Cinéma

MCU phase 4: bilan d’étape

Salut les amis! Après le gros guide de lecture estival de Dahaka sur les X-men je vais de mon côté vous proposer une analyse que je prépare depuis longtemps sur la situation du Marvel Cinematic Universe. Je pensais publier ce billet bien avant mais le calendrier du blog l’a repoussé ce qui n’est pas un mal puisque ne restant plus qu’un film à sortir sur la Phase 4 je vais pouvoir me permettre une synthèse globale et prospective.

Je viens de relire avec un peu de satisfaction mes billets de synthèse post-Infinity Wars et post-Endgame en constatant que mes réflexions de l’époque avaient vu plutôt juste. D’abord sur mon anticipation concernant l’arrivée des Illuminati, introduits sur le second Dr. Strange. Avec moins d’ambition qu’espéré mais les dernières annonces de Kevin Feige semblent confirmer cette orientation et notamment la conclusion logique des trois phases en cours sur le crossover Secret wars.

Malheureusement pour nous l’année écoulée confirme ce que je pressentais, à savoir que Disney a repris les commandes sur le créatif avec une vision à court terme faisant des films du MCU de simples teasers pour les séries en cours et à venir. La faute va jusqu’à l’aberration de contraindre pratiquement les spectateurs à visionner les séries pour capter ce qu’il se passe dans les films (comme dans le Multiverse of Madness). Dans le même sens un Thor Love and Thunder semble là pour justifier de nouvelles attractions pour Disneyworld et assume totalement le registre teen voir jeunesse de cette production où la présence du méchant Gorr semble complètement à côté de la plaque (pour qui a lu les comics du Massacreur de dieux). Cette reprise en main était déjà annoncée sur le Multiverse of Madness où la présence de Sam Raimi n’a pas suffi à assumer un registre adulte voir épouvante. Le retour de Taika Waititi en toute puissance sur le quatrième Thor semble acter la bascule d’un esprit sombre introduit par les frères Russo à un esprit plus compatible avec Disney pour les créations à venir. Inquiétant.

Si l’on reprend la phase dans l’ordre que constate t’on? L’ouverture par un Black Widow anachronique semble étonnamment nous rattacher à l’esprit des précédents films et déçoit surtout par son absence d’ambition et par l’incongruité de nous jeter un film (très correcte) centré sur un des personnages disparus dans le diptyque Infinity. On peut imaginer une affaire contractuelle obligeant Disney à faire un film avec le personnage de Scarlet Johansson, seule explication à cela. Suit un Shang-Chi également correcte comme simple film, qui a le mérite de proposer un nouveau personnage (et occasionnellement d’ouvrir le marché de Disney vers la Chine…) mais qui laisse un peu sur sa faim en matière d’ambition et de liaison avec l’univers existant. Les fans diront que sur la première phase les liens étaient également ténus.

Les Eternels sont la première bonne surprise de la phase. Outre une direction artistique juste sublime, un rythme et une lisibilité remarquables, le film introduit tout à la fois une mythologie entière, une ribambelle de personnages hautement puissants et la première évolution majeure de l’univers depuis l’affrontement contre Thanos. Ce que l’on attend d’un film Marvel en somme, plein de promesses en devenir… et qui restent lettres mortes lorsque l’on constate que les films suivant ne semblent pas tenir compte de l’évènement majeur introduit par le film de Chloé Zhao (l’émergence du Céleste).

Spider-man no way home reproduit un peu l’accident scénaristique du précédent (Far from home) qui nous ouvrait magistralement le Multivers, avant de nous dire que c’était une blague… pour nous dire enfin dans la suite directe qu’il existe bien. Quel autre studio peut se permettre ainsi de se contredire sans sourciller? Outre de ridiculiser le plus puissant personnage du MCU (Strange) et de se vautrer dans un fan-service certes fun, le film referme ensuite ce multivers sans conséquence. Et c’est là la première faute de cette phase: tous les films sont réversibles, sans incidence, ne faisant au final rien avancer de la trame générale qui semble destinée à être traitée dans les séries. Illustration de cela avec un Doctor Strange and the multiverse of Madness où l’élément principal (l’évolution de la Sorcière rouge en méchante) est traité dans la série WandaVision ou avec Loki qui introduit le méchant de la Saga du Multivers. Jouant le (très) chaud et le froid le film de Sam Raimi n’est pas franchement raté mais énormément bancal, lorsqu’il nous jette une phénoménale séquence de traversée du Multivers, qu’il introduit le très réussi personnage d’America Chavez et les Illuminati, qu’il propose un duel entre deux Strange et assume la magnifique idée du Strange Zombie, mais qu’il sait aussi rendre foireuse la baston de Reed Richards et sa bande contre Wanda, le personnage de Christine (les femmes n’étant décidément pas flattées dans le MCU) où donner un rôle WTF aux sorcières et leur Nécronomicon maison.

