en France chez Panini le 03/11/2021.

Mytho-logique

En sus de la réédition des Éternels par Neil Gaiman puis des Éternels par les frères Knauf, Panini s’empresse de battre le geek tant qu’il est hype en publiant la récente mouture des Éternels par Gillen, qui sort concomitamment avec le film du même nom.

Chronologiquement, la dernière fois que les Éternels ont été vus, c’était dans la série Avengers par Jason Aaron, qui les avait sacrifiés sans ménagement sur l’autel de son run grandiloquent (mais efficace). En effet, après un million d’années passés à servir religieusement les dieux de l’espace et leur impénétrable dessein, les Éternels ont découvert que leur sacerdoce n’était qu’une farce, qu’ils ne protégeaient en réalité aucun équilibre cosmique immanent, mais qu’ils avaient été crées dans le seul but d’aider les Célestes à lutter contre leur ennemi naturel, La Horde. Cette révélation a rendu fou les homo immortalis, qui se sont retournés les uns contre les autres avant de mettre fin à leurs jours.

Ressusciter ? C’est comme se réveiller un lendemain de cuite.

Hélas ! Si l’immortalité peut être vue comme un don extraordinaire, elle peut en revanche se transformer en malédiction pour celui ou celle qui souhaiterait en finir avec une existence aussi longue que vide de sens. Car le propre des Éternels, c’est d’être ressuscité après chaque mort brutale, par une Machine d’une infinie complexité, qui se révèle être ni plus ni moins que la personnification de la Terre.

Voici donc nos immortels revenus une énième fois d’entre les morts, avec pour certains un changement radical d’apparence ou de genre (afin de matcher avec leurs homologues cinématographiques). Pour la plupart, le choc des dernières révélations fut aisé à digérer, pour d’autres, la Machine a du procéder à une réécriture mémorielle afin de corriger les éventuelles dissonances cognitives.

C’est alors que l’impensable se produit: Zuras, le chef suprême, le Premier Éternel, est sauvagement assassiné, par quelqu’un qui fait nécessairement partie de la maison puisqu’il emprunte le réseau de téléportation des Éternels. Ikaris et Sprite, fraîchement ressuscités, vont se lancer dans une course contre la montre pour trouver le coupable, alors même que la toute-puissante Machine dysfonctionne, rendant inopérante toute tentative de résurrection…

Les yeux dans les dieux

Le coupable est vite trouvé par notre héros: Thanos, le Titan fou, qui dans les comics est un parent proche des Éternels, issu de Titan, la lune de Saturne. Cette force de la Nature, maniaque génocidaire (voire omnicidaire, si vous me passez le néologisme) que même la Mort a rejeté, s’en prend aux immortels qui pour la première fois, font l’expérience de la mortalité. Que peut-il bien arriver de pire ?

Après la lecture des trois séries successives consacrées aux Éternels ces dernières années, on s’aperçoit de la forte empreinte biblique que présentent les personnages de Jack Kirby. En effet, ils peuvent être perçus comme des Anges, ces êtres créés de la main de Dieu pour veiller sur le monde. Initialement sans défaut, les Anges vont être progressivement influencés, voire infectés, par l’Humanité, au point pour certains, de se rebeller contre leur créateur. Dans la Bible, on peut citer sans hésitation Lucifer, qui dans un acte d’orgueilleuse rébellion va devenir le symbole du Mal. Chez les Éternels, on peut dresser un parallèle avec L’Oublié, ou encore Druig. Ikaris, lui, ferait plutôt officie d’Archange comme Gabriel ou Michael, dont la vertu ne sera jamais ternie dans les textes sacrés. Le parallèle est d’autant plus frappant qu’Ikaris rappelle par son nom un personnage ailé…

Concernant la série de Gillen, on peut ici parler de soft reboot, car si l’essentiel est là, l’auteur introduit tout de même de nouveaux concepts et de nouveaux personnages, qui sont détaillés au travers de diagrammes rappelant, ou pastichant, allez savoir, ceux qu’aime faire Jonathan Hickman dans plusieurs de ses séries. On y apprend donc davantage sur la Machine, mais également sur les mœurs et les systèmes politiques qui ont régi la vie des Éternels durant un million d’années.

