*****·BD·Cinéma·Un auteur...

Visionnage: Bourgeon, le passager du vent.

Un auteur...

A l’occasion de la sortie des intégrales des séries de François Bourgeon chez son nouvel éditeur Delcourt (… quel éditeur n’aura pas eu Bourgeon dans son fonds?…) j’ai pris le temps de visionner le magnifique film qu’a fait son comparse Christian Lejalé en 2010 et dont est sorti un gros ouvrage, sorte de Art-book ultime sur cet auteur incontournable bourgeon-le-paager-du-ventdu neuvième art. Lejalé est le compagnon de route de François Bourgeon depuis longtemps et l’ai aidé de nombreuses fois dans son travail documentaire au travers de vidéos dont on peut voir des aperçus dans ce film. Conçu comme une entrée privilégiée et calme dans l’antre d’un monstre de la BD franco-belge, on le documentaire alterne reportage de l’époque des Passagers, à la glorieuse époque du journal (A suivre) de Casterman, que l’auteur considère encore comme une époque bénie, une anomalie qui permit à des auteurs ambitieux et exigeants de produire des albums comme le Dernier chant des Malaterre, fabuleux one-shot de 120 pages en donnant au dessinateur le luxe du temps pour le réaliser en étant payé. A l’heure d’une précarité galopante des auteurs et d’une production déraisonnable, on saisit le changement d’époque. Il est marquant de voir l’auteur à la trentaine dans la maison bretonne qu’il a acheté et quarante ans plus tard dans le même atelier, disposé de la même manière, le temps figé. Comme beaucoup j’étais convaincu que Bourgeon faisait partie de la légion de dessinateurs bretons qui nous offre si souvent de magnifiques albums teintés de culture… et bien non! Il est parisien et breton d’adoption, mais comme il le dit, sera toujours un étranger…

Projection du documentaire sur François Bourgeon et rencontre avec ...François Bourgeon a la particularité de travailler sur des modèles et maquettes. Il nous parlait de son travail de reconstitution de Montmartre dans la gazette du Sang des cerises. On le voit ici dessiner des personnages après sculpture d’un visage, se documenter au musée de la Marine sur les bateaux des Passagers ou créer des ambiances devant la caméra de son ami Lejalé.

La saga des Passagers du vent bientôt de retour | www.cnews.frCe film est passionnant en ce qu’il permet en un agréable moment agrémenté de douces musiques, de voir l’artiste au travail, son environnement professionnel, l’entendre parler autant de processus de création que d’économie de la BD avec le point de vue de celui qui a toujours été à part dans cette économie si particulière. Le succès immense de ses séries l’a aidé à maintenir ses exigences, il en est conscient. Mais il s’autorise aussi sans langue de bois un avis sur le marché actuel, difficile également pour des monuments François Bourgeoncomme lui.  Celui qui disait « Je n’ai pas publié de livre entre 1998 et 2005. Ce furent des années très dures, avec des huissiers qui venaient chez moi. Mais je ne sacrifierai jamais mon indépendance à quelques pourcentages de ventes supplémentaires » est un insoumis.

Un des derniers artisans de la BD, qui prends le temps nécessaire, le travail nécessaire pour produire les planches qui feront vrai et réaliste, Bourgeon est un historien de la BD, comme incarnation d’une époque et comme auteur d’albums toujours impressionnants. Si vous aimez Bourgeon ce visionnage est très recommandé!

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Ci-dessous un reportage réalisé par Lejalé pour France3 et qui donne une idée de ce documentaire plus long

***·Cinéma

Visionnage: Batman ninja

Film d’animation de DC comics (Warner), sorti en 2018, 85 minutes. Le film est réalisé par une équipe japonaise avec notamment le character designer du réputé Afro Samuraï.

