BD·Cinéma

Série: Occupied

Série d’Erik Skjoldbjærg et Karianne Lund,
(2015-2018) 2 saisons de 8 épisodes (44 minutes/épisode). Une troisième saison est commandée.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"On savait que les scandinaves étaient bons dans le genre policier et que leurs séries télé étaient de qualité, notamment grâce à un gros travail de défrichement d’Arte. La série politique danoise Borgen (3 saisons) sortie il y a quelques années s’est hissée parmi les plus importantes fictions politiques tout pays confondu (que je mets personnellement sur le même pied que West Wing ou plus récemment Baron Noir). L’esthétique particulière de ces fictions et la qualité des acteurs (la plupart des acteurs de Borgen ont depuis fait carrière au cinéma) sont pour beaucoup dans le succès de ces créations, mais il faut reconnaître également une vraie maîtrise des techniques scénaristiques et une audace qui sont pour moi le signe d’une assimilation de l’efficacité américaines avec une liberté européenne dans le traitement. La série Occupied, dont on parle peu et à l’audience étonnamment modeste, avait été une bonne surprise sur sa première saison sortie en 2016. La seconde saison diffusée en début d’année et que je viens de terminer montre une très grande maturité et pousse encore plus loin la maîtrise sur tous les plans du drama, si bien qu’elle est désormais l’une des meilleures fiction politique jamais créée et probablement l’œuvre inspirée de l’univers de Tom Clancy la plus réussie.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Dans un futur proche, alors que le premier ministre écologiste norvégien annonce l’arrêt de l’exploitation du pétrole et le lancement par son pays d’une nouvelle technologie de production énergétique, la Russie fait un coup de force avec l’appui de l’Union Européenne, dépendante du pétrole et du gaz norvégiens. Cette occupation froide, faite de pressions et de coups clandestins divise les norvégiens sur l’attitude à tenir, entre collaboration avec le puissant voisin et résistance…

La première qualité d’une bonne série est de ne pas traîner en longueur. Même les plus adeptes de ce format finissent par se lasser des vraies-fausses pistes et des intrigues qui s’étalent sur des saisons entières. Le principe du feuilleton est le cliffhanger et la progression qui donne envie d’enchaîner les épisodes. Les scénaristes d’Occupied ne recherchent pas nécessairement le gros suspens de fin d’épisode, en revanche ils excellent dans la progression dramatique, remarquablement déroulée sur l’ensemble des huit épisodes (le format idéal a mon avis). Si la première saison comportait quelques longueurs autour de certains personnages (la restauratrice russophile) dont l’on attendait de comprendre l’intérêt, cette seconde n’en a absolument pas, toute accaparée sur la complexe nuance entre le droit et le terrorisme, entre la loi et la vengeance, entre intérêt personnel et intérêt de l’Etat. A ce titre, elle est une série résolument engagée puisque outre aborder sans détour une Union européenne semi-dictatoriale (on est dans une anticipation… mais ô combien réaliste!) elle traite des motivations des responsables politiques  (pour eux ou pour le pays?) mais également de hauts fonctionnaires. Du juge au responsable des services de renseignement, chacun y va de son ambiguïté.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Il en est de même pour les russes. Bien entendu, du fait du sujet, la série peut être vue comme russophobe. Pourtant beaucoup de choses sont crédibles dans les relations entre les deux pays et les personnages russes sont beaucoup plus subtiles que les apparences pourraient montrer. Le terrorisme est réel et l’ambition pour une grande puissance militaire de protéger ses intérêts dans une région que beaucoup peuvent percevoir comme faisant partie de sa sphère d’influence justifie certaines attitudes. Surtout, la série montre bien la bascule subtile entre la collaboration constructive et la trahison nationale. Ainsi il n’y a (presque) pas de méchant dans la série tant tout le monde pourrait développer un argumentaire pertinent sur ses choix.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Enfin, la radicalité géopolitique qui fait des liens avec beaucoup de situations que nous voyons dans les journaux est très forte. Jesper Berg passe ainsi du statut de premier ministre à celui de chef de gouvernement en exile, terroriste en fuite et activiste réfugié… La Catalogne, Julian Assange, bien des exemples montrent que ces revirement peuvent survenir très vite. La série pourrait être résumée par cette assertion d’un personnage qui explique que De Gaulle et Mandela ont été des terroristes avant d’être de grands chefs d’Etat… tout dépend  qui détient le pouvoir et détermine ce qui est juste. La légitimité est toute subjective et ce rappel est salutaire de nos jours où le mythe libéral d’un Droit d’essence quasi divine qui s’imposerait naturellement à tout un chacun.