Le ton adopté par Gillen est souvent ironique, second voie troisième degré, que ce soit dans les dialogues ou dans la narration pas si omnisciente de la Machine. Attention, certains lecteurs pourraient trouver que l’auteur en fait trop, peut être au détriment de l’implication du lecteur dans les enjeux de l’histoire.

Les lecteurs de plus longue date pourront dénicher un petit recyclage d’idée de la part de l’auteur, qui fait du personnage de Sprite une sorte d’écho de Kid Loki, jusque dans sa relation avec Ikaris, qui nous rappelle bien évidemment le tandem Thor/Kid Loki.

Toujours est-il que le scénariste sait où chercher les moteurs de l’histoire, il faut lui reconnaître ça. Des personnages immortels qui ressuscitent inévitablement après chaque mort ? Privez-leur de cet item narratif pour obtenir un enjeux plus élevé. Des croyances infaillibles qui ont récemment été réduites à néant ? Accentuez-en l’impact en ajoutant de nouvelles révélations choc qui ébranleront encore davantage les personnages. Bref, la série de ne manque pas d’enjeu ni de qualité, surtout si l’on ajoute les dessins d’Esad Ribic, qui fait encore un travail dantesque (mais qui loupe encore quelques visages çà et là).

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Les Éternels: Dessein Intelligent

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Réédition de l’intégrale comprenant les sept chapitres de la mini-série Marvel de 2007 The Eternals, écrite par Neil Gaiman, et dessinée par John Romita Jr. Parution en France chez Panini Comics le 03/11/2021.

Who wants to live forever ?

Le jeune Mark Curry fait son internat de médecine à New York. Mais depuis un certain temps, le jeune homme n’est plus tout à fait à ce qu’il fait. Perturbé par des réminiscences et des rêves qu’il ne comprend pas, il laisse les jours défiler, garde de nuit après garde de nuit, suture après suture, sans trop se rappeler comment il en est arrivé là.

C’est alors que Mark fait la rencontre, pas si fortuite, d’un homme étrange dont le discours lui paraît délirant. Cet individu, qui se présente comme le dénommé Ike Harris, prétend connaître Mark de longue date. Et quand on dit longue date, on ne parle pas du lycée il y a vingt ans, mais plutôt d’un petit million d’années. En effet, selon Ike, Mark et lui font partie des Éternels, des êtres immortels issus de l’ingérence génétique d’une race extraterrestre quasi transcendante, les Célestes.

En effet, les Célestes auraient subdivisé le genre Homo en trois catégories: les Déviants, êtres chaotiques dont la particularité et d’être en constante mutation au fil des générations, les Hommes, puis les Éternels, Homo Immortalis, censés protéger la Terre jusqu’au retour de leurs créateurs Célestes, qui reviennent à échéances régulières pour juger du résultat de leurs expérimentations.

Depuis les origines de l’Humanité, Mark, Ike, et bien d’autres ont lutté contre les Déviants tout en accomplissant la volonté de leurs maîtres, mais n’en ont aujourd’hui qu’un souvenir fugace. Qui a pu ainsi effacer les Éternels ? Est-ce une machination des Déviants ?

Les dieux sont parmi nous

On peut grossièrement saisir deux catégories parmi les scénaristes: d’une part les conteurs d’histoires, et d’autre part, les faiseurs de mythe. Jack « The King » Kirby, le créateur des Éternels, était de ceux-là. Adepte des panthéons et des cosmogonies eschatologiques, il avait auparavant tenté de laisser sa marque chez DC Comics avec ses New Gods, avant de claquer la porte pour revenir chez Marvel, qui avait alors tiré les leçons de leur précédent conflit et avait promis au King de lui laisser carte blanche.

Kirby imagine alors un panthéon de dieux que l’on pourrait croire tout droit issus du Chariot des dieux d’Erich Von Daniken: des extraterrestres précurseurs de l’Humanité, dont la technologie et les capacités les font passer pour divins aux yeux des hommes crédules et hagards, qui les ont érigés au rang de mythes. Kirby amène également une mise en abîme, puisque ses dieux physiques ont eux-mêmes des dieux, ce qui enracine encore davantage la théorie des anciens astronautes dans sa mythologie moderne.