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J’ai profité de l’arrivée de ce film d’animation (qui a déjà deux ans) sur Netflix pour tester ce projet assez WTF… ou pas, vues les excentricités de l’univers DC. Pour être direct, si vous ne l’avez pas deviné, ce film (et le manga qui en est issu en 2019) est un énorme prétexte pour placer Batman dans le Japon médiéval, mais pas que. C’est en fait tout un pan de la culture entertainment nippone qui est adapté dans le batverse. J’ai oui dire depuis quelques années que DC produit de bien meilleurs films d’animation que de films en prise de vue réelle et je veux bien le croire pour cette première incursion. Attention, je ne parle pas d’histoire qui est ici, encore une fois totalement expédiée sans même prendre la peine de faire semblant: le film s’ouvre en plein milieu d’un combat entre Batman et Gorilla Grodd à Arkham où ce dernier a déclenché une machine temporelle… qui propulse tout le petit monde du Batverse directement au japon des Shogun. En moins de cinq minutes on nous explique que la quasi totalité des méchants canoniques de Batman étaient présents ainsi que Catwoman, Alfred, la Batfamille… et la Batmobile. Rien que ça. Pas de justification c’est comme ça. J’imaginais une uchronie démarrant au japon mais non, on déplace juste tout Gotham (sauf Gordon et Batgirl, tiens, ils ne doivent pas aimer les sushi…) au Japon pour pouvoir se foutre sur la gueule avec le Joker et ses potes.

Résultat de recherche d'images pour "batman ninja"Dit comme ça cela ne doit pas vous engager beaucoup. Je ne vais pas faire le service après vente, je l’ai déjà dit et taggé, ce film est pas mal WTF et l’assume. Dernière pique dans le « scénario », le titre même est trompeur puisque l’on n’a affaire ici qu’à des samouraï et aucunement à des ninja. Ce n’est pas histoire de chipoter, je ne suis pas spécialiste mais visuellement tout est repris des codes des amures des guerriers japonais. Enfin, je remarque (le film est concomitant de l’Event Metal) que le clan des guerriers de la chauve-souris fait furieusement penser au clan du Hibou qui apparaît dans le DCverse depuis la Cour des hiboux je crois.

Résultat de recherche d'images pour "batman ninja"Non, la première qualité de ce film est clairement graphique, avec d’une part un design très élégant des costumes et personnages (notamment un Joker sous amphet’ particulièrement bien transposé en Shogun dément), des équipements mécaniques de Batman et des méchants et de la technique utilisée, en cell-shading. Comme souvent cette technique est idéale pour permettre de véritables effets BD avec un aspect crayonné (et quelques séquences de variation graphique expérimentale plutôt chouettes) sur une animation que seule la 3D peut rendre si fluide. Du coup l’expérience visuelle, très colorée, est vraiment plaisante. Comme le film est essentiellement une grosse baston sur terre, sur mer et dans les airs, on peut profiter des belles images en débranchant son cerveau et en sirotant une bière (ou un saké). Je parlais d’éléments mécaniques, car on est ici dans une réalité uchronique créée par l’arrivée du Joker où la technologie a évolué (sacrément!) jusqu’à permettre la création de Mechas géants en forme de châteaux médiévaux… Je vous avais prévenu, les créateurs se sont fait plaisir jusqu’à un combat final qui fleure bon le Bioman.

Résultat de recherche d'images pour "batman ninja"Etant donnée la durée assez courte et le plaisir visuel mais surtout un second degré totalement assumé, ce Batman Ninja se laisse absolument regarder. Sans ambition aucune, il ne dispense pas de revoir la magistrale oeuvre avortée de Zack Snyder mais donne envie d’aller jeter un œil vers les autres films d’animation DC.

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****·Cinéma·Graphismes·Rétro

Visionnage: La passion Van Gogh

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Film d’animation anglo-polonais de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (2017)