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En bonus un entretien avec Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères de Lionel Jospin.

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Cinéma·Comics·Nouveau !

Visionnage: Les indestructibles 2

Film de Brad Bird
(2018) 1h58.

Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"Les Indestructibles premier du nom est encore très présent dans ma mémoire (et pas que la mienne visiblement), comme l’un des tous meilleurs films de super-héros de l’histoire avec Incassable et Watchmen. L’esthétique rétro, l’humour Pixar toujours aussi efficace, le scénario à la James Bond,… étaient un concentré de bonnes références re-digérées idéalement en un film joli, marrant et plein d’action. Et l’intrigue classique des films de super-héros (la loi interdisant leur activité, sujet vu dans Watchmen ou X-men) le rattachait pleinement à la lignée des comic-books.

On savait qu’un second épisode était prévu et malgré l’impatience, la durée de l’attente était un gage que ce numéro 2 ne sortirait pas pour des raisons commerciales mais par envie réelle du réalisateur Brad Bird, l’un des plus talentueux artistes de Pixar (déjà à l’origine d’une revisitation du mythe de King-Kong avec son Géant de Fer, considéré comme l’un des meilleurs dessins-animés jamais produits). Le rachat de la boite par Disney entre temps pouvait faire craindre une contamination de bien-pensance. Qu’en est-il?

Alors que la famille Parr voit la disparition du programme de réinsertion des super-héros, un étrange mécène propose de les embauches pour réhabiliter le rôle des héros dans la société. Ce sera Elastigirl qui fera le test en se lançant à la poursuite de l’Hypnotiseur…

Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"Et bien personnellement j’ai passé un excellent moment avec la famille indestructible! Le principal manque est celui de la nouveauté. C’était inévitable mais du coup on est forcément en terrain connu, surtout pour ceux qui ont vu le court-métrage sur Jack-Jack et ses pouvoirs, qui coupe un peu le principal apport de ce film. Le bébé apparaît en effet un peu comme le Scrat de l’Age de glace, focalisant les meilleurs séquences sur ses capacités. Mais contrairement au film givré tout le métrage ne repose pas que sur ces moments et c’est tant mieux.

Le film débute immédiatement après la fin du premier, c’est du coup un peu perturbant de se remettre dans le bain après quatorze ans d’attente et je conseille vivement de se revoir le premier épisode avant (bien que ce ne soit pas indispensable, mais ça aide à se rappeler le contexte). Le film voit le retour de Frozone, Edna et des voix françaises particulièrement réussies. Les séquences d’action sont nombreuses mais ce sont bien les problèmes de famille qui restent dans les mémoires en tirant sur les zygomatiques. Les affres de la garde d’un super-bébé, le combat contre le raton-laveur, les conséquences de l’effacement de mémoire sur la vie sentimentale de Violette sont autant de moments qui nous rappellent la force de cette franchise et de tout bon film de super-héros: les éléments de la vie quotidienne pour des personnes anormales…

Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"La brochette de nouveaux héros est dotée de pouvoirs très originaux et l’équipe du film s’éclate à créer des situations tordantes à partir de ces pouvoirs. Visuellement j’ai été un peu déçu par rapport au premier. Le design général est très proche mais le cadre plutôt nocturne et urbain ne permet pas le dynamisme que comportait ne premier film avec la maison d’Edna, l’ile secrète ou le look rétro de la maison Parr.

Malgré ces très petits bémols, Les indestructibles 2 est largement à la hauteur du premier et on hésite à vouloir une nouvelle suite tant il sera difficile de proposer un scénario qui bouleverse réellement l’intrigue et le risque de tomber dans la redondance.