En terme de mythes, Neil Gaiman n’est pas en reste, puisqu’on lui doit American Gods, Sandman, ou encore Stardust. Avec sa mini série, Gaiman revitalise en 2007 (en pleine Civil War chez Marvel, évènement majeur avec lequel il est obligé de composer dans son scénario) la mythologie des Éternels, qui avait subi quelques temps auparavant deux sabotages en règle en 2000 et 2003. L’auteur de Sandman revient aux fondamentaux, en présentant ses personnages comme des êtres divins, par essence éloignés de l’Humanité. Ironiquement, ces personnages sont ramenés à notre niveau, transformés en mortels à leur insu: il leur faut donc regagner, pour ceux qui en ont la volonté toutefois, leur statut d’immortels. Cette thématique occupe a minima la première moitié de l’histoire, tandis que les parties whodunnit et cosmique occupent la seconde moitié.

Les Célestes y sont dépeints comme des êtres insondables, aux motivations si étrangères que même les Éternels ne peuvent les concevoir. D’autres auteurs s’empareront plus tard de cette acception modernisée des Célestes, en y ajoutant leur propre patte (je pense notamment à Remender ou encore Jason Aaron avec ses Avengers, qui affrontent la Horde qui est évoquée par Gaiman).

A l’heure où les Éternels font une entrée remarquée dans le MCU sous la houlette de Chloé Zhao, il peut être opportun de se replonger dans les runs qui ont inspiré le film, surtout lorsqu’ils sont issus du travail d’auteurs reconnus comme Neil Gaiman.

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Avengers: Nuit Noire

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Recueil des dix épisodes la mini-série Marvel Avengers No Road Home, écrite par Mark Waid, Al Ewing et Jim Zub, et dessinée par Paco Medina, Sean Izaakse et Carlo Barberi. Parution le 25/08/2021 chez Panini Comics.

Nyx sa mère

Peu de temps auparavant, les Avengers, les plus puissants héros de la Terre, ont fait face à une nouvelle menace cosmique. Deux entités extraterrestres surpuissantes issues des Doyens de l’Univers, le Grand Maître et le Collectionneur, ont pris la planète en otage et s’en sont servi comme d’un plateau de jeu, utilisant héros et vilains comme des pions à leur service.

Ce faisant, ils ont involontairement permis à Nyx, déesse de la Nuit et des Ténèbres, autrefois toute-puissante, de rompre l’enchantement qui la maintenait en captivité depuis que Zeus l’a bannie après avoir dispersé les morceaux de son âme. Très insatisfaite de ce sort peu enviable, Nyx resurgit accompagnée de sa progéniture, et impose sa vengeance au panthéon grec, n’épargnant personne.

Seul Hercules, fils immortel de Zeus, échappe au massacre, du fait de sa présence sur Terre au moment des faits. Seul, le Lion de l’Olympe ne peut rien face à la déesse de la nuit. C’est pourquoi Voyager, la fille du Grand Maître, grande admiratrice des Avengers, se lance dans une campagne express de recrutement pour épauler Hercules et repousser Nyx, dont le pouvoir grandissant provoque la disparition de la lumière à travers tout le cosmos.

Ainsi, Hercules retrouve-t-il la Sorcière Rouge, La Vision, Spectrum, Hawkeye, Hulk et Rocket Racoon, pour une quête qui va les mener aux quatre coins de l’univers, jusqu’à la source de la création, en passant par le royaume des rêves. Le souci qui va rapidement se poser, c’est que sept héros choisi aléatoirement ne seront pas nécessairement les mieux équipés pour affronter cette menace. En effet, Hercules a perdu les siens, et est donc aveuglé par la rage et le désespoir. La Sorcière Rouge, va se retrouver aveuglée par Nyx et projetée dans un monde inconnu, où elle fera la rencontre d’un célèbre Barbare. La Vision, quant à lui, est détérioré et entrevoit pour la première fois la possibilité de mourir comme un humain. Hawkeye doute de lui-même et de sa réelle place au sein de l’équipe, alors que Hulk caresse l’idée de se venger de l’archer suite aux événements tragiques de Civil War 2. Rocket Racoon, lui, se demande encore ce qu’il fait là, comme le reste de l’équipe.