Les films d’animation j’adore ça et il y en a beaucoup! Le problème c’est que les dessinateurs et réalisateurs aiment à expérimenter des formes novatrices qui ne s’accommodent pas toujours d’une narration fluide (un film reste un film et pas simplement de belles images, un peu comme pour la BD). Récemment j’ai chroniqué la Tortue rouge, film novateur, ambitieux, primé et assez contemplatif. De plus en plus j’ai constaté qu’une technique impressionnante est mise en avant (grâce à l’ordinateur souvent), parfois en privilégiant trop la forme. Dans le même temps l’ordinateur permettant à peu près tout, on est régulièrement perturbé par une forme visuelle qui nous interpelle en se demandant la part de technique physique et numérique. Ainsi sur Adama qui avait tout d’une très belle technique 3D et s’avérait finalement d’une technique mixte de sculpture modélisée ensuite à l’ordinateur.Image associée Lorsque j’ai vu la bande annonce de « Loving Vincent » j’ai bien entendu été impressionné par le rendu d’une grande fluidité mais également convaincu qu’il s’agissait d’animation informatique… ce qui n’est pas le cas. Le projet du film est dès l’origine de réaliser le premier métrage entièrement peint à l’huile dans le style de Vincent Van Gogh. La peintre polonaise Dorota Kobiela envisageait à l’origine un court-métrage étant donnée l’immensité de la tâche et a été convaincue par son ami le producteur primé Hugh Welchman et l’arrivée de financement inattendus (tout ceci est expliqué dans le making-of passionnant inclu dans le DVD). S’est alors mise en place une logistique entre Londres et la Pologne prévoyant un tournage avec acteurs anglo-saxons (relativement connus) sur fond vert puis une véritable usine à peinture rassemblant à terme une centaine de peintres expérimentés dans la technique à l’huile qui ont produit pas moins de 65.000 peintures… Image associéeVous avez bien lu! Sur le fonds ce film utilise donc une technique très connue, le principe de la rotoscopie  qu’utilisait Disney sur ses premiers films et qui permet une fluidité sans égal puisque l’on dessine sur la pellicule tournée avec acteurs. L’animation est très gourmande en dessins puisque plus c’est fluide plus il y aura eu de dessins. Peut-être que l’ordinateur permet aujourd’hui de calculer des transitions plus économiques mais en traditionnel il n’y a pas d’autres alternative.Résultat de recherche d'images pour "loving vincent"

Et donc sur La passion Van Gogh les dessins sont remplacés par des peintures à l’huile, avec la différence de temps de réalisation que vous imaginez entre les deux. C’est proprement hallucinant et il semble que le film n’ait pas mis plus de temps à être réalisé (six ans) qu’un film en Stop Motion, une des techniques d’animation les plus gourmandes en temps. Avec un budget économe (étant donné le temps de peinture à payer cent personnes à temps plein) de 5.5 millions de dollars pour une recette de 42 millions, il est très agréable de voir qu’une telle aventure peut plaire au publie et devenir rapidement rentable et faciliter mécaniquement les projets ambitieux d’autres personnes. Cela car les auteurs ne se sont pas contentés de reprendre les thèmes graphiques de l’oeuvre de Van Gogh, partant de ses tableaux pour les lieux, de ses personnages pour construire une histoire policière: le fils d’un ami du peintre part à Auvers pour interroger les dernières personnes à l’avoir vu vivant et mets en doute la thèse du suicide… Image associéeSi la grande ressemblance des personnages animés avec leur acteur et la fluidité de l’animation peut parfois nous sortir un peu de l’univers graphique de Van Gogh, le résultat final est très enthousiasmant et fascinant quand à l’imaginations sans fin des artistes et du cinéma d’animation en général. Je ne saurais que trop vous conseiller ce visionnage qui en outre vous donnera peut-être comme à moi l’envie de mieux connaître la peinture du néerlandais à l’oreille coupée!

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****·Cinéma·Manga·Nouveau !

Visionnage: Alita, Battle angel

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Comme beaucoup j’étais très sceptique à la sortie de cette adaptation du célèbre manga Gunm (l’un des premiers sortis en France par Glénat dans les années 1990, à l’époque d’Akira, Appleseed et autres Dragonball) tant, de mémoire, aucune adaptation live de manga n’a jamais été faite suffisamment sérieusement pour mériter un visionnage. Les noms de Robert Rodriguez et de James Cameron à la production ne suffisaient pas pour justifier une adaptation réussie et le débat sur les yeux surdimensionnésyeux surdimensionnés de l’héroïne à la sortie n’ont pas aidé à donner plus envie que cela.