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Cinéma

Visionnage: Ghost in the shell (2017)

Film de Rupert Sanders
(2017), 1h47
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En 1989 le mangaka Masamune Shirow publie Ghost in the Shell (suivi de deux albums quelques temps plus tard), ouvrage qui va révolutionner les concepts cyberpunk et déboucher sur ce que certains considèrent un dépassement absolu du manga: l’adaptation en film d’animation par Mamoru Oshii ( qui a notamment traumatisé les Wachowski et leur a directement inspiré Matrix…). Après de très longues années (l’adaptation live remonte à l’achat des droits pas Spielberg en 2008) et plusieurs actrices et réalisateurs, le film hollywoodien voit enfin le jour, accompagné d’une bande-annonce qui fascine les journaux mais fait craindre un copier-coller de la version de Oshii

Je n’ai vu que les deux films d’Oshii et lu le manga (GITS compte deux séries animées et d’autres films d’animation ayant développé l’univers avec l’implication plus ou moins directe de Shirow) et craignais l’adaptation comme toutes les adaptations de Manga, rarement réussies et chaque fois américanisées. Le premier mérite que l’on peut rendre à Rupert Sander et à son film c’est son respect de l’univers d’origine et notamment la localisation asiatique. C’était loin d’être évident et dans un monde cyberpunk où un visage ne signifie rien la présence d’acteurs américains ne pose pas problème outre mesure. Mais le premier défaut du film est… son respect de l’univers d’origine et surtout du film d’Oshii. Très clairement, ce que laissait envisager la bande-annonce se produit: la version 2017 est une adaptation très fidèle du film d’animation et non du manga. Ce respect va jusqu’à la reprise de la musique de Kenji Kawaï (notamment sur la séquence d’introduction et le générique de fin) et de séquences entières. C’est troublant car on ne saisit pas trop l’intérêt hormis de représenter un sas pour le grand public américain qui n’a jamais vu un film d’animation japonais…

Résultat de recherche d'images pour "ghost in the shell 2017"Le film a certaines vertus, comme d’expliquer certains certains éléments du manga (les yeux de Batou) et du film d’animation. Mais globalement c’est un étrange objet qui ne vise qu’à rendre hommage, sans apporter grand chose de neuf, sans vision d’auteur. Peut-être est-ce le problème des remake hollywoodiens, quand un Ridley Scott parvient à se réadapter lui-même, la plupart des remake ne sont vus que comme des machines à cash remettant à neuf des films SF un peu défraîchis à cause des effets spéciaux ou pour profiter de l’aura de jeunes acteurs bankables.

Résultat de recherche d'images pour "ghost in the shell 2017"Du reste, pris seul, ce n’est pas un mauvais film, le travail esthétique, tant sonore que de design général est intéressant même si les séquences en images de synthèse sont étonnamment laides pour un film si récent (et pour Weta, société fondée par Peter Jackson pour le Seigneur des Anneaux et qui a remplacé ILM comme référence). Cela pose surtout problème quand on adapte un film d’animation particulièrement réussi esthétiquement et que l’on va jusqu’à en reprendre des plans entiers. Du coup, lorsque l’image capte des décors et des acteurs réels c’est intéressant, dès que l’on bascule dans l’image numérique on perd toute originalité pour dégrader des images déjà vues chez Mamoru Oshii en mieux. De même, énormément de l’ambiance graphique est une redite plus colorée  de Blade Runner. On peut difficilement reprocher au réalisateur de si bonnes références, mais encore une fois, citer Ghost in the shell et Blade Runner fait-il un film? Même Blade Runner 2049 (situé dans le même univers donc) était parvenu à dépasser sa source à la fois thématiquement et graphiquement. Mais tout le monde n’est pas un auteur…

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La dernière partie du film assume une certaine divergence avec le métrage original et le manga en simplifiant une trame particulièrement philosophique au départ par l’évacuation de la question de l’Intelligence Artificielle (pour rappel le manga tourne autour de la chasse d’une IA ayant acquis son autonomie et débouche sur la question de ce qu’est le plus humain entre une nouvelle forme de vie numérique ou un cyborg). Cela permet de faciliter la compréhension et d’élargir le public, mais y gagne t’on sur le plan filmique et artistique? Pas sur.