Ce que l’on devient dans l’obscurité

Nous voici face à une histoire auto contenue des héros les plus populaires de Marvel, comme ont pu l’être des séries de la belle époque comme Avengers Forever. Waid et Ewing, désormais vieux briscards des comics et notoirement érudits en terme de continuité, s’entourent majoritairement de seconds couteaux, en évitant soigneusement les piliers du groupe tels que Cap, Iron Man ou Thor. En effet, Sorcière Rouge, Vision et Hawkeye, font depuis belle lurette partie du coeur de l’équipe, mais ont longtemps été considérés comme des personnages mineurs incapables de soutenir la série lors du départ des Big Three.

Nuit noire (par Mark Waid, Paco Medina, Al Ewing et Carlo Barberi)

L’Histoire a donné tort aux détracteurs, puisque la série Avengers, loin de se focaliser sur ses stars, a su perdurer en entremêlant les destinées des personnages dits secondaires, pour tisser une toile complexe au fil des décennies. Ici l’intrigue est relativement simple, mais permet à l’ensemble des personnages, dans ce casting bigarré à la limite du WTF (Rocket ?), de briller à sa manière en respectant sa caractérisation antérieure.

Il faut reconnaître cependant que l’antagoniste Nyx, si elle provoque la sympathie par moments, manque un tant soit peu de charisme et de présence. Ses pouvoirs, assez peu définis, semblent surgir et évoluer au gré des besoins des auteurs, qui nous ont habitués à plus de rigueur de ce côté-là (il n’y a qu’à lire les Ultimates de Al Ewing par exemple). L’inclusion de Conan le Barbare paraît quant à elle forcée, surtout si l’on prend en considération le fait que Marvel avait récupéré juste avant les droits du personnage.

Il n’en demeure pas moins que l’aventure cosmique de ces Avengers de la dernière chance se révèle dynamique et engageante, et prend même une dimension supérieure inattendue durant son dernier chapitre.

Dire que c’est une histoire auto contenue est peut-être un peu abusif, cependant, car les auteurs ont inclus de nombreux easter eggs et références, rappels à des événements antérieurs, qui peuvent remonter à plusieurs décennies pour certains d’entre eux. Rien de gênant pour les nouveaux lecteurs, mais très appréciable pour les true believers de la première heure.

Tout le monde devrait donc trouver son compte dans Nuit Noire: les lecteurs occasionnels ne souhaitant pas s’embarquer dans un lecture trop étalée ou trop fastidieuse, et les fans inconditionnels qui y retrouveront leurs personnages favoris, avec un avant et un après.

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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 5

Comic de Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 5/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban

Attention spoilers!

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Désormais seul aux commandes du Régime, sans adversaires, Superman reste hanté par la résistance pourtant si faible de Batman. Alors que ses propres alliés commencent à manifester des signes de lassitude face à son comportement autoritaire, les seuls qui semblent en mesure de faire pencher la balance sont les super-vilains libérés par l’action folle d’Elastic-man. Rompant toute morale, l’Homme d’acier décide de faire appel aux services des plus grands criminels de la Terre pour retrouver le chevalier noir…

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Ça y est, c’est la fin de cette immense saga qui aura su pour une fois me faire presque totalement adhérer à une intrigue de la Justice League grâce au grand talent de Tome Taylor (dont je parlais hier sur Dceased2). Pour une raison qui m’échappe, alors qu’il a tenu l’essentiel des quatre premières « années » d’Injustice, Taylor a ici complètement passé la main, avec pertes puisque cette ultime intégrale revient à un niveau qualitatif assez moyen où les incohérences et trous dans la raquette scénaristique deviennent bien plus visibles au milieu des affrontements. Est-ce à cause du ménage fait dans les rangs des héros ou simplement du fait d’une moins bonne liberté créative, cet opus retombe dans une certaine banalité qui siéra aux fans de DC mais risque de décevoir ceux qui comme moi ont vu dans Injustice un miracle inattendu.Slings & Arrows

Si le principal intérêt de ces derniers actes réside dans la faiblesse de Batman et la quasi disparition de sa résistance, les événements de crise qui avaient pu justifier jusqu’ici l’allégeance sans faille des autres héros n’ont plus lieu ici et on tique pas mal sur l’acceptation par des personnes à la morale la plus élevée des crimes perpétrés par le tyran. Il manque cette friction que l’on attend depuis le début, ce qui rendait le précédent opus intéressant lorsque l’Invincible Wonder Woman se retrouvait face à Superman. A la place on nous instille l’idée que Luthor pourrait agir en coulisse sur différents plans dont on ne nous révèle finalement rien, laissant entendre que certains événements sont à lire dans d’autres publications. Ainsi ce qui faisait la force de cette intégrale à savoir rassembler la totalité de l’intrigue (vraiment!) semble ne plus marcher et nous confronte a l’éternel problème des ties-in, devenus souvent indispensables. Par exemple ces séquences rattachées au spin-off Ground zero (non inclu) et qui nous laissent sans conclusion. De même avec cette conclusion qui part d’une bonne idée… mais semble attendre une suite immédiate.Superman VS Batman (Injustice Gods Among Us Year 5) – Comicnewbies

Si la structure de cette Année cinq ne diffère pas fondamentalement des autres, elle n’a pas la thématique et les rebondissements des précédentes années et se résume à une interminable série d’affrontements avec les vilains et autour de ce faux superman dont on ne saura au final pas grand chose. Comme si les auteurs n’avaient pas su achever leur histoire et que Taylor avait un peu lâchement abandonné le bateau avant l’arrivée au port. Assez décevante donc, cette conclusion donnera suite deux ans plus tard à une série Injustice 2, bien moins volumineuse et décrivant semble t’il l’évolution du monde après la chute du Tyran (… et sans sa protection). A suivre donc…

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Absolute Carnage

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Recueil des 5 chapitres de la mini-série Marvel Absolute Carnage, précédés du Free Comic Book Day 2019: Spider-Man/Venom. Donny Cates au scénario, Ryan Stegman au dessin. Parution chez Panini Comics le 25/08/2021.

Symbiote un jour, symbiote toujours

De tous les porteurs de symbiotes, Cletus Kasady est sans aucun doute le pire. Après avoir rencontré Eddie Brock, alias Venom, durant son incarcération, ce psychopathe, condamné à mort pour de nombreux meurtres, est passé au stade supérieur de la folie en fusionnant avec le rejeton symbiotique de Venom. Cette union catastrophique a engendré Carnage, l’un des ennemis les plus dangereux de Spider-Man.

Pour le vaincre, Spider-Man a été contraint de s’allier avec Venom, les deux hommes n’ayant alors pas d’autre choix que de mettre leurs différends de côté pour mettre cet inopposable fléau hors d’état de nuire. Au cours des années, Carnage a régulièrement fait parler de lui, laissant dans son sillage d’innombrables victimes. Dans Maximum Carnage (mon tout premier comics ! Ça ne nous rajeunit pas…), Cletus s’échappait de l’asile et, flanqué d’une bande de monstres aussi frappés que lui, semait la terreur à New York avant d’être neutralisé in extremis par notre héros arachnéen.

Plus tard, dans New Avengers, il était apparemment tué par Sentry et laissé pour mort dans la stratosphère terrestre. Mais dans Carnage USA, le tueur revenait en force (mais sans ses jambes) et reprenait son œuvre meurtrière en jetant son dévolu sur une petite ville américaine. Stoppé une nouvelle fois, Carnage s’échappe de nouveau et se met en tête de provoquer l’apocalypse en invoquant le dieu lovecraftien Chton (une version Marvel de Cthullu).

Cette fois, Kasady, revenu d’entre les morts, a découvert les origines secrètes des Klyntars (le vrai nom des symbiotes) et de leur dieu Knull, si malfaisant que les symbiotes eux-mêmes se sont sacrifiés en masse pour le maintenir enfermé dans une prison cosmique. Là encore, Cletus montre qu’il est le roi des bonnes décisions et entreprend de le réveiller. Pour ce faire, il doit collecter toutes les parcelles du Codex.

Le Codex, c’est la parcelle de lui-même que laisse un symbiote dans son hôte, et qui fait partie intégrante de leur esprit de ruche. Si Carnage parvient à retrouver tous les anciens porteurs de symbiotes, il sera en mesure d’exécuter son plan. Eddie Brock, privé depuis un certain temps de son partenaire Venom, qui lui a fait une infidélité de quelques années avec Flash Thompson, n’a pas d’autre choix que de se lancer à la poursuite de son vieil ennemi. Une fois de plus, il lui faudra chercher de l’aide auprès de Spidey. Cependant, Carnage n’est-il pas déjà trop puissant pour être vaincu ?

Fleuve noir et rivières de sang

Alors que le personnage est adapté au cinéma actuellement, pour un résultat plus que mitigé, Marvel poursuit la croisade sanglante de son psychopathe symbiotique. Malgré un aspect unidimensionnel et on-ne-peut-plus manichéen, Cletus Kasady a favorablement traversé les décennies, pour gagner ses galons de méchant de premier ordre dans la spider-galaxie. On ne peut s’empêcher de déceler chez lui un petit goût de Joker (pas le jus de fruit), à savoir une force chaotique que rien n’arrête, sorte de pêché originel du héros (Batman se sent impliqué dans la création du Joker, tandis que Spider-Man se sent coupable d’avoir ramené sur Terre Venom, qui a ensuite engendré Carnage), qui profite d’une immunité découlant du code moral du dit héros, qui se refuse à le supprimer définitivement lorsqu’il en a l’occasion.

Avec Absolute Carnage, le tueur revient sur le devant de la scène avec cette fois en toile de fond la mythologie propre aux symbiotes, dont les ramifications s’étendent à d’autres séries, comme Thor, par exemple. Donny Cates parachève donc son travail sur les symbiotes en mêlant adroitement action et horreur.

En effet, Cates a rebondi sur le run du Massacreur de Dieux écrit par Jason Aaron sur la série Thor: God of Thunder, dans lequel l’adversaire éponyme arborait une arme spéciale, la (All-Black the Necrosword en VO), qui sous la plume de Cates s’est avérée être le tout-premier symbiote, crée par Knull. C’est dans l’arc Venom Rex que Brock apprend l’existence du dieu maléfique des symbiotes, dans un récit court mais intense durant lequel il affronte le symbiote Grendel (celui du mythe de Beowulf, oui oui) et fait équipe avec Miles Morales.

Le duo Spidey/Venom fonctionne très bien sous la plume de l’auteur, qui parvient à retranscrire les années de passif entre les deux personnages, et la relation complexe qui en a découlé. Autrefois anti-héros plutôt caricatural, Eddie Brock a donc mué en une entité plus convaincante et mieux caractérisée, en tous cas au-delà de la simple rancune envers l’Araignée.

Sur la forme, Cates reproduit la formule assez classique du combat désespéré contre Carnage, en utilisant des décors (l’asile par exemple) tout à fait appropriés mais offre un final brutal, convaincant et satisfaisant pour notre protagoniste. On regrette tout de même qu’Absolute Carnage ne soit finalement, une fois la dernière page tournée, qu’un prélude à King in Black, le crossover qui relate l’arrivée tant redoutée de Knull sur Terre.

La prédominance du rouge et du noir, les décors claustrophobes et l’ambiance oppressante sont magnifiés par les dessins de Stegman, qui rappellent un Mike Deodato Jr de la grande époque des ’90. Expressions, postures, découpage, l’artiste rend tout à fait justice au scénario mi-super mi-horrifique de Cates.

L’apparition de certains personnages reste à la fois attendue et anecdotiques, mais il faut bien ça pour mériter l’étiquette d’event ou de crossover. Le tout se lit avec facilité, à lire si vous êtes intéressé par la mythologie symbiotique.