****·Cinéma

Visionnage: La tortue rouge

Film d’animation de Michael Dudok de Vit, 1h21, (2016)

Résultat de recherche d'images pour Ce film avait fait grand bruit à sa sortie avec sa bande-annonce très belle et mystérieuse, sa bande-son hypnotique et son prix « Un certain regard » à Cannes. Étrangement il n’était pas en compétition à Annecy. L’idée du film provient du studio Ghibli qui voulait travailler avec ce réalisateur de courts-métrages d’animation et après que Isao Takahata ait reconnu une proximité du hollandais avec son univers.

Un naufragé échoue sur un ilot au milieu de l’Océan. Après l’avoir exploré il s’efforce de s’en échapper en construisant un radeau de bambous. Mais une mystérieuse force démantèle son esquiffe chaque fois. Résigné à passer le reste de ses jours sur cette terre il rencontre une tortue rouge qui va devenir sa compagne pour les années à venir…

Film magnifique visuellement, doté d’une animation d’une fluidité rarement vue, il ne contient pas de dialogues et son style poétique et symbolique n’est pas forcément facile d’approche pour les enfants notamment. Je pense que des jeunes peuvent regarder ce film mais risquent de s’ennuyer de ce rythme lent et assez contemplatif.

Résultat de recherche d'images pour Le scénario est remarquablement dynamique pourtant, assumant donc des séquences passives visant à refléter cette vie rythmée par la Nature, sans vitesse et se répétant. on ne s’ennuie pas un instant, ne serait-ce qu’à admirer ces images et animation superbes. La portée politique du film m’a sauté aux yeux comme une parabole de notre société matérialiste multitâche. Il est fascinant de voir cette famille vivre une vie calme, oisive, sans besoins, sans ennui (l’ennui n’existe que par rapport à ce qu’on n’a pas), qui nous questionne sur nos modes de vie, nous incite à nous poser. Il y a beaucoup d’humour aussi dans ce film qui emprunte au mime et au théâtre muet. Les séquences récurrentes des crabes, compagnons d’isolement de l’homme sont très drôles avec leurs mimiques qui en font un personnage collectif. Mais la grande réussite du film repose, (faute de dialogues), dans l’expressivité des personnages grâce à l »animationalytique »: technique d’animation qui emprunte à la rotoscopie (technique très utilisée par les premiers Disney et consistant à redessiner des images filmées d’acteurs) mais de façon traditionnelle. Les animateurs observent des mouvements d’acteurs mais les reproduisent directement à main levée, sans calque. La fluidité et le réalisme sont identiques mais on ressent en effet une différence avec le trop grand réalisme des plans de rotoscopie et cette méthode apporte en outre l’expérience et l’aspect artistique des dessinateurs. L’animation est dirigée par le réalisateur du très bon film d’animation Zarafa sorti en 2012.

Résultat de recherche d'images pour N’oublions pas enfin la superbe musique aux thèmes puissants pour faire de film un classique instantané que tout amateur d’images et d’animation se doit de voir et revoir. Je craignais un peu l’aspect contemplatif, qui crée souvent un peu d’ennui dans l’animation japonaise mais le sens du rythme et l’équilibre parfait du scénario rendent ce long-métrage agréable de bout en bout. A noter que le  producteur Wild Side, traditionnellement attaché à de belles éditions collector de ses films, propose un coffret comprenant le artbook du film, la bande originale et le film Blu-ray. Comme pour la BD, quand un éditeur fait un aussi bon boulot il ne faut pas se priver!

 

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****·Cinéma

Visionnage: Love, Death + Robots

Série de courts métrages d’animation de Tim Miller et David Fincher
Netflix (2019), 1 saison parus, saison 2 en production.

1377321Cette anthologie propose dix-huit court-métrages d’animation « pour adulte » sur les thèmes de l’amour, la violence, la SF et les robots. Rares sont les produits d’animation, sortis des jeux vidéos, assumant aussi franchement une approche adulte, qui signifie du sang, du sexe, des zizi, des monstres et des gros mots… Pour ceux qui comme moi ont été déçus des films Deadpool par leur côté « Disney s’encanaille », pour ceux qui ont aimé le fantastique Animatrix sorti il y a déjà pas mal d’années, pour ceux qui déplorent devoir être un hard-core gamer pour pouvoir profiter de l’immense richesse artistique et graphique que proposent de nos jours les jeux vidéo (que je considère comme totalement moteurs de l’industrie du cinéma en matière d’imaginaire), réjouissez-vous, cette série est juste formidable! Les producteurs font appel à une dizaine de studios d’animation (dont deux français) et des auteurs de Science-fiction, dont certains très connus (Peter F. Hamilton, Alastair Reynolds,…). Les films font entre six et quinze minutes environ.