Aussi attendu que le second Strange, premier personnage à être doté d’un quatrième film, dernier survivant des premiers Avengers, Thor love and Thunder laisse les mains libres à un Taika Waititi en roue libre qui semble décidé à faire n’importe quoi avec son joujou, ayant envoyé le grand ordonnateur Kevin Feige en vacances pendant qu’il charcutait tout à la fois les potentiels de la série Mighty Thor et le mythique Massacreur de dieux de Jason Aaron. Loin de moi tout esprit légitimiste, j’ai toujours considéré que des adaptations ciné étaient faites pour réinterpréter les œuvres précédentes. Pourtant l’utilisation des deux grandes saga récentes du personnage en comics est faite en débit du bon sens scénaristique, sans aucun effort, transformant le magnifique et dramatique Gorr en simple croquemitaine pour enfants et Nathalie Portman en simple faire-valoir féminin sur une tendance à la mode. Les chèques pour elle et le pauvre Christian Bale ont dû être bien gros… Sans doute la plus grosse catastrophe de tout le MCU (avant même un premier Thor bien faible), ce Love and Thunder, passé la blague des premières minutes, me laisse très inquiet sur la destinée de cette formidable construction.

Passé ce constat on peut imaginer des hypothèses sur la cause du délitement alors que le même boss est toujours aux manettes. Le très chaotique développement de cette phase concomitante avec l’apparition de Disney +, l’embauche tardive des réalisateurs et le calendrier bousculé par le Covid peuvent donner des pistes. La déclaration de Feige annonçant l’abandon du principe de Phases avant de le confirmer en majesté ce printemps illustre aussi certaines hésitations. Espérons que la mauvaise qualité des derniers films force les producteurs à lâcher la bride créative à Feige et ses équipes. Si l’on regarde du côté de la franchise Star Wars on peut être très inquiet. Si l’on regarde les enjeux du MCU pour Disney on peut espérer un recadrage en sachant que tous les films ne seront pas nécessairement nécessaires (je pense à Blade ou Thunderbolts qui semblent ne se raccrocher à rien).

Pour finir et comme toujours avec Marvel, la récente Bande Annonce du Wakanda forever confirmant l’arrivée tant attendue de Namor donne encore de l’espoir. Tout peut basculer cette fin d’année et enfin enclencher la dynamique. Si le métrage se plante je pense qu’il faudra se faire une raison et acter le décès d’une des plus ambitieuses innovation d’Hollywood depuis des décennies.

***·Cinéma·Comics

Jupiter’s Legacy: la série

Salut à tous!

On commence cette semaine avec un retour sur la série Netflix dont la première saison de huit épisodes est diffusée à partir de mai 2021. Si vous ne savez pas de quoi on parle allez jeter un œil sur l’une des plus enthousiasmantes revisitation du thème superslip depuis Watchmen (si-si!) dont les chroniques des deux albums sont sur le blog (ici et ici). Qui dit deux albums dit deux saisons prévues (et peut-être trois puisque le spin-off en comics Jupiter’s circle développait le passé des super-héros)… qui s’arrêteront au milieu du gué. En effet, de manière assez incompréhensible, moins d’un mois après la mise en ligne de cette série à gros budget adaptée d’un monument BD Netflix annonçait l’annulation du show qui n’aura donc (probablement) jamais de conclusion. Les amis de Comicsblog ont depuis détaillé les raisons, principalement financières et de production, qui ont de fait avorté le projet avant même sa sortie. Un destin tragique mais de moins en moins rare dans les studio hollywoodiens très financiarisés (c’est un comble quand on connaît le thème de Jupiter’s legacy!) où le succès public et critique des créations audiovisuelles ont de moins en moins d’effet sur leurs suites (dernièrement avec la saga Snyder et ses projets chez DC où on rappelle que le mal aimé Dawn of Justice a rapporté 873 millions de dollars dans le monde, ce qui n’a pas suffit pour maintenir Zack Snyder à la baguette).