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Une petite vidéo illustrant les reprises littérales…

 

Cinéma·Graphismes·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #17

La trouvaille+joaquimAxis Mundi
Artbook de Mathieu Lauffray
Ankama-CFSL (2013) 240 p.
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Le site collaboratif d’artistes Café-salé publie depuis plusieurs années des recueils d’illustrations pro et semi-pro publiées sur ses forums (les fameux Art-book café-salé qui proposent une immersion assez incroyables de richesse dans des univers de dizaines d’artistes différents… si vous aimez les images, foncez en acheter un!). En collaboration avec l’éditeur Ankama ils ont sorti en 2013 le second art-book de Mathieu Lauffray. Plus qu’un simple recueil d’illustration, il s’agit d’une somme rassemblant une très grande quantité d’illustrations et de photos de travail de l’artiste et de plusieurs entretiens avec ses collaborateurs, scénaristes BD ou réalisateurs de cinéma pour l’essentiel. C’est assez biographique et permet comme rarement d’entrer dans l’intimité artistique d’un grand illustrateur peu médiatique.

Résultat de recherche d'images pour L’ouvrage de 240 page est de fabrication particulièrement réussie: format carré, signet tissu, couverture épaisse, illustration de couverture et de quatrième très belles. La maquette générale est élégante et l’on pardonnera les économies de relecture qui ont laissé un certain nombre de coquilles dans les textes. L’ouvrage s’ouvre sur une court bio avec photo de l’auteur puis une double page où il détaille la naissance de sa passion pour le graphisme et les imaginaires (tiens, c’est les deux axes de ce blog ça tombe bien !) avec couvertures d’albums et affiches de films influents. Ensuite le bouquin est découpé en 8 sections, dont quatre vouées à la BD et une importante sur le cinéma.

Certains sujets vont toucher vos lecteurs à tous les coups et l’on va vous aimer des les avoir choisis. C’est l’image que l’on aime, pas sa forme. […]C’est ce tiraillement entre le choix du sujet et le goût pour l’expression du sensible qui va faire exister artistiquement.

Lauffray est un visionnaire, dans le sens qu’il conçoit son travail comme des visions graphiques et artistiques d’autres mondes. Certains grand illustrateurs représentent et sont bons pour cela. Ce qui intéresse Lauffray c’est l’idée mystérieuse, inquiétante (il est fondamentalement un auteur « fantastique » en cela) et épique qu’il y a en toute forme. Il recherche le voyage et l’inconnu vaguement inquiétant… Image associéeD’une montagne il fait un pic dantesque hérissé de formes cyclopéennes impossibles (comme dans sa BD Prophet), d’un passant d’une nuit nocturne il fait une forme encapuchonnée qui vous invite à imaginer en quelle grotte de pirates il se terre… Ses références sont éclectiques mais reviennent aux illustrateurs figuratifs d’aventure et aux écrivains qui ont conté les explorations, de Frazetta, Otomo, Druillet à Dumas, Kipling et bien sur Jules Verne. Les illustrations (notamment réalisées pour les projets avortés de films de Christophe Ganz Némo et Lord of the Apes laissent un terrible sentiment de gâchis tant ces images sont évocatrices, vivantes, puissantes… Personnellement beaucoup d’images m’ont donné envie de me précipiter regarder le film pour lequel elles ont été faites.

Résultat de recherche d'images pour Ce livre est un moyen de partage de sa réflexion pour Mathieu Lauffray. L’homme est un vrai intellectuel, réfléchissante et conceptualisant son art. A ce titre, pour qui aime le graphisme, rarement un illustrateur fantastique a pu ainsi expliquer sa vision de l’objet graphique, de ses thèmes, de sa forme. Tout ceci est absolument passionnant, absolument pas intello ni conceptuel. C’est un vrai artiste expliquant son art, propos appuyés par un nombre incalculable d’images souvent inédites.

Mon travail c’est de conserver l’attention du lecteur, de conserver tout le romantisme que l’on pourrait trouver dans une peinture et de le traduire en art séquentiel

L’ouvrage permet également d’entrer dans la conception des séries BD de l’auteur, Prophet, Long John Silver ou sa participation à la série Légion. Telles des pages de making of, cette partie nous offre des variations sur les techniques utilisées, des crayonnés préparatoires aux encrages et les peintures. Ce qui frappe c’est que chaque technique, chaque étape est magnifique, montrant le niveau technique de Lauffray… dont les albums finaux ne rendent à mon sens rarement toute la mesure (à ce titre Lauffray est réellement plus illustrateur qu’auteur de BD).

Pour ceux qui s’étonnent de la production BD relativement restreinte de Lauffray, cet ouvrage résoudra cette énigme: celui qui se dit illustrateur mais passionné de BD, touche à tout et en particulier au cinéma où il collabore depuis longtemps avec des réalisateurs français qui s’étonnent toujours qu’un tel talent ne se soit pas expatrié à Hollywood… Artiste romantique il privilégie les relations humaines et la confiance dans le travail. Dans cette grosse section abordant ses travaux sur le Pacte des Loups, Saint-Ange, 10.000 BC  et autres projets avortés de jeunes talents du cinéma français, ces réalisateurs sincèrement impressionnés par la discrétion et le talent de Mathieu Lauffray discutent longuement du fonctionnement du cinéma, du processus créatif de l’image, animée ou fixe et du rôle qu’apporte un directeur artistique dans le montage d’un film. C’est passionnant.

Je pourrais parler longtemps et décortiquer ce superbe ouvrage mais il faut bien s’arrêter. Si vous n’avez jamais acheté d’Art-book, si vous bavez devant les planches illustrant ce billet, si vous avez toujours voulu pénétrer dans l’atelier d’un illustrateur foncez, s’il ne vous faut qu’un ouvrage de ce type c’est celui-ci.

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Cinéma·Graphismes·La trouvaille du vendredi

La trouvaille du vendredi #15

La trouvaille+joaquimAdama, le monde des souffles.
Film de Simon Rouby (2015), 1h22.

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Il y a trop peu de cinéma d’animation sur ce blog alors je profite d’un visionnage avec ma fille pour proposer une Trouvaille du vendredi avec un film que j’attendais de voir depuis sa sortie et qui, clairement, m’a bluffé sur tous les plans!

Présenté en compétition officielle au festival du film d’animation d’Annecy 2015, ce premier long métrage du studio réunionnais (et oui!) Pipangaï (qui a sorti l’an dernier l’adaptation de la BD Zombillenium) est une véritable perle, peut-être mon film d’animation français préféré et qui mérite toute votre attention et montrer que l’originalité, la créativité peuvent réellement concurrencer sur le long terme la puissance marketing et financière des grosses productions.

En 1916, dans une vallée isolée d’Afrique, le frère d’Adama doit passer son rituel initiatique qui le rendra adulte, mais au dernier moment un incident empêche ce « passage ». Hanté selon l’ancien du village, il va fuir cette société ancestrale étouffante pour s’engager dans l’armée engagée dans cette lointaine guerre mondiale. Adama va se lancer à sa poursuite en promettant de le ramener. Il s’engage dans une odyssée initiatique qui l’emmènera jusque dans les tranchées de Verdun, au son des souffles et des musiques des marabouts…

Résultat de recherche d'images pour "adama film"Si la tradition de l’animation française n’est plus à prouver, les bons succès critiques peinent souvent à trouver une rentabilité commerciale. Souvent la qualité technique bute sur des rythmes lents, parfois soporifiques et surtout sur un impensé: le fait de faire des films d’animation destinés aux jeunes. Or les grands films d’animation sont construits en direction de tous les publics. Et c’est bien selon moi la principale force d’Adama: le prisme de l’enfant est celui qui accrochera l’intérêt des jeunes spectateurs mais le scénario (comme un certain Tombeau des Lucioles) ne vise pas la jeunesse.

Image associéeCar les auteurs visent plutôt un esprit mythologique, une confrontation subtile entre un univers magique de l’Afrique traditionnelle et un monde moderne rationalisé. Cela coïncide avec un âge, la préadolescence, où l’univers enfantin naïf rencontre celui dur et réaliste, des adultes (le personnage de Maximin). Le propos avance naturellement, sans insistance, jusqu’à un épilogue incroyablement juste laissant le spectateur décider de son interprétation. A mesure que l’on s’enfonce dans le no-mans-land de Verdun, les séquences irréelles se multiplient, faisant s’interroger sur la réalité de ce que vit Adama. Mais les auteurs n’en oublient pas leur trame: celle d’une quête initiatique d’Adama et de son frère quittant un paradis perdu pour l’enfer. Les thèmes sont nombreux mais là encore laissant le spectateur choisir lesquels importent le plus (de l’enrôlement de force des tirailleurs, à la vie de débrouille et les bidonvilles dans le Paris de 1916 ou l’archaïsme des sociétés patriarcales africaines,…). En 1h20 la densité scénaristique est réellement impressionnante.

Résultat de recherche d'images pour "adama film"Sur le plan technique les auteurs ne sont pas allés dans la facilité: afin de donner un aspect matériel, de sculptures artisanales à leurs images, ils ont conçu des modèles en terre qu’ils ont modélisés par ordinateur, donnant un mélange étonnant entre de l’animation stop-motion, l’animation 2D classique (pour certains décors) et animation 3D. Ils ont en outre expérimenté certains effets très esthétiques en utilisant des ferro-fluides pour composer les explosions de Verdun. Un making of en plusieurs parties montre cette conception passionnante:

ADAMA MAKING OF OPUS 1 : SCULPTURES from Naia Productions on Vimeo.

 

ADAMA MAKING OF OPUS 2 : DECORS & FERROFLUIDES from Naia Productions on Vimeo.

Le rendu visuel est totalement unique et agrémenté de plans au sens esthétique indéniable. Cette mise en scène (qui laisse dubitatif sur le fait qu’il s’agisse d’un premier long métrage pour l’essentiel de l’équipe) est agrémentée d’une musique (fortement teintée de sonorités africaines) très agréable et parfaitement adaptée aux images et aux moments de l’histoire. Du rythme aux doublages, tout est parfaitement pensé dans ce film dont on cherche les défauts.

Permettant d’aborder deux sujets rarement liés et au traitement pas du tout superficiel (la guerre et la rencontre modernité/traditions), intéressant réellement tous les ages (je préconiserais à partir de 8 ans), Adama est une perle qui mérite vraiment une reconnaissance publique et que je vous invite très vivement à découvrir.

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Cinéma

Visionnage: Annihilation

La grosse com’ faite par Netflix autour de ses films originaux, la filmo très intéressante (et très SF!!) d’Alex Garland et surtout les premiers retours très positifs sur le film m’ont donné envie de voir Annihilation.

Ma réaction varie entre intérêt graphique et conceptuel et déception… alors que je n’en attendais pas grand chose. En effet il est sommes toutes assez rare que des films de SF parviennent à se sortir d’une étrange manie des scénaristes et réalisateurs de virer soit au Slasher soit au n’importe quoi… Comme si le poids du genre SF (probablement le plus ambitieux de tous les genres littéraires) écrasait les auteurs en les ramenant à des idées très plan-plan. J’avais adoré la première partie de Sunshine (réalisé par Danny Boyl mais scénarisé par Garland), très technique… jusqu’au virage slasher complètement débile. J’ai été enthousiasmé par le premier Planète des singes et son développement de concepts et très déçu par ses suites qui restaient très basiques sur des opérations militaires. Dernièrement, si l’Ex-Machina de Garland m’a beaucoup plu, notamment par sa fin assumée, j’ai été déçu par l’inévitable pétage de plomb de la créature. La SF a souvent du mal à surprendre…

Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Et bien malheureusement on a un peu de tout ça dans Annihilation. Un mélange de vraie ambition artistique et de talent écrasé par des codes du genre désormais redondants (cela avait d’ailleurs tué le très moyen Interstellar de Nolan). L’esthétique générale avec une mutation de la faune et de la flore (trop peu montrés, sans doute pour des raisons de budget) est vraiment emballante et un certain nombre de tableaux (à mesure qu’on s’approche de la fin) sont magnifiques. La séquence finale dans le phare, très inspirée de la danse contemporaine (Portman est danseuse) apporte une vraie originalité avec ce duo improbable et mimétique. Quelques fulgurances également, comme cet ourse dont émane un cri impossible… A côté de cela de grosses maladresses (les mêmes que dans Ex-Machina) appuyées, comme ce regard final inutile. La SF et les films ambitieux en général nécessitent une part d’interprétation, une sollicitation du spectateur à qui le réalisateur doit confier une part des rennes de son oeuvre. La bascule est ténue alors entre le truc incompréhensible (reproche fait à Terrence Malick notamment) et le cliché fluoté. A ce titre j’ai trouvé le dernier Cloverfiel (également sur Netflix) ou Life très bien terminés.

Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Annihilation se montre comme un étrange projet qui ne semble pas avoir emballé grand monde parmi des acteurs semblant ne pas trop savoir ce qu’ils font là. Oscar Isaac, capable du très bon comme du pitoyable est ici assez informe, tout comme Jennifer Jason Leight (pourtant terrible en affreuse salope dans le dernier Tarantino). Portman, à qui on demande de porter tout le film ne sais pas si elle est une frêle scientifique en deuil ou une Action-girl à la Ripley. Le déroulement du film, assez lent et linéaire, n’apporte pas assez de progression, tout devant se dérouler au bout du chemin, on finit par se foutre un peu du sort de ces nénettes que l’on n’a même pas pris le temps de nous présenter/caractériser. Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Du coup on s’émerveille devant quelques idées belles ou inquiétantes (le principe du found-footage, très intéressant, est juste esquissé), on se fout du mari comme de l’an 40 et on sait que la belle s’en sortira (elle témoigne dès le début, ce qui enlève toute tension sur son destin). La fin est honnête et cohérente mais on a déjà vu ça. Annihilation est donc un correcte film SF dans la moyenne haute, assez intéressant visuellement mais qui n’a pourtant pas la fraîcheur des séries B que JJ Abrams a le talent de dénicher ou que des festivals comme Gerardmer nous proposent de temps en temps.

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Dans le genre, ces dernières années je vous conseille: Cloverfield, Pandora, Pitch Black, Planète Hurlante, Looper ou Donnie Darko…

Cinéma·Comics

Visionnage: Justice League

Bon ben voilà c’est fait j’ai vu Justice League de Zack Snyder Joss Whedon (ah bon?)… et ce n’est pas la catastrophe annoncée… mais vraiment pas un chef d’œuvre non plus… Pour ne pas tomber très vite dans le Fan-Shoot et de façon un peu moins passionnelle que ma réaction après le suicide Star Wars 8 (je suis pas vraiment un geek du DC univers), je vais revenir à mes attentes, à ce que j’ai vu et surtout à ce qu’aurait pu être ce Justice League qui n’est néanmoins pas plus honteux que les Gardiens de la Galaxie ou Thor Ragnarok (comme quoi les goûts et les couleurs…).

J’ai découvert Zack Snyder sur son premier long métrage, l’Aube des morts (tiens, Dawn of the Dead… puis quelques années plus tard Dawn of justice! c’est rigolo) que j’avais beaucoup aimé pour sa grande fraîcheur visuelle et thématique. Son 300 fut une énorme claque graphique qui permit Sin City et bien d’autres expérimentations visuelles; puis Watchmen… comment dire… La BD réputée inadaptable sur laquelle sont passés tous les plus grands, adaptée avec quelle maestria… Bref, je ne vais pas refaire sa filmo mais c’est un quasi sans faute depuis le début. Son entrée dans la Ligue de Justice (Man of Steel) fut l’un des meilleurs films de superman, doté notamment d’une introduction très forte, l’un des meilleurs films de super-héros et l’un des meilleurs Snyder. Les réticences du public portent selon moi surtout sur la grande faute d’avoir commis une fabuleuse bande-annonce qui laissait envisager le Man of steel définitif et qui pour une raison que j’ignore (le studio? non? vous êtes surs?…) s’est résumée aux premières minutes sur Terre (le Clark itinérant). Il reste que l’équilibre du film est assez impressionnant et débouche sur le Dawn of justice que l’histoire réhabilitera, j’en suis sur. Pour être clair (ça devient habituel à Hollywood), je ne parle que de la version longue, la seule légitime qui me confirme (le studio? non? vous êtes surs?…) que les producteurs sont les tragiques responsables de tous les déboires des films DC depuis pas mal d’années. La version ciné m’avait bien plu malgré quelques grincements. La version longue résout la quasi totalité des problèmes du film diffusé en salle et confirme être la seule version du réalisateur. La principale faute de goût étant le ridicule personnage créé par Jesse Eisenberg pour Lex Luthor. Le choix de l’acteur fut-il celui du réalisateur? Nul ne le saura sans doute jamais, mais toujours est-il que son absence du film Justice League est peut-être une indication de la prise de conscience qu’il valait mieux l’écarter.

Résultat de recherche d'images pour "justice league movie trailer"Tout ça pour dire que quand on connait un peu la filmo et globalement la démarche artistique de Zack Snyder jusqu’ici, il devient évident après visionnage du film que nous avons réellement affaire à un Frankenstein monté par (le studio? non? vous êtes surs?…)… Je ne tirerais pas sur Joss Whedon qui a lui-même subi les affres des producteurs sur son Avengers 2 et qui apporte une démarche Buddy-movie qui aurait pu fonctionner… si elle n’avait pas été l’antithèse de l’univers de Snyder. Dawn of Justice a été critiqué pour son aspect torturé, lourd, sombre, appuyé par une musique en acier trempé… et bien moi je trouve que c’est pertinent et l’introduction de Justice League qui retrouve la fulgurance de Watchmen et se paie le luxe d’introduire un message politique dans un Pop-corn Super-heroes movie confirme que c’est sans doute vers cela que voulait aller Snyder. De même comment ne pas voir une totale schizophrénie entre les premières séquences de Flash, en prison (le réalisme, le social, la famille-background) et le reste du film avec un personnage débile qui est là pour assumer le rôle de Jar-Jar Binks? (oups, j’atteins un point Godwin là je crois…)? Par moment ainsi nous avons des héros sombres (les passages de Wonder Woman à propos de son amour perdu, les rares séquences d’Aquaman parlant de sa famille,…). Surtout, la résurrection de Superman semble bien être celle de Snyder et reste un des moments forts du film. Sa disparition totale du film ensuite jusqu’à la séquence finale est incohérente et l’on peut imaginer que Snyder avait plutôt prévu un épisode « noir » à superman…

Image associéeTout ce que l’on peut lire sur le net avec une libération progressive de la parole (Snyder aurait en fait bien été viré) confirme que le studio est le seul et unique responsable de la gestion catastrophique de l’univers cinématographique DC. Quand Marvel a mis quatre ans (avec des films Phase I très moyens) avant d’accoucher Avengers, DC a marché au forceps, contraignant des artistes avec des cahiers des charges changeants, sans vision, hésitant sur le ton à donner face au concurrent. Malgré cette supervision des producteurs Man of Steel et Dawn of Justice portent une certaine cohérence (le ton sombre, le lien entre héros et société). Justice League n’a pas cette complexité et l’on ne peut imaginer que Snyder ait choisi lui-même de couper ce qui fait la maturité de ses films de super-héros depuis Watchmen. Le film que l’on a vu est donc un simple film d’action dans la moyenne de ce qui se fait, pas honteux malgré quelques travers un peu ridicules (comment peut-on clôturer un film de façon aussi médiocre? Ah oui Star Wars 8 j’oubliais…)? Finalement ce sont les séquences Snyderesques qui font le plus mal en nous laissant imaginer ce que cela aurait pu être. Et que l’on ne verra sans doute jamais.

Résultat de recherche d'images pour "justice league movie trailer"Comme Disney a suicidé la saga Star Wars, DC a suicidé définitivement son univers cinématographique qui ne pourra désormais plus exister que sous forme de one-shot, via le Batman notamment. C’est dommage car je n’avait jamais cru à la pertinence d’un tel film mais progressivement un certain Zack Snyder m’avait fait miroiter quelque chose d’assez incroyable. Encore une fois la mesquinerie des financiers aura eu raison de la créativité artistique. Triste.