Résultat de recherche d'images pour "alita battle angel movie concept art"Pour rappel, le manga Gunm (intitulé Alita, Battle Angel aux Etats-Unis) se déroule sur trois séries: Gunm, Last Order et Mars Chronicles. Le film de Rodriguez, en développant assez largement le background (bien plus que le premier manga il me semble) semble vouloir s’orienter vers une saga reprenant l’univers global de la BD et c’est la première bonne nouvelle. Le manga d’origine proposait une version très trash de Rollerball en mode cyberpunk avec des cyborg dans un univers où la limite entre robot et humain est bien faible et où toute morale organique a disparu. L’ambiance glaçante du manga se retrouve étonnamment dans ce film grand public où les deux auteurs (réalisateur et producteur) ont recherché une grande fidélité avec le matériau d’origine en aucunement une transposition dans des codes susceptibles de plaire au public nord-américain.Image associée C’est la second réussite du film. Si l’on reste sur l’intrigue du premier arc avec ce tronc semi-humain reconstruit par le professeur Edo, génie de la robotique et déchu de la cité haute de Zalem, et qui devient la plus redoutable des chasseuse de prime et joueuse de Motorball. La quantité de sujets issus plus ou moins directement du manga est impressionnante pour un film d’action et la gestion du rythme est à ce titre assez impressionnante, en parvenant sans ennui, sans ventre mou, à lier l’ensemble, sans frustration et avec une grosse envie de découvrir plus. La troisième réussite du film est de dépasser visuellement le manga (je n’ai personnellement jamais accroché avec le style du mangaka) avec un univers, certes tout à fait numérique, cohérent, un jeu des acteurs convaincants et une tension dramatique qui n’a pas l’artificialité de beaucoup de films à images de synthèses. Pour un métrage porté par une actrice numérique c’est un sacré succès et une nouvelle preuve que WETA est la meilleure compagne d’effets spéciaux du monde.

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Le box-office a très logiquement abouti à un semi échec directement issu de cette ambition artistique: les américains ont boudé le film, le reste du monde s’est laissé tenter. Les journalistes cinéma envisagent difficilement une suite facilement négociée avec les studios mais plutôt une possibilité selon les envies de James Cameron (qui porte le projet depuis de très nombreuses années) après le pactole que ne manqueront pas de rapporter les suites d’Avatar. On ne peut donc qu’attendre avec frustration tant personne n’attendait rien de ce projet et tant ce film a montré qu’avec de la passion et un respect créatif (contrairement à la citation qu’a été le Ghost in the shell de Rupert Sanders) une adaptation de manga est possible. Sachant qu’un certain Akira est en production…

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****·Cinéma

Visionnage: La tortue rouge

Film d’animation de Michael Dudok de Vit, 1h21, (2016)

Résultat de recherche d'images pour Ce film avait fait grand bruit à sa sortie avec sa bande-annonce très belle et mystérieuse, sa bande-son hypnotique et son prix « Un certain regard » à Cannes. Étrangement il n’était pas en compétition à Annecy. L’idée du film provient du studio Ghibli qui voulait travailler avec ce réalisateur de courts-métrages d’animation et après que Isao Takahata ait reconnu une proximité du hollandais avec son univers.

Un naufragé échoue sur un ilot au milieu de l’Océan. Après l’avoir exploré il s’efforce de s’en échapper en construisant un radeau de bambous. Mais une mystérieuse force démantèle son esquiffe chaque fois. Résigné à passer le reste de ses jours sur cette terre il rencontre une tortue rouge qui va devenir sa compagne pour les années à venir…

Film magnifique visuellement, doté d’une animation d’une fluidité rarement vue, il ne contient pas de dialogues et son style poétique et symbolique n’est pas forcément facile d’approche pour les enfants notamment. Je pense que des jeunes peuvent regarder ce film mais risquent de s’ennuyer de ce rythme lent et assez contemplatif.

Résultat de recherche d'images pour Le scénario est remarquablement dynamique pourtant, assumant donc des séquences passives visant à refléter cette vie rythmée par la Nature, sans vitesse et se répétant. on ne s’ennuie pas un instant, ne serait-ce qu’à admirer ces images et animation superbes. La portée politique du film m’a sauté aux yeux comme une parabole de notre société matérialiste multitâche. Il est fascinant de voir cette famille vivre une vie calme, oisive, sans besoins, sans ennui (l’ennui n’existe que par rapport à ce qu’on n’a pas), qui nous questionne sur nos modes de vie, nous incite à nous poser. Il y a beaucoup d’humour aussi dans ce film qui emprunte au mime et au théâtre muet. Les séquences récurrentes des crabes, compagnons d’isolement de l’homme sont très drôles avec leurs mimiques qui en font un personnage collectif. Mais la grande réussite du film repose, (faute de dialogues), dans l’expressivité des personnages grâce à l »animationalytique »: technique d’animation qui emprunte à la rotoscopie (technique très utilisée par les premiers Disney et consistant à redessiner des images filmées d’acteurs) mais de façon traditionnelle. Les animateurs observent des mouvements d’acteurs mais les reproduisent directement à main levée, sans calque. La fluidité et le réalisme sont identiques mais on ressent en effet une différence avec le trop grand réalisme des plans de rotoscopie et cette méthode apporte en outre l’expérience et l’aspect artistique des dessinateurs. L’animation est dirigée par le réalisateur du très bon film d’animation Zarafa sorti en 2012.