Alors que sort cette semaine la suite du comics original (et en attendant le second Magic Order dessiné par Immonen!!!) il est temps de revenir sur la version audiovisuel et de vous confirmer à la fois que le visionnage vaut le coup et combien il est dommage que la plus intéressante partie ne nous soit jamais montré (enfin, on fait confiance à Millar et Quitely, producteurs exécutifs, pour relancer la machine si les comics cartonnent). Le premier élément positif porte sur l’adaptation, un véritable travail de réappropriation qui ne se contente pas de transposer les scènes de la BD. Cette première saison alterne en effet deux époques, l’année 1939 qui a mené aux super-pouvoirs des personnages et notre époque où le code moral de l’Union est battu en brèche par l’évolution de la violence. Si la famille dysfonctionnelle d’Utopian est présentée, le cœur du show repose sur la jeunesse des premiers héros, dans une esthétique rétro très élégante et qui permet aux acteurs de montrer leur talent. Sans grosse tête d’affiche (économie pertinente), Jupiter’s legacy permet aux acteurs de s’exprimer avec charisme et sans le ridicule (il faut le dire) des perruques et costumes de l’autre époque.

Les lecteurs de la BD ne s’ennuieront donc aucunement puisque c’est une histoire presque originale qui nous est narrée (du moins placée entre les évènements du comic), en repoussant à la saison deux toute la partie politique et « occupy wallstreet » qui faisait le sel si radical du projet. C’est intelligent car cela permet de rester grand public tout en permettant la bascule entre deux parties. D’où la frustration, partiellement compensée par l’aspect origin story qui nous fait comprendre comment les originels se sont rendus sur l’Ile (pour rappel une énorme ellipse les y envoyait chez Millar et Quitely). La surprenante folie d’Utopian permet aussi d’expliquer sa morale d’airain sur le Code (qui renvoie bien entendu au Comic code Authority des comics que Millar a largement mis à terre dans son œuvre) et décortique un peu plus l’amitié très forte avec le futur Skyfox.

Clairement la partie contemporaine, outre des look assez kitsch pour les héros, est la plus faible et semble bouche-trou puisqu’il n’est pas vraiment prévu que le scénario ne se révèle avant la saison suivante. Étant donné l’historique de ce show il est donc préférable de prendre ce visionnage comme un bonus servant de prequelle à la BD et qui peut presque se suffire à lui-même de cette manière. Comme je l’ai dit, les acteurs sont vraiment impliqués et plutôt bons (avec notamment un excellent Walter Sampson avec des airs de Tom Hiddleston), quelques belles séquences de combat et d’effets spéciaux sont proposés et la mise en scène est tout sauf honteuse en regard de ce qui se fait sur Netflix. Les stat de visionnages avaient d’ailleurs confirmé une plutôt bonne accroche pour un budget certes conséquent mais moindre que Stranger things ou The Witcher (dont les retours sont plutôt moyens). Bref, encore un bien beau gâchis créatif qui montre combien la gestion de la production est souvent plus importante que le talent créatif ou l’originalité d’un projet.

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8 mars: journée internationale des droits des femmes

ActuA l’occasion de la journée international des droits des femmes nous vous proposons une sélection d’albums qui parlent des luttes pour l’égalité ou sur des figures féministes et de femmes remarquables…

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****·Actualité·Cinéma·Comics·Guide de lecture

The Batman: les comics qui l’ont inspiré…

The Batman : un poster et un logo officiels et artistiques pour le film de  Matt Reeves - GAMERGEN.COM

La sortie d’un film Batman est un évènement. Le plus célèbre des super-héros en slip n’a finalement pas tant de version que cela si l’on exclue l’anomalie commise par Joël Schumacher dans les années quatre-vingt dix. Pour accompagner ce qui semble la proposition la plus fidèle à l’univers sombre et mythologique des comics depuis Tim Burton les éditions Urban (éditeur officiel de DC comics en France) proposent une liste de comics « officiels » dont se sont inspirés (voir plus…) les créateurs du film.

Vous trouverez le lien vers les articles sur les couvertures des albums que nous avons chroniqués. Bonne lecture et bon film!

****·Actualité·Cinéma·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman: Imposter

Recueil de 152 pages de la mini-série écrite par Matson Tomlin et dessinée par Andréa Sorrentino. Parution en France aux éditions Urban Comics, collection Black Label, le 25/02/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Beware the Bat

Depuis trois ans, la ville de Gotham subit une campagne violente, menée par un homme anonyme dont certains doutent même de l’existence. Le but apparent de cette figure nocturne est de lutter contre la criminalité et la corruption qui gangrènent la cité depuis des décennies, quitte à se mettre à dos la police et se mettre au ban d’une société devenue apathique.

Cet homme, déterminé, entraîné et disposant de ressources considérables, n’est autre que Bruce Wayne, héritier de la fortune colossale de ses défunts parents, assassinés sous ses yeux dans une ruelle sordide. Mû par une colère dévorante, Bruce est devenu le Batman, le justicier de l’ombre craint par les criminels et méprisé par le système.