  • L’Avantage de Sonnie: Sonnie livre des combats de gladiateurs par l’intermédiaire de monstres connectés psychiquement aux combattants. Court en images de synthèses, très violent par le déroulé du combat bien trash. Impressionnant visuellement et doté de l’habituelle chute perturbante que l’on a souvent dans les court-métrages de SF.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Les trois robots: Très drôle film où trois robots visitent une Terre dévastée où l’humanité à cessé d’exister. Ils découvrent des objets et imaginent les coutumes des humains, jusqu’à ce qu’ils découvrent un chat bien vivant… Dans l’esprit de Wall-E, ce film en images de synthèses est vraiment drôle de par ses dialogues et ses situations décalées. Visible par tout public.
  • Le témoin: artistiquement le plus impressionnant de la saison, pas forcément pas sa technique mais bien par sa mise en scène et par son scénario vertigineux en forme de « loop » qui mets en scène la poursuite d’une témoin d’un meurtre. Beaucoup de nu et de scènes très osées.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Des fermiers équipés: un des segments les plus jouissifs après que l’on se soit fait à un design surprenant qui reprend sur des formes 3d une animation style dessin jeunesse. Des fermiers s’équipent pour éradiquer des incursions de créatures dans leur réalité. Bien bourrin, plein de Méchas et de monstres visqueux. Vraiment sympa et visible par tous.
  • Un vieux démon: segment en animation traditionnel, pas forcément le plus beau mais très maîtrisé techniquement. Séquence d’exécution bien trash, dialogues très réussis (globalement les doublages de tous les segments sont très réussis) dans une chasse au monstre (avec encore une fois des chats…).
  • La revanche du yaourt: film totalement WTF où le yaourt devient intelligent et propose à l’humanité de régler tous ses problèmes. Design enfantin des personnages, ce film vaut surtout pour son idée débile mais très bien menée.
  • Derrière la faille: grosse claque SF avec des personnages très impressionnants et une introduction qui fait baver à base de gros vaisseaux et de portail intergalactique. Le thème est du reste assez classique (déjà vu) et ne brutalisera pas vos neurones.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Bonne chasse: animation traditionnelle avec ajout d’images de synthèses. L’histoire d’un chasseur de métamorphe dans la chine traditionnelle. Progressivement l’industrie va transformer le monde vers un univers steampunk où les talents mécaniques du personnage principal seront très utile. Très belle (et cruelle) histoire. Une de mes préférées.
  • La décharge: Animation 3D classique, pas hyper jolie (et pour cause, on est dans une décharge) avec une histoire de créature née dans la fange… Assez banal.
  • Métamorphes: une équipe de loups-garous est utilisée en zone de guerre par l’armée US. Hormis le côté discrimination de cette espèce particulière, si la technique est irréprochable (animation 3D), le propos tourne un peu court sans beaux décors ou grosse scène de bataille. La baston finale est bien gore.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Le coup de main: le thème de Gravity est ici repris en plus trash mais sans grande surprise pour ceux, probablement nombreux, qui auront vu le film de Cuaron. Les images de synthèse sont néanmoins très réussies et il est toujours agréable de se balader en apesanteur dans un scaphandre…
  • Les esprits de la nuit: animation classique sur formes 3d. Délire psychédélique un peu trop WFT, pas spécialement beau et sans aucun sens… Deux types perdus dans le désert se retrouvent au milieu des fantômes des créatures du jurassique. Évidemment ça finit mal. Franchement inutile.
  • Lucky 13: SF militaire en images de synthèses, réussies pour les personnages mais assez cracra pour les décors. L’idée est assez sympa: le pilote d’un avion considéré comme maudit raconte ses derniers vols sur ce jet au sein d’un conflit planétaire. L’idée de la relation entre l’intelligence artificielle et le pilote est originale.
  • L’oeuvre de Zima: une journaliste est convoquée pour interviewer le plus grand artiste de tous les temps. Franchement moche question design, ce segment est néanmoins l’un des plus intéressant thématiquement (écrit par Alastair Reynolds) avec des questionnements sur l’icône médiatique, sur la portée et la dimension de l’art ainsi que sur l’humanité VS IA.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Angle mort: séquence action en animation sur corps 3d, avec le braquage motorisé d’un camion par une escouade de cyborgs surpuissants. A la fois drôle, jouissif, assez joli. Un des courts les plus efficaces et sympa de la saison.
  • L’age de glace: seul segment en images réelles avec deux guest stars en Elisabeth Winstead et Topher Grace (le Venom du Spiderman 3 de Sam Raimi), idée totalement débile issue du cerveau de Tim Miller, du coup c’est rigolo trois seconde mais bien vite on se fout comme de notre dernière chaussette de cette civilisation hébergée dans un vieux congélateur…
  • Histoires alternatives: plusieurs versions de la mort d’Hitler qui entraînent des hypothèses historiques variées, au début originales, puis de plus en plus délirantes pour finir en un grand n’importe quoi. Malgré des images en animation 2D au style basique volontaire, c’est très drôle et assume totalement le quinzième degré. Un de mes préférés.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Une guerre secrète: très balèze niveau réalisation, cette chasse au monstre au fin fond de la Sibérie pendant la seconde guerre mondiale mérite surtout par son aspect « Eastern » et un commencement de mythologie construite autour de l’histoire. Du coup on aimerait en savoir plus et apprendre l’avant et l’après de ces chasseurs de démons.