Résultat de recherche d'images pour N’oublions pas enfin la superbe musique aux thèmes puissants pour faire de film un classique instantané que tout amateur d’images et d’animation se doit de voir et revoir. Je craignais un peu l’aspect contemplatif, qui crée souvent un peu d’ennui dans l’animation japonaise mais le sens du rythme et l’équilibre parfait du scénario rendent ce long-métrage agréable de bout en bout. A noter que le  producteur Wild Side, traditionnellement attaché à de belles éditions collector de ses films, propose un coffret comprenant le artbook du film, la bande originale et le film Blu-ray. Comme pour la BD, quand un éditeur fait un aussi bon boulot il ne faut pas se priver!

 

****·Cinéma

Visionnage: Love, Death + Robots

Série de courts métrages d’animation de Tim Miller et David Fincher
Netflix (2019), 1 saison parus, saison 2 en production.

1377321Cette anthologie propose dix-huit court-métrages d’animation « pour adulte » sur les thèmes de l’amour, la violence, la SF et les robots. Rares sont les produits d’animation, sortis des jeux vidéos, assumant aussi franchement une approche adulte, qui signifie du sang, du sexe, des zizi, des monstres et des gros mots… Pour ceux qui comme moi ont été déçus des films Deadpool par leur côté « Disney s’encanaille », pour ceux qui ont aimé le fantastique Animatrix sorti il y a déjà pas mal d’années, pour ceux qui déplorent devoir être un hard-core gamer pour pouvoir profiter de l’immense richesse artistique et graphique que proposent de nos jours les jeux vidéo (que je considère comme totalement moteurs de l’industrie du cinéma en matière d’imaginaire), réjouissez-vous, cette série est juste formidable! Les producteurs font appel à une dizaine de studios d’animation (dont deux français) et des auteurs de Science-fiction, dont certains très connus (Peter F. Hamilton, Alastair Reynolds,…). Les films font entre six et quinze minutes environ.

  • L’Avantage de Sonnie: Sonnie livre des combats de gladiateurs par l’intermédiaire de monstres connectés psychiquement aux combattants. Court en images de synthèses, très violent par le déroulé du combat bien trash. Impressionnant visuellement et doté de l’habituelle chute perturbante que l’on a souvent dans les court-métrages de SF.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Les trois robots: Très drôle film où trois robots visitent une Terre dévastée où l’humanité à cessé d’exister. Ils découvrent des objets et imaginent les coutumes des humains, jusqu’à ce qu’ils découvrent un chat bien vivant… Dans l’esprit de Wall-E, ce film en images de synthèses est vraiment drôle de par ses dialogues et ses situations décalées. Visible par tout public.
  • Le témoin: artistiquement le plus impressionnant de la saison, pas forcément pas sa technique mais bien par sa mise en scène et par son scénario vertigineux en forme de « loop » qui mets en scène la poursuite d’une témoin d’un meurtre. Beaucoup de nu et de scènes très osées.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Des fermiers équipés: un des segments les plus jouissifs après que l’on se soit fait à un design surprenant qui reprend sur des formes 3d une animation style dessin jeunesse. Des fermiers s’équipent pour éradiquer des incursions de créatures dans leur réalité. Bien bourrin, plein de Méchas et de monstres visqueux. Vraiment sympa et visible par tous.
  • Un vieux démon: segment en animation traditionnel, pas forcément le plus beau mais très maîtrisé techniquement. Séquence d’exécution bien trash, dialogues très réussis (globalement les doublages de tous les segments sont très réussis) dans une chasse au monstre (avec encore une fois des chats…).
  • La revanche du yaourt: film totalement WTF où le yaourt devient intelligent et propose à l’humanité de régler tous ses problèmes. Design enfantin des personnages, ce film vaut surtout pour son idée débile mais très bien menée.
  • Derrière la faille: grosse claque SF avec des personnages très impressionnants et une introduction qui fait baver à base de gros vaisseaux et de portail intergalactique. Le thème est du reste assez classique (déjà vu) et ne brutalisera pas vos neurones.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Bonne chasse: animation traditionnelle avec ajout d’images de synthèses. L’histoire d’un chasseur de métamorphe dans la chine traditionnelle. Progressivement l’industrie va transformer le monde vers un univers steampunk où les talents mécaniques du personnage principal seront très utile. Très belle (et cruelle) histoire. Une de mes préférées.
  • La décharge: Animation 3D classique, pas hyper jolie (et pour cause, on est dans une décharge) avec une histoire de créature née dans la fange… Assez banal.
  • Métamorphes: une équipe de loups-garous est utilisée en zone de guerre par l’armée US. Hormis le côté discrimination de cette espèce particulière, si la technique est irréprochable (animation 3D), le propos tourne un peu court sans beaux décors ou grosse scène de bataille. La baston finale est bien gore.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Le coup de main: le thème de Gravity est ici repris en plus trash mais sans grande surprise pour ceux, probablement nombreux, qui auront vu le film de Cuaron. Les images de synthèse sont néanmoins très réussies et il est toujours agréable de se balader en apesanteur dans un scaphandre…
  • Les esprits de la nuit: animation classique sur formes 3d. Délire psychédélique un peu trop WFT, pas spécialement beau et sans aucun sens… Deux types perdus dans le désert se retrouvent au milieu des fantômes des créatures du jurassique. Évidemment ça finit mal. Franchement inutile.
  • Lucky 13: SF militaire en images de synthèses, réussies pour les personnages mais assez cracra pour les décors. L’idée est assez sympa: le pilote d’un avion considéré comme maudit raconte ses derniers vols sur ce jet au sein d’un conflit planétaire. L’idée de la relation entre l’intelligence artificielle et le pilote est originale.
  • L’oeuvre de Zima: une journaliste est convoquée pour interviewer le plus grand artiste de tous les temps. Franchement moche question design, ce segment est néanmoins l’un des plus intéressant thématiquement (écrit par Alastair Reynolds) avec des questionnements sur l’icône médiatique, sur la portée et la dimension de l’art ainsi que sur l’humanité VS IA.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Angle mort: séquence action en animation sur corps 3d, avec le braquage motorisé d’un camion par une escouade de cyborgs surpuissants. A la fois drôle, jouissif, assez joli. Un des courts les plus efficaces et sympa de la saison.
  • L’age de glace: seul segment en images réelles avec deux guest stars en Elisabeth Winstead et Topher Grace (le Venom du Spiderman 3 de Sam Raimi), idée totalement débile issue du cerveau de Tim Miller, du coup c’est rigolo trois seconde mais bien vite on se fout comme de notre dernière chaussette de cette civilisation hébergée dans un vieux congélateur…
  • Histoires alternatives: plusieurs versions de la mort d’Hitler qui entraînent des hypothèses historiques variées, au début originales, puis de plus en plus délirantes pour finir en un grand n’importe quoi. Malgré des images en animation 2D au style basique volontaire, c’est très drôle et assume totalement le quinzième degré. Un de mes préférés.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Une guerre secrète: très balèze niveau réalisation, cette chasse au monstre au fin fond de la Sibérie pendant la seconde guerre mondiale mérite surtout par son aspect « Eastern » et un commencement de mythologie construite autour de l’histoire. Du coup on aimerait en savoir plus et apprendre l’avant et l’après de ces chasseurs de démons.

Vous le voyez, c’est bien entendu d’inspiration variable, mais globalement très beau, souvent très drôle, parfois impressionnant artistiquement. Étrangement ce sont les films en image de synthèse classique qui impressionnent le moins car ils se reposent essentiellement sur leur technique (à laquelle nous avons désormais l’habitude). Quelques pépites même si la durée (on aurait aimé un final en moyen métrage qui aurait permis de développer une vraie histoire) ne permet pas de dépasser le propos liminaire et condamne souvent les réalisateurs au fameux twist final. Love, Death+Robots est cependant une excellente anthologie dont on attend impatiemment la suite en espérant des invités de marque.

***·Cinéma

Visionnage: Godzilla II, King of monsters

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Godzilla est une série de films cultes au Japon, doté d’une esthétique kitsch mais qui a beaucoup inspiré l’imaginaire des films catastrophes hollywoodiens récents avec l’idée ancienne de transposer ces combats titanesques chez l’Oncle Sam. Guillermo Del Toro a été le premier à tirer avec son génial Pacific Rim qui posa les lignes esthétiques de ce que devait être un film de monstres: des tailles gigantesques, un univers sonore très travaillé, une pluie omniprésente et une bioluminescence des créatures qui se mettent joyeusement sur la gueule. A la différence de la série Godzilla en cours, le film de Del Toro créait un univers et des personnages intéressants dotés d’une intrigue dramatique suffisante à tenir le film. La série de Legendary Pictures semble se dispenser de cela ou en partie.

Résultat de recherche d'images pour "godzilla 2 art"Le premier Godzilla hollywoodien frappait fort en 2014 par une campagne promotionnelle très graphique qui intriguait et un réalisateur auréolé de son très réussi film Monsters (… et qui semblait prédisposé à l’adaptation). Le film évitait la catastrophe mais peinait à enthousiasmer par manque d’intensité dramatique, par des raccourcis temporels et géographiques (que l’on retrouve dans le 2), mais lançait les prémices d’une mythologie qui allait permettre la suite. En 2017 l’étonnant Skull Island surprenait en gigantifiant King Kong afin de lui permettre d’affronter le dinosaure atomique, mais surtout développait le background de l’agence cryptozoologique MONARCH, la mythologie de la Terre creuse et densifiait ainsi fortement la portée et l’intérêt du film. Surtout, il donnait un vrai rôle aux personnages (même si l’on restait dans un film de genre avec ses caricatures).

Godzilla 2 s’en sort bien et montre que Legendary est pour l’instant le seul studio à parvenir à créer un univers partagé cohérent après Marvel. Pas une mince tâche. Le film réussit en poursuivant le développement mythologique expliquant de façon crédible l’ensemble des mythes humaines, jusqu’à se frotter discrètement à celui de Ctulhu. Le spectacle est réussi mais épuisant car le scénario assez brouillon et souvent incohérent (les ellipses gigantesques déjà vues dans Godzilla 1) ne permet pas les respirations nécessaires. Seuls surnagent un formidable Bradley Whitford (le Josh de West Wing) et une jeune Millie Brown qui parvient à apporter un charisme étonnant malgré le vide de son personnage. Un réalisateur plus inspiré aurait pu aboutir à un grand film en donnant une vraie place à ses personnages. Mais le cahier des charges était imposant, étouffant, avec notamment cette ribambelle d’acteurs qui ne font que de la figuration pour justifier sans doute des parts de marché (Ken Watanabe, Zhang Ziyi) et ces second rôles qui n’ont que 2 minutes pour exister. L’annonce de Kong VS Godzilla s’annonce bien avec un développement de la Terre creuse, développé rapidement dans le générique final. Si Legendary poursuit le développement de sa mythologie et assume un vrai scénario de cinéma avec personnages impliqués dans une intrigue on peut aboutir à quelque chose d’assez grandiose.Résultat de recherche d'images pour "godzilla 2 art"

Ce qui plait (malgré le très raté Gidorah dont le design semble échappé des premiers films Toho et dénote avec ceux de Godzilla et des autres monstres plutôt chouettes) c’est le côté primal, le graphisme assumé de chaque plan, la brutalité des combats. La lisibilité n’est pas au niveau d’un Pacific Rim ou d’un Skull Island mais c’est plaisant et énorme. L’élément plaisir visuel est ainsi totalement réussi et il ne reste plus que l’autre hémisphère du film à étoffer pour parvenir à un gros succès du niveau de ce qu’a créé Marvel studios. La très grosse surprise finale du sanctuaire de Godzilla est par exemple illustrative d’une certaine ambition des producteurs, peut-être encore timorés. Le film, malgré un combat titanesque quasi-continu épuisant, l’image sombre et chargée, reste plaisant et donne envie de découvrir cette Terre creuse où à n’en pas douter on trouvera encore bien des grosses bébêtes…

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