Batman est peu à peu devenu le symbole d’une justice alternative, qui ne fait pas de compromis, remportant une certaines adhésion populaire malgré la traque officielle qui lui est donnée. Et contre toute attente, les efforts colossaux de Bruce ont fini par porter leurs fruits, car pour la première fois depuis 54 ans, le crime recule à Gotham. C’est même la première fois, ce soir-là, qu’aucun crime violent n’est répertorié dans la cité. Une vraie consécration, que tout homme censé aurait pris le temps de célébrer.

Mais vous l’aurez compris, Bruce n’a rien d’un homme censé. Noyé dans sa croisade, il ignore sciemment ses limites jusqu’à être grièvement blessé, par deux crétins anonymes qui s’en vont sans demander leur reste. A cours d’options, Bruce échoue chez la Docteure Leslie Thompkins, qui l’avait suivi enfant. Leslie découvre ainsi avec effroi que le jeune patient qu’elle connaissait est en réalité un justicier ultra violent. Partagée entre sa volonté de sauver Bruce de lui-même et les enjeux liés à sa croisade contre le crime, elle décide de l’aider en lui imposant des séances de psychothérapie, auxquelles le jeune homme devra se plier au risque d’être dénoncé par sa psy.

Malheureusement, ce n’est pas le seul problème que va devoir affronter notre héros. Un autre justicier, arborant lui aussi le symbole de la chauve-souris, exécute des criminels, franchissant ainsi la seule limite que le véritable Batman s’impose. Harcelé de tous cotés, traqué par le GCPD et par les élites corrompues de Gotham, Batman n’aura peut-être pas l’occasion de laver son nom et d’attraper l’imposteur.

Le film le plus attendu de l’année, The Batman, débarque dans nos salles obscures, poussé par une vague de hype comme en voit que pour les icones de la pop-culture. Ça tombe bien, l’Homme Chauve-Souris en est une, avec ses éléments clés, ses poncifs et piliers, que de nombreux auteurs, en 80 ans de continuité, se sont amusés à manier et remanier. Après des interprétations toujours plus excentriques (Batman, la série télé avec Adam West, Batman Forever et le trèèès controversé Batman & Robin), Christopher Nolan est entré en scène et a livré une trilogie qui a redéfini en profondeur le personnage et sa mythologie aux yeux du public.

Son leitmotiv ? Une approche sombre et réaliste, centrée sur les tourments et la psychologie ambigüe de son héros. Dans quel but un homme peut-il se lancer dans une telle croisade ? Quelle motivation, quelles ressources et quel entrainement cela requiert-il ? Narrativement parlant, Nolan n’est bien sûr par le premier à tenter cet angle d’approche, puisque des auteurs comme Frank Miller l’avaient déjà envisagé 20 ans auparavant (Batman Year One, The Dark Knight Returns, etc). Ces œuvres ont d’ailleurs servi de base de référence à Nolan pour sa trilogie.

Aujourd’hui, c’est Matt Reeves qui s’attaque au problème Batman, après une brève passade de Zack Snyder, avec le concours d’un Ben Affleck qui n’a pas fait l’unanimité parmi les fans. Le scénario du film de Reeves est cosigné par Mattson Tomlin, jeune auteur et réalisateur américain qui s’est d’abord fait la main sur The Imposter, dans lequel il développe la vision réaliste en vogue pour le justicier de Gotham.

Il s’agit donc ici d’explorer le coût personnel de la croisade du Chevalier Noir contre le crime, avec le plus de vraisemblance possible. Première idée imposée par le scénariste, son Batman est seul: ni Alfred, ni Gordon pour le soutenir ou appuyer ses actions. En effet, il est assez difficile d’imaginer que les proches d’un justicier, à plus forte raison un homme en colère comme Bruce, cautionneraient un tel comportement. Idem pour Gordon: un fonctionnaire de police qui collaborerait avec un homme en marge de la loi n’y laisserait-il pas sa carrière ?

La seconde idée est que la santé mentale et l’équilibre d’un justicier seraient réellement compromis, au point que l’on puisse douter de la cohérence de ses actions. Pour le reste, Tomlin met en lumière les fondamentaux de Batman, à savoir la préparation mentale et physique, les talents d’enquêteur et la dangerosité de Gotham. Il marque aussi des points en faisant rapidement de Bruce Wayne le suspect n°1 de l’enquêtrice chargée de traquer Batman.

Sur le plan graphique, Andrea Sorrentino, passé maître dans l’art de poser des ambiances glauques, est ici tout à fait à son aise. Inventif dans son découpage, il laisse la mise en scène au service de l’écriture mais n’excelle pas véritablement lors des phases d’action.

En résumé, Batman the Imposter est une exploration immersive de la psyché batmanienne, un avant-goût prometteur du film !

*****·Cinéma

Visionnage: Arcane saison 1

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Coup de coeur! (1)Dans la cité de Piltover les grandes familles gèrent la vie de la cité du haut du grand conseil où elles oeuvrent autant pour la sécurité de la population aisée d’en haut que pour la préservation de leurs intérêts. Dans les bas-fonds, la cité de Zaun est peuplée de va-nu pieds et de criminels qui luttent au quotidien pour survivre. Les relations entre les deux cités, reliées par un unique pont, est parsemée de révoltes violentes et d’expéditions punitives de la police aux ordres. Là, deux sœurs vont se retrouver tragiquement séparées et participer à cet affrontement alors qu’une découverte scientifique s’apprête à bouleverser l’équilibre technologique et magique de ce monde au passé très sombre que personne ne voir ressurgir… https://www.numerama.com/wp-content/uploads/2021/11/arcane-piltover.jpg

Quand on me parle de série d’animation Netflix adaptée d’un jeu vidéo à la mode je passe mon chemin… On a beau s’appeler Netflix, produire une série de neuf épisodes de quarante-cinq minutes ça coûte cher et les productions appuyées sur des franchises réputées mettent rarement les moyens (genre Castlevania). Pourtant des miracles il en existe… et Arcane est sans doute le plus beau miracle animé qui ait été produit depuis au moins vingt ans!

Date et heure de sortie Arcane Act 3, à quelle heure sortent les épisodes  7, 8 et 9 sur Netflix ? - topactualites.comJe ne connais pas du tout le jeu League of Legend mais le fait qu’il soit le jeu en ligne le plus joué au monde explique le budget de la série (réalisée pour les dix ans de LoL… ça me rappelle un autre grand succès de l’animation!) qui serait de plus de cinquante millions de dollars, soit presque dix fois plus que le budget moyen d’une série animée. Réalisée par un petit studio français rattaché commercialement à l’éditeur Riot games, Arcane semble avoir joui d’une immense liberté artistique tant les neuf épisodes ressemblent à un fantasme grandeur nature de concept artist et de créateurs de mondes.

Dans le cinéma il n’y a pas que les budgets et sur le plan purement artistique cette première saison (déjà renouvelée au vu des excellents retours) est un plaisir permanent. Que ce soie le design général tout à fait steampunk et coloré, les doublages fort réussis (j’ai visionné la VO) ou l’intrigue fort dramatique, on enchaîne chaque épisode en attendant le ventre-mou ou le cliché si fréquent dans les séries… las. L’exigence général des créateurs force le respect tant ils se sont fait une discipline de ne jamais aller là où on les attend, là où Revue Arcane : L'histoire des opposésl’intrigue mène. Outre les graphismes (j’y reviens), la très grande force d’Arcane ce sont ses personnages dont la psychologie et les relations (torturées) sont d’un grand réalisme. Élevées dans les bas-fonds les deux sœurs sont dures et ne devienne pas soudainement de belles héroïnes. Chaque personnage, des gentils aux méchants a sa part d’ombre, ses doutes, ses tendresses. Ainsi bien malin peut qualifier un personnage de méchant ou de gentil, les scénaristes ayant tout fait pour que chacun soit cohérent avec ses complexités. De même on évite soigneusement le manichéisme des nobles pourris oppressant sans morale un gentil peuple qui ne demande qu’a survivre. La réalité est bien plus compliquée et sincèrement aucun personnage ne laisse indifférent, que ce soit dans son design ou dans son itinéraire. Surtout, le personnage de Powder, à l’esprit détruit et schizophrène, impressionne et touche tant sa souffrance renvoie à une part humaine très crédible. Les dilemmes permanents, les manipulations, nous happent dans cette intrigue où l’on s’implique émotionnellement avec passion.Netflix Geeked on Twitter: "so cool seeing Vi's gauntlets in action  https://t.co/OzyU2ghTCm" / Twitter

L’aspect magique est occupé par une double technologie, une sorte de drogue utilisée par un seigneur du crime dans la basse ville, donnant des capacités surprenantes (mais très dangereuses) à ses consommateurs, quand la haute ville utilise une gemme énergétique dont la canalisation permet la fabrication d’artefacts surpuissants tels que la téléportation. La magie existe dans ce monde mais de façon lointaine, comme une réminiscence du passé glorieux que l’on n’ose plus invoquer.