Vous le voyez, c’est bien entendu d’inspiration variable, mais globalement très beau, souvent très drôle, parfois impressionnant artistiquement. Étrangement ce sont les films en image de synthèse classique qui impressionnent le moins car ils se reposent essentiellement sur leur technique (à laquelle nous avons désormais l’habitude). Quelques pépites même si la durée (on aurait aimé un final en moyen métrage qui aurait permis de développer une vraie histoire) ne permet pas de dépasser le propos liminaire et condamne souvent les réalisateurs au fameux twist final. Love, Death+Robots est cependant une excellente anthologie dont on attend impatiemment la suite en espérant des invités de marque.

***·Cinéma

Visionnage: Godzilla II, King of monsters

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Godzilla est une série de films cultes au Japon, doté d’une esthétique kitsch mais qui a beaucoup inspiré l’imaginaire des films catastrophes hollywoodiens récents avec l’idée ancienne de transposer ces combats titanesques chez l’Oncle Sam. Guillermo Del Toro a été le premier à tirer avec son génial Pacific Rim qui posa les lignes esthétiques de ce que devait être un film de monstres: des tailles gigantesques, un univers sonore très travaillé, une pluie omniprésente et une bioluminescence des créatures qui se mettent joyeusement sur la gueule. A la différence de la série Godzilla en cours, le film de Del Toro créait un univers et des personnages intéressants dotés d’une intrigue dramatique suffisante à tenir le film. La série de Legendary Pictures semble se dispenser de cela ou en partie.

Résultat de recherche d'images pour "godzilla 2 art"Le premier Godzilla hollywoodien frappait fort en 2014 par une campagne promotionnelle très graphique qui intriguait et un réalisateur auréolé de son très réussi film Monsters (… et qui semblait prédisposé à l’adaptation). Le film évitait la catastrophe mais peinait à enthousiasmer par manque d’intensité dramatique, par des raccourcis temporels et géographiques (que l’on retrouve dans le 2), mais lançait les prémices d’une mythologie qui allait permettre la suite. En 2017 l’étonnant Skull Island surprenait en gigantifiant King Kong afin de lui permettre d’affronter le dinosaure atomique, mais surtout développait le background de l’agence cryptozoologique MONARCH, la mythologie de la Terre creuse et densifiait ainsi fortement la portée et l’intérêt du film. Surtout, il donnait un vrai rôle aux personnages (même si l’on restait dans un film de genre avec ses caricatures).

Godzilla 2 s’en sort bien et montre que Legendary est pour l’instant le seul studio à parvenir à créer un univers partagé cohérent après Marvel. Pas une mince tâche. Le film réussit en poursuivant le développement mythologique expliquant de façon crédible l’ensemble des mythes humaines, jusqu’à se frotter discrètement à celui de Ctulhu. Le spectacle est réussi mais épuisant car le scénario assez brouillon et souvent incohérent (les ellipses gigantesques déjà vues dans Godzilla 1) ne permet pas les respirations nécessaires. Seuls surnagent un formidable Bradley Whitford (le Josh de West Wing) et une jeune Millie Brown qui parvient à apporter un charisme étonnant malgré le vide de son personnage. Un réalisateur plus inspiré aurait pu aboutir à un grand film en donnant une vraie place à ses personnages. Mais le cahier des charges était imposant, étouffant, avec notamment cette ribambelle d’acteurs qui ne font que de la figuration pour justifier sans doute des parts de marché (Ken Watanabe, Zhang Ziyi) et ces second rôles qui n’ont que 2 minutes pour exister. L’annonce de Kong VS Godzilla s’annonce bien avec un développement de la Terre creuse, développé rapidement dans le générique final. Si Legendary poursuit le développement de sa mythologie et assume un vrai scénario de cinéma avec personnages impliqués dans une intrigue on peut aboutir à quelque chose d’assez grandiose.Résultat de recherche d'images pour "godzilla 2 art"