Le graphisme donc… utilisant une technique CGI habillée de dessins de type brush typique des concept-design de jeux vidéo, il bluffera tous ceux qui sont un jour tombé sur un compte instagram de dessinateur ou un art-book de film d’animation ou de jeux-vidéos. Un miracle vous disais-je, tant l’animation est fluide, le montage très dynamique en empruntant par moments à l’univers du graph et des cultures urbaines (un peu comme Spider-man New generation). Chaque plan, chaque décors, chaque costume est un enchantement, jusqu’aux trognes des personnages, tous différents et caractérisés par une identité qui dépasse largement leur seule coiffure.Arcane | Netflix divulga trailer e data da série animada de League of  Legends

Je pourrais parler encore longtemps de cette formidable série mais vous qui aimez la BD et le dessin dans son ensemble, vous ne pouvez qu’être conquis par ce chef d’œuvre d’émotion, d’approche artistique et de worldbuilding. Une véritable anomalie comme on en voit peut-être une fois par décennie. La saison deux est annoncée avant 2023… à très bientôt donc!

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*****·Cinéma

Mortal engines

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Ils ne sont pas nombreux les billets visionnages sur le blog. Non que je n’aime pas ça mais d’une part le planning BD est toujours chargé et surtout les films justifiant graphiquement d’en parler ne sont pas légion. Pour rappel je m’astreint à parler ici de tout ce qui est graphique, donc soit d’adaptation de BD soit de films d’animation, soit (plus rarement) de films dont le traitement revêt un grand intérêt visuel.Mortal Engines : des mythes antiques dans un futur steampunk – Antiquipop |  L'Antiquité dans la culture populaire contemporaine

Ce Mortal Engines (sorti en 2018) est l’adaptation du premier roman de la série de quatre livres Tom et Hester parus à partir de 2003. S’étant complètement planté au Box-office en récoltant quatre-vingt millions de dollars sur un budget de cent, le film a reçu une moyenne de 26% sur l’agrégateur de critiques Rotten tomatoes et (un peu mieux) 3.1/5 sur les critiques presse françaises. A peu près le même résultat que le chef d’œuvre Jupiter ascending, autre fantasme visuel réalisé par les Wachowski. Tout cela ne va pas vous donner très envie de regarder ce métrage… et pourtant!Film steampunk : Y aura-t-il un Mortal Engines 2 ? | EL X CRË

Sur une trame que l’on sent issue de la littérature ado, Peter Jackson et ses comparses du Seigneur des Anneaux Fran Walsh et Philippa Boyens démontrent une nouvelle fois leur qualité de scénaristes. Car sur Mortal Engines ils ne sont pas que producteurs et ont simplement confié la réalisation à un dessinateur qui a travaillé sur tous les films de Jackson. Un dessinateur aux manettes, ce n’est pas un détail et cela se voir sur tout les plans.

Shrike : r/MortalEnginesCar outre une thématique SF steampunk bien plus sombre que l’on aurait attendu, le film déroule une univers d’une richesse graphique totalement folle, ne délaissant aucun plan et surtout ne se reposant pas que sur le visuel. Doté d’une équipe de jeunes acteurs à peu près inconnus (et portés par un Hugo Weaving en méchant subtile fort charismatique) mais très talentueux, il est tout à fait surprenant que cette œuvre n’ait pas trouvé son publie tant il regorgeait d’énormément de point qui auraient pu en faire une nouvelle mythologie majeure du cinéma. Une fois dépassé le pitch WTF voulant que les cités du futur sont montées sur chenilles et parcourent la Terre, on suit très vite l’itinéraire d’une jeune femme balafrée, poursuivant une vengeance et elle-même poursuivie par une Nemesis impitoyable avant de rencontrer la chef des pirates reliée à un peuple sédentaire que Hugo Weaving et la noblesse de Londres veulent éteindre…

On est immédiatement happé dans une intrigue qui ne souffre d’à peu près aucun ventre mou et démarre sans mise en place. La fuite de Hester va la mener dans les terres sauvages à la rencontre de marchands d’esclaves, de charognards, de pirates du ciel dans une séquence tout droit sortie d’un fantasme de designer graphique. Autant les jeux vidéo nous abreuvent d’univers et de visuels fous, autant le cinéma peine à assouvie cette envie que Star Wars fut à peu près le seul à satisfaire. Le design général sidère, tant dans l’élégance XIX° des costumes de Londres que dans les mécaniques steampunk et les engins frustes dégoulinant d’huile. La relation entre Hester et son poursuivant est très intéressante et traitée subtilement jusqu’à une progression qui joue sur la culpabilité familiale et l’identité propre qui touche au thème de l’IA. Comme on pouvait s’y attendre de la part de la bande à Jackson, l’épique est omniprésent et dramatique dans cette attaque finale entre les deux sociétés. Refusant les trames classiques et cliché d’une grande partie des films d’action US, Mortal engines réussit clairement grâce au talent de Jackson qui ne tombe jamais dans l’attendu et joue entre les émotions et les envies artistiques loin d’un manichéisme ricain.Mortal Engines - Airhaven by Nick Keller : ImaginaryMindscapes | Mortal  engines, Weta workshop, Fantasy concept art

Très mal vendu à sa sortie, trop appuyé sur une iconographie teen, Mortal engines mérite une seconde carrière via sa sortie récente sur Netflix tant il constitue l’un des meilleurs films de SF que j’ai vu depuis très longtemps, au même titre qu’un Alita Battle angel ou un Ready player one. Un visionnage impératif pour tout amateur d’univers graphiques!

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****·Cinéma

Godzilla (Netflix)

Que vaut la trilogie Godzilla sur Netflix ? - Animation

Comme le rappelait Dahaka mardi, les géants c’est la coolitude! Pourtant, si Guillermo Del Toro a permis par son magistral hommage Pacific Rim de sortir le lézard atomique japonais de son archipel, je fais partie de ceux qui se sont toujours demandé comment on pouvait sérieusement proposer des films avec des papillons géants se mettant des mandales avec des dragons tricéphales, avec la problématique évidente de savoir: que faire des personnages humains dans cette affaire? Si les films catastrophes ont pour intérêt principal la destruction graphique du monde, ils restent focalisés sur les personnages qui subissent ces destructions. Avec Godzilla (et c’est le défaut principal des deux premières adaptations hollywoodiennes) on n’attend que les mandales de monstres, du coup les personnages ressemblent souvent à des fourmis dont on n’a que faire au milieu des décombres. Pourtant, comme j’adore les boom-boom de monstres et plus encore l’animation, je me suis tenté cette trilogie (… sans savoir en appuyant sur Play que je partais pour 3X1h30)…

Godzilla: Planet of Monsters review: Netflix anime has Easter eggs, little  else

Le résultat est bien supérieur à ce à quoi je m’attendais et très surprenant, même si les trois parties sont résolument différentes et inégales, à commencer par un troisième épisode dont vous pouvez clairement vous dispenser sans grande perte pour la compréhension/conclusion de l’histoire. Ce qui marque immédiatement c’est la noirceur absolument nihiliste qui recouvre ce projet. Si le thème de Godzilla est semble t’il souvent assez sombre, on a rarement atteint un tel désespoir! La courte séquence d’introduction nous pose le contexte: après l’apparition de Godzilla et de deux peuples extra-terrestres la Terre a été dévastée et les résidus de l’humanité ont fui dans un vaisseau spatial à destination d’une exo-planète habitable. En quelques minutes on est plongé dans un post-apo en hard-SF. Mais ce n’est pas fini: la terre de prédilection s’avère finalement inatteignable et contraint l’équipage de cette Arche à retourner sur Terre… plusieurs milliers d’années après leur départ du fait de Relativité…

Comme vous le voyez, très peu de Godzilla sur une grosse partie des films, avant de constater que cette créature de la taille d’une montagne ne pourra probablement jamais être vaincue. Pourtant le héros, d’une résolution sans faille, va tout faire pour comprendre le fonctionnement de cet être vivant et le contrer. La trilogie Netflix propose un nombre impressionnant et passionnant de concepts de la littérature SF: les extra-terrestres, l’espace-temps, l’IA, l’altérité ethnologique, les nanotechnologies ou encore le divin… Superbement mis en relation, ces thèmes forment un fond qui lie les séquences et permet de donner une cohérence et un intérêt à ce qui mène au cœur de la bataille: l’affrontement des humains contre Godzilla. Entité apocalyptique chassant les humains (et donc éminemment écologique), ce Godzilla impressionne par son design incertain sur lequel le Cell-Shading apporte beaucoup de mystère.

Graphiquement on est plutôt bluffé par la qualité technique de l’animation 3D et par l’élégance générale des costumes et des engins. Je ne m’attendais vraiment pas à cela au vu de quelques productions animées assez cheap sur Netflix. Le doublage est du reste excellent comme la musique qui accompagne parfaitement cette histoire noire. Après deux volumes proposant une évolution intéressante du conflit, on aboutit malheureusement à un troisième opus qui se vautre tout à la fois graphiquement avec un très moche Gidorah et une visée religieuse qui fonctionnait quand elle était un habillage de fonds mais devient ridicule quand elle se retrouve au centre. Pourtant, à ceux qui aiment les séquences de destruction, la fin de tout espoir et les thèmes scientifiques poussés, cette trilogie reste un très sympathique moment de cinéma inattendu qui renouvelle le genre en s’émancipant du cadre et en replaçant les hommes et leur destinée au cœur de cette histoire. De quoi attendre du bon sur le Godzilla VS Kong avec enthousiasme pour peu que la mythologie générale (la Terre creuse et l’Atlantide) soit développée comme il faut…

Quantum Enigma

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Jupiter’s legacy: l’adaptation Netflix

Jupiter's Legacy - Série TV 2021 - AlloCiné

Ça a mis le temps mais on y est: le chef d’oeuvre de Mark Millar et Frank Quitely, le diptyque qui a révolutionné la BD de super-héros est visible depuis aujourd’hui sur Netflix pour une série live. En attendant de voir ce que donne cette première concrétisation du rachat des œuvres de l’écossais (à l’origine de Superman Red Son, Old man logan, Civil War, Kick ass, The magic order ou encore Kingsman…!!!) par la plateforme (Magic Order, Sharkey et Space bandits sont également en travaux) je vous rappelle les billets chroniquant le comic que vous devez impérativement lire si ce n’est déjà fait!

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Visionnage: The old guard

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La sortie du comic The old guard a produit son lot de très bons commentaires et joui de la réputation sans faille de Greg Rucka, scénariste notamment de l’acclamé Lazarus et Black Magick. Annoncé pour une déclinaison en film Netflix dès sa publication j’avais hâte de le découvrir tant le thème et le traitement m’avaient emballé… au contraire de dessins vraiment pas au niveau. A noter que le second volume relié du comic paraît aux Etats-unis à la rentrée et l’on peut gager sur une édition Glénat d’ici janvier.

The Old Guard 2 release date, cast and more about Netflix sequel

Alors cette adaptation  que donne -t’elle? Jusqu’à Netflix les adaptations de comics en films ou pire en téléfilms étaient rarement réussies faute à des budgets et ambitions à la baisse. Or dès l’annonce du casting on a pu envisager les moyens artistiques mis en oeuvre: Charlize Theron (la Furiosa de Mad Max et qu’on ne présente plus tant son charisme, sa plastique et son jeu en font une grande actrice crédible autant dans l’action que dans le drame), Chiwetel Ejiofor (le héros de 12 years a slave notamment et qui a commencé avec Stephen Frears excusez du peu), Matthias Schoenhaert (acteur de Jacques Audiard) et des seconds rôles par des acteurs inconnus mais très impliqués et crédibles.

L’histoire confiée à Rucka lui-même, transpose le premier volume en empiétant sur le second (je ne me souviens pas que le comic parlait déjà de cette immortelle bannie…) et Un baiser gay dans « The Old Guard », le nouveau film Netflix avec ...arrive à proposer un mix très équilibré entre action attendue (et efficace), traque par une société maléfique et surtout, le cœur de l’ouvrage, les peines de la vie des immortels. Sur ce plan l’originalité du traitement du comic est vraiment bien adapté avec un ajout indéniable du jeu des acteurs (mention spéciale au couple) pour enrichir cette psychologie particulière de personnes toutes puissantes mais pouvant perdre soudainement leur immortalité à tout instant et pouvant voir arriver un nouvel immortel également n’importe quand… Le gros de la trame, après la mise en place de cette « famille » autour de la Scythe (peuple ayant inspiré le mythe des amazones), porte sur l’initiation de la nouvelle arrivée, sa découverte des implication à l’immortalité et sur la nécessité de changer son paradigme de vie.

https://www.journaldugeek.com/content/uploads/2020/07/old-guard-3-720x480.jpgJe me demandais si le coût permettrait des scènes historiques et la réponse est oui, même si elles sont courtes. Cela permet une vraie densification du background et c’est louable même si il ne faut pas vous attendre à de grandes batailles de chevaliers à Jérusalem. On espère cependant voir illustrées certaines séquences du passé dans les deux autres films prévus. Il n’est pas si fréquent que l’interaction entre une œuvre comic et sa transposition filmée soit si étroite et c’est une bonne chose en permettant une grande fidélité. J’ai été notamment étonné de la proximité entre les gueules de l’album et les acteurs trouvés. La tentation de réaliser une série TV a du être grande et après visionnage du film je pense qu’une trilogie de longs métrages est plutôt pertinente en évitant le risque de dilution. Il reste maintenant aux auteurs à achever le comic (en trois tomes j’imagine donc) pour pouvoir lancer la production de la suite des films.

An 'Old Guard' Sequel Could Take A While — Here's Why – Deadline

En conclusion, une très bonne adaptation, très fidèle et qui procure autant de plaisir aux scènes d’actions (la réalisatrice est plutot novice et assez sobre) que dans les dialogues intimistes, avec des intermèdes historiques qui créent des respiration et une utilisation de l’immortalité dans les scènes d’action très originale.

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