Ce qui plait (malgré le très raté Gidorah dont le design semble échappé des premiers films Toho et dénote avec ceux de Godzilla et des autres monstres plutôt chouettes) c’est le côté primal, le graphisme assumé de chaque plan, la brutalité des combats. La lisibilité n’est pas au niveau d’un Pacific Rim ou d’un Skull Island mais c’est plaisant et énorme. L’élément plaisir visuel est ainsi totalement réussi et il ne reste plus que l’autre hémisphère du film à étoffer pour parvenir à un gros succès du niveau de ce qu’a créé Marvel studios. La très grosse surprise finale du sanctuaire de Godzilla est par exemple illustrative d’une certaine ambition des producteurs, peut-être encore timorés. Le film, malgré un combat titanesque quasi-continu épuisant, l’image sombre et chargée, reste plaisant et donne envie de découvrir cette Terre creuse où à n’en pas douter on trouvera encore bien des grosses bébêtes…

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Cinéma·Nouveau !

Annecy 2019: le palmarès

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Une nouvelle fournée de perles d’animation a été livrée à Annecy hier, avec un tête un film français à sortir le 6 novembre prochain: J’ai perdu mon corps.

Résultat de recherche d'images pour Le film avait déjà reçu un prix à Cannes et a eu le Cristal (premier prix) ainsi que celui du Jury. A noter qu’Annecy est doté d’un palmarès vraiment conséquent avec énormément de catégories qui permettent de découvrir la richesse de ce que propose l’animation.

D’autres ayant déjà bossé pour moi et connaissant mieux l’animation je vous renvoie vers l’excellent blog du journaliste de La Croix qui suit l’Animation:

https://film-animation.blogs.la-croix.com

Et je rappelle le formidable site de l’école des Gobelins, qui propose une foule de courts métrages d’étudiants qui sidèrent par leur qualité:

https://www.youtube.com/channel/UC-vrN89jIox3XqAKbEMeFgQ

***·BD·Cinéma

Série: Daredevil Saison 1

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Ça y est, je l’ai enfin vue la première saison de ce Daredevil dont on dit tant de bien! J’avais beaucoup de réticences tant les autres séries de super-héros sont de très piètre qualité jusqu’ici, pourtant le diable rouge est le personnage que je préfère dans le catalogue Marvel, notamment via les albums dessinés par Joe Quesada (… qui est producteur exécutif sur la série!) ou le Yellow de Sale/Loeb. Du coup j’ai eu un peu de mal sur l’apparence du costume que l’on voit poindre à la toute fin de la saison, qui est bâti sur le modèle réaliste du Dark Knight de Nolan plutôt que sur le modèle « collant » historique. C’est dommage car si les collants n’étaient plus à la mode, le retour de Spidey dans le MCU aurait permis de garder ce design du diable bondissant.

On touche ici à une originalité qui plaira ou pas, de faire de Daredevil une grosse brute formée aux arts martiaux couleur « baston de rue ». Les combats, nombreux, sont rudes, secs, trapus. Le diable en prends plein la tronche malgré son agilité mais joue plus des muscles et de l’encaissement des coups, comme son boxeur de paternel. Il y a de la cohérence dans cela, toute la première partie revenant longuement sur les liens entre Matt Murdock et son papa « Battling » Jack, le plus doué pour encaisser les coups… et se coucher dans des combats truqués. En ce la la proximité avec Bruce Wayne est grande, faisant du décès de son paternel l’origine de sa hargne, de sa noirceur et de son envie de protéger sa ville. Mais contrairement au milliardaire de Gotham, Murdock est fauché, aveugle et petit avocat des causes perdues.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Le personnage urbain de Hell’s Kitchen est étonnamment absent de la première saison, sans doute pour des questions de budget (les tournages en extérieur sont beaucoup plus chers qu’en studio) et n’est représenté que par la fameuse église, le loft de Murdock et les lumières de néons nocturnes qui percent les vitres opaques des intérieurs. Comme dit plus haut, le Dardevil de Netflix est très terrien, ne serait-ce que par son apparence trapue et nerveuse, loin des acrobaties aériennes sur les toits de la ville qui font la marque de la BD. C’est un choix artistique, original, même si je trouve qu’on y perd en élégance.

L’histoire suit en parallèle la lutte de Daredevil (doté d’une tenue qui a plus du Vigilant que du superhéro) et de Wilson Fisk, le futur Caïd, incroyablement incarné par un Vincent D’onofrio qui n’a jamais été aussi bon depuis ses débuts dans Full Metal Jacket. Le héros est déjà en action au premier épisode et applique des méthodes violentes loin de la morale d’un héros. Car Murdock, orphelin jeune, aveugle, a eu une vie rude, en partie élevé et formé par Stick, un Scott Glenn toujours aussi sec et charismatique en vieux ninja aveugle. L’enjeu de cette première saison et ce qui lui donne tout son sel, c’est l’évolution du personnage, tiraillé entre ses deux pères, le prêtre et sa morale quasi laïque d’un côté, Stick de l’autre pour qui la fin justifie les moyens et n’autorise pas la compassion. Au commencement Daredevil est Stick. Les événements de la saison vont le faire évoluer vers le prêtre. Notamment le personnage de Claire Temple, la magnifique Rosario Dawson, trop peu vue dans cette saison et qui apporte beaucoup plus à l’intérêt psychologique qu’une Karen Page qui surjoue et occupe bien trop de temps d’écran en comparaison. Globalement le jeu est de qualité sur cette saison, mais très tiraillé entre l’excellent (D’onofrio, Dawson, Charlie Cox qui incarne le héros ou l’acteur qui incarne le journaliste Ben Urich, une vraie découverte) et l’assez mauvais (Karen Page donc, Foggy Nelson mais aussi étonnamment Ayelet Zurer qui en fait des caisses). Du coup on a beaucoup de scènes redondantes, mal jouées autour des larmes de Karen Page et quelques perles d’émotion brute dont la plupart autour de Fisk.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Car un peu comme le Thanos d’Avengers Infinity War, Wilson Fisk attire la quasi totalité de l’intérêt de la première saison, de par l’implication, la voix, la gestuelle de l’acteur et de toute évidence l’intérêt des scénaristes. L’axe de compréhension est celui de la relation au Mal qu’entretiennent Fisk et Murdock, en miroir. Si le second est du côté de la justice on lui fait assez vite remarquer qu’il a la même morale jusqu’auboutiste que son adversaire. La cohérence du parcours de Fisk fascine. Son père violent l’a forgé, traumatisé et il cherche sincèrement (comme Thanos) à faire le bien, contre l’avis des habitants s’il le faut. Sa recherche de l’amour est touchante et ses éclats de violence impressionnants.Résultat de recherche d'images pour "daredevil saison 1"

Cette première saison est sans doute un peu longue et aurait gagné à être concentrée en huit ou dix épisodes en élaguant dans les longueurs. Esthétiquement c’est un peu cheap, du niveau moyen des séries super-héroïques. Les combats sont assez sympa et proposent une hargne bienvenue, mais c’est bien le personnage du méchant qui permet à la série de nous tenir en haleine. On reste loin de la qualité HBO mais pour un démarrage c’est encourageant et sachant que la série s’est terminée avec trois saisons j’espère que les producteurs (au rang desquels tout ce qui compte chez Marvel: Jeph Loeb, Joe Quesada, Stan Lee, excusez du peu) auront su clôturer joliment les aventures d’un personnage qui le mérite.

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Cinéma

Ciné: Avengers Endgame et le bilan du MCU

Résultat de recherche d'images pour "avengers endgame bannière"Ca y est on y est! Après dix ans et vingt-deux films, le MCU se termine… ou pour le moins sous la forme que nous lui connaissons. Pour ceux qui ont vu Avengers Endgame, si une certaine transition est prévue en matière de personnages (notamment vers les séries TV de la nouvelle plateforme Disney+, la multinationale se passant de Netflix pour la diffusion de ses séries), Marvel passera réellement à autre chose à compter de ce film. Il faut dire que ces dernières années ont énormément bousculé la donne en matière de droits sur les personnages (rachat de la 20th Century Fox) et sur certaines options « politiques » (les héros noirs, les femmes,…) en bousculant un peu la liberté artistique par des contraintes à prendre en compte par les créateurs, pas toujours facilement.

Avant ma critique du film je vais procéder à un petit rétro du MCU jusqu’ici. Pour rappel je m’étais livré à quelques réflexions et prospective sur ce blog avant la sortie d’Infinity war.

Résultat de recherche d'images pour "road to endgame art"Avant le rachat du studio Marvel (lui-même issu de l’éditeur de comic-books et l’incroyable vivier de personnages créés entre autres par le génial Stan Lee) par Disney, le MCU s’est construit progressivement, film par film, après quelques relatifs échecs (Hulk, Blade, Daredevil,…). La décennie 2000 est préparatoire au MCU avec les premiers succès du X-Men de Bryan Singer (produit par la Fox) puis le Spider-Man de Sam Raimi, avec l’option de confier ces projets à des réalisateurs confirmés. Cette formule échoue sur le premier Hulk (pourtant très chouette, réalisé par Ang Lee, mais doté d’effets spéciaux encore immatures). le producteur Kevin Feige, déjà à la manœuvre mets alors en place une stratégie: remise en production directe par Marvel, intégration industrielle des films Marvel avec de « jeunes » réalisateurs (seule exception et l’un des plus mauvais films du MCU, le premier Thor confié à Kenneth Brannagh) et montée en puissance en fonction des résultats de chaque films avec un univers partagé discret. Si le succès financier énorme du premier Iron Man montre que l’industrie et le publics sont prêts pour le MCU, il ne faut pas oublier que c’est bien le premier Avengers au succès planétaire qui lance la machine, les précédents avançant sans prise de risque (entendre « pouvant arrêter la franchise à tout moment »).

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Dès la phase 2 la recette est connue et la complexification de l’univers qui entrecroise ses films se développe. Un recadrage a lieu après le succès modéré de l’Ere d’Ultron qui semble déphasé par rapport à la trame générale et notamment la mythologie construite autour de la trilogie Captain America (à noter que seuls le Captain, Iron man et Thor sont pourvus de trois films, ce qui illustre le rôle de ces trois personnages dans la saga). Le conflit désormais connu entre le réalisateur Joss Whedon (tout puissant au sortir de son triomphe Avengers) et la production est sans doute à l’origine de ces bugs de direction. A partir de là Kevin Feige est seul maître à bord.

Résultat de recherche d'images pour "avengers endgame concept art"

La phase 3 est celle qui comporte le plus grand nombre de films avec quelques écarts qui expliquent à mon sens en partie l’impression étrange après le visionnage d’Infinity War et Endgame. Si les Gardiens de la Galaxy devait introduire la thématique spatiale indispensable à l’arrivée prévue de Thanos, il apporte surtout un univers flashy et décalé, reproduit sur le Vol.2 et sur Thor Ragnarok, véritables fautes de gout qui créent une brèche dans la cohérence de cet univers. Le MCU jonglait jusqu’ici entre l’espionnage sombre de Captain America et les joutes mythologiques du tout puissant Thor, mais en gardant un aspect réaliste et assez sérieux. Comme films solo cet aspect rafraîchissant fonctionne. Dans un opéra dramatique tel que Infinity War, c’est justement le retour au pathos qui fonctionne, avec cette chute incroyable, gonflée en diable, que prolonge le début d’Endgame avec cette vision d’un Tony Stark décharné, déchu…

Attention, ici commencent les SPOILERS…

Le MCU nous présente des héros, des super-héros, musclés, beaux, puissants, clichés, mais on est là pour ça! La nécessité dramatique passe par des surprises, des morts évidemment et des ruptures, comme sur Civil War (second film non Avengers à dépasser le milliard de recettes avec Iron Man 3), considéré par beaucoup comme un Avengers 3. Infinity War nous présentait des héros en échec, brisés, mais héroïques. Endgame en voulant jouer sur la rupture brise cet état: Hulk n’a plus peur, Thor est Big Lebovsky, Captain ne dirige plus grand chose et Tony Stark deviendrait presque humble… Où sont passés nos héros? Seul Antman semble épargné par cette crise de fin de cycle. En outre, si les décisions artistiques prises sur Infinity étaient très réussies (la barbe de Captain et le look de Thor), on est pas loin dans Endgame du minimum syndical en matière d’originalité. Résultat de recherche d'images pour "captain marvel endgame"La rage n’est plus là et si l’on compte le nombre de combats on est surpris par le fait que tout est pratiquement rassemblé sur le grand final, étonnamment court pour une clôture de cette envergure. Les constantes sont rompues. Idem pour un Thanos si réussi en anti-méchant (concept nouveau inventé pour l’occasion!) qui redevient dans Endgame un simple méchant décidé à tout détruire. J’appelle cela le syndrome Star Wars VIII quand pour essayer de perturber le spectateur les producteurs en viennent à casser les constantes et oublier l’ADN d’une saga. Or lorsqu’on a bâti un univers mythologique on ne peut pas en briser les fondements. Tuer un personnage oui, mais un Jedi est un Jedi et un héros reste un héros…

Cette dualité entre deux visions du MCU semble avoir abouti à deux films distincts alors qu’ils étaient à l’origine deux parties d’un même long-métrage final. Ceci provoque, outre d’incompréhensibles facilités scénaristiques, de gros problèmes de rythme: après une entrée en matière impressionnante et directement rattachée à la fin du précédent film, un saut dans le temps de cinq ans injustifiable à ce moment là, des revirements de positionnement brutaux (Tony Stark change d’avis sans raison), des scènes inutiles et improbables (le selfie WTF d’Hulk et Antman) et des pistes totalement inexploitées (le paradoxe temporel, l’incidence sur Thanos de sa capture de Nebula, Captain Marvel)… Résultat de recherche d'images pour "iron man rescue"On a dans Endgame trois parties absolument cohérentes mais aucunement reliées entre elles: le début dramatique, lent, sombre, le milieu en mode déconne et fan-service, le final baston anthologique. Chaque partie est bonne mais la structure n’y est pas. Surtout, le lien avec Infinity War ne se fait pas.

A ce stade je tente une hypothèse pas si improbable vu le décalage entre les deux films: Infinity war pouvait constituer une fin véritable à la saga de l’Infinité. Sa structure était complète. Et si les réalisateurs avaient proposé cette conclusion comme une sorte de Director’s Cut et que Marvel avait répondu oui mais avec un autre film, un remake en mode Happy End? Car c’est bien ce qu’est Endgame: un second round que rien d’autre que l’envie de voir l’ensemble des Avengers taper Thanos ne justifie… D’où les facilités de scénario, d’où le Deus Ex Machina Captain Marvel,…

Le principal événement récent dans l’industrie du ciné hollywoodien est l’arrivée de la plateforme Disney, qui intègre désormais la totalité de la filière de production  de créations ciné. Lorsqu’on regarde Endgame avec cela à l’esprit l’on ne peut s’empêcher de craindre que nombre de scènes étranges sont là pour lier le film à une future série. Car à force de voir le miracle MCU qui voit le summum de l’industrie du spectacle mercantile parvenir à équilibrer le créatif et le commercial on en oublierait presque que Disney produit ses films pour vendre autre chose. J’espère que l’on n’en est pas arrivé là…Résultat de recherche d'images pour "immonen x men avengers"

Et la suite? Rarement si peu d’infos sont tombées de la part de Kevin Feige. On connait les prochains films, ce qui ne nous apprend rien sur la trame générale, avec des Dr Strange 2, Black Panther 2, Gardiens de la galaxie vol.3 et un Black Widow finalement bien tardif et que l’on imagine mal autrement qu’en one-shot. La seule certitude c’est que le MCU en finit avec les créations Stan Lee pour rebondir vers d’autres créations, notamment les Eternels. La catastrophe de la série TV des Inhumains rend improbable ce qui aurait pourtant été une piste naturelle. Tout le monde attend un crossover avec les X-Men, ce que ne semble pas envisager Feige rapidement pour des raisons de calendrier. Mais qui a regardé le MCU de bout en bout sait combien le producteur sait adapter ses plans, comme l’illustre l’intégration en urgence de Spidey, avec le succès que l’on sait. Paradoxalement après plusieurs tentatives solo Hulk a intégré idéalement le MCU comme personnage sans film, de même qu’Hawkeye, un des héros les plus populaires des films. Et si la force de ces films était justement de proposer juste des apparitions en jouant sur l’impatience des fans? L’avenir nous le dira, selon l’équilibre que Marvel saura trouver avec Disney sur le plan créatif…

Cinéma·Graphismes

Bilan ciné de 2018

Comme on est dans les bilan et que dès le début j’avais envisagé ce blog comme traitant de tout ce qui était graphique, tout média confondu, je vais faire un petit retour ciné sur les films qui m’ont paru le plus visuellement intéressants de l’année passée (pas forcément les meilleurs films de l’année):

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Depuis quelques temps l’ami Steven aime à faire joujou avec les outils numériques, sans aucune honte à proposer un jeu vidéo en salle de cinéma. Du coup, comme il sait un peu faire des films on ne s’ennuie pas une seconde et il se permet en outre de poser pas mal de références plus qu’explicites à des films d’animation ou de cinéma, de Gundam à Shinning, avec une séquence entière totalement insérée dans le film de Kubrick. Ca reste un film pour ado, pas le plus intéressant ni novateur du siècle mais visuellement totalement ébouriffant.. pour peu que l’on ne soit pas un habitué des jeux vidéo dernière génération qui sont tout aussi jolis et souvent bien mieux écrits… Le serpent qui se mord la queue?

Résultat de recherche d'images pour "revenge film"

Un premier film, de genre, très graphique, on en a eu plein en France, pas toujours réussis et rarement suivis par autre chose. La bande-annonce m’a plu, les images surtout et j’aime bien ces histoires simples de vengeance brutale en pleine nature. Il ressort du film un étonnant faux-rythme, une image saturée dans des paysages magnifiques et un travail radical (sur le sang par exemple) que l’on ne trouve que dans des premiers films. Ça se laisse franchement regarder, ça n’a pas plus d’ambition que celle d’une bonne série B et c’est très joli.

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Que dire de ce coup de poing à l’estomac, de ce quasi acmé super-héroïque? Vous l’avez tous vu, comme Avatar en son temps… sauf que c’est finalement vachement mieux qu’Avatar! Alors paradoxalement, si je l’aurais aisément mis dans mon top des films de l’année, graphiquement ce n’est pas le plus réussi du Marvel cinematographic universe. On reste dans des canons très hauts, très colorés aussi, avec quelques illuminations visuelles et très peu de fautes techniques pour un film avec autant de plans synthétiques. La réussite du film est plus thématique (le méchant!!!!!) que visuelle, mais bon, c’est trop tard, il est sur ce billet et il y reste, voilà!

Spider-Man : New Generation

Vu juste après Asterix qui m’avait déjà bien claqué la rétine, j’ai eu la désagréable impression de voir le film en 3D sans lunettes à cause de cet effet de flou qui semble être au final volontaire. Dommage car sinon c’est l’un des objets animés les plus inventifs et gonflés que j’ai vu, un patchwork de culture urbaine du graph, de la BD de papa et de l’image de synthèse classique agglomérés comme une synthèse absolue de BD sur écran… C’est juste superbe, dérangeant visuellement et en plus très sympathique (et drôle)  question scénario. L’un des films de l’année certainement et l’un des meilleurs films de super-héros sortis au cinéma. Et last but not least, aucune nécessité de connaître l’univers de Spidey pour apprécier le film.

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Le précédent Asterix par Astier était déjà très joli mais sincèrement je pense que personne n’attendait ce film sur le plan visuel. Or c’est sa principale force en proposant quelque chose à la fois totalement fidèle au dessin d’Uderzo et vraiment très beau. Ça fait parfois penser à la saga Dragons (dont le 2 était également magnifique) et ça montre que les français savent totalement rivaliser visuellement avec les grosses prod’ d’outre-atlantique.

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Sans doute trop ambitieux et un peu pédant, le scénario n’arrive que peu à décrocher, mais l’ambiance visuelle de cet univers corrompu par la couleur est vraiment original. On pense par moment à des films de Gilliam ou de Tarsem dans un espèce de délire graphique. Ça n’a pas beaucoup d’autre vertu que son imaginaire graphique mais ça peut valoir le coup pour cela tout de même, . La critique est ici.

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Pour finir, la suite de la très grande réussite visuelle Les Animaux fantastiques… tout aussi réussie visuellement (bien que résolument plus sombre, comme une dramatique obligation à suivre l’assombrissement de la saga Potter?) mais franchement galère niveau scénario. Le drame des épisodes 2 (sauf que l’Empire contre-attaque mais bon…). J’adore toujours autant ce design rétro et l’imagination (mention spéciale aux séquences parisiennes et aux animaux pas assez présents) et si c’est un peu long ça reste vraiment très joli. Il faudra juste expliquer un jour aux réalisateurs que plus l’image est sombre moins on la voit à l’écran… je dis ça je dis